J'ai laissé tomber le suivi de la politique par dégoût. Il est évident que nous ne sommes pas en démocratie mais uniquement en oligarchie.
Une oligarchie est une forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante.
Pour les sceptiques, on en a ici, encore une fois, l'exemple type. Lorsque les lois, tous les systèmes administratifs et financiers dépendent de quelques individus, l'idée même de démocratie est une farce.
Les ex-députés Nathalie Kosciusko-Morizet, François Sauvadet, Patricia Adam, Geneviève Fioraso et Bernard Accoyer. (AFP / FRANCEINFO)
"J'ai fait une connerie en vous parlant." Après plusieurs minutes d'entretien, cet ex-député s'agite. En repensant à ses réponses, il prend peur d'apparaître comme un "voyou" auprès des "gens modestes" de sa circonscription. "Je n'ai pas envie de détruire ma vie politique, j'ai une certaine image", soutient-il. Il finit par supplier de ne pas être nommé. Pas l'intention d'assumer en public le financement, sur ses frais de mandat parlementaires, de son ancienne permanence, restée depuis dans son patrimoine personnel.
Jean-Jacques Urvoas, lui, pourrait avoir à s'expliquer. Comme le révèle franceinfo jeudi 23 novembre, l'ex-ministre de la Justice est visé par une plainte pour "détournement de bien public". L'ancien député PS du Finistère a utilisé son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) pour acheter sa permanence à Quimper, dont il est resté propriétaire après sa défaite aux législatives de juin. Cette pratique était autorisée à l’époque, avec la bénédiction des services de l'Assemblée. Mais une association anticorruption, Cicero 29, lui reproche un "enrichissement personnel", qu'elle estime à plus de 200 000 euros. Dans son rapport 2016, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique avait déjà alerté sur l'"accroissement sensible du patrimoine" de certains députés, du fait notamment de "remboursements d'emprunt provenant de leur IRFM".
C'est la première fois qu'une plainte de ce type est lancée. Pourtant, le système des acquisitions de permanences, qui consiste à utiliser des fonds publics pour financer un patrimoine personnel, est ancien. Il a fallu attendre 2015 pour que l'Assemblée nationale interdise formellement aux élus d'acheter leur permanence parlementaire avec leur IRFM. Cette enveloppe mensuelle de 5 840 euros brut permet à chaque député de faire face aux dépenses liées à l'exercice de sa fonction (bureaux, déplacements, repas, etc.). Elle est distincte de l'enveloppe dédiée à la rémunération des collaborateurs, ainsi que du salaire de l'élu (7 210 euros brut). Elle a été utilisée pour l'achat de biens immobiliers par quantité de députés, depuis des décennies, sans aucun contrôle.
Urvoas, l'arbre qui cache la forêt
A l'issue des élections de juin, 432 députés ont fait leurs adieux à l'Assemblée nationale. Parmi eux, 250 avaient exercé au moins deux mandats au Palais-Bourbon. Franceinfo a enquêté sur le financement des permanences de ces 250 députés "historiques" et les a contactés individuellement, obtenant des retours pour 152 d'entre eux. Cette longue série d'entretiens, associée à un travail de recoupements auprès des services fiscaux, a permis d'identifier 71 propriétaires, soit près d'un élu sur deux. Ce chiffre aurait sans doute été encore plus élevé sans le silence troublant de certains ex-députés qui n'ont pas répondu – et sans les possibles mensonges ou omissions de certains autres.
Parmi les propriétaires, 32 anciens députés ont reconnu le recours à l'IRFM, au moins partiellement, pour financer l'acquisition d'une permanence parlementaire. C'est le cas de l'ancienne ministre socialiste de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, qui a acheté un local dans le centre de Grenoble (Isère), en 2007. Elle a alors bénéficié, comme des dizaines d'autres députés, d'un prêt à taux réduit de la part de l'Assemblée nationale – un dispositif supprimé en 2010. Interrogée par franceinfo, elle assume avoir pioché dans l'IRFM et accuse les critiques du système de "démagogie".
"Dans la durée, l'achat s'est révélé un bon calcul économique" pour l'Assemblée, défend l'ancien ministre de la Fonction publique François Sauvadet. En 1994, un an après son élection aux législatives, le centriste a fait l'acquisition d'une belle bâtisse en vieilles pierres dans un village à 50 km à l'ouest de Dijon. Il a alors déboursé 600 000 francs (ce qui équivaudrait aujourd'hui à 124 000 euros) puis remboursé les mensualités de son prêt avec ses frais de mandat. En 2010, la facture était soldée. "Cela permet à mon IRFM de servir à d'autres usages au service de mes concitoyens", justifiait-il vers la fin de son mandat, en 2015. Aujourd'hui président du conseil départemental de la Côte-d'Or, François Sauvadet peut toujours profiter du bâtiment – et de sa piscine extérieure.
Vue aérienne de la permanence achetée par François Sauvadet en 1994 en Côte-d'Or. Il a ensuite acquis, en 2004, deux parcelles jouxtant son terrain (à gauche de la piscine et à gauche du bâtiment principal). (GOOGLE MAPS / FRANCEINFO)
A Brest, installer une piscine en plein air est un pari plus risqué. En 2003, fraîchement élue, la députée socialiste du Finistère Patricia Adam s'est contentée d'acheter un appartement en plein cœur du centre-ville, pour 88 769 euros. "Je l'ai entièrement financé avec l'IRFM, en remboursant pendant dix ans, reconnaît-elle. Pendant mon dernier mandat, je ne me suis pas versé de loyer, ça n'a rien coûté."
C'était la règle il y a quinze ans. On achetait, on nous disait de faire ainsi.
Patricia Adam
à franceinfo
Certains élus ont mis un peu de temps avant de découvrir l'astuce. Le député PS de l'Allier Bernard Lesterlin, élu en 2007, affirme qu'il louait un local depuis deux ans quand il a été interpellé par les services de l'Assemblée. "C'est un peu idiot, vous devriez acheter, à Montluçon le marché est très peu cher", lui aurait dit le Palais-Bourbon. L'élu affirme avoir alors acheté, en 2009, un appartement de 130 m².
Son collègue de Moselle, Michel Liebgott, lui, utilisait gracieusement un bureau acheté sur ses deniers personnels. En 2015, à l'heure des nouvelles règles imposées aux députés, le propriétaire a pris rendez-vous avec le déontologue de l'Assemblée. "Le déontologue m'a dit 'Vous pouvez tout à fait vous verser un loyer'", affirme le socialiste. Dès lors, il s'est versé un loyer de 700 euros par mois avec son IRFM, jusqu'à la fin de son mandat. Contactés par franceinfo, ni l’ancien ni l’actuelle déontologue n’ont souhaité répondre à nos questions.
Des biens aujourd'hui à louer ou à vendre
Cinq mois après les législatives, qu'ont fait ces ex-députés de leur permanence ? Disant n'avoir "aucun état d'âme" sur son utilisation de l'IRFM, l'ex-député Les Républicains de Haute-Savoie Marc Francina, maire d'Evian-les-Bains, reconnaît avoir déjà "remis en location" son bien situé dans une rue piétonne de Thonon-les-Bains, acheté pour 106 715 euros en 2004. Son collègue LR de la Somme Alain Gest, président d'Amiens Métropole, assure, lui, qu'une promesse de vente a été signée pour son bureau à Corbie.
D'autres n'ont pas attendu la fin de leur mandat pour revendre, avec de jolies plus-values à la clé. En 2013, via sa société civile immobilière (SCI), le député LR de Seine-et-Marne Guy Geoffroy a revendu, pour 150 000 euros, son bureau acheté dix ans plus tôt pour 89 000 euros, à Brie-Comte-Robert. Dans le Nord, le Républicain Thierry Lazaro a presque réussi à tripler le montant initial. Sa permanence achetée "dans un état pas très glorieux" pour 53 000 euros en 2004 dans la commune dont il est maire, Phalempin, a été reprise, en 2016, pour 140 000 euros. "On a fait les travaux avec nos petites mains", justifie-t-il, tout en précisant que l'achat initial n'a été remboursé qu'"en partie sur l'IRFM". "Le reste, je l'avais donné sur mes fonds propres, avec un apport personnel."
Pour quelques-uns, pas question de remettre la permanence sur le marché. "Je la garde, sentimentalement, j'y suis attaché", confie l'ex-élu PS de la Loire Jean-Louis Gagnaire, qui a acheté un appartement dans le cœur de Saint-Etienne en 2007 pour 287 000 euros. Aujourd’hui, l’appartement est mis gracieusement à disposition d’un fonctionnaire qui cherchait un logement pour l’année. "Peut-être que j'y habiterai un jour…", glisse Jean-Louis Gagnaire. A Hondschoote (Nord), Jean-Pierre Decool a lui aussi conservé sa permanence. On n’y vient plus pour rencontrer son député mais pour y faire toiletter son chien, dans le salon canin tenu par Sidonie Decool, fille du nouveau sénateur divers droite. A Grenoble (Isère), l'ancien maire socialiste Michel Destot a lui fait don de sa permanence à ses enfants. Ils sont, depuis 2011, les propriétaires de l’appartement, estimé à 154 000 euros, qui lui servait de permanence.
Silence chez Accoyer, Chatel et Kosciusko-Morizet
Dans la famille des anciens députés propriétaires, il y a donc ceux qui reconnaissent avoir utilisé l'IRFM, mais aussi ceux qui assurent ne pas y avoir touché (ils sont 20 dans ce cas), et enfin – et surtout ? – ceux qui refusent de répondre sur le sujet. IRFM ou pas ? Malgré de multiples relances, pendant plusieurs semaines, franceinfo reste dans l'attente d'explications de la part de 18 ex-élus propriétaires. Parmi eux, le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer. L'ancien président de l'Assemblée nationale a déboursé 390 000 francs en 2000 (soit 74 500 euros constants) pour un bien à Annecy (Haute-Savoie), où il accueillait ses concitoyens. Aucun retour, non plus, de la part de Luc Chatel. L'ex-ministre LR de l'Education nationale a acheté sa permanence de Chaumont (Haute-Marne) en 2003 pour 211 000 euros et l'a revendue en 2014 pour 280 000 euros.
Quand certains ne décrochent pas le téléphone, d'autres le raccrochent précipitamment. "Pardonnez-moi, mais je préfère qu'on en reste là, lâche l'ancienne ministre LR de la Parité, Nicole Ameline, à l'évocation de sa permanence à Honfleur (Calvados). Je suis navrée, je ne réponds pas, je vous dis à bientôt." Même empressement chez l'ex-ministre LR de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet. "C'était il y a dix ans, vous trouverez tout ça dans la presse, je vous remercie, bonne journée", assène la conseillère de Paris. Malheureusement, nos recherches n'ont pas permis d'exhumer d'articles de presse concernant sa permanence-demeure avec tennis et piscine de Longpont-sur-Orge (Essonne), achetée pour 891 800 euros en 2002 et revendue pour 1 210 000 euros en 2013. Un achat financé en partie par un prêt bonifié de l'Assemblée nationale, à un taux de 2%, contre 3,6% pour le second prêt souscrit auprès d'une banque. En 2015, la députée avait déjà refusé de nous répondre. Seule la démarche entamée par l'association Regards Citoyens, qui a demandé à tous les députés sortants de publier leurs relevés de comptes IRFM, pourrait permettre de faire la lumière sur ces cas.
L'ancienne maison-permanence de Nathalie Kosciusko-Morizet à Longpont-sur-Orge (Essonne). (GOOGLE MAPS)
Autre cas que nous avions relevé, celui du maire LR de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Patrick Balkany. Au téléphone, il nous explique d'abord avoir acheté sa permanence de la rue Trébois en 1978, avec ses fonds personnels, avant de la revendre en 2007. Mais il se fait plus énigmatique lorsqu'on lui demande s'il s'est versé un loyer avec l'IRFM lorsqu'il était député : "L'IRFM a servi à financer le fonctionnement de mon mandat". C'est finalement après la publication de notre enquête* qu'il précise sa réponse, par la voix de sa femme Isabelle : "Jamais, jamais, jamais, il n'a touché un loyer" lorsqu'il était propriétaire. Dont acte.
"Je n'ai pas voulu être propriétaire avec de l'argent qui n'était pas le mien"
Parmi les 150 ex-députés contactés avec succès par franceinfo, une autre moitié avait fait le choix de louer sa permanence parlementaire. "Je fais partie de la catégorie des idiots, ironise l'ancien élu LR des Alpes-Maritimes Lionnel Luca. Je ne me suis pas enrichi avec les indemnités qui servaient à l'exercice des fonctions, je suis assez fier de ça."
A l'époque, il fallait être résistant pour éviter cette facilité présentée comme légale, alors que ce n'était pas légitime. Les administrateurs vous encourageaient, c'était presque un pousse-au-crime.
Lionnel Luca
à franceinfo
"Faire une opération immobilière sur les fonds de l'Assemblée nationale, ce n'était pas ma ligne", explique l'ex-ministre PS de la Justice Elisabeth Guigou, longtemps élue en Seine-Saint-Denis. "Je n'ai pas voulu être propriétaire avec de l’argent qui n’était pas le mien, cet argent n’était pas là pour acquérir un bien immobilier", abonde son ancien collègue marseillais Henri Jibrayel.
Certains ont opté pour la location instinctivement, d'autres presque par déformation professionnelle. "Je fais partie de ces hauts fonctionnaires si décriés, mais éduqués dans le sens 'service public' : on ne mélange pas l’intérêt public et l’intérêt privé", explique l'ex-élue chevènementiste de l'Aisne Marie-Françoise Bechtel, un temps à la tête de l'ENA. "Cela me semblait logique de rester en location, dit l'ancien élu PS du Lot Jean Launay. N'oubliez pas que j’étais comptable public, ça laisse des traces..."
Quel regard les anciens locataires portent-ils sur leurs collègues propriétaires ayant financé leur acquisition avec leur IRFM ? "C’est une appropriation privée de moyens publics qui est plus que condamnable", tranche l'ex-député PS des Ardennes Christophe Léonard. "Je ne comprends même pas qu'on puisse y penser", assure le centriste François Rochebloine, élu de la Loire pendant trente ans. "C’est pour ça que les citoyens nous en veulent", estime même la Guyanaise Chantal Berthelot, qui siégeait sur les bancs socialistes.
Pour Hervé Lebreton, président de l’Association pour une démocratie directe, cette pratique relèverait même de la prise illégale d’intérêts, "avec quelqu’un qui a la casquette de surveillant et de surveillé". "La question centrale est celle de la probité : est-ce qu’un élu peut s’enrichir avec son enveloppe de mandat ?", s’interroge le militant associatif, à l’origine du changement de règlement en 2015.
Reverser l'argent à des associations ?
Face aux critiques, les anciens députés ayant conservé leur permanence restent droits. Tous insistent sur le caractère légal de l'opération, alors "autorisée", "conseillée", voire "demandée" par l'Assemblée nationale."C'était un avantage des députés", reconnaît l'Amiénois Alain Gest, qui peste au passage contre la réduction des privilèges des députés et contre la "suspicion détestable" qu'"on fait peser" sur eux. "On avait des semaines de travail du lundi au lundi, presque sans temps de pause", se défend l'ex-socialiste de Haute-Garonne Françoise Imbert.
L'ancien élu LR Dominique Le Mèner, qui a acheté sa permanence au Mans (Sarthe), met cette pratique contestée sur le compte d'une autre époque. "Personne ne se posait ce genre de question, assure l'actuel président du conseil départemental de la Sarthe. Maintenant, avec les difficultés économiques, ça ne paraît plus normal, et j'ai compris le changement de règles. Mais ce serait un peu stupide de penser à rendre sa permanence..."
Rendre la permanence ? L'ancien député PS des Deux-Sèvres Jean Grellier, lui, y songe. Il a demandé au service du budget de l'Assemblée "s'il y avait une procédure pour reverser l'argent" tiré de la vente prochaine qu'il compte faire de son bien à Bressuire. Réponse négative. Après un échange avec la déontologue du Palais-Bourbon, il envisage désormais de "distribuer l'équivalent des plus-values à des associations locales".
Le communiste Alain Bocquet, élu pendant des décennies dans le Nord, affirme avoir "toujours eu l'idée de refiler [sa permanence] à une association ou une fondation". "J'ai pas envie de garder ces locaux, qui ne m'intéressent pas d'ailleurs, dit-il. Je veux simplement rentrer dans mes frais." Il vendra donc son bâtiment de Bruay-sur-l'Escaut, acheté pour 140 000 euros en 2008, à moins de le laisser à son successeur PCF Fabien Roussel. "Cela restera une permanence parlementaire ou un lieu social", promet-il.
En janvier 2018, l'IRFM ne sera plus de ce monde. L'Assemblée nationale a décidé de la remplacer par un système de remboursements sur justificatifs. Les députés s'exposeront alors à des contrôles de leurs dépenses, qui étaient jusque-là inexistants. Ce nouveau dispositif devrait, en théorie, empêcher les nouveaux députés d'imiter leurs aînés en faisant de belles affaires immobilières. A moins qu'ils ne trouvent le moyen de contourner les règles.
* Une première illustration de cette enquête montrait Patrick Balkany. Après la publication, il nous a finalement affirmé ne pas avoir utilisé son IRFM lorsqu'il était propriétaire de sa permanence.
"Il faut accepter l'idée que l'on va vers l'épreuve ultime de la mort." Bernard Tapie....
J'ai lu ça tout à l'heure et encore une fois, je suis surpris par cette expression familière qui suggère que nous allons vers la mort...Personnellement, quand je vais quelque part, c'est que je l'ai décidé et je n'ai pas décidé d'aller vers la mort. Je considère plutôt que c'est elle qui vient vers moi.
De mon côté, j'honore la vie de mon mieux. J'imagine même que cet hommage génère un champ immatériel, comme une aura et que la mort en est freinée dans sa progression vers moi, comme si de devoir plonger dans mon bonheur de vivre, elle se retrouvait engluée.
Pendant une bonne partie de ma vie, j'ai couru en montagne avec le sommet pour seul objectif et dans cette furie physique, j'en ai oublié de regarder les fleurs, les arbres, les roches, les nuages, oublié d'en écouter le silence ou le murmure des ruisseaux, le cri d'un rapace ou la mélodie de mon pas.
J'en ai oublié de vivre à l'instant.
Alors, je ne sais pas où on va mais je vois la mort comme ce sommet désormais : je ne sais pas ce que je vais trouver là-haut et je ne m'en soucie pas puisque je n'y suis pas encore et qu'ici, maintenant, il y a l'amour, la beauté des fleurs, le dessin des montagnes, les couleurs du monde. Juste, là, maintenant.
Maintenant, que des chamans ou autres expérimentateurs des états de conscience modifiée viennent nous parler du "royaume de la mort", autant ça m'intéresse, autant je ne me l'attribue pas. Je ne sais rien de ma mort et je lui laisse le soin de gérer les détails. On verra quand on fera connaissance de ce qu'il en est de cette dimension ;)
L'expérience des autres ne restera jamais que leur expérience.
7 livres à lire absolument pour changer de vie avec les philosophes
19.11.2017, 11:210 commentaire
7 livres à lire absolument pour changer de vie avec les philosophes
Ça vous intrigue, mais vous ne savez pas vraiment par où commencer. S’initier à la philosophie n’est pas toujours évident, car, disons les choses, les grands classiques ne sont pas tous abordables et peuvent parfois dégoûter de la philo à tout jamais.
Alors, pour vous éviter cela, voici une petite sélection de 7 livres parfois courts, parfois plus longs mais surtout accessibles pour commencer à lire de la philosophie. Profitez-en ! En ces temps où la disette intellectuelle et morale ont décharné ses dieux du mont Olympe, il peut être utile d'aller boire aux sources qui redonnent de l’ardeur, de la force à l'esprit pour l'accompagner avec brio vers le changement.
De la brièveté de la vie — Sénèque (61 pages !!)
Si vous faites partie de ces gens qui pensent que la vie est très courte et que c’est vraiment injuste, ces 61 pages sont faites pour vous. Chacun conduit sa vie à grande allure et souffre de tout attendre du futur et d’être insatisfait du présent. — De la brièveté de la vie
Pour le stoïcien Sénèque, la vie n’est pas trop courte, au contraire, elle est même plutôt généreuse avec nous. C’est notre comportement, notre fâcheuse tendance à gaspiller notre temps précieux qui nous donne l’impression que la vie défile à 2000 à l'heure. Il nous invite alors à prendre conscience de la valeur inestimable du temps, pour apprendre à le saisir, à vivre dans le présent et à ne plus s’éparpiller dans des choses futiles et sans intérêt.
On vit comme des immortels, voilà ce que Sénèque nous dit. Et malheureusement, on ne pourra jamais être heureux tant que l’on n’aura pas accepté notre condition de mortel, car c’est la seule manière de se réapproprier le temps précieux dont nous disposons.
Vous l’aurez compris, ce livre remet gentiment les idées en place, tout en nous invitant à réfléchir sur notre façon de vivre.
Ainsi parlait Zarathoustra — Friedrich Nietzsche
Ainsi parlait Zarathoustra est une oeuvre philosophique magistrale. Elle a bouleversé la pensée de l'Occident. « Nietzsche démolit, il sape », disait de lui Gide. Il remet définitivement l'homme en question. Poète-prophète, Zarathoustra se retire dans la montagne et revient parmi les hommes pour leur parler. Sa leçon essentielle : « Vouloir libère. » Son leitmotiv : rejeter ce qui n'est pas voulu, conquis comme tel, tout ce qui est subi. C'est le sens du fameux : « Deviens celui que tu es. » La vertu est souvent le droit du plus faible, elle paralyse tout, désir, création et joie. Le surhomme nietzschéen est celui qui a la plus grande diversité d'instincts qui s'opposent puissamment mais qu'il maîtrise. La pensée de Nietzsche est un défi permanent. Elle échappe à tout système politique.
La ferveur de sa poésie, sa vigoureuse drôlerie ont donné à Nietzsche une célébrité universelle. «Parmi mes œuvres, mon Zarathoustra occupe une place bien à part. En l’offrant à l’humanité, je lui ai fait le plus grand cadeau qu’elle ait jamais reçu. […] Tout le phénomène humain se trouve à des distances infinies au-dessous de lui – c’est aussi le plus profond jamais surgi des trésors les plus secrets de la vérité ». (Ecce Homo p. 95)
Lettre à Ménécée — Épicure
109 pages pour comprendre l’Épicurisme, une philosophie axée sur la recherche du bonheur et de la sagesse, fondée par Épicure lui-même (philosophe grec né en 342 av. J.-C. et mort en 270 av. J.-C.). Le livre est écrit sous forme de lettre car il s’adresse en premier lieu à son disciple Ménécée, chargé de faire perpétuer la philosophie d’Épicure après sa mort.
Si vous cherchez un manuel du bonheur, en voici un. La pensée d’Épicure c’est comme un gros pansement que l’on mettrait sur nos plaies enfouies au fond de nous. D’abord, parce qu’Épicure considère la philosophie comme médecine de l’âme, il nous invite donc à pratiquer la philosophie au quotidien pour vivre mieux.
«Qu’on ne remette pas à plus tard, parce qu’on est jeune, la pratique de la philosophie et qu’on ne se lasse pas de philosopher, quand on est vieux. En effet, il n’est, pour personne, ni trop tôt ni trop tard, lorsqu’il s’agit de veiller à la santé de son âme.»
Extrait de la Lettre à Ménécée.
Ainsi, Épicure propose des méthodes pour apaiser nos angoisses (la mort et la douleur par exemple) et pour mieux vivre, dans le but d’atteindre l’ataraxie (= absence de troubles de l’âme, le bonheur absolu quoi).
Les grands thèmes abordés : la quête du bonheur, le plaisir, la peur de la mort, la douleur.
L’Art d’avoir toujours raison — Arthur Schopenhauer
Il s’agit d’un petit guide de rhétorique ( 96 pages). Avec L’Art d’avoir toujours raison, autant vous dire que vous ne serez plus jamais à court d’argument face à quelqu’un qui tente de vous déstabiliser. Dans cet ouvrage, Schopenhauer nous livre 38 stratagèmes à appliquer pour apprendre à être convaincant en public (et accessoirement, pour fermer le clapet à n’importe qui).
Mais quel rapport avec la philo ? On y arrive! Dans son livre, Schopenhauer fait d’une part référence aux sophistes, des maîtres en rhétorique grecs, qui enseignaient l’art de parler en public mais dont les discours étaient faux et vides de sens. Mais surtout, il nous initie à la dialectique éristique, c’est-à-dire l’art de mener un débat de manière à avoir toujours raison.
D’autre part, ce livre est aussi une profonde étude de l’homme : on cherche à comprendre ses vices pour mieux les utiliser contre lui (la mauvaise nature du genre humain ..). Schopenhauer nous donne alors toutes les ficelles de la nature humaine et de la rhétorique pour enfumer son auditoire en quelques jongleries.
«Ne pas débattre avec le premier venu, mais uniquement avec les gens que l’on connaît et dont on sait qu’ils sont suffisamment raisonnables pour ne pas débiter des absurdités et se couvrir de ridicule. Il en résulte que sur cent personnes, il s’en trouve à peine une qui soit digne qu’on discute avec elle »
Ces conseils précieux, illustrés d’exemples de conversations concrètes (pour mieux se mettre dans l’ambiance), nous font donc réfléchir sur le langage et l’absurdité des relations humaines.
Pensées — Marc Aurèle
Ces Pensées sont rédigées par l’empereur romain Marc-Aurèle, entre 170 et 180 ap. J.C.
À l’origine, il s’agissait de petites notes qu’il écrivait pour lui-même, une sorte de journal intime d’un homme de pouvoir. Ses Pensées n’étaient donc pas destinées à être lues. Mais pourtant, cet ouvrage est devenu une référence de la philosophie stoïcienne.
Et la grande question du stoïcisme, c’est “comment atteindre le bonheur ?” Pour les stoïciens – dont Marc Aurèle fait partie -, il s’agit de trouver la sérénité absolue face aux évènements tristes ou angoissants de la vie.
Pour y parvenir, la règle n°1 c’est de ne pas être affecté par les choses qui ne dépendent pas de nous, à savoir : le matériel, l’opinion des gens, la pluie, la mort, la maladie… Tout cela ne dépend pas de nous, et nous n’avons aucun pouvoir dessus. Les seules choses que nous pouvons maîtriser ce sont nos émotions et nos jugements qui sont bien souvent faux ou exagérés, et c’est ce qui nous rend malheureux selon Marc Aurèle.
«Si un élément externe vous fait souffrir, notre douleur n’est pas causée par cet élément en tant que tel mais par votre propre jugement de cet élément ; et vous avez le pouvoir d’annuler ceci à tout moment».
Ainsi, Marc Aurèle nous fait réfléchir sur notre rapport au monde, sur nos peurs, sur les relations humaines, sur la mort… Sous forme de courtes réflexions stoïciennes, ses pensées nous invitent à trouver la sagesse, à nous défaire de nos interprétations, car le sage ne laisse aucun jugement entraver son bonheur et sa sérénité.
Les grands thèmes abordés : la quête du bonheur, la mort, le devoir, l’opinion publique, la nature humaine et les rapports humains.
Le Banquet — Platon
Le Banquet de Platon, c’est l’histoire d’une fête mondaine en -400 av. J.-C. chez le poète Agathon, qui reçoit chez lui 7 de ses amis (Phèdre, Pausanias, Eryximaque, Aristophane, Agathan et Socrate), et ce soir là, le sujet de conversation à table c’était l’amour.
Le Banquet c’est donc un très long dialogue entre les convives où chacun exprime ses pensées sur l’amour, tout en s’interrogeant :
Pourquoi on aime ?
C’est quoi la nature du désir ?
D’où vient ce sentiment qui nous pousse à nous unir à quelqu’un d’autre ?
Qu’attendent-ils donc, ceux qui passent leur vie ensemble ? etc.
Les réponses sont multiples, et diffèrent en fonction des penseurs.
Chacun d’entre nous est donc une fraction d’être humain dont il existe le complément, puisque cet être a été coupé comme on coupe les soles, et s’est dédoublé. Chacun, bien entendu, est en quête perpétuelle de son complément. — extrait du Banquet.
Les discours s’enchainent alors, jusqu’à ce que Socrate intervienne et s’empresse de problématiser le sujet : on désire que ce qu’on n’a pas. La suite, dans le livre..
Chevaucher le tigre — Julius Evola
Dernier livre important d'un iconoclaste sans passion, Chevaucher le tigre dresse une critique implacable des idoles, des structures, des théories et des illusions de notre époque.
Sans faire de concessions au spiritualisme humanitaire et à son ascétisme frileux, l'auteur trace la figure dun type humain aristocratique capable de «chevaucher le tigre», cest-à dire de transformer en remède, en vue dune libération intérieure, des processus extrêmes presque toujours destructeurs pour la majorité de nos contemporains. Aussi éloigné des crispations d'un traditionalisme viscéralement passéiste que de tout projet révolutionnaire naïvement utopique et optimiste, " l'homme différencié "ne compte que sur lui-même et n'a qu'un but : donner un sens absolu à sa vie dans un monde où il n'y a plus rien à aimer et à défendre.
« Fais en sorte que ce sur quoi tu n'as pas prise ne puisse avoir de prise sur toi »
Telle est la formule qui résume le plus adéquatement possible cette ligne de conduite essentiellement psychologique et individuelle dont les répercussions sur l'ensemble des aspects de l'existence sont considérables.
En général, quand un enseignant aborde avec un interlocuteur le problème de la faiblesse de son salaire, il a droit en retour, sur un ton ironique, voire acerbe le nombre de jours de congé. Alors, premièrement, sur l'ensemble de ma carrière, si mes heures de travail à domicile avaient réellement été prises en compte dans mon salaire, je ne serais pas à compter ce qui reste le 15 du mois. Deuxièmement, que les gouvernants prennent le risque de réduire le nombre de jours de congé (c'est à dire de "remise en état") du personnel et la crise de recrutement dans l'enseignement atteindra des sommets...
Quand je lis le classement des pays de l'OCDE et que je vois où on se situe...Misère... Et le pire dans tout ça, c'est qu'une partie de la population ne réalise pas que leurs enfants sont également concernés...
Ocde : Les enseignants français parmi les moins considérés
Si les enseignants français sont parmi les plus jeunes des pays de l'OCDE c'est que le métier attire encore. Pourtant, dans Regards sur l'éducation 2015, l'OCDE souligne les écarts de carrière entre les enseignants français et leurs collègues des autres pays.
Mais pas de progrès coté paye des profs
La situation des enseignants français s'écarte de celle des autres pays développés. "En France, les enseignants du primaire et du secondaire ont des salaires statutaires nettement inférieurs à la moyenne de pays de l’OCDE", affirme l'OCDE. Les chiffres parlent d'eux mêmes. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, le salaire statutaire (c’est-à-dire primes et paiement des heures supplémentaires non inclus) des enseignants ayant au moins 15 ans d’exercice à leur actif s’établissait en 2013 à 38 653 $ (contre 33 500 $ en France) dans l’enseignement préprimaire, à 41 245 $ (contre 33 500 $ en France) dans l’enseignement primaire, à 42 825 $ (contre 36 589 $ en France) dans le premier cycle de l’enseignement secondaire (collège) , et à 44 600 $ (contre 36 897 $ en France) dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire (lycée). Cette moyenne Ocde se construit avec des pays moins riches comme le Mexique, la Slovaquie ou la Pologne par exemple.
La crise économique a détérioré les revenus des enseignants en général. Parfois de façon très brutale comme au Portugal. En France le revenu a baissé entre 2010 et 2012 selon l'Ocde.
Travailler plus pour gagner moins ?
La seule façon dont les enseignants peuvent espérer améliorer leur sort c'est en accumulant les heures supplémentaires et les primes. Le cas de l'ISOE et de l'ISAE est bien connu : la prime du secondaire est trois fois plus élevée que celle du primaire, ce qui creuse l'écart. Les heures supplémentaires l'augmentent aussi. Au final les enseignants du second degré se rapprochent des moyennes Ocde. Pas ceux du premier degré.
Or les enseignants du premier degré travaillent nettement plus que leurs collègues du second degré et que les professeurs des écoles des autres pays. "Il n’y a qu’en France et en Turquie où les enseignants donnent 30 % d’heures de cours de plus par an dans l’enseignement primaire qu’au collège", écrit l'Ocde. "En France, les enseignants du primaire sont 924 heures devant les élèves par an, soit 152 heures de plus que la moyenne de l’OCDE, qui s’établit à 772 heures et 276 heures de plus par rapport aux enseignants certifiés qui exercent dans le secondaire en France". L'année dernière l'Ocde avait dénoncé l'écart entre le primaire et le secondaire en France. Cela n'a pas changé.
La taille des classes est aussi plus forte en France que dans l'Ocde : 23 élèves par calsse au primaire contre 21 dans l'Ocde, 25 au collège contre 24. Or plus les classes sont chargées, moins de temps est consacré à l'enseignement souligne l'OCDE.
L'éducation en mal d'innovation
"En France, seulement 24 % des enseignants au collège ayant pris part à l’enquête TALIS ont déclaré que leurs élèves utilisaient souvent les TIC dans le cadre de leurs projets ou de leur travail scolaire", note l'Ocde, contre 40% en moyenne dans l'Ocde. De tous les pays de l'Ocde c'est en France que les diplômés désignent le moins souvent le secteur éducatif comme innovant. Vous comprenez qu'on tienne au Forum des enseignants innovants.. (4-5 décembre Paris).
Quand j'étais adolescent, je me souviens très bien qu'il existait deux secteurs professionnels qui passionnaient beaucoup d'élèves : la médecine et l'enseignement. Lorsque je suis devenu instituteur, j'avais tous les ans, dans ma classe, des enfants qui avaient aussi ce rêve.
Aujourd'hui, le constat n'est plus du tout le même. Il y a même bien longtemps que je n'ai rencontré un enfant rêvant de devenir enseignant...
Il y a dans ces deux professions un intérêt pour l'humain, une empathie naturelle et s'y ajoute la passion pour l'acte médical ou l'acte d'enseigner.
Je trouve par conséquent très révélateur de constater à quel point nos gouvernants successifs martèlent, plombent, détruisent ces deux piliers d'une société.
Dans les deux secteurs, nous verrons s'amplifier avec l'augmentation graduelle du désappointement des personnels une dégradation constante dans l'acte lui-même. C'est inévitable.
On peut dès lors se demander pour quelles raisons les gouvernants délaissent à ce point ces deux secteurs ?
C'est très simple : clinique et écoles privées leur conviennent parfaitement.
Je force un peu le trait bien entendu... Mais la vérité n'est sûrement pas bien loin.
Si les patients français peuvent se réjouir de bénéficier d'un des meilleurs accès aux soins au monde, les professionnels de santé, eux, sont mal traités. Le panorama de la santé 2017 de l'OCDE est accablant : les infirmiers français sont les plus mal lotis des grands pays de l'OCDE.
Les infirmiers français sont parmi les moins bien payés d'Europe
FREDERICK FLORIN / AFP
Après le salaire des professeurs, voilà une autre indignité bien française : les salaires des infirmiers en France sont les plus bas de tous les pays développés. Un chiffre calculé par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui présentait la semaine dernière son Panorama de la santé 2017. Avec un diplôme équivalent à une licence (trois ans d'études) et des conditions de travail très exigeantes, les infirmiers hospitaliers français – 500.000 salariés – perçoivent une rémunération inférieure de 5% au salaire moyen en France. En Allemagne, un infirmier gagne 13% de plus que le salaire moyen, en Espagne 28% de plus. Au Mexique, la rémunération est presque le double du salaire moyen.
Aucune revalorisation des salaires en vue
En France, le tableau est sombre et, malheureusement pour les infirmiers, aucune lueur d’amélioration ne pointe à l’horizon. « Les dernières négociations salariales datent de 2010, à une époque où les infirmiers ont dû accepter un chantage salaire contre retraite », explique Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). « L’âge de la retraite a été repoussé de sept ans, passant de 55 à 62 ans, en échange d’une augmentation de 150 euros par mois ». Un accord arraché à contre-cœur à des professionnels de santé, très frustrés que la pénibilité de leur travail n’ait pas été prise en compte.
Selon un rapport de la Caisse de retraite des agents des collectivités locales, une infirmière vit en moyenne 6 ans de moins qu’une femme française. Les infirmières décèdent en moyenne à 78,8 ans, alors que l’espérance de vie des Françaises est de 85 ans. Autre indicateur éloquent, 20% des infirmières arrivant à la retraite sont affectées d’une invalidité – conséquence des manutentions, du travail de nuit mais aussi de l’exposition aux produits de chimiothérapie.
Un tiers des jeunes abandonnent après leur diplôme
Le métier - qui répond à une recherche de sens - continue d’attirer. Mais la difficulté des conditions de travail alliée à cette faible rémunération décourage massivement : "Dans les cinq ans qui suivent l’obtention du diplôme, un tiers des infirmières abandonnent le métier. C’est un gâchis humain énorme", souligne Thierry Amouroux.
L'infirmière de pratique avancée, un espoir pour la profession
Dans L'hôpital à coeur ouvert, le livre bilan qu'il vient de publier, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), évoque une piste pour valoriser la profession: "déléguer des tâches de médecins vers des infirmières, en contrepartie de rémunérations plus élevées".
La promotion du métier d’Infirmière de pratique avancée (IPA) devrait permettre de faire monter en compétence les infirmières. La loi de santé de janvier 2016 a créé un cadre légal pour ce nouveau métier – qui nécessite deux ans d’études supplémentaires, soit un niveau Master. Mais les décrets d’application ne sont pas encore publiés, et les grilles salariales restent à négocier. 26ème pays à reconnaître ce métier, la France ne fait que rattraper son retard. Habilitées à faire une consultation et délivrer une ordonnance, comme les sages-femmes, ces infirmières de pratique avancées pourront soulager les médecins en participant au tri des urgences, à la prévention et au dépistage ou encore au suivi des maladies chroniques.
Au Royaume-Uni, où la profession d'infirmière de pratique avancée ("advanced nurse") est reconnue depuis le début des années 1990, le salaire médian de ces "master infirmières" est très supérieur à celui d'une infirmière : selon les informations du moteur de recherche d'offres d'emploi Adzuna, il tourne autour de 70.000 euros (63.000 livres) par an, soit presque le double du salaire d'une simple infirmière (36.000 livres, soient 40.000 euros).
Cette évolution de carrière n’apporte toutefois qu’une réponse partielle à cette profession en souffrance. Dans les pays qui ont reconnu ce métier de longue date, les infirmières de pratique avancée ne représentent que 3 à 5% du personnel hospitalier. Il faudra certainement aller plus loin et ouvrir d'autres perspectives - la possibilité de réaliser certains actes médicaux - aux 500.000 infirmières sous-payées de l'hôpital français.
La vie est jalonnée d’étapes. Nous connaissons tous l’étape délicate de l’adolescence que Françoise Dolto appelle « le complexe du homard », cette transition vers l’âge adulte qui ne se fait pas sans difficultés. Il existe aussi d’autres transitions dans la vie, non moins importantes mais moins connues : il s’agit de la transition du milieu de vie, qui survient généralement entre 45 et 55 ans et où l’individu connaît une remise en question de sa vie, de son cheminement. Ce n’est donc pas à quarante ans que survient cette fameuse crise mais plus tard… Et le mot « crise » n’est pas le plus adapté pour parler de cette phase de la vie.
Un peu de vocabulaire jungien : la persona, l’ego, l’Ombre et le soi.
C’est Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse, qui aura parlé le premier du processus d’individuation dans son ouvrage Les sept sermons aux morts. Pour bien le comprendre, il va falloir se familiariser avec certains termes de la psychologie jungienne. Pendant la première partie de notre vie, nous construisons notre Persona qui est le « je » désirant contenant l’ego. Cette Persona est notre partie consciente, notre moi. Elle est la personnalité que nous nous sommes construits, la personne que nous croyons être et que les autres croient que nous sommes. La Persona, qui vient du grec « prosopon », qui signifie masque, est ainsi le masque que chacun se fabrique et qu’il présente à la société. C’est l’ensemble des comportements, des règles morales que nous décidons d’adopter. Le danger est de considérer que cette Persona est nous-mêmes et que nous sommes définis par elle. En effet, la Persona n’est qu’une petite part, un fragment du Soi, qui est une partie beaucoup plus vaste de nous-mêmes. Chaque individu porte en lui-même cette dimension fondamentale de lui-même qu’est le Soi. Mais cette dimension demeure le plus souvent inconsciente d’elle-même durant la première moitié de la vie. Pour que le Soi devienne conscient de lui-même, il faut en passer par le processus d’individuation. Le processus d’individuation est le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique pour Jung, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible. Or, pour devenir cette unité, il faut réaliser son Soi, que Jung décrit comme une unité sur-ordonnée au moi, qui embrasse non seulement la psyché consciente mais aussi la psyché inconsciente. Le moi, lui, est le centre de la conscience. Mais, à un moment de sa vie, l’individu n’est plus satisfait par sa Persona puisque, tandis qu’il s’occupait de construire son ego, une autre partie de sa personnalité qu’il négligeait, qui ne fait pas partie de la conscience, se construisait, elle aussi, à son insu. Cette partie là, c’est l’Ombre, qui est « la partie inférieure de la personnalité » selon Jung et qui comporte tous les aspects psychiques de l’être qui ont été refoulés et qui ont été exclus de l’existence courante pour des raisons morales, sociales ou éducatives. Dans l’Ombre sont relégués tout ce que l’individu n’a pas choisi consciemment, tout ce qu’il n’a pas vécu et qu’il ne se permet pas de vivre. L’Ombre est en quelque sorte le coffre fort de l’inconscient.
Quand naît le besoin d’accomplissement et qu’émerge l’Ombre :
Dans la première moitié de sa vie, l’individu occupé à forger son moi refoule des modèles de comportement dans l’Ombre sans qu’il en résulte de grands dommages. Pour mieux comprendre ce processus, prenons pour exemple une jeune femme qui a construit sa vie de couple, qui a ses enfants et son réseau professionnel. Alors que toutes les conditions semblent en apparence réunies pour donner à cette femme le sentiment d’une réussite apaisante, d’être parvenue à quelque chose de stable dans son existence, celle-ci se révèle angoissée, a des vagues à l’âme et parfois même des humeurs dépressives. Cette femme se pose une question fondamentale : cette vie que je mène, est-ce réellement la vie que je veux vivre ? Et cette question génère chez elle de la culpabilité parce qu’elle a construit tellement de choses dans sa vie qu’elle se dit qu’il s’agit là d’une attitude d’enfant gâtée qui est si comblée qu’elle se met à se poser des questions existentielles. Or, il s’agit en réalité d’un besoin fondamental qui s’exprime. Tandis que ses autres besoins fondamentaux ont été satisfaits, il en demeure un seul qui ne l’est pas : le besoin d’accomplissement. Dans la pyramide des besoins de Maslow, le niveau supérieur de la pyramide concerne l’accomplissement de soi. Celui-ci vient après les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour et les besoins d’estime. Dans la première moitié de sa vie, cette femme s’est « accommodée ». Elle a répondu aux injonctions de sa société, de ses professeurs, de ses parents. Cette phase d’accommodation n’est pas du tout négative puisque ces personnes et ces entités nous guident et nous aident à trouver notre place dans le monde. Les règles qui régissent la première moitié de la vie sont donc extérieures. Mais autour de l’âge de 45 ans commencent à se faire sentir les limites de cette phase d’accommodation. On se sent moins serein, quelque chose nous titille mais on ne sait pas encore ce que c’est. On aurait pourtant toutes les raisons d’être rassuré puisqu’on a trouvé sa place dans la société mais pourtant ça ne suffit plus. Un questionnement plus profond et plus fondamental sur le sens de ce que l’on fait et le sens de notre existence se fait jour.
Mais comment est-ce que cette insatisfaction commence à poindre ? Les raisons sont multiples. Il peut s’agir d’une prise de conscience soudaine quand on se rend compte que le temps a commencé son travail et qu’il a dessiné des ridules et des rides sur notre visage. Nous ne sommes pas immortels et nous devons penser avec sérieux à ce que nous voulons faire de notre vie. Ce peut être aussi un questionnement sur la vie qu’on partage avec un autre depuis peut-être vingt ans. Le facteur déclenchant peut être aussi le départ des enfants qui quittent la maison familiale : c’est le syndrome du nid vide qui renvoie les parents au statut d’amants, statut qu’ils avaient peut être délaissé au profit de leur statut de parents. Il peut également s’agir d’un questionnement professionnel quand la personne se rend compte qu’elle exerce un métier qui ne l’intéresse plus. Pour d’autres, il peut s’agir d’une modification des priorités : ils privilégiaient par exemple leur carrière au détriment de leur vie sentimentale.
C’est dans ce moment de remise en question que l’Ombre commence à émerger. C’est aussi à ce moment que la Persona se fragmente. Cette fragmentation créé une angoisse chez l’individu si habitué à s’identifier uniquement à sa Persona et oubliant son Soi.
Le processus d’individuation doit-il se faire obligatoirement à partir de 45 ans ?
Mais ce processus d’individuation ne peut-il pas s’effectuer plus tôt ? Pourquoi ce questionnement sur soi-même surgit-il généralement à partir de l’âge de 45 ans ? Nous pouvons être mûrs plus tôt et être confrontés à des questionnements sur notre vie plus jeunes. En effet, la question de l’authenticité par rapport à soi-même peut se poser à n’importe quel âge. D’après le psychiatre Christophe Fauré, auteur de l’ouvrage Maintenantoujamais qui traite de cette question, il y a un timing. A vingt-cinq ans, quand une personne se demande « qu’est-ce que je veux donc pour moi ? », il ne s’agit pas forcément d’un questionnement d’intériorité. Cette question renvoie beaucoup plus à un désir lié à la vie affective, à la vie professionnelle et à l’exploration du monde. Pour Christophe Fauré, ce questionnement est absolument nécessaire pour devenir conscient de soi.
Néanmoins, il existe des exceptions qui confirment la règle. Ce processus d’individuation peut s’enclencher précocement chez des personnes très jeunes, qui très tôt ont des questionnements existentiels et sont en quête réelle de sens. Mais pourquoi ce processus s’active-t-il très tôt chez certaines personnes et pas chez d’autres ? Il est possible que la différence tienne au degré de spiritualité et d’éveil des premières, qui sont plus naturellement conscientes de leur Soi. Le danger est qu’un processus d’individuation qui se met en place très tôt –dès l’âge de dix-huit ans- est mal vécu, parce qu’à cet âge nul n’est préparé physiquement et psychologiquement à apprivoiser le sentiment océanique de la vie corrélatif de la découverte du Soi. L’instrument corporel ne s’est pas suffisamment confronté à ce qui va permettre au moi et à l’ego de se construire. Il n’est pas facile de bien vivre ce processus d’individuation alors que notre moi et notre ego sont encore en train de se consolider. Il y a un ordre et une harmonie qu’il n’est pas bon de perturber.
Mais pour peu que nous nous posions les bonnes questions, que nos proches nous poussent assez tôt à nous poser des questions sur nous-mêmes et que nous cherchions à donner un sens à notre vie, nous pouvons réaliser ce processus d’individuation plus jeune, dès l’âge de 35 ans. Nous avons alors, libérés de la tyrannie de notre ego, plus qu’une moitié de vie à consacrer aux choses essentielles.
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« Sans plus de préparation, nous parvenons à l’étape de l’après-midi de la vie. Pire encore, nous franchissons cette étape avec la fausse croyance que nos vérités et idéaux nous serviront comme ils l’ont fait jusqu’à présent. Mais il est impossible de vivre l’après-midi de la vie selon le programme du matin de la vie, car ce qui était grand le matin sera petit le soir et ce qui était vrai le matin, sera devenu un mensonge le soir« . Carl Gustav Jung
Selon le psychologue suisse Carl Gustav Jung, il existe 4 archétypes, quatre étapes que nous traversons pendant notre vie et ces étapes sont :
L’étape de l’athlète (le sauvage)
À cette étape, nous nous préoccupons surtout de notre apparence, de ce à quoi ressemble notre corps. Durant cette étape, nous pourrions rester des heures à regarder et admirer notre reflet dans le miroir. Notre corps, notre apparence sont les choses les plus importantes à nos yeux, rien d’autre ne compte.
L’étape du guerrier (l’aventurier)
Pendant cette période, notre principal souci est de partir à la conquête du monde, de faire de notre mieux, d’être le meilleur et de parvenir à l’excellence, de faire ce que font les guerriers et d’agir comme agissent les guerriers. C’est une étape pendant laquelle nous pensons continuellement aux moyens d’avoir plus que tout le monde, une étape de comparaison, de vaincre ceux autour de nous afin de nous sentir meilleurs parce que nous avons réalisé davantage, parce que nous sommes des guerriers, des braves.
L’étape de la communication (l’enseignant)
À cette époque, à ce stade de votre vie, vous réalisez que ce qui a été fait jusqu’ici ne suffit pas à vous contenter, à vous rendre heureux… vous cherchez maintenant les moyens de faire une différence dans le monde, les moyens de servir ceux qui vous entourent. Votre préoccupation est de commencer à donner. Vous réalisez maintenant que dorénavant votre poursuite de l’argent, du pouvoir, des possessions, etc. continueront d’apparaitre dans votre vie, mais vous ne leur attribuez plus la même valeur qu’auparavant, vous n’êtes plus attaché à ces choses, parce que vous êtes maintenant dans une étape différente de votre vie, où vous savez qu’il existe autre chose. Vous les recevez, vous les acceptez et vous en êtes reconnaissant, mais vous êtes prêt à vous en détacher n’importe quand. Vous cherchez des moyens pour arrêter de penser à vous, à la manière de recevoir et à commencer à vous concentrer sur une vie de service. Tout ce qui vous importe à ce stade est le don. Vous savez maintenant que donner c’est recevoir et que c’est le moment de stopper l’égoïsme et de penser aux façons d’aider ceux dans le besoin, de quitter ce monde en étant meilleur que lorsque vous y êtes entré.
L’étape spirituelle (le sage)
Selon Jung, ce sera la dernière étape de votre vie, une étape où nous réalisons qu’aucune de ces trois étapes ne représente réellement qui nous sommes et ce que nous sommes. Nous comprenons que nous sommes plus que notre corps, plus que nos possessions, plus que nos amis, notre pays et ainsi de suite. Nous en venons à réaliser que nous sommes des êtres divins, des êtres spirituels ayant une expérience humaine et non pas des humains ayant une expérience spirituelle.
Nous savons maintenant que ce n’est pas notre foyer et que nous ne sommes pas ce que nous pensons être. Nous sommes dans ce monde mais pas de ce monde. Nous pouvons désormais nous observer à partir d’une autre perspective. Nous pouvons renoncer à notre propre esprit, à notre corps et saisir qui nous sommes vraiment, voir les choses telles qu’elles sont. Nous devenons l’observateur de notre vie. Nous réalisons que nous ne sommes pas celui que nous remarquons mais l’observateur de ce que nous remarquons.
Il y a 2500 ans, Lao Tseu tentait de nous enseigner la manière de comprendre cette dernière étape de vie, cette étape spirituelle : « Pouvez-vous faire machine arrière en pensée et ainsi saisir toutes choses ? Donner la vie et la nourrir, avoir sans posséder, agir sans attentes, diriger sans essayer de contrôler : voici la vertu suprême ».
"Par ailleurs, nous vivons dans un monde où les lobbys sont très importants. Aujourd'hui, on a l'impression que les Etats ont beaucoup moins de pouvoir par rapport à des industriels puissants", relève Sophie Godin-Beekmann.
Comment l'humanité a sauvé la couche d'ozone (et pourquoi on devrait s'en inspirer pour le climat)
Alors que s'achève la COP23 à Bonn, les scientifiques s'alarment du manque d'initiatives pour lutter contre les gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Pourtant, il y a trente ans, c'est lors d'une conférence comme celle-ci que politiques et scientifiques ont sauvé la couche d'ozone d'une disparition attendue.
Un bateau chilien dans l'Antarctique, dans la zone où a été identitifié le trou dans la couche d'ozone, le 25 janvier 2015. (NATACHA PISARENKO / AP / SIPA)
LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin
"Tirer la sonnette d'alarme", "marteler", "prévenir"...En 2017, c'est aussi cela, le job de scientifique. Surtout quand il étudie le réchauffement climatique.Lundi 13 novembre, plus de 15 000 chercheurs, issus de 182 pays, ont ainsi signé une tribune demandant d'agir en urgence pour enrayer le phénomène. Ils y dressent un rapide bilan de ce qui a été fait pour sauver la planète depuis la publication d'un "premier avertissement", il y a vingt-cinq ans.
Depuis 1992, à l'exception de la stabilisation de la couche d'ozone stratosphérique, l'humanité n'a pas réussi à faire des progrès suffisants dans la résolution générale de ces défis environnementaux prévus et (...) la plupart d'entre eux deviennent bien pires.
Tribune de 15 000 scientifiques pour le climat
Démoralisante, cette phrase convoque un lointain souvenir : celui d'un monde terrifié à l'idée de finir carbonisé par les rayons ultraviolets du soleil, en raison du trou de la taille d'un continent dans notre couche d'ozone. Et qui a réagi. Selon la Nasa, ce dernier est bien parti pour se résorber totalement d'ici 2030-2050 (lien en anglais). L'occasion de revenir sur la façon dont scientifiques, politiques et industriels ont sauvé le monde une première fois. Qui sait, peut-être en sont-ils toujours capables ?
"L'industrie chimique a rapidement été alertée"
Quand la présidente de la Commission internationale sur l’ozone, Sophie Godin-Beekmann, démarre sa carrière de scientifique, à la toute fin des années 80, l'humanité vient de prendre conscience de l'ampleur des dégâts causés sur la couche d'ozone par les gaz CFC (ou chlorofluorocarbures). Elle se souvient d'une terrifiante conférence lors de laquelle un chercheur avait présentél'ampleur de la diminution d'ozone à l'échelle planétaire. "Il s'agissait d'un signal tellement fort que nous étions tous très, très inquiets", se rappelle-t-elle.
L'homme qui tire la sonnette d'alarme s'appelle Paul Crutzen. Le Néerlandais fait partie de ces quelques chercheurs qui, au début des années 70, ont évoqué publiquement la détérioration de la couche d'ozone sous l'effet des CFC. Et ce, à une époque où les gouvernements envisageaient de développer des flottes d'avions supersoniques – tel le Concorde – dévastateurs pour la couche d'ozone...
Une fabrique d'aérosols, à Saint-Pétersbourg (actuelle Russie), en 1976. (V. NIKITIN / RIA NOVOSTI / AFP)
"Jusqu'au milieu des années 70, on considère que les CFC sont des composés très sûrs au niveau du process industriel", relève la spécialiste, directrice de recherche au CNRS. Leur utilisation est très developpée. On en trouve à la fois dans les aérosols et les réfrigérateurs. Les accusations des chercheurs, qui se basent sur des "modèles rudimentaires" et non despreuves tangibles, embarrassent donc l'industrie chimique. Cette dernière se défend en arguant que le secteur pèse quelques centaines de milliers d'emplois et plusieurs milliards de dollars, rappellent les auteurs de Protecting the Ozone Layer : The United Nations History.
Dès 1975, la mauvaise réputation de ce composé provoque toutefois la chute des ventes d'aérosols aux Etats-Unis. L'entreprise SC Johnson fait même le pari de se débarrasser des CFC. Au Canada comme en Scandinavie, on discute de la pertinence de ce composant. "L'industrie chimique a rapidement été alertée des soupçons qui pesaient sur le CFC et a alors commencé à travailler sur des substituts", poursuit la spécialiste.
L'industrie a choisi d'accompagner les scientifiques. Elle a notamment payé des instruments de mesures et a suivi l'avancée des travaux dans ce domaine. Moi-même, j'ai utilisé un laser financé par le CMA, l'association de l'industrie chimique.
Sophie Godin-Beekmann
à franceinfo
Pour les industriels, il s'agit alors de garder la main sur le secteur en développant de nouveaux produits et "leurs propres modèles scientifiques". "Ils voulaient anticiper et comprendre ce qu'il se passait", souligne encore la chercheuse.
"Le monde a compris qu'on mettait l'espèce humaine en danger"
Le débat bascule à partir de 1985, avec la publication d'un article du scientifique Joseph Farman, puis deux ans plus tard, avec lespremières campagnes de mesures réalisées dans l'Antarctique. La science rapporte enfin la preuve de l'implication des CFC dans la diminution de la couche d'ozone. Elle tranche les théories discutées entre experts en établissant un lien entre quantité de chlore dans l'atmosphère et diminution de l'ozone. En août et en septembre 1987, un avion effectue deux vols à 17 km au-dessus de l'Antarctique et révèle avec précision l'ampleur du trou dans la couche d'ozone.
Ces images, fournies par la Nasa, montrent le trou de la couche d'ozone en 1979, 1989, 2006 et 2010. (AP / SIPA)
Quand bien même certains, comme le très populaire vulcanologue Haroun Tazieff, martèlent à tort que les données scientifiques ne permettent pas d'incriminer l'homme, ces nouvelles images entraînent la sensibilisation express du grand public. "Elles ont frappé les esprits", note la scientifique.
La couche d'ozone, c'est quand même le seul filtre qui nous protège des rayonnements ultraviolets. Tout le monde a compris que si on l'endommageait, on mettait directement en danger l'espèce humaine.
Sophie Godin-Beekmann
à franceinfo
Un protocole ratifié par tout le monde
La même année, en mars, une première conférence intergouvernementale se penche sur le problème et se solde par la ratification d'un traité, toujours en œuvre aujourd'hui : le protocole de Montréal. "Au départ, il ne permet pas d'éliminer les CFC", précise la directrice de recherche. En effet, le texte instaure "une baisse de la production des CFC de 30% et le principe d'une révision de ces objectifs tous les quatre ans, afin de faire évoluer les règles en fonctions de nos connaissances." Surtout, il met en mouvement "un cercle vertueux".
Les différentes disciplines des sciences du climat ont commencé à travailler ensemble – les modélisateurs, les observateurs, les gens qui étudient les constantes de réactions chimiques – dans des programmes scientifiques internationaux.
Sophie Godin-Beekmann
à franceinfo
"Ils ont produit des rapports détaillés qui ont permis aux politiques de disposer des informations nécessaires pour décider de revoir encore à la baisse la production des CFC". Le composant finit par être banni en 1996 dans les pays développés et en 2010 dans les pays en voie de développement.
C'est l'autre point positif du protocole, souligne la chercheuse. "Les pays développés, à l'origine de cette pollution, ont subi des règles plus contraignantes. Et les pays en voie de développement, dont la Chine faisait partie, ont bénéficié de transferts de technologies, notamment sur les produits de substitution", explique-t-elle. "Cela a accéleré la ratification du protocole par la plupart des pays. Il est l'un des rares protocoles environnementaux ratifiés de manière universelle."
Un problème "plus simple" que le réchaufffement
Comment expliquer que la planète ait pris à bras-le-corps le problème du trou de la couche d'ozone alors qu'il apparaît aujourd'hui si compliqué d'agir contre le dérèglement climatique ? D'abord, parce que "les composants incriminés avaient été identifiés". "Les industriels avaient déjà dans leurs cartons des substituts possibles quand il a fallu faire baisser les émissions. Pour eux, abandonner les CFC ne nécessitait pas de changer tout le process industriel : il s'agissait de le remplacer par des gaz qui sont assez proches. Cela paraissait faisable", relève Sophie Godin-Beekmann.
Repenser notre façon de produire l'énergie à l'échelle planétaire semble plus complexe. Plus abstrait aussi pour le grand public, qui ne doit pas seulement jeter son frigo ou arrêter de vaporiser de la laque.
Un vieux frigo dans la rue porte une inscription indiquant que le CFC a été retiré, le 23 juillet 2010, à New York (Etats-Unis). (RICHARD B. LEVINE / NEWSCOM / SIPA)
Par ailleurs, sur le plan de l'action politique, "compte tenu de la situation de l'époque, marquée par la domination écrasante des Etats-Unis, il y avait beaucoup moins d'acteurs dans le jeu qu'aujourd'hui". Et la chercheuse de résumer :
Moins d'acteurs politiques, moins d'acteurs économiques, une seule sorte d'industrie concernée avec une certaine gamme de produits, un coupable identifié, des images fortes... En fait, le problème était beaucoup plus simple que ce que nous connaissons avec le réchaufffement climatique.
Sophie Godin-Beekmann
à franceinfo
Et le monde de 2017 n'est plus celui de 1987. "Le fait qu'un président comme Donald Trump soit capable de dire que son pays ne fera rien et que ce que dit la communauté scientifique est faux, c'est quelque chose qui n'aurait pas été imaginable dans les années 80", estime Sophie-Godin Beekmann. Aujourd'hui, la parole du scientifique sur le réchauffement climatique est difficilement audible. "Les gens peinent à discerner le vrai du faux. (...) Par ailleurs, nous vivons dans un monde où les lobbys sont très importants. Aujourd'hui, on a l'impression que les Etats ont beaucoup moins de pouvoir par rapport à des industriels puissants", relève Sophie Godin-Beekmann.
Une bombe aérosol contenant du CFC (image d'illustration). (VIDAL / ISOPRESS / SIPA)
Signataire de la tribune publiée lundi, la scientifique pense pourtant que tout espoir n'est pas perdu. La lutte contre le réchauffement climatique "bénéficie à tous et il faut insister sur ce discours positif afin que les citoyens réalisent qu'il faut agir", estime-t-elle, en soulignant quela pression citoyenne peut faire avancer le politique et transformer l'accord de Paris signé en 2015 en un texte aussi décisif que le protocole de Montréal. Pour le moment, on est encore loin du compte.
Rincez à l'eau claire et épluchez les fruits et légumes pour éviter les pesticides. Et privilégiez si possible les produits de l'agricuture biologique.
Réduisez la consommation d'aliments transformés et conditionnés pour limiter les risques d'ingérer des plastifiants et des additifs.
Jetez les poêles et casseroles au revêtement antiadhésif abîmé, ou mieux, optez pour la fonte ou la céramique.
Optez pour une bouilloire en inox plutôt qu'en plastique.
Préférez les emballages en verre, en inox ou en céramique pour conserver les aliments, plutôt qu'en plastique.
Evitez de réchauffer les aliments au micro-ondes dans du plastique recouvert de film étirable. Utilisez plutôt un récipient en verre recouvert d'une assiette en céramique ou en verre.
Utilisez des produits ménagers bio ou traditionnels comme le vinaigre blanc ou le bicarbonate de soude.
Lavez-vous les mains à l'eau et au savon plutôt qu'avec un gel hydroalcoolique.
Eteignez les appareils électriques la nuit car ils contiennent des retardateurs de flamme pour éviter les accidents.
Traitez vos plantes avec modération et n'oubliez pas les recettes de grand-mère.
Largement médiatisés, les perturbateurs endocriniens sont incriminés dans l'explosion du diabète, de l'obésité, de l'autisme et d'autres troubles du comportement. Face à l'urgence sanitaire, le Parlement européen pousse Bruxelles à prendre ses responsabilités.
Mercredi 4 octobre. Barbara Demeneix arbore un sourire triomphal dans son bureau du Jardin des Plantes, à Paris, baigné par un soleil laiteux d'arrière-saison. Les eurodéputés viennent de donner raison à cette biologiste renommée du Muséum d'histoire naturelle qui dénonce depuis des années les dangers des perturbateurs endocriniens. Benoît Hamon en avait fait l'un de ses thèmes clés lors de la dernière campagne présidentielle. Depuis, le sujet ne cesse de défrayer la chronique, en témoigne le documentaire « Demain, tous crétins ? » diffusé samedi 11 novembre sur Arte.
À une large majorité, le Parlement a retoqué le 4 octobre la définition trop « laxiste » qu'en avait proposée la Commission européenne trois mois plus tôt. Barbara Demeneix s'en réjouit, qui dénonce depuis des années ces « cocktails toxiques » pour le développement du cerveau, la reproduction et le métabolisme (1). Face à l'explosion des cas de diabète et d'obésité, l'OMS tire elle aussi la sonnette d'alarme. À elles seules, les maladies causées par les perturbateurs endocriniens, cancers mis à part, représenteraient 157 milliards d'euros par an dans l'Union ! Des chiffres à faire frémir, sans commune mesure avec les dépenses liées aux tristes affaires de l'amiante ou du sang contaminé. De nature très variée, ces perturbateurs essentiellement synthétiques se retrouvent aussi bien dans les traitements contre les insectes et les mauvaises herbes que dans les cosmétiques, les emballages alimentaires, les ustensiles de cuisine, le mobilier, les peintures et les jouets.
Dès sa publication, le 4 juillet, cette définition des perturbateurs endocriniens - très attendue pour appliquer la nouvelle réglementation européenne sur les pesticides - avait suscité l'ire des scientifiques. Trois sociétés savantes - la société d'endocrinologie française, son pendant européen et la société des pédiatres endocrinologues - avaient envoyé une lettre aux parlementaires pour dénoncer un texte « insatisfaisant », raconte la volubile Barbara Demeneix sous le portrait du célèbre médecin physiologiste Claude Bernard. Le niveau de preuves à rassembler pour démontrer la nocivité de ces substances était en outre « trop élevé », ajoute avec un léger accent « british » la scientifique qui a quitté son Angleterre natale pour une carrière internationale. Pire encore, la Commission exemptait certains pesticides alors qu'ils étaient précisément conçus pour interférer avec le système endocrinien des insectes visés. « Une initiative contre-productive car susceptible de retarder l'identification de certaines substances comme perturbateurs endocriniens », estime Rémy Slama, épidémiologiste à l'Inserm de Grenoble et président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens.
De quoi irriter non seulement les parlementaires, mais aussi les ONG et les scientifiques, qui y ont vu une concession accordée à l'Allemagne, la première puissance chimique européenne, pour gagner son adhésion au texte. Ce faisant, « la Commission a outrepassé ses droits », affirme avec conviction la députée Europe Ecologie Michèle Rivasi dans les vastes bureaux parisiens de l'antenne du Parlement, boulevard Saint-Germain. Une brèche dans laquelle l'institution européenne, garante des intérêts des citoyens, s'est engouffrée avec le succès que l'on sait, auprès des sensibilités de gauche comme de droite. Rachida Dati, eurodéputée pour l'Île-de-France sous l'étiquette des Républicains, a soutenu l'initiative des socialistes et des Verts. Depuis la naissance de sa fille, l'ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy est beaucoup plus réceptive à ces problématiques particulièrement préoccupantes pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, constate avec plaisir Michèle Rivasi, que sa formation de biologiste a sensibilisée de longue date aux questions de santé.
Longtemps confiné au milieu scientifique, le sujet est aujourd'hui largement politisé et médiatisé, voire exploité par le business. C'est particulièrement vrai en France, où Benoît Hamon avait réussi à faire prononcer en « prime time » cette appellation indigeste par David Pujadas, l'ancien présentateur vedette de France 2. Depuis, les publications d'ouvrages plus ou moins grand public sur la question se multiplient. La référence aux perturbateurs endocriniens - et au souci de les éviter - est aujourd'hui devenue quasiment un argument marketing. Et pas seulement pour l'édition. Salveco l'a bien compris. Ce petit fabricant vosgien de nettoyants ménagers l'utilise pour vanter, a contrario, les vertus de ses produits fabriqués à partir de dérivés d'acide lactique et non de pétrole. Quant au laboratoire grassois Officinea, il a lancé depuis un an l'application Clean Beauty pour débusquer les perturbateurs présents dans les cosmétiques à partir d'une simple photo de la liste de leurs ingrédients.
La pédagogie en la matière est plus que nécessaire. Après tout, l'identification des perturbateurs endocriniens est récente. Elle remonte à un quart de siècle, même si les premiers clignotants se sont allumés dès les années 1960. Plastifiants, émulsifiants, rigidifiants, filtres anti-UV, conservateurs, retardateurs de flamme : ces produits élaborés par l'industrie chimique pour la cosmétique, l'hygiène et le mobilier se sont avérés, dans certains cas, de véritables poisons à retardement. Mais la science peine encore à cerner précisément leurs mécanismes d'action et l'étendue de leur impact sur la santé. Même si, étude après étude, leur implication présumée dans différentes maladies se précise, n'en déplaise à leurs fabricants.
L'Américaine Theo Colborn est la première à avoir théorisé le sujet. Invitée à se pencher sur les problèmes environnementaux des grands lacs entre les Etats-Unis et le Canada, cette multidiplômée (toxicologie, biologie, épidémiologie, etc.) constate avec effarement la multiplication de malformations congénitales chez de jeunes rapaces et des poissons. À l'origine de ces troubles, non pas des cancers mais des dérèglements hormonaux. En 1991, Theo Colborn et John Peterson Myers, un biologiste diplômé de Berkeley, invitent une trentaine de scientifiques - anthropologues, zoologues, physiologues, ornithologues, etc. - à confronter leur expérience sur le sujet dans le centre de conférence de Wingspread, à Racine, une petite ville au nord de Chicago. Le rapprochement est établi entre ces dérèglements et les polluants chimiques tels que le PCB - utilisé comme isolant dans les transformateurs électriques avant d'être interdit - ou l'insecticide DDT, banni en 1972. La déclaration rédigée à l'issue de la conférence constitue un véritable pavé dans la mare. Un an plus tard, Theo Colborn regroupe ces poisons sous le sceau d'« endocrine disruptors », que les Français traduisent par « perturbateurs endocriniens ». Pas très grand public ! En 1996, toujours avec John Peterson Myers, la scientifique publie un ouvrage de vulgarisation qui se dévore comme un policier : Our Stolen Future (« L'homme en voie de disparition ? » en français). En signant sa préface, Al Gore lui donne un sérieux coup de pouce. Trois ans plus tard, il est déjà traduit en seize langues. Le livre va susciter des débats au Congrès et le lancement d'un programme de recherche par l'Agence américaine de l'environnement (EPA). Jusqu'à sa mort, en 2014, Theo Colborn ne cessera d'oeuvrer pour sensibiliser la communauté scientifique, les politiques et l'opinion publique à la portée du phénomène, prêtant son assistance à l'EPA et au WWF.
Vingt-cinq ans après l'appel de Wingspread, la prise de conscience a bien progressé, mais la réglementation reste très permissive. Pourquoi ? Les freins sont autant techniques qu'économiques ou politiques. Première difficulté : contrairement aux substances cancérigènes, le mécanisme d'action des perturbateurs endocriniens ne semble pas répondre au principe selon lequel « c'est la dose qui fait le poison » posé par le savant suisse Paracelse, père fondateur de la toxicologie, au xvie siècle. Ce serait même l'inverse : à petites quantités, les effets seraient encore plus délétères. Un véritable changement de paradigme. Les personnes les plus vulnérables ? Les enfants et les femmes en âge de procréer. Pour le foetus, tout dépendra de l'exposition de sa mère avant la conception et pendant la grossesse. Mais ces substances compromettent aussi la santé des adultes et leur capacité à se reproduire. S'ils n'altèrent ou ne détruisent pas directement les cellules, les perturbateurs miment si bien les hormones naturelles qu'ils font « ouvrir la porte à n'importe qui », expliquent Marine Jobert et François Veillerette, auteurs d'un livre très synthétique sur cette « menace invisible » (2). Et nuisent à la bonne marche du corps.
L'impact cumulé des substances toxiques et le fait que les petites quantités soient plus nocives que les grandes rendent l'étude de ces molécules passablement compliquée. Il faut mettre au point des tests d'évaluation pertinents et mener des études sur longue période pour apprécier leur impact intergénérationnel. Beaucoup de travaux ont été conduits sur les animaux, moins sur l'homme. Et la transposition n'est pas évidente. Pour Patrick Lévy, médecin-conseil de l'Union des industries chimiques (UIC), la puissante organisation professionnelle française, « il y a encore des débats scientifiques importants sur la transposition de l'animal à l'homme. Les scientifiques sont encore loin d'avoir trouvé un consensus sur ce sujet. Cela nécessite des approfondissements au niveau national et européen. » Evidemment, l'industrie et les responsables politiques ne sont pas prêts à remettre en cause tout un pan d'activité économique sans certitude d'une urgence sanitaire. « La société doit mettre davantage de moyens sur la recherche toxicologique et épidémiologique pour disposer de tests efficaces et identifier rapidement les perturbateurs endocriniens les plus dangereux », rétorque Rémy Slama (3), qui étudie actuellement l'impact de bisphénols - dont le fameux A - sur la santé de 480 familles.
Les financements sont insuffisants et pas forcément pérennes. Il n'empêche, l'arsenal scientifique progresse. Parmi les nouveaux outils à disposition, Barbara Demeneix a mis au point une technologie de têtards fluorescents étonnante. Au sein de son laboratoire d'évolution des régulations endocriniennes, rue Cuvier, la Flamande qu'elle emploie comme thésarde manie régulièrement ces têtards pour mesurer l'impact de cocktails de différents polluants chimiques sur leur thyroïde. « L'avantage, c'est que la glande des têtards est très proche de celle de l'homme », explique la jeune femme en plaçant une boîte de Petri avec un microtêtard de 2 mm sous un microscope connecté à un ordinateur. À l'écran, l'image de son crâne disproportionné vert fluo est saisissante. « La fluorescence varie en fonction de la concentration du cocktail chimique », ajoute-t-elle. Aujourd'hui, la start-up Watchfrog commercialise sous licence cette technologie. Les progrès vont se poursuivre. D'ailleurs, pas une quinzaine ne s'écoule sans une nouvelle publication sur le sujet.
Industriels comme politiques sont sous pression pour agir. La sanction parlementaire pousse la Commission à revoir sa copie. Et vite. Vytenis Andriukaitis, le commissaire à la Santé, est en première ligne. Non seulement le Parlement dispose du soutien de l'opinion, mais d'un point de vue technique, la Commission a déjà quatre ans de retard par rapport à l'échéance prévue du 13 décembre 2013. L'exécutif bruxellois s'est déjà fait rappeler à l'ordre en 2015 par la Cour de justice européenne. Celle-ci avait été saisie par la Suède et la France notamment, irritées de son inaction face à cet enjeu de santé publique. Mais, comme pour l'élaboration laborieuse du fameux règlement Reach sur les produits chimiques, destiné à mieux protéger l'environnement et la santé, ou la réhomologation actuellement très controversée du glyphosate, l'herbicide le plus vendu au monde, l'Europe se divise. D'un côté, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, avec une industrie chimique encore importante, sont tiraillées entre intérêts économiques et protection des consommateurs. De l'autre, le nord de l'Europe, historiquement plus soucieux du bien-être de sa population, où certains produits considérés comme « suspects » ont d'ores et déjà été unilatéralement proscrits. C'est le cas de quatre phtalates couramment utilisés dans des nappes en plastique ou des rideaux de douche que le Danemark a interdits depuis 2012. Le gouvernement danois édite également depuis 2006 un guide de prévention gratuit à l'intention des femmes enceintes.
Côté industrie, les entreprises réclament une clarification du cadre réglementaire - un impératif compte tenu du coût et du temps nécessaires au développement de nouvelles molécules (dix ans environ). Elles sont d'autant plus inquiètes que chaque pays européen est libre de prendre ses propres initiatives, à l'instar de la France qui interdit le bisphénol A dans les conditionnements alimentaires depuis deux ans. Cette interdiction, qui ne vaut que dans l'Hexagone, oblige les fabricants de canettes à produire selon deux méthodes, en fonction du marché final. En coulisses, les poids lourds du secteur - probablement celui qui dépense le plus en lobbying en Europe - sont à la manoeuvre pour limiter tout resserrement des contraintes légales et retarder le processus. « Comme l'industrie du tabac il y a quelques années, ils cherchent à discréditer le consensus scientifique », affirme Stéphane Horel, auteure d'Intoxication, un livre remarqué sur le lobbying industriel. Les entreprises ne peuvent toutefois plus ignorer les pressions sociétales. L'UIC vient ainsi de créer un site d'information grand public. Même si l'adresse, www.perturbateurendocrinien.fr, est très neutre, «c'est un relais subtil de ses thèses», aux yeux de François Veillerette.
À Sophia Antipolis, le groupe Bayer, qui s'apprête à fusionner avec Monsanto, a accepté de nous ouvrir les portes de son site mondial chargé des études de sécurité sur ses produits phytosanitaires. « C'est la première fois que nous recevons un média », explique Rémi Bars, directeur scientifique en toxicologie du site. Dans les quatre étages de ce bâtiment aux grandes baies vitrées noyé dans la pinède de la « Silicon Valley » à la française, plus d'une centaine de spécialistes testent sur des rongeurs, poissons-zèbres et autres animaux les futurs blockbusters de Bayer. « On travaille plus étroitement avec nos chimistes à l'aide de tests précoces pour évaluer en amont la sécurité de nos produits et anticiper, autant que possible, les résultats des études réglementaires », explique ce vétéran passionné de toxicologie, qui a rejoint l'ex-champion français de la chimie Rhône-Poulenc après ses études de pharmacie. Peu sexy à l'époque, la toxicologie est aujourd'hui une discipline très recherchée avec la montée des préoccupations environnementales. « Il n'y a pas de molécule naturelle ou chimique qui ne soit pas toxique dans certaines conditions », observe Rémi Bars.
Le feuilleton est loin d'être terminé. Si l'Europe accouche d'une législation sur les perturbateurs endocriniens, « elle sera la première dans le monde », a rappelé l'eurodéputée Françoise Grossetête le 3 octobre en défendant la proposition de la Commission. Avec une portée allant bien au-delà des pesticides puisqu'elle doit s'appliquer à terme à l'ensemble des produits chimiques. Sur le terrain, les initiatives fleurissent déjà. Avec un effort particulier auprès des populations les plus à risque de la part des médecins. À l'hôpital Archet de Nice, l'endocrinologue et gynécologue Patrick Fénichel recommande un minimum de précautions au cours de la grossesse. Bien laver les fruits et légumes, qu'on choisira plutôt bio, éviter les cosmétiques, ne pas chauffer des aliments dans des contenants en plastique, ne pas peindre la chambre du bébé juste avant l'accouchement... Les villes se mobilisent également. Organisée à Paris le 10 octobre à l'initiative de Réseau Environnement Santé - une vingtaine d'associations -, la première réunion des villes sans perturbateurs endocriniens a attiré plus de 200 personnes, dont des représentants de villes étrangères comme Madrid. Les expériences de crèche et de maternité sans perturbateurs endocriniens présentées respectivement par Limoges et Lille en ont séduit plus d'un.
Pour l'instant moins volontariste que sa prédécesseuse Ségolène Royal - si ce n'est dans son combat contre le glyphosate - Nicolas Hulot espère bien mettre les bouchées doubles en 2018. Réduire l'exposition aux perturbateurs et aux nanomatériaux, réviser Reach, monter un fonds pour mener des études complémentaires sur des produits controversés : le ministre de la Transition écologique et solidaire ne manque pas d'idées. La rumeur laisse entendre, pour d'autres raisons, qu'il pourrait abréger son mandat. Pourtant, cinq ans n'y suffiraient sans doute pas...
CINQ SCIENTIFIQUES ENGAGÉS
Theo Colborn :Après avoir élevé ses quatre enfants, cette Américaine s'est consacrée à la reconnaissance des risques pour la santé humaine et animale des polluants chimiques, qu'elle a été la première à nommer « perturbateurs endocriniens » (« endocrine disruptors ») en 1992.
Andreas Kortenkamp :Installé en Grande-Bretagne depuis sa thèse, ce scientifique né en Allemagne a été le premier à identifier les effets cocktails des perturbateurs endocriniens. Il a même réalisé un rapport sur le sujet pour la Commission européenne en 2012.
André Cicolella :Le président du Réseau Environnement Santé a joué un rôle actif dans l'interdiction du bisphénol A dans les biberons - une initiative française ensuite suivie par Bruxelles.
Barbara Demeneix :Cette biologiste du Muséum d'histoire naturelle a mis au point une technologie innovante pour étudier l'impact des cocktails de perturbateurs sur le cerveau, dont elle dénonce régulièrement les effets auprès des politiques, des industriels et de l'opinion publique.
Rémy Slama :Ce polytechnicien, directeur de recherche à l'Inserm de Grenoble depuis une douzaine d'années, préside le Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens. Il mène actuellement une vaste étude sur les effets du bisphénol A sur 480 familles.
CHIFFRE CLÉ
157 milliards d'euros Le montant annuel estimé des dépenses de soins et pertes de revenus potentiels liées aux perturbateurs endocriniens pour l'Union européenne.
En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/week-end/business-story/enquetes/030845123521-perturbateurs-endocriniens-les-poisons-de-notre-quotidien-2128865.php#d12KWaQZEIbRDdr8.99
Dans l’école publique de Nana Glen, un petit village Australien, une expérience est menée : Durant deux semaines, les enfants de cette école vont manger des aliments ne contenant pas d’additifs alimentaires.
Sensibles aux troubles comportementaux des enfants en classe, la direction de Nana Glen, une petite école publique dans un village australien, et Sue Dengate spécialiste en nutrition et troubles du comportement, décident de mettre au régime leurs élèves pendant deux semaines pour en étudier l’impact sur leur santé et leur comportement.
Durant quinze jours, les enfants de cette école ne mangent aucune nourriture enrichie d’additifs.
Unhealthy food: popped wheat seeds with lots of food additive chemicals
Le résultat est surprenant: davantage d’élèves concentrés, moins de punitions et de retenues, des élèves victimes de leur agressivité et de leur mauvais caractère se pacifient et renouent des liens avec leurs camarades de classe.
Outre les colorants, évidents dans les boissons et les sucreries préférées des enfants, les additifs se trouvent dans un nombre incalculable d’aliments: surgelés, plats préparés, conserves, farines, sucre édulcoré à l’aspartame, sauces dans les hamburgers en restauration rapide, toute nourriture industrielle semble comporter les dangers liés aux additifs.
Deux semaines de diète sans cette nourriture, remplacée par des repas bios, rigoureusement contrôlés, entraînent des changements surprenants chez les enfants les plus touchés par les additifs.
Même les allergies semblent allégées suite à cette rigueur alimentaire.
En 2005, il lançait le mouvement des Villes en transition, qui a depuis lors pris une envergure mondiale.
Le Britannique Rob Hopkins était de passage en Belgique il y a quelques jours. Une rencontre vivifiante.
Entretien: Valentine Van Vyve
Rob Hopkins rêve que l'imagination prenne le pouvoir et qu'elle anime son "mouvement de communautés" vers la "reconstruction du monde". Ainsi définit-il la philosophie de la Transition. Une dynamique des petits pas qui a pour objectif de nous amener à embrasser un autre modèle de société.
Ce mouvement est "ambitieux, audacieux" mais aussi "expérimental, entrepreneurial et tourné vers la recherche de solutions", explique-t-il. Tout citoyen est poussé à se lancer, à essayer, et même à se tromper.
Et ça tombe bien puisque "nous sommes capables de réaliser des choses que ne peuvent faire nos gouvernements parce que nous pouvons prendre des risques sans que cela ne pose problème".
Depuis 2006, plus de 1500 groupes ont rejoint le Réseau Transition dans une cinquantaine de pays. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Et encore, il existe quantité de groupes non inscrits qui appliquent les principes de la Transition. Nous ne pensions pas que cela allait grandir de la sorte, pas même dans notre propre communauté, à Totnes. Mais les gens se sont montrés intéressés et l’idée s’est étendue d’une manière incontrôlable.
Comment expliquez-vous cet élan ?
On a été chanceux d’arriver au bon moment. Devant les nombreux défis qui se posent à nous, nous avons besoin d’une réponse compatissante. A ce moment-là, l'offre se limitait à l’image du « survival ». L’idée de se rassembler pour imaginer ensemble le futur ne faisait pas partie du paysage malgré le fait que beaucoup de gens se sentaient concernés. La Transition s’est glissée dans cet espace, en proposant un modèle que l’on ne maîtrise pas totalement mais qui incite les gens à essayer.
Par ailleurs, certains aiment l’idée d’avoir de l’influence, en particulier lorsqu’ils constatent que le monde ne tourne pas si rond, que les personnes au pouvoir ne savent pas ce qu’elles font et qu’ils font face à un isolement croissant. La Transition a cet avantage qu’elle ne commence pas par une longue liste d’exigences auxquelles il faut se plier pour être impliqué dans le mouvement. Au contraire, il y a énormément de portes d’entrée. Les projets peuvent se faire dans des domaines différents: économie, business, écologie, éducation… Chacun peut venir avec sa passion et trouver d’autres personnes pour l'accompagner dans son projet.
« Si vous avez une idée, lancez-vous ! On vous offre le matériel et l’accès au réseau. Le seul engagement de votre part, c’est de raconter votre histoire : tant vos succès que vos échecs. »
Cela fonctionne parce que le mouvement est animé par la confiance, la générosité et la croyance que les gens en feront quelque chose de bien. Ca a été pensé pour être mu par un esprit d’auto-organisation et devenir un réseau mondial de personnes partageant leurs manières de faire, sans que l'on ait toutes les réponses.
La Transition fonctionne par essai et erreur ?
Oui. Dans quels domaines se permet-on encore se tromper ? Où encourage-t-on encore la prise de risque ? Certaines initiatives ne fonctionneront pas. Mais celles qui fonctionneront seront fantastiques parce qu’elles seront imaginatives et inattendues.
Vous parlez d'un "mouvement de communautés". Quelle est l’importance du niveau local ?
Devant les grands défis auxquels nous sommes confrontés, du changement climatique à l’épidémie de solitude, on se dit qu’on ne peut rien y faire, parce qu'on les entrevoit dans leur globalité… La perspective change quand on essaie d’agir à l'échelle de nos quartiers. Ce niveau est aussi important parce que chaque localité a ses spécificités. Les initiatives qui y seront prises seront le reflet des personnalités, des cultures, des réalités locales…
Il est très excitant d’envisager un système économique différent. Prenez la gestion de la pluie par les forêts : tout circule en un rythme lent. Ce que l’on essaie de faire avec l’argent suit la même logique : trouver des moyens de le faire circuler localement afin de diversifier nos économies et de les rendre plus résilientes et complexes. Le niveau local est le niveau où l’on commence : on se demande "où vais-je dépenser mon argent?" plutôt que de demander à l’Union européenne d’investir des millions d’euros dans nos villes.
La Transition est un mouvement résolument citoyen…
L’exemple de ce qui se passe a Liège est intéressant : le projet d’une ceinture alimentaire autour de la ville a été mis en place par Liège en Transition. Ensuite, les autorités de la ville ont intégré ce projet dans leur programme. A un certain point, il peut être intéressant que le pouvoir politique s’empare de projets mis sur pied et conduits par les citoyens. Le contraire peut être vrai aussi : à Grenoble, c’est le maire, enthousiasmé par le mouvement, qui a demandé comment créer un groupe de Transition.
Toutefois, le propre du mouvement, c’est qu’on n’a pas besoin de permission pour se lancer. Il ne faut pas attendre l’accord des dirigeants politiques.
Qu’est-ce qui distingue la Transition de l’écologie ou du développement durable ?
C’est un mouvement que je juge plus profond. Aujourd’hui, la durabilité est un concept un peu fourre-tout, que tout le monde s’est approprié et qui ne signifie plus grand-chose.
Il est question de résilience car celle-ci permet de s’adapter aux chocs. C’est une énorme opportunité. Imaginez que pendant trois jours, les camions de marchandises ne puissent plus entrer dans Bruxelles. La ville connaîtrait une pénurie de nourriture. Elle n’a plus de connexion avec les terres de sa périphérie et est donc très vulnérable. Imaginez maintenant que l'on produise de la nourriture en ville et aux alentours, cela nous rendrait plus résistants aux chocs, mais cela présente aussi un extraordinaire potentiel de renaissance économique, culturelle et sociale.
« La Transition, ce n’est pas seulement des panneaux solaires et des carottes, c’est comment on fonctionne ensemble et construisons notre propre résilience.»
Nous avons besoin de construire une nouvelle économie et pour cela, il faut aussi pouvoir sortir d’un fonctionnement exclusivement bénévole. Nous devons créer dubusiness et du travail. Et c’est un point avec lequel les mouvements écologistes se sentent un peu mal à l’aise. On se distingue d'une pure initiative écologique de gauche. Le mouvement de la Transition ne s’inscrit pas dans le spectre politique: il attire les progressistes comme les conservateurs autour de la manière de faire de ce monde un lieu prospère, de diversifier nos économies.
Pensez-vous que cela mènera à un changement radical de système ?
La seule chose qui peut garantir la survie humaine sur cette planète, c’est, précisément, un changement radical. Nous sommes sûrs d’une chose : le statu quo n’est pas une option. On doit stabiliser la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5C°. Nous en sommes pourtant loin. Nous avons donc besoin de réflexions radicales et pas seulement de solutions « intelligentes » que les grandes compagnies nous proposent, comme les voitures électriques.
A Liège, par exemple, on propose un modèle complètement différent qui changerait la manière dont fonctionne l’économie.
Quels choix avons-nous aujourd’hui face aux défis climatique, sociaux et économiques ? Certains craignent l’effondrement, jusqu’à la paralysie. D’autres sont encore optimistes…
L’effondrement est une possibilité. Et c’est déjà une réalité dans certaines parties du monde. Mais si on déclare que tout va s’effondrer et que ce sera terrible, les gens se découragent alors que c’est précisément à ce moment-là qu’on a besoin d’imagination et de capacité d’adaptation. C’est ça qui nous permettra d’en sortir. Comment peut-on aider les personnes autour de nous à faire preuve de résilience, d'adaptabilité, de créativité, c’est ça, la question. Le pessimisme est un luxe qu’on ne peut pas se permettre. On peut juste se permettre de se retrousser les manches.
« Les générations qui nous suivent regarderont certainement en arrière en se disant que nous avons vécu la plus grande faillite de l’imagination de l’histoire de l’humanité. »
Il y avait, dès le départ, une solution au problème du changement climatique… Mais cela nécessitait un changement d’histoire et de narratif sur l’idée qu’on se faisait du futur : une société qui aurait été capable d’assurer que le business serve l’humain et la nature et non l’inverse. Le fait d’avoir laissé le business devenir si puissant nous a poussés au bord de l’éradication de notre propre espèce. Juste parce qu’on n'avait pas la capacité d’imaginer autre chose.
Avez-vous entendu dire du mouvement qu'il est « un retour en arrière » ?
Tout le temps ! Il vient de personnes qui passent spectaculairement à côté du message et de l'objectif. Au contraire, continuer à faire ce que nous faisons est un retour en arrière. C’est ce que l’on voit à Porto Rico : à cause des tempêtes, il n’y a plus d’électricité, plus d’eau, nulle part où vivre. Il est important de trouver une manière d’avancer qui corresponde aux défis de notre époque et qui donne de la perspective, un but vers lequel tendre.
En Alsace, ils ont remplacé le bus scolaire par un cheval et une carriole. Un homme trouvait ça un peu « too much », ça lui donnait un sentiment de retour en arrière. Pourtant, les enfants vivaient un moment magique. Pourquoi lie-t-on une société dépourvue de carbone à un retour en arrière ?
En Belgique, on a parfois le sentiment que les choses sont figées. Qu’avez-vous pu y observer ?
En Belgique, le nombre de groupes en Transition a triplé en deux ans et les initiatives qu'ils prennent sont ambitieuses, que ce soit des potagers et des jardins en pleine ville ou la ceinture alimentaire de Liège. Le groupe Liège en Transition a ainsi recréé le lien avec les exploitations agricoles qui entourent la ville. De nouvelles fermes ont par la même occasion vu le jour, au même titre que des magasins dans la ville, on a construit une brasserie, etc... Certaines localités proposent de leur côté d'expérimenter des monnaies alternatives. Le groupe qui supporte la Transition (le « hub ») est par ailleurs très efficace. La Belgique est un des pays où le mouvement de la Transition est le plus excitant.
Quels conseils donneriez-vous à celui ou celle qui souhaiterait se lancer ?
Rendez-vous sur le site internet de Transition Belgique. Si un groupe existe près de chez vous, allez-y ! Regardez comment vous pouvez aider. Sinon, il existe un guide gratuit en ligne pour initier la Transition. Le Hub belge organise une formation de deux jours très complète. Essayez petit, quelque chose que vous vous sentez capable de faire. On a besoin de pas progressifs. Donc, faites le premier pas !
bienvenus dans cet espace. Je vous propose les créations qui sont issues de mon propre cheminement interne et des différentes initiations que j'ai pu recevoir.
certains articles sont le fruit d'un travail prémédité et minutieux, d'autres sont l'expression de ce qui me traverse à un moment donné. Tous sont conçus et réalisés en conscience et en reliance. Je suis ravie de pouvoir partager cela avec vous et que ces articles puissent prendre une nouvelle dimension dans ce que allez créer avec eux.
enjoy!
J'utilise parfois une métaphore pour montrer aux enfants le chemin qu'ils parcourent dans les apprentissages cognitifs. Il s'agit des lampadaires. Sur le chemin de la connaissance, ils vont rencontrer un lampadaire qu'il s'agit d'allumer. C'est le travail qu'ils vont fournir qui va alimenter en énergie la colonne jusqu'à atteindre l'ampoule d'où jaillira la lumière. Cette lumière va éclairer le chemin qui se présente devant eux et ils devineront dans l'obscurité la silhouette du lampadaire suivant. Il faudra qu'ils s'aventurent sur le chemin en profitant de la lumière du lampadaire qu'ils viennent d'allumer, ils devront accepter de progresser dans une semi-obscurité, des zones d'ombres qui les inquièteront quelque peu, ils devront éviter les pièges sur le chemin, des trous, des ornières, les fossés du bas-côté.
Si l'exploration se révèle trop pénible, ils pourront toujours venir se ressourcer à la lumière du lampadaire allumé. Il n'y a aucun échec dans ce repos nécessaire, juste une accumulation des nourritures indispensables pour se projeter de nouveau sur la route. Avancer en terrain inconnu dans un état de stress, de peur, de tension, n'est nullement favorable. Les émotions génèrent des obstacles illusoires, comme des fardeaux qui viennent compliquer davantage la tâche.
On peut utiliser également la progression des alpinistes sur une montagne himalayenne. Ils vont se charger de tout le matériel nécessaire pour aller installer le premier camp. Ils vont monter lentement pour que leur organisme s'habitue à la pression de l'environnement. Quand ils atteindront un replat favorable à l'installation du camp 2, ils s'accorderont un repos prolongé afin que leur organisme récupère des efforts produits et accumulent les forces nécessaires pour la suite. Ils repartiront lorsque le cheminement aura été minutieusement observé aux jumelles, discuté, préparé, que chacun connaîtra sa tâche, que le matériel indispensable aura été réparti dans les sacs. Il est possible que la montée vers le camp 3 n'aboutisse pas au premier essai. Trop difficile. Ils poseront le matériel et redescendront au camp 2 reprendre des forces. Aucun échec dans cette décision mais l'acceptation des délais, la reconnaissance en eux de leurs faiblesses. Ils doivent s'accorder ce repos, peut-être même redescendre jusqu'au camp 1 pour que ce repos soit encore plus bénéfique.
Cette validation des connaissances, ce repli vers des territoires connus, ce repos nécessaire avant une nouvelle exploration, une nouvelle avancée en terrain inconnu, les enfants le vivent continuellement. Il est indispensable de leur faire comprendre qu'il n'y a aucun échec dès lors que l'individu reste engagé dans le cheminement à venir. Avancer coûte que coûte est un risque inutile et dangereux. C'est soit une prétention exacerbée, soit une inconscience. Nullement une sagesse. La répétition des efforts génère l'expérience. Et l'expérience est nécessaire pour ne pas tomber dans les pièges de la route.
Qu'en est-il au regard de l'apprentissage existentiel, de la connaissance de soi ? La différence essentielle, à mes yeux, se trouve sur l'absence de balisage. Dans l'aprentissage cognitif, chaque étape à venir est connue, répertoriée, cadrée, préparée. L'enfant avance dans un terrain qui lui est inconnu mais l'enseignant en connaît chaque étape. Il est, dans le sens profond de sa mission, un accompagnant rassurant.
Dans les apprentissages cognitifs, les routes sont partagées par des millions de voyageurs. Seul, le temps nécessaire à chacun variera. Quelles que soient les routes choisies, elles ont déjà été parcourues et les balisages installés.
Dans l'apprentissage existentiel ou spirituel, chaque individu avance dans un territoire qui a certainement été parcouru par d'autres explorateurs mais leur expérience ne peut pas l'aider. Il n'y a pas de chemin commun. Je ne pense pas que les routes empruntées par les prédécesseurs puissent permettre une avancée certaine. Il ne s'agirait que d'une illusion. Le fait de connaître un peu les écrits de Krishnamurti ne me fait pas progresser sur le chemin que cet homme a emprunté. Je reste immanquablement sur un chemin personnel. Sans doute que les réflexions qui me sont proposées participent à l'accumulation de l'énergie interne indispensable à l'éclairage de mes lampadaires mais ça ne sera jamais que les lumières des autres explorateurs si je ne fais pas mienne cette énergie, si je ne l'explore pas au regard de mon existence. Il n'est de progrès spirituel que dans la connaissance de soi. Pas à travers la connaissance du cheminement des autres. Il existe des gens très cultivés qui sont totalement ignares d'eux-mêmes.
Le marcheur spirituel est seul sur son chemin. C'est peut-être cette solitude qui rebute tant les humains.
L'accumulation des savoirs cognitifs proposé par l'école développe insidieusement les comparaisons entre individus, la compétition et la hiérarchie. Tout ce qui contribue à l'élaboration envahissante de l'ego. L'enfant se construit non pas dans l'estime de soi au regard des savoirs acquis et plus encore de sa propre connaissance mais au regard de son positionnement par rapport aux autres. Au lieu donc de se réjouir de l'avancée, chacun est confronté à la déception de ne pas être le premier, de ne pas être aussi performant que les autres. Parfois et c'est encore pire, l'individu souffre principalement de la peur d'être relégué à la place humilante de "l'élève en difficultés". Et cette imagination paralysante finit par occuper toute la place, empêchant les apprentissages et menant effectivement l'enfant à "l'échec scolaire"....
L'apprentissage devient par conséquent une accumulation de déceptions ou de pressions sans cesse renouvelées pour préserver le niveau atteint par rapport aux autres. Le bonheur du savoir est souillé.
Même les élèves performants en souffrent puisque l'idée de compétition reste inscrite en eux. Compétition envers les autres et envers eux-mêmes, inquiétude quant au maintien de la reconnaissance positive, des félicitations des parents ou de l'enseignant. Il n'y a pas d'apprentissage cognitif heureux tant que l'enfant souffre d'une pression extérieure, sans aucune observation de lui-même, sans cette conscience indispensable de sa progression sur un plan existentiel.
Ce que je trouve effrayant, c'est de voir des enfants de dix ans intégralement inscrits dans cette compétition sociale et tous les affres qui en découlent. L'agitation étant la première conséquence.
Il reste heureusement quelques esprits lumineux, des esprits affamés de connaissances mais plus encore attentifs aux discours qui les renvoient à eux-mêmes, ces échanges pendant lesquels je leur parle d'eux. Eux, comme enfants, des individus en croissance, ceux qui visent encore l'altitude et ne se satisfont pas de la plaine...
J'aime croiser leurs regards, sentir l'absorption bienheureuse d'une énergie qui les éclaire. Intérieurement.
En classe, avec mes CM2. Le bilan d'une séance de conjugaison.
"Si vous avez du mal à retenir une leçon de conjugaison, l'orthographe d'un mot, des tables de multiplication ou des dates historiques ou n'importe quoi d'autre, c'est qu'au moment où vous devez l'apprendre, vous n'êtes pas vraiment là, dans l'instant, dans l'absence d'autres pensées.
Imaginez que vous renversiez de l'eau sur la table, vous allez vous munir d'une éponge pour nettoyer. Mais avant de vous en servir, vous allez l'essorer. Pourquoi ?
-Pour qu'elle puisse absorber l'eau.
-Très bien et maintenant imaginiez que vous vouliez mettre de l'eau dans une carafe déjà pleine.
-C'est bête, ça va déborder.
-Exactement. Vous avez là deux exemples du fonctionnement de votre cerveau. Vous cherchez à y verser quelque chose alors qu'il est déjà empli et que vous ne l'avez pas vidé ou essoré. Il ne s'agit pas de le vider de vos connaissances mais de le vider de toutes les pensées qui n'ont aucune utilité à ce moment-là. Et c'est pour ça que je dis que vous n'êtes pas vraiment là. C'est à dire que vous n'avez aucune observation volontaire de votre état intérieur et vous n'en avez donc aucune maîtrise."
Silence
"Si des pensées s'agitent et que vous les laissez vous distraire, rien ne pourra véritablement être absorbé par votre cerveau. Les informations vont couler dessus et il ne restera que le souvenir de leur passage. Ce qui inévitablement nécessitera de revoir cette leçon. Ce qui ne servira toujours quasiment à rien si votre état d'agitation intérieure n'est toujours pas contrôlé. Vous avez là l'explication du fait qu'après trois ans de conjugaison, vous deviez recommencer encore et encore. "
Silence.
"Je vous donne un exemple de ma façon de procéder lorsque je travaille à l'écriture de mon roman en cours. Il n'y a rien d'autre dans mon esprit que la présence des personnages et les situations qu'ils vivent. Jusqu'à devenir moi-même chacun de ces personnages. Il n'y a aucune autre pensée dans mon esprit. Et si, à un moment, je décide de sortir de l'histoire pour aller chercher un verre d'eau ou une pomme, je peux décider également de laisser les pensées revenir en moi, toutes les pensées, comme si je les libérais et que je leur accordais le droit de s'exprimer. Ce qui importe, c'est que c'est moi qui l'ai décidé. Pas les pensées elles-mêmes.
-C'est ça la pleine conscience ?
-Oui, c'est ça.
-La pleine conscience, c'est être capable de décider de ses pensées. Ou de leur absence. Et ensuite, d'agir dans un état favorable à la situation puisque rien d'autre ne viendra s'y ajouter. Si vous faites de la conjugaison, ne faites que ça. Si vous faites des mathématiques, ne faites que ça. Si vous décidez de laisser les pensées s'exprimer librement, dans un chaos que vous ne cherchez pas à contrôler, alors ne faites que ça, soyez pleinement dans ce cafouillis intérieur. Mais surtout, pensez-y, c'est à dire, observez-vous pendant que vous vous accordez ce droit à penser n'importe comment. Soyez conscient que c'est votre décision et que la décision de revenir à un état absolu de concentration, c'est aussi de votre responsabilité. Soyez donc intégralement responsable de vos pensées et de vos actes. Le sage est celui qui vit en lui, qui se connaît pleinement, celui qui s'observe et ne vit jamais comme un véhicule sans conducteur. Quand un adulte vous dit d'être sage, il n'a bien souvent pas conscience de l'immense travail que cela représente. Là, il vous demande juste de rester tranquille mais il ne vous a pas dit comment y parvenir... Mais est-ce qu'il le sait lui-même ? Vous ne serez sage, réellement sage, que le jour où vous aurez appris à être là, maintenant, dans l'instant, à l'intérieur, dans la maîtrise intégrale de vos pensées, de vos émotions, de vos actes. C'est ça en priorité que j'aimerais que vous appreniez. Le reste viendra ensuite.
Ce roman n'est plus publié. La maison d'éditions a déposé le bilan deux ou trois mois après la sortie du livre...C'est fragile un "petit" éditeur quand les lecteurs et lectrices restent convaincus que s'il est "petit", c'est qu'il ne publie rien de bon...
Je n'ai jamais essayé depuis de lui trouver une autre "maison". Il est juste resté en moi et je lui ai écrit trois tomes supplémentaires.
Demain, je vais distribuer à chaque enfant de ma classe un exemplaire photocopié et on va le lire ensemble. Ce sera pour moi l'occasion de juger en direct de l'intérêt ou pas de cette histoire pour des enfants.
J'ai ressorti des tiroirs du net un commentaire qui m'avait considérablement réjoui. Mille mercis à Marie-Christine Dehove.
Jarwal le lutin. tome 1
ROMAN JEUNESSE de Thierry Ledru.
"Il suffisait d’écouter les discussions des arbres pour connaître les moindres
détails de la vie de la grande forêt. Le bruissement des feuillages,
emplissait l’air de confidences. Ce matin-là, il cueillait des myrtilles sous le
sommet du Chapotet quand un murmure gonfla au cœur des arbustes.
Le lutin Jarwall mit ses pensées de côté, tendit l’oreille et peu à peu le
message s’éclaircit.
Les grands hêtres et les châtaigniers près du torrent racontaient que trois
enfants, Marine, Rémi et Léo, voulaient atteindre le sommet de la montagne."
Dès que vous ouvrez ce livre, un bol d’air frais et vivifiant vous envahit, vous respirez mieux, votre rythme cardiaque s’apaise comme si vous caressiez votre chat, vos pensées sont imprimées des fleurs sauvages des montagnes, vos souvenirs de promeneurs remontent à la surface et vous avez envie d’y entrer à pieds nus…
«Gwendoline, l’amour de sa vie, elle était si inventive, elle chantonnait à longueur de journées, avec le vent dans les arbres, avec le silence des sous-bois, les mélodies des insectes, elle bourdonnait avec les abeilles, récitait des poésies aux fleurs, parlait aux nuages, écoutait leurs histoires dans la pluie qui tombe, leurs voyages autour de la terre, les grandes traversées au-dessus des océans, par-delà les montagnes, elle traduisait les chants des torrents, elle apprenait l’histoire du monde dans les murmures des fossiles, cueillait les plantes en les remerciant pour les tisanes et les soins qu’elle prodiguait, elle caressait les écorces et posait son oreille sur les troncs, partageant avec eux les mémoires de sève, et toujours ce rire dans ses yeux, cet éblouissement infatigable pour les beautés du monde, cet amour de la vie… »
Thierry Ledru dans son premier tome « Jarwal le Lutin » propose aux enfants, un parcours initiatique, un chemin de vie, sentier de montagne à travers une trouée de verdure gorgée de soleil.
Il fait découvrir aux enfants le sens caché des choses et des mots, en utilisant l’observation de phénomènes naturels simples.
Thierry Ledru, nous présente les mots comme des êtres à comprendre.
Le sens de la lumière, rayons du soleil indispensables « la vie végétale sous toutes ses formes tendait ses fibres affamées vers l’astre pour montrer aux humains la voie à suivre » mais aussi « la lumière ( /la vérité) peut aussi être un danger, quand on ne sait pas la recevoir, certains se sont crû prêts et sont devenus fous. »
Une lumière trop forte nous aveugle, certains croient que le progrès est une lumière favorable, ils n’ont pas su apprendre l’essentiel. "Ils ont détourné la lumière et ils ont fini par penser qu’elle venait d’eux ! " .
Il leur fait comprendre que nos pieds nous rattachent à la terre ( attraction de la terre) mais que la tête est attirée par le ciel et que cette attirance devenant désir de curiosités intelligentes est le départ d’une évolution spirituelle.
Les commentaires des enfants sont des signes audibles de leur compréhension.
Léo : "Pourquoi ne pas parler à tout le monde ?" Marine : " Parce que nous serions pourchassés, Léo .Regarde les peuples minoritaires qui peuplent encore cette planète, ceux qui sont encore en contact avec la Nature, ceux qui l’aiment et la respectent. Ils sont parqués, humiliés, exterminés parfois, beaucoup ont même déjà totalement disparu" p 37
Rémi : « les pommes que l’on mange en montagne après l’effort sont meilleures que celles que l’on mange à la maison.. » p31 En s’investissant dans le moment présent, on ne vit pas de l’attente d’une chose que l’on espère...Restez dans l’attente c’est perdre son temps dans la fuite en avant.
Thierry Ledru explique aux enfants que nos pensées construisent la réalité.
Marine : " Beaucoup de choses sont possibles, sauf celles qu’on juge impossibles".
Dans son livre, les enfants sont considérés comme des personnes à part entière, ils ne sont pas ‘trop petits’ pour comprendre et on ne leur dit pas : « on t’expliquera plus tard quand tu seras grand…»
Non avec Jarwal, le lutin, tous ces moments d’étonnements magiques, sont des énergies fondatrices. Un silence interrogatif, des réflexions secrètes au cœur de chacun…
En lisant Jarwal vous avez là une double lecture, à la fois vous lisez le livre de Thierry Ledru, mais aussi le Livre dont Jarwal est le gardien.
Dans le roman de Thierry on apprend que Jarwall cherche des êtres qui sont prêts à changer de vie et qui respectent la nature et à ne pas oublier le Petit Peuple.
Au moment où Jarwal ouvre son propre Livre, remède universel et voie de Sagesse, les enfants deviendront des portes-paroles qui raconteront les Histoires ( de Jarwal) et seront un relais contre l’oubli et l’effacement du Livre.
Dans ce roman il n’y pas que l’auteur qui écrit, chaque enfant qui participe en mettant ses pas dans ceux de Jarwal, est l’auteur de sa propre histoire parce qu’il a eu la liberté de choisir sa voie.
Par cette idée remarquable, Thierry Ledru, comble le fossé entre le passé et le futur, il rapproche invisiblement les générations les unes des autres. Car nous aussi lecteurs, nous faisons partis du relais et nous devenons aussi des portes-paroles, conscience remuée par les questionnements du progrès, de l’humanité lancée dans une course folle, nous sommes comme les diffuseurs d’huiles essentielles, huile de la sensibilité du Vrai Regard.
Asseyez-vous sur une grosse pierre plate à côté des enfants… des galettes de châtaignes et un mélange de fruits des bois dans un petit pot en terre, précieusement fermée par un chapeau de feuilles séchées, et lisez Jarwal racontant son histoire….cliquez sur la couverture du livre ci-dessous !
Après votre lecture, chacun profitera de l’intermède pour changer de position et glisser un vêtement sous ses fesses, buvez une gorgée d’eau fraîche et grignotez un biscuit tout en cliquant sur le livre de Jarwal… Avez-vous bien lu, les enfants ?
Dans un appel publié par la revue Bioscience et relayé en français par Le Monde, 15.000 scientifiques de 184 pays soulignent l'état alarmant des indicateurs de l'état de la planète et appellent à agir concrètement contre «une souffrance généralisée et une perte catastrophique de biodiversité».
Nous avons un «impératif moral» à agir sans tarder contre le «péril» qui menace l'avenir de notre planète sur le plan écologique. Ce constat alarmiste est celui de 15.000 scientifiques indépendants, signataires d'un «Avertissement à l'humanité»publié lundi dans la revue scientifique Bioscence.
Les scientifiques, originaires de 184 pays différents, entendent interpeller spécialistes, décideurs et grand public. Il s'inscrivent pour cela dans la lignée d'un premier appel, publié en 1992 et signé par plus de 1700 scientifiques. Ces personnalités reconnues alertaient alors sur le «changement profond dans notre gestion de la Terre» qu'il était «indispensable d'opérer» pour la préserver.
Vingt-cinq ans plus tard, les 15.000 signataires de ce nouvel état des lieux, publié en français dans Le Monde, jugent qu'il est temps de «se remémorer» les mises en garde de leurs aînés et «d'évaluer les réponses que l'humanité a apportées» à cet appel. Depuis 1992, «non seulement l'humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d'entre eux se sont considérablement aggravés», regrettent les scientifiques, parmi lesquels figurent des biologistes, physiciens, chimistes ou encore spécialistes du climat. Ils s'appuient, pour ce constat, sur les indicateurs utilisés en 1992 -ressources en eau, déforestation, hausse des températures...- et mis à jour avec les données récentes.
Pointant les conséquences de l'augmentation du volume des gaz à effet de serre, de la déforestation et de la production agricole, les signataires soulignent par ailleurs qu'un «phénomène d'extinction de masse» est en cours, qui pourrait déboucher sur la disparition de plusieurs formes de vie. «L'humanité se voit aujourd'hui adresser une seconde mise en garde», résume le texte. «Nous mettons en péril notre avenir» en ne prenant pas conscience de certaines problématiques, à commencer par «notre consommation matérielle intense» et la croissance démographique mondiale «rapide et continue», ou encore l'échec à enrayer la pollution et à protéger les habitats naturels. «L'humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger», résume le texte.
Mêler les actions individuelles à une pression sur les pouvoirs politiques
«Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu'ils prennent des mesures immédiates», affirment les signataires, invitant à mettre en place «une pression de la société civile» et des campagnes rôdées fondée sur «des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d'autres facteurs».
Outre la nécessaire action des politiques, «il est également temps de réexaminer nos comportements individuels», que ce soit «en limitant notre propre reproduction» ou «en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d'autres ressources». Pour les scientifiques, «il s'agit là d'un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie.»
Des preuves existantes d'une action possible
Pour les scientifiques, plusieurs éléments montrent que «nous sommes capables d'opérer des changements positifs quand nous agissons avec détermination». La diminution rapide des substances néfastes pour la couche d'ozone, la lutte contre la famine et l'extrême pauvreté, ainsi que la baisse du taux de fécondité dan plusieurs zones ou du rythme de la déforestation, sont autant de signes que «nous avons beaucoup appris».
Ces avancées «loin d'être satisfaisantes» doivent déboucher sur de nouvelles mesures. Le texte liste ainsi plusieurs exemples de «mesures efficaces et diversifiées que l'humanité pourrait prendre». Parmi elles, protéger ou «ré-ensauvager» des régions afin de préserver la diversité des habitats et des espèces et «rétablir des processus écologiques», réduire le gaspillage alimentaire, privilégier une alimentation d'origine végétale, consommer des énergies «vertes» en diminuant la part des combustibles fossiles, développer des technologies vertes, ou encore aborder la question de la taille de la population humaine.
À l'image du constat, la conclusion est sans concession: «Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l'échec, et le temps presse.» Afin d'«éviter une souffrance généralisée et une perte catastrophique de biodiversité», nos pratiques doivent changer, insistent les signataires. Et selon eux, cela passe par une prise de conscience: celle que «la Terre, avec toute la vie qu'elle recèle, est notre seul foyer».
A ce texte, j'ajouterai juste que ce sont aussi les lecteurs et lectrices qui peuvent permettre à un "petit" éditeur de grandir : en s'intéressant aux "petits" auteurs...En passant cinq minutes sur un site pour écrire un commentaire, en parlant à ses connaissances d'une belle découverte, en réclamant le livre dans une librairie pour que le nom de l'écrivain finisse par être enregistré par les professionnels...
Pour cela, bien entendu, il faut aimer partir à l'aventure littéraire et ne pas écouter uniquement les sirènes hurlantes des médias, aussi envahissantes soient-elles.
Nous n’avons que notre endurance et notre esprit pas raisonnable du tout pour tenir debout. Nous sommes aidés par quelques-uns, moqués par certains, parce qu’on n’a pas l’air sérieux, qu’on se plaint. Des collaborateurs essentiels, souvent, ne nous écoutent même pas, il faut imaginer ce que c’est d’être petit, frustré, de se heurter aux murs dressés par ceux qui ont le pouvoir d’anéantir les petits pour tout ramener à eux, fiers, applaudis. Tristes de voir que même ceux qui disent défendre les petits jouent en leur défaveur dans leurs pratiques, leur absence d’écoute, ou leur considération hiérarchisée. C’est malheureux mais c’est comme ça. Certains essaient et gagnent jusqu’au pouvoir de vie ou de mort sur d’autres, celui de juger si celui-là ou un autre peut sortir son épingle du jeu, en l’incluant dans le sien, en le léchant pour lui laisser encore son allure d’avant et voir son reflet de vainqueur dedans, on a de beaux discours, surtout on a les moyens.
Être petit ça correspond à quoi dans la réalité du monde du livre aujourd’hui ? Beaucoup d'inquiétude, des complaintes, de temps en temps, qu’on n’entend pas.
Il y a tous ces gens, ces gens désespérés, qui n’écoutent rien, ne font attention à rien et envoie par dizaine et par jour des textes d’une fadeur d’une fadeur, comme si nous étions le miracle dans la poubelle des histoires.
On n’est pas pris au sérieux, on perd des auteurs, on se perd nous-mêmes dans cet entêtement, certains pensent, ils devraient arrêter Lucquin, il n’arrive à rien, qu’il se fasse une raison, s’il n’y arrive pas, c’est qu’il n’est pas crédible, pas sérieux, « l’édition c’est un métier, vous savez, Christophe vous n’êtes pas fait pour l’édition », sauf que j’aime faire des livres, j’aime découvrir des textes, leur donner vie, les partager, mais sans les moyens, on ne va pas loin, et quand on arrive à mobiliser un peu d’attention sur nous, le reste de suit pas, quand tous les impliqués dans l’histoire ne jouent pas le jeu, c’est l’illusion pour seul espoir, pourtant il y avait tout ou presque, il ne manqua que d’argent pour pousser pousser, transformer l’étincelle du briquet en éclair d'orage d’été bourguignon. Ils n’ont rien, juste l’envie de faire, d’aller plus loin, de montrer qu’ils existent, qu’on les prenne au sérieux, qu’ils ne font pas de la littérature inférieure. En fait, c’est triste d’être éditeur, frustrant, tellement parfois que ça nous ôte l’envie de lire.
On nous a dit récemment que Christophe Lucquin Éditeur, c’était comme un bon parfum, l’intention était bonne, mais on a envie de dire : un parfum si rare alors qu’on n’ose pas l’acheter, on le respire ça sent bon, mais le blanc des livres, cette blancheur à tomber raide sur le marbre on laisse tout cela aux autres, à la littérature.
Être petit éditeur c’est se faire enfoncer des clous dans le coeur.
Plusieurs années maintenant que j'ai commencé à m'intérresser à la collapsologie (même si ce terme est récent). Je sais bien qu'il est possible que mes articles sur cette question soient ignorés et que l'image qui m'est attribuée est celle d'un illuminé, catastrophiste et fan des films de fin du monde...
Tant pis, je continuerai. Le problème n'est pas là.
Bien entendu que je ne souhaite nullement que ce chaos survienne mais je suis convaincu également qu'il est nécessaire et même vital non seulement de s'y préparer mais bien également de tenter par tous les moyens de limiter ses effets.
Les "catastrophistes" ne sont pas des adeptes du chaos mais ceux et celles qui en nient la possibilité puisqu'ils contribuent eux-mêmes à son advenue.
Des centaines d'études ont été produites, des centaines de scientifiques et de spécialistes dans des domaines aussi variés que l'écologie, la géologie, la finance, la biologie, la climatologie etc se sont attelés à révéler au public les menaces sur notre mode de vie à un point qui dépasse l'imagination.
Et justement, voilà, l'argument préféré des réticents : tout ça est imaginaire.
Je lis parfois sur Facebook des personnes qui nient encore l'impact de l'alimentation carnée sur la planète. Et je trouve ça consternant car même le bon sens suffit à tirer les conclusions nécessaires.
Qu'en est-il donc de l'anticipation ?
Si on pense que dans les écoles, il est obligatoire d'effectuer des exercices de sécurité ,incendie, accident chimique industriel, attentat, intrusion, il est absolument absurde de ne pas anticiper sur un "accident planétaire"... Ou alors, et c'est cela qui me trouble au plus haut point, c'est qu'il existe soit une intention inavouée, soit un déni des instances gouvernementales.
Personnellement, j'opte pour la deuxième solution. C'est là d'ailleurs qu'interviennent les réflexions sur le concept de spécularité.
Il est donc de notre ressort, de notre devoir, de notre responsabilité de nous y atteler, en tant qu'individu de la Terre et non comme citoyen d'un pays, subordonné aux instances gouvernementales. S'y atteler dès maintenant.
Non pas pour nous, les adultes de ma génération puisqu'il est probable que nous serons morts avant les effets les plus dévastateurs mais parce que nous portons une responsabilité immense envers les prochaines générations.
Je trouve donc effarant de tomber sur des articles datés des années 1970, écrits par des scientifiques et alertant les instances politiques d'une évolution mortifère qu'il fallait combattre.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Rien ou pas grand-chose.
Un seul exemple : Il a été développé l'idée fort louable du tri sélectif et la déchetterie que je fréquente est très fortement encombrée de véhicules à chaque jour d'ouverture. C'est très bien.
Qu'en est-il dès lors de l'idée de réduire les déchets et par conséquence la consommation ? Grand Dieu, sûrement pas ! Pas question de toucher à la croissance. Les gouvernements ont donc encouragé et subventionné le tri sélectif. Un bien qui cache un mal bien plus grave.
Freiner la croissance entre dans la dimension de l'interdiction, du tabou mais surtout et avant tout de la condamnation au rejet. Un politicien qui en appelerait à la réduction drastique de la production et de la consommation perdrait son mandat dans l'année. Fin de sa carrière.
On ne verra sans doute jamais une telle prise de position.
Il serait donc totalement illusoire d'attendre des solutions politiques. Bien que je les espère toujours.
Lorsque j'entends le président chinois exorter la population à consommer et à prôner la mondialisation la plus profonde, jusqu'au dernier endroit de la planète et le président américain en faire de même, je suis sidéré.
La prise de conscience ne viendra pas du sommet de la pyramide mais de ceux qui vivent à la base. Il s'agira ensuite de contraindre le sommet à écouter les paroles montant vers eux, à regarder les actes et les engagements de cette population consciente.
Ce que je crains d'ailleurs dans un avenir impossible à situer sur un plan temporel, c'est une césure très profonde dans la population entre les consommateurs effrénés et les déconsommateurs autonomes, les uns et les autres s'accusant de leurs maux jusqu'à se combattre.
Il s'agit d'ailleurs d'un des romans que je dois écrire...
Il existe en tout cas selon moi deux livres anciens qui méritent d'être lus. Personne n'aurait l'outrecuidance d'aller taxer ces deux hommes de délire apocalyptique...
L'espèce humaine provoque des bouleversements irréversibles de son environnement.
Notre avenir est aussi bouché que celui des dinosaures ! Peut-on encore espérer que l'Homo sapiens acquière enfin la sagesse dont il se rengorge, alors que toutes les grandes questions (pollutions, saccages des terres et des mers, climats, nouveaux virus. ) sont négligées ou méprisées ? D'où vient cette folie suicidaire ? De ce que l'homme est un grand singe égoïste. Il obéit à trois pulsions : sexuelle, territoriale et hiérarchique.
Sa soif de domination le pousse à tous les crimes, y compris contre lui-même. Guerre nucléaire, climats en folie, empoisonnement de l'air et de l'eau, nouvelles maladies. Tout cela sera très drôle. Et après ? Rien. La vie créera de nouvelles espèces jusqu'à ce que le Soleil brûle définitivement la planète, dans environ un milliard d'années.
Hubert Reeves, l'homme des émerveillements cosmiques, avait intitulé son premier ouvrage Patience dans l'azur. Dans ce livre, il nous fait part de son impatience quant à l'état de la planète. Au fil d'un dialogue serré et très documenté, il détaille les maux dont souffre notre précieuse planète et les remèdes qui pourraient sauver la plus vulnérable de ses composantes : les êtres humains qui l'habitent. Vulnérables, et responsables des désordres qui menacent leur propre survie. Du réchauffement climatique à l'extinction accélérée des espèces, du gaspillage énergétique des uns à la malnutrition des autres, le diagnostic est sombre. Les raisons d'espérer existent cependant ; au-delà des égoïsmes individuels et des égarements politiques, Hubert Reeves évoque quelques solutions pour sortir d'une crise planétaire sans précédent.
Celui-ci est plus complexe et ardu dans sa lecture mais passionnant sur le fond
« Au lieu de réduire nos consommations, nous préférons croire au miracle »
PROPOS RECUEILLIS PAR AURORE LALUCQ
Pour prendre le virage d'une économie économe en ressources, nous misons tout sur les progrès techniques. A tort, selon le philosophe Dominique Bourg, professeur à l'université de Lausanne.
Quels sont les objectifs à respecter en termes de réduction de nos consommations de ressources ?
Il y a deux limites à notre consommation de ressources. La première découle de la quantité d’une ressource donnée accessible à un coût énergétique acceptable. La seconde procède des effets indirects de l’exploitation de ces mêmes ressources : par exemple, l’exploitation des énergies fossiles, parce que provoquant le changement de la composition chimique de l’atmosphère, est en passe de faire basculer le système Terre vers un état inédit, hostile à l’habitat humain, l’anthropocène.
Les limites en matière de ressources ne sont pas absolues mais relatives, ce qui les rend plus difficilement identifiables. Nous n’exploiterons jamais par exemple, contrairement aux dires de Max Weber, la dernière goutte de pétrole. Il nous faudrait en effet probablement plusieurs barils pour l’extraire de quelque recoin des profondeurs de la Terre. C’est aujourd’hui 10 % de l’énergie primaire au monde qui sont consacrés aux activités extractives et le coût énergétique de ces extractions croît de façon exponentielle, tant nous devons nous enfoncer dans les profondeurs des sous-sols, parfois jusqu’à plus de 600 mètres pour certains métaux. Et aller chercher sur la Lune des métaux semi-précieux n’améliorerait pas le coût énergétique global de nos activités extractives.
Les secondes limites, celles relatives à l’état actuel du système Terre - en matière de climat, de biodiversité, d’acidification des océans, d’usage des sols, de l’eau, de cycles de l’azote et du phosphore, etc. - sont beaucoup plus dangereuses encore pour nous. Rien ne nous empêche en effet de les franchir, ce à quoi nous nous employons d’ailleurs avec une vigueur étonnante. Le problème est que les conséquences du franchissement de ces limites n’apparaissent que longtemps après que nous les ayons franchies. Il faut par exemple attendre plusieurs décennies avant qu’un degré de concentration des gaz à effet de serre déploie ses premiers effets, et au moins un siècle pour qu’il les développe en grande partie. En d’autres termes, ceux qui franchissent ne sont pas ceux qui passent à la caisse.
"Créer, partager et stimuler", tels sont les principes de Kelle Fabrik, Fab Lab dijonnais fondé en 2012 où sont mis à la disposition de tous, à condition d’adhérer à la structure (25 euros), des outils allant du simple marteau à l’imprimante 3D. Après le do it yourself (fabrique-le toi-même), la tendance du do it with others (fabrique avec les autres) s’enracine en France via ce type de structures.
A Kelle Fabrik, chacun peut fabriquer ou réparer ce qu’il veut grâce à des outils mutualisés. Ce qui permet de lutter contre l’obsolescence programmée, de valoriser ce qui autrement partirait à la poubelle... Ce laboratoire de fabrication stimule la créativité des particuliers, des élèves ou des entreprises souhaitant venir y travailler. Il facilite l’accès du plus grand nombre aux travaux manuels, contribue à diffuser un savoir technique et à transmettre des connaissances aux bricoleurs présents.
De quoi également permettre à des entrepreneurs locaux d’accéder à des outils onéreux et réconcilier esprit d’entreprise et lien social. L’initiative séduit aussi des entreprises de taille conséquente : Kelle Fabrik collabore ainsi avec la SNCF sur le challenge trainDroïd, un programme de prototypage dédié aux collaborations "homme-machine".
Notons que l’affaire climatique commence à prendre un tour tragique. Les choses se déroulent plus vite et/ou plus mal qu’on ne s’y attendait. Le relatif plateau des années 2000-2010 a été une surprise, explicable par le réchauffement en profondeur des océans. L’actuelle accélération du réchauffement depuis 2014, et plus encore depuis 2016, est tout aussi surprenante. Août aura été le 16e mois d’affilée le plus chaud jamais enregistré et nous avons atteint une température moyenne de près de 1,3 °C supérieure aux valeurs préindustrielles. Si elles devaient être confirmées, différentes études concernant le rôle des nuages ou encore des données paléoclimatiques pourraient nous amener à rehausser la sensibilité du système climatique à nos émissions. La fonte des masses glaciaires est plus rapide que prévu et pourrait s’avérer irréversible.
Si la nécessité de limiter notre consommation de ressources fait aujourd’hui consensus (à de rares exceptions près), les moyens d’y parvenir diffèrent. Pourquoi, par exemple, ne partagez-vous pas l’optimisme technophile de Philippe Aghion, qui estime que"c’est du changement technologique que viendra la lutte contre le changement climatique"? Et comment expliquez-vous cet engouement pour les solutions techniques ?
L’heure est à la croyance au miracle. Certains annoncent qu’il n’y aura bientôt plus assez de carbone dans l’atmosphère, grâce probablement au pompage des Shadocks ! Elon Musk (fondateur de SpaceX et cofondateur de Tesla Motors) nous annonce qu’il va "terraformer" Mars pour y établir une colonie humaine. Mais une telle "terraformation", si tant est qu’elle soit possible, pourrait durer des centaines de milliers d’années ! Ce n’est pas le même défi que produire 350 000 batteries au lithium, qui le met d’ailleurs déjà à la peine !
Pour tout dire, j’ai du mal à comprendre ce qui fonde cet hyperoptimisme relatif à l’issue de la guerre que nous conduisons contre la nature. Tous les indicateurs environnementaux passent les uns après les autres au rouge et les nuages s’accumulent à l’horizon climatique : la production céréalière, contrée par les aléas du climat, croît moins vite que la démographie mondiale, des insectes hyperrésistants apparaissent aux Etats-Unis, les océans se remplissent de méduses, etc. Et tout cela est bien le résultat de la saga des progrès technologiques antérieurs. Un récent rapport de l’Organisation des Nations unies ("Global Material Flows and Resource Productivity") montre que la consommation de ressources augmente même plus vite que le produit intérieur brut (PIB) depuis 2000 ! Non seulement nous ne sommes pas parvenus en quarante ans de progrès techniques à découpler la croissance du PIB des flux sous-jacents, mais c’est l’inverse qui s’est produit.
Compte tenu d’un tel démenti par les faits, je n’ai pas d’autre explication à ces assertions que celle d’un phénomène religieux, au sens d’une croyance vous permettant d’attendre du monde plus qu’il ne pourra jamais vous donner. Toutes les religions ont des miracles à faire valoir sans qu’elles ne soient jamais parvenues à changer à l’avantage de tous, et de façon patente, l’état du monde. La religion techno-économique peut faire valoir aussi des réussites éclatantes - la méthode Crispr cas91 pour le découpage du génome, les cellules souches pluripotentes et induites (IPS), la loi de Moore2 ou les progrès vertigineux de l’intelligence artificielle, etc. -, mais celles-ci ne semblent pas en mesure de remédier à la masse des difficultés qui nous accablent, sans compter celles qu’elles ajouteront immanquablement.
Surtout, je crois que nous avons une fâcheuse tendance à confondre techniques et sciences. Les techniques nous font croire au miracle et cela fait des décennies qu’elles sont présentées et vendues ainsi, comme autant de promesses folles mais jamais totalement tenues. En revanche, le discours scientifique ouvre de tout autres perspectives. Considérons le système Terre. Il agit lui-même sur ses éléments, intensifiant ou réprimant leur expression. Les mêmes causes ne sont pas ainsi systématiquement suivies des mêmes effets. Le devenir du système est donc difficilement prévisible ; il recèle même divers points de basculement dont il est impossible de connaître les seuils à l’avance. Dans ces conditions, l’idée d’une maîtrise globale n’a aucun sens. Et il n’y a pas à proprement parler de géo-ingénierie, mais au mieux des leviers partiels d’action, pour ne pas dire des bouts de ficelle, dont on ne saurait vraiment connaître à l’avance la totalité des conséquences. Certes, nous exerçons désormais une influence massive sur le système Terre, en réalité involontaire et nullement pilotée, mais elle est en passe de susciter elle-même des réactions tout aussi massives, que nous ne saurions ni totalement prévoir, ni encore moins maîtriser.
Que faudrait-il mettre en oeuvre pour jeter les bases d’une économie économe en ressources ?
Ce qu’il faudrait faire, c’est ce qu’on ne fera pas : chercher à contrôler et à réduire progressivement, par des instruments et des incitations divers, nos consommations. Ce serait violer le fondement consumériste de notre civilisation. Nous préférons croire au miracle et nous le ferons jusqu’à un éventuel effondrement. Cela est d’autant plus dommage que nous aurions de bonnes raisons de ne pas continuer sur notre lancée. Pourquoi, en effet, poursuivre la sacrée croissance alors qu’elle ne délivre plus ses fruits et ruine nos conditions physiques d’existence ? La croissance du PIB ne débouche en effet plus sur une amélioration du bien-être, ni sur une création nette d’emplois, ni sur une réduction des inégalités.
Juratri procède d’une alchimie rare entre le projet militant, la performance industrielle et la qualité sociale. En vingt-trois ans, cette Scop basée à Lons-le-Saunier (Jura) a su devenir un des principaux acteurs industriels du traitement des déchets de la région, tout en conservant son objectif initial : l’insertion par l’activité économique de personnes éloignées du marché du travail.
Juratri est ainsi parvenu à anticiper les évolutions du marché et à se positionner comme un acteur de premier rang du recyclage, tout en nouant des partenariats avec les grandes entreprises du secteur. Le statut coopératif a permis un développement largement fondé sur l’autofinancement, avec des investissements dans des locaux modernes et des outils nécessaires à la diversification de l’activité, comme en témoigne l’ouverture en 2012 de Trivolution, une plate-forme mécanisée de tri des déchets d’équipements électriques et électroniques.
Depuis 2000, 455 personnes ont été accompagnées dans cette entreprise qui fut la première à obtenir la certification Afaq EI-ETTI, qui atteste de la qualité des pratiques sociales. En parallèle, la Scop investit 150 000 euros par an dans la formation professionnelle de ses salariés en insertion, afin qu’ils soient à même de trouver un emploi à la fin de leur contrat. Juratri est également à l’origine, en 2004, du Clus’Ter Jura, pôle territorial de coopération économique dont l’objectif est de créer localement de l’emploi durable. Ses domaines d’exploration vont de l’économie circulaire (collecte des bio-déchets, méthanisation, écologie industrielle, consigne des bouteilles de verre) à la rénovation énergétique ou encore à la mobilité pour tous.
En revanche, des progrès techniques associés à une réduction des consommations permettraient d’étendre progressivement au plus grand nombre certaines formes de confort matériel d’existence. Changement technique et changement des modes de vie pourraient être autrement combinés. Tel serait le projet d’une économie perma-circulaire, visant à ramener l’empreinte écologique de l’humanité à une planète.
Cet article a été initialement publié dans Les Dossiers d'Alternatives Économiques de janvier 2017.
Changement climatique, épuisement des ressources, des chercheurs compilent des données montrant que notre civilisation est déjà en train de s'effondrer.
Il s'appelle Pablo Servigne, il sourit et, en très gros plan face caméra, il explique : « Un collapsologue, c'est quelqu'un qui s'intéresse à l'effondrement de notre civilisation et qui rassemble des preuves, des chiffres, des faits, des hypothèses, des scénarios. » La voix est claire, elle ne tremble pas. Le propos, lui, est terrifiant.
Dans Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, publié au Seuil en 2015, Pablo Servigne et Raphaël Stevens expliquaient ce que de plus en plus de chercheurs, dans différentes spécialités, sont en train de documenter : nous ne sommes pas à l'aube d'une « crise » écologique. Elle a déjà eu lieu. Notre civilisation industrielle, basée sur une énergie abondante, abordable et une croissance continue, n'est pas soutenable. Elle fonce dans le mur et il est trop tard pour éviter l'impact. Bouleversement climatique, crise économique, crise migratoire, les secousses ont déjà commencé et les deux auteurs créent alors cette nouvelle spécialité scientifique : la collapsologie, l'étude du désastre.
L'idée n'est pas nouvelle. En 1972, le rapport Meadows, rédigé par le MIT pour le Club de Rome, prévoyait cet effondrement aux alentours de 2030. En 2009, Nature publiait une étude définissant neuf seuils critiques au-delà desquels la vie ne pourrait se maintenir sur la planète. Quatre d'entre eux étaient déjà dépassés. En 2012, une équipe de 18 chercheurs remet le couvert, toujours dans Nature. L'effondrement est imminent et irréversible. « En un mot, les hommes n'ont rien fait réellement d'important pour éviter le pire, car les structures sociales existantes ne sont juste pas les bonnes », expliquait Arne Mooers, professeur de biodiversité à la Simon Fraser University à Vancouver. « Mes collègues qui étudient les changements climatiques [...] sont plus qu'inquiets. En fait, ils sont terrifiés. »
Comment partager ce que nul n'a envie d'entendre ?
C'est cette terreur que voulait apprivoiser Clément Montfort, le réalisateur de Next, une série documentaire sur le Web. Il la connaît bien. Il enquête sur les questions environnementales depuis six ans, est l'auteur de Soigneurs de terre, diffusé sur France 2 en 2016, et de La Guerre des graines. Découvrant le livre de Servigne et Stevens, il décide de se lancer dans un projet ambitieux. Et s'effondre lui-même. Enquêter sur la fin de notre monde, collecter ces faits qui s'accumulent l'ont mené au burn-out.
Pour continuer à avancer, il a repensé son projet : il va les filmer, ces collapsologues solitaires, qu'on prend pour des fous, des prophètes de malheur, qu'on fait taire dans les dîners en ville et autour de la machine à café. Comment font-ils, eux, pour poursuivre leur travail ? Pourquoi ont-ils des enfants ? Comment partager ce que nul n'a envie d'entendre ?
Dans le 4e épisode de Next, nos collapsologues sont invités à Bercy, au sein d'un conseil d'experts chargés de rédiger des rapports pour les ministères. Et ce sont deux collapsologues heureux, ou presque, qui se félicitent d'avoir pu échanger avec ces hommes et ces femmes, spécialistes du risque et de la sécurité, de la gestion des ressources, du secteur public, et capables peut-être d'influer sur la décision politique… La conversation se poursuit, ils en arrivent pourtant à soupirer : l'action de l'État, ils n'y croient guère. Trop d'enjeux contraires, trop de complexité.
De l'espoir ? En collapsologie, il est mince et a pour nom « résilience ». Certaines initiatives sont déjà mises en œuvre au niveau local. Elles montrent, par exemple, que si l'on change les pratiques agricoles, les écosystèmes peuvent se régénérer. Elles nous obligeront à réfléchir à ce qui nous est essentiel, à revoir nos besoins à la baisse et à coopérer. Car Pablo Servigne et Raphaël Stevens en sont sûrs, études à l'appui : dans une catastrophe, les humains ne se transforment pas en monstres, ils ont tendance au contraire à s'entraider.
Cette résilience, c'est aussi la démarche de Clément Montfort, qui a autoproduit les trois premiers épisodes de sa série, et cherche désormais un financement participatif. Les épisodes suivants donneront, c'est promis, des raisons d'espérer, exploreront « les nouveaux modèles agricoles, l'utilisation de low-tech, la réorganisation des villes ». Ce n'est pas la fin du monde, insiste Clément Montfort, c'est la fin du nôtre. Il faut juste en inventer un autre…