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Matière, énergie, conscience (spiritualité)

Par Le 08/04/2012

La matière est énergie et l'énergie est conscience.

La pensée est issue de la conscience lorsque cette pensée est consciente d'elle-même et parvient à établir une observation de cette conscience. Un aller-retour qui n'est jamais rompu.

Si ma pensée se nourrit de cette conscience et me permet de l'élargir, alors ma conscience reste reliée à l'énergie et la forme qu'a prise cette énergie à travers la matière qui me constitue est un calice dans lequel je me dois d'explorer la conscience.

Il ne doit y avoir aucune rupture.

Je ne suis pas "en vie", je suis "la vie en moi."

Parce que j'en ai conscience.

Lettres aux écoles 6

Par Le 07/04/2012

"Il semble que les êtres humains aient d'énormes quantités d'énergie. Ils sont allés sur la lune, ils ont escaladé les sommets les plus élevés de la Terre, déployé une énergie prodigieuse pour faire la guerre et pour produire des instruments de guerre, pour développer la technologie, pour accumuler le vaste savoir élaboré par l'homme, pour travailler chaque jour, pour construire des pyramides ou pour explorer l'atome. Quand on considère tout cela, on est frappé de voir la quantité d'énergie que l'homme a dépensée. Cette énergie a servi à explorer le monde extérieur mais l'homme en a dépensé très peu pour étudier toute la structure psychologique.

  L'action et la non-action requièrent une grande énergie. La non-action nécessite pourtant beaucoup plus d'action que l'action prétendumment positive. Agir positivement, c'est contrôler, supporter, fuir. La non-action est la totale attention de l'observation. Dans cette observation, ce qui est observé subit une transformation. Cette observation silencieuse exige non seulement de l'énergie physique mais aussi une profonde énergie psychologique. Nous sommes habitués à la première et ce conditionnement limite notre énergie"

Krishnamurti


 

En début d'année, à chaque rentrée scolaire, mes élèves sont frappés par ces temps de paroles que je leur accorde, par ces multiples échanges dans lesquels nous explorons l'espace intérieur. Ils sortent de la classe avec cette impression de "n'avoir rien fait".

"On n'a rien écrit, t'as vu, on n'a même pas sorti la trousse."

Ce conditionnement qui voudrait que le travail soit associé à une action précise, matérielle, un remplissage de papier, un exercice qui sera corrigé, une note pour couronner le tout ou au moins une appréciation, un repère habituel au regard d'une matière scolaire, tout ce qui établit cette fonction de l'élève au détriment de la nature de l'enfant, ils en sont déjà remplis, salis, alourdis, en fin d'école primaire...Et ils ont pourtant encore tellement à vivre.

Cet arrachement forcené de leur être réel est une abomination. Ils ne sont déjà plus là. Ils ne sont que des copies conformes marquées par quelques plis personnels, des marges hâchurées, des coins écornés, des brouillons râturés. Mais, eux, dans leur réalité intérieure, ne sont plus là.

Je leur ai parlé hier de cette image des lampadaires qu'ils peuvent aller allumer en avançant dans le savoir, comme si chaque tube enflamé par un savoir acquis permettait d'avancer dans l'ombre, vers le lampadaire suivant. Mais la question qui est venue s'ajouter à la métaphore les a ramenés à cette quête essentielle : "Qui avance ?"

Est-ce un élève ou est-ce un individu ? Comment établir la distinction et ne jamais perdre de vue l'être humain, comment ne pas se laisser recouvrir par la fonction, comment ne pas étouffer la nature intrinsèque ?

L'image du savoir prend une place si considérable dans leurs esprits que le porteur de ce savoir finit par en être dissous. "Qui allume le lampadaire ?"

Le savoir n'avance pas de lui-même. Il est vital de ramener l'enfant vers cette conscience de lui-même. Il est le porteur de la lumière.

Cette non-action que je leur propose, cette rupture avec le travail scolaire, ils finissent immanquablement par y plonger. Cette liberté qu'ils vivent comme une permission à parler en tous sens, ils en perçoivent peu à peu le sens profond...Les débats, insensiblement, se concentrent, deviennent plus denses, plus ciblés... La parole s'éclaire d'elle-même. 

Il arrive un moment dans l'année où le thème lui-même s'efface devant l'observation interne. Le débat n'est plus le porteur mais il est porté par l'observateur et cette observation du cheminement intérieur crée une énergie qui au lieu d'être projetée vers un savoir à acquérir reste incluse dans le diffuseur. Le savoir n'a pas d'énergie propre. Mais il pompe l'énergie de l'individu si celui-ci n'a pas appris à rester tourné vers l'énergie qu'il porte. 

 

L'individu est la lumière, l'incandescence, l'énergie. Le savoir n'est que la blancheur laiteuse qui émane de cette source. 

 

LA-HAUT : le hasard et Dieu

Par Le 06/04/2012

Image 2

Un hasard pourrait expliquer une évolution aussi monstrueuse mais un Dieu ? Se peut-il qu’un Etre créateur instaure volontairement une telle forme de Vie ? Et peut-on dès lors la qualifier de supérieure ? La supériorité par la mort. Voilà donc apparue la putain du Maître. Toujours prête à se donner, à s’ouvrir, indécente, à tout ce qui passe à sa portée. Faire mourir pour vivre, il n’y pas d’autre issue. Et la douleur, comme un soldat fidèle et attentif aux ordres de son Maître, insensible aux cris de pitié, viendrait ajouter à ce goût du massacre l’insupportable plongée dans les délires de l’âme humaine lorsque plus rien ne la maintient à flot et qu’elle s’abandonne à la répugnante délectation du sang. Et Dieu se cacherait là-dedans ? Difficile à admettre.

 

Le sac sur les épaules, reprendre les bâtons, relancer la mécanique des pas.

 

Il reste une dernière solution à laquelle la main mise inconsciente des religions lui avait interdit de penser. Se pourrait-il que Dieu soit un être fondamentalement mauvais qui s’amuse à nos dépends ? Se pourrait-il que cette nature que nous adorons ne soit qu’un terrain de jeu pour un Esprit pervers ? Que la beauté du décor ne soit destinée qu’à apaiser les douleurs que le Maître du jeu s’amuse à infliger à la troupe d’acteurs ? Se pourrait-il que la complexité de l’être humain, son évolution lente et obstinée ne soit pas un progrès mais une déchéance, l’éloignement sans fin du point d’équilibre ? Croyant courir après le bonheur, l’humanité, engagée dans une fausse direction, ne serait-elle pas finalement en train de le perdre de vue, de laisser disparaître dans les horizons lointains, dans une Histoire antédiluvienne, la Vie simple et belle, immuable, sans désirs de conquêtes, juste installée dans la contemplation du lever du soleil ? Dieu n’aurait-il pas choisi de laisser en paix les créatures les plus simples, de l’amibe au ver de terre en passant par la baleine bleue et de condamner l’espèce humaine à l’angoisse du néant, l’obligeant à s’épuiser dans une quête matérialiste totalement stupide mais qui l’amuse au plus haut point ?

 

Ne serions-nous pas ses victimes préférées ?

 

Il débouche au sommet de la pente de neige qu’il avait aperçue la fois précédente. Le col au pied de l’arête des Grands Moulins se dessine devant lui à une heure de marche.

Un thé chaud. En effectuant un tour d’horizon, il devine le col de Claran sous la montagne opposée. Il se retourne et inspecte la pointe du Rognier qui pourrait servir de prochain objectif. Entre les deux sommets, en contrebas, un vaste plateau à l’architecture complexe, coule en pente douce vers les forêts. Il prend la carte et étudie les différents sentiers. Au milieu du plateau, un petit point indique la présence d’un lac. Le lac vert.

La jeune fille. Comme il serait bon, au printemps, de monter avec elle vers les eaux claires.

Elle est là, en lui, et il aimerait tant qu’elle soit également à ses côtés.

 

Il range la gourde et s’empresse de reprendre sa progression.

Retrouver le fil des pensées.

 

La science et la théologie n’auraient jamais dû se dissocier. Même s’il semble qu’il existe un abîme entre la démarche scientifique, fondée sur des expériences rigoureusement prouvées, et la démarche théologique, construite sur une hypothèse injustifiable, elles contenaient peut-être, l’une et l’autre solidaires, respectueuses et attentives, les réponses essentielles. Séparées, elles n’ont aucune chance de parvenir, à travers les millénaires, qu’à l’accroissement de leur égarement respectif, qu’elles continueront fièrement, chacune, à nommer progrès. De multiples progrès, c’est certain. Pour la médecine notamment. Mais pour la compréhension de l’Esprit, il n’en sera rien.

Et l’ensemble de la masse, abandonnée par les chercheurs et les mystiques, qui auraient pu faire office de guides spirituels, continuera à errer dans les affres de cette angoisse existentielle, toujours fiévreusement étouffée, et avec une imagination fertile, sous les artifices de la modernité.

Une pénible nausée. Un tel gâchis.

L’échéance de sa réintégration dans le monde humain l’effraie de plus en plus. Comment réussira-t-il à préserver l’incandescence de ses pensées dans le marasme des jours quotidiens ? Jamais, auparavant, il n’était parvenu aussi loin. Il ne sait si toutes ces idées ont un sens réel mais elles correspondent à la réalité que, lui, il cherche.

Se disant cela, il comprend combien il est facile de basculer dans l’élaboration d’une religion. Il ne sait si ses théories ont une logique scientifique ou si la foi, uniquement, les guide mais il serait prêt à les considérer définitivement acceptables et même peut-être transmissibles. Concevant cela, il s’aperçoit de son orgueil et donc de son appartenance à l’humanité et à ses travers. L’idée lui déplaît fortement mais étrangement elle le convainc qu’il n’a aucune raison de devoir lutter contre les sentiments amoureux. Il s’agit sans doute du même ordre de choses, d’une autre faiblesse. Il n’est qu’un humain.

Et c’est bien peu.

Dieu ne lui est pas accessible. Le Hasard non plus. L’Architecte, quel qu’il soit, n’est pas identifiable. Ni même la Vérité. Pas pour l’espèce humaine, en tout cas.

Il se demande si les animaux n’éprouvent pas davantage la réalité de la Vie que nous. N’ont-ils pas su préserver le Contact ?

L’ultime Compréhension.

Mais alors pourquoi pas nous ? De quoi avons-nous été punis ? Et s’agit-il d’ailleurs d’une punition ou d’une mission à accomplir ? Dieu nous aurait-il envoyé une épreuve afin de juger de l’intérêt de cette espèce particulière ? Si c’est bien le cas, le Créateur doit être effroyablement déçu. Dès lors, cette désillusion consommée, se peut-il qu’il soit parti voir ailleurs, désespéré et n’ayant plus aucune attente ? 

Si Dieu est parti, nous errons dans le Temps à la merci de notre folie qui est sans borne ou du Hasard qui a repris la place laissée vacante.

Et si Dieu est toujours présent et que la mission qu’il nous a envoyée est bien réelle, la tâche à accomplir est d’autant plus immense que nous avons perdu l’objectif de vue, que dans la cacophonie de nos agitations frénétiques, nous n’entendons plus rien. Il n’est dès lors  pas certain que l’humanité soit engagée dans la bonne direction et le progrès qu’elle vénère n’est peut-être en réalité que l’approche de la fange. Si dès lors nous nous éloignons de l’objectif que Dieu nous avait assigné, combien de temps nous faudra-t-il pour nous en apercevoir, expliquer, convaincre la masse non pensante et enfin changer de cap ?

Peut-être s’agit-il d’ailleurs d’une lutte impossible, que le mal est déjà trop ancré dans chacune des cellules qui animent chacun des individus. Que nous tombons en refusant de le comprendre entraînés par la masse colossale de l’humanité. Nous nous sommes arrachés du corps de la nature et nous dégringolons emportés par notre orgueil et notre obstination à ne rien voir.

Les églises, quels que soient leurs noms, ne peuvent plus aider les hommes. Elles ont perdu l’essence même de la Vérité. Elles ne sont plus des temples où Dieu se présente mais des maisons closes où elles ont souillé Dieu, répandant sur la Beauté du mystère leur fiel prétentieux comme une semence assassine. Toutes les règles religieuses sont essentiellement destinées à créer un ciment, à établir une morale commune et donc à contenir les libertés individuelles, à les soumettre, à les anéantir. Les églises ne favorisent en rien la quête de Dieu. Elles l’ont limitée, lui donnant une direction unique, toujours imposée aux incroyants. On connaît les massacres, passés, présents et certainement futurs, perpétrés au nom de Dieu. Il déteste les églises. Dieu, s’il existe, ne peut pas être en dehors de sa Création. Il est dans le brin d’herbe et l’eau des ruisseaux, le vol agité du papillon et les yeux verts de la jeune fille de ses pensées. Que viennent faire les églises dans ce monde sinon le salir et retirer l’homme du temple divin de la Nature ?

 

La page 99

Par Le 06/04/2012

7 ans après ..., de Guillaume Musso, passe le test de la page 99

Par (LEXPRESS.fr), publié le 06/04/2012 à 09:00

L'éditeur anglais Ford Madox Ford aurait un jour prétendu qu'il pouvait juger de la qualité d'un manuscrit à la lecture de sa page 99. Qu'aurait-il dit du dernier Musso? 

Souvent imité, jamais égalé, notre test de la page 99 s'attaque cette fois à un roi du thriller à la française, Guillaume Musso. 

L'auteur

Guillaume Musso, 37 ans, est un auteur malheureux. Bien que ses romans se vendent très bien (il a écoulé plus de 430 000 exemplaires de L'Appel de l'ange en 2011), il reproche aux critiques de mépriser sa "littérature populaire". Maigre consolation, le ministère de la Culture l'a nommé Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en janvier 2012. C'est promis, nous le lirons de la façon la plus impartiale possible. 

Le livre

Le titre de ce nouveau thriller: 7 ans après ... Une allusion à la suite des Trois mousquetaires, Vingt ans après? C'est se placer sous de bons augures. Mais les trois mousquetaires ne sont que deux, Sebastian et Nikki, qui se retrouvent après 7 ans de divorce pour rechercher leur fils Jeremy: "Des rues de Paris au coeur de la jungle amazonienne - Un thriller implacable brillamment construit - Un couple inoubliable pris dans un engrenage infernal", comme l'expose la quatrième de couverture. 

Extraits de la page 99

Trépignant d'impatience, Lorenzo Santos s'agitait dans le fauteuil de la salle d'attente, un long couloir de chrome et de verre qui surplombait l'est de Manhattan. 

Le lieutenant du New York Police Department regarda nerveusement sa montre. Il attendait Nikki depuis plus d'une heure. Avait-elle renoncé à venir déclarer la disparition de son fils? 

Santos sortit son téléphone et laissa un nouveau message à Nikki. C'était sa troisième tentative, mais elle filtrait manifestement ses appels. Cela le mit en rage. Il était certain que tout était la faute de Sebastian Larabee, cet ex-mari dont il ne voyait pas d'un bon oeil la réapparition. 

Bordel! Il était hors de question qu'il perde Nikki! Depuis six mois, il en était tombé désespérément amoureux. 

Notre lecture

Avançons pas à pas. Un premier héros, un nom latino, un long couloir de chrome et de verre qui surplombe Manhattan. Couleur locale, comme une bonne série américaine. On peut y croire. Par contre, Lorenzo "trépigne d'impatience". Cette formule-là est usée et manque de vie. 

Le lieutenant du NYPD - comme la télé nous l'a appris, les Latinos ont remplacé les Irlandais dans la police américaine - "regarde nerveusement sa montre". Argh, encore une formule usée. On le savait déjà, qu'il était énervé. Bon, entrée en scène de Nikki. Elle se fait attendre. L'éternel féminin, en quelque sorte. 

Lorenzo tente en vain de joindre Nikki. "Cela le met en rage". Femme=retard, homme=colère, c'est du classique. Entrée en scène du troisième personnage, Sebastian Larabee "ex-mari dont il ne voit pas d'un bon oeil la réapparition". C'est curieux comme à ce moment l'histoire semble se dévoiler d'avance. Dans un environnement aussi balisé, on sent que les ex vont recoller. Prime d'ancienneté. Lorenzo, le trépigneur énervé et jaloux, ne fait pas le poids. De toutes façons, c'est écrit, il est "désespérément amoureux". 

Le messe est dite, et c'est un mariage. Cette page concentre le rêve vain de tout enfant du divorce: que ses parents se remettent ensemble après s'être bouffé le nez. D'ailleurs on ne serait pas étonné que Jeremy ait fait exprès de disparaître. 

Le verdict

Musso a réussi un vrai thriller, oui. Cette page 99 nous donne l'impression angoissante d'être pris dans une mare de glu, sous un ciel bas, dans un air rare. Adieu Nikki, Lorenzo, Sebastian. Portez-vous bien, mais sans nous. 


Voilà la page 99 de mon roman "Jusqu'au bout". :)


Les nuages voyageaient vers d’autres territoires. La nature se gorgeait de soleil et l’humidité accumulée s’évaporait, vaste transpiration régulant la température d’un être qu’il savait vivant. Il sentait sous ses pieds le gonflement puissant et profond de sa poitrine. De temps en temps, il en perdait l’équilibre. Il décida de s’arrêter. Ce corps, sous ses pieds, l’attirait férocement.

Enfoui au plus profond des sous bois, il se déshabilla et s’allongea à même le sol. Il frotta sa peau à l’humus nourrisseur, se recouvrit de feuilles putréfiées, lava son corps à la terre molle. Une puissante érection enflamma son ventre. Il prit son sexe à pleines mains, l’entoura de végétaux divers et le caressa lentement. Les rayons solaires tombaient lourdement sur le sol. Aucune frondaison ne retenait encore son ardeur. Il sentait couler dans les troncs une sève nouvelle. Elle montait inexorablement. Elle était la vie, rien ne pouvait retenir ce flux, puissante marée tenace. Il était habité par la même force.

Il connaissait le lien subtil qui faisait de lui un animal terrestre avant d’être un humain. L’amour l’unissait à la terre, femme sublime, aimante et désirable. Il se coucha sur le ventre et enfouit son sexe dans les feuilles noires, draperies magnifiques exhalant des senteurs de pourriture, obéissant à l’envie totale de se donner, d’éprouver à son tour le plaisir des racines fouissant le sol, de la pluie s’infiltrant dans la terre accueillante, des rayons solaires la réchauffant. Il entendit dans son crâne le frémissement des myriades d’insectes creusant la terre et il les accompagna dans cette étreinte, sa verge usant de sa raideur pour tracer au sol le calice de sa liqueur. Il ouvrit la bouche et saisit un amalgame de fibres terreuses. Il frotta sa tête sur le sol et emplit ses oreilles du gémissement lascif des feuilles chiffonnées. Il eut l’impression enfin que toute l’énergie de la terre fusionnait en lui. Il se raidit et s’abandonna à l’extase, déversant dans des jets saccadés son amour pour le monde.

Un cri dans son dos brisa cette union.

Il releva la tête, se tourna et vit le visage horrifié d’une créature humaine.

C’était une femelle, grisonnante, portant un panier en osier. Dans l’incertitude de sa demi conscience, il crut reconnaître la Pennec.

Elle s’enfuit en courant. Il se releva et la poursuivit. Il la rattrapa rapidement et sauta sur son dos. Elle tomba au sol en hurlant. Deux mètres en avant, il vit une magnifique fourmilière, vaste dôme terreux couvert d’aiguilles de pin. Il traîna la femelle en la tirant par les cheveux. Elle se débattait en criant comme une folle. Ces couinements aigus dans le silence de la terre étaient trop abjects pour qu’il la laisse continuer. Il plongea le visage dans la fourmilière, appuyant de tout son poids sur le crâne.

Les bras de la femelle s’enfoncèrent dans l’amas de végétaux, les jambes raclèrent le sol mais tout cela fut beaucoup moins bruyant.

Il n’entendit plus que des sons étouffés, incompréhensibles, qui n’agressaient plus ses oreilles. Il s’allongea de toute sa masse sur le corps gesticulant. Le visage était à moitié enfoui. Les mains cherchaient un appui mais la fourmilière n’offrait aucun support solide. Il sentait des mollets poilus contre ses jambes. Son sexe turgescent avait glissé dans l’écartement de la jupe longue. Ca le dégoûtait et il voulait en finir rapidement. Il appuya encore d’une main, de toutes ses forces, sur la tête inerte, l’autre recouvrant la tignasse grisâtre de particules diverses. Des fourmis paniquées, cachées dans les profondeurs dans l’attente de jours printaniers, attaquèrent de tous côtés. 

Enfin, il ne sentit plus aucun mouvement de révolte sous lui. Il se redressa. Le corps ne bougeait plus. Les fourmis s’infiltraient de toutes parts, dans les replis et les ouvertures. Les bras pendaient de chaque côté, les jambes étaient tendues dans une ultime contraction. Cette position lui sembla totalement déplacée et répugnante dans la beauté de cette forêt.

 

Il s’assit contre un tronc lisse. Il ferma les yeux, posa les mains en coquille sur son sexe assagi et se concentra sur la paix autour de lui. Il engloba amoureusement sous ses paupières la beauté de la lumière, le chant mélodieux d’un oiseau caché, la douceur du silence, les odeurs de sa sueur mêlée à la sueur de la terre.

Ce fut un instant inoubliable. Vraiment. Un moment d’une rare beauté… D’une paix absolue.

Soudain, un florilège écarlate de visions féeriques submergea son cerveau, galaxies colorées, paysages délivrant des sensations inconnues, parades nuptiales d’animaux étourdissants, accouplements divers avec les étoiles, les rochers et le grand corps des océans.

Enfin, il ne resta dans sa mémoire encombrée qu’un manège d’images incompréhensibles.

En ouvrant les yeux, il eut le sentiment d’avoir connu des rêves n’appartenant pas aux hommes. Il en fut gonflé de joie.

 

Le corps étalé devant lui salissait cet instant magique. Il se releva lentement et entreprit de retrouver  ses affaires. Tous ces gestes d’homme furent particulièrement désagréables. Il se força néanmoins à les accomplir. Il tira le corps hors de la fourmilière. Les petits êtres agités, frémissants de tous côtés, abandonnèrent la masse ennemie et rejoignirent le refuge défait.

« Je m’excuse de vous avoir dérangés. Et je vous remercie de votre aide. »

Il chercha sur le sol un creux naturel. A vingt mètres se dessinait une petite dépression qui conviendrait à sa tâche. Il y mena le cadavre et le fit rouler au fond. Le visage congestionné apparut. Il reconnut aussitôt  la Pennec. Il ne s’était pas trompé. La bouche ouverte, remplie de matières brunâtres, les yeux exorbités et rouges, les traits tirés dans un dernier spasme hurlant mais étouffé, habillaient le personnage de sa vérité intérieure. Le monstre dévoreur d’enfants était mort. Quel hasard, quelle chance, quel bonheur suprême ! Il n’avait même plus besoin de concevoir des plans d’exécution, de réfléchir pendant des jours et des jours à des machinations aléatoires et compliquées. Le destin se chargeait de lui offrir ses proies. Tout était donc écrit. Il obéissait bien à une mission supérieure, il était le bras vengeur, l’élu d’un ordre séculaire, le guerrier de la lumière. Il ne lui restait plus qu’à rester prêt, disponible, à l’écoute. Les choses se mettraient en place toutes seules, le moment venu.

Un immense soulagement, une sérénité inespérée, une confiance inaltérable.

 

Il recouvrit le corps d’un tapis de feuilles et de branches et rentra.

Comme à son habitude, il rejoignit l’école à travers champs, évitant le village, les regards et les rencontres. Avant de sortir de la forêt et de franchir la dernière zone dégagée, il observa les environs et ne s’engagea qu’une fois assuré de la tranquillité de son approche.



Lettres aux écoles 5

Par Le 05/04/2012

"Les écoles existent primordialement pour amener une profonde transformation chez les êtres humains. C'est de cela que l'éducateur est totalement responsable. A moins que le maître ne prenne conscience de ce facteur central, il ne fera qu'instruire l'élève pour le préparer à devenir un homme d'affaires, un ingénieur, un homme de loi ou un politicien. Il y a tant de ces gens qi paraissent incapables soit de se transformer eux-mêmes, soit de transformer la société dans laquelle ils vivent. Peut-être eu égard à la présente structure de la société, faut-il des hommes de loi et des hommes d'affaires, mais quand ces écoles furent créées, ce fut et cela reste, dans l'intentiond e transformer profondément l'home. Il faudrait que dans ces écoles, les enseignants comprennent cela réellement, non intellecteuellement, non comme une idée mais parce qu'ils en voient, avec tout leur être, la pleine implication. Notre objet est le développement totale de l'homme et pas seulement l'accumulation du savoir.

Les idées et les idéaux sont une chose, et le fait, l'évènement réel, en est une autre. Les deux ne peuvent jamais aller de pair. Les idéaux ont été surimposés aux faits et déforment l'évènement de manière à le rendre conforme à ce qui devrait être, à l'idéal issu de la société. L'utopie est une conclusion formulée à partir de ce qui se passe et elle sacrifie le réel, pour le rendre conforme à ce qui a été idéalisé. C'est le processus qui s'est poursuivi depuis des millénaires et tous les intellectuels se complaisent dans les idéations. Esquiver ce qui est, c'est le commencement de la corruption de l'esprit. Cette corruption imprègne toutes les religions, la politique et l'éducation, tous les rapports humains.

L'idée détourne l'attention du fait, de ce qui est et ainsi dirige cette attention vers le chimérique. Ce mouvement de pensées pour esquiver le fait conduit aux symboles, aux images, qui prennent alors une importance dévorante. Ce mouvement pour s'écarter du fait, c'est la corruption de l'esprit. Les êtres humains se laissent aller à ce mouvement dans la conversation, dans leurs rapports, dans presque tout ce qu'ils font. Le fait est instantanément traduit en une idée ou une conclusion qui dicte alors nos réactions. Quand quelque chose est vu, la pensée le transpose immédiatement en une image, laquelle devient la réalité.

Krishnamurti


 

Le savoir est issu du passé et c'est déjà une corruption lorsque ce savoir est présenté comme un objectif final. Il l'est encore plus lorsque ce savoir est une projection vers le futur et l'obtention d'un statut inhérent à la vie en société. C'est dans cette alternance constante, ce balancement entre le passé et le futur que l'enfant sera déconstruit, éloigné de lui-même, assourdi, aveuglé, formaté. Il ne sera jamais avec lui mais uniquement relié avec le savoir ancien et ce qu'il doit faire de ce savoir pour son avenir. Passé et futur et néant entre les deux.

Le savoir nourrit les idéaux et les individus se repaissent de ces idéaux. Idéal matérialiste, religieux, professionnel, amoureux...Aucun saisissement réel des faits mais une lecture programmée construite sur un savoir ingéré. Le libre arbitre...Vaste supercherie. L'arbitre, dans ce cas, est chargé de réguler la liberté et de lui donner une voie communautaire. Tu seras libre dans l'embrigadement général. Le déterminisme est un fait. Et il est impossible de s'en extraire dès lors que le savoir contribue à son maintien. Le système de l'enseignement en France est justement un sytème. Alors qu'il ne devrait être qu'un contre système. Ce système a une intention. C'est la participation au savoir, son extension par les individus les plus performants, et l'abrutissement des moins actifs.

Combien d'adultes continuent à apprendre une fois qu'ils sont installés dans une voie professionnelle? Je ne parle pas d'aprentissages liés à ce métier mais un apprentissage existentiel.

Combien d'adultes pensent encore ? Non pas des pensées liées aux idées, aux idéaux et au savoir, des pensées externes qui se sont incrustées au fil du temps mais des pensées internes, des observations lucides et approfondies des mouvements de pensées dans le creuset de la réalité existentielle et non de la réalité matérielle ? 

Qui donc ?

Lettres aux écoles 4

Par Le 04/04/2012

"Il faut comprendre toute la signification du mot responsabilité. Il vient du verbe répondre ; réagir non pas partiellement mais totalement. Le mot implique aussi de se référer au passé ; réagir à ce qui constitue à notre aaprière-plan, c'est à dire se référer à notre conditionement. La responsabilité, telle qu'on la comprend généralement, est l'action de notre conditionnement humain. Naturellement, la culture, la société dans laquelle nous vivons, conditionne l'esprit, que cette culture soit celle du pays natal ou celle d'un pays étranger. Nous réagissons à partir de ce passé et cette réactin limite notre responsabilité. Si nous sommes nés en Inde, en Europe, en Amérique ou dans quelque autre pays, notre réaction dépendra de supersititions religieuses, -toutes les religions sont faites de superstition-, du nationalisme ou de théories scientifiques. Ces facteurs, qui sont toujours limités, conditionnent notre réaction. En conséquence, il y a toujours contradiction, conflit et l'on voit naître la confusion. Cela est inévitable et crée la division entre êtres humains.

Comme le mot l'implique, la responsabilité s'applique à la totalité et concerne non pas soi-même, sa famille, des concepts ou des croyances, mais l'humanité toute entière. "

 


Je pense qu'aujourd'hui ( ce texte a été écrit en 1976), les conditionnements ne sont plus majoritairement religieux, ni nationalistes, ni même scientifiques mais médiatiques. Les médias et le système commercial.

Etant donné l'insignifiance de ces influences, non pas leur puissance mais les "valeurs" qu'elles transmettent, il est évident que la notion de responsabilité est inefficace. L'idée de responsabilité est associée à une intention. Se montrer responsable ne se fait pas avec un objectif universel mais avec une intention egotique, intéressée. 

"Je suis responsable de ma voiture" ne signifie pas que je ne dois pas conduire n'importe comment en mettant les autres en danger, mais que je dois l'entretenir parce qu'elle est à moi !!

"Je suis responsable de mes enfants" ne signifie pas que je dois leur apprendre à être conscient de la vie mais juste à les amener à ne pas se comporter de façon à ce que des problèmes me retombent dessus.

 

 

Oui, je sais, l'humanité me désole...

Musique encore.

Par Le 02/04/2012

Ce compositeur a dans sa tête les musiques que j'ai pour images. Et c'est un cadeau inestimable.

Lettres aux écoles 3

Par Le 01/04/2012

"Nos esprits vivent dans la tradition. Le sens même de ce mot - transmettre - nie l'intelligence. Il est facile et confortable de suivre la tradition, qu'elle soit politique, religieuse ou de sa propre invention. On n'a pas besoin, dans ce cas, d'y penser, on ne la met pas en question ; accepter et obéir font partie de la tradition. Plus la culture est ancienne, plus l'esprit est attaché au passé, vit dans le passé. Lorsqu'une tradition disparaît, une autre vient s'imposer, inévitablement. Un esprit qui a derrière lui plusieurs siècles d'une certaine tradition, refuse de rompre avec elle et ne s'y résigne qu'en faveur d'une autre tradition également satisfaisante et sécurisante. La tradition sous toutes ses diverses formes, de la tradition religieuse à la tradition scolaire, nie forcément l'intelligence. Celle-ci est ilimitée alors que le savoir, aussi vaste soit-il, est limité comme la tradition. Dans nos écoles, il nous faut observer le mécanisme de l'esprit générateur d'habitudes et dans cette observation, il y a activation de l'intelligence. "


 

Je suis convaincu que si le monde enseignant parvenait à établir ce travail de l'observation, de la déconstruction des traditions et des ancrages,  les conditionnements finiraient par s'effacer. Et c'est bien pour cela que les instances dirigeantes ne le veulent pas et s'opposent à toute forme de développement personnel. Ce ne sont pas les programmes scolaires de l'école élémentaire qui participent au développement des individus. C'est une aberration de le croire. Aucun enfant n'évolue en tant qu'humain en étudiant la numération ou la grammaire, ni l'informatique ou une langue étrangère, la science, l'histoire de France, l'histoire des Arts, ni tout le reste. Ces éléments pourraient effectivement favoriser ce développement personnel de l'individu s'ils étaient nourris d'une observation des phénomènes internes qu'ils génèrent. Mais dès lors qu'ils n'existent que pour eux-mêmes, ils ne sont qu'une accumulation de savoirs dénués de sens. L'objectif qui est présenté aux enfants est de répondre favorablement à la continuité des traditions ; "Tu auras un travail mon fils..." On pourrait prolonger la phrase par un "Et tu consommeras..."

Il est inconvenant de penser que les programmes scolaires sont chargés de former des individus éveillés, conscients, responsables, autonomes. Non, il s'agit bien évidemment de renforcer les identifications et l'absorption des fonctionnements archaïques. Dès lors que les enseignants adhèrent à ce formatage, ils ne tiennent pas le rôle de cette mission d'éveil inhérente au métier d'enseignant mais ils deviennent des "sergents recruteurs".

Je suis convaincu que ce travail sur l'intelligence et non uniquement sur le savoir, s'il était fait à l'école élémentaire, participerait au bien-être des individus au lieu de les conduire, soit à la rébellion, soit au découragement et dans le moins pire des cas à l'obtention d'un diplôme. Un diplôme attestant de la validté de l'embrigadement. Quelle réussite...

Il est aberrant également d'attendre la classe de Terminale du lycée pour enfin initier les individus à la philosophie. Comment justifier le fait que le parcours scolaire des enfants soient entâchés d'une soumission craintive jusqu'à cette classe pour qu'enfin leur soient présentés des "penseurs" ? La raison en est très simple : le formatage est déjà validé et la philosophie ne sera donc plus une opportunité de développement mais uniquement la participation à un diplôme convoité. La philosophie en elle-même n'apparaît que comme une "épreuve" et elle est redoutable pour des esprits qui ont jusque-là été éduqués à ne pas penser à eux-mêmes mais uniquement à l'accumulation d'un savoir livresque. C'est justement cette absence de considération pour l'individu qui explique cette aversion quasi générale des élèves pour la philosophie. Jusque-là, il leur a été répété jusqu'à l'outrance et si nécessaire jusqu'au harcèlement : "Tais-toi et apprends" et là, pendant un an, il va leur être répété "Apprends mais ne pense pas à ce que les Penseurs enseignent. Contente-toi de le savoir. "

Il ne s'agit pas de le vivre. Juste de le savoir. D'ailleurs, la complexité des programmes interdit toute profondeur. Il faut juste absorber, absorber, encore et encore. Juste des éponges. C'est là que repose la Tradition. Ne pense pas, apprends, applique et transmet.

Si les enseignants considèrent qu'ils doivent oeuvrer à ce marasme spirituel, alors effectivement je n'exerce pas le métier d'enseignant.

 

Pour le prochain ministre de l'Education Nationale, mon programme de l'école élémentaire est simple.

Suppression de l'apprentissage de la langue étrangère, suppression de l'apprentissage de l'informatique, suppression de la moitié du programme de français (le subjonctif par exemple...), suppression de l'Histoire des Arts, suppression de la moitié du programme d'Histoire (culture humaniste, la vaste supercherie...).

Tout le temps libéré sera consacré aux débats philosophiques. Que ceux ou celles qui ne se sentent pas capables de le faire, entament déjà un débat philosophique envers eux-mêmes. Que ceux ou celles que ça n'intéresse pas laissent la place. Et que le recrutement pour la voie enseignante se fasse sur le cheminement existentiel des individus et non sur un master en architecture ou autre aberration du même genre...Le cursus scolaire n'a aucun intérêt si ça n'est qu'une adhésion aveugle à la Tradition.  

Lettres aux écoles 2

Par Le 01/04/2012

"Le savoir ne conduit pas à l'intelligence. Nous accumulons beaucoup de savoir sur bien des choses, mais il semble presque impossible d'agir intelligemment selon ce que nous avons appris. Les écoles, les collèges, les universités cultivent les connaissances sur l'univers, la science, l'économie, la techonologie, la psychologie mais ces établissements aident rarement un être humain à exceller dans la vie de tous les jours. Les savants soutiennent que les êtres humains ne peuvent évoluer que grâce à de vastes accumulations d'informations et de connaissances. L'homme a pourtant vécu des milliers et des milliers de guerres. Il a amassé beaucoup de connaissances sur les diverses façons de tuer et ce sont précisément ces connaissances qui l'empêchent de mettre fin à toutes ces guerres. Nous acceptons les guerres comme une façon de vivre et toutes les brutalités, la violence et le meurtre comme faisant partie du cours normal de notre vie. Nous savons que nous ne devons pas tuer notre prochain mais le fait de le savoir reste totalement étranger à l'acte de tuer. Le savoir n'empêche pas de tuer les animaux et de détruire la terre. Le savoir ne peut pas fonctionner au moyen de l'intelligence mais l'intelligence peut fonctionner en utilisant le savoir. Le savoir ne peut résoudre nos problèmes humains. C'est l'intelligence qui le peut. "


Un regard sur l'Histoire montre à quel point tout cela est exact. Les progrès de la médecine sont des progrès mécaniques, les progrès de la qualité de vie sont des progrès mécaniques. Même s'ils représentent une avancée qu'il n'est pas question de renier, ils sont vides d'une substance pourtant indispensable. C'est cette intelligence. Ce regard existentiel sur le réel. Et non seulement sur la réalité.

L'école s'attache à transmettre les connaissances qui entretiennent la réalité mais à travers le voile des conditionnements. Il ne s'agit pas de tendre vers un individu lucide, capable d'une observation de tous les phénomènes inhérents à cette réalité mais uniquement de conduire l'individu à un statut de citoyen consommateur.

La crise actuelle fait d'ailleurs voler en éclat bien des illusions. A travers les générations, le rôle de l'école a été de porter les enfants à un statut social plus favorable que celui des parents. Les études sont destinées à fournir un diplôme et une qualité de vie supérieure à cette vie des ancêtres. L'objectif a pu être atteint depuis plusieurs générations parce que la croissance économique répondait aux ambitions. Des ambitions honorables. Mes parents ont eu une vie professionnelle bien plus difficile que la mienne. Je ne parle pas de celle de mes grands-parents. Je ne renie pas les structures qui m'ont permis de devenir instituteur.

Mais on voit bien aujourd'hui le désoeuvrement des adultes qui voient s'effondrer leurs désirs de participer à cette vie sociale proportionnellement à leur engagement dans les études. Le cas de la jeunesse espagnole est dramatique. Ces gens qui se considèrent comme "inexistants", vides de tout, abandonnés. Loin de moi l'idée de les critiquer. Ils ne sont que des victimes d'un fonctionnement archaïque. Tout ce savoir qui se révèle inapplicable se transforme en gouffre, un néant qui les absorbe parce que toute leur existence s'est construite sur ce concept. Le savoir devait les projeter vers le haut mais c'était en fait une échelle mouvante et elle vacille, elle tremble, elle projette en bas les moins solides. Le système sauve toujours en priorité les individus les plus rentables. D'autres chercheront dans des voies parallèles et non "légales" à sauver leur mise. Et puis certains en s'écroulant emporteront avec eux des victimes choisies au hasard des rencontres. Les quatre adolescents qui ont abattu leur "camarade" et brûlé son corps. Désoeuvrement, le vide des existences, aucune valeur humaine, juste une errance nourrie par le désoeuvrement des adultes, par les images multiples d'un monde sordide. Ces drames ont toujours existé. Ils ne sont pas modernes. Ce qui l'est par contre, c'est leur mise à jour à une échelle gigantesque. Le même fonctionnement pervers que celui de "l'art" qui utilise la violence, la folie, toutes les dérives les plus épouvantables. La télévision n'est pas responsable, l'art n'est pas un multiplicateur. Tout ça n'est qu'un reflet. Le miroir n'est pas la réalité. Que des individus choisissent d'agrandir la dimension du miroir ne change pas cette réalité. Elle peut avoir un effet facilitateur sur des individus qui sont sur le fil du rasoir. C'est certain. Mais il est inutile d'analyser l'image reflétée. Cette futilité qui consiste à condamner les projecteurs d'images, c'est consternant.

Si l'éducation n'est pas au service de l'intelligence, si elle ne favorise pas le développement intérieur, si elle ne stimule pas les explorations émotionnelles, les observations lucides, si elle se soumet uniquement à l'accumulation des savoirs avec une unique intention sociale, alors elle fabrique les scissions, les ruptures, les désillusions, les échecs, les images brisées d'une réalité inaccessible.

Cette impression de voir pousser des plantes alors qu'elles ne sont plus ancrées dans la terre. C'est une élévation illusoire, une suspension au-dessus d'un vide existentiel. Certains parviendront, par tous les moyens, à se maintenir dans des altitudes favorables à l'assouvissement de leurs désirs. Beaucoup retomberont au sol.

  Est-ce que l'école doit participer à cette réalité, est-ce que l'école a pour mission d'englober les individus dans l'illusoire ascension sociale ?

Il n'est pas question de brûler le système. Il s'agit de l'amener à s'observer. Mais le système en lui-même n'existe pas...Chaque individu construit le système. Il devient nécessaire de mettre un voile sur le miroir. De se détacher du reflet et d'apprendre à ne plus apprendre les reflets. C'est à la source intérieure qu'il faut remonter. 

 

Lettres aux écoles : Krishnamurti (1)

Par Le 31/03/2012

LETTRES AUX ECOLES

Un ouvrage indispensable, incontournable et méconnu...

 

Je le relis pour la nième fois.

 

 


 

"Quand l'enseignant et l'enseigné ont à coeur de comprendre vraiment l'importance extraordinaire de la relation, ils établissent alors entre eux, dans l'école, une relation juste. Cela fait partie de l'éducation et a une autre dimension que le simple enseignement des matières scolaires...

La relation requiert beaucoup d'intelligence. On ne l'acquiert pas en achetant un livre et on ne peut pas l'enseigner. Elle n'est pas la somme d'une grande expérience. Le savoir n'est pas l'intelligence. L'intelligence peut se servir du savoir. Le savoir peut être astucieux, brillant et utilitaire mais ce n'est pas l'intelligence. L'intelligence apparaît naturellement et facilement quand on perçoit toute la nature et la structure de la relation. C'est pourquoi il importe d'avoir du loisir afin que le maître et l'élève puissent calmement et sérieusement parler de leur relation dans laquelle ils percevront leurs vraies réactions, leurs susceptibilités et les barrières qui les séparent, au lieu de les imaginer et de les déformer pour se faire plaisir mutuellement ou bien de les supprimer pour amadouer l'autre."

Krishnamurti


 

L'immense problème au regard de cette relation vient du fait que les enfants rencontrent immanquablement dans leur parcours scolaire, cet enseignant qui n'agit que frontalement, qui nourrit et entretient les conflits par son attitude destructrice. Dès lors, la peur est ancrée. La peur de revivre ce cauchemar. Si un autre ensignant cherche pour sa part à établir une relation juste, cette peur va se muer en colère, un sentiment de revanche, au plus profond de l'inconscient, comme un traumatisme qui remonte à la surface, des émotions bridées, étouffées, qui soudainement jaillissent parce que l'enfant sent que les menaces n'existent plus, que le danger est inexistant. Au lieu de profiter de cette situation favorable, la peur emmagasinée, l'humiliation vécue, la colère ressassée, vont guider cette révolte jusque-là contenue. C'est comme un ressort comprimé qui reprend sa forme initiale mais en portant désormais les traces des coups reçus. La justesse du comportement est rendue impossible par la souffrance. Même si l'enseignant concerné n'en est pas responsable. Il faudrait à l'enfant une aide immense pour qu'il parvienne à établir en lui l'observation de sa dérive. Mais le courant a également une force immense... C'est pour l'enseignant un travail gigantesque. Il doit avant même de pouvoir oeuvrer à cette "intelligence" libérer l'esprit de ce qui l'encombre. Un travail bien plus long qu'il n'en a fallu pour que le traumatisme s'installe.

Imaginons maintenant qu'il ne s'agisse pas d'un seul enseignant humiliant mais de plusieurs...Et pendant plusieurs années...

Que deviendra cette intelligence ? Elle sera fossilisée dans la douleur. Quant au savoir, il sera limité par la place prise par cette douleur.


 

"La bonté (Intelligence, Plénitude, Lucidité) ne peut s'épanouir dans un climat de peur. Il existe toutes sortes de peurs, la peur immédiate et la peur à venir. La peur n'est pas un concept mais l'explication de la peur est conceptuelle et ces explications varient d'un spécialiste à l'autre ou d'un intellectuel à l'autre mais l'explication n'est pas importante. Ce qui compte, c'est d'affronter le fait même de la peur.

L'enseignant, ne doit pas éveiller la peur chez l'élève. La peur, sous toutes ses formes, rend l'esprit infirme, entraîne la destruction de la sensibilité et un rétrécissement des sens. La peur est le lourd fardeau que l'homme a toujours porté. Elle a donné naissance à diverses formes de superstition, religieuse ou scientifique. On vit désormais dans un monde de faux-semblants et le monde conceptuel dans son essence est né de la peur.

Si dans la relation, il existe la moindre crainte, l'enseignant ne peut pas aider l'élève à se libérer de ses peurs. L'élève arrive avec tout un arrière-plan dans lequel existent la peur, l'autorité et toutes sortes de tensions."


 

Il est aisé de comprendre qu'aucun enseignant ne peut accompagner un enfant s'il n'a lui-même instauré l'observation constante, approfondie, honnête, lucide de ses propres peurs.

Combien d'enseignants ont réellement accompli cette tâche ? 


"Affronter le réel, le présent et la peur est la plus haute tâche de l'enseignant ou de l'éducateur. Il lui appartient non pas de promouvor seulement un excellent niveau scolaire mais, ce qui est bien plus important, de donner à l'élève et à lui-même la liberté psychologique. Quand vous comprenez la nature de la liberté, vous éliminez alors toute compétition, que ce soit sur le terrain des jeux ou dans la salle de classe. Est-il possible d'éliminer complétement l'évaluation comparative sur le plan scolaire et sur le plan éthique ? Est-il posible d'aider l'élève à ne pas penser en termes de compétition dans le domaine scolaire, tout en excellant dans ses études, ses actes et sa vie quotidienne ? Veuillez garder présent à l'esprit que notre objet est l'épanouissement de la bonté et que cet épanouissement est impossible là où existe la moindre compétition. La compétition n'existe que lorsqu'il y a comparaison et la comparaison n'engendre pas l'excellence.

Nos écoles ont été crées non pas pour former de simples carriéristes mais pour promouvoir l'excellence de l'esprit. "


Apprentissage de l'absence

Par Le 29/03/2012

L'enseignement tel qu'il est pratiqué est un apprentissage de l'absence dès lors que le retour vers soi est nié. L'intention d'un enseignant est de former l'enseigné à une réponse mais sans que le fonctionnement inhérent à cette réponse soit analysé. Il s'agit bel et bien d'une violence parce que l'enseigné subit un apprentissage dans lequel il n'existe pas mais qui est destiné à lui donner une certaine existence ; une existence qui correspond à ce que l'enseignant attend. Il n'est pas question pour l'enseigné de "se" connaître mais juste de connaître. C'est le combat entre l'avoir et l'être.

"J'ai la bonne réponse mais je ne sais pas, en moi, qui connaît la réponse. Je ne suis pas celui qui connaît mais celui que l'enseignant à former à savoir. "

L'enseignement est une camisole de force dès lors qu'il n'est pas initialement porté par le développement existentiel de l'enseigné. Et il ne faut pas s'étonner que les enseignés finissent par se rebeller contre l'autorité qui enseigne. Si l'enseignement ne conduit pas l'enseigné à oeuvrer à sa propre connaissance mais uniquement à une connaissance technique, de quelque ordre qu'elle soit, il ne s'agit que de la possibilité donnée aux enseignants de se conforter dans l'accomplissement d'une tâche cognitive et les enseignés qui n'y parviennent pas deviennent des résistants qu'il faut forcer à la soumission. 

L'enseignement est un acte violent à travers lequel l'absence des enseignés est réclamée. Une absence existentielle. Chaque individu possède une nature. Dans une classe d'école primaire, ces individus sont des enfants. Leur fonction est d'être élève. Si la fonction prend le pas sur la nature et finit par s'imposer comme une identification, l'enseignement agit en sorte que l'élève soit présent et l'enfant absent. Il est indispensable d'établir une distinction extrêmement claire entre ce que l'enfant fait et qui correspond à une fonction provisoire et sa nature d'enfant. Si cette nature est bafouée parce que la fonction le condamne à porter une étiquette qui peut se révéler dévastatrice au regard de l'enseignant, l'enfant n'est plus.

Cette violence-là est éminemment destructrice.

L'énorme problème posé par les enseignements programmés, c'est justement qu'ils sont programmés. Impossible d'y échapper. Dès lors, il est absolument vital de les accompagner d'une démarche existentielle, philosophique, un regard intérieur, un ancrage sur le réel et non seulement sur cette réalité rapportée. Le réel est intérieur, la réalité est extérieure. Si cette réalité s'impose, il est évident que se posera un jour ou l'autre de savoir qui est "réellement" là. L'enfant ou l'élève. S'il ne reste que l'élève et que l'enfant n'a fait que subir et se conforter aux apprentissages, c'est une perdition de soi qui s'est jouée pendant des années.

Que reste-t-il de nos enfants quand ils quittent le système scolaire ? Ont-il perdu en cours de route l'être réel ? S'est -il métamorphosé en diplômé ? Mais qui est diplômé ? Juste un élève ou un individu éveillé à soi ? Qu'a-t-il appris sur lui ? Juste qu'il a été un bon élève ? Et maintenant que se termine cette perdition de soi, comment va se dérouler la suite ? Eh bien, le désastre continuera mais en étant salarié...Etre payé pour se perdre...Mais se réjouir de pouvoir enfin consommer et d'apaiser les douleurs...Parce qu'elles sont toujours là les douleurs. Fossilisées. Et elles sont rentables, elles participent à la croissance puisqu'il faut bien les taire. Consommer, consommer, s'agiter, appréhender la réalité proposée en s'illusionnant de certitudes.

Le conditionnement de l'enfance a fini son oeuvre.

L'adulte est là.

Et puis parfois, la bombe des émotions ravalées explose. La réalité n'est plus qu'un cauchemar et l'être réel est mort. Il a tout perdu. La réalité et le réel. Il n'y a plus rien. Crise économique, crise amoureuse, crise familiale, crise professionnelle...Toutes les étiquettes se déchirent. Il ne reste que la haine, la violence, la folie, le fanatisme, l'errance. Plus aucune estime de soi puisque la réalité est un cauchemar et que l'individu ne se croyait exister qu'à travers cette réalité. Le mal est fait. Il ne reste qu'à le propager. Plus aucune estime pour les autres. Et c'est alors que faire du mal finit par faire du bien. Tout a volé en éclat. Plus aucune valeur humaine puisque cet être réel est mort depuis longtemps.

 

Je suis effaré parfois d'imaginer que parmi les enfants que je croise, il y aura peut-être un adulte assassin. Car tous les assassins ont été enfants, élèves, étudiants, diplômés, salariés ou "cancres" et chômeurs. Cette réalité qui est imposée à chaque individu est un champ de batailles. On y trouve les armes, on apprend même aux enfants à s'en servir. La compétition, la comparaison, le classement, l'honneur ou l'humiliation. 

 

Et je vis là-dedans depuis trente ans. Je croise des vies pendant dix mois de classe. Pendant dix mois, je tente de dresser devant eux le miroir de ce qu'ils sont, l'horizon de ce qu'ils veulent être. Non pas dans la réalité mais dans le réel.

 

Dans quelque semaines, un nouveau Président nommera un nouveau Ministre de l'Education Nationale. Et "on" nous dira qu'on ne sy' prenait pas comme il faut mais que maintenant, tout va aller beaucoup mieux parce qu'on va nous apprendre à travailler correctement.

 

Et je continuerai à oeuvrer pour le réel. Nature et fonction. Jamais dans l'ordre inverse.

Musique

Par Le 28/03/2012

Voilà un moment que je n'avais pas été bouleversé par une musique...C'est fait.

Dans dix mille ans.

Par Le 28/03/2012

"Le plus grand bonheur de l'homme qui réfléchit, c'est, après avoir cherché à comprendre ce qui peut être compris, d'adorer ce qui est incompréhensible. "

Goethe


"L'homme ne doit jamais cesser de croire que l'incompréhensible peut se comprendre, sans cela il renoncerait aux recherches. "

Goethe


 

Au regard des drames incessants générés par l'espèce humaine, il m'est impossible d'adorer l'incompréhension qui en résulte.

Pour avoir lu quelque peu Goethe, je sais qu'il s'agissait chez lui de l'intuition créatrice. Je ne suis pas celui qui crée mais celui qui perçoit "ce qui crée en moi". Le domaine de l'ineffable contenu dans l'âme ou l'esprit ou toute autre entité inexplorée par la raison.

Une distinction dès lors entre l'incompréhension perçue par le mental et celle qui concerne la dimension spirituelle de l'individu.

Il est donc question de chercher à comprendre les fonctionnements de l'humain et par conséquent ses dysfonctionnements, sans pour autant exclure ou ignorer dans cette quête rationnelle, l'inexpliqué, l'irrationnel, l'incompréhensible. Non, parce que cet espace restera inaccessible mais parce qu'il s'agit d'user d'une autre méthode.

"La grandeur de l'homme, c'est qu'il est un pont et non une fin. "


Nietzsche

Le piège du rationnel déploie ses entraves lorsque l'homme finit par être persuadé que la dimension rationnelle, scientifique, sociale, cognitive, expérimentale suffit à dresser un état des lieux.

Nous sommes d'un lieu dont nous n'avons pas la carte. Et de tirer quelques traits sur l’ineffable ne dessine pas l'Univers.

 

Il restera inévitablement pour moi une question essentielle :

La présence de l'espèce humaine répond-elle à une finalité?

Y-a-t-il dans cette Création une intention insaisissable ?

Si c'est non, alors il ne reste qu'à tenter de gérer au mieux ou au moins pire, les aléas du hasard, nourri par les egos tourmentés.
Développer les connaissances, expliquer les comment, cartographier le visible, panser les plaies des pensées déplaisantes, rectifier les choix après en avoir subi les conséquences. Les occasions ne manquent pas. Chaque lever de soleil dévoile les effets nocifs des egos intoxiqués.

 

Si c'est oui, alors il reste à accepter l'idée que nous sommes un pont. Non pas une multitude de ponts identifiés à des egos individualisés mais "UN" pont vers une dimension inconnue.

Le concept déifié est suranné. Il a depuis longtemps montré les déviances qu'il génère. L'humain ne peut pas être un pont bâti avec du béton armé. Les citadelles ont des portes closes. S'il ne s'agit que d'un pont levis cloisonnant les enceintes, rien n'est possible. Et les Dieux anciens ne sont que des seigneurs armés.

L'intention ne se lit pas dans les Textes sacrés dès lors que leurs interprétations sont des sacrements honorant les egos, les scissions, les barrières, les contrôles identitaires à l'entrée des ponts levis.

Où se cache l'intention ?

"L'Univers est une vaste pensée. En chaque particule, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule de matière, vit et œuvre, à l'insu de tous, une omniprésence. "

Jean Guitton.

La Nature se pense et nous en sommes ses excroissances. Nulle entité à l'image de l'homme, nul Dieu dispensant des paroles, nul prophète annonçant des paradis. Tout est ici. « Le labeur des brins d'herbe n'a pas moins d'importance que le tournoiement des étoiles » écrivait Walt Whitman, le chant de la mésange a des intonations liturgiques, le frissonnement des arbres dans la brise est une messe à entendre. Quand on ferme les portes des églises, on ne voit plus le ciel, ni les montagnes, ni les nuages, et quand on chante des louanges, on n'entend plus les mésanges.

Les temples sont des autels à sacrifices. Des arrachements d'âmes et des congélations de cœur.

Tout est déjà là. Il n'y avait rien à bâtir, rien à écrire, rien à inventer. Nous n'avions qu'à jouir du présent et nous nous sommes acharnés à l'envelopper de papiers décoratifs jusqu'à en oublier le trésor. Et chaque parcelle de l'humanité se bat pour imposer ses propres enluminures.

 

Je n'attends rien de la science. Ni de la physique quantique ni du reste. A moins que les explorateurs s’abstiennent enfin de planter un drapeau au sommet de leurs connaissances.

Comme un étendard à la pointe de leur donjon.

 

Toujours des citadelles et des seigneurs armés entretenant des contingents d’adorateurs.

La poésie a un avantage incontournable. Elle ne cherche pas à expliquer, elle sait déjà et se plaît à aimer, simplement.

C’est sans doute ce que Goethe voulait exprimer dans cette idée de « l’incompréhensible. »

 Cet amour-là existera-t-il dans dix mille ans ? Cet amour de la Terre et de l’espace intérieur dont elle est le reflet.

Joe Kals

Par Le 25/03/2012

Il est arrivé ...

L'amour entre les peuples. (humanisme)

Par Le 25/03/2012

Par-delà les gouvernements

 


Quand Israéliens et Iraniens se déclarent leur amour

 

Créé le 20-03-2012 à 18h03 - Mis à jour à 18h18      9 réactions

Parti de l'initiative d'un enseignant en graphisme, "We love you" est devenu en un week-end un véritable phénomène.

 
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Une des photos postées sur le compte Facebook de la campagne (DR)

Une des photos postées sur le compte Facebook de la campagne (DR)

Une initiative israélienne consistant à déclarer son "amour" aux Iraniens, s’est transformée en véritable phénomène durant le week-end dernier sur Facebook, où les deux camps s’échangent leurs messages de paix.

L’idée de cette campagne est venue à Ronny Edry, un enseignant en graphisme israélien de gauche, qui regrettait de ne discuter qu’avec des gens partageants ses opinions. "Sur ma page Facebook, j’ai des amis de gauche qui parlent toujours de ce genre de chose", explique-t-il au quotidien israélien Haaretz ; "ils sont tous du même avis que moi. Quelque fois, quelqu’un de droite me répond en disant que ce que nous disons est stupide, mais je n’ai jamais parlé à un Iranien. Donc je me suis dit :

pourquoi ne pas essayer de contacter l’autre côté, de contourner les généraux et voir s’ils me détestent vraiment ?"

Avec l’aide de sa femme et de ses étudiants d’une école préparatoire de graphisme et de design, Ronny Edry a donc réalisé des posters sur une idée simple : prendre une photo de soi et juste ajouter comme message :

Iraniens. Nous ne bombarderons jamais votre pays. Nous vous aimons."

Ces premiers posters, mis en ligne sur Facebook samedi, étaient accompagnés du texte explicatif suivant:

Au peuple iranien, à tous les pères, les mères, les enfants, les frères et les sœurs, pour qu’il y ait une guerre entre nous, nous devons tout d’abord avoir peur les uns des autres, nous devons nous détester. Je n’ai pas peur de vous, je ne vous déteste pas. Je ne vous connais même pas. Aucun Iranien ne m’a jamais fait de mal. Je ne suis pas un représentant officiel de mon pays. Je suis un père et un enseignant. Nous vous aimons. Nous ne vous voulons pas de mal. Au contraire, nous voulons vous rencontrer, boire un café et parler de sport".

Au début, Ronny Edry reçoit majoritairement des critiques négatives. "Après le premier poster, les gens ont commencé à me critiquer, en me disant que je suis un idiot, que je suis naïf". Mais en quelques heures, le buzz commence à prendre et les internautes font circuler les posters tandis que s’accumulent des centaines de "Likes". Et très vite, les premières réactions parviennent du côté iranien, tout d’abord via des messages privés et de discrètes demandes d’amitié. Mais, peu à peu, le dialogue s’instaure et l’enseignant israélien se retrouve au milieu de quelque chose qui le dépasse.

"Quelque chose de fou"

"Je n’aurais jamais imaginé qu’au bout de 48 heures je serais en train de parler à l’autre côté. (…) Il se passe quelque chose de fou", raconte-t-il ainsi le samedi à Haaretz. Mais dans un premier temps, ses interlocuteurs iraniens refusent de donner des photos d’eux, craignant des représailles dans leur pays.

Puis, le dimanche, les premiers messages iraniens sont postés. "Nous vous aimons également. Vos mots nous parviennent malgré la censure (…)", dit ainsi l’un des premiers iraniens à écrire à Ronny. "Le peuple iranien, en dehors de son gouvernement, n’a aucune rancune ni animosité contre qui que ce soit, et en particulier contre les Israéliens".

Depuis, les messages se multiplient des deux côtés, et les Iraniens ont également commencé à faire circuler leurs propres posters, avec, en réponse, inscrit le message suivant :

Mes amis Israéliens. Je ne vous déteste pas. Je ne veux pas la guerre"

L’affaire, relayée par les médias israéliens, est devenue en un week-end un véritable phénomène et dispose maintenant de son propre compte Facebook et site internet. De son côté, Ronny Edry a décidé de passer la vitesse supérieure en demandant aux internautes de financer une campagne d’affichage dans les grandes villes et les journaux, le but ultime étant de s’offrir les fameux écrans géants de Times Square pour y diffuser les messages de paix.

Ronny Edry a à cette occasion postée une vidéo expliquant sa démarche.

 
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Vos réactions (9)

Petit Suisse

Petit Suisse a posté le 21-03-2012 à 16:09

encore un gauchiste... primo/humaniste etc...
(propos iconoclastes)
Bravo !

Cathy Sarda

Cathy Sarda a posté le 21-03-2012 à 13:26

Paraphysique de l ' anarchisme ( suite sur thx1138 poèmes , Patrice Faubert )


Toute étiquette est compromettante .
Une petite étude , sur la critique de la séparation , et de son interprétation .
Se méfier des étiquettes , car n ' importe qui , peut se dire n ' importe quoi .
Quand nous embrassons une personne cela met en jeu 34 muscles faciaux , et nous n ' avons pas la moindre conscience de ce phénomène physiologique .
Quand nous avons des céphalalgies , nous incriminons notre encéphale , alors qu ' il est indolore , car ce sont en fait , nos douze paires de nerfs crâniens qui sont sous pression .
Et je pourrais ajouter des tas de quand ceci , et des tas de quand cela , ceci juste pour réfléchir au fait , que nous ne sommes que des paquets d ' inconscience .
Et c ' est avec ces valises d ' inconscience , que nous pensons , que nous raisonnons , que nous réfléchissons , que nous exprimons telle ou telle opinion . Bref , que nous vivons . Et nous nous tuons aussi , pour des paquets d ' inconscience ...


" Si nous voyons , entendons et éprouvons en général une très grande mesure comme nous le faisons , c ' est parce que les habitudes linguistiques de notre communauté nous prédisposent à certains choix d ' interprétation . "


Edward Sapir ( 1884 - 1939 ) linguiste et anthropologue



Une digression à propos de la brochure " la F"A" et les situationnistes " de Guy Bodson , qui se trouve dans ma bibliothèque , et ce , dep

Gabriel Tisserand

Gabriel Tisserand a posté le 21-03-2012 à 13:20

C'est pour quand, le faire part de mariage ? de toute façon, ce serait un PAX !

Lucile Orchidee

Lucile Orchidee a posté le 21-03-2012 à 12:32

bravo pour cette belle initiative qui pourra aller à l'encontre de ce qui est, peut-être programmé, hélas, lire ceci :

http://www.alterinfo.net/Toulouse-Strategie-du-chaos-deliberee-Par-eva-R-sistons_a73330.html

BIG Mama

BIG Mama a posté le 21-03-2012 à 01:38

Qu'elle belle initiative, Bravo Monsieur; on ne peut que vous encourager et souhaiter que beaucoup d'Israéliens vous suivent . Un jour peut-être , vous écrirez PAIX en énormes lettres

Hocine Rabah Kerkarine

Hocine Rabah Kerkarine a posté le 20-03-2012 à 19:30

Essayer cette pratique avec le peuple Palestinien et vous vaincrez tous ceux qui ont interêt à ce que cette stupide guerre y compris vos dirigeants et les dirigeants arabes. vous ne perdez rien et ça en vaut la peine.

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"La zone"

Par Le 25/03/2012

Zonards 23/03/2012 à 17h35

« La zone », le mystérieux état second dont rêvent les sportifs

Renée Greusard | Journaliste Rue89
 
 
http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/03/23/la-zone-le-mysterieux-etat-second-dont-revent-les-sportifs-230425

« J'ai ressenti comme un étrange calme... Une sorte d'euphorie. » Ce sont les mots de Pelé, dans une biographie en 2006. Il parlait de ce que les psychologues appellent « la zone », « le flux » ou « le flow ».

Des mots mystérieux pour définir un Graal sportif. Un état où l'on gagne sans même l'avoir demandé. Car Pelé a aussi raconté :

« J'ai eu l'impression de pouvoir courir une journée entière sans fatigue, de pouvoir dribbler à travers toutes leurs équipes ou à travers tous, que je pouvais presque leur passer à travers physiquement. »

 

Julien Bois, chercheur en psychologie à l'université de Pau, explique que « le flux » est un état qui peut être ressenti dans bien des circonstances. Pas seulement le sport. On peut l'éprouver en lisant par exemple.

Il y a plusieurs critères pour définir cet état. Le principal est le suivant :

« C'est un moment où l'individu contrôle toutes ses pensées, toutes ses actions. Et pendant ce moment, le sujet a l'impression d'accomplir parfaitement chacun de ses gestes. »

Une transe ? « Comme chez les moines tibétains »

Paradoxe : si « la zone » est un état de contrôle, elle est aussi vécue comme un état second. Thomas Sammut, préparateur mental du cercle des nageurs de Marseille, parle même de « transe ».

« Ce n'est pas une extase mais c'est une sorte de transe. On ne ressent plus la douleur par exemple. “La zone” m'a souvent fait penser à des moines que j'ai rencontrés pendant un voyage au Tibet.

Ils sont dans un vrai travail de méditation. Pour devenir moines, ils doivent passer un test : on les mouille à 3000 mètres d'altitude et ils doivent se sécher seulement avec leur énergie corporelle. Pour accomplir un tel acte, il faut être dans la zone... »

Mais de par son mystère, « la zone » peut faire débat. Une transe ? Julien Bois n'est pas tout à fait d'accord.

« Il y a une perte de conscience de soi, notamment parce qu'on se fiche désormais de l'image qu'on peut renvoyer, mais cela n'empêche pas les athlètes d'être dans un contrôle de la situation. »

 

Stéphane Diagana, après avoir gagné un 400 mètres, aux championnats du monde d'athlétisme, à Athènes, en août 1997 (Jerry Lampen/Reuters)

« Pas un état dans lequel on se met, un état qu'on trouve »

Le chercheur de l'université de Pau préfère parler d'une concentration totale et noter que cet état exclut toute distraction possible.

« Un sportif sera ainsi complètement coupé du public, de l'idée de gagner, de la prime de match. »

Dernier critère majeur de « la zone » : quand on y est, la perception du temps est altérée.

Ces critères, si clairement énoncés, pourraient laisser croire que « la zone » est accessible à tous, avec un peu de travail. Les choses sont en réalité plus compliquées. Julien Bois explique :

« Ce n'est pas un état dans lequel on se met, c'est un état qu'on trouve. Et si vous prenez conscience que vous êtes en train d'accomplir quelque chose d'extraordinaire, vous vous déconcentrez, et vous sortez donc de “la zone.” »

Les préparateurs mentaux ne promettent donc jamais « la zone » à leurs athlètes. Ils tentent plutôt de s'en approcher le plus possible. Thomas Sammut explique travailler avec les sportifs sur leur connaissance d'eux-mêmes, leur identité.

« Il faut atteindre un état de sérénité, savoir qui l'on est, et si on a des doutes, les transformer en forces. »

Pour ce, il discute avec les sportifs, les sonde sur leur état mental. De son côté, Julien Bois, aussi préparateur mental d'athlètes, insiste sur la nécessité de faire travailler aux sportifs leur concentration.

« La focalisation, l'attention, ce sont des choses qui se travaillent. On utilise des techniques respiratoires qu'on retrouve aussi dans la yoga ou encore des techniques d'imagerie. On va demander au sportif de visualiser des paysages calmes par exemple. »

A la base du concept, une recherche sur le bonheur

En France, il n y a pas si longtemps de cela, le concept de « la zone » n'existait pas.

Il faut reconnaître qu'il pourrait faire penser à d'obscurs livres qu'on trouve dans les rayons « ésotérisme » et « développement personnel » des librairies s'il n'avait pas été théorisé par un grand psychologue hongrois, au nom imprononçable pour un Français.

C'est dans les années 80 que Mihaly Csikszentmihalyi, aujourd'hui professeur à l'université de Claremont en Californie, l'a formulé. Julien Bois :

« Ce qui est intéressant, c'est qu'à la base, il travaillait sur la question du bonheur. Que font les gens quand ils sont heureux ? Il s'est rendu compte qu'ils n'étaient généralement pas au bord d'une piscine un cocktail à la main, mais bien en train d'effectuer une activité, que ce soit de la musique ou du sport. »

« La psychologie du bonheur », le livre où il a couché ses travaux, a été publié aux Etats-Unis en 1990, mais il n'a été traduit en français qu'en 2004.

Il n'y a à notre connaissance, à ce jour, pas d'études neurologiques qui ont été menées pour éprouver les manifestations de ce phénomène avec IRM ou une méthode du même type. De tels tests seraient compliqués comme l'explique Julien Bois :

« Les techniques d'imagerie cérébrale nécessitent que les personnes sondées ne bougent pas, c'est donc compliqué d'imaginer une telle expérience avec des sportifs. »

« La zone » restera donc peut-être encore longtemps mystérieuse et les sportifs de haut niveau ne savent pas toujours la nommer. Trois d'entre eux ont accepté de nous en parler.

1

Franck Solforosi, 27 ans, rameur

« On entend un bruit de fond »

 

 

Franck Solforosi mène le « quatre de pointe poids léger » de la France aux championnats du monde de Munich (médaille d'argent) août 2007 (Alexandra Beier/Reuters)

J'ai pu ressentir cet état dans la dernière minute de certaines de mes courses. On entend un bruit de fond, vaguement une clameur, mais on ne sait pas ce qu'elle signifie. On ne sait plus si les cris sont encourageants ou pas.

Moi je choisis de les prendre positivement, je me dis que les gens sont en train de m'encourager.

Au niveau purement technique, on a plus de notion de ce qu'il se passe. On fait le geste sans trop y penser et on a l'impression de dominer tout ce qu'on fait.

2

Charles-Antoine Brezac, 26 ans, tennisman

« La sensation est agréable. On se sent hyper léger. »

 

 

Charles Antoine Brezac (DR)

J'ai vaguement entendu parler de « la zone », mais je ne savais pas que ça s'appelait comme ça. Quand ça m'est arrivé, j'étais souvent dans un état de fatigue physique. La sensation est agréable. On se sent hyper léger.

On sent qu'on n'est fixé que sur le principal. Il y a une perfection dans le geste. On sent bien la balle.

C'est un état parfait pour un sportif mais ça ne sert à rien de le chercher, c'est quelque chose qui arrive sans qu'on l'ait voulu. On ne l'attend pas.

3

Stéphane Diagana, 42 ans, ancien athlète

« La zone c'est un moment de grâce, de plaisir intense »

 

On a l'impression qu'on a le temps. Comme si l'action ralentissait le temps. Pour illustrer ça, je raconte souvent que j'ai des souvenirs, des tranches de vie, qui font l'épaisseur d'un trentième de seconde. Mais je me souviens qu'il s'est passé quelque chose de précis, que je me suis jeté sur la ligne d'une certaine manière par exemple.

 

Être dans la zone, c'est un moment de grâce, de plaisir intense où on a l'impression que c'est facile. C'est une question de disponibilité.

Je n'ai jamais ressenti « la zone » ailleurs que dans le sport. Le sport, c'est ce qui a fait que dans ma vie le millième de seconde a existé. Le sport dilate le temps et l'espace. Je crois que je ne serai plus jamais dans « la zone ».

Poésie

Par Le 25/03/2012

"J'ai cru connaître l'être autant que le non-être

J'ai cru percer à jour le haut comme le bas

Mais je ne connais rien si je ne puis connaître

L'Au-delà de l'ivresse en l'au-delà de moi. "

Omar Khayyâm


"Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par-delà le soleil, par-delà les éthers,

Par-delà les confins des sphères étoilées

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et comme un bon nageur qui se pâme dans

l'onde,

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde,

Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides. "

Charles Baudelaire.

 


 

 

 

 

 

Bonjour le Monde

Par Le 25/03/2012

Il fait beau, les oiseaux chantent, les neiges resplendissent sur les sommets.


Mis à jour le 25.03.12 à 09h04

Les forces de sécurité turques ont tué 15 militantes kurdes lors d'une intervention vendredi dans la province de Bitlis, près de la frontière avec l'Irak, a annoncé samedi le ministère de l'Intérieur.

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) compte des femmes dans ses rangs mais il est rare que tant de combattantes participent à des affrontements contre les forces turques.

Reuters

Je vais aller faire du vélo.
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