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Facebook : Une enquête est ouverte
Ce qui me plaît dans cette histoire, c'est de voir la puissance financière d'un boycott... On n'en est pas encore là mais la suppression très importante de comptes a un impact gigantesque sur les revenus publicitaires.
C'est là qu'on peut juger de la force de frappe de la masse populaire. Les sociétés médiatiques s'enrichissent par les contrats publicitaires mais si par "accident" le nombre d'adhérents chutent, les annonceurs ne veulent plus payer aussi cher et donc les revenus baissent. Et là, on parle de milliards.
C'est nous qui agissons sur ces milliards déversés ou retirés.
Fermer son compte Facebook pour refuser de cautionner des pratiques frauduleuses ou en tout cas une gestion négligente des protections individuelles, c'est retirer une pièce du cochon rose.
Ces jours-ci, la tirelire a pris un régime sévère.
Personnellement, j'attends de voir le cadre sécurisé qui sera mis en place. Ou pas.
(Reuters) - Facebook chute de plus de 5% à Wall Street lundi après que le Bureau de protection des consommateurs de la Commission fédérale américaine du Commerce (FTC) a confirmé enquêter sur l'utilisation des données personnelles de ses abonnés.
L'annonce de la FTC accentue la pression sur les parlementaires américains et européens pour demander au patron de Facebook, Mark Zuckerberg, d'expliquer comment la société Cambridge Analytica a pu collecter des informations relatives à 50 millions d'utilisateurs du réseau social.
L'action Facebook est brièvement tombée sous les 150 dollars pour la première fois depuis juillet 2017, reculant jusqu'à 149,02 dollars. A ce niveau, le réseau social a perdu plus de 100 milliards de dollars (80 milliards d'euros) de capitalisation boursière en dix jours.
Le titre qui avait vainement tenté de rebondir en tout début de séance vaut 155,13 dollars vers 16h15 GMT, en baisse de -2,68% sur la journée, après avoir déjà dégringolé de près de 14% sur l'ensemble de la semaine dernière.
La société est également confrontée au mécontentement croissant de ses fournisseurs de publicité et utilisateurs. Le distributeur de pièces détachées automobiles Prep Boys a suspendu ses publicités sur Facebook lundi, rejoignant ainsi le groupe Mozilla qui a pris la même décision la semaine dernière.
Malgré les excuses de Zuckerberg, des enquêtes d'opinion aux Etats-Unis et en Allemagne ont montré dimanche qu'une majorité de la population perdait confiance dans Facebook sur la question de la protection des données personnelles.
Moins de la moitié des Américains sont convaincus que Facebook respecte la loi américaine sur la protection de la vie privée, selon une enquête Reuters/Ipsos publiée dimanche, tandis qu'une enquête publiée par le journal allemand Bild am Sonntag montre que 60% des Allemands craignent que Facebook et d'autres réseaux sociaux aient un impact négatif sur la démocratie.
La FTC confirme rarement ses enquêtes avant de déposer une plainte, sauf dans les affaires particulièrement suivies.
"La FTC prend très au sérieux les récentes informations de presse qui soulèvent des interrogations substantielles sur les pratiques de Facebook en matière de protection des données. La FTC confirme qu'elle a ouvert une enquête (...) sur ces pratiques", lit-on dans un communiqué.
Facebook est sur la sellette depuis que l'hebdomadaire britannique The Observer et le New York Times ont révélé que le cabinet d'études londonien Cambridge Analytica, très impliqué dans la campagne électorale de Donald Trump en 2016, avait siphonné les donneés de 50 millions d'utilisateurs de Facebook.
L'enquête de la FTC vise à déterminer si le réseau social a autorisé Cambridge Analytica à recevoir certaines données d'utilisateurs en violation de ses règles, rapportait mardi dernier l'agence Bloomberg en citant une source au fait du dossier.
(Bill Rigby, Véronique Tison et Juliette Rouillon pour le service français)
Facebook et la publicité ciblée
Publicité, propagande... A quoi servent les données personnelles que vous confiez à Facebook ?
Empêtré dans le scandale Cambridge Analytica, Mark Zuckerberg a promis de permettre aux utilisateurs de Facebook de mieux contrôler l'usage de leurs données personnelles. Mais que fait le réseau social de toutes les informations que vous lui donnez ? Franceinfo s'est penché sur la question.
Le lieu de vos dernières vacances, votre âge, vos goûts musicaux, vos opinions politiques, la paire de chaussures sur laquelle vous lorgnez... Facebook sait presque tout de vous. Le patron du réseau social, Mark Zukerberg, a promis, mardi 21 mars, de permettre aux internautes de mieux contrôler l'usage de ces informations. Le géant du web est embourbé dans une vaste polémique depuis la révélation de l'utilisation indue de données personnelles de millions d'utilisateurs par l'entreprise britannique Cambridge Analytica. Franceinfo vous explique pourquoi ces informations intéressent autant le réseau social (et pas que lui).
La publicité ciblée, fond de commerce de Facebook
Vos données personnelles constituent une véritable mine d'or pour Facebook. Le réseau social "ne fait pas payer ses utilisateurs mais il engrange des milliards de dollars de revenus", note Michael Bazzell, un expert en cybersécurité, interrogé par Gizmodo (en anglais). Il a ainsi réalisé presque 16 milliards de dollars de profit en 2017, un chiffre en hausse de 56% sur un an, selon Challenges. Comment ? "Les utilisateurs sont le produit [qu'il vend]", explique Michael Bazzell.
Plus précisément, Facebook vend sa connaissance des internautes. Grâce aux données fournies par ses deux milliards d'usagers, le réseau social est capable de déterminer quels produits peuvent les intéresser. Et il en profite pour vendre de la publicité "ciblée". Les annonceurs peuvent ainsi choisir de diffuser leur réclame auprès des consommateurs les plus adaptés, en fonction de leur âge, de leur lieu de résidence ou de leurs activités favorites.
Facebook vend aux entreprises la garantie de toucher le public qu'elles recherchent.Arthur Messaud, juriste de La Quadrature du netà franceinfo
"Il est difficile de savoir à quel point ces publicités ciblées sont efficaces, mais pour l'instant cette promesse suffit à convaincre les annonceurs", poursuit le juriste. Au quatrième trimestre 2017, les recettes publicitaires représentaient ainsi 98,5% du chiffre d'affaires total de la firme, avance encore Challenges.
Facebook vous observe partout, tout le temps
Pour tenir cette promesse, Facebook collecte toutes les informations que vous postez, mais aussi vos réactions à diverses publications, vos "likes", vos recherches... "Les comportements des internautes en révèlent beaucoup plus qu'ils ne le pensent", souligne Arthur Messaud. Facebook affirmait ainsi en 2014 être capable de déterminer si un utilisateur était en couple même s'il ne l'indiquait pas sur le réseau social, en analysant ses interactions avec ses contacts. L'entreprise rappelle toutefois que les usagers divulguent volontairement ces éléments. "Les utilisateurs choisissent d’ajouter leurs opinions politiques ou leurs préférences sexuelles sur Facebook, nous n’exigeons pas d’eux qu’ils le fassent", indique Facebook France, contacté par franceinfo.
Vos likes ne sont pas la seule source d'information du réseau social. Il continue de vous observer même lorsque vous êtes sur d'autres pages web, que vous ayez un compte sur Facebook ou non. Des "traceurs" invisibles, les cookies, sont installés sur plus de 10 000 sites, précise ainsi le Daily Mail(en anglais). Ils enregistrent votre adresse IP (qui permet notamment de vous géolocaliser), les pages qui vous intéressent ou encore le temps que vous passez dessus. Facebook affirme avoir le droit de récolter ces informations grâce à sa "bannière cookie" : une fois que vous avez cliqué "oui", le géant du web considère que vous l'autorisez à exploiter ces données.
Un cookie espion pour "protéger les données"
"Nous utilisons le cookie datr afin de protéger les données des internautes sur [le réseau social], assure Facebook France à franceinfo. Dans le détail, ce cookie nous aide à stopper environ 400 000 tentatives non autorisées visant à prendre le contrôle de comptes personnels chaque jour." Il permettrait par exemple au réseau social de voir si un internaute visite des milliers de sites en quelques secondes et donc d'empêcher le spam. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) a pourtant condamné l'entreprise à 150 000 euros d'amende, en mars 2017, pour avoir "tracé à leur insu les internautes, avec ou sans compte, sur des sites tiers", rapporte Numerama.
Vous scannez différents sites d'ameublement en quête d'une nouvelle table basse ? Ne vous étonnez pas de voir apparaître des publicités pour ce genre de meuble sur votre page Facebook. L'entreprise vous connaît assez bien pour déterminer si vous êtes intéressé par une nouvelle paire de baskets, une voiture hybride ou un joli cadeau pour votre conjoint, dont l'anniversaire tombe justement la semaine prochaine. "L'outil Ad Preferences donne la possibilité à l’utilisateur d’éditer ses choix publicitaires en fonction de ses centres d’intérêt, ce qui inclut la possibilité de bloquer un type précis de publicité, s’il le considère peu pertinent", se défend Facebook France, contacté par franceinfo.
Nous avons considérablement renforcé le contrôle des utilisateurs sur les publicités.Facebook Franceà franceinfo
De la publicité à la propagande, il n'y a qu'une app
Les annonceurs ne sont toutefois pas les seuls à s'intéresser à ces données personnelles. Facebook se targue ainsi de pouvoir dresser des profils précis des électeurs, en isolant "ceux qui s'intéressent activement aux contenus politiques et ont une forte tendance à partager des contenus", note leGuardian (en anglais). Les partis politiques y voient une opportunité sans précédent pour mieux calibrer et diffuser leurs idées auprès du public. Et cela marche, selon Facebook. Le réseau social explique la victoire d'Andrzej Duda à la présidentielle en Pologne, en 2015, et celle du Parti national écossais aux législatives britanniques, la même année, par leurs excellentes campagnes sur le réseau social.
La possibilité de cibler les électeurs comme on cible les consommateurs n'a pas échappé à Cambridge Analytica. L'entreprise est accusée d'avoir récupéré les données personnelles de 50 millions d'utilisateurs de Facebook pour peser dans la campagne présidentielle de Donald Trump aux États-Unis ou lors de la campagne pour le Brexit. Grâce à une application, Cambridge Analytica a pu accéder aux messages de ces usagers sur le réseau social et à leurs goûts.
"Lorsque les internautes utilisent une application tierce, Facebook transmet un certain nombre de données personnelles : le nom, les informations publiques, la liste de contacts, etc., détaille Arthur Messaud. Mais les utilisateurs ne sont pas informés clairement qu'ils vont transmettre ces éléments." Même si vous n'avez pas autorisé ce genre d'applications à se connecter à votre compte, il est possible qu'elles aient obtenu vos données personnelles... à cause de vos amis. Lorsque vos contacts installent une application, ils l'autorisent en effet à accéder à certaines de vos informations, comme votre ville d'origine, votre orientation sexuelle ou vos likes.
"Influencer massivement les internautes"
Vous pouvez bien sûr contrôler les données que vous partagez avec vos applications et celles de vos amis sur Facebook. "Dans la plupart des cas, ce contrôle se fait a posteriori et les usagers n'ont pas conscience des données qu'ils partagent, s'insurge Arthur Messaud. Refuser de communiquer même certaines de ces données signifie par ailleurs souvent que l'application fonctionnera mal, ou pas du tout."
Facebook ne peut plus contrôler l'usage des données une fois qu'elles ont été transmises à une tierce partie. Or, les révélations sur Cambridge Analytica montrent qu'elles peuvent être utilisées pour influencer massivement les internautes.Arthur Messaudà franceinfo
Pour l'association, Facebook devrait obtenir le consentement direct de ses usagers avant de transmettre leurs données personnelles à des applications tierces. Le fait de mentionner quelles informations sont communiquées dans les conditions d'utilisation, que peu d'internautes lisent, est insuffisant. Ce problème se pose également concernant les autres réseaux sociaux rachetés par le groupe Facebook. En décembre 2017, la Cnil a mis en demeure WhatsApp pour transfert illégal de données vers sa maison mère."Les données de ses utilisateurs sont transmises à la société Facebook [depuis son rachat] pour trois finalités : le ciblage publicitaire, la sécurité et l'évaluation et l'amélioration des services", dénonce la Cnil. "Ces données ne sont pourtant pas utiles au bon fonctionnement de WhatsApp", ajoute Arthur Messaud.
Un règlement européen pour protéger les données
Facebook a déjà été épinglé dans plusieurs pays européens pour l'utilisation opaque des données de ses utilisateurs. En février, un tribunal allemand a jugé illégaux certains réglages par défaut de Facebook, rappelle le Guardian (en anglais) : sur l'application mobile Messenger, la géolocalisation était préactivée ; dans les paramètres de confidentialité, les profils des utilisateurs pouvaient par défaut apparaître dans les moteurs de recherche. La justice allemande a estimé que l'utilisateur aurait dû consentir activement à ces réglages avant qu'ils ne soient mis en place. L'utilisation des cookies pour traquer l'activité des internautes sur des sites tiers, sanctionnée par la Cnil, a également été condamnée en Belgique en 2015, rappelle Le Monde.
Un nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) doit toutefois mieux encadrer ces pratiques à partir du 25 mai prochain. Il impose plus de transparence sur les données collectées, un consentement explicite à leur utilisation ou encore le droit à l'oubli. Il oblige également les entreprises à assurer la protection des données qu'elles collectent et à avertir rapidement la Cnil en cas de perte, de vol ou de divulgation, sous peine d'amendes qui pourront aller jusqu'à 4% du chiffre d'affaires mondial, précise RTL.
"Il sera désormais possible d'attaquer Facebook avec des actions de groupe et lui imposer de véritables sanctions", assure Arthur Messaud, qui précise que La Quadrature du net est "en train d'élaborer un plan d'action". "Nous sommes dans une nouvelle ère, où la population se sent enfin légitime pour contester les géants du web, conclut le juriste. Cela devrait enfin nous permettre de mieux protéger les données personnelles des internautes."
Ils ont supprimé leur compte FB.
"J'ai vu ressurgir tout ce que je détestais dans l'internet des années 2000" : ils expliquent pourquoi ils ont quitté Facebook
Au moment où le réseau social est au cœur d'un nouveau scandale, certains de ses utilisateurs ont décidé de sauter le pas. Ils livrent leur témoignage à franceinfo.
"J'ai supprimé mon compte Facebook hier." Albert, un internaute de franceinfo qui a répondu à notre appel à témoignages, a franchi le pas. Il a quitté le réseau social de Mark Zuckerberg, sous le feu des critiques après la divulgation de données personnelles de 50 millions d'utilisateurs et leur possible utilisation dans le cadre de la campagne présidentielle aux Etats-Unis. "Je n'ai aucune confiance dans cette entreprise qui se permet de vendre nos informations personnelles. Voilà le 'business model' de Facebook", critique Albert. "J'ai supprimé mon compte à la suite du scandale Cambridge Analytica. Je ne veux plus rien avoir affaire avec ce réseau soi-disant social, qui prend ses abonnés pour des pigeons", renchérit un internaute anonyme.
Pour Olive, cette nouvelle affaire concernant Facebook a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. "Cela fait plusieurs semaines que je me posais la question de me retirer de Facebook. Si vous mettez dans la balance les amis (et ceux qui n'en sont pas), les informations (et les fake news), les nouvelles de vos connaissances (et le voyeurisme social), eh bien l'équilibre n'y est pas, juge-t-elle. Le scandale des vols de données a fini de me décider."
Une vie privée mise à mal
Mais la plupart des repentis de Facebook avec lesquels franceinfo a pu entrer en contact s'en sont détournés avant même l'affaire Cambridge Analytica. Le respect de la vie privée revient souvent parmi les raisons qui les ont poussés à s'en aller.
Florian, 24 ans, a ainsi claqué la porte de Facebook il y a un mois, gêné que ses collègues de travail prennent un malin plaisir à regarder son profil "de façon très malveillante". Régulièrement, les suggestions du réseau social l'invitant à "partager un souvenir" posté il y a plusieurs années lui ont fait prendre conscience que certaines photos ou vidéos postées lorsqu'il était adolescent étaient devenues difficiles à assumer.
J'ai utilisé les réseaux sociaux à un âge où je n'avais aucun recul et j'ai littéralement publié ma vie. (...) On m’a filmé et pris en photo sans mon consentement plusieurs fois et mes bêtises sont gravées sur les timelines.Florian, 24 ansà franceinfo
Victime de harcèlement scolaire lorsqu'elle était au collège et au lycée, Mathilde a continué à vivre son calvaire via Facebook, où ses harceleurs l'ont retrouvée des années plus tard, "malgré les pseudonymes" qu'elle utilisait. De guerre lasse, elle a décidé de quitter le réseau il y a trois ans.
Un réseau "voyeuriste" et "narcissique"
Pour protéger sa vie privée sur Facebook, il est possible de régler ses paramètres de confidentialité. Mais c'est une besogne trop complexe pour Marie, qui passait son temps à devoir "supprimer des 'amis' inconnus" qui se présentaient sur son mur ou "empêcher des notifications intempestives". Elle a raccroché il y a tout juste un mois.
Les questions de vie privée ne sont pas les seules à gêner certains utilisateurs. Yon explique ainsi avoir quitté Facebook à cause de "ce voyeurisme où tout le monde s'expose, sans intimité, sans limite". C'est la course à la popularité, au nombre d'amis et de "likes" qui a décidé une autre internaute (anonyme), à supprimer Facebook en 2015. "J'ai déjà entendu des personnes se moquer d'une autre car elle avait eu peu de messages 'Joyeux anniversaire' sur son mur", raconte-t-elle.
"Je faisais défiler le fil d'actualité de manière automatique, presque inconsciente, explique pour sa part Davina, 25 ans, qui a coupé tout lien avec Facebook l'année dernière. Je ne postais pas grand-chose donc ça ressemblait plus à du voyeurisme. J'étais parfois choquée de découvrir la vie de 'mes vrais amis' sur Facebook. Les gens ne prennent parfois plus la peine de s'écrire, car après tout ils ont déjà 'tout dit' sur Facebook. (...) Je trouvais ce narcissisme malsain."
"Des foires d'empoigne incessantes"
Davina se rappelle aussi s'être retrouvée malgré elle au milieu de polémiques en tous genres, par exemple lors de la présidentielle de 2017 : "Il ne fallait pas critiquer certains candidats, sous peine de voir débarquer une armée de groupies. J'étais atterrée par certains commentaires de haine, de violence, là où il n'y avait à la base qu'une simple divergence d'idées politiques."
Je me suis interdit de réagir parfois ou de publier, pour éviter des déferlements de commentaires abominables. Ce qui était censé être un formidable outil encourageant la liberté d'expression est devenu le lieu d'une triste autocensure.Davina, 25 ansà franceinfo
L'envie de "débattre dans des groupes de discussion", c'est aussi ce que recherchait Céline, qui s'est désabonnée après huit années passées sur le réseau social. Mais cette femme de 47 ans a fini par "prendre conscience du bavardage vide et chronophage" que représente Facebook. "Au début on trouve cela super, au final, on le regrette. On a du mal à se reconnaître soi-même en quittant son ordinateur en fin de soirée, après une foire d'empoigne sur un sujet brûlant d'actualité, sociétal et/ou politique.
On s'emporte plus rapidement sur Facebook, on manque plus vite de respect, on réagit de manière épidermique.Céline, 47 ansà franceinfo
Au fil du temps, Frédéric, un quadragénaire habitant à Metz, en a lui aussi eu assez de voir défiler fake news et autres messages de propagande. Même les photos de chatons et de petits dauphins ont fini par l'agacer. "J'ai vu ressurgir tout ce que je détestais dans l'internet des années 2000, quand ces trucs-là arrivaient par chaînes d'e-mails dans des 'PowerPoint'. Alors je me suis dit qu'il était temps de passer à autre chose", coupe-t-il. Sans regrets.
Cette "impression sourde" de perdre son temps
Céline non plus ne regrette rien. Depuis sa déconnexion au mois de novembre, elle assure avoir retrouvé "avec un grand soulagement" sa "liberté de penser", "le plaisir de la retenue, du secret, de la solitude". Et mis fin à "cette impression sourde de gaspiller un temps précieux de vie".
L'argument de la perte de temps figure en bonne place parmi les raisons qui ont motivé certains internautes à quitter Facebook. Après plusieurs années "d'une assiduité quotidienne à toute épreuve" sur le réseau social, Eric s'en est finalement échappé.
C'est vraiment la perte de temps qui m'a fait partir du réseau et le fait d'entretenir des relations avec des gens que je ne connais pas et dont finalement je me fiche un peu.Eric, 33 ansà franceinfo
Il est passé à l'acte il y a quatre mois, en pleine nuit, alors qu'il venait de consulter un énième "top 10 débile sur je ne sais plus quoi". Le lendemain, il s'est presque senti en manque. "C'était un peu comme un arrêt du tabac, je ne savais pas trop quoi faire de mes pouces sur mon téléphone ou ma tablette, ou même sur mon ordinateur de travail." Un manque dont n'a pas souffert Thomas. "L'application était devenue chronophage, remplie de pub et surtout, un gros vecteur à conneries en tout genre, tranche-t-il. Depuis, aucune sensation de manque, bien au contraire. J'ai du temps, de l’indépendance et, surtout, j'ai fait un tri monumental dans mes potes."
Facebook et les données enregistrées
Alors que le réseau social créé par Mark Zuckerberg traverse une crise sans précédent, j'ai téléchargé mes archives personnelles pour évaluer la somme d'informations recueillies par Facebook à mon sujet.
Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le soir du vendredi 28 septembre 2007 ? Moi oui : je faisais la fête pour ma soirée d'intégration à Sciences Po Aix-en-Provence au TNC, une boîte de nuit qui a fermé depuis. La soirée n'était guère mémorable et je ne suis pas hypermnésique : j'ai simplement consulté les données envoyées à Facebook depuis la création de mon compte, il y a bientôt onze ans.
>>> Publicité, propagande... A quoi servent les données personnelles que vous confiez à Facebook ?
Alors que le réseau social traverse une crise sans précédent après les révélations de l'utilisation indue des données personnelles de millions d'utilisateurs par une société liée à la campagne de Donald Trump, j'ai voulu savoir ce que Facebook savait de moi. La démarche n'est pas compliquée : depuis un ordinateur, il suffit de cliquer sur la flèche située dans le coin supérieur droit de l'écran, de se rendre sur la page "Paramètres", puis de cliquer sur "Télécharger une copie de vos données Facebook".
Après quelques minutes, Facebook m'a envoyé un e-mail permettant de télécharger un fichier de 507 mégaoctets renfermant onze années de textes, de sons, de photos, de vidéos… et pas mal de malaise. Voici ce que j'y ai trouvé.
Un résumé de ma vie (y compris amoureuse)
En ouvrant le fichier index.html qui se trouve dans le dossier, j'atterris sur une page épurée résumant l'ensemble des données qui me concernent directement. J'apprends ainsi que j'ai créé mon compte le 28 mai 2007 à 22h13 (mes soirées devaient être trépidantes), je retrouve les adresses e-mail liées à mon compte, mon numéro de téléphone, ma date de naissance, mais pas mon adresse postale, que je n'ai jamais renseignée, pas plus que mes opinions politiques.
Le premier frisson de gêne arrive un peu plus bas. A la ligne "Relations précédentes", se trouve le nom d'une ex-petite amie. Je m'agace contre le Vincent d'il y a onze ans, qui s'enthousiasmait à l'idée d'exhiber son statut amoureux. Facebook n'a pas oublié non plus la blague (pas très drôle avec le recul) de ma fausse histoire d'amour avec un ami. Je me console en me félicitant de ne pas avoir répété l'erreur.
Suivent un résumé de mes activités professionnelles depuis 2007 (est-ce bien le lieu approprié ?), ainsi qu'une liste des artistes dont j'ai "aimé" la page qui fleure bon les années 2000 (j'aimais vraiment tant que ça les White Stripes ?). Même topo pour les séries (je suis à peu près sûr que Lost a très mal vieilli), les films (c'est vrai qu'il était pas mal, ce docu sur Georges Frêche) et les pages diverses (tiens, je "like" Facebook sur Facebook).
Soulagement immense : je ne fais visiblement partie d'aucun de ces groupes à l'intitulé douteux qui fleurissaient à l'époque ("Si ce groupe atteint six milliards de personnes, tout le monde sera dedans" et autres "Je préfère une tartine au brie que Martine Aubry"). Bon sens de ma part ? Pas sûr : à partir d'octobre 2010, Facebook a remplacé ces groupes-slogans par des communautés, le plus souvent fermées. Certains d'entre eux se sont transformés en pages (comme "Si ton prénom commence par : A C D F H I J K L M S T", qui compte 92 000 abonnés), mais la plupart ont lentement disparu de la surface du réseau.
Le nom de mes amis (et leurs coordonnées)
L'onglet "Amis" du fichier est plus sympathique. Il liste de façon très sobre les noms de mes 732 contacts Facebook, ainsi que la date à laquelle nous nous sommes mutuellement ajoutés. Plus surprenant, il permet aussi de consulter les demandes refusées depuis onze ans, ainsi que les contacts supprimés au fil des années. Dans le même genre, il y a la surprenante rubrique "Poke", qui répertorie ces tapes virtuelles tombées dans l'oubli.
Je craignais le pire en cliquant sur l'onglet "Coordonnées". Je n'ai pas été déçu. Sur 1 382 lignes s'étalent, souvent en doublon, les adresses e-mail et numéros de téléphone de tous mes contacts. Tous. Y compris ceux qui ne sont pas mes amis sur le réseau social. De l'ancienne adresse Hotmail ridicule utilisée par un de mes proches à la fin des années 2000 au portable d'un attaché de presse contacté dans le cadre d'un article : tout semble y être. Je culpabilise en pensant à ma grand-mère qui ne possède ni smartphone ni ordinateur : que dirait-elle si elle savait que son numéro se balade dans les serveurs d'un des géants de la Silicon Valley ?
Après une inspection plus poussée, je m'aperçois que les coordonnées des personnes que j'ai rencontrées ces deux dernières années manquent à la liste. Tout s'éclaire : alors que j'avais synchronisé les contacts de mon ancien téléphone avec l'application Facebook, j'avais pris soin de ne pas réactiver cette option avec mon nouvel appareil.
Un peu penaud, je cherche un moyen de réparer les dégâts en supprimant ces numéros des serveurs de Facebook. Direction les pages permettant de visualiser les contacts importés via l'application Facebook et via la messagerie instantanée Messenger. Je m'empresse d'en supprimer les données. Facebook essaie de m'en dissuader en m'indiquant que cela rendra les suggestions d'amis moins pertinentes, mais cela ne m'empêchera pas de dormir.

Mais pas sûr que ce soit vraiment utile puisque 261 de mes contacts ont importé leur propre répertoire sur les serveurs du réseau social. Difficile de tous les contacter pour les inviter à m'imiter.
Les lieux où je me trouvais
Facebook n'a pas oublié les dizaines d'invitations à des événements plus ou moins intéressants reçues depuis onze ans. Grâce aux données stockées dans ses serveurs, j'apprends que j'ai participé à une "journée calanque" à l'été 2010, à une "Mad Men Party" (ne me jugez pas) à Aix-en-Provence début 2011, ou encore à une "December suburb party" à Aubervilliers à l'hiver 2015. Bien.
Mais mes archives personnelles ne s'arrêtent pas là. Comme je m'y attendais, le dossier contient l'intégralité des photos et des vidéos publiées sur mon profil. Et Facebook a soigneusement consigné les métadonnées contenues dans celles-ci. Voici par exemple ce que je retrouve sous le cliché de ma première carte de presse, que je trouvais indispensable de partager en septembre 2012.
Outre les innocentes informations sur la sensibilité ISO et l'exposition de la photo, les coordonnées GPS et l'adresse IP de mon iPhone de l'époque permettent de me localiser avec précision. Gloups. Ces adresses IP, véritables numéros d'identification de chacun de mes appareils connectés à internet, se trouvent également dans l'onglet "Sécurité". Facebook a visiblement gardé en mémoire chacune de mes connexions depuis février 2017, en plus de chaque appareil utilisé pour accéder aux réseaux depuis juillet 2013.
Ce que j'ai dit à mes amis
Télécharger ses données permet aussi de retrouver en un clin d'œil les tout premiers messages postés sur son profil ou dans des conversations privées. Dans mon cas, cela sert surtout à me plonger dans des abîmes de malaise. Je l'avoue : lors de mes premiers mois sur le réseau, quand il n'était pas encore traduit en français, mon moi de 19 ans écrivait des statuts en anglais alors que 100% de mes amis étaient francophones. La honte.

Même topo du côté des conversations privées : là où remonter le fil d'une conversation entamée il y a dix ans prendrait des lustres, trois clics depuis l'onglet "Messages" situé dans les archives permettent de retrouver les premiers messages échangés sur "Facebook Chat", devenu "Messenger", avec un de mes meilleurs amis. Avec, là encore, pas mal de gêne.

Une autre expérience assez vertigineuse consiste à utiliser l'explorateur de fichiers pour trouver toutes les photos échangées dans ces conversations privées, rassemblées dans un seul dossier (et dont je préfère vous épargner un extrait).
Mon profil publicitaire et les marques qui disposent de mes coordonnées
Les onglets "publicités" et "applications" ne sont pas moins flippants. Le premier dresse mon profil publicitaire en fonction des pages que j'ai "aimées" et d'autres critères qui m'échappent. Le résultat est d'une pertinence variable : pour Facebook, je suis intéressé par les jeux vidéo (d'accord), le marketing (ah bon ?), la réunion du G20 (je n'y pense pourtant pas si souvent), les abeilles (heu…) ou encore les pieds nus (tout cela devient vraiment bizarre).
J'y trouve aussi le récapitulatif des huit dernières publicités sur lesquelles j'ai cliqué, ainsi que la liste des annonceurs qui ont accès à mes coordonnées. Pas de surprise pour certains : je possède une PlayStation, j'ai sans doute dû avoir un vieux compte qui traîne sur vente-privee.com et j'ai déjà utilisé Airbnb et Uber. D'autres me rendent plus circonspect : je n'ai jamais mis les pieds chez Best Buy, sorte de Darty américain, et je ne suis pas davantage client de Sally Beauty, qui se présente comme "le plus grand vendeur de produits de beauté au monde".
L'explication m'est donnée par le Wall Street Journal (article payant) : certaines applications pour smartphones qui affichent de la publicité sont reliées à un identifiant unique associé à mon téléphone et qui sert là aussi à me proposer de la pub ciblée. Or, Facebook utilise cet identifiant, ce qui lui permet de prendre en compte mon comportement dans ces applications tierces pour affiner les publicités affichées lorsque je m'y connecte. L'article m'apprend qu'il est possible de limiter ce suivi sur Android en se rendant dans Paramètres > Google > Annonces > Désactiver personnalisation des annonces, et sur iOS en allant dans Réglages > Confidentialité > Publicité > Suivi publicitaire limité. Ce que je m'empresse de faire.
Retour à mes archives. L'onglet "applications", qui recense tous les sites internet et programmes à qui j'ai accordé l'accès à certaines données de mon compte Facebook, me donne le tournis. Je pensais avoir fait le ménage, mais plus de 80 applications continuent de pouvoir piocher dans mes informations. A la lumière du récent scandale autour de l'entreprise Cambridge Analytica, je décide de retourner illico me débarrasser du superflu. Si vous voulez faire comme moi, suivez le guide préparé par mon collègue Thomas Baïetto. A noter tout de même que certains services peuvent garder vos données dans leurs propres serveurs, même si vous supprimez leur application de Facebook, relève Business Insider.
Et même ce que je fais ailleurs sur internet
Et si, pour éviter que ma vie puisse être utilisée à ce point, je supprimais mon compte Facebook, comme l'a recommandé Brian Acton, le créateur de WhatsApp (qui a été racheté par Facebook en 2014) ? C'est une piste, mais malheureusement, le réseau social ne me laisserait pas tranquille pour autant.
Même sans compte, Facebook pourrait continuer à étudier mon comportement en ligne grâce aux cookies. Ces petits fichiers, qui s'installent sur nos appareils lorsque nous visitons des sites web, servent à mémoriser certaines informations ou à nous reconnaître lorsque nous visitons à nouveau le même site. Or, Facebook utilise un cookie, baptisé datr, qui lui permet d'être alerté dès que je visite un site internet comprenant un module social, comme le fameux bouton "j'aime". Et cela, que je possède un compte ou pas. L'utilisation de datr a valu à Facebook des ennuis avec la justice belge, ainsi qu'une amende en France, notait Le Monde en mai 2017. Ce qui n'a pas empêché le réseau social de continuer à utiliser ce cookie, qui lui sert également, selon Facebook France, à "stopper environ 400 000 tentatives non autorisées visant à prendre le contrôle de comptes personnels chaque jour".
Pour certains utilisateurs, plonger ainsi dans plus de dix ans d'activité numérique peut faire l'effet d'une madeleine de Proust. Pas pour moi : je ne me reconnais plus dans ces publications et ces vieilles discussions. Malheureusement (et je n'en suis pas franchement étonné), Facebook ne propose rien pour effacer automatiquement les anciens messages après une période définie. La seule solution officielle consiste à passer en revue, dans mon historique personnel, chacune de mes publications, année par année, et de les supprimer une par une. Ou d'utiliser un programme tiers sur votre navigateur, comme l'explique Slate (article en anglais), pour automatiser cette tâche fastidieuse. Je vous laisse choisir. Pour ma part, je vais supprimer toutes mes anciennes publications, jusqu'à arriver à l'époque où j'ai commencé à ne plus mettre grand-chose sur Facebook... et sérieusement envisager de vivre dans une grotte sans Wi-Fi.
Cinq mille litres par jour
C'est la consommation de carburant par jour du plus grand paquebot actuel.
D'autres suivront.
Ce que ça m'inspire, c'est juste de la colère.
Aucunement de l'admiration.
Une image criante de l'aveuglement, de cette course en avant vers le "toujours plus".
Il faut juste avoir une idée de la pollution générée par ce genre de navires, qu'il s'agisse des paquebots, des cargos et des ferries.
La mondialisation a entraîné la construction de milliers de navires de commerce.
Le tourisme de luxe occupe le reste.
On va où là ?...
Les chantiers STX livrent le plus grand paquebot du monde
>Économie|Le Parisien|23 mars 2018, 10h29|14
Les chantiers STX de Saint-Nazaire remettent les clés du Symphony of the Seas, le plus grand paquebot du monde à l’armateur américain Royal Caribbean Cruise Ltd (RCCL).
Dix millions d’heures de travail en trois années de chantier, 525 000 m2 de tôle d’acier, 5 000 km de fil électrique, 90 000 m2 de moquette, une consommation de 5 tonnes de carburant par jour pour un coût de 1,2 milliard d'euros…
Les chantiers STX de Saint-Nazaire livrent ce vendredi matin, à l’armateur Royal Caribbean Cruise Ltd (RCCL), le plus grand paquebot de croisière au monde, le Symphony of the Seas.
Ce nouveau géant des mers de 362 mètres qui pourra embarquer près de 8 000 personnes dont 2 200 membres d’équipage est légèrement plus grand que son aîné l’Harmony of the Seas livré en 2016.

Les cabines /Capture Royal Caribbean
Doté de 25 restaurants, d’une patinoire, de quatre piscines, d’un parc naturel avec des centaines d’espèces de plantes mais aussi d’un casino ou encore d’un théâtre, cette ville flottante devrait réaliser sa première croisière de sept jours au mois de mai. Facturé entre 1 237 euros à 1 588 euros, ce voyage au départ de Barcelone devrait passer par Marseille.
Auparavant le navire va poursuivre ses essais en mer tout en quittant définitivement le chantier pour mettre le cap sur Malaga.
Un carnet de commandes jusqu’en 2026
Pour les chantiers STX détenu à 51 % par l’italien Fincantieri, cette livraison est loin d’être un aboutissement. Huit autres navires doivent être livrés d’ici à l’automne 2022 dont ceux de la série « Edge ». Des navires plus luxueux mais moins grands que le « Symphony ». A cela s’ajouteront les quatre paquebots de la série « World Class » de l’armateur italien MSC.
Un carnet de commande qui assure aux chantiers de Saint-Nazaire un plan de charge au moins jusqu’en 2026.
Selon les prévisions, le marché de la croisière devrait doubler voire tripler avant 2030. Un marché mondial de 117 milliards d’euros.
"20 gros cargos polluent plus que la totalité des voitures du monde !"
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"Jean-Pierre Pernaut n'en parlera jamais dans son journal !" Mamie Matraque
Quand on parle de pollution, de destruction, de mondialisation, on ne parle jamais des cargos gigantesques qui servent à transporter les produits d'un bout à l'autre du monde. On n'y pense pas à ça... Moi, je n'ai pas ma langue dans ma poche, alors j'ai décidé d'en parler !

Source photo : Pause Caféin
Je ne regarde presque jamais la télé, les enfants. Leurs émissions où tout le monde il est content, tout le monde il gagne de l'argent et tout le monde crie, très peu pour moi. Moi je préfère lire.
Mais parfois, mon petit-fils m'appelle pour me dire de regarder tel ou tel reportage, qui passe en général sur France 5 ou Arte. Alors pour lui faire plaisir et qu'on en parle après, je regarde. La dernière émission que j'ai regardée, c'était un documentaire fort intéressant qui s'appelait "Cargos, la face cachée du fret" : je vous assure, ça vous dégoûte de notre monde, comme tout un tas d'autres choses, quand on y pense !
Vous saviez qu'il existe des cargos gigantesques, qui faisaient 400 mètres de long - 4 fois la taille d'un terrain de foot - et qui pouvaient transporter 800 millions de bananes ? Vous saviez que la pollution de seulement 20 d'entre eux rejette plus de particules de soufre que... 50 millions de voitures réunies ? Eh bien non mes enfants, vous ne le saviez pas parce que Jean-Pierre Pernaut se garde bien d'en parler dans son journal télévisé. Alors que ça, c'est important, bien plus que les reportages sur la cueillette des champignons ! Je suis outrée, mon petit-fils le verra bien !

Source photo : Pause Caféin
Il y a 60 000 gros navires de commerce qui circulent dans nos océans, chaque jour de l'année ou presque. Vous imaginez la quantité de pollution que ça fait juste pour qu'on puisse acheter "made in Taïwan" ou qu'on puisse manger des fruits d'Amérique du Sud ? Chaque année, ces bateaux de la mort rejettent 1,8 millions de tonnes de produits toxiques dans la mer, ça fait quand même la bagatelle de 5 000 tonnes par jour.
Ils polluent nos océans au sens strict, mais aussi au sens figuré : lorsqu'ils ne sont pas chargés, ils pompent de l'eau (et des poissons avec) pour rester stables et détruisent l'écosystème des animaux marins. Et ils font tellement de bruit qu'ils affolent aussi les pauvres mammifères qui se retrouvent perdus, sans repères, incapables de communiquer. Dans le reportage, ils disent que c'est pour ça que de plus en plus de baleines et d'autres viennent s'échouer sur les plages, et moi j'y crois.

Source photo : Pause Caféin
Mais ce n'est pas tout : tous les 3 jours, un de ces bateaux géants fait naufrage et vient polluer encore un peu plus, et dans ce contexte, le silence des médias est un crime. Et après on vient nous dire qu'il faut prendre des douches un peu plus courtes, arrêter de fumer et prendre moins souvent la voiture pour faire attention à l'environnement, non mais c'est l'hôpital qui se fout de la charité !
Tous ces moyens de transports géants et polluants permettent aux multinationales de délocaliser, d'exploiter, de détruire, toujours plus facilement, toujours plus vite. Je ne suis pas dupe, hein ! Et ces entreprises maritimes qui font les intermédiaires sont les reines du pétrole ; elles font des bénéfices de 450 milliards à l'année. Tout ça pour qu'on mange des bananes et des kiwis qui viennent de l'autre bout du monde en hiver, mes petits !

Source photo : Pause Caféin
C'est écoeurant. Allez mes enfants ! Je compte sur vous pour nous changer ce monde, moi je suis trop vieille... Mais au moins, je fais toutes mes courses au marché et je ne mange que des fruits de saison produits le plus près de chez moi possible.
Quand on veut, on peut !
Facebook encore...
Le scandale, ce n’est pas Cambridge Analytica: c’est le modèle économique de Facebook
Will Oremus — Traduit par Antoine Bourguilleau — — mis à jour le 22 mars 2018 à 11h12
L’affaire Cambridge Analytica nous en dit long sur les manipulations en ligne –et plus encore sur les failles énormes de Facebook pour tout ce qui touche de près ou de loin à notre vie privée, et à ce que l’on pourrait en faire.

«Les yeux dans les yeux», nous n'y sommes pour rien. | geralt via Pixabay License by
Temps de lecture: 8 min
L’affaire a fait la une des journaux et des sites internet d’information: un opérateur scientifique de Facebook devenu opérateur politique a abusé de la confiance des utilisateurs de Facebook en leur demandant de lui fournir des données personnelles sur eux et leurs amis dans un but de recherche, avant de les utiliser pour développer le ciblage du profil psychologique de dizaines de millions d’électeurs –ce qui aurait pu permettre aux responsables de la campagne de Trump de l’orienter d’une manière qui leur a permis de remporter une victoire historique.
Les enquêtes sont actuellement en cours. Les appels à une plus sévère réglementation se font entendre de partout... et l’action Facebook a plongé de 7 points à la bourse de New York lundi.
Mais pour sensationnel qu’il paraisse, le scandale Cambridge Analytica ne compromet pas Facebook de la manière dont on le présente partout. Car ce scandale ne révèle rien ou presque du réseau social ou de sa politique de protection des données; tout cela était déjà bien connu et il n’existe dans cette affaire aucune preuve que Facebook ou ses employés aient ici commis des actes répréhensibles. Il n’est pas non plus évident, à l’heure actuelle, de déterminer l’impact réel de l’utilisation frauduleuse de ces données sur la dernière campagne présidentielle américaine.
Une indignation disproportionnée
Pour le dire autrement: l’indignation de nombreuses personnes à l’égard de Facebook semble plutôt disproportionnée eu égard à la culpabilité réelle de la compagnie dans cet épisode précis.
Mais cela ne signifie pas pour autant que la colère des utilisateurs soit injustifiée, au contraire. Pour Facebook, le vrai scandale, ce n’est pas ce qu’il a permis à Cambridge Analytica de faire dans le dos de ses utilisateurs. C’est plutôt ce que Facebook permet à tout le monde de faire, et en pleine lumière. Plus spécifiquement, c’est le modèle économique de collecte de données en ligne, dont Facebook est le pionnier, qui est en ligne de mire.
Les outils et les politiques de Facebook qui ont permis au chercheur Aleksandr Kogan d’obtenir, en 2014, des informations pour l’entreprise de collecte de données politiques Cambridge Analytica –par le biais de l’app «thisismydigitallife»– étaient bien connus et parfaitement publics. Et ils étaient assez permissifs, permettant à des utilisateurs de collecter des données non seulement auprès des personnes qui utilisaient telle ou telle application, mais également de leurs amis Facebook. (Facebook a depuis changé cette politique.) Comme le Washington Post l’évoque, des compagnies allant de Tinder à Farmville en passant par la campagne présidentielle d’Obama en 2012 ont utilisé le même outil pour collecter les mêmes genres d’information. Tout simplement parce que jusqu’en 2015, c’est comme ça que Facebook fonctionnait.
Les gens qui utilisaient l’app de Kogan lui donnaient explicitement accès à ces données, mais pour des recherches universitaires, pas dans un but commercial. (Bien sûr, on pourrait également arguer du fait que Facebook n’aurait jamais dû permettre à des utilisateurs de fournir des données personnelles d’autres personnes, fut-ce pour des recherches –et on aurait raison.) En tous cas, la politique de Facebook ne permet pas le type d’utilisation qu’a pu faire Kogan de ces données.
Et selon la version officielle de Facebook, lorsque la compagnie a réalisé que ces données avaient été utilisées dans un but non autorisé, elle a demandé à Kogan et à Cambridge Analytica de les effacer et de certifier à Facebook que cela avait bien été effectué. Il apparaît maintenant qu’ils auraient menti. Mais nous ignorons à ce stade si Facebook pouvait, ou non, le savoir.
Un scandale ou de la simple politique?
Quant à ce que Cambridge Analytica a bien pu faire de ces informations, on pourrait également dire que l’on en fait toute une histoire pour pas grand chose. Pour inquiétant que cela puisse paraître, le «ciblage comportemental» –soit la production de publicités en fonction d’information obtenues sur l’attitude, les centres d’intérêt et la personnalité des individus– est au mieux une science imprécise, au pire de la poudre de perlimpinpin.
Résumé à sa plus simple expression, le scandale Cambridge Analytica est une affaire où des consultants de campagne électorale utilisent des méthodes contestables pour tenter de délivrer leur message aux électeurs les plus réceptifs et de la manière la plus efficace qui soit. Pour le dire plus simplement: c’est à peine un scandale, c’est juste de la politique.
Mais du point de vue de Facebook, la compagnie est bien en ligne de mire, parce qu’un développeur peu scrupuleux a profité d’une ancienne politique de protection des données permissive, même si elle s’est depuis resserrée. (Il y a également un autre problème: le fait d’avoir maintenu caché durant des années la fuite de données de 2015 et d'avoir embauché et maintenu à son poste un chercheur qui était directement lié à cette fuite. Facebook n’a fait aucun commentaire à ce sujet.) Il est donc possible d’imaginer que d’autres personnes malintentionnées aient pu développer des app du même genre exploitant les données en provenance d’autres plateformes comme Twitter, Android ou même l’iOS d’Apple de la même manière.
Voilà pourquoi les responsables de Facebook se sont lancés dans une défense tous azimuts de leur entreprise sur Twitter le weekend dernier, en se montrant totalement imperméables aux critiques pourtant de plus en plus nombreuses: ils ne considèrent pas avoir une vraie responsabilité en la matière. Le principal responsable de la sécurité de Facebook, comme d’autres, pouvait ainsi dire à propos de l’article du Guardian du 17 mars dernier qui révélait l’affaire qu’il s’agissait d’une «fuite de données». (Ce responsable, Alex Stamos, a depuis effacé ses tweets et a lundi confirmé des informations indiquant qu’il n’était plus le responsable sécurité de Facebook et qu’il quitterait l’entreprise en août prochain.) Comme Tiffany C. Li l’a indiqué à Slate, la sémantique a son importance en l’espèce, car une «fuite de données» pourrait exposer Facebook à des poursuites légalesde la part des États américains et de l’autorité fédérale de régulation, ce qui pourrait déboucher sur des amendes et d’autres réparations.
Mais s’il n’y a eu aucune fuite de données et que la sécurité de Facebook n’a pas été menacée, pourquoi les projecteurs ne sont-ils pas uniquement braqués sur Cambridge Analytica?
Cela vient notamment du fait que les enjeux de ce scandale touchant des données sont particulièrement importants. Si ces données avaient été utilisées pour vendre des réfrigérateurs ou pour envoyer des spams, cette affaire ne ferait pas les gros titres. En d’autres termes: pour peu que Facebook ait joué un quelconque rôle dans l’élection de Trump, ce rôle a nécessairement été énorme, car la victoire de Trump a pris tout le monde de court. De très nombreux électeurs qui étaient très hostiles à Trump sont toujours furieux et en quête des responsables de ce qu’ils tiennent pour un fiasco. Et comme nous le savons, Facebook a joué un rôle central dans la stratégie de Trump, comme dans la campagne pour le Brexit au Royaume-Uni, une campagne dont Cambridge Analytica s’est également mêlée.
Le modèle même de Facebook en question
Mais il existe une autre raison qui explique que Facebook se fasse ainsi clouer au pilori là où d’autres entreprises de nouvelles technologies –comme Apple ou Microsoft par exemple– passeraient entre les gouttes. Ce n’est pas tant que Facebook se soit montré négligent avec la protection des données de ses utilisateurs dans cette affaire. Ni même que sa politique qui permet à des tierces partis, via des apps, d’accéder à des informations sur les amis de ses utilisateurs soit aussi cavalière que mal avisée.
Le vrai problème, c'est que Facebook est le principal architecte de ce modèle socio-commercial qui fait qu’aux quatre coins de la planète, des personnes acceptent sans difficulté de donner des informations les concernant en l’échange de services gratuits en ligne. Facebook n’est donc pas seulement la source des données que Cambridge Analytica a utilisées. La compagnie est la raison même de l’existence –et du mode de tri et d’organisation– de ce genre de données. Certes, Google et Twitter et bien d’autres entreprises emploient des modèles économiques similaires. Et l’idée de faire vivre un site en ligne en diffusant des publicités à destination de ses visiteurs n’est pas neuve. Mais c’est bien Facebook, plus que tout autre, qui a poussé les internautes à livrer gratuitement toujours plus de données personnelles et à accepter que ces données puissent être utilisées pour élaborer des publicités ciblées en échange d’un droit d’accès «gratuit» à un service.
Si vous pensez que l’octroi de ces données et les publicités sont un prix relativement faible à payer pour avoir le privilège de pouvoir rester en lien constant avec tous ceux que vous aimez, alors Facebook est l'exemple type de la compagnie qui a rendu tout cela possible. Mais si vous commencez à réfléchir au coût de ce marché de manière faustienne –en pensant particulièrement aux coûts à long terme qui pourraient bien s’avérer supérieurs aux bénéfices immédiats– alors Facebook est le diable incarné.
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Au vu des enjeux énormes que représentent ces données, il était probable, voire inévitable, que ces règles soient violées
De ce point de vue, le vrai scandale ne vient donc pas d’une «fuite de données» où d’une erreur isolée de Facebook. Ce que Cambridge Analytica a fait, c’est à bien des égards exactement ce pourquoi Facebook est conçu: collecter des informations personnelles en provenance d’un très grand nombre de personnes sous une forme immédiatement exploitable pour vendre des choses à des gens.
Certes, les règles étaient censées interdire que de telles données soient utilisées de cette manière. Mais au vu des enjeux énormes que représentent ces données, il était probable, voire inévitable, que ces règles soient violées. Facebook semble ne pas s’être beaucoup préoccupé de les faire appliquer, se contentant de faire les gros yeux en espérant que cela passe. Tout indique que jusqu’en 2014 au moins, Facebook se préoccupait bien davantage de sa croissance que de la protection de la vie privée de ses utilisateurs. Si la compagnie a fait des efforts évidents en la matière ces dernières années, cela n’excuse en rien la manière dont elle s’est construite.
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Josh Constine, de Techcrunch, est sans aucun doute l'un des journalistes qui connaît le mieux Facebook, une compagnie qu’il scrute depuis cinq ans, et il est connu pour l’avoir souvent défendue lorsque tout le monde lui tombait dessus. Pas cette fois. Dans un article intitulé «Facebook et la suite ininterrompue de scénarios du pire», il répertorie une bonne dizaine de cas où la compagnie de Mark Zuckerberg a lancé des produits sans les garde-fous nécessaires pour éviter des abus, avant d’ignorer ou de minimiser les conséquences de ses actes.
Cette sale habitude pourrait enfin avoir des effets désastreux pour l’entreprise: dans le scandale Cambridge Analytica, Facebook n’a pas vraiment le bénéfice du doute et il est difficile d’éprouver la moindre sympathie pour la firme. Le réseau social a plus que certainement laissé passer le moment où il pouvait s’autoréguler. La balle est désormais dans le camp du public, des législateurs et des régulateurs.
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Ce sont eux qui vont retravailler les termes de cet accord qui permet à des individus de confier leurs données personnelles –et celles des autres– au profit des plateformes, de leurs clients annonceurs et de toute personne qui serait assez maline pour mettre la main dessus.
Facebook et la politique
Fake news et ingérence russe : les deux années qui ont ébranlé Facebook
La Une de "The Wired". Montage Obs. (Capture d'écran)
Le magazine "Wired" publie une enquête fleuve sur les deux dernières années au sein du réseau social, secoué par la mise en cause des fake news et des manipulations russes.
Par Thierry Noisette
Le mensuel "Wired" a consacré à plusieurs reprises sa couverture au fondateur de Facebook. Mais celle qu'il a publiée le 12 février tranche avec les précédentes : le visage tuméfié du PDG illustre un article fleuve (68.000 signes !), "Les deux années qui ont ébranlé Facebook - et le monde", une enquête sur les événements de 2016 et 2017, entre tech, presse et politique, avec en toile de fond la controverse des "fake news" et l'élection de Donald Trump.
Pour le réaliser, ses deux auteurs ont discuté "avec 51 employés ou ex-employés de Facebook", dont beaucoup ont demandé à rester anonymes. Un salarié en poste a même demandé à son interlocuteur d'éteindre son téléphone, au cas où l'entreprise chercherait si son smartphone a été proche de celui de quelqu'un chez Facebook...
En 2016 : "Facebook peut-il vous sauver la vie ?" En 2018, un portrait de Zuckerberg retouché sans commentaire, en mode "Fight Club".
Voici un résumé de cette enquête.
1 – Fuites et licenciements
Février-mars 2016. Une note de Mark Zuckerberg à tous les employés mentionne que sur un mur d'affichage libre au siège de Facebook, à Menlo Park (Californie), les mots "Black Lives Matter" ont été rayés et remplacés par "All Lives Matter". Il critique cette suppression et annonce une enquête sur cet acte.
Un jeune employé en CDD, Benjamin Fearnow, prend une capture d'écran du mémo et l'envoie à un de ses amis, Michael Nuñez, qui travaille pour le site d'actualité tech Gizmodo et en tire un article. Une semaine plus tard, Fearnow transmet à Nuñez une autre info : l'entreprise a proposé à ses salariés d'envoyer des questions à Zuckerberg pour une réunion générale. Une des questions les plus votées est "Quelle responsabilité a Facebook pour aider à empêcher d'avoir un président Trump en 2017 ?"
Fearnow travaille à New York, dans une équipe appelée Trending Topics. Ce groupe de 25 personnes vérifie les actualités collectées par un algorithme, afin d'écarter canulars et infos bidon et de mettre en avant les actualités importantes pas assez visibles, pour qu'elles soient intégrées au fil d'actualités des utilisateurs.
Au lendemain de son second message à son ami de Gizmodo, Fearnow est convoquée à une vidéoconférence. La directrice des enquêtes, Sonya Ahuja, lui demande s'il a été en contact avec Nuñez, ce qu'il nie. Elle lui affirme alors avoir les messages que Nuñez et lui ont échangé sur Gchat (un logiciel de vidéochat), et Fearnow est licencié sur le champ.
Un second salarié de Trending Topics, Ryan Villarreal, qui plusieurs années avant avait partagé une colocation avec Fearnow et Nuñez, est interrogé le même jour par Ahuja. Villareal assure n'avoir pris aucune capture d'écran, et donc encore moins avoir transmis des infos à Nuñez. Mais la directrice des enquêtes relève qu'il a "liké" l'histoire du mémo sur Black Lives Matter, et qu'il est ami avec Nuñez sur Facebook. Villareal est à son tour licencié.
2 – Un biais de gauche ?
Mai 2016. Nuñez a continué ses recherches sur Trending Topics, et discuté avec un troisième ex-salarié de cette équipe. Il publie un article, "D'anciens employés de Facebook : nous supprimions de façon routinière des articles conservateurs", selon lequel des articles favorables à Trump sont régulièrement supprimés. L'article, très partagé dans les heures qui suivent, enclenche une controverse qui va marquer les deux années qui suivent.
Facebook : mais si, nous aimons les conservateurs !
Facebook a toujours eu l'obsession de se présenter comme neutre, un simple relais technologique. La plateforme est ainsi protégée par une loi qui exclut la responsabilité de l'intermédiaire pour les messages postés par les utilisateurs. Si le réseau social créait ses propres contenus, sa responsabilité pourrait perdre son immunité, au péril de son existence.
L'article de Gizmodo amène un sénateur républicain, John Thune, à écrire à Facebook pour demander des éclaircissements. Or Thune n'est pas n'importe qui : il dirige au Sénat la commission du Commerce, laquelle supervise la Federal Trade Commission, une agence gouvernementale qui a été très active dans les enquêtes sur Facebook. L'entreprise répond au sénateur qu'après une analyse des Trending Topics, elle estime les accusations de Gizmodo fausses.
Facebook veut à tout prix faire la paix avec la droite : des animateurs télé, des membres de think tank, un conseiller de la campagne de Trump, 17 personnalités influentes au total sont invités au siège de Menlo Park, une semaine après l'article de Gizmodo.
La principale retombée de la controverse sur les Trending Topics, selon une dizaine d'employés et ex-employés, est que Facebook est devenu soucieux de ne rien faire qui semble diminuer les articles de droite, laissant ainsi le champ libre à ce qui allait venir.
3 – Rencontre avec Murdoch et menace de représailles
Juillet 2016. Mark Zuckerberg participe à une conférence dans l'Idaho, où des dirigeants discutent de façon informelle. Il y a une rencontre privée avec Rupert Murdoch, le propriétaire de l'empire de presse News Corp (comprenant la chaîne télé Fox News), et Robert Thomson, le PDG de ce groupe de presse. Les deux hommes expliquent à Zuckerberg leurs griefs contre Facebook et Google.
Ils reprochent aux deux géants d'accaparer presque tout le marché publicitaire en ligne ; ils déplorent que l'algorithme de Facebook ait été modifié sans consulter ses partenaires de presse. Si le réseau social ne propose pas un meilleur accord aux médias que ses offres d'alors, menacent-ils, ils vont le dénoncer fortement, et lui mener la vie dure aux Etats-Unis, comme ils l'ont fait contre Google en Europe.
Menace de "simple" lobbying, ou de possibles campagnes de presse ? Zuckerberg se méfie d'autant plus de News Corp qu'en 2007, une série de plaintes contre le réseau social ont été déposées, pour des contenus inappropriés et des mineurs exposés à des prédateurs.
Or l'enquête interne de Facebook a conclu que la plupart des comptes Facebook alors en cause étaient des comptes bidon créés probablement par ou pour News Corp afin de permettre cette campagne. Une soixantaine d'employés sont recrutés par Facebook pour travailler aux partenariats avec l'industrie des actualités.
4 – Facebook vire ses journalistes, Trump mise sur les réseaux sociaux
Août 2016. Toute l'équipe de journalistes chargée des Trending Topics est licenciée, et ses responsabilités sont transférées à une équipe d'ingénieurs à Seattle. Peu après, l'algorithme maison laisse passer des articles bidon.
Parallèlement, l'équipe de campagne de Trump exploite à fond les possibilités de Facebook et de ses propres fichiers sur ses sympathisants, en envoyant des messages publicitaires ciblés. Trump balance des textes comme "Cette élection est truquée par les médias qui diffusent des accusations fausses et dénuées de réalité, et des mensonges éhontés, pour faire élire Hillary la pourrie !" Ce genre de messages obtient des centaines de milliers de "J'aime", de commentaires et de partages, et l'argent afflue.
Alors que les messages plus nuancés de la campagne d'Hillary Clinton obtiennent moins d'écho. "Au sein de Facebook, presque tout le monde parmi les dirigeants voulaient que Clinton gagne, mais ils savaient que Trump utilisait mieux la plateforme. S'il était un candidat pour Facebook, elle était une candidate pour LinkedIn", note "Wired".
Une nouvelle espèce d'arnaqueurs en ligne apparaît, diffusant des articles viraux et totalement bidonnés. Ils ont vite remarqué que les sujets pro-Trump marchent très bien, et sortent par exemple un article prétendant que le pape soutient Donald Trump, qui obtient près d'un million de réactions sur Facebook.
En Macédoine, Trump est une machine à cash pour des sites d’info crapuleux
"À la fin de la campagne, les histoires bidon en tête sur la plateforme obtenaient plus d'engagements [likes, commentaires et partages] que les articles sérieux en tête."
5 – Zuckerberg ne voit aucun problème, puis la guerre aux fake news est déclarée
Novembre 2016. L'élection de Donald Trump plonge les dirigeants de Facebook dans la stupeur et l'inquiétude à l'idée que leur outil soit mis en cause. Deux jours après la victoire de Trump, Zuckerberg déclare lors d'une conférence que les réseaux sociaux influencent peu le vote des gens :
"L'idée que des fake news dans Facebook – dont, vous savez, c'est une très petite quantité du contenu – aient influencé l'élection d'une façon ou d'une autre, je pense que c'est une idée sacrément dingue."
Ce commentaire passe mal, y compris au sein de Facebook. Un ancien cadre explique qu'il fallait faire comprendre au PDG qu'il se trompait, "ou sinon, la compagnie allait devenir un paria comme Uber était en train de l'être". Un employé dit à "Wired" qu'en regardant Zuckerberg, il pensait à Lennie dans "Des souris et des hommes" : un colosse qui n'a aucune notion de sa force.
Facebook ne lutte pas assez contre les infos bidon, selon des employés
Une semaine après son haussement d'épaules, Zuckerberg esquisse un mea culpa : il promet que Facebook prend au sérieux la désinformation, et présente un plan en 7 points pour la combattre.
Quelques semaines plus tard, Facebook annonce deux choses : il coupera les revenus publicitaires des usines à fausses nouvelles et rendra plus facile pour ses utilisateurs de signaler des articles qu'ils pensent faux.
En décembre, l'entreprise annonce qu'elle va, pour la première fois, introduire du fact-checking. En l'externalisant : l'idée est de déléguer la tâche à des journalistes ailleurs.
En janvier 2017, Facebook annonce le recrutement de Campbell Brown, une ex-présentatrice de CNN, chargée du "Facebook Journalism Project". En gros, selon les sources de "Wired", il s'agit de formaliser et rendre plus publics les efforts déjà entamés par le réseau social.
Les dénégations initiales de Zuckerberg ont énervé une chercheuse en sécurité, Renée DiResta, qui étudie depuis des années la diffusion de la désinformation sur la plateforme. Elle a noté que si on rejoint un groupe anti-vaccins, l'algorithme propose d'adhérer à des groupes complotistes comme ceux croyant que la Terre est plate ou des adeptes du Pizzagate.
En mai, DiResta publie un article où elle compare les diffuseurs de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux aux manipulations du trading haute fréquence sur les marchés financiers. Pour elle, les réseaux sociaux permettent à des acteurs malveillants d'opérer à grande échelle, et de faire croire avec des bots et des comptes sous fausse identité à des mouvements importants sur le terrain.
Avec Roger McNamee, un actionnaire de Facebook furieux des réponses pleines d'autosatisfaction qu'a renvoyées l'entreprise à ses courriers d'alerte, et Tristan Harris, ancien de Google devenu célèbre pour pointer les dangers des services numériques, les trois dénoncent dans les médias les dangers que ferait peser Facebook pour la démocratie américaine.
6 – 2017 : révélations sur les publicités russes
Pendant la campagne pour l'élection présidentielle, les équipes de Facebook ont remarqué des attaques de pirates présumés proches du gouvernement russe, dérobant des documents (hors du réseau social) puis créant des comptes bidon avec des identités usurpées. Mais le réseau social n'y décèle pas une opération d'ensemble.
Au printemps 2017, l'équipe de sécurité dirigée par Alex Stamos rédige un rapport sur la façon dont la Russie et des services de renseignement ont utilisé Facebook. Le 27 avril 2017, au lendemain de la convocation par le Sénat du directeur (ensuite chassé par Trump) du FBI James Comey, le rapport de Stamos est publié. Titré "Information Operations and Facebook" [PDF], il explique comment une puissance étrangère pourrait utiliser Facebook pour manipuler les gens.
Le rapport, pauvre en exemples, est critiqué à l'extérieur par maints spécialistes en sécurité, d'autant qu'ils s'étonnent que l'entreprise ait mis si longtemps à comprendre que des usines russes de trolls ont exploité sa plateforme. Facebook approfondit ses analyses, et découvre un ensemble de comptes créés par l'Internet Research Agency (réputée liée au Kremlin), se faisant passer pour des activistes américains.
La page Blacktivist par exemple, qui diffusait des articles sur les brutalités contre des Noirs, avait plus d'abonnés que celle, vérifiée, du vrai mouvement Black Lives Matter.
Après un débat interne chez Facebook (divulguer ou pas des données sur des utilisateurs, et créer ainsi un dangereux précédent?), un billet de blog est publié en septembre 2017, par Stamos. Il annonce que les Russes ont acheté pour 100.000 dollars environ 3.000 messages publicitaires destinés à influencer la politique américaine pendant la campagne électorale de 2016. Tout est fait dans le message pour minimiser l'impact de ces révélations.
Comment les Russes ont trollé la campagne américaine de 2016 sur les réseaux sociaux
Un chercheur, Jonathan Albright, découvre alors des données encore accessibles, et peut estimer que les messages des comptes russes sous fausse identité ont en fait été partagés plus de 340 millions de fois.
7 – Sale moment devant le Congrès, et un Zuckerberg... transformé ?
Septembre 2017. Le trio McNamee, Harris et DiResta conseille les parlementaires qui enquêtent sur l'ingérence russe et s'apprêtent à interroger les responsables des réseaux sociaux. Ils aident alors les députés et les sénateurs à préparer les questions qu'ils vont leur poser.
Le 1er novembre, Colin Stretch, vice-président de Facebook, est mis sur le gril par une série de questions dérangeantes. Les jours suivants, la vague de critiques continue à pleuvoir sur le réseau social, y compris d'anciens prestigieux : l'ex-président de Facebook Sean Parker, l'ancien responsable de la protection de la vie privée Sandy Parakilas, puis Chamath Palihapitiya, ex-vice-président.
Facebook, Google : les "hérétiques de la Silicon Valley" nous alertent
Le réseau social est aussi accusé d'avoir permis la diffusion de propagande mortelle contre les Rohingyas en Birmanie et d'avoir servi les méthodes brutales de Duterte à la tête des Philippines. Mais ses résultats sont plus florissants que jamais.
Janvier 2018. Mark Zuckerberg annonce, comme chaque début d'année, ses bonnes résolutions. Et cette fois il ne s'agit pas de ses habituels défis personnels (apprendre le chinois mandarin, lire 25 livres, etc.), mais de "réparer Facebook", reconnaissant que l'entreprise a un rôle à jouer "qu'il s'agisse de protéger notre communauté contre les abus et la haine, de se défendre contre l'ingérence de nations-Etats, ou de s'assurer que le temps passé sur Facebook est du temps bien employé" (un terme qu'on dirait emprunté à Tristan Harris).
Comment va évoluer Facebook ? Selon un dirigeant cité par "Wired" :
"Toute cette année a complètement changé son techno-optimisme [de Mark Zuckerberg]. Ça l'a rendu beaucoup plus paranoïaque quant aux façons dont des gens peuvent abuser de ce qu'il a construit."
T. N.
Démocratie facebookienne.
Facebook: un test à la con et soudain la démocratie s'effondre
Titiou Lecoq — — mis à jour le 23 mars 2018 à 11h16
On savait que nos données étaient siphonnées par nos réseaux sociaux préférés. On ne savait pas qu'on pouvait s'en servir pour nous manipuler au point de mettre en péril la démocratie.

Tout va bien! | geralt via Pixabay License by
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Écrire au sujet d’internet est un excellent moyen de déprimer. Là, par exemple, je m’apprête à vous parler de Facebook et de Cambridge Analytica et je sais que certains vont souffler d'ennui alors qu'il s’agit de comprendre comment en répondant à des tests psychologiques à la con sur Facebook, du genre «quel Télétubbies êtes-vous?», vous pouvez ébranler la démocratie.
En vrai, le test en question ne s’appelait pas «kelteletubbiesvousetes» mais «thisisyourdigitallife». Ces tests, qu’on voit passer par dizaines sur Facebook, ne sont pas mis au point par l’entreprise. Ils sont proposés par des applications tierces. Et quand on les fait, on accepte certaines conditions. Ici, on acceptait que l’appli accède à certaines de nos données soi-disant à des fins de recherches universitaires. (C’était un mensonge mais en même temps, comme personne ne lit les conditions exactes avant de cliquer sur «accepter» c’est un mensonge que peu de gens avaient vu…).
Cette appli ne se contentait pas d’enregistrer vos réponses et vos données, elle siphonnait également celles de vos amis. 270.000 électeurs américains ont fait ce test. L’entreprise en question a récupéré les données de cinquante millions de personnes. (Beauté de la connexion des humains entre eux.) C’est particulièrement pervers parce que même si vous vous méfiez de ces tests et que vous ne les faites pas, il suffit qu’une seule personne parmi vos amis le fasse pour qu’une partie de vos datas soit aspirée.
Internet is the new «Monde du silence»
Ensuite, le créateur de cette app a transmis ces données à Cambridge Analytica sans prévenir Facebook – d’après ce que dit Facebook. Quand le réseau social a appris cette «fuite», il n'a même pas prévenu les utilisateurs. (Internet is the new Monde du silence de Cousteau.)
Finalement, de quoi est accusé Facebook? Pas d’avoir manipulé le scrutin. Le paradoxe c’est que Facebook se retrouve impliqué dans cette affaire qui aurait aidé à l’élection de Donald Trump alors que Mark Zuckerberg est démocrate. Et je veux bien croire qu’il est lui-même troublé d’avoir créé une machine qui sert les intérêts de ses adversaires. (L’enquête de Wired traduite sur l’Obs est super.)
On reproche à Facebook de mal protéger les données des utilisateurs parce que c’est précisément grâce à elles que le réseau gagne de l’argent. Mais il a l’obligation de contrôler ce que font les applications tierces. «With great power comes great responsability»: autrement dit, quand on crée une plate-forme centralisatrice qui permet ce genre de détournements, on porte la responsabilité des dérives possibles.
Que s’est-il passé ensuite? Cambridge Analytica fonctionne comme une agence de pub pour les politiques. Un candidat les engage pour se faire élire. L'entreprise analyse l’électorat et cible le plus finement possible les électeurs pour donner le bon message à la bonne personne et qu’elle mette le bon bulletin dans la bonne urne. (Leur vidéo de présentationressemble à s'y méprendre à mes pires cauchemars numériques.)
C’est comme la publicité ciblée. On peut se dire «bah oui, quitte à se coltiner de la pub, autant qu’elle soit pertinente en me proposant un produit qui peut m’intéresser.»
Le problème n’est pas nouveau. Obama a utilisé le même genre de méthodes dans ses campagnes électorales, en profitant d’une législation encore floue à l’époque. Ses équipes avaient réalisé un maillage et un profilage très fin des électeurs. Ils pouvaient venir sonner à votre porte en sachant qu’un membre de votre famille était atteint d’un cancer –et évidemment vous vanter les bienfaits de l’Obamacare.
Le problème c’est qu’un président, ce n’est pas un tube de dentifrice. En délivrant un message politique différent à chaque catégorie d’électrices et d'électeurs, un message répété à l’infini, un message qui joue sur des émotions, on se situe exactement dans l’inverse du débat d’idées. Une membre de l’équipe numérique de campagne de Donald Trump a expliquéqu’une mère de famille intéressée par la garde d’enfant ne voudrait pas voir une pub pleine de guerre et de violence. L’équipe de Trump lui montrait alors un spot doux et chaleureux: «Il nous arrivait assez souvent de produire trente-cinq ou quarante-cinq mille itérations de ce type de pub au quotidien.»
D'anciens agents des services secrets britanniques et israéliens recrutés
On est dans une forme de manipulation psychologique et émotionnelle. Cambridge Analytica explique que le vote se joue sur deux émotions: la peur et l’espoir. Et que les gens ne savent pas que quelque chose leur fait peur tant qu’on ne leur a pas montré. Évidemment, à Athènes, des orateurs pouvaient user de démagogie, mais ils le faisaient face à l'ensemble des citoyens en même temps. Ils n'allaient pas chez les votants la nuit pour les harceler avec leurs pires craintes. Cette manipulation est très efficacement renforcée par l’usage des fake news. (L’un des principaux investisseurs de Cambridge Analytica est également un des fondateurs de Breitbart News, site d'extrême droite soupçonné de fake news.)
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Cambridge Analytica ne s’arrête pas là. Dans un court et incroyable reportage (en anglais mais je vous le conseille), Channel 4 a filmé un dirigeant de l’entreprise en train d’expliquer qu’ils font appel à des sous-traitants qui recrutent des anciens agents des services secrets britanniques et israéliens: «On a employé une organisation différente pour un projet très réussi dans un pays d’Europe de l’Est, personne ne savait qu’ils étaient là, ils sont venus, ils ont fait le boulot, ils sont partis, et ils nous ont fourni du très bon matériel.»
Cambridge Analytica est payé pour pratiquer une forme de «highjacking»de la démocratie. Savoir à quel point il fonctionne est impossible. Si vous avez une opinion désastreuse de Donald Trump, vous aurez tendance à penser que sa victoire est la preuve de la réussite de ces techniques de manipulation. Si vous détestez Obama, vous pourrez en tirer la même conclusion. On ne sait pas ce qui se passe dans la tête d'un électeur ou d'une électrice au moment de choisir un bulletin. Mais peu importe leur efficacité réelle, leur véritable impact sur nos vies démocratiques, ces pratiques sont condamnables. Il s'agit d'un détournement du modèle démocratique dans son fonctionnement même. Cambridge Analytica affirme l’avoir fait aux États-Unis, au Mexique, en Malaisie, avoir travaillé pour la campagne pro-Brexit, et bosser en ce moment au Brésil et en Chine.
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Tout cela est rendu possible par notre utilisation plus ou moins volontairement aveugle d’une plate-forme centralisée et privée à laquelle on n'a pas suffisamment demandé de compte.
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Supprimer Facebook
Pour ma part, c'est fait. Compte supprimé. Quant à ma "vie sociale", elle ne passe pas par Facebook. Il ne s'agit, pour moi, que de la possibilité de partager des articles ou des réflexions. Depuis un moment, je m'interroge sur la portée réelle des écrits. Et comme je n'ai pas de réponse, je n'ai aucune raison de valider cette atteinte à la vie privée et de devenir une proie supplémentaire pour tous les marchands ou les manipulateurs d'opinion. Quant à la "visibilité" et la "publicité" envers mes romans, je n'ai jamais eu la moindre preuve que Facebook ait été d'une quelconque utilité. Ce blog a davantage d'importance au regard du nombre de visiteurs et de pages lues. Il reste maintenant à Facebook de revoir sa copie et d'apporter les preuves irréfutables que ce réseau social n'a aucune autre intention que de "rapprocher" les individus... Personnellement, je n'y crois pas. Il suffit de lire les écrits de Zuckerberg ou de Sheryl Sandberg...Ils savaient très bien ce qu'ils faisaient. Ils pensaient juste que ça ne se saurait jamais.
Quant à l'impact des suppressions de compte, elle est gigantesque...C'est l'avantage des réseaux sociaux...Des millions d'utilisateurs...Tout va très vite et quand la machine s'emballe les dégâts financiers sont énormes. 24 milliards d'euros de perdus à la bourse de Wall street en deux jours...Que des millions d'utilisateurs suppriment leur compte, c'est le meilleur moyen pour pousser Zuckerberg à entendre la colère.
Supprimer Facebook est un privilège
April Glaser — Traduit par Jean-Clément Nau — — mis à jour le 24 mars 2018 à 11h58

À un doigt de désinstaller Facebook | Kirill Kudryavtsev / AFP
Temps de lecture: 7 min
Facebook est au cœur d’une polémique de grande ampleur. Beaucoup de gens sont en colère –et ils ont bien raison. L’entreprise a permis à des milliers de concepteurs d’applications d’extraire leurs données, par l’intermédiaire de jeux chronophages et autres quiz en ligne sans queue ni tête.
Pour couronner le tout, un lanceur d’alerte et deux spectaculaires dossiers de l'Observer et du New York Times viennent de nous apprendre que l’un de ces développeurs a recueilli les données de plus de cinquante millions d’utilisateurs Facebook, avant de les partager avec la firme Cambridge Analytica, responsable du ciblage des électeurs pour la campagne de Donald Trump –une firme qui s’est enorgueillie de disposer de 230 millions de profils psychologiques d’électeurs américains, qu’elle utilise pour cibler les émotions des internautes à l’aide de publicités numériques, dans le but d’influencer le résultat des élections.
Abus de confiance
Nous avons subi tout cela pour avoir le privilège de regarder les photos de bébé de nos proches. Le jeu en valait-il réellement la chandelle?
Que Cambridge Analytica ait ou non exagéré le volume réel de ses données –seuls 139 millions d’électeurs ont voté à l’élection présidentielle de 2016, la question centrale de la controverse ne peut être balayée d’un revers de main: le prix à payer pour être sur Facebook est-il trop élevé?
Facebook a demandé notre confiance, et nous lui avons donnée –comme nous lui avons donné nos photos, nos pensées, nos «j’aime» et nos partages. Bien sûr, nous savions parfaitement que ces informations aideraient Facebook à nous «vendre» aux publicitaires.
Ce que la plupart d’entre nous ignoraient, en revanche, c’est que les développeurs d’applications ont longtemps eu accès à nos données (ils n'ont perdu ce droit qu'il y a quelques années), même si cette information était mentionnée dans les conditions d’utilisation.
De nombreux utilisateurs ne pensaient pas que ces concepteurs d’application enfreindraient ces conditions pour vendre nos données au plus offrant, y compris aux collaborateurs de certains partis politiques. On ne peut parler d’une défaillance de sécurité de la plateforme, comme l’a souligné Facebook, mais on peut parler d’abus de confiance.
Instinct compréhensible mais injuste
Conséquence: #DeleteFacebook (#SupprimeFacebook). Le hashtag Twitter est né à la suite des révélations portant sur Cambridge Analytica. Dans la nuit du mardi 20 mars, Brian Acton, co-fondateur de WhatsApp –société vendue à Facebook pour seize milliards d’euros– l’a twitté, précédé de ces mots: «Il est temps». Le hashtag a soudain pris des airs de mouvement.
It is time. #deletefacebook
Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
Supprimer Facebook est un instinct bien compréhensible. Le faire d’un coup sec, comme un sparadrap qu’on arrache. Redécrocher son téléphone; appeler les gens. Utiliser Twitter ou Instagram –ce dernier appartient à Facebook, mais bon, il est principalement constitué de photos de voyage ensoleillées. Écrire une lettre, comme au bon vieux temps! Parler à ses voisins! Remplir le vide social d’une manière ou d’une autre, mais laisser Facebook derrière soi, pour de bon. Ce serait visiblement la solution la plus logique: toute personne en colère contre Facebook ferait mieux de changer de crémerie.
Je comprends cette réaction –mais j’estime également qu’il s’agit d’une réaction injuste: supprimer Facebook relève du privilège. Ce réseau social s’est spécialisé dans de nombreux domaines, si bien que pour d’innombrables personnes, l’abandonner tout à fait s’avérerait autodestructeur. Ces personnes méritent d’être mieux traitées. Ce scandale ne doit pas nous faire fuir. Nous devons exiger l’avènement d’un meilleur Facebook.
J’ai moi-même fait une croix sur Facebook, il y a quelques années. J’ai toujours un compte, mais je n’y retourne que par curiosité, pour poster un article ou pour donner quelques nouvelles. Je n’ai pas téléchargé l’appli mobile, et je ne vais sur le site qu’une fois par semaine environ. Seulement, je pouvais me permettre de quitter Facebook.
Cette décision n’a pas été sans conséquences négatives. J’ai perdu de vue certains amis. Je ne sors plus beaucoup et je rate des événements sympas. Je ne fais plus vraiment partie des différentes scènes culturelles locales. Je rate des occasions de voir de vieilles connaissances lors de leurs passages en ville. À l’époque où je promouvais des vernissages et où je réservais des places de concerts, je créais systématiquement des événements Facebook; si je recommençais, il me faudrait à nouveau passer par Facebook. Cette mise en retrait m’a reposé l’esprit –mais tout le monde ne peut pas se permettre d’en faire autant.
Contrairement au fait d’abandonner la télévision hertzienne et la radio, qui sont elles aussi gratuites –si l’on excepte le coût d’avoir à endurer la publicité, le fait d’abandonner Facebook revient à vivre une vie beaucoup plus solitaire. Facebook, c’est vos amis, votre scène culturelle, votre communauté; pour de nombreuses personnes, Facebook est en train de devenir internet en lui-même, et internet est en train de devenir Facebook.
En supprimant Facebook, votre entreprise aura peut-être plus de mal à trouver des clients. Votre famille refusera peut-être de changer de réseau social. Personne ne crée d’événements ailleurs. Pour de nombreuses personnes, le fait d’abandonner Facebook est tout bonnement inimaginable.
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Effet de réseau et dépendance
C’est ce qu’on appelle l’effet de réseau –une sorte de monopole naturel. La migration vers un autre réseau social ne fonctionne que si suffisamment de personnes acceptent de le faire. Autrement dit, si vous désirez avoir une vie sociale, si vous voulez pendre part à des discussions politiques, si vous souhaitez promouvoir votre travail… Facebook demeure votre unique option viable.
Lorsque j’ai fait une croix sur Facebook côté vie personnelle, j’ai dû continuer de l’utiliser côté professionnel: les médias ont besoin de Facebook, eux aussi. Une énorme proportion de mon lectorat trouve mes articles via Facebook –et si ces personnes les apprécient, elles peuvent les partager au même endroit.
Je dépendais déjà professionnellement de Facebook avant d’être journaliste. Lorsque je militais pour défendre la vie privée en ligne et lutter contre la surveillance numérique au sein de l’Electronic Frontier Foundation, nous postions nos billets de blog et nos événements… sur Facebook –c’était même l’un de nos principaux vecteurs de communication.
Mes emplois précédents fonctionnaient de la même manière. Chaque campagne, chaque projet que j’organisais devait être présent sur Facebook. Avant l'arrivée du réseau social, les militants envoyaient beaucoup d’emails et passaient de nombreux coups de téléphone. Ça fonctionnait, mais lorsque tout le monde s'est mis à rejoindre Facebook, nous avons dû y passer nous aussi. Faire le contraire, c’était prendre le risque de devenir invisible.
C’est la même chose pour les petites entreprises: parfois, la page Facebook est la seule présence en ligne d’une enseigne. Si vous ne travaillez pas dans le domaine du service et que vous n’avez pas pignon sur rue, Yelp ne sera pas forcément adapté à votre commerce. Malgré tous ses points noirs, Facebook est devenu un mal nécessaire pour de nombreuses personnes, qui ne peuvent se permettre de faire sans, personnellement comme professionnellement.
Dans les pays où le numérique est peu présent, Facebook constitue souvent une porte d’entrée vers l’ensemble d’internet. Le programme Free Basics de Facebook est en place dans soixante-trois pays et municipalités en Afrique, en Asie et en Amérique latine; il offre un accès libre à Facebook et à une poignée de sites partenaires –il est toutefois impossible d’accéder aux autres sites ou à ses emails. Pour ces utilisateurs, Facebook est peu ou prou synonyme d’internet.
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Mauvais message
Mais allez-y, supprimez Facebook, si vous pouvez vous le permettre. Cette firme ne mérite sans doute pas votre confiance et votre participation; en la mettant de côté, vous aurez plus de temps libre à consacrer à de meilleures occupations. Mais si vous ne pouvez pas lui tourner le dos, vous n’avez pas à vous en vouloir.
C’est pour cette raison que #DeleteFacebook est un mauvais message: il sous-entend qu’il s’agit simplement d’un choix relevant du consommateur. En réalité, toute solution au problème sous-jacent devra venir de Facebook lui-même –modifier le service pour que ses utilisateurs se sentent en sécurité– ou du gouvernement –qui devra peut-être intervenir pour pointer du doigt le système commercial de Facebook dans son ensemble.
Si vous pensez que Facebook mérite d’être supprimé en raison des griefs évoqués ci-dessus, alors appelez vos élus pour qu’ils encadrent le fonctionnement de cette firme et celui d’autres entreprises –comme Google, qui récolte nos informations personnelles pour vendre des publicités adaptées à nos recherches en ligne. Ces sociétés n’ont aucune intention de s’auto-réglementer; la chose est de plus en plus évidente. Par ailleurs, des sujets comme la vie privée, la sécurité et le bien-être des utilisateurs sont particulièrement importants pour les personnes qui ne peuvent se permettre d’abandonner Facebook.
Les États-Unis ne disposent d’aucune loi fédérale exhaustive régissant la vie privée en ligne. En attendant, ces sociétés comptent aujourd’hui parmi les entités les plus puissantes et les plus riches de notre planète –et ce en grande partie parce que leur collecte de données est peu réglementée. Plus nous apprendrons de détails sur cette surveillance orchestrée par les entreprises, plus il deviendra difficile d’éluder la question.
Il y a quelques mois à peine, des journalistes ont appris que Facebook autorisait les publicitaires à cibler les utilisateurs à partir de mots clés offensants, tel que «déteste les juifs» ou «comment brûler les juifs». Facebook savait que Cambridge Analytica avait obtenu les données de dizaines de millions d’utilisateurs de manière non réglementaire, et il ne l’a jamais annoncé publiquement. Il a fallu attendre deux années –et que des équipes de journalistes consacrent des dossiers exposant l’envergure nauséabonde de l’affaire– pour que le réseau social se décide enfin à passer aux aveux.
Si vous avez décidé de supprimer Facebook, je suis donc de votre côté –mais seulement jusqu’à un certain point. Parce qu’en tant qu’utilisateurs et citoyens de Facebook, il est aussi de notre devoir de plaider pour une plateforme plus sûre, pour toutes les personnes qui ne peuvent se permettre d’en sortir.
De l'amour
" Il nous faudra bien répondre à notre véritable vocation, qui n'est pas de produire et de consommer jusqu'à la fin de nos vies, mais d'aimer, d'admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes."
Pierre Rabhi
Ils sont nombreux ces philosophes, ces sages, ces "sauvages" perdus dans leurs forêts tropicales, leurs montagnes, leurs déserts, ils sont nombreux ces humains à expliquer que rien de bon n'adviendra à l'humanité tant qu'elle traitera les animaux et la création entière comme des "choses" secondaires.
Même les gens qui disent aimer la nature n'aiment bien souvent que leur jardin et leur animal de compagnie mais ils continuent à manger de la viande, à manger des poissons, à consommer sans modération, inconscients de tout ce que leurs actes produisent de souffrances.
Non, il est impossible, absolument impossible d'aimer la nature comme un simple moment d'apaisement, un terrain de jeu, un outil, une opportunité dont il faut "profiter", une ressource, il est absolument impossible d'aimer la Terre comme un simple terrain d'exploitation, une source de profit et de plaisirs.
Je ne supporte plus ce mensonge planétaire.
J'en ai assez d'analyser l'étendue du désastre, l'immensité de cette dévastation.
Qu'est-ce que ça m'apporte ? Quel impact ce que j'en dis peut-il avoir ?
Rien, assûrément.
J'ai mangé de la viande pendant cinquante ans.
J'ai consommé sans trop réfléchir, sans même chercher à savoir, à connaître la vérité.
Je me suis contenté de "suivre".
Et maintenant ?
J'écris, je partage des articles et je cherche à limiter, limiter, limiter encore mon impact.
Et je sais que finalement, il n'y aura qu'une fois mort que je ne participerai plus à ce désastre.
Que je ne revienne pas, surtout.
Qu'il me soit épargné de vivre de nouveau ce conflit intérieur.
Car pour écrire ceci, j'ai utilisé l'électricité nucléaire, j'ai utilisé un ordinateur contenant des terres rares, j'ai contribué à l'envoi à travers les océans de milliards de produits manufacturés.
Alors, avant d'éteindre, je regarde l'amour.
Chez les animaux.
L'amour réel, puisqu'eux ne détruisent rien.


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Syndrome d'Asperger
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Syndrome d'Asperger (autisme à haut niveau de fonctionnement) : dernières actualités (recherches scientifiques, prise en charge ; symptômes, diagnostic, causes, adaptation…)
Expérience de Muir
Les super poules ne sont pas agiles...
Un biologiste de l’évolution de l’Université de Purdue, William Muir, a étudié la productivité des poules. Il créa donc une expérience pour en comprendre les ressorts.
Les poules vivant en groupe, il sélectionna un groupe moyen et le laissa tranquille pendant six générations. Il créa ensuite un second groupe avec les poules les plus productives, qu’on pourrait appeler les Super-Poules, et il a formé un Super-Groupe. Et à chaque génération, il sélectionnait les plus productives pour la reproduction.
Après six générations, que découvrit-il ? Dans le premier groupe, les poules moyennes allaient très bien. Elles étaient toutes dodues et pleines de plumes et la production avait incroyablement augmenté. Qu’en était-il du deuxième groupe ? Toutes sauf trois étaient mortes. Elles avaient picoré les autres à mort.
Les poules productives avaient réussi simplement parce qu’elles avaient réduit la productivité des autres.
Si vous racontez cette histoire, vous serez probablement surpris de voir que tout le monde se reconnait dans cette histoire : « ce Super-Groupe, c’est mon entreprise… » ou « c’est mon pays… » ou « c’est ma vie. »
On nous a toujours dit que pour avancer, il faut être en compétition : aller dans la bonne école, avoir le bon travail, arriver au sommet, et je n’ai jamais trouvé cela très stimulant.
On pense réussir en sélectionnant les superstars, les hommes, parfois les femmes, les plus brillants et en leur donnant toutes les ressources et tout le pouvoir.
Et le résultat observé est le même que dans l’expérience de William Muir : agressivité, dysfonctionnement et gâchis. Si la seule façon pour que les plus productifs puissent réussir, c’est de réprimer la productivité des autres, alors nous devons vraiment trouver une façon de travailler et de vivre plus saine.
Alors, pourquoi certains groupes sont plus performants et plus productifs que d’autres ?
C’est la question qu’une équipe du MIT s’est posée. Ils ont pris des centaines de volontaires, ont formé des groupes, puis ils leur ont donné des problèmes à résoudre. Et il se passa exactement ce à quoi on s’attendait : certains groupes étaient plus performants que d’autres.
Ce qui est intéressant, c’est que les groupes très performants n’étaient pas ceux avec une ou deux personnes au Q.I. incroyablement élevé, ni ceux qui avaient la plus haute valeur en additionnant les Q.I.
Mais les groupes qui réussissaient avaient trois caractéristiques. D’abord, ils avaient un haut degré de sensibilité sociale mesuré par un test, le R.M.E.T qui évalue le niveau d’empathie.
Ensuite, ces groupes donnaient autant de temps à chacun des membres, de telle sorte que personne ne dominait, et que personne ne se taisait.
Et finalement, les groupes les plus performants avaient plus de femmes.
Est-ce parce qu’habituellement les femmes ont des résultats plus élevés au R.M.E.T et sont naturellement deux fois plus empathiques ? Ou parce qu’elles apportent des perspectives plus variées ?
On ne sait pas, mais l’intérêt de cette expérience n’est pas de démontrer ce que l’on sait déjà, à savoir que certains groupes sont plus performants, mais que le facteur primordial de ces derniers est la connectivité sociale entre les membres du groupe.
De plus en plus d’entreprises ont compris que quand les problématiques deviennent plus complexes à résoudre, il faut faire émerger des idées nouvelles et créer les conditions de cette émergence.
Quand Alex Pentland a suggéré à une entreprise de synchroniser les pauses café pour que les collaborateurs puissent se parler, les bénéfices ont augmenté de 15 millions de dollars, et la satisfaction des employés de 10%.
Pas mal comme retour sur le capital social, qui croît même quand on l’utilise.
Les Suédois ont même un mot spécial pour ça. Ils l’appellent « Fika », ce qui est plus qu’une pause-café : c’est un moment de restauration collective.
Idexx, une société dans le Maine, a acheté des lopins de terre pour que des collaborateurs cultivent des potagers afin que les gens venant de départements différents puissent travailler ensemble et en apprendre plus sur l’entreprise.
Les sociétés n’ont pas d’idées, ce sont les gens qui en ont. Et ce qui motive les gens, ce sont les liens, la loyauté, la confiance qu’ils développent entre eux. L’important, c’est le mortier, pas simplement les briques.
En assemblant tout cela, on obtient ce qu’on appelle le capital social. C’est la confiance créée par les liens et l’interdépendance. Les équipes travaillant ensemble longtemps s’améliorent, parce qu’il faut du temps pour avoir cette confiance qui permet la franchise et l’ouverture.
Et c’est comme ça que les bonnes idées deviennent des idées géniales, parce qu’aucune idée ne naît complètement formée. Elle arrive un peu comme un enfant, brouillon et désordonnée, mais pleine de possibilités. Ce n’est qu’avec de nombreuses contributions, la confiance et les défis qu’elle réalise son plein potentiel. Et c’est ce qu’offre le capital social.
On n’a pas vraiment l’habitude de parler de cela, du talent et de la créativité, de cette manière. On a l’habitude de parler des stars en entreprises, des fameux hauts potentiels que l’on isole dans des parcours de formation spécifique, comme les Super poules.
Si vous visitez des entreprises renommées pour leur inventivité et leur créativité, vous ne rencontrerez aucune superstar, parce que tout le monde y est important.
Diriger en faisant des concours de talents ne fait souvent que monter les collaborateurs les uns contre les autres.
La rivalité doit donc laisser la place au capital social.
On a longtemps essayé de motiver les gens avec l’argent, alors que beaucoup de recherches montrent qu’il détruit la connectivité sociale. Il faut laisser les gens se motiver les uns les autres.
On a aussi longtemps pensé qu’un leader était un héros qui, seul, allait pouvoir résoudre des problèmes difficiles.
Nous devons redéfinir le « leadership » comme une activité créant les conditions nécessaires pour que tout le monde puisse oser réfléchir ensemble.
On sait que ça fonctionne. Quand le Protocole de Montréal a demandé l’élimination progressive des CFC, les chlorofluorocarbures impliqués dans le trou de la couche d’ozone, les risques étaient énormes. Les CFC étaient partout, et personne ne savait si l’on trouverait un substitut. Mais une équipe a relevé le défi en adoptant 3 principes clés.
Le premier : le chef de l’ingénierie, Frank Maslen, a annoncé qu’il n’y aurait pas de stars dans cette équipe. On a besoin de tout le monde. Et tout le monde a une vision valide.
Deuxièmement, on travaille suivant une norme : la meilleure possible.
Et troisièmement, il a dit à son patron, Geoff Tudhope, qu’il devrait se tenir à l’écart du projet parce qu’il savait que le pouvoir peut être perturbateur. Ça ne veut pas dire que Tudhope n’a rien fait. Il leur a donné le champ libre, et les a écoutés afin de s’assurer qu’ils respecteraient leurs principes. Et ça a fonctionné. Ils ont devancé toutes les autres entreprises en étant les premiers à résoudre ce problème.
Et à ce jour, le Protocole de Montréal est l’accord environnemental international le plus performant jamais mis en œuvre.
Nous ne résoudrons aucun problème si on s’attend à ce qu’ils soient résolus par quelques super-hommes ou super-femmes. On a besoin de toutes les contributions, et c’est seulement quand nous comprendrons que tout le monde a de la valeur que nous libérerons l’énergie et l’imagination dont nous avons besoin pour créer un monde meilleur.
Une vidéo très parlante sur l'expérience.
Les entreprises sont souvent dirigées selon le « modèle des super-poules » où la valeur est placée sur certains employés vedettes qui surpassent les autres. Et pourtant, ce n'est pas ça qui motive les équipes les plus performantes. La chef d'entreprise Margaret Heffernan a observé qu'il faut de la cohésion sociale afin d'avoir les meilleurs résultats possibles. Il s'agit ici d'une conception radicalement nouvelle sur ce qui nous motive à donner le meilleur de nous-mêmes et sur la signification d'être un leader. Comme le souligne Heffernan: « Les entreprises n'ont pas d'idées. Les gens, si. »
Il faudrait que l'éducation nationale entende ce discours...
Mais je serai mort avant.
Services publics
SNCF et autres services publics : comment les détruire en prétendant qu’on veut les sauver (de dégradations qu’on a provoquées) (1)
-
JEAN GADREY

C’est une recette éprouvée depuis longtemps dans le monde, et ses résultats – en termes de destructions de biens communs économiques, sociaux et écologiques comme en termes de relais par le privé lucratif sur les segments rentables - sont remarquables partout… où la résistance n’a pas été suffisante. Il faut pour cela manier plusieurs armes de destruction. Mais c’est tout un art si on veut éviter qu’elles ne vous explosent au visage.
Je résume les étapes à suivre, en pensant aux lecteurs/trices ayant peu de temps… Je développerai tout cela dans les deux billets suivants.
- Asphyxie financière soit à petit feu soit à plus gros bouillons. C’est la « réforme » de base et la difficulté est qu’il faut tenir bon pendant des années pour « arriver à l’os ». Cela exige donc du « courage ».
- D’où dégradation de la qualité (d’abord pour les usagers les moins riches) + hausse des tarifs + endettement « insupportable ». Pour gonfler encore la dette, on peut parfois compter sur des investissements délirants sur des segments privilégiés (cas de la liaison LGV Lyon-Turin et plus généralement de la stratégie du « tout pour le TGV », mais l’EPR de Flamanville n’est pas mal non plus dans un autre domaine).
- D’où une opinion publique troublée à qui l’on raconte les yeux dans les yeux qu’il faut « réformer » pour retrouver « l’équilibre ».
- Seconde « réforme » (la première étant l’austérité financière) : organisation d’une concurrence privée sur les segments (supposés) rentables, en prétendant (parfois à tort) que c’est l’Europe qui l’impose alors qu’on brule d’envie de le faire de façon anticipée. Ce qui réduit encore plus les recettes du service public en sursis. Exemple : le tout camions pour casser le fret ferroviaire, une superbe réussite puisque le trafic de marchandises mesuré en nombre de trainsxkms a été divisé, pour la SNCF, par 3,4 depuis 1980 et surtout par 2,5 depuis 2000, début d’accélération de la casse.
- En dépit de ces efforts méritoires, cette fichue opinion publique, décidément rétrograde, reste très majoritairement satisfaite de ses services publics dont on a pourtant organisé les défaillances à répétition. C’est le dernier obstacle à lever et il est de taille. Il faut pour cela entreprendre des campagnes de propagande et multiplier les aboiements des chiens de garde médiatiques sous contrôle. Le processus est en cours et même « à plein régime spécial », voir cette formidable analyse de Samuel Gontier dans Télérama.
- Enfin, « c’est la lutte finale » : dans une société rongée par les inégalités et la précarité, il faut absolument faire passer pour des privilégiés les salariés ayant encore de bonnes garanties d’emploi et plus généralement tous les fonctionnaires, en attendant de s’en prendre vraiment aux CDI, ce qui a déjà commencé avec les « Lois travail ». Il faut le faire en pensant secrètementaux privatisations futures (dont on prétendra les yeux dans les yeux qu’elles ne sont pas à l’ordre du jour) et plus généralement à la nécessaire fluidité du travail dans une start-up nation en phase avec la mondialisation néolibérale. Mais il faut le faire en public au nom de la justice, en opposant par exemple les agriculteurs aux cheminots, les salariés précaires aux salariés en CDI et ces derniers aux fonctionnaires. Je vous citerai sur ce point des arguments d’une flamboyante mauvaise foi, mais ce sont eux qui passent en priorité à la télé. Pendant ce temps, on oublie les vrais privilégiés, les gros, ceux qui organisent la dénonciation des privilèges fantasmés des petits.
Bien menée, cette stratégie peut marcher. Sauf si des empêcheurs d’exploiter en rond se mettent en ordre… de marche.
À suivre dans les deux prochains billets, où j’entrerai dans les détails car dans toute bonne stratégie le diable est dans les détails.
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Compteurs Linky
Ce qui me plaît, au-delà, de pouvoir refuser ce compteur, c'est de constater que les mouvements populaires ont un impact politique. Le jour, où les "citoyens" auront vraiment conscience de leur force commune, ça ira vraiment mieux, dans tous les domaines...
La démocratie, c'est lorsque la volonté du peuple remonte vers les dirigeants et que ceux-ci ne sont aucunement décideurs mais "applicateurs".
Une sénatrice propose de modifier la loi pour permettre aux usagers le souhaitant de refuser l'installation d'un compteur Linky. Plusieurs communes continuent de s'opposer au déploiement des appareils sur leur territoire.
Nouvel épisode dans le feuilleton Linky. Ces derniers mois, plusieurs communes de la région Nouvelle-Aquitaine, parmi lesquelles Marmande, Bayonne ou encore Saint-Macaire ont demandé que les habitants refusant l'installation par Enedis, anciennement ERDF, d'un compteur intelligent Linky puissent s'y opposer. À la suite de ces prises de position, Florence Lassarade, sénatrice de la Gironde, a déposé deux amendements dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le règlement général de la protection des données personnelle. Ils doivent être examinés ce mercredi au Sénat. L'élue girondine souhaite faire modifier une partie du Code de l'énergie pour que les personnes le souhaitant puissent refuser la pose d'un compteur Linky.
» LIRE AUSSI - Électricité: comment le compteur «intelligent» Linky est installé chez vous
«Je suis membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), et j'ai assisté à la commission de l'Assemblé sur les enjeux, économiques et sociétaux, des compteurs Linky et Gazpar», indique la parlementaire. «Ainsi, j'ai pu entendre tous les protagonistes, que ce soit les représentants des personnes électrosensibles, le président du directoire d'Enedis (Philippe Monloubou, NDLR), mais aussi des député(e)s», poursuit-elle. Florence Lassarade est par ailleurs élue au conseil municipal de Saint-Macaire, aux côtés du militant antinucléaire et anti-Linki Stéphane Lhomme. «Je n'ai pas toujours voté ses propositions, je ne suis pas de dogme», précise la sénatrice.
Une question de liberté individuelle
Florence Lassarade ne goûte pas toutes les attaques du militant contre le compteur Linky. En revanche, elle estime «qu'on ne peut pas installer de manière autoritaire les compteurs chez des personnes qui ne le désirent pas», explique-t-elle. À l'heure où le débat sur la protection des données personnelles est plus que jamais d'actualité, «il faut être attentif», prévient la parlementaire. «Ces compteurs permettront une analyse fine de vos habitudes énergétiques. Il faut donner la possibilité aux gens de s'y opposer, c'est une question de liberté individuelle», explique-t-elle. «Je suis pour l'apaisement, les usagers doivent être considérés, après tout, ce sont eux qui payent», conclut l'élue. Le financement du déploiement des appareils est notamment l'un des points qui cristallisent la grogne. Un compteur coûte 130 euros, pose comprise, une somme qui se répercutera graduellement sur les factures des usagers.
Pour rappel, en février dernier, le rapport annuel de la Cour des Comptes avait souligné plusieurs inconvénients dans l'installation des nouveaux compteurs. Le document évoquait entre autres un «dispositif coûteux pour le consommateur mais avantageux pour Enedis». Le 8 mars dernier, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir a lancé une pétition pour dénoncer le financement des appareils, entièrement aux frais des usagers. Aussi, jointe par le Figaro, la commune de Bayonne a indiqué qu'à la suite d'une lettre du maire Jean-René Etchegaray compilant les refus d'installation de près de 401 bayonnais, «Enedis s'est engagée à ne pas poser les compteurs chez [ces] habitants».
Disparition vertigineuse des oiseaux.
"Ce n’est pas un problème d’agriculteurs, mais de modèle agricole : si on veut enrayer le déclin de la biodiversité dans les campagnes, il faut en changer, avec les agriculteurs. »
Je ne suis pas d'accord avec cette phrase pour la bonne raison que les agriculteurs répondent à la demande des consommateurs et c'est la demande qui génère la production. C'est donc au peuple, dans son intégralité, de réaliser que ce désastre écologique est de sa responsabilité tout comme il est de sa responsabilité d'appliquer une pression totale sur l'industrie agroalimentaire en demandant à consommer des produits respectueux de l'environnement. Accuser les agriculteurs ou le modèle agricole de tous les maux, c'est comme un enfant qui dit : "c'est pas moi qu'a commencé..."
Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse »
Ce déclin « catastrophique », d’un tiers en quinze ans, est largement dû aux pratiques agricoles, selon les études du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle
LE MONDE | • Mis à jour le | Par Stéphane Foucart
image: http://img.lemde.fr/2018/03/20/0/0/5315/3543/534/0/60/0/1c0220b_10130-edp5yv.mcgz4.jpg
Le printemps risque fort d’être silencieux. Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annoncent, mardi 20 mars, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français et évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »
Attribué par les chercheurs à l’intensification des pratiques agricoles de ces vingt-cinq dernières années, le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, « une période qui correspond, entre autres, à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune [européenne], à la flambée des cours du blé, à la reprise du suramendement au nitrate permettant d’avoir du blé surprotéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes », ces fameux insecticides neurotoxiques, très persistants, notamment impliqués dans le déclin des abeilles, et la raréfaction des insectes en général.
Plus inquiétant, les chercheurs observent que le rythme de disparition des oiseaux s’est encore intensifié ces deux dernières années.
Résultats de deux réseaux de surveillance
Le constat est d’autant plus solide qu’il est issu de deux réseaux de surveillance distincts, indépendants et relevant de deux méthodologies différentes. Le premier, le programme STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) est un réseau de sciences participatives porté par le Muséum national d’histoire naturelle. Il rassemble les observations d’ornithologues professionnels et amateurs sur l’ensemble du territoire et dans différents habitats (ville, forêt, campagne). Le second s’articule autour de 160 points de mesure de 10 hectares, suivis sans interruption depuis 1994 dans la « zone-atelier « du CNRS Plaine et val de Sèvre, où des scientifiques procèdent à des comptages réguliers.
« Les résultats de ces deux réseaux coïncident largement et notent une chute marquée des espèces spécialistes des plaines agricoles, comme l’alouette », constate l’écologue Vincent Bretagnolle, chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres (CNRS et université de La Rochelle). Ce qui est très inquiétant est que, sur notre zone d’étude, des espèces non spécialistes des écosystèmes agricoles, comme le pinson, la tourterelle, le merle ou le pigeon ramier, déclinent également. »
Sur la zone-atelier du CNRS – 450 km2 de plaine agricole étudiés par des agronomes et des écologues depuis plus de vingt ans –, la perdrix est désormais virtuellement éteinte. « On note de 80 % à 90 % de déclin depuis le milieu des années 1990, mais les derniers spécimens que l’on rencontre sont issus des lâchers d’automne, organisés par les chasseurs, et ils ne sont que quelques rescapés », précise M. Bretagnolle.
Déclin massif des insectes
Pour le chercheur français, « on constate une accélération du déclin à la fin des années 2000, que l’on peut associer, mais seulement de manière corrélative et empirique, à l’augmentation du recours à certains néonicotinoïdes, en particulier sur le blé, qui correspond à un effondrement accru de populations d’insectes déjà déclinantes ».
A l’automne 2017, des chercheurs allemands et britanniques conduits par Caspar Hallmann (université Radboud, Pays-Bas) ont, pour la première fois, mis un chiffre sur le déclin massif des invertébrés depuis le début des années 1990 : selon leurs travaux, publiés en octobre dans la revue PloS One, le nombre d’insectes volants a décliné de 75 % à 80 % sur le territoire allemand.
Des mesures encore non publiées, réalisées en France dans la zone-atelier Plaine et val de Sèvre, sont cohérentes avec ces chiffres. Elles indiquent que le carabe, le coléoptère le plus commun de ce type d’écosystème, a perdu près de 85 % de ses populations au cours des vingt-trois dernières années, sur la zone étudiée par les chercheurs du CNRS.
« Or de nombreuses espèces d’oiseaux granivores passent par un stade insectivore au début de leur vie, explique Christian Pacteau, référent pour la biodiversité à la Ligue de protection des oiseaux (LPO). La disparition des invertébrés provoque donc naturellement un problème alimentaire profond pour de nombreuses espèces d’oiseaux et ce problème demeure invisible : on va accumuler de petites pertes, nid par nid, qui font que les populations ne sont pas remplacées. »
Dégradations profondes de l’environnement
La disparition en cours des oiseaux des champs n’est que la part observable de dégradations plus profondes de l’environnement. « Il y a moins d’insectes, mais il y a aussi moins de plantes sauvages et donc moins de graines, qui sont une ressource nutritive majeure pour de nombreuses espèces, relève Frédéric Jiguet, professeur de biologie de la conservation au Muséum et coordinateur du réseau d’observation STOC. Que les oiseaux se portent mal indique que c’est l’ensemble de la chaîne trophique [chaîne alimentaire] qui se porte mal. Et cela inclut la microfaune des sols, c’est-à-dire ce qui les rend vivants et permet les activités agricoles. »
La situation française n’est pas différente de celle rencontrée ailleurs en Europe. « On est dans la continuité d’une tendance lourde qui touche l’ensemble des pays de l’Union européenne », note M. Jiguet. Est-elle réversible ? « Trois pays, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni, ont mis en œuvre des politiques nationales volontaristes pour inverser cette tendance lourde, en aménageant à la marge le modèle agricole dominant, explique Vincent Bretagnolle. Aucun de ces trois pays n’est parvenu à inverser la tendance : pour obtenir un effet tangible, il faut changer les pratiques sur des surfaces considérables. Sinon, les effets sont imperceptibles. Ce n’est pas un problème d’agriculteurs, mais de modèle agricole : si on veut enrayer le déclin de la biodiversité dans les campagnes, il faut en changer, avec les agriculteurs. »
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/les-oiseaux-disparaissent-des-campagnes-francaises-a-une-vitesse-vertigineuse_5273420_1652692.html#PLCet8Pbt4fkbgRT.99
L'avenir de l'eau
Cet article est paru aujourd'hui et je me suis réjoui en lisant les chiffres, non pas que l'idée d'un chaos planétaire m'amuse mais parce que certains chiffres donnés dans cet article correspondent à ceux que j'avais anticipés à la suite de très, très nombreuses lectures pour l'écriture du roman en cours.
Finalement, ce que je raconte parfois, ici ou sur mon blog, ça tient tout à fait la route. Et le roman aussi...
Malheureusement.
TOUS, SAUF ELLE (un extrait écrit en septembre 2017)
« Avec cette densité planétaire, reprit Walter, l’approvisionnement alimentaire sera un problème majeur. L’accès à l’eau potable également. Aux environs de 2050, selon nos modélisations, les deux tiers de la population mondiale, c'est-à-dire nos fameux dix-huit milliards, seront affectés par une pénurie d’eau. Entre quatre et cinq milliards de personnes déjà vers 2025. Nous entrerons par conséquent dans une période très trouble. Un peuple qui meurt de faim et de soif se révolte parfois avant d’être trop faible. Nous pourrions toujours trouver quelques moyens pour circonscrire ces mouvements de masse mais il faut prendre un autre élément en compte et ils nous concernent tous ici. C’est la pollution atmosphérique et ses effets sur le dérèglement climatique. Nous pouvons fomenter des guerres pour obtenir les paix qui nous intéressent, nous pouvons propager des virus pour réduire les populations, nous pouvons soumettre des peuples par la force ou la démocratie, nous pouvons produire une alimentation suffisante pour les pays développés en pillant les pays pauvres mais il est un élément contre lequel nous resterons impuissants et dont nous aurons, nous aussi, à souffrir : c’est ce dérèglement climatique. Et nous ne pouvons plus nous contenter d’inventer des procédés technologiques ou des lois qui nous avantagent sans nous préoccuper des dégâts que l’humanité entière a provoqué et amplifie jour après jour. Vous savez également qu’aucune des restrictions énergétiques ou des technologies d’énergies renouvelables ne parviendra à stopper ce processus du réchauffement. Tout au plus sera-t-il ralenti mais les phénomènes naturels ont pris déjà une ampleur considérable : inondations, hausse des océans, cyclones, tornades, sécheresse, incendies gigantesques, atteinte générale à la biodiversité, épuisement des sols par surexploitation et empoisonnement, épuisement des nappes phréatiques, épuisement des ressources halieutiques et d’autres encore et il est impossible de statuer sur un retour à des données acceptables. Pour résumer en une phrase, nous allons droit au bûcher. L’humanité se condamne et nous condamne avec elle. Nous ne pouvons l’accepter. »

Conseil mondial de l’Eau à Brasilia : 840 millions de personnes privées d’eau potable !
LE 19 MARS 2018
Plus de 840 millions de personnes dans le monde, soit 1 sur 9, n’ont pas accès à l’eau potable et 2,3 milliards, soit 1 sur 3, n’ont pas accès aux toilettes. « Partout dans le monde, plus de gens ont un téléphone portable que des toilettes », explique Matt Damon, activiste de l’eau et acteur. Dans un effort mondial pour éviter les crises hydriques et améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le Conseil mondial de l’eau organise la 8ème édition de son Forum mondial de l’eau, qui se tiendra à Brasilia du 18 au 23 mars et le 22 mars qui s’organisera la Journée de l’eau.
Plus de 10 chefs d’État, dont le président du Brésil, Michel Temer, le président hongrois János Áder, le président du Sénégal, Macky Sall, le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon, le Chef du gouvernement du Maroc, M. Saad Eddine El Othmani, ainsi que des PDG de Fortune 500 entreprises, entre autres.
Ils se sont rendus dans la capitale brésilienne pour participer à des panels de haut niveau et plus de 200 sessions, où l’avenir de la sécurité de l’eau sera défini pour les trois prochaines années. Au cours de plus de 200 sessions, des milliers de participants se rassembleront pour trouver des solutions aux défis de la sécurité de l’eau dans le monde.
Le premier Forum Mondial de l’Eau a été accueilli par le Maroc en 1997. Parmi ses triomphes, le Forum triennal mondial de l’eau a contribué à promouvoir la reconnaissance de l’accès à l’eau en tant que droit humain reconnu en 2010 par l’ONU. Cela faisait suite au 6ème Forum mondial de l’eau (Istanbul, Turquie) où la nature fondamentale de ce droit était défendue à chaque fois.
En outre, le Forum Mondial de l’Eau et son créateur, le Conseil Mondial de l’Eau, ont joué un rôle clé dans la reconnaissance de l’objectif 6 de développement durable (ODD), garantissant un accès sûr à l’eau et à l’assainissement pour tous. Cet objectif, fixé par les Nations Unies en 2015, devrait être atteint d’ici 2030.
L’hémisphère sud accueille pour la première fois le Forum mondial de l’eau, ouvrant les portes de l’Amérique du Sud au dialogue et à l’échange d’expériences et de bonnes pratiques liées à l’utilisation de l’eau. Cette édition brésilienne proposera un Village des Citoyens, qui accueillera gratuitement tous les citoyens du monde pour participer au débat à travers des expositions, des conférences, des films, des ateliers d’art et d’artisanat, des divertissements, des débats et des aires de restauration. Le Conseil mondial de l’eau invite tout le monde à faire partie de son événement phare mondial sur l’eau.
Le Forum Mondial de l’Eau est également une opportunité cruciale pour les autorités mondiales de partager leurs connaissances et de développer des stratégies pour diverses questions, telles que la lutte contre la variabilité climatique et la pénurie d’eau. D’ici 2025, la moitié de la population mondiale vivra dans des zones soumises à des stress hydriques, les sécheresses, les inondations et autres crises d’eau sévissant dans de nombreuses régions du globe, comme au Cap, en Afrique du Sud ou à São Paolo. La principale source d’approvisionnement en eau de la ville brésilienne, le réservoir Cantareria, a récemment été réduite à 5% de sa capacité, ce qui correspond à un mois d’approvisionnement. L’ironie de cette réalité réside dans le fait que le Brésil abrite la plus grande source d’eau douce au monde, soit 12% de l’approvisionnement mondial.
Sans eau, il n’y a pas de vie, pas de nourriture, pas de développement. Au Forum Mondial de l’Eau, sous le thème général « Partager l’Eau », à la lumière du rôle de l’eau dans l’unification des communautés et l’élimination des barrières, les décideurs du monde entier se réuniront pour discuter et présenter des recommandations afin de sécuriser de l’eau pour notre avenir.
« L’eau est essentiellement une question politique et doit être traitée aux plus hauts niveaux de décision. Nous avons beaucoup de connaissances scientifiques et nous avons un grand nombre de solutions à choisir, mais les décideurs doivent en faire une priorité afin que ces propositions puissent être mises en pratique », explique le président du Conseil mondial de l’eau, Benedito Braga.
Dans le monde entier, certains des problèmes les plus urgents concernant l’eau ne concernent pas la quantité mais la qualité. C’est une question de vie ou de mort pour beaucoup dans le monde entier; 660 millions de personnes n’ont pas accès à des ressources en eau potable améliorées et 2,4 milliards n’ont pas accès à un assainissement amélioré.
En particulier, les niveaux très bas de couverture de l’assainissement sont les principales causes de décès et de maladies dans le monde entier; en 2016, 8% des enfants de moins de 5 ans sont morts de diarrhée, généralement causée par de l’eau potable contaminée. Ceux qui n’ont pas accès à un assainissement adéquat vivent principalement en Asie, en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Les femmes et les filles sont les plus touchées par les problèmes d’eau potable et d’assainissement, puisqu’elles consacrent 200 millions d’heures par jour à collecter de l’eau.
La Journée mondiale de l’eau 2018 met en évidence des «solutions fondées sur la nature» aux défis actuels liés à l’eau, souvent exacerbés par le changement climatique, les catastrophes et la croissance démographique. Le Forum mondial de l’eau aidera à montrer aux dirigeants comment une combinaison d’infrastructures existantes, de réalités géographiques, de ressources naturelles et de financement adéquat peut conduire à une meilleure gestion de l’eau. Pour chaque dollar investi dans l’eau et l’assainissement, le rendement économique en termes de coûts de santé évités et de productivité est de 4 dollars.
A travers l’organisation du Forum Mondial de l’Eau, le Conseil Mondial de l’Eau appelle tous les gouvernements à faire de l’eau leur première priorité et les encourage à augmenter leurs budgets pour des infrastructures durables et polyvalentes pour l’eau potable. utilise également, comme la production alimentaire et énergétique, tout en sauvegardant l’environnement. Le fait que 80% des pays signalent un financement insuffisant pour atteindre les objectifs nationaux en matière d’eau potable ne peut pas continuer à être une réalité au XXIe siècle. La nécessité d’un engagement et d’une innovation renouvelés est évidente, car le financement doit tripler pour atteindre 90 milliards d’euros par an, en tenant compte des coûts d’exploitation et de maintenance, pour atteindre l’objectif 6 de développement durable des Nations Unies.
Dix points d’action pour le financement de l’infrastructure de l’eau, le rapport identifie les obstacles au financement des flux provenant de sources non traditionnelles et les opportunités d’aller de l’avant.
Un rapport sur l’augmentation des flux financiers pour l’assainissement urbain et un ensemble de huit études de cas. Le rapport se concentre principalement sur le financement de l’assainissement urbain et donne un aperçu de ce à quoi l’assainissement urbain pourrait ressembler en 2030 et comment il pourrait être financé.
Sécurité mondiale de l’eau: leçons apprises et implications à long terme. Ce livre prend des leçons à partir de dix études de cas et propose des
politiques innovantes pour amener tous les usagers de l’eau à bord à atteindre une sécurité hydrique durable.
Commencer par l’eau: Mettre l’eau à l’ordre du jour des actions locales pour soutenir le changement global met l’eau à l’ordre du jour pour soutenir le changement global et cherche à fournir des stratégies et un soutien pour aider les villes à apporter des contributions concrètes aux programmes mondiaux. Il est présenté comme un ensemble de huit recommandations intégrant des études de cas du monde entier.
Le rapport sur les feuilles de route de mise en œuvre évalue les progrès réalisés par la communauté de l’eau sur les défis identifiés lors du 7ème Forum mondial de l’eau.
Le document de la GIRE sur la gestion des ressources en eau s’appuie sur les réalisations des dernières décennies. Le groupe de travail de la GIRE du Conseil mondial de l’eau a adapté des messages politiques clés nouveaux et mis à jour pour déclencher la revitalisation de la GIRE.
À propos du Conseil Mondial de l’Eau (WWC):
Le Conseil Mondial de l’Eau (WWC, World Water Council en anglais) est une plate-forme internationale multipartite, fondatrice et co-organisatrice du Forum Mondial de l’Eau. Sa mission est d ́impulser des actions sur les problématiques relatives à l’eau à tous les niveaux, y compris au plus haut niveau décisionnel, en encourageant le débat et en contestant la pensée conventionnelle. Le Conseil se concentre sur les dimensions politiques de la sécurité hydrique, de l’adaptation et de la durabilité, et travaille à positionner l’eau au sommet de l’agenda politique mondial. Créé en 1996, le Conseil Mondial de l’Eau réunit plus de 300 organisations membres de plus de 50 pays différents.
Plus d’informations sur www.worldwatercouncil.org @wwatercouncil #wwatercouncil
POUR ALLER PLUS LOIN
La crise mondiale de l’eau en débat à Brasilia
– « Stimuler la coopération » –
La métropole sud-africaine a été menacée de coupure d’eau courante dans les prochains mois à cause de la sécheresse. La situation reste extrêmement préoccupante, même si les autorités locales ont affirmé la semaine dernière que le « Jour zéro » n’aurait pas lieu en 2018 si le rationnement de la consommation était maintenu et si les pluies attendues dans les prochains mois se concrétisaient.
Plus d’un quart des ressources d’eau renouvelables (qui ne comprennent pas les glaces de l’Antarctique, environ 60% des réserves de la planète) se trouvent en Amérique latine, contre soixante fois moins au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, régions aux ressources par habitant critiques.
Des experts s’inquiètent d’une possible disparition, d’ici quelques dizaines d’années, des réserves aquifères dans une partie du bassin du Gange en Inde, dans le sud de l’Espagne et de l’Italie, ou encore dans la vallée centrale de la Californie.
Le Brésil, où se concentre 18% de l’eau potable de la planète, est aussi touché de plein fouet par le réchauffement climatique. Certaines régions du nord-est du pays sont affectées depuis 2012 par la plus longue période de sécheresse de leur histoire.
« L’eau doit être un élément qui unit les communautés, les nations, et non pas le motif d’une troisième guerre mondiale, comme le disent certains. Le forum a pour mission de mettre en commun les bonnes pratiques, les solutions et les expériences, pour stimuler la coopération entre les pays », souligne Ricardo Medeiros.
Hypersensibilité
Hypersensible ? Les repères des psychologues pour comprendre
Certaines personnes sont tout simplement plus sensibles que d’autres, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais est-ce là toute la différence que l’on peut observer chez les hypersensibles ? Non, il existe de nombreux points de particularité chez ces personnes qui représentent environ 20% de la population. Le Dr Elaine Aron, chercheuse en psychologie, nous éclaire sur le sujet.
Hypersensible ? Les repères des psychologues pour comprendre
« Quand j’étais en maternelle, un garçon de ma classe a jeté mon livre préféré par-dessus la barrière de l’école. Je me rappelle avoir énormément pleuré, non pas à cause du livre mais parce que j’en voulais à ce petit tyran. C’était probablement l’une des premières fois que je manifestais mon hypersensibilité, un torrent d’émotion que je continue à gérer au quotidien. Plusieurs de mes amis me taquinent gentiment à ce sujet mais je n’y peux absolument rien. »
Ce témoignage n’est pas un cas isolé. Selon le docteur Elaine N. Aron, chercheuse et psychologue, les hypersensibles représentent environ 20% de la population. Cela signifie que l’on connaît tous des gens hypersensibles. Peut-être même sommes-nous l’une de ces personnes ?
La psychothérapeute américaine Elaine N. Aron est considérée comme le gourou des hypersensibles aux Etats-Unis, depuis la parution de son best-seller intitulé Ces gens qui ont peur d’avoir peur. Mieux comprendre l’hypersensibilité (éd. de l’Homme). Soutenue par le psychanalyste Saverio Tomasella et la psychologue Arielle Adda, tous trois nous aident à dresser le portrait type des hypersensibles.
Un hypersensible naît hypersensible
Ce trait de caractère (car ce n’est pas une pathologie!) se constitue pendant la vie intra-utérine, se développe dès la naissance, et se manifeste de différentes façons chez les individus.
Son degré d’intensité et son évolution, de l’enfance à l’âge adulte, dépendent en grande partie de l’environnement dans lequel la personne grandit. Les questions suivantes ont un impact direct sur la manière dont se manifeste cette nature à fleur de peau :
- Son entourage a-t-il valorisé ou réprimé son hypersensibilité ?
- A-t-elle été confrontée à de lourdes épreuves : burnout, deuil, guerre, etc.?
- Accepte-t-elle, ou non, sa « différence » ou tente-t-elle de la refouler?
Et le restera toute sa vie
Inutile d’essayer de refouler l’hypersensibilité. Elle finira par refaire surface :
Il ne faut ni dominer ni subir ses émotions: il faut d’abord s’autoriser à les vivre. La plus grave erreur serait de considérer l’hypersensibilité comme une pathologie qu’il faut soigner. Devenir humain est une conquête quotidienne. Et celle-ci passe par la fierté d’être sensible.
En revanche, on peut apprendre à gérer certaines réactions, telles que le stress et l’anxiété. Pleine conscience, méditation, sport de combat… à chacun sa méthode de « toilette émotionnelle »!
Ils sont à vif émotionnellement
Les hypersensibles ont la sensation d’être « sur le fil » en permanence. Colère, larmes, repli sur soi, agressivité… l’entourage peine à comprendre leurs réactions imprévisibles et irrationnelles. Blessés par la critique, ils se sentent sans protection et peuvent ressasser à l’infini les mots qui les ont heurtés. En bref, ils gambergent à plein régime.
Ces pensées parasites sont comme une rumeur, un bruit incessant, qui draine une partie de leur énergie, Ça galope dans leur tête !
Souffrent-ils d’un excès de narcissisme ? Non, plutôt d’une grande fragilité identitaire et d’une difficulté à cicatriser. Ils vivent donc les situations de crise plus intensément, ainsi que les moments heureux :
Un paysage, un poème, un moment entre amis… Les plaisirs simples du quotidien les émerveillent.
Et à vif physiquement
En effet, ils réagissent à de nombreux stimuli. Par exemple, l’étiquette d’un vêtement qui frotte contre la peau, la sirène d’une ambulance ou une forte luminosité peuvent vite devenir insupportables. Le corps est plus réceptif aux massages, aux caresses, mais aussi plus affecté par les allergies, les médicaments et la caféine.
Les hypersensibles ont une oreille fine. Un simple bruit urbain devient un vacarme qui les empêche de se concentrer.
En entreprise, ils préfèrent travailler au calme dans des bureaux fermés plutôt que dans des « open spaces ».
Les hypersensibles sont doués d’empathie
Plus perméables à leur environnement, ils parviennent à cerner l’autre et à deviner ses intentions. C’est un problème:
Ils portent le poids du monde sur leurs épaules, en absorbant les émotions de leurs proches et en partageant leurs souffrances.
Au travail, cela se traduit par des élans de générosité envers leurs collègues. Plus attentionnés, ils sont toujours prêts à aider un nouveau venu, à accueillir un stagiaire. Ils n’agissent pas à dessein et manquent cruellement d’esprit de compétition. Cette profonde empathie pousse certains à s’orienter vers une carrière dans l’humanitaire. En revanche, elle peut aussi se retourner contre eux :
Les hypersensibles sont des proies idéales pour les pervers narcissiques. Ces derniers détectent leurs failles, exploitent leur gentillesse et leur désir de perfection.
Dépendants du regard des autres
De l’enfance à l’âge adulte, le désir d’être aimé ne les quitte jamais. En quête d’harmonie, les hypersensibles détestent les conflits. Et font tout pour éviter les vagues.
Ils ont peur de décevoir leur entourage, d’être rejetés, voire abandonnés. Ils dépendent de l’affection d’autrui, en amour comme en amitié. Dès qu’ils ont le sentiment d’avoir blessé quelqu’un, d’avoir prononcé des mots qui dépassent leur pensée, ils sont immédiatement submergés par la culpabilité. En bref, ils ont du mal à lâcher prise.
Ils sont créatifs et intuitifs
Les hypersensibles utiliseraient davantage l’hémisphère droit de leur cerveau que la moyenne. Résultat: ils ont un goût prononcé pour l’esthétique et la création. Peinture, musique, écriture… Certains en font leur métier, d’autres, un simple loisir.
Ils sont aussi dotés d’une forte intuition. Celle-ci est parfois impossible à justifier devant leur entourage et finit par les isoler :
Cette intuition résulte d’un nombre élevé de connexions cérébrales. Ajoutez-y un sens aigu de la logique, un besoin de cohérence, et vous obtiendrez l’état d’esprit d’un hypersensible.
Imaginez un métro qui ne s’arrête qu’aux correspondances et non aux stations intermédiaires : le chemin est parcouru beaucoup plus rapidement. Dans le cerveau, c’est pareil.
Même dans des secteurs non artistiques, tels que la finance, les hypersensibles apprennent à utiliser leur intuition à bon escient :
Certains ont toujours deux longueurs d’avance sur leurs concurrents en affaires ! C’est aussi une force.
Ils cherchent un sens à leur vie
Selon Elaine N. Aron, les hypersensibles s’interrogent souvent sur leur existence et sur la mort. Athées ou croyants, ils sont attirés ou fascinés par la spiritualité. Et se sentent profondément humanistes. Animés par une forte passion qui leur sert de leitmotiv, ils refusent de mener une existence routinière, dénuée d’originalité, et mettent un point d’honneur à vivre des expériences enrichissantes.
Ils seraient de plus en plus nombreux
Pour Saverio Tomasella, le nombre de personnes hypersensibles augmente. Cela peut s’expliquer par des facteurs socio-économiques et culturels :
Nous sommes dans une société en crise, où la pression au travail et les obligations pèsent sur l’individu, sur le couple, et où l’on refuse de vieillir. Esseulé, en perte de repères, en proie aux doutes et fréquemment critiqué, l’homme est de plus en plus à vif.
Mais l’hypothèse ne fait pas l’unanimité. Pour Elaine N. Aron, la société a un impact sur l’évolution de l’hypersensibilité (un environnement plus violent peut accroître la vulnérabilité des individus), mais elle ne peut en « produire » davantage. Le débat est ouvert.
Si vous désirez en apprendre davantage sur le sujet, je vous conseille cet ouvrage intéressant, à l’intérieur vous trouverez un cahier pratique pour tout savoir sur les manifestations de l’hypersensibilité et toutes les pistes pour l’apprivoiser :
Des témoignages d’hypersensibles célèbres :
Marion Cotillard :
J’ai toujours eu une grande sensibilité… Mais cette hypersensibilité est compensée par une nouvelle aptitude à rire de moi-même et de mes réactions émotives, qui peuvent être démesurées. (Psychologies Magazine, 2012).
Scarlett Johansson :
Je suis née avec une grande capacité à sentir mon environnement et mon entourage. Cette sensibilité peut être positive […]. Parfois, je préférerais ne pas voir ce que les gens gardent à huis clos. (Interview Magazine, 2001)
Sources :
- Pour comprendre l’hypersensibilité, voici 13 choses à retenir selon une psychologue , paru sur huffingtonpost.fr
- Tous hypersensibles? , paru sur lexpresse.fr
Les Vivants
"Un homme soupçonneux entre dans un bistrot et commande une bière.
Il va aux toilettes et pour qu'on ne touche pas à son verre, il met un petit papier avec écrit: "j'ai craché dedans", et s'en va.
Au retour, il peut lire sur son papier : "Moi aussi!"
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On peut lire cela sur un mode humoristique mais on peut aussi y voir un comportement très répandu : celui de la peur.
Si l'homme n'avait pas écrit un mensonge, il n'aurait pas eu à en subir les conséquences. Il risquait par contre de n'avoir plus rien à boire.
Deux choix se proposent : celui de la confiance en l'humain ou de sa peur envers lui.
La peur induit des effets néfastes par répercussion sur l'émetteur lui-même...Un effet boomerang. La peur fait de son porteur une proie toute désignée.
La confiance induit l'idée que l'autre ne me craint pas et je peux dès lors m'en trouver honoré et poussé par là même à valider cette confiance par un comportement respectueux.
Il me semble que nos sociétés occidentales ont choisi depuis bien longtemps la transmission des peurs et non celle de la confiance et que plus nous avançons dans le temps, plus les effets de ces peurs prennent une ampleur désastreuse.
La propension des réseaux sociaux à diffuser des informations portant en elles l'idée que l'humain est un être essentiellement néfaste et dont il faut se méfier contribue, il me semble, à transmettre cette peur, de façon intergénérationnelle. Et rien de bon ne peut en sortir.
C'est comme vouloir protéger des plantations avec l'emploi de pesticides. La solution est bien pire que le "mal" lui-même.
A vouloir dénoncer les errances, les esprits finissent par s'égarer dans des gouffres sombres.
Il est clair que bien des situations sont dramatiques, inacceptables, terriblement inquiétantes quant à l'avenir général de la planète.
Oui. C'est indéniable.
Mais de les dénoncer ne signifie pas qu'elles doivent être les seules à être présentées. Ou alors, aucun horizon n'existe. Il n'est plus que ce "mur" gigantesque vers lequel l'humanité fonce, tête baissée, dans une inconscience coupable.
Il n'est plus temps non plus d'attendre que des entités étatiques prennent les problèmes à bras le corps. Elles en sont les principaux responsables. C'est comme demander à un virus de soigner le corps qu'il dévaste. Nous sommes le corps de l'humanité, nous, peuple de base, la masse, le nombre. Les virus, ce sont les pensées transmises, par éducation, par l'environnement social, par la connaissance de l'Histoire des peuples, par l'actualité de masse, des peurs insérées en nous, des peurs qui servent les Etats et qu'ils entretiennent.
Oui, les Etats ont besoin des peurs de la masse pour justifier leur agitation, leurs combats politiques et l'idée perverse de la démocratie, le droit et le devoir de choisir des Maîtres, là où ils devraient servir, le droit à établir des lois, à organiser les coercitions les plus profondes, non pas seulement par la législation mais bien plus intensément encore par les pensées. Tout cela dans un seul but : le maintien de la hiérarchie sociale, le renforcement constant de la pyramide, du sommet de l'Etat à la populace.
S'ils sont les "dirigeants", alors nous sommes des "dirigés". Et là, l'image prend une autre tournure.
Le crachat dans le verre de bière, c'est la conséquence d'un système de pensées, une éducation séculaire, un inconscient collectif qui nous condamne à subir des peurs apprises et à dépenser tant d'énergie dans un combat personnel que l'existence prend l'image d'une lutte, agrémentée de quelques moments de paix.
Alors, que faire ?
Vivre en ermite, coupé du monde, se protéger de tout dans un isolement volontaire.
Et à qui cela servira-t-il, sinon à soi ? Et peut-on alors s'en contenter ?
Vivre en ermite, au milieu du monde. En commenter l'évolution, qu'elle soit bénéfique ou néfaste. Et puis, au-delà des mots partagés, construire autour de soi le monde qui répond à nos valeurs.
Et que dans ce monde, celui qui voudrait aller pisser puisse laisser sa bière sans aucune peur.
Il existe à l'échelle planétaire une peur millénaire : que les chefs ne soient pas à la hauteur des espoirs du peuple. Mais l'erreur principale n'est pas du fait de l'incompétence des chefs. L'erreur a été de croire que les chefs étaient des décideurs. De penser cela condamne l'individu à ne pas se considérer comme capable de mener son existence comme il convient et d'avoir besoin dès lors d'un "guide", d'un leader, d'un maître à penser et à agir.
Mais il est impossible de ne pas avoir peur lorsque les pensées et les actes ne sont plus de notre ressort mais de celui d'instances supérieures. La structure pyramidale des sociétés modernes délivre inévitablement d'immenses peurs puisque l'intégrité existentielle de l'individu n'est pas reconnue.
Si je considère que j'ai besoin d'une instance supérieure, c'est que je n'ai pas confiance en moi-même, que je me sous-estime et qu'il m'est nécessaire d'être rassuré et protégé. Mais qu'en sera-t-il si l'instance supérieure n'y parvient pas ? La peur s'amplifiera encore et l'individu cherchera un autre Maître.
Le monde quotidien dans cette inquiétude sourde se trouve empli des peurs de tous, des méfiances et des rancoeurs, des colères et des désirs de révolte. Mais le conditionnement est si profond qu'aucune révolte ne renversera le paradigme. Il s'agira juste de choisir de nouveaux Maîtres. La pyramide ne s'effondre jamais au final.
Je n'ai absolument aucun espoir quant à un changement de paradigme de façon volontaire et réfléchie.
Il faudrait adopter le mode de vie des Indiens Kogis, par exemple. Il n'y a pas de pyramide mais une citadelle et chacun a la responsabilité d'en maintenir la cohésion. Le Clan n'est pas simplement la somme des individus mais une entité à part entière que chaque individu constitue et dans laquelle il prend forme. Ce qui signifie que chaque individu ne pourrait exister sereinement hors du clan mais que le clan n'aurait aucune cohésion si les individus ne s'y sentaient pas sereins.
Nos sociétés modernes ont érigé le pouvoir individuel comme ciment de la pyramide. Mais ce pouvoir individuel est constamment mis en danger par la concurrence des autres, la soif de pouvoir de chacun. Dans ce monde compétitif, dans cette course vers la puissance matérielle, la peur est l'élement que chacun cherchera à amoindrir et si possible à anéantir.
Cette peur qui va conduire chaque individu à des comportements pervers, néfastes, destructeurs.
Dans l'histoire de ce crachat, les deux individus souffrent du même traumatisme éducatif : "L'autre n'est pas moi."
Il n'existe qu'une situation qui puisse faire voler en éclat cet individualisme : la catastrophe, la rupture totale avec le quotidien. Qu'il s'agisse d'un drame familial ou d'un cataclysme naturel.
L'autre devient moi quand je souffre tout autant que lui. On voit cette solidarité humaine s'étendre parfois et envelopper d'amour ceux qui souffrent.
L'amour... Voilà ce qui manque.
Plutôt que d'attendre que la souffrance partagée rapproche les êtres, en espérant d'ailleurs principalement que rien de grave ne viendra briser l'illusoire quiétude, ne devrait-on pas apprendre à chacun cet amour en soi ? Cet enseignement de l'amour de soi et donc de l'autre ne devrait-il pas être l'élement essentiel de toute éducation ?
Si l'amour devenait le tuteur des êtres, un amour universel dans une sérénité totale et immuable, les peurs n'auraient pas lieu d'être et le consommateur de bière n'aurait pas peur d'aller se soulager et le client au comptoir n'aurait aucune idée malveillante envers cette bière puisqu'elle pourrait être la sienne et qu'il aime avant tout participer à la sérénité de tous pour que la sienne soit préservée.
Il ne s'agit pas de se sacrifier béatement à la volonté des autres pour que leur bonheur soit assuré, mais d'instaurer un équilibre respectueux entre l'autre et soi.
Je donne ce que j'attends aussi pour moi. Je donne l'amour dont j'ai besoin, je donne la paix qui me comble, je donne l'attention que j'aime recevoir.
Je donne tout ce que j'ai de plus beau pour que le plus beau des autres vienne à moi.
Le monde idéal serait celui où l'individu qui doit aller vider sa vessie n'a même pas besoin de demander à quelqu'un de surveiller sa bière.
Personne n'aurait jamais l'idée d'y porter préjudice. L'idée même n'existerait pas. Puisque chacun ressentirait en lui une blessure envers lui-même. Puisque l'autre est moi.
Et si je prolonge cette utopie au monde animal, au monde végétal, à la Terre entière, il devient impossible que des souffrances soient commises.
Puisque la vie insérére est identique à sa source.
L'énergie vitale qui anime ce poisson dans les mers australes est la même que celle qui est en moi. L'énergie vitale qui anime la sève des arbres est la même que celle qui anime le sang dans mes veines.
Tout est moi et je suis par conséquent également l'ensemble du vivant.
Nous sommes pourtant profondément désunis parce que profondément identifiés.
Se dire "humain" est déjà une scission, c'est déjà marquer une rupture, une hiérarchie.
Nous devrions nous dire simplement "vivant".
Je suis vivant.
Tout comme les poissons qui meurent dans les filets dérivants, tout comme les agneaux saignés pour quelques côtelettes, tout comme les poussins broyés dans des machines, tout comme les millions de milliards d'êtres vivants sacrifiés pour ces quelques milliards d'humains qui se sont extraits du vivant.
Je rêve d'un monde où les humains n'existeraient plus. Puisqu'ils se nommeraient eux-mêmes les "Vivants".
J'ai entendu tout à l'heure que plusieurs skieurs étaient morts dans une avalanche. Qu'en est-il des milliers d'animaux qui ont été égorgés aujourd'hui ? Eux aussi, ils étaient vivants pourtant.
"On ne peut pas comparer des humains et des lapins, c'est aberrant, ça n'est pas le même drame."
C'est d'avoir fini par le croire qui est un drame.
C'est étrange mais je ne sais plus quelle était la première pensée qui m'est venue en lisant cette histoire de bière mais je sais pas contre que l'arborescence de pensées qui s'est érigée ensuite, je suis incapable d'en retrouver l'ensemble.
L'écrit conduit sur une branche mais combien de branches sont délaissées aussitôt ? Combien de pistes qui resteront inexplorées parce que la pensée doit être contrainte pour s'exprimer ? L'étendue de ce que les gens vont comprendre dépendra donc de ma capacité à exprimer le contenu d'une infime partie de l'arborescence.
Là, pour ce soir, je me comprends. C'est déjà bien...
Génocide des Indiens.
Dans la préface de l’incontournable ouvrage de Dee Brown “Bury my Heart at Wounded Knee” ( Enterre mon coeur à Wounded knee, 1970, réédité en 2000 et 2007) il est fort justement dit ceci: “Si les anglo-américains ont ‘gagné’ l’Ouest du continent, alors pourquoi ne par raconter l’histoire du point de vue de ceux qui l’ont ‘perdu’: les Apaches, les Nez-Percés, les Utes, les Cheyennes, les Sioux, les Arapahos, les Navajos ?… Pour les Indiens du reste, l’Est a toujours été la direction de laquelle le trouble est venu. […] Dee Brown fut capable de montrer comment le gouvernement des Etats-Unis a employé une méthode consistante de mensonge et de tromperie ainsi que de manipulation pour arracher leurs terres ancestrales, nation autochtone après nation autochtone.”
Célébration du plus gros génocide de l’histoire de l’humanité !-L’invasion de Christophe Colomb en Amérique
de Sandra Véringa | 11 octobre 2016

Célébration du plus gros génocide de l’histoire de l’humanité !-L’invasion de Christophe Colomb en Amérique
« Si vous les hommes blancs, n’étiez jamais venu ici, ce pays serait encore tel qu’il était autrefois. Tout y aurait conservé sa pureté originelle. Vous l’avez qualifié de sauvage, mais en réalité il ne l’était pas, il était libre. Les animaux ne sont pas sauvages, ils sont seulement libres. Nous aussi l’étions avant votre arrivée. Vous nous avez traité de sauvages, vous nous avez appellé barbares, non civilisés. Mais nous étions seulement LIBRES !! » Léon Shenandoah, chef indien iroquois
Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique
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Voilà, tout est dit. Une pure fabulation de la vérité, pourtant, c’est la première chose qu’on nous apprend dans notre plus tendre enfance. Mais cela n’est seulement le début des atrocités secrètes qui ont façonné la société que nous connaissons aujourd’hui.
“Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux.”
~ Albert Camus ~
Journée Christophe Colomb mythe et réalité de la célébration morbide de l’holocauste du continent américain
Tous les écoliers d’Amérique du Nord apprennent ce poème qui commence par ces vers devenus forcément célèbres:
“In fourteen hundred ninety-two
Colombus sailed the ocean blue,”
Poème, contine écrit pour immortaliser auprès de la jeunesse la “découverte” du “nouveau monde” par la chrétienté occidentale au XVème siècle.
Colomb, un aventurier italien, mercenaire du roi d’Espagne, de son nom espagnol Cristobal Colón, qui veut dire “le colonisateur porteur de la croix” posa le pied sur les îles des Caraïbes le 12 octobre 1492, où il fit de suite érigé une croix et des gibets, histoire de donner d’entrée, le ton de l’aventure.
Le narratif colonial nous dit qu’il apporta les lumières de la civilisation chrétienne en ces terres paiennes, le poème à sa gloire citant même le “commerce des épices” avec les locaux.
Si bon nombre connaît le narratif officiel, immortalisé par le “Gégé” national dans un film de propagande de commande réalisé par Ridley Scott en 1992, dont le but évident fut de redorer l’image de Colomb ternie par la vérité historique émergeant pas à pas et contrant le narratif propagandiste colonialiste.
Le 12 octobre fut célébré pour la première fois 300 ans après l’arrivée de Colomb, le 12 octobre 1792. Le 12 octobre fut déclaré fête nationale “Colombus Day” en 1912, puis de nouveau par le président FDR en 1934. Ce n’est que plus tard, sous la présidence de Richard Nixon, en 1971, que “Colombus Day” fut établi comme fête nationale ayant lieu tous les seconds lundis du mois d’octobre.
L’arrivée de Colomb en ce jour néfaste de 1492 marqua le début du plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité qui vit la destruction et l’annihilation d’entre 30 et plus de 100 millions d’indigènes, selon les sources, depuis cette époque sur l’ensemble du continent des Amériques. Si les chiffres sont toujours débattus, le massacre généralisé, qui continue de nos jours alors que nous écrivons ces lignes, aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil, dans la forêt amazonienne et là où des intérêts liés aux ressources naturelles et leur exploitation par les corporations et gouvernements sont en jeu, lui est totalement avéré par les archives.
Célébrer le jour de Colomb, célébrer le mythe de la civilisation apportée au “nouveau monde”, c’est célébrer le plus grand holocauste qui s’est tenu sur cette planète et pour l’expliquer un peu mieux, laissons la place aux historiens et à la parole historique autochtone.

Ce que nous dit l’histoire hors propagande coloniale
Dans la préface de l’incontournable ouvrage de Dee Brown “Bury my Heart at Wounded Knee” (1970, réédité en 2000 et 2007) il est fort justement dit ceci: “Si les anglo-américains ont ‘gagné’ l’Ouest du continent, alors pourquoi ne par raconter l’histoire du point de vue de ceux qui l’ont ‘perdu’: les Apaches, les Nez-Percés, les Utes, les Cheyennes, les Sioux, les Arapahos, les Navajos ?… Pour les Indiens du reste, l’Est a toujours été la direction de laquelle le trouble est venu. […] Dee Brown fut capable de montrer comment le gouvernement des Etats-Unis a employé une méthode consistante de mensonge et de tromperie ainsi que de manipulation pour arracher leurs terres ancestrales, nation autochtone après nation autochtone.”
C’est aussi ce à quoi se sont attelés depuis lors, des historiens tels queHoward Zinn, David Stannard, Roxanne Dunbar-Ortiz, Charles C. Mann, ainsi que des historiens, juristes et militants autochtones tels Vine Deloria Jr, Taiaiake Alfred, Ward Churchill, Russell Means, Steven Newcomb que nous allons citer pour illustrer ce propos et éclairer l’histoire du côté des soi-disant “vaincus” et ainsi réviser les positions historiques colonialistes et eurocentristes de la doctrine officielle faisant la promotion de fêtes nationales comme le “Colombus Day” et “Thanksgiving” afin de maintenir la bonne conscience coloniale dans les esprits citoyens sous emprise.
Voyons d’abord ce que nous disent les études historiques sur le continent des Amériques avant l’arrivée de Colomb, dans la période dite pré-colombienne. L’histoire coloniale officielle fait toujours état de populations autochtones éparses, peu nombreuses, mal organisées et peu nombreuses, bref, le portrait typique d’un monde obscur et barbare ne demandant qu’à recevoir la civilisation chrétienne. Là encore, l’histoire classique parle toujours des “Européens”, du continent avant l’arrivée des “Européens”, les “Européens” qui découvrirent le “nouveau monde”, de la “civilisation européenne” et tout ce qui est utile pour occulter le fait que dans les écrits de l’époque, il n’était fait nulle mention des “Européens”, mais des Chrétiens. Les documents officiels, décrets pontificaux, chartes royales ne parlent que de “terres païennes”, “d’ennemi du Christ”, de “barbares et d’infidèles” à “réduire en esclavage perpétuel”, à “dominer”, à “subjuguer”, ce qui fut effectivement fait en respectant la lettre des décrets et chartes publiés.
D’autre part, la controverse sur les chiffres de la démographie autochtone dans la période pré-colombienne tend à se dissiper au fur et à mesure de la publication d’éudes de plus en plus approfondies sur la question. L’histoire officielle veut nous faire croire depuis des décennies que la population amérindienne pré-colombienne était de quelques centaines de milliers d’individus vivant disséminés sur le continent de manière nomade et arriérée. Cette vision d’un monde obscur et de survie extrême, servant la doxa coloniale, est balayée par les nouvelles études universitaires.
Ainsi nous apprenons ceci dans l’ouvrage récent de l’historienne Roxanne Dunbar-Ortiz “An Indigenous History of the United States”, 2014, p.17 que: “La population totale du continent était d’environ 100 millions à la fin du XVème siècle, les 2/5 de la population se situant en Amérique du Nord, incluant ce qui est aujourd’hui le Mexique. Le région centrale du Mexique à elle seule comportait quelques 30 millions de personnes. A la même époque, la population de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural était de 50 millions…”
L’Amérique pré-colombienne:
Charles C. Mann, journaliste au magazine “Science”, auteur de 4 ouvrages dont “1491, nouvelles révélations sur les Amériques avant Colomb”, Vintage Book, 2005 ~ Extraits traduits par Résistance 71~
“Lorsque Cortez arriva, d’après les chercheurs de l’université de Berkeley, Californie, Cook et Borah, 25.2 millions de personnes vivaient dans la région centrale du Mexique seule, une zone de 125 000 km2. Après son arrivée, la démographie de toute la région s’effondra. Dans les années 1620-25, il ne restait plus que 730 000 Indiens, approximativement 3% de la population originale avant la première apparition des colons. Cook et Borah ont calculé que cette zone précise n’a pas retrouvé sa population du XVème siècle avant la fin des années 1960.
Dès l’époque de Bartolomé de Las Casas, les Européens (chrétiens) ont su que leur arrivée avait amené une catastrophe pour les populations des Américains natifs. “Nous les chrétiens, avons détruit bien des royaumes ; où l’Espagnol passa, conquît et découvrit, ce fut comme si un feu avait traversé l’endroit, détruisant tout sur son passage.” écrivit Pedro Cieza de León, le grand voyageur de l’après conquête du Pérou.”
“Il est vrai que les conquistadores ne voulaient pas la mort en masse des Indiens ; mais ce désir n’était en rien motivé par un élan humanitaire. Les Espagnols voulaient en effet que les indigènes soient utilisés comme source de travail forcé (esclavage). De fait, les morts en masse des Indiens fut un tel coup dur financier aux colonies, qu’elles menèrent, d’après Borah à une ‘dépression économique’, qui dura plus d’un siècle. Pour se repourvoir en main d’œuvre, les Espagnols commencèrent à importer des esclaves d’Afrique.”
N’oublions pas non plus que lorsque les chrétiens arrivèrent sur ce continent, y vivaient déjà les grandes civilisations centralisées Inca et Maya, et plus au nord les confédérations des grandes nations des plaines centrales (Cheyennes, Sioux, Arapahos, Commanches, Apaches), au nord-est la confédération iroquoise, les nations algonquines, toutes avec un mode de gouvernance gérant, de manière centralisée (Inca, Aztèque) ou non, des millions de personnes.
La culture nord-américaine a gravé dans sa littérature l’épopée romancée des premiers explorateurs à atteindre la côte Pacifique: Meriwether Lewis et William Clark plus connus sous le vocable de Lewis & Clark, décrivant les étendues vierges et sauvages du sous-continent. Voici ce qu’en dit Charles Mann:
“Incroyable d’imaginer aujourd’hui des bisons vivant de New York à l’état de Georgie. Une créature des grandes plaines, le Bison bison fut importé à l’Est par les Indiens suivant une route de feu de prairie géré et contrôlé par les indigènes, alors que cela changeait des forêts en pâturages pour que le bison puisse survivre si loin des ses terres originelles. Le feu des Indiens a eu un gros impact sur le milieu du continent que les Amérindiens transformèrent en une prodigieuse grande ferme d’élevage. Les Amérindiens ont brûlé tant de fois les prairies centrales et du Midwest, que cela a étendu leur superficie, en toute probabilité, les grands pâturages célébrés aujourd’hui par les cow-boys furent établis et entretenus par les peuples vivant là les premiers. ‘Lorsque Lewis & Clark se dirigèrent vers l’Ouest depuis St Louis, ils n’explorèrent pas une étendue sauvage mais une très vaste pâture gérée par et pour les Indiens”, écrivit l’éthnologue Dale Lott.”
Roxanne Dunbar-Ortiz: Docteur ès Histoire de l’université d’UCLA, chaire d’études des nations amérindiennes de l’université d’état à Hayward, Californie, auteure de plusieurs ouvrage dont “Une histoire indigènes des Etats-Unis”, 2014
Extraits traduit par Résistance 71
Quand on lit ce qui suit, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec la société celtique qui mena l’Europe de l’Irlande au Danube pendant plus de 800 ans…
“Au moment des invasions européennes chrétiennes, les peuples indigènes avaient occupé et façonné chaque parcelle des Amériques, établi des réseaux extensifs d’échange et des routes de communication et ils subvenaient à leur population en s’adaptant à des environnements naturels spécifiques, mais ils adaptaient aussi la nature à leurs besoins. […]
L’universitaire David Wade Chambers écrit: “… Les Amériques pré-colombiennes étaient sillonnées et reliées par un réseau complexe de routes et de chemins qui devinrent les premiers chemins empruntés par les occupants et furent ensuite transformés en autoroutes.’ […] L’Amérique du nord en 1492 n’etait pas une étendue sauvage vierge de toute civilisation mais un réseau complexe de nations indigènes, les peuples du maïs. Le lien entre les peuples du nord et du sud du continent peut être observé par la distribution du maïs depuis la Mésoamérique… Cette brève revue d’une Amérique du Nord précoloniale suggère la magnitude de ce qui fut perdu par l’humanité et contredit tout à fait le mythe entretenu par les occupants colons des chasseurs-cueilleurs néolithiques vadrouillant sur la terre pour juste survivre. Celles-ci étaient des civilisations fondées sur une agriculture avancée et caractérisées par un système politique de gouvernance.

L’holocauste
David Stannard:
Historien, professeur d’études américaines à l’université d’Hawaii, auteur de six ouvrages et de nombreux articles universitaires. Son livre phare est “American Holocaust: The Conquest of the New World”, publié aux éditions Oxford Press, 1992, dont nous avons traduit l’extrait ci-dessous.
“Pour remettre ceci dans une perspective contemporaine, le ratio de survivants natifs sur le continent des Amériques après le premier contact avec les Européens, fut moins de la moitié de ce que serait le ratio de survie aujourd’hui aux Etats-Unis si chaque blanc ou noir mourait. La destruction des Indiens sur le continent fut et de très loin, le plus important génocide de l’histoire de l’humanité. C’est pourquoi, comme un historien l’a dit abruptement, loin du romantisme et de la chevalerie habituellement employés pour symboliser l’établissement des chrétiens d’Europe aux Amériques, le symbole le plus approprié à la réalité serait en fait une pyramide de crânes. […]
De plus, la question importante pour le futur dans ce cas n’est pas “cela peut-il encore se produire?” mais plutôt si “cela peut-il être arrêté ?” Car le génocide des Amériques et dans d’autres endroits du monde où des peuples indigènes survivent, n’a jamais vraiment cessé. Aussi récemment qu’en 1986, la Commission des Droits de l’Homme pour l’Organisation des Etats-Unis a observé que 40 000 personnes simplement “disparurent” au Guatémala durant les quinze années précédentes. 100 000 autres ont été ouvertement assassinées. Ceci représente l’équivalent aux Etats-Unis de plus de 4 000 000 de personnes qui seraient massacrées ou retirées sous décret officiel du gouvernement, un chiffre qui est presque six fois le chiffre de toutes les morts américaines durant la guerre de sécession, 1ère guerre mondiale, seconde guerre mondiale, guerres de Corée et du Vietnam, le tout combiné.“
Dunbar-Ortiz cite dans son livre sus-mentionné, l’auteur de la fameuse histoire “Le merveilleux magicien d’Oz” L. Frank Baum, qui écrivit en 1890 5 jours après le massacre de Wounded Knee, le 3 janvier 1891: “Les pionniers (sic) avaient déclaré auparavant que notre seule sécurité dépend de l’extermination totale des Indiens. Les ayant trompé pendant des siècles nous ferions mieux, afin de protéger notre civilisation, de faire suivre cela par un autre méfait et de faire disparaître de la face du monde ces créatures sauvages et indomptables.”
[…]
Cette copie du 18ème siècle de la carte de l’amiral chinois Zheng He de 1417 prouve le Nouveau Monde n’a pas été «découvert» par Christophe Colomb. La carte a été authentifié par les experts de ventes aux enchères de Christie.
“En 1913, la cour suprême des Etats-Unis déclara dans sa décision de maintenir le peuple Pueblos comme pupille du gouvernement fédéral: ‘Ils sont essentiellement un peuple simple, non informé et inférieur’.”
Le mensonge du narratif historique va jusque dans les caractères mêmes des soi-disants héros de la longue guerre des Etats-Unis contre les Indiens. C’est ainsi que le narratif s’est enrichi des images hollywoodiennes de la cavalerie pimpante coloniale chargeant les méchants Indiens tuant les pauvres fermiers blancs qui ne leur avaient rien fait, tout comme dans les films de John Ford, qui participèrent grandement à la propagande du statu quo colonial. A ce sujet voici ce que nous dit Dunbar-Ortiz dans son livre p.148:
“Comme l’a écrit l’historien amérindien Jace Weaver: “Les guerres indiennes des Etats-Unis ne furent pas combattues par la cavalerie blanche américaine comme montré dans les films de John Ford, mais par des Africains-Américains, et des immigrants irlandais et allemands enrôlés.” La chanson célèbre et envoûtante de Bob Marley “Buffalo Soldier” capture parfaitement l’expérience coloniale des Etats-Unis: “Said he was a buffalo soldier / Win the war for America.”
De tous les historiens américains, Howard Zinn de l‘université de Boston, fut celui qui en 1980, jeta l’énorme pavé dans la mare coloniale lorsqu’il publia son livre choc devenu culte aujours’hui (plus de 2 millions de copies vendus pour un livre d’histoire, pas mal du tout !…) “Une histoire populaire des Etats-Unis” qui s’ouvre sur le chapitre qui frogorifia l’Amérique “Christophe Colomb, les Indiens et le progrès humain” . Il récidiva dans le chapitre 5 de son livre entretien avec Donaldo Macedo en 2005:“Christophe Colomb et la civilisation occidentale”, qui reprend tous les thèmes de son premier chapitre de 1980.
En voici quelques extraits, nous avons par ailleurs traduit et publié ce chapitre sur Résistance 71 en septembre 2012.
“Laissez-moi ici vous faire une confession: Je ne savais pas grand chose de Colomb jusqu’à il y a environ une douzaine d’années, quand j’ai commencé à écrire mon livre “Une histoire populaire des Etats-Unis”. Je possédais un doctorat en Histoire (Ph.D) de l’université de Colombia, ce qui veut dire que j’avais reçu l’entrainement adéquat d’un historien, mais ce que je savais en fait de Christophe Colomb n’était que ce que j’avais appris à l’école primaire. […]
Ainsi, comment devais-je donc raconter l’histoire de Christophe Colomb ? J’en vins à la conclusion que je devais la voir au travers des yeux des gens qui étaient là lorsqu’il arriva, les gens qu’il appelait les “indiens”, parce qu’il croyait être arrivé en Asie. Et bien, ils n’ont laissé aucun mémoire, aucune histoire. De plus, ils avaient été exterminés en quelques décennies après l’arrivée de Colomb.
[…] Oui il était concerné par Dieu, mais il l’était plus encore par l’or. Partout sur l’île d’Hispagnola (aujourd’hui Haïti) où lui, ses frères et ses hommes passèrent le plus clair de leur temps, il fit ériger des crucifix partout. Mais ils construisirent également des échafauds partout sur l’ïle, on en comptait 340 en 1500. Des crucifix et des échafauds, cette terrible juxtaposition historique.
[…] Les atrocités se multiplièrent. Las Casas témoigna d’Espagnols embrochant des indiens au fil de leurs épées pour le plaisir, fracassant la tête de nouveaux-nés sur les rochers; lorsque les indiens résistaient, les Espagnols les traquaient, équippés pour les tuer de chevaux, d’armures, de lances, d’épieux, d’arquebuses, d’arbalètes et de chiens dressés particulièrement féroces. Des indiens prirent parfois ce qui appartenait aux Espagnols, pour ce que les indiens n’avaient pas de concept de ce qu’était la possession privée et donnait eux-mêmes tout à fait librement ce qui leur appartenait, ils furent décapités ou brûlés vifs au bûcher.”
Nous vous engageons à lire notre traduction complète du chapitre.
Dans le premier chapitre sur Colomb de son livre “Une histoire populaire des Etats-Unis”, Zinn dit ceci:
“En deux ans [après l’arrivée de Colomb], par le meurtre, les mutilations ou le suicide, plus de la moitié des 250 000 Indiens vivant sur Ispañola (aujourd’hui Haïti) étaient morts. […] En 1550 ils n’étaient plus que 500. Un rapport datant de l’année 1650 indique qu’aucun des Indiens originels Arawaks/Tainos ou leurs descendants n’existait sur l’île.”
Puis plus loin: “lorsqu’il arriva sur Ispaõla en 1508, Bartolomé de Las Casas dit “Il y avait 60 000 personnes vivant sur l’île incluant les Indiens, ainsi entre 1494 et 1508, plus de trois millions de personnes périrent de la guerre, de l’esclavage et du travail dans les mines. Qui des générations futures croira cela ? Moi-même écrivant ceci en tant que témoin occulaire ayant connaissance de ceci, ai-je du mal à le croire…”
“Ce que Colomb fit aux Indiens Arawaks aux Bahamas et à Haïti, Cortez le fit aux Aztecs du Mexique, Pizzaro aux Incas du Pérou et les occupants colons anglais en Virginie et dans la Massachussetts le firent aux Indiens Powhatans et aux Péquots.
Que nous disent les natifs sur le sujet ?
Vine Deloria Jr: Historien, théologien et ancien directeur du Congrès National Indigène, auteur de nombreux ouvrages dont le fameux “Custer est mort pour vos pêchés”, 1978.
“l’acquisition de terres et le travail des missionnaires fonctionnent toujours ensemble dans l’histoire américaine.
[…] Les premiers colons ne fuirent pas les persécutaions religieuses autant qu’ils voulaient les perpétuer dans des circonstances qui leur étaient favorables.”
Taiaiake Alfred: Professeur de Science Politique, responsable de la chaire de gouvernance indienne à l’université de Victoria, Colombie Britannique, Canada. Auteur de plusieurs ouvrages de référence comme “Wasase” et “Peace, Power and Rightousness”, dont nous avons traduit de larges extraits.
“La plupart des non-indigènes ont toujours vu les peuples indigènes en termes problématiques: comme obstacles au progrès de la civilisation, comme pupilles de la couronne, des reliques des temps sauvages, la lie de la société moderne, des criminels, des terroristes… C’est toujours l’objectif des gouvernements canadien et américain de faire disparaître les Indiens ou, si cela échouait, de les empêcher de bénéficier de leurs territoires ancestraux.”
Steven Newcomb: Juriste, co-fondateur de l’Indigenous Law Institute, auteur de “Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, Fulcrum, 2008, dont nous avons aussi traduit et publié de larges extraits.
Newcomb a intensivement recherché et publié sur la motivation fondamentale qui envoya Colomb sur le continent du nouveau monde et tous ceux après lui: l’hégémonie coloniale, la conquête et l’extension de l’empire chrétien, de la chrétienté. Ceci a commencé à la fin du XIème siècle avec la première croisade et a atteint son point culminant avec les bulles pontificales Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493) qui envoyèrent, justifièrent la conquête du monde “païen” par la “grâce” d’un dieu vengeur et mystificateur et pour le bénéfice de ses représentants de “droit divin” sur terre, le pape et les rois et reines, c’est à dire la chrétienté: l’empire chrétien ou “imperii christianorum”…
“Quand, de la perspective aborigène, nous rejetons la fausse affirmation des chrétiens européens que “dieu” les a envoyé pour prendre possession et coloniser les terres indigènes des “Amériques”, il est évident que les chrétiens européens n’avaient aucune autorité légitime sur les nations indigènes et leurs territoires ancestraux. Ce que les chrétiens européens clâmèrent au nom de la loi, sur la base inconsciente du modèle cognitif du conquérant n’était rien d’autre que le droit d’empire et de domination, qui était intégral à la mentaité de domination de la chrétienté.”
“Durant le XVème et le XVIème siècles et plus tard, les monarchies et nations de la chrétienté levèrent le vieux narratif de l’ancien testament et le thème du peuple élu et de la terre promise du contexte géographique général du Moyen-Orient et commencèrent à le transférer au reste du monde. […] Ainsi, ils ont conçu que pour eux-mêmes, ils avaient reçu l’ordre de dieu de prendre possession des parties les plus importantes de la terre’. […] Les monarques et les conquistadores de la chrétienté transformèrent le ‘commandement ‘ de Yaveh aux Hébreus de prendre la terre de Canaan en une version globalisée chrétienne de la même doctrine.”
Christophe Colomb fonctionna sur ce système. De fait, il était mandaté par ce système incarné par le roi d’Espagne et protégé par les bulles Dum Versitas (1452), Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493). Le colonialisme occidental est avant tout un colonialisme religieux utilisant le bras séculier des états monarchiques de “droit divin” ne rendant compte qu’au “vicaire de dieu” sur terre: le pape.
Russel Means: Activiste Lakota de renom, membre fondateur de l’American Indian Movement (AIM), figure du siège de Wounded Knee en 1973, acteur, philosophe et sociologue, que nous avons traduit et publié également. Il la publié deux ouvrages remarquables, le premier son autobiographie “Where White Men Fear to Tread” en 1995 et le second juste avant sa mort en 2012 “Si vous avez oublié le nom des nuages vous avez perdu votre chemin”, qui est une superbe introduction à la pensée et à la philosophie amérindienne. Ce petit livre de juste 100 pages dont chaque mot est pesé, fut le testament spirituel de ce grand activiste. Nous avons traduit et publié de larges extraits de l’ouvrage sur Résistance 71.
En classe
Le texte du jour en classe :
"Si un joyau tombait dans une fontaine, la plupart des gens se jetteraient à I'eau et la tourmenteraient jusqu'à ce qu'elle devienne trop trouble pour y trouver autre chose que des cailloux.
Mais le sage, lui, attendrait que l'eau se calme pour permettre au joyau de briller par lui-même."
Roshi Yamada.
Je l'ai écrit au tableau. Les enfants le lisent silencieusement puis je le lis à voix haute.
"Ce texte parle en fait de votre esprit.
Silence...
Remplacez la fontaine par votre esprit.
Silence...
Et imaginez que votre esprit soit troublé.
Je les laisse visualiser la scène.
Silence...
Si votre esprit est comme cette fontaine, qu'est-ce qui peut venir troubler le calme intérieur ?
Quelques mains se lèvent.
-C'est quand on n'est pas concentré.
-Oui, c'est ça mais qu'est-ce qui empêche cette concentration, qu'est-ce qui vient agiter l'eau ?
-Les pensées ou quand on bouge sur notre chaise, quand on regarde ce qui se passe autour de nous, quand on bavarde.
-Oui et dans le cas de ce texte, l'auteur voulait principalement parler des pensées. Quand vous vous agitez, il y a eu une pensée qui vous a invités à bouger pour une raison quelconque. Et quand vous bavardez, il y a eu une pensée qui vous a invités à dire quelque chose. C'est toujours une pensée au départ et parfois on ne s'aperçoit même pas de son passage.
Silence...
Qu'est-ce que l'auteur propose de faire pour retrouver le joyau ?
-D'attendre que l'eau se calme.
-Mais pour que l'eau se calme, qu'est-ce qu'il faut faire ?
-Arrêtez de s'agiter.
-Arrêtez de penser dans tous les sens.
-Arrêtez de bavarder.
-Oui, très bien mais alors quel est ce joyau que le calme va permettre de retrouver ? Qu'est-ce que ce joyau représente ?
Silence...
Qu'est-ce que vous allez découvrir en vous lorsque vous serez dans le calme ?
Silence...
-La concentration.
-Oui mais qui est le créateur de cette concentration ?
-C'est moi.
-Ou toi, ou toi, ou toi... Vous tous, mais ce qui est merveilleux, c'est que vous seul pouvez y parvenir. Personne ne peut vous mener à votre joyau. Vous seul le pouvez. Vous, séparément, en suivant votre propre chemin, votre propre voie, celle qui se dessine en vous lorsque vous êtes calme et que votre force intérieure rayonne. Vous êtes chacun un diamant. Mais il n'y a que vous, seul, qui pouvez le découvrir. Les sages qui écrivent sur le diamant qui est en chacun le savent. Ils ne cherchent pas eux-mêmes à rayonner à travers la gloire et la célébrité. Ils souhaitent juste que chacun d'entre vous cherchent le trésor qu'il porte en lui."

Brian Acton@brianacton





































