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Ecole et apprentissage existentiel

Par Le 15/11/2017

J'utilise parfois une métaphore pour montrer aux enfants le chemin qu'ils parcourent dans les apprentissages cognitifs. Il s'agit des lampadaires. Sur le chemin de la connaissance, ils vont rencontrer un lampadaire qu'il s'agit d'allumer. C'est le travail qu'ils vont fournir qui va alimenter en énergie la colonne jusqu'à atteindre l'ampoule d'où jaillira la lumière. Cette lumière va éclairer le chemin qui se présente devant eux et ils devineront dans l'obscurité la silhouette du lampadaire suivant. Il faudra qu'ils s'aventurent sur le chemin en profitant de la lumière du lampadaire qu'ils viennent d'allumer, ils devront accepter de progresser dans une semi-obscurité, des zones d'ombres qui les inquièteront quelque peu, ils devront éviter les pièges sur le chemin, des trous, des ornières, les fossés du bas-côté.

Si l'exploration se révèle trop pénible, ils pourront toujours venir se ressourcer à la lumière du lampadaire allumé. Il n'y a aucun échec dans ce repos nécessaire, juste une accumulation des nourritures indispensables pour se projeter de nouveau sur la route. Avancer en terrain inconnu dans un état de stress, de peur, de tension, n'est nullement favorable. Les émotions génèrent des obstacles illusoires, comme des fardeaux qui viennent compliquer davantage la tâche. 

On peut utiliser également la progression des alpinistes sur une montagne himalayenne. Ils vont se charger de tout le matériel nécessaire pour aller installer le premier camp. Ils vont monter lentement pour que leur organisme s'habitue à la pression de l'environnement. Quand ils atteindront un replat favorable à l'installation du camp 2, ils s'accorderont un repos prolongé afin que leur organisme récupère des efforts produits et accumulent les forces nécessaires pour la suite. Ils repartiront lorsque le cheminement aura été minutieusement observé aux jumelles, discuté, préparé, que chacun connaîtra sa tâche, que le matériel indispensable aura été réparti dans les sacs. Il est possible que la montée vers le camp 3 n'aboutisse pas au premier essai. Trop difficile. Ils poseront le matériel et redescendront au camp 2 reprendre des forces. Aucun échec dans cette décision mais l'acceptation des délais, la reconnaissance en eux de leurs faiblesses. Ils doivent s'accorder ce repos, peut-être même redescendre jusqu'au camp 1 pour que ce repos soit encore plus bénéfique.

 

Cette validation des connaissances, ce repli vers des territoires connus, ce repos nécessaire avant une nouvelle exploration, une nouvelle avancée en terrain inconnu, les enfants le vivent continuellement. Il est indispensable de leur faire comprendre qu'il n'y a aucun échec dès lors que l'individu reste engagé dans le cheminement à venir. Avancer coûte que coûte est un risque inutile et dangereux. C'est soit une prétention exacerbée, soit une inconscience. Nullement une sagesse. La répétition des efforts génère l'expérience. Et l'expérience est nécessaire pour ne pas tomber dans les pièges de la route. 

 

Qu'en est-il au regard de l'apprentissage existentiel, de la connaissance de soi ? La différence essentielle, à mes yeux, se trouve sur l'absence de balisage. Dans l'aprentissage cognitif, chaque étape à venir est connue, répertoriée, cadrée, préparée. L'enfant avance dans un terrain qui lui est inconnu mais l'enseignant en connaît chaque étape. Il est, dans le sens profond de sa mission, un accompagnant rassurant. 

Dans les apprentissages cognitifs, les routes sont partagées par des millions de voyageurs. Seul, le temps nécessaire à chacun variera. Quelles que soient les routes choisies, elles ont déjà été parcourues et les balisages installés.

Dans l'apprentissage existentiel ou spirituel, chaque individu avance dans un territoire qui a certainement été parcouru par d'autres explorateurs mais leur expérience ne peut pas l'aider. Il n'y a pas de chemin commun. Je ne pense pas que les routes empruntées par les prédécesseurs puissent permettre une avancée certaine. Il ne s'agirait que d'une illusion. Le fait de connaître un peu les écrits de Krishnamurti ne me fait pas progresser sur le chemin que cet homme a emprunté. Je reste immanquablement sur un chemin personnel. Sans doute que les réflexions qui me sont proposées participent à l'accumulation de l'énergie interne indispensable à l'éclairage de mes lampadaires mais ça ne sera jamais que les lumières des autres explorateurs si je ne fais pas mienne cette énergie, si je ne l'explore pas au regard de mon existence. Il n'est de progrès spirituel que dans la connaissance de soi. Pas à travers la connaissance du cheminement des autres. Il existe des gens très cultivés qui sont totalement ignares d'eux-mêmes.

Le marcheur spirituel est seul sur son chemin. C'est peut-être cette solitude qui rebute tant les humains. 

L'accumulation des savoirs cognitifs proposé par l'école développe insidieusement les comparaisons entre individus, la compétition et la hiérarchie. Tout ce qui contribue à l'élaboration envahissante de l'ego. L'enfant se construit non pas dans l'estime de soi au regard des savoirs acquis et plus encore de sa propre connaissance mais au regard de son positionnement par rapport aux autres. Au lieu donc de se réjouir de l'avancée, chacun est confronté à la déception de ne pas être le premier, de ne pas être aussi performant que les autres. Parfois et c'est encore pire, l'individu souffre principalement de la peur d'être relégué à la place humilante de "l'élève en difficultés". Et cette imagination paralysante finit par occuper toute la place, empêchant les apprentissages et menant effectivement l'enfant à "l'échec scolaire"....

L'apprentissage devient par conséquent une accumulation de déceptions ou de pressions sans cesse renouvelées pour préserver le niveau atteint par rapport aux autres. Le bonheur du savoir est souillé.

Même les élèves performants en souffrent puisque l'idée de compétition reste inscrite en eux. Compétition envers les autres et envers eux-mêmes, inquiétude quant au maintien de la reconnaissance positive, des félicitations des parents ou de l'enseignant. Il n'y a pas d'apprentissage cognitif heureux tant que l'enfant souffre d'une pression extérieure, sans aucune observation de lui-même, sans cette conscience indispensable de sa progression sur un plan existentiel.  

Ce que je trouve effrayant, c'est de voir des enfants de dix ans intégralement inscrits dans cette compétition sociale et tous les affres qui en découlent. L'agitation étant la première conséquence.

Il reste heureusement quelques esprits lumineux, des esprits affamés de connaissances mais plus encore attentifs aux discours qui les renvoient à eux-mêmes, ces échanges pendant lesquels je leur parle d'eux. Eux, comme enfants, des individus en croissance, ceux qui visent encore l'altitude et ne se satisfont pas de la plaine... 

J'aime croiser leurs regards, sentir l'absorption bienheureuse d'une énergie qui les éclaire. Intérieurement.

Comme une éponge

Par Le 14/11/2017

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En classe, avec mes CM2. Le bilan d'une séance de conjugaison.

"Si vous avez du mal à retenir une leçon de conjugaison, l'orthographe d'un mot, des tables de multiplication ou des dates historiques ou n'importe quoi d'autre, c'est qu'au moment où vous devez l'apprendre, vous n'êtes pas vraiment là, dans l'instant, dans l'absence d'autres pensées.

Imaginez que vous renversiez de l'eau sur la table, vous allez vous munir d'une éponge pour nettoyer. Mais avant de vous en servir, vous allez l'essorer. Pourquoi ?

-Pour qu'elle puisse absorber l'eau.

-Très bien et maintenant imaginiez que vous vouliez mettre de l'eau dans une carafe déjà pleine.

-C'est bête, ça va déborder.

-Exactement. Vous avez là deux exemples du fonctionnement de votre cerveau. Vous cherchez à y verser quelque chose alors qu'il est déjà empli et que vous ne l'avez pas vidé ou essoré. Il ne s'agit pas de le vider de vos connaissances mais de le vider de toutes les pensées qui n'ont aucune utilité à ce moment-là. Et c'est pour ça que je dis que vous n'êtes pas vraiment là. C'est à dire que vous n'avez aucune observation volontaire de votre état intérieur et vous n'en avez donc aucune maîtrise."

 

Silence

 

"Si des pensées s'agitent et que vous les laissez vous distraire, rien ne pourra véritablement être absorbé par votre cerveau. Les informations vont couler dessus et il ne restera que le souvenir de leur passage. Ce qui inévitablement nécessitera de revoir cette leçon. Ce qui ne servira toujours quasiment à rien si votre état d'agitation intérieure n'est toujours pas contrôlé. Vous avez là l'explication du fait qu'après trois ans de conjugaison, vous deviez recommencer encore et encore. "

 

Silence.

 

"Je vous donne un exemple de ma façon de procéder lorsque je travaille à l'écriture de mon roman en cours. Il n'y a rien d'autre dans mon esprit que la présence des personnages et les situations qu'ils vivent. Jusqu'à devenir moi-même chacun de ces personnages. Il n'y a aucune autre pensée dans mon esprit. Et si, à un moment, je décide de sortir de l'histoire pour aller chercher un verre d'eau ou une pomme, je peux décider également de laisser les pensées revenir en moi, toutes les pensées, comme si je les libérais et que je leur accordais le droit de s'exprimer. Ce qui importe, c'est que c'est moi qui l'ai décidé. Pas les pensées elles-mêmes. 

-C'est ça la pleine conscience ?

-Oui, c'est ça. 

-La pleine conscience, c'est être capable de décider de ses pensées. Ou de leur absence. Et ensuite, d'agir dans un état favorable à la situation puisque rien d'autre ne viendra s'y ajouter. Si vous faites de la conjugaison, ne faites que ça. Si vous faites des mathématiques, ne faites que ça. Si vous décidez de laisser les pensées s'exprimer librement, dans un chaos que vous ne cherchez pas à contrôler, alors ne faites que ça, soyez pleinement dans ce cafouillis intérieur. Mais surtout, pensez-y, c'est à dire, observez-vous pendant que vous vous accordez ce droit à penser n'importe comment. Soyez conscient que c'est votre décision et que la décision de revenir à un état absolu de concentration, c'est aussi de votre responsabilité. Soyez donc intégralement responsable de vos pensées et de vos actes. Le sage est celui qui vit en lui, qui se connaît pleinement, celui qui s'observe et ne vit jamais comme un véhicule sans conducteur. Quand un adulte vous dit d'être sage, il n'a bien souvent pas conscience de l'immense travail que cela représente. Là, il vous demande juste de rester tranquille mais il ne vous a pas dit comment y parvenir... Mais est-ce qu'il le sait lui-même ? Vous ne serez sage, réellement sage, que le jour où vous aurez appris à être là, maintenant, dans l'instant, à l'intérieur, dans la maîtrise intégrale de vos pensées, de vos émotions, de vos actes. C'est ça en priorité que j'aimerais que vous appreniez. Le reste viendra ensuite.

Jarwal le lutin en classe.

Par Le 13/11/2017

 

 

Ce roman n'est plus publié. La maison d'éditions a déposé le bilan deux ou trois mois après la sortie du livre...C'est fragile un "petit" éditeur quand les lecteurs et lectrices restent convaincus que s'il est "petit", c'est qu'il ne publie rien de bon...

Je n'ai jamais essayé depuis de lui trouver une autre "maison". Il est juste resté en moi et je lui ai écrit trois tomes supplémentaires. 

Demain, je vais distribuer à chaque enfant de ma classe un exemplaire photocopié et on va le lire ensemble. Ce sera pour moi l'occasion de juger en direct de l'intérêt ou pas de cette histoire pour des enfants.

J'ai ressorti des tiroirs du net un commentaire qui m'avait considérablement réjoui. Mille mercis à Marie-Christine Dehove.


 

Jarwal le lutin. tome 1

 

 ROMAN JEUNESSE de Thierry Ledru.

 

"Il suffisait d’écouter les discussions des arbres pour connaître les moindres

détails de la vie de la grande forêt. Le bruissement des feuillages,

emplissait l’air de confidences. Ce matin-là, il cueillait des myrtilles sous le

sommet du Chapotet quand un murmure gonfla au cœur des arbustes.

Le lutin Jarwall mit ses pensées de côté, tendit l’oreille et peu à peu le

message s’éclaircit.

Les grands hêtres et les châtaigniers près du torrent racontaient que trois

enfants, Marine, Rémi et Léo, voulaient atteindre le sommet de la montagne."

 

Dès que vous ouvrez ce livre, un bol d’air frais et vivifiant vous envahit, vous respirez mieux, votre rythme cardiaque s’apaise comme si vous caressiez votre chat, vos pensées sont imprimées des fleurs sauvages des montagnes, vos souvenirs de promeneurs remontent à la surface et vous avez envie d’y entrer à pieds nus… 

«Gwendoline, l’amour de sa vie, elle était si inventive, elle chantonnait à longueur de journées, avec le vent dans les arbres, avec le silence des sous-bois, les mélodies des insectes, elle bourdonnait avec les abeilles, récitait des poésies aux fleurs, parlait aux nuages, écoutait leurs histoires dans la pluie qui tombe, leurs voyages autour de la terre, les grandes traversées au-dessus des océans, par-delà les montagnes, elle traduisait les chants des torrents, elle apprenait l’histoire du monde dans les murmures des fossiles, cueillait les plantes en les remerciant pour les tisanes et les soins qu’elle prodiguait, elle caressait les écorces et posait son oreille sur les troncs, partageant avec eux les mémoires de sève, et toujours ce rire dans ses yeux, cet éblouissement infatigable pour les beautés du monde, cet amour de la vie… »

 

Thierry Ledru dans son premier tome « Jarwal le Lutin » propose aux enfants, un parcours initiatique, un chemin de vie, sentier de montagne à travers une trouée de verdure gorgée de soleil.

Il fait découvrir aux enfants le sens caché des choses et des mots, en utilisant l’observation de phénomènes naturels simples.

Thierry Ledru, nous présente les mots comme des êtres à comprendre.

Le sens de la lumière, rayons du soleil indispensables « la vie végétale sous toutes ses formes tendait ses fibres affamées vers l’astre pour montrer aux humains la voie à suivre » mais aussi «  la lumière ( /la vérité) peut aussi être un danger, quand on ne sait pas la recevoir, certains se sont crû prêts et sont devenus fous. »

Une lumière trop forte nous aveugle, certains croient que le progrès est une lumière favorable, ils n’ont pas su apprendre l’essentiel. "Ils ont détourné la lumière et ils ont fini par penser qu’elle venait d’eux ! " .

 

Il leur fait comprendre que nos pieds nous rattachent à la terre ( attraction de la terre) mais que la tête est attirée par le ciel et que cette attirance devenant désir de curiosités intelligentes est le départ d’une évolution spirituelle.

Les commentaires des enfants sont des signes audibles de leur compréhension.

Léo : "Pourquoi ne pas parler à tout le monde ?" Marine : " Parce que nous serions pourchassés, Léo .Regarde les peuples minoritaires qui peuplent encore cette planète, ceux qui sont encore en contact avec la Nature, ceux qui l’aiment et la respectent. Ils sont parqués, humiliés, exterminés parfois, beaucoup ont même déjà totalement disparu" p 37

Rémi : « les pommes que l’on mange en montagne après l’effort sont meilleures que celles que l’on mange à la maison.. » p31 En s’investissant dans le moment présent, on ne vit pas de l’attente d’une chose que l’on espère...Restez dans l’attente c’est perdre son temps dans la fuite en avant.

Thierry Ledru  explique aux enfants que nos pensées construisent la réalité.

Marine : " Beaucoup de choses sont possibles, sauf celles qu’on juge impossibles".

 

Dans son livre, les enfants sont considérés comme des personnes à part entière, ils ne sont pas ‘trop petits’ pour comprendre et on ne leur dit pas : « on t’expliquera plus tard quand tu seras grand…»

Non avec Jarwal, le lutin, tous ces moments d’étonnements magiques, sont des énergies fondatrices. Un silence interrogatif, des réflexions secrètes au cœur de chacun…

 

En lisant Jarwal vous avez là une double lecture, à la fois vous lisez le livre de Thierry Ledru, mais aussi le Livre dont Jarwal est le gardien.

Dans le roman de Thierry on apprend que Jarwall cherche des êtres qui sont prêts à changer de vie et qui respectent la nature et à ne pas oublier le Petit Peuple.

Au moment où Jarwal ouvre son propre Livre, remède universel et voie de Sagesse, les enfants deviendront des portes-paroles qui raconteront les Histoires ( de Jarwal) et seront un relais contre l’oubli et l’effacement du Livre.

Dans ce roman il n’y pas que l’auteur qui écrit, chaque enfant qui participe en mettant ses pas dans ceux de Jarwal, est l’auteur de sa propre histoire parce qu’il a eu la liberté de choisir sa voie.

Par cette idée remarquable, Thierry Ledru, comble le fossé entre le passé et le futur, il rapproche invisiblement les générations les unes des autres. Car nous aussi lecteurs, nous faisons partis du relais et nous devenons aussi des portes-paroles, conscience remuée par les questionnements du progrès, de l’humanité lancée dans une course folle, nous sommes comme les diffuseurs d’huiles essentielles, huile de la sensibilité du Vrai Regard.

 

Asseyez-vous sur une grosse pierre plate à côté des enfants… des galettes de châtaignes et un mélange de fruits des bois dans un petit pot en terre, précieusement fermée par un chapeau de feuilles séchées, et lisez Jarwal racontant son histoire….cliquez sur la couverture du livre ci-dessous !

 

cliquez ici !

 

Après votre lecture, chacun profitera de l’intermède pour changer de position et glisser un vêtement sous ses fesses, buvez une gorgée d’eau fraîche et grignotez un biscuit tout en cliquant sur le livre de Jarwal… Avez-vous bien lu, les enfants ?

 

En savoir plus sur Thierry Ledru

Marie-Christine Dehove © frenchwritersworldwide.com

18 juin 2011.   

 

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Avertissement à l'Humanité

Par Le 13/11/2017

«Nous mettons en péril notre avenir» : 15.000 scientifiques alertent sur l'état de la planète

  • Par   Le figaro.fr 
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Dans un appel publié par la revue Bioscience et relayé en français par Le Monde, 15.000 scientifiques de 184 pays soulignent l'état alarmant des indicateurs de l'état de la planète et appellent à agir concrètement contre «une souffrance généralisée et une perte catastrophique de biodiversité».

Nous avons un «impératif moral» à agir sans tarder contre le «péril» qui menace l'avenir de notre planète sur le plan écologique. Ce constat alarmiste est celui de 15.000 scientifiques indépendants, signataires d'un «Avertissement à l'humanité»publié lundi dans la revue scientifique Bioscence .

» LIRE AUSSI - Les émissions mondiales de CO2 repartent à la hausse en 2017

Les scientifiques, originaires de 184 pays différents, entendent interpeller spécialistes, décideurs et grand public. Il s'inscrivent pour cela dans la lignée d'un premier appel, publié en 1992 et signé par plus de 1700 scientifiques. Ces personnalités reconnues alertaient alors sur le «changement profond dans notre gestion de la Terre» qu'il était «indispensable d'opérer» pour la préserver.

Vingt-cinq ans plus tard, les 15.000 signataires de ce nouvel état des lieux, publié en français dans Le Monde , jugent qu'il est temps de «se remémorer» les mises en garde de leurs aînés et «d'évaluer les réponses que l'humanité a apportées» à cet appel. Depuis 1992, «non seulement l'humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d'entre eux se sont considérablement aggravés», regrettent les scientifiques, parmi lesquels figurent des biologistes, physiciens, chimistes ou encore spécialistes du climat. Ils s'appuient, pour ce constat, sur les indicateurs utilisés en 1992 -ressources en eau, déforestation, hausse des températures...- et mis à jour avec les données récentes.

Pointant les conséquences de l'augmentation du volume des gaz à effet de serre, de la déforestation et de la production agricole, les signataires soulignent par ailleurs qu'un «phénomène d'extinction de masse» est en cours, qui pourrait déboucher sur la disparition de plusieurs formes de vie. «L'humanité se voit aujourd'hui adresser une seconde mise en garde», résume le texte. «Nous mettons en péril notre avenir» en ne prenant pas conscience de certaines problématiques, à commencer par «notre consommation matérielle intense» et la croissance démographique mondiale «rapide et continue», ou encore l'échec à enrayer la pollution et à protéger les habitats naturels. «L'humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger», résume le texte.

Mêler les actions individuelles à une pression sur les pouvoirs politiques

Des manifestent arborent une bannière «Réveillez-vous face à la crise climatique» à Washington, aux États-Unis, le 1er juin dernier.

«Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu'ils prennent des mesures immédiates», affirment les signataires, invitant à mettre en place «une pression de la société civile» et des campagnes rôdées fondée sur «des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d'autres facteurs».

Outre la nécessaire action des politiques, «il est également temps de réexaminer nos comportements individuels», que ce soit «en limitant notre propre reproduction» ou «en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d'autres ressources». Pour les scientifiques, «il s'agit là d'un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie.»

Des preuves existantes d'une action possible

La forêt amazonienne, au Brésil, a subi en certains endroits l'une des plus importantes déforestations de son histoire cette année, avec des chiffres parfois trois fois plus élevés qu'en 2016.

Pour les scientifiques, plusieurs éléments montrent que «nous sommes capables d'opérer des changements positifs quand nous agissons avec détermination». La diminution rapide des substances néfastes pour la couche d'ozone, la lutte contre la famine et l'extrême pauvreté, ainsi que la baisse du taux de fécondité dan plusieurs zones ou du rythme de la déforestation, sont autant de signes que «nous avons beaucoup appris».

Ces avancées «loin d'être satisfaisantes» doivent déboucher sur de nouvelles mesures. Le texte liste ainsi plusieurs exemples de «mesures efficaces et diversifiées que l'humanité pourrait prendre». Parmi elles, protéger ou «ré-ensauvager» des régions afin de préserver la diversité des habitats et des espèces et «rétablir des processus écologiques», réduire le gaspillage alimentaire, privilégier une alimentation d'origine végétale, consommer des énergies «vertes» en diminuant la part des combustibles fossiles, développer des technologies vertes, ou encore aborder la question de la taille de la population humaine.

À l'image du constat, la conclusion est sans concession: «Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l'échec, et le temps presse.» Afin d'«éviter une souffrance généralisée et une perte catastrophique de biodiversité», nos pratiques doivent changer, insistent les signataires. Et selon eux, cela passe par une prise de conscience: celle que «la Terre, avec toute la vie qu'elle recèle, est notre seul foyer».

 

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Lettre d'un petit éditeur.

Par Le 12/11/2017

A ce texte, j'ajouterai juste que ce sont aussi les lecteurs et lectrices qui peuvent permettre à un "petit" éditeur de grandir : en s'intéressant aux "petits" auteurs...En passant cinq minutes sur un site pour écrire un commentaire, en parlant à ses connaissances d'une belle découverte, en réclamant le livre dans une librairie pour que le nom de l'écrivain finisse par être enregistré par les professionnels...

Pour cela, bien entendu, il faut aimer partir à l'aventure littéraire et ne pas écouter uniquement les sirènes hurlantes des médias, aussi envahissantes soient-elles.

Être petit éditeur c'est se faire enfoncer des clous dans le coeur.

Nous n’avons que notre endurance et notre esprit pas raisonnable du tout pour tenir debout. Nous sommes aidés par quelques-uns, moqués par certains, parce qu’on n’a pas l’air sérieux, qu’on se plaint. Des collaborateurs essentiels, souvent, ne nous écoutent même pas, il faut imaginer ce que c’est d’être petit, frustré, de se heurter aux murs dressés par ceux qui ont le pouvoir d’anéantir les petits pour tout ramener à eux, fiers, applaudis. Tristes de voir que même ceux qui disent défendre les petits jouent en leur défaveur dans leurs pratiques, leur absence d’écoute, ou leur considération hiérarchisée. C’est malheureux mais c’est comme ça. Certains essaient et gagnent jusqu’au pouvoir de vie ou de mort sur d’autres, celui de juger si celui-là ou un autre peut sortir son épingle du jeu, en l’incluant dans le sien, en le léchant pour lui laisser encore son allure d’avant et voir son reflet de vainqueur dedans, on a de beaux discours, surtout on a les moyens.
Être petit ça correspond à quoi dans la réalité du monde du livre aujourd’hui ? Beaucoup d'inquiétude, des complaintes, de temps en temps, qu’on n’entend pas.
Il y a tous ces gens, ces gens désespérés, qui n’écoutent rien, ne font attention à rien et envoie par dizaine et par jour des textes d’une fadeur d’une fadeur, comme si nous étions le miracle dans la poubelle des histoires. 
On n’est pas pris au sérieux, on perd des auteurs, on se perd nous-mêmes dans cet entêtement, certains pensent, ils devraient arrêter Lucquin, il n’arrive à rien, qu’il se fasse une raison, s’il n’y arrive pas, c’est qu’il n’est pas crédible, pas sérieux, « l’édition c’est un métier, vous savez, Christophe vous n’êtes pas fait pour l’édition », sauf que j’aime faire des livres, j’aime découvrir des textes, leur donner vie, les partager, mais sans les moyens, on ne va pas loin, et quand on arrive à mobiliser un peu d’attention sur nous, le reste de suit pas, quand tous les impliqués dans l’histoire ne jouent pas le jeu, c’est l’illusion pour seul espoir, pourtant il y avait tout ou presque, il ne manqua que d’argent pour pousser pousser, transformer l’étincelle du briquet en éclair d'orage d’été bourguignon. Ils n’ont rien, juste l’envie de faire, d’aller plus loin, de montrer qu’ils existent, qu’on les prenne au sérieux, qu’ils ne font pas de la littérature inférieure. En fait, c’est triste d’être éditeur, frustrant, tellement parfois que ça nous ôte l’envie de lire.
On nous a dit récemment que Christophe Lucquin Éditeur, c’était comme un bon parfum, l’intention était bonne, mais on a envie de dire : un parfum si rare alors qu’on n’ose pas l’acheter, on le respire ça sent bon, mais le blanc des livres, cette blancheur à tomber raide sur le marbre on laisse tout cela aux autres, à la littérature.
Être petit éditeur c’est se faire enfoncer des clous dans le coeur.

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Des années de lectures

Par Le 12/11/2017

Plusieurs années maintenant que j'ai commencé à m'intérresser à la collapsologie (même si ce terme est récent). Je sais bien qu'il est possible que mes articles sur cette question soient ignorés et que l'image qui m'est attribuée est celle d'un illuminé, catastrophiste et fan des films de fin du monde...

Tant pis, je continuerai. Le problème n'est pas là.

 

Il y a ici quelques traces de mes lectures.

Collapse (L'effondrement)

Collapsologie: Pablo Servigne

Effondrement

Petit guide de collapsologie.

Une mosaïque d'effondrements

Collapsologie : désastre, mode d'emploi

 

Bien entendu que je ne souhaite nullement que ce chaos survienne mais je suis convaincu également qu'il est nécessaire et même vital non seulement de s'y préparer mais bien également de tenter par tous les moyens de limiter ses effets.

Les "catastrophistes" ne sont pas des adeptes du chaos mais ceux et celles qui en nient la possibilité puisqu'ils contribuent eux-mêmes à son advenue.

Des centaines d'études ont été produites, des centaines de scientifiques et de spécialistes dans des domaines aussi variés que l'écologie, la géologie, la finance, la biologie, la climatologie etc se sont attelés à révéler au public les menaces sur notre mode de vie à un point qui dépasse l'imagination.

Et justement, voilà, l'argument préféré des réticents : tout ça est imaginaire.

Je lis parfois sur Facebook des personnes qui nient encore l'impact de l'alimentation carnée sur la planète. Et je trouve ça consternant car même le bon sens suffit à tirer les conclusions nécessaires. 

Qu'en est-il donc de l'anticipation ?

Si on pense que dans les écoles, il est obligatoire d'effectuer des exercices de sécurité ,incendie, accident chimique industriel, attentat, intrusion, il est absolument absurde de ne pas anticiper sur un "accident planétaire"... Ou alors, et c'est cela qui me trouble au plus haut point, c'est qu'il existe soit une intention inavouée, soit un déni des instances gouvernementales.

Personnellement, j'opte pour la deuxième solution. C'est là d'ailleurs qu'interviennent les réflexions sur le concept de spécularité.

Il est donc de notre ressort, de notre devoir, de notre responsabilité de nous y atteler, en tant qu'individu de la Terre et non comme citoyen d'un pays, subordonné aux instances gouvernementales. S'y atteler dès maintenant.

 

Non pas pour nous, les adultes de ma génération puisqu'il est probable que nous serons morts avant les effets les plus dévastateurs mais parce que nous portons une responsabilité immense envers les prochaines générations.

Je trouve donc effarant de tomber sur des articles datés des années 1970, écrits par des scientifiques et alertant les instances politiques d'une évolution mortifère qu'il fallait combattre.

Qu'en est-il aujourd'hui ? 

Rien ou pas grand-chose.

Un seul exemple : Il a été développé l'idée fort louable du tri sélectif et la déchetterie que je fréquente est très fortement encombrée de véhicules à chaque jour d'ouverture. C'est très bien.

Qu'en est-il dès lors de l'idée de réduire les déchets et par conséquence la consommation ? Grand Dieu, sûrement pas ! Pas question de toucher à la croissance. Les gouvernements ont donc encouragé et subventionné le tri sélectif. Un bien qui cache un mal bien plus grave.

Freiner la croissance entre dans la dimension de l'interdiction, du tabou mais surtout et avant tout de la condamnation au rejet. Un politicien qui en appelerait à la réduction drastique de la production et de la consommation perdrait son mandat dans l'année. Fin de sa carrière. 

On ne verra sans doute jamais une telle prise de position. 

Il serait donc totalement illusoire d'attendre des solutions politiques. Bien que je les espère toujours.

Lorsque j'entends le président chinois exorter la population à consommer et à prôner la mondialisation la plus profonde, jusqu'au dernier endroit de la planète et le président américain en faire de même, je suis sidéré.

La prise de conscience ne viendra pas du sommet de la pyramide mais de ceux qui vivent à la base. Il s'agira ensuite de contraindre le sommet à écouter les paroles montant vers eux, à regarder les actes et les engagements de cette population consciente.

Ce que je crains d'ailleurs dans un avenir impossible à situer sur un plan temporel, c'est une césure très profonde dans la population entre les consommateurs effrénés et les déconsommateurs autonomes, les uns et les autres s'accusant de leurs maux jusqu'à se combattre.

Il s'agit d'ailleurs d'un des romans que je dois écrire...

 

Il existe en tout cas selon moi deux livres anciens qui méritent d'être lus. Personne n'aurait l'outrecuidance d'aller taxer ces deux hommes de délire apocalyptique...

L'Humanité disparaîtra, bon débarras ! par Paccalet

 

LIRE UN EXTRAIT

ISBN : 2290001554 
Éditeur : 
J'AI LU (07/09/2007)


Note moyenne : 3.76/5 (sur 104 notes)

Résumé :

L'espèce humaine provoque des bouleversements irréversibles de son environnement.
Notre avenir est aussi bouché que celui des dinosaures ! Peut-on encore espérer que l'Homo sapiens acquière enfin la sagesse dont il se rengorge, alors que toutes les grandes questions (pollutions, saccages des terres et des mers, climats, nouveaux virus. ) sont négligées ou méprisées ? D'où vient cette folie suicidaire ? De ce que l'homme est un grand singe égoïste. Il obéit à trois pulsions : sexuelle, territoriale et hiérarchique.
Sa soif de domination le pousse à tous les crimes, y compris contre lui-même. Guerre nucléaire, climats en folie, empoisonnement de l'air et de l'eau, nouvelles maladies. Tout cela sera très drôle. Et après ? Rien. La vie créera de nouvelles espèces jusqu'à ce que le Soleil brûle définitivement la planète, dans environ un milliard d'années.

 

 


Mal de Terre par Reeves

 

LIRE UN EXTRAIT

ISBN : 2020790645 
Éditeur : 
SEUIL (04/03/2005)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 61 notes)

Résumé :

Hubert Reeves, l'homme des émerveillements cosmiques, avait intitulé son premier ouvrage Patience dans l'azur. Dans ce livre, il nous fait part de son impatience quant à l'état de la planète. Au fil d'un dialogue serré et très documenté, il détaille les maux dont souffre notre précieuse planète et les remèdes qui pourraient sauver la plus vulnérable de ses composantes : les êtres humains qui l'habitent. Vulnérables, et responsables des désordres qui menacent leur propre survie. Du réchauffement climatique à l'extinction accélérée des espèces, du gaspillage énergétique des uns à la malnutrition des autres, le diagnostic est sombre. Les raisons d'espérer existent cependant ; au-delà des égoïsmes individuels et des égarements politiques, Hubert Reeves évoque quelques solutions pour sortir d'une crise planétaire sans précédent.


 

Celui-ci est plus complexe et ardu dans sa lecture mais passionnant sur le fond

La Terre est un être vivant: L' hypothèse Gaïa par Lovelock
AJOUTER À MES LIVRES


Paul Couturiau (Traducteur)Christelle Rollinat (Traducteur)

ISBN : 2080812831 
Éditeur : 
FLAMMARION (04/01/1999)


Note moyenne : 3.71/5 (sur 7 notes)

Résumé :


Cette idée qui semblera évidente pour quiconque ayant gardé le contact avec la vie des champs et des bois, est en train de révolutionner notre approche scientifique de la vie sur notre planète - de notre vie avec notre planète. On peut être quasiment cetrtain qu'au cours des 3,5 milliards d'années environ écoulées depuis l'apparition de la vie sur Terre, l'émission de chaleur du Soleil, les propriétés de surface de la Terre et la composition de l'atmosphère ont varié ; variations qui auraient dû entraîner une transformation du climat, ce qui, à son tour, aurait déterminé un processus d'évolution et d'adaptation du vivant différent de ce qu'il a été... Or, l'analyse des fossiles démontre au contraire que le climat n'a pas fondamentalement changé pendant cette période et que la biosphère a obéi à certaines constantes chimiques, exactement comme si elle était capable d'exercer elle©même certaines fonctions régulatrices. La vie contribue elle©même à créer et à entretenir les conditions de la vie : elle n'est pas indépendante du milieu terrestre, soumise à la nécessité de s'y adapter, mais au contraire elle interréagit constamment avec ce milieu, formant avec lui un seul et même être... vivant. C'est à cet être que J.©E. Lovelock a donné le nom de l'ancienne divinité grecque de la Terre Mère : GAIA. Gaïa vit, et elle vivra avec ou sans les hommes tant que ses organes vitaux n'auront pas été irrémédiablement endommagés... or nous ne savons pas avec précision quels sont ces organes essentiels : seule une science ayant radicalement remis en cause ses anciens paradigmes nous permettra de le découvrir : une science nouvelle, fondée sur l'hypothèse Gaïa, par laquelle l'homme pourra mettre en harmonie sa vie sur Terre avec la vie de la Terre. Tel est l'enjeu de la biologie, de la biochimie et de toutes les sciences de l'environnement pour les décennies à venir. 
--Ce texte fait référence à l'édition 


 

Si vous parvenez à trouver en occasion deux ouvrages non réédités...

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Entre miracle et aveuglement

Par Le 12/11/2017

« Au lieu de réduire nos consommations, nous préférons croire au miracle »

  • PROPOS RECUEILLIS PAR AURORE LALUCQ

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Pour prendre le virage d'une économie économe en ressources, nous misons tout sur les progrès techniques. A tort, selon le philosophe Dominique Bourg, professeur à l'université de Lausanne.

Quels sont les objectifs à respecter en termes de réduction de nos consommations de ressources ?

Il y a deux limites à notre consommation de ressources. La première découle de la quantité d’une ressource donnée accessible à un coût énergétique acceptable. La seconde procède des effets indirects de l’exploitation de ces mêmes ressources : par exemple, l’exploitation des énergies fossiles, parce que provoquant le changement de la composition chimique de l’atmosphère, est en passe de faire basculer le système Terre vers un état inédit, hostile à l’habitat humain, l’anthropocène.

Les limites en matière de ressources ne sont pas absolues mais relatives, ce qui les rend plus difficilement identifiables. Nous n’exploiterons jamais par exemple, contrairement aux dires de Max Weber, la dernière goutte de pétrole. Il nous faudrait en effet probablement plusieurs barils pour l’extraire de quelque recoin des profondeurs de la Terre. C’est aujourd’hui 10 % de l’énergie primaire au monde qui sont consacrés aux activités extractives et le coût énergétique de ces extractions croît de façon exponentielle, tant nous devons nous enfoncer dans les profondeurs des sous-sols, parfois jusqu’à plus de 600 mètres pour certains métaux. Et aller chercher sur la Lune des métaux semi-précieux n’améliorerait pas le coût énergétique global de nos activités extractives.

Les secondes limites, celles relatives à l’état actuel du système Terre - en matière de climat, de biodiversité, d’acidification des océans, d’usage des sols, de l’eau, de cycles de l’azote et du phosphore, etc. - sont beaucoup plus dangereuses encore pour nous. Rien ne nous empêche en effet de les franchir, ce à quoi nous nous employons d’ailleurs avec une vigueur étonnante. Le problème est que les conséquences du franchissement de ces limites n’apparaissent que longtemps après que nous les ayons franchies. Il faut par exemple attendre plusieurs décennies avant qu’un degré de concentration des gaz à effet de serre déploie ses premiers effets, et au moins un siècle pour qu’il les développe en grande partie. En d’autres termes, ceux qui franchissent ne sont pas ceux qui passent à la caisse.

"Créer, partager et stimuler", tels sont les principes de Kelle Fabrik, Fab Lab dijonnais fondé en 2012 où sont mis à la disposition de tous, à condition d’adhérer à la structure (25 euros), des outils allant du simple marteau à l’imprimante 3D. Après le do it yourself (fabrique-le toi-même), la tendance du do it with others (fabrique avec les autres) s’enracine en France via ce type de structures.

A Kelle Fabrik, chacun peut fabriquer ou réparer ce qu’il veut grâce à des outils mutualisés. Ce qui permet de lutter contre l’obsolescence programmée, de valoriser ce qui autrement partirait à la poubelle... Ce laboratoire de fabrication stimule la créativité des particuliers, des élèves ou des entreprises souhaitant venir y travailler. Il facilite l’accès du plus grand nombre aux travaux manuels, contribue à diffuser un savoir technique et à transmettre des connaissances aux bricoleurs présents.

De quoi également permettre à des entrepreneurs locaux d’accéder à des outils onéreux et réconcilier esprit d’entreprise et lien social. L’initiative séduit aussi des entreprises de taille conséquente : Kelle Fabrik collabore ainsi avec la SNCF sur le challenge trainDroïd, un programme de prototypage dédié aux collaborations "homme-machine".

Notons que l’affaire climatique commence à prendre un tour tragique. Les choses se déroulent plus vite et/ou plus mal qu’on ne s’y attendait. Le relatif plateau des années 2000-2010 a été une surprise, explicable par le réchauffement en profondeur des océans. L’actuelle accélération du réchauffement depuis 2014, et plus encore depuis 2016, est tout aussi surprenante. Août aura été le 16e mois d’affilée le plus chaud jamais enregistré et nous avons atteint une température moyenne de près de 1,3 °C supérieure aux valeurs préindustrielles. Si elles devaient être confirmées, différentes études concernant le rôle des nuages ou encore des données paléoclimatiques pourraient nous amener à rehausser la sensibilité du système climatique à nos émissions. La fonte des masses glaciaires est plus rapide que prévu et pourrait s’avérer irréversible.

Si la nécessité de limiter notre consommation de ressources fait aujourd’hui consensus (à de rares exceptions près), les moyens d’y parvenir diffèrent. Pourquoi, par exemple, ne partagez-vous pas l’optimisme technophile de Philippe Aghion, qui estime que "c’est du changement technologique que viendra la lutte contre le changement climatique"? Et comment expliquez-vous cet engouement pour les solutions techniques ?

L’heure est à la croyance au miracle. Certains annoncent qu’il n’y aura bientôt plus assez de carbone dans l’atmosphère, grâce probablement au pompage des Shadocks ! Elon Musk (fondateur de SpaceX et cofondateur de Tesla Motors) nous annonce qu’il va "terraformer" Mars pour y établir une colonie humaine. Mais une telle "terraformation", si tant est qu’elle soit possible, pourrait durer des centaines de milliers d’années ! Ce n’est pas le même défi que produire 350 000 batteries au lithium, qui le met d’ailleurs déjà à la peine !

Pour tout dire, j’ai du mal à comprendre ce qui fonde cet hyperoptimisme relatif à l’issue de la guerre que nous conduisons contre la nature. Tous les indicateurs environnementaux passent les uns après les autres au rouge et les nuages s’accumulent à l’horizon climatique : la production céréalière, contrée par les aléas du climat, croît moins vite que la démographie mondiale, des insectes hyperrésistants apparaissent aux Etats-Unis, les océans se remplissent de méduses, etc. Et tout cela est bien le résultat de la saga des progrès technologiques antérieurs. Un récent rapport de l’Organisation des Nations unies ("Global Material Flows and Resource Productivity") montre que la consommation de ressources augmente même plus vite que le produit intérieur brut (PIB) depuis 2000 ! Non seulement nous ne sommes pas parvenus en quarante ans de progrès techniques à découpler la croissance du PIB des flux sous-jacents, mais c’est l’inverse qui s’est produit.

Compte tenu d’un tel démenti par les faits, je n’ai pas d’autre explication à ces assertions que celle d’un phénomène religieux, au sens d’une croyance vous permettant d’attendre du monde plus qu’il ne pourra jamais vous donner. Toutes les religions ont des miracles à faire valoir sans qu’elles ne soient jamais parvenues à changer à l’avantage de tous, et de façon patente, l’état du monde. La religion techno-économique peut faire valoir aussi des réussites éclatantes - la méthode Crispr cas91 pour le découpage du génome, les cellules souches pluripotentes et induites (IPS), la loi de Moore2 ou les progrès vertigineux de l’intelligence artificielle, etc. -, mais celles-ci ne semblent pas en mesure de remédier à la masse des difficultés qui nous accablent, sans compter celles qu’elles ajouteront immanquablement.

Surtout, je crois que nous avons une fâcheuse tendance à confondre techniques et sciences. Les techniques nous font croire au miracle et cela fait des décennies qu’elles sont présentées et vendues ainsi, comme autant de promesses folles mais jamais totalement tenues. En revanche, le discours scientifique ouvre de tout autres perspectives. Considérons le système Terre. Il agit lui-même sur ses éléments, intensifiant ou réprimant leur expression. Les mêmes causes ne sont pas ainsi systématiquement suivies des mêmes effets. Le devenir du système est donc difficilement prévisible ; il recèle même divers points de basculement dont il est impossible de connaître les seuils à l’avance. Dans ces conditions, l’idée d’une maîtrise globale n’a aucun sens. Et il n’y a pas à proprement parler de géo-ingénierie, mais au mieux des leviers partiels d’action, pour ne pas dire des bouts de ficelle, dont on ne saurait vraiment connaître à l’avance la totalité des conséquences. Certes, nous exerçons désormais une influence massive sur le système Terre, en réalité involontaire et nullement pilotée, mais elle est en passe de susciter elle-même des réactions tout aussi massives, que nous ne saurions ni totalement prévoir, ni encore moins maîtriser.

Que faudrait-il mettre en oeuvre pour jeter les bases d’une économie économe en ressources ?

Ce qu’il faudrait faire, c’est ce qu’on ne fera pas : chercher à contrôler et à réduire progressivement, par des instruments et des incitations divers, nos consommations. Ce serait violer le fondement consumériste de notre civilisation. Nous préférons croire au miracle et nous le ferons jusqu’à un éventuel effondrement. Cela est d’autant plus dommage que nous aurions de bonnes raisons de ne pas continuer sur notre lancée. Pourquoi, en effet, poursuivre la sacrée croissance alors qu’elle ne délivre plus ses fruits et ruine nos conditions physiques d’existence ? La croissance du PIB ne débouche en effet plus sur une amélioration du bien-être, ni sur une création nette d’emplois, ni sur une réduction des inégalités.

Juratri procède d’une alchimie rare entre le projet militant, la performance industrielle et la qualité sociale. En vingt-trois ans, cette Scop basée à Lons-le-Saunier (Jura) a su devenir un des principaux acteurs industriels du traitement des déchets de la région, tout en conservant son objectif initial : l’insertion par l’activité économique de personnes éloignées du marché du travail.

Juratri est ainsi parvenu à anticiper les évolutions du marché et à se positionner comme un acteur de premier rang du recyclage, tout en nouant des partenariats avec les grandes entreprises du secteur. Le statut coopératif a permis un développement largement fondé sur l’autofinancement, avec des investissements dans des locaux modernes et des outils nécessaires à la diversification de l’activité, comme en témoigne l’ouverture en 2012 de Trivolution, une plate-forme mécanisée de tri des déchets d’équipements électriques et électroniques.

Depuis 2000, 455 personnes ont été accompagnées dans cette entreprise qui fut la première à obtenir la certification Afaq EI-ETTI, qui atteste de la qualité des pratiques sociales. En parallèle, la Scop investit 150 000 euros par an dans la formation professionnelle de ses salariés en insertion, afin qu’ils soient à même de trouver un emploi à la fin de leur contrat. Juratri est également à l’origine, en 2004, du Clus’Ter Jura, pôle territorial de coopération économique dont l’objectif est de créer localement de l’emploi durable. Ses domaines d’exploration vont de l’économie circulaire (collecte des bio-déchets, méthanisation, écologie industrielle, consigne des bouteilles de verre) à la rénovation énergétique ou encore à la mobilité pour tous.

En revanche, des progrès techniques associés à une réduction des consommations permettraient d’étendre progressivement au plus grand nombre certaines formes de confort matériel d’existence. Changement technique et changement des modes de vie pourraient être autrement combinés. Tel serait le projet d’une économie perma-circulaire, visant à ramener l’empreinte écologique de l’humanité à une planète.

Cet article a été initialement publié dans Les Dossiers d'Alternatives Économiques de janvier 2017.

Collapsologie : désastre, mode d'emploi

Par Le 12/11/2017

 

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Collapsologie : désastre mode d'emploi

Changement climatique, épuisement des ressources, des chercheurs compilent des données montrant que notre civilisation est déjà en train de s'effondrer.

 

PAR 

 

Modifié le  - Publié le  | Le Point.fr

À Houston, le 27 août 2017, après le passage de la tempête tropicale Harvey.

À Houston, le 27 août 2017, après le passage de la tempête tropicale Harvey. © THOMAS B. SHEA / AFP

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Il s'appelle Pablo Servigne, il sourit et, en très gros plan face caméra, il explique : « Un collapsologue, c'est quelqu'un qui s'intéresse à l'effondrement de notre civilisation et qui rassemble des preuves, des chiffres, des faits, des hypothèses, des scénarios. » La voix est claire, elle ne tremble pas. Le propos, lui, est terrifiant.

Dans Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, publié au Seuil en 2015, Pablo Servigne et Raphaël Stevens expliquaient ce que de plus en plus de chercheurs, dans différentes spécialités, sont en train de documenter : nous ne sommes pas à l'aube d'une « crise » écologique. Elle a déjà eu lieu. Notre civilisation industrielle, basée sur une énergie abondante, abordable et une croissance continue, n'est pas soutenable. Elle fonce dans le mur et il est trop tard pour éviter l'impact. Bouleversement climatique, crise économique, crise migratoire, les secousses ont déjà commencé et les deux auteurs créent alors cette nouvelle spécialité scientifique : la collapsologie, l'étude du désastre.

 

L'idée n'est pas nouvelle. En 1972, le rapport Meadows, rédigé par le MIT pour le Club de Rome, prévoyait cet effondrement aux alentours de 2030. En 2009, Nature publiait une étude définissant neuf seuils critiques au-delà desquels la vie ne pourrait se maintenir sur la planète. Quatre d'entre eux étaient déjà dépassés. En 2012, une équipe de 18 chercheurs remet le couvert, toujours dans Nature. L'effondrement est imminent et irréversible. « En un mot, les hommes n'ont rien fait réellement d'important pour éviter le pire, car les structures sociales existantes ne sont juste pas les bonnes », expliquait Arne Mooers, professeur de biodiversité à la Simon Fraser University à Vancouver. « Mes collègues qui étudient les changements climatiques [...] sont plus qu'inquiets. En fait, ils sont terrifiés. »

Comment partager ce que nul n'a envie d'entendre ?

C'est cette terreur que voulait apprivoiser Clément Montfort, le réalisateur de Next, une série documentaire sur le Web. Il la connaît bien. Il enquête sur les questions environnementales depuis six ans, est l'auteur de Soigneurs de terre, diffusé sur France 2 en 2016, et de La Guerre des graines. Découvrant le livre de Servigne et Stevens, il décide de se lancer dans un projet ambitieux. Et s'effondre lui-même. Enquêter sur la fin de notre monde, collecter ces faits qui s'accumulent l'ont mené au burn-out.

Pour continuer à avancer, il a repensé son projet : il va les filmer, ces collapsologues solitaires, qu'on prend pour des fous, des prophètes de malheur, qu'on fait taire dans les dîners en ville et autour de la machine à café. Comment font-ils, eux, pour poursuivre leur travail ? Pourquoi ont-ils des enfants ? Comment partager ce que nul n'a envie d'entendre ?

 

Dans le 4e épisode de Next, nos collapsologues sont invités à Bercy, au sein d'un conseil d'experts chargés de rédiger des rapports pour les ministères. Et ce sont deux collapsologues heureux, ou presque, qui se félicitent d'avoir pu échanger avec ces hommes et ces femmes, spécialistes du risque et de la sécurité, de la gestion des ressources, du secteur public, et capables peut-être d'influer sur la décision politique… La conversation se poursuit, ils en arrivent pourtant à soupirer : l'action de l'État, ils n'y croient guère. Trop d'enjeux contraires, trop de complexité.

 

[Next] Web Série Doc @NextWebSerieDoc

"Bercy invite les collapsologues" 
TEASER de L'Episode 4 de NEXT - Web Série Doc 
@_Bercy_

 

 

Entraide

De l'espoir ? En collapsologie, il est mince et a pour nom « résilience ». Certaines initiatives sont déjà mises en œuvre au niveau local. Elles montrent, par exemple, que si l'on change les pratiques agricoles, les écosystèmes peuvent se régénérer. Elles nous obligeront à réfléchir à ce qui nous est essentiel, à revoir nos besoins à la baisse et à coopérer. Car Pablo Servigne et Raphaël Stevens en sont sûrs, études à l'appui : dans une catastrophe, les humains ne se transforment pas en monstres, ils ont tendance au contraire à s'entraider.

Cette résilience, c'est aussi la démarche de Clément Montfort, qui a autoproduit les trois premiers épisodes de sa série, et cherche désormais un financement participatif. Les épisodes suivants donneront, c'est promis, des raisons d'espérer, exploreront « les nouveaux modèles agricoles, l'utilisation de low-tech, la réorganisation des villes ». Ce n'est pas la fin du monde, insiste Clément Montfort, c'est la fin du nôtre. Il faut juste en inventer un autre…

L'épisode 4 de «  Next  » sera diffusé en avant-première le 8 novembre à partir de 20 heuresdans les studios de La Télé libre (1, rue Maurice-Bouchor, 75014 Paris - Métro Porte de Vanves).

 

Du mimétisme à la spécularité

Par Le 12/11/2017

Pour ce qui est du mimétisme, nul besoin de développer l'analyse. C'est d'une telle évidence...

La notion de spécularité va plus loin en considérant que la volonté seule inhérente à chaque individu ne suffit pas à rompre les barrières d'un système archaïque.

Si on applique cette notion à la dimension politique, il n'y a rien à attendre de l'ensemble des dirigeants.

Il s'agit donc pour chaque élément du peuple à avoir le courage de s'extraire du cadre.

On peut espérer qu'il existera un jour une sorte de "nombre déclencheur", une masse d'individus libérés, non seulement du mimétisme mais bien du jugement d'autrui.

La route est encore longue et le temps disponible de plus en plus réduit.

Tout cela, dans la dimension spirituelle, s'accorde avec la notion d'égrégore. Il est utile de ne pas le perdre de vue. Et il est de notre responsabilité d'épurer en nous les égrégores néfastes...

Egrégore (1)

Égrégore (2)

Les égrégores (INREES)

 

"Les modèles du monde que possède un individu, notamment son modèle de lui-même, sont issus des modèles du monde possédés par autrui, notamment du modèle qu'autrui a de lui. Le philosophe Jean-Louis Vullierme appelle cette interaction cognitive la "spécularité". Ce qui détermine les comportements d'un individu est donc le système des modèles que possède cet individu. Selon cette hypothèse, la volonté n'est donc pas une réalité première, mais une réalité dérivée de l'interaction spéculaire. 

L'individu averti de l'effondrement du système dans lequel il évolue ne se demande pas s'il veut changer sa vie, mais seulement s'il le ferait au cas où un certain nombre d'autres le feraient aussi. Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l'effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous mais de leurs représentations croisées, c'est à dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l'entourent à changer leurs vies.

Qu'en est-il du déni de l'effondrement à l'échelon des décideurs ? La dynamique spéculaire s'exerce encore inexorablement. La propagation des croyances en l'imminence de l'effondrement ne peut être que lente au sein d'un monde politique obsédé par la rivalité à tel point que même si tous les dirigeants du monde, comme sous l'effet d'une révélation, étaient soudain habités par cette appréciation d'un écroulement proche, ils commenceraient par se demander si leurs amis ou rivaux politiques partagent ou non cette croyance. Chacun saurait l'imminence de la catastrophe mais il ne saurait pas que les autres le savent. Guettant chacun le faux pas des autres, c'est à dire la divulgation publique de la force de leur croyance, aucun ne dévoilerait finalement celle-ci.

Connue de chacun, cette croyance ne serait cependant pas une connaissance commune puisqu'il s'agirait alors de bouleverser les politiques publiques en modifiant radicalement les modes de production et de consommation des sociétés industrialisées, ce qui supposerait que les citoyens eux-mêmes possèdent ce modèle du monde, la croyance d'un effondrement imminent, et en acceptant les conséquences en terme de modification radicale de leur mode de vie.

Le déni de l'effondrement n'est donc pas dans la tête de chacun en tant qu'il serait un être déraisonnable ou insuffisamment informé, c'est un effet de système qui émerge de la combinatoire spéculaire. Ainsi, faute d'essor rapide de multiples communautés de transitionneurs et d'objecteurs de conscience, l'effondrement en devient inévitable. Non parce que la connaissance scientifique de son advenue serait trop incertaine mais parce que la psychologie qui habite les humains ne leur permettra pas de prendre les bonnes décisions au bon moment. "

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Conscience et intelligence animale

Par Le 11/11/2017

Matthieu Ricard : «Plus une espèce animale est exploitée, moins on lui reconnaît la capacité de penser»

 

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Par Aurélie Delmas — 

 

 

Il est temps, alerte le moine bouddhiste tibétain Matthieu Ricard, de repenser notre concitoyenneté avec les animaux que nous exploitons et massacrons sans raison morale valable. Un travail qui commence par la reconnaissance de leur individualité.

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     Matthieu Ricard : «Plus une espèce animale est exploitée, moins on lui reconnaît la capacité de penser»

Docteur en génétique cellulaire et moine bouddhiste tibétain, Matthieu Ricard vient de publier Un demi-siècle dans l’Himalaya (La Martinière) et s’intéresse depuis longtemps à la condition animale.

Vous avez écrit un Plaidoyer pour les animaux. Comment et pourquoi vous êtes-vous penché sur cette question ?

J’ai souhaité mettre en évidence les raisons scientifiques et l’impératif moral qui justifient d’étendre l’altruisme à tous les êtres sensibles. Nul doute qu’il y a tant de souffrances parmi les êtres humains que l’on pourrait passer une vie entière à n’en soulager qu’une partie infime. Toutefois, se préoccuper du sort des quelque 8 millions d’autres espèces qui sont nos concitoyens sur cette planète n’est ni irréaliste ni déplacé puisque, dans la vaste majorité des cas, il n’est pas nécessaire de choisir entre le bien-être des humains et celui des animaux. Il ne s’agit donc pas de ne se préoccuper que des animaux, mais aussi des animaux, et de les inclure dans le cercle de notre bienveillance. Cette extension est davantage une question d’attitude responsable que d’allocation des ressources limitées dont nous disposons pour agir sur le monde.

En dépit de notre émerveillement devant le monde animal, nous y perpétrons un massacre à une échelle colossale : 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués tous les ans pour notre consommation. Deux millions d’animaux par minute. Autant de morts par semaine que le nombre d’êtres humains tués dans toutes les guerres de l’histoire de l’humanité.

Nous avons fait d’immenses progrès de civilisation - abolition de l’esclavage et de la torture, Déclaration universelle des droits de l’homme - mais il nous reste au moins encore un grand pas à faire pour corriger une incohérence morale majeure et respecter le désir commun à tous les êtres sensibles d’échapper à la souffrance et de rester en vie, ce qui inclut les animaux. Qui plus est, ces tueries de masse et leur corollaire, la surconsommation de viande dans les pays riches, entretiennent la faim dans le monde, accroissent les déséquilibres écologiques et sont nocives pour la santé humaine. L’impact de notre style de vie sur la biosphère nous mène, au rythme actuel de disparition des espèces, vers la sixième extinction majeure des espèces depuis l’apparition de la vie sur Terre : 30 % de toutes les espèces animales auront disparu de la planète d’ici à 2050 et cela ne s’arrêtera pas là.

Quel rapport les sociétés occidentales entretiennent-elles avec les animaux en général et «leurs» animaux dits domestiques ?

Parfois, nous prenons soin de nos animaux de compagnie comme s’ils étaient nos propres enfants ; parfois, nous chassons d’autres animaux et les tuons pour notre plaisir ; parfois encore, nous portons leur fourrure avec coquetterie. Souffrant de dissonance cognitive, nous passons d’une attitude à l’autre comme si de rien n’était, comme s’il s’agissait de choix anodins, alors que pour les animaux eux-mêmes, il s’agit d’une question de vie ou de mort. Nous entretenons ainsi une forme de schizophrénie morale qui nous fait prendre grand soin de nos chiens et nos chats tout en plantant nos fourchettes dans des porcs alors qu’ils ne sont pas moins conscients, sensibles à la douleur et intelligents. D’aucuns ont déclaré qu’en renonçant à manger les animaux et à les faire souffrir, nous renierions notre «humanité» ou, selon d’autres, «la part d’animalité en nous». La barbarie ne commencerait que lorsque l’on ajoute gratuitement des souffrances aux animaux que l’on fait déjà souffrir de manière insondable dans les abattoirs et autres lieux où on les exploite. La logique et le bon sens semblent avoir subi le même sort que les 50 millions de poussins mâles passés au broyeur chaque année en France.

Que nous apprennent les recherches récentes sur l’intelligence et l’état de conscience des espèces «non humaines» ?

La science a clairement mis en lumière la richesse des capacités intellectuelles et émotionnelles dont sont dotées une grande partie des espèces animales. Elle a également mis en évidence le continuum qui relie l’ensemble des espèces animales et permet de retracer l’histoire évolutive des espèces qui peuplent la planète. Etablir des frontières infranchissables entre les différentes espèces animales relève de la mauvaise biologie. Les chauves-souris naviguent au sonar, les oiseaux migrateurs sur les étoiles, et nous autres, êtres humains, sommes capables de raisonnements moraux complexes. Chaque espèce utilise au mieux les facultés qui lui sont propres. Pour être clair, l’espèce humaine excelle par son intelligence et l’étendue de sa culture et de ses facultés morales. Mais cette excellence ne lui confère en aucune façon le droit d’instrumentaliser les autres espèces à son profit, au prix de souffrances incalculables.

Est-il juste et moral d’infliger des souffrances non nécessaires à d’autres êtres sensibles ? A moins d’avoir perdu la raison, on répondra négativement à cette question. Or, de nos jours, seule une infime partie de l’humanité dépend pour sa survie, sans alternative acceptable, de la tuerie des animaux. Ce massacre de masse n’est absolument pas nécessaire : il est donc injuste et immoral. La raison principale pour laquelle nombre d’entre nous nous accrochons avec ténacité à l’idée d’une frontière infranchissable entre les hommes et les animaux est que si nous reconnaissions que les animaux ne sont pas fondamentalement différents de nous, nous ne pourrions plus les traiter comme des instruments au service de notre bon plaisir.

L’éthologue Donald Griffin a forgé le terme «mentaphobie» pour désigner l’obsession que manifestent certains philosophes et scientifiques (de plus en plus rare chez ces derniers) à dénier toute forme de conscience aux animaux, de peur d’avoir à reconsidérer la façon dont les hommes les traitent et de se sentir eux-mêmes coupables de violences éhontées. Il est intéressant de noter que des études ont relevé que plus une espèce animale est exploitée, moins on lui reconnaît la capacité de penser (1).

La prise en compte de l’intelligence animale progresse lentement. Cela mènera-t-il à des bouleversements profonds de la façon dont on les traite ?

Il semble impossible de fournir une raison valable, fondée sur l’éthique, la justice, la bienveillance ou la nécessité - et non sur la gourmandise, les habitudes, les dogmes, les idéologies, le conformisme, le profit ou l’ignorance -, qui justifie le fait de se nourrir, de se vêtir ou de se divertir au prix de la souffrance et de la mort d’autres êtres sensibles. Qu’on le souhaite ou non, il est clair que les abattoirs ne fermeront pas leurs portes du jour au lendemain. Il ne s’agit donc pas de licencier des centaines de milliers de travailleurs et de libérer dans les rues des centaines de millions de poules, de veaux et de porcs utilisés dans les exploitations industrielles. Cette transition impliquera des réajustements mais offrira également de nouvelles opportunités. De plus, elle est devenue nécessaire. Si, par exemple, tous les habitants de l’Amérique du Nord s’abstenaient de manger de la viande pendant une seule journée, cela permettrait, indirectement, de nourrir 25 millions de pauvres tous les jours pendant une année entière !

L’engouement des pays développés pour la consommation de viande ne pourra pas être soutenable à mesure que la population humaine approchera les 9 milliards, autour de 2050. Selon le rapport de 2014 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat aux Nations unies (Giec), des changements de régime alimentaire - moins de viande et de produits laitiers - sont cruciaux pour avoir une chance de maintenir le réchauffement global sous les 2° C.

C’est pourquoi, selon Rajendra Kumar Pachauri, prix Nobel de la paix au nom du Giec dont il a été le président, une tendance mondiale vers un régime végétalien est essentielle pour combattre la faim dans le monde ainsi que la pénurie d’énergie et les pires impacts du changement climatique : «En termes d’action immédiate et de faisabilité pour obtenir des réductions dans un court laps de temps, c’est clairement l’option la plus attirante.» (2)

Quel regard les générations futures porteront-elles sur notre façon de traiter les autres espèces, selon vous ?

Il est inconcevable de se contenter de «ficher la paix» aux animaux, comme s’ils vivaient dans un monde détaché du nôtre. La biosphère est fondamentalement interdépendante et notre vie est étroitement liée à celles des animaux du simple fait que nous sommes tous des membres actifs du monde dans lequel nous vivons et que nous modifions sans cesse par nos activités. Les animaux sont le plus souvent nos proies, mais il nous arrive également d’être les leurs. Parfois, ils sont nos compagnons ; parfois, ils nous aident, comme les chiens d’aveugles ; parfois, ils nous envahissent, comme les sauterelles, les termites. Même lorsque nous nous sommes longtemps ignorés - animaux des grands fonds sous-marins ou des forêts impénétrables -, l’impact global que nous avons sur notre environnement est tel qu’aucune forme de vie n’est étrangère à nos activités. Il importe donc de repenser de manière plus cohérente et équitable nos rapports avec les animaux en termes de concitoyenneté.

C’est ce qu’ont fait de manière brillante Sue Donaldson et Will Kymlicka dans Zoopolis, une théorie politique des droits des animaux (3). Ils envisagent trois principaux types de droits pour les animaux, selon leur mode de vie. Concernant les animaux sauvages, ils proposent de les traiter comme des communautés souveraines, disposant de leur propre territoire. Les animaux sauvages sont compétents pour se nourrir, se déplacer, éviter les dangers, gérer les risques qu’ils prennent, jouer, choisir un partenaire sexuel et élever une famille. Pour la plupart, ils ne recherchent pas le contact avec les humains. Il est donc désirable de préserver leur mode de vie, de protéger leur territoire, de respecter leur faculté de s’autogouverner et d’éviter les activités qui leur nuisent directement (chasse, destruction des biotopes) ou indirectement (pollution, dégradations générales de l’environnement dues aux activités humaines). De plus, il n’y a pas lieu d’intervenir pour empêcher la prédation entre animaux sauvages, de sauver la gazelle des crocs du lion.

En ce qui concerne les animaux domestiques, qui vivent avec nous et dépendent de nous, il s’agirait d’en faire des citoyens de nos communautés politiques. Tout comme les jeunes enfants et les handicapés mentaux, qui ont le droit d’être représentés lorsqu’on prend des décisions qui les concernent, les animaux domestiques pourraient être représentés par des personnes de confiance, qui les perçoivent comme des individus dotés de préférences. Abolir l’exploitation outrancière des animaux domestiques n’exige pas nécessairement de mettre fin à des siècles de vie commune. Seule la disparition des monstres créés par la zootechnie serait bienvenue : les dindes dont le corps a été déformé (pour développer la partie pectorale, qui est un mets de prédilection) au point qu’elles ne parviennent plus à s’accoupler naturellement, ou ces truies gigantesques qui mettent bas 28 porcelets qu’elles ne sont pas en mesure de nourrir, pour ne citer que quelques exemples. Les humains pourraient tirer intelligemment profit des activités que les animaux exercent de leur plein gré, en vivant dans un environnement conforme à leurs goûts et leurs besoins. On peut, par exemple, recueillir les excréments d’autres animaux pour s’en servir comme engrais, ou confier à des moutons le soin de maintenir l’herbe rase dans de grands parcs publics. Des chèvres peuvent débroussailler des sous-bois et ainsi prévenir les risques d’incendie. Le flair des chiens peut sauver des vies et être un outil précieux en bien des circonstances. En échange de nourriture et de soins, il est aussi possible d’envisager des formes de travail animal, qui tiennent compte de la personnalité de chacun, sous réserve que les animaux s’y prêtent volontiers, que le travail ne devienne pas envahissant au point de les empêcher de se livrer aux autres activités et relations qui leur importent.

Quant à la troisième catégorie, les animaux, ni domestiques ni sauvages, qui vivent sur des territoires habités ou cultivés par les humains, tout en menant une existence autonome - pigeons, moineaux, goélands, corvidés, souris et chauve-souris, écureuils, ratons laveurs, etc. -, leurs moyens d’existence sont plus étroitement liés aux activités humaines. Ils pourraient être traités comme des «résidents permanents». Ils ont le droit d’être là, mais nous n’avons pas de devoirs positifs à leur endroit, comme de les protéger des prédateurs ou de leur fournir des soins de santé.

Pour ce qui est du regard que porteront sur nous les générations futures : «Un jour viendra où l’idée que, pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants, et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans les vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu’aux voyageurs du XVIIe et du XVIIIesiècles les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains.» (4)

Notre civilisation n’ayant cessé de progresser sur le plan éthique, on peut raisonnablement penser que cette prédiction de Claude Lévi-Strauss finira par s’accomplir.

(1) Voir Contre la mentaphobie de David Chauvet, éditions L’Age d’homme, 2014.

(2) Interview dans The Telegraph, 7 septembre 2008.

(3)Oxford University Press, 2011.

Irlande : fin des cirques avec animaux.

Par Le 10/11/2017

L'Irlande interdit aux cirques de travailler avec des animaux sauvages

 

 

INFOGRAPHIE - Le texte qui entrera en vigueur le 1er janvier 2018 prévoit que les cirques ne pourront plus faire appel à des animaux «qui ne sont habituellement pas domestiqués». Toute infraction sera sanctionnée d'une peine d'emprisonnement de 5 ans et d'une amende de 250.000 euros.

L'Irlande va interdire l'usage d'animaux sauvages dans les spectacles de cirque à partir du 1er janvier 2018, actant ainsi un large mouvement contre la pratique, à la grande satisfaction de l'association PETA qui a salué ce vendredi la décision. Le ministre irlandais de l'Agriculture Michael Creed a signé jeudi un texte qui interdit désormais de recourir aux animaux «qui ne sont habituellement pas domestiqués dans le pays», renforçant la législation sur la santé et le bien-être animal de 2013.

» LIRE AUSSI - La colère des patrons de cirques avec animaux

La loi instaurait 5 grands principes, dont le droit pour les bêtes à ne subir aucune blessure ou maladie ou encore à n'être soumises ni au stress ni à la peur. «C'est un choix progressiste, qui démontre notre engagement envers le bien-être animal», a commenté le ministre dans un communiqué, estimant qu'«il s'agit d'un avis partagé par le grand public que je suis heureux d'appuyer». Toute infraction à cette nouvelle disposition est punissable d'une peine pouvant aller jusqu'à 250.000 euros d'amende et 5 ans d'emprisonnement.

Dans le communiqué, le ministre rappelle que les autorités locales ont été de plus en plus nombreuses à refuser que de tels spectacles se produisent sur des terrains publics. Il précise également que le ministère de l'Agriculture est conscient de l'impact que cette décision aura sur l'industrie du cirque, mais souligne que «des dispositions modernes en faveur des animaux amèneront le public à être plus à l'aise avec les spectacles de cirque», alors que le nombre de compagnies itinérantes employant des animaux sauvages a fortement chuté en plus d'une décennie.

Une décision saluée par les associations

La décision a été saluée par la Société irlandaise de prévention de la cruauté contre les animaux (ISPCA), qui menait campagne contre l'emploi d'animaux sauvages. Une pétition lancée en février 2016 a récolté près de 28.000 signatures. Son directeur, Andrew Kelly, s'est réjoui de la nouvelle en réaffirmant que «les cirques ambulants ne peuvent et ne pourront jamais fournir l'environnement adéquat pour des animaux tels que les éléphants, les tigres et les lions qui nécessitent un encadrement complexe sur le plan physique et psychologique».

De son côté, PETA a réagi dans un communiqué «applaudissant» l'Irlande: «Le gouvernement irlandais l'a compris: les mœurs ont changé et le public comprend qu'il est immoral d'enfermer et d'exploiter ces individus sensibles et intelligents».

L'Irlande s'ajoute aux 41 pays qui ont déjà banni - partiellement ou totalement - l'usage d'animaux sauvages dans les cirques, dont 19 en Europe, notamment l'Autriche, les Pays-Bas et la Belgique. En France, ce sont les communes qui ont le pouvoir d'interdire la venue d'un cirque avec animaux sur leur territoire. Au total, 42 villes françaises ont déjà usé de ce pouvoir comme Ajaccio, Yerres, La Ciotat ou encore Bagnolet. En mai dernier, le cirque Bouglione a été le premier en France à abandonner les spectacles avec animaux.

Les éditions du 38

Par Le 10/11/2017

EDITIONS DU 38

 

Les Éditions du 38 ont été créées par Anita BERCHENKO et j'ai la chance d'avoir croisé sa route.

C'est Anita qui a décidé de publier "LÀ-HAUT" en version numérique.

C'est elle encore qui l'a présenté à Jean-Luc TAFFOREAU pour une publication en version papier.​

Ils font donc partie des gens qui contribuent à mon bonheur d'écrivain.

Cette page est destinée à lister les auteurs qui participent avec talent et enthousiasme à l'histoire de cette belle maison.

Les liens dirigent vers les sites, blogs, page Facebook de chacun et chacune.

Tous les goûts étant dans la nature littéraire de la maison, les lecteurs et lectrices pourront y trouver leur bonheur : polar, thriller, érotique, fantasy, anticipation, littérature contemporaine, historique, romance.

Les livres sont principalement publiés en numérique mais le livre papier y trouve sa place également.

Mille mercis à Bernard AFFLATET pour avoir compilé tous ces liens 

 

Bernard AFFLATET
Site Web : 
http://www.facebook.com/BernardAfflatetAuteur
Pays : France

 

 

 

 

En cliquant sur les photos des auteurs, ci-dessous, vous arriverez sur la page de leurs publications aux Editions du 38

 

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Les auteurs du 38


Sylvie KAUFHOLD

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Gilles Milo-Vacéri

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Serge Le Gall

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Jean-Baptiste FERRERO

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Jean-Michel Leboulanger

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Bernard Afflatet

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Sophie Moulay

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Julie Lamiré

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Joy Maguène

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Raphaël Rosenbaum

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Aline Tosca

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Sara Greem

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Sandra Mézière

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Claire Arnot

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Corinne De Vailly

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Béatrice Egémar

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Freddy Woets

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Caroline Costa

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Coralie Péguet

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Bernard COAT

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Jean-Marc CROQUIN

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Céline Santran

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Alex Nicol

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Nicolas Cluzeau

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Normand Lester

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Julie-Anne de Sée

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Christine Machureau

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Bernard Grandjean

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Benedict Taffin

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Pauline Derussy

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Noël Matteï

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Thiébault de Saint-Amand

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Julie Derussy

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Yan Kellern

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Thierry Ledru

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Thierry Desaules

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Jocelyne Godard

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Joëlle Sancéau

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Chris MALLORY

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Harcèlement scolaire (1)

Par Le 10/11/2017

Harcèlement à l’école : apprenons aux enfants à se défendre

La troisième Journée de lutte contre le harcèlement à l'école est organisée, jeudi en France. Nathalie Goujon, psychopraticienne et Emmanuelle Piquet, psychopraticienne décrypte une technique à enseigner aux enfants pour qu'ils fassent face à leurs harceleurs.

Des élèves effectuent leur rentrée dans une école élémentaire de Paris, le 4 septembre 2017.
Des élèves effectuent leur rentrée dans une école élémentaire de Paris, le 4 septembre 2017. (MAXPPP)

 

Mis à jour le 
publié le 

 

Plus personne n’ignore, aujourd’hui, que le harcèlement existe dans les cours d’école. Ni que ces humiliations, intimidations ou agressions répétées engendrent une grande souffrance chez les élèves qui les subissent. La plupart des parents s’inquiètent à l’idée que leur enfant puisse être visé. En réponse, l’Éducation nationale a annoncé à la rentrée 2017 le "renforcement de la prévention et des sanctions" avec, en point d’orgue, le 9 novembre, la troisième édition de la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire.

Et si, pour une fois, on regardait le problème sous un autre angle ? Si, au lieu de convoquer les harceleurs pour les punir, on cherchait à mieux armer les harcelés pour leur donner les moyens de se défendre eux-mêmes ? Cette démarche n’est jamais le premier réflexe des adultes qui, n’écoutant que leur bon cœur, volent au secours de l’enfant harcelé – ce qu’on ne saurait leur reprocher. Cependant, en intervenant tel Zorro pour sermonner le harceleur, le responsable d’établissement ou l’enseignant renforce bien souvent, sans le vouloir, l’image de victime de l’élève harcelé. La conviction s’installe, chez lui et chez les autres élèves, qu’il est incapable de s’en sortir tout seul. Une croyance qui alimente souvent un cercle vicieux engendrant de nouvelles situations de harcèlement.

Une stratégie qui permet de résoudre 85 % des cas de harcèlement vus en consultation

L’enfant ou l’adolescent harcelé a moins besoin, en réalité, de la protection des adultes que d’apprendre à se faire respecter. Ces compétences, il peut les acquérir s’il bénéficie, au bon moment, du soutien adéquat. C’est ce que propose la thérapie « brève et stratégique », développée en France par nos équipes depuis une dizaine d’années. Cette façon inédite d’aborder les situations de souffrance scolaire fait désormais l’objet d’un diplôme universitaire, Traiter les souffrances en milieu scolaire et péri-scolaire, à l’université de Bourgogne. Nous nous appuyons sur les travaux du Mental Research Institute (MRI), à Palo Alto (Etats-Unis), héritier de "psychologue américain Gregory Bateson.

Chaque année, les thérapeutes de notre réseau Chagrin scolaire reçoivent quelque 500 enfants et adolescents. Avec chacun, nous élaborons un plan d’action adapté à la situation, une sorte de scénario que l’enfant met ensuite en œuvre dans la cour de récréation au moment où le harcèlement se produit. Dans notre échantillon des enfants venus en consultation, cette stratégie permet de résoudre le problème dans 85 % des cas environ. Ces résultats sont discutés par Emmanuelle Piquet, à l’origine du réseau, dans le livre qu’elle vient de publier, Le harcèlement scolaire en 100 questions(Éditions Tallandier).

Des parents ou d’autres intervenants sur la question du harcèlement ont pu juger notre approche culpabilisante pour les enfants harcelés, au motif que leur proposer de l’aide reviendrait à rejeter la faute sur eux. À les considérer, en somme, comme incompétents et responsables de la situation. Il ne faut pas se tromper de camp, s’offusquent certains parents : nos enfants ne sont pas coupables de ce qui leur arrive, ce sont les victimes ! L’école de Palo Alto, en fait, nous pousse à sortir du registre moral, celui qui désigne des méchants et des gentils. Elle nous amène à réfléchir à la manière dont l’interaction fonctionne, ou plutôt dysfonctionne, entre les personnes. L’un des penseurs et thérapeutes de l’école de Palo Alto, Paul Watzlawick, le formulait ainsi : "On ne soigne pas les personnes mais les relations."

Car au fond, qu’est-ce qui est le plus accusateur : laisser entendre à un enfant harcelé, donc déjà terriblement blessé, qu’il est incapable de faire quoi que ce soit pour s’en sortir ? C’est en effet le message implicite qu’on lui envoie en cherchant à résoudre le problème à sa place. Ou bien est-ce de lui dire, comme nous le faisons, qu’il est vulnérable pour l’instant mais que nous croyons qu’il possède les ressources pour faire cesser le harcèlement ?

Notre approche s’inscrit à contre-courant sur un deuxième point. La stratégie actuelle de prévention du harcèlement inclut l’incitation à la tolérance entre élèves. Ainsi, la séquence d’enseignement moral et civique destinée à ceux de 6ᵉ précise : « À travers la connaissance des mécanismes du harcèlement scolaire et ses conséquences, les élèves appréhendent la nécessité de respecter autrui et d’accepter les différences des autres à l’école ». De même, certains chercheurs font l’hypothèse que la situation de harcèlement découle d’une différence sur le plan physique ou de la personnalité chez un individu, perçue par le groupe.

Les enfants harcelés, pas plus roux ni plus gros que les autres

Nous constatons, au contraire, que les enfants reçus dans nos consultations ne sont pas plus roux, gros ou « différents » que les autres. Ils ont même souvent une coiffure très étudiée, des dents blanches et alignées, un jean troué-mais-neuf de la marque à la mode et des Stan Smith aux pieds. Nous faisons l’hypothèse qu’un enfant est harcelé parce qu’il présente une vulnérabilité, une faille, à un instant t. Et que d’autres l’ont repérée et s’y sont engouffrés, souvent pour accroître à ses dépens leur popularité – cette forme de reconnaissance absolue à l’école primaire et, plus encore, au collège.

chuttersnap/unsplash

L’appel au « respect de la différence » entre les élèves nous paraît donc vain pour résoudre le problème de harcèlement. Ce qui fonctionne mieux, en revanche, c’est d’amener les harcelés à modifier leur réaction. Au lieu d’un timide « Arrête ! » qui laisse entendre au harceleur qu’il n’y aura aucune conséquence à ses actes, nous les amenons à envoyer le message : « Continue et tu vas t’en mordre les doigts, notamment en ce qui concerne ta popularité ».

Prenons l’exemple de Paul (le prénom a été changé), rapporté dans le livre Médecine sans souffrance ajoutée, publié par Nathalie Goujon aux éditions Enrick B.

Des brutes dans son collège

 

Paul m’est adressé par l’hôpital, écrit l’auteure, car l’équipe qui le suit depuis qu’on a diagnostiqué son hémophilie, est inquiète pour lui. Il vient de plus en plus souvent pour recevoir une injection suite à des coups ou des accidents divers afin d’éviter une hémorragie. Mais, régulièrement, son niveau de douleur exprimé semble au-dessus de ce que l’équipe constate au niveau clinique. En questionnant Paul, la pédiatre se rend compte qu’il n’apprécie guère ses congénères et trouve qu’il y a des brutes dans son collège.

Lorsque je rencontre Paul, il m’explique qu’il aime assez l’école, mais est très souvent absent. Très vite, nous entrons dans le vif du sujet :

" - Donc toi, tu aimes bien l’école et tu es très bon élève, si je comprends bien ?
– Oui, ça va.
– Sinon, comment ça se passe, dans la cour ? Tu as des pénibles dans ton collège, ou pas ?
– Oui, il y a un groupe de populaires qui veulent trop se donner une image.
– Qui est le chef ?
– Définitivement Yassine. Il se déplace tout le temps avec son groupe et son but est de ridiculiser ou de taper les autres pour les rabaisser. J’en ai marre de lui et mes amis aussi.
– Tu as qui comme copains, toi ?
– Alors j’ai Djibril, Tom et Philippe. On est trop pareils : on a les mêmes passions. On fait des vidéos de gaming sur YouTube et puis, on parle de pas mal de trucs de science ensemble.
– Et donc Yassine et son groupe de fidèles te pourrissent la vie, c’est ça ?
– Oui, j’aimerais bien qu’ils arrêtent de venir nous voir.
– Qu’est-ce que tu as essayé ?
– Mes amis et moi, souvent, on tente de les ignorer. En général, on se met en cercle quand ils débarquent et on leur tourne le dos.
– Ça marche ?
– Bof, moyen : on dirait plutôt que ça les excite. Quand on se tourne, souvent, ils partent en mitraillette d’insultes et parfois, ils nous bousculent en mettant des coups de coude. L’autre jour, Yassine s’est mis à nous injurier les uns après les autres : “intello, t’es moche, tu pues”, on a tous eu notre tour.
– Et pourquoi tu ne réponds pas quelque chose ? Il fait peur ?
– Oui, il est super baraqué et j’ai pas envie de me battre, moi.
– Il pourrait te frapper, tu crois, si on répondait quelque chose ?
– Ouais, carrément, c’est une grosse brute.
– Je me dis que l’idéal pour le calmer serait de faire l’inverse de ce que vous faites actuellement.
– Heu… genre ?
– Genre, vous essayez de le virer et de le faire taire, alors il se défoule encore plus sur vous, non ?
– Si, mais bon, tu veux faire quoi ?
– Je me dis que la prochaine fois qu’il vient t’attaquer alors que tu es avec tes amis, ce serait vraiment bien que tu dises haut et fort : “Attention, voilà Yassine et ses fidèles, laissez-le parler, vas-y Yassine, on t’écoute !” S’il dit : “t’es un intello de merde”, il faudra que tu continues le même mouvement en répondant : “Oui et tu as oublié que je suis con et que je pue !” Il faudrait même que vous puissiez ouvrir le cercle, avec une révérence, pour lui donner la parole.
– Ouais, c’est pas mal. Mais bon, ça fait flipper.
– C’est pour ça que je voulais te demander : tu crois qu’il pourrait te taper où, en premier ?
– Ben, j’espère pas qu’il me tapera.
– Oui, mais moi, j’aimerais bien qu’on regarde ta peur en face, parce que si on la regarde, elle va diminuer, comme si elle se dégonflait, tu vois ?"

Ici, je choisis de lui faire imaginer le pire s’il répond quelque chose à Yassine-la-brute, car d’une part, cela peut arriver et d’autre part, tant qu’il se rassure et tergiverse, sa peur grandit. On dit souvent aux enfants que faire taire la peur revient à mettre de l’engrais dessus, contrairement à ce qu’ils croient. Pour l’instant, Paul ne dit rien à Yassine car il a trop peur. Si je parviens à lui faire baisser sa peur, alors il sera à même de réguler différemment.

"Tous d’accord pour qu’on les clashe une bonne fois"

Paul est revenu me voir, quinze jours plus tard :

« Alors, qu’as-tu décidé ? C’était dur, non ?
– Oui, c’est vrai, mais bon, le lendemain, j’ai parlé avec mes amis et ils étaient tous d’accord pour qu’on les clashe une bonne fois. Yassine est venu comme d’habitude avec sa tête du gars qui va dire des horreurs et là, j’ai dit : “Écartez-vous : Yassine et ses fidèles arrivent, il veut dire quelque chose. La semaine dernière c’était : ‘tu pues, t’es con’, alors aujourd’hui ? Vas-y !” Et j’ai ajouté, vu leurs têtes : “Attendez, ça vous gêne si je prends une photo ?”
– Excellent ! Et alors ?
– Il a dit : “Vous êtes trop bizarres, aujourd’hui !” Sa copine Juliette, qui est une vraie pourrie aussi, a dit : “Ouais, on se casse, ils sont trop chelous !” J’étais vraiment content !
– C’est super, je suis fière de toi, il fallait un sacré courage.
– L’après-midi, il a retenté une action, alors j’ai dit : “Ah, tu t’es décidé ?” Il a répondu : “Vous voulez pas coopérer, je m’en vais.”
– C’est dingue, c’est vraiment comme ça que fonctionnait la situation, en fait : tant que vous montriez que ça vous affectait, il était comme encouragé à vous insulter et là, d’un coup, ça n’a plus d’intérêt. Bravo, Paul, c’est la classe internationale ! »

The ConversationAinsi, les adolescents constatant, comme Paul, qu’ils peuvent eux-mêmes renverser la situation et mettre fin au harcèlement vivent une « expérience émotionnelle correctrice », de nature à dissiper leur sentiment d’impuissance. Les actions individualisées que nous mettons en place auprès des enfants qui souffrent les aident à restaurer leur confiance en eux et les amènent à savoir se défendre. Ils peuvent alors se faire respecter lorsqu’ils rencontrent, par la suite, des situations similaires. N’est-ce pas notre rôle d’adulte de les amener à agir par eux-mêmes, plutôt que d’intervenir à leur place ?

*Nathalie Goujon, Psychopraticienne, EM Lyon et Emmanuelle Piquet, Psychopraticienne, intervenante à l'Ecole supérieure du professorat et de l’éducation, Université de Bourgogne

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Perturbateurs endocriniens (2)

Par Le 09/11/2017

Demain, tous crétins ?

Sciences - Médecine et santé - 56 min.

COMMENT (RE)VOIR CE PROGRAMME

Baisse du QI, troubles du comportement et autisme en hausse : cette enquête alarmante démontre que les perturbateurs endocriniens affectent aussi la santé mentale.

Et si l'humanité était en train de basculer vraiment dans l'imbécillité, comme l'imaginait en 2006 la cruelle fiction de Mike Judge "Idiocracy" ? Depuis vingt ans, les scientifiques constatent avec inquiétude que les capacités intellectuelles ne cessent de diminuer à l'échelle mondiale. Une baisse du QI a été observée dans plusieurs pays occidentaux. À cela s'ajoute une explosion des cas d'autisme et des troubles du comportement. En cause : les perturbateurs endocriniens, ces molécules chimiques qui bouleversent le fonctionnement de la thyroïde, essentielle au développement cérébral du fœtus. Présentes dans les pesticides, les cosmétiques, les mousses de canapé ou encore les plastiques, ces particules ont envahi notre quotidien : nous baignons dans une véritable soupe chimique. Aux États-Unis, chaque bébé naît ainsi avec plus de cent molécules chimiques dans le sang. Mais comment limiter leurs effets ? Quelles solutions peut-on mettre en place pour préserver les cerveaux des générations futures ?

Épidémie ?

Huit ans après "Mâles en péril", qui révélait l'impact des perturbateurs endocriniens sur la fertilité, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade tirent à nouveau la sonnette d’alarme en dévoilant l'effet néfaste de ces mêmes polluants sur notre intelligence et notre santé mentale. "Demain, tous crétins ?" relaie la parole de chercheurs engagés, comme la biologiste Barbara Demeneix, spécialiste de la thyroïde, ou la biochimiste américaine Arlene Bloom, qui mène depuis les années 1970 un combat acharné contre l'utilisation des retardateurs de flammes (mélanges chimiques ajoutés à une grande variété de produits industriels comme les plastiques, les textiles et les équipements électriques ou électroniques pour les rendre moins inflammables). Leurs études et d'autres nous alertent sur un problème de santé publique dont les législateurs, sous l'influence des lobbies industriels, n'ont pas encore pris la mesure.

GÉNÉRIQUE
  • Réalisation :Thierry de Lestrade, Sylvie Gilman
  • Pays :France
  • Année :2017
  • Origine :ARTE F

Commentaires (14)

Impact de l'alimentation carnée sur la planète

Par Le 08/11/2017

 

 

Il va devenir difficile, voire inconvenant, de refuser l'évidence.


 

Impact des modes alimentaires sur l'environnement et la disponibilité alimentaire mondiale

 

http://www.alimentation-responsable.com/impact-des-modes-alimentaires-sur-lenvironnement-et-la-disponibilit%C3%A9-alimentaire-mondiale

En moyenne, 10kg de protéines végétales sont utilisées pour produire 1kg de protéines animales.

1) En effet, pour obtenir de la viande, il faut d'abord nourrir un animal : par exemple, il faut 13kg de céréales et 30kg de foin pour produire 1kg de viande de boeuf.

2) En conséquence, la production d'aliments d'origine animale nécessite en moyenne beaucoup plus de ressources que la production d'aliments végétaux. Ce gaspillage de ressources est lourd de conséquences pour la planète et contribue à renforcer l'insécurité alimentaire mondiale.
Comme le soulignait le World Watch Institute dans son rapport de 20043, l'appétit des humains pour la chair animale menace à présent l'avenir de l'espèce humaine du fait des multiples dommages à l'environnement dont il est responsable : déforestation, érosion, épuisement des ressources d'eau douce, pollution de l'air et de l'eau, réchauffement climatique, réduction de la biodiversité, injustices sociales, développement de maladies.

Malgré cela, la quantité de viande consommée par habitant a plus que doublé ces cinquante dernières années, alors même que la population mondiale s'est fortement accrue. De fait, la demande mondiale de viande a quintuplé, et cette tendance à la hausse devrait se poursuivre dans les prochaines années, exacerbant la pression exercée sur la disponibilité des aliments pour une part grandissante de l'humanité, mais aussi sur la disponibilité des terres, de l'eau, des énergies fossiles, tout en accentuant le problème du réchauffement climatique, de la pollution et des déchets.

 

Consommation d'espace, déforestation et dégradation des sols

En Amérique Centrale, 40% des forêts tropicales humides ont été détruites au cours des 40 dernières années, principalement pour laisser la place à des pâturages destinés au marché d'exportation, souvent à destination des hamburgers américains... La viande est trop chère pour les pauvres de ces pays exportateurs de viande de boeuf, alors que dans certains cas les pâturages ont chassé une agriculture traditionnelle hautement productive.
—John Revington in World Rainforest Report

 

Au cours des quatre dernières décennies, les terres agricoles ont gagné presque 500 Mha sur les forêts et les autres surfaces. On estime que seront convertis encore 500 Mha entre 1997 et 2020, principalement en Amérique latine et en Afrique sub-saharienne4. Les besoins en terre pour l'élevage en sont la principale cause. En effet, l’élevage est de très loin l'activité humaine la plus consommatrice de terres : il faut de 6 à 17 fois plus de surface de terre pour produire de la viande que pour produire du soja.

En conséquence, la production de bétail monopolise 70 % de toutes les terres agricoles et 30 % de la surface émergée de la planète. 70 % des terres auparavant couvertes de forêts en Amazonie sont occupées par des pâturages, et les cultures destinées à l'alimentation du bétail couvrent une large part des terres restantes.

En outre, le surpâturage provoque de graves problèmes d'érosion des sols, entraînant une baisse de leur fertilité. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) estime que 20% des terres à pâturage ont été sévèrement dégradées depuis 1945, et que la vitesse de cette destruction s'accroît de façon inquiétante. Les Etats-Unis, l'Amérique centrale et du sud, l'Australie et l'Afrique sub-saharienne sont tout particulièrement touchés par ce phénomène. Il faut 500 ans pour reconstituer 25mm de sol, soit beaucoup plus longtemps que la vitesse à laquelle ce sol est dégradé. En conséquence, la surface de terres arables disponibles est passée de 0,4ha par personne en 1961 à 0,25ha en 19995.

 

Consommation d'eau

Le directeur exécutif de l'Institut International de l'Eau à Stockholm a déclaré : « Les animaux nourris avec des céréales, de même que ceux nourris à l'herbe, ont besoin de beaucoup plus d'eau que les productions végétales. Mais dans les pays développés, et dans certains pays en développement, les consommateurs demandent plus de viande [...] Mais il deviendra presque impossible de nourrir les générations futures avec le mode alimentaire actuel des pays d'Europe et d'Amérique du Nord. »

Il a ajouté que les pays riches auraient les moyens de se payer l'importation d'eau virtuelle, à travers l'importation de viande ou d'aliments destinés au bétail, principalement en provenance de pays qui manquent d'eau. Alex Kirby, "Hungry world must eat less meat", BBC News Online, August 15 2004

 

L'agriculture, dont principalement l'élevage, est l'activité humaine la plus consommatrice d'eau douce.
La production de 1kg de protéines animales peut nécessiter jusqu'à cent fois plus d'eau que la production d'1kg de protéines végétales. C'est pourquoi une alimentation basée sur des aliments végétaux requiert en moyenne 1 000 litres d'eau par jour, quand une alimentation à dominante carnée (alimentation occidentale standard) en requiert 15 000.

 

Consommation d'énergies fossiles et réchauffement climatique

 

Le réchauffement climatique est causé par la consommation d'énergie, car les principales sources d'énergie utilisées par les humains sont des carburants riches en carbone dont la combustion émet du dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre. Il faut en moyenne 25kcalories d'énergie fossile pour produire 1 kcalorie de protéines animales. En comparaison, la production d'1kcalorie végétale ne requiert que 2,2kcalories d'énergie fossile, soit un ratio de 11 pour 12. Convertir des céréales en viande constitue donc une énorme perte énergétique responsable de l'aggravation de l'effet de serre. Mais l'élevage est également responsable d'émissions directes de méthane, un gaz à effet de serre plus redoutable encore que le CO2, produit par les flatulences des ruminants.
Au final, l'élevage est responsable de 80% des émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture, ce qui correspond à 18% de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre des activités humaines (9% du CO2, 37% du méthane, 65% du N2O) 

 

Déchets et pollution

 

L’élevage est parmi l'une des plus importantes sources sectorielles de pollution de l’eau et de la terre.

Les humains pratiquent l'agriculture depuis environ 10 000 ans, mais ce n'est que depuis une cinquantaine d'années que les techniques agricoles reposent sur l'emploi massif de fertilisants chimiques de synthèse et de pesticides. Les récoltes n'absorbent qu'entre un tiers et la moitié de l'azote ainsi utilisé. Le restant infiltre et pollue les sols et l'eau. La plupart de ces substances chimiques sont utilisées pour la monoculture intensive dédiée à l'alimentation animale : d'après la FAO, la moitié des récoltes de céréales et 90% de celles de soja sont destinées à nourrir les animaux d'élevage. Si à la place ces surfaces agricoles étaient consacrées à produire des végétaux destinés à l'alimentation humaine, avec des modes de production soutenables incluant la rotation des cultures, la quantité de substances chimiques polluantes nécessaires serait considérablement réduite.


Dans les modes d'élevage traditionnels, les déjections animales ont un rôle important et sont utilisées dans le système de rotation des cultures afin de maintenir la qualité des sols. Mais dans le cadre de l'élevage intensif, très majoritaire dans les pays développés, et de plus en plus répandu dans les pays en développement, un trop grand nombre d'animaux sont confinés sur des surfaces réduites. En conséquence, la quantité de déjections produites outrepasse largement la capacité des écosystèmes environnants à les recycler. A titre indicatif, une vache laitère produit autant de déjections, en volume, que 20 à 40 humains...
Cela engendre d'importantes menaces sanitaires. En effet, 70 à 80% de l'azote et du phosphore contenus dans l'alimentation du bétail et des porcs (60% pour les poulets) sont rejetés dans leurs excréments et leurs urines qui contaminent ensuite les sols et les eaux.

Fréquemment, dans les régions où est pratiqué l'élevage intensif, l'eau est ainsi rendue impropre à la consommation. Les contaminations bactériennes constituent une autre menace sanitaire liée à l'accumulation des déjections.
Enfin, l’élevage est responsable de 64 % des émissions d’ammoniaque, substance présente également dans les déjections animales, qui contribue aux pluies acides.

 

Disponibilité alimentaire mondiale

 

Un agriculteur peut nourrir jusqu’à 30 personnes pendant un an sur 1 hectare, avec des légumes, des fruits, des céréales et des graisses végétales. Si la même surface sert à la production d’oeufs, de lait ou de viande, le nombre de personnes nourries varie de 5 à 10. 

 

L'autre question qu'il convient de se poser lorsqu'on compare plusieurs modes alimentaires et leur impact environnemental, c'est celle de leurs conséquences sur la disponibilité alimentaire mondiale. Ou, plus simplement dit : combien d'humains pourraient être nourris avec une alimentation basée sur des végétaux ? Et avec une alimentation riche en produits animaux ?

Le problème de la sous-alimentation dans les pays pauvres est principalement lié à une difficulté d'accès à la nourriture, plutôt qu'à une production alimentaire insuffisante. La quantité d'aliments produits à l'échelle mondiale serait plus que suffisante pour nourrir l'ensemble de l'humanité. Mais une trop grande partie de ces aliments est utilisée pour nourrir le bétail au lieu de nourrir les humains nécessiteux.

La quantité de céréales destinée aux animaux d'élevage des Etats-Unis serait à elle seule suffisante pour nourrir environ 840 millions de personnes ayant une alimentation basée sur des végétaux.

Il faut bien avoir à l'esprit que plus du tiers des céréales produites dans le monde sert à nourir le bétail des pays riches et que les pays du Tiers-Monde fournissent de plus en plus de calories et de protéines pour l'alimentation animale (manioc, soja, arachides...).

Ce qui est vraiment paradoxal lorsque l'on sait que la famine sévit dans ces pays !

A titre d'exemple, au plus fort de la sécheresse, le Sahel a exporté plus de protéines qu'il n'en a reçu au titre de l'aide alimentaire ! Changer notre manière de produire et de consommer les protéines est un acte solidaire vis-à-vis des peuples les plus démunis ! - André Méry, Président de l'Association Végétarienne de France

Pourtant, la demande de viande et de lait ne cesse d'augmenter dans les pays en développement. L'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI) et la FAO prévoient que d'ici 2020, la consommation de viande dans les pays en développement augmentera en moyenne de 43% par rapport au niveau de 1993, la consommation de lait augmentant de 30%. La part de la viande produite dans ces pays passera de 36 à 47% de la production mondiale (de 24 à 32% pour le lait).8 Or, comme cela a été vu plus haut, la conversion d'aliments végétaux en aliments animaux constitue un gâchis considérable de calories alimentaires.

Des organisations comme l'OMS, la FAO et la Banque Mondiale sont de plus en plus préoccupées par cette problématique. Dans un rapport de 2002, l'OMS et la FAO annonçaient déjà : « L'augmentation de la consommation de viande et de produits animaux dans des pays comme le Brésil ou la Chine, bien qu'elle reste nettement inférieure à la consommation des pays industrialisés, a des répercussions environnementales considérables. Le nombre de personnes pouvant être nourries par hectare et par an varie de 22 avec des pommes de terres et 19 avec du riz, à seulement 2 personnes avec de l'agneau et 1 personne avec du boeuf. De même, la satisfaction des besoins en eau vont constituer un enjeu majeur du XIXème siècle. Or les productions animales nécessitent beaucoup plus d'eau que les végétaux n'en ont besoin. »

Dans les pays en développement, la part des récoltes dédiées à l'alimentation humaine décroit rapidement au profit des récoltes vouées à l'alimentation animale.

Entre 1983 et 1993, la quantité de céréales utilisées pour l'élevage a augmenté de 4,2% par an. Pendant ce temps, la production de céréales dans ces pays n'a augmenté que le 2,3 % par an, les obligeant à importer des céréales pour satisfaire cette demande. Il est donc évident que détourner les productions intérieures de l'alimentation humaine vers l'alimentation animale ne peut qu'exacerber le problème de la sous-alimentation.


Dans les pays en développement, beaucoup de populations pauvres mangent correctement en consommant principalement des céréales, des légumineuses, des légumes et des fruits, et très peu voire pas du tout de produits d'origine animale. Cette alimentation couvre pourtant tous leurs besoins nutritionnels. A coût égal, il est possible de nourrir bien plus de personnes avec ce type d'alimentation qu'avec un régime incluant davantage de produits d'origine animale.

Les pays développés restent à l'heure actuelle les principaux responsables de l'insécurité alimentaire mondiale, étant les plus grands consommateurs de produits animaux. Si l'ensemble des pays riches réduisaient ne serait-ce que de 20% leur consommation de produits animaux, cela permettrait de compenser 4 ans de croissance démographique mondiale. Et les bénéfices pour la santé qui en résulteraient permettraient d'autre part de réduire considérablement les dépenses de santé de ces pays.

 

Conclusion

L'ironie du système de production alimentaire est que des millions de consommateurs aisés dans les pays développés meurent de maladies d'opulence (attaques cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, diabète, cancers) provoquées par l'excès de viandes provenant d'animaux nourris aux céréales, pendant que les pauvres du Tiers-Monde meurent de maladies de pauvreté dues à l'impossibilité d'accéder aux terres qui leur permettraient de faire pousser des céréales pour nourrir leurs familles.
—Jeremy Rifkin, Los Angeles Times

 

Face à la pression démographique actuelle (9 milliards d'humains en 2050 d'après l'ONU), alors que près d'un milliard d'humains souffrent déjà de la faim, opter pour une alimentation basée sur les végétaux permettrait de lutter contre le problème de l'insécurité alimentaire tout en épargnant des dommages irréversibles à l'environnement. Or, l'épuisement des ressources de la planète déclencherait des conflits sans précédent et mettrait en péril le maintien de la vie sur terre.

Vouloir solutionner les problèmes actuels de santé publique n'a donc pas grand sens si l'on ne s'attache pas, avant tout, à oeuvrer pour faire évoluer des modes alimentaires qui, en plus d'être responsables de l'apparition de maladies pour les uns, ne font que creuser les inégalités d'accès aux ressources alimentaires, et menacent plus généralement la survie de l'espèce humaine à moyen terme.

Déscolarisation

Par Le 08/11/2017

Voilà le regret pour nos trois enfants. Ce qu'on aurait dû avoir la lucidité et le courage de faire.

PUBLIÉ LE PAR TERRAPY

Ces profs qui ont choisi de déscolariser leurs enfants

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Chaque année, de plus en plus de parents décident de sortir leurs enfants de l’école et de se charger eux-mêmes de leur instruction. Parmi eux, beaucoup d’enseignants, rebutés par ce qu’ils ont vu de l’Éducation nationale. Et déterminés à expérimenter d’autres méthodes pédagogiques.

 

Huit heures du matin, un vendredi du mois de septembre. Dans la maison des Hérino, parents et enfants s’activent dans la cuisine, entre tartines, café et galettes de riz. Pourtant, des cinq membres de la famille, seul Rodolphe, 43 ans, doit partir à temps pour arriver à l’école. Il est professeur de physique-chimie dans un collège ; sa femme, Claire, est institutrice, en «disponibilité» depuis plusieurs années. S’ils le voulaient, leurs trois enfants, Martin, Marion et Antoine, pourraient aller se recoucher une fois le petit déjeuner englouti : aucun d’eux n’est scolarisé. Du tout, ni dans le public, ni dans le privé. Rodolphe reconnaît qu’il lui a fallu plusieurs années pour assumer le paradoxe : «Je vis d’un système que je refuse pour mes enfants. Au début, c’était très culpabilisant.»

En toute légalité

Un choix atypique, certes, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, pas illégal. Car si, depuis Jules Ferry, l’instruction est obligatoire, l’enseignement, lui, est libre, et chaque parent peut choisir le mode d’éducation qu’il estime adapté pour son enfant. Dès lors qu’il accède au fameux «socle commun de connaissances, de compétences et de culture» – ce qu’un inspecteur de l’Éducation nationale est censé contrôler annuellement -, tout est possible. En 2015, près de 25 000 petits filous ont ainsi échappé à l’appel du maître, sans même avoir besoin de s’inventer une fièvre en posant le thermomètre sur le radiateur. Sur 8,1 millions d’enfants soumis à l’obligation scolaire, le chiffre peut sembler dérisoire. Sauf qu’il est en constante augmentation : en sept ans, il a même été multiplié par deux, au point d’alerter le ministère de l’Éducation nationale qui se dit désormais «préoccupé» par la tendance. D’autant que, dans le documentaire Être et devenir (1), sorti en 2014, qui retrace les parcours de familles pratiquant l’instruction à domicile, la proportion d’enseignants parmi les dissidents est pour le moins saisissante… Et un brin déstabilisante. Comment des professeurs, témoins privilégiés et acteurs principaux du système, sont-ils devenus des apostats de l’école ?

« EN 2015, PRÈS DE 25.000 PETITS FILOUS ONT AINSI ÉCHAPPÉ À L’APPEL DU MAÎTRE »

Sur le papier, Soline Lucas avait coché toutes les cases d’une scolarité exemplaire. Excellente élève, benjamine de sa promotion à la Femis, prestigieuse école de cinéma parisienne, elle se décrit comme un «pur produit de l’Éducation nationale». «Mais, socialement, j’étais une handicapée de la vie, assène la trentenaire en guise d’introduction. Je n’ai pas profité de cette réussite scolaire. J’ai subi du harcèlement scolaire, des moqueries. J’ai été témoin de violences ordinaires et d’humiliations auxquelles je ne voulais pas exposer mes enfants.»

Très intéressée par les pédagogies alternatives, Soline commence par se mettre en quête d’une école Montessori pour ses petits garçons. Cette méthode, mise en place au début du XXe siècle par une pédagogue italienne, favorise l’autonomie des élèves : rarement assis derrière une table, ils sont en circulation constante dans l’espace, en fonction des activités qu’ils choisissent eux-mêmes d’entreprendre.«Pour moi, c’était la panacée !» sourit-elle. Elle-même passe le concours de professeur des écoles, avec l’idée d’adapter ses enseignements dans cette direction. Double échec. Les écoles Montessori sont chères et trop éloignées du domicile familial. Quant aux résultats qu’elle-même obtient en tant qu’institutrice dans sa classe de moyenne section du XVe arrondissement de Paris, ils ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. «Je n’arrivais pas à aller au bout de ce que je voulais mettre en place, reconnaît-elle franchement. Ils s’emmerdaient. Mais ils s’emmerdaient vraiment !» Résultat : tout le monde est rentré à la maison, Soline comprise, son congé parental en bandoulière. C’est alors qu’a débuté pour la famille Lucas une expérience pour le moins radicale.

Car ce n’est pas pour faire l’école à la maison que les enseignants rencontrés par Marianne ont claqué la porte de l’Éducation nationale, mais pour tenter l’aventure de «l’apprentissage autonome». Pas de programme scolaire, pas de matières séparées les unes des autres, pas de leçon, pas de contrôle, ni de notes : les enfants ne s’intéressent qu’à ce qu’ils veulent, et à leur rythme. L’idée peut sembler dingue, elle n’est pourtant pas nouvelle. Dès 1971, le penseur autrichien Ivan Illitch publie Une société sans école, un livre de référence chez les adeptes de la non-scolarisation. Farouche contempteur de la société de consommation, Illitch insiste sur les capacités d’apprentissage naturelles de l’enfant : «Ce n’est pas l’école qui apprend à l’enfant à parler, à jouer, à aimer, à se sociabiliser, qui lui apporte la connaissance d’une deuxième langue, le goût de la lecture», écrit-il.

« Gourou de secte »

Aux Etats-Unis, une abondante littérature documente ces théories ; l’école Sudbury, pour ne citer qu’elle, les applique depuis près de cinquante ans. En France, en revanche, quiconque se recommande de tels principes passe vite pour un gourou de secte. Car l’apprentissage autonome suppose d’accepter des situations… inhabituelles. Comme le fait, par exemple, qu’un enfant de 12 ans soit un virtuose de piano, mais sans savoir déchiffrer une ligne de texte. Même les plus détendus des parents reconnaissent d’ailleurs quelques sueurs froides : pendant des semaines, Antoine, 7 ans, ne s’est intéressé qu’à l’histoire de la Première Guerre mondiale, à l’exclusion de tout autre sujet. «Bien sûr, que nous avons des peurs, aujourd’hui encore, affirme Claire, la maman du jeune expert en poilus. Mais on a aussi la certitude que suivre les aspirations profondes d’un enfant, ça marche.»

Attablée dans le jardin de sa maison corrézienne, Claire raconte comment, malgré sa profonde aspiration à enseigner, elle a renoncé à consacrer son temps à l’Education nationale. Ingénieur agronome de formation, elle commence par donner naissance à trois enfants, puis passe le concours de professeur des écoles. Mais, devant sa première classe, le rêve se fissure. «Les élèves étaient très nombreux, se souvient-elle. Il y avait le fait d’être enfermée dans une salle, de passer le plus clair de mon temps à faire de la discipline… Et puis, surtout, de voir à quel point ils s’en foutaient.» L’expérience aidant, la jeune femme aurait sans doute encaissé la déception. Mais il se trouve que, parallèlement à ces débuts difficiles, le fils aîné du couple développe une phobie scolaire carabinée.
« MARTIN, N’A SU LIRE QU’À 12 ANS. MAIS D’UN SEUL COUP, ET IMPECCABLEMENT. »

Agé de 7 ans à l’époque, Antoine est malade à la seule idée de franchir le seuil de la classe. «C’était insupportable de le laisser dans un état pareil», se souvient Rodolphe, son père. Démunis, les parents décident de «sortir» Antoine de l’école, qualifiant la décision de «mesure d’urgence». Claire demande et obtient une mise en disponibilité, qui lui permet de quitter l’Education nationale pour un temps, sans démissionner. L’année suivante, les deux autres enfants du couple rentrent aussi à la maison. «Marion avait 6 ans, et elle n’était pas aussi mal que son frère à l’école. Mais, quand elle en est sortie, j’ai remarqué très vite un changement énorme en matière de créativité, c’était manifeste.» Aujourd’hui, Marion a 15 ans ; elle fabrique des bijoux et se passionne pour le cinéma. Son frère cadet, Martin, n’a su lire qu’à 12 ans. Mais d’un seul coup, et impeccablement.

«Il s’est mis à dévorer J.K. Rowling ou Timothée de Fombelle, sans aucune forme de transition en termes d’apprentissage», se souvient sa mère. Quand il ne s’adonne pas à l’une de ses activités sportives, natation ou rugby, Martin lit aussi des livres de cuisine, dont il teste les recettes en famille. Quant à Antoine, 17 ans, il s’est formé à un logiciel d’animation en 3D grâce à un Mooc, ces cours disponibles gratuitement sur Internet. Il travaille en ce moment à ses premières réalisations cinématographiques. A les observer tous les trois, beaux comme des astres, racontant leurs projets avec enthousiasme autour de la soupe concoctée avec les légumes du jardin, on soupçonnerait presque la famille Hérino d’avoir trouvé la recette du bonheur…

Une lubie pour riches bobos ?

Ce sont les parents eux-mêmes qui tempèrent les enthousiasmes. La tribu habite en rase campagne, à quarante minutes de voiture de Limoges. Claire a passé de longues heures à faire le taxi pour accompagner ses enfants à un stage chez un menuisier ou au cours de guitare ; le prix à payer pour éviter l’isolement social. Dans un avenir proche, les Hérino aimeraient développer une pratique plus collective, constituer «une communauté éducative», selon leurs termes, qui serait accessible à tous, y compris à ceux qui vont à l’école. «Pour qu’un enfant qui souhaite apprendre le russe, par exemple, puisse être soutenu dans son élan, explique la jeune quadragénaire. On ne dit pas que la déscolarisation est le meilleur choix pour tous. Il se trouve que, moi, ça m’a passionnée, parce que ça entrait en résonance avec ma vocation personnelle. Je le vis comme un cadeau non prémédité.»

Claudia Renau n’avait rien prémédité non plus. Professeur d’histoire-géographie dans la région parisienne pendant dix ans, puis dans un Espe – nouveau nom des IUFM – pendant cinq ans, elle découvre par hasard la déscolarisation en parcourant des forums Internet. Son mari, qui de son côté y songeait depuis plus d’un an, saute sur l’occasion et lui propose de n’envoyer aucune de leurs trois filles à l’école. «J’ai mis trois ans à accepter l’idée, j’avais pour ma part de très bons souvenirs de classe, admet Claudia. Mais mon mari était convaincu qu’avant 10 ans un enfant n’est pas assez solide pour faire face à ce que l’école a de corrosif. J’ai eu envie de lui faire confiance.»

Les souvenirs de son expérience personnelle en tant qu’enseignante ont fait le reste. Alors qu’elle est en poste en zone d’éducation prioritaire à Evry, Claudia découvre une souffrance à laquelle elle-même avait échappé : celle des élèves en grande difficulté. «C’était des adolescents vifs d’esprit, mais ils avaient de mauvaises notes. Je me souviens d’un garçon en particulier, qui a vraiment vécu son redoublement comme une punition. Je l’ai défendu, mais j’ai compris que je n’étais pas crédible parce qu’on estimait que j’étais trop laxiste. J’avais de la considération pour mes élèves, mais ce n’était pas au détriment de leur travail, au contraire ! Un enfant qui a de mauvaises notes va accepter d’être orienté dans une « voie de garage » et sortira de l’école convaincu de sa propre nullité. Et c’est révoltant.»

« QUE FAIT L’ÉCOLE POUR L’ÉGALITÉ RÉPUBLICAINE DANS UN SYSTÈME QUI PRIVILÉGIE L’HÉRITAGE ? »

Depuis que la famille s’est lancée dans la «désco», de longues heures de réflexion et de discussion avec son mari ont rendu Claudia incollable sur les arguments que l’on oppose le plus souvent à sa démarche. Une lubie pour riches bobos ? Plutôt un choix de vie qui oblige à réviser ses priorités : les Renau vivent à cinq dans un appartement parisiende 45 m2 que Claudia a payé avec son salaire de prof. Les autres familles que nous avons rencontrées partagent un salaire ou puisent le minimum dans leurs économies, héritage ou vestiges d’un poste abandonné. Les authentiques «riches bobos», eux, auraient plutôt tendance à contourner le naufrage de l’école en inscrivant leurs enfants dans le privé.

Parmi les remarques les plus courantes, les parents pratiquant l’instruction à domicile entendent aussi – à raison – qu’ils sont des privilégiés bénéficiant d’un haut niveau d’instruction : tous les parents ne pourraient pas suivre leur exemple.

«Mais que fait l’école de cette question de l’égalité républicaine dans un système qui, de manière structurelle, privilégie l’héritage ?»interroge Claudia Renau, faisant allusion aux études européennes (2) qui pointent les graves inégalités scolaires des petits Français en fonction de leur origine sociale.

« Comme des chercheurs »

Interrogé par Marianne, le ministère de l’Éducation nationale engage à «se détendre un peu», c’est-à-dire à modérer la portée de ces expériences qualifiées de «libertariennes» et d’«ultra-individualistes». «Nous n’avons pas d’hostilité à leur égard, affirmeOlivier Noblecourt, directeur adjoint du cabinet de la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Mais l’école doit être capable de donner un cadre collectif, et de transmettre un certain nombre de valeurs aux enfants.»Du côté des «désco», personne n’a formulé le vœu de brûler l’école de la République, et les profs sont qualifiés, au choix, de «perles», de «guerriers» ou de «digues sans lesquelles le système scolaire abîmerait bien plus d’élèves encore». Cette poignée d’aventuriers intello, anticonformistes et décroissants convaincus, espèrent même pouvoir un jour faire bénéficier la collectivité de leurs réflexions.

Pour l’instant, l’Éducation nationale a tendance à tenir ce projet à distance, en renforçant plutôt le contrôle des familles qui pratiquent l’instruction à domicile. Pour l’institution, il s’agit évidemment d’éviter que certains parents ne partent en roue libre et ne privent leurs enfants de l’accès à la connaissance ; chez les adeptes de l’apprentissage autonome, ce «fliquage» est perçu comme une entrave à la fameuse liberté d’enseignement, inscrite dans la loi. «Il y aurait pourtant des choses à apprendre de nous, notamment sur les façons de préserver les capacités d’adaptation et d’innovation des enfants !» estime Soline Lucas. En termes d’expérience, cette maman de trois petits garçons non scolarisés en connaît un rayon : la famille vit en itinérance, dans une caravane, en mode carpe diem. «Il faudrait nous considérer comme des chercheurs», propose la jeune femme. Chercheurs ou savants fous, tous ont le mérite d’interroger les conditionnements… Et de bousculer les certitudes.

(1) Le film documentaire Etre et devenir, de Clara Bellar.

(2) Etudes Pisa, menées tous les trois ans par l’OCDE pour mesurer les performances des systèmes éducatifs.

Source : Marianne.net

Que les choses soient claires

Par Le 08/11/2017

L’image contient peut-être : plein air

Lors de l'enlèvement d'un veau destiné à l'abattoir, sa mère ayant échappé à la surveillance des fermiers s'est ruée, folle de douleur, vers le camion qui emmenait son petit. Cette pauvre mère s'est mise à courir, à courir en beuglant désespérément derrière le camion.
Au bout d'un long moment, alors qu'elle s'était comme évanouie dans la campagne, les fermiers l'ont retrouvée gisante sur le sol. Elle est morte d'un arrêt cardiaque, tant elle avait couru, comme n'importe quelle mère l'aurait fait pour défendre son enfant. 

Je ne mange plus d'animaux parce que je ne veux pas mettre en moi la souffrance, la douleur, la peur, la terreur, l'incompréhension, la colère, la trahison humaine qui nourrit des animaux pour le plaisir ensuite de les manger.

Je ne mange plus d'animaux parce qu'il s'agit d'un mensonge envers ces êtres, parce que mon corps n'a pas besoin de cette matière morte pour exister, parce que dans mon assiette, je ne pourrais voir que le regard de ces animaux, leurs yeux dans les miens, leurs sidération devant ma violence, parce que je suis convaincu aujourd'hui que ce regard restera en moi comme un poison, que mon âme ne pourrait jamais plus être en paix, que le coeur éteint de ces animaux sacrifiés pour un simple plaisir gustatif, ce coeur qui pensait être aimé continuerait à battre dans mon sang, dans ma chair, dans mes fibres et que cette viande morte, au lieu de me nourrir comme la tradition me l'a fait croire pourrirait jusqu'à ma propre fin.

Je ne veux pas porter la mort en moi. 
 

De la fiction à la réalité (2)

Par Le 07/11/2017

 

 

De la fiction à la réalité (1)

 

J'avais déjà évoqué ici cette étrange similitude entre la fiction romancée et la réalité alors que je me pose parfois la question de la crédibilité de ce que j'imagine dans mes romans. Un encouragement, bien évidemment, à ne pas me limiter dans le roman en cours.

Tout est possible finalement. Sauf, ce qu'on ne parvient pas à imaginer.

L'actualité m'apporte donc de nouveau la preuve que l'imagination n'est parfois qu'une extension de la réalité.

Dans "A COEUR OUVERT", le personnage principal se retrouve coincé dans son véhicule à la suite d'un accident de voiture. Un pied bloqué l'empêche de sortir. Personne ne sait où il est. L'histoire de ce fait divers vient me conforter dans l'idée que mon imagination n'a rien d'extravagante.

 

Une jeune femme de 28 ans retrouvée inconsciente dans sa voiture trois jours après un accident dans le Var

Par Thibault Maisonneuve et Sophie Glotin, France Bleu Provence et France BleuMardi 7 novembre 2017 à 15:37

Gendarmerie (photo illustration)
Gendarmerie (photo illustration) © Radio France - Nathalie De Keyzer

Une jeune femme de 28 ans a été retrouvée ce mardi en début d'après-midi en contrebas d'une départementale à hauteur de Carnoules (Var) dans sa voiture après un accident. Elle est vivante mais dans un état grave. Il s'agit de Fanny Bruno disparue depuis samedi.

Une jeune femme de 28 ans a été retrouvée ce mardi en début d'après-midi en contrebas d'une départementale à hauteur de Carnoules (Var), dans sa voiture après un accident, selon une information de France Bleu Provence. Il s'agit de Fanny Bruno disparue depuis samedi matin après une soirée passée chez un ami à la Crau. Elle est vivante mais dans un état grave.

C'est en contrebas de la RD97 que la voiture a été retrouvée  - Radio France
C'est en contrebas de la RD97 que la voiture a été retrouvée © Radio France - Sophie Glotin

La voiture de la victime localisée par un cycliste

La voiture, une Ford Puma noire, a été localisée vers 14 heures par un cycliste sur le RD 97 à hauteur de Carnoules. La victime est vivante mais en "urgence absolue" après être restée coincée depuis plus de trois jours dans son véhicule. Selon nos informations, son pied s'est coincé dans l'habitacle, ce qui l'aurait empêché de sortir.

La Ford noire dissimulée dans un bois en contrebas de la route - Radio France
La Ford noire dissimulée dans un bois en contrebas de la route © Radio France - Sophie Glotin

Son téléphone portable borné dans le secteur

La voiture aurait plusieurs tonneaux avant de s'immobiliser avec le jeune femme à l'intérieur. La gendarmerie avait borné son téléphone dans le secteur. La zone avait été quadrillée par les gendarmes. Un hélicoptère avait même survolé la zone mais la petite voiture noire cachée sous des bois, n'avait pas été aperçue.

Fanny Bruno n'a plus donné signe de vie après avoir passé la soirée chez un ami. Elle était repartie vers 3 heures du matin mais n'était jamais arrivée chez elle à Pignans.


 

A COEUR OUVERT

Extrait

Elle regardait incessamment sa montre. Il aurait dû arriver depuis une heure.

Il avait téléphoné à seize heures quarante-cinq. Il avait une heure trente de route avec des conditions normales. Arrivée probable vers dix-huit heures quinze. Une crevaison ? Un accident ?

Elle n’en pouvait plus, cette pression en elle qui l’étouffait, cette douleur dans tout son être. La fièvre n’y était pour rien. Une angoisse qui lui donnait envie de hurler. Elle refusait d’y croire. Pas deux fois. Tyler et Paul. Elle n’y survivrait pas.

Dix-neuf heures trente.

« Allo, ici la gendarmerie de Riom.

-Oui, bonjour. Madame Constance à l’appareil. Je vous appelle de la Godivelle. Mon compagnon, Paul Laskin, aurait dû arriver depuis plus d’une heure. J’ai peur qu’il lui soit arrivé quelque chose sur la route. Il rentrait de Clermont et il n’a pas l’habitude de rouler sur la neige. Je l’ai appelé plusieurs fois sur son portable et il ne répond pas. Je m’inquiète aussi parce qu’il a un problème cardiaque. »

Aucune raison d’entrer dans les détails. L’urgence.

« On ne nous a signalé aucun accident Madame. Laissez-moi votre numéro, je vais contacter les gendarmeries du secteur et je vous rappelle. Quel était son itinéraire ?

-Clermont, Besse, Compains et le col de la Chaumoune. »

Elle toussa.

« Je vais voir aussi auprès de la DDE, ils doivent être déjà sur la route, la neige tient au sol et ça va vite s’entasser. Il y a un bulletin d’alerte qui est paru à quatorze heures pour tout le Massif Central. Je vous rappelle Madame. »

Elle donna son nom et les coordonnées de son portable.

Elle n’avait pas pensé à regarder sur internet. Un bulletin d’alerte. Elle savait ce que ça signifiait. La météorologie nationale connaissait les particularités climatiques de la région. Elle sortit sur le perron. Aucun bruit de moteur, aucun faisceau de phares. Le silence de la neige qui tombe. Aucun vent. Des avalanches célestes. Elle avait déjà connu ces chutes soudaines, la beauté de ces nuits obscures et la phosphorescence des chapelets de flocons libérés.

Cette fois, elle en était terrifiée.

Prendre la voiture et descendre la route. Elle le trouverait peut-être. Pourquoi n’avait-il pas téléphoné ? Pourquoi ne répondait-il pas ? Ce silence était insupportable.

Prévenir Sam.

Elle rentra précipitamment et décrocha le téléphone.

Elle expliqua.

« J’arrive, annonça-t-il immédiatement. On va aller le chercher, il est obligatoirement sur la route. S’il avait eu un accident, les gendarmes ou l’hôpital t’auraient appelée. Ce silence n’est pas normal. Si son téléphone est en panne, il va arrêter une voiture. Mais on ne va pas attendre. J’arrive Diane. »

 

Il sonna à la porte quinze minutes plus tard. Lisa l’accompagnait.

« Je vais rester là Diane, il faut que quelqu’un soit là s’il arrivait ou pour répondre au téléphone.

-Mais on le trouvera avant qu’il n’arrive ici, Lisa !

-Pas s’il a pris une autre route.

-Pourquoi aurait-il fait ça ?

-Je n’en sais rien Diane, il faut essayer de penser à toutes les options.

-Je n’ai que les pires options qui me viennent à l’esprit. »

Ils ne répondirent pas.

Diane prit sa veste fourrée, une pelle, une grosse lampe frontale, des gants.

« On va prendre mon 4X4 Diane, je vais conduire, tu continueras à appeler Paul. Laisse tes clés de voiture à Lisa. »

Elle était heureuse que Sam prenne les choses en main, elle se laissa guider. Elle mit ses affaires dans le coffre du vieux Land.

« J’ai pris tout ce qu’il faut moi aussi, Diane. »

Ils quittèrent le village à dix-neuf heures cinquante.

La route du Col de la Chaumoune. Passage à mille cent cinquante-cinq mètres d’altitude. Sans le 4X4, il aurait déjà fallu mettre les chaînes. Le téléphone de Paul toujours silencieux. À chaque appel, Diane se retenait de hurler dans l’appareil. Ils ne croisèrent aucune voiture et commencèrent la descente. Lentement.

Elle était fatiguée de ses toux incessantes. Elle avait pris des bonbons au miel et oubliait de les sucer doucement. Elle les craquait nerveusement, les uns après les autres.

La gendarmerie l’avait rappelée. Aucun signalement. Une patrouille était partie du Mont-Dore pour effectuer le même itinéraire. Ils restaient en contact. Diane expliqua qu’ils faisaient le même parcours dans l’autre sens.

Un gendarme rappela cinq minutes plus tard.

« Il y a eu un accident sur la route que votre mari empruntait. Un camion qui s’était mis en travers. On n’a pas eu besoin d’intervenir, ils se sont débrouillés tout seul. Peut-être que votre mari est tombé sur cet accident et qu’il a décidé de ne pas attendre que la route soit dégagée et qu’il a pris un autre itinéraire. La route qui passe à Brion, sans doute. J’ai prévenu mes collègues et ils y vont. Vous avez bien dit que votre mari avait un problème cardiaque Madame ?

-Oui, il vit avec un cœur artificiel branché sur une batterie externe. Il doit recharger la batterie régulièrement. Il en a deux de rechange avec lui.

-Bon, si on apprend quelque chose d’embêtant, il faudra alerter le SAMU de Clermont.  

-Merci de votre soutien.

-De rien Madame, c’est normal. »

 

Ils décidèrent de descendre jusqu’à Compains et de remonter vers la Godivelle.

« Paul sait très bien que cette route est dangereuse et quasiment déserte. S’il est bloqué là-bas, il se peut que personne ne soit passé. »

 

 

Nuit noire. Il ouvrit les yeux et souffrit immédiatement de la tête. S’ajouta une brûlure lancinante dans le pied gauche puis le froid de l’habitacle. L’airbag pendait du volant. Il voulut bouger et hurla de douleur. Son pied gauche semblait coincé sous la pédale d’embrayage, écrasé par le repose-pied. Il essaya de le libérer mais ne réussit qu’à déclencher un nouveau supplice. Incompréhension. Il ne distinguait rien, les phares étaient éteints, la voiture était penchée sur le côté droit. Il passa la main sur son crâne, là où il avait heurté la vitre. Une bosse énorme. Du sang séché.

Il libéra la ceinture de sécurité. Il s’habitua lentement à l’obscurité.

Des reflets de neige dans le véhicule, une lumière infime dispensée par la blancheur étalée. 

Les sangliers, la voiture qui dérape, les troncs d’arbres et la chute dans le fossé. Plusieurs tonneaux, il s’en souvenait, une chance que la voiture soit retombée à l’endroit. Il regarda sa montre. Vingt heure dix. Une peur effroyable. Il était resté inconscient plus de deux heures. Diane. Plus de téléphone. Sa batterie portative. Il fit un calcul rapide.

« J’ai mis une batterie pleine à dix heures. À vingt-deux heures, elle sera vide. Plus trente minutes d’autonomie sans alimentation. »

La mallette était dans le coffre.

Il appela au secours, plusieurs fois de suite.

La neige couvrait le pare-brise. L’impression que sa voix était avalée par un isolant phonique. Il devinait une couche épaisse, plus aucun interstice. Il voulut actionner les essuie-glaces mais le tableau de bord ne s’alluma pas lorsqu’il tourna la clé. Plus de contact électrique, il ne pourrait pas faire tourner le moteur pour réchauffer l’habitacle, ni mettre les phares ou klaxonner. Rien. Il était enfermé dans une chambre froide sans lumière. 

Le silence.

Il allait mourir. Son cœur ne serait plus alimenté. Personne ne le trouverait. La voiture avait dû chuter d’une dizaine de mètres, peut-être plus, elle devait déjà être couverte par la neige et la couleur blanche renforçait sa disparition.

Réfléchir. Rester lucide. C’était sa seule chance. Il était encore en vie. Il fallait au moins éviter de mourir de froid. Il devait se couvrir.

Diane avait sûrement prévenu les secours, ils devaient le chercher. 

Il se pencha et ouvrit le vide poche devant le fauteuil passager. Il sortit la lampe et le couteau.

Le faisceau de lumière envahit l’habitacle, il remercia intérieurement Diane d’avoir opté pour un modèle aussi puissant. Il se souvint qu’il s’était bêtement moqué d’elle avec tout son équipement.

Il chercha la couverture qu’il avait posée sur la banquette arrière. Il passa un bras derrière son fauteuil et tâtonna puis il éclaira le sol. Elle était là. En se contorsionnant, il réussit à la saisir. Il se couvrit les jambes. Son pied gauche était ankylosé, comme anesthésié et il s’en réjouissait. Il entreprit de découper le fauteuil passager et d’arracher la mousse. La lame était parfaitement affutée et il acheva rapidement son travail. La mousse était compacte, il en fit des lamelles qu’il glissa sous son pull. Il éclaira de nouveau la banquette arrière et chercha sa veste. Il la vit à l’extrémité de l’assise, tassée contre la porte opposée. Elle était trop loin. Il avait beau s’étirer au mieux, il ne parvenait pas à l’attraper. Il ne voulait plus de cette douleur effroyable. Dix centimètres, il manquait dix centimètres.

Impossible de dégager son pied. Il l’éclaira. Incompréhensible. La pédale s’était enfoncée sous le choc et elle était restée bloquée. Dans les tonneaux, son pied s’était glissé dessous. Il imaginait que le châssis ou le moteur avaient été enfoncés et que la pièce s’était tordue par l’extérieur. Il ne connaissait rien  à la mécanique. Mais il était bel et bien prisonnier.

Il lui fallait un objet de dix centimètres. Il cogna sur le capot de la boîte à gants de toutes ses forces. Les fixations latérales cédèrent. Il le ramassa et s’en servit pour tirer la veste à lui.   

Il l’enfila et la ferma. Il aurait dû emporter un bonnet, il se rappela d’un article lu à l’hôpital, des alpinistes en détresse, ils avaient expliqué après leur sauvetage comment ils s’étaient protégés du froid. 

Il découpa une longue bande de tissu sur le fauteuil passager et en fit un turban, puis un autre qui calfeutra la nuque et descendit sur la gorge.

Il chercha le thermos, la gorge sèche. Il l’avait posé sur la banquette arrière. Il ne le trouva pas. Il l’imagina sous les fauteuils, impossible à atteindre.

Il regarda sa montre.

Il s’était écoulé trente minutes.

Témoin de charge de la batterie. Zone orange. Deux heures maximum. 

À quoi ressemblait la mort quand il s’agissait d’une panne électrique ?

Surviendrait-elle en un instant ou devrait-il endurer plusieurs minutes de conscience ?

Devinerait-il l’affaiblissement de l’alimentation ?

Sentirait-il le dérèglement des microprocesseurs ?

Son sang ne circulerait plus. Son cerveau ne serait plus irrigué. Il imaginait une syncope. Une absence. La meilleure des options. Rien de sûr pourtant. Personne ne lui en avait parlé, les cardiologues s’étaient juste appliqués à insister sur l’attention à porter au chargement des batteries. Il n’avait jamais commis d’erreurs depuis l’opération, il s’était montré minutieux, prudent. Mais la mallette était dans le coffre.

S’extraire de la voiture. Sa seule issue.

Il restait deux heures.

On va où là ?

Par Le 07/11/2017

Trente-cinq ans à enseigner, ça donne un certain recul...

Bilan de ma classe après deux mois : Je n'ai plus ni la foi, ni l'énergie pour motiver 50% d'élèves considérablement agités, 40% considérablement endormis. Les autres tentent d'exister et moi de les accompagner au mieux ou au moins pire. 

Lorsque je vois des élèves de CM2 qui ne connaissent pas les terminaisons des verbes du premier groupe au présent, l'orthographe de mots simples, de règles d'accords, de vocabulaire de base, qui ont une lecture totalement aléatoire, hésitante, avec une compréhension faible, qui ne parviennent pas à résoudre un problème à deux données, qui n'ont pas de méthodes, et surtout, surtout, qui ont une motivation très faible, en dehors de devoirs notés, je me demande vraiment, avec une tristesse immense : On va où, là ?...

Comment expliquer que des enfants qui arrivent au terme de l'école primaire ont selon moi un niveau d'enfants de CE2 ? Non, il ne s'agit pas d'un problème lié aux enseignants. J'accorde à mes collègues de l'école une totale confiance au regard de leur engagement, de leur détermination, de leur analyse de leur pratique. Je les entends constamment s'interroger sur leurs difficultés. On enchaîne réunion sur réunion et les repas de midi dans la salle des maîtres sont des concertations et des échanges de nos pratiques et surtout de nos désarrois. 

Non, le problème est ailleurs.

Il est pour moi dans l'intérêt lui-même que les enfants éprouvent à apprendre, à savoir, à comprendre, à progresser, à s'améliorer.

Cette envie est très faible, très, très faible.

Tout cela n'a pour eux qu'un intérêt très fluctuant. 

Les livres que je mets en fond de classe n'ont quasiment pas bougé de place.

Ils vivent dans une agitation chronique et des bavardages incessants.

Pas tous. Mais une majorité d'entre eux. Et ceux et celles qui ont conscience de leur privilège à pourvoir apprendre sont bridés par le comportement de cette majorité instable, bruyante, irrespectueuse même envers le lieu, cette école que j'ai toujours considérée comme un sanctuaire.

Là, ce soir, je voudrais juste m'en aller, ne plus jamais y retourner. Parce que ce que je ressens me désespère au plus haut point.

Je me souviens de mes années d'école primaire, de M Navellou, M Leroux, M Quéré. Je les aimais tout autant que j'aimais ce qu'ils me proposaient d'apprendre, j'avais soif de cette connaissance, j'entrais dans la classe avec une énergie contenue et respectueuse, comme un croyant entrerait dans une Eglise.

L'école n'est plus ce sanctuaire, l'école n'a plus cette aura. L'accession au savoir n'est qu'une corvée. Alors, au fil des années, tout s'oublie, tout tombe dans une sorte de maelstrom agité, boueux, sombre. Tout se mélange et un savoir en chasse un autre et au final, rien ou presque n'est su. 

Je n'ai plus en face de moi des yeux brillants mais des esprits confus. 

Je leur parle d'amour du savoir et de "la pleine conscience de sa propre amélioration", si chère à Socrate et j'ai l'impression d'être une espèce de dinosaure qui n'a aucune place dans ce monde.

Le temps perdu à une mise au travail effective, l'énergie qu'il faut dépenser pour parvenir à sauver dix minutes d'attention intégrale, les phrases répétées, encore et encore, des consignes décortiquées pour que l'objectif soit enfin ciblé, la qualité d'un travail et l'effort nécessaire pour l'atteindre, l'attention et la concentration, le silence en soi pour saisir ce qui va permettre de résoudre la tâche... Tout cela m'épuise aujourd'hui. Comme si j'avais consumé mon capital enseignant comme on épuise son capital soleil. Je n'ai plus de protection et tout cela me ronge maintenant, comme si l'énergie disparue me condamnait à dépérir.

C'est infiniment désolant quand je pense à ces quelques enfants qui sont encore réellement des élèves apprenants. Ceux-là ne sont plus pour la masse agitée qu'une minorité "d'intellos" qu'il est amusant de moquer et de rejeter, comme des pestiférés. Il y a une réelle souffrance chez ces enfants-là.

Tout cela n'est que le reflet d'un monde adulte qui n'a que peu de valeurs humaines. L'accession au savoir n'est qu'un chemin vers un métier, une situation professionnelle, une autonomie financière, une belle place ou si possible celle qui sera la moins pénible. 

Mais le savoir, lui-même, juste ce savoir comme un soleil qui brille en soi, tout cela n'existe pas, n'existe plus. 

Ou alors, c'est que je ne sais plus m'y prendre.

Je ne peux rien contre cette agitation du monde que les enfants reproduisent.

Et il ne s'agit pas que d'enseignements "scolaires". Il me suffit de les regarder lorsque nous allons chanter avec une intervenante, une musicienne de profession. Le plaisir de chanter ? Non, c'est juste une occasion supplémentaire pour bavarder, jouer avec les autres, se moquer ou se taire parce que "c'est la honte"...

Si je tente de retrouver dans ces deux mois des instants de bonheur à être là, il ne reste que quelques discussions avec quelques enfants, des échanges profonds sur des thèmes essentiels. Ce qui relève de l'humain et non seulement de la classe. Et pendant ce temps sauvé dans le marasme, une majorité attend l'heure de la récréation en s'agitant et en cherchant une "activité" insignifiante. 

Alors, c'est que je ne suis plus à ma place, que cette mission n'est plus pour moi. Il va bien falloir que je l'admette. Aussi désespérant que ça soit.

Je me fais l'effet d'une fleur qui fane, qui dépérit irrémédiablement, qui n'est plus nourrie par la joie des enfants qui s'éveillent au savoir. 

Triste à mourir.  

Je ne sais pas où on va mais ça sera sans moi.

Il me reste un an et demi "à tenir". 

"A tenir"... Rien que l'expression est une abomination là où j'avais tant de bonheur à vivre. 

Les enfants d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier et je ne peux pas redonner vie à ce passé. 

Il est mort. 

 

 

 

 

Kilian Jornet

Par Le 06/11/2017

En mai 2017, le Catalan Kilian Jornet est devenu le premier homme à réaliser une double ascension de l’Everest en moins d’une semaine. Un exploit immédiatement suivi d'une moisson de succès en trailrunning. En septembre, il disputait l’Ultra Trail du Mont-Blanc, épreuve mythique qu’il avait déjà remportée trois fois. À l’issue d’un duel retentissant avec le Français François D'haene, il terminait cette fois deuxième. Jornet est une icône des sports de montagne, où il est le seul à s'illustrer dans trois disciplines avec la même réussite : l'alpinisme, le trail et le ski alpinisme. Mais il n'a jamais autant souhaité « disparaître » des écrans et des esprits, dans la foulée d’une jeunesse solitaire passée au sein d’un refuge d’altitude.

Par Aurélien Delfosse et Alexis Berg

« Quand j’ai débuté, ça m’était égal qu’on parle de moi, et ça l’est toujours aujourd’hui. Je considère que je suis juste arrivé au moment où le trail grandissait et prenait une nouvelle dimension. Il devenait populaire. Mon image et mon statut ne sont que la conséquence de cela. Il faut distinguer le fait d’avoir gagné beaucoup de courses, d’autres l’ont fait avant moi, et de l’avoir réalisé au bon moment, pile en plein boom. »

A-t-on jamais autant parlé de Jornet que cet été. Le Catalan a réalisé au mois de mai la première double ascension de l’Everest de l’histoire. Elle lui a valu de faire la une des journaux et magazines du monde entier. Un mois plus tard, il remportait le marathon du Mont-Blanc, puis l’une des courses d’ultra-trail les plus célèbres de la planète : la Hardrock 100, aux États-Unis. Avant de prendre part, début septembre, à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc le plus relevé de l’histoire, rebaptisé la « course du siècle ». Il y a pris la deuxième place derrière le Français François D’haene après 19 heures de course et au terme d’un scénario haletant.

 

« Je n’ai pas cherché ce statut, on me l’a donné. Le sport, c’est un peu le cirque romain d’aujourd’hui. Il faut créer des gladiateurs. C’est quelque chose qui m’a toujours dérangé, mais c’est peut-être le prix à payer pour que les sports de montagne apparaissent enfin dans les médias. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’être connu, ni de passer à la télé, mais d’inciter les gens à aller en montagne. »
 

Cliquez sur la photo pour lire la légendeUn début de course sur Facebook Live pour l’UTMB 2017.

« Je me vois comme un promoteur des paysages plus que de la performance. La performance, c’est une notion très personnelle : chacun a sa vision de ce qu’il veut accomplir. En revanche, dans une société de plus en plus sédentaire, j’aime l’idée d’être une source d’inspiration et d’amener plus de monde en pleine nature. »

 

Kilian Jornet grandit à 2 000 m d’altitude, au refuge du Cap del Rec, en Cerdagne espagnol, dont s’occupent ses parents. À 13 ans, il intègre le Centre technique du ski de montagne et dispute ses premières compétitions. À 17 ans, il franchit la frontière et s’installe en France, à Font Romeu, pour étudier sport et études en STAPS. C’est par l’intermédiaire du ski-alpinisme qu’il découvre les courses de trail. Il s’y illustre rapidement, réussissant à passer avec la même réussite du ski-alpinisme au trail ou à l’alpinisme. Rapidement repéré par la marque Salomon, celle-ci en fait sa figure marketing. Seul athlète capable de passer avec la même réussite d’un sport à l’autre, sa popularité est immense dans un milieu qui peine d’ordinaire à toucher le grand public. Il compte près d’un million et demi d’abonnés cumulés sur Facebook, Instagram et Twitter, où il est extrêmement présent. 
 

« Je ne cours pas pour la gloire. Je cherche autre chose. Arriver premier n’est pas le plus important. Ce qui m’anime, c’est l’effort que cela nécessite, la sensation de tout donner pour y parvenir. Je cours après ce prétexte bête, parce qu’il m’amène à m’entraîner très dur, à me surpasser et à douter, car on se rend vite compte qu’on peut toujours faire mieux. C’est ce que j’essaie de transmettre, ce que je voudrais que les gens retiennent de moi. »
 

« Cette année, j’ai couru la Hardrock, aux États-Unis, et je me suis démis l’épaule après 30 kilomètres. Je l’ai remise en place, c’est un bras, pas une jambe. Pour courir, un bras ce n’est pas indispensable. Dans ces cas-là, il n’y a plus de notion d’accomplissement, tu ne penses plus qu’au moment où tout ça va s’arrêter. Tu te dis : je suis en train d’en chier ! Dans une course, c’est souvent ça qui me fait aller plus vite : l’envie d’abréger mes souffrances. »
 

Ce n’est pas une épaule démise qui arrêtera Kilian Jornet. Surtout à la Hardrock.

« Aux États-Unis, j’ai l’impression d’être un coureur anonyme. Là-bas, la compétition n’est qu’un ingrédient parmi d’autres. Tout le monde fait partie de la même course, quel que soit son niveau. Et c’est ce qui m’attire. Au départ, ça part doucement, tu peux prendre le temps de discuter avec tes concurrents… En Europe, les courses sont plus élitistes, elles sont faites pour performer. La compétition, c’est l’axe principal. »
 

La course continue, aux côtés de Joe Grant, l’Américain. Jusqu’à la victoire finale du coureur espagnol.

« Beaucoup de gens ont été étonnés de ma capacité à combiner toute la saison de ski-alpinisme, la préparation de l’Everest, puis la saison d’été en trail. Ça m’intéressait d’essayer de réaliser cet enchaînement, je voulais voir si j’en étais capable. Cela m’a demandé énormément de travail, comme je n’en avais peut-être jamais fourni. En un an, je n’ai jamais pris plus de trois jours de récupération. La fin d’été a été dure, physiquement j’étais à bout. »
 

« Cette année, à l’UTMB, il y avait tellement de monde autour, dans les ravitaillements, et sur le parcours… Dans ces cas-là, tu te renfermes un peu, tu te mets dans ta bulle. C’est vraiment cool d’être autant encouragé, mais parfois les gens courent à côté de toi, tu peux prendre une pénalité, mais ils s’en foutent. Quand tu as cinq personnes qui courent à côté de toi, que, toi, tu cours depuis 150 km, qu’un gars te passe devant et court un mètre devant toi, tu ne vois pas le terrain de la même manière, t’es déconcentré, tu peux tomber. C’est quelque chose de nouveau dans le trail, ça devient comme dans le cyclisme. Et souvent ils ne te regardent pas, ils regardent leur téléphone. Un peu comme dans Matrix, dans une dimension parallèle. »

Vainqueur à trois reprises en 2008, 2009, 2011 et jusque-là invaincu sur l’épreuve, Kilian Jornet faisait cette année son grand retour sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Mais cette fois, il a dû s’incliner face à l’autre référence de la discipline, le Français François D’haene, sacré à son tour pour la troisième fois.
Avant même le départ, cette quinzième édition était considérée comme la plus relevée de l’histoire : en sus de Jornet et de D’haene, le Français Xavier Thévenard, double lauréat, figurait lui aussi au départ, tout comme le grand espoir américain Jim Walmsley. Les quatre hommes ont dynamité le premier tiers de la course, avant que Jornet et D’haene ne se disputent la victoire finale. Quinze minutes seulement les séparaient à l’arrivée, après 170 kilomètres de course et 19 heures d’effort.

« Il y a dix ans, il y avait beaucoup moins de monde sur les courses, beaucoup moins de spectateurs. Cette année, à la fin de l’UTMB, il y avait des gardes du corps pour nous faire descendre du podium ! François D’haene (le vainqueur) a voulu rester une demi-heure dans le public pour faire des signatures, mais il y a eu des mouvements de foule et ils ont dû le sortir de là. C’est sûr que ce sport a changé… »

« Certains me voyaient intouchable. Mais c’est un truc des médias. J’ai perdu parce que François était plus fort, tout simplement ! Je n’éprouve ni soulagement ni déception d’avoir été battu pour la première fois dans une course que j’avais jusqu’ici toujours gagnée, et où mon statut a changé après mes trois victoires. Le regard extérieur ne m’intéresse pas. Être compétiteur, cela suppose de gagner et de perdre. J’ai perdu plein de courses cet hiver en ski-alpinisme et on n’en parle pas parce que ce n’est pas l’UTMB. »

« La première fois que j’ai gagné une course de ski-alpinisme ou de trail, c’était hyper fort au niveau émotionnel. Des années de travail se concrétisent en un instant. C’est intense. T’es submergé. Je ne le ressens plus aujourd’hui. Et je sais que je ne ressentirai plus jamais ce que je ressentais au début de ma carrière. Je n’ai plus d’envie spéciale de gagner telle ou telle course. Quand je suis au départ, je veux gagner, mais ça ne restera qu’une victoire de plus. Je n’ai plus à me prouver ce dont je suis capable. Je ne suis pas lassé, j’aime toujours la compétition, mais ça ne m’apporte plus au niveau émotionnel ce que ça m’apportait avant. C’est un peu triste, mais ça ne me fait plus rêver.

Après la course, la pression médiatique.

Connu, apprécié, distingué pour sa sympathie, ses sourires et sa proximité avec le public, auprès duquel il jouit d’une intense popularité, Kilian Jornet est pourtant de nature farouche. Depuis son explosion sportive et médiatique, au milieu des années 2000, le Catalan a constamment cherché à sauvegarder son mode de vie : indépendant et solitaire. Installé à Chamonix avec sa compagne, la coureuse suédoise Emelie Forsberg, il a choisi fin 2015 de quitter les Alpes françaises où sa notoriété contrastait trop durement avec sa « timidité » instinctive. Jornet s’est établi dans le somptueux décor des fjords norvégiens, sans télévision, avec quelques bouquins et une paire de baskets… Pour vivre comme un ermite. 

« Je suis sûr que quand j’arrêterai ma carrière, je serai oublié en deux jours. Et c’est ce que je souhaite : être oublié. Je trouve que c’est une bonne chose. Il n’y a rien de plus con que de courir : il faut mettre un pied devant l’autre, même si certains courent un peu plus vite que d’autres. Les éducateurs, les scientifiques, eux, font des choses productives et devraient être mis en avant. Nous, on ne fait que suivre notre passion. Cela donne du plaisir aux gens, mais je ne comprends pas ce mysticisme autour du sport. »

« Je suis une personne assez introvertie, j’aime la solitude. Rencontrer du monde me gêne. Au début de ma carrière, je me retrouvais à devoir parler de moi tous les week-ends, je voyais tous ces gens que je ne connaissais pas et qui m’aimaient… Je faisais trop de courses, plus d’apparitions publiques que je pouvais en supporter. Et, en 2011, j’ai failli tout arrêter ! Je me disais : je ne peux plus vivre comme ça ! Arrêtez de me faire chier. Moi, j’aime faire de la montagne ! J’ai décidé à ce moment-là de disparaître. De faire moins de courses, de faire beaucoup moins d’interviews. »

Chez lui, en Norvège, loin du monde...

« Plus je vieillis, plus je vis comme un ermite ! Chez moi, c’est de famille : tous mes proches sont pareils, et quand j’étais petit, j’étais déjà comme ça. J’ai grandi dans un refuge de montagne à 2 000 m d’altitude. Je n’ai jamais été quelqu’un de social, ni à l’école ni en dehors. Aller prendre une bière ou inviter quelqu’un à la maison, c’est quelque chose que je ne ferai jamais. Je me dis qu’il y a des meilleures choses à faire. Ça peut être difficile à comprendre, mais je suis comme ça. Quand j’allais à l’école, j’allais étudier puis je me cassais tout de suite après. J’allais m’entraîner, j’allais en montagne. Quand je suis devenu athlète, j’ai fait l’effort de m’ouvrir, mais je reviens de plus en plus à une forme de solitude. »

« J’ai besoin de pouvoir sortir de la maison à poil et de pisser dans le jardin si ça me traverse l’esprit. C’est pour ça que j’ai quitté Chamonix (où il a habité jusqu’en janvier 2016) pour m’installer en Norvège. Chamonix, c’est une magnifique université de la montagne, tu es inspiré par ce qui se fait autour, mais je ne pouvais pas y rester… C’est la ville la plus grosse où j’ai habité ! Quand je passe plusieurs jours en société, je ne me sens vraiment pas bien. J’ai eu envie de me sentir seul. Un sentiment que je n’avais pas éprouvé depuis des années. »

« C’est aussi pour ça que je me suis plus orienté vers l’alpinisme et les expéditions. En haute montagne, la quête de liberté est primordiale. Il y a l’idée de choisir son chemin. D’être face à soi-même. C’est encore plus vrai l’hiver, en ski, car tu fais ta trace. Mais je recherche ça aussi l’été dans des paysages ouverts, où il n’y a pas de sentier. J’aime cette sensation de pouvoir aller n’importe où dans une végétation basse. Ce type de terrain laisse beaucoup plus de part à l’imagination et à l’introspection. »

« J’ai besoin de disparaître, et aussi de ne pas être regardé, évalué : je veux me tourner vers le côté créatif, aventureux. Sortir de cette seule recherche des grands noms et du prestige pour me reconcentrer sur l’activité elle-même. Parfois tu apprends beaucoup plus en escaladant un sommet inconnu. Je tiens à faire des choses qui ne parlent à personne, sauf à moi. Je cherche des émotions comparables à celles de mes débuts sur les courses. »

« Ce que je ressens en haut d’un grand sommet n’est comparable à rien. Atteindre le sommet, c’était d’abord éprouver le soulagement de ne plus devoir monter, parce que c’est tellement exigeant que tout ce qui te reste comme force est destiné au prochain pas, et à rien d’autre. Il n’y a plus aucune émotion. Là-haut, la ligne d’arrivée est floue, personne ne t’attend, tu es seul avec toi-même alors qu’il reste encore toute la descente, et donc beaucoup de dangers. »

« Quand tu es seul, la sensation de proximité avec la mort est une chose attirante. J’aime ce flirt entre la mort et la survie. La lutte entre ces deux sentiments mène à un état proche de la méditation. Il n’y a rien de spirituel ici, je suis quelqu’un de rationnel. Mais la prise de risque est indissociable de l’alpinisme. Pourquoi allons-nous dans des endroits où il y a des chutes de pierres, des séracs, et qui nécessitent des niveaux de technicité extrêmes ? C’est pour être confronté à ce doute, entre attirance et répulsion. On fait de la montagne, pas de la pétanque ! »

« L’an dernier, sur les flancs de l’Everest, j’ai cru que je ne sortirais jamais d’une tempête qui s’est déclenchée à 8 000 m. J’essayais d’ouvrir une nouvelle voie. Je me suis dit que c’était fini. Je pensais que j’allais mourir, je me disais que j’étais con. Je me trouvais bête, mais je n’étais pas triste, pas en colère parce que, dans le même temps, je luttais seul pour ne pas mourir. Dans ces cas extrêmes, tu peux mourir en ayant peur ou en essayant de garder ton calme pour t’en sortir. C’est ce que j’essaie de faire. J’ai appris avec les années à séparer les émotions de la pensée. De toute façon, tu ne peux rien faire. Tu es vulnérable. Personne n’est là pour t’aider. Si tu dois mourir, tu vas mourir quoi qu’il arrive. »

« C’est pour ça que je ne refuse jamais de parler du risque, je le fais dans toutes mes interviews. Beaucoup vont en montagne sans être préparés. Parce qu’ils veulent une photo au sommet. Ils ne comprennent que c’est dangereux que lorsqu’il y a un accident. Donc il faut répéter les choses. Certains veulent faire le mont Blanc sans avoir à se confronter à la technicité d’un sommet de 4 000 m. Ils y vont parce que c’est le mont Blanc ou le Cervin, pas pour les sensations que cela procure. C’est une faute partagée : celle des institutions, des guides, des agences de voyage, des athlètes comme moi qui vendent des noms. »

« Quand j’étais plus jeune, je prenais des risques pour nourrir mon ego. Je cherchais une place. Je voulais dire et montrer que j’étais là. La clé, c’est de se sentir fort mais jamais intouchable. C’est un sentiment dangereux. Je me méfie toujours lorsque je me sens confortable dans une ascension, ça veut dire que je ne vois plus grand-chose. Que je rate des dangers que je n’ai pas identifiés. C’est comme quand tu cours sur un glacier, tu peux te sentir intouchable parce que c’est tout plat, mais tu ignores alors le fait qu’il y a des crevasses. Quand je cours sur un glacier, je le fais parce que cela m’attire et parce que j’accepte le risque lié à cette activité. Mais je ne me sens pas intouchable du tout, je serre les fesses et j’espère au fond de moi que ça va passer… »

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