Là-Haut

Articles de la-haut

Devenir prof...

Par Le 26/03/2014

Au fil des années, j'ai vu diminuer les enfants désirant devenir maître, maîtresse ou prof.

Depuis quatre, cinq ans, il n'y en a plus un seul...


Le ministère de l'Éducation finance quelques clips ineptes pour inciter les jeunes à se faire enseignants. Et je n'en ai vu aucun qui corresponde à la réalité de la profession : les mutations par exemple ne sont pas ce que l'on vous dit, elles sont le règne de l'arbitraire et du désespoir, et la gestion de la violence ordinaire ne se fait pas en claquant des doigts. Ils n'évoquent pas plus ce qui est à la source de l'intérêt passionné que je porte à ce métier depuis quarante ans. Pendant ce temps, un institut féru de statistiques nous apprend qu'enseignant est le métier qui fait le plus horreur aux demandeurs d'emploi.

Comment ? Malgré les vacances, malgré tout ce que le café du commerce dit de l'attractivité de ce métier de feignasses, malgré les salaires faramineux ! Pensez, 1 500 euros net par mois au terme de cinq ou six ans d'études complexes pour avoir le droit d'enseigner au fin fond d'un département hostile dans deux ou trois établissements distants de quelques dizaines de kilomètres à des élèves peu motivés dotés de parents agressifs...

Repoussoir

Eh bien, non. Les chômeurs préfèrent, de loin, être conducteurs de locomotive... Quitte à rêver comme des gosses, ils ne rêvent pas sur le tableau noir ou, plutôt, comme les nouvelles technologies sont désormais la tarte à la crème des néo-pédagogues, sur le tableau interactif (j'ai jadis pensé que certains pouvaient avoir un intérêt à imposer le renouvellement du parc informatique et autres joujoux inutiles et dispendieux, mais non, c'est par bêtise et conviction qu'ils croient qu'un ordinateur peut remplacer un maître). Ils ne rêvent pas sur les classes surchargées ni sur les programmes simultanément ambitieux et incohérents, et que l'on n'est pas près de réécrire, alors que c'était la priorité des priorités.

Ils ne rêvent pas sur ce qui était le coeur du métier, la transmission des savoirs, parce qu'on a vidé ce coeur et que l'on envisage très sérieusement de le remplacer par une mécanique "curriculaire" (sic !) qui mettra les "compétences" de l'élève au centre du système. Non, ils ne rêvent plus sur "le plus beau métier du monde", parce que les apprentis sorciers de la pédagogie en ont fait un repoussoir, à force d'imposer aux futurs enseignants leurs lubies et leurs propres incompétences.

Crise de recrutement

De ce désamour, je ne veux pour preuve que la raréfaction des candidatures dans les concours de recrutement. Dans certaines disciplines, il y a aujourd'hui plus de postes offerts que de candidats - et les jurys n'osent même pas les affecter tous sur les postes, tant le niveau est parfois bas. Particulièrement en sciences. Marian Balastre, sur l'excellent site Skhole, analyse en détail les chiffres, l'évolution du taux de candidatures sur les quinze dernières années (90 % de candidats en moins, pour un nombre de postes globalement constant), et pointe une évidence : "Les candidats eux-mêmes n'ont plus soit le niveau, soit l'attrait pour la transmission d'une discipline académique ; en échange, l'idéologie pédagogiste de la gestion éducative des compétences des élèves, qui se développe actuellement pour pallier la ruine du modèle transmissif, n'attire évidemment pas les "cerveaux", les étudiants cultivés et ambitieux intellectuellement."

Encore fallait-il le dire. Quand une profession peine à faire le plein, ce n'est pas dans les élites qu'elle recrute. Et comme l'avoue sous cape le ministère, qui fait pourtant de son mieux pour anéantir le dernier secteur qui marche, c'est dans les classes prépas que l'on trouve les derniers vrais spécialistes.

Quelques suggestions...

J'imagine que Vincent Peillon a payé (fort cher) les "consultants" qui ont imaginé cette campagne de promotion du métier effarante. Ce n'est pas dans ses propres services, actuellement occupés à se déchirer entre eux, et quelle que soit la compétence réelle de certaines petites mains de la DGESCO, que l'étincelle surgira pour faire des spots publicitaires convaincants. Mais je voudrais faire au ministre, arrivé porteur d'espoirs et qui, s'il fait les frais, comme on le susurre, d'un prochain remaniement, partira sous les huées, quelques suggestions qui produiraient chez les étudiants en herbe l'ambition d'entrer dans la carrière professorale.

D'abord, ne pas mentir au départ sur les taux effectifs de recrutement. À quoi bon lancer des étudiants dans des études de philo (qui ne débouchent que sur l'enseignement), alors que cette discipline, qui n'existe par définition qu'en terminale, n'offre pas grand nombre d'opportunités ? Autant imposer un numerus clausus réaliste. Cela allégera d'autant les cours, en les peuplant d'étudiants motivés, et non de fantômes - spooks, disait le héros malheureux de Philip Roth dans La Tache - venus s'inscrire pour bénéficier de la Sécu étudiante.

Augmenter les enseignants !

Ensuite, quitte à prévoir (c'est gouverner, n'est-ce pas...), réinstaurer le système des IPES, qui dans les années 1960 garantissait (sur concours) un traitement mensuel minimum aux candidats au professorat, en fin de L1 ou de L2, en échange d'un engagement décennal à servir l'Éducation nationale. Cela vaudra mieux que toutes les bourses, toujours insuffisantes et attribuées sur des critères sociaux opaques. Les ambitieux pauvres - j'en fus - auront à coeur de le réussir, au lieu de se voir proposer une béquille insuffisante pour avoir le droit d'occuper un siège en université. Le mérite reconnu vaut toujours mieux que le saupoudrage de charité.

Sur ce plan, cesser de se voiler la face et admettre que les enseignants français sont parmi les plus mal payés de l'UE - moitié moins, en moyenne, que leurs confrères allemands par exemple. Les syndicats disent tout haut qu'ils n'admettront pas un gel du point d'indice pour la cinquième année consécutive... Ils se cachent derrière leur petit doigt : il faut augmenter les traitements de départ de 50 %. Je dis bien les traitements, et pas un absurde système de primes qui ne se retrouveront point dans le calcul, in fine, de la retraite. Mais nous n'avons pas d'argent ! Ah, oui ? C'est pour ça que vous changez le parc informatique tous les deux ans - pour rien ? C'est pour ça que vous payez les conseillers du ministre plus de 10 000 euros par mois - sans compter une foultitude d'administratifs de tout poil, qui font des rapports sur les gens qui font des rapports... Des profs et des élèves - cela suffit.

Cela, c'est l'aspect matériel - mais il n'est pas négligeable, dans un monde où être, c'est avoir, et où l'on évalue les gens à l'aune de ce qu'ils gagnent. Demandez donc aux élèves ce qu'ils pensent d'un enseignant qui s'échine pour 1 500 euros par mois. On déplore la féminisation du métier ? Ma foi, on méprisera moins des enseignantes qui gagneront au départ 2 300 euros par mois.

Toujours moins

Mais surtout, le grand surtout, c'est dans les programmes et dans la pédagogie qu'il faut sévir. Redonner aux enfants le goût de l'étude, c'est parler à leurs passions - et non à leur raison, qui est encore en construction. Un pédagogue doit fasciner, ou il n'est bon à rien. Dans quelque matière que ce soit. Et il fascinera d'abord par sa maîtrise de ce qu'il enseigne. La formation des maîtres ne peut se résumer à trois recettes de pédagogie assénées par des pseudo-spécialistes en "sciences de l'éducation", qui ont imposé aux étudiants de passer sous les fourches caudines des masters "professionnels" au lieu de chercher à approfondir leurs savoirs fondamentaux : les gourous du pédagogisme croient manifestement que l'on est suffisamment bon en maths avec un petit niveau licence. Enseigner ne consiste pas à maîtriser les programmes, mais à en savoir dix fois, cent fois plus. La formation des maîtres doit procéder essentiellement d'une immense culture disciplinaire.

Et d'une exigence maintenue. Le SNUipp, engagé dans une réflexion sur les programmes du primaire qui est un jeu de massacre des programmes de 2008, souhaite reporter à plus tard (aux calendes grecques, sans doute) certaines notions que Xavier Darcos avait souhaité voir enseignées en CP : nous voici au retour de l'apprentissage de la division en CM2 - ça arrangera certainement le "curriculum" des gosses. "Toujours moins" - telle est leur devise. À croire que non seulement ce ne sont plus les meilleurs étudiants qui se font enseignants, mais ce ne sont pas les meilleurs enseignants qui se font syndicalistes. Pas dans le primaire, en tout cas.

Un rêve de bobo

Ah, j'oubliais : il est urgent de confier la formation pratique des enseignants, après leur recrutement, à leurs pairs, et aux meilleurs d'entre eux, et non à des administratifs ou à des obsédés de schémas pédagogiques collés arbitrairement sur des élèves qui ne leur ont rien fait. Le problème n'est pas les rythmes scolaires, mais le contenu de la scolarité. Et je n'échangerai jamais un cours de français ou de maths contre deux heures de macramé. L'aménagement des rythmes scolaires version Peillon est un rêve de bobo parisien ignorant des réalités du terrain. Et la charge que ces divertissements imposés va faire peser sur les finances locales pèsera aussi certainement dans le choix des électeurs dans trois semaines. Surtout dans les communes les plus pauvres : les socialistes ont le chic pour se brouiller avec les pauvres. Sans doute parce qu'il y a beau temps qu'ils ne le sont plus eux-mêmes.

Ce ne sont que des pistes, bien entendu, mais leur mise en application peut être rapide, si l'on s'abstenait enfin de convoquer, dès qu'il s'agit de changer une virgule dans un décret, une commission ad hoc peuplée des indispensables incompétents qui sévissent depuis trente ans.

Vigilance

Par Le 25/03/2014

Texte de synthèse pour expliquer l'opposition à la réforme des rythmes scolaires.

La réforme des rythmes scolaires, ( RSS) expérimentée dans 20 % des communes cette année et censée s'appliquer dans toute la France l'année prochaine, est une véritable catastrophe à tous points de vue.

La réforme des rythmes scolaires fatigue les élèves car elle les prive de la coupure du mercredi et les oblige à passer DAVANTAGE de temps qu'avant en collectivité dans des conditions matérielles et sous un encadrement qui laissent très souvent à désirer.

La RRS expose les enfants à de nouveaux dangers car ils sont contraints de passer du temps sous la responsabilité de personnes non-formées pour travailler avec des enfants ( bénévoles, associations, personnels municipaux dont ce n'est pas le métier ... ) et avec des taux d'encadrement qui ont été largement revus à la baisse.

La RRS oblige les communes à organiser des activités périscolaires qui se résument très souvent à du temps de garderie supplémentaire faute de moyens, et qui les obligeront aussi à augmenter les impôts locaux après les élections, en plus des contributions que certaines demandent déjà aux parents pour un temps qui était gratuit jusque-là. D'autres communes ont choisi d'alléger ou de suspendre totalement les subventions aux associations sportives et culturelles.

La RRS creuse considérablement les inégalités entre les enfants car ils auront tous droit à des activités de qualités différentes (ou rien ) selon les moyens de la commune où ils vivent. Il ne s'agit donc plus d'une école nationale mais territoriale. Un désengagement programmé de l'Etat.

La RRS rend plus difficile la scolarité des élèves car en plus d'accroître leur fatigue, elle crée la confusion entre les activités scolaires obligatoires qui demandent de l'investissement et les activités de loisirs qui se passent dans les mêmes locaux mais avec des personnes qui n'imposent pas les mêmes règles de comportement.

La RRS rend plus difficile la tâche des professeurs des écoles car elle leur impose de partager des locaux et du matériel avec les "animateurs", de subir des dégradations de leur outil de travail ( la salle de classe ), et de régler quotidiennement des problèmes d'organisation au détriment du temps d'enseignement. Très souvent, il ne leur sera plus possible travailler en classe en fin de journée car les lovaux seront réquisitionnés par la commune.

La RRS rend plus difficile l'organisation quotidienne de nombreux parents car de nombreuses communes n'organiseront pas de garderie après le temps de classe qui se terminera plus tôt qu'avant, sans parler des problèmes de transport scolaire qui se posent déjà un peu partout et des difficultés que rencontrent à présent les professionnels travaillant avec les enfants, orthophonistes, clubs de sport ... dont certains ont déjà mis la clé sous la porte. La situation des nourrices agréées gardant des enfants d'âge différents est très compliquée. Des enfants à récupérer à des horaires différents, l'obligation de réveiller les jeunes enfants de leur sieste pour aller chercher des plus grands en plein milieu de l'après-midi. Dans certaines communes, les horaires de la maternelle et de la primaire seront totalement différents en fonction de toutes les contraintes imposées per les personnels et les locaux.

La RRS n'a rien à voir avec une quelconque volonté de favoriser la réussite des élèves:

La RRS sert en réalité à inverser ( artificiellement ) la courbe du chômage sur le dos des contribuables locaux et des parents d'élèves en obligeant les communes à recruter massivement du personnel pour quelques heures d'activités périscolaires par semaine afin qu'ils sortent des statistiques de Pôle Emploi.

La RRS sert en réalité à imposer un rôle éducatif aux communes en les contraignant à mettre en place un "Projet Educatif du Territoire" afin qu'elles se préparent à intégrer dans leur budget la charge des salaires des professeurs des écoles dans le cadre de l'acte 3 du plan de décentralisation des services de l'Etat, ce qui fera encore augmenter les impôts locaux et creusera terriblement les inégalités territoriales en matière d'enseignement.

La RRS sert en réalité à constituer un vivier de personnes disponibles pour assurer le service minimum d'accueil dans les écoles au moment des grandes grèves des enseignants prévues par le gouvernement quand justement cette décentralisation sera mise en place et qu'ils se battront pour conserver le statut de fonctionnaire d'Etat.
La RRS qui n'a pas obligation à être appliquée par les écoles privées contribuera à une fuite des familles les plus favorisées vers d'autres structures. De substantielles économies pour l'Etat. Un nombre croissant d'élèves quitteront l'école laïque et suivront toute leur scolarité dans des écoles privées appelées à se développer désormais très vite.

Plus de 2000 communes ont déjà décidé de ne pas appliquer cette réforme l'année prochaine.
Dans votre commune, opposez-vous à la mise en place de ce hold-up d'hypocrites préparé par la droite et appliqué par la gauche.

Informez-vous, des milliers de témoignages et d'articles de presse sont disponibles sur :
Forum "Vigilance rythmes scolaires"
http://vigilance-rs.clicforum.fr/index.php
Groupe facebook "Rythmes scolaires : Arrêtez le Massacre"
+ pdf téléchargeable " la face cachée des rythmes scolaires" :
https://www.facebook.com/groups/609556085733767/

Désertion

Par Le 25/03/2014

Il y a environ trois cent mille enseignants du premier degré en France.

Depuis la mise en place de la réforme Peillon, ils sont confrontés à un nombre invraisemblable de problèmes très lourds à régler. 

On ne compte plus les réunions. Enseignants, élus, parents d'élèves, associations...

Tout le monde oeuvre à l'élaboration de planning, de bouclement de budgets, d'entretiens d'embauche, d'état des lieux des bâtiments susceptibles d'accueillir les enfants.

Branle bas de combat.

En sachant pertinemment que tout cela n'évitera pas le désastre à venir.

C'est comme si l'ensemble des passagers du Titanic s'organisait pour boucher les trous dans la coque en sachant que c'est perdu d'avance.

J'ai entendu le président de la FCPE dire que cette réforme était ambitieuse et complexe et qu'il faudrait sûrement de nombreux ajustements et que ça prendrait du temps, un an, deux, trois peut-être...

Trois ans dans la vie d'un enfant de dix ans, est-ce qu'il s'est posé la question de savoir ce que ça représente ? Non. Il ne voit que son positionnement et sa propre analyse, totalement décorrelée de la réalité des enfants.

Un an dans la vie d'un enfant de dix ans, c'est donc un dixième.

J'ai 52 ans, cela représentrait donc plus de 5 ans.

C'est ainsi qu'il faut regarder cette période d'ajustements, la comparer à la vie d'un enfant...

Un an de troubles cognitifs, émotionnels, existentiels. Deux ans, peut-être trois...Un traumatisme irrémédiable.

Mais j'ai vraiment l'impression de parler dans le vide.

Tout le monde travaille à ordonner ce chaos.

Et je m'interroge. Pourquoi cette obéissance ?

Les raisons sont nombreuses : un attachement à un système qui a permis à ces enseignants d'obtenir un travail, une sécurité de l'emploi, un cadre de vie qui reste bien plus supportable que celui de l'ouvrier en usine...

Une certaine forme de respect pour cette "grande maison"...

La peur de l'avenir également.

Un enfermement professionnel étant donné que les gens de ma génération, nous n'avons que le BAC et notre diplôme d'instit. C'est à dire rien du tout...

J'ai eu mon 2ème RDV aujourd'hui avec le personnel de l'EN chargé de la reconversion des enseignants. Et bien, il n'y a rien, aucune solution...Un désastre.

Plus de budget, aucune prise en charge.

Prisonnier. Trente ans à enseigner, plus de mille élèves. Aucune valeur, rien, le néant. C'est comme du vide dans l'Univers. Inexistant.

Alors, tout le monde travaille.

Et c'est là que ça me pose un problème.

300 000 enseignants qui annonceraient au gouvernement qu'ils refusent catégoriquement d'appliquer cette réforme. Aucune menace de grève, aucun refus d'accueillir les élèves mais un blocus complet envers toutes les directives. Refus des inspections, aucun formulaire d'enquête, aucun document administratif, aucun retour. Tout à la poubelle. Aucune conférence pédagogique, ni en présentiel ni en virtuel (oui, c'est ainsi que ça va se passer désormais, conférences sur le net...). Aucun effectif communiqué. Un blocus.

Les enfants seraient accueillis, le travail serait fait, les parents soutiendraient l'action commune  des enseignants.

Nous serions tous en faute professionnelle. Trois cent mille fonctionnaires.

Une désobéissance civile, une "désertion" administrative.

Que pourraient-ils les politiciens ? Sanctionner 300 000 fonctionnaires ? 300 000 électeurs ?...

M Peillon agiterait la responsabilité, il jouerait sur la culpabilisation et sur la peur.

Mais les parents verraient que le travail avec les enfants est fait. Aucune sanction morale ne serait appliquée par la population.

De quoi ont-ils peur les enseignants ?

De perdre leurs prérogatives, leur sécurité, peur de s'opposer à la hiérarchie ? Peur de trahir Dieu le Père ? 

Et les enfants ?

Qui pensent aux enfants ?

Finalement, le corps enseignant est un corps d'armée. Pas question de se pencher sur les victimes du conflit.

"Ne pense pas, tais-toi et obéis aux ordres. "

Je ne cautionnerai pas ce massacre. Plutôt crever.

Ré-éducation Nationale

Par Le 25/03/2014

Une éducation soumise aux directives et pour ceux et celles qui s'y opposeraient, il suffit de mettre en place des mesures coercitves.

Chers parents d'élèves, vous n'avez pas idée de ce qui va advenir de vos enfants...


Éducation nationale : le (dernier) mauvais coup de Vincent Peillon

Le Point.fr - Publié le

Avec la complicité des syndicats, le ministre, bientôt recasé à Bruxelles, démolit le statut des enseignants. Démonstration par Jean-Paul Brighelli.

Une modification du décret de 1950 va encore aggraver la paupérisation des enseignants, parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE.
Une modification du décret de 1950 va encore aggraver la paupérisation des enseignants, parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE. © Rierre Andrieu / AFP

1345
122
14
Par

Le 27 mars prochain, Vincent Peillon, quelques jours avant de quitter sans doute le ministère pour cause de campagne des européennes (il a ingénieusement prévu de se faire tête de liste dans le Sud-Est, ce qui lui assure, quel que soit le désamour électoral pour son parti, un gîte à Bruxelles pour les années à venir) et de remplacement par Ségolène Royal, disent les augures, fera signer à la plupart des syndicats d'enseignants l'abrogation des "décrets de 1950" qui régulaient depuis soixante-trois ans le temps de service des profs.

J'en ai déjà parlé ici même début janvier. On en était alors aux intentions. La plupart des syndicats n'ont pas bougé, sinon dans le sens du ministre. Dès lors, pourquoi se gêner et ne pas passer aux actes ?

Le nouveau texte, qui ramène les enseignants au cadre général de la fonction publique, établit que ce seront désormais 1 607 heures qui seront dues - en 36 semaines de cours. Soit un peu plus de 44 heures par semaine : cela fait beaucoup, cela contrarie la loi, et contrarie même Mme Royal, qui proposait jadis que nous passions tous à 35 heures. On peut donc s'attendre à un allongement de l'année scolaire (rentrée en août, 37, 38, 39 semaines de cours ? Impossible - les élèves n'y résisteraient pas, les chronobiologistes qui ont envahi la rue de Grenelle et imposé au ministre l'idée absurde des "rythmes scolaires" protesteraient sauvagement), et à ce que les enseignants soient mis à disposition des chefs d'établissement (pour jouer aux concierges ? animateurs de centres aérés ? gentils animateurs ?) et des responsables départementaux (pour les certifiés) ou régionaux (pour les agrégés).

Celui qui paie décide

Parce qu'en même temps que le sabotage du temps de travail (je résume : les profs travailleront deux fois plus pour un salaire équivalent, voire nettement inférieur en ce qui concerne les classes préparatoires), les syndicats se voient imposer la territorialisation de l'enseignement : dans un grand accès de fièvre anti-jacobine, le ministre souhaite effectivement ranger une fois pour toutes les établissements sous la férule des autorités locales qui les gèrent - les municipalités pour le primaire, les conseils généraux pour les collèges, les régions pour les lycées. C'est celui qui paie qui décide, n'est-ce pas, même s'il est incompétent.

À Marseille, où j'écris, j'entends d'ici les cris d'enthousiasme de mes collègues à la perspective de dépendre désormais de Patrick Mennucci, ce phare de l'intelligence qui prétend diriger la troisième ville de France.

Fin des garanties nationales, fin des libertés pédagogiques. Ah, si, il restera toujours la possibilité, pour les plus fortunés, d'inscrire leurs bambins dans des structures totalement privées.

La presse a été curieusement muette sur cette casse des conditions de travail de ceux qui forment les enfants - y compris ceux des journalistes. C'est que le projet du ministère s'est intelligemment étalé dans le temps, avec moult écrans de fumée et désinformation massive (curieusement relayée par des syndicats censés défendre les enseignants), après les manifestations brutales de refus organisées par les profs de prépa en décembre : ils se battaient pour leurs salaires, certes, et pour la réussite de leurs élèves (le noyau dur de ce qui marche encore en France, faut-il le rappeler) ; mais ils voyaient aussi venir Peillon avec ses gros sabots, qui, avec son projet, impose désormais à tous les enseignants des "missions" aux contours assez flous pour qu'on y glisse n'importe quoi.

Travailler plus pour gagner encore moins

Un fait aurait pu alerter les journalistes spécialisés : Luc Chatel, précédent ministre, mais aussi membre éminent d'une UMP qui d'habitude n'est pas avare de critiques, se félicite de l'initiative de son successeur. À ceci près qu'il envisageait d'augmenter les enseignants (travailler plus pour gagner plus), et qu'un ministère de gauche, sûr du vote d'un corps qu'il croit captif, impose, lui, de travailler beaucoup plus pour ne pas gagner davantage (et même nettement moins : les salaires, parmi les plus bas de l'OCDE, sont bloqués depuis des années, et les calculs les plus objectifs prouvent un recul, en dix ans, de 20 % des salaires, calculés en pouvoir d'achat).

Une pétition circule sur le Net pour organiser une protestation massive contre cet étrange projet qui vise à vider largement l'enseignement de ses fonctions... d'enseignement. Après tout, pourquoi se gêner ? Le ministère, autosatisfait des résultats pédagogiques (87 % de réussite au bac l'année dernière - qui dit mieux ?), estime que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais que l'on peut encore améliorer la réception des parents (la FCPE a bien plus de pouvoir, rue de Grenelle, que le plus puissant des syndicats d'enseignants), la mise à disposition des profs, l'écrasement des syndicats (qui ne fera pleurer personne à droite), et la caporalisation de tout le système : une partie des rémunérations sera désormais affectée par le chef d'établissement lui-même, sur des critères... personnels. De même, la liberté pédagogique passera désormais sous les fourches caudines du "projet d'établissement" (la réunionite, qui épuise tant de cadres dans le secteur privé aujourd'hui, gagne l'Éducation), matrice de toutes les dérives des pédagogues fous qui contrôlent la rue de Grenelle.

Diviser les syndicats

Cette semaine, le magazine Marianne se demande - question intéressante - qui tient véritablement les commandes du gouvernement. Lobbies, anciens condisciples de la "promotion Voltaire", responsables européens, et quelques personnalités occultes se tiennent les coudes et sont les vrais maîtres de la France. Pour l'Éducation, ce serait largement le Snes, parce qu'il est le principal syndicat du second degré, et plus globalement la FSU, parce qu'elle syndique une majorité des personnels de l'Éducation nationale (et pas mal d'autres dans la fonction publique).

C'est très exagéré. Les temps où le Snes cogérait le ministère sont bien finis, et Frédérique Rolet n'a pas avec Vincent Peillon, que je sache, les excellentes relations que Monique Vuaillat entretenait avec François Bayrou... Ça ne l'empêche pas de se tortiller pour épauler sans trop oser le dire le projet Peillon, même si localement des sections entières de son syndicat condamnent avec la plus extrême fermeté cette avancée en arrière que propose ou impose le ministre. Les adhérents du Snalc, dans les établissements, sont loin, très loin d'octroyer au ministre le blanc-seing que lui décernerait la direction du syndicat. Ça barde dans les états-majors. Peut-être était-ce aussi le projet de Peillon : diviser la base et les directions afin de réduire l'influence des uns et des autres.

Les ministres, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît, comme disait à peu près Michel Audiard. L'adjointe aux basses oeuvres de Vincent Peillon, George Pau-Langevin, ne vient-elle pas d'expliquer que nous participons - involontairement, dit-elle - à la discrimination raciale ?

Mal aimés du café du commerce

En fait, ce sont aujourd'hui les syndicats les plus idéologues qui tiennent les rênes - essentiellement le SE-Unsa et le SGEN, qui sont, pour l'un, truffés de socialistes encartés, et pour l'autre, farcis d'ex-membres des Jeunesses ouvrières chrétiennes qui ont engendré Philippe Meirieu et ses clones. Le vrai pouvoir des copains, des coquins, des gredins et des grenelliens est là. Et proposer que les projets d'établissement soient les cadres directeurs de la pédagogie, c'est se livrer pieds et poings liés à des gens pour lesquels la transmission des savoirs n'est pas un enjeu prioritaire, pour parler poliment. Ni la remise en cause du collège unique. Ni la contestation de la politique des ZEP. Ni...

Je sais bien que les enseignants sont théoriquement très estimés, mais en pratique fort peu aimés (jalousie ? ignorance ?) par l'ensemble de la population. Le café du commerce déborde de gens qui pensent que nous exerçons une profession de paresseux accrochés à leurs quatorze semaines de vacances, une profession où il suffit de parler pour être entendus d'élèves toujours obéissants : ce doit être pour cette raison que si peu de candidats se présentent aux concours de recrutement, que tant d'enseignants craquent, que la clinique de la Verrière est débordée, et que certains collègues en finissent avec ce métier si enviable, parfois par des moyens atroces. Aux abonnés des "yaka" de comptoir et des "ilsuffitde" de bistro, je suggère de venir faire cours une semaine dans un collège quelconque, pour voir. Après, on en reparle.

Mauvais coups

Les enseignants font de leur mieux pour former des générations de Français - ceux qui me lisent en ce moment même leur doivent au moins la capacité... de lire - et de critiquer. Ce n'est pas rien, c'est même presque tout. Les enseignants ont fait leur boulot depuis soixante ans dans le cadre d'un statut dérogatoire, mais fonctionnel : ces 15 ou 18 heures de cours correspondent, de l'aveu même des services du ministère, à 40 heures de travail hebdomadaire effectives en moyenne - et bien davantage en classes prépas, cette cible de choix de Vincent Peillon. Pendant que la durée hebdomadaire du travail diminuait, elle est restée la même pour les enseignants, avec des salaires bloqués (voire en diminution : Claude Allègre, via le calcul modifié des heures sup, a diminué de 17 % les revenus moyens des enseignants - et il y en a encore qui votent PS !).

Les projets du ministre sont autant de mauvais coups portés à la fois aux enseignants et à leurs élèves. Parce qu'accabler les profs se répercutera fatalement sur les élèves : qui aura encore envie de faire ce métier, sinon de façon temporaire, en bouche-trou avant de trouver un emploi véritablement rémunérateur ? Les profs seront-ils encore capables d'exiger le meilleur, quand ils seront choisis parmi les ultimes masochistes ?

Signez et faites signer la pétition qui proteste contre les mauvais coups conjugués du ministère et de syndicats idéologues ! Intervenez dans les établissements, et aussi parmi les parents d'élèves, pour exiger non une "évolution" vers l'abîme, mais une révolution qui ramènera le savoir au premier plan, et la transmission de ce savoir au premier rang des exigences. Ou cessez à jamais de vous plaindre.

Rythmes scolaires...

Par Le 24/03/2014

Un article qui date de janvier 2013...


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/reforme-peillon-des-rythmes-128707

Réforme PEILLON des rythmes scolaires, un rejet massif et un désaveu pour le gouvernement

Un rejet massif

En rejetant à une très large majorité la réforme Peillon, dite des rythmes scolaires, c'est une véritable claque que le Conseil supérieur de l’Éducation vient d'infliger au gouvernement.
L'ampleur de ce rejet, le vote négatif de la FSU, de FO et de la CGT, l'obligation où se sont trouvées la CFDT et l' UNEF de s'abstenir, tout ceci est l'expression du rejet massif que rencontre cette réforme et de l'isolement du gouvernement ,son incapacité à forger un consensus pour l'application de ses réformes.
Pourtant l'importance de ce rejet tient surtout au fait que cette réforme, dont chacun s'obstine à taire le véritable contenu, est bien plus qu'une réforme des rythmes scolaires, un véritable plan de démantèlement de l'école républicaine.

Beaucoup ont voulu nous faire croire que le débat portait simplement sur l'aménagement des rythmes scolaires, comme si la seule question posée était de savoir si nos enfants allaient travailler ou non le Mercredi ou le Samedi matin.

En réalité, il s'agit selon les propres termes du ministre Peillon de faire évoluer l'école autour d'un projet territorial et derrière cette formule de remettre en cause le caractère national de l'école républicaine.
 

Rythmes scolaires : à chaque territoire son projet, sa politique éducative

 Le ministre Peillon explique ainsi : « la réforme des rythmes scolaires doit agir comme un levier pour faire évoluer l’école autour d’un projet éducatif territorial et doit conduire à (…) coordonner les actions de l’État, des collectivités territoriales et des organismes œuvrant dans le champ éducatif  ». Concrètement, l’école ne serait plus de la compétence exclusive de l’État. Trois heures hebdomadaires seraient placées sous la responsabilité des collectivités avec le Projet Éducatif Territorial (PET).
 

L’enseignement professionnel et l’orientation transférés aux régions

Les régions décideraient de l’ouverture et de la fermeture des filières professionnelles, des BTS… elles contrôleraient le service de l‘orientation « afin de mieux adapter l’offre de formation professionnelle aux besoins des territoires…

A l’heure du TSCG, aucune création réelle de poste pour l’école !

Derrière l’annonce par le gouvernement de 43 000 créations de poste pour la rentrée 2013, la réalité c’est 21 500 départs à la retraire remplacés et 22 000 contractuels embauchés à tiers temps pour plusieurs milliers d’élèves en plus.
 

Refondation ou liquidation ?

Comme d'habitude on nous prend pour des nigauds et l'on croit que la magie des mots va parvenir à nous tromper sur le contenu réel des réformes annoncées.
Chacun jugera du cynisme qu'il faut pour engager la pire réforme de destruction engagée contre le droit à l'instruction sous le prétexte de la lutte contre l’échec scolaire, comme si l’échec scolaire n'était pas le produit de tous les coups portés contre l'école par les gouvernements successifs de droite ou de gauche.
 
Le gouvernement a engagé une « refondation de l’école » qui commence par la « réforme des rythmes scolaires ». On vous dit que cette réforme a pour but de « lutter contre l’échec scolaire » des enfants.
 

Mensonge et tromperie

Il ne s'agit aucunement de rétablir les milliers de fermetures de classes découlant des 17 000 suppressions de postes, dont 16 000 maintenues à la dernière rentrée, afin d’éviter, par exemple, que les classes de maternelles aient 30 élèves, ou de rétablir les classes en milieu rural pour que les enfants ne passent pas des heures dans des cars ? Il ne s'agit pas non plus de rétablir les postes de Rased* pour les enfants en difficulté scolaire.
Au nom des contraintes budgétaires et de l’application du TSCG, ce sont 10 milliards supplémentaires qui doivent être pris sur le budget des services publics.
 
Le gouvernement a imaginé que pour lutter contre l’échec scolaire il était plus économique… de supprimer une heure d’enseignement par semaine à chaque élève. Les élèves n’auraient plus que 23 heures hebdomadaires de cours, au lieu des 24 actuelles, cette dernière heure n’étant plus une heure d’enseignement.
Xavier Darcos, ministre de Sarkozy, avait déjà supprimé deux heures de cours par semaine en 2008, avec des conséquences catastrophiques sur le niveau des élèves.
Mais ce n’est pas tout !
Le plus odieux dans ce projet n'est-il pas de faire des communes les instruments de la destruction de l'unité de l'école de la République et d'aggraver par la même occasion les inégalités entre les citoyens .
Elles pourraient ainsi décider de l’organisation de la semaine scolaire, des horaires quotidiens et hebdomadaires d’enseignement, de « l’animation », comme elles l’entendent, avec une semaine répartie sur 5 jours, dont le mercredi ou le samedi !
Ainsi, selon la richesse des communes ou l’orientation politique de leur conseil municipal, ces « projets éducatifs locaux » seraient différents selon que vous habitez telle ou telle ville, tel ou tel village.
Dans les faits, ce mélange des responsabilités d’instruction et d’animation aboutirait à une école « territorialisée », aggravant l’inégalité du droit des enfants à l’instruction et amorçant la tutelle des collectivité locales sur l’enseignement et les professeurs.
 
Nul doute que la résistance contre ce projet ne fait que commencer et qu'elle va trouver un solide point d'appui dans le refus des organisations syndicales d''accompagner' cette réforme dirigée contre les enfants ,les personnels et les communes.
Nul doute qu'aucun enseignant, aucun parent, aucun élu ne pourra se contenter de moins que de l'abandon pur et simple de cette réforme, que le rétablissement de l'école de la République dans ses droits et ses prérogatives bafouées depuis tant d'années par des gouvernants sans conscience.
 
 

Sur le même thème

Les Mureaux s'enflamment contre Peillon !
Réforme des rythmes : comment finir de couler une école déjà bien plombée
La FCPE de Peillon crache sur les instituteurs
Monsieur le président je suis en grève le 14 novembre
Vincent Peillon sur un siège éjectable

Témoignage

Par Le 23/03/2014

Il est très facile de trouver ce genre de témoignage sur le net. Il y en a des centaines, sur des blogs, des sites d'informations, des pages facebook spécialement créées...Il s'agit d'enseignants, de parents, de nourrices agréées, de vacataires du périscolaire, de maires, d'élus, etc, etc...

Page Facebook : Rythmes scolaires : Arrêtez le massacre.

https://www.facebook.com/groups/609556085733767/703921639630544/?comment_id=703960912959950&notif_t=like

Page Facebook : Quitter l'enseignement

https://www.facebook.com/HirondelleFondatrice

Blog : http://www.quitterlenseignement.org/

Agoravox, Rue 89, et autres, des centaines de pages...

J'en ai vu passer des réformes mais alors celle-là, elle fait fort...

Une chose "amusante" aussi...Cette réforme ne sera pas imposée aux écoles privées. C'est curieux d'entendre M Peillon affirmer que cette réforme, c'est pour le bien de tous les enfants. Mais alors, ceux du Privé, que vont-ils devenir les pauvres ? Et bien, c'est là qu'on voit les objectifs réels de la réforme : le désengagement progressif de l'Etat dans l'éducation nationale par la baisse des effectifs générés par tous les départs dans le Privé. Le mouvement est déjà en route.

L'autre objectif inavoué, c'est bien entendu la baisse du nombre de chômeurs par l'emploi "d'animateurs..." Et il en faut un sacré paquet...

Budget de l'EN en baisse, des sous dans les caisses, l'UE est contente et amélioration sur le front de l'emploi.

Les conséquences sur les enfants ? LOL !! Ils s'en tamponnent.

TEMOIGNAGE

"Assistante maternelle, je suis contre les 4,5 jours car notre famille et mes chers petits pensionnaires vont en pâtir.
je m'étale peut être mais voici mes motivations CONTRE la réforme.

1er: Le mercredi matin, mes enfants peuvent faire la sieste et l'après midi ils peuvent se détendre avec une activité extérieure Ping pong et jujitsu donc cette journée de plaisir et de loisir va virer en allers retours à l'école et l'après midi ils vont se cogner des devoirs supplémentaires car ils n'en seront pas dédouaner.

Vu la pauvreté des activités proposées dans notre commune et le peu de fiabilité des intervenants qui ne toucheront même pas un smic donc je ne crois pas en leur motivations sur du long terme (ils ne contrôlent même pas le casier judiciaire et par ailleurs on peut avoir un BAFA sans notion réelle de surveillance des enfants car s'occuper d'enfant est un métier je crois non compatible avec du tourisme), je préfère les reprendre plus tôt.

2ème: Le Hic avec mon métier et je suis loin d'être la seule !
J'accueille 3 bambins en tant qu'ass mat et ces dernier font la sieste jusqu'à 16h au moins donc je vais devoir casser leurs rythmes à eux aussi pour aller chercher mes enfants plus tôt. Dois je privilégier mes enfants ou ceux des autres ....?
et mes enfants se retrouvent privés de leurs activités en club du mercredi ... pourquoi les priver de ça ?.

Des parents commencent à me démarcher pour garder leurs enfants les mercredis après midi car habituellement ceux sont les grands parents qui les accueillent mais ceux ci n'ont pas envie ou la possibilité de faire des trajets à l'école dans des communes éloignées pour aller chercher leur petits enfants.
Certains parents ont pris le parti afin de ne pas avoir de frais supplémentaires, de laisser leurs enfants faire les trajets seuls puis rester seuls le mercredi chez eux et ce, dés 6 ans moi je dis bravo! On veut changer tout un système pour des parents qui ne sont pas à la hauteur quitte à en pousser d'autres vers du laxisme ou de la mise en danger des enfants.

Donc SI !!!! les parents sont financièrement et directement impactés par des couts de garde supplémentaires et à terme des impôts locaux qui vont monter car chez nous le maire n'a jamais reçu des milliers d'euros d'aide de l'état comme lu ici dans un post.

On parle de pénurie de travail et de faillites de milliers d'entreprises mais que vont devenir tous ces clubs sportifs où leur adhérents n'iront plus.

Ce que je vois dans ce projet:

- Des enfants fatigués avec des semaines et des journées à rallonge car tous les salariés DU PRIVÉ ne quittent pas à 17h
- Encore une différence accrue entre les avantages consentis aux fonctionnaires face au privé afin de s'adapter au planning de cette réforme ce qui va encore diviser plus notre pays (à croire que les réformes de ce pays sont pensées pour les parisiens et les fonctionnaires)
- Des devoirs supplémentaires sur le mercredi pour bien continuer d'assommer les enfants
- Des frais de garde qui vont entamer encore les ressources des parents
- Des intervenants non qualifiés pour gommer des taux de chômage mais qui auront un grand turn over car avec quelques heures de boulot on ne vit pas et donc on ne se motive pas. Je crains par ailleurs qu'il n'y est des accident par défaut de surveillance. Les tarés pédophiles vont se précipiter dans nos écoles en proposant une activité bidon et comme aucune enquête ni control sérieux ne sont faits, je crains le pire (nous avons le cas ici d'une dingue qui à mutilé, violé et tué une enfant avec son compagnon et qui a postulé donc ça n'arrive pas qu'aux autres)
- Des grands parents qui n'auront plus le plaisir d'avoir leurs petits enfants le mercredi (on va laisser encore un peu plus les vieux seuls chez eux et bêtement je crois à la transmission des savoirs et du passé dans les échanges enfants/grands parents)
- Les enfants en bas âge seront impactés en cassant leur rythmes à eux aussi car les parents n'iront pas chercher que les ainés
- les activités de loisirs du mercredi vont sauter et après on va nous expliquer que nos enfants doivent faire du sport et avoir le gout de la compétition
- les entreprises de loisir du mercredi vont continuer de péricliter pour planter encore un peu plus nos emplois et nos industries

J'arrête là car la moutarde me monte au nez.
Je crois que ce ministre fait n'importe quoi et que ce gouvernement à des ambitions dont il n'a pas les moyens sans s'inquiéter réellement de nos enfants et de nous.
C'est honteux de faire preuve d'autant de laxisme et diminuer encore un peu plus nos niveaux de vie et d'emplois.

A ceux qui me disent que dans le temps il y avait 5 jours d'école, je réponds que dans le temps on allait accoucher dans les bois avec une branche entre les dents.

Je me tiens prête à manifester, faire grève ou autre moyen plus radical si besoin.
Mais qu'ils fichent la paix à mes enfants !!!!"

Ni certitude, ni vérité

Par Le 23/03/2014

«Il faut une grande maturité pour comprendre que l’opinion que nous défendons n’est que notre hypothèse préférée, nécessairement imparfaite, probablement transitoire, que seuls les très bornés peuvent faire passer pour une certitude ou une vérité.»  Milan Kundera.


Je sais très bien que je n'ai pas forcément raison au regard de la situation de l'école. Peut-être que cela fonctionnera, peut-être que j'ai une vision trop pessismiste.

Mais il est une chose dont je suis certain, c'est que si je cautionne les directions prises par la continuité de mon engagement dans la classe, je trahirai mes convictions.

Ces convictions sont peut-être erronées et il serait peut-être bon que j'accepte de les remettre en question.

Mais je ne peux pas m'y résoudre.

Cette impression de me trahir, de nier tout ce que j'ai fait pendant trente ans.

J'ai considérablement changé ma façon de travailler, j'ai considérablement évolué, je n'ai jamais cessé de réfléchir, d'écrire, d'expérimenter, d'observer les effets, d'analyser chaque situation. Je n'ai pas attendu les directives de mes Inspecteurs successifs pour m'engager dans cette mission.

Par contre, désormais, cet engagement personnel, porté par des convictions existentielles, est totalement bridé. Il ne reste qu'un embrigadement forcené, une main mise étatique sur la pédagogie, jusqu'à l'organisation même de chaque journée.

L'enseignant est devenu un ouvrier qui gère des marchandises et qui doit rendre des comptes chiffrés, établr des graphiques et dont le travail doit correspondre à des statistiques.

Je ne peux pas. Physiquement, philosophiquement, existentiellement. C'est impossible.

Peut-être que je me trompe. Mais il s'agira au moins de ma dernière liberté.

Méditation (8)

Par Le 21/03/2014

La méditation consiste à être conscient de chaque pensée, de chaque sentiment ; à ne jamais les juger en bien ou en mal, mais à les observer et à se mouvoir avec eux. En cet état d'observation, on
commence à comprendre tout le mouvement du penser et du sentir. De cette lucidité naît le silence. Un silence composé par la pensée est stagnation, une chose morte, mais le silence qui vient lorsque la
pensée a compris sa propre origine, sa propre nature et qu'aucune
pensée n'est jamais libre mais toujours vieille, ce silence est une méditation où celui qui médite est totalement absent, du fait que
l'esprit s'est vidé du passé. Si vous avez lu ce livre attentivement pendant une heure, c'est cela, la méditation. Si vous n'avez fait
qu'en extraire quelques mots et que rassembler quelques idées afin d'y penser plus tard, ce n'est pas de la méditation.

La méditation est un état d'esprit qui considère avec une attention complète chaque chose en sa totalité, non en quelques-unes seulement de ses parties. Et personne ne peut vous apprendre à être attentif. Si
un quelconque système vous enseigne la façon d'être attentifs, c'est au système que vous êtes attentif, et ce n'est pas cela, l'attention. La méditation est un des arts majeurs dans la vie, peut-être « l'art suprême », et on ne peut l'apprendre de personne: c'est sa beauté. Il n'a pas de technique, donc pas d'autorité. Lorsque vous apprenez à vous
connaître, observez-vous, observez la façon dont vous marchez, dont vous mangez, ce que vous dites, les commérages, la haine, la jalousie - être conscients ?de tout cela en vous, sans option, fait partie de
la méditation.

Ainsi la méditation peut avoir lieu alors que vous êtes assis dans un autobus, ou pendant que vous marchez dans un bois plein de lumière et d'ombres, ou lorsque vous écoutez le chant des oiseaux, ou lorsque vous regardez le visage de votre femme ou de votre enfant. Comprendre ce qu'est la méditation implique l'amour: l'amour qui n'est pas le produit de systèmes, d'habitudes, d'une méthode. L'amour ne
peut pas être cultivé par la pensée ; mais il peut - peut-être -
naître dans un silence complet en lequel celui qui médite est entièrement absent. Un esprit ne peut être silencieux que lorsqu'il comprend son propre mouvement en tant que penser et sentir, et, pour le comprendre, il ne doit rien condamner au cours de son observation.
Observer de cette façon est une discipline fluide, libre, qui n'est pas celle du conformisme.

Krishnamurti - Se libérer du connu

Méditation et bienveillance (19)

Par Le 19/03/2014

Se confronter à ses émotions

Dans son nouveau livre « Frappe le ciel, écoute le bruit », Fabrice Midal nous explique le but de la méditation. Il ne s’agit pas de faire le vide dans sa tête ni de se détacher de tout, mais d’observer nos pensées et nos émotions afin d’entrer en rapport avec la réalité de ce qui surgit en nous.
Après quelques mois de pratique quotidienne, j’ai eu l’envie d’aller plus loin. Je suis parti, au mois de mars 1990, dans un petit village de la Suisse italienne où était organisée une retraite d’un mois. Nous devions être une trentaine de personnes venues de toute l’Europe. Le matin, nous nous levions à 6h30, la pratique commençait à 7 heures. Nous prenions ensuite le petit déjeuner de manière méditative, en suivant un très beau rituel venu du zen où l’on mange selon des gestes précis qui nous aident à être plus attentifs. Nous avions ensuite une petite pause avant de reprendre la méditation jusqu’à l’heure du déjeuner.
Une interruption s’ensuivait, puis la pratique occupait toute l’après-midi. Entre deux méditations assises, nous effectuions une méditation en marchant, où au lieu de porter l’attention sur le souffle, nous étions attentifs au mouvement du corps et à la sensation des pieds qui se posent sur le sol.
Après le dîner, nous pratiquions encore jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’aller nous coucher.
Tous les trois ou quatre jours, je rencontrais, pour un entretien individuel, un enseignant avec lequel j’abordais les difficultés de ma pratique.
Quand, aujourd’hui, je décris ce programme, je suis frappé par son exigence et par la façon dont j’ai alors sauté à pieds joints dans la pratique. Mais à l’époque, cela ne m’est pas du tout apparu ainsi. J’ai simplement répondu à un appel profond. Puisque la pratique de la méditation me semblait une réponse réelle, autant m’y engager pour de bon.

 

Un miroir et une aventure


Quand la retraite a commencé, la première chose qui m’a frappé, c’est que je n’avais nul besoin de réfléchir à ce que je voulais faire. Je n’avais qu’à suivre l’emploi du temps.
Dans cette situation simplifiée, je pouvais observer beaucoup plus précisément mon propre état d’être : si j’étais malheureux ou joyeux, tendu ou apaisé, cela n’était dû qu’à mon propre état d’esprit puisque le contexte dans lequel je me trouvais restait immuable.
C’est un peu étrange quand on y songe, je découvrais qui j’étais en ne faisant rien d’autre qu’entrer en rapport avec mon souffle. Durant cette retraite, je n’ai pas été invité à analyser mes souffrances, ni à passer de tests de personnalité. Et pourtant, ce fut un voyage incomparable pour me relier profondément à qui je suis et pour comprendre un peu mieux mon propre esprit.
Et en effet, quand on participe à un séminaire ou à une retraite, ce n’est pas pour faire des expériences transcendentales, ni pour se vider la tête, ou toutes ces niaiseries que l’on lit trop souvent. On part pour se rencontrer et travailler courageusement avec ce que l’on est. Ce sont les deux points cruciaux. D’abord, on se rencontre puis on apprend à travailler avec ce qui émerge.

 

Se confronter à la détresse


En pratiquant, je découvrais aussi un sens de présence à la fois bon, ouvert et sain. Ce fut une expérience très forte. Je voyais un arbre, la neige, les montagnes comme jamais. Comme je les appréhendais libres de mes interprétations, ils semblaient devenir plus réels.
Mais du coup, mon inévitable tendance à commenter la réalité, à la juger et surtout à penser sans cesse à autre chose, me donnait le sentiment que je gâchais la simplicité de la présence. Je regardais la montagne, et j’étais déjà en train de penser à autre chose. Cela me désolait. Le monde était magnifique, mais moi, me disais-je, je ne fais que l’abîmer. Je m’en voulais beaucoup.
Lors d’un entretien, celui qui dirigeait la retraite me dit : « C’est vraiment très étrange, tu es tellement gentil avec les gens mais tellement dur avec toi. Pourquoi t’en veux-tu autant ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? »
Mon enfance avait été, il est vrai, très dure. Dans cette retraite, j’en faisais l’épreuve. Un soir, je me souviens, j’ai même explosé de désespoir : la nuit était tombée et je me suis jeté sur un talus, en larmes. Je l’ai frappé de toutes mes forces en hurlant : « Je ne veux pas être moi. » Plusieurs personnes cherchèrent à me ramener au calme, mais sans y parvenir. Je hurlais : « Non ! Je ne veux pas être moi ! », éprouvant comme jamais cette blessure intense et cette rage qui m’habitaient.
Cet épisode éclaire un point important de la pratique : même si personne n’a besoin de faire des expériences aussi intenses et douloureuses, méditer implique de mettre au jour ce que nous sommes, ce qui nous travaille, y compris nos ombres et nos peurs. C’est seulement en touchant là où nous avons mal que nos pouvons ensuite avoir de la bienveillance pour nous et qu’une guérison est possible. Voyant aussi abruptement et clairement cette dureté qui m’habitait, je pus y apporter de la douceur. Ce fut l’autre versant de cette retraite.

 

Découvrir la bienveillance


J’étais sans cesse en train de penser à mille choses, d’éprouver des émotions intenses et les rares fois où je revenais au souffle, je commentais la chose avec une dureté acerbe. C’est tout juste si je ne m’insultais pas. « Quel incapable je suis, même pas capable de rester présent deux minutes ! »
Il m’a fallu beaucoup de temps pour apprendre à être plus doux. L’enseignant m’y invitait : « Ne rejette pas les pensées qui s’élèvent. Tu ne ferais que te cogner la tête contre un mur. Méditer ne consiste pas à rester dans un état d’ouverture parfait, mais à faire vraiment l’épreuve de ton expérience, avec ses hauts et ses bas. Si tu pars en guerre contre toi ou contre certains aspects de toi, tu vas te faire beaucoup de mal. Ce n’est pas le sens de la pratique. » Je refusais de l’écouter. Je voulais réussir.
Quelques temps plus tard, il revint sur ce point, en me donnant une instruction précieuse : « Il faut que tu prennes le temps de rencontrer ton expérience, avant de revenir. Si tu es traversé par la colère, sens la couleur, le climat, la texture de ton expérience. Puis ramène ton esprit simplement à l’ouverture nue du présent. »
Ce fut une instruction importante. Méditer ne consiste pas à simplement « revenir », mais aussi à entrer en rapport avec la réalité de tout ce qui surgit en nous – nos pensées comme nos émotions. C’est une manière d’apprendre à dire bonjour à ce qui est.

Il est frappant de constater qu’actuellement la plupart des gens pensent que pratiquer consiste à être détaché de ce qu’ils ressentent. Ils considèrent que leurs émotions et leurs difficultés sont des obstacles. Ou encore ils croient qu’il faudrait avoir un tempérament contemplatif pour pratiquer ! Ce n’est pas du tout le cas. Méditer consiste à entrer pleinement en rapport avec la réalité, telle qu’elle est. Ne pas s’en vouloir d’être aussi malheureux ou confus, maladroit ou déprimé. Cioran écrit très justement : « Pour nous conserver en bonne santé, nous ne devrions pas nous modeler sur le sage mais sur l’enfant, nous rouler par terre et pleurer toutes les fois que nous en avons envie. (...) L’homme qui se contient, qui se domine en toute rencontre, l’homme ‘distingué’ en somme est virtuellement un détraqué. »

Frappe le ciel, écoute le bruit, Fabrice Midal
Éditions Les Arène
s (Janvier 2014 ; 243 pages)

Démystifier la méditation (7)

Par Le 18/03/2014

Démystifier la méditation

 

avec Fabrice Midal

 

http://www.inrees.com/articles/demystifier-la-meditation-Midal/

 
 
La méditation... Comment s’ouvrir à une dimension plus grande et passer du méditant grenouille à la posture du yogi ? Fabrice Midal pense que c’est en se confrontant à la réalité du monde et à nos souffrances que nous pouvons trouver le véritable bonheur. Il nous livre le fruit de 25 ans de pratique dans son livre « Frappe le ciel, écoute le bruit ».

© Fabrice Midal
Non, la méditation n'est pas une sorte de technique de bien-être qui nous donnerait le bonheur sans effort, ni non plus une pratique austère réservée à quelques privilégiés. Selon Fabrice Midal, la méditation peut nous permettre de trouver un chemin permettant une prise de conscience plus grande, plus mystérieuse et passionnante. Dans son livre « Frappe le ciel, écoute le bruit », le philosophe se confie pour la première fois sur son histoire et sa découverte de la méditation. Le récit d’un homme qui ne cesse de se poser des questions quant au fait d’exister... En se confrontant à ses douleurs passées et aux souffrances du monde, il nous montre que le bonheur et l’unité sont une quête de chaque instant. Entretien exceptionnel.


Méditer : quelle est votre définition de ce mot devenu passe-partout?

Méditer, c’est développer un sens d’attention délibérée dans le moment présent tel qu’il est — attention qui inclut toutes nos perceptions sensorielles, c’est-à-dire l’entièreté de notre être. Au quotidien, nous sommes généralement focalisés sur une seule chose. Nous pensons à quelque chose ou encore regardons un objet mais sans la plénitude de notre être — en oubliant notre corps. Avec la méditation, nous développons une attention ouverte. C’est à la fois extrêmement simple mais très déconcertant, car nous n’avons pas du tout l’habitude de cultiver une telle manière de faire.

Beaucoup d’images véhiculées donnent de la méditation une image trop exotique... Elles nous empêchent de voir qu’il y a dans la méditation quelque chose d’incroyablement concret, évident et humain. Ce qui n’empêche pas qu’elle soit la quintessence au cœur de toute voie spirituelle, mais nous le comprenons que si nous partons de son incroyable simplicité. Méditer c’est apprendre à découvrir l’ampleur magnifique et infinie du présent.


Dans votre livre, vous dites d’ailleurs : « méditer, c’est redevenir l’enfant que j’étais qui pose une question quant au fait d’exister… »

Si je regarde ce que j’ai appris en 25 ans de méditation, ce n’est pas ce qu’on aurait tendance à croire quand on ne connaît pas cette discipline. Elle m’a appris à retrouver un sens d’innocence, à m’interroger et à pouvoir m’étonner à neuf devant la réalité. Ce qui me semble le plus décisif et à la fois le plus oublié, c’est que la méditation n’est pas une technique pour essayer de se calmer ou se détendre ou je ne sais quoi … Méditer, c’est entrer dans un rapport profond à notre existence pour révéler un sens de présence plus grand à soi, aux autres et au monde, une plus grande bienveillance qui nous guérit de la souffrance, de la douleur et de l’isolement. Méditer, c’est ainsi éclairer, éclaircir, enrichir, éveiller notre vie toute entière.


Et redevenir intérieurement un enfant ?

Au fond, tout être humain a en lui une forme d’innocence, quels que soient les actes qu’il a faits. Cet état est un aspect primordial de notre être… La méditation nous aide à le retrouver et c’est absolument fondamental. Nous ne sommes pas uniquement cet homme, qui a cette vie, ce statut social, cette identité sexuelle. Il y a quelque chose de plus profond en nous, un secret. C’est d’ailleurs cette dimension de conscience plus grande que vous essayez d’explorer à l’INREES. Tout l’enjeu de mon travail, tout l’enjeu du livre, c’est d’arriver à montrer comment cette dimension de présence plus ample est à la fois très simple, à portée de main, et en même temps extraordinaire ! La méditation est sans doute la plus simple et directe manière d’entrer en rapport avec ce mystère au cœur de notre propre existence.


Nous n’avons pas toujours l’impression que ce soit si simple…

Nous avons tendance à penser que la méditation est soit compliquée et donc hors de portée, ou à l’inverse très simple et nous perdons alors l’émerveillement devant le secret de notre propre être. Mon livre s’appelle « Frappe le ciel, écoute le bruit » et non pas « Douze leçons pour être heureux tout de suite ». Il porte un titre énigmatique car être en rapport avec cette ouverture de la conscience, c’est être du côté de cette interrogation. Cette phrase ne nous donne pas de certitude, elle nous ouvre l’esprit.

Souvent, quand nous souffrons, c’est que nous avons perdu cette ouverture… Si vous, vous frappez le ciel, est-ce que vous entendez quelque chose ?


Dans votre livre, vous comparez le « yogi » au « méditant grenouille ». Quelles différences ?

C’est Francisco Varela - neurobiologiste et philosophe chilien - qui en parlait souvent quand il enseignait la méditation… C’est lui qui m’a en grande partie formé. Il disait : « Surtout, ne devenez pas comme les méditants grenouilles ! Parce que les grenouilles, elles sont calmes, elles ne bougent pas, mais ce n’est pas pour autant qu’elles sont en rapport à une ouverture réelle. »

Méditer ce n’est pas être calme – c’est être ouvert et vigilant, présent dans la plénitude de notre être. C’est ainsi que nous pouvons être en rapport avec ce qu’il appelait de manière absolument magnifique : le présent vivant.

Le yogi est l’être qui ne sépare pas le travail spirituel de l’engagement dans le monde. Pour lui, méditer ce n’est pas essayer d’être calme, mais transmuter les activités ordinaires en voies de sagesse. Autrement dit, le yogi pratique la méditation pour faire de chacune de ses activités une occasion d’ouvrir son esprit et son cœur. C’est une voie très parlante pour nous, car je ne suis pas sûr que la voie monastique soit aussi pertinente pour nous aujourd’hui qu’elle a pu l’être à d’autres époques pour des raisons sociales et historiques. Or c’est ainsi en Orient que la voie des yogis a été pensée, comme une alternative à la voie monastique. Une voie spirituelle pour les gens engagés dans le monde, pour les laïcs.


Comment définir cet engagement ? Que cache-t-il ?

C’est l’idée que toute expérience mise dans le creuset de la présence va devenir l’occasion d’une plus grande ouverture. Nous avons parfois l’idée que la méditation consiste à se protéger de la réalité : grâce à la méditation, je vais être calme ; quelqu’un va me faire du mal, je vais être calme ; on va me marcher sur les pieds, je vais être calme… C’est une idée très pauvre de la méditation. J'ai été blessé par une situation ? Quelqu’un souffre autour de moi ? Comment faire de cette expérience l’occasion d’une plus grande ouverture, d’une plus grande intelligence, d’un sursaut d’amour, d’un sursaut de générosité, d’une plus grande responsabilité ? C’est cela la voie.


Pourquoi étiez-vous si heureux, à l’adolescence, en découvrant la méditation ? Correspond-elle aujourd’hui à l’idée que vous en aviez à l’époque ?

Les premiers mois où j’ai pratiqué ont été très difficiles. En pratiquant, je n’ai pas du tout expérimenté l’ouverture mais plutôt d’incroyables tensions. Pourtant, c’était une expérience d’un immense bonheur parce que j’ai eu le sentiment profond d’avoir trouvé un chemin et de ne pas être condamné à la souffrance qui était alors la mienne. Je prenais conscience qu’il existe une possibilité de travailler avec son être, quelle que soit la situation. C’est vraiment une chose très importante aujourd’hui où le découragement et le cynisme règnent si profondément. La méditation montre l’incroyable imposture de ce découragement. Je crois que la méditation redonne sens à une espérance tangible et concrète dont nous avons absolument besoin.


Comment notre souffrance peut-elle nous permettre de prendre confiance ?

Nous croyons souvent qu’en enlevant la souffrance, ou en luttant contre elle, nous allons être heureux et avoir la paix. C’est une idée profondément agressive ! Nier la souffrance pour essayer d’atteindre le bonheur ne donne pas le bonheur. Reconnaître la souffrance, la difficulté, nos parts d’ombre, c’est ce qui donne un sens réel de plénitude. C’est complètement déconcertant ! Ce que nous apprend la méditation, ainsi que toute voie spirituelle, c’est qu’il faut entretenir un rapport de douceur avec nos souffrances. J’ai eu une enfance extrêmement difficile… Et je raconte dans ce livre comment la méditation m’a aidé à guérir de mon enfance, et comment c’est en accueillant la souffrance qu’on peut la guérir. Au fur et à mesure que je suis rentré dans la pratique, j’ai découvert d’autres zones de souffrance, d’autres zones sur lesquelles travailler. Mon chemin de 25 ans de méditation n’a pas été un chemin en permanence heureux, mais une aventure palpitante et réelle où j’ai été confronté au manque d’amour, à mes insuffisances et à nombre d’aventures.


Pourquoi idéalisons-nous les gens qui enseignent et parlent de méditation ?

Parce que nous manquons tellement de confiance en nous. Nous pensons que nous ne sommes pas capables de faire comme les grands sages.

Lorsque nous regardons quelqu’un qui pratique, comme le Dalaï-Lama ou Nelson Mandela, nous sommes intimidés. Nous voyons un personnage apaisé et serein.

Or en réalité, ils ont été comme nous. Nelson Mandela a témoigné des immenses difficultés qu’il a traversées, des doutes qu’il a eus… Il n’est pas devenu cet homme extraordinaire, qui a réussi à surmonter la haine et montrer une possibilité d’ouverture, sans une immense réflexion, sans d’immenses tourments. La sérénité se gagne en étant honnête sur ses difficultés, non pas en restant immobile et insensible. Le Dalaï-Lama pratique encore tous les jours !

Pourquoi est-ce que je dénonce une vision romantique de la spiritualité ? Parce qu’elle nous fait beaucoup souffrir. Nous pensons qu’il existe des gens extraordinaires qui n’ont rien à voir avec nous. Nous rêvons d’être comme eux, et par là, nous ne nous mettons pas au travail. Nous renonçons à travailler sur notre propre esprit. C’est dommage ! Toutes les personnes extraordinaires ont été exactement comme nous, elles se sont juste mises en chemin. Le chemin ne nous demande pas d’être parfaits, mais d’être vraiment ce que nous sommes.


Un jour, vous faites une expérience méditative où le temps et l’espace ne sont pas séparés. C’est aussi ça une prise de conscience ?

C’est une expérience très simple que nous avons tous faite, et où nous sommes dans un rapport au temps complètement autre que celui linéaire de l’horloge. La méditation nous invite à une présence et non à une succession de moments. Le passé est là comme mémoire vivante et non comme ressassement. L’avenir est là comme ouverture et non comme anticipation. Et ce rapport au temps est lié à l’espace. Dans la tradition bouddhique, l'une des choses qui m’a le plus fasciné c’est qu’ils disent que l’espace et l’esprit sont inséparables. Quand on regarde la grandeur du ciel, notre esprit est aussi vaste que lui. Dans les moments de méditation où il y a une forme de détente profonde et d’ouverture, nous sentons que notre environnement n’est plus « claustrophobique ». Nous n’étouffons plus, nous sommes en rapport avec l’espace tout entier. Comme dans l’amour : ceux qui sont loin géographiquement, nous sont pourtant proches. La méditation nous permet de comprendre que notre rapport mécanique au temps et à l’espace nous fait vivre dans un monde complètement fabriqué et faux.


Pourquoi cette ouverture et cette nécessité de paix avec les autres, avec soi-même, nous demande-t-elle autant d’effort ?

L’être humain est tout le temps menacé d’être. La langue française le dit : « inhumain ». C’est tout à fait étonnant... Votre chat n’est jamais « inchat ». Il est toujours chat, du matin au soir. Mais nous, combien de fois ne sommes-nous pas à la hauteur de notre humanité ? L’humanité demande un certain type de travail, très étrange car il n’est pas forcé. Nous avons à apprendre à être humain. De ce point de vue, la méditation est en quelque sorte une forme d’éthique primordiale : apprendre à écouter la plénitude et la vérité de notre être pour la laisser irradier. Nous nous plaignons du manque d’éthique dans notre société mais nous réduisons l’être humain à une machine corporelle, avec un esprit dessus. Comment pouvons-nous être éthique à partir de là ? Nous devons repenser la vérité de l’être humain.


L’homme est devenu le seigneur de la terre et du monde, c’est ce que vous sous-entendez ?

Exactement… Mon engagement dans la méditation, je le pense comme un engagement politique. Je crois que la méditation est aujourd’hui la dernière grande chance révolutionnaire pour notre temps. Parce qu’il s’agit en méditant de cesser l’attitude de vouloir tout contrôler et tout dominer. C’est le problème majeur de notre monde ! Je crois qu’il ne faut pas croire que l’engagement spirituel qu’implique la méditation soit un désengagement du terrestre, au contraire… C’est une célébration du terrestre. La spiritualité est peut-être aujourd’hui seule à même de sauvegarder un rapport au terrestre. Et le rapport au terrestre dont je parle n’est pas un rapport de gestion du terrestre, c’est un rapport d’appréciation du terrestre !


Nous allons prochainement parler de la « créativité » dans Inexploré : un mot ?

Etre créatif, c’est essayer de trouver le possible inattendu... Ca signifie être ouvert à l’inconnu qui se cache dans le moment présent et que je ne vois pas. La méditation, c’est aussi l’art de la créativité ! Sortir d’un état de crispation où nous voulons que l’instant futur soit exactement comme nous voulons le voir, et accepter de jouer et danser avec l’inattendu.

Frappe le ciel, écoute le bruit, Fabrice Midal
Éditions Les Arènes (Janvier 2014 ; 243 pages)


 

Méditation à l'école (6)

Par Le 14/03/2014

 

Éducation : dépoussiérons nos écoles en osant la méditation en classe

 

Je réagis | 1493 lu

Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

LE PLUS. Mauvais résultats scolaires, anxiété ou exclusions, et si la solution pour être concentré en cours se trouvait dans la méditation. Cette pratique a fait ses preuves aux États-Unis, mais la France continue d'avoir peur. Héloïse Pierre, étudiante en master co-fondatrice du collectif Seum'eurs d'Avenir, est convaincue par les bienfaits de cette discipline.

 

Édité par Louise Auvitu 

 

Une enfant en cours de yoga dans une école de Sacramento en Californie. (Randy Pench/AP/SIPA)

 

Fermez les yeux, juste deux minutes. Ecoutez votre respiration. Essayez de sentir l’air entrer et sortir de vos narines. Respirez. Concentrez-vous sur votre respiration. Maintenant ouvrez les yeux. Deux minutes par jour, ces exercices peuvent avoir un vrai impact sur l’environnement scolaire de nos enfants.

 

Mauvais résultats scolaires, frustrations, exclusions, délinquances… tant de maux attribués à l’école et si peu de réponses apportées pour y remédier. Depuis la mise en place du collège unique en 1975, l’école n’évolue guère : un tableau et un prof omniscient en face d’élèves passifs.

 

Alors que notre monde bouge à mille à l’heure, il s’agit surtout de ne pas trop perturber notre vieille école poussiéreuse. Nous adoptons les mêmes méthodes depuis 1884, en espérant que ça collera toujours.

 

Les employés de Google s'inspirent de Boudha

 

Pendant ce temps, dans le reste du monde, on cherche et on expérimente de nouvelles méthodes adaptées au contexte scolaire actuel. En effet, le savoir est partout en libre-service, une recherche Google et c’est dans la poche.

 

La question n’est plus vraiment de capitaliser des connaissances, mais plutôt de réussir à s’en servir, de pouvoir faire le tri, et d’arriver à se concentrer face à la masse d’information que l’on reçoit en permanence.

 

Ainsi, parmi ces nouvelles méthodes, une attire particulièrement l’attention, la méditation de pleine conscience. Technique inspirée de l’enseignement de Bouddha et laïcisée par Jon Kabat-Zinn, elle se répand à une vitesse incroyable dans la sphère privée.

 

De grandes entreprises comme Google mettent à disposition de leurs employés des séances de pleine conscience afin d’installer une meilleure ambiance de travail. De plus, la méditation aide à se concentrer et à développer son attention, le but étant d’être "présent-présent" dans ce que l’on fait.

 

Aux États-Unis, ça fonctionne

 

Mais la vague de méditation ne s’arrête pas là et touche jusqu’à l’école américaine, anglaise, suédoise… Avant chaque cours, les professeurs proposent des temps de cinq minutes où toute la classe reste en silence, les yeux fermés et travaille sur un exercice de respiration ou de concentration.

 

Les premières expérimentations sont faites dans des quartiers très sensibles aux États-Unis où la violence à l’école est un lieu commun. Au bout d’un an, les études révèlent une diminution des infractions scolaires, une baisse des comportements agressifs et de meilleurs résultats [1].

 

Aujourd’hui, la méditation est utilisée dans de nombreuses écoles, cela permet une meilleure ambiance dans l’établissement, et apaise les élèves ce qui leur permet d’être plus attentif en classe et donc de mieux réussir.

 

En France, le mot "méditation" fait peur

 

Cette technique "nouvelle", vieille de 2400 ans, peut faire peur à notre vénérable institution. Sa connotation religieuse est, elle aussi, un réel frein à son application dans l’école laïque.

 

Plusieurs expérimentations, menées en France, ont rapidement été arrêtées. Ces enseignants parlent d’incompréhension de la part de l’administration, des collègues, des parents. Oui le mot "méditation" fait peur et pourtant, nous sommes prêts à pratiquer la méditation dans notre sphère privée, l’explosion de la demande de livres et de cours de méditation en est une belle illustration. Alors pourquoi ne pas encourager l’école à s’en inspirer ? [2]

 

Adapter l’école aux changements sociétaux du XXIe siècle, ce n’est pas forcément offrir des tablettes à chacun. L’école doit donner aux enfants les clés pour appréhender le futur.

 

Méditer, c’est renouer avec son moi, c’est se comprendre, se poser, apprendre à être là… Avec un esprit plus calme et attentif, l’enfant pourra apprendre pleinement et vivre dans un environnement plus sain. Sans aucun doute, à notre tour, il est grand temps de véritablement expérimenter la méditation à l’école.

 

 

 

 Voir l'étude de Schonert-Reichl & Lawlor, 2010.

 Pour plus d’informations sur les expérimentations faites en France :

http://agepsraymondbarbry.wordpress.com/pleine-conscience/

http://www.coinprof.net/wp-perso

Espace vital

Par Le 11/03/2014

Ce qui participe aussi à ma décision de quitter l'enseignement, c'est de voir l'indifférence des parents d'élèves...La majorité s'en fout de tout pourvu que leurs enfants soient casés quelque part. Même si c'est dans une cage avec un dompteur...

J'ai écrit, il y a longtemps au Ministre.

Ils m'ont mis un blâme et bloqué mon salaire pendant sept ans.

Je ne vais pas y laisser ma peau.

Tant pis pour les enfants...Il m'aura fallu trente ans pour réussir à prononcer cette phrase.

Lorsque j'ai eu mon diplôme d'instituteur, je suis allé voir mon Maître de CM2, Monsieur Quéré. On a beaucoup parlé, longtemps, de choses essentielles. Il savait que c'était grâce à lui que j'étais là. Il m'a dit au moment de mon départ : "Surtout, Thierry, ne fais jamais de mal aux enfants. Jamais. "

J'ai essayé de garder cette ligne de conduite toute ma carrière. Sauf que maintenant, quoique je fasse, les conditions sont tellement effroyables que ça n'est plus possible. Inévitablement, je participerai au massacre. Et il n'en est pas question.

Tant pis pour les enfants...Je ne peux plus rien pour eux.


http://www.leparisien.fr/espace-premium/essonne-91/classes-surchargees-le-coup-de-gueule-d-un-directeur-04-12-2013-3374159.php

Actualité >

Chilly-Mazarin

Classes surchargées : le coup de gueule d'un directeur

Excédé, Xavier Cegarra, responsable d'une maternelle, réclame une loi instaurant un espace vital minimal par élève à l'école.

Publié le 04.12.2013


Chilly-Mazarin, lundi. Xavier Cegarra, directeur de la maternelle du Centre, estime qu'il faudrait des classes à 20 élèves pour le bien-être des enfants et pour travailler dans de bonnes conditions.

Chilly-Mazarin, lundi. Xavier Cegarra, directeur de la maternelle du Centre, estime qu'il faudrait des classes à 20 élèves pour le bien-être des enfants et pour travailler dans de bonnes conditions. | (LP/S.M.)

Quel est l'espace vital minimal dans un enclos pour un chien? 5 m2. Pour élever un poulet bio? 4 m2. Et pour un enfant scolarisé en maternelle? Pas de norme, mais une simple recommandation de 60 m2 pour 30 élèves, soit moins de 2 m2 par enfant, surtout si on compte en plus l'enseignant et un Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles). C'est ce qui ressort des recherches de Xavier Cegarra, directeur de l'école maternelle du Centre à Chilly-Mazarin. Enseignant depuis 1989, il a décidé cette semaine de pousser un coup de gueule contre les classes surchargées.

Dans un courrier envoyé lundi à ses supérieurs, à la direction académique, à la mairie, aux députés de l'Essonne, mais aussi aux syndicats, il constate qu'« aucun décret, aucune loi, semble-t-il, ne réglemente l'espace minimal pour un élève dans une salle d'exercice ». Actuellement, il existe bien un seuil de 31 élèves par classe, mais il est loin d'être respecté. La maternelle du Centre compte deux classes à 31 élèves et deux à 32. Et les quatre salles de classes font moins de 60, voire moins de 55 m2. Xavier Cegarra écrit d'ailleurs se « dégager de toute responsabilité » si la capacité d'accueil de 30 élèves est dépassée.

« On dépasse les seuils d'ouverture de classe, mais rien ne se passe. Et même quand on en est là, on nous pousse à prendre encore des élèves. Récemment, on a voulu me faire inscrire deux enfants supplémentaires, j'ai refusé. On bourre les classes et on n'a aucune loi pour se protéger, alors que nous sommes responsables de la sécurité et du bon fonctionnement de l'école. »

Face à ce manque d'espace, ce directeur a voulu dire ce qu'il avait « sur le cœur ». « Je ne sais pas si ça apportera quelque chose, mais au moins j'aurais essayé », avance-t-il. Car, pour Xavier Cegarra, le nombre d'élèves par classe, qu'il souhaiterait à 20, est fondamental pour le bien-être de l'élève, bien plus que la réforme des rythmes scolaires (NDLR : Chilly fait partie des 10 communes du département à l'appliquer depuis la rentrée), qu'il n'hésite pas à critiquer pour les maternelles. C'est cette conjugaison, classes trop chargées et mercredi amputé de sa matinée pour se reposer, qui l'a poussé à agir. « Quand on a quatre, cinq ou six absents, on voit tout de suite la différence. Et comment voulez-vous que l'on fasse de la pédagogie différenciée à 30 ou 31 élèves? Aucun gouvernement n'a tenté de ramener ce chiffre à 20. Au lieu de ça, ils définissent des seuils qu'ils ne respectent même pas. »

Son espoir? A minima, sensibiliser les gens à ce problème et, au mieux, qu'un élu s'intéresse à son courrier et qu'une loi définisse enfin l'espace vital minimal par enfant dans une classe.

Contactée, la direction académique n'a pas donné suite.
 

Le Parisien

Comment ?

Par Le 01/03/2014

Comment est-il possible que je puisse structurer en moi un texte, mettre en action mes doigts pour assembler des lettres et constituer des phrases, suivre ma pensée tout en parvenant à écrire ce que je porte sans pour autant, dans le même instant perdre de vue cette pensée, comment puis-je parvenir à tout ça alors que je ne sais même pas comment cette pensée prend forme en moi, comment elle s'élabore, ce qu'elle est réellement, non pas cette succession de mots intérieurs mais ce qu'elle est dans sa structure, dans sa conception, dans son extension ? Rien qui se produit n'est volontaire. Non pas dans cette extension mais dans sa structure. Comment puis-je avoir conscience de cette interrogation alors qu'elle s'élabore, comment puis-je observer cette conscience et faire en sorte qu'elle ait conscience d'elle-même, comment autant de phénomènes prennent-ils vie en moi alors que je n'y suis pour rien ? Bien sûr que j'ai décidé d'y réfléchir mais qu'est-ce qui réfléchit en moi ?

Qui est là ?

Comment pourrais-je me perdre à des considérations futiles, à des envahissements dérisoires mais dont la multiplicité peut se révéler si pesante ? Comment pourrais-je accepter de me laisser déborder alors que je ne sais même pas ce que je suis et que cette interrogation devrait emplir la totalité de mon temps, concentrer l'essentiel de mon énergie ? 

Comment pourrais-je refuser de vivre ?

Et me contenter d'exister.

Comment pourrais-je accepter de mourir à chaque instant dans une dispersion frénétique alors qu'il s'agit d'accéder à la Vie, à son saisissement, à sa totale compréhension ?

Comment pourrais-je accepter de me laisser emporter par le chaos de la masse alors que le silence et lui seul permet d'entrer en soi ?

Un jour, je n'écrirai plus rien, je ne penserai plus, je ne parlerai plus. Je serai dans le silence.

Avant même que la mort ne me prenne.

JUSQU'AU BOUT : La lumière

Par Le 01/03/2014

Il y a des personnes que j'aimerais pouvoir remercier aujourd'hui de tout ce qu'elles m'ont apporté. Il faudrait toujours dire aux gens qu'on aime à quel point elles nous portent vers l’Éveil.

 

 

1621841 10202416930278681 1394545851 n


JUSQU AU BOUT

Il vit un gros livre au bout du banc. Sri Aurobindo. Il ne déchiffra pas le titre.

« C’est ça on lit depuis un moment, expliqua Birgitt. C’est difficile mais c’est bien.

- C’est quoi le titre ?

- Ça veut dire, la vie…comme Dieu. »

Elle disparut dans le salon et revint avec un dictionnaire. Elle tourna les pages rapidement.

« Ça veut dire la vie divine.

- Et ça parle de quoi ?

- Oh ! c’est très difficile de raconter. Avec le hollandais, c’est déjà difficile de comprendre la première fois. On lit encore et encore pour savoir quoi il explique. Mais tout à l’heure à la plage, c’est quelque chose comme dans le livre tu as raconté. »

Il fut étonné de connaître lui-même un phénomène qui semblait si difficile à comprendre. Il se corrigea en pensant qu’il avait simplement senti des choses étranges mais qu’il ne les connaissait pas.

Yolanda revint avec des fruits.

« Vous pouvez me parler un peu de ce que vous savez ? »

Elles échangèrent un regard sceptique puis Birgitt joignit ses mains devant son visage dans une attitude d’intense réflexion.

« C’est un risque de pas comprendre tout quand on explique mal, commença-t-elle. Les mots sont inconnus pour nous en français mais on peut essayer. Pas de dire ce livre mais les choses on connaît un peu avec tous les livres. C’est le plus difficile de commencer, c’est beaucoup tout mélangé.

- C’est pas grave, ça sera quand même intéressant, j’en suis sûr. »

Elle vida son verre et réfléchit. Elle ouvrit le dictionnaire et commença à chercher. Elle nota les traductions sur un papier.

« A Utrecht, on a fait du yoga dans un centre, avec un professeur, expliqua Yolanda. On a beaucoup appris avec lui. C’est très bon pour toi si tu fais et c’est bon aussi pour rester calme et mieux vivre avec toi. Aussi, on connaît un professeur de Tao, mais ça c’est encore plus compliqué. Avec le yoga, on a appris à trouver le calme mais c’est pas le calme juste pas de bruit. C’est le calme dans ta tête et dans ton corps. Quand tu es dans le vrai calme, tu oublies le monde, tu as plus de souvenirs, plus de pensées. C’est très difficile à faire. Tu crois que c’est facile de pas penser mais si je te dis de penser pendant trois minutes à une seule chose comme…la balle des raquettes, juste la balle, tu vas croire tu as pensé à elle pendant trois minutes mais en vrai tu as pensé à beaucoup des autres choses. Tu as vu la plage, la raquette dans ta main, le soleil, la balle qui roule, un nuage devant le soleil, c’est plein des images qui vont avec la balle et ça c’est pour penser à une seule chose alors si c’est pour penser à rien, c’est beaucoup plus difficile. Avec le yoga, on fait ça. Mais c’est très long pour faire ça une fois. Dans la tête, c’est plein de gens qui te parlent, s’exclama-t-elle en riant. Tu connais les choses tu penses mais tu sais pas où tu es toi. »

Elle regarda les notes prises par Birgitt et continua.

« Dans le calme, si tu as pas de pensées, tu es dans la…conscience, articula-t-elle lentement. Tu sais où est ton esprit et qui tu es. »

Birgitt ferma le dictionnaire et relut ses notes. Elle regarda Yolanda qui lui fit un petit signe de tête.

« Dans la philosophie éternelle, commença-t-elle, tu cherches le moi pur. C’est comme la partie de toi dans toutes les choses vivantes de l’univers mais tu as l’habitude de voir toi, comme toi tout seul. Tu peux pas voir tu appartiens à quelque chose de plus grand et c’est déjà en toi, mais c’est très caché. Il faut chercher cette lumière, c’est beaucoup de travail. Les sportifs, ils connaissent un peu ça quand ils sont très fatigués comme les coureurs ou les gens sur les vélos, ils arrivent à plus penser à rien et ils voient eux très fort. Mais ça, c’est pas eux tout seul, c’est eux avec l’univers. C’est l’unité. C’est ça la vraie réalité. A côté, c’est le monde des hommes et c’est tout un mensonge. Beaucoup de choses cachées avec l’agitation. Alors comme on sait pas chercher le moi pur, on pense beaucoup à plein des choses qui sont pas importantes mais on dit c’est important. C’est le mauvais modèle du moi. Si tu es…illuminé, tu sais tu es un individu mais tu sais aussi tu es uni avec l’univers. Alors tu laisses ton… égo et tu penses pas pareil. »

Elle s’arrêta et regarda Yolanda qui l’encouragea d’un sourire. Elle observa son petit papier et continua.

« Si tu es illuminé, tu connais l’amour pour toutes les choses vivantes. C’est pas l’amour avec les corps mais c’est l’amour avec ton esprit et c’est possible aussi de faire ça avec le sexe. Avec une autre personne qui est comme toi, c’est très fort de faire l’amour. C’est pas pareil. C’est les énergies très profondes tu fais venir, pas le plaisir mais plus fort, c’est difficile de dire. »

Yolanda qui lisait le papier sur la table continua.

« C’est l’orgasme cosmique. C’est pas ton corps qui est là, c’est pas celui de l’autre avec toi, c’est un seul qui est dans la lumière, c’est les moi purs ensemble. C’est ça l’unité…originelle. Et si tu es comme ça, c’est pas l’excitation du corps, c’est l’excitation de l’esprit le mieux, ça peut rester très longtemps.

- C’est ça que j’ai senti à la plage. C’était pas de l’excitation physique, jamais, mais je sentais mon esprit qui brûlait. »

Il réalisa soudainement ce qu’il venait de dire et s’en étonna.

« C’est pour ça, je te dis tu peux faire du yoga ou d’autres choses pour chercher. Tu connais déjà des choses importantes.

- Oh ! je ne les connais pas, je les ai juste senties, reprit-il déçu.

- Mais c’est très bien ! Tu sais c’est beaucoup des gens qui ne trouvent rien avant des années !

- Pourquoi ?

- C’est la vie qui est pas bonne, c’est difficile de garder la philosophie tous les jours. Maintenant, nous on veut ça, on veut pas être dérangées par des choses…extérieures. »

Il se sentit concerné un court instant mais refusa d’y penser davantage.

« C’est bien si tu restes avec les idées tous les jours et tu penses mais si tu travailles pas agréable c’est des pensées pas bonnes et tu peux pas être avec toi. Tu es dans tout le reste dehors de toi et pas avec l’univers. Si tu es avec les hommes, tu peux pas être bien. C’est sûr pour nous deux.

- C’est les hommes comme toi tu peux parler pour pas te perdre, c’est tout. La peinture, c’est bien pour nous aussi pour penser et faire le calme. Et ici aussi, avec la nature.

- Et les gens dehors, ils ne vous gênent pas ? J’en ai vu tout à l’heure qui avaient oublié leurs corps. Ils étaient gros, une horreur !

- Oui, on sait ça mais on va pas voir, c’est tout.

- Et c’est pas toujours la faute à eux, c’est peut-être une maladie mais dedans, c’est des gens ils cherchent.

- Oui, tu as raison Birgitt. Je condamne toujours trop vite.

- C’est toi tu es pressé et tu vois peut-être le mal partout mais c’est des choses belles aussi avec les autres pas comme toi. Il faut écouter.

- Et tu perds ton énergie si tu es toujours contre les autres. Il faut être avec eux ou pas penser, c’est mieux pour toi, c’est comme ça tu avances dans ton moi pur. Et aussi tu fais aller mieux le monde, c’est moins de violences et de méchancetés. Si beaucoup de gens pensent dans le calme, c’est possible les autres sentent aussi le calme et ils font pareil. C’est comme une chaîne plus grande et encore plus grande. Il faut pas penser mal sinon c’est tout cassé et c’est le mal encore plus fort. Si tu fais méditer c’est bon pour toi mais c’est bon pour le monde autour de toi. C’est …drôle.

- Etrange, reprit Pierre.

- Ah ! oui, étrange, continua Yolanda. C’est ça aussi, il dit le Dalaï-Lama.

- C’est une histoire très …étrange je connais avec des singes. C’est un singe, sur une île, il lavait des fruits ou des patates, je sais plus, avant de manger mais pas les autres. Et un autre a fait, et puis un autre encore mais ça allait pas vite pour tout le groupe lave les patates. Mais un jour, c’est un nombre assez grand pour donner envie à tous les singes de faire comme ça. D’un coup c’est toute la tribu. Et après, c’est même des singes dans une autre île, ils ont fait pareil. C’est l’idée, elle est arrivée là-bas ! C’est étrange !

- Avec un peu des hommes, ils méditent bien, c’est pareil, un jour, ils font méditer le monde entier. Et c’est bien pour le monde entier. Il faut passer dans le bon nombre de gens et c’est possible.

- Avec les enfants dans l’école, c’est possible de faire ça. Si tu es calme et gentil, si tu écoutes bien les enfants et tu fais attention à eux, ils sont heureux et alors ils travaillent bien, et comme ils travaillent bien ils sont fiers et encore plus heureux. Ils ont pas peur de venir à l’école et même avec le travail c’est bien si tu es gentil et tu les aides. Tu peux aussi leur apprendre le calme. Alors ils parlent de l’école à la maison et le papa et la maman, ils sont heureux aussi ensemble et tout est mieux pour tout le monde. C’est pas difficile pour le bonheur. Il faut pas des choses tristes et difficiles pour la vie et alors c’est le bonheur. Les hommes, ils veulent le bonheur pas le malheur. La télévision, elle fait du mal si elle parle beaucoup des choses violentes, tristes et c’est les gens ils font ça aussi après. Alors, il faut pas dire ça avec les enfants. C’est mieux les mettre dans la nature et le calme. C’est mieux pour eux et pour le monde entier.

- Comment est-ce que je peux apprendre le calme aux enfants ?

- Tu dis la différence entre écouter et entendre, répondit Birgitt. Tu dis d’écouter toutes les discussions dans leur tête et d’essayer de les faire diminuer une à une pour plus rien avoir à entendre. C’est passer de l’esprit actif, avec plein de choses dans la tête qui se parlent et se répondent ou parlent les unes par-dessus les autres pour arriver à l’esprit passif qui écoute mais n’entend plus rien. Avec la respiration, tu peux les aider. Ils respirent bien normalement, un peu doucement et ils comptent les respirations. Ils soufflent, ça fait un, une autre fois, ça fait deux, une autre fois, ça fait trois et encore pour faire quatre. Il faut juste compter, pas penser à rien d’autre, juste la respiration et compter. Avec ça, ils vont réussir à entendre et pas à écouter. Tu peux faire tout à l’heure si tu veux avec nous.

- Ah oui, j’aimerais beaucoup commencer avec vous !

- Mais attention, c’est un travail long. Il faut pas être énervé si tu arrives pas. C’est pas tout de suite la réussite. Et pour les enfants aussi. C’est plus facile si c’est déjà calme dans eux.

- Mais toi, c’est pas calme dedans !

- C’est beaucoup plus calme qu’avant pourtant », dit-il.

Et ce temps lui sembla très lointain, comme une autre vie. L’impression d’avoir eu à franchir une chaîne de montagnes gigantesques, avec des efforts douloureux, la peur de l’échec, des décisions extrêmes à prendre, sans le temps nécessaire à la réflexion, toujours dans l’urgence et la menace permanente de la chute dans les vallées sombres et que maintenant, de l’autre côté, il redescendait dans une vallée de calme, de connaissance et de plénitude. Il sentit combien le cheminement pour parvenir jusqu’ici ne devait pas être dévoilé…Ce serait à tout jamais sa part d’ombres.

« Vous croyez que je peux trouver des professeurs de yoga en Bretagne ?

- On ne connaît pas là-bas mais c’est possible, je pense. C’est avec les livres aussi tu peux trouver beaucoup de choses. Mais c’est mieux les vivre. Avec la nature, c’est déjà beaucoup de découvertes.

- Tu sais, reprit Birgitt, au début c’est toujours difficile mais si tu penses beaucoup un jour tu comprends. Et tu penses plus pareil. C’est comme avec les singes, il faut beaucoup de nombres de pensées pour l’esprit passe de l’autre côté. Tu cherches, tu cherches, c’est difficile et pourtant un jour, ça y est tout arrive et tout devient clair. Et si tu comprends bien, les gens avec toi ils vont comprendre mieux aussi. Des choses différentes mais ça sera mieux pour eux. Tu vas leur faire du bien.

- C’est ce que vous faites avec moi. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce que je comprends depuis que je vous ai rencontrées. Et parfois ce sont des choses dont on n’a pas parlé mais qui se sont quand même révélées. Ca aussi c’est étrange. C’est comme si tout mon esprit s’ouvrait parce que vous avez poussé une porte. »

Elles se regardèrent en souriant.

« Ça nous fait très plaisir ça, tu sais, c’est très important pour nous. On veut essayer aussi d’aider le monde. C’est notre participation à cet univers qui est en nous, à cette lumière de tout le monde.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette lumière ? Qu’est-ce que c’est exactement ?

- Impossible de répondre. Il y a beaucoup trop de réponses. Chaque peuple a sa réponse. C’est Dieu peut-être. Pour moi Dieu, c’est une sensation pour tous les êtres vivants, une espèce… de complicité ! Tu as dit ça aussi. Le dauphin il saute, l’oiseau il chante, l’enfant il rit, c’est Dieu aussi en eux, tu vois une sorte de bonheur, c’est tout le monde vivant il sent ça parfois. Nous, c’est devant un beau paysage, une jolie personne, une belle musique. C’est la lumière de Dieu, elle brille en nous et elle nous réunit avec toutes les espèces vivantes. Mais les hommes, ils appellent ça Dieu, c’est dommage, ça fait trop penser à une personne humaine. C’est pas une personne bien sûr, c’est pas une forme, c’est juste une sensation, un bonheur sans nom, c’est trop important pour lui donner un nom, il faut laisser la liberté à chacun. C’est le nom tu veux lui donner le bon. C’est tout. Mais Dieu, c’est la rencontre dans toi de toutes les lumières qui sont dehors, alors c’est le grand bonheur. Ta lumière brille plus fort et tu es heureux. Très fort. Ta lumière, elle rencontre les autres lumières de l’océan, du vent, du soleil, des étoiles, de la pluie, de la neige, d’un animal, d’une plante, d’un être humain, d’une musique, d’un paysage, d’un grain de sable. La main d’un enfant dans la tienne, c’est les deux lumières ensemble, alors elles brillent plus fortes. Elles s’ajoutent l’une à l’autre et pourtant elles restent à l’intérieur des deux. C’est formidable. Mais c’est la joie pour faire briller les lumières, pas le malheur. C’est pour ça, on dit toujours le malheur c’est noir. C’est les gens sans la lumière intérieure. C’est pas juste une image, c’est la réalité. Et c’est la vie elle cache la lumière aux gens. Alors, il faut faire un effort pour la retrouver. C’est grave pour les enfants s’ils entendent jamais ça. Nos parents avec le naturisme, c’était aussi pour nous aider à trouver. Souvent, ils nous ont parlé de ça. C’est pour ça les parents, c’est important. C’est pour envoyer les enfants sur le chemin de la lumière. Si tu passes du temps à lutter contre le mal, tu t’occupes du mal et tu lui sacrifies ton énergie. Mais ça ne fait pas remonter la quantité de bien. Il restera pareil. Tu peux même finir par tomber du côté du mal. Mais si tu t’occupes du bien, tu le développes, tu élèves un mur de plus en plus important devant le mal. Et un jour c’est le mal qui se retrouve en position inférieure. Avec les enfants, c’est pareil. Il faut les mettre toujours sur le chemin de la lumière. C’est ça ils cherchent dans leurs vies. Ici beaucoup d’hommes cherchent à obtenir tout le contraire de la lumière. La honte d’avoir gâché la vie les envoie vers le mal. Il faudra beaucoup de gens illuminés pour renverser cette direction. »

Il comprit enfin le dégoût qu’il avait si souvent éprouvé. Lutter contre le mal et devenir le mal…Il s’était laissé piéger. Sa mission avec les enfants était essentielle mais il s’était trompé de méthode. Il reprendrait tout à zéro. Ce n’était pas juste pour eux mais pour le monde entier. Comme une goutte tombée dans la mer et dont les effets, apparemment infimes, feraient le tour de la planète."

Hippocrate et Socrate

Par Le 28/02/2014

Chez le médecin


"Vous avez signé le serment d’Hippocrate, vous devez être totalement investi pour le bien-être de vos patients.

Et bien, moi, pour mes élèves, j'ai signé le serment de Socrate. C'est pareil."

Constat

Par Le 27/02/2014

                "EN-SAIGNANT"

Constat de fin de carrière en cours.

Tantrisme (sexualité sacrée)

Par Le 27/02/2014

 
 
Unnamed
 
 
 
Le tantrisme c’est l’expérience que l’on fait à l’intérieur de soi, dans son corps, dans son cœur, dans son esprit, de la présence de l’amour.

Quand l’échange se fait subtil, il se manifeste en vibration faisant écho avec chaque cellule du corps, chaque battement du cœur, chaque souffle de l’esprit.

Le tantrisme n’est pas une sensation, c’est l’expérience de l’unité, quand la reconnaissance se fait en soi que rien n’est séparé, que l’autre est soi parce qu’issu de la même énergie qui se manifeste en chaque être sensible, en chaque être vivant.

Chöying Wangmo

 

Vivre sa sexualité autrement : le Tantrisme

Mercredi 20 février 2013
Publié par milena
 
 
Dans une société spirituellement immature où l’être humain est réduit à son corps, un simple morceau de viande, et la femme, l’expression la plus parfaite du Principe primordial, à un bien de consommation, pire, un objet sexuel pour la gente masculine ; il est plus que jamais nécessaire de repenser notre rapport avec la sexualité. Porter un regard nouveau sur celle-ci, un regard moins animal, plus humain, plus sain – sinon spirituel.
 
     – Il existe une pratique qui utilise la sexualité comme principe d’évolution. Mais attention, bien que la théorie semble facile, la pratique est beaucoup plus difficile, surtout dans la maîtrise de l’orgasme, cependant ne vous découragez pas car le jeu en vaut la chandelle
 
1. Les origines du Tantrisme
 
- Le tantrisme est un courant de l’hindouisme apparu en Inde aux environs de l’an 500. D’après la doctrine tantrique, il existe une identité absolue entre le soi et le monde, l’esprit et la matière, l’âme individuelle et l’âme universelle.
 
- Le paramâtman (l’âme universelle) est conçu comme le fondement de tout, c’est une forme composée de deux principes ; l’un masculin et l’autre féminin. Ces deux aspects sont symbolisés par le lingam (le phallus) et la yoni (le vagin). La vie naît de l’union de ces deux principes. 
 
 
WAK : Light My Fire
- Fortement marqué par le mysticisme, le culte tantrique comporte de nombreux rites de nature ésotérique. Par exemple, la pûjâ est une cérémonie très importante dans le tantrisme érotique. Les fidèles considèrent que l’acte sexuel est une célébration de la création. En atteignant une maîtrise parfaite des forces du cosmos qui se manifestent à travers leur corps, ils permettent l’union de l’âme individuelle avec l’âme universelle.
 
2. Tantrisme et sexualité
 
Dans le tantrisme, l’acte sexuel est une célébration mystique, il est un moyen pour atteindre l’éveil et non pas une course à l’orgasme. Il est perçu comme une découverte des sens, une unification du corps et de l’esprit. Les adeptes ont toutes sortes de pratiques et rituels pour faire monter l’énergie sexuelle ou kundalini.
 
- La préparation spirituelle et corporelle : avant l’union (Maithuna en sanskrit), les partenaires doivent se préparer afin de ressentir un sentiment d’unité avec eux-mêmes, ainsi qu’avec leur partenaire. Il y a plusieurs techniques :
 
> purification mentale : méditation, yoga…
> purification de l’atmosphère : bougies, encens, huiles essentielles..
> purification corporelle : thé (vert, de Damania), eau, gommages, fruits, légumes, exercices physiques
 
- Les caresses : après avoir trouvé la paix intérieure, les partenaires commencent à rentrer en contact. Ils commencent à s’embrasser, se masser et se caresser tout doucement, puis se déshabillent mutuellement. Les gestes doivent être lents, sensuels, conscients. Une fois nus, les massages et caresses continuent. Les massages doivent de préférence partir du bas des jambes vers le haut du corps, les partenaires peuvent utiliser chaque partie de leur corps pour masser (langue, doigts…)
 
 
Wak : Lock and Key (Exchange)
- La pénétration : elle doit être une danse sensuelle où les deux partenaires sont à l’unisson. Ils doivent prendre leur temps, être à l’écoute de l’autre, et ne pas penser à jouir à tout prix. Dans la philosophie tantrique, c’est l’énergie féminine qui est à l’origine de la création et c’est donc à la femme que revient l’initiative pendant l’amour : c’est elle qui donne le rythme, les mouvements sont donc plus subtils et plus lents. Ainsi, l’union dure plus longtemps.
 
- L’orgasme : les partenaires sont invités à ralentir la venue de l’orgasme. Certains pratiquants du tantrisme n’éjaculent pas ; avec de l’entraînement, ils parviennent à jouir sans libérer de sperme, considéré comme un liquide vital et sacré. Le but n’est pas de se retenir indéfiniment, mais de se libérer de la contrainte de l’orgasme. Les amants doivent ressentir l’énergie sexuelle, la faire monter dans tout leur corps, et la transformer en extase de tous les sens, c’est une extase à la fois physique et mentale.
 
- Les positions : il n’y a pas de position privilégiée, mais la femme se place de préférence au-dessus de l’homme. Ainsi, elle contrôle mieux son plaisir et a plus de chance de parvenir à l’orgasme, tandis que l’homme y arrive moins vite. Dans le tantrisme, les corps sont sensés prendre naturellement position, guidés par l’énergie. La position Yab-Yum ou « l’union du soleil et de la lune » est idéale pour contrôler l’énergie sexuelle : l’homme est assis en lotus et la femme s’assoit sur lui en l’enlaçant, ils effectuent un va et vient lent et langoureux. Dans cette posture la femme peut arriver facilement à l’orgasme cervico-utérin, c’est à dire l’orgasme le plus intense qu’elle puisse vivre, proche d’un état d’extase amoureuse.
 
Réconciliation & plaisir
 
Le grand secret du tantrisme, c’est la libération de la kundalini, la force contenue vers le bas de la colonne vertébrale et qui est, selon les principes du tantrisme, le moteur de notre énergie vitale… et de notre libido. Laisser s’exprimer pleinement la kundalini nécessite un certain temps, puisqu’il s’agit de s’abandonner, de lâcher prise, de chercher par le biais de la méditation et de l’ouverture, une forme de plénitude. En découvrant son « corps énergétique », et en le faisant entrer en harmonie avec celui de son ou sa partenaire, le tantrika (adepte du tantra) atteint une nouvelle forme de plaisir et d’échange sexuel. Selon Claire de Lys, « la pratique du tantrisme permet de se désinhiber totalement, de se libérer de nos blocages, de combattre les problèmes sexuels : éjaculation précoce, absence de plaisir, peur du contact, impuissance. Pour les hommes, il s’agit de dissocier plaisir et éjaculation afin de devenir, comme les femmes, multi orgasmiques. Pour les femmes, c’est la possibilité de vivre pleinement leurs orgasmes et expérimenter leur rôle d’initiatrices de l’amour. Pour les deux partenaires, c’est une promesse de plaisir fusionné : l’homme s’ouvre à sa part de féminité, la femme s’ouvre à sa part de masculinité. On est à la fois l’un(e) et l’autre. Le tantrisme, c’est la réconciliation de l’homme et de la femme. » -  
 
 
WAK : kISS
 
   – Lorsque les gens pensent au Tantrisme, ils pensent souvent aux moines célibataires, aux yogis et, par conséquent, à la suppression de la sexualité. Ceci est un malentendu, impliquant que l’atteinte de l’extase nécessite la répression de la sexualité. Dans la pratique de la Sexualité Sacrée, l’amour est au contraire cultivé et célébré. C’est de la graine de l’amour que pousse la fleur de l’extase. Une autre idée répandue est que le Tantra ressemble à une orgie sexuelle, encourageant les plaisirs de la chair. Le Tantrisme est la voie du milieu. Il n’est ni répression ni indulgence. Il vous enseigne à regarder votre sexualité en face, à la comprendre, la vivre, la transformer. Le Tantrisme offre des réponses pratiques à des questions fondamentales : qu’est ce que l’état d’extase ? Comment y accéder à travers la sexualité ? Comment peut-il nous aider dans notre vie quotidienne ?

Tantra veut dire « Tisser« . Tisser les nombreux aspects contradictoires de son être pour créer ainsi un tout harmonieux. Tantra veut aussi dire « expansion« . Une fois que nos énergies ont été comprises et unifiées, nous grandissons dans la joie. 

La vision tantrique accepte tout. Tout ce qu’une personne ressent est une occasion d’apprendre, sans jugement. Par exemple, une situation dans laquelle vous ressentez une frustration sexuelle n’est pas jugée comme négative, mais considérée comme un enseignement. Cette situation fournit l’occasion de comprendre quelque chose sur votre sexualité.

 
 
 
 
 
WAK : Soulmates
 
Dans le Tantrisme, il n’y a pas de division entre le bien et le mal, l’acceptable et l’inacceptable. Par exemple, le Tantra tel que je le comprends, ne rend pas de jugement moral sur vos préférences sexuelles. L’accent n’est pas tant sur la personne avec qui vous faites l’amour, mais sur la manière de le faire. Ainsi, il peut être pratiqué par tous ceux qui sont attirés par son enseignement. 
La vision tantrique est une vision globale, totale. Chaque situation, qu’elle soit plaisante ou déplaisante, est une occasion de devenir plus conscient. Elle fournit une excellente occasion d’intégrer les différents aspects de vous-même, y compris ceux que vous rejetez et cachez habituellement. 

Cette vision reconnaît également qu’en chaque être humain existe un être à la pureté enfantine, innocent et qui représente notre capacité naturelle de profiter de la vie, d’aimer, de jouer et d’être extatique. J’appelle cet aspect du moi le Moi Extatique. 
Le Tantrisme croit dans la complémentarité des contraires. Les concepts de masculin et féminin ne sont donc pas divisés, séparés mais sont considérés comme deux polarités qui se rencontrent en chaque être humain. Le Tantrisme met en évidence que chaque être humain, homme ou femme, a des qualités tant masculines que féminines.

Cela veut dire qu’en laissant de côté les stéréotypes, nous pouvons élargir considérablement notre identité sexuelle, rendre hommage à notre polarité ignorée. L’homme est encouragé à explorer ses aspects vulnérables, réceptifs, féminins. Il peut alors se libérer du poids de ses responsabilités masculines et se relaxer, prendre son temps, faire l’amour sans but précis, s’autorisant à être réceptif lorsque sa partenaire prend des initiatives. Pour sa part, la femme peut explorer sa dimension masculine, se rendre compte qu’elle est capable d’initiatives, créant de nouvelles manières de donner du plaisir à son partenaire comme à elle-même. 

L’homme ne renonce pas à sa masculinité, pas plus que la femme n’abandonne sa féminité. Ils élargissent simplement leur potentiel. Dans le Tantra, lorsque les polarités masculines et féminines fusionnent, une nouvelle dimension devient accessible : le sens du sacré. On perçoit notre relation à l’énergie vitale elle-même comme la source de la création. Cette connexion élève votre conscience au-delà du plan physique, dans un champ de puissance et d’énergie beaucoup plus vaste que le vôtre. Vous vous sentez alors relié, par votre partenaire, à tout ce qui vit et aime. Vous avez la sensation de faire partie de la grande danse de l’existence. 

Le Tantrisme conçoit l’union sexuelle non seulement comme sacrée mais comme un art. Il est d’ailleurs intéressant de savoir que la racine sanscrite du mot « art » signifie « convenablement uni ». Pour devenir des tantrikas, pratiquants du Tantrisme, il était demandé aux amoureux de connaître, entre autres, la conversation, la danse, la cérémonie, le massage, l’arrangement floral, la musique, le costume, le maquillage, l’hygiène, la respiration et la méditation. 

Lorsque nous apprenons les arts érotiques sous cette forme, on met en place une profonde guérison de notre sexualité. L’acte sexuel n’est plus une affaire bâclée, vécue par des partenaires inconscients, mais un échange sain et nourrissant entre partenaires se respectant et se connaissant intellectuellement, émotionnellement et sensuellement avant d’entrer consciemment dans l’union sexuelle. 

Voilà ce dont nous avons besoin de manière urgente aujourd’hui : une vision joyeuse, amoureuse, et globale de la sexualité. 

 
 
WAK : Lock and Key
 
Selon le Tantrisme, la sexualité est la première forme d’énergie, vue comme un mouvement de la vie. Dans le corps humain, l’énergie est continuellement en mouvement. Chaque cellule de notre corps vibre rythmiquement provoquant des courants bio-électriques circulant dans tout le corps. Nos humeurs et émotions suscitent aussi des vibrations spécifiques. Chaque être humain est un organisme faisant partie d’un tout plus grand – l’environnement immédiat, la nature, la planète possédant eux aussi leurs propres rythmes et vibrations. Le tantra apprend aux amants comment harmoniser leurs énergies, créant ainsi une résonance mesurable entre leurs champs énergétiques. 

Un des aspects les plus profonds du Tantra est que le corps humain est considéré comme un simple phénomène énergétique. A une extrémité du spectre, au niveau physique, cette énergie s’exprime dans l’activité sexuelle. A l’autre extrémité, au niveau du système nerveux et du cerveau, l’énergie est perçue en tant qu’extase. Il est dit que les premiers mystiques orientaux eurent leurs premières étincelles d’illumination spirituelle au moment de l’orgasme. En effet, beaucoup de gens savent que l’orgasme peut les amener temporairement en un état d’extase. 

Pendant quelques secondes, l’esprit se vide, la vue égocentrique de la vie disparaît. Nous perdons la notion du temps pour entrer dans la béatitude. Pour ces mystiques, la sexualité était la vraie source de l’expérience religieuse. Elle peut l’être encore aujourd’hui si l’on en crée les conditions. 

Puisse ta vie être le reflet de l’Extase en toi. 
Puisse cette Extase être l’instrument de l’Amour infini.

Margot Anand - 

 
 
Pour approfondir sur le tantrisme, voir le film les secrets du massage tantrique. Un film très intéressant et très instructif.
 
Medite

L'Ordre et le Hasard (spiritualité)

Par Le 26/02/2014

"L'idée que l'ordre et la précision de l'univers, dans ses aspects innombrables, seraient le résultat d'un hasard aveugle est aussi peu crédible que si, après l'explosion d'une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l'ordre du dictionnaire." Albert Einstein

Extase

Par Le 25/02/2014

"L'émotion la plus magnifique et la plus profonde que nous puissions éprouver est la sensation mystique. Là est le germe de

toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui ne sait plus être saisi d'admiration ni éperdu d'extase est un

homme mort."

Albert Einstein

Etat des lieux.

Par Le 25/02/2014

Je suis entré dans l'enseignement à 19 ans. Je voulais être "le ver dans la pomme" du système.

Et bien, la pomme, en pourrissant, a contaminé le ver.

Je n'en peux plus.

Je refuse de faire du mal à mes élèves. Ca n'est pas ma mission.

Et je ne peux plus lutter. Les armes sont trop inégales.

Il suffit de regarder les dégâts...

Edvard munch le cri 1895 640x853 1


Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

Abonnez-vous
à partir de 1 €
Réagir Classer

Partager google + linkedin pinterest

Des jeunes en service civique, à Saumur, le 19 décembre 2013.

L'autoportrait est sombre. Amenés à définir leur génération, ce sont les mots « sacrifiée » ou « perdue » qui leur viennent le plus souvent à l'esprit. A l'automne 2013, les jeunes de 18 à 34 ans étaient conviés par France Télévisions à répondre à un long questionnaire en ligne sur eux-mêmes et leur génération. 210 000 se sont pris au jeu de cette opération « Génération quoi ? ». Leurs 21 millions de réponses fournissent un matériau de recherche exceptionnel pour les deux sociologues de la jeunesse Cécile Van de Velde et Camille Peugny, maîtres de conférences respectivement à l'EHESS et à l'université Paris-VIII, qui ont contribué à concevoir le questionnaire. Ils en tirent aujourd'hui pour Le Monde les principaux enseignements, en se focalisant sur la tranche d'âge des 18-25 ans, centrale pour l'analyse.

  • La vie en noir

Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes répondants sont près des deux tiers à se déclarer plutôt ou très optimistes. En revanche, le regard qu'ils portent sur le destin de leur génération est extrêmement sombre. Vingt ans n'est pas le plus bel âge de la vie, pensent-ils majoritairement (à 51 %). Les mots-clés librement choisis pour définir leur génération sont édifiants : « sacrifiée », « perdue ». Et encore (après « Y », « Internet », « connectée »), « désabusée », « désenchantée », « galère »… « Autant ‘‘sacrifiée” est un terme qui a pu être induit par le discours des médias, analysent Cécile Van de Velde et Camille Peugny, autant ‘‘perdue” semble un choix spontané. » Donc révélateur.

Seuls 25 % des 18-25 ans ont la conviction que leur vie sera meilleure que celle de leurs parents. Ils sont 45 % à imaginer qu'elle sera pire, 29 % qu'elle sera semblable. Près d'un tiers (33 %) sont persuadés qu'ils ne connaîtront jamais autre chose que la crise. Quant à la vie de leurs propres enfants, 43 % pensent qu'elle sera encore pire que la leur. A toutes ces questions, les jeunes femmes répondent de façon encore plus pessimiste que leurs congénères masculins. « Ces pourcentages sont très élevés, sachant que les jeunes sont, dans la plupart des enquêtes, plus optimistes que leurs aînés. Ils le sont d'ailleurs dans cette enquête concernant leur avenir personnel, remarque M. Peugny. Ce qui apparaît ici, c'est le poids du discours de crise dans lequel nous baignons désormais, et le sentiment d'être pris dans une spirale du déclassement. »

Deux pondérations à apporter, selon lui, néanmoins. Les participants peuvent avoir été tentés de « surjouer un discours noir et cynique, ce qui est une manière de conjurer le sort ». Surtout, cette génération est fortement clivée en fonction des parcours et des statuts, précaires ou non. Ce n'est pas une mais des jeunesses qui se dessinent. En passant des étudiants ou salariés en CDI aux chômeurs-intérimaires-inactifs, le pessimisme gagne 20 points. L'expérience du chômage affecte fortement la projection dans l'avenir.

  • Un besoin de reconnaissance

« Les 18-25 ans qui ont participé font voler en éclats le mythe d'une société méritocratique » : voilà le second enseignement majeur de l'enquête, à entendre les deux sociologues. Près des trois quarts (70 %) d'entre eux ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables. « C'est massif, et en forte progression. En 2006, ils étaient 53 % dans ce cas. »

Les jeunes se montrent très sévères sur le fonctionnement du système éducatif à la française. Récompense-t-il le mérite ? Non, à 61 %. Donne-t-il sa chance à tous ? Non, à 61 %. Logiquement, plus le statut du jeune est précaire, plus son opinion est négative. Des réponses lourdes de rancoeurs dans une société « où formation initiale et diplôme exercent une si forte emprise sur les parcours de vie ».

D'autant que dans la sphère professionnelle non plus, les jeunes n'ont pas l'impression que leurs mérites et efforts soient récompensés. 60 % des répondants ne se croient pas payés, par exemple, à la hauteur de leurs qualifications.

Dans cette enquête transparaît donc, selon Cécile Van de Velde, « une génération consciente, lucide, désillusionnée, selon laquelle les instruments de mobilité sociale ne fonctionnent pas ». « Les jeunes se sentent abandonnés par la société. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie, ils subissent. Sont frustrés de ne pas pouvoir faire leurs preuves, montrer qui ils sont. » Pour réussir dans la vie, la moitié des répondants pense donc ne pouvoir compter que sur soi-même. « Les jeunes sont individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence. » Puisque très majoritairement (77 %), ils estiment également que dans la vie, on ne peut pas s'en sortir sans solidarité.

  • La valeur travail

Les jeunes valorisent d'autant plus le travail qu'il leur échappe, un quart d'entre eux connaissant le chômage. Seule une toute petite frange le rejette, envisageant de vivoter en marge du système. 81 % des répondants disent que le travail est important dans leur vie. Et pas seulement pour gagner de l'argent. La moitié déclare que travailler sert avant tout à s'épanouir. « Qu'ils soient soucieux de l'équilibre vie privée-vie professionnelle ne veut pas dire que la valeur travail se perd », commente Camille Peugny, pour qui rien n'est plus faux que les clichés sur une « génération feignasse » : « Impossible de faire une conférence sur les jeunes sans qu'un manager assure qu'à peine arrivés en entreprise, les jeunes ne s'intéressent qu'à leurs RTT. Platon déjà évoquait la décadence de la jeunesse, c'est un discours vieux comme le monde, lié au cycle de l'âge, à la difficulté à concevoir le changement apporté par les jeunes. »

A la question « Actuellement, es-tu épanoui dans ton travail ? », 62 % des 18-25 ans ont acquiescé. Mais la statistique chute à 43 % pour les intérimaires… L'enquête Génération quoi ? fournit le plus grand échantillon d'intérimaires jamais réuni (8 000 répondants dans cette situation), et leur « souffrance » saute aux yeux des sociologues. « Il faut sortir du discours sur l'intérim choisi. Ces jeunes veulent travailler davantage, ils ont le sentiment insupportable que leur destin est aux mains des autres, que leur sort dépend d'un coup de téléphone, ce qui interdit toute projection dans l'avenir. »

  • La tentation du départ

« T'installer à l'étranger, ça te tente ? » Evidemment oui, cela tente les trois quarts des participants à l'enquête. Inhérente à la jeunesse, cette envie d'aller voir ailleurs est plus que jamais valorisée dans la société. Mais 24 % des jeunes se sont reconnus dans une expression volontairement rageuse, hargneuse, qui leur était suggérée : « Dès que je peux, je me barre. » « Une réponse aux portes fermées pour tous les jeunes dans l'impasse, chômeurs, petits contrats, stagiaires… », à en croire les sociologues.

  • Famille, je t'aime

Toutes les questions portant sur les relations au sein de la famille suscitent des réponses unanimement positives. La famille apparaît plus que jamais comme la valeur refuge. S'ils doivent qualifier leurs relations avec les parents, 27 % des jeunes les décrivent comme « idéales », 53 % comme « cool », seuls 10 % les jugent « moyennes » ou « hypertendues ». Les parents, assurent-ils, sont fiers de leur parcours (89 %), les soutiennent dans leurs choix (91 %). Pour Camille Peugny, « les parents ont intériorisé le fait que la situation des jeunes est extrêmement difficile. Les quadras et quinquagénaires ont eux-mêmes connu la crise. Fini, les réflexions désagréables. Les deux générations sont solidaires dans la crise. Moralement et matériellement. »

Une bonne moitié des jeunes (53 %), même actifs, dit recevoir des aides parentales. Dans les familles, l'inquiétude est partagée. « Est-ce que tes parents sont angoissés par ton avenir ? » 63 % pensent que oui. Les réponses positives montent logiquement à 80 % pour les jeunes chômeurs ou inactifs. Mais atteignent tout de même 63 % chez les étudiants, et encore 47 % chez les jeunes en CDI. Même ce sésame recherché par tous ne parvient pas à apaiser l'anxiété familiale. « Cela rejoint les enquêtes sur les angoisses scolaires, la pression du diplôme, poursuit M. Peugny. Et cela montre que les parents sont parfois un brin schizophrènes : ce sont les mêmes qui, dans leurs fonctions en entreprise, ne sont guère pressés d'intégrer les jeunes dont ils ont une image peu flatteuse. »

  • La faute aux baby-boomers

Autre ambivalence, chez les jeunes cette fois : ils ne sont pas en conflit avec la génération parentale parce que les relations sont souples, les solidarités fortes. Mais cela ne les empêche pas d'en vouloir à leurs aînés de ne pas leur faire de place dans la société. Pour un jeune sur deux, les générations précédentes sont responsables de leurs difficultés. « C'est assez nouveau en France, et l'on peut penser que cela monte, surtout chez les étudiants, observe Cécile Van de Velde. Le problème d'équité entre générations se conscientise, sans doute du fait de la politique d'austérité, de la réforme des retraites et des débats sur le poids de la dette. Les jeunes pensent qu'ils font les frais de tout cela. » Mais sur une même génération, leur regard est double. Les mêmes qui disent « Marre des baby-boomers, on paye pour leur retraite, nous on n'en aura pas » ne veulent surtout pas que la retraite de leurs parents soit amputée – c'est particulièrement frappant chez les jeunes filles. « Ce qui explique en partie pourquoi le mouvement des Indignés a si peu pris en France… »

  • La politique, ils n'y croient plus

Vis-à-vis d'elle, la défiance est énorme. Près de la moitié (46 %) des répondants n'ont pas du tout confiance dans les femmes et hommes politiques. Certes, ils sont encore plus nombreux à se méfier des institutions religieuses (60 %) Et presque aussi sceptiques à l'égard des médias (40 % de non-confiance) que des politiques.

Mais pour la moitié des 18-25 ans, c'est tout vu, les politiques sont « tous corrompus ». Ces derniers ont bien encore du pouvoir (64 % des réponses), mais l'utilisent mal, puisqu'ils laissent la finance diriger le monde (90 %). La charge est violente, aux yeux des deux sociologues : « Les jeunes expriment une demande d'Etat, en souhaitant par exemple que leur période de formation soit financée. Ils pensent que les politiques, s'ils en avaient le courage, pourraient avoir une influence sur leur vie. Mais qu'ils ont laissé la finance prendre le pouvoir. Il y a du mépris dans ce regard des jeunes. Ils n'y croient plus. »

Chez eux, jeunes diplômés en tête, le sentiment que droite et gauche se valent semble encore plus fort que dans l'ensemble de la population. « Ils font l'expérience de la désillusion politique. C'est la première fois qu'ils vivent la gauche au pouvoir. Et ils ont le sentiment que rien ne change pour eux. » Voilà qui poussera massivement à l'abstention, anticipent les chercheurs. « Ce sont des gens informés, qui ne se fichent pas de la politique, qui ont des habitudes participatives liées à l'usage des réseaux sociaux. Mais l'offre politique ne répond pas à leurs attentes. La démocratie ne s'adresse pas à eux. Ils n'iront pas voter mais ce sera une abstention politique, réfléchie, presque militante. »

S'ils critiquent au plus haut point la politique traditionnelle, les 18-25 ans s'engagent plus volontiers dans un militantisme de terrain : manifestations, associations, solidarités locales… Leur altruisme semble plus marqué que celui du reste de la population. 80 %, par exemple, seraient favorables à un service civique obligatoire. Autre valeur classique de la jeunesse, la tolérance demeure forte (70 % estiment que l'immigration est une source d'enrichissement culturel) mais semble s'éroder. « A l'image de ce qui se passe dans l'ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement, craint Mme Van de Velde. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d'impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. » Un tiers des répondants envisagent que des emplois puissent être réservés aux Français.

  • Un vent de révolte

Une Cocotte-Minute qui n'aurait pas de soupape. Telle est l'inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le « fort potentiel de révolte » perçu au travers de cette vaste enquête. « C'est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n'est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. »

Besoin d'expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n'obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d'un travail et d'un logement. Trajectoires déviées parce que l'emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l'avenir. Défiance vis-à-vis du politique… « Ce sentiment d'être privés de l'essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. »

Jamais la jeunesse, en France, n'a été aussi éduquée. Lorsqu'ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l'intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts espoirs. D'où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l'épreuve sociale qu'ils traversent. « Un ‘‘nous'' pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale. »

Lire notre reportage à Saumur : Camille, 19 ans : « Les politiques ne changent pas notre vie »

A la question « Est-ce que tu participerais à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? », ils sont 61 % à dire oui. Tous quasiment égaux dans la colère, femmes et hommes tirés d'affaire et jeunes en galère… 66 % des intérimaires. 63 % des chômeurs. 60 % des étudiants. Et même 54 % des employés en CDI !

« Les jeunes ne sont pas dans la résignation. Il y a une énergie latente, comme en 1968 », perçoit Cécile Van de Velde. En temps de crise, explique-t-elle, on peut adopter une stratégie d'adaptation au système (loyalty), de départ (exit), ou de révolte (voice). « ‘‘Loyalty'' pourrait bien se transformer en ‘‘voice'' si rien ne bouge… Il suffit d'une étincelle… » Et d'une figure cible. La chance des politiques jusqu'à présent ? Qu'il soit plus malaisé de se rebeller contre un ennemi lointain et abstrait – la finance, la mondialisation, l'Europe – que contre la génération de ses parents, comme en 1968.

Lire aussi : Les coulisses du succès de l'opération « Génération quoi ? »

  • 209
  • 210
  • 211
  • 212
  • 213
  • 214
  • 215
  • 216