Là-Haut

Articles de la-haut

Métamorphose

Par Le 12/02/2014

Ce "je ne sais pas" contient en lui-même la peur et la peur fossilise au point que la métamorphose peut s'en trouver suspendue. Il n'y a pas de volonté à avoir car cette volonté contient en germe l'éventualité d'un échec. C'est toute la problématique de l'espoir. La chenille n'a aucun espoir, elle est juste dans l'acceptation de ce qui peut advenir. Et non de ce qui doit...
"Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’affronter tôt ou tard ce qui nous fait le plus peur, c’est-à-dire l’inconnu et notre entière responsabilité de créer notre propre vie. Au fond, la chenille peut s’éveiller à tout moment à sa nature de papillon, mais il lui faut passer alors enfin par la porte du « je ne sais pas ». C’est la grande voie qui nous ramène à nous-mêmes." Jean Gagliardi

Sotchi

Par Le 11/02/2014

Les JO de la honte. Je ne regarderai rien, je n'écouterai rien, je ne validerai pas par mon enthousiasme et la valeur de l'effort sportif un désastre humain.

J'aurais aimé que les sportifs le disent...

On me rétorquera que ça ne les concerne pas.

Je ne vois pas les choses de cette façon.

Il me serait insupportable de cautionner en tant que sportif un résultat aussi épouvantable. Il est trop facile de rejeter la faute sur l'état russe. Les JO sont une épreuve planétaire, pas une affaire russe.

Ces JO marqueront pour moi la rupture avec l'esprit olympique. Il ne reste qu'une course à l'apparence. La justice en est bafouée.

"Who is perfect?"

Par Le 10/02/2014

Vidéo qui sera utilisée demain dans ma classe pour l'expression écrite que je préfère appeler "expression humaine".

Merci à Charlotte. Je t'embrasse.

L'absence

Par Le 09/02/2014

On dit toujours que la mort des êtres qu'on aime est difficile à supporter mais qu'en serait-il s'ils n'avaient pas existé ?


Il ne serait pas pire absence.

Tourne en boucle depuis des heures parce qu'il est essentiel de se tourner vers la joie lorsque tout dans l'instant vous conduit à l'inverse...

Furious Angels

Par Le 09/02/2014

LES EVEILLES

Deux mois auparavant.

Elle rentrait du travail. Fatiguée. Encore fatiguée. Une lourdeur qui ne la quittait plus, une torpeur qu’elle ne comprenait pas. Comme un poison soporifique qui coulait dans ses veines. Une lutte constante contre cette langueur létale.

Elle s’était allongée sur le lit, les volets clos, la porte entrouverte. Elle n’avait pas voulu que Yoann l’isole. Comme si elle refusait de partir trop loin, comme si elle pressentait que les ancrages allaient céder. La peur. Elle était là, comme une bête enfouie dans une hibernation finissante. Il lui avait demandé si elle voulait écouter un peu de musique. Elle avait accepté.

« Furious angels » de Rob Dougan. Elle ne connaissait pas ce nom. Elle avait fermé les yeux.

Tout est là. Rien n’a disparu.

Premières paroles, de l’anglais, une note sourde maintenue comme une menace suspendue, une batterie s’installe, un électrocardiogramme sur l’écran de son esprit, la musique gonfle, les instruments prennent place, s’accordent, la vague monte en elle avec une puissance et une vitesse affolante, un courant irrésistible, une voix rauque résonne en elle, ramène à la surface des émotions étranglées, sa gorge se serre, des violons aigus s’imposent, les percussions s’emballent, elle perd pied, le flot l’emporte, la voix suppliante lâche son premier cri, l’enfant est là, une énergie qu’elle palpe, elle saisit un oreiller et le colle contre sa poitrine, elle met un coin du tissu dans sa bouche, elle se sent partir, elle quitte la pièce, rien, plus rien, plus de contact immédiat, plus de présence autour d’elle, juste l’enfant, il a peur, il comprend qu’il va partir, qu’il va mourir, elle lui parle, elle tente de le rassurer, elle ne sent plus son corps, une anesthésie foudroyante, elle n’est plus dans la chambre, elle pleure avec l’enfant, là-bas, il y a longtemps, elle est avec lui, il a peur, elle veut le rassurer, il monte, il la quitte, il s’éloigne, « pardonne-moi, pardonne-moi, » la musique a disparu, elle devine juste des houles sonores, rien d’identifiable, elle le sent partir, « mon Dieu, aidez-moi », elle voudrait accompagner encore l’enfant qui s’éloigne, « pardonne-moi, pardonne-moi, » les émotions la submergent, cette peur de l’enfant, cette angoisse qui l’agresse, l’étouffe, l’absorbe, elle est en lui, elle sent son désir d’étreintes, des bras qui l’enlacent, une poitrine nue qui l’accueille, des mains douces qui le retiennent, il sait que ça n’arrivera pas, il ne comprend pas, les questions s’enchaînent, « pourquoi, pourquoi ? » mais rien d’autre n’est possible, toutes ses peurs résonnent en elle, le couperet tombe, comme un cœur qui s’arrête, il s’éloigne, elle le suit de toute son âme, il monte, elle veut l’accompagner le plus longtemps possible, le scintillement s’efface, comme une étoile engloutie dans les noirceurs de l’univers, il part, il part …

Vide … Le vide en elle … C’est fini.

Elle s’arrête. Elle s’appuie contre un tronc. Le souffle coupé, elle pleure, elle n’y peut rien, depuis des mois les larmes jaillissent comme des torrents libérés, elle n’a plus de retenues, aucune digue, aucun muret, le flot d’émotions s’épanche dans une liberté sauvage qu’elle ne peut plus dominer. L’opération de la bartholinite devait lui permettre de vivre dans son corps physique le deuil de l’enfant. C’était nécessaire. Le voyage intérieur, l’accompagnement de l’enfant, cette envolée secrète réveillait le corps émotionnel. Tout cela avait un sens. Des nuits d’insomnie pour tenter de comprendre.

Elle a si longtemps été dans la maîtrise, elle a si longtemps cherché à protéger Yoann, à cacher ses propres ressentis pour ne pas l’étouffer, il est si fragile dans ses carapaces rugueuses, elle sait que, derrière les armures, la chair est à vif, il a déjà été si loin dans la souffrance, elle a tout fait pour ne pas l’assaillir, tant d’armées luttent sauvagement en lui mais dans cette attention constante qui la valorisait, répondait à une identification ancienne, elle avait disparu, elle avait étouffé son être, elle s’était fragmentée. La femme, la mère, l’amante, la psychologue, la belle-fille, celle qui est solide, câline, accueillante, chaleureuse, protectrice.

Protéger … Et en oublier de se sauver soi-même.

Elle avait fini par suffoquer, par ne plus pouvoir éteindre le brasier dans son ventre.

Elle prend la gourde et tente de retrouver une respiration posée. Elle souffle longuement.

Tant d’émotions bridées pendant des années.

Et tant de ressentis étourdissants depuis des mois.

Ce basculement extraordinaire, inattendu, éblouissant, elle l’avait tant espéré. Puis elle avait fini par ne plus y croire, elle s’était résignée, cachant son désarroi, se convainquant obstinément que c’était la seule solution.

Finalement, alors qu’elle ne s’y attendait plus, tout avait volé en éclat. Sans aucun signe annonciateur. Comme une bourrasque dévalant des hauteurs dans l’antre sombre et étroit de son existence rangée. Elle avait imaginé une vie plus rebelle, l’inattendu comme fil conducteur, des voyages imprévus, des départs survoltés, des découvertes multiples, l’éclatement absolu des conditionnements adoptés, une vie rêvée mais c’était insignifiant.

Elle s’était trompée.

Les voyages étaient intérieurs.

Tout ce qu’elle envisageait s’étendait dans la dimension horizontale des évènements quotidiens. Elle avait été à l’inverse projetée dans une ascension verticale étourdissante, qu’elle n’aurait jamais pu prévoir car elle n’en avait aucune image. On ne peut présager que des choses connues.

Ce qui s’offrait à elle dépassait le cadre étroit de son imagination comprimée.

Il fallait juste retourner les yeux au-dedans de soi. L’espace physique était secondaire.

Elle n’avait rien deviné. Tous ses schémas de pensées s’étaient révélés dérisoires. Des subterfuges égotiques, des images fabriquées par un mental pervers. Des révoltes infantiles. Les réponses édulcorées d’un mental trompeur.

Elle pensait que cette démarche intérieure dépendait de sa volonté. Juste un enfermement supplémentaire.

Un ouragan émotionnel avait balayé tous les stratagèmes.

Même l’analyse ne lui apparaissait plus comme l’élément déclencheur, elle n’était qu’une technique participant à la libération de l’individu. Le souffle intérieur l’avait imposée mais elle ne parvenait pas à identifier la source de ce torrent purificateur. L’impression parfois que quelqu’un en elle avait brisé les digues, une force inaltérable et sans nom … Rien de connu, rien d’identifiable.

Sa sexualité elle-même avait pris une dimension incroyable.

Elle frissonne. Un plaisir si puissant.

Elle n’aurait jamais imaginé une telle énergie, un tel envol, une extase aussi sublime. Elle jugeait pourtant sa sexualité satisfaisante. Elle arrivait parfois à jouir en même temps que Yoann et cette communion la comblait de bonheur. Un autre univers existait. État de conscience modifiée … Elle avait découvert le terme dans un livre de Stanislas Groff. Les similitudes avec ses envolées cosmiques l’avaient bouleversée. Elle ne parvenait plus à utiliser le moindre mot pour décrire désormais ce qui l’emportait sans ressentir aussitôt une insuffisance insoluble. Il n’y avait pas de mot. C’était au-delà du connu, au-delà de l’identifié, au-delà même de ses attentes.

Elle aurait tant aimé entraîner Yoann dans ces sphères éthérées, ces éblouissements corporels, ces envolées mirifiques mais là encore il restait dans le don et la maîtrise, il ne s’abandonnait pas et nourrissait son plaisir des vibrations qu’elle diffusait, des transes qui la raidissaient, de ses gémissements lascifs, il se concentrait assidûment sur la montée de son orgasme, éliminant ses propres ressentis. Elle le savait, il le lui avait dit. Seul, son plaisir lui importait. Le sien ne pouvant s’exprimer qu’une fois son extase déclenchée. Il ne voulait pas la laisser insatisfaite en jouissant avant elle. Par amour. Elle n’en avait aucun doute mais il ne comprenait pas qu’en la privant de son abandon, elle lui renvoyait l’impression d’une insuffisance, d’une incapacité à le faire jouir comme elle jouissait. Elle sentait avec une profonde douleur que ses orgasmes restaient à un niveau corporel, génital, que seul son pénis goûtait au bonheur des embrasées intérieures alors que les siens révélaient une conscience inconnue, un amour extraordinaire de l’énergie créatrice. Elle n’était plus elle mais un calice incommensurable inondé de secousses magmatiques. Ses anciens orgasmes n’étaient plus que des ébauches brouillonnes, des esquisses interrompues, des explorations suspendues. Elle s’était arrêtée pendant toutes ces années à l’orée d’une jungle grouillante de vie, d’un océan pétillant d’énergie, d’un cosmos primitif. À chaque extase, le voyage sidéral l’entraînait dans des contrées inconnues, insoupçonnées et elle se demandait immanquablement s’il restait encore des territoires à découvrir.

Elle s’effondrait souvent en pleurant sur sa poitrine en sueur. Elle n’y pouvait rien. Cette retombée brutale dans la réalité corporelle la brisait parfois. Dans les derniers jours, avant leur départ, cette réintégration dans son enveloppe de chair l’avait désespérée. Elle aurait voulu rester suspendue, libre, survolant les carapaces lourdes et inertes de son corps épuisé. Cette lumière inexprimable, cette impression de n’être pas seule, pas Yoann mais quelqu’un d’autre, une présence qui l’accompagnait, l’entraînait vers les altitudes.

Elle avait peur de la folie parfois.

Les deux dernières nuits, elle n’avait pas voulu s’unir à lui. La force de l’envol impliquait des retours douloureux qu’elle ne parvenait plus à vivre.

Une évidence.

Par Le 08/02/2014

Une évidence qui vient de me sauter à la figure...Comme quoi, même ce qui est le plus implacable peut disparaître.

Je me suis toujours imaginé devoir tenter de renouer avec ma pleine conscience, c'est à dire la capacité à analyser ce que je vivais, comme un observateur scrutant chaque séance de l'existence, essayant de rester lucide, disponible, humble, en retrait émotionnellement...

En fait, je me suis toujours perçu comme étant constamment sous la menace d'une expulsion de moi-même, sous la menace des événements, assailli par des hordes barbares, jusqu'à me retrouver "inconscient", c'est à dire emporté dans des actes et des pensées chaotiques. Je me souviens de situations dans lesquelles je n'ai pas su rester lucide. Comme si j'étais inconscient de mes actes ou de mes pensées.

Alors, j'ai tenté d'agir à postériori pour préserver ce capital-conscience.

Et c'est là que je me suis toujours trompé.

Il est impossible de ne pas être conscient. La conscience est un état naturel, tout comme la respiration. Je peux retenir ma respiration. Quelques instants. Je ne peux pas retenir ma conscience. Elle est là. Irrémédiablement. La seule chose qui puisse atténuer la conscience de cette conscience, ce sont les actes pour lesquels je produis un effort et qui imposeront des pensées constructrices, c'est à dire finalement tout ce que je fais continuellement, dans la vie quotidienne. Non pas que la conscience ait disparu mais elle est tout simplement remplacée par l'identification que j'installe au regard de mes actes et de mes pensées.

J'agis.

Je pense.

Et pour cela, je produis un effort. Et l'effort finit par s'imposer sur l'écran de la conscience. Ce qui aboutit d'ailleurs aux actes, pensées et phénomènes inconscients.

La conscience n'a jamais disparu. J'ai juste commis l'erreur de ne pas accompagner les efforts produits par cette conscience. Il suffit donc de réouvrir le coffre. Elle est toujours là. Mais elle a besoin d'être aimée. Je pense que tout est là. Je pense qu'il convient d'apprendre à aimer la conscience.

Et finir par aimer en toute conscience.

Pulsion de vie (3)

Par Le 08/02/2014

Pulsion de Vie

 

http://frenchwritersworldwide.com/authors-open-letter/pulsion-de-vie

tetesable

Pulsion de vie.

 de Thierry Ledru


La Vie est une pensée qui a pris forme, il y a bien longtemps, cette pensée sous-tend  deux voies indissociables l’une de l’autre, la première est la naissance de la vie (de la cellule), sa multiplication par division, créant ainsi une nouvelle cellule et la deuxième est la mort de la cellule programmée originellement pour une certaine durée de vie…

Dans sa nature originelle, la vie est composée de pulsions de vie et de pulsion de mort. La biogénèse nous enseigne que le renouvellement de la vie est programmé ou formaté. Le compte à rebours a -t-il commencé ? comme Albert Jacquard nous l'enseigne.

Si je m’en tiens à l’idée que la Vie est une pensée qui a pris forme, cela sous-entend que cette pensée contient deux voies :
- Une pulsion de vie dont le but est de créer, de prolonger puis de renouveler.
- Et une pulsion de mort.
Pour que ce renouvellement se fasse, la mort a pour rôle de mettre un terme aux formes. Il était inconcevable que des formes apparaissent sans que celles existantes ne laissent leur place.

Dans la pensée de la Vie, il y a une finitude des formes, mais pas de la Vie elle-même. C’est juste un remplacement afin que les formes existantes soient vivaces, exaltées, enthousiastes, lumineuses et soient dans un état favorable à l’idée du renouvellement. L’épuisement de la forme n’est pas compatible avec l’idée de reproduction. Le principe de la reproduction s’appuie sur des formes robustes. La Mort n’intervient pas comme une fin mais comme une évolution possible.

Le remplacement implique l’éventualité d’une amélioration, d’un renforcement, d’une transformation nécessaire. Rien n’est figé parce que la Mort se charge d’éliminer l’ancien temporel afin que la Vie propose une suite elle-même provisoire, nourrit par des changements constants, aussi infimes soient-ils, ou aussi dérisoires dans le temps d’existence de cette forme.

Le Temps de la Vie s’inscrit dans un système solaire dont la durée n’est pas accessible à notre cerveau. L’évolution de cette Vie n’est pas plus palpable. Tout juste une intuition malgré toutes les connaissances accumulées.Des savoirs qui progressent et se transforment eux aussi.  

Cette mort a pourtant eu une conséquence néfaste dans ce système parfait.

La pulsion de mort, générée par la pensée, est devenue chez l’homme une véritable addiction.

Un enfant marche le long d’une haie. Il laisse traîner sa main dans les feuillages puis soudainement, il serre les doigts et arrache une feuille. Il la malaxe quelques secondes et la laisse tomber au sol.
Pulsion de mort !
Un geste irréfléchi ? Une action impulsive, très facile à réaliser, générant un sentiment de puissance qui vient renforcer l’identification de l’individu, cette irréalité du détachement envers la Vie.

« Tu as écrasé cette chenille. C’était facile. Maintenant, refais-la. » Lanza del Vasto.
« Je ne suis pas cette plante, je ne suis pas cette chenille. »
Et se disant cela, l’enfant peut la blesser ou la tuer. Elle n’est pas « lui ».

Effectivement, elle n’est pas « lui », mais elle porte une Vie identique à celle qui est en lui.
Pour concevoir cette idée, il faut être habité par la pulsion de Vie. Cela implique un détachement envers cette identification formatée dont l’individu est abreuvé depuis sa naissance par l’éducation, la société, l’histoire antédiluvienne, des conditionnements répétés, le matérialisme mondialisé, l’idée consternante que les humains possèdent la Terre. Et par conséquent la Vie.    

La pulsion de vie n’est pas la norme en vigueur dans le monde occidental. Elles l’est chez les Peuples Premiers, les kogis par exemple.


La pulsion de mort a un impact incommensurable. Elle répond à des désirs immédiats d’identification et cette identification favorise le développement de comportements mercantiles. La pulsion de mort renforce le conditionnement qui consiste à présenter l’individu comme détaché de la Vie. Il y a lui et « l’environnement ».
En étant éduqué comme une entité individuelle évoluant dans un environnement et non comme un fragment d’une entité originelle, une pièce infime d’une image immense et en dehors de laquelle il n’est rien, l’individu n’est pas amené à se tourner vers la pulsion de Vie mais bien au contraire à exploiter cette pulsion de mort qui exacerbe ce schéma de pensée éducatif.


Les effets mercantiles se mettent en place dès lors que l’identification à l’individu est suffisamment ancrée pour que des désirs de puissance viennent l’alimenter. Posséder et détruire sont deux phénomènes révélateurs de ce formatage de la pensée.

La possession matérielle va apporter à l’individu un renforcement de sa distinction, de cette croyance à son extériorité au regard du phénomène vital. En accumulant les biens, il comble inconsciemment le vide existentiel tombé en lui avec son rejet forcené du phénomène vital. Etranger au cœur de ce phénomène vital, il va s’engouffrer au cœur du matérialisme « vivant ». L’appartenance à des groupes sociaux renforce là encore l’identification étant donné qu’elle créé un miroir dans lequel l’individu s’observe. « Je suis comme ceux-là. »

Tous les phénomènes sociaux, qu’ils soient politiques, économiques, religieux, consuméristes, médiatiques… sont des excroissances de cette pulsion de mort. Il s’agit tout simplement de renforcer sans cesse, en multipliant les supports, tout ce qui permet de combler le vide laissé par la perte de la pulsion de Vie et la perte de quête de sens.

 
Là où le phénomène a pris une ampleur jamais perdue depuis, c’est lorsque certains individus totalement impliqués dans cette pulsion de mort se sont aperçus du bénéfice qu’ils pouvaient en tirer. Ils sont devenus « les Maîtres » à penser. Dans un schéma de pensées individualistes.
La guerre en est l’exemple parfait : pouvoir, puissance, accumulation des richesses, extension des territoires, suprématie etc… Pour parvenir à ses fins, un conquérant, qu’il soit président élu, dictateur ou empereur doit avant tout accumuler des armes. Il faut des matières premières, des usines, des marchands. Des sommes colossales. Une fois les terres ravagées et la paix revenue, il faut reconstruire. Des sommes colossales et des bénéfices pour les exploitants.

Et la mort et la détresse pour les exploités... La pulsion de mort dans toute son horreur. Les instigateurs des combats n’en seront pas les victimes. Il leur aura suffi d’utiliser les masses populaires, celles qui depuis leur naissance ont appris à être identifié à eux-mêmes, puis à une nation, à un drapeau, à des idées politiques, à tout un ensemble intellectuel, jusqu’à la déraison. Pensant avec les Maîtres en retirer des bénéfices. Aussi dérisoires soient-ils. L’essentiel étant de continuer à exister comme l’individu qu’ils ont appris à être.

Il aurait été envisageable qu’à la suite de deux guerres mondiales dévastatrices, l’humanité s’engage dans un cheminement réfléchi au regard du Vivant. Il n’en a rien été. Rien de durable. La mondialisation spirituelle a été étouffée par la mondialisation matérielle.  

En temps de paix, la pulsion de mort est également très profitable. Le principe est toujours le même. Pour exister, il faut posséder et combler le vide de la pulsion de Vie abandonnée. Les possessions matérielles sont là pour ça. L’individu existe parce qu’il a une maison à son nom, une voiture à son nom, un compte en banque à son nom, des enfants qui portent son nom, il a un bout de terrain qui lui appartient, il achète la technologie à la mode et il peut en parler avec ceux qui font comme lui, il est supporter d’un club de foot, il a même une femme qui a pris son nom…
Mais tout ça ne serait pas très enthousiasment s’il n’y avait pas la possibilité de changer. Il suffit de casser et on remplace, il suffit d’attendre la dernière nouveauté et on remplace, il suffit de jeter, de perdre, d’abîmer, d’user, d’abuser. Même une femme, « ça » se remplace…Mêmes des enfants, « ça » se remplace, « ça » se jette. C’est normal tout ça. Tout le monde vit comme ça. C’est le monde moderne.
Il est tout aussi intéressant de renforcer les appartenances. Les religions ont montré la voie dans ce domaine. Les religions technologiques les ont remplacées. Toujours des appartenances, du néant pour combler le vide originel. Les religions politiques, les religions médiatiques, les religions syndicalistes, historiques... Du néant.
Ce qui importe pour tous les Maîtres de ces mouvements, c’est de prolonger et d’intensifier les richesses accumulées, de renouveler la masse des consommateurs, des électeurs, des participants. Il suffit qu’ils y trouvent du rêve à défaut d’une réalité enviable.
Il est facile de faire rêver un endormi.
Dans la pulsion de Vie, le principe du renouvellement est une nécessité afin de maintenir la vie.
Dans la pulsion de mort, le principe du renouvellement est évènementiel. Il s’agit de créer un évènement qui va renouveler le rêve, lui donner un nouveau visage. Il n’y a aucune nécessité intrinsèque mais une intention cachée. Il faut changer la décoration de la cellule.
Le droit de vote n’est jamais que le droit de rester endormi. Comme il est doux de continuer à rêver après avoir fait son devoir…Juste le devoir inséré dans le cerveau de la masse par les Maîtres du système.
«Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade. »   © Krishnamurti.

Il ne sert à rien de chercher à améliorer le confort d’un malade quand on en oublie de combattre la maladie. Ou pire encore quand on ne la voit même pas.
Ce monde moderne s’entête dans une voie sans issue.
Et je ne vois aucune solution collégiale au problème. L’Humanité n’évoluera qu’au regard de l’évolution spirituelle de chacun.
D’avoir perdu le sens de l’unité originelle a généré une unité fondée sur l’individualisme.

Les individus se regroupent sous les bannières des Maîtres à penser. Eux-mêmes regroupés sous la bannière de leurs propres intérêts et de leurs pulsions les plus basses.

Le monde moderne fonctionne comme une unité morcelée qui broie l’individu en prônant sa liberté.
Il est impossible d’imaginer ce que sera l’Humanité dans dix mille ans. En imaginant qu’elle existe encore.

Une évolution positive est-elle encore envisageable ? Une évolution réfléchie bien entendue, pas une somme de réactions forcenées, dictées par des évènements catastrophiques…


Je n’ose même pas essayer d’imaginer ce qu’il restera de la Nature.

Et cette douleur-là m’est insupportable.

Pour l’Humanité elle-même, je n’en éprouve aucune peine. C’était sans doute un beau projet.

Mais la pensée de la Vie aura peut-être besoin d’en changer.

Il fallait voir ce que nous étions capables de faire et de devenir...

Nous ne sommes finalement peut-être qu’une expérience.

Pulsion de vie © Thierry Ledru pour frenchwritersworldwide.com

11 juin 2012.

read more Culture et internet

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

les Colibris

Par Le 08/02/2014

"Juste faire sa part"...


http://www.colibris-lemouvement.org/comprendre/le-sens-du-sacre

Le sens du sacré

"Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l'air et le murmure de l'eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n'y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est saint aux yeux et dans la mémoire de mon peuple."

Paroles du chef indien Seattle, en 1854.

En quelques points, le sens du sacré c’est :

  • se sentir relié aux autres et à la nature dans la solidarité et la complémentarité ;
  • porter les valeurs de la tolérance, de l’entraide, et de la coopération ;
  • être pleinement présent à chaque instant que nous vivons ;
  • responsabiliser notre existence avec honnêteté, sincérité et douceur ;
  • incarner nos engagements et nos valeurs dans les actes simples et quotidiens ;
  • garder confiance quels que soient les évènements que nous traversons, tirer les éléments positifs des épreuves et les leçons qui nous seront utiles pour avancer ;
  • nous laisser surprendre par les cadeaux de la vie.

Être ou avoir

Peut-on trouver un sens à sa vie dans une société fondée sur le « toujours plus », le matérialisme et le rationalisme à outrance, l’hypertechnologie et la surconsommation ?

Une telle civilisation de l’ « avoir » implique nécessairement l’insatisfaction perpétuelle et la peur du manque. Basée sur l’idéologie du « chacun pour soi », elle entraîne la compétition entre les êtres humains, l’individualisme, la solitude subie, voire l’exclusion.

A l'inverse, une société qui met en avant les valeurs de l’ « être » donne du sens en ayant pour objecif le bien-être et l’accomplissement de chacun, dans la complémentarité et le respect de son voisin. Elle porte les valeurs de l’amour et de la solidarité ; elle exalte la créativité et les potentialités de l’être humain, au service du bien commun.

Agir pour le bien commun

Retrouver le sens du sacré, c’est honorer la vie qui nous est confiée, la vie en nous et autour de nous.

A quoi décidons-nous d'employer notre énergie et notre temps ? A quoi décidons-nous de participer : à la maladie ou à la guérison du monde ?

Agir pour le bien commun, c’est :
- veiller à ce que chacun de nos actes ne nuise ni à la nature, ni à ses ressources, ni à ses êtres vivants ;
- faire les choses en conscience, afin que nos activités d’aujourd’hui ne compromettent pas l’avenir ;
- c’est porter les valeurs de la tolérance, de l’entraide et de la coopération ;
- c’est abolir le « chacun pour soi » pour exalter la force de la solidarité.

Nous avons tous le pouvoir de choisir notre manière de participer au monde. La difficulté de sortir du système compétitif mondialisé, dans lequel nous sommes actuellement, n'est qu'apparente.

Se connaître et s’aimer soi-même

Retrouver le sens du sacré, c’est apprendre à se connaître soi-même pour pouvoir cheminer vers notre accomplissement intérieur et participer à un monde meilleur. Nous ne pouvons prétendre changer les vices de la société sans commencer par nous regarder nous-mêmes, tels que nous sommes, et par entreprendre un travail personnel.

Avec honnêteté, sincérité et douceur, acceptons de voir nos parts d’ombre et cherchons l’origine de nos souffrances dans nos propres actes, pensées et modes de vie.
Cessons de projeter la cause de nos tourments sur l’autre et sortons de la victimisation pour entrer dans la responsabilisation de notre existence. Mettons en lumière nos mécanismes inconscients, qui souvent nous aveuglent, nous empêchent de nous réaliser pleinement et de donner le meilleur de nous-mêmes.

Ainsi, pourrons-nous en confiance éveiller l’amour de nous-même pour enfin aimer les autres et la vie.

Le sentiment d’être relié

Retrouver le sens du sacré, ce n’est pas prôner l’adhésion à telle ou telle religion.

C’est retrouver au plus profond de nous-même l’essence commune à toutes les religions, dans leur sens premier, celui de « relier ».
Se sentir relié au Tout, c’est être conscient que l’on ne peut exister sans les autres humains, la nature, la terre, la nourriture qu’elle nous procure, l’air, la lumière, les autres êtres vivants.

Dans la modernité, nos relations et nos organisations sont fondées sur l’antagonisme, la division, la compétition. La réussite de l’un se fait trop souvent au dépend de l’autre. Or, l’autre appartient à l’humanité et à la nature dont nous faisons nous-même partie. Et tout ce que nous lui faisons de mal, c’est à nous-mêmes que nous l’infligeons.

Dans une société évoluée et éveillée aux valeurs de l’être, respecter l’autre comme soi-même est un principe fondamental.

Être pleinement présent

Retrouver le sens du sacré, c’est être pleinement présent à chaque instant que nous vivons.

Dans la société d’aujourd’hui, il est difficile de ne pas se laisser accabler par nos charges professionnelles, financières, sociales, affectives, etc., et par tous les doutes et les peurs qu’elles provoquent.

Etre pleinement présent requiert de se protéger du tohu-bohu de l’existence, de construire sa structure intérieure et de savoir puiser en soi la force, la paix et la confiance, nécessaires pour éclairer nos actes. A quoi bon regretter le passé ou s’angoisser pour le futur, alors que tous les instants de notre vie ne se déroulent toujours qu’au présent ?

Mettons nous aujourd'hui en marche vers un monde meilleur.
La conscience de l’impermanence des choses devrait nous permettre de nous centrer sur l’essentiel.

Comment faire ?

Retrouver le sens du sacré, ce n’est pas rechercher le surnaturel mais plutôt s’éveiller à l’harmonie dans la nature.

Cela peut s’incarner dans des actes simples et quotidiens :

  • se poser la question du sens de nos actes, de notre travail, et tenter autant que possible de les accorder avec nos valeurs profondes ;
  • sortir de la frénésie d’une vie « à cent à l’heure » et s’autoriser des temps de détente, de repos, de respiration profonde ;
  • prendre des moments pour méditer dans la solitude, afin de chasser les peurs et les doutes de notre mental et de retrouver la paix intérieure ;
  • passer du temps dans la nature, à l’observer et à se sentir relié à elle, à tous ses éléments ;
  • aborder la relation à l’autre avec sincérité, tolérance et ouverture, chacun ayant son travail à faire sur lui-même ;
  • chanter, danser, s’amuser, rire et honorer ainsi la vie au quotidien ;
  • poser un regard positif sur les événements : garder confiance dans toutes les situations que nous traversons, tirer les éléments utiles pour nous des épreuves et les leçons qui nous seront utiles pour avancer.

L'ouverture et la confiance sont créatives et pourraient bien nous surprendre !

Questions... suggestions... réactions...

Si vous avez des questions, des suggestions, des réactions sur cette page, n'hésitez pas à nous contacter !

Tais-toi un peu...Tu me fatigues.

Par Le 08/02/2014

"J'entreprends de me laisser porter par la force de toute vie vivante : l'oubli. Il est un âge où l'on enseigne ce que l'on sait, mais il en vient ensuite un autre où l'on enseigne ce que l'on ne sait pas : cela s'appelle chercher. Vient peut-être maintenant l'âge d'une autre expérience : celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l'oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l'on a traversés. Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j'oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapienta. Nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse et le plus de saveur possible." R.Barthes



Etrange dilemme qui me voit étiré entre deux directions. Lire, écrire et me confronter aux esprits éveillés qui jalonnent leurs routes de balises, des lumières puissantes contre lesquelles je viens heurter mes inquiétudes comme un papillon de nuit ou m'asseoir sur la terrasse, dehors, lever du jour, 6h30, les yeux posés sur les montagnes environnantes, aucun désir, aucune attente, aucune pensée, un vide intérieur qui se laisse envahir par les arabesques du jour qui courent sur les pentes. L'impression inexplicable d'un échange de données : comme si mes pensées, mes connaissances, mes raisonnements, mes incertitudes, mes questionnements lancinants étaient aspirés par l'espace et qu'en échange, ruisselaient en moi, dans les territoires libérés, des énergies vitales, des vibrations d'univers, des pulsions végétales, une aimantation vers le soleil, vers la lumière du monde, juste des bouffées d'air pur.

Il y a des jours où je perçois ma vie comme une interminable errance et simultanément comme une litanie de découvertes insignifiantes. Comme s'il était possible de se réjouir d'avoir ressenti l'Amour de la vie. Mais c'est tout bonnement consternant de se réjouir de quelque chose qui aurait dû ne jamais être caché, ne jamais être dispersé, remplacé, ignoré. Se réjouir d'être moins égaré ? Cela signifierait que j'ai erré pendant cinquante ans et que je peux désormais être satisfait?...C'est effrayant d'immaturité.

Je suis davantage assommé par le constat et totalement horrifié en pensant à ce millier d'enfants que j'ai croisés. Devront-ils eux aussi errer pendant des décennies ? Mais de quoi avons-nous donc été sanctionnés pour devoir subir un tel acharnement ? Nos vies sont-elles donc des tremplins dont nous ignorons même jusqu'au tracé ? Imaginons un sauteur à skis, il s'est équipé, il est prêt, il est en haut de la pente, il sait qu'il doit prendre de la vitesse pour planer. Mais il ne sait pas où est le tremplin...

Le goût de l'Eveil est en nous, dans des profondeurs insondables. Et lorsque ce goût parvient à remonter à la Conscience, nous ne savons même pas en user...

Il est des jours où j'aimerais que ça se taise en moi.

LES ÉGARÉS (roman) 10

Par Le 08/02/2014

Il franchit un pont en bois au-dessus d’un torrent. Il s’est levé à cinq heures. Après avoir cherché le sommeil depuis le milieu de la nuit. Tellement de pensées, tellement d’émotions ranimées. Il lui avait suffi d’ouvrir les yeux pour que le flot déboule comme une vague soulevée par des vents hargneux.

Il imagine maintenant dans son esprit le tourbillon opaque ceinturé dans un entonnoir. La marche favorise l’évacuation des pensées. L’une après l’autre, il les voit s’engager dans le tube étroit, s’écouler irrésistiblement dans l’océan apaisé des émotions disséquées.

Plus de refoulement, plus de rejet dans le maelström gigantesque des idées sombres. L’épuration est enclenchée. Il n’a plus à résister. L’impression d’une structure mentale éclatée, une enceinte fissurée par laquelle ruissellent les eaux noires et pestilentielles d’un passé morbide.

Marcher, avancer, monter vers les cimes éthérées du soi libéré. À quel point il a pu se morfondre dans la souffrance. Cette identification qu’il a adorée, dont il s’est servi. Il était le frère compatissant, attentif, dévoué. Vis-à-vis de ses parents, des proches, des amis, il avait pris forme dans le sacrifice. C’était juste son ego. Juste une manipulation malsaine. Cet amour fraternel le servait. Même s’il s’était réellement investi, même si pendant des mois il avait accordé sa vie à celle de Christian, il sait désormais à quel point cette abnégation n’était pas désintéressée. Il devait prendre forme. Le petit garçon discret, effacé, maladif, l’adolescent angoissé, renfermé, cyclothymique, il fallait les tuer, les supprimer, les transformer. Son sacrifice servait de piédestal. Il s’était construit sur cette promesse, sur ce défi, cette lutte éprouvante contre la Mort.

Humilier la Mort.

Quel combat aurait pu lui permettre d’exister avec une telle force ?

Les hernies discales n’avaient-elles pas été le prolongement de cette lutte ? Ce fonctionnement n’était-il pas devenu une dépendance psychologique jusqu’à atteindre son corps, jusqu’à meurtrir ses chairs, la pièce maîtresse du squelette ? N’exister que dans la souffrance … Des défis inconscients. Repousser les limites.

Il en avait longuement parlé avec Hélène. Elle n’avait jamais donné d’explication.

Hélène n’imposait jamais d’interprétations.

Elle suggérait, uniquement.

Elle racontait des histoires anodines ou étranges, des évènements de sa vie, une vie stupéfiante, elle avait huit ans quand elle avait commencé à sentir dans ses mains des chaleurs incroyables, elle avait huit ans quand elle avait commencé à entrevoir les morts, à les entendre, elle avait huit ans quand elle avait commencé à sentir les douleurs dans le corps des autres... Elle avait désormais des dizaines de patients, plus de cent peut-être, certains venant de pays étrangers, elle racontait certain cas, elle glissait dans la discussion une interrogation incisive, une remarque pertinente, toujours au bon moment.

Cette impression qu’elle lisait dans les pensées.

L’évidence ne surgissait qu’après avoir analysé chaque parole. Et bien plus important encore après les avoir validées, ressenties, explorées, vécues.

Il descend au bord du torrent remplir les deux gourdes.

Retour sur le chemin, avancer vers Leslie. Se retrouver lui-même pour que tout soit possible. Il sait que rien n’est plus important. Abandonner l’homme ancien, l’enterrer, réciter l’éloge funèbre et aller voir plus loin.

Avancer.

La récupération psychologique de Christian avait été bien plus délicate encore que celle de son physique. Des jours et des nuits d’angoisse. Et puis quelques sourires, quelques discussions prolongées, le voir marcher dans la maison, sortir dans le jardin, s’asseoir au soleil, se préparer un café. Chaque situation nouvelle devenait un évènement. Il avait repris sa guitare, le dessin, la lecture, il écoutait de la musique. Et puis le plaisir de la cuisine. À force de préparer ses repas préférés, il avait repris du poids.

Combien de temps avait-il fallu attendre avant que le physique ne l’autorise à reprendre le sport ? Il ne s’en souvenait plus. L’impression d’un temps gluant qui coulait lentement, une vie ralentie. Toute la famille récupérait avec lui. Les peurs s’estompaient, les rires les remplaçaient. Timidement. Comme si des pudeurs étranges pesaient sur leurs éclats, comme s’il fallait se montrer prudent avec le bonheur, ne pas trop réclamer, ne pas trop espérer.

L’horreur. Elle était toujours là, tapie dans un coin de la mémoire. Un fardeau invalidant, une vase collante. S’élever trop haut, c’était courir le risque de retomber avec une violence telle que les désillusions seraient fatales.

Première sortie en vélo. Le cuissard de Christian flottait sur ses cuisses. Les premiers coups de pédale, la cheville bloquée qui brûle.

Il s’était mis devant pour lui couper le vent. Des regards attentifs pour s’assurer que son frère suivait. Ils étaient allés voir la mer. Des sourires, une bouffée de bonheur, des larmes retenues.

L’océan, l’horizon, le parfum de l’iode et des algues, le sable étincelant, les rochers entêtés contre les flots patients.

Son grand frère devant lui, face aux vagues, son grand frère, vivant, un revenant, l’envie de crier aux passants.

« Si vous saviez d’où il vient ! Regardez ! Il a vaincu la Mort ! Regardez ! Il l’a fait ! C’est mon frère ! »

Il pleure. Impossible de marcher. Il s’assoit contre un talus. Les jambes molles.

« Il a vaincu la Mort ! »

Non.

Ça n’était qu’un répit.

Etre aimé. (spiritualité)

Par Le 08/02/2014

Je pensais cette nuit à cette béatitude au coeur de la nature, cette sensation extrêmement forte d'être accueilli, protégé, aimé, compris. Sans que rien ne soit attendu en retour. J'ai pris conscience alors que l'amour humain ne pouvait pas déclencher cet état de paix intérieure. Aussi fort que soit l'amour humain, il restera intérieurement des intentions, des attentes, des réticences, des craintes, des espoirs...Que cela dure, que cela ne soit pas gâché par une mauvaise interprétation, que l'autre ne soit pas déçu dans ses attentes, que l'autre ne s'attende pas à autre chose...Même si ça n'est pas le cas, même si le partenaire n'attend rien ouvertement, on ne peut pas s'empêcher d'avoir peur. Peur de se tromper, de décevoir, de ne pas en faire assez. Ca n'est pas dramatique en soi. Il faut juste accepter de le verbaliser pour que tombent ces non-dits dévastateurs.
Dans la nature, ça ne m'arrive jamais parce qu'elle ne demande rien. C'est un don unilatéral. Je reçois et il me plaît d'imaginer que son bonheur est que je m'abandonne à ce qu'elle me donne. Je n'ai rien d'autre à faire et dès lors la peur disparaît et les pensées avec elle. C'est de là que naît cette fusion. "Perdre la tête" devient possible. Et le corps disparaît avec la tête. Il n'y a plus que l'énergie, le flux vital, cette vibration intime qui coule en moi sans que je sache où je suis.

Il m'arrive aussi de "décrocher" sans que l'état physique soit la cause, sans que je sois allé chercher ce délabrement corporel générant cette paix intérieure. M'asseoir au sommet d'une montagne, devant l'océan, sur un plateau granitique de l'Aubrac...Juste cette contemplation silencieuse et cet envahissement parfois fulgurant de ce flux vital qui vibre aussi en moi, comme une osmose...Difficile à exprimer en quelques mots...
Cette paix intérieure, générée par le plongeon absolu dans le monde, je la vois surtout comme un épuisement du mental parce qu'il arrive un moment dans l'effort où il n'y a plus de pensées, où un silence complet s'installe, comme si les pensées anarchiques ruisselaient avec la sueur, il n'y a même plus de sensations corporelles, tu marches sans effort, dans un état second que je vois davantage comme un état premier d'ailleurs, une dimension de fusion avec la vie, une vie intérieure.
Dans la situation de danger, j'ai connu cet état de lucidité extrême, sans aucune réflexion, un instinct d'une puissance incommensurable, comme si tout était là en moi, tout ce qu'il faut accomplir, dans l'instant, la peur a disparu, il n'y a aucune projection temporelle, tu es là, ancré dans l'instant, avec une force si belle qu'elle te fait pleurer de bonheur. Alors bien sûr, on peut mettre ça sur le compte des endorphines et sans doute qu'il ne faut pas nier les phénomènes chimiques...Mais ce que je trouve dans ces instants là a une puissance si extrême que je ne peux pas la limiter à des phénomènes biologiques...Il y a autre chose. La même énergie que celle que je perçois dans la contemplation simple d'un paysage. Cette unité avec la vie. Disons qu'il y a plusieurs voies.
S'agit-il d'un éveil ? Je ne crois pas parce que ça n'est pas durable dans les effets. Sans doute que la porte reste entrouverte mais je ne suis plus de l'autre côté. Je sais juste que c'est là. Je sais comment passer le seuil. Mais la vie sociale a des exigences incompatibles avec le maintien de cet état de lucidité. Je ne peux pas aller dans ma classe, devant mes élèves, dans cet état de " décrochement". J'en ai longtemps souffert. Et puis j'ai fini par réaliser que je devais me satisfaire de cette "ouverture", qu'il ne servait à rien que je me torture étant donné que je reconstituais dès lors une enceinte gigantesque, des barrières générées par ma volonté. Je sais aujourd'hui que mon corps est un "passeur", un ouvrier au service de cet esprit et que le mental s'effacera devant mon énergie. Je laisse les choses se faire, je vais marcher et je laisse tomber sous mes semelles des résidus mentalisés qui n'ont rien à faire là-haut.

Et puis, je découvre peu à peu que cette paix est accessible par l'absence de tout, aucune course en montagne, aucun raid à vélo, rien, juste s'allonger et entrer en soi, par la canal de la respiration, par l'ancrage de la pensée sur le mouvement de la poitrine, le souffle initial, l'absorption de l'air qui m'enveloppe, son voyage en moi, son rejet pour le mêler au réservoir infini de l'atmosphère...La respiration est un acte d'amour. L'air me pénètre et je le restitue...Ce que je rejette sera purifié, la Nature s'en chargera et elle m'offrira de nouveau le flux vital. Sans aucune attente de sa part, sans aucune demande. Un don bienveillant.

"Faire l'amour" est une expression prétentieuse finalement étant donné que c'est l'Amour qui nous fait.

Nous sommes constamment projetés dans cet acte d'amour. Juste le souffle. Entrer, sortir, entrer, sortir...Doucement, sans aucune violence, avec une tendresse totale...Peut-être devrions-nous honorer cette union. Et délaisser tout ce qui ne participe pas à cette fusion.

Mais que resterait-il ?...

Rien.

Par Le 06/02/2014

Il faudrait ne rien vouloir, ne rien attendre, ne rien espérer. Rester totalement neutre au regard du temps à venir. Mais ne rien vouloir, c'est déjà vouloir quelque chose et c'est se piéger soi-même...Il n'y a pas de liberté intérieure quand on cherche à être libre puisque la pensée est enchaînée à une volonté qui ronge.

Ne rien espérer par conséquent puisque cet espoir est une volonté illusoire, ce qui est encore pire.

Ne rien attendre... C’est déjà ne pas se fixer de temps, ne pas être ailleurs que là où je me pense. Je ne peux être que là où je pense, que dans le temps présent où je suis. Il n'y a rien d 'autre. Celui qui vient de penser à cette évidence est déjà mort dans le temps, celui qui sera le penseur de la prochaine évidence n'existe pas encore, il ne peut que s'imaginer.

Il n'y a donc rien en dehors de cette présence.

Et dès lors que cette présence se projette ailleurs que là où elle existe, elle se condamne, elle se mutile, elle se meurt...

Il ne s'agit pas de vouloir ne plus rien vouloir en imaginant se libérer. Cela n'est qu'une projection vers un au-delà où je n'existe pas, il s'agit de tout abandonner qui ne soit pas l'exploration absolue de l'instant et dans cette concentration indissoluble, parvenir à sentir que le mental n'a plus d'emprise, qu'il ne parvient plus à échafauder les labyrinthes de pensées, les murailles carcérales dans lesquelles on se perd.

Le mental n'est plus le maître quand plus rien ne lui est demandé.

Rien.



"That's life"

Par Le 06/02/2014


Tout homme veut être heureux. Y compris celui va se pendre, comme l'écrivait Pascal. S'il se pend, c'est pour échapper au malheur et donc rejoindre ce qu'il entrevoit comme un bonheur par la disparition de ce qui le détruit : le malheur en lui. Une auto destruction favorable à ses yeux. Aussi effroyable soit-elle pour le reste du monde.

Heureusement, toutes les situations de malheur ne conduisent pas à de telles extrémités. Il s'agit donc de rester lucide pour ne pas finir par se pendre à cette détresse de vivre.

Socrate annonce "que le désir est un manque" et que nous avançons dans l'existence les yeux fixés sur ce manque. Sur ces manques d'ailleurs. Car ls sont nombreux et ont une facilité à se reproduire absolument stupéfiante. Nous sommes des jardiniers performants et nous plantons des graines "de manque" sans relâche.

Sartre disait que "l'être est fondamentalement désir d'être et le désir est manque."

C'est ce qui nous condamne au "Néant" (Sartre) ou à la "Caverne" (Platon).

Nous ne sommes pas heureux parce que nous manquons précisément de ce que nous désirons. On peut craindre en plus qu'une bonne partie de ces désirs et donc de ces manques soient issus de l'imagination et non de la raison, ce qui rend leur aboutissement encore plus inaccessible.

Les Platoniciens commes les Existentialistes ont décrit cette course au désir comme un épuisement de l'individu. Dès qu'un désir est satisfait, il n'y a plus de manque, donc plus de désir. L'individu ne supporte plus ce vide du désir satisfait et cherchera frénétiquement un manque capable de nourrir un nouveau désir, une soif absolument délicieuse qu'il faudra assouvir... L'homme ne vit que dans la projection de son être dans l'assouvissement du désir, fabriqué, artificiellement parfois, par un manque. Ce que je n'ai pas me manque, je le désire. Ce que j'ai ne me manque plus et ne contient aucun désir. Il m'en faut par conséquent un autre pour que la vie soit remplie de ce désir.

La société de consommation et les dirigeants des multinationales sont des philosophes redoutables. Ils connaissent très bien les Classiques, c'est une erreur de les sous-estimer, ils maîtrisent parfaitement les rouages de l'humain et s'en servent avec une maestria éblouissante, aveuglante même, destructrice...Nous sommes des papillons de nuit attirés immanquablement par les manques fabriqués et les désirs entretenus. Qu'un lampion s'éteigne et inévitablement un autre s'allumera un peu plus loin. Pas question de laisser les consommateurs se retourner vers les lumières intérieures...Pas question de leur laisser le temps de se réjouir de l'instant présent. Il faut des désirs, encore plus de désirs, il faut des manques, toujours plus de manques. Noël sera passé qu'on pensera déjà aux oeufs de Pâques. L'hiver sera encore là qu'on trouvera déjà des maillots de bain dans les magasins. Les grandes vacances seront arrivées qu'il faudra déjà acheter le cartable de la prochaine rentrée. L'idéal est de créer même des désirs totalement absurdes afin qu'ils soient rapidement assouvis et que la frénésie du manque s'entretienne plus facilement. Créer des désirs fallacieux est plus rentable car l'individu qui parvient à l'assouvir ne risque pas de chercher à en jouir bien longtemps. La platitude de ce désir assouvi instaurera très rapidement la nécessité d'un nouveau manque et d'un nouveau désir. C'est le monde de l'insastifaction chronique. Quasiment le Monde entier marche dans cette voie.

Même en "amour", certains individus fonctionnent ainsi. C'est le manque qui les réjouit et pas la jouissance du désir assouvi. Amour kleenex qui fait pleurer celui ou celle qui est jeté.



Même les religions ont compris le système, sauf qu'elles l'ont poussé encore plus loin. Le bonheur sur Terre est impossible, ce désir ne sera jamais assouvi, ce manque sera toujours aussi redoutable jusqu'à la fin mais par contre, le Paradis offrira aux bons paroissiens l'assouvissement ultime de ce manque. Croyez en moi et je vous donnerai à votre mort le bonheur qui vous manque. La Foi peut devenir une espérance morbide.



L'espérance. Voilà le mot. Non pas l'espoir qui pousse parfois aux actes, un saisissement de l'instant plus puissant que le mirage temporel, mais l'espérance qui conduit à l'abandon, au fatalisme, à la décrépitude spirituelle. L'espérance est une fuite en avant, d'espérance en espérance, de manque en manque, de désir en désir. L'individu se complait dans l'espérance car le désir de ce qui lui manque lui donne le sentiment d'une vie remplie. L'espérance de l'argent, de l'amour, du confort, de la possession, du pouvoir...C'est une addiction redoutable qui mène certains individus à renier toutes les valeurs humaines les plus belles. Pas de partage, pas de compassion, pas d'attention, pas de tendresse, l'objectif est le moteur, le désir assouvi nourrira un désir encore plus fort, le milieu de la politique est le symbole majeur de ce fonctionnement. L'ambition devient le ferment de l'espérance. Même l'école insère les enfants dans cette perdition des âmes à travers la compétition. L'espérance d'être le "meilleur", d'obtenir le meilleur classement, la promotion désirée, le salaire mirobolant. Mais ça ne s'arrêtera jamais. Les imbrications sociales, les comparaisons, les jalousies, créeront inévitablement un manque supplémentaire. Un poste plus "élevé" même si pour cela il faut ramper. L'espérance de devenir un jour celui fait ramper les autres est une ambition incommensurable, inépuisable. Le conditionnement est si puissant que l'individu a perdu toutes retenues, toute lucidité. La réussite sociale de ces monstres de puissance, aussi destructrice soit-elle, devient la référence. Combien rêve d'être milliardaire ? Combien accepterait de prendre la place d'un Dassault, vendeur d'armes ? Une fortune dont on n'a pas idée...Un nombre de morts incalculables sous les bombes.



Bien, mais alors, que faire ?

Certains choisissent de s'étourdir pour ne plus souffrir de ce qui leur manque. Ne pas penser, ne pas réfléchir, foncer tête baissée dans la meute affolée et se réjouir immédiatement de la folie générale. Acheter, s'amuser, accumuler les divertissements, en abandonner un sitôt essayé, en trouver un autre. Espérer juste que le prochain week-end sera aussi déjanté que celui qui vient de se finir. Passer la semaine le moins douloureusement possible en multipliant les petites trouvailles dérisoires mais indispensables pour tenir six jours. Si en plus, il y a des soldes, alors là, ça va être génial...

C'est toujours de l'espérance mais seconde par seconde...Ceux-là sont faussement dans l'instant et se réjouissent d'une vie frénétique. Grand bien leur fasse.

Bon, laissons tomber, c'est mort.



Allons jouer au Loto alors et si on perd on se réjouira pendant quelques jours que le prochain tirage sera le bon.

Bon, laissons tomber, c'est mort là aussi.



Allons à l'Eglise alors et attendons la mort pour nous réjouir enfin.

Bon, là, c'est sûr, on sera vraiment mort.



Et si nous décidions de ne plus avoir d'espérance ?...Et si nous décidions que nos manques ne sont bien souvent que des inventions ? Et si nous décidions que le plaisir n'est pas à venir mais qu'il est déjà là ? Et si nous décidions que ce plaisir constant d'être là est la source réelle du bonheur ?

Bien sûr que d'espérer avoir un peu d'argent, ça aide...A moins d'aller vivre dans la forêt amazonienne ou chez les Inuits. Tout dépend aussi de ce que nous mettons derrière ce désir d'avoir un peu d'argent d'avance, une réserve permettant de ne plus être dans une survie quotidienne. Saurons-nous en avoir un usage "utile", constructif pour l'individu ? Est-ce que ça répondra à un projet destiné à entretenir une évolution de l'individu ou sa participation erratique à la société de consommation ?



Bien sûr que nous pouvons espérer trouver l'amour, le grand amour. Mais qu'en ferons-nous ? Un accompagnement fidèle et attentif de l'être aimé dans une voie personnelle ou une dépendance à l'autre, à moins que ça soit une soumission de l'autre...Les dérives sont nombreuses.



Bien sûr que nous pouvons espérer avoir un travail passionnant. Encore faut-il qu'il ne nous oblige pas à renier ce que nous sommes. Le travail, s'il n'est pas un tremplin vers un accomplissement intime de l'individu, n'est qu'un labeur. On est en droit d'espérer de l'existence autre chose qu'une vie de labeur.



Et c'est là justement qu'intervient le questionnement de la préparation de ces paramètres essentiels de l'existence. Si nous décidons de rester vivre dans le monde "occidental", nous ne pouvons échapper à la nécessité de la construction de l'existence. C'est vers l'enfant qu'il s'agit de se tourner. Le développement personnel en quelque sorte avant le développement du futur salarié...Ca n'est pas le chemin actuel de l'Education Nationale. La raison en est très simple : l'individu éveillé n'est pas un consommateur effréné, une horreur pour le PIB et les chefs d'entreprise. Pas le petit artisan du coin mais le patron des multinationales. Le gouvernement n'oeuvre pas pour les consciences mais pour le rendement, la croissance, les marges, les chiffres d'affaires. Les gouvernements sont dans l'espérance continuelle de croissance économique et les citoyens sont les outils de leur espérance. Les enfants quant à eux sont des proies si dociles.

Rythmes scolaires...Suite...

Par Le 06/02/2014

 La situation au niveau national :

 

 

1.rentrée 2013, alors que la réforme devait être la règle qui s'imposait à tous, moins de 20% des communes la mettait en place soit 3852.

2. Et depuis la rentrée, plusieurs, parmi celles-ci, ont abandonné face aux difficultés qu'elles rencontraient pour la mettre en œuvre.

 

3.lors du dernier congrès des maires de France l'enquête réalisée par le Ministére de l'Education Nationale auprès des villes qui ont mis en place cette réforme est édifiante.
Tout d'abord, seules 1100 sur les 3852 ont bien voulu répondre sur une question aussi cruciale pour la vie de leur commune. Soit 28% qui ont répondu. Sur ces 28 %, 83 % se sont dites satisfaites. Ce chiffre important de 83% de réponses favorables sur 28 % de communes, démontre à lui seul qu'en réalité seule les communes satisfaites ont répondu à cette enquête. Ce qui signifie que 72 % des communes ne sont pas satisfaites de la mise en œuvre de le Réforme des rythmes scolaires. Pire encore sur les 28 % de réponses, 77% déclarent avoir du mal à financer la réforme qui leur coûte entre 150 et 200 € par élève....

 

  1. Dès la rentrée 2013, des communes ont annoncé qu'elles ne mettraient pas en place la réforme. Après menaces de poursuites, le Ministère a finalement renoncé à s'engager dans une telle voix.

  2. Tout devait être bouclé d'ici fin janvier 2014. Rien n'est fait. Là, où les CDEN se sont tenus ce sont souvent seulement entre 1/3 et ½ des communes qui ont fait des propositions. Et de nombreux CDEN ont été repoussés.

  3. Actuellement ce sont 1733 communes qui ont déclaré qu'elles ne mettraient pas en place la réforme, dont 600 organisées sous un collectif de maires. Dans le Val de Marne seules 6 communes mettront en place la réforme toutes les autres ont déclaré qu'elles ne l'appliqueraient pas.

 

L'éducation du futur

Par Le 05/02/2014

La connaissance de la connaissance.

http://parlez-moidevous.blogspot.fr/2014/02/la-connaissance-de-la-connaissance.html


L’œil de la mouche : "Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur."
Edgar Morin. Seuil.

L'acquisition et l'accumulation des connaissances relève d'un exercice inutile et  peut-être même nuisible, si ces connaissances ne sont pas sous-tendues par une vision de l'humain qui guide leur mise en œuvre.

La masse de connaissances à enseigner a rendu indispensable la catégorisation des disciplines, qui a abouti à une hyper-spécialisation des savoirs. Ils sont fragmentés et isolés dans leurs champs de connaissance, avec pour conséquence la fragmentation des consciences. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", disait déjà Rabelais.
L’accès au numérique amplifie cette fragmentation : les informations sont atomisées, dépourvues d'un fil conducteur qui les transcende et les relie les unes aux autres, sans vision globale qui puisse leur donner un sens. 
 
La leçon de ce petit livre d'Edgar Morin est celle du passage indispensable de la connaissance à la méta-connaissance, à enseigner d’urgence aux acteurs du futur.
"A la demande – et avec l’aide- de l’UNESCO, Edgar Morin propose ici le viatique minimal pour nous aider à regarder l’avenir en face. Ce petit texte lumineux, synthèse de toute une œuvre et de toute une vie, a d’ores et déjà été diffusé dans plusieurs pays du monde. Il a aidé d’innombrables hommes et femmes à mieux affronter leur destin et à mieux comprendre notre planète."
Quatrième de couverture.
Sept chapitres en forme de programme éducatif indispensable.

  • "L’angle mort" ou la tache aveugle : les limites et les illusions du savoir.
  • Comment acquérir une vision globale du monde qui englobe les connaissances parcellaires et spécialisées ?
  • Qu’est-ce qu’être humain ?
  • Relativiser les certitudes et accepter l’inconnaissance et l'imprévu.
  • L’histoire de l’humanité : la compréhension de ce qui nous relie les uns aux autres, notre appartenance à un destin commun.
  • Individu, société, espèce : sortir de l'intolérance et de la logique du tiers exclu pour entrer dans une logique complexe.
  • L'anthropo-éthique : retrouver une boussole pour ne pas perdre le Nord.
En conclusion
"Nous n'avons pas les clefs qui ouvriraient les portes d'un avenir meilleur... Mais nous pouvons dégager nos finalités : la poursuite de l'hominisation en humanisation."
 
Un beau programme transversal, à mettre dans toutes les mains...

Con-férence pédagogique

Par Le 05/02/2014

Bon, conférence pédagogique ce matin, de 9h à midi et bien je me suis barré parce que prendre les gens pour des cons à ce point-là, ça dépasse l'entendement et ça dépasse surtout ce que je suis capable de supporter. Ils n'ont qu'à me virer si ça leur chante.

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René Daumal

Par Le 05/02/2014

Dès que leurs visages furent tournés vers le dehors, les hommes devinrent incapables de se voir eux-mêmes, et c'est notre grande infirmité. Ne pouvant nous voir, nous nous imaginons. Et chacun, se rêvant soi-même et rêvant les autres, reste seul derrière son visage. Pour se voir, il faut d'abord être vu, se voir vu. Or, il y a sûrement une possibilité pour l'homme de réapprendre à se voir, de se refaire un oeil intérieur. Mais le plus grave, et le plus étrange, c'est que nous avons peur, une peur panique, non pas tellement de nous voir nous-mêmes que d'être vus par nous-mêmes ; telle est notre absurdité fondamentale. Quelle est la cause de cette grande peur ? C'est peut-être le souvenir de la terrible opération chirurgicale que nos ancêtres ont subie quand ils furent coupés en deux ; mais alors, ce que nous devrions craindre le plus, c'est qu'en continuant à nous séparer de nous-mêmes par une brillante fantasmagorie, nous allions nous exposer à être encore une fois coupés en deux - et c'est ce qui arrive déjà. Si nous avons peur de nous voir, c'est bien parce qu'alors nous ne verrions pas grand-chose ; notre fantôme a peur d'être démasqué. C'est par peur de cette horrible révélation que nous nous grimons et que nous grimaçons. Et, notre tête, modeleuse de masques et conteuse d'histoires, au lieu de nous guider vers la vérité, est devenue notre machine à nous mentir. (...) » René Daumal, par Jean Biès, aux éditions Seghers, collection Poètes d'aujourd'hui

Génocide

Par Le 02/02/2014

Plutôt que de s'obstiner à accuser les Dieudonnistes d'antisémitisme, il serait temps d'écouter ce que l'humoriste dit. Le peuple Juif n'a pas le monopole de l'horreur. Il n'y a pas de hiérarchie, il n'y a pas de prime à la victime, un classement du premier au dernier. Il n'y a que l'horreur, une épouvantable horreur et je rêve du jour où le peuple Juif, dans sa totalité, prendra en considération leurs frères de souffrance, tous leurs frères. Que le peuple Juif ne soit pas un peuple élu mais un peuple uni aux autres. Elles existent déjà ces âmes compatissantes mais elles sont beaucoup trop silencieuses au regard du tapage immonde orchestré par des cerveaux malades.

Valls est un malade. Et tous ceux qui aboient avec lui rognent un os chargé de pourritures. Ces cerveaux n'oeuvrent pas à la fraternité dont ils souillent l'idée. Et l'erreur est monumentale, catastrophique, effroyable. Comme si les leçons du passé devaient être manipulées à des fins innommables. Et les victimes de la Shoah ne l'auraient sûrement pas souhaité. C'est là que se trouve la plus terrible insulte. Et ce sont nos dirigeants qui la commettent.


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(Tiré du guide "Namibie" chez Lonely Planet, p.27)

On pourra aussi consulter le document pdf, "Quand le Nazisme faisait ses classes en Afrique", en français.

 

Note: Une rue à Windhoek, capitale de la Namibie, porte le nom du General Lothar von Trotha qui décida de l'extermination des Hereros en 1904. Un monument aux morts allemands de cette période, civils et militaires dans un parc situé en plein centre de la capitale Windhoek, est surmonté de l'aigle prussien.

Une statue équestre en bronze dans la même ville, représente un cavalier militaire des Schutztruppen (alias troupes de protection). Cette statue fut inaugurée en 1912 et est dédiée -uniquement dédiée- aux soldats et citoyens allemands qui moururent durant le génocide des Hereros et des Namas. En Pologne, à Varsovie, un monument commémore le génocide des Juifs du ghetto de Varsovie: en Namibie, à Windhoek la capitale, rien de ce genre. (voir la photo ci-dessous)

 

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 " Il y a eu également les camps de concentration construits par le général Lothar von Trotha dès 1904 en Namibie (pays d'Afrique) pour éliminer le peuple Herero opposé à la colonisation initiée par le gouverneur Heinrich Göring et aux armées du chancelier Von Bülow. Le désastre humanitaire fut effrayant : plus de 70 000 Hereros morts avant ou dans les camps de concentrations (pour causes de malnutrition, mauvais traitements, exécutions sommaires des malades ainsi que des plus faibles). Il ne faut pas oublier les expériences anthropologiques, scientifiques et médicales transformant les prisonniers hereros en cobayes humains."

(tiré de Wikipédia, rubrique Camps de concentration)

"C'est dans les camps de concentration de l'Afrique australe que le docteur Eugen Fischer (NDLR: prédécesseur en cela de  Mengele, le médecin d'Auschwitz) a élaboré les théories sur l'hygiène raciale qu'il appliquera aux Juifs sous le IIIe Reich."

(tiré d'un article de Libération du 26 Juillet 2013, "La race ça nous regarde, écrit par le sociologue Éric Fassin)

Les Namas, dont on parle moins, joignent ensuite la résistance des Héréros et subissent le même sort. Après la fin des combats en 1907, alors que les rares survivants (15 à 25 % de la population d'origine) héréros sont dispersés dans la nature, les survivants namas sont internés en camps de concentration (33 à 50 % de la population d'origine survivra à la guerre et aux camps). 

Heinrich Goering, père de Hermann Goering -l'inventeur de la Gestapo- sera le premier gouverneur civil de la colonie bien avant le génocide.

Voir l'intéressant débat sur ce forum d'histoire.

Source: Traces de la colonisation allemande à Windhoek et Berlin .

Dans ce document pdf, les auteurs membres d'un institut -Institut sur le racisme et sur les crimes coloniaux localisé à Berlin- s'étonnent et s'indignent sur le fait que cette statue à Windhoek dédiée aux morts allemands de cette période, il ne soit fait mention des soldats et citoyens allemands et uniquement ceux-ci sans jamais prononcer le mot "génocide" et faire ainsi hommage aux miliers de victimes Hereros et Namas.

En 1904, en pleine guerre contre les Hereros et Namas, fut érigé dans la capitale un camp de concentration (KonzentrationLager, terme attesté dès le 14 Janvier 1905 et qui apparaît pour la première fois en clair sur des documents allemands de l'époque) où furent emprisonnés des hommes, femmes et enfants et où des exécutions eurent lieu. Les soldats allemands avaient ordre de tirer à vue sur quiconque, homme femme ou enfant qui tenterait de quitter le camp. Des expériences médicales furent pratiquées sur ces cobayes humains par le docteur Eugen Fischer, futur membre du parti nazi.

Des photographies témoignent de cela, d'après les auteurs berlinois de cet institut. Voir la photo plus bas qui rappellent certaines photos prises par les GI américains en 1945 lors de la découverte en Allemagne des camps de Dachau, Büchenwald et Ravensbrück.

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Extrait d'une lettre du Général Von Trotha datée du 4 Octobre 1904:

"La nation Herero devait être soit exterminée, ou dans l'impossiblilité d'une solution militaire, expulsée du territoire. [...] J'ai donné l'ordre d'exécuter les prisonniers, de renvoyer les femmes et les enfants dans le désert. "

 

  • 1903: Révolte des Khoi et des tribus Hereros contre les colons et l'administration allemande.
  • 10 janvier 1904 : Début du soulèvement herero commandé par le chef Samuel Maharero. Witbooi se joint aux insurgés et mène une guerre d'embuscade. Disposant de six mille fusils, ils sabotent les voies de chemin de fer et incendient les fermes. Près de soixante colons allemands sont tués puis encore cent vingt-trois civils allemands. Le 11 juin 1904, le lieutenant-général Lothar von Trotha, nommé commandant en chef des troupes de la colonie allemande du Sud-Ouest Africain, débarque dans la possession du Reich avec pour mission d'en finir avec la révolte des Hereros.
  • 11 août 1904 : Bataille de Waterberg. Victoire décisive contre les guerriers Hereros du chef Samuel Maharero. En les encerclant de trois côtés, Lothar von Trotha ne laissait aux Hereros qu'une seule issue pour fuir : le désert du Kalahari. Alors que ces derniers essayent d'y trouver refuge, von Trotha fait empoisonner les points d'eau, dresser des postes de garde à intervalles réguliers et signe un ordre (Vernichtungsbefehl) de tirer sans sommation à la vue de chaque Herero, qu'il soit homme, femme ou enfant. Des milliers d'Hereros meurent alors de soif dans le désert. La population Herero estimée à 80 000 âmes avant le début de la guerre était réduite à 15 000 individus en 1911 (80 % de la population avait donc été exterminé).
  • (tiré de Wikipedia, rubrique Sud-Ouest africain allemand)

Une des rares photos des Hereros survivants après la terrible bataille du Waterberg en 1904==>

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Génocide, camps de concentration et expérimentation sur des cobayes humains, tout ceci fait penser à un prélude -ou une répétition- de ce qui va se passer durant la Seconde Guerre mondiale.

Le génocide des Hereros en Namibie en 1904 fut donc bien un laboratoire de la Shoah quelques décennies avant.

Faire le vide (spiritualité)

Par Le 02/02/2014

Il n'est pas nécessaire de s'observer longtemps pour s'apercevoir que nos réactions sont "mécaniques" et nous renvoient à des fonctionnements anciens. J'appellerai ça la "personnalité". Elle ne nous appartient pas, elle se constitue à travers les conditions de vie. Si nous devions répondre consciemment à chaque stimulus de la vie, nous nous épuiserions sans doute. Le mécanicisme nous permet donc de répondre rapidement aux événements quotidiens. C'est un peu comme si nous utilisions notre disque dur. Les données sont là. Il n'y a rien à inventer. Il convient juste de savoir que ces données nous ont justement été données à travers notre éducation, notre histoire, nos bonheurs, nos traumas.
"Quand tu les comprends, les choses sont ce qu'elles sont. Quant tu ne les comprends pas, les choses sont ce qu'elles sont." Le problème principal vient du fait que cette personnalité n'accepte pas les choses et qu'elle tient absolument à les marquer de son empreinte. C'est l’ego. Dans nos relations humaines et dans les relations qu'on entretient avec soi-même, il y a un conflit latent qui émerge souvent et qui n'est que la preuve de notre incomplétude. Nous ne sommes pas unifiés avec la vie. Gurdjieff disait que la machine humaine est mue par l'énergie automatique des centres et qu'elle tient l'individu sous sa coupe.L'essence, qui est la partie réelle de nous-mêmes est devenue passive. Elle s'efface parce qu'elle ne peut pas fonctionner dans le conflit. Elle n'émerge que dans la plénitude. Comme nous n'avons pas été sollicité à vivre sereinement nos émotions, nous ne fonctionnons qu'à travers notre personnalité. L'éducation occidentale se limite à un enseignement intellectuel. La spiritualité en est absente. La vigilance envers nos émotions est bannie. Nous devons juste apprendre à refouler, à contenir, à maîtriser. Mais il ne s'agit pas d'une maîtrise réelle. On n'apprend pas la vigilance à un condamné. On l'enferme dans les conditionnements. La maîtrise réelle n'existe qu'à travers l'acceptation et l'analyse. En fait, nous ne sommes pas des individus mécaniques mais nous agissons de façon mécanique. Nous avons appris des adultes auxquels nous étions soumis que les changements venaient de l'extérieur: de nos parents, de nos maîtres, de nos dirigeants, de nos patrons, de la société en général...Cette identification à des schémas de pensées font peser sur l'essence une masse gigantesque. Si nous nous rebellons, ça n'est jamais qu'une réaction à des phénomènes qui finissent pas nous étouffer. Nous ne sommes toujours par libres dans notre essence mais manipulés par une personnalité qui s'identifie à la rébellion. Ça n'est jamais qu'une nouvelle forme de « mécanicité ». Nous imaginons que le travail sur soi porte ses fruits et que nous nous "éveillons" alors que nous restons "déterminés" par des phénomènes extérieurs. La personnalité a simplement pris une autre forme. Ces émotions qui génèrent cette colère et cette révolte prennent leur source dans le puits des traumatismes de l'enfance. Ce sont des émotions négatives et elles occupent une place considérable. Les conditions de vie, l'exubérance, la multiplicité des phénomènes qui nous assaillent font que nous recouvrons ces traumatismes et que nous ne les observons pas dans leur genèse, que leurs conséquences nous échappent, que bien souvent nous attribuons à des stimulus extérieurs, les résonances émotionnelles qui nous submergent. "C'est la faute de..." Une faute extérieure.
Il faut basculer dans un autre état de conscience pour réaliser que les traumas n'existent pas dans l'esprit de l'individu mais que la personnalité les entretient car elle y prend forme. "Je suis celui qui souffre...Je suis celui qu'on n'aime pas...Celui qu'on ignore...Je suis une victime des autres...Je suis incompris..." Je suis surtout incompris de moi-même. Le problème majeur vient du fait que le mental, serviteur fidèle de la personnalité, trouve son énergie dans le passé psychologique qu'il a créé. Il ne peut pas exister dans l'instant présent. Il est tourné vers le passé car c'est là qu'il dessine ce qu'il pense être. Il se nourrit des traumatismes. La conscience de la vie, (pas des conditions de vie mais de l'instant présent) est la négation de l’ego, du mental, de la personnalité. Elle renvoie ces entités à leurs places réelles. Juste des partitions d'un disque dur. Ca n'est pas l'individu, c'est un programme "informatique" destiné à faire fonctionner l'individu dans l'existence sociale. Pas dans l'existence spirituelle. L'objectif est de ramener l'attention vers l'essence et de cesser d'entretenir la personnalité. Elle ne disparaîtra pas mais elle réintégrera la place qui est la sienne. Un ouvrier, pas un maître d'intérieur. Ni encore moins l'architecte.
La difficulté vient de la mise en place de cette prise de conscience. A mon avis, ça ne peut pas passer uniquement par le mental et c'est là que l'écriture montre ses limites. Comment pourrait-on se libérer du mental en usant de ses outils? La parole, la réflexion, l'écriture, l'analyse ou la psychanalyse. Cette énergie que j'utilise pour ranimer mon essence et la plénitude dont elle a besoin, elle s'épuise à lutter contre des entités redoutables. Mais si je lutte contre un "mal" en usant des outils avec lesquels ce mal s'est installé est-ce qu'il est possible de construire un état de conscience qui ne soit pas infecté par les miasmes des cadavres?
En fait, je n'écris pas. Je ré-écris. Rien de neuf. Toujours la même chose. Parce que les outils que j'utilise sont les poisons qui m'ont contaminé. J'écris par "réaction", pas dans un état de "création". ( c'est étrange de voir qu'il s'agit des mêmes lettres...). Finalement lorsque je marche en montagne ou que je fais du vélo, et que j'entre dans un état d'absence au monde humain, dans un état de clairvoyance, que mes pensées tombent sous mes semelles au rythme de mon pas, je suis davantage en moi-même que lorsque j'écris. L'idéal serait que je reste branché sur un ordinateur et que les mots s'inscrivent. Cette fluidité émotionnelle nourrit des pensées neuves. Je comprends les adeptes du "zazen". Unifier le centre intellectuel et le centre émotionnel.
Personnellement je préfère marcher.
La douleur survient lorsque le retour rompt cette plénitude. J'ai beau me dire que "les choses sont ce qu'elles sont" et que c'est moi qui les rend douloureuses, je sens de plus en plus un besoin irrépressible de passer à autre chose. Accrocher mes sacoches sur mon vélo et partir en ligne droite, sans aucun objectif sinon celui de rouler et de me "vider". De tout. Puisque ce qui reste est essentiel.

Faire le vide pour exister enfin.

 

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