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TOUS, SAUF ELLE : Entre chaos et amour

Par Le 16/01/2018

Il est clair que le roman en cours et celui qui le suivra n'ont rien d'apaisant si on s'en tient aux éléments essentiels du scénario. Mais l'amour y prend malgré tout une place immense.

 

Unnamed 2

 

"Théo cherchait à comprendre. Laure dormait à ses côtés.

Ils s’étaient aimés et il aurait toujours été incapable d’en décrire le voyage.

La lumière. La même description que le témoin. Fabien et Laure. Des vagues mouvantes. Mais leur description allait beaucoup plus loin, si loin qu’il éprouvait d’immenses difficultés à les suivre.

« Un sentiment d’amour comme il n’en existe pas sur Terre, » avait dit Fabien.

Jamais, il n’aurait pensé entendre une phrase pareille dans la bouche d’un flic.

Et il se fustigeait maintenant d’avoir encore des pensées aussi ringardes.

Il était évident, quand il songeait au visage de Fabien et de Laure, que leur vécu commun était au-delà du connu. Dans sa carrière, il en avait écouté des récits, des témoignages, des racontars, des délires ou des histoires vécues invraisemblables et il avait, au fil de ces heures d’écoute, fini par développer une intuition infaillible. Le plus professionnel des menteurs, celui qui est persuadé de dire la vérité, même celui-là, il en devinait les failles, il en percevait les écarts de voix, les yeux menteurs, fuyants ou poreux, comme une conscience qui cherche à s’échapper d’elle-même, craintive et honteuse, une senteur âcre, la nervosité des mains, une ride frontale, une immobilité forcée, comme un diable à ressort, comprimé dans sa boîte. Il y avait toujours un signe.

Là, il n’y en avait jamais eu. Et non seulement, son intuition ne l’avait jamais alerté mais elle lui criait désormais l’évidence.

Tout était vrai.

La lumière les avait sauvés.

Fabien et Laure.

Et maintenant, Fabien allait peut-être retrouver l’usage de ses jambes.

Et lui, Théo, le flic bourru, l’ours des montagnes, le taiseux rationnel, quand il aimait le corps de Laure, il sentait en lui son âme grandir. Et il ne comprenait rien à l’image.

 

Sur le trajet du retour, après avoir laissé Fabien, apaisé et fabuleusement déterminé à remarcher, Théo avait demandé à Laure de lui raconter ses visions.

« Ce ne sont pas des visions, Théo, pas au sens d’hallucinations.

–Non, ça n’est pas ce que je voulais dire, Laure, excuse-moi si je t’ai blessée.

–Rien ne me blesse, Théo sinon, ce que je pourrais m’infliger moi-même. Ce ne sont pas des visions parce que les impressions sont bien davantage intérieures que visuelles. Ce que j’ai ressenti est bien plus extraordinaire encore que ce que j’ai vu. Et ce qui vibre, maintenant en moi, lorsque je médite, est bien plus vaste encore. C’est comme si cette lumière, depuis qu’elle m’a envahie, a déclenché une évolution dont je ne connais pas l’étape ultime. Je peux même t’avouer que je n’ai jamais joui aussi divinement. Et même si tu es un très bon amant, aussi ardent que tendre, tu n’es pas l’élément déclencheur de cet orgasme sidérant. Maintenant, ce que je vis à travers une étreinte sexuelle, c’est une connexion avec la lumière intérieure. Ton sexe agit comme une allumette. Il met le feu aux poudres mais il n’est pas la poudre lui-même. Il enflamme la vie en moi, intégralement et je lui suis d’ailleurs infiniment reconnaissante. »

Elle posa une main sur sa joue. Il tourna rapidement la tête et lui sourit.

« C’est très beau comme tu racontes ça, avoua-t-il, troublé.

–Mais le plus fabuleux, Théo, ça n’est pas ce niveau d’orgasme quand tu es en moi mais le fait que ça ne soit plus seulement explosif. Je ne saurais même pas dire combien de temps ça dure. Et je n’aurais jamais imaginé que l’intégralité du corps, jusqu’au bout des orteils ou le lobe des oreilles puisse en être envahie. J’aimerais maintenant pouvoir t’amener aussi haut et aussi profondément à la fois. »

Jamais aucune de ses compagnes ne lui avait témoigné une telle liberté de paroles et une telle confiance, jamais il n’avait été honoré par de telles confidences et il sentit alors combien, il était simple de parler dès lors qu’il s’agissait d’amour. Lui qui avait toujours souffert d’une certitude opposée.

« Je n’arriverai pas à te décrire ce que je vis avec toi, Laure, quand on fait l’amour ou même juste à tes côtés, ou même juste à penser à toi, jamais, je n’arriverai à te dire combien tout cela me bouleverse, comme tout cela m’empêche de réfléchir et comme c’est délicieux, enivrant et lumineux. Tu vois, cette lumière, je l’imagine maintenant et je l’appelle, je l’invite, je lui dis à quel point j’aimerais qu’elle m’envahisse également. Quand on s’est rencontré la première fois, j’ai eu l’impression que tu étais dans une bulle, dans une espèce d’espace inaccessible. Je m’en voulais de perdre pied devant toi et je t’en voulais aussi d’être aussi déstabilisante. Et c’est en même temps ce qui m’attirait. Tu sais, on ne se connaît pas depuis longtemps, mais tu n’imagines pas à quel point, j’ai changé à tes côtés. Des changements qui font que je me lève heureux et que je me couche avec reconnaissance.

–Je t’ai vu changer, Théo. Même physiquement tu as changé parce que ce sourire intérieur se lit sur ton visage, sur ta façon de marcher, sur la douceur de ton regard, sur la tendresse de tes gestes, sur cette façon que tu as de me protéger, non pas parce que je serais une faible femme mais parce que tu puises dans cette attitude la fierté d’être un homme. Tu n’avais plus de femme dans ta vie et donc plus d’amour à donner, ni à elle, ni à toi. Mais si tu n’as plus d’amour pour toi, tu n’as rien à donner. Ce que tu chercherais, pour te soulager, c’est de piller en l’autre l’amour qu’il a pour lui. Il y a énormément de couples qui se font et se défont dans cette guerre froide qui ne dit pas son nom. Des individus qui finissent par ne plus s’aimer eux-mêmes tant ils ont été vidés de leur substance. Je sais que tu es à l’opposé de ce gâchis. Et l’homme que tu es aujourd’hui est le seul qui m’importe. Celui d’hier n’existe plus. Celui que tu seras demain, je ne pourrai en parler que le jour même. Il n’y a rien d’autre que l’instant et chaque instant, je veux le vivre avec toi.

–Pour l’instant, intervint Théo, en souriant.

–Oui, c’est ça, pour l’instant.

–Tu vois, cette phrase-là, elle est très importante pour moi et elle explique que je ne sois pas revenu le soir où tu m’avais invité. J’avais peur de ce que l’amour risquait de m’imposer. Je n’aime pas l’idée d’engagement. Je l’ai déjà vécu et c’est un désastre. Pour moi, être amoureux, c’est comme l’impossibilité de vivre l’instant parce que l’avenir devient encore plus inquiétant.

–Pourquoi inquiétant ? demanda Laure, intriguée.

–Je cherche à me préserver du prochain chaos, à l’anticiper au mieux et c’est une tâche immense et qui occupe une grande partie de ma vie. Mais de devoir étendre cette tâche à un autre individu, c’est quelque chose qui me paraissait impossible. Ça ne l’est plus. Et je précise que je n’ai aucune difficulté à aimer chaque instant avec toi.

–Moi aussi, Théo. »

 

Ils s’étaient couchés, sitôt arrivés. Laure avait tourné le dos à Théo puis elle s’était collée à lui. Elle aimait infiniment sentir le corps chaud contre sa peau, contre ses fesses, elle aimait tout autant lorsqu’il passait les bras devant elle et venait caresser ses seins, son ventre, ses cuisses, son pubis, son visage, son cou… Elle aimait sa douceur autant que celle de sa peau.

 

« Tu sais, Théo, tout à l’heure, quand tu as dit que tu aimais chaque instant avec moi ?

–Oui, eh bien ?

–Je ne pense pas qu’il y ait plusieurs instants et qu’on passe sans cesse de l’un à l’autre. J’imagine plutôt un seul instant mais qui est rempli différemment. On ne  passerait donc pas d’instant en instant mais d’une activité quelconque à une autre dans le même instant, puisqu’il serait unique.

–Oui, ça me plaît beaucoup comme image et je pense que c’est juste.

–Et du coup, le Temps devient une illusion totale qui ne prend forme qu’au regard du souvenir des activités que nous avons connues dans le passé et de celles  que nous imaginons pour la suite. Mais ce passé et ce futur ne sont dès lors que des tiroirs psychologiques et n’ont en eux-mêmes aucune réalité. Personne ne peut concevoir le passé en dehors de ses propres pensées, il n’existe pas. Et c’est la même chose pour le futur. Personne ne peut le concevoir en dehors de ses propres pensées. Mais ce qui est pensé n’en devient pas pour autant réel. Ça n’est toujours qu’une vue d’un seul esprit et une autre personne en aurait une différente, selon ses propres schémas de pensées. Aucun passé ne peut être commun. Aucun futur ne le sera jamais. Par contre, l’amour entre les êtres offre la possibilité pour deux individus de vivre communément l’instant présent, d'être unifiés dans l'instant, l'unique, non pas chacun en soi mais chacun en l'autre jusqu'à n'être plus qu'un. Et c’est ce que je vis avec toi. »

Message tantrique.

Par Le 14/01/2018

Un très beau texte auquel j'adhère intégralement, une page Facebook de très grande qualité. Les écrits de Marylin sont à connaître.

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Marilyn Feelyn Tantra

8 h · 

SANTOSHA, félicité... trouver la plénitude à chaque instant. Dans cette quête du bonheur légitime, l'erreur est de vouloir et de faire. La satisfaction ne se trouve pas quand on fait. Etre. Juste être. Présent. Intensément. Dans les gestes les plus banals ou les plus intimes de notre quotidien. A chaque instant, être présent. Mon expérience tantrique la plus forte sans doute, c'était dans un stage où j'ai rejoint la cuisinière pour lui porter mon aide. En épluchant des patates ! Méditation et extase tantrique, pas forcément où on l'attend. Je n'étais pas en train de faire. Faire ça sépare de l'extérieur. Etre. Que vous soyez en train de masser votre amant(e) ou de balayer votre parterre. Il n'y a rien d'autre que ce qui est en cet instant. Donc être plutôt que faire.
L'autre piège c'est avoir. Cette avidité de posséder. Ce qui vous éloigne de la plénitude et la satisfaction. Comme par exemple AVOIR DU PLAISIR. Il y a dessous ce "Je veux", "je prends", "j'ai droit" ... "jeveuxzetjexige".
Ça part de la frustration. De l'avidité. De la pulsion qui met sous emprise. Ça éloigne toujours du présent pour vous projeter dans l'après, dans le futur. Ça empêche de sentir. Ce qui et là. Par ses sens. Dans son corps. 
Je préfère encore et toujours partir de l'être. Etre, c'est juste être présent ici et maintenant. Là où je suis. Comment faire autrement? 
En tout. Dans les tâches les plus simples. Quand on marche, quand on se rend d'un point à un autre. Dans la sexualité aussi. Dans la relation à deux, le plus précieux de la rencontre. Etre présent à Soi, et aussi à l'autre.
Etre amour. A partir de là je peux faire. Faire l'amour, dans ses infinies manifestations...et en découle le plaisir...C'est cadeau ! 
ETRE, seul ou à deux, dans la plénitude de l'être.

Alors...être, faire ou avoir? Vous avez toujours le choix...
celui de la frustration ou de la Joie.

Love M'Lyn
Marilyn Feelyn Tantra
Masculin Féminin Sacré

www.feelyn.fr - tel. 06 52 448 777

Pour l'expérimenter :

*Sessions tantriques individuelles sur RDV (Lyon Avignon Paris)
Massage Tantrique Cachemirien - Soins Sacré pour Elle 

www.feelyn-tantra.fr

*Tantra de la Joie : 20 et 21 Janvier
https://www.facebook.com/events/146150099443497/

*Massage Tantrique (tradition du Cachemire)
10 et 11 février à Lyon 

https://www.facebook.com/events/1524660680942870/

*Magie de l'énergie sexuelle 17 et 18 février 2018 à Antibes
https://www.facebook.com/events/711400369056888/

* Marche Nomade initiatique dans le désert 
https://www.facebook.com/events/124877308220039/
et d'autres propositions à venir (en solo et pour les Couples)

'Hmmmmmmmm.........."

Par Le 11/01/2018

7776273738 la planete terre photographiee par la mission apollo le 7 decembre 1972

 

"TOUS, SAUF ELLE"

Figueras avait entendu le son de la Terre, il avait senti dans ses fibres la résonnance, le murmure lancinant des douleurs, la plainte infinie des souffrances. Il avait senti le soupir remonter des entrailles, comme un souffle sans fin. Il avait deviné les pleurs qui ruissellent, un trop-plein que plus rien ne pouvait contenir. Aucune colère, aucun désir de vengeance. Juste un équilibre à rétablir, une respiration salvatrice. Il avait entendu ce que les Mamus lui avaient enseigné. Il en connaissait le sens, la raison de son émergence, la captation jusque-là impossible. Comme l’esprit d’un dormeur remontant vers le réveil, le grondement allait s’étendre à la surface du monde.

« Hmmm…Hmmmmm..Hmmmmmmmm… »

Figueras avait entendu.

À la limite de l’indicible et c’était pourtant là.

À ces milliards d’humains qui pensaient follement se mouvoir sur une surface impassible, juste agitée parfois de soubresauts éphémères, le bruit de la Terre allait retentir."

 

Ce bourdonnement mystérieux qui rend fou, de l'Angleterre au Canada

 

Ce bourdonnement mystérieux qui rend fou, de l'Angleterre au Canada La journaliste de la BBC Linda Geddes a enquêté sur le "hum". (Capture d'écran/BBC)

Des bruits étranges sont entendus par une partie de la population mondiale. Certains d'entre eux sont toujours inexpliqués...

Par 

C'est un bruit bizarre entendu en différents endroits de la planète, de l'Ecosse au Canada en passant par le Maroc ou le Nouveau-Mexique. Un ronronnement entêtant, qui dérange, qui intrigue. Baptisé "the hum" (le bourdonnement en anglais), ce phénomène sonore a été signalé pour la première fois dans les années 1970, dans la ville anglaise de Bristol.

Certains l'ont comparé à un moteur diesel tournant au ralenti dans le lointain, comme si un camion était dans la rue d'à côté. On parle de  bourdonnement, de tintement, de ronronnement, mais il est difficile à définir. Le seul élément sur lequel s'accordent les témoins auditifs, c'est que ce bruit est sacrément ennuyeux.

"C'est comme un bruit de moteur"

La journaliste de la BBC Linda Geddes racontait l'an dernier sa première expérience du "hum" : "Il est 11 heures du matin et je suis soudain consciente de ce bruit bourdonnant et pulsant, un peu comme une perceuse ou une disqueuse lointaine. Mais ce n'est pas seulement un bruit. On dirait que mon oreille interne est en train de vibrer."

Les centaines d'habitants de Bristol qui s'étaient plaints dans les années 1970 n'ont pas à l'époque reçu de réponse satisfaisante. Un temps disparu, le "hum" y a pourtant refait surface en 2016, amplifié cette fois par les réseaux sociaux. Et ça continue. Au mois d'octobre, une habitante se confiait au "Bristol Post" :

"Ça me rend dingue. Je ne le remarque que la nuit, quand tout est éteint et qu'il y a moins de circulation. Mais quand je m'allonge, ça devient encore plus fort. J'ai essayé de mettre des bouchons d'oreilles, mais je l'entends toujours, c'est comme un bruit de moteur, mais ça pulse."

"Son venu du ciel"

Bristol n'est pas un cas isolé. La ville canadienne de Windsor est un autre exemple frappant. Le bruit est plutôt dans les basses, on évoque des grommellements façon Barry White. Des centaines d'habitants se plaignent d'incidences de ce fameux bruit sur leur santé. Sauf que dans ce cas-là, il y a un coupable possible : certains montrent du doigt une zone industrielle américaine située à Détroit, de l'autre côté de la frontière.

A Taos, au Nouveau-Mexique, bourgade connue notamment pour accueillir le ranch de Julia Roberts, c'est environ 2% de la population qui entend le bourdonnement local, dont les premières occurrences remonteraient aux années 1990. En 1995, des scientifiques de l'université de l'Etat ont effectué des recherches sur place, sans obtenir de résultats concluants malgré de nombreux tests et l'utilisation d'instruments destinés à capter le fameux son.

D'autres endroits du monde connaissent ou ont connu des phénomènes similaires : Bornéo, l'Indiana... Au Maroc, c'est un "son venu du ciel" qui était décrit l'an dernier après des témoignages venant de plusieurs grandes villes.

Une carte du "hum" dans le monde. (Capture d'écran/BBC)

Mais d'où vient le "hum" ?

S'il a de quoi laisser perplexe, le bourdonnement semble avoir convaincu les scientifiques qu'il ne s'agit pas d'une hallucination collective. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils aient trouvé une origine certaine à ce bruit que la rumeur publique attribue aux causes les plus diverses, allant des bruits d'icebergs aux fermes éoliennes en passant par les sous-marins et les lignes à haute tension. On a même évoqué les acouphènes, ces sons que certaines personnes entendent sans qu'ils soient associés à des bruits dans leur environnement.

Peu d'études ont été consacrées au "hum". La première d'importance date de 2004 et est due à David Deming, de l'université de l'Oklahoma. Il exclut les acouphènes, et signale qu'il "peut se manifester par des vibrations ressenties dans le corps et est souvent accompagné par une suite de symptômes physiques qui incluent maux de tête, nausée et douleur dans les oreilles".

Il reconnaît cependant le peu de données disponibles, mais envisage une hypothèse : que certaines personnes aient la capacité d'interpréter certaines longueurs d'ondes radio (notamment les très basses fréquences) sous forme de son.

Parmi les causes envisagées par Glen McPherson, de l'université de Colombie Britannique, qui s'est penché sur le sujet, le "hum" pourrait être "l'accumulation de sons à basses fréquences et d'infrasons générés par les humains", ce qui inclurait ce qui va "des bruits d'autoroute à toutes sortes d'activités industrielles". Mais il tend à privilégier l'hypothèse de David Deming.

Le tintement du fond de l'Arctique

Durant l'été 2016, dans le grand Nord canadien, des chasseurs ont signalé un son mystérieux semblant provenir du fond de l'océan Arctique, dans un petit détroit situé à une centaine de kilomètres de la bourgade d'Igloolik. Un bruit inquiétant selon eux, car il fait fuir baleines et phoques qui passent habituellement par ce détroit.

Le gouvernement canadien les a pris au sérieux et a patrouillé dans le secteur, envoyant même un spécialiste sur place. Rien n'a pu être mesuré, et aucune explication officielle n'a pu être fournie. Aux dernières nouvelles, "le dossier est clos".

Plus récemment, des chercheurs du CNRS ont mis en avant une autre cause possible : il s'agirait du "bourdonnement de la Terre", créé par l'action de l'océan sur la terre ferme, les vagues faisant vibrer le fond de l'océan.

Ce ne sont probablement pas les seules explications, comme le démontrent des bruits particuliers enregistrés en d'autres endroits de la planète.

Le bruit métallique de la fosse des Mariannes

La fosse des Mariannes n'est pas seulement l'endroit le plus profond des océans, c'est aussi le siège d'un bruit qui a intrigué les scientifiques durant plusieurs années. En 2014 et 2015, des sondes sous-marines capables de plonger jusqu'à 1.000 mètres de profondeur y enregistraient des bruits complexes se terminant par un son métallique. Finalement, des chercheurs de l'université d'état de l'Oregon (Etats-Unis) identifiaient l'origine du bruit : il s'agirait d'un chant de baleine inconnu jusque-là.

 

Le bruit enregistré dans la fosse des Mariannes.  (ORCAA Lab)

La migration des animaux marins

Pour ceux qui sont proches de l'océan, une source de bruit serait... la migration des poissons, crevettes et autres méduses, selon une étude menée par des scientifiques de l'université de San Diego (Californie). Ces chercheurs ont enregistré un son à peine plus fort que le bruit de fond de l'océan et en ont déterminé la possible origine. Nombre de petits animaux marins remonteraient en masse au crépuscule pour aller se nourrir et redescendraient à l'aube vers la sécurité des profondeurs.  Leurs migrations massives et régulières produiraient cette vibration significative, mais les scientifiques n'ont pas encore déterminé si elles sont dues à une espèce en particulier.

Le chant des aurores boréales

 

Le son des aurores boréales. (université d'Aalto, Finlande)

Ceux qui ont la chance d'observer régulièrement des aurores boréales l'ont peut-être remarqué, elles ne sont pas entièrement silencieuses. Bien sûr, leur bruit est peu perceptible et est souvent couvert par d'autres sons naturels, mais il existe, et un acousticien finlandais, Unto K.Laine, professeur à l'université d'Aalto, en est le spécialiste. L'an dernier, il a même avancé une explication sur la manière dont ces sons sont produits.

En général, l'air se refroidit au fur et à mesure que l'on monte en altitude, mais dans des conditions vraiment froides et par temps calme, l'air froid est plus près du sol alors que de l'air plus chaud s'est élevé, un phénomène connu des spécialistes sous le nom de couches d'inversion. Des charges électriques s'accumulent dans l'air froid au-dessus et au-dessous de cette couche. Lorsque l'aurore polaire se produit sous l'effet du vent solaire, l'électricité entre les deux couches se décharge, avec des étincelles qui émettent des sons (et une activité magnétique) que l'on peut mesurer. Le volume des sons varie alors en fonction de l'intensité des aurores.

Le bruit de la Terre qui bouge

En théorie, on ne peut pas l'entendre, mais on peut le mesurer : le son que fait la Terre en bougeant n'est pas une vue de l'esprit, et une équipe de scientifiques emmenée par Martha Deen, de l'Institut de physique du globe de Paris, l'a enregistré. Car notre planète est sans arrêt en mouvement, et pas seulement lors des tremblements de terre. L'écorce terrestre bouge sans arrêt, ce que les spécialistes nomment une "oscillation libre permanente". Et ce déplacement fait du bruit, mais à des fréquences inaudibles, à peu près 10.000 fois plus basses que celles que peut capter l'oreille humaine. Ce sont ces vibrations qui ont été mesurées au fond de l'océan grâce à des instruments déployés pendant presque un an au large de La Réunion.

Si le "bruit de la Terre qui bouge" n'est apparemment pas à l'origine du "hum", on voit qu'il y a une brochette de suspects possibles. Et ont peut espérer qu'un jour la science apporte une réponse définitive à ces mystérieux bourdonnements qui hantent les nuits d'une partie de la population de la planète...

CON

Entre la peine et la joie

Par Le 09/01/2018

 

Aucun texte alternatif disponible.

Aujourd'hui avait lieu l'hommage pour Robert, le pompier mort en intervention dans la vallée. Mille personnes qui ont prié avec leurs mots, des mots qui sont montés par "la grande échelle" que Robert a empruntée, beaucoup trop tôt.

Le même jour, une élève de ma classe a posé ce petit mot sur mon bureau.

Et cette journée marquée par le deuil et la tristesse se trouve emplie également par ce petit mot coloré, porteur d'une joie que je reçois comme un immense cadeau, un rayon de soleil. 
Comme une balance qui s'équilibre entre la peine et la joie, entre le désarroi et le bonheur.

Les enfants m'ont manqué pendant trois ans, trois ans à lutter contre une administation que je conspue parce que c'est affligeant, pitoyable, insignifiant, d'une lourdeur effroyable, d'une prétention absolue...

Je repense à l'inspectrice qui passe dans l'école et me demande de la rejoindre dans le couloir et qui me reproche de ne pas avoir "d'emploi du temps"...

Je lui ai répondu que le temps ne s'emploie pas, il n'y a que le don de l'instant, ce don à saisir, dans l'écoute, l'attention et l'empathie, l'accueil et l'énergie de l'amour.

Je n'ai pas d'emploi du temps parce que lorsque je rentre dans la classe, je ne sais pas ce que je vais y faire. D'abord, je vais écouter, discuter, partager et ensuite, selon ce que j'entendrai, je déciderai de ce qui est "bon, juste et utile" pour les enfants à cet instant et qu'il ne m'est d'aucune importance de faire de la grammaire ou des maths ou de la lecture ou autre chose.

La seule chose qui m'importe, c'est de parvenir à leur transmettre le désir d'apprendre, qu'ils ressentent ce besoin, comme un manque, comme un besoin physique et spirituel. Comme lorsqu'ils ont faim et qu'ils mangent, je veux, de tout mon cœur qu'ils éprouvent la soif d'apprendre. Je lui ai expliqué que l'amour de la connaissance, c'est un enracinement, qu'il faut aller puiser les nourritures au plus profond, dans toutes les directions, absorber, enrichir la sève et que cet enracinement est la plus grande force qui soit, qu'elle leur donnera la capacité de résister à toutes les tempêtes de l'existence, que rien ne les fera tomber, qu'ils seront des arbres de vie.

Donc, je peux commencer par une citation d'un philosophe ou une carte de géographie ou un problème de mathématiques et basculer en un instant dans une information de sciences parce que, dans l'instant, elle aura son importance et qu'elle viendra s'adjoindre à toutes les autres pièces du puzzle de la connaissance, un puzzle dont l'image finale n'existe même pas parce qu'elle grandit à chaque pièce qu'on pose en soi. 

Elle n'a rien compris et a sans doute dû se précipiter ensuite dans son bureau pour aller y lire ce que "l'administration" pense de moi, ce qui est écrit sur leurs "dossiers", sur leurs "rapports", sur leurs "jugements" avec leurs "critères". Elle a dû y rajouter un commentaire qu'elle aura surligné en rouge : "élément rebelle à surveiller."

S'ils savaient ce que je pense d'eux... Ils m'ont convoqué huit fois en hôpital psychiatrique. S'ils peuvent recommencer, ils ne s'en priveront pas.

Mais je resterai le même jusqu'au dernier jour.

Parce qu'il me serait insupportable de trahir les enfants. 

En conscience.

Par Le 06/01/2018

"C'est au-delà des mots. Et quand on tente d'en parler, on le désacralise. Les mots sont impuissants."

Portes au dela

Voilà... Tout le problème dans mon écriture, elle est là. Trouver les mots sans "trahir" ou pire encore salir cette beauté ineffable.

Parvenir à transmettre cette dimension du "sacré" sans pour autant faire fuir. 

J'ai essayé de traduire tout cela dans "KUNDALINI" et le mot "traduire" est parfaitement adapté puisqu'il s'agit d'une "langue écrite" qui semble relever d'une langue étrangère.

L'écriture de "TOUS, SAUF ELLE" est une nouvelle tentative.

Tout cela restera peut-être à l'état de manuscrit et ne sera jamais lu. 

Mais, ça, c'est au-delà de ma volonté, de ma responsabilité, je n'y peux rien. 

Le pire serait de décider "d'alléger" mon propos pour pouvoir me donner une "chance" supplémentaire d'être lu. Et ça ne serait du coup absolument pas une "chance" mais un désastre. 

Je suis heureux en tout cas d'avoir croisé la route de ce documentaire.

 

 

 

Lettre à Ménécée

Par Le 06/01/2018

Retour à la rubrique Epicure. 
Source: indéterminée. 
  

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ÉPICURE

Lettre à Ménécée


 

Epicure à Ménécée,

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir.

Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.

D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. De là l’idée que les plus grands dommages sont amenés par les dieux ainsi que les bienfaits. En fait, c’est en totale affinité avec ses propres vertus que l’on accueille ceux qui sont semblables à soi-même, considérant comme étranger tout ce qui n’est pas tel que soi.

Accoutume-toi à penser que pour nous la mort n’est rien, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est authentiquement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes plus ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie.

Le sage, lui ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou « sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès ».

S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée.

Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.

Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et que si certains des désirs naturels sont nécessaires, d’autres ne sont seulement que naturels. Parmi les désirs nécessaires, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.

Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier et congénital. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. 
  

 

Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement. C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. A certains moments, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.

Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : pain et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.

Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente - comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes à nos propos, ou victimes d’une fausse interprétation - mais d’en arriver au stade où l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.

Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on ne saurait vivre agréablement sans prudence , sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.

D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le "summum" des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements – les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative –, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible). Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant ; l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.

A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et jamais tu ne seras troublé ni dans la veille ni dans tes rêves, mais tu vivras comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un animal mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels." 

L'instant de vie.

Par Le 05/01/2018

La mort...

Le fait que nous ayons l'opportunité de parler de la mort prouve que nous sommes en vie.

Est-ce que quand je serai mort je parlerai de la vie ? Ça serait tout aussi absurde dès lors que je passerai mon temps à parler de quelque chose qui n'est pas. Je suis en vie et donc pas mort ou je suis mort et donc pas en vie. Alors je dois m'atteler à parler de ce que je suis.


Pour ce qui est de la mort en elle-même, je ne la vois pas comme ayant une "existence" propre. Ça n'est pas la mort qui survient, c'est la vie qui s'en va, ça n'est pas un phénomène qui survient mais un phénomène qui nous quitte. On appelle ça la mort mais elle n'est rien en elle-même. On devrait plutôt dire une "non vie".

 

On me dira que ça ne change rien mais pour moi ça change beaucoup. Il n'y a pas cet "ennemi" effrayant qui peut nous tomber dessus à tout instant. Il n'y a qu'une vie qui peut s'échapper. C'est la vie qui nous fait mort. Et si cette vie que nous adorons (ou pas) contient en elle-même la non vie, je me dois de l'aimer de la même façon. Je ne peux pas aimer un aspect de la vie et en refuser un autre. C'est tout ou rien. À moins d'être un bel hypocrite.

 

 

De quoi devrions-nous nous plaindre d'ailleurs ?

Ce qui nous effraie le plus, fait en sorte que lorsqu’elle sera là, nous n’y serons plus.

Fantastique création.

Imaginons un instant que nous découvrions la mort tout en restant vivant. Là, on pourrait se plaindre. Ça serait par exemple la putréfaction de notre corps mais sans que nous ayons été privés de notre conscience. Là, effectivement, on aurait de quoi gémir. Mourir de son vivant. Plus aucun mouvement, aucun battement cardiaque, rien, le sang figé, la peau glacée, rigidité du cadavre.

Mais en totale conscience. Durant un temps infini.

 

La création s’est arrangée pour nous épargner ça. Et nous parvenons encore à lui reprocher la sentence finale. Incroyable mésestime.

 

Nous sommes là. Puis nous n’y sommes plus. L’espace et la durée entre les deux peuvent bien entendu être diversement éprouvés. C’est là que se trouvent les difficultés. Pas dans le basculement lui-même.

 

D’ailleurs, étrangement, nous ne sommes pas angoissés de ce que nous étions avant notre naissance. Quel était mon visage avant la rencontre de mes parents ?

Absurde ? En quoi serait-ce plus absurde que cette angoisse du « néant » que nous imaginons après la mort ? Est-ce qu’avant ma naissance j’étais mort ? Où étais-je ? Nulle part ? Il n’y avait rien de moi ? Des éléments séparés dans les corps de mes parents ? Rien d’autre ? Vraiment ? Qui en est certain ? Les mêmes qui disent qu’après la mort il n’y a rien ? Ou un Paradis ? Ou une réincarnation ? Ou  un enfer ? Des chromosomes, uniquement ça ? Et d’où vient l’énergie qui les anime ?

 

Rien, il n’y a rien d’autre que le néant de notre « inconnaissance. »

Et à chaque réponse, à chaque avancée, s’agrandit proportionnellement la distance à parcourir.

De quoi devrions-nous nous plaindre ? Il reste tellement de chemin à faire. Rien n’est plus déstabilisant, voire déprimant, qu’un voyage achevé. Celui-là, nous n’en connaissons pas la fin. Nous savons uniquement qu’à un moment il se passe quelque chose de totalement nouveau. 

 

Quelque soit la direction que prend notre imagination, ça n’est toujours qu’une excroissance de notre mental et de tous les a priori, les conditionnements, les cultures, les histoires, les religions, les éducations que nous transportons.

Il n’y a rien de réel. Ni, pour avant ma naissance, ni, pour après ma mort.

 

Et là, maintenant, qu’y a-t-il de réel ? Tiens, c’est vrai que la question peut paraître absurde elle aussi.

Moi. Je suis réel. C’est indéniable. D’ailleurs si je mourais je ne serais plus là, c’est donc que je suis réel. Ah, mais non, ça ne tient pas ça étant donné que je ne sais pas ce que je serai après la mort. Je ne peux donc pas me convaincre d’être réel en usant de l’image que j’ai de la mort.

Imaginons qu’après la mort je sois dans un état de conscience beaucoup plus profond que celui de mon « vivant ». J’aurais l’air malin d’avoir affirmé que j’étais réel en étant vivant…Ça n’est peut-être ici qu’une antichambre de la conscience, une certaine forme d’hallucination collective dont la mort est la sortie. C’est ensuite que s’ouvrirait le monde réel.

Oui, mais tout ça n’est encore une fois qu’un amalgame d’hypothèses, un jeu intellectuel, une rhétorique.

 

Puisque je ne connais pas la réalité de la mort, je ne peux pas en user pour me convaincre que je suis vivant. Ni encore moins réel.

Je ne peux pas me faire une idée du blanc sans avoir éprouvé le noir de la nuit mais que pourrais-je bien saisir du noir de la nuit sans avoir au préalable pu goûter à la clarté du jour. Rien n'existe hors du tout. 

 

Cet espace et ce temps de vie ne pourraient-ils donc n’être qu’une "irréalité partagée" et la mort l’apparition de la réalité dans un espace d’éternité ?

 

Et voilà, c’est reparti… Des questions, des questions…  

 

Mais puisque je m’interroge, il faut bien qu’il y ait en moi une réalité capable d’éprouver cette éventuelle irréalité. Est-il possible que je sois suffisamment manipulateur envers moi-même pour aller me prouver que j’existe réellement en m’interrogeant sur ma propre réalité ?

Conscience auto réfléchie. Ah, oui, la fameuse théorie de Descartes.

"Je pense donc je suis."

Je panse et je m’essuie.

Au fil de mes souffrances, de mes blessures, de mes traumatismes. Le sang coule et les idées sombrent. Tout ça est bien réel. Je ne peux pas en douter.

Ah, mais si justement, Descartes a dit que je dois douter de tout. C’est la preuve que je pense et donc que je suis. Mais si j’en viens à douter que je pense…Que se passe-t-il ? Cela signifie-t-il que je ne suis pas puisque je ne sais qui pense pas malgré que je doute ? Mais qu’en est-il du doute ? Il s’agit bien d’une pensée pourtant. Tout ça est bien réel.

Sauf que je ne sais toujours pas si cette vie est bien réelle étant donné que je ne peux pas la comparer à sa finitude à travers l’idée de la mort. Tout ça n’est donc pas plus réel que la mort. Il n’y a rien de réel, sinon les certitudes que je me fabrique. Certitudes sur la mort et par balancier certitudes sur la vie.

Juste le jeu infini des pensées pour me prouver que j’existe.

Trop fort le gars !

De quoi éclater de rire.

Quelle mascarade !

Tiens, c’est peut-être ça la réalité.

L’éclat de rire.

J'ai une certitude malgré tout. C'est que je peux jouir, là, maintenant de ce miracle de pouvoir écrire sur ce jeu des pensées, jouir du spectacle merveilleux du monde, jouir de mon existence, ressentir et jouir intégralement, sans aucune distorsion, sans aucune retenue, sans aucune pudeur, rire encore ou pleurer de bonheur, courir, marcher, nager, être dans l'amour avec mon aimée, sentir les parfums des fleurs, siffler avec un oiseau, frissonner dans le vent glacial de l'hiver, me réchauffer dans les coulées lumineuses du soleil, jouir de l'absence provisoire des pensées quand je contemple le ciel.

C'est peut-être une illusion, un rêve, une hallucination mais ce qui ne l'est pas, c'est que je peux en jouir. Le bonheur, je peux le saisir. Qu'il soit hallucinatoire ou pas, peu m'importe au final.

Dans cet instant-là, le bonheur de vivre me donne vie.

Instant après instant. Le reste n'a pas d'existence. 

 

Comme dans ce ciel, il n'y a de noirceurs envahissantes que si je choisis d'ignorer la lumière et il n'y a de lumière qu'à travers l'existence des noirceurs.

Tout est là. 

 

L’image contient peut-être : ciel, nuage, plein air et nature

Mourir en mission.

Par Le 04/01/2018

Le pompier qui a été emporté dans une rivière aujourd'hui alors qu'il était en intervention, c'est un ami. Il avait travaillé ici lors de la construction de la maison. Il était chez nous il y a quelques semaines pour la vente du calendrier. Un homme merveilleux. Je l'entends encore me parler. Il était intervenu sur l'incendie du centre bouddhiste de karma Ling. 
Ce soir, il n'a toujours pas été retrouvé. 
Je suis descendu à la caserne pour proposer mon aide aux recherches mais c'était impossible. C'est dantesque les conditions ici. 
Tous les pompiers présents étaient dévastés. 
Certains pompiers volontaires sont d'anciens élèves. Ils étaient sur place quand c'est arrivé. 
Un cauchemar. 
Les pompiers...Des gens que j'admire. 
Robert n'est plus là.

Robert sandraz lors de la ceremonie de la sainte barbe a la rochette en janvier 2015 robert sandraz lors de la ceremonie de la sainte barbe a la rochette en janvier 2015 1515100853


Un sapeur-pompier volontaire est tombé à l'eau lors d'une intervention liée aux conséquences de la tempête Eleanor, jeudi 4 janvier 2017, en Isère. Il est depuis porté disparu.

Un sapeur-pompier volontaire est tombé à l'eau lors d'une intervention liée aux conséquences de la tempête Eleanor, jeudi 4 janvier 2017, en Isère. Il est depuis porté disparu. — AFP

Un sapeur-pompier volontaire, tombé à l'eau lors d'une intervention liée aux conséquences de la tempête Eleanor jeudi dans les gorges du Breda (Isère/Savoie), était toujours recherché en début de soirée dans un secteur rendu très dangereux par les intempéries.

«Plus de 80 personnes sont à sa recherche», avec «des moyens conséquents, des hélicoptères, des équipes cynophiles, des plongeurs, mais tout cela dans des conditions extrêmement difficiles», a souligné le préfet de Savoie, Louis Laugier, lors d'un point-presse sur les lieux. «A l'heure où je vous parle, on ne l'a pas encore retrouvé», a-t-il ajouté vers 17H30.

Intervention après la chute d'une voiture

Ce pompier de Savoie a été emporté par les eaux alors qu'il intervenait après la chute d'une voiture dans une rivière en crue (la Breda) au Moutaret (Isère). Il est porté disparu depuis 13h30. Une opération de sauvetage est en cours, avait indiqué plus tôt à l'AFP le lieutenant-colonel Michaël Bernier, porte-parole de la Sécurité civile.

Le pompier portait secours à une famille réfugiée sur le toit de sa voiture quand il a été emporté, après un affaissement de sol. La famille a néanmoins pu être mise hors de danger, rapporte la préfecture de Savoie dans un communiqué. Une enquête de gendarmerie est en cours sur les circonstances de l'accident.

«Le torrent est extrêmement violent»

«La météo n'est pas favorable, le torrent est extrêmement violent, les berges sont escarpées», ce qui complique les recherches qui se déroulent sur plusieurs kilomètres, a ajouté le préfet. «Nous allons devoir faire évoluer le dispositif pour tenir compte de l'arrivée de la nuit, c'est-à-dire se limiter à des endroits plus précis, à des endroits moins exposés d'un point de vue dangerosité.»

Jeudi en fin de journée, sept départements, dont l'Isère et la Savoie, étaient toujours placés en alerte inondations, certains avec risque de crues ou d'avalanches, après le passage de la tempête Eleanor. Deux personnes ont perdu la vie dans la région: un skieur de 21 ans en Haute-Savoie  mercredi et une nonagénaire après une crise cardiaque dans sa maison inondée en Isère jeudi.


 

Vendredi 5/01

Le corps de Robert a été retrouvé. C'était bien entendu primordial... Il avait 65 ans, il a consacré toute sa vie adulte aux secours, bénévole volontaire, il avait reçu une médaille d'honneur il y a quelque semaines. Il devait arrêter dans deux mois. On peut penser, que comme tous les gens passionnés, il est mort en exerçant une dernière mission, là où il considérait qu'il devait être. Les pompiers savent que ça peut arriver, comme les guides de haute montagne, par exemple. Maintenant, il y a les proches, son fils, pompier lui aussi et qui était sur les lieux, tous les autres collègues en intervention, tous les gens qui le connaissaient depuis si longtemps pour son dévouement et sa gentillesse. Une profonde tristesse. Un grand désarroi.

Ecrire pour comprendre

Par Le 04/01/2018

En me lançant dans la suite de "Les héros sont tous morts" et l'écriture de "Tous, sauf elle", je n'imaginais pas que l'histoire me ramènerait vers mon vécu... C'est étrange...Comme une exploration qui continue à travers mes personnages. Etrange qu'un tel scénario me conduise de nouveau sur ce chemin intérieur.

Il faut croire que le cheminement doit se poursuivre...

Loi dattraction

TOUS, SAUF ELLE

Lorsque Laure ouvrit la porte de la chambre, elle sentit immédiatement le flux. Comme un rayonnement qui tourbillonnait lentement, effleurant les deux hommes ou remontant au plafond.

« Bonjour Laure. Merci d’être venue aussi vite.

–Bonjour Fabien, bonjour Théo. »

Ne pas la prendre dans ses bras, ne pas pouvoir l’embrasser, plonger dans ses yeux. Une véritable douleur. Théo se contenta de lui serrer la main. Ils échangèrent un bref sourire.

Ils devaient se retrouver chez Laure dans quelques heures. Comme tous les soirs depuis quinze jours. Depuis cette nuit inoubliable.

« J’ai l’impression que vous avez quelque chose d’important à me dire, Fabien. Théo n’avait pas une voix habituelle et je vous entendais parler en lui. »

Fabien se tourna vers Théo.

« Théo, j’aimerais que tu me laisses quelques minutes avec Laure, s’il te plaît. J’ai besoin de…

–Arrête Fabien, coupa Théo, tu n’as aucune explication à me donner. Je vous laisse. Je sais que c’est important pour toi. »

Il sortit en jetant un regard rapide vers Laure. Il croisa son regard. Toujours cette sérénité indéfinissable, comme si rien ne pouvait en briser l’épaisseur, comme si elle vivait intérieurement dans une bulle de douceur, habitée, nourrie, enveloppée.

Il se dirigea vers une paire de fauteuils dans le couloir.

« J’entendais Fabien parler en toi. »

Cette fascinante capacité de Laure à percevoir ce qui n’existait pas pour les autres, ce qui était au-delà de la raison. Plus rien ne l’étonnait vraiment désormais. Il se réjouissait simplement de ce bonheur de vivre à ses côtés. Comme un cadeau tombé du ciel.

Il se cala dans le fauteuil, les pieds au sol, les jambes décroisées, les mains sur les cuisses. La posture habituelle de Laure. Il sentait dans cette tenue une forme de sagesse et s’en amusait. Il songea alors à cette nuit d’amour, ce voyage intérieur qu’il n’avait jamais connu jusqu’alors, ce territoire dans lequel il n’aurait su s’engager puisqu’il en ignorait l’existence. Jamais, il n’avait éprouvé cela avec les femmes de sa vie. Et il était toujours incapable de le mettre en mot. Laure l’avait emporté dans ce monde où elle vivait, cette dimension sans nom, sans image, sans perception connue. Où l’avait-elle entraîné ? Et ce qu’il avait ressenti, était-ce toujours là ? Si Laure avait entendu Fabien à travers lui, à travers ses propres mots, malgré la distance et l’absence de contact réel, cela signifiait-il qu’il avait absorbé quelque chose de Laure, qu’elle lui avait transmis la clé d’une porte ? Qu’il devenait avec elle ce qu’il n’avait su être ? Pourquoi depuis la survenue de Laure dans son existence sentait-il s’implanter en lui, à chaque jour, à chaque nuit, cette douceur de la vie ?

Il devinait parfois dans les yeux lointains de Laure des territoires qu’il ne pouvait voir, une réalité hors cadre, un autre monde, une lumière mouvante.

Il se redressa sur son fauteuil et se leva.

« Une lumière mouvante. » Le témoignage de l’homme qui avait prévenu les secours. Il l’avait totalement effacé. Comme un délire insignifiant.

Une lumière mouvante. Celle qui l’avait enveloppé quand il avait aimé Laure.

Il voulut la rejoindre et lui parler, là, maintenant, qu’elle s’explique, qu’il parvienne à la convaincre qu’il était prêt à tout entendre, venant d’elle.

Il s’obligea à attendre.

 

Laure approcha une chaise du lit et s’y installa.

« Je sens mes jambes, Laure, » murmura Fabien.

Elle le laissa parler, devinant une forme de crainte, comme celle d’un enfant ne voulant pas briser un instant magique.

« C’est apparu deux jours après que vous ayez posé vos mains. Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une forme d’ankylose et puis, une nuit, j’ai rêvé que je marchais. Je sentais chaque pas, j’entendais la terre résonner dans mes jambes, j’étais accompagné.

–La lumière ?

–Oui, toujours elle. Des effluves, des vagues qui m’enveloppaient. De la légèreté aussi, l’impression de ne pas être dans mon corps mais de le voir marcher. En même temps, j’avais pleinement conscience que je rêvais. Je savais que je dormais parce que je voulais ouvrir mes yeux mais je savais que si j’y arrivais, je risquais de ne plus pouvoir marcher. J’étais assez perdu en fait.

–J’imagine, Fabien.

–C’est vous qui m’avez guéri.

–Non, Fabien, c’est la lumière. Peut-être que j’ai servi de canal de transmission mais c’est tout. Je ne suis pas une guérisseuse. Je ne sais pas si ça existe d’ailleurs. Je pense davantage à des gens qui ont un don de transmission.

–Et c’est quoi cette lumière ? Vous le savez ?

–J’aimerais qu’on se tutoie, Fabien.

–Oui, bien sûr, Laure. Désolé, déformation professionnelle. Je vouvoie toujours les gens que je rencontre dans mon travail. Mais vous…pardon...tu m’impressionnes. Tu n’es pas comme tout le monde.

–Toi non plus, Fabien. D’ailleurs, personne n’est comme tout le monde, tout le monde est unique. Nous sommes tous différents dans notre incorporation et tous identiques dans notre potentiel spirituel. Mais je n’ai pas d’explication pour cette lumière. Peut-être parce qu’on a failli mourir. Il y a quelque chose qui s’est libéré en nous et on voit ce que tout le monde a la possibilité de voir mais qui reste caché.

–Pourquoi ?

–J’y ai beaucoup réfléchi et je pense que c’est éducatif. Une éducation très lointaine, de génération en génération. On fonctionne avec notre mental et notre raison. Mais notre mental est conditionné par cette raison qui elle-même est formatée par une histoire générationnelle. Je pense qu’en fait, il y a longtemps, que nous avons perdu notre liberté de voir. 

–De voir cette lumière ?

–La lumière et bien d’autres choses.

–L’intuition ?

–Oui, par exemple.

–Comme celle qui me fait penser que Théo et toi, vous êtes ensemble ? »

Elle aima le sourire qui illumina ses yeux.

« Oui, par exemple. Mais, ça, c’est peut-être juste une intuition professionnelle, ironisa Laure en lui rendant son sourire.

–Je n’ai jamais été très doué pour ce genre de perception jusqu’alors. Je suis un informaticien de formation, il y a 0 ou 1, mais 2 pour moi, c’est inexistant. Alors, l’intuition, c’est une dimension que je laissais à ma femme.

–Que disent les médecins ?

–Je ne leur ai rien dit.

–Pourquoi ?

–Je voulais te voir d’abord. Je sais que c’est ton imposition des mains qui a déclenché ce que je ressens. C’est à toi que je devais en parler en premier. Je voudrais comprendre.

–Qu’est-ce que tu ressens ? Tu peux les bouger ?

–Oui, très peu mais elles bougent et je t’assure que de sentir qu’elles sont de nouveau reliées à mon cerveau, c’est une sensation que personne ne peut comprendre. Quand tout va bien, on n’y attache aucune importance. C’est juste normal. Mais non, justement, ça n’est pas normal, c’est miraculeux. »

 

Une intensité soudaine dans la voix, une application à articuler le mot, syllabe par syllabe.

« C’est miraculeux, Laure, tu comprends ? Tu envoies une pensée et ton corps répond. Une pensée, tu imagines, c’est quoi une pensée ? On croit que c’est juste des mots à l’intérieur mais non, ça c’est insignifiant. La pensée, c’est comme un flux électrique, une connexion, un contact. Et moi, ce contact, il avait disparu. »

Elle leva la main pour frotter son front et elle comprit alors l’évidence. À l’intérieur de nous, la lumière agissait comme un courant électrique. Elle reliait la pensée et le corps. Et cette lumière avait la capacité à s’extraire. À moins qu’elle soit à l’extérieur, originellement, et qu’elle vienne s’implanter dans un élément pour lui donner vie. Pourquoi perdions-nous cette conscience au fil de notre vie ? Est-ce qu’un bébé ressentait la lumière ?

Un flot de questions qui déboulèrent en avalanches.

« Tu me vois expliquer ça aux médecins ? reprit Fabien. Il fallait d’abord que je t’en parle. Parce que ça n’est pas que médical. Je ne savais plus quoi faire quand c’est arrivé. Je n’avais pas ton téléphone alors j’ai prévenu Théo. Je ne sais pas pourquoi mais de penser à toi m’amenait à penser à lui. »


 

Marcher puis écrire.

Par Le 04/01/2018

Jean-Louis Etienne
Jean-Louis Etienne (RADIO FRANCE / JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT)

Médecin et explorateur, Jean-Louis Etienne est l'invité de Mise à jour du mercredi 3 janvier 2018 pour son livre Dans mes pas, sorti aux éditions Paulsen le 19 octobre 2017.

Une ode à la marche

"C’est une ode à la marche : j’ai effectivement réalisé que j’étais un marcheur, confie-t-il. Je me suis rendu compte, en écrivant, que la marche c’était quelque chose qui était à taille humaine, qui avait été mon outil de liberté, en fait." Aussi, la marche lui sert de moteur : "Quand je suis planté devant une réflexion ou un texte, que je n’y arrive pas, je me lève et je pars marcher", poursuit Jean-Louis Etienne. "Tout d’un coup, ça vous transporte ailleurs et vous revenez, vous êtes un homme neuf devant votre texte, c’est extrêmement bénéfique."

Il compare la marche à l'écriture : au même titre que l'on voyage en écrivant, la marche, estime-t-il, représente elle aussi un "petit investissement" pour de "grosses possibilités", tant physiques que mentales. "On ne marche pas qu’avec ses jambes. Tout se met en œuvre, d’abord biologiquement, physiologiquement le corps est en œuvre." À l'heure où semble advenir une société de "cul de plomb", où les hommes s'alourdissent sur leurs sièges, la marche, poursuit l'explorateur, devient la mise en oeuvre du corps : "Il y a une mise en œuvre biologique qui est bénéfique pour toutes les fonctions, même pour la mémoire, pour le cerveau." La marche, une fuite ? Certainement pas, à l'entendre : "C’est un acte social, la marche, évènement politique éventuellement mais, regarder les randonneurs, ça sociabilise (…) Il y a toute une vie sociale dans la marche !"

Rester fidèle à la lumière allumée dans l'enfance

 S'il devait faire une mise à jour, que voudrait corriger, modifier ou effacer Jean-Louis Etienne ? "J’ai 70 ans, explique le médecin, et je me rends compte que je suis resté fidèle à une idée d’enfance qui était de faire des expéditions. Cela n’a pas été un chemin droit : j’ai fait un CAP d’ajusteur, j’ai fait médecine, chirurgie, médecin d’expéditions et puis je me suis rendu compte que les expéditions étaient ma vie ! Ce qui est important, c’est de rester fidèle à une petite lumière qui s’allume dans l’enfance."

Épictète et le détachement

Par Le 02/01/2018

Le détachement selon Épictète mène au bonheur philosophique. 

(Nicolas Augier)

 

https://www.hypnose-deconditionnement.com/blog/2018/01/01/le-detachement-selon-epictete-mene-au-bonheur-philosophique

31.12.2017, 11:002 commentaires

Le détachement selon Épictète mène au bonheur philosophique

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Épictète, l'esclave devenu philosophe, est l'une des figures les plus frappantes de l'Antiquité. Avec Sénèque et l'empereur Marc Aurèle, il fait partie de ces sages stoïciens qui ont marqué en profondeur la pensée et la morale occidentales. Impassibilité devant l'adversité, conscience de n'être qu'un élément du grand tout cosmique, tels sont les principaux traits que l'on prête habituellement au stoïcisme. Ce livre plante le décor de la Grèce antique qui favorisa l'éclosion de cette école, développe - textes nouvellement traduits à l'appui - les grands thèmes du stoïcisme et montre comment, bien avant la naissance du christianisme, il rayonna sur tout le bassin méditerranéen.

 

Le philosophe stoïcien prescrit ainsi dans le Manuel d’Épictète que chaque homme s’occupe exclusivement de lui-même. Cet enseignement éthique a été composé à l’époque du déclin de l’Empire romain, où les conditions pour philosopher étaient particulièrement difficiles.

 

Le détachement selon Épictète invite à se focaliser sur ce qui dépend de nous. La dimension fortement morale de la sagesse stoïcienne repose en effet sur la distinction très importante entre, d’une part, les choses qui dépendent de nous (celles qui sont naturellement libres), et, d’autre part, celles qui ne dépendent pas de nous (celles qui sont des contraintes ou des formes d'asservissement). Il s’agit là du critère fondamental très simple qui devrait orienter toute la pratique philosophique : « L’essence de la philosophie, écrit Épictète, est qu’un homme devrait vivre de manière à ce que son bonheur dépende aussi peu que possible de causes extérieures » (Manuel d’Épictète). Cette éthique du détachement demande à l’individu un effort personnel constant de décentrement par rapport aux autres et à lui-même. Elle peut se concrétiser en une préférence pour le retrait, laquelle n’envisagerait pas par exemple les joies de la convivialité d’un repas, parce que celle-ci est conditionnée par une servitude de la vie sociale – il ne dépend que du stoïcien de ne pas s’y soumettre. Le détachement d’Épictète s’oppose également à tout prosélytisme, car ça n’est pas là vouloir ce qui est en notre pouvoir. Hegel remarque qu’il constitue une forme de sagesse qui permet d’être libre même dans les fers. Ainsi, le sujet n’est pas maître de son destin, mais seulement de la façon dont il s’y rapporte.

 

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Le manuel d’Épictète prône une forme de pragmatisme

Le détachement selon Épictète vise la conformité à l’ordre de la nature. Ce concept part du principe que les inclinations conformes à la nature ne peuvent être dépravées, en vertu de quoi le premier devoir de l’individu est l’autopréservation. Guidé par ce devoir, le sujet est capable de distinguer ce qui est conforme à l’ordre de la nature immanent en chaque être et ce qui ne l’est pas, ce qui dépend de lui et ce qui ne dépend pas de lui. Il faut « vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent » (Manuel d’Épictète). La vie morale du stoïcien est donc une vie conforme à la raison et à la nature, en employant la connaissance scientifique des choses qui arrivent par nature. Ainsi, un jugement sain est forcément conforme à l’ordre de la nature. Le malheur, en revanche, est de vouloir contre l’ordre de la nature, une aberration qui se manifeste notamment dans les passions. Causées par une « faiblesse de l’âme », celles-ci sont dirigées contre la raison du stoïcien, puisqu’elles amènent à désirer comme des biens ou à fuir comme des maux ce qui, pour l’homme réfléchi, n’est en réalité ni bien ni mal. De nature passagère et instable, elles se transforment en maladies de l’âme, telles que l’ambition, ou la misanthropie, qui se fixent et deviennent indéracinables.

 

Le détachement selon Épictète n’est pas une éloge de la passivité. Contrairement à sa réputation d’impassibilité et d’indifférence, la doctrine stoïcienne est une invitation à l’action. En effet, en demandant au sujet de se focaliser sur les seules choses qui dépendent de lui, elle lui ménage un espace de liberté, une marge de manœuvre pour contribuer à façonner son destin individuel par des actions dont la pertinence est suspendue à la qualité de son jugement. « Souviens-toi que tu es comme un acteur dans le rôle que l’auteur t’a confié, enjoint Épictète : court, s’il est court ; long, s’il est long. Il dépend de toi de bien jouer ton rôle, mais non de le choisir » (Manuel d’Épictète). Ainsi, les fondateurs de l’école stoïcienne engageaient par-dessus tout leurs élèves à accomplir leurs fonctions de citoyen. Beaucoup plus tard, Épictète voyait même son enseignement comme une préparation aux carrières publiques, en vertu de quoi il blâmait les jeunes gens souhaitant rester trop longtemps à l’ombre de l’école : la vie normale de l’homme, c’est la vie de l’époux, du citoyen, du magistrat. La sagesse stoïcienne réconcilie donc la vie contemplative et la vie pratique. « N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites, écrit Épictète. Décide de vouloir ce qui arrive… et tu seras heureux ».

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Philosophie stoïcienne: 20 Citations inspirantes d'Epictète

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Tags : Bonheur Philosophique, Détachement, Epictete, stoïcien

Syndrome de Münchhausen par procuration.

Par Le 02/01/2018

Illustration enfant hospitalisé.

Illustration enfant hospitalisé. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

On croirait à une intrigue tout droit sortie d’un épisode de Grey’s Anatomy. Mais non, c’est réel et c’est arrivé en France. Une jeune mère de 22 ans vient d’être mise en examen et écrouée pour avoir tenté de tuer son enfant.

Il y a deux semaines à peine, rapporte Le Dauphiné Libéré, une fillette de deux ans prise de convulsions a été transportée en urgence au CHU de Grenoble. Les médecins ont mené une batterie d’examens sans parvenir à trouver la cause des maux de la fillette. Plus troublant encore, l’état de l’enfant hospitalisée, en amélioration, se détériorait après chaque visite de sa mère.

Une caméra installée dans la chambre a révélé que la mère s’en prenait à elle. Placée en garde à vue, « elle a reconnu sans difficulté avoir à plusieurs reprises tenté d’étrangler sa fille mais sans donner d’explication cohérente », a indiqué le procureur de Grenoble. Elle n’a pas encore subi d’expertise psychologique, mais la piste du syndrome de Münchhausen par procuration (SMPP) est déjà évoquée.

Hélène Romano, docteur en psychopathologie, experte auprès des tribunaux et auteur de L’enfance face au traumatisme (Dunod) explique les dessous de cette pathologie méconnue.

Le syndrome de Münchhausen par procuration est assez peu connu du grand public. Par quoi se caractérise-t-il et y a-t-il un profil type ?

C’est une maladie psychopathologique qui consiste à simuler des troubles et des maladies à une personne, voire à lui administrer des substances pour créer des symptômes physiques tels que des malaises, des chutes de tension ou des vomissements. On relève chez les patients qui en sont atteints des troubles de la personnalité et une grande faculté de déni.

Dans 99 % des cas, c’est un parent, généralement la mère. Elle s’en prend à son très jeune enfant, pas encore en âge de parler et trouve là un moyen d’attirer l’attention et la compassion du personnel médical. Il y a différents degrés de manifestation du SMPP : cela va de la mère qui fait croire au pédiatre que son enfant a vomi alors que c’est faux à celle qui va lui administrer un médicament pour lui provoquer un arrêt cardiaque avant de l’emmener à l’hôpital. Souvent, la mère a d’abord souffert d’un syndrome de Münchhausen, provoquant ces troubles sur elle-même, ou été maltraitée ou abusée dans son enfance et a une faible estime d’elle-même. Son enfant devient ensuite la prothèse psychique de son mal-être.

Ce SMPP est un cas d’école, mais en pratique il est extrêmement rare : ce doit être dur à diagnostiquer ?

Le diagnostic est très difficile à poser, les médecins n’y pensent pas forcément tant ils y sont peu confrontés. En vingt ans de carrière, j’ai dû diagnostiquer cinq ou six cas tout au plus. C’est d’autant plus dur que les médecins n’ont pas de raison de se méfier de ce que dit le parent de l’enfant malade. Le plus souvent, le diagnostic est posé durant l’hospitalisation de l’enfant, quand les médecins constatent une amélioration de son état de santé lorsqu’il est séparé de sa mère et des rechutes lorsqu’il est à nouveau avec elle.

L’un des pièges, et les cas répertoriés de SMPP le montrent, c’est que souvent que la mère travaille dans le milieu médical ou paramédical. Elle a accès aux connaissances et aux médicaments et sait quoi dire au personnel hospitalier. J’ai eu le cas d’une mère médecin qui a fait hospitaliser son bébé pour des saignements dans les selles. Les médecins se sont ensuite aperçus qu’elle mettait le sang de ses règles dans les couches de son enfant…

Les mères atteintes de ce syndrome aiment-elles leurs enfants ? Veulent-elles leur faire du mal ?

Le SMPP est une forme particulière de maltraitance, différente des cas d’enfants battus, où le parent n’a aucune empathie et où la maltraitance est intentionnelle. Juridiquement on est sur le même terrain, mais sur le plan psychologique cela n’a rien à voir.

Dans les cas de SMPP, il y a un attachement très fort entre la mère et son enfant, un lien fusionnel même. Ces mères disent souvent : « Mes enfants sont toute ma vie », et si elles leur font du mal, ce n’est pas dans l’intention d’attenter à leur vie, même si les moyens employés peuvent induire ce risque. C’est extrêmement complexe. Concernant la jeune mère grenobloise, les experts vont devoir déterminer si elle a blessé son enfant dans l’intention de le tuer avant de pouvoir diagnostiquer ou écarter ce syndrome.

 


 

En dehors du drame effroyable que ce syndrome représente pour l'enfant et sa mère, je cogitais depuis ce matin sur l'extension de ce syndrome à la société, à l'Etat et à la population.

Si on s'intéresse à la dégradation continue de l'alimentation industrielle et les liens avec les Etats de toutes les multinationales générant cette "nourriture", on peut y voir un Parent maltraitant, L'Etat, mais qui ne veut pas que ça soit découvert puis une partie de la population atteinte par toutes les maladies dues à cette alimentation , c'est "l'Enfant soumis". Ces deux termes sont issus des travaux de Eric Berne dans l'analyse transactionnelle.

L'attitude de l'Etat qui va mettre en place des structures médicales pour soigner les populations, c'est le Parent normatif atteint du syndrome de Munchhausen. Je maltraite puis j'appelle les secours ou même je les organise et dès lors, je suis reconnu et respecté, aimé, voire idôlatré comme le "Sauveur". On voit apparaître là les notions du "Triangle dramatique" de Karpman.

Triangle de Karpman (1)

Triangle de Karpman

 

En arière-plan se tiennent les laboratoires pharmaceutiques, les industries agro-alimentaires, les transporteurs, les distributeurs... et par conséquent les sommes pharaoniques qui sont amassées. Peu importe le déficit de la sécu et le mal être des populations, la dégradation effroyable de l'espace naturel, l'atteinte à la biodiversité, le conditionnement transmis de génération en génération...

"L'état nous protège..."

Mais bien sûr...

Oui, je sais, je suis un complotiste. 

Je pense surtout qu'on n'a pas vraiment idée des sommes colossales que ça représente, de l'enrichissement personnel de certains, de la soif de pouvoir et de puissance que ça génére, de la folie elle-même dans laquelle ces individus peuvent tomber.

Si chacun d'entre nous avions l'opportunité de gagner 500 000 euros par an ou 1 million ou davantage encore, en sachant que nos actes contribuent à un mal être chez des millions d'humains, comment agirions-nous ?

Je suis convaincu, par exemple, que les chimistes, scientifiques et financiers de chez Monsanto sont persuadés d'oeuvrer pour le bien de l'humanité...Que les ingénieurs qui ont mis au point les mines anti-personnelles étaient convaincus d'agir pour la paix...

Oui, c'est de la folie. Mais les patrons de ces sociétés sont immensément riches et les Etats touchent une partie du pactole. 

Alors, il me semble que ce "syndrome de Münchhausen par procuration", c'est quelque chose à approfondir. 

 

 

Interview imaginaire

Par Le 01/01/2018

« S’agit-il d’un récit autobiographique, demanda le chroniqueur à l’écrivain, assis face à lui, avec un regard qui se voulait complice et avenant.

Une invitation à se dévoiler si prévisible que l’auteur se contenta d’en sourire avant de répondre.

« Pour quelles raisons, commença-t-il, un récit qui s’intéresse à la dimension sexuelle des êtres devrait-il être autobiographique ? Si ce que les auteurs écrivent doit au préalable avoir été expérimenté, je ne partirai jamais en vacances avec des écrivains de thrillers, de polars, de livres gore… Imaginez un weekend avec Stephen King ou Serge Brussolo ? Aucune chance d’en revenir vivant. De la même façon, comment expliquer, dans le cas nécessaire de cette expérimentation, les récits historiques ou de science-fiction ? Des mémoires de vies antérieures pour les uns et des visions prophétiques de médium voyageant dans le futur pour les autres ? »

Le chroniqueur sembla perturbé et reprit.

« C’est une question que se posent sans doute le public et nos spectateurs à propos de « Kundalini »?

–Je pense que c’est surtout vous qui posez cette question, non pas que ça vous intéresse réellement mais parce que vous espérez qu’un sujet aussi intime que la sexualité d’un auteur fera grimper l’audimat. Les supposées questions que vous attribuez aux spectateurs ne sont donc en réalité, comme dans toute la sphère médiatique d’ailleurs, que les espoirs de buzz issus d’esprits limités par des intentions carriéristes et non par un souci réel d’informations. Même les manipulations finissent par entrer dans les éventualités que vous vous accordez pour atteindre ce but.   

–C’est assez déplaisant comme propos, coupa le chroniqueur.

–Je ne suis pas responsable du fait que mes paroles vous troublent, c’est votre problème. Moi, le mien, c’est de dire ce que je pense. D’ailleurs, vous ne devriez pas être troublé si cela ne venait pas toucher un sujet sensible que vous n’aimez pas voir étaler au grand jour. Demandez-moi plutôt quel était l’objectif de ce roman et on pourra enfin échanger sur un sujet intéressant.

–Nous vous écoutons, invita piteusement le chroniqueur.

–Je vais reprendre le cas du roman historique que j’évoquais tout à l’heure. L’intérêt de ce genre d’ouvrages, à mes yeux, est de plonger le lecteur dans une intrigue solide au cœur d’une époque qu’il n’a pas connue. Même chose avec le récit de science-fiction. Et c’est éminemment difficile à réaliser car un roman fonctionne lorsque le lecteur parvient à s’identifier et à ressentir chaque situation. Mais comment ressentir ce qui est du domaine de l’inconnu ? Sur quelles données se reposer, à quels souvenirs ou pensées personnelles se référer lorsque l’environnement quotidien n’a que peu ou pas du tout de similitudes avec la vie contemporaine ? Eh bien, tout se passe dans la dimension émotionnelle, existentielle, philosophique, spirituelle, intellectuelle, sensorielle, relationnelle, c'est-à-dire tout ce qui concerne l’humain, à proprement parler ; l’individu lui-même et non l’environnement dans lequel il évolue. Et c'est dans cette dimension essentiellement intérieure que l'imaginaire du lecteur sera suffisamment nourri pour ne plus être perdu par tout le reste. Un roman historique qui se contenterait de présenter une époque sans que les personnages n’aient réellement d’existence ne serait plus qu’un documentaire historique et non un roman. Alors, imaginez maintenant un roman à visées philosophiques, existentielles, spirituelles, un roman qui parle de développement personnel, d’amour et de sagesse intérieure, de nudité et de contemplation, un roman destiné à identifier le cheminement d’éveil d’une femme en rupture avec son ancienne vie, une femme qui découvre ce qui était en elle et n’avait jamais pu se révéler, une femme qui réalise que les horizons intérieurs sont infiniment plus beaux que tout ce qu’elle a pu expérimenter dans la dimension matérielle, un roman qui parlerait de tout ça mais qui nierait la sexualité, par pudeur ou incompétence, une autre sexualité justement, une autre exploration des corps dans une dimension spirituelle, intégralement spirituelle, ce livre-là, privé de cette sexualité, n’accoucherait que d’un essai littéraire mais pas d’un roman. J’ai reçu un jour un commentaire d’une lectrice sur un autre de mes livres. Elle disait avoir attrapé un rhume en le lisant, tellement elle avait souffert du froid. C’est une histoire qui se déroule sur le sommet du K2, vers 8600 mètres d’altitude. Alors, j’ai été infiniment heureux de lire ces quelques mots. Est-ce qu’il aurait été crédible d’écrire un roman se déroulant en Himalaya sans que le froid y tienne un rôle prépondérant ? Vous voyez l’absurdité de la chose ? Pour « Kundalini », on est dans le même registre. On n’écrit pas, selon moi, un roman sur le développement personnel et l’éveil sans explorer la dimension sexuelle. Alors, la question de savoir si c’est autobiographique ou pas, c’est juste ridicule. La question est de savoir si c’est un bon roman ou pas.

–Vous aimeriez recevoir quel genre de commentaires alors pour celui-ci ? Pas une histoire de rhume, je pense mais quelque chose de plus émoustillant, n’est-ce pas ? »

L’auteur poussa un long soupir en écarquillant les yeux, le visage de celui qui n’en peut plus de la bêtise de son interlocuteur.

« Vous devez avoir vraiment une sexualité problématique pour être aussi limité dans votre compréhension. De tout ce que j’ai énuméré dans ce roman, vous n’en gardez que la sexualité. Et vous allez jusqu'à imaginer qu’une personne va m’écrire pour me parler de sexualité. Ce qui sous-entendrait d’ailleurs pour vous qu’elle n’a rien compris au reste de l’histoire ou qu’elle n’y a attaché aucune importance. Alors, je vous dirai, qu’à mes yeux, pour qu’une sexualité entre dans la dimension sacrée, il faut justement explorer toute la sphère spirituelle et je pense que si jour, une lectrice ou un lecteur écrit un commentaire, c’est ce qui apparaîtra en priorité. Kundalini, c’est une exploration spirituelle. Dans toutes ses dimensions.

–Bien, bien, mais qu’entendez-vous par le mot spiritualité ? C’est très religieux comme terme.

–Il faudra que je pense à dire à mon attaché de presse d’étudier davantage les émissions dans lesquelles il s’efforce de me faire passer. Parce que là, on a un sérieux problème.

–C'est-à-dire ? demanda le chroniqueur qui semblait perdre son calme.

–Je réalise que vous m’avez invité uniquement pour que je parle de sexualité, enfin de ce que vous considérez comme de la sexualité mais qu’en fait, pour tout le reste, on est dans un grand vide intersidéral. Vous savez que là, depuis quelques minutes, votre taux d’audience augmente ?

–Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

–Parce que vous êtes ridicule et que les spectateurs sont ravis que ça vous tombe dessus, vu le nombre de fois où vous êtes désobligeants, cyniques, mesquins, ironiques, discourtois avec vos invités. Vous savez, les gens ne vous aiment pas en vérité. Ce qu’ils espèrent, c’est de vous voir dégringoler. Alors, si vous y tenez, on peut s’aventurer dans l’exploration de la spiritualité mais j’ai peur de vous voir mourir en cours de route. La voie est longue et semée d’embûches. Voyez, même moi, à votre contact, je finis par être railleur et c’est très désagréable. Je vais finir par ne plus être moi-même. C’est vraiment dangereux cette télé. »

L’auteur se leva et disparut sans un mot.  

L'année de chaque instant.

Par Le 01/01/2018

 

 

C'est une tradition destinée à marquer notre amour envers nos proches mais elle contient dès lors une forte contradiction avec l'instant présent et la conscience que ce Temps n'existe pas fondamentalement. 
L'année passée n'existe plus hormis dans les souvenirs que l'on cherche à préserver ou dans ceux qu'on voudrait effacer. Aucune réalité en dehors de cet écran intérieur. C'est juste un état émotionnel dont la maîtrise nous appartient.

L'année à venir n'existe pas davantage. Elle n'est qu'une extrapolation. 


Il s'agirait donc aujourd'hui de souhaiter quelque chose de bon et joyeux dans une dimension qui ne peut rien recevoir puisqu'elle n'est que néant. 
Je préfère dès lors souhaiter que chaque instant soit lumineux et qu'aucun espoir illusoire ou passé douloureux ne vienne alourdir cet instant unique. Et qu'une fois, cet instant passé, la conscience saisisse pleinement l'instant qui est là. 

Il restera à la fin de l'année 2019 à faire le bilan des instants. Et à les déposer pour que la suite existe.

Etre là, maintenant, un cœur aimant, une âme sereine. D'instant en instant, pas à pas, intérieurement nu, débarrassé de toutes entraves temporelles.

L'essentiel à mes yeux est de ne plus rien attendre dès lors que tout ce qui est de ma responsabilité a été fait pour que le meilleur survienne. Le reste n'est pas de mon ressort. Sinon de comprendre qu'il serait inutile que je m'en préoccupe.

La tradition projette l'individu dans "un temps à venir" et c'est parfois si puissant que l'instant présent en est fortement impacté. 
C'est là qu'il s'agit de différencier ce qui n'est pas de notre responsabilité de tout ce qui nous appartient. 

L'amour de nos proches se vit dans l'instant. Tout autant que l'amour de la vie.
Le reste, c'est de l'habillage. 

"Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre."

Marc-Aurèle

 

Pour finir l'année

Par Le 31/12/2017

Le dernier coucher de soleil 2017.

Place aux suivants et à toutes les autres beautés de la Nature.

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"Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine. "
Teilhard de Chardin

 

 

Contention de la conscience

Par Le 30/12/2017

 

Intuition spiritual

Definition de la contention physique passive n

Qu'en est-il de la contention de la conscience ?

Est-elle utile et bienfaisante ou s'agit-il d'une forme d'incarcération ?

Peut-on différencier une contention venant de l'extérieur d'une contention volontaire et entretenue par l'individu lui-même ?

Quelles sont les situations ou pratiques favorables à l'établissement de cette contention, quand elle oeuvre au bien être de l'individu ?

 

 

Les bas de contention sont des bas dont l'élasticité permet de comprimer la jambe et de favoriser la circulation sanguine et la remontée du sang veineux de la périphérie vers le coeur.

 

*Existe-t-il des systèmes de contention de la conscience favorisant la circulation spirituelle, c'est à dire la capacité à s'extraire du chaos extérieur pour concentrer "l'énergie de raison" vers une plus haute dimension de connaissance, comme si cette contention de l'esprit augmentait non pas le flux sanguin mais le flux spirituel, l'état méditatif, l'état de contemplation, l'état de lucidité, la sérénité et le saisissement de tout le potentiel de vie disponible ?

Personnellement, ces activités me comblent.

-Le vélo.

-La marche en montagne.

-La méditation.

-Le silence.

-L'écriture.

-L'écoute musicale.

-Le massage.

 

*Existe-t-il à l'inverse des situations et habitudes qui desservent cet état de contention ?

-La vie moderne fondée sur le matérialisme et par conséquent les désirs sans cesse renouvelés.

-Le bruit.

-L'agitation émotionnelle.

-La dépendance affective puisqu'elle induit un risque permanent de rupture ou de désillusion quant aux besoins irrésolus.

-L'actualité quand elle n'est qu'un bruit de fond, une forme d'hypnose qui capte l'attention et n'apporte rien de lumineux, une sorte de brouillard qui enveloppe la conscience, un tohu-bohu assourdissant. Certains y trouvent une ivresse qui les comble sans réaliser qu'il s'agit d'une dépendance puisque rien n'émerge de l'individu lui-même. C'est le monde de la vitesse, de la futilité, du remplacement permanent d'une actualité superficielle par une autre. Rester attaché à cette cacophonie, c'est se condamner à la surdité intérieure, la rupture avec soi. C'est le monde extérieur qui emplit l'existence et l'empoisonne.

On voit bien évidemment apparaître la similitude avec la "contention physique" appliquée par une force extérieure. Dans un cadre médical, on peut envisager que le bien du patient est l'objectif final et qu'il est "juste" de contenir l'individu... Sans tomber bien entendu dans le registre de "Vol au-dessus d'un nid de coucou".

Mais n'est-ce pas justement la réalité du monde moderne et des sociétés matérialistes ? 

Peut-on parler de bonheur et de contentement de soi dans la dimension despotique de "l'avoir" quand "l'être" n'est plus qu'une entité envieuse et indéfiniment insatisfaite ? Ne trouve-t-on pas là une certaine forme carcérale de la conscience dans une illusoire quête de la liberté ? 

 

 

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En quoi le massage peut-il être bénéfique à un état de contention de la conscience ?

Une pratique véritablement enrichissante, pour soi et pour la vie du couple. 

La Pleine Conscience est le point crucial du massage.

Le bénéficiaire du massage :  Il ou elle aura pour tâche de visualiser assidûment les mouvements des mains et chaque zone parcourue, de s'extraire des tourments ou des simples pensées intrusives. Il s'agira d'établir un lien sensoriel constant entre les perceptions et leur saisissement. Ce "travail", peu à peu, au fil des semaines, des mois, des années...améliore considérablement la conscience de soi, corporellement mais également spirituellement. L'observation maintenue est un excercice qui deviendra un élément fondamental de l'individu, un besoin, une nourriture, une forme de vie entière. C'est bien évidemment également un lien émotionnel très puissant avec le partenaire de par les échanges d'énergies. 

Cette quête de la Pleine Conscience durant le massage s'étend peu à peu à la vie quotidienne. C'est cela le plus émouvant. Comme si cet état de plénitude et d'absorption, de calme intérieur et de réceptivité parvenait à un certain niveau et devait s'étendre par manque de place ou qu'il finissait par s'infiltrer dans les carapaces de l'individu identifié. Dans le massage, il se crée un effacement profond de l'identité. C'est l'osmose entre le corps et l'esprit qui devient la "norme".

 

Le dispensateur du massage : Il peut paraître étrange de considérer que le masseur bénéficie lui aussi des bienfaits du massage et c'est pourtant éminemment le cas. Les énergies se "soignent" mutuellement et le masseur, qui a pour intention de prodiguer des bienfaits, se trouve par conséquent dans une "posture émotionnelle amoureuse", dans le sens où il œuvre au bonheur de l'être aimé et simultanément trouve une certaine estime de lui-même de par ce bonheur prodigué, sans autre intention que ce bien-être.

Cette énergie qui se diffuse par les mains du masseur, s'installe dans un système commun, une boucle, un circuit interne qui relie les deux individus. 

Le masseur est simultanément massé, non pas dans un contact matériel mais par l'entité éthérique créée par le massage conscient. Comme si l'énergie délivrée par le massage revenait en écho dans le corps du masseur. C'est de délivrer le corps de l'être aimé de toutes ses tensions quotidiennes qui génère le flux aimant. 

La contention de la conscience du masseur s'instaure dès lors qu'il parvient, non pas simplement à masser son partenaire de vie, mais à prendre soin de chaque partie du corps de son partenaire. La pensée est "contenue" par le cadre limité de la zone massée, la visualisation interne de l'énergie dispensée, l'attention amoureuse envers le genou, la main, la bouche, chaque orteil, le lobe des oreilles, les aisselles, le front...

Je ne masse pas "Nathalie" dans sa globalité avec une observation "macroscopique" et un parcours détaché mais dans chaque point qui la constitue et c'est ce parcours "microscopique," aimant, attentionné, dans une totale bénédiction envers la vie qui vibre en elle, que s'établit cette contention de la conscience.

C'est un choix délibéré, assumé, adoré.

 

 

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Qu'en est-il du silence ? C'est un défi de taille... Combien de temps passons-nous quotidiennement dans un silence total et volontaire ? Aimons-nous ces instants ? Analysons-nous les émotions qu'ils génèrent ? Sommes-nous capables de vivre silencieusement à deux sans qu'aucun ne se sente "abandonné" ou "exclu" ?

 

 

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Qu'en est-il du sport ? Je pense, au regard de multiples discussions avec des sportifs, que la dimension méditative du sport est méconnue, voire même rejetée, comme s'il s'agissait d'une dimension contraire à la pratique physique. 

C'est clair qu'entre le tir à l'arc et le football, l'opportunité de saisir cette contention de la conscience n'est pas la même. 

Cet état dans le milieu sportif est surnommé "la zone"

"La zone"

 

Un état que j'ai connu à diverses reprises et que j'aime infiniment. Des moments inoubliables, considérablement transformateurs, profondément révélateurs.

Nous sommes bien plus que ce nous percevons de prime abord.

C'est donc qu'il faut apprendre à percevoir autrement, à aborder tous les espaces inexplorés, comme des marins en quête de terres nouvelles. 

 

 

 

 

 

Sauver les abeilles

Par Le 29/12/2017

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COURRIER RECU CE JOUR

Chère amie, cher ami,

Installée depuis plus d'un million d'années sur tout le nord-ouest du continent européen, une petite abeille robuste et brune – que l'on surnomme abeille noire (Apis mellifera mellifera pour les érudits) – butine sans relâche, saison après saison, siècle après siècle, les fleurs de nos campagnes, assurant depuis des temps immémoriaux la reproduction d'une grande partie des fruits et légumes cultivés dans nos contrées.

C'est en partie grâce au travail acharné de cette abeille locale que les habitants de nos régions d’Europe ont pu se nourrir sainement pendant des siècles.

Mais comme tous les pollinisateurs, l'abeille noire est aujourd’hui victime d’une combinaison de facteurs - dégradation de son habitat naturel, pesticides, parasites et virus, espèces invasives… - qui menacent sa survie.

Comble : en lui préférant d’autres espèces d’abeilles importées, jugées plus « productives », ou « plus douces », une partie des apiculteurs eux-mêmes est en train d'accélérer ce déclin.

Les scientifiques tirent aujourd'hui la sonnette d’alarme : si rien n’est fait, ce petit pollinisateur essentiel pourrait avoir totalement disparu de notre continent d’ici 15 ans, emportant avec lui, des millénaires d'adaptation génétique au climat local, aux plantes, aux fleurs des vergers et des potagers, aux parasites et aux prédateurs.

L’abeille noire est pourtant la seule abeille à miel à avoir réussi à survivre à la dernière glaciation qui a touché l'Europe, des Pyrénées à l'Oural, il y a de cela 10 000 ans 
- faisant preuve d'extraordinaires et uniques capacités de résistance et d'adaptation à des changements climatiques extrêmes et aux changements draconiens des ressources florales.

Dans le contexte actuel de disparition massive de toutes les abeilles en France et en Europe, ce sont ces caractères exceptionnels qu'il nous semble extrêmement important de préserver au plus vite - pour l'ensemble des apiculteurs aujourd'hui, et pour nos enfants demain : l'abeille noire pourrait être l'une des seules abeilles à pouvoir s'adapter et résister aux bouleversements à venir.

A condition qu’on lui donne un petit coup de main…

Et c'est pour ça que j'ai besoin de vous aujourd'hui.

Une petite équipe d'apiculteurs courageux et de citoyens engagés, travaillent d’arrache-pied dans leur conservatoire des Cévennes, pour mettre à l’abri un maximum d’essaims d’abeilles noires, et assurer leur reproduction.

Convaincu de la nécessité et de l'urgence de ce projet de sauvetage des dernières populations d'abeilles noires, POLLINIS a décidé de soutenir leurs travaux - encourageant depuis quatre ans la création d’un véritable sanctuaire de l’abeille noire locale où ce petit pollinisateur de nos contrées pourrait évoluer dans un environnement protégé et se reproduire sans risque de subir un croisement génétique avec d'autres espèces importées.

Mais ce n’est pas suffisant : pour préserver durablement l’abeille noire, il faut recréer un environnement agricole qui lui soit favorable, et avec lequel elle pourra évoluer en harmonie.

En s’inspirant de traditions locales, enrichies des connaissances agronomiques et scientifiques d’aujourd’hui, nous avons imaginé ensemble un écosystème complet où agriculture, abeilles noires et pollinisateurs sauvages font bon ménage ; un havre pour les abeilles et les hommes. Un laboratoire vivant qui nous permettra peut-être – je l'espère ! - de faire émerger un modèle adaptable localement, ailleurs en France et en Europe... pour recréer ensemble un monde agricole et culturel favorable à l’abeille noire.

En somme, un pays où les abeilles ne meurent pas !

Nous voudrions réinstaurer une longue tradition cévenole de ruches tronc, creusées à partir de troncs de châtaigniers - un bois imputrescible. Habitat traditionnel des abeilles cévenoles depuis des siècles, elles y mènent une vie très proche de l’état sauvage.

Avec votre aide, la Vallée de l’abeille noire espère pouvoir se doter d'un rucher tronc, à côté des ruches du Conservatoire. Elles seront fabriquées avec l'aide d'une association locale qui fait appel à des jeunes adultes en situation de handicap. Elles serviront de témoins et de passeurs des pratiques apicoles respectueuses et durables qui ont permis à l’homme pendant des millénaires de coexister respectueusement avec l’abeille locale.

Pour toutes les plantations alentour, un mot d’ordre : pas d’intrants chimiques, mais une sélection des espèces les plus résistantes au climat et aux conditions locales.

Depuis deux ans, on cultive du sarrasin sur deux parcelles devant l'un des ruchers du Conservatoire. Cette plante très pollinifère se cultivait autrefois sur des sols pauvres et acides, comme ceux de Lozère, et ne requiert ni désherbant, ni pesticide. Elle fleurit longtemps, de mi-juillet à fin août, justement quand la campagne manque de fleurs. Son nectar mellifère (récolté par les abeilles pour élaborer le miel) possède une importante qualité nutritionnelle pour les pollinisateurs.

Sa culture permet de produire pour les hommes une farine sans gluten, riche en protéines et en antioxydants, et du fourrage pour les animaux. La transformation du sarrasin permet la commercialisation de produits alimentaires qui peuvent être associés aux produits de la ruche : pain, biscuits, crêpes, pâtes…, créant ainsi une opportunité économique pour les habitants de la région.

Les abeilles pourront également se repaître du pollen et du savoureux et bénéfique nectar des innombrables fleurs des vergers d’arbres fruitiers anciens qui seront plantés dans leur périmètre de butinage.

Grâce aux premiers dons des membres de POLLINIS, le projet a déjà bien avancé :

  • Le terrain a été analysé par des experts pour s'assurer de l'absence d'intrants chimiques dans les eaux et les sols, et pour mettre en place les conditions favorables à la plantation d'arbres fruitiers et à la culture de sarrasin ;
  • Du sarrasin a pu être planté sur deux hectares ;
  • Les travaux agricoles ont été lancés pour préparer la plantation du verger et des cépages.
  • Le bail du terrain agricole a été payé ;
  • Des ruches supplémentaires ont été installées dans le Conservatoire.

Des données quantifiables sur la santé des abeilles ou la viabilité des activités économiques sont d’ores et déjà recueillies : Ophélie Toudic, étudiante en génie biologique à l’IUT d’Avignon, avec l’appui de Lionel Garnery, chercheur au CNRS, spécialiste de l’abeille noire ont étudié la diversité génétique de la population d’abeilles locales et les ressources mellifères du lieu.

Mais pour pouvoir consolider et transmettre ce modèle agro-culturel et écologique aux personnes qui souhaitent mener des projets similaires, et développer ensemble une économie permettant la préservation des espèces locales et de l'environnement, il y a encore beaucoup à faire.

Il faut notamment construire et mettre en place le rucher tronc, poursuivre la réouverture des zones forestières, greffer les châtaigniers en espèce anciennes et planter les arbres fruitiers anciens de Lozère. Et surtout, il faut pouvoir embaucher et œuvrer à l’installation d'un agriculteur formé à la gestion de l’environnement, et développer la filière locale de transformation du sarrasin (farine pâtes, biscuits, crêpes…) pour prouver l’intérêt économique de notre démarche !

Sans cela, le conservatoire ne restera qu’un « musée » de l’abeille locale disparue…

… Aidez-nous, au contraire, à créer un modèle durable pour faire prendre conscience dans le pays tout entier du potentiel économique gigantesque de nos pollinisateurs locaux – seule façon d’assurer leur protection à grande échelle !

Vous pouvez donner 15 euros, 30 euros, 50 euros, 100 euros, ou 200 euros ou plus selon vos moyens.

Quel que soit le montant de votre participation, soyez assuré qu’elle sera pour nous une aide précieuse, efficacement utilisée pour nous permettre de mener jusqu’au bout ce projet salvateur pour l’abeille noire locale, dans les Cévennes d’abord, et à terme – nous l’espérons - dans toute la France et l’Europe.

BOUTON VAN JAUNE

Il ne nous reste pas beaucoup de temps : la pression chimique sur les abeilles et l'ensemble des pollinisateurs ne cesse de s’intensifier, et l’abeille noire n’échappe malheureusement pas au massacre. Les scientifiques ne lui donnent que 15 ans à vivre, si rien n’est fait immédiatement pour stopper l’hécatombe.

La disparition de ce petit insecte réduirait à néant tous les espoirs de repeupler les territoires avec leur écotype d’abeille naturellement résistante, et d’enrayer en Europe du Nord-Ouest le déclin alarmant des abeilles et des pollinisateurs.

La préservation de l’abeille locale est le meilleur moyen dont nous disposons, aujourd’hui, pour garantir aux générations futures un pollinisateur naturellement résistant.

Elle a nourri les peuples, des Pyrénées à la Scandinavie, pendant des siècles, avec son miel riche en médicaments naturels, et en pollinisant sans relâche les cultures dont se sont nourris nos ancêtres : à nous de rétablir pour elle un environnement agricole et culturel dans lequel l'homme et l'abeille coexistent dans le respect et l'autonomie.

Aidez-nous, par votre don, à construire le pays où les abeilles ne meurent pas !

Je vous remercie par avance.

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué Général

Pour participer, cliquez ici >> JE FAIS UN DON

 
 

POLLINIS Association Loi 1901
ONG indépendante, financée exclusivement par les dons des citoyens, qui se bat pour la protection des abeilles et des pollinisateurs sauvages en militant notamment pour un modèle agricole sans pesticide en Europe.
10, rue Saint Marc 75002 Paris www.pollinis.org

Spinoza et l'éthique diplomatique.

Par Le 28/12/2017

"Le monde extérieur est un reflet de votre monde intérieur.
Vous ne pourrez rien trouver à l’extérieur de vous que vous n’ayez trouvé en vous. Car même ce que vous trouvez extérieurement, si vous ne l’avez pas déjà trouvé intérieurement, vous passerez sans le voir.
Plus vous aurez découvert l’amour, la sagesse, la beauté intérieurement, plus vous les découvrirez autour de vous. C’est une loi.
Vous pensez que si vous ne voyez pas certaines choses, c’est qu’elles n’y sont pas. Si, elles y sont, et si vous ne les voyez pas, c’est parce qu’il faut les développer encore plus en vous.
Le monde extérieur n’est fait que des reflets du monde intérieur, donc ne vous faites pas d’illusion, vous ne trouverez jamais la richesse, la paix, le bonheur extérieurement si vous n’avez pas d’abord fait le travail de les trouver intérieurement."
Omraam

 

Etonnant comme ce texte fait écho à ce que je lis dans les ouvrages de Spinoza ou ceux des quelques philosophes qui analysent ses écrits.

J'ai lu trois fois de suite un remarquable et passionnant article de Baptiste Morizot à ce propos. Un grand bonheur. Le genre de texte qui vient implanter de façon claire tout ce qui tourbillonne à la sortie d'un ouvrage de Spinoza.

Il analyse la notion d'éthique diplomatique de Spinoza et développe l'idée que l'intérieur du soi est constitué d'affects qui s'opposent. La joie et la tristesse en sont les extrêmes. 

Il n'est de possibilité d'améliorer le monde extérieur qu'en visant la vertu en soi, vertu qui consiste non pas à nier ou à brider les affects les plus néfastes mais à développer et à se concentrer sur les affects les plus lumineux.

De la même façon, il est vain de nier ou de vouloir combattre les réalités les plus sombres de l'humanité sans avoir cherché à développer au préalable l'homme lumineux. 

Dans l'écriture de "JUSQU'AU BOUT", c'est ce que j'ai cherché à développer. Combattre le mal par le mal est un mal supplémentaire, nullement l'émergence certaine d'un bien. Il faut ériger l'amour en soi pour s'élever au-dessus du mal et c'est l'abandon de la lutte contre le mal qui y mettra fin. 

Un conte amérindien a mis cela en image :

"En tout homme, il y a deux loups, dit le vieux sachem : un noir et un blanc. Le noir est sûr de son dû, effrayé de tout, donc colérique, plein de ressentiment, égoïste et cupide, parce qu'il n'a plus rien à donner. Le blanc est fort et tranquille, lucide et juste, disponible, donc généreux car il est assez solide pour ne pas se sentir agressé par les événements.

Un enfant qui écoute l'histoire demande :

- Mais lequel suis-je, alors ?

-Celui que tu nourris."

 

Il est clairement néfaste, selon Spinoza, de vouloir lutter, brider, apprivoiser, soumettre le loup noir en soi. Il existe, c'est un fait et la pire des choses est de s'en trouver coupable. La culpabilité envers des passions, des désirs, des excès n'aboutit qu'au renforcement de ces différents affects. Par l'énergie qui leur est accordée et qui n'est pas transmise à l'émergence du loup blanc.

Il n'est donc de salut qu'à travers l'exploitation joyeuse et humble des affects les plus sains, pour soi et les autres. C'est là que se trouve la vertu et elle réclame des efforts. Non pas dans une lutte bipolaire contre des forces sombres qu'on voudrait arracher mais des efforts dans l'application à saisir et nourrir le loup blanc en soi. 

Il existera dès lors un lieu lumineux où il sera toujours possible de venir s'apaiser après des moments troublés. Sans aucune honte, ni regret, ni culpabilité, rien qui ne viendrait empêcher le loup blanc de se dresser.

Le loup blanc ne peut exister qu'à travers les épreuves générées par le loup noir. Il ne serait donc pas juste de renier ce loup noir, de vouloir le taire et même de l'oublier sans avoir compris l'enseignement qu'il propose. 

Et une fois, cet enseignement validé, il conviendra de toujours remercier l'épreuve, de ne pas oublier d'où on vient.

La discipline exigeante de l'éthique diplomatique de Spinoza libère l'humain de la morale du cocher, cette morale qui voudrait que l'homme raisonné de Descartes conduise l'attelage en soumettant l'homme passionné.

Pour Spinoza, il faut bâtir par une raison contenue et non par une raison carcérale, l'expérience d'une vie si intense que les passions alliénantes et morbides perdent leur intérêt.  

"La liberté existe : c'est l'art d'aménager les systèmes d'irrigation en soi qui font émerger des désirs émancipateurs et nourrissent nos fauves les plus nobles. L'éthique ne consiste pas à s'élever fièrement au-dessus de l'animal en soi mais dans une certaine manière d'être l'animal que nous sommes. C'est le statut de la raison elle-même qui se transforme à travers Spinoza. Elle n'est plus un pur esprit qui contrôle les passions, mais une certaine figure du désir lucide, le désir de bien vivre, selon sa nature, de cohabiter avec les désirs-fauves bien vivants qui sont sa véritable essence. Elle devient un art de la diplomatie; un art de vivre en bonne intelligence avec ce qui, en nous et hors de nous, ne veut pas être domestiqué. " Baptiste Morizot


 

 "Avant de songer à réformer le monde, à faire des révolutions, à méditer de nouvelles constitutions, à établir un ordre nouveau, descendez dans votre cœur, faites-y régner l'ordre, l'harmonie, la paix. Ensuite seulement, cherchez autour de vous des âmes qui vous ressemblent et passez à l'action."
Platon
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Autour du monde.

Par Le 28/12/2017

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25
DÉC-2017

UN AN DE NOUS – BILAN DE MON ANNÉE DE VOYAGE SANS ARGENT

CONSEILS AUX VOYAGEURS   /  

 UN AN DE NOUS ♥

Il y a quelques jours, j’ai fêté mes un an. Un an depuis le début de ce tour du monde, un an de rencontres et de découvertes, de galères et de moments de joie intense. Cette année a été riche pour moi. J’ai été bien plus loin que je ne l’imaginais, d’abord sur la route, mais surtout en moi-même. J’ai rencontré la mer, la voile, la nature, les Antilles, et puis l’écriture. J’ai commencé à vous parler. Un an autour du monde, sans argent, seule et en stop, je ne pensais jamais en être capable, mais j’en sors grandis et troublée. Quoi qu’il se passe demain, je n’oublierais jamais. Pour fêter cet anniversaire merveilleux, et parce que la première étape de ce voyage vient tout juste de prendre fin (il y a deux jours je suis rentrée à la maison), je crois que c’est l’heure du bilan.

 

Arrivée en Colombie, après 1 an et cinq jours de stop !

DÉPENSES DURANT MON ANNÉE DE VOYAGE

Beaucoup d’entre vous me demandent si je voyage vraiment sans argent, et si non quel a été mon budget, voici donc les chiffres exactes de mes dépenses de l’année 2017 :

Hébergement 11 euros (une nuit en guest house à Malaga)

Nourriture 240 euros

Transport 5 euros (un bus pour rejoindre une ONG au Panama)

Equipement 88 euros (un ordinateur d’occase, du fil pour fabriquer des bracelets, un paréo et quelques produits d’hygiène)

Organisation 303 euros (80 euros pour renvoyer mes vêtements d’hiver à la maison, 223 euros le billet d’avion pour rejoindre les Sea Shepherd à Cancun)

Projets 63 euros (abonnement workaway annuel et hébergement de mon blog)

Visa 18,5 euros (taxe d’entrée des îles San Blas)

TOTAL : 728,50 euros

Cet argent provient essentiellement d’un job d’été que j’ai exercé à mon retour d’Asie en 2016, et 100 euros m’ont été donné par un couple de retraités qui suit mon blog depuis son ouverture et voulaient m’encourager. Je ne gagne aucun argent via ce blog, rien n’est monétisé, aucune pub, annonceur ou partenaire ne me rémunère.

Visa : Durant ce voyage, je n’ai payé qu’un visa. En bateau, faisant partie de l’équipage, je n’en avais pas besoin – et puis dans les îles je n’ai déclaré ni mon arrivée ni mon départ. Je précise que c’est absolument illégal mais plus simple, rapide et gratuit. J’ai pris le risque ici, mais à ne pas tenter pour Cuba par exemple et d’autres îles plus contrôlées. Pour la Guadeloupe et la Martinique pas besoin de visa, ce sont des départements français. Ensuite les frais ont été pris en charge par les Sea Shepherd lorsque je travaillais avec eux. De nombreux pays sont accessibles sans visa pour les ressortissants Suisses et Français.

Frais annexes : 600 euros d’assurance voyage payé chaque début d’année (je n’ai aucune autre couverture) – billet de retour depuis la Colombie offert par mes parents pour me permettre de rentrer à Noël.

 

ITINÉRAIRE

Comme toujours, je suis partie de chez moi, en Suisse. Départ le 8 décembre 2016 en direction de Gibraltar pour trouver un bateau : Lausanne – Alès – Marseille – Toulouse – Bordeaux – Pau – San Sebastian – Cazorla (magnifique) – Grenada – Malaga – Cádiz – Tarifa – Gibraltar, en environ un mois.

J’ai passé un mois à Gibraltar à caréner et préparer le bateau pour la transat avec le capitaine, et puis nous sommes partis le premier février. 28 jours de navigation, de Gibraltar à la Barbade, avec deux jours de ravitaillement à Gran Canaria.

En suite j’ai passé environ six mois dans les Caraïbes : Barbade – îles Grenadines – Guadeloupe – Dominique – Guadeloupe – Martinique – Tobago – Trinidad. Puis, fin septembre, j’ai rejoint les Sea Shepherd à Cancun pour une mission de sept semaines : Cancun – Martinique – Dominique – Guadeloupe – Dominique – Curaçao – Sainte-Lucie – Iles Vierges – et enfin le Panama. J’y ai travaillé avec l’asso GeoParadise durant près de deux mois.

Dernière ligne droite, la traversée Panama – San Blas – Colombie, où j’ai voyagé en bateau à moteur gratuitement grâce à l’asso qui organise des allers-retours pour la Colombie.

Je n’avais pas prévu d’itinéraire ni de durée dans chaque pays, je me suis juste laissée porter et j’ai suivi mes coups de cœurs – notamment pour la Guadeloupe où je me sens comme chez moi, et la Dominique qui n’en finira jamais de m’émerveiller. J’avais dès le départ pris la Colombie comme point de mire, et j’ai fini par l’atteindre (un peu débraillée) après un an et cinq jours de stop !

–

COMMENT VOYAGER SANS ARGENT

La question par excellence : comment je fais, quelle est ma recette, mon secret ? J’aurais voulu vous donner une formule magique qui marcherait dans tous les cas de figure, mais évidemment, chaque situation est unique. Par contre je peux vous raconter mes différentes expériences et partager avec vous quelques conseils.

POUR LES TRANSPORTS :

Je me déplace à pieds ou en stop, en voiture ou en bateau, et même en avion-stop dans les Caraïbes.

L’auto-stop est devenu presque naturel pour moi, c’est la méthode que je préfère et que je connais le mieux (environ 25’000 km parcourus déjà – à travers l’Europe, l’Asie, dans les îles et depuis peu, en Amérique Latine). Je m’émerveille toujours autant des rencontres brèves et intenses qu’offre ce mode de transport.

J’adore faire de l’auto-stop sur de grandes distances, des centaines, des milliers de kilomètres sans m’arrêter. Parfois sans même avoir de destination. C’est le moment où je me sens le plus libre, où j’ai l’impression que le monde est un vaste terrain de jeu. En général, je pars le matin de bonne heure, et j’avance. Puis selon mon envie, je m’arrête dans un coin plaisant, ou chez des gens avec qui j’ai envie de partager plus de temps. Souvent les conducteurs se prennent de sympathie pour moi et mes histoires saugrenues, me proposent de m’héberger et m’invitent à leur table pour partager un repas.

Je n’ai jamais rencontré de réel problème en auto-stop après bientôt trois ans de pratique. Deux conducteurs m’ont fait des avances que j’ai déclinées poliment avant de demander à sortir de la voiture. Avec le temps, on acquiert plus de sang-froid, de diplomatie et de facilité à communiquer ses malaises, et cela règle bien des malentendus.

Ma plus longue attente a eu lieu en Espagne – un pays où j’ai vraiment galéré – plus de 40 heures de stand by dans une station-service, jusqu’à ce qu’un routier me sorte de ma galère. J’ai aussi à quelques occasions attendu des 6 -7 heures sous une pluie diluvienne dans des coins perdus. Mais en général, si le trafic est bon, je n’attends pas plus d’une heure. Parfois – et ça m’arrive de plus en plus souvent – je n’attends même pas dix minutes.

Il m’est arrivé une seule fois en un an de ne pas avoir le courage de faire du stop et de préférer prendre un bus. C’était au Panama, je quittais les Sea Shepherd, j’avais été malade toute la semaine, je me sentais affaiblie. Je ne voulais pas partager ma peine et me traîner sur des bords de route, je n’avais pas envie de parler, alors j’ai emprunté le bus local. J’essaye toujours d’être en forme, joyeuse et motivée quand je fais du stop, comme pour laisser une bonne image afin que le conducteur ait envie de s’arrêter pour le prochain auto-stoppeur.

 

Une anecdote en auto-stop ? Le jour où j’ai aimé l’auto-stop

 

Entre le bateau-stop et moi, c’est un amour vache. Autant vous dire qu’en trois ans de voyage, je ne suis jamais autant sortie de ma zone de confort qu’en traversant l’Atlantique en voilier. Ma seule connaissance en navigation était jusqu’alors ma propension remarquable au mal de mer, domaine dans lequel j’excelle depuis toute petite. Trois semaines enfermée sur un bateau, jour et nuit, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige (rarement, je l’avoue), avec peu de repos et peu d’intimité.

En route pour Tobago !

Pourtant, il y a un truc qui me réjouit et me charme dans la voile. Je ne sais toujours pas le nommer ni l’expliquer, mais la mer m’attire malgré tout. J’aime le temps suspendu, les distances que l’on compte en jour, les étoiles, le vent, les levers et couchers de soleil. J’ai un souvenir très ému de la deuxième nuit de la transat, où une multitude de dauphins (je parle de centaines) ont nagé avec le bateau durant trois heures, traçant derrière eux leurs trajectoires de pontons lumineux. Je crois que c’est la plus belle chose que j’aie vue de toute ma vie. Teagen (la fille du capitaine) disait que l’océan était une discothèque, et ensuite plus personne n’a parlé, nous étions comme absorbés par le spectacle. Il n’est pas impossible que l’on ait tous un peu pleuré.

Alors malgré les difficultés, je persévère. J’apprends à garder le contenu de mon estomac en place, je m’intéresse de plus en plus à la navigation, au réglage des voiles, à la vie en mer, aux différents termes et nœuds marins. Je m’adapte, je prends sur moi, j’apprends à apprécier le malmenage des vagues et les vents salées, les quarts sous la pluie, la cuisine spartiate, les tâches nécessaires au maintien d’un bateau. J’ai embarqué sur cinq voiliers différents en bateau-stop cette année, et parcouru plus de 5’000 miles nautiques à la voile (je ne compte pas mon passage chez les Sea Shepherd car nous étions « au moteur » et non à la voile).

Je raconte comment j’ai trouvé mon voilier pour la transat dans cet article. À chaque fois la démarche a été plus ou moins la même. Je rencontre les capitaines directement sur les pontons, à la capitainerie où il m’arrive de laisser des annonces, ou dans des bars de la marina. Parfois je déniche un bateau en partance par simple bouche à oreille. J’ai toujours trouvé un bateau où loger dans les ports, ce qui m’a permis d’être sur place et prête à embarquer à tout moment. Je n’ai encore jamais fait usage de bourse aux équipiers en ligne.

Je sais que certains d’entre vous attendent l’article de ma transat depuis des mois, mais je n’arrive toujours pas à en écrire un mot, tant l’expérience m’a été forte, riche, déstabilisante. Promis, un jour !

Lors de mon départ de Guadeloupe le 20 août, j’ai volé ! Dans les airs, pour de vrai, pour la première fois depuis mon retour d’Asie. Ce fut ma première expérience en avion-stop. Quelques semaines auparavant, je m’étais rendue dans un aéroclub de Saint-François avec mon amie Val pour demander aux pilotes si quelqu’un avait prévu un départ prochainement, et s’il me serait possible de partir, peu importe la destination. Aucun vol n’était prévu, je venais de louper de deux jours le départ d’un pilote pour une île au sud des Antilles (dont le nom m’échappe).  Le patron de l’aéroclub (super sympa), m’offrit un tour d’ULM jusqu’à la Pointe des Château, et c’était magnifique. J’ai quand même laissé mon contact à l’aéroclub, « au cas où ».  Un jour, environ un mois plus tard, j’ai reçu un appel de Simon qui me proposait de voler avec lui jusqu’en Martinique : ‘’départ dans deux jours’’. Mes plans avaient un peu changé entre-temps, j’avais prévu de voyager quelques semaines avec Baptiste, que je venais de rencontrer après sa traversée de l’Atlantique en Pédalo. Je n’étais pas du tout prête à partir. Simon m’a alors proposé de venir avec Baptiste, et nous avons emballé toutes nos affaires en un temps record, et l’avons rejoint à l’aérodrome de Pointe-à-Pitre sans aucun autre plan en tête. Moins d’une demi-heure plus tard nous atterrissions (tout perdus) en Martinique.

Je n’ai pas eu l’occasion de retenter l’expérience pour le moment, et j’ai peu de conseils à vous donner pour cette pratique, mais je crois qu’il suffit d’oser se lancer. Ne pas être trop pressé, trouver un aéroclub ouvert au public, parler de son projet avec les employés et les pilotes. Il ne reste plus ensuite qu’à faire confiance à la chance !

 

POUR L’HÉBERGEMENT :

Je passe souvent mes nuits chez les gens que je rencontre durant la journée, mes chauffeurs principalement. Si je ne rencontre personne pouvant m’accueillir, ce qui est plutôt rare, je sollicite l’hébergement auprès d’inconnus qui m’ont l’air sympathiques. Il m’a fallu des mois et des mois pour oser accoster quelqu’un dans la rue ou un parc, et lui demander si je pouvais dormir chez lui. Je n’ai toujours pas la classe infinie d’Antoine de Maximy, mais j’y travaille ! Je raconte mon projet et demande – sans insistance aucune – si la personne serait d’accord et contente de m’accueillir chez elle. Je précise que je suis dans une démarche sans argent qui m’est personnelle, que c’est un choix, que je ne lui en voudrais aucunement de refuser. Souvent elle accepte. Parfois il m’arrive aussi (de plus en plus rarement) de me servir de la plateforme couchsurfing pour trouver des hôtes. J’adore le couchsurfing car j’y ai souvent été hébergée par des voyageurs en pause, où en tout cas des gens déjà ouverts à l’idée d’accueillir un étranger chez eux. Je n’ai jamais rencontré aucun problème avec mes hôtes (qu’ils soient hommes, femmes, vieux, jeunes, d’Europe, d’Asie ou des îles). Je suis contente que le couchsurfing ait été là pour m’aider à me lancer. Cela reste un filet de sécurité pour moi, même si aujourd’hui je préfère de beaucoup l’idée de dormir chez des gens pas forcément enclins à accueillir quelqu’un chez eux à la base. Et de leur donner l’envie de recommencer.

Il m’est cependant arrivé dans quelques rares cas (six nuits durant ce voyage, onze lors de ma traversée de l’Europe) de ne rencontrer personne prêt à m’accueillir. Lorsque cela arrive, j’essaye de trouver un lieu où je me sens en sécurité pour me reposer quelques heures. J’ai déjà dormi dans un aéroport, une gare, entre deux étages d’un immeuble, dans une cage d’escalier, une station-service, la réception d’un hôtel (qui avait accepté ma présence sur son canapé tant que je restais assise), un musée, chez les pompiers, et sur quelques bancs. Dans ces cas -là, je ne dors pas vraiment, je somnole, et je repars le lendemain à la première heure. Il m’est arrivé une fois de craquer, en Espagne toujours, après trois nuits de galère en plein hiver – j’ai réservé un lit dans un Guest house à Malaga. Ce fut la seule fois entre mes deux voyages sans argent.

Lors de ce voyage, il m’est également arrivé de dormir seule en pleine nature. J’ai acheté un hamac avant mon départ, un truc super avec une moustiquaire et une bâche (la bâche me servant aussi de veste de pluie). J’ai surtout dormi dans la jungle en Dominique et au Panama, en prenant soin de m’éloigner au maximum des traces humaines. Je ne m’explique pas encore ce phénomène, mais quand je voyage dans la nature, ce sont les humains qui me font le plus peur (alors que d’habitude je recherche leur présence). Je me rappelle de mes premières nuits dans la jungle quand, au moindre bruit, je bondissais avec mon couteau en criant. Ça me fait rire aujourd’hui, mais la solitude m’a parfois rendue paranoïaque ! Quand je m’enfonce dans la nature, j’essaye de trouver quelqu’un qui puisse me prêter du matériel pour cuisiner et une carte, je me renseigne sur les plantes comestibles locales, sur les animaux ou insectes auxquels je dois prêter attention. Je transmets vaguement une idée de mon programme à un ami, même s’il change souvent. Et je pars sans téléphone ni balise – sans filet de sécurité – en concentrant toute mon attention à ne pas tomber ou me perdre.

Aujourd’hui j’ai acquis quelques notions de vie sauvage, mais c’est une pratique que j’aimerais beaucoup approfondir en 2018. Je voudrais marcher des mois seule dans la nature, apprendre d’elle, me nourrir d’elle, et ne plus la craindre. J’ai parfois du mal à comprendre comment l’homme moderne a pu s’éloigner autant de la nature, et penser qu’il peut trouver son équilibre sans même la considérer. Aujourd’hui j’aimerais bien lui accorder une place encore plus grande dans ma vie. Je pense donc que mes prochains projets se passeront en immersion et à pied. Idée à creuser !

 

POUR MANGER

Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, je suis souvent invitée à manger par un grand nombre de personnes, qui, en plus de m’accueillir et de m’offrir de la nourriture, me fêtent ! Ce sont pour moi des moments de joie inouïe.

Quand personne ne m’invite, j’essaye de trouver ma propre nourriture. Je glane les vivres encore comestibles qui ont été jetés à la poubelle des super marchés ou des épiceries, je demande à récupérer le vieux pain des boulangeries, les légumes moches ou invendus de fin de marché. Parfois des pêcheurs m’offrent un poisson parce qu’ils en ont assez pêché pour eux (c’est beaucoup arrivé dans les îles). Quelquefois, il m’est arrivé d’échanger un repas dans un restaurant contre de l’aide pour la vaisselle ou pour les nettoyages. Ma solution de secours, l’ultime, quand j’ai vraiment faim/froid/soif, consiste à m’installer dans un fast food, à récupérer un gobelet pour me servir à la fontaine de soda et à m’enthousiasmer devant des restes de frites molles. Dans la nature je mange principalement des noix de coco, mâche de la canne à sucre et des racines. En Norvège je pêchais beaucoup, mais ayant cassé ma canne avant d’atteindre les Caraïbes cette année, j’ai dû faire sans.

Désormais, j’essaye de trouver de la nourriture avant d’avoir faim, car quand le ventre gargouille cela devient compliqué. Néanmoins, mon estomac s’est habitué à ne plus manger aussi régulièrement qu’à la maison et encore moins à heure fixe. Je mange quand je peux, en général un bon repas par jour. Il m’est arrivé de ne rien manger pendant trois jours, mais cela reste du domaine de l’exception.

 

Pour plus de conseils par rapport au Freeganisme, je vous invite à lire les articles d’Astrid d’Histoire de Tongs. D’ailleurs son blog est une mine d’informations, elle a écrit beaucoup d’articles pratiques sur le voyage alternatif, le stop, la vie en van ou sans argent. Je vous le conseille mille fois.

Pour tous les autres conseils pratiques, j’ai lu et relu durant des mois la Bible du Grand Voyageur, que je vous conseille également.

 

 

VOLONTARIAT

Durant cette année de voyage, et c’est la grande nouveauté pour moi, j’ai commencé à pratiquer le volontariat. Je me suis rendu compte qu’en ne travaillant plus au sein d’une entreprise, j’avais énormément de temps à consacrer à d’autres projets, notamment écrire des textes. J’ai aussi pu m’investir dans différentes causes visant à aider mon prochain, ce qui pour moi compte autant que le voyage et l’écriture.

J’ai participé à trois projets durant cette année 2017 :

Le premier était un bénévolat sur l’île de la Dominique, au cours duquel pendant un mois et demi j’ai pris soin de trois garçons (3, 5 et 10 ans) habitant dans la jungle. L’idée était de leur proposer des activités de plein air et de leur faire l’école à la maison. Je me suis énormément attachée à Souley, le plus grand, avec lequel je partais à la plage ainsi qu’à la recherche frénétique de noix de coco. Il me manque tous les jours et j’espère le revoir vite.

Ensuite, j’ai rejoint les Sea Shepherd pour une durée de six semaines. J’ai participé à la campagne « Good Pirates of Caribbean » qui venait en aide aux sinistrés d’Irma, et dans l’urgence, à ceux de la Dominique. C’est dans ce cadre-là que j’ai lancé une seconde campagne Urgence Dominique. Une fois la campagne terminée, nous sommes partis au Panama où j’ai débarqué. Je raconte la campagne de manière plus complète dans cet artcle.

Début de la campagne des Sea Shepherds – Cancun.

Le troisième projet dans lequel je me suis investie cette année a été mené auprès de l’ONG GeoParadise qui œuvre au Panama dans le but de venir en aide aux populations indigènes. Depuis 2011, l’organisation travaille à améliorer la qualité de vie des tribus, tout en les aidant à conserver leur culture et leur héritage menacés. En 2013, le festival Tribal Gathering est né, un événement durant lequel se rassemblent chaque année des tribus du monde entier ainsi que des visiteurs pour un échange culturel de trois semaines. Mon travail auprès de l’association consistait à synthétiser tous les projets ayant eu lieu depuis 2013, ainsi que ceux prévu pour l’année 2018. J’ai créé un fichier PDF de douze pages et les textes de leur nouveau site internet. J’y suis restée durant un mois et demi.

Dans ces trois projets, j’ai eu la chance de m’épanouir, d’apprendre sur moi, sur les autres, mais surtout de découvrir une manière de travailler très différente de celles que j’ai connues jusque-là. Le travail bénévole m’apporte plus de plaisir et de valeur que s’il était rémunéré, peut-être par la part d’engagement. Dans les trois cas j’ai été nourrie logée et je n’avais aucune dépense à prévoir (excepté le vol pour rejoindre les Sea Shepherd au Mexique). J’avais trouvé le premier bénévolat en Dominique grâce à la plateforme WorkAway. Pour le Sea Shepherd j’ai postulé sur leur site internet, et pour GeoParadise je les ai contactés par mail via leur organisation, que je connaissais déjà grâce au festival.

Au départ je voulais m’engager dans l’humanitaire mais à force de me renseigner, j’ai renoncé. Beaucoup d’actions humanitaires sont devenues du simple tourisme, une forme de business allant parfois jusqu’à détruire l’équilibre fragile de certains villages. N’ayant ni pratique précise à offrir, ni suffisamment de connaissances pour démêler les bonnes actions des mauvaises, j’ai préféré laisser tomber.

Avant de se lancer dans l’humanitaire, je conseille à chacun de visionner ce reportage :

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POURQUOI VOYAGER SANS ARGENT

C’est la question que l’on me pose le moins, mais qui pourtant tourne en boucle dans ma tête depuis plus de deux ans. Après 16 mois de voyage sans argent – dont cette année complète et mon premier projet en Norvège – je ne suis toujours pas très sûre des raisons d’un tel choix. Parfois je doute carrément de ma démarche.

Lors de mon premier voyage de quatre mois à travers l’Europe, j’ai parcouru près de dix mille kilomètres en stop pour reprendre confiance en l’être humain. J’avais été profondément blessée par l’agression de l’un de mes proches l’année précédente, et je m’enfonçais dans la haine ; dans la colère, la peur et la tristesse. Je devenais quelqu’un que je ne voulais pas être. Alors j’ai préféré la route à la violence, dans un ultime élan que je ne conscientise toujours pas totalement aujourd’hui. J’ai choisi de partir sans argent suite à une drôle d’aventure qui m’est arrivée à Toulouse, que je vous ai déjà racontée ici. C’est ainsi que je suis partie en avril 2015 avec l’objectif de rejoindre le Cap Nord, sans cash, sans carte de crédit, sans itinéraire précis ni matériel adéquat. Je voulais juste arriver au Cap Nord, sans plus de raison que ça. J’y suis parvenue le 29 juillet 2015, une date que j’affectionne particulièrement, que je fête plus que n’importe laquelle. Puis je suis rentrée chez moi, en stop toujours. Ce voyage fut extraordinaire, une découverte incroyable, une renaissance, une ouverture sur un monde que je ne connaissais pas, une bonne grosse claque. C’est d’ailleurs le sujet du livre que j’écris actuellement.

En fin d’année 2016, j’ai à nouveau ressenti ce besoin de partir, sans argent, sans itinéraire, sans date de retour, avec un matériel un peu moins merdique mais très minimaliste. Je voulais faire le tour du monde sans argent. J’aime l’abandon, le lâcher-prise, l’urgence parfois, que je ressens en voyageant sans argent. Chaque jour est nouveau, aucune situation ne se répète, je vis de système D et de rencontres, et cette vie me plait plus qu’aucune autre. Elle me correspond je crois.

Mais au-delà du plaisir, je sais que ma démarche est avant tout une recherche, une quête. Je suis un peu extrême comme fille, et j’ai choisi de me passer d’argent dans mon quotidien (hormis quelques exceptions citées au début de l’article), comme pour le remettre à sa place. Ou plutôt, m’aider à trouver sa juste place dans ma vie. Je m’explique : depuis ma naissance je grandis dans un monde où l’argent existe, est capital et établi pour chacun de nous. Moi je m’en suis toujours plus ou moins servi, sans jamais me questionner sur son existence, c’était normal, il était là, c’était indiscutable. Mais d’un coup, j’ai eu envie de discuter, envie de me passer d’argent pour tester autre chose, un autre partage ; un retour au troc et à l’échange. J’ai eu besoin de supprimer totalement l’argent de ma vie, pour ensuite pouvoir lui accorder une place plus juste dans mon quotidien. Je n’ai rien contre l’argent – c’est un outil comme un autre – mais malheureusement on s’en sert souvent mal et je voulais renouer un rapport sain avec. Cette coupure s’avérait nécessaire.

Hormis cela, il y a toute la dimension humaine d’un tel voyage. Dans notre société, le fait de demander de l’aide ou même d’avoir besoin de l’autre, est considéré comme une honte ou un signe de faiblesse. Et je trouve ça malheureux, dommageable, terriblement triste. On en est arrivé à un stade où tout se paie (et tout peut s’acheter), où l’on s’enferme chez soi, où l’on ne regarde même plus son voisin – si ce n’est pour le critiquer ou se comparer. Apprendre à demander a été un pas très important dans ma vie. Je crois même que cela m’a appris à mieux donner. Je fais en sorte de ne jamais forcer la main de qui que ce soit ; ne jamais tomber dans la pitié ou l’obligation, mais bel et bien dans un échange joyeux et respectueux. Je crois, et je l’espère vraiment, que les gens qui me viennent en aide le font par plaisir, que cela leur fait du bien, autant qu’à moi quand j’ai la chance d’offrir en retour.  Je crois sincèrement que la gratitude – comme la générosité – rendent heureux.

Les voyages, l’aventure, les rencontres me comblent et me rendent profondément heureuse, malgré les difficultés, l’énergie que cela me demande et les manques que je ressens parfois. Je suis devenue quelqu’un de meilleur et je crois que je transmets mes joies et mes espoirs plutôt bien. Je continue à espérer que ce que je fais a un sens et même si je ne l’ai pas encore totalement trouvé, je crois que je suis sur la bonne voie.  Il y a un adage auquel je m’accroche quand je doute (très souvent) ou que je ne sais pas quelle décision prendre – en voyage ou dans n’importe quel contexte : « n’est juste que ce qui est fécond », de Goethe. Il n’était pas con ce gars-là ! 

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LES PROJETS DE 2018

– Ecrire mon livre, et le voir publier. C’est mon objectif principal pour les six prochains mois, écrire, écrire et écrire, enfermée dans ma chambre et clouée à mon siège, jusqu’à ce que j’aie couché sur le papier tout ce que j’ai envie de dire depuis si longtemps, et que le contenu me plaise assez pour l’envoyer à mon éditrice.

–  Intervenir au festival des Jeunes sans Frontières d’Avignon en février, comme chaque année quand je suis en Europe.

– Traverser toute la Nouvelle-Zélande à pieds et en solitaire. Au mois d’octobre 2018, je vais emprunter les traces de Te Araroa Trailpour une marche d’environ six mois, 3000 kilomètres du nord au sud. Une aventure qui me demandera de la préparation et de l’entrainement tout au long de l’année.

– Voyager. Je ne sais pas où ni quand, mais partir en stop, sans argent, partir rencontrer les vivants quelques mois entre mon livre et le Trek. Reprendre mon tour du monde depuis la Colombie et traverser le Pacifique, ou partir par l’Europe de l’est, ou autre ?

– Travailler un peu, si besoin.

Merci de m’avoir lue les amis, encore une fois ça m’a fait du bien de vous écrire. J’espère que cet article vous aura permis d’en apprendre plus sur mon voyage et mon projet qui va au-delà de la prouesse que peuvent représenter autant de kilomètres au compteur sans dépenser d’argent (ou le moins possible). C’est avant tout une recherche d’amour et de partage. Un message de paix.

J’espère que votre année a été aussi belle que la mienne, et je vous remercie une nouvelle fois, de tout mon coeur, pour votre soutien. ♥ ❥

Constance de Polignac

Par Le 28/12/2017

Cette grande Dame est partie voir ailleurs. On peut l'imaginer heureuse au regard de son cheminement terrestre et de ce que les épreuves lui ont enseigné. Rencontre avec une femme remarquable.

Magazine » Entretiens

SPIRITUALITÉS

Nos épreuves 
nous rappellent 
à l’essentiel...

Plutôt que de tenir son rang dans le milieu huppé 
dont elle est issue, la princesse Constance de Polignac, 
en quête de spiritualité, a préféré prendre la tangente 
chez les peuples premiers d’Afrique et d’Amérique.
Retour sur le chemin de vie d’une grande dame au regard vrai.

Issue de l’une des plus grandes lignées de l’aristocratie française, la princesse Constance de Polignac ne doit pas uniquement la dignité qui émane de sa personne à son rang, mais aussi et surtout à la souveraineté intérieure qu’elle a su affirmer au fil de son exceptionnel chemin de vie. Quatrième fille du prince Guy de Polignac, venue au monde dans un milieu extrêmement patriarcal, où la tradition, les convenances, l’avoir et le pouvoir priment sur les qualités de l’être, sa naissance ne répond pas à l’attente de l’héritier masculin tant désiré. Rejetée par ses parents et confrontée tout au long de sa vie à de multiples épreuves, elle est très tôt pénétrée par les « forces de l’ailleurs », imprégnée par la lumière et initiée à ne plus craindre ni l’ombre ni la mort. 

Portée par « l’intelligence de la vie », centrée dans une « matrice d’amour », elle n’hésite pas à passer, par le biais de ses activités diplomatiques et humanitaires, des grands salons parisiens à la rencontre de peuples premiers d’Afrique et d’Amérique qui la reconnaissent d’emblée comme « initiée ». Conviée plusieurs années consécutives à participer à de puissants rituels de guérison à leurs côtés, ces expériences d’ouverture de conscience lui permettent de dépasser les écueils de son hérédité et de retrouver ses racines universelles. Aujourd’hui présidente de deux fondations qui gèrent le vaste domaine de Kerbastic, dans le Morbihan, et la forteresse de Polignac, en Haute-Loire, elle redonne vie aux héritages de sa lignée grâce à la fertilité recouvrée de sa terre intérieure. Le chemin accompli vers son être profond s’incarne dans la matière, mettant ses « fruits d’or » au service de l’intérêt collectif, de l’écologie, de l’insertion, de l’art et de la connaissance de soi.
À travers son livre Ma vie en révolution, elle nous offre un témoignage hors de commun qui nous appelle à faire sortir le féminin de notre être, à entrer en amitié avec notre corps, à alchimiser nos souffrances et à découvrir le potentiel infini qui se cache dans les êtres finis que nous sommes. Rencontre avec une grande dame au regard vrai, à la présence à la fois douce et puissante, de laquelle transparaît une véritable noblesse…


Vous dites avoir vécu votre première expérience spirituelle à l’âge de 5 ans. Comment s’est-elle manifestée ? 

 

Je crois que j’avais déjà la sensation d’appartenir à un autre monde

Avant même que celle-ci advienne, je crois que j’avais déjà la sensation d’appartenir à un autre monde. Je venais de rentrer des États-Unis où ma mère, déçue et coupable d’avoir encore donné naissance à une fille, m’avait laissée quatre années durant seule chez ma grand-mère, qui n’aimait guère les enfants. À mon retour en France, je découvrais un petit frère que je n’avais pas le droit d’approcher. Je subissais encore le rejet et l’exclusion. C’est là qu’un jour, enfermée dans le cagibi, alors que je hurlais ma peur et ma colère, je fus traversée par une lumière douce et intense, comme enveloppée par les ailes d’une fée. J’eus l’impression de devenir moi-même cette lumière, que chacun de mes atomes en était empli. Je sus alors que j’étais aimée profondément par la vie. Cette expérience a été une véritable transfiguration qui m’a confortée dans mes ressentis de petite fille, à savoir que tous les protocoles et les conventions des adultes qui m’entouraient n’avaient pas beaucoup de sens. Nous n’étions pas sur terre pour nous faire souffrir mais pour retrouver l’unité, faire un avec le tout !


Vous avez par la suite connu l’abus, trois accidents suivis de coma, plusieurs épisodes de maladies, le décès de votre fils, puis de votre mari, etc. Au fil de toutes ces épreuves, n’avez-vous jamais perdu foi en la vie ?

Je ne vois pas ces événements comme des épreuves mais comme des portes qui me « réactivaient » et venaient me rappeler à l’essentiel, me susurrant à l’oreille : « N’oublie pas d’où tu viens, ni qui tu es vraiment. » Je ne dis pas que je n’ai pas souffert, je me trouvais souvent privée de toutes mes évidences, mais quand je finissais par capituler et par accepter, alors la vie rejaillissait de plus belle, les sensations d’unité et de béatitude m’imprégnaient de nouveau. 
À chaque fois, je me découvrais dépositaire d’une force et d’une clarté accrues, et je comprenais à quel point toutes ces difficultés étaient vraiment des initiations, des épreuves qui m’étaient offertes pour faire mes preuves, me dépasser et me révéler. C’est vrai que la vie ne nous initie pas toujours de manière très tendre et c’est dommage que dans notre société, nous y soyons si peu préparés…
Toutes ces piqûres de rappel du « monde vrai » et de mon essence lumineuse m’ont permis de ne pas me perdre, de ne pas me laisser intoxiquer par mon milieu, de garder ma ligne directrice. Au bout d’un moment, la souffrance n’avait plus de prise sur mon âme qui savait qu’une existence sans mise à l’épreuve ne serait qu’illusion. 


 

Mon grand problème était de m’incarner

Vous avez retrouvé cette sensation d’unité lors de vos initiations chez les peuples premiers. Suite à ces expériences fortes d’ouverture de conscience, n’avez-vous jamais craint de perdre pied dans votre réalité terrestre ? 

Au contraire, mon grand problème était de m’incarner. Par rejet ou par crainte du monde tel qu’il était, je me tenais, consciemment - ou inconsciemment - loin de beaucoup de choses. J’étais souvent hors de mon corps et ces initiations m’ont aidée à m’ancrer. Ici, je n’étais pas loin d’être déclarée folle, et ça aurait arrangé tout le monde. Auprès des peuples premiers, mes ouvertures de conscience étaient au contraire perçues comme des privilèges.
Chez eux, chacun peut être comme il est. Les rituels avec les plantes maîtresses sont justement faits pour décharger tout ce qui nous en empêche, tous ces réservoirs de non-dits, de tristesse, de frustration, de rage, qui sont incommensurables dans nos sociétés et voilent notre être véritable. Au travers des danses, des chants et de l’accompagnement du maître, on évacue peu à peu tout ce qui nous encombre, on peut se « recréer » et laisser l’authenticité de l’être prendre place. Quand je revenais de voyage, je pouvais reprendre mes responsabilités beaucoup plus facilement, car j’étais davantage moi-même, ancrée et affirmée, j’étais plus reliée que jamais à mon corps, à mes sens et à mon intuition. Vous savez, dans les initiations, qui ne sont pas toujours des parties de plaisir, vous percevez le monde invisible dans lequel vous avez affaire à des forces très puissantes, positives et négatives. Quand vous vous êtes retrouvé face à ça et que vous n’en avez plus peur, vous pouvez être confronté à beaucoup de choses, vous ne perdez plus votre axe. Et ici, il y en a, des forces qui détruisent…


Vous écrivez : « Ne devons-nous pas d’abord nous laisser conduire au cœur des zones d’ombre, pour ensuite y découvrir cette étincelle de lumière créatrice qui permet à notre âme d’agir en nous ? » Cette rencontre avec l’ombre fait-elle donc nécessairement partie du chemin initiatique ? 

C’est inévitable. Ne prendre que le bon côté ne serait pas réaliste. Nous ne sommes pas là pour ça. Personnellement, j’ai constaté à quel point mon histoire familiale était pleine de meurtres, de trahisons, etc. Je portais cela en mémoire, comme chacun a les siennes. Ces mémoires sont inscrites au cœur de nos cellules et nous chargent parfois d’un corps de souffrance qui bloque notre évolution. Les religions, la culture, l’éducation, etc., ont mis des coups de polish à n’en plus finir sur ces aspects obscurs de nous-mêmes. Mais en attendant, le germe de violence, de haine, de destruction est là, en chacun de nous. Si on refuse de le voir, on se trompe, et un jour ou l’autre, ça vous saute à la figure. Tous les grands mystiques, comme Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et bien d’autres, ont parlé de cette nécessaire rencontre avec l’ombre. 


Et quel est, d’après vous, le juste comportement à adopter face à ces ombres ? 

Tout d’abord, je ne dis pas qu’il faut passer sa journée à aller chercher et gratter des choses épouvantables. La vie se charge naturellement de nous les montrer. Ensuite, s’en libérer, c’est déjà accepter que ces mémoires soient là et consentir. Vous les regardez en face, honnêtement, vous acceptez d’en être issu. Ainsi, vous vous réappropriez ce qui vous constitue et vous n’êtes plus là à refuser de voir ou d’entendre quelque chose, ce qui crée forcément une tension. « Consentir » est pour moi très important : il ne suffit pas d’accepter intellectuellement mais de ressentir tout ce que ça représente. Il ne faut pas avoir peur d’aller jusque-là. Mais seul, ce n’est pas toujours évident, ça peut même être très déstabilisant et on a parfois besoin d’être bien accompagné. Et puis quelquefois, il suffit de taper dans un punching-ball et ça marche très bien aussi ! Personnellement, le sport extrême m’a ¬beaucoup aidée !
Le tout, c’est d’accepter notre polarité. Cela ne veut pas dire « séparation ». Nous avons fait de nous des êtres séparés justement parce que nous mettons l’ombre de côté. Alors que si on se prend juste pour ce que l’on est, c’est-à-dire des êtres polarisés, on relâche la tension, on se réunifie et on peut avancer. Nous avons deux pôles, ces pôles nous constituent, l’important c’est de les accueillir et d’essayer de les équilibrer. 


Vous appelez de vos souhaits la réhabilitation du féminin « pour que la terre soit le réceptacle de l’amour incarné ». Comment définiriez-vous le féminin ? 

 

Nous oublions trop souvent que notre corps est plein de rythmes

On entend beaucoup parler du « féminin sacré » et je ne sais pas pourquoi ! Pour moi, le féminin n’est pas plus sacré que le masculin. Ce qui devient sacré, au sens de « là où ça se crée », c’est justement une personne qui a équilibré ses polarités et en cela, a retrouvé toute sa puissance créatrice. Souvent, on décrit le féminin par les vertus de sensibilité, de douceur, de finesse... C’est vrai, mais n’oublions pas que c’est aussi une puissance énorme ! Il n’y a pas un seul être humain sur cette terre qui ne soit passé par le ventre d’une femme ! Le féminin est aussi proche des rythmes, des cycles, et il n’y a pas de mouvement sans rythme. 
Quand j’étais dans la forêt vierge et que je dansais pendant des heures, je revenais aux rythmes originels de la vie et ça me guérissait. Nous oublions trop souvent que notre corps est plein de rythmes : cardiaque, cérébral, pulmonaire, hormonal, etc. Quand vous laissez les rythmes vous pénétrer, que ce soient ceux des tam-tams ou de la nature, ils éveillent votre sensibilité et vous replacent dans votre corps. Cela est fondamental pour vivre bien, les peuples premiers le savent, alors que dans notre culture, nous restons cantonnés dans notre tête et percevons le corps comme une machine. Nous l’exploitons au maximum et, quand il déclare forfait, nous le boostons avec de la chimie, nous nous fichons de tout le travail que cela lui impose et nous nous étonnons d’avoir mal ailleurs ! Pourtant, notre corps sait parfaitement s’autorégénérer, mais encore faut-il lui en laisser la possibilité. Peu de personnes ont l’art d’être malade. 


C’est-à-dire ? 

Il s’agit d’abord d’accepter la maladie comme le « mal à dire », d’écouter notre corps et de l’accompagner. La sagesse de notre corps est merveilleuse ; il possède une vraie aptitude à créer toujours plus d’ordre et de bien-être. La médecine allopathique est incomplète car elle veut faire disparaître les symptômes sans chercher à les comprendre. On veut s’en débarrasser car ils sont « gênants », ils nous font « perdre du temps ». Tout ça pour rester ¬rentables, productifs, et ne pas renoncer à nos projets. Mais que projette-t-on en réalité ? Toutes nos absurdités, nos inconséquences, nos séparations… On ne peut pas prétendre avoir des sociétés harmonieuses sans commencer par soi-même. C’est un chemin exigeant mais essentiel. Mon état de santé a été la priorité pendant des années. Heureusement, j’ai toujours eu cette autre vision des choses qui m’a permis de tenir le cap jusqu’ici. Dans les moments les plus difficiles, maigrissant parfois beaucoup et allant jusqu’à me retrouver en chaise roulante, je ne perdais pas de vue que mon corps était en train d’épurer des mémoires mortifères. Je lui offrais mon consentement total et essayais de l’aider au mieux par des moyens non violents, une alimentation vivante, une eau dynamisée dont les énergies ont été restructurées, des jeûnes fréquents, des cures de détoxination, etc. 


Quel rapport entretenez-vous avec la nature ? 

Je la trouve fascinante. Regardez bien, il n’y a aucun angle droit et l’énergie peut circuler avec fluidité. Tous les éléments sont interreliés et échangent en permanence de l’énergie pour maintenir l’équilibre de l’ensemble. Chez les Pygmées, lors de nos longues balades dans la forêt vierge, je me sentais en plein cœur d’un réseau de forces dont nous étions à la fois récepteurs et émetteurs. Je me sentais à ma place, tout autant que la terre, le ciel, les arbres, les pierres, les sons, les couleurs, tous reliés et dotés de la possibilité de nous accorder et de nous harmoniser. L’état de conscience dans lequel nous nous trouvions avec mes amis faisait que nous pouvions communiquer intuitivement sans parler la même langue, élargir nos perceptions à l’univers entier et participer à la création de mondes et de nous-mêmes…


 

Laissez donc votre tête tomber dans votre cœur !

Pour vous, y a-t-il un lien évident entre l’écologie et la conscience ? 

Oui, certainement ! Plus notre conscience s’ouvrira, plus nous découvrirons à quel point nous sommes tous reliés et plus nous serons enclins à protéger la terre. En Amazonie, sur les peintures visionnaires des chamanes ayahuasqueros, on retrouve très souvent le symbole de l’ADN. Car leurs visions les amènent au cœur des cellules où ils découvrent l’interrelation entre tous les règnes. La vie est ainsi faite, mais nous l’oublions. C’est pour cela que je dis souvent aux personnes que j’accompagne : « Laissez donc votre tête tomber dans votre cœur ! »


Est-il est important que l’humanité redécouvre ce potentiel de vivre entre les mondes, entre terre et ciel ? 

C’est même essentiel ! Les visions, les transes, les extases, les rêves des peuples racines leur apprennent à vivre en harmonie avec leur environnement. L’évolution humaine s’est faite grâce à ces états visionnaires. Nos ancêtres connaissaient aussi ces passages entre les mondes. Les compagnons bâtisseurs, par exemple, utilisaient une géométrie sacrée faite de codes pour construire nos cathédrales dans le but d’en faire de vrais intermédiaires entre le ciel et la terre. Mais tout cela s’est perdu, les cathédrales ont été restaurées sans en tenir compte et elles ne remplissent plus leur fonction première. Heureusement, elles peuvent être réactivées énergétiquement. Et alors, c’est merveilleux : plus vous avancez en elles, plus vous sentez que ça vous régénère ! Au fond de la nef, vous arrivez au lieu des initiés, à savoir ceux qui ont passé les épreuves, qui ont été préparés, pour être capables de recevoir une énergie plus puissante et de vivre l’intense processus alchimique qui va révéler la beauté de l’être. Aujourd’hui, ce processus n’est plus réservé aux seuls initiés. Nous sommes tous conviés à cette transmutation et s’il y a de plus en plus d’expériences de mort imminente, c’est bien pour montrer aux êtres humains où est l’essentiel… Si nous considérons l’univers et notre petite personne seulement comme une mécanique, alors nous ne pourrons avoir qu’une vie mécanique. Mais si nous nous considérons comme une matrice dépositaire d’un potentiel infini, alors notre vie peut devenir infiniment créatrice.


Au fil de votre chemin, vous dites avoir retrouvé vos racines universelles. Qu’entendez-vous par là ? 

J’ai retrouvé ma place dans l’univers. Des racines, ça, j’en avais, mais ça faisait des nœuds ! Il fallait vraiment que j’aille voir au-delà. Par mes expériences, je savais que l’essentiel était ailleurs…


Et quand on remonte le fil vers ces racines universelles, où arrive-t-on ? 

On arrive à l’Être. Et l’âme est ce lieu où l’Être se manifeste, même en filigrane…


Vous racontez avoir perçu dès votre plus jeune âge la présence d’esprits et de guides. Peut-on autant puiser notre source du dedans que collaborer avec une intelligence plus grande ? 

Notre âme est justement là pour établir une « reliance » entre le dedans et le dehors. Plus on lui laisse de place, plus les choses peuvent se faire tranquillement… Nous sommes ces êtres finis qui contenons et générons de l’infini ! C’est ce qu’on retrouve dans la fleur de vie et son infinité de fractales contenue dans un cercle. L’important, c’est de ne pas l’oublier ! Car ainsi nous ne subissons plus notre vie, nous retrouvons notre souveraineté, nous découvrons notre puissance et nous prenons conscience qu’il ne nous est jamais demandé plus que ce que nous pouvons, ni moins.
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