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Croissance intérieure, décroissance extérieure.

Par Le 19/03/2012

L'expression est volontaire et s'oppose bien évidemment à la croissance extérieure liée à l'accumulation des biens matériels.

L'enseignement se concentre sur la croissance des connaissances mais pas sur le développement du connaissant. L'objectif inavoué est de conditionner les individus à une agitation extérieure qui consiste déjà à accumuler. Les connaissances permettront d'obtenir un niveau social favorable à la continuité de cette accumulation. L'individu s'est construit sur ce schéma.

"Toujours plus" disait François de Closet, il y a longtemps déjà.

Rien, dans ce fonctionnement, ne contribue à la croissance intérieure. Il n'y a aucune connaissance de Soi mais l'hégémonie sans cesse renforcée de l'ego dans le conflit permanent des compétitions sociales. "Toujours plus" et surtout plus que l'autre.

Mes élèves qui comparent leurs résultats et veulent avoir plus que l'autre.

Le salarié qui veut avoir une augmentation.

Le PDG qui veut développer son entreprise.

Le candidat aux présidentielles qui veut avoir plus de voix que ses opposants.

"Toujours plus".

Jusqu'à être beaucoup moins. Intérieurement. Puisqu'il n'y a plus aucun regard, aucune observation, aucun recul, aucune réflexion. Juste ce tourbillon incessant.

Seule importe la "considération extérieure", le regard que les autres poseront sur cette réussite sociale qui consiste à accumuler.

J'ai connu, quand j'étais petit, un vieux monsieur, François, un ancien "Poilu". Il vivait tout seul dans les bois. Il avait une connaissance extraordinaire de la forêt. Il vivait de la pêche, de son jardin. Une petite pension de blessé de guerre...Je l'aimais infiniment. Je n'ai jamais oublié ni son visage, ni sa voix. Il m'a beaucoup appris. Non pas uniquement des connaissances liées à la nature mais également une connaissance intérieure...

"Ecoute la forêt, Thierry."

Je ne comprenais pas. Mais j'écoutais. On marchait en silence. Il vivait dans une toute petite maison en pierres. Une simplicité d'ermite. Il n'en était pas malheureux. Toujours le même pantalon, un pull de marin, un bonnet. Je l'aidais à faire son bois de chauffage.

Oh, comme je l'ai aimé. Il est mort, une nuit, dans son lit. J'avais onze ans.

Il en savait bien plus que tous les savants.

Jarwal le lutin (tome 4)

Par Le 18/03/2012

                          LE CONSEIL

 

 

« Il s’appelle Tian. »

Les trois enfants étaient assis sur le lit de Marine. Elle racontait sa journée.

« Il est arrivé ce matin. Il est d’origine asiatique, de Chine exactement. Il est né en France mais ses parents vivaient en Chine quand il y a eu un début de révolution. Ils ont été obligés de s’enfuir parce que son père avait participé à une manifestation sur la place Tian’An men. Ils ont eu beaucoup de mal à quitter le pays et ils ont tout perdu. Ils sont arrivés en France parce que son père avait un cousin qui vivait à Paris. Mais ses parents n’ont pas voulu rester dans une grande ville. Ils avaient ouvert un restaurant chinois mais ils ne supportaient pas la vie là-bas. Et Tian non plus ne s’y faisait pas.

-Comment ils ont fait pour ouvrir un restaurant s’ils avaient tout perdu en s’enfuyant ? demanda Léo.

-Tian m’a dit que la communauté chinoise est très solidaire et plusieurs personnes leur ont prêté l’argent nécessaire. Maintenant qu’ils ont tout remboursé et qu’ils avaient de quoi partir ailleurs, ils ont décidé de venir par ici.

-Pourquoi dans les Alpes ?

-Son père dit que c’est important de pouvoir marcher en montagne. Le grand-père de Tian emmenait souvent son fils en montagne. C’est pour ça aussi qu’il ne supporte pas les grandes villes. Il dit que les gens y sont hallucinés.

-Hallucinés ?

-Oui, Rémi, il dit que les gens y vivent tous dans une agitation permanente, comme s’ils devaient tous courir dans le même sens.

-Comment ça se fait qu’il t’a déjà raconté tout ça ? demanda Léo.

-Le prof principal a demandé que quelqu’un s’occupe de Tian pendant les premiers jours et j’ai levé la main.  Il est assis à côté de moi à chaque cours et je l’ai accompagné à la cantine aussi. Alors, on a beaucoup discuté.

-Et pas les autres élèves ?

-Ben, pas trop, non. En fait, quand ils ont vu que je m’occupais de lui, ils ne se sont pas trop intéressés. Ils préfèrent rester entre eux. Ma copine Lou est venue avec nous aussi.

-Tu lui as parlé de Jarwal ?

-Non, Rémi. Mais je pense que ça va être possible. J’aurais du mal à vous raconter tout ce qu’on s’est dit mais je sens bien que Tian s’intéresse à des choses différentes. Il est un peu étrange.

-Pourquoi ça étrange ?

-Ben, sans doute comme nous trois, j’imagine. Pas du genre à parler du dernier jeu vidéo à la mode par exemple. Il aime beaucoup les livres et surtout la poésie. Il écrit des Haïkus.

-C’est quoi ça ? demanda Léo.

-Dans la vieille mare, une grenouille saute, le bruit de l’eau. En voilà un, par exemple. Mais ça s’écrit comme une poésie, avec des vers. Tian m’a dit que c’était d’origine japonaise et que le but était plus d’évoquer une situation que de la décrire.

-Dis donc, Marine, il t’a fait un sacré effet ce Tian ? lança Rémi, goguenard.

-Gnagnagna, j’en étais sûre que tu allais me sortir ça, toi.

-Bon et dis donc, ta copine Lou, tu pourrais pas lui parler de Jarwal aussi. Tian et Lou, ça ferait déjà deux personnes.

-C’est surtout qu’elle te plaît bien ma copine, hein, petit frère ?

-Dites donc, tous les deux, intervint Léo, je vous signale que Jarwal a disparu depuis deux semaines alors au lieu de faire des plans sur la gommette, vous feriez mieux d’y réfléchir.

-Des plans sur la comète, Léo, rectifia Marine. Pas sur la gommette.

- Sur la cassette, la maisonnette, la voiturette, la pâquerette, ça ne change rien au problème.

-Oui, Léo, tu as raison. Et crois-moi que j’y pense autant que toi.

-Je commence à croire qu’on l’a déçu parce qu’on n’a pas trouvé d’autres enfants. Il est peut-être parti chercher ailleurs.

-Tu me déprimes Rémi. C’est affreux. Si c’est ça, on ne le reverra jamais.

-J’en sais rien Léo. Peut-être justement que si on invitait Tian et Lou, on le ferait revenir.

-Vous imaginez un peu qu’on le fasse et que Jarwal ne revienne jamais ?

-Là, c’est sûr frangin qu’on passerait vraiment pour des guignols.

-De toute façon, les garçons, c’est déjà le cas.

-C’est pas faux Marine, acquiesça Rémi.

- Je ne crois pas les garçons que Jarwal soit parti parce que nous n’avons pas trouvé d’autres enfants. Il nous a dit qu’il savait que ça serait difficile et qu’il nous faudrait du temps. Il n’est pas du genre à se montrer impatient.

-Alors pourquoi a-t-il disparu ?

-Je n’en sais rien Léo. Il s’est sans doute passé quelque chose d’imprévu et qui s’est révélé extrêmement important pour lui.

-Tu crois que ça peut avoir un rapport avec Jackmor ? interrogea Rémi.

-Encore faudrait-il qu’il soit toujours vivant ?

-Tu sais Léo, je pense qu’il ne faut pas voir Jackmor avec une durée de vie limitée. Il sera toujours présent parce qu’il se sert des hommes mauvais pour prendre forme. Alors, ça n’est pas le choix qui manque.

-Oui, Marine, c’est vrai, tu as raison. J’ai du mal à imaginer que ça soit possible en fait. Pour moi, dans les deux histoires que Jarwal nous a racontées, Jackmor est mort à la fin alors qu’en réalité, il a juste disparu le temps de retrouver une autre enveloppe corporelle.

-Oui, c’est cela petit frère. Juste une question d’énergie spirituelle en fait. D’ailleurs, je me demandais si c’est pareil pour nous.

-Quoi donc ? demanda Rémi.

-Je me demandais si nous n’existions pas comme énergie spirituelle avant d’être des humains dans un corps.

-C’est le voyage de l’eau qu’a vécu Jarwal qui te fait dire ça ?

-Oui, Léo, toutes ces âmes en attente, qui observent le monde pour décider quelle va être l’incorporation la plus favorable à leur développement. C’est comme ça que j’ai compris l’histoire en tout cas.

-Moi aussi, Marine mais j’étais incapable d’en faire un résumé comme toi. C’est tout mélangé dans ma tête.

-Faut dire qu’il y a de quoi s’y perdre, intervint Léo.

-Ben, en fait, Léo, ça dépend. Et si c’était maintenant qu’on était perdu ?

-Comment ça ?

-Et si les choses qu’on ne comprend pas, c’est parce qu’il y a celles qu’on nous a enseignées qui prennent trop de place. Enfin, tu vois le genre ?

-Tu veux dire qu’on ne comprend pas parce que tout ce qu’on sait déjà nous empêche de comprendre ? Pas très logique tout ça Marine. Regarde les maths par exemple ! Comment est-ce qu’on pourrait comprendre les nombres décimaux sans avoir appris à compter d’abord. C’est comme un escalier, tu ne peux pas arriver en haut sans passer par toutes les marches.

-Oui Rémi, je suis entièrement d’accord. Mais le problème, c’est qu’une fois que tu es engagé dans l’escalier, tu ne progresses qu’en fonction de l’objectif de la marche suivante. C’est un peu comme si on n'était plus libre en fait. Bien entendu que tu progresses mais c’est dans une voie toute tracée. Et pendant ce temps-là, tu ne vois pas qu’il y a d’autres escaliers.

-Mais peut-être que de progresser, ça permet de créer des passerelles entre les escaliers. Je veux dire par exemple, les maths, c’est grâce à elles aussi que les explorateurs de la planète sont partis sur les océans. Ou que les architectes ont su construire des temples.

-C’est pas faux Rémi. Toutes les connaissances peuvent se recouper, elles se nourrissent entre elles. Mais alors, pourquoi est-ce qu’on a du mal parfois à accepter ce que Jarwal nous raconte ?

-Peut-être Marine que c’est parce qu’on monte que sur des escaliers où on nous a appris à marcher. Mais qu’il y en a d’autres qu’on ignore totalement. Comme si ces autres escaliers étaient construits dans une autre maison.

-Et bien, si c’est ça, je n’appelle pas ça une maison mais une prison, s’exclama Léo. Et je suis bien content que Jarwal nous fasse passer la tête par la fenêtre.

-Et je la vois bien ta bille de clown qui regarde par la fenêtre ! lança Rémi.

-En tout cas, si la connaissance se construit dans une prison, il faut accepter l’idée de passer la tête entre les barreaux et de s’interroger au lieu de continuer à monter les marches comme des condamnés résignés.

-Yep, grande sœur, personne ne me passera la corde au cou !

-Alors, donc, pour en revenir au sujet du départ, il est donc possible que les âmes existent avant d’être enfermées dans un corps.

-Pas enfermées Léo, étant donné qu’elles retourneront dans l’espace pour attendre une prochaine vie. C’est juste un passage provisoire.

-Alors donc, mon âme a déjà vécu, c’est ça ? Et elle m’a choisi pour continuer à progresser ?

-Toi, Rémi, moi, les parents, tout le monde en fait.

-Mais comment peut-elle choisir un individu qui n’existe pas encore ? Comment peut-elle savoir ce qui va se passer dans la vie d’une personne qui n’existe pas ? C’est dingue ce truc !

-Oui Rémi, c’est dingue comme tu dis. Ou alors, c’est juste un autre escalier dans une autre maison.

-Moi, je sais comment savoir tout ça, annonça Léo.

-Ah, ouais, et comment petit frère ? demanda Rémi, intrigué.

-Faut retrouver Jarwal. »

 

L’évocation de cette disparition inexpliquée mit un terme à l’échange, comme si des volets venaient de se fermer sur la fenêtre.

Une obscurité intérieure. Un doute assassin. Des pensées secrètes. Et puis cette impossibilité de maintenir le silence, comme une pression trop forte qu’il fallait libérer.

« Vous croyez que Jarwal aurait pu nous mentir ? Qu’il se serait juste amusé avec nous ?

-Ah, toi aussi, tu as pensé à ça petit frère, avoua Rémi.

-Moi aussi les garçons. C’est tellement étrange cette disparition. Je me suis dit qu’il voyageait comme ça, pour occuper son temps et s’amuser aux dépens d’enfants crédules. Mais je n’arrive pas à y croire réellement.

-Moi non plus, renchérit Rémi. Je pense qu’il lui est arrivé quelque chose.

-Oui, sans doute, mais je suis fatiguée d’y penser tout le temps. Parfois, en classe, je m’aperçois que je n’écoute plus le prof et que je suis suspendue à un message que j’entendrai à l’intérieur. Comme quand il nous a parlé le jour où on a retrouvé sa timbale.

-Bon, en tout cas, je suis content d’en parler avec vous, annonça Léo parce que j’avais un peu honte de douter de l’honnêteté de Jarwal. Et puis ça m’embêtait aussi d’imaginer qu’il pouvait s’en apercevoir et en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser. C’est affreux d’ailleurs de voir qu’on ne maîtrise même pas ce qui nous vient dans la tête.

- Les enfants, il est temps d’aller vous coucher, il y a école demain et c’est tard déjà. »

La voix montait du bas de l’escalier.

-Oui, p’pa, on y va.

-Allez, les garçons, il ne faut pas se décourager. Il va revenir, » murmura Marine.

 

Les garçons ne s’y trompaient pas. La voix de leur sœur n’avait pas de consistance, comme si le doute la fissurait.

Ils rejoignirent leur chambre et se coulèrent sous la couette.

Les yeux ouverts, fixant le plafond, les trois enfants appelèrent Jarwal jusqu’à ce que le sommeil les emporte.

Ecriture et caméra intérieure

Par Le 18/03/2012

Dans la création cinématographique, le réalisateur fait appel au jeu de l'acteur. L'acteur vit son rôle et le réalisateur saisit ce que l'acteur vit.

Dans la création littéraire, l'écrivain tient les deux rôles. Il est l'acteur, il vit intérieurement les émotions, les sentiments, il souffre, aime, se réjouit, se lamente, se découvre, se perd et il doit simultanément tenir la caméra pour saisir chaque évènement de l'intérieur.

Il ne s'agit donc pas de se contenter de décrire ou d'analyser. On serait sinon dans une démarche scientifique, cognitive, matérialiste, évènementielle. Un chirurgien qui opère ne doit pas éprouver la moindre émotion pour son patient, c'est une question de survie pour l'opéré.

L'auteur doit donc plonger à l'intérieur, au plus profond de l'humain. Comme une caméra qui irait fouiller les tréfonds de l'âme.

Mais dans ce travail, l'auteur n'est plus l'acteur, il est le réalisateur qui saisit ce que l'acteur éprouve.

Mais s'il n'est plus acteur, l'auteur devient émotionnellement inerte. Comme un chirurgien.

C'est donc un dédoublement existentiel qui s'impose. 

 

J'ai mis dix ans à comprendre qu'on ne décrit pas une scène. On la vit.

J'ai encore mis dix ans à réaliser que je devais tenir la caméra sans influencer cette vie, sans la pervertir par des interprétations conditionnées, sans me glorifier d'être un chirurgien alors que justement je devais me libérer de ce rôle.

Il me faudra bien encore dix ans pour parvenir à restituer clairement la musique qui résonne maintenant en moi.

 

Crise de l'enseignement

Par Le 17/03/2012

Crise du recrutement : comment attirer les futurs profs ?


« Posons-nous la question, combien de nos enfants veulent-ils aujourd’hui devenir professeur ? » se demandait Nicolas Sarkozy lors de son discours sur l’éducation le 28 février à Montpellier. Conséquence directe de la politique menée durant le quinquennat (paupérisation des profs, dégradation des conditions de travail, réforme de la formation, dénigrement du métier et de ses acteurs par les ministres successifs…), mais pas seulement puisque la tendance est la même ailleurs, recruter des profs est devenu difficile et la pénurie est conséquente. Il y a cette année aux concours 43% de candidats en moins par rapport à 2011, et il y aura deux fois moins de candidats admissibles que de postes offerts. Problème de quantité donc, et mécaniquement de qualité, qui interroge l’avenir proche.

Les candidats à la Présidentielle devraient se plonger dans le rapport que vient de publier l’OCDE et qui donne plusieurs pistes pour tenter d’enrayer la baisse des vocations. Ils y trouveraient plus que des idées sur le recrutement : une ligne politique ambitieuse mettant l’enseignant au cœur du système et redonnant au métier toute son attractivité.

Le rapport de l’OCDE préconise de modifier les modalités de recrutement, améliorer le statut du métier sur le marché du travail, élever les salaires  , revoir la formation, de repenser l’environnement de travail, le rôle d’un professeur qui doit avoir plus de responsabilités et être plus investi dans la vie de l’école, avoir de réelles perspectives de carrière et dont le bien-être personnel doit être pris en compte… Mazette !

Le recrutement

Les études menées dans 65 pays (parmi lesquels la France est le seul à ne pas avoir fourni de données…) sont très claires sur le fait qu’il existe une corrélation directe entre la réussite des élèves aux évaluations internationales (PISA) et le niveau d’excellence de l’enseignement. Il ne suffit donc pas d’attirer les jeunes vers l’enseignement, il faut attirer les meilleurs qui, à niveau égal de qualification, vont voir ailleurs. Pour cela, il faut proposer aux jeunes diplômés de haut niveau ce qu’ils cherchent : le meilleur équilibre statut valorisant / environnement professionnel / sentiment de participer personnellement à un projet / revenus financiers.

Le rapport plaide également pour la mise en place de nouveaux critères de sélection : donner plus de place lors du recrutement à l’enthousiasme du candidat, son aptitude à percevoir les besoins des élèves et à apporter une réponse adaptée, son investissement et son engagement personnel, des critères qui jouent autant sur la qualité de l’enseignement que les compétences strictement disciplinaires.

Il faut également faciliter l’accès aux concours à des personnes ayant eu des expériences professionnelles extérieures à l’éducation : la richesse de leur profil ne peut que bénéficier à l’enseignement.

En France, les critères de formation restent disciplinaires, la personnalité du candidat n’est pas prise en compte. La réforme de la formation (masterisation) a eu tendance à figer les filières et à formater le profil des candidats, dont la variété et le niveau vont s’appauvrissant.

 

La formation

Le rapport insiste sur la nécessité d’une formation initiale de grande qualité.

Les enseignants doivent savoir précisément ce qui leur sera demandé dans leur métier, du point de vue des connaissances disciplinaires comme de la manière de les enseigner. L’accent théorique doit être mis sur les derniers développements de la recherche en matière de techniques d’enseignement ; l’enseignant est invité à développer lui-même ses idées et à innover, sous la tutelle d’un enseignant formateur. Une place importante doit être faite à la pratique dans les classes, le contact et les échanges avec les professeurs en fonction, à travers de nombreuses expériences de terrain.

Le rapport insiste aussi sur l’importance d’une formation continue de haut niveau. Il ressort de l’étude que les enseignants souhaitent développer leurs compétences tout au long de leur carrière, et 55% des enseignants interrogés auraient aimé plus de formation sur les 18 derniers mois. La formation continue doit entre autre mettre l’accent sur la mutualisation des pratiques.

En France, la formation initiale a été singulièrement allégée avec la masterisation et la partie pratique a été réduite à la portion congrue au fil des années. Quant à la formation continue, elle est faible en heures (à titre d’exemple, Singapour offre 100 heures de formation continue par an à chaque enseignant) et trop souvent peu adaptée à la réalité du métier et aux besoins des profs.

 

Les premières années

Une fois les profs efficacement recrutés et correctement formés, encore faut-il parvenir à les garder ! Dans cette optique, les premières années sont décisives, un enseignant quitte plus souvent le métier dans les 5 premières années d’exercice que par la suite.

Il faut donc ménager les enseignants débutant afin de leur garantir une entrée progressive dans le métier. Or ce sont généralement eux qu’on retrouve sur les postes et dans les établissements les plus difficiles. Une solution consiste à mener une politique d’incitation envers les plus expérimentés afin de les attirer sur ces postes sensibles dans des fonctions d’encadrement des enseignants débutant.

Durant ces premières années, il est important que l’enseignant puisse compléter sa formation initiale par des formations ciblées en fonction de ses besoins. Un pays comme la Chine propose à ses jeunes enseignants 240 heures de formation dans les 5 premières années.

En France, quasiment rien n’est fait sur ce sujet. Certaines académies « protègent » les profs la première année en leur affectant un poste censément moins difficile, notamment dans le primaire. Mais pour l’écrasante majorité des profs, les 5 premières années seront les plus dures de leur carrière, celles où ils connaîtront les conditions d’exercice les plus extrêmes, alors même qu’ils ne sont pas encore armés pour y faire face.

 

Les conditions de travail

Le rapport estime que pour améliorer les conditions de travail à l’école, il faut repenser un certain nombre de choses dans l’organisation et dans la manière de travailler.

Le premier levier est la qualité des relations avec les élèves, entre collègues et avec la hiérarchie. Il faut donc instaurer un dialogue social fécond dans les établissements, et modifier les rapports verticaux en donnant davantage d’autonomie et de responsabilités aux enseignants, qui veulent avoir le sentiment d’être soutenus et accompagnés par la hiérarchie.

Le travail en équipe, le partage des savoir-faire et des ressources, la mutualisation des savoirs doit être au cœur d’une pratique éducative riche et vivante.

En France, les enseignants sont trop souvent infantilisés, on ne leur donne que peu de responsabilités effectives, le travail en équipe est encore globalement déficient et dépend trop du chef d’établissement, et il n’est pas rare de voir des conflits très forts entre direction et équipe enseignante. La réforme des lycées, mal expliquée et mal accompagnée, a accentué le climat de tension. Quant aux conditions matérielles, elles sont tout simplement déplorables : il n’est pas rare de compter 5 ordinateurs pour 60 profs et une seule imprimante.

 

Le lien famille / école

D’après le rapport, resserrer le lien entre l’école et les familles peut, au-delà des bénéfices directs pour la vie de la communauté éducative, sensiblement améliorer l’image du métier. En effet, les personnes qui ont un contact plus régulier avec l’école sont généralement plus positives avec elle, car elles la perçoivent mieux. Il faut donc développer des relations suivies et personnalisées avec les familles, expliciter davantage le lien entre les apprentissages et la vie après l’école, concevoir des programmes d’accompagnement des familles dans l’environnement éducatif, multiplier les rencontres et les opérations de sensibilisation, etc.

En France, le lien avec les familles est globalement insuffisant, celles-ci manquent souvent d’informations, au moment de l’orientation des élèves par exemple ; quand des choses intéressantes sont mises en place, les initiatives sont presque toujours locales, il n’y aucune dynamique au niveau national.

 

Le salaire

Les évaluations internationales de PISA ont mis en évidence le fait que le niveau de rémunération des enseignants est directement corrélé aux performances des élèves. Un salaire élevé attirera plus de jeunes diplômés de haut niveau qui auront tendance à s’investir davantage dans leur métier.

Or, si depuis 2000 le salaire des enseignants à globalement augmenté dans les pays de l’OCDE, le salaire au bout de 15 ans de métier ne représente que 80 % de la rémunération d’un individu âgé de 25 à 64 ans, diplômé de l’enseignement supérieur et employé à temps complet.

Il faut donc une politique volontariste du point de vue financier, quitte à mettre l’accent sur les filières souffrant d’une grave pénurie de profs, mathématiques et sciences. Offrir plus aux futurs profs de maths ou de sciences, c’est ce qu’a fait (dans un système dérégulé certes) l’Angleterre ces deux dernières années, allouant  une prime de 20 000 livres aux meilleurs candidats.

La France est un  des rares pays de l’OCDE où le salaire des enseignants a baissé sur cette période. Leur pouvoir d’achat a baissé de 10% en 10 ans. Malgré l’annonce d’une revalorisation pour les profs débutant en novembre, la réalité est simple à percevoir : 80% des profs n’ont pas été augmenté depuis 5 ans, alors même que le salaire moyen d’un prof français est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.

 

Le bien-être des enseignants

Voilà une notion bien révolutionnaire ! Mais ne nous y trompons pas, l’OCDE n’est pas une ONG philanthrope : son objet est de dégager les conditions optimales de production. Appliqué à l’enseignement, ce précepte fait émerger la nécessité de veiller à ce que tout enseignant se sente bien dans son métier, donc bien dans sa tête et dans sa vie.

Afin de préserver cet équilibre travail / vie personnelle, il faut entre autres développer les possibilités de congé sans solde, la prise de recul à travers des périodes sabbatiques, ou encore veiller à ce que les enseignants puissent étendre leurs compétences tout au long de leur carrière, et  pas seulement d’un point de vue strictement éducatif, puisque le rapport préconise de faire des échanges ponctuels avec l’industrie et le commerce.

En France : le bien-être des enseignants n’est pas une notion connue.

 

L’enseignant au cœur du système

Pour un enseignant français, la lecture de ce rapport est une expérience… troublante ! C’est qu’on n’est pas habitué à ce qu’on se préoccupe de nous ! On a plutôt l’habitude d’être pointés du doigt, par les responsables politiques en premier lieu, par la doxa aussi qui a vite fait de juger que les profs sont des fainéants privilégiés…

Alors forcément, quand un rapport international émanant d’un organisme peu soupçonnable de gauchisme place l’enseignant au cœur du système éducatif et du projet scolaire, le désigne comme la solution quand on entend si souvent qu’il est le problème, on se dit qu’il existe une voie, un chemin encore vierge dans notre pays, qui vaut d’autant d’être essayé que les autres ont jusqu’ici mené à des culs-de-sac.

Mais attention, cette révolution ne pourra se faire sans les enseignants eux-mêmes, appelés à se remettre en question et à interroger leur pratique, et dont le métier et les missions sont immanquablement destinées à évoluer.

 

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Le calme

Par Le 17/03/2012

"Un Maître Zen est invité à la télévision. L'émission est en direct. Sur le plateau, dans les coulisses, à la régie, c'est l'effervescence. L'animateur plaque fiévreusement sur son crâne une mèche rebelle, parle dans son micro, écoute son oreillette, range ses fiches et toutes les annotations faites par ses conseillers pour mener la discussion...

Enfin, tandis que les dernières secondes s'égrènent avant que l'émission ne commence, le présentateur s'assoit face au maître et lui souffle :"

Pas trop nerveux, avec toute cette excitation autour de vous ?

-Non, dit paisiblement le Maître Zen. En dehors de cette agitation, tout est calme. "

 


 

Besoins matériels. (spiritualité)

Par Le 17/03/2012

Cette impression de "voir" une balance à plateaux. D'un côté les biens matériels et de l'autre les "nourritures spirituelles".

Cette crise économique a un intérêt. C'est de créer une impossibilité financière de courir après l'accumulation de biens matériels. Elle est par contre dramatique lorsqu'elle touche les biens vitaux.

Elle peut générer une rupture dans le paradigme éducatif. N'étant plus "guidé" par les besoins d'un être dérivé, nous éliminons les produits et services dont nous n'avons pas réellement besoin.

Phénomène surprenant, la "masse" de biens matériels pesant dans la balance s'allégeant continuellement, cette "énergie" qui n'est plus dépensée de façon frénétique se trouve disponible et se transfère "naturellement" dans le plateau des biens spirituels. Comme si la "qûete" devait se faire, comme si la Vie portait en elle-même une direction établie, un besoin irrépressible d'activer le potentiel intérieur.

Les sociétés matérialistes ont bâti leur expansion sur ce besoin vital d'explorer les potentiels. Les progrès technologiques sont les effets de cette énergie dépensée. J'ai lu il y a quelques jours qu'une petite fille avait été sauvée par des chirurgiens après avoir été opérée in vitro. Fabuleux progrès qui sauve une vie. Jamais, je ne critiquerai ce progrès, il est réel et nécessaire.

Quand je vois par contre, les files d'attente devant les magasins apple pour la sortie de l'ipad4, j'ai envie dy mettre le feu et de hurler sur ces gens.

Mais il y a aussi cette multitude de blogs, forums, livres, conférences sur l'exploration spirituelle. Un mouvement qu'il est impossible d'ignorer et de balayer d'un revers de main méprisant. Une certitude que cette population a consommé cette rupture matérialiste et cherche désormais à combler le vide sur le plateau de la balance.

Les désirs de biens matériels s'épuisent. Les nourritures spirituelles croissent. 

Conscience du monde. (spiritualité)

Par Le 12/03/2012

Il est impossible d'avoir une vision globale du monde au regard des évènements qui s'y produisent. Tout ce fatras restera immanquablement initié par des visions intentionnelles. Paris Match ou Sciences et Vie...Le premier est dans le registre de l'absolument superficiel, épisodique, éphémère et sans aucune analyse de son propre commentaire. L'objectif est commercial et nullement existentiel. Le deuxième oeuvre à l'explication rationnelle des évènements associés à tous les "comment" qui nous interpellent.

La philosophie avait pour tâche d'explorer les pourquoi...

Mais il y a davantage de lecteurs de Paris Match que de Spinoza et la philosophie a fini par sombrer dans les zones obscures du monde intellectuel.

 

L'Humanité a donc fini par écouter tout ce qui vient de l'extérieur jusqu'à en devenir sourde à son espace intérieur. Chaque individu s'identifie à la lecture évènementielle dans laquelle il se sent reconnu. Du "people" le plus insignifiant jusqu'aux plus éminents scientifiques. Des appartenances.

On en vient même à étiqueter la démarche spirituelle parce qu'il faut bien que chacun s'y retrouve dans ce fatras. Il faut bien qu'on nous indique quelle est la "bonne" route. Il s'est produit le même phénomène avec la philosophie...Qu'en est-il ressorti ? Est-ce que de l'Histoire de la philosophie, il reste une donnée, une seule, à laquelle on puisse donner l'attribut de "Patrimoine de l'Humanité"? ...Aucune. Non pas parce qu'elles n'avaient aucune valeur (qui oserait dire que Socrate n'avait aucune valeur) mais parce que l'Humanité n'a considéré la Philosophie que comme un épiphénomène évènementiel lié à l'existence de leurs initiateurs. Il est certain que les conflits d'ego n'ont pas servi la Philosophie elle-même...Il n'a été pour beaucoup dans cette démarche qu'une intention de reconnaissance. Effrayant détournement.

 

La spiritualité me semble emprunter la même voie. Ou plutôt les multiples voies générées par la multitude d'ego qui y cherchent la même reconnaissance.

Je ne serais pas surpris dans quelques années, si je suis encore là, de constater que cette approche existentielle sera tombée dans l'oubli. Tout comme la philosophie. Pour les mêmes raisons. Les spiritualistes ne cherchent pas l'ouverture des consciences mais la reconnaissance des consciences identifiées envers leur travail...Effrayant détournement.

Ecouter l'intérieur.

Par Le 12/03/2012

Voir ce qui se passe en nous, baliser le chemin...

Ce matin, avec les enfants dans la classe, je m'aperçois qu'une élève continue à utiliser en calcul mental une technique travaillée au CE2 pour accéder à la soustraction. Elle n'a toujours pas validé la méthode soustractive et continue à utiliser le complément de "l'addition à trou."

Pas un problème en soi si ce n'est ce que cette attitude figée révèle.

Explications.

"Tout au long de votre vie, vous devrez abandonner des choses apprises pour accéder à une maîtrise plus profonde de ce que vous apprenez. Et lorsque vous aurez appris cette nouvelle technique, vous devrez de nouveau la délaisser pour franchir un nouveau palier. Il ne s'agit pas de l'oublier mais juste de prendre conscience qu'elle est devenue insuffisante et que vous possédez en vous, le potentiel pour relancer l'apprentissage. Imaginez que vous êtes entre deux lampadaires, on en a déjà parlé. Celui sous lequel vous êtes illumine et vous vous y sentez en sécurité. Dans votre dos, vous apercevez le lampadaire plus ancien, celui que vous avez déjà abandonné depuis un moment et dont la lumière acquise vous a permis d'avancer et d'arriver là où vous êtes. La différence maintenant, c'est que le lampadaire suivant est bien plus éloigné que tout ce que vous avez connu jusque-là. Vous ne disposez pas d'un horizon dégagé, les zones d'ombres sont vraiment profondes, étendues, inquiétantes. Vous pourriez vous contenter de rester là où vous êtes, après tout cette lumière est douce et apaisante. Mais il y a un phénomène qu'il ne faut pas oublier, qu'il ne faut jamais quitter des yeux. Si vous restez là où vous êtes, vous allez épuiser la source d'énergie dont vous bénéficiez à l'instant. Il est inconcevable d'imposer à la Vie la fixité, l'immobilité, le refus d'avancer. La Vie a toujours été lancée dans ce mouvement vers l'avant et vous faites partie de ce mouvement. 

Souvenez-vous des séances de ski de cet hiver. Certains connaissaient juste le chasse-neige et pouvaient s'en contenter mais ils ont rapidement vu que cette fixité leur interdisait l'accès à des pistes plus exigeantes. Il fallait abandonner le chasse-neige et parvenir au ski parallèle, au dérapage, à l'appui sur le ski amont...Il fallait quitter cette sécurité et accepter d'avancer en terrain inconnu, de se "mettre en danger", de risquer la chute, d'éprouver cette peur ennemie. Vous étiez sous un lampadaire et il vous fallait accepter les territoires inconnus. Et vous l'avez fait. Et le bonheur du ski s'est nourri de ce chemin parcouru, ça n'était pas que le plaisir d'aller sur d'autres pistes mais aussi ce bonheur en vous d'être parvenu à dominer cette peur, cet abandon des choses connues.

Tout ce que vous allez vivre pendant toute votre vie ressemble à ce parcours. En mathématiques, en sport, en amour, dans toutes les passions qui vous animeront. Il est essentiel de savoir toujours où vous en êtes. Essentiel d'identifier la lumière dont vous disposez et de vous féliciter du chemin parcouru pour tendre votre regard intérieur vers l'ombre qui vous attend.

La fixité n'est pas naturelle. C'est la peur qui l'installe. Apprenez à vivre votre peur et à comprendre ce qu'elle vous enseigne. La Vie porte en elle cet élan. Sinon, elle ne serait pas passée de l'amibe à la baleine bleue.

L'inquiétude moderne

Par Le 11/03/2012

"A mesure qu'on va vers l'Ouest, l'agitation moderne devient de plus en plus grande, si bien qu'aux yeux des Américains, les habitants de l'Europe représentent un ensemble d'êtres, amis du repos et du plaisir, tandis qu'en réalité, ils vont croisant leur vol continuel comme des abeilles et des guêpes. Cette agitation est si grande que la culture supérieure n'a plus le temps de mûrir ses fruits : c'est comme si les saisons se succédaient trop rapidement. Par manque de repos, notre civilisation court à une nouvelle barbarie. A aucune époque, les gens actifs, c'est à dire les gens sans repos, n'ont été plus estimés. Il y a donc lieu de mettre au nombre des corrections nécessaires que l'on doit apporter au caractère de l'humanité, la tâche de fortifier dans une large mesure l'élément contemplatif. Quand ton regard aura pris assez de force pour voir le fond dans la fontaine sombre de ton être et de tes connaissances, peut-être aussi, dans ce miroir, les constellations lointaines des civilisations de l'avenir te deviendront visibles. "

Nietzsche.


Je me permets de rappeler les dates : Nietzsche : 1844-1900.

Il y a de quoi réaliser à quel point la philosophie ne représente plus rien. En dehors des sphères intellectuelles. C'est à dire le néant.

Moebius

Par Le 10/03/2012

Il faisait partie des Plus Grands Vivants.

Maintenant, il appartient aux Plus Grands Eternels.

Moebius est parti. Ses dessins restent.

 

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/03/10/six-dessins-de-moebius-par-lui-meme_1656011_3246.html

Les dessins de Moebius par lui-même

LEMONDE.FR | 10.03.12 | 14h05

Il n'est jamais trop tard pour corriger une injustice. Géant incontestable de la BD mondiale, icône vivante pour plusieurs générations d'auteurs, défricheur insatiable de nouveaux horizons, Jean Giraud n'a, étonnamment, jamais eu les honneurs d'une exposition à la mesure de son aura.

Celui que l'on peut considérer comme "le plus grand auteur français de bande dessinée en activité" a certes vu son travail accroché dans de nombreux festivals spécialisés, en France comme à l'étranger. Il lui est également arrivé de faire des incursions dans le monde de l'art contemporain par le biais d'expositions collectives. Mais de grande rétrospective dédiée à lui seul, jamais !

La faute, diront certains, au mépris avec lequel les réseaux culturels institutionnels ont toujours traité la bande dessinée. La faute aussi, sans doute, au brouillage de pistes sciemment organisé par Jean Giraud lui-même, l'homme aux deux pseudonymes : Gir, avec lequel il a dessiné la série western Blueberry dans une veine réaliste ; et Mœbius, versant fantastique et onirique de sa dualité, incarné à travers les personnages d'Arzach, de l'Incal ou encore du Major.

MÉTAMORPHOSE

Quelle que soit sa vocation, l'exposition que lui consacre la Fondation Cartier à partir du 12 octobre ne fait pas, en tout cas, dans la demi-mesure : plus de 400 pièces balayant 50 ans de carrière – dessins, peintures, croquis, ektachromes… - envahissent l'espace du boulevard Raspail jusqu'au 12 mars.

Le thème retenu, car il en fallait un face à l'énormité du fond proposé par l'artiste âgé de 72 ans, est celui de la métamorphose, un sujet omniprésent dans son œuvre. La curiosité la plus attendue est la projection du tout premier film d'animation réalisé (en 3D) par Mœbius : un court-métrage de 10 mn, inspiré d'une histoire peu connue, La Planète Encore. Là est une autre singularité du co-créateur du magazine Métal Hurlant : malgré de nombreuses collaborations ponctuelles dans le cinéma (auprès de Luc Besson, James Cameron, René Laloux, Steven Lisberger…), jamais Gir/Mœbius ne s'était essayé à la réalisation avant cela.

Alors que sort opportunément en librairie une suite à Arzach - 35 ans après le choc créé par le premier album, entièrement muet - Le Monde Magazine a demandé l'impossible à son créateur : choisir, et commenter, six de ses dessins exposés à la Fondation Cartier. Moebius par Giraud, en quelque sorte. Et vice-versa.

  • Les animaux de Mars

"Ce dessin est issu d'un petit carnet que ma maison d'édition (Mœbius Productions) va bientôt publier. Ce travail part d'un postulat selon lequel le geste inconscient participe de la création. Le jeu consiste ainsi à prendre une plume et à jeter sur une feuille des traits nettoyés de toute intention, en essayant le plus sincèrement possible de n'avoir aucun but.

Je me retrouve alors devant une sorte tâche de Rorschach, les conditions du hasard ayant été créées en jouant avec ma propre main, voire en fermant les yeux ! Ce n'est qu'ensuite que je reprends ma raison, et mon savoir-faire, pour tirer une forme de ces lignes. Après quelques dessins, l'idée est apparue que j'avais créé des animaux fantastiques. Je les ai localisés sur Mars car cette planète a souvent servi d'écran de projection à l'imaginaire."

  • Blueberry

 

Blueberry.

BlueberryMoebius / Fondation Cartier

"Le cinéma est le réservoir d'images de Blueberry. J'ai toujours essayé, dès mon plus jeune âge, de faire du cinéma sur papier. Quand je travaille sur cette série, une musique très symphonique va jusqu'à jouer dans ma tête - genre Dimitri Tiomkin ou Maurice Jarre.

Concernant le personnage, je lui ai donné les traits de nombreux acteurs à la mode de films d'action : Belmondo bien sûr, mais aussi Bronson, Eastwood, Schwarzenegger… J'ai même utilisé Keith Richards (le guitariste des Rolling Stones) ou Vincent Cassel (qui a campé le rôle de Blueberry au cinéma). A chaque fois, je rajoutais un nez cassé, ainsi qu'une coupe de cheveux à la Mike Brant ! Beaucoup de réalisateurs m'ont également inspiré. Blueberry doit beaucoup à Sam Peckinpah (La Horde sauvage m'a bouleversé). Il y a aussi du Sergio Leone chez lui. Mais pour ce qui est de son amitié avec les Indiens, je suis plus proche de John Ford qui, toute sa vie, a été écartelé entre le machisme blanc de la conquête de l'ouest et la conscience qu'il avait des minorités opprimées."

  • Arzach

 

Arzach.

Arzach.Moebius / Fondation Cartier

"Arzach est l'enfant fécond de la création de Métal Hurlant. Plusieurs raisons m'ont conduit à lui redonner vie à travers un nouvel album. D'abord, Arzach a formulé de lui-même une demande implicite d'exister en débarquant dans Inside Mœbius, le journal intime où je me mets en scène avec mes personnages. Vient ensuite le fait d'une logique éditoriale : ma petite maison d'édition, qui réalisait jusque-là des publications somme toute confidentielles, a décidé de passer à quelque chose de plus orthodoxe, dans l'espoir que cela nous permette d'en vivre car pendant des années Blueberry a été le sponsor personnel de Mœbius.

Si j'ai décidé à faire parler Arzach dans ce nouvel album alors qu'il était muet dans le premier, c'est que le contexte n'est plus le même. A l'époque, Métal Hurlant vivait constamment dans le danger de mourir. Nous ne savions jamais si nous allions sortir le numéro suivant. La garantie de l'étonnement éditorial était notre propre étonnement. D'où ce personnage sans parole ni référence culturelle que je faisais le soir après le boulot – après Blueberry, quoi. C'était une façon d'être provocant. Il était impossible, 35 ans plus tard, de reconstituer artificiellement le même environnement."

  • Inside Mœbius

"Mon ambition, à travers ce récit introspectif dessiné sans crayonné est d'arriver à cette leçon que nous donne à tous Wolinsky. Quand je l'ai connu, celui-ci dessinait de manière très besogneuse. Jusqu'au jour où il s'est complètement libéré en se disant : je vais dessiner comme on écrit, sans préoccupation graphique et avec le souci d'être "parlant".

Ce nettoyage très soixante-huitard de l'esthétique m'a bien plu. C'est ce que j'ai essayé de faire dans ce journal intime, en ajoutant délibérément une touche d'humour. Il y a pourtant toujours eu de l'humour dans mon travail, mais un humour clandestin – un peu comme chez quelqu'un qui devrait être sérieux et ne peut pas s'empêcher de glisser des blagues en espérant que ça ne va pas être vu. Dans Inside, je cite des auteurs de référence, comme Gotlib ou Edika, en m'accusant de vouloir me mesurer à ces géants. C'est aussi un moyen de m'avouer à moi-même que j'ai l'esprit assez potache."

  • Les carnets du Major

La chasse au major.

La chasse au major.Moebius / Fondation Cartier

"Cette bande dessinée pleine de délire et de divagation a été réalisée sur une période de dix ans avec parfois de longues périodes de jachère au milieu. Elle a été faite, également, de manière totalement improvisée, case après case, un peu à la manière d'un musicien de jazz devant créer une tension entre la rigueur d'une ligne mélodique établie et une libération absolue de cette même ligne.

J'aime beaucoup procéder ainsi : faire un premier dessin sans idée préconçue et sans l'idée d'en faire un deuxième derrière ; le deuxième dessin peut alors être en totale contradiction avec le premier ou sa continuation sous un autre angle, peu importe. Je vois cela comme un jeu de reconstitution où l'inconnu ne viendrait pas du passé mais de l'avenir. On peut évidemment relier cette archéologie à rebours à l'inconscient, mais aussi à ce que l'on décrit dans les états de transe ou dans l'étude de la mère de toutes les religions, la religion chamanique. Le Major, qui n'est autre qu'un avatar de moi-même, est le fruit de cette réflexion que j'applique modestement en faisant des petits Mickeys."

  • La Planète Encore

 

La planète encore.

La planète encore.Moebius / Fondation Cartier

"Cette image de synthèse est tirée de mon tout premier film d'animation en tant que réalisateur. J'ai été mêlé à plusieurs projets cinématographiques en tant que réalisateur dans le
passé mais aucun n'a vu le jour. Je ne dirais pas que le cinéma m'a laissé au bord du chemin.
C'est plutôt moi qui l'ai laissé passer. Cela aurait été à moi de m'investir sérieusement en tant que producteur, comme je l'ai fait avec ce court-métrage. Il est malheureusement difficile d'avoir plusieurs vies simultanément.

Faire du Mœbius sans la moindre concession tout en continuant Blueberry demande déjà un investissement interne considérable. Je me tire d'ailleurs le chapeau car j'ai réussi à me trahir sans me quitter… Bref, je n'avais pas de place à accorder au cinéma. Pour se lancer dans le cinéma, il faut être Cortez : brûler ses vaisseaux et ne plus rien avoir d'autre à faire."

De l'éducation.

Par Le 06/03/2012

"J'espère qu'à la fin de ce siècle, ce que nous appelons aujourd'hui « école » sera une relique historique, développée à l'époque des chemins de fer et de l'automobile privée et rejetée avec eux. Bientôt, il sera évident que l'école est aussi marginale à l'éducation qu'un guérisseur l'est à la santé publique."

Ivan Illich (Cuernavaca, Mexique)


"La révolution viendra en éducation, mais elle ne dépendra ni des diplômes des professeurs, ni de leurs connaissances, ni des programmes, ni des livres, ni des méthodes audio-visuelles, ni d'aucun progrès technique. Elle dépendra uniquement du climat que saura créer le maître dans sa relation avec l'élève... L'enseignant ne doit pas être un tube stérile à travers lequel passe la connaissance de génération en génération."

Carl Rogers, « Les enfants ne sont pas des oies à gaver ».


"C'est parce que nous sommes si desséchés nous-mêmes, si vides et sans amour que nous avons permis aux gouvernements et aux systèmes de s'emparer de l'éducation de nos enfants et de la direction de nos vies ; mais les gouvernements veulent des techniciens efficients, non des êtres humains, car des êtres vraiment humains deviennent dangereux pour les Etats et pour les religions organisées. Voilà pourquoi les gouvernements et les Églises cherchent à contrôler l'éducation."

Krishamurti, « De l'éducation »


 

 

 

Égrégore (2)

Par Le 06/03/2012

Gurdjieff l'avait évoqué. La plus dangereuse mécanisation consiste à être soi-même une machine.
 

Au Japon, le drame humain lié au tsunami et à la radio activité est inimaginable, certains quartiers de Tokyo sont plus irradiés que Tchernobyl... Le traumatisme est effroyable, mais je ne parviens pas à comprendre comment l'humain peut en arriver là... Il me semble que cette cassure entre l'humain et la nature est absolue, qu'il existe désormais une négation complète de l'univers du vivant et je ne vois pas la nature comme responsable de quoi que ce soit.

C'est la mécanisation de l'existence qui porte en elle les causes de ce désastre. Une certaine forme de folie, d'aveuglement qui consiste à penser que l'homme est au-dessus de tout, qu'il possède le pouvoir, jusqu'à en oublier les lois naturelles. Construire des villes dans des fonds de vallée, en bord de mer, dans un pays sujet aux pires séismes, pour développer des industries, nucléaires ou autres, accroître les richesses, pousser les individus dans une voie unique de profits, sans garder à l'esprit que tout peut disparaître en quelques instants, c'est mener les hommes à la mort.

Le Japon s'est construit dans cette voie. Les individus sont mécanisés, extraits de leur lien avec la nature, ignorant des réalités, envoûtés par une idée de croissance agissant comme un aimant. Tout miser sur l'énergie nucléaire dans un pays sujet aux séismes...C'est consternant. Développer des villes côtières sans aucune protection contre les tsunamis, c'est hallucinant. Non seulement, la nature est ignorée mais la vie humaine elle-même est bafouée. Rien ne compte en dehors de cette course à la croissance.

On joue avec des allumettes parce qu'on a construit des camions de pompiers. On est dans l'absurde.
 

Tout aussi absurde d'ailleurs de ne plus parler du Japon aujourd'hui, comme si tout cela devait être effacé des mémoires, que seuls les Japonais étaient concernés. 
 

Les humains sont donc de véritables machines travaillant seulement sous la pression d'influences extérieures.

Les gouvernants, eux-mêmes, sont des machines. Ils ne sont pas des conducteurs de machines. Ils vivent eux aussi sous les influences d'égrégores qui les dépassent.
 

Un égrégore est, dans l'ésotérisme, un concept désignant un esprit de groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité autonome. Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris par les surréalistes, qui l'ont chargé d'un fort potentiel subversif.
 

Autant cet égrégore peut avoir un effet positif lorsqu'il est associé à une élévation spirituelle, autant il peut devenir la source d'un conditionnement lorsque des intentions perverses le sous-tendent...
 

Les connaissances qui sont développées depuis la révolution industrielle ne sont pas attachées à une voie spirituelle mais à une mécanisation des individus. La croissance est l'intention première.

La médecine, par exemple, est de la mécanique. L'aspect holistique de l'homme est ignoré.

La psychologie qui ne fonctionnerait pas en systémique est de la mécanique. Et encore doit-elle prendre en considération le sous-développement spirituel de l'individu.

L'environnement est d'ailleurs un mot très révélateur dans l'usage qu'on en fait actuellement. On considère à travers ce terme que la nature nous environne, ce qui revient à dire que nous n'en faisons pas partie, que nous nous en sommes extraits, que nous sommes des entités à part. L'environnement est ce qui est extérieur à nous. Consternant. Nous sommes l'environnement étant donné que nous sommes autour de nous-mêmes et non à l'intérieur...

On voit ce que cette "philosophie" donne avec l'exemple de la catastrophe au Japon. Et il est évident que nous allons entendre des "machines" accuser la nature d'être cruelle. C'est logique dans ce fonctionnement. Il faut un coupable. Et c'est la nature. Puisqu'elle est la seule vivante et que nous sommes des machines malmenées par sa violence. Effrayant.

Combien de fois j'ai entendu des journalistes dire : "La montagne a tué" lorsque des alpinistes ou des skieurs sont emportés. Comme si la montagne avait eu une intention...Comme si ce tsunami était responsable de ces milliers de morts...On regarde la situation à l'envers.

C'est un drame humain qui concerne des machines. C'est ça la première catastrophe. C'est ce que l'homme est devenu le plus dramatique.

Nous sommes notre propre environnement parce que nous vivons dans une agitation mécaniste qui nous a privé de notre propre centre. Nous ignorons jusqu'à l'existence du noyau.
Là où l'expression écologiste est encore plus absurde, c'est lorsque nous prenons en considération le fait que chacun de nos actes a une influence sur nous-mêmes en portant atteinte à l'environnement. Nous sommes impliqués dans cet environnement que nous voyons comme extérieur. Il n'y a pas d'extérieur. Il n'y a qu'une bulle existentielle dans laquelle chaque individu est relié, chaque être vivant, chaque phénomène nourri par le flux vital. Lorsque nous comprendrons que la disparition des orangs-outans est une atteinte à nous-mêmes, nous comprendrons qu'il n'y a pas d'environnement mais une unité absolue.

 

Les scientifiques dénoncent l'acidité de plus en plus forte des océans et des dangers immenses que cela fait courir à toute la chaîne alimentaire. Comment est-il possible que les humains en viennent à ignorer la source de toute la vie ? L'Océan... La Source de vie.

Sommes-nous donc condamnés à être des assassins jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien ?

Philosenfants (école)

Par Le 06/03/2012

Je suis toujours aussi ébahi par l'intérêt extraordinaire des enfants pour des questions à visées philosophiques. Je pourrais passer des journées entières à parler avec eux, de tout ce qui les touche et qu'ils ne parviennent pas à exprimer parce qu'ils ne sont pas assez sollicités, parce qu'ils ne sont pas assez amenés à observer ce qui se passe en eux, parce que le monde adulte ne considère pas assez que leur interrogations silencieuses méritent d'être écoutées, partagées, assouvies, parce que l'aspect cognitif de l'école se doit d'être mis en avant, qu'ils doivent réussir leurs "études"...

Mais c'est la Vie en soi qu'il faut étudier !

Et amener par mimétisme des enfants à penser que les questions existentielles sont des pertes de temps qui disparaîtront avec l'âge adulte est une condamnation de l'individu.

On a parlé du "désir mimétique" aujourd'hui. Une heure à analyser les comportements associés à la dérive des individus qui se perdent dans des "conflits" d'ego et des actvités insignifiantes.

"Les gens ne devraient pas tant penser à ce qu'ils doivent faire mais bien davantage à ce qu'ils doivent être". Maître Eckhart.

Une élève a lu ce texte affiché au mur de la classe, parmi d'autres, et elle a demandé ce que ça signifiait. Elle avait elle-même la réponse d'ailleurs. Il a juste suffi que je la mette sur la voie et qu'elle sente qu'elle pouvait exprimer ce qu'elle portait. 

"Si tu n'es pas toi-même, qui pourrait l'être à ta place ?" Henry David Thoreau.

Toujours le même chemin de lucidité, toujours ces textes et citations philosophiques qui tapissent les murs de la classe et qui sont bien plus importants que les tables de multiplication ou les règles d'orthographe.

C'est parce qu'ils peuvent échanger, interroger, partager, raconter, explorer les émotions associées à toutes ces questions vitales qu'ils sont disponibles ensuite pour apprendre ce qu'ils doivent acquérir pour continuer à progresser "scolairement".

Toujours cette impression qu'en concentrant le travail à son aspect cognitif, en bridant l'aspect existentiel, nous formons des jarres en ignorant la qualité des nourritures qu'elles transportent. Le contenant et le contenu...Est-ce que le fait de "juger" de la qualité scolaire d'un enfant, je suis capable de "juger" de la qualité humaine de l'enfant ? Absolument pas.

Je rencontre tous les ans des enfants qui sont "performants" scolairement et qui sont perdus dans leur connaissance d'eux-mêmes, qui ne sont pas capables d'établir durablement cette observation de leur fonctionnement et qui sont juste "soumis" ou formatés à des réponses liées à des apprentissages techniques. Mais dès que j'aborde avec eux des discussions d'ordre existentiel, il n'y a plus personne. Comme un gouffre immense qui souvre en eux et que les savoirs scolaires ne peuvent combler. Ils ne savent pas ce qu'ils font, ils ne savent pas ce qu'ils vivent, ils sont vécus...

D'autres sont en conflit permanent avec d'autres enfants ou d'autres adultes, n'ont aucune limite, aucune conscience morale, tout leur est permis, ils n'ont aucun regard sur leur attitude et se laissent aller à toutes leurs impulsions.

"Vérifie toujours à chaque instant, que tes pensées, tes choix, tes décisions et tes actes sont à l'image de la personne que tu es et de celle que tu veux être. "

Toujours les amener à établir cette vigilance envers ce qu'ils font afin que ça corresponde à ce qu'ils veulent être. Bien souvent, ces enfants-là se placent en "victimes", essaient de justifier leurs actes, renvoient la faute sur les autres et sont incapables d'observer ce qu'ils ont déclenché. Ils n'en voient que les effets. Qu'on ne vienne pas me dire que ce travail d'exploration de l'individu est du temps perdu. C'est long à mettre en place et j'ai parfois l'impression d'un travail inutile...Je me force à oublier l'intention et j'accepte l'idée des errances.

Je sais bien aussi que le collège ne proposera pas ce genre de "développement personnel" parce que le système ne le permet pas, que l'organisation est beaucoup trop rigide et que les professeurs vivent eux aussi une pression beaucoup trop importante pour qu'ils s'autorisent ce genre de travail.

J'entends parfois d'anciens parents d'élèves me dire que la transition avec le collège est vraiment très difficile pour leur enfant, que la pression scolaire est énorme et que tout le reste est rejeté. La prise en considération de l'individu est quasi inexistante. Les rébellions se multiplient, les échecs s'installent. Quand je reçois dans ma classe d'anciens élèves, je suis effaré de ce qu'ils racontent...L'impression qu'ils montent au "front", qu'ils y sont en danger.

Je ne comprends pas ce déni de l'existence...Comment peut-on envisager participer à la construction du contenant si le contenu ne devient qu'un poison qu'il faut ingérer de force. Le contenant sera immanquablement "souillé", avili, dégradé étant donné qu'il est intoxiqué par le gavage permanent qu'il subit.

Quand je regarde la population obèse américaine, j'ai une image matérielle de ce contenant perverti par le contenu ingéré. Malbouffe, malculture, malexistence. Un résumé effroyable de combien d'existences...

Que l'école participe à cette extinction des élans existentiels des enfants me désole au plus haut point. Un mal qui me ronge.

Le ministre actuel veut instaurer une "morale laïque". Bien, mais de quoi s'agit-il ? Une nouvelle matière, avec un programme, des évaluations, toujours le fonctionnement compétitif, comparatif ? Mais dans ce cas-là, on travaille à l'envers. On réduit l'humain encore une fois, on ne le porte pas, on l'encadre, on ne l'élève pas, on le formate. Cette "morale", je la nomme philosophie existentielle et elle est constante, elle n'appartient pas à un horaire, à un cadre précis, elle est à la source de tout ce qui se passe en classe. Je ne l'évalue pas par une norme chiffrée et qui serait inévitablement subjective mais juste par le bonheur que les enfants éprouvent à être là, à se grandir grandir, à s'observer, à oeuvrer à ce bonheur de la vérité en eux.

Le reste ne sera jamais et encore qu'un conditionnement et le résultat sera encore et toujours la disparition de l'individu. Les gouvernants s'imaginent que l'école participe à l'émergence des citoyens. Vaste fumisterie. Il n'y a pas de citoyens quand il n'y a pas, a priori, d'individus.

Il n'y a qu'une masse inconsciente qui noie ses errances intérieures dans les possessions matérielles et l'insignifiance. 

Beaucoup s'en contentent. Certains se révoltent. Beaucoup aussi en meurent.

 

L'Islande

Par Le 05/03/2012

Faut vraiment que j'aille faire un tour là-bas...

 

http://fr.news.yahoo.com/lislande-juge-son-ancien-premier-ministre-pour-la-154342299.html

 

REYKJAVIK (Reuters) - Le procès de l'ancien Premier ministre islandais Geir Haarde s'est ouvert lundi, dans ce qui semble être un cas unique au monde de poursuites engagées contre un responsable politique pour la crise financière de 2008.

Le Parlement islandais s'est prononcé en 2010 en faveur de la comparution de Geir Haarde devant une cour spéciale qui n'avait jamais été saisie depuis sa création en 1905.

L'ancien chef du gouvernement, de 2006 à début 2009, est accusé de manquements manifestes pour son incapacité à prendre des mesures susceptibles d'éviter l'effondrement du système bancaire islandais fin 2008. Il lui est aussi reproché son inaction face aux banques, qui ont gonflé leurs bilans jusqu'à un niveau représentant neuf fois la taille de l'économie du pays dans les années précédant la crise.

Geir Haarde, qui dément les accusations portées à son encontre, risque deux ans de prison en cas de condamnation.

"Aucun d'entre nous n'avait réalisé à l'époque que quelque chose clochait au sein du système bancaire lui-même, comme il semble désormais que cela fut le cas", a-t-il répondu lundi au procureur spécial chargé de l'enquête.

Après des années d'expansion par endettement, les principales banques d'Islande se sont écroulées fin 2008 lorsque la faillite de Lehman Brothers a gelé les échanges internationaux de liquidités entre établissements.

Elles ont été secourues par des fonds publics et l'Islande a dû emprunter environ 10 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI) et d'autres créanciers.

Omar Valdimarsson, Bertrand Boucey pour le service français

Aux enseignants et parents d'élèves

Par Le 03/03/2012

Un arrêté rédigé par le ministère dans l'urgence au lendemain des élections professionnelles de 2011 dont le taux de participation a été très faible.
 EXTRAIT DU PROJET DE B.O.
  Enseignements élémentaire et secondaire
  Vacances scolaires
  Calendrier scolaire des années 2013-2014, 2014-2015 
  Article 1 - Le présent arrêté fixe le calendrier scolaire national des années 2013- 2014 et 2014-2015.
  Article 2- L'année scolaire s'étend du jour de la rentrée des élèves au jour  précédant la rentrée suivante. 

  Annexe 1
> > > > > Année scolaire 2013-2014
> > > > > Périodes Zone A Zone B Zone C
 Début des vacances d'été des élèves Samedi 12 juillet 2014

 Début des vacances d'été des enseignants (*) Samedi 19 juillet 2014 
 
A lire attentivement et à diffuser
 
Objet : ce qui attend les profs : à faire suivre absolument
> >

Infos à lire et à suivre pour vérification....Tenons-nous prêts.
A tous ceux qui ne se demandaient pas encore, « pourquoi est-ce que je fais ce métier déjà…….. ? »  au secours !!! Regardez ce qui nous attend :

  EXCLUSIVITÉ (information sous embargo)  :  Une source ministérielle préférant rester anonyme dévoile les premiers éléments du B.O. fixant les vacances scolaires à partir de l'année scolaire 2013-2014.

> > Annexe 2
> > > > > Année scolaire 2014-2015
> > > > > Périodes Zone A Zone B Zone C
> > > > > Rentrée des enseignants (**) Lundi 25 août 2014 Rentrée scolaire des élèves Lundi 1 septembre 2014 


> >   (*) Huit demi-journées en juillet (ou un horaire équivalent), prises en dehors des  heures de cours, seront consacrées à l'aide personnalisée en direction des élèves présentant des difficultés.
> >

  (**) quatre demi-journées fin août seront consacrées à l'accueil des stagiaires et des étudiants sur poste remplaçant
> > deux demi-journées fin août seront consacrées à la préparation des évaluations de rentrée
> > deux demi-journées fin août seront consacrées à de la télé formation          et pourtant nous ne sommes pas payés > > pendant les vacances...alors ils nous rajoutent du travail, ça veut dire qu'il faudrait qu'on paye pour travailler bientôt !!!
> >

_____________________________________________________________________________________________________________________


> >  IL FAUT REVOIR LE TEMPS DE TRAVAIL DES ENSEIGNANTS !

LE DECRET DE 1950  EST VRAIMENT TROP VIEUX ! 
> >  
> > Actuellement, le temps de travail d'un enseignant de collège ou de lycée est de 18  heures par semaine. C'est, pour les professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair  relatif au temps de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par une décret datant de 1950. 
> > Rendez-vous compte! 18 heures par semaines! Quel salarié ne voudrait pas travailler aussi peu pour d'aussi bons salaires? Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un statut aussi avantageux? 
> > En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu'un enseignant travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1 devant  les élèves et 1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires. En effet, le temps de travail légal de l'époque s'il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité de environ 42 h par semaine, sur 50 semaines. Mais que s'est-il passé depuis pour les enseignants? Rien ! Alors que pour les autres salariés il y a eu la troisième semaine de congé payé en 1956, puis quatre en 1969. Les 40 heures réelles ont été atteintes au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936). Mais ça n'est pas fini : il y a eu les 39 heures et la cinquième semaine en 1982,  puis les 35 heures en 2000. 

En somme le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de 25 %. Mais les enseignants doivent toujours le même service. C'est au moins un enseignant qui écrit cela vous dîtes-vous, en lecteur éclairé! Certes je l'avoue, je fais partie de ces privilégiés. Car, comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances? Eh bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons. D'abord 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c'est pour les petites vacances (Toussaint, Noël...). Donc notre temps de travail était annualisé. 
> >  Mais, et les deux mois d'été alors ? Là, c'est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le savent même pas, d'ailleurs. Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau bac + 3. Mais à cette grille, il nous a été retiré deux mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12. (Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 € par mois il recevra 24 000 € par an, alors que pour la même qualification, un enseignant recevra aussi 2000 €  par mois mais sur 10 mois, soit 20 000 € par an. Cette somme est ensuite divisée par 12 et donne 1667 € par mois). 
> > Eh oui, chers lecteurs, les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances. 
> > Oui bon d'accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés que cela concernant le temps de travail. Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre ! Eh bien soit, comparons. Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public (qu'on nous prouve le contraire). Mais, à mes yeux, l'exemple le plus frappant de la dégradation de la valeur que la nation accorde à ceux  qui éduquent ses enfants est le suivant. Le salaire de départ d'un enseignant en 1970  était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd'hui, il n'est plus que 1,2 fois plus élevé. 
> > Autrement dit si, comme le PS l'a écrit dans son projet, le SMIC augmentera de 25 % au cours des cinq ans à venir (et l'UMP l'a augmenté au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC. 
> > Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de la dégradation de  notre situation ?

Alors oui le décret de 1950 est vieux ! Il est vraiment temps de le toiletter comme le disent nos gouvernants !
Mais dans quel sens ?
> >  PS : Ce texte est libre de droits. Vous pouvez le faire circuler autant que vous le voulez.

Christian LANNOY
> >  
ch.lannoy@gmail.com

Le Loup et le Chien

Par Le 03/03/2012

Merci à Françoise pour ce rappel de mes années d'école primaire.

Qu'avons-nous fait du Loup en nous ?...

 

La Fontaine.

Un Loup n'avait que les os et la peau ;
        Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
        L'attaquer, le mettre en quartiers,
        Sire Loup l'eût fait volontiers.
        Mais il fallait livrer bataille
        Et le Mâtin était de taille
        A se défendre hardiment.
        Le Loup donc l'aborde humblement,
    Entre en propos, et lui fait compliment
        Sur son embonpoint, qu'il admire.
        Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
        Quittez les bois, vous ferez bien :
        Vos pareils y sont misérables,
        Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d'assuré, point de franche lippée.
        Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.
    Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
        Portants bâtons, et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
        Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
        Os de poulets, os de pigeons,
........Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
        Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Qu'est-ce là  ? lui dit-il.  Rien.  Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ?  Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
    Où vous voulez ?  Pas toujours, mais qu'importe ?
 Il importe si bien, que de tous vos repas
        Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

Comme c'est beau...

Par Le 03/03/2012

En fermant les yeux...

Le mépris de l'Education Nationale

Par Le 02/03/2012

Pourquoi écrire ça avec des majuscules d'ailleurs?

Une amie, Françoise, institutrice puis Maîtresse E pour enfants en difficulté a appris par un courrier envoyé par l'Inspecteur d'académie que son poste, parmi des milliers d'autres, étaient supprimés...

Mais pour couronner le désastre, la lettre était adressée à Mr François LAJOTTE au lieu de Françoise LAJOTTE...

 

Mépris total de l'administration, de la hiérarchie la plus haute, qui ne sait même pas à qui elle s'adresse, qui nie de la façon la plus odieuse une carrière entière dédiée aux enfants. Je connais l'engagement, la passion, l'empathie et le professionnalisme de Françoise et je suis écoeuré de cette attitude. A en avoir honte de travailler pour eux.

Heureusement qu'il y a les enfants.

Avec l'autorisation de Françoise, qui ne souhaite pas cacher son identité, je poste ici la réponse faite par Françoise à l'Inspecteur et aux autres "sommités" dégénérées.

Que quelques lecteurs et lectrices sachent avec quel mépris les enseignants sont traîtés.

A savoir aussi que Françoise a toute sa carrière été en opposition avec cette hiérarchie qui ne parle que de finances, de statistiques, de réductions de poste, d'objectifs cognitifs et qui bafoue sans vergogne toutes les valeurs humaines. A se demander si cette "erreur" n'est pas intentionnelle...Ils sont capables de tout.

J'avais écrit à une époque directement au ministre de l'EN pour contester le système des inspections. Je l'avais fait sans passer par la voie hiérarchique. Convocation chez l'Inspecteur d'académie, blâme et blocage de salaire pendant sept ans en me privant d'inspection et par conséquent d'avancement de carrière...

Bienvenue dans l'Education nationale. Sois fonctionnaire et tais-toi, devoir de réserve et autres censures et humilations. La fonction publique, comme un monde professionnel de privilégiés...Mais bien sûr...

 


 

 

M (me) Lajotte François(e)
Maître(esse) G
Rased de Caumont l’éventé                à
                                M(me) l’inspecteur (trice)
                                De l’académie de Caen 

                M(me) le ministre de

l’éducation nationale

M (me)Le président de la   république


                                Le 27 février 2012

Objet : Réponse à la lettre d’information de la suppression du poste d’adaptation (Oh ? Un nouveau terme…) maître G rattaché l’EEPU ( ???) Caumont l’éventé.

 

Madsieur, Mondame,

 

Je confirme la réception, le 25 février 2012, d’un courrier faisant acte de la suppression du maître G rattaché à l’école de Caumont l’Eventé adressé à MONSIEUR LAJOTTE FRANCOIS.

Dans un premier temps j’ai regretté que la poste ait fait une erreur d’acheminement, en effet, à ma connaissance, aucun Monsieur Lajotte François n’habite à cette adresse.

Lisant, curieusement et illicitement donc, ce courrier, je me suis aperçue qu’il évoquait la suppression d’un poste que j’occupe, ce courrier me concernait-il ?

Pleine de doute, je suis remontée précipitamment dans mon appartement et directement dans ma salle de bain. Culotte en bas des chevilles et face à la glace, j’ai vérifié : en place d’un pénis, il n’y a qu’un timide clitoris, pas le moindre soupçon de scrotum, des lèvres, grandes et petites et, un peu plus haut, oui, hélas, deux protubérances mamellaires pourvues de tétons saillants. Je ressemble à ce que l’on nomme le genre féminin.

Il y a donc erreur quelque part mais, enfin, l’administration a loi et ne peut se méprendre !!!

Alors, trois heures durant, j’ai sauté d’un pied sur l’autre, pour faire descendre la vérité, rien… irrémédiablement je demeure femme physiquement ! Je me suis alors rappelé la naissance de mes trois fils… plus aucun doute je crois être bel et bien une femme. Quoi que…

Ces naissances ne sont pas reconnues par l’éducation nationale. En effet, étant nés hors temps d’appartenance à cette suprême institution… Ils ne comptent pas dans le calcul des annuités. S’ils ne comptent pas, ils n’existent donc pas.

Je récapitule, je crois être une femme mais suis un homme, j’ai eu trois fils qui, travaillant contribuent, à la retraite de chacun mais ne sont nullement reconnus comme tels.

J’en conclue que je suis un homme célibataire n’ayant pas eu d’enfant. Et m’étant pris depuis septembre1985 pour une femme institutrice et depuis septembre 1998 pour une institutrice spécialisée, passionnée et dévouée, je mérite un blâme au minimum !

Il est grand temps que je fasse l’aveu de ma féminité et que je me rende coupable d’avoir, déguisée telle Eon mais à son inverse, usurpé ainsi la joie d’un autre être, de voir tant d’enfants renouer avec le scolaire, passer dans la classe supérieure ou au collège, le sourire aux lèvres, le désir d’apprendre revenu, la confiance en soi enfin conquise.

Sans doute, je me méprends puisque me pensant femme, je suis homme à vos yeux. Pire, ne suis-je pas, pour vous, un Don Quichotte, n’ayant livré batailles qu’à des moulins oniriques ? Si, très certainement, puisque de toute façon, homme ou femme, je me vois réduite à vos yeux que comme ce chevalier burlesque, inutile et à détruire et même dont on peut se railler ! Dont, en sus,  on se moque de savoir s’il est mâle ou femelle.

Il me vient cette pensée qu’en ce cas je n’ai qu’à me plier devant vous et implorer votre grâce, votre pardon, votre reconnaissance, oui, me traîner à terre.

Et pourtant… Oh, je suis suffisamment maitresse des mes doigts pour dompter mon majeur, droit ou gauche.

Ce que je ne maîtrise pas : ma profonde douleur, ma détresse, traduites ici dans une acide ironie.

Je vous prie Monsieur l’inspecteur d’académie, Monsieur le ministre de l’éducation nationale, Monsieur  le président de la république, d’accepter mes sentiments les plus douloureux et déçus.

 

MADAME LAJOTTE FRANCOISE 

Stand by

Par Le 29/02/2012

Un éditeur s'intéresse à Jarwal.

Je me replonge dans une énième relecture des trois tomes et j'entame ensuite l'écriture du quatrième tome.

C'est parti pour quelques mois d'écriture et par conséquent d'une mise en sommeil partiel du blog. Pas le choix.

Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud bouillant :)

Le désir mimétique

Par Le 28/02/2012

« L'homme désire toujours selon le désir de l'Autre » est le postulat du désir mimétique, développé par René Girard, dans un conflit tragico-comique dont les protagonistes deviennent interchangeables et transformés en « doubles » symétriques « en miroir » dans une relation duale de la rivalité mimétique qui conduit à la violence mimétique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sir_mim%C3%A9tique

Sur le plan individuel, les hommes se haïssent parce qu'ils s'imitent. Le mimétisme engendre la rivalité, mais en retour la rivalité renforce le mimétisme. Les protagonistes d'un tel conflit tragique ou comique ne voient pas qu'ils sont interchangeables, symétriques, des « doubles », mais l'observateur extérieur le voit : il y a double logique, celle du désir et celle de l'imitation. En d'autres termes, faire de l'Autre un modèle, c'est faire de lui un rival.

La notion de désir mimétique devient pleinement intelligible avec le « modèle » du désir qui devient « obstacle » dans la réalisation de ce désir, comme dans l'exemple illustratif donné par Girard des enfants qui se disputent pour un même jouet, alors que bien d'autres sont disponibles. C'est le phénomène fondamental du modèle-obstacle.

Au niveau physique, la mimétique est un camouflage dont l’exemple illustratif est le caméléon. C’est aussi le niveau des besoins ou appétits.

Au niveau social des congénères et des collègues qui partagent la même loi (lex. legis) et le même héritage (legs), la mimétique consiste à faire « comme tout le monde » dans le conformisme dont l’exemple illustratif est l’effet de la mode. C’est le niveau de la confusion (à la fois « prendre l’un pour l’autre » et « fondre ensemble l’un dans l’autre ») entre « besoin » et « désir ». Le besoin d’habillement peut être satisfait par n’importe quel vêtement, alors que « le désir selon l’Autre » du postulat girardien se rapporte à la particularité d’une telle marque et d’un tel type désignée par la mode.


Ce qui m'intéresse particulièrement dans cette analyse, c'est de constater que ce désir de mimétisme conduit paralèlement à la confrontation entre les individus. L'individu copie mais cherche simultanément à faire mieux, ce qui lui laisse croire qu'il fait différemment. Chaque étape de différenciation, aussi insignifiante soit-elle, renforce le phénomène chez l'autre qui va à son tour s'accorder aux désirs de ses congénères tout en cherchant à s'en défaire en les approfondissant encore davantage. C'est le fondement même de la société de consommation. Il n'y a aucune liberté dans ce système et la possession générée par la multiplicité des désirs assouvis conduit immanquablement à la dépossession de soi.

La publicité suggère que les autres ont tel désir mais propose en même temps la satisfaction de ce désir à une échelle supérieure.

"Vous voulez posséder une voiture, tout comme vos contemporains mais grâce à nous, vous posséderez une voiture différente..."

On est bien entendu là encore dans le paradigme du moi encapsulé qui se soumet à des valeurs matérielles élevées au rang de valeur humaine. L'individu se persuade d'une grande valeur au regard de ce qu'il possède et que les autres désirent. C'est la course en avant. L'autre est un modèle que chacun veut dépasser, l'autre est un miroir qu'il faut briser pour parvenir à constituer un miroir plus vaste ne reflétant que son propre reflet.

Tant que durera cette illusion de la valeur humaine nourrie par des paramètres évènementiels et épisodiques, l'élévation spirituelle sera bridée. Tant que l'individu sera incapable de s'extraire de cette futilité, il n'y aura aucune issue. Les hommes seront enchaînés à des désirs libérant en eux des intentions toujours plus carcérales.


 

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