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Au cœur du problème.

Par Le 08/05/2012

La définition du cœur est complexe.
Pendant longtemps, les scientifiques l’ont défini uniquement comme un muscle ; le cerveau contrôlant tout le corps et le cœur n’étant qu’une pompe faisant circuler le sang. Puis, tout en gardant les propriétés d’un muscle, le cœur a été considéré comme une glande secrétant des hormones. Récemment, de nouvelles fonctions lui ont été attribuées par la découverte de neurones à l’intérieur de celui-ci. Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre, sans pour autant chercher à en donner une nouvelle interprétation.
En effet, d’un point de vue scientifique, nous savons maintenant qu’il existe une communication entre le cœur et le cerveau. Elle est en fait un dialogue dynamique, continu et bidirectionnel, chaque organe influençant continuellement la fonction de l’autre.

Le cœur communique avec le cerveau et le corps de quatre façons :
Communication neurologique (système nerveux)
Communication biophysique (pression des ondes)
Communication biochimique (hormones)
Communication énergétique (champs électromagnétiques)
Cette nouvelle évidence scientifique montre que le cœur utilise ces méthodes pour envoyer à notre cerveau d’importants signaux émotionnels et intuitifs. En accord avec cette compréhension du cœur en perpétuelle communication avec le cerveau, les scientifiques découvrent que nos cœurs pourraient être en fait la « force intelligente » derrière les pensées intuitives et les sentiments que nous éprouvons. Brièvement, voici la description des différents modes de communication.

1- Communication neurologique
Les neurologistes ont découvert qu’il y a plus de 40.000 cellules nerveuses (neurones) dans le cœur seul, ceci signifie que le cœur a son propre système nerveux indépendant, parfois appelé le cerveau dans le cœur.
Actuellement on considère que le nombre de connexions entre les neurones détermine l’efficacité du cerveau ; plus il y a de connexions, plus le cerveau est performant.

Il existe donc de sorte un cerveau dans le cœur. Quel est son rôle exactement ? Tout reste à découvrir, des recherches sont réalisées dans ce sens.

Deux études centrées au départ sur les interactions neurologiques démontrent que les signaux afférents que le cœur envoie au cerveau durant les émotions positives peuvent modifier activement le cerveau de plusieurs façons. Nous savons donc maintenant que le cœur a une influence sur le cerveau.
2- Communication biophysique
Un rythme cardiaque cohérent conduit à augmenter la synchronisation cœur-cerveau. Plus le cœur bat régulièrement, plus le cerveau est performant au niveau des fonctions de l’esprit (perception, langage, mémoire, raisonnement, décision, mouvement...).
3- Communication biochimique
Le cœur est la glande endocrine la plus importante du corps. En réponse à notre expérience du monde, il produit et libère une hormone majeure FAN - Facteur Atrial Natriurétique - qui affecte profondément chaque opération du système limbique, ou ce qu’on réfère comme étant le « cerveau émotionnel ». Le lien entre nos émotions et le cœur est ainsi dévoilé. On ressent les émotions au niveau du cœur, pourtant c’est au niveau du cerveau qu’elles sont gérées.
4- Communication énergétique
La communication énergétique du cœur est référée sous l’expression communication cardio-électromagnétique. Le cœur est le plus puissant générateur d’énergie électromagnétique dans le corps humain, produisant la plus grande partie du champ électromagnétique rythmique des organes du corps.
Cela signifie que le cœur a une grande influence sur les autres organes du corps.
Le champ électrique du cœur est environ 60 fois plus important en amplitude que l’activité électrique générée par le cerveau. Pourtant le nombre de neurones dans le cœur est nettement inférieur à celui dans le cerveau (40.000 neurones dans le cœur contre environ 100 milliards de neurones dans le cerveau).
Le cœur a un champ d’énergie électromagnétique 5.000 fois supérieur à celui du cerveau et ce champ peut être mesuré avec un magnétomètre jusqu’à 10 pieds au-delà du corps.
Une certaine recherche suggère que le champ du cœur est un porteur important d’informations. Les signaux électromagnétiques générés par le cœur transmettent une information qui peut être reçue par les autres et ont la capacité d’affecter les autres autour de nous.

Lorsque les gens sont touchés ou sont à proximité, le signal des battements du cœur est enregistré dans les ondes du cerveau de l’autre personne.
L’influence d’une personne sur une autre serait donc expliquée par un phénomène physique. Le cœur exerce sur son environnement une influence que l’on ne peut négliger.

La science avancera dans sa voie rationnelle et la spiritualité continuera à oeuvrer dans son espace. Dans dix mille ans, on en saura davantage.

Mon cher frère...

Par Le 06/05/2012

Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de la punition? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son industrie...

En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.

Il n'en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n'as pas la liberté de faire ce que tu as dans l'esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d'une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N'est-ce pas vrai ?"

Kondiarionk, chef Huron, s'adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve

Surdoué. Intellectuellement précoce. Haut Potentiel.

Par Le 05/05/2012

Jeanne Siaud-Facchin

"Etre surdoué ne signifie pas être plus intelligent que les autres, mais fonctionner avec un mode de pensée, une structure de raisonnement différente. L'intelligence de l'enfant surdoué est atypique. C'est cette particularité qui rend souvent difficile son adaptation scolaire, mais aussi son adaptation sociale. C'est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité."


Psychologue-clinicienne, spécialiste des surdoués, Jeanne Siaud-Facchin a été membre du laboratoire d'exploration fonctionnelle cognitive de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, puis attachée à l'Unité d'adolescents du Pr Rufo, à l'hôpital de la Timone à Marseille.
Depuis une dizaine d'année, elle s'occupe des personnes surdouées, plus particulièrement des enfants. Elle a créé en 2003, à Marseille, CogitoZ, le premier centre français consacré à la prise en charge des troubles de l'apprentissage. Dans son cabinet, elle reçoit les familles, fait passer des tests de QI, explique aux parents les particularités de leurs enfants et les conseille. Jeanne Siaud-Facchin voit des enfants qui souffrent et elle juge ceci inacceptable : elle sait qu'un enfant surdoué peut être heureux et équilibré si on sait s'en occuper.
Elle a publié chez Odile Jacob en 2002 "l'Enfant surdoué, l'aider à grandir, l'aider à réussir", en 2006 "Aider l'enfant en difficulté scolaire" et, en 2008, "Trop intelligent pour être heureux ? L'adulte surdoué"

Elle a également postfacé "Trouble Tête" de Mathilde Monaque, témoignage sur la dépression écrit par une adolescente surdouée.




L'interview de Jeanne Siaud-Facchin dans "La Recherche" de décembre 2004 : « Un QI élevé peut cacher une fragilité ».


Jeanne Siaud-Facchin, "L'Enfant surdoué, l'aider à grandir, l'aider à réussir", Odile Jacob, 9/2002, collection "Guide pour s'aider soi-même", ISBN 2-7381-1159-9, environ 20€.

Quelques extraits:
"Etre surdoué, c'est penser dans un système différent, c'est disposer d'une forme d'intelligence particulière. C'est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité."

Particularités sur le plan affectif ...
"... être d'une sensibilité extrême, muni de multiples capteurs branchés en permanence sur ce qui l'entoure .... capacité étonnante de ressentir avec une grande finesse l'état émotionnel des autres. Véritable éponge, l'enfant surdoué est, depuis toujours, littéralement assailli par des émotions, des sensations, des informations multiples qu'il lui est le plus souvent difficile de vivre, d'intégrer et d'élaborer."

Pourquoi est-on surdoué ?

"... composante génétiquement programmée ... mais pas programmable ..."
"... ne peut jamais s'acquérir ... On l'a ou on ne l'a pas, c'est tout ... "

L'hypersensibilité

"...  s'observe chez tous les enfants surdoués. Elle est plus ou moins perceptible selon les aménagements effectués par l'enfant, ...
" ... est à la fois un atout, par la finesse perceptive de l'environnement qu'elle permet, mais aussi une source de souffrances et de blessures affectives.
L'enfant surdoué, branché en permanence sur son environnement affectif, sur le monde émotionnel, est constamment bombardé d'informations sensorielles, assailli de messages affectifs."

Perception sensorielle exacerbée (= "hyperesthésie")

Vue: voit/retient mille et un détails
Ouïe: récolte en même temps des informations diverses en provenance de sources multiples.
Odorat: distingue un grand nombre d'odeurs (même quasiment pas perceptibles)
Goût: différencie des saveurs très proches, souvent gastronome.
Toucher: réactivité tactile très élevée, aime/recherche le contact physique, indispensable à son équilibre affectif.

La suite dans le bouquin.


L'interview de Jeanne Siaud-Facchin sur le site de ça se discute (émission du 9 avril 2003 : "Génies et surdoués : sont-ils condamnés à vivre dans un monde à part ?")
Ecoutez Jeanne Siaud-Facchin (MP3-4,5MB!) décrire l'enfant surdoué chez Jean-Luc Delarue ("Ca se discute")
Transcription pour les connexions lentes :

Delarue : "Jeanne, vous êtes psychologue-clinicienne, attachée à l'Unité d'adolescents de l'Hôpital de la Timonne à Marseille, où vous vous occupez plus particulièrement d'enfants et de personnes surdoués. Comment réagissez-vous à ce qui a été dit jusqu'à présent, sur le QI qui n'est pas quantifiable, etc ?"

Jeanne Siaud-Facchin (JSF) : "Il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire; le QI, pas quantifiable, bien sûr, c'est vrai, on ne mesure pas l'intelligence; les tests de QI ne visent pas à mesurer l'intelligence, mais à évaluer le fonctionnement intellectuel d'un enfant, simplement pour pouvoir le comparer et avoir un indice diagnostique. Un QI ne "fait" pas un diagnostic : on parle d'abord d'un enfant et il me paraît incontournable d'avoir une approche globale de l'enfant et de bien comprendre quel est le sens, et la place, de cette particularité intellectuelle dans la dynamique globale de l'individu.

Mais c'est vrai que d'avoir un QI élevé, c'est, d'abord et surtout, pas tellement être quantitativement plus intelligent que les autres, mais surtout, je crois, avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel, càd avoir une forme d'intelligence différente, un système de pensée qui est très différent, qui décale beaucoup par rapport à l'école et qui explique d'ailleurs les difficultés scolaires que rencontrent beaucoup de ces enfants à l'école.

Mais c'est aussi et surtout une hypersensibilité, une hyperaffectivité extrêmement envahissantes, et qui marquent considérablement la personnalité :
- ils voient ce que d'autres ne voient pas,
- ils perçoivent ce que d'autres ne perçoivent pas,
- ils ressentent avec une force inouïe les émotions environnantes
et ça leur donne une forme de lucidité exacerbée sur le monde, qui peut être extrêmement douloureuse ..."

Claude Hagège : "L'hémisphère droit !"

JSF : Oui, de toutes façons, l'hémisphère droit; on sait à quel point les enfants surdoués effectivement fonctionnent beaucoup en activant leur hémisphère droit, avec toute la créativité, toute l'intuition que ça suppose, mais aussi l'ingérence affective constante, présente dans tous les actes de la vie des enfants surdoués, et y compris bien sûr dans l'acte cognitif, dans l'acte intellectuel.

Ils ne peuvent pas s'empêcher de penser, ils ne peuvent pas s'empêcher de réfléchir, ils ne peuvent pas, quelque part, s'empêcher de créer, ils ne peuvent pas s'empêcher de ressentir; la moindre variation émotionnelle dans l'environnement va être perçue par ces enfants-là, et c'est dificile de tout ressentir tout le temps, d'être bombardé émotionnellement de tas de choses.

Ce sont des enfants à risque et il faut s'en préoccuper, il faut apporter des réponses, scolaires, au niveau des familles, des parents, pour les aider. Quand on voit Bernard (adulte détecté sur le tard), c'est quand-même terrifiant d'en arriver là. Je crois que ce qui est important aussi aujourd'hui pour lui, c'est de donner sens à ce qu'il a vécu, de pouvoir avoir une forme de recul sur son histoire, sur ce qu'il a pu ressentir, ce qu'il a pu vivre.
Et c'est important de dépister, même plus tard ...

La famille de Marseille, moi, je crois que ce qui les sauve, c'est d'être en groupe, c'est d'être en bande, parce que justement ça les structure, ça leur permet d'avoir des repères identificatoires, qui est quelque chose de très difficile pour ces enfants-là, qui n'arrivent pas à se repérer dans le regard des autres, qui se sentent très souvent seuls, même quand ils sont avec les autres, qui ressentent souvent cette espèce de décalage avec les autres, et qui font des efforts terribles pour s'intégrer.

Je crois que ce qui est très douloureux aussi, c'est que, quelque part, l'intelligence est un double mal :
- d'abord, l'intelligence peut faire souffrir;
- et personne ne songe à plaindre quelqu'un d'intelligent; on ne dit pas : "Ah, tiens, oui, il est sympa, mais le pauvre, il est intelligent !"; ça ne traverse évidemment l'idée de personne, et pourtant ..., et pourtant ...

Delarue : Pourtant, ce sont les imbéciles qui sont heureux ...!

JSF : Non, enfin, en tous cas, je pense que l'insouciance permet une certaine sérénité, et ces enfants et ces adultes sont tout, sauf insouciants ! Ils ont au contraire une conscience aiguisée des choses et de la vie.

Delarue : Mais alors, il faut qu'ils trouvent une passion, un moyen de ...

JSF : Il faut d'abord qu'ils trouvent des gens qui soient capables de les entendre, de les comprendre, de les reconnaître, de les accepter; et de les accompagner pour les aider à grandir, à s'épanouir, à mettre à profit leur immense richesse, non seulement intellectuelle, mais aussi affective, et leur permettre d'être ce qu'ils sont tout simplement.

Accepter la différence, quelle qu'elle soit, pour ce qu'elle est, avec ses côtés formidables, ses côtés plus compliqués; être surdoué, c'est complexe !



J'ai été invité à participer à une réunion de parents d'enfants intellectuellement précoces.
Et bien, si je savais depuis longtemps déjà que l'enseignement était parfois désastreux pour les enfants en difficulté scolaires, j'ai pu prendre conscience que ça l'était tout autant avec les enfants à "haut potentiel. "
Quel gâchis, quel désastre. C'est effarant. Et la douleur de ces parents, leurs inquiétudes, leurs perdtions parfois sont des révélateurs indéniables de l'incapacité du système à prendre en considération la différence. Toutes les différences d'ailleurs;
"Il faut rentrer dans le moule même s'il est considérablement étroit. "
Pour ce qui est des enseignants, le problème est très simple. Ces enfants-là mettent à jour toutes leurs insuffisances. Non pas seulement professionnelles mais également existentielles. Toutes ces questions sur l'objectif final de l'enseignement. S'il s'avère que cet objectif est l'obtention d'un diplôme et l'accession à la vie professionnelle, il est évident que les EIP (enfants intellectuellement précoces) font voler en éclat l'insignifiance de ce but.
La pensée en arborescence est une caractéritique commune chez ces enfants. A la question très simple de savoir quelle est la singularité commune entre le chat et la souris, un EIP va répondre qu'il s'agit de deux prédateurs, le chat envers la souris, la souris envers le fromage, que ce sont deux rodeurs, deux mammifères, qu'ils peuvent tous les deux être domestiqués, qu'ils vivent principalement sous les climats tempérés, qu'on en trouve des traces depuis l'Antiquité, dans des récits mythologiques,  etc etc...La réponse tout simple que ce sont deux animaux ne lui viendra pas à l'esprit.
L'effervescence intellectuelle est une particularité qui peut finir par les placer en difficulté. Ils finiront par ne plus rien répondre.
A écouter ces parents, je réalisais que les difficultés de leurs enfants concernaient principalement le monde extérieur. Ou en tout cas qu'il s'agissait des difficultés les plus présentes dans l'esprit des parents. Après avoir abordé les "débats-philo" que je fais en classe avec mes élèves, il est rapidement apparu que la dimension intellectuelle ne représentait pas le seul problème...La dimension existentielle occupe bien entendu une place considérable dans l'esprit de ces enfants.
L'immense difficulté vient du fait que leur potentiel intellectuel les place justement dans une situation particulière au regard des apprentissages cognitifs et que la dimension existentielle s'en trouve reléguée au second plan alors qu'elle est, à mon sens, la source même de toutes les difficultés.
Je repensais à ce travail que je fais dans ma classe au sujet de l'attention et de la concentration. L'attention se porte sur l'environnement et la pensée en arborescence incite encore plus à cette attention. Une pensée précise va se trouver connectée à un réseau infini de pensées parce que la pensée initiale génère un phénomène d'attention qui vient dessiner en eux un emboîtement intellectuel nourri par la profusion de leurs connaissances et l'insatiable curiosité qui les anime.
La concentration aurait pour tâche de les amener à "peindre en jaune fluo" la pensée intiale et à éliminer toutes les autres. Mais cela semble quasiment impossible dans le registre intellectuel. Cela peut par contre s'avérer envisageable s'il s'agit d'une démarche existentielle. Parce que cette fois, ils deviennent le sujet d'étude. La philosophie existentielle ou la spiritualité est une observation des phénomènes intérieurs et non une accumulation de savoirs cognitifs. L'observation du penseur par le penseur lui-même favorise la rupture avec les chaînes de pensées; Jusqu'à ne plus penser au penseur et en oublier la pensée elle-même.
Il me semble évident que le travail sur la gestion des émotions est une priorité. Perceptions sensorielles à l'origine des émotions et la multiplication des émotions aboutissant au sentiment. Rien que d'effectuer ce cheminement leur permettrait d'établir cette observation interne et à se détourner provisoirement de ce monde extérieur qui les assaille. 
Il est étonnant en tout cas de constater que ce potentiel intellectuel est accompagné par une effervescence émotionnelle. J'aimerais comprendre ce que cela cache.
A suivre...

Livre du mois.

Par Le 05/05/2012

http://www.frenchwritersworldwide.com/book-of-the-month/coulisses-de-mes-exploitsobscenes

Coulisses de mes exploits...

 

" Coulisses de mes exploits...obscènes "

Behind the Scenes of my exploits…


de

Pascal Querou.

 

on entend ce que l'on veut bien 

 

Si «  l’œil écoute » c’est forcément que « l’oreille regarde »

© Paul claudel.

 

 

 

Rien ne prédestinait Tristan Medelec à embrasser une profession de technicien  à la télévision…

Issu d’une famille bourgeoise et intellectuelle, le jeune Tristan avait une vie agréable, pratiquement sans heurt…

A 18 ans, il choisit de devenir artiste peintre sans grande conviction.

Habité par un grand vide, il cherche sa voie en tâtonnant, adulescent vivant la bohème comme si l’évidence allait devenir réalité.

Orphelin à vingt ans, cette disparition lui transperce le corps et l’esprit…

Il se retrouve seul avec sa sœur, vivant  d’une somme conséquente reçue en héritage, il n’a donc pas l’obligation de travailler pour subvenir à ses besoins et s’enferme confortablement dans une oisiveté, un bulle hermétique impénétrable, carapace contre l’adversité du monde.

 

Le commencement de sa  vie d’adulte, apparaît comme une parenthèse intemporelle, nourrit d’une sexualité débridée à la recherche d’affections fugaces mais combien nécessaires pour se sentir exister et combler ses manques. Le capital épuisé, un cousin lui suggère de devenir éclairagiste, il deviendra preneur de son pour France 2.

 

Le hasard fait que son premier baptême du feu allait lui ouvrir un destin imprévisible…Sans qualification il apprendra sur le terrain, et deviendra le témoin privilégié des évènements, des comportements, des réactions, dont il n’avait jamais soupçonné l’existence dans le genre humain…


« Ce jour-là, Mercredi 22 juin 1994, la radio confirma que le Conseil de Sécurité de L’ONU venait d’adopter la résolution 929 qui donnait droit à l’armée française de mener une opération à but humanitaire autorisant la force au Rwanda. Inutile de dire que France2, se devait de couvrir un tel événement qui allait permettre à nos soldats de se distinguer pour une juste cause… Et devenir par la force des choses un des feuilletons médiatiques de l’été… »

Tristant Medelec, avait déjà voyagé avec ses parents et sa sœur, au Sénégal, dans des ghettos d’occidentaux, sans vraiment prendre conscience de la réalité locale. Les premières visions des africains coiffés de bérets, vêtus de treillis et harnachés de kalachnikov perturbèrent ces souvenirs imagés de léthargie africaine envoûtante, classés dans le rayon folklore de son enfance.

Le cruel jaillissait d’un coup devant lui..

« Des enfants s’agglutinaient autour de nous. Et un petit gars haut comme trois pommes d’environ cinq ou six ans me montra le sommet de son crâne avec le bout du doigt. Traversé par une entaille encore sanguinolente… Un autre guère plus vieux s’approcha à son tour, et remua le petit bout de bras qu’il lui restait et qu’un vieux bandage crasseux recouvrait… »

La part d'enfance qui sommeille encore en lui, s'en trouve boulversée.

Les évènements du génocide que tout un chacun a suivi  en son temps sur les chaînes de télévision sont nombreux et inoubliables de part leurs atrocités. Graduellement Medelec, qui ne maîtrisait pas toutes les subtilités géopolitiques et diplomatiques des évènements historiques qu’il couvrait, se rend compte qu’il est associé en tant français libérateurs mais acclamés par les Hutus assassins. Lui, qui était si fier de ses principes humanistes et démocratiques d'occident, sent la méprise de la situation créant en lui un mal être empli de culpabilité.

Pascal Querou nous écrit un livre entre l' autobiographie et la fiction romancée empli d’humanité, il peint avec ses mots ses ressentis d’homme vulnérable  toutes les facettes de l’humanité qu’il découvre pendant son activité professionnelle, que ce soit l’adaptation instantanée d’une équipe d’hommes et de femmes de télévision qui se connaissent à peine, et qui réagissent spontanément à des situations complètement chaotiques ou encore les regards insoutenables des africains blessés.Les horreurs de la guerre ethnique organisée ne peuvent que choquer les esprits même si dans le feu de l’action le travail d’information passe en première ligne.

L’homme profondément bon se pose toutes les questions spirituelles et éthiques sur le genre humain qui s’autodétruit dans la rage dépuratrice, mais les images atroces restent imprimées dans sa mémoire et l’apparition de troubles somatiques correspond à un moment particulier où le deuil subit un blocage sélectif en rapport avec le retour de la problématique historique.

Ce roman est une fresque faite de craquelures psychologiques ressenties par un homme qui regarde et entend ce que les autres protagonistes semblent vivre autrement que lui-même.

Dans les formes les plus abstraites de l’intelligence, les facteurs affectifs interviennent toujours…l’homme cherche l’équilibre entre l’assimilation des faits et l’accommodation de son être face à des situations extérieures qui le déséquilibrent. 

Le monde des médias et de l’information est traversé part une palette de caractères humains et d' hommes nourris d’ expériences vivantes qui modifient leurs personnalités intrinsèques.

On rencontre des rédacteurs aveuglés par les tumultes extraordinaires des situations exposées, prêts à tout,  pour devenir les barons de l’information. Certains aristocrates du reportage sont jalousés par les médiocres,  condamnés à couvrir l’actualité la plus banale. Chacun recherchant la reconnaissance de sa personnalité à travers l' activité journalistique et caressant l’espoir d’un regard soutenu de la direction, avec pour questionnement : la télévision peut-elle vous rendre fou ?

Medelec y répond : "Car j’avais la certitude que la télévision rendait fou. Dans le sens où les moins scrupuleux souvent implicitement encouragés par une partie de leur hiérarchie et aveuglés par leur ego difforme, n’hésitaient pas à surenchérir sur l’ampleur d’un événement pour lui donner un caractère exceptionnel. Et le transformer en avatar sensationnel… ou en aléa sordide. Pour d'autres une certaine déontologie et un sens de la qualité paraissaient une conception poussiéreuse du métier…le racolage organisé par la création de nouvelles chaînes de télévision, avait amplifié un style très décontracté, qualifié de méthodes de voyous par les plus intègres"

Ce roman  n’est pas anodin …il met en exergue la situation professionnelle de ces personnes qui prennent beaucoup de risques pour nous informer des évènements que nous ne voudrions pas voir.

 

Nos jeunes étudiants diplômés,  face à un avenir professionnel incertain et un monde d’une dureté révoltante, font le choix d’un métier qui, à défaut d’être payant, s’inscrit dans une quête de sens, un goût d’aller voir ailleurs, de mieux comprendre ce monde de plus en plus étroit, mais complexe..

On dira qu’ils sont téméraires, naïfs, idéalistes « Cette peur qui me donnait un sentiment de vie extrême. Comme si chaque seconde comptait double ou triple… et cette sensation me remplissait entièrement. Et rendait tout le reste complètement insignifiant… ».


Mais ce sont des humains comme les autres. La disparition de nos journalistes de guerre, nous rappelle à la fois la brutalité insensée de la guerre et le courage de ceux qui ont choisi de s’en faire les témoins. Aux dernières nouvelles … 

 

Morts aussi à Homs en Syrie,Gilles Jacquier ( janiver2012 ) et Anthony Shadid ( février2012 ), tous deux âgés de 43 ans et pères de famille. Anne Nivat, récemment expulsée de russie pour son travail de terrain à la fois très humain, lucide et surtout critique, est une jeune mère aussi. 

Remi Ochlik, jeune photographe français de 28 ans, vient d’être tué en Syrie, tout comme sa collègue américaine Marie Colvin. En 2004, à 20 ans, il avait choisi de partir en Haïti dans l’indifférence générale, lors de la chute du président Aristide. Il a été aux premières loges du printemps arabe en 2011, en Tunisie, en Égypte et en Libye. Il a remporté plusieurs prix d’excellence pour son travail.


Pascal Querou, vitrail d'une cathédrale humaine, ose partager sa fragilité et  la part de féminité qui l'habite. Un rayon de lumière rassurant parcourt ce roman, symbole de l'amour de sa compagne qui en filigrane lui éclaircit son histoire personnelle, et donne encore un sens à sa vie.

 

Coulisses de mes exploits ...obscènes

Vous procurez ce roman 

"Coulisses de mes exploits...

obscènes "

Genre : roman

Auteur : Pascal Querou 

Riveveuve Editions

394 pages

Prix : 18 euros

ISBN : 978-2-36013-083-2


 

 

 

 

 

 

© Marie-Christine Dehove pour frencwriterswordwide.com

5 mai 2012

En savoir plus sur Pascal Querou.

"Coulisses de mes Exploits...obscènes" livre sélectionné pour le livre du mois de mai 2012.


Tout revient à la pensée.

Par Le 03/05/2012

 


La façon de penser qui nous a mis dans la situation dans laquelle on est, est une façon de penser insuffisante pour s'en sortir. "

A.Einstein.


 

 

Une nouvelle façon de vivre ne peut émerger qu'après y avoir pensé mais bien davantage après avoir analysé, autopsié, disséqué les cheminements de la pensée qui ont contribué à l'élaboration de cette vie "intellectualisée".

On ne peut rien créer de nouveau sans que l'état des lieux ait été au préalable effectué. Cette patience et ces efforts ne seront envisageables que si l'individu sait exactement quel est le niveau de connaissance personnelle dont il dispose. Imaginons une maison dont on souhaite renouveler l'aménagement intérieur. Il est indispensable d'en connaître les dimensions, l'architecture et la mesure de tous les meubles qui s'y trouvent. Inutile de vouloir entreprendre quelques travaux intérieurs tant que la constitution de cet espace intérieur n'est pas exactement cartographiée. Se lancer dans la tâche avant d'avoir réalisé cet état des lieux n'aboutira qu'au chaos.

Il convient par conséquent d'y penser. Une pensée à la fois. Et l'explorer jusqu'à son épuisement.

Tant que ce travail n'est pas devenu constant, sans aucun déni, sans aucun délai, l'individu parlera de liberté à atteindre et se constituera des chaînes. Les chaînes de ses intentions, de ses espoirs, de ses attentes alors qu'il n'est même pas au bord du quai et qu'il lui est impossible d'entamer le moindre voyage. Il est figé dans le chaos de ses pensées. Le seul voyage libérateur, c'est celui que l'on entreprend sans intention de liberté. Parce que le travail est déjà fait. Le voyage contribuera au saisissement de la plénitude. Non pas à son élaboration mais à sa validation. Elle est là parce que les pensées ne sont déjà plus des pressions mais juste des phénomènes identifiés qu'il est aisé de déposer lorsqu'ils n'ont aucune utilité. 

 

Il est donc indispensable d'analyser nos habitudes parce qu'elles sont la jonction entre nos pensées et nos actes. Tant que ces pensées sont des flux inconsidérés de formatages répétés, il ne s'agit pas de pensées mais de phénomènes de pensées. La pensée appartient à l'individu alors que les phénomènes de pensées sont les conséquences de l'intrusion forcenée des systèmes éducatifs, historiques, sociaux, religieux, politiques, édiatiques, culturels.

"Ça pense en moi mais "Je" ne pense pas".

Les habitudes qui sont issues des pensées maîtrisées et non des phnéomènes de pensées ne sont pas des habitudes mais des constructions parce qu'elles sont évolutives. L'individu qui crée en lui la constance de l'analyse n'est pas dans une habitude répétitive et inconsciente mais dans un cheminement d'éveil. L'habitude convient à un mental perverti et soumis. Pas à un esprit qui s'éveille.

Celui qui médite quotidiennement n'est pas dans une habitude passive mais dans l'absorption d'une nourriture spirituelle dont la qualité ne pourra que se renforcer.

Celui qui est dans la répétition mécanique des schémas de pensées et d'actes n'est pas dans une démarche évolutive mais dans une extension horizontale dont le matérialisme servira d'étendard. A défaut de posséder une vie intérieure. La société de consommation se nourrit de ces individus-là. Et elle les "consomme..."

 

Il s'agit donc de cesser de penser à travers des schémas instaurés mais d'élaborer son propre axe vertical; Ni guide, ni gourou, ni ahsram, ni philosophie adorée. Krishnamurti, lui-même, n'a cessé de le répéter.

 

"Celui qui marche dans les pas d'autrui ne laisse pas ses propres traces". Denis Diderot.

Crise espagnole

Par Le 02/05/2012

Un dessin animé très bien construit, clair, précis et effroyablement révélateur de ce qui se passe partout en Europe, sauf désormais en Islande puisque le peuple a mis les banquiers en prison...

LES ÉGARÉS : commentaire

Par Le 30/04/2012

Les routes qui se croisent ne sont pas toujours des itinéraires prévisibles.

Je ne connaissais pas Gilberte au mois de mars. Quelques discussions sur internet ont abouti à des échanges d'écrits.

J'ai lu avec grand plaisir "La petite fille des rues".

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=233&Itemid=2

Le site "Reflets du temps" en proposaient les chapitres.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=276

 

Giberte travaille comme lectrice, correctrice et tout ce qui peut contribuer à la littérature. Une très grande culture par conséquent et un regard affûté sur le monde du roman.

"La cause littéraire" occupe également une bonne partie de son temps.

http://www.lacauselitteraire.fr/

 

Il serait inutile d'honorer la qualité de ces deux sites littéraires. En lire quelques articles suffit à la montrer.

 

J'ai donc été très touché que Gilberte me demande s'il lui serait possible de lire un de mes textes.

J'ai bien évidemment accepté et je lui ai envoyé "LES ÉGARÉS ".

J'ai repris l'essentiel de nos échanges en préservant ce qui devait l'être.

Estelle est le nom "littéraire" de Gilberte. Je l'ai conservé. 


 

 

Bonjour Estelle
Voilà donc le manuscrit.
"LES ÉGARÉS "
C'est mon dernier roman pour adultes.
Je l'ai envoyé à deux maisons d'édition.
La première m'a répondu que ça ne correspondait pas à leur ligne, réponse impersonnelle basique, reçue après quelques semaines. Donc, il n'a sans doute même pas été lu. Je connais maintenant le fonctionnement des comités de lecture... 
La deuxième m'a répondu que c'était très bien écrit mais trop ésotérique pour eux. 
Je n'ai pas refait d'envois depuis.
Vous serez la cinquième personne à le lire.
Merci pour cette lecture et les commentaires que vous pourrez m'en faire.
Bonne journée
Amicalement


 

Thierry,

Me voilà de retour vers vous pour vous livrer mes premières sensations.

Je n’ai pas encore tout lu, j’en suis à la page 40/41. Je m’arrête là pour le moment, non pas pour « abandonner » votre manuscrit, loin de là, je tiens à aller jusqu’au bout, même si les premières pages étaient un peu compliquées pour moi. Mais j’ai un tas de textes à corriger pour La Cause littéraire, qui s’accumulent dans ma messagerie. Je m’en occupe, et je reviens aussitôt vers votre manuscrit. J’aimerais pouvoir le finir ce soir.

 Donc, à chaud mes premières impressions : dès les premières pages, j’ai ressenti un truc bizarre, je ne sais comment dire cela, l’impression d’une sorte d’impuissance à entrer dans votre texte, et je n’ai pas réussi à déceler si c’était moi qui « ne voulais pas y entrer », ou si c’était votre « style » (ou « vous ») qui « en empêchait l’entrée ».

 Le début de votre texte m’a semblé très décousu, pas du tout linéaire, je devais relire plusieurs fois des phrases, ou des passages, pour plus de clarté. Et du coup je me suis trouvée confrontée à des montagnes de difficultés pour essayer de comprendre « ce que vous dites » et « ce que vous voulez dire ». L’éditeur qui a refusé votre texte a eu raison de vous dire que c’est très bien écrit. C’est vrai, vous écrivez très bien, avec excellence même. Mais, le style est trop froid, à mon avis (et cela n’engage que moi bien sûr), surtout dans les 30 premières pages. On dirait que vous voulez restez « très en dehors » de votre texte, que vous voulez mettre une distance entre vous et votre texte, ou entre vous et le lecteur.

 Ce n’est donc qu’à partir environ des pages 30 à 40 que quelque chose de plus « chaleureux » se ressent dans votre écriture, l’impression que par moments vous arrivez un peu à vous « lâcher », et là ça devient plus « audible », plus accessible, et du coup plus passionnant. C’est pourquoi je veux aller jusqu’au bout.

 

Je me suis fait cette petite remarque, dès les premières lignes de votre texte : ah voilà ! je comprends mieux maintenant pourquoi les ruptures, cassures, coups de cymbales, et phrases percutantes vous manquaient dans « Ma petite fille des rues. »

 Mais pour le moment, globalement, il m’a semblé que votre texte s’apparentait plus à une « étude philosophique et psychologique » menée avec beaucoup de talent, qu’à un roman au sens pur du terme.

Tout ceci étant dit, ces remarques ne sont que le reflet de ma propre sensation, et il se peut (c’est même sûr) que je me trompe complètement, et que d’autres lecteurs, plus compétents que moi, aient un avis tout à fait contraire au mien.

 C’est donc en toute amitié, et toute sincérité que je vous ai livré mon premier sentiment.

Mais je vais finir de le lire, et peut-être qu’ensuite, une vue d’ensemble m’apparaîtra différente de ces premières remarques qui ne sont que le fruit de mes toutes premières impressions.

Je vous en ferai part, c’est promis.

 J’espère que vous serez indulgent avec la « forme » de mes remarques, je n’ai malheureusement pas votre talent pour « décortiquer » et exprimer les choses comme vous avez su le faire avec mon texte.

 Bien à vous, et merci de votre confiance

A bientôt. Estelle


 

Merci infiniment Estelle.
Tout ce que vous avez ressenti était totalement volontaire et j'ai donc réussi ce que j'envisageais. Ca n'est absolument pas linéaire parce que justement les deux personnages sont dans un chaos existentiel qui a tout fait voler en éclat, cette incapacité à se lâcher justement, toutes ces résistances à aller vers l'essentiel, à être lucide, tous les blocages, je voulais qu'ils se ressentent, que ça soit pénible, douloureux pour qu'au fil de la randonnée l'écriture puisse évoluer avec les personnages, qu'elle les accompagne dans leur cheminement et leur délivrance. Que vers la page 40 vous commenciez à ressentir cette évolution me comble de bonheur. Tout le début du texte, les deux personnages ne sont pas en eux et l'écriture reste donc chaotique, en retrait, en retenue. C'est la solitude et l'exploration intérieure qui vont amener l'écriture vers la douceur, parce que les deux personnages auront validé cette épuration indispensable.
Maintenant, je comprends bien votre remarque concernant l'analyse philosophique. C'est pour moi le seul intérêt du roman. Sinon, ça n'est qu'une histoire. Moi, c'est la vie que je veux disséquer. Et c'est bien ce que les éditeurs me reprochent. "Trop douloureux, trop introspectif, trop existentiel, philosophique...ça ne correspond pas à l'idée que les lecteurs se font des romans..."
Mais je ne veux pas écrire autrement. Peut-être même que j'en suis incapable. Et je ne veux pas me trahir. J'ai travaillé pendant vingt ans pour parvenir à cette écriture que j'aime, qui me correspond, qui me nourrit, me porte, m'apporte, me comble. J'ai plus appris sur moi en écrivant que si j'avais fait vingt ans de psychanalyse. Je n'arriverais pas à changer, c'est trop tard. Je garderai mes textes si personne ne les juge intéressants.
Je suis en tout cas très heureux de ce retour de votre part. Vous avez décrit ce que j'ai voulu faire. Tout est bien.
Merci infiniment
Thierry


 

A cette heure tardive de la nuit, je reviens quelques secondes vers vous. J’en suis à la page 142. Il est tard, je reprendrai ma lecture demain. Je n’arrivais pas à lâcher votre manuscrit.

 Je voulais juste vous dire que votre texte me bouleverse. Je n’ai pas les mots qu’il faut, à cette heure-là, pour dire toutes les émotions que cette lecture procure. Joie, tristesse, peurs, angoisses, émerveillement, surprise, et toute une foule de sentiments diffus, indicibles.

 Votre texte est incroyablement beau. Il fourmille d’émotions. Il laisse sans voix.

Je ne comprends pas les éditeurs. Ils ne savent plus reconnaître les beaux textes, ni les goûter, comme on goûtait les textes classiques d’antan, ceux qui ont bercé mon enfance, mon adolescence et ma vie de femme. Et qui ont dû bercer votre vie aussi.

 Estelle


 

Bonjour Estelle
Un grand bonheur à vous lire parce que je vois que mes écrits sont des passerelles qui relient et que c'est le sens ultime que je porte à l'écriture.
Écrire est un chemin vers l'apaisement. C'était le sens de ce livre. C'est là que le travail sur l'écriture me semblait essentiel; Aller vers la douceur et abandonner les traumatismes quand ils ne sont que des étouffoirs. Cette joie de vivre, cette force dont vous parlez, elle est là, elle est la vie. Nous avons pour mission de ne pas la rejeter au risque d'être "mort" avant l'heure.
Je lirai avec bonheur votre perception des dernières pages.
Merci infiniment
Thierry


 

Bonjour Thierry,

 C’est cette nuit, à 3 heures du mat que j’ai terminé la lecture de votre manuscrit. Quelle aventure ! Vous m’avez « soufflée » !

 J’ai beaucoup de choses à vous dire sur ce texte. Mais je reviendrai vers vous ce soir, j’ai une après-midi chargée et je veux prendre le temps de vous écrire longuement. En attendant, je peux vous déjà vous dire que votre texte est incroyablement beau, qu’il m’a laissée complètement « vidée » hier soir. Le style et l’histoire sont haletants, pleins de souffle, parfois même générant de l’angoisse, mais aussi un tas d’émotions, et sans cesse passionnants. La fin m’a beaucoup troublée, je ne m’y attendais pas du tout. Que d’émotion quand j’ai « refermé votre livre » ! Sensation à la fois de paix et de malaise.

Et pour dire combien la force de votre texte m’a bouleversée, j’en ai même rêvé cette nuit, mais pas en « rose », car certains détails de votre texte m’ont fait faire des cauchemars. Mais ne vous inquiétez pas, c’est surtout ma peur de la mort, de la maladie, de la « fin », tout ce que vous décrivez si bien, qui sont à l’origine de ces rêves « noirs ».

 

Je reviens vers vous donc ce soir. Je prendrai le temps de tout vous dire.

 Encore merci à vous,

A ce soir,

Estelle


 

Est-ce que cette difficulté dans la lecture que vous aviez mentionnée dans votre premier mail concernant le début du texte a changé au cours de l'histoire?

Thierry


 

Je reviens donc à votre texte. Et pour répondre à votre question sur mes difficultés de lecture des 30 premières pages, et vous rassurer, bien sûr que tout a changé ensuite. Je dirais même que très vite, je suis rentrée de plain-pied dans le texte et l’histoire.

 J’ai tellement de choses à vous dire, et tellement à vous faire part de tout ce que j’ai ressenti dans votre texte, que je ne sais pas par quoi commencer. J’en oublierai sûrement, au cours de ce mail. Cela me donnera l’occasion de vous écrire à nouveau.

En tout premier lieu, j’ai ressenti chez le « narrateur »… une immense humanité, des qualités humaines considérables, une sensibilité à fleur de peau parfois très bien maîtrisée, et justement aucune sensiblerie, une belle dignité de sentiments, de générosité, et d’amour au sens large du terme. Tout ce que j’aime et que j’ai toujours aimé.

 J’ai beaucoup aimé les « transitions » entre les chapitres. Passer de l’un à l’autre des personnages, au cours des chapitres. Passant de la peine à la joie, de l’horrible au superbe, de l’immense au petit, de la peur à la sérénité, de l’homme à la femme, des doutes aux convictions, etc., et tous ces contrastes parfois violents, parfois chatoyants au fil des pages. C’est tout cela que j’ai trouvé exaltant, haletant, pas le temps de souffler, un rythme effréné comme « une course à la vérité », une course vers la lumière, vers ce que j’appelle la beauté du monde que si peu de gens voient, regardent, ou contemplent, et aux mots parfaitement choisis, avec non pas un zeste mais une montagne de poésie.

 Grande émotion. Belle écriture. Je retrouve là tout ce qui justifie ma passion pour la lecture, pour la littérature, la belle écriture, et les mots. Ces mots que je n’ai cessé et ne cesse de dévorer à travers tant de beaux livres, depuis mon enfance à aujourd’hui, avec boulimie, bonheur, et bien-être. Et jouissance. Le mot n’est pas trop fort.

 Si je devais évoquer ou faire une liste des émotions que votre texte m’a procurées, et j’en oublierai sûrement : la peur, l’angoisse, le plaisir, l’exaltation, l’empathie, l’espoir, le désespoir, l’étonnement, la surprise, la curiosité, la fatigue, l’entrain, le découragement, et enfin la sérénité. Mais jamais l’ennui, jamais l’envie de « quitter » le texte, et même la nuit jusqu’à des heures indues, et insolentes.

 

Et enfin, ô coïncidence, votre texte a fait écho à un livre que je suis en train de lire, très beau, que je vous conseille si vous ne l’avez déjà lu, où il y a quelque chose à voir aussi avec la proximité de la nature dont vous parlez beaucoup : « Dans les forêts sibériennes » de Sylvain Tesson.

Estelle

 


 

Un bonheur immense.


Mémoire pestilentielle

Par Le 29/04/2012

"Une mare pleine d'immondices dégage son odeur la plus agressive au moment où on la récure. L'étendue et l'épaisseur de la saleté se mesurent lorsqu'on nettoie. "

Mâ Ananda Moyî.


 Il n'est pas suffisant d'oeuvrer à ce nettoyage émotionnel, existentiel, historique.

Il convient ensuite d'épurer la mémoire car sinon, le mental se complait à réactiver l'époque révolue des immondices. Il s'y retrouve et reprend vie lui, qui n'a plus d'emprise dans le malaxage permanent des immondices. Le Moi ne supporte pas l'absence. Ni tout autant le vide. La mémoire est  son ultime recours.

Je réalise, année après année, à quel point j'oublie, à quel point, en dehors des textes que j'ai écrits, les ancrages sombrent les uns après les autres. Je ne jetterai pas pour autant ce que j'ai écrit. Non pas parce qu'il me plaît de ressasser les épreuves ou de contempler le chemin parcouru mais parce qu'il m'arrive dans les moments de flottement et d'errance de regarder simplement le titre d'un ouvrage pour savoir d'où je viens. C'est comme une brique posée pour les fondations. Il n'y a rien à rejeter et si je voulais faire disparaître les fondations sur quoi pourrais-je bâtir ?

Je dispose désormais d'une mémoire écrite et il est donc inutile que je m'obstine à préserver sur le plan de la mémoire "cérébrale" ce qui n'a plus lieu d'être devant moi. Cette vie passée s'efface dans le brouillard des émotions apaisées, une brume nullement inquiétante, juste des voiles diaphanes posés sur le chemin, dans mon dos. 

Aucun fantôme n'en surgira. Plus aucune âme disparue n'a à souffrir de mes faiblesses. J'ai vidé la mémoire émotionnelle comme un disque dur.

L'esprit de solitude

Par Le 27/04/2012

Oh, combien, je me retrouve là...Tout ce que j'ai essayé de traduire dans "les Eveillés. "


L'esprit de solitude de Jacqueline Kelen :
 
http://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Solitude/Livres/L-Esprit-de-solitude

La solitude est un cadeau royal que nous repoussons parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins préparé.

L’« égo », que toute quête spirituelle authentique conduit à soumettre ou à effacer, représente un noyau de fermeture, d’unique préoccupation de soi, d’arrogance, qui rend un individu vampirique, épris de pouvoir et destructeur. C’est l’égo qui résiste le plus, qui revient l’assaut le plus souvent, qui grossit sans problème.

Le moi, qui reflète une individualité particulière, est fait d’héritage humain et de conditionnements divers. Il dépend de l’histoire, de la société, de la psychologie, de la génétique. Quoique particulier, d’apparence non semblable aux autres, il est un produit. Il recherche la conservation de soi, la sécurité et la survie. Il se rallie au plus grand nombre, il est à la fois narcissique et grégaire. C’est le « gros animal » qu’évoque Platon, qui reproduit les opinions, les modes et les préjugés de la foule, au lieu de mener une recherche personnelle. Gros animal manipulable à merci. (De nos jours, le gros animal se plait dans toutes les manifestations collectives, dans les loisirs de masse et il s’exprime par les sondages.

Le « je » affirme sa différence, il se dégage des divers conditionnements, il s’élève au-dessus de la conscience collective commune. Il exerce son jugement et son libre-arbitre. Il est auteur de ses pensées et de ses actes, il se sent responsable. Là où le « moi » revendique et réclame des droits, le « je » se reconnaît des devoirs. C’est l’individu conscient, singulier, en marche. Il se met en question, il est capable d’évoluer, de se transformer, tandis que l’« égo » demeure statique, lourd, tentaculaire, et que le « moi » reste dépendant et esclave. Seul ce « je « est capable d’éveil.

On comprend qu’une société matérialiste, coupée du sacré, uniquement préoccupée de possessions et de pouvoir, ne prenne en compte chez l’être humain que l’« égo » et le « moi » et les flatte exclusivement ; et qu’elle empêche, surveille ou limite toute émergence du « je » qui conduirait à la grande, à la seule Liberté.

Cette voie royale du « je » est une voie de solitude. Celui qui a maîtrisé ou dissous son « égo » et qui a pris des distances avec son « moi » se retrouve dès lors séparé d’un bon nombre de ses contemporains. Cette distance qui s’est instaurée entre la foule et lui est invisible mais irréversible, elle se nomme conscience et elle surgit en certains instants de manière inattendue.

Personne ne nous apprend à être seul. Au contraire, toute éducation, qu’elle soit dispensée par la famille ou à l’école, vise à ne jamais laisser l’enfant dans le silence, face à lui-même : on l’oblige à jouer avec ses camarades, à faire partie d’une équipe sportive, à embrasser les cousins éloignés et à parler avec les amis des parents, bref, à « communiquer » et à « s’intégrer », ces 2 poncifs tyranniques de la société contemporaine.

Depuis qu’il est né, on l’a détourné de sa solitude : on lui fait croire que sans les autres, il ne sert à rien. Lui qui n’a jamais appris à compter sur lui, à se connaître et à se faire confiance, le voici démuni, apeuré. Sans les autres, il n’existe pas, mais il se rend compte que « les autres » n’ont pas de visage, que la foule est une abstraction, et ce qu’on appelle avec emphase « l’humanité » terriblement dépourvue de chaleur humaine.

Les êtres qui chérissent la solitude sont souvent considérés comme des misanthropes : ils n’apprécient pas les bains de foule, les stades vociférants, les manifestations dites populaires, donc ils méprisent ou détestent leurs semblables.
Or le solitaire n’est pas celui qui n’aime pas les autres mais celui qui apprécie certains autres, celui qui en tout fait preuve d’élection et cultive les affinités. Le solitaire a le sens de l’amitié, qui célèbre une relation unique entre 2 personnes, tandis que de toute part est martelé le mot d’ordre de solidarité, qui fait référence à des populations indistinctes. Il préfère toujours la rencontre particulière à la dilution dans une collectivité. Pour lui, l’individu est d’un grand prix et c’est le mépriser profondément que de le traiter en termes généralisateurs : les jeunes, les travailleurs, les immigrés, les sans-abri…

La solitude s’avère le contraire de l’égocentrisme, du repliement sur soi et de la revendication pour sa petite personne. Le véritable solitaire se passe de témoins, de courtisans et de disciples.
Le solitaire sait qu’il a beaucoup à apprendre alors que la plupart ne cherchent qu’à enseigner, à avoir des disciples.
Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments. En cet état, il pèse le moins possible sur autrui : il ne cherche pas, au moindre désagrément, une oreille où déverser ses plaintes, il ne rend pas l’autre responsable de ses faiblesse et de ses incompétences, il ne peut exercer sur personne un chantage collectif.
La solitude est bien une école du respect de l’autre et de maîtrise de soi.

Vivre ainsi, c’est choisir la voie buissonnière, c’est aussi prendre le maquis. Et à tout instant aimer l’imprévisible. Tant que l’on n’a pas compris que la solitude est une force et une alliée, on accepte l’assujettissement et le compromis. Il n’est pas de remède à la solitude, c’est elle qui nous sauve de la médiocrité et de l’abêtissement.

Affronter sa solitude revient à aborder sa peur, surtout la peur de mourir, et à mesurer sa propre puissance. Tant qu’un individu demeure accroché aux autres, tant qu’il craint le jugement d’autrui, il ne sait pas de quoi il est véritablement porteur.
Or, la traversée de la solitude ne débouche pas sur le néant mais sur une mise au monde.

Savoir accueillir la solitude comme une amie rend plus fort et plus libre face aux épreuves et devant la mort –ce qui ne veut pas dire moins sensible. La fermeté d’âme n’a jamais empêché les élans du cœur.

La solitude n’a rien de triste, mais elle a la gravité de l’amour, de la beauté, des choses essentielles. Elle enjoint de vivre avec courage, lucidité et attention. Envisager chaque être comme une solitude, comme un monde à part, est le plus grand respect que nous puissions accorder.

Être seul, c’est se tenir devant l’inconnu. Et prendre le risque de cet inconnu.

L’épreuve de solitude, belle comme une rencontre et difficile comme une maladie, a pour sens d’ouvrir et de défricher nos terres intérieures.
Le premier fruit de solitude que l’on recueille est d’émerveillement et d’intensité : je me découvre unique, irremplaçable et d’un grand prix.

Finalement, notre appréhension de la solitude, notre volonté de la combattre ou de la déprécier serait le signe d’une permanente lâcheté, d’une peur à frayer son propre chemin particulier.

Toute solitude renvoie toujours aux ressources secrètes et imprévisibles de l’individu. Si je me tiens seul face à une épreuve, cela signifie déjà que je suis capable de l’affronter, de la traverser.

La solitude ressemble à une armure impalpable : elle ne protège de rien, elle ne garantit aucune victoire, mais elle permet tous les possibles, la confiance comme la ruse, le courage comme l’inventivité, elle se tient dans l’inattendu de la grâce.

Faut-il rappeler cette évidence ? Le seul compagnon avec qui chacun est assuré de partager toute son existence n’est autre que soi-même. Il est donc recommandé de bien le connaître, ce compagnon de voyage, fin d’éviter une défection, une trahison, une mauvaise surprise.

La connaissance de soi s’avère recherche solitaire et elle n’est guère encouragée par les diverses institutions (famille, école, religion, gouvernement …) qui risquent de se voir mises à mal et ne peuvent plus tourner rond, tourner en rond.

L’intériorité que l’on découvre dans la solitude n’a rien à voir avec la promotion du moi, avec l’autosatisfaction : c’est le silence de soi, c’est une attention au monde.
Loin d’être une coupure, la voie solitaire brûle les limitations que nous imposent le corps, la raison, les préjugés, la peur, et elle nous dilate aux dimensions de l’univers.

On comprend que cette immensité intérieure puisse dérouter de nombreux mortels et qu’ils préfèrent se raccrocher à un territoire plus restreint mais plus tangible.

Lorsque par une patiente solitude, un être humain prend mesure de sa liberté sans limites, il rencontre en même temps sa dimension d’éternité.

Être bien tout seul, être seul et heureux, cela n’a rien à voir avec l’égocentrisme. C’est le signe clair de la liberté. La maturité commence lorsqu’un individu se sent auteur et responsable de son existence, lorsqu’il ne demande pas aux autres de le rendre heureux, lorsqu’il n’accuse pas systématiquement les autres de ses propres faiblesses et insuffisances.
Ainsi, l’idéal du Sage est de se suffire à lui-même.

L’expérience de solitude est une voie de liberté, avec des conséquences non négligeables en des temps de globalisation, d’uniformité : personne ne peut penser à ma place, personne ne peut dire ce qui est bon pour moi, ce qui doit faire mon bonheur, ma vie.
Vivre solitaire renvoie toujours à son jugement personnel, à son intuition, à son esprit critique. C’est un barrage sûr contre la manipulation mentale, la récupération sectaire, les phénomènes de mode.

Tout le mal vient du fait que les hommes, dans très grande majorité, n’ont pas de vie intérieure, et pour cette raison désirent, convoitent, veulent la vie d’autrui. Plus un organisme est évolué, plus il est autonome et solitaire.

Le véritable solitaire ne ressent pas le besoin d’une stabilité que lui fournirait un travail régulier ou une vie conjugale établie parce qu’en lui il se sent structuré et parce qu’il sait que ce qui sécurise devient tôt ou tard ce qui emprisonne.

Vivre solitaire est la meilleure façon de lutter contre l’inertie sous toutes ses formes. On conçoit que cela puisse inquiéter les gens férus d’ordre et de réglementation.
Beaucoup préfèreront répondre à des sollicitations extérieures et à des obligations plutôt que d’exercer bon plaisir et leur libre choix.

N’est véritablement chevalier que l’être humain qui seul s’aventure, qui se met en danger et aborde les surprises et les douleurs que la vie lui octroie. La dignité du chevalier tient à cet honneur de ne pas démériter des rencontres et des périls.

La vie solitaire d’un penseur, d’un artiste, d’un ermite est un engagement, jamais une solution. Résister à la facilité comme à la résignation, demeurer discret sinon secret. Il faut un courage constant, une passion tenue pour oser être soi, pour ne pas renier ses valeurs ni ses rêves.

Le véritable solitaire ne cherche ni à plaire ni à être réconforté. Sa grande force est qu’il n’est point troublé par les agissements et les opinions du monde : quand on vit seul, on ne donne pas prise, on ne se situe plus en rapport au général mais par rapport à l’absolu.

Beaucoup de personnes se montrent incapables de vivre à distance les unes des autres. Comme si de se rassembler tenait chaud et permettait de lutter contre le désespoir et la mort.

Qu’est donc ce danger que sans cesse veut conjurer la vie en collectivité si ce n’est la découverte de soi, de ses désirs, de ses rêves personnels, de sa liberté ?

Ainsi, on continue de vivre ensemble pour éviter de se retrouver seul, pour se croire aimé et protégé, alors que d’être passé par la solitude permet de respecter l’autre, de l’apprécier et de ne pas le charger d’obligations diverses.

Faire cavalier seul, c’est défendre jalousement sa liberté, c’est en toutes circonstances, sauvegarder son intégrité.

Cet état qui paraît fier s’avère surtout précaire, il est donc peu envié par des contemporains soucieux de sécurité. Le cavalier seul allie la force à la fragilité : si la fragilité vient de sa liberté, sa force vient de sa solitude.

La solitude nous rappelle notre condition éphémère qu’aucun argent ne viendra consoler. Elle nous renvoie à l’essentiel.

Libre de tout pouvoir et de toute dépendance, le solitaire sait être heureux sans attendre l’approbation d’autrui. Il a conscience que les jours passent vite, qu’il ne faut pas remettre à plus tard d’aimer, de rire, de connaître, de bâtir. Il se tient volontiers à l’écart d’un monde où règne le cynisme, où s’oublie la ferveur. Il ne se dissout pas dans le genre humain ni dans une vague génération, mais il a le sens de l’amitié –relation d’égalité par excellence- il favorise les relations désintéressées, il aime les personnes avec lesquelles il peut aussi bien se taire que converser. Il apprécie autant la présence d’un chat, d’un arbre, d’une pierre, que la compagnie des hommes, car tout a valeur à ses yeux.
Il se moque bien de plaire ou d’avoir raison. Ce qui lui importe surtout est de ne pas s’avilir, de ne pas abjurer. Ce qu’il déteste le plus a nom insignifiance.

Le vrai rebelle a toute la vie, tous les libres devant lui, il ne se restreint ni à une philosophie, ni à une stratégie. C’est du reste pour cela qu’il demeure insaisissable : il n’est jamais prisonnier de ses idées.

Celui qui n’appartient à personne acquiert une aisance souveraine, comparable à celle du sage qui se trouve bien partout, qui est toujours à la juste place parce que d’abord, il s’est établi en lui, parce qu’il s’est ancré dans la solitude.

Le solitaire ne se sent jamais arrivé, ce qui le garde jeune et créateur. Encore convient-il, pour demeurer libre et vivant, de changer de monture sans arrêt. Pour éviter la récupération autant que l’adulation ou la consécration. Pour ne pas être suivi, imité ou statufié. Ainsi le véritable cavalier seul ne peut être que passager.

A vivre en groupe continûment, un homme régresse dans sa vie émotionnelle, intellectuelle et spirituelle. C’est pourquoi dès que quelqu’un, même un enfant, veut réfléchir ou faire le point sur une situation, il se met à l’écart.

L’intelligence sera toujours seule contre tous parce qu’elle cherche une ouverture toujours plus ample et non l’assentiment des autres. Elle avance les mains vides tandis que le savoir, qui amasse des informations et des certitudes, a volontiers les mains pleines.

La solitude apprend à affermir sa propre pensée et à s’ouvrir à celle des autres. Celui qui n’a aucune idée personnelle se montre aussi incapable de jugement que de tolérance : il se rallera au plus grand nombre.

Faut-il le répéter ? La liberté de pensée ne se trouve ni à droite ni à gauche ni même dans l’anarchisme. Elle ne loge dans aucune religion, dans aucun système politique ou philosophique, pas plus dans l’athéisme que dans la laïcité. Elle est dans ce refus de tout conditionnement et de toute appartenance. Elle n’a pas de dévots, de suiveurs mais seulement des relais.

Le goût de la solitude signe la maturité et parfois le génie. Nul ne peut se dire philosophe, écrivain ou artiste s’il n’a pas exploré, épousé sa solitude.

C’est là le défi titanesque d’une solitude choisie : demeurer « hors » - hors jeu, hors champs, hors d’atteinte. Etranger et passant sur terre. Avec honneur et humilité.

Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile, permettent une alliance avec l’autre qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun. Mais tant que l’individu cherche à l’extérieur celui qui le complétera, qui répondra à ses manques, il ne pourra que nouer des relations intéressées ou précaires. Lorsqu’il est mis au monde, lorsqu’il se sait entier, il envisage avec les autres des liens sous le signe de la liberté et de la gratuité. On ne veut posséder l’autre que si soi-même on se sait incomplet.

Aimer quelqu’un, c’est honorer sa solitude et s’en émerveiller. L’amour ressenti pour un être ne met pas fin à sa solitude mais il l’enrichit, l’enchante et la fait rayonner.
L’élu, l’être aimé serait paradoxalement celui avec qui j’ai envie d’être seul.

Au début du XII siècle, en terre d’Oc, dames et troubadours inaugurèrent une forme d’amour inouïes qu’ils estimaient parfaite et qui n’avait rien à voir avec le mariage ni avec le libertinage. Chacun se savait unique, élu, et sans vivre avec l’autre dans la continuité des jours, étant même éloigné, il se sentait non séparable. Ces amants courtois venaient d’inventer une érotique et une mystique du désir et de la liberté.

Je crois au plaisir de la chair et à la solitude irrémédiable de l’âme.

Veiller sur sa solitude demande du courage, une fermeté d’âme certaine. Une vie solitaire a beaucoup plus de chance d’atténuer, de dissoudre l’égo que de le renforcer.

Un solitaire n’est pas un homme au cœur sec ou impassible, mais un être qui a le goût du secret et de la liberté avant toute chose et qui pratique le plus souvent le retour à soi. Il est capable d’entrer en relation avec autrui sans se perdre et il n’a pas peur de s’attacher car ce lien affectif, même intense, ne porte pas atteinte à son intégrité.

Aimer quelqu’un sans créer une dépendance est un véritable défi à la nature humaine et ce défi, les amants courtois ont eu la fierté de le relever.

Seul un homme libre est capable de vivre un attachement qui ne restreint ni ne ligote et de ressentir un désir incandescent qui n’a rien d’un manque.

Autrement dit, seul un être libre est capable d’aimer, seul il est assez fou pour aimer en toute liberté.
Tous les autres ne savent, sous couvert d’aimer, que posséder l’autre ou lui appartenir.

De même que le véritable attachement se révèle liberté inouïe, enchantement renaissant, de même le vrai détachement conduit à être humble et passant sur la terre, à ne rien posséder ou si peu, à ne rien savoir ou presque, et il devient ainsi libération, allègement joyeux.

On en arrive à ce paradoxe que le plus haut attachement mène au plus grand détachement.

Le vrai solitaire n’a rien à perdre et ne cherche à rien posséder. En rencontrant des personnes diverses, il ne craint pas le jugement d’autrui puisqu’il se connaît et s’est affermi dans cet état ; il ne risque pas de perdre une image de marque déjà évaporée et ne redoute pas la déception puisque de l’autre il n’attend nulle gratification mais avant tout le plaisir de la découverte, le goût de l’échange. Et ainsi il peut aimer l’autre d’être l’autre.

Une vie solitaire fait lâcher les illusions et les convoitises pour faire briller le noyau essentiel. Une telle expérience ouvre à une gratuité totale dans les relations humaines – d’amitié, d’amour, de fraternité- qui peut se formuler ainsi :
« Je n’ai pas besoin de toi, tu n’as pas besoin de moi, mais il est bon de vivre ce moment, ce jour, avec toi. »

Celui qui vit souvent seul apprécie d’autant plus la diversité des individus qu’il rencontre, la qualité des relations qui s’offrent à lui. Dans cet état, je fais l’expérience que tout peut être neuf à chaque instant au lieu de se prolonger, de se répéter. Tout devient possible, surtout l’incroyable.
Il n’y a plus de vie ordinaire, de vie quotidienne, puisque la solitude procure ce goût de l’unique et de l’inattendu.
La solitude apprend à aimer, elle apprend à poser un regard étonné et bienveillant sur les êtres et à respecter leur secret.

Dans la petite enfance, on est aimé et protégé bien plus qu’on aime. Le chemin de maturité conduit à aimer bien plus que d’être aimé. Un individu ne devient intéressant qu’à partir du jour où il s’enquiert d’aimer bien plus que d’être apprécié, choyé ou courtisé.

A demeurer longtemps solitaire, en silence, on oublie les repères habituels et le temps n’est plus compté. Les heures ne tombent plus comme une menace, un couperet, le temps devient une ample respiration.

Un ermite véritable n’a pas besoin de se tenir éloigné des autres, il demeure retiré malgré le brouhaha du monde.

Est infiniment libre celui qui se découvre éternel et vit désormais comme tel.

Ces solitaires mettent à rude épreuve la sécurité et la présomption où se conforte notre époque. Ils mettent en péril les certitudes, les acquisitions, la fierté même. Ils portent en eux-mêmes une immense soif d’absolu.

 

Candide Thovex

Par Le 25/04/2012

Je ne connais pas de plus belles images de ski. Candide Thovex est LE free rider le plus talentueux, le plus créatif. Et dont les vidéos sont, pour moi, les plus belles.

Si quelqu'un connaît la musique de celle-ci, je serais très heureux d'en connaître le compositeur.

Ego et involution.

Par Le 25/04/2012

"Ego : Acte par lequel la conscience de soi se pose en origine de soi, se coupant à la fois de soi et de son origine. "

Tariq Demens.


S'agit-il vraiment d'un acte ? Par "acte", j'entends une volonté et pas une réaction ? 

Est-ce qu'il y a vraiment une volonté ou plus simplement un abandon ?

S'il s'agit d'un abandon, quelle en est la source ?

Pourquoi les individus s'égarent parfois dans cette dimension égotique, à partir de quand cela se produit-il, quels évènements ou situations prolongées contribuent à cet égarement ?

S'agit-il d'ailleurs d'un égarement ? Quelles en sont les conséquences ? Est-ce vraiment si problématique ?

Les individus qui restent ancrés dans l'origine du soi sans que ce soi ne se considère comme l'origine de l'individu sont-ils plus à mêmes de participer à la justesse du monde ? Comment parvenir à établir le comportement inhérent à cette justesse ? En quoi consiste-t-il ?

Si une bonne partie de l'humanité est enfermée dans un moi encapsulé, il faut bien qu'il y ait eu un point de départ, un phénomène déclencheur, un choix qui se soit fait. A moins qu'il ne s'agisse que d'une dégénérescence et que cette humanité soit engagée sur une voie négative.

Pourquoi l'évolution ayant contribué à l'avènement d'un cortex, d'une conscience, d'une intelligence serait-elle anéantie par une involution ? Il doit y avoir une explication. 

Il y a des jours où j'aimerais que ça se calme en moi.

Jarwal le lutin : la conscience de la vie

Par Le 24/04/2012

 


JARWAL LE LUTIN

tome 4

"Ils mangèrent en gardant les yeux tournés vers les horizons ou sur les eaux miroitantes. Ce calme étrange dans les pensées secrètes et quelques paroles dérisoires qui surgissaient parfois. Cette présence du monde qui emplissait les esprits, comme un partenaire respectueux qui se tenait, immobile, silencieux et fidèle.

Au loin, des brumes de chaleur couvraient les vallées d’un voile diaphane, des haleines tièdes qui cachaient les agitations humaines. Les villes se dissipaient sous des volutes immobiles. Les sommets rayonnaient en pleine lumière. Quelques nids de neige subsistaient encore dans les faces sombres. Les forêts de résineux dessinaient des lignes de partage avec les alpages et, plus bas, les feuillus dispensaient des palettes de verts aux variétés infinies.

Léo jeta un caillou dans l’eau du lac. Des ondes circulaires s’étendirent dans une symétrie parfaite.

« Quand je vois les cercles, comme ça, sur l’eau, expliqua Rémi, j’imagine toujours mes pensées. Comme si la première qui arrive, c’est comme un caillou qui tombe à l’eau et ensuite, la pensée s’étend, s’étend. Et puis, après le calme revient et c’est tout lisse dans ma tête, comme le lac. »

Lou regarda Rémi avec surprise, une certaine curiosité. Une émotion étrange. Elle n’avait jamais fait attention à lui au collège. Il était juste le frère de son amie, de sa seule amie. Mais elle ne l’avait jamais écouté et elle découvrait un monde intérieur qui lui plaisait beaucoup. Elle se trouva absurde en réalisant qu’elle avait ignoré le garçon uniquement parce qu’il avait un an de moins qu’elle.

« C’est une très belle image Rémi, avoua-t-elle. Je trouve difficile en tout cas de parvenir à faire en sorte que dans ma tête, ça soit comme le lac. J’ai l’impression que des cailloux tombent tout le temps à l’intérieur et que tous les cercles se superposent sans arrêt. »

Rémi ressentit un picotement délicieux. Cette certitude qu’il existait vraiment pour Lou, qu’il n’était pas juste qu’un camarade du jour. Il se surprenait en même temps d’avoir osé révéler cette image devant de nouveaux compagnons. Cette conscience soudaine que les pudeurs entretenaient l’insignifiance des échanges alors qu’il suffisait d’être vrai et honnête pour créer un réel partage, une rencontre inespérée. Cette idée que les hommes construisaient leurs propres prisons. Jarwal l’avait dit.

Ils finirent leur casse-croûte et reprirent le chemin.

Les interrogations s’éveillèrent rapidement. Lou voulait en savoir davantage sur le voyage de l’eau. Tian s’intéressait grandement aux Kogis. Il pensait aux Tibétains, colonisés à leur tour. Encore et toujours des soumissions et des douleurs, rien n’avait changé dans le fonctionnement de l’humanité.

Marine essayait d’expliquer ce que Jarwal avait découvert à travers la perte de sa mémoire.

« Il dit que si on reste attaché à notre mémoire, on perd la conscience de la vie. Mais c’est compliqué à expliquer en fait. C’est comme si le passé que notre mémoire garde en elle nous privait de la compréhension de la vie immédiate.

-Un peu comme si on traînait un fardeau. On dépense notre énergie pour ça alors qu’on devrait l’utiliser dans l’instant présent, c’est ça ? demanda Tian.

-Oui, c’est ça, acquiesça Marine, en souriant au jeune garçon. Mais en plus, Jarwal disait qu’on en finissait par ne plus exister réellement. On se souvenait d’avoir vécu et on se servait de ces souvenirs pour recevoir le présent.

-Par exemple, en ce moment, on est tellement attaché au souvenir de Jarwal qu’on en finit par ne plus voir ce qui nous entoure, ajouta Léo, alors que la petite troupe arrivait au col.

-Tu as bien raison, petit frère, renchérit Rémi. On ne se sert même pas de ce que Jarwal nous a appris. C’est nul.

-C’est bien la preuve que quand on apprend quelque chose, ça n’est pas pour autant que c’est à nous.

-Oh oui, Léo, alors tu imagines un peu avec tout ce qu’on doit avaler à l’école, reprit Marine. Et en plus, ça ne nous concerne pas directement. C’est juste du savoir. Alors que Jarwal, il nous parle de notre vie. Et pourtant, même ça, on n’arrive pas vraiment à s’en servir.

- Dites donc, vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai à être avec vous. Je pensais qu’on allait juste faire une balade en montagne et j’étais déjà très contente mais alors, là, ça dépasse tout ce que j’espérais, lança Lou, rayonnante. C’est chouette toutes ces discussions. C’est triste d’ailleurs qu’à l’école, on ne parle jamais de tout ça et même entre nous, comme si l’endroit lui-même nous rendait bête.

-Ah, ah, éclata Tian, c’est exactement ça, c’est un endroit qui nous rend bête de savoir.  

-Et qui nous éloigne de nous-mêmes, continua Rémi, en nous racontant que c’est pour nous préparer à gagner notre vie. Je déteste cette expression. »

Un regard de Lou que Rémi surprit, un choc immense, l’attention qu’elle lui portait, comme une volonté de le comprendre, de saisir tout ce qu’il portait, la tête légèrement inclinée, une interrogation curieuse, tendre, le bonheur de la rencontre, une découverte inattendue. Comme une fenêtre ouverte sur un espace inconnu.

Ils regardèrent silencieusement les horizons gagnés. La chaîne de la Lauzière et ses arêtes dentelées, les forêts comme arrêtées par une ligne infranchissable, l’altitude dessinée sur le faîte des derniers arbres, une longue ligne régulière courant sur les flancs, les alpages les dominant jusqu’aux premières zones rocheuses et cet élan vertical projetant vers les cieux immobiles des flèches minérales.

Ils percevaient, remontant du fond de la vallée, la rumeur des camions et des voitures filant sur l’autoroute, une rumeur sourde, envahissante.

« J’aurais aimé connaître cette vallée avant même que l’homme y soit installé, annonça Léo. Vous imaginez cette immensité dans le silence, tout à découvrir, aucun chemin, des animaux en pagaille, ça devait être extraordinaire.

-En Chine, il y a des régions qui sont encore très peu habitées, des étendues immenses, mon père m’a dit qu’il y avait une différence de vie incroyable entre certaines zones du Nord et les grandes villes. Dans les mégapoles, il y a des enfants qui n’ont jamais vu la nature, rien, ils ne sont jamais sortis de ces centaines de kilomètres de rues, les villes en France sont toutes petites comparées à Shangaï ou Pékin.

-Je ne pourrais pas y survivre, intervint Rémi.

-Moi non plus, Rémi, continua Tian et il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui y meurent. La pollution atmosphérique est terrifiante. Certaines villes industrielles sont constamment recouvertes par un nuage gris. On n’y voit jamais le ciel bleu.

-C’est complètement fou. 

-Oui, Léo, pire que ça, même, c’est suicidaire. Et soi-disant pour vivre mieux.

-Il me fait terriblement peur ce monde adulte », avoua Lou, en baissant les yeux.

Une infinie tristesse qui toucha immensément Rémi, comme des tenailles qui enserraient son cœur.

Le silence qui s’imposa, une peur partagée, un avenir aussi inquiétant qu’un ciel d’orage.

« Et si on descendait voir notre cabane ? proposa Léo. De toute façon, Jarwal ne viendra pas, faut pas rêver.

-Ouais, tiens, chouette idée ça petit frère, » acquiesça Rémi.

Un dernier regard sur les horizons, comme un ultime espoir projeté. Tian et Lou, désolés de cette rencontre manquée, Marine, Rémi et Léo, inconsolables de cette disparition. Il fallait occuper le reste de la journée. La mission de partage était achevée. Et c’était déjà un grand bonheur. Et puis, il y avait ces émotions impromptues, fugaces mais déjà si puissantes. Tian et Marine. Lou et Rémi.  

Léo s’en amusait. Il sentait bien qu’il y avait dans l’air des parfums inhabituels, des échanges secrets, des pensées lumineuses.

Ils prirent le chemin vers la forêt."

Le cerveau des animaux.

Par Le 24/04/2012


Et un jour, les scientifiques découvriront que le cerveau n'est pas le centre unique de décision. Mais, là, il leur faudra encore faire des milliers d'expériences, là où les Peuples Premiers le savent par observation, humilité et amour.






Publié le 24/04/2012 à 18:55

Des chercheurs français viennent de démontrer que ces insectes

étaient capables de jongler avec des idées abstraites pour trouver de

quoi se nourrir.

Une abeille entraînée à trouver un distributeur d'eau sucrée en fonction des notions "au-dessus de, en dessous de" et "différence" (image initialement verticale).

Une abeille entraînée à trouver un distributeur d'eau sucrée en fonction des notions "au-dessus de, en dessous de" et "différence" (image initialement verticale). © A. Avarguès-Weber / CRCA

Manipuler des concepts n'est pas le propre de l'homme, ni de quelques rares primates ! Les travaux de l'équipe de Martin Giurfa, du Centre de recherches sur la cognition animale à l'université Toulouse III-Paul-Sabatier (CNRS), viennent de le démontrer. Les abeilles, pour qui ce chercheur se passionne depuis longtemps, sont capables d'en faire autant. Elles saisissent des idées abstraites comme "différent", "égal", " au-dessus de" ou "à côté de" et sont en mesure d'utiliser ces données pour établir une stratégie gagnante afin de débusquer de la nourriture.

Pour en arriver à cette conclusion, les scientifiques ont entraîné des abeilles à entrer dans une enceinte dans laquelle ils avaient installé un distributeur d'amère quinine entre deux images différentes, positionnées côte à côte, et un distributeur de solution sucrée entre deux autres figures différentes, installées l'une sous l'autre. Selon leurs travaux, publiés dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), après une trentaine d'essais, les insectes se sont dirigés droit vers les images placées l'une sous l'autre près desquelles était délivré l'appétissant breuvage. Qu'importe si les images avaient été changées, leur position l'une par rapport à l'autre leur suffisait à se faire une idée. En revanche, lorsque les chercheurs ont placé deux images identiques l'une au-dessous de l'autre, les abeilles ont semblé désappointées, preuve qu'elles ne s'étaient pas contentées d'utiliser le concept "l'une au-dessous de l'autre" pour se repérer. Elles avaient aussi enregistré que les deux figures devaient être "différentes" et non "égales" !

Un tout petit cerveau...

"Nous savions déjà que ces petits insectes étaient capables d'apprentissage et de mémorisation pour des choses très simples, du type "telle couleur = sucre" ou "telle odeur = sucre", mais là, il s'agit de règles générales abstraites qui s'appliquent même à des objets que les abeilles ne connaissent pas", souligne le professeur Martin Giurfa, enthousiaste. "Le plus fascinant, c'est qu'elles puissent non seulement utiliser un concept, mais aussi en combiner deux pour prendre leur décision." Ces conclusions étonnantes remettent en cause plusieurs théories. D'une part, les scientifiques pensaient jusqu'ici que seuls des cerveaux de taille importante avec un cortex bien développé, comme ceux des mammifères, pouvaient permettre l'élaboration d'un savoir conceptuel. Or le cerveau des abeilles est plutôt du genre "miniature". "Celui-ci mesure à peine un millimètre cube", précise le chercheur. D'autre part, on associait systématiquement manipulation de concept et langage. Or, jusqu'à preuve du contraire, les abeilles ne parlent pas...

Forte de ces résultats, l'équipe du Centre de recherches sur la cognition animale de Toulouse espère maintenant pouvoir identifier les réseaux de neurones responsables de l'apprentissage de tels concepts. "Même si nous ne sommes pas certains d'y parvenir, cela semble chose possible sur un cerveau d'abeille qui compte approximativement 950 000 neurones, en tout cas plus que sur un encéphale humain à 100 milliards de neurones", explique Martin Giurfa. Les chercheurs travaillent donc actuellement à des outils d'imagerie permettant d'étudier, au neurone près, ce qui se passe dans la tête de ces abeilles savantes...

Machiavel.

Par Le 21/04/2012


Une lecture très intéressante quant à l'usage de la politique aujourd'hui...





MACHIAVEL

Quelques citations:

- Tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout .
- Le riche désarmé est la récompense du soldat pauvre.
- En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal.
- La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme.
- Mais la distance est si grande entre la façon dont on vit et celle dont on devrait vivre, que quiconque ferme les yeux sur ce qui est et ne veut voir que ce qui devrait être apprend plutôt à se perdre qu’à se conserver ...
- L’habituel défaut de l’homme est de ne pas prévoir l’orage par beau temps.
- Quiconque veut fonder un état et lui donner des lois doit supposer d’avance les hommes méchants et toujours prêts à déployer ce caractère de méchanceté.



Nicolas Machiavel

1469 - 1527

Éléments de biographie


Machiavel est né à Florence en 1469. Il reçoit une éducation humaniste (Antiquité grecque et surtout romaine). Il fait des études de droit.

L'époque est politiquement très troublée. L'Italie est riche mais divisée en petits états très instables, la proie facile des invasions étrangères.
De 1494 à 1527, ce sont les guerres d'Italie : l'Italie ne cesse d'être envahie et pillée (par les Français, les Espagnols, les Allemands, les Suisses ...)
Machiavel rêve d'une Italie unifiée dans laquelle la paix et la stabilité seraient garanties par un état fort. C'est ce qui le déterminera à écrire Le Prince.

De 1498 à 1511, il exerce les fonctions de secrétaire de chancellerie à Florence et se voit confier des missions politiques importantes et délicates dont il s'acquitte avec efficacité et fidélité.
En 1512, la chute de la république de Florence le fait tomber en disgrâce.
C'est pendant cet exil sur ses terres qu'il écrit ses grandes oeuvres politiques.

En 1526, il reprend des fonctions officielles.
Il meurt en 1527 sans avoir vu la réalisation de ses rêves politiques pour l'Italie.


Thèmes majeurs

La politique et l'histoire

Sans avoir jamais développé une philosophie de l'histoire, Machiavel se réfère continuellement à l'histoire comme source d'enseignement.


La politique et la religion

Dissociant politique et religion, Machiavel est le premier penseur de l'État laïque. Il ne voit pas dans la religion le fondement du pouvoir, mais tout au plus un instrument du pouvoir : il peut être utile de se servir de la religion pour gouverner, mais l'État n'a pas à rendre des compte à l'Église.


Selon Machiavel, le pouvoir ne vient ni de Dieu (contre les théories du Droit divin), ni d'une convention (contre les théories du contrat social) mais de la force.


Il faut, dit-il "s'en tenir à la vérité de la chose". Machiavel est avant tout un réaliste. La guerre est l'essence du politique.


La politique et la morale

"La fin justifie les moyens". Bien que Machiavel n'ait jamais écrit cette phrase qu'on lui attribue, elle résume bien sa position sur le sujet. Pour lui, le but de la politique, pour Machiavel, n'est pas la morale mais la réussite (obtenir et conserver le pouvoir).

Le prince n'a pas à être juste. Il suffit qu'il le paraisse. La politique est un art de la dissimulation au nom de l'efficacité.

Cependant, le pouvoir de l'État n'est jamais l'exercice de la force pure : la finalité de la politique est d'instaurer "de bonnes lois" pour le bien du peuple. Mais il n'y a pas de bonnes lois là où il n'y a pas de bonnes armes. Le prince n'est pas à proprement parler immoral. Il est amoral en ce sens qu'il est au-dessus de la morale ordinaire. L'efficacité est la morale du prince, car seul un pouvoir fort peut assurer la paix et donc garantir la moralité du peuple.


Nécessité, fortune et vertu (virtu)

Il y a place pour la liberté humaine dans l'histoire. L'avenir d'un état dépend de trois facteurs :

1. La nécessité : c'est l'ordre du monde et la nature humaine qui font qu'on peut s'attendre à ce que les choses se déroulent selon certaines attentes.
2. La fortune : c'est le hasard (la chance) dû à la complexité des événements qui les rend imprévisibles. C'est le caractère incontrôlable des circonstances (en partie l'effet de la nécessité).
3. La "virtu" : c'est la force (de "vir" virilité) de celui qui est capable d'imposer sa loi envers et contre les circonstances (c'est-à-dire envers et contre la fortune). C'est donc l'exercice de la liberté qui infléchit le cours des événements.


Le Prince

Le problème soulevé par Le Prince est : Quel est le fondement du pouvoir, c'est-à-dire comment prendre le pouvoir et le garder ?

Le titre original de l'ouvrage est en latin : De Principatibus ("Des Monarchies").
La notion de "prince" peut désigner :

1. celui qui détient seul l'autorité politique;
2. le souverain, c'est-à-dire l'autorité politique, qu'elle soit détenue par un individu ou un groupe

Pour Machiavel, c'est le premier sens qu'il faut retenir.

Dans Le Prince, Machiavel analyse les conditions de possibilité de la conquête et de la conservation du pouvoir personnel : à quelles conditions un pouvoir est-il bon, c'est-à-dire pour Machiavel, fort ? Pour Machiavel, le vice par excellence en politique, c'est la faiblesse.

On a vu dans Machiavel le théoricien du pouvoir personnel cynique, mais il est aussi le théoricien de la liberté populaire. En défendant l'idée d'une armée de citoyens et non de mercenaires, il intègre au moyen (la force) la fin bonne (le bien du peuple).

Si le prince peut être amoral (non pas immoral, mais au-dessus de la morale) quand les circonstances l'exigent, c'est pour pouvoir garantir la paix sans laquelle aucune moralité n'est possible.

Le Prince est la première grande étude de science politique portant sur l'état moderne.


Principales oeuvres

  • Le Prince (1513)
  • Discours sur la première décade de Tite-Live (1513-1520)
  • L'Art de la guerre (1521)
  • Histoire de Florence (1521-1525)


Zazen

Par Le 20/04/2012

 

Jacques Brosse, historien des mentalités religieuses et des mythologies, a enseigné le zen pendant plus de vingt ans. Il a reçu en 1987, pour l’ensemble de son oeuvre, le Grand Prix de Littérature de l’Académie Française
Jacques Brosse, naturaliste reconnu, vient de disparaître en ce début d’année 2008.

 

Penser à ne rien faire jusqu'à ne plus y penser.

"Il n'y a pas lieu de chercher à arrêter les pensées. Mais alors, que faire ? Et bien, rien, mais cela ne peut se comprendre qu'en zazen. Le détachement se produit alors de lui-même, spontanément, naturellement, automatiquement. Il n'y a rien à faire, mais à laisser faire, à "se" laisser faire. La posture zazen modifie d'elle-même le fonctionnement du cerveau, le rythme et la nature des ondes qu'il méet. Autrement dit, ce n'est pas l'esprit qui comande mais l'organisme. Voilà ce qu'il est difficile d'admettre pour des êtres chez qui le mental prétend tout régenter. Voilà qui pour eux est déconcertant et même humiliant.


Le moi, l'ego, est seulement le produit du passé. Il ne se convainc de sa propre existence que grâce à la pseudo continuité de l'expérience quotidienne, au souvenir de cette expérience. Dans le présent, cet ego ne peut constituer qu'une gêne. Il empêche de vivre le réel car il le filtre et le déforme à travers la grille de ses déterminations, de ses intérêts les plus immédiats, les plus subjectifs, les plus provisoires. Le passé vécu est l'écran qui s'intercale entre le moi et la perception du présent en tant que tel mais il est lui-même le moi. Aussi, lorsq'on parvient à l'exclure, n'y-a-til plus la perception et simultanément celui qui perçoit mais la seule perception, laquelle est, véritablement et elle seule, le présent. Et l'on s'aperçoit alors que celui qui perçoit était inutile, qu'il constituait à lui seul, l'obstacle.

Le moi n'est donc que la présence du passé abusivement introduite dans le présent. Il n'est que rétrospectif, n'existant en effet pas plus lui-même que le passé, lequel au contraire, ne peut lui exister en tant que passé, que dans le présent, dans le souvenir qu'on a de lui.


Ce "vous", je sais très bien qui il est. je le reconnais, c'est moi. mais le "je" qui s'adresse à lui, voilà quelqu'un que je ne connais pas. Et je vois bien que ce je là a raison contre le moi, qu'il est au-dessus de lui, vit dans une dimension supérieure et que lorque je l'accueille, il m'offre cette vision lumineuse de l'existence.

Puisqu'on peut ainsi le formuler, il doit nécessairement exister cet état supérieur, non dualiste et permanent, auquel se réfère cette impermence douloureuse, un point fixe situé au-delà. Ce somet, c'est lui que définissent les mots de félicité et de béatitude. Seulement, un tel état, où l'on se trouverait délivré de l'alternance bien-mal, bonheur-malheur, hors de la perpétuelle douche écossais qu'est l'existence, cet état où l'on n'aurait plus rien à craindre, on ne peut en fait se le représenter. Comment, en effet, désirer un état qui se siteu justement par-delà tout désir ? On ne peut jamais y aspirer tant qu'on ne l'a pas atteint et on ne l'atteint pas en y aspirant. Si on souhaite être libéré, c'est qu'on l'est déjà mais si on fait un efort pour se libérer, on ne le sera jamais puique le désir et l'effort vous enferment. Tel est le paradoxe et l'impasse où conduit le langage mais le paradoxe a en lui cette vertu de tordre le langage, de le mettre hors de lui, de vous mettre hors de vous et par là, il peut être une voie d'accès à l'inexprimable, c'est à dire à la réalité qui en tous sens le déborde.

Pendant le zazen, il n'y a plus ni bonheur, ni malheur. On se trouve spontanément par-delà. On expérmiente sans l'avoir désiré cette situation qui est suprêmement positive puisqu'elle transcende l'opposition positif-négatif. On est sorti du cercle fermé où l'opposition bien-mal vous obligeait à tourner en rond."

Jacques Brosse. Le zazen.


 

 

BOUDDHISME



- Jacques Brosse, pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte s’est faite votre rencontre avec Taisen Deshimaru ?
A l’époque où j’ai rencontré Maître Deshimaru, on parlait beaucoup du zen en disant que c’était une affaire d’intellectuels : justement, les jardins zen, l’art du thé, ... Ca me semblait un peu trop lié à la civilisation japonaise. Mais je n’avais pas encore compris que le zen c’était zazen, la pratique de la méditation assise. C’est ce qu’est venu mettre au point Maître Deshimaru, en disant : "Le zen c’est ça et après c’est tout".
Ca peut paraître bizarre. Mais cette simple posture - celle du Bouddha au moment de l’éveil - est un tel état d’équilibre physiologique, qu’elle engendre un état d’équilibre psychique, qui lui-même permet de découvrir autre chose que les idées qu’on a toutes faites sur le monde.
Il y a une espèce de vide qui se fait en vous, et vous voyez enfin, vous n’avez plus les écrans successifs qui vous empêchent de voir la réalité.

- C’est donc le corps qui est premier dans cette voie ?
C’est le corps qui est premier, parce qu’il y a une réorganisation de l’organisme. Il n’y a pas que la posture, il y a également la respiration, semblable à ce que le taoïsme appelle "la respiration du nouveau né". Le nouveau né respire automatiquement bien, il en a absolument besoin, nous ne savons plus respirer. Il faut tout réapprendre !

- Apprendre ou désapprendre ?
Désapprendre d’abord et réapprendre ensuite.

- On a parfois l’image du zen comme d’une voie assez austère, dans laquelle il faut passer de longues heures assis en méditation, face à un mur.
Est-ce que cette image d’austérité est justifiée ?
Typiquement au cours d’une retraite on fait zazen 7 à 8 heures dans la journée, ce qui est certainement beaucoup. Mais ça n’est pas du tout l’épreuve qu’on imagine d’abord. J’ai vu beaucoup de débutants terrifiés à leur arrivée qui finalement ont très bien supporté. Parce qu’il y a un calme, un silence général.
On arrive très vite, une fois qu’on a consenti en somme à cette discipline, à en comprendre l’effet sur soi-même. Ce sont les résultats qui incitent à continuer, mais on obtient très rapidement les premiers résultats.
Ou alors c’est sans doute que le zen n’est pas pour vous. Aux gens qui me demandent : "Est-ce qu’il faut que je fasse zazen ?", je réponds : "C’est à vous à le décider, c’est pas à moi. Si vous en sentez la nécessité, si vous pensez que c’est une voie qui va vous rendre service, vous apaiser et que vous soyiez mieux avec vous même, effectivement essayez. Autrement, essayez une autre voie".

- Il faut trouver la voie qui correspond à sa propre histoire ?
Exactement. Et surtout ne pas voir dans le zen une espèce d’exotisme qui nous est imposé du dehors. Ca vient de nous-mêmes.
Dans une retraite zen, de même que dans un dojo, la discipline doit venir de soi-même. Elle n’est pas imposée du dehors. Il y a évidemment des gens qui sont là pour la faire respecter, parce que les débutants sont encore dans l’agitation de la vie quotidienne. Mais une fois qu’on a commencé, on comprend très vite, quelques jours suffisent.
Naturellement il reste d’immenses progrès à faire, on est simplement entré sur la voie : on peut aller jusqu’à sa propre mort. Vivre sa mort en zazen, c’est certainement l’idéal, mais c’est autre chose.

- La mort en méditation est surtout connue à travers le bouddhisme tibétain, notamment grâce au film "Little Bouddha".
Y a-t-il une tradition semblable dans le bouddhisme zen ?
Oui, beaucoup de maîtres zen meurent en méditation. Parce que c’est la bonne attitude pour passer de l’autre côté. Mais pour nous, passer de l’autre côté, c’est "passer sur l’autre rive", rien d’autre. Cela n’a rien de tragique, c’est un passage. Un passage où il se passe beaucoup de choses, je ne veux pas dédramatiser la mort, mais quand on en comprend à peu près le sens, on l’accepte très facilement.
Il est certain que dans l’aide aux mourants par exemple, les techniques du bouddhisme servent beaucoup. Ce n’est pas pour rien que ce sont les tibétains qui ont initié ces pratiques là : ça apaise les gens, ils comprennent la nécessité même de leur mort.
En tant que naturaliste, j’ai vécu avec beaucoup d’animaux, nous avons élevé ma femme et moi des animaux sauvages de France et d’Europe en quantité. J’ai donc vu mourir beaucoup de bêtes. Par rapport à l’homme, c’est d’une dignité et d’une noblesse... Les bêtes savent mourir.
Pourquoi nous, ne savons nous pas mourir ? Parce que nous avons des idées, tout simplement. Nous imaginons le trou noir, comme disent les gens, l’anéantissement complet, un paradis ou un enfer... Tandis que là, on met toutes ces choses à plat, tranquillement.

- La méditation peut-elle aider ici, apporter une ouverture ?
Parce que quand on a beaucoup d’idées, on a du mal à imaginer qu’il y ait autre chose que les idées qu’on a !
Bien sûr. Mais on s’aperçoit que justement on peut quitter ses idées au bout de quelque temps. On peut s’apercevoir que ces idées, dans le fond, on ne les a pas eues : ces idées vous ont été imposées, vous vous les êtes faites sans preuve.
Si vous examinez les choses comme ça, vous vous apercevez que la plupart de vos pensées sont surfaites. Elles sont illusoires, artificielles. Alors il y a peut-être autre chose, qui est de l’ordre plutôt de l’intuition que du raisonnement, qui surgit de la posture même.
Il y a une transformation du fonctionnement de l’esprit par la posture elle-même, ce qu’on appelle "le penser non pensé" (ce qui ne veut rien dire pour un non-pratiquant). Et en effet, c’est une forme de pensée dans laquelle on ne pense plus. La pensée surgit d’elle-même, tout seule.

- Ce n’est pas un trou noir ?
Absolument pas. Le vide n’est pas un trou noir. Le vide est beaucoup plus plein que le plein ! C’est plein de potentiel.
Les astrophysiciens et les physiciens quantiques le savent très bien. Le vide c’est simplement l’espace qui permet à la chose de se développer ou de bouger. S’il n’y avait pas de vide, il n’y aurait pas de mouvement possible.
Il ne faut pas se faire des idées toutes faites sur le vide, pas plus qu’il ne faut se faire des idées toutes faites sur la mort. C’est une expérience à vivre aussi !

- La mort est aussi une idée dont on peut se débarrasser, en tout cas dans ce qu’elle a de surfait ?
Mais naturellement, bien sûr. Ne serait-ce que par la pratique de la méditation. On n’a même pas à se forcer. Ces choses, on les examine tout seul, ça vient tout seul.
C’est comme une espèce de récapitulation, qui se fait toute seule. On n’a rien à faire. Et tout à coup, le grotesque de certaines situations qu’on a vécues, de certaines réactions qu’on vit encore, de certaines idées qu’on se fait, vous apparaît.
Et finalement, dans une sesshin, là je reviens sur la question de la dureté d’une sesshin, les bons moments sont ceux où on éclate de rire. Et c’est très fréquent. Il y a parfois dans un dojo, dans le silence complet, quelqu’un qui se tord de rire. Ca gagne l’ensemble du dojo, tout le monde se met à rigoler !

- C’est un bon rire, un rire de recul ?
Exactement, on se dit : "Mais quel crétin j’ai été !". Bien sûr ça n’est pas agréable sur le moment, mais si on s’aperçoit qu’on est un crétin, on peut déjà réagir. On n’est plus possédé par tout ce système qu’on a fait, qui n’existe pas en soi.

- Mais ça n’est pas pour autant que le problème disparaît ?
Mais pas du tout ! Mais au moins on n’en rajoute pas, et on va vers les vrais problèmes. Et vers les vraies solutions, bien entendu !

- Donc rien d’inquiétant à ce qu’on réalise comme ça que nos pensées sont surfaites.
Au contraire, c’est plutôt un apaisement ?
Mais c’est un apaisement, bien entendu. Et puis cette espèce de clairvoyance, qui au début peut être difficile... On parle du regard intérieur : c’est vrai qu’à la fin on se regarde soi-même, on ne sait pas comment ça se passe, mais on se regarde. On voit effectivement qu’on est mû - comme l’affirme le bouddhisme lui-même - par le désir, la haine, l’ignorance... et qu’on est tout le temps piégé par ça.
Une fois qu’on l’a détecté en soi-même, on s’aperçoit aussi que c’est le propre de l’espèce humaine, de l’être humain, que ça n’est pas personnel. On n’en est pas culpabilisé, il n’y a pas de culpabilité.

- Qu’est-ce qu’on en fait, alors ?
Parce que le désir, la haine et l’ignorance ne disparaissent pas ?
Ca ne disparaît pas, mais on peut tourner l’obstacle. On peut se rendre compte qu’on est en train de faire le con. On peut se voir, apprendre à se connaître comme ça, et en rire ? C’est ça le plus important à dire. Ca n’a jamais cet aspect tragique, ou trop grave.
Dans le regard intériorisé, on arrive à faire quelque chose qui ressemble un peu à une auto-analyse. Alors évidemment, si c’est très grave, il vaut mieux recourir à des spécialistes. Mais il y a un tas de choses qu’on peut régler soi-même, sans psychothérapie.

- Cette expérience de la méditation facilite-t-elle la rencontre avec d’autres traditions ou disciplines ?
Oui certainement. Cependant pour moi, il est plus facile de dialoguer avec un moine qu’avec un prêtre, généralement. Et il est plus facile de dialoguer avec un moine contemplatif qu’avec un moine actif.
Je fais des retraites chez les Bénédictins, je m’entends extrêmement bien avec le père abbé, on s’appelle "cher frère" tous les deux. Il vient faire zazen avec nous parfois. Mais ils n’est pas devenu bouddhiste pour autant.
Et naturellement il y a des rencontres avec la psychologie.

- Et à l’intérieur de soi, est ce qu’on a parfois ce sentiment dans la méditation, de découvrir quelqu’un d’autre ?
Ou est ce qu’on en fait abstraction ?
On en fait abstraction, mais ça vient tout naturellement. En somme, quand on se considère, comme on vient de le définir, en voyant par quoi on est mû, on se considère déjà un peu comme un autre qui se voit. On se voit un peu comme un autre. Et c’est là qu’on se met à rigoler. Qu’on peut rigoler, aussi.
Quand on se traite de pauvre con, c’est quand même un autre ! (rires).
La recette, ou plutôt le principe, est assez difficile à appliquer. C’est qu’il faut considérer les autres comme s’ils étaient des "moi" eux-mêmes, comme s’il étaient moi, et soi-même comme si on était un autre. On renverse le système.

- Mais ça n’est pas juste une bonne idée, c’est quelque chose de très concret ?
Oui, et il y faut du temps. Les débuts peuvent être très prometteurs, très riches, mais après, c’est long. Parce qu’avant de modifier tout ça, de renverser tout ça, ça prend du temps. Il y a des îlots de résistance qui sont là, et qui sont très durs à défaire.


Emission Voix Bouddhistes du 29 Octobre 2000


http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php?article1476


www.buddhachannel.tv

 

Bilan scolaire du quinquennat.

Par Le 20/04/2012

Education, Sarkozy n'a pas la moyennne

Que reste-t-il du sarkozysme (5)«Libération» regarde dans le rétro et décrypte les principales réformes lancées par Nicolas Sarkozy en tant que président. Aujourd'hui, l'éducation.

http://www.liberation.fr/politiques/2012/04/19/bilan-education-sarko-n-a-pas-la-moyenne_812608?google_editors_picks=true

Par MARIE PIQUEMAL, VÉRONIQUE SOULÉ

Au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait promis une «refondation» de l’école dans sa «Lettre aux éducateurs», tirée à un million d’exemplaires. En cinq ans, il a multiplié les réformes controversées et supprimé 80 000 postes, et laisse des enseignants amers d’avoir été aussi mal traités.

La formation des enseignants : zéro pointé

A l’origine, «mieux payer les profs»

Dès avril 2008, Nicolas Sarkozy annonce une réforme de la formation des enseignants, appelée «masterisation» : désormais les profs, du primaire comme du secondaire, devront avoir un master (bac+5), au lieu d’une licence (bac +3) la plupart du temps, pour passer le concours. Il explique que la revalorisation des profs est une «priorité» et que la masterisation va permettre de «payer davantage les jeunes enseignants». Officiellement, il s’agit aussi de s’aligner sur le reste de l’Europe où, majoritairement, les profs ont un master.

La mise en œuvre, une contestation tous azimuts

La réforme est très controversée depuis le départ. Principale critique : l’année de formation en alternance dans les IUFM, qui suivait le concours, a été supprimée. Une fois le concours en poche, les nouveaux profs — les «stagiaires», qui seront titularisés au bout d’un an — sont parachutés en classe à plein-temps sans formation, démunis face aux élèves. Certains syndicats critiquent aussi la baisse du poids des épreuves disciplinaires dans le concours. Mais tous les syndicats s'accordent sur un point : cette réforme est une manière pour le gouvernement de faire des économies — 16 000 postes supprimés la première année.

Les conséquences, le ratage du quinquennat

Stress, démotivation, crise des vocations ... Beaucoup de jeunes profs souffrent de leurs conditions d’entrée dans la profession. [Témoignages à lire ici]. Les étudiants se plaignent de la difficulté à préparer à la fois le master et le concours à la fac. Et dans certaines disciplines, on peine à recruter. Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes a dressé un bilan sans appel de cette réforme ratée et plus coûteuse que prévue, avec des conséquences désastreuses pour les élèves. [Les détails ici].

La réforme de l'école primaire : déstabilisante

A l’origine, diminuer l’échec en fin de primaire

Dès septembre 2007, le ministre de l’Education Xavier Darcos annonce la suppression de la classe le samedi matin. Au grand dam des chronobiologistes, la semaine de quatre jours, qui existait ponctuellement, devient la règle. De vingt-six heures, la semaine passe à vingt-quatre heures. En contrepartie, les enseignants sont tenus d’organiser deux heures d’«aide personnalisée» pour les élèves en difficulté. Simultanément, une réforme des programmes est adoptée, avec un recentrage sur les fondamentaux, et des stages gratuits de «remise à niveau» en français et en maths sont créés pendant les vacances pour les CM1 et les CM2.

La mise en œuvre, dans la pagaille

L’organisation de l’aide personnalisée, la principale nouveauté, vire au casse-tête : selon les écoles, cela se passe le midi ou après les cours, et souvent en groupe. Les profs s’estiment mal formés pour aider les élèves en grande difficulté alors même que l’on supprime des postes de Rased, les maîtres spécialisés dans la difficulté scolaire [Sur ce sujet, lire ici et ]. D’autres enseignants refusent d'appliquer la réforme, par conviction. «Les désobéisseurs», comme ils se font appeler, boycottent aussi les fameuses évaluations mises en place en CE1 et CM2, jugées «déstabilisantes pour les élèves».

Les conséquences, une école déstabilisée

Le débat sur les rythmes scolaires est relancé. Mais le ministre Luc Chatel n’a pas osé trancher, craignant de mécontenter les parents, les élus locaux ou les professionnels du tourisme. Il se félicite en revanche que la réforme du primaire a fait progresser les élèves au vu des évaluations de CE1. On est pourtant encore loin de l’objectif affiché au départ : diviser par trois en cinq ans le nombre d’élèves en difficulté (estimés à 15% à la sortie du CM2). Dans les classes, ces évaluations restent très contestées.

A lire aussi : notre dossier sur les rythmes scolaires

L’assouplissement de la carte scolaire : pagaille et appréhension

A l’origine, une promesse de campagne

En 2007, le candidat Sarkozy promet de redonner leur liberté aux familles pour choisir l’école de leurs enfants. Il estime que la carte scolaire est contournée par les parents les mieux informés qui arrivent toujours à inscrire leurs enfants dans les meilleurs établissements, alors que les autres sont condamnés à rester dans leur secteur. La supprimer serait, selon lui, faire œuvre de justice sociale. Dès son élection, il fixe à Xavier Darcos pour objectif de «rendre la carte scolaire superflue par l’égalisation du niveau des établissements».

La mise en œuvre, entre confusion et incompréhension

Pour en finir avec l’«opacité» du système précédent, Xavier Darcos fixe des critères ouvrant droit à des dérogations : être boursier, handicapé, membre d’une fratrie, avoir un parcours scolaire particulier, etc. Mais il ne parle que d’un assouplissement de la carte scolaire : les élèves habitant près d’un établissement continuent d’avoir le droit d’y être scolarisés. Et comme les locaux ne sont pas extensibles, il reste finalement assez peu de places libres pour des dérogations… Beaucoup de familles, qui croyaient pouvoir choisir, sont déçues. Sans le dire, la suppression de la carte scolaire, infaisable, a été abandonnée.

Les conséquences, la situation est pire aujourd'hui

Toutes les études concluent à un impact limité. Contrairement aux prévisions les plus pessimistes, les collèges ghettos ont parfois perdu des élèves, les meilleurs en profitant pour partir. Mais ils n’ont pas été vidés de leurs effectifs et très peu ont dû fermer. Des élèves boursiers ont par ailleurs pu s’inscrire dans de «grands» lycées ou cités scolaires, introduisant une certaine mixité sociale. Mais leur nombre est limité. Les annonces autour de la carte scolaire ont surtout accru l’angoisse des familles et conforté l’idée d’une hiérarchie entre établissements.

Pour débattre : Rendez-vous pour un tchat jeudi à 14 heures avec Marco Oberti qui a planché sur l'impact de cet assouplissement de la carte scolaire.

 

La création des «internats d’excellence» : limitée et critiquée

A l’origine, récompenser le mérite et l’effort

C’est en février 2008, dans le cadre du Plan Banlieue, que Nicolas Sarkozy lance cette idée. Ouvrir des internats pour les élèves «méritants», de milieux défavorisés et à qui on va offrir des conditions d’études particulièrement bonnes : soutien scolaire, activités sportives, culturelles, voyages, etc.

A l’autre extrémité, pour les élèves «perturbateurs», Sarkozy veut des «Etablissements de réinsertion scolaire» (ERS) où l’on retravaille les bases scolaires et les règles de vie en commun. Les premiers ont ouvert leurs portes en 2010.

La mise en œuvre, à grand renfort de publicité

Le premier «internat d’excellence» est inauguré en grande pompe à la rentrée 2009 à Sourdun (Seine-et-Marne), dans une ancienne caserne fermée en raison de la refonte de la carte militaire. Ces internats sont conçus comme des «avant-gardes» de l‘école de demain: des établissements largement autonomes où les profs sont recrutés par le directeur, où ils restent bien au-delà de leurs heures de cours, où l’innovation pédagogique est encouragée, etc. Des nouveautés qui seront reprises dans les 300 collèges et les lycées du dispositif «Eclair» (écoles, collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). L’objectif affiché d’Eclair est d’arriver à fixer, dans ces établissements difficiles, des équipes motivées, qui seraient portées par un projet commun et constituées par des profs chevronnés.

Les conséquences, une vitrine très critiquée

Pour Nicolas Sarkozy, c’est l’une des réussites du quinquennat. Il vante régulièrement les 10 000 places créées - bientôt 20 000 - grâce au Grand Emprunt. En réalité, seize internats ont ouvert à ce jour, offrant 3 258 places, les autres étant des places réservées dans des internats déjà existants. Selon des études, ces internats font progresser les élèves. Mais le dispositif est très coûteux et suscite des réserves alors que dans le même temps, on supprime des postes et que l’éducation prioritaire s’appauvrit.

Les ERS (pour les élèves perturbateurs) ont connu des débuts difficiles et ne concernent au final que quelques dizaines d’élèves. Quant au dispositif «Eclair», conçu pour les établissements difficiles et que Sarkozy voudrait étendre, il peine à trouver des profs candidats.

La réforme du lycée : mitigée

A l’origine, une volonté de «moderniser»

Les temps ont changé mais pas le lycée, estime Nicolas Sarkozy : les élèves accumulent les heures de cours avec des profs enfermés dans leurs disciplines et sont mal préparés au supérieur.  Il charge le ministre de l'Education Xavier Darcos de mettre rapidement en place une réforme.

La mise en œuvre, sans heurts ni enthousiasme

Le ministre Darcos se heurte à une forte mobilisation, la réforme est abandonnée sous la pression de la rue en 2008. Elle sera finalement remise sur la table en 2009 par Nicolas Sarkozy lui-même, dans une version édulcorée et avec la promesse qu’elle n’entraînera pas de suppressions de postes. Le calendrier de mise en œuvre est progressif : dès la rentrée 2010 pour la seconde, en 2011 pour la première et 2012 pour la terminale.

La réforme prévoit deux heures d'«accompagnement personnalisé» par semaine – pour du soutien, de l’approfondissement ou une réflexion sur l’orientation. Le choix de la filière est repoussé en première et pour les aider à se déterminer, en seconde les élèves ont des enseignements d’exploration d’une heure et demie par semaine.

 

Les conséquences, un bilan médiocre

Dans les faits, les changements sont timides [analyse à lire ici]. L’un des points clés – rééquilibrer les filières afin d’atténuer la suprématie de S – ne progresse guère. Des oppositions demeurent : certaines disciplines se retrouvent lésées comme l’histoire-géographie désormais facultative en terminale S, et les sciences économiques et sociales (SES) dont un quart du volume horaire part en fumée au cours des trois années de lycée. En mars 2012, les inspecteurs généraux en dressent un bilan très mitigé.

La réforme de la voie professionnelle : division et inquiétude

A l’origine, revaloriser une filière méprisée

Dès septembre 2007, le ministre Xavier Darcos annonce qu’il va généraliser la préparation du bac pro en trois ans – contre quatre ans jusqu’ici dans la plupart des cas, c’est-à-dire deux ans jusqu’au BEP (brevet d’enseignement professionnel), puis deux ans encore pour le bac. L’objectif est de pousser davantage de jeunes à poursuivre jusqu’au bac, voire après, et de diminuer les sorties sans qualification. Il s’agit aussi de valoriser une filière longtemps méprisée, en instituant un «vrai» bac en trois ans comme les bacs généraux et technologiques.

La mise en œuvre, dans la division

Les syndicats sont divisés. Certains se félicitent de cette revalorisation. D'autres craignent que les élèves, en difficultés souvent, aient du mal à acquérir en trois ans ce qu’ils apprenaient en quatre, à moins d’alléger encore la part des enseignements généraux. Enfin, beaucoup redoutent qu’en supprimant ainsi une année dans le cursus pro, le ministre cherche là encore à économiser des postes d’enseignants.

Les conséquences, une filière pro inquiète

Les BEP ont disparu et le nombre de bacheliers pros a grimpé. Mais il leur manque toujours des débouchés post-bac et beaucoup vont se perdre à la fac. La voie professionnelle, durement touchée par les suppressions de postes, est en outre inquiète pour son avenir. Nicolas Sarkozy veut rendre obligatoire l’alternance en terminale. Après une expérimentation cette année, le ministère généralise à la rentrée une troisième prépa-pro, et l’apprentissage est de nouveau autorisé dès 14 ans. Comme un retour à une orientation précoce vers des voies courtes, hors du scolaire.

Retrouvez: notre dossier «Education» et le blog «C’est classe !» de notre journaliste Véronique Soulé.

Méditation et enfance (2)

Par Le 19/04/2012

Et si on apprenait à méditer à nos enfants ?

Florence Deguen | 21.03.2012, 11h38

http://www.leparisien.fr/laparisienne/maman/et-si-on-apprenait-a-mediter-a-nos-enfants-21-03-2012-1916670.php
 

Aux Pays-Bas, Eline Snel est une star. Une jolie grand-mère de 58 ans, aussi souple que douce, capable de plonger dans un silence bienfaisant une trentaine de gamins surexcités en quelques minutes. Sa botte secrète? Avoir transposé à destination des 4-12 ans une méthode de méditation, la pleine conscience, prévue à l’origine pour les adultes.

 

Avec des histoires de spaghettis ou de petites araignées, elle leur apprend ainsi depuis trois ans à accueillir avec bienveillance pensées, sensations, respiration… Avec l’objectif d’apprendre tranquillement à les découvrir, les accepter et les maîtriser.
Délirant? De plus en plus de parents aux prises avec des enfants à la limite de l’hyperactivité, qui ne sont pas capables de rester le nez dans un livre plus de deux minutes ou qui mettent des heures à trouver le sommeil, « parce que leur corps est fatigué mais pas leur tête », sont prêts à essayer. Aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, les ateliers se multiplient. Aux Pays-Bas, les enseignants sont même formés gratuitement par l’Etat. Et le livre qui détaille la méthode d’Eline Snel a été publié la semaine dernière en
en terrain quasi conquis. Son titre charmant fait déjà le buzz sur les forums de mamans : « Calme et attentif comme une grenouille ». Préfacé par le célèbre psychiatre français Christophe André, il est assorti d’un CD pour que les enfants puissent, tout seuls ou avec leurs parents, effectuer des exercices. Une voix douce les guide, comme dans un conte : celle de Sara Giraudeau, dont le père, le comédien , a découvert et pratiqué avec passion la méditation dans les dernières années de sa vie.
« Assieds-toi confortablement, ferme les yeux si tu trouves que c’est agréable, imagine que tu es une grenouille au bord d’un étang… Pour rester aussi tranquille, il te faut de l’attention et du calme… » L’enfant est invité à repérer les bruits à l’intérieur de son corps, à porter son attention sur le bout de son nez, là où l’air entre et sort. « C’est un moyen d’apprendre à maîtriser la petite voix qu’ils ont dans leur
, celle de leurs pensées, explique Eline Snel. Ils apprennent à écouter… et à ne pas forcément réagir, ce qui est une formidable école de gestion des impulsions. » Pour eux, c’est un jeu bien sûr, mais un jeu dont ils ressortent apaisés et confiants. Et les quelques ateliers de méditation pour enfants qui s’ouvrent en France, à Paris ou dans l’Est notamment, ont des aficionados de 8 ans. « Ils ont tellement de stress et d’idées noires, soutient Eline Snel. Jamais personne depuis leur naissance ne leur a donné des outils pour y faire face. »
Les idées noires deviennent une petite araignée qui descend un fil et quitte progressivement la tête pour descendre dans le ventre, où l’on appose ses mains et où l’on respire. Les gamins commentent à leur manière ce qu’ils ressentent après la séance : « Je trouve que c’est super de respirer, je suis tout doux et reposé à l’intérieur. » Alors, s’il ne s’agit pas de les envoyer méditer dans un monastère, on se dit que dix minutes de calme introspectif entre la Nintendo et la télé ne peuvent pas leur faire de mal…
Pour Christophe André, la méditation n’est pas une activité de plus qu’imposent des parents trop soucieux de bien faire à des enfants déjà surbookés, mais bien d’« un cadeau dont ils se serviront toute leur vie ».

« CALME ET ATTENTIF COMME UNE GRENOUILLE » D’ELINE SNEL

Lettres aux écoles 9

Par Le 19/04/2012

"Nous avons voulu mettre de l'ordre dans notre société par une action politique et ainsi nous sommes devenus dépendants des politiciens. Pourquoi les hommes politiques ont-ils pris une telle importance, de même que les gouvernements et les dirigeants religieux ? Est-ce parce que nous dépendons toujours d'agents extérieurs pour mettre de l'ordre dans notre maison, est-ce parce que nous dépendons de forces extérieures pour contrôler et façonner notre vie ? Les autorités extérieures comme les gouvernements, les parents, les leaders de toutes sortes semblent nous rassurer sur l'avenir. Cela fait partie de notre tradition de dépendance et de soumission. C'est cette tradition accumulée depuis très longtemps qui conditionne notre cerveau. L'éducation a admis ces coutumes et c'est ainsis que le cerveau est devenue mécanique et répétitif."

Krishnamurti.


Plus cette société est complexe dans ses réseaux, plus la dépendance se renforce. Pour une raison très simple : chaque individu est encore plus égaré. Il lui est impossible de se servir des réseaux pour trouver en lui une éducation individuelle. C'est comme être perdu dans une forêt. Plus le sentiment d'être perdu est grand, plus la perdition se renforce. La peur annihile toute réflexion, la panique conduit l'individu, l'orientation devient anarchique, l'individu erre au hasard de ses intuitions et ses intuitions sont totalement fausses parce qu'il n'est pas en lui, dans une plénitude d'esprit mais dans un chaos intellectuel, sensitif, émotionnel.

Au regard de la société, le fonctionnement est identique et les individus se tournent vers des "leaders" pour qu'un chemin soit proposé. Alors que ce sont justement ces "leaders", tout aussi égarés intérieurement, qui ont déclenché le chaos.

Dans une classe, les jeunes enfants apprennent déjà à se soumettre à l'autorité de "leaders" alors que ce sont ces leaders qui les ont placés dans une situation chaotique. Le fait que les apprentissages soient imposés, sans aucune nécessité réelle, mais en fonction de "programmation ministérielle",  génère une inquiétude. Cette inquiétude instaure un phénomène de dépendance étant donné que les enfants doivent se soumettre à la parole du maître pour s'extraire de ce chaos. Leurs aptitudes ne sont reconnues que dans ce cadre limité des apprentissages.

Vingt ans d'éducation à la soumission. Le conditionnement est en place. Les enseignants se retirent, les politiciens les remplacent.

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