Articles de la-haut
Conflit
Un terrible dilemme...
Je prends un livre de Krishnamurti, n'importe lequel, j'ouvre à n'importe quelle page et je lis.
Des évidences, des chemins de paix intérieure.
Je vais sur google actualité ou sur n'importe quel site d'informations et je lis.
Et le conflit surgit.
Cette impression nauséeuse que rien dans l'organisation du monde ne favorise l'émergence d'une conscience unifiée et l'abandon des conditionnements.
Et puis cette seconde pensée qui me dit que si, malgré les innombrables philosophes et Maîtres, cette organisation est toujours valide, c'est qu'il y a une raison.
L'intérêt. Le pouvoir, l'argent, la puissance, la manipulation, la hiérarchie.
Si l'Humanité n'a pas évolué spirituellement, et à mon sens elle ne l'a pas fait, c'est parce que les résistances communautaires à cette évolution se sont montrées plus puissantes que les volontés individuelles.
Et c'est effroyablement désespérant.
Les films de guerre, de pouvoir, de destruction, la littérature à base de sérial killer, de boucheries, de découpages de viande et autres noirceurs innommables, tout ce qui fait le top ten de la "culture people" a encore de beaux jours à vivre.
Paris Match va sûrement doubler ses ventes avec les photos de l'assaut du Raid...Ou les visages des enfants assassinés.
Faut que je décroche moi... Je me fais du mal...Je tombe dans le piège...
André Lorulot
André Lorulot
André Lorulot, né Georges André Roulot, est un libre penseur et anarchiste individualiste français né le 23 octobre 1885 à Paris dans le quartier du Gros-Caillou et mort en 1963 à Herblay. Il exposa à de nombreuses reprises ses idées anticléricales, notamment dans son livre le plus célèbre Pourquoi je suis athée, paru en 1933 et préfacé par Han Ryner. Il a longtemps présidé la Fédération nationale de la libre pensée et dirigé son journal La Calotte.
À l'école, il se distingue pour ses aptitudes en histoire. La croyance en Dieu est pour lui un moyen de s'évader de la misère dans laquelle il vit, mais il perd la foi vers quinze ans. Il est contraint de quitter l'école à l'âge de quatorze ans pour travailler chez un éditeur parisien. Il devient petit à petit libre penseur, athée, matérialiste, antireligieux, démocrate, socialiste et s'engage dans la lutte sociale. Les premières manifestations auxquelles il participe sont organisées par la Libre Pensée.
Il lit Le Radical et La Petite République de Jean Jaurès, il s'abreuve des œuvres de Jules Guesde, de Lafargue et de Jean Jaurès, ainsi que des publications du Parti Ouvrier belge. Il hésite entre différents courants politiques et il est anarchiste un certain temps, mais écœuré par les divisions et les vaines querelles entre les partis progressistes (socialistes, anarchistes…).
Passionné par la lecture et l'écriture, il est directeur de la revue L'Anarchie de 1909 à 1911, puis il fonde L'Idée libre en 1911 et La Calotte en 1930, ce qui lui permet d'échapper à la censure des grands journaux face à ses idées révolutionnaires et son combat pour les droits des femmes.
Son entrée en politique coïncide avec le moment le plus polémique de l'affaire Dreyfus. Il se passionne pour ce combat qu'il mène aux côtés des dreyfusards libres penseurs, dont Émile Zola, Georges Clemenceau, Jean Jaurès et Sébastien Faure, et les républicains, socialistes, libertaires, syndicalistes. À l'école déjà, il prend la défense d'un de ses camarades, un Juif nommé Roos, et encaisse les coups avec lui. Ce fut sa « première prise de contact avec l'injustice ». Il dénonce les « faussaires de l'État-Major » et la « tourbe des décerveleurs antisémites ».
Mais il n' échappe pas à la justice qui le condamne plusieurs fois à des peines de prison tout au long de sa vie pour des motifs mineurs (avoir sifflé lors du passage du roi d'Espagne en visite à Paris en 1905, provocation de militaires à la désobéissance…). Il est notamment emprisonné un an pour avoir commenté une phrase antimilitariste d'Aristide Briand qui appelait à la révolte contre les officiers. Briand était alors Ministre de la Justice. « J'étais donc poursuivi par Briand pour avoir cité un texte de Briand », fait remarquer Lorulot. Son avocat était Gustave Hervé. En prison il collabore à plusieurs journaux sous des pseudonymes, dont le journal tchèque « Prace », mais la Censure impériale autrichienne coupait les trois-quarts de ses articles. Il est aussi condamné à 15 mois de prison pour sa brochure « L'Idole Patrie ».
Évolutions[modifier]
Il a participé à une expérience de société communiste à la Colonie libertaire de Saint-Germain-en-Laye. Il rencontra la militante anarchiste et enseignante Émilie Lamotte qui devint sa compagne jusqu'à la mort de celle-ci en 1909.
Après la première guerre mondiale il se consacre à la réorganisation de la Libre Pensée. Il s'éloigne petit à petit de l'anarchisme et soutient la Révolution bolchévique dans les années 1920.
En 1924, il fut initié franc-maçon à la Loge "L'Équerre" de Moulins.
En 1933 un passeport pour le Maroc lui est refusé par les autorités françaises. La raison en est que son nom figurait dans le dossier « Service des anarchistes », mais également que le gouvernement italien s'était plaint auprès du gouvernement français qu'il critiquait Mussolini dans ses conférences. Pour obtenir son passeport André Lorulot a dû prendre l'engagement de ne pas critiquer M. Mussolini au cours de ses conférences au Maroc. Mais pour se venger il débutait toutes ses conférences par : « Je me suis engagé, pour obtenir un passeport, à ne pas attaquer M. Mussolini. Ne soyez donc pas surpris de mon silence forcé et veuillez ne pas l'interpréter dans un sens défavorable ».
Il donne des conférences dans toute la France et en dehors sur des thèmes très divers, liés à l'actualité, tels que « Fusilleurs et Fusillés » au lendemain des fusillades de Narbonne et de Villeneuve-Saint-Georges, « Les vrais bandits » au moment de l'affaire des « bandits tragiques », « Dieu existe-t-il ? », « Morale laïque ou morale religieuse ? », « La faillite de la politique », « Peut-on vivre sans autorité ? », « Pour ou contre la dictature ? » au début de la Révolution russe, « La véritable éducation sexuelle », « La guerre en Abyssinie », « L'Espagne en feu », « L'Église et la Guerre », « Pourquoi je suis athée », « Pour ou contre la confession », « La vérité sur Lourdes », « L'Église et l'Amour », « Faut-il autoriser les congrégations ? », « L'Église et les travailleurs », « Peut-on vivre sans religion ? », « L'Église et le fascisme », « Faut-il croire aux miracles ? », « Un socialisme peut-il être chrétien ? », « La faillite du Christianisme », « Jésus-Christ a-t-il existé ? », « La religion peut-elle sauver le Monde ? », « Dieu », etc. Ce travailleur infatigable a publié un nombre impressionnant de brochures et a tenu 2 500 à 3 000 conférences. Il fait également de nombreux débats contradictoires avec les cléricaux.
Il est adhérent pendant de nombreuses années de la Société des Gens de Lettres mais il en démissionne pendant l'Occupation « parce que ladite Société faisait célébrer, avec l'argent des adhérents, des messes pour le repos de l'âme de certains écrivains ! »
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l'abbé Bergey de la Gironde demande son arrestation.
Décédé en mars 1963, Lorulot a été incinéré au Père Lachaise, en présence d'une foule émue. Il a été l'objet de très nombreux hommages de tout horizon (anarchie, partis politiques, franc-maçonnerie), en présence de nombreuses fédérations départementales de la Libre Pensée.
http://www.lombreduregard.com/lettres-recyclees/catechisme-du-parfait-mouton-andre-lorulot-extrait
Mélanie Talcott : blog : "L'ombre du regard"
Définition du Parfait Mouton
Êtes-vous un bon mouton ?
– J’ai l’orgueil d’être un Mouton Parfait.
Quels sont les principes du vrai Mouton ?
- Ce sont les principes de la Sainte Trinité Sociale : Je crois à l’Autorité ; je crois à la Routine ; je crois à l’Imitation.
Sur quoi ces principes sont-ils basés ?
– Ils sont basés sur l’Obéissance et la Soumission.
Comment dirigez-vous votre conduite ?
– J’exécute les ordres qui me sont donnés, sans les discuter ni même les examiner. J’observe pieusement les traditions de mes Ancêtres et les habitudes de mon entourage ; je fais ce qu’on a toujours fait ; je copie ce que font les autres.
Pourquoi le Mouton a-t-il été créé ?
– Pour être tondu. Il ne saurait exister pour le Mouton de satisfaction plus grande que celle qui consiste à être tondu très souvent. Tous les sacrifices et tous les renoncements sont agréables au cœur du Mouton.
Du chef et de l’Autorité
Comment êtes-vous devenu un Parfait Mouton ?
- Je n’ai eu aucun effort à fournir. Il m’a suffit au contraire de m’abandonner avec une complète inertie.
A quoi faut-il s’abandonner ?
- A l’autorité de nos chefs.
Quels sont donc vos chefs ?
- Nous ne les choisissons pas, ils s’imposent.
Pourquoi les laissez-vous donc s’imposer ?
- Parce que nous craignons de faire des efforts et d’engager une lutte, au cours de laquelle nous serions certainement vaincus, puisque nous sommes des Moutons.
Quels sentiments éprouvez-vous à l’égard de vos Chefs ?
- Des sentiments de crainte et d’admiration, parce qu’ils sont plus forts et plus volontaires que nous.
N’avez-vous jamais désiré devenir vous-même un Chef, afin d’exercer le commandement ?
- Je suis un Mouton trop Parfait pour me griser de semblables chimères. Je suis né pour être Mouton et je le resterai.
Vous ne souffrez donc pas de votre situation ?
- Pourquoi en souffrirai-je, puisqu’elle correspond, d’une façon parfaite, à mon état d’esprit, à ma conception de la vie ; je dirai même à mon tempérament physiologique….Un bon Mouton ne doit avoir aucune idée personnelle. Il est même préférable qu’il n’ait pas d’idée du tout…
Le Mouton a-t-il le droit de changer de Chef ?
- Oui, à condition que ce changement lui soit imposé par une contrainte extérieure. En aucun cas, il ne doit se permettre d’en changer lui-même. Si on lui impose un changement d’autorité, il doit se soumettre docilement et se ranger du côté du plus fort. Un bon Mouton doit bêler : « Vive Machin » avec autant d’entrain que « Vive le Pape ! » ou « Vive la République », si on lui commande.
Antiquité de l’esprit moutonnier
L’esprit Moutonnier est donc très ancien ?
- Il remonte aux premiers temps de l’Histoire…et même beaucoup plus haut. Nos premiers et très lointains ancêtres étaient déjà des Moutons ! ! L’Homme ne descend donc pas du Singe, mais du Mouton.
Donnez des renseignements à ce sujet
– Les premiers Hommes étaient des Moutons plus parfaits que ceux d’aujourd’hui, car l’esprit moutonnier a malheureusement tendance à s’affaiblir et à perdre du terrain. Le clan primitif n’aurait pu se maintenir si les liens qui unissaient nos sauvages précurseurs n’avaient été solidement cimentés. La tribu vivait dans une discipline sévère ; ses membres obéissaient à un chef implacable, qui possédait sur eux le droit de vie et de mort. Au sein même de la famille, le père avait également le droit de tuer sa femme et ses enfants, lorsque bon lui semblait. La religion de ces hommes, fort voisine encore de la sorcellerie, exerçait sur leurs actions un contrôle de tous les instants. Le moindre manquement, la plus légère violation des règles communes, entraînait le massacre immédiat du réfractaire.
Cet état d’esprit s’est-il perpétué dans les sociétés civilisées ?
– Ce qu’on appelle Civilisation ne peut manquer d’amoindrir la servilité des sujets, car le progrès des connaissances humaines rend l’individu moins facile à domestiquer. Les dirigeants sont obligés de faire davantage de concessions quand les masses sont trop éclairées. Mais notre principe reste inattaquable et l’on y revient toujours : les sociétés les plus autoritaires sont également les plus durables.
De la vie personnelle du Mouton
Êtes-vous heureux ?
- La vie du Mouton est beaucoup plus agréable que ne le supposent les esprits forts. Nous n’avons aucun souci à nous faire. Il nous suffit, comme je vous l’ai déjà dit, d’exécuter les ordres qui nous sont donnés.
Parlez de votre vie personnelle.
- Le Mouton n’a pas d’autres satisfactions que les satisfactions collectives.
Quelles sont les distractions du bon Mouton ?
- Toutes celles qu’il peut partager avec les autres Moutons. L’Individu ne vaut que par la Société, et n’existe que pour elle. Certains prétendent que l’Individu a le droit de vivre pour lui-même. Il ne faut pas les écouter. Ce sont des personnages subversifs et destructeurs de toute Morale et de toute Civilisation. L’Individu doit vivre uniquement pour la Société. L’esprit moutonnier doit être considéré comme le fondement de toutes nos institutions.
Pensez-vous que l’esprit moutonnier puisse être remplacé par d’autres principes ou par un autre idéal ?
- Cela est impossible. Rien de durable et de grand ne s’est fait dans le monde que par la Discipline aveugle. L’Individualisme, voilà l’ennemi !
André Lorulot…
Et maintenant ?
Et bien, les services de renseignement vont continuer leurs enquêtes, elles vont chercher des complicités, les familles vont pleurer les victimes, les voisins vont reprendre leurs existences, les politiciens vont continuer leur campagne, ceux qui sont en place vont sûrement chercher à être plus performants...
Plus performants...
Mais toujours dans le même registre. Rien de fondamental ne sera remis en question.
J'ai du mal encore à avoir une vision claire de tout ce que ce drame génère en moi. Comme si des années de réflexions venaient de me sauter à la gorge. Vous vous demandez sans doute, lecteurs et lectrices, pourquoi j'attache autant de temps à essayer de comprendre ce qui s'est passé mais, existentiellement, je pense que tout ça valide ce cheminement philosophique que je tente de mettre en place ici et dans ma vie.
Ce qui me désespère quelque peu, c'est d'imaginer l'ampleur de la tâche dans ce renversement complet du paradigme identitaire.
Tout ce qu'il faudrait abandonner... C'est absolument gigantesque.
Juste un constat très simple.
Aucun enfant n'aurait idée de tuer un semblable pour une question de religion, pour une question de territoire, d'Histoire, d'honneur (Pour les autres "valeurs" menant au meurtre, voir les adultes...)
En parler avec eux suffit à les révulser. Je me demande d'ailleurs s'il est si "éducatif" d'enseigner l'Histoire. Cette impression que le monde adulte insère dans leurs esprits, l'idée effroyable que l'Histoire de l'Humanité n'est qu'une succession épouvantable de conflits, de guerres, de souffrances et que finalement, ça a un côté "normal" puisque ça dure depuis la Préhistoire... Il est indispensable en tout cas de porter une attention bienveillante aux progrès...La médecine, l'hygiène, l'espérance de vie, la mortalité infantile, l'éradication partielle des épidémies, la disparition partielle de l'esclavage, la situation des enfants, la lutte féminine, les loisirs, la qualité de vie, le partage des richesses...(oups...pas au point ça...). La liste des progrès est immanquablement ternie par les désastres en cours.
Guerres, assassinats, prostitution infantile, pédophilie, viols, tortures, misère, exploitation des enfants, déforestation, pollution des sols, pollution de l'eau, de l'air, de la nourriture, empoisonnement de la vie...(Pas le courage de finir la liste...)
J'en reviens donc inexorablement au même problème. Qu'en est-il de l'évolution spirituelle ?
L'évolution matérialiste montre ses limites depuis bien longtemps déjà. L'embrigadement identitaire vient de nous montrer, encore une fois, l'extrême folie qu'elle contient. Les folies à venir sont immanquablement en gestation puisque les "victimes" mettent en avant leurs identités communautaires. C'est une histoire de fous, en quelque sorte...
Syrie, Mali, Soudan, Afghanistan, Irak, Iran, Corée du Nord, Etats-Unis, (oui, oui, je les mets bien évidemment dans la liste). Liste non exhaustive bien entendu. (Pas le courage de la continuer. C'est d'ailleurs effarant de voir à quel point quand on essaie d'établir un état des lieux de l'Humanité, on peut être vite abattu...)
Je suis fatigué. Je n'arrive pas à dépasser le cadre du constat et à construire un autre paradigme, non pas parce que je ne parviendrais pas à l'imaginer mais parce que le travail titanesque que son adhésion représenterait relève de l'utopie la plus folle. Je suis par conséquent fou moi aussi...
Rendu fou par la folie des hommes.
Tiens, c'est curieux mais ce constat me renvoie de nouveau vers le tueur fou de Toulouse...
Vous en voulez encore un peu ? Lisez ce qui suit...
Un monde de fous... Je ne cautionne rien de tout ça mais le 11 septembre, par exemple, ça ne s'oublie pas...
Cette impression de fous (encore) que la Vérité, c'est tout ce qui ne se dit pas.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-etrange-relation-entre-mohamed-113234
L’étrange relation entre Mohamed Merah et Bernard Squarcini
Un jeune de banlieue particulièrement perturbé qui entre en confidence avec les fonctionnaires des services spéciaux français : on aura tout vu, décidément, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Car ne nous leurrons pas : c'est bien ce qui s'est passé, au point aujourdhui d'en arriver à regarder tout autrement ce qui s'est passé à Toulouse. En ce moment, on le voit tous les jours, les américains, via leurs drones tueurs, liquident un par un tous leurs anciens amis talibans. Sysématiquement. Ceux qui les ont tant aidés jadis à repousser les soviétiques en Afghanistan. J'avais écrit il y a quelque temps qu'ils effectuaient un solde de tout compte, ce faisant. Partir du pays, certes, mais en ne laissant derrière eux rien qui puisse ressurgir un jour de leurs agissements et de leurs compromissions avec ceux qu'ils vitupèrent tous les jours depuis qu'ils se sont retournés contre eux. En France, nous ne possédons pas de drone (sinon des copies israéliennes recarossées par Serge Dassault, pour nous les vendre à un prix exorbitant). Mais nous pratiquons de même, en éliminant ceux qui, à un moment de leur vie, ont pactisé avec des services placés aujourd'hui au pied du mur et forcés de révéler leurs liaisons douteuses. Et même apeurés par les possibles révélations, à en avoir pris les devants aujourd'hui dans les colonnes du Monde.
Mohammed Merah lui aurait dit, à lui où à un de ses fonctionnaires "de toute façon, je devais t'appeler pour te dire que j'avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j'allais te fumer (*)," finit par lâcher Bernard Squarcini dans une interview sollicitée au journal le Monde pour tenter de masquer son rôle délétère dans ce qui devient une histoire sordide, comme si les meurtres d'enfants d'une école juive ne l'avaient pas encore assez été. Qu'est-ce qui peut faire qu'un paumé de banlieue de 23 ans puisse parler sur ce ton à l'instance la plus haute, en France, des services de sécurité du pays ? D'où lui est venu cette familiarité, à ce jeune meurtrier qui écrivait pourtant à son juge sur un ton très respectueux ? Pourquoi en était-il arrivé à autant de familiarité avec ce fonctionnaire ou ses subordonnés ? Pourquoi en être arrivé à vouloir souhaiter tuer celui qu'il aura eu pendant des mois comme interlocuteur privilégié ? S'est-il senti trahi ? Pourquoi en est-il arrivé, avant de voir sa vie se terminer au bout de l'entonnoir qu'il s'était construit, ou qu'on lui avait fabriqué, à vouloir dire qu'il avait "mis la France à genoux ?" En quoi pouvait-il penser l'avoir fait en commettant de pareils actes ?
Pour une raison simple : on lui avait confié un rôle. Un double rôle, à l'évidence. Le jeune jihadiste devait en avoir à nous dire, en effet. Et mort, Bernard Squarcini s'est empressé de parler à sa place. Tellement rapidement que le soupçon n'est même plus supposé. Le lendemain même où le pantin terroriste été retrouvé en bas de son immeuble criblé de balles, l'homme qui avait demandé à le rencontrer à l'automne 2011 est venu aussi vite parler à sa place, pour nous dresser un tableau hallucinant du personnage, mais aussi et encore plus de ses propres relations avec lui. A dresser le tableau de quelqu'un qui le connaissait très bien depuis... 2007. Celui d'un jeune de banlieue sans le sous, ou vivant d'un RSA (un peu plus de 400 euros par mois) ayant déjà fait tamponner son passeport dans neuf pays, et non des moindres. Mais laissons donc le "Squale" en dresser lui-même la longue liste : "il a passé du temps chez son frère au Caire après avoir voyagé au Proche-Orient : Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, et même Israël. A Jérusalem, la police découvre un canif dans son sac puis le relâche. Ensuite, il se rend en Afghanistan en passant par le Tadjikistan. Il prend des parcours qui sont inhabituels et n'apparaît pas sur nos radars, ni sur ceux des services extérieurs français, américains et locaux. Il arrive le 13 novembre à Kaboul, il est contrôlé le 22 novembre à Kandahar et il rentre en France le 5 décembre 2010." Neuf pays vous ai-je dit : oui, car à la liste, il faut aussi ajouter le Pakistan et même... l'Iran, qui comme chacun le sait, est un pays où l'on rentre très facilement... c'est bien connu !!! "Un autre élément troublant sur les déplacements de Mohamed Merah reste à éclaircir : sa présence en Iran "à deux reprises" d'après une source militaire française en Afghanistan. Interrogée par Le Monde, mercredi, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, a démenti ce séjour" apprend-t-on encore ce jour.
En fait, fort étrangement, ce n'est même pas le gros poisson de la sécurité française qui prend les devants en 2010. C'est le jeune de banlieue, fiché pourtant comme délinquant à surveiller par la police ou la médecine psychiatrique, qui décroche son portable et appelle Squarcini en personne : et il ne le fait pas alors qu'il est rentré, non, il le fait... à partir du Pakistan même. Tout le monde sait bien que c'est d'un naturel fou, pour un gamin de Toulouse qui avant ses voyages à 21 ans n'a jamais mis les pieds au dehors de la ville rose, à part une petite incursion en Espagne, d'appeler de son propre chef les services de renseignements français, au prix où sont les communications téléphoniques, même au fin fond d'une échoppe de communication pakistanaise : " Mohamed Merah l'appelle le 13 octobre 2011 car il n'est pas en France à ce moment-là, il est au Pakistan. "Dès que je rentre, je vous contacte", a-t-il dit. Le 3 novembre, il rappelle de l'hôpital Purpan, à Toulouse, ou il est hospitalisé pour une hépatite. "Dès que je sors, je viens vous voir", assure-t-il. Il fait preuve d'une excellente coopération, d'éducation, et de courtoisie" raconte le chef du renseignement français. Car, fait totalement hallucinant pour celui qui a déjà eu maille à partir avec la police locale (au point de vouloir dégommer son représentant !) ; et vient de sortir d'une période de 9 mois de prison (pour une condamnation à 18 mois, preuve qu'emprisonné il s'est montré plutôt coopérant, pour une tête brûlée manifeste), celui qui possède un casier judicaire lesté de 15 condamnations pour des faits sérieux (dont des agressions physiques), vient tranquillement causer le bout de gras avec un fonctionnaire de la police du plus haut niveau (Squarcini parlant d'un de ses afjoints comme interlocuteur). Et c'est lui qui propose le rendez-vous ! Un fonctionnaire un peu à côté de ses dossiers, puisqu'il oublie de lui parler ce jour-là d'une interdiction de prendre un avion américain, pour le cas où il y aurait une prochaine fois de programmé pour ses talents évidents de voyageur sans le sou vaillant.
Les autres services secrets, ceux de la concurrence pourrait-on dire, qui ont stipulé en 2011 que la rixe à laquelle a participé notre excité vient de lui fermer définitivement la porte des voyages sur les lignes US. C'est la deuxième fois, en prime, que les services US envoyaient la menace à leurs collègues français. la première fois, c'était en 2010... et ce sont eux qui avaient payé le retour à la case départ du Toulousain. Ce que raconte, toujours à sa façon, son illustre confident Squarcini : "après un simple contrôle routier à Kandahar, en Afghanistan, en novembre 2010, qui est effectué par la police afghane. Ils le remettent aux Américains qui l'ont forcé à remonter dans l'avion pour rentrer à Kaboul. La direction de la sécurité et de la protection de la défense (DPSD), un des services de renseignement des armées, nous a signalé l'incident". Un an avant que le jeune homme se propose de venir s'expliquer, les gens à qui il s'adressaient savaient déjà tout de lui, via l'ambassade française au Pakistan et celle d'Afghanistan qui avaient averti la France du "cas" Mérah. On a dit qu'il avait un "lourd passé", à Toulouse. Ailleurs aussi, sans nul doute !
Un cas passionnant en effet : débarqué devant les fonctionnaires, raconte toujours l'homme à l'allure du prédateur des mers, dont il a gardé le surnom, voilà notre étrange Phileas Fogg de banlieue venir étaler ses photos de vacances, assure le proche de Nicolas Sarkozy, avec un Merah qui le prend bien entendu au mot, dans une séquence qui tourne au surréalisme : "il vient à l'entretien avec sa clé USB qui contient ses photos de voyages. Il demande à s'allonger sur la table pour pouvoir discuter parce qu'il est malade, dit-il. Il explique en photos tout le parcours touristique qu'il a réalisé au Proche-Orient, en Afghanistan et au Pakistan. " Un fonctionnaire des services de renseignement qui feuillette un album de photos "familial" ou de randonnée et semble s'en contenter, avouez que c'est tout aussi rare qu'un tueur en scooter qui circule sur un engin dont on connait la trajectoire au mètre près grâce à sa puce émettrrice incorporée ! Sidérante scène !!! Racontée ce jour par Bernard Squarcini en personne !
Alors, reprenons un peu nos esprits, choqués à la fois par les crimes commis et par ce qu'on lui a demandé de faire quelques mois auparavant, à ce Mohammed en scooter. Les américains, a-t-on dit, ont déclaré le jeune banlieusard persona non grata au Pakistan. Très bien, découvrons exactement pourquoi, en examinant où notre photographe de vacances s'est rendu pour remplir sa clé USB. Pour cela, il suffit de demander à son frère. Ou à sa mère, tiens, plutôt. Cette dame, qui semble bien avoir eu tout le mal du monde à élever ses enfants après que son mari ne l'ait quittée pour rentrer en Algérie, s'est depuis remariée. Avec un monsieur dont le nom de famille est Essid. Un nom que les fonctionnaires de la DGSE de l'époque connaissaient bien : ce monsieur a en effet lui-même un fils, qui s'appelle Sabir Essid. En 2007, en Ariège (et donc a proximité immédiate de Toulouse), il avait fait parler de lui, ce garçon. Et pas qu'un peu, car la presse titrait alors "une filière terroriste démantelée à Toulouse". Une filière où des noms étaient apparus. Et mieux encore : une filière bien connue de la DGSE ! Qui emmagasine dans ses ordinateurs regroupés en "clusters" dans une immense salle blanche des millions de fichiers, sur des prérendants au terrorisme... ou sur les groupes de djihadistes, alors que Mérah continue à être présenté comme un "loup solitaire"...
A l'époque, comme récemment, on avait indiqué la méthode pour les "surveiller" : "La détection d'un islamiste radical parti pour l'Afghanistan ou envisageant de le faire commence souvent dans le secret du bureau d'un magistrat antiterroriste ou d'un policier de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Les enquêtes en cours sur les « nouvelles filières afghanes » permettent d'identifier les membres des groupes plus ou moins organisés envoyant des « volontaires ». Chaque individu et ses proches font l'objet d'une surveillance. Les écoutes téléphoniques, les interceptions Internet, les témoignages recueillis dans l'entourage, l'aide éventuelle d'indicateurs permettent souvent de « découvrir » un ou plusieurs nouveaux djihadistes." Une méthode qui n'a donc pas marché, mais le Figaro comme le Squale ont la solution à ce dysfonctionnement : "Cette détection ne connaît qu'une seule faille : elle suppose l'existence d'un réseau, même informel. Un homme seul partant par ses propres moyens a des chances de passer inaperçu. Selon les déclarations du procureur de la République de Paris, ce serait le cas de Mohamed Merah, parti pour l'Afghanistan sans passer par des « facilitateurs » liés à des groupes radicaux". D'où le pilonnage de la presse actuellement pour présenter la thèse du loup... agissant seul. En Ariège, c'est vrai que les loups on connaît... "Chercheuse à la chaire d'histoire du monde arabe du Collège de France, Nora Benkorich note que dans la mesure où des témoignages et plaintes ont montré que Merah pouvait avoir un comportement dangereux, les autorités "ont plutôt intérêt à miser sur un loup solitaire chez qui les meurtres ne pouvaient pas être anticipés", note finement Rue89.
Les officiers de la DGSE, qui les"cueillent" à leur descente d'avion de Syrie, à une époque où ce pays coopérait avec la France, Sarkozy commençant un rapprochement certain avec El-Hassad. Une DGSE qui en ramasse plein ses filets, de salafistes : "Le lendemain, le 14 février 2007, un vaste coup de filet est aussitôt déclenché par la Sous-direction anti-terroriste, la Police judiciaire et les RG. A Reynerie, à Papus, aux Izards, dans la banlieue parisienne et dans le village d'Artigat en Ariège, onze personnes sont interpellées. Dans les filets des enquêteurs : des jeunes de nationalité française. Certains sont originaires du Maghreb. Beaucoup sont de récents convertis à l'islam. À Artigat, un couple franco-syrien, âgé d'une soixantaine d'années, est soupçonné d'avoir joué les prédicateurs. Le 23 octobre 2007, dans la même affaire, lors d'une seconde vague d'interpellations dans la Ville rose et le Lot, les policiers arrêtent un Toulousain. Officiellement étudiant, il aurait formé au combat rapproché les deux candidats au Jihad. Des cités toulousaines à l'Irak, c'est toute une filière d'endoctrinement, d'acheminement et de combat que les policiers estiment avoir démantelée". La Syrie, comme zone d'envoi pour passer en Irak, et aller se faire un bel avenir (mais plutôt bref) de kamikaze, pour la simple raison que le gourou religieux ariègeois était (et est toujours) Syrien d'origine ! Des gens "surveillés de près" à l'époque : "les membres du réseau toulousain étaient étroitement surveillés depuis plusieurs mois par les renseignements généraux, la police judiciaire et la sous-direction antiterroriste (SDAT)." Au point de les attendre au bas de l'échelle de coupée à leur retour, ce que Bernard Squarcini ne sait plus faire (ou ne souhaite plus faire) en 2010 et 2011, au retour des deux voyages de Mohammed Mérah ! Le Figaro semble lui aussi depuis avoir oublié sa description forte du cas de Thomas Barnouin, devenu Thomas-Abdelhakim... et son itinéraire à la Merah !
Un Barnouin déjà très "écouté".... "Il quitte Médine juste avant un coup de filet des services de sécurité saoudiens. Mais sa trace n'est pas perdue pour autant. Les Saoudiens ont enregistré ses communications téléphoniques avec deux amis toulousains, auxquels il a donné rendez-vous en Syrie. Durant ses trois ans à Médine, Barnouin est resté également en contact avec les autres membres du réseau toulousain, démantelé en février par les policiers français. Parmi les huit hommes mis en examen, le cerveau du groupe, cheikh Olivier Qorel, 60 ans, Français d'origine syrienne, habitant Artigat, un village de l'Ariège. C'est lui qui convainc Sabri Essid, un compagnon de Barnouin, d'aller rejoindre ce dernier en Syrie, via la Bulgarie et la Turquie. « Tu retrouveras ta copine au paradis, mais avant vend ta voiture et règle tes dettes » lui enjoint Qorel."
Un prototype de Mohammed, que ce Barnouin, comme le décrit le Figaro, qui oublie régulièrement qu'il détient des trésors qui disent le contraire de ce que sa direction actuelle aux ordres lui fait écrire : "comme la plupart des 25 à 30 djihadistes français, partis depuis quatre ans dans l'ancienne Mésopotamie, il n'avait pas d'expérience militaire. Si ce n'est les exercices de combat rapproché, auxquels les membres du réseau toulousain s'entraînaient régulièrement à cinq heures du matin dans une cité de la Ville rose. « Pour être prêt physiquement le jour où l'on devrait partir pour la guerre sainte », reconnaîtra l'un d'entre eux. « Même si on est loin des camps d'al-Qaida en Afghanistan, ce n'est tout de même pas très rassurant », s'inquiète un policier. D'autant que sur leurs ordinateurs, les enquêteurs ont retrouvé un florilège de vidéos islamistes. L'une d'elles livrait la recette de fabrication d'une bombe artisanale. Une autre martelait que « la meilleure mort, c'est la mort au combat ». Pas besoin de s'entraîner au Pakistan, donc : une "cité" toulousaine suffit !
Une filière qui atterrit donc logiquement en prison, après un procès en juin 2009 où apparaît un autre nom, comme "sympathisant " : celui d'Abdelkader Merah "soupçonné mais pas inquiété" dit la Dépêche. Le frère de l'autre. Un frangin qui a une emprise notable sur son petit frère, une emprise religieuse que les policiers connaissent là encore très bien : "son voyage en Irak aurait été facilité par son frère Abdelkader connu des services de police français pour avoir participé à l'organisation d'une filière islamiste basée dans la région toulousaine en direction de ce pays. Ce frère et sa sœur, considérés comme les "religieux de la famille Merah", selon un policier de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), auraient séjourné au Caire dans une école coranique où la proximité avec les réseaux salafistes régionaux ont permis de mettre sur pied cette filière." C'est fou ce qu'il connaît sur cette famille, notre requin élyséen ! Et c'est fou ces facultés à ne pas se rappeler du rôle "militaire" du grand frère, à entraîner les jihadistes en Egypte, dans son fief !
Fait tout aussi sidérant : qui donc retrouve-t-on comme porteur d'oranges à la prison où sont enfermés les salafistes désireux de finir en martyrs explosés, dont le fils du futur beau père de Merah ? Mohammed Merah en personne, pardi, alors âgé de 19 ans ! "En 2008, Mohamed Merah avait obtenu un permis pour rendre visite en prison à Sabri Essid, ex-grutier, l'un des principaux protagonistes de ce groupe. Les services de police notent, à cette époque, qu'il lui apportait de l'argent. Sabri Essid a été arrêté, les armes à la main, à la frontière entre la Syrie et l'Irak." Un beau-frère embrigadé dans un mouvement salafiste, Mohammed qui le rempace, mais qui n'est pas considéré comme membre du groupe ? On croît rêver ! Cela, l'année même ou le "Squale" devient le directeur de la DCRI (officiellement créée le 1er juillet 2008 par décret du Président de la République, une nomination qui a l'art de rendre furax les anciens de la DST et des RG, forcés à fusionnner). Une volonté Elyséenne, de "surveiller de plus près le terrorisme", le dada d'un président qui crée alors avec "Mam" une sorte de Homeland Security à la française, calqué entièrement sur le modèle US. Un Président qui vient également de nous balancer il y a deux jours une tirade sur l'apprentissage de l'islamisme extrémiste en prison... à partir de l'exemple de quelqu'un qui ne l'était pas alors, en prison, mais qui allait porter des oranges à un taliban en herbe !!! Condamnera-t-il aussi les porteurs d'oranges ?
Les voyages, c'est bien connu, ça coûte. Neuf pays, ça coûte bonbon quand on ne gagne... rien, comme cela était le cas pour le tueur toulousain. De l'argent provenant de où alors ? A coup sûr, en 2007 et 2008, du groupe qui soutient notre autre salafiste près à aller jouer les bombes vivantes en Irak. Un mouvement qui envoie aussi ses recrues au Pakistan, via un obscur mouvement ouzbèke, ce qui va arriver illico à notre Mohammed, remplaçant sur le pouce du beau-frère purgeant sa peine de prison : il a en effet été "pris en charge par le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO), qui a pour tâche, depuis la chute des talibans en 2001, d'encadrer les "étrangers" qui viennent combattre "les infidèles" en Afghanistan ou les forces de sécurité pakistanaises qui tentent, périodiquement, de les déloger. Le MIO, qui intègre aussi les combattants déclarés d'Al-Qaida, opère sous l'autorité du Tehrik-e-Taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP)."
Le Tehrik-e-Taliban ? Voilà qui devient passionnant. C'est en effet le mouvement de Baitullah Mehsud, celui qui est soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de Benazir Bhutto ! Les américains, là-bas, avaient leur "envoyé spécial" de la CIA, Michael Headley, qui n'a pas fini mort, lui mais a hérité depuis de la prison à vie sans qu'on ne sache dans quelle prison exactement (façon Ali Mohammed, que sa propre femme cherche toujours aujourd'hui !) ou ont même un successeur (Raymond Davis), qui se fera bêtement prendre dans un sorte de rixe en pleine rue. Les français ne semblant avoir personne, là-bas. Sauf, il est vrai, un jeune "touriste" de 22 ans, qui arrive même à se faire engager dans les mêmes camps d'entraînement que surveillait également Headley... malgré un stature qui n'est pas d'athlète, et qui prend des photos de "touriste" de la région... avant de sagement les rapporter sur une clé USB à qui vous savez. Tout cela avant de se faire repérer pour "faits de droit commun" et de se retrouver à l'ambassade de France, renvoyé par la police pakistanaise, qui prend soin quand même d'aller consciencieusement vider sa chambre d'hôtel (car notre banlieusard a débarqué àl 'hôtel et non en chambre d'hôtes comme il en existe des milliers là-bas).
Un parcours bien singulier, donc, que celui de notre photographe du dimanche... pakistanais. Qui n'a donc pas beaucoup d'amis à Toulouse, à-t-on appris depuis, parlait peu, mais s'épanchait beaucoup chez les fonctionnaires de la DRCI. "Les éléments détenus par les services spécialisés montrent donc des liens entre le tueur présumé de Toulouse, le MIO et le TTP qui lui ont permis d'accéder à cette zone dangereuse, l'ont formé et encadré. Ces connexions avec des structures terroristes reconnues remettent en cause le statut de "personnage solitaire" de Mohamed Merah. Il est par ailleurs surprenant qu'il ait échappé au contrôle de la CIA ou de son homologue française, la DGSE, qui prêtent une attention toute particulière aux combattants djihadistes étrangers venus dans la région et qui constituent une menace terroriste majeure pour leur pays d'origine". Une DGSE qui n'a toujours pas digéré les prérogatives étendues dont s'est emparé le vorace Squale. Une DGSE qui serait passé à côté de la plaque... Mérah. Pas d'amis ou peu à Toulouse, mais un correspondant privilégié qui lui parlera, à sa demande, derrière la porte où il s'était retranché pour ses dernières heures d'existence : "c'est d'ailleurs avec ce fonctionnaire qu'il a "souhaité parlé" lors des négociations avec le RAID, semblant avoir établi avec lui "un rapport de confiance" avoue encore Squarcini. Un "rapport de confiance" qui en dit long, très long, sur les étranges relations entre le terroriste toulousain et les services secrets français.
Sur France-Info, avant-hier, un commentateur avisé avait évalué l'impressionnant arsenal saisi chez Mohammed Merah à environ 5000 euros au bas mot. Le jeune désœuvré, apprenti carrossier ayant acheté son stock grâce à des "cambriolages", présentés depuis hier comme de "simples larcins". Personnellement, voyez-vous, je verrais davantage des revenus provenant de ventes de photos, mais bon, je ne sais pas combien ça se vend, des paysages pakistanais où apparaîtrait un bout de camp du TTP ! Comme ça, par simple analyse et le flair émanant de la déclaration ahurissante de Squarcini, à peine le corps de son "correspondant" refroidi. Car il existe de sales histoires qui sentent fort mauvais, et celle d'un jeune de banlieue prenant aussi souvent l'avion pour se balader autant en deux ans à l'art de remuer des remugles que n'aurait pas renié l'as en la matière, Charles Pasqua, le formateur d'un certain... Nicolas Sarkozy. "Charly" avait en son temps réussi à envoyer au Burkina Faso des prétendus terroristes islamistes qui ne l'étaient en rien, islamistes. Envoyés là-bas sans le sou, ils y sont encore, et pensent toujours à lui, pour sûr.
Envoyé, revenu et... poussé à agîr, mais cette fois en France. Une chercheuse en histoire du monde arabe au Collège de France, Nora Benkorich va plus loin encore : « J'ai lu beaucoup de mémoires de djihadistes, et ce sont tous des radicaux très extrêmes dans leur islamisme. Le côté bon vivant de Mohamed Merah montre, au contraire, qu'il n'a pas agi par conviction profonde. Il faut donc s'interroger sur les moteurs de ses actions. Et parmi les hypothèses, il y a celle d'une commande, d'une influence exercée par d'autres personnes sur lui afin qu'il commette ces assassinats. » Ce qu'on découvrira peut-être en épluchant les participations de Mérah à des blogs et notamment au site du groupe Forsane Alizza, dissous par Guéant en janvier dernier, et ses forums où l'on pouvait s'inscrire pour un entraînement à la guérilla urbaine ! Bien monté en sauce, nôtre jihadiste devient vite chaud comme un cassoulet devenu trop bouillant !
Mohammed Méeah, lui, s'est retrouvé en apprenti-taliban ayant fleurté de trop près avec des apprentis sorciers, qui ont fini par décider de se passer de ses services après l'avoir bien manipulé. J'ai vu ce soir son appartement, ravagé par le tir de 300 cartouches diverses et l'envoi de grenades. En voyant sa cuisine, j'ai pensé à un tir de HellFire à partir d'un drone, dans les zones tribales du Pakistan ! On vient d'apprendre qu'il a été atteint de plusieurs balles (dont deux mortelles,) la plupart, souligne le médecin légiste, tirées dans le dos. Ce qui est en complète contradiction avec Amaury de Hautecloque, le responsable du RAID, dont le témoignage sur France 2 le 23 mars, laisse plutôt pantois. Ses armes "non létales" qui laissent 300 douilles vides et qui criblent quand même le corps du forcené restent une belle vue de l'esprit, comme l'est aussi la nouvelle idée de l'usage de lacrymogène, survenue après que le web ne se soit emparé des reproches à faire à ce ratage manifeste. Jamais auparavant il n'y avait eu allusion à son usage. Son "je donne l'ordre à mes hommes de ne pas riposter", les riverains on pu l'entendre, en effet, et nous aussi en direct sur BFM : Mérah a tiré une trentaine de projectiles (il aurait possédé sur place trois Colt 45), en face dix fois plus. Son "honoré de se mesurer au Raid" une auto-admiration même pas déplacée, plus que gênante. Les crimes de Merah ont été les pires de ses seize dernières années en France Mais j'aurai aimé, tout criminel odieux qu'il ait pu être, l'entendre nous dire ce qu'il faisait en novembre 2011 dans le bureau de quelqu'un venu hier nous dire qu'il venait lui rapporter ses photos de vacances d'un endroit régulièrement bombardé par des drones, car infesté de terroristes talibans qui tuent eux aussi femmes et enfants.
On a parlé de fiasco, pour l'intervention. Personnellement, je pense que pour Bernard Squarcini c'est une superbe réussite. La France ne possède pas de drone tueur, mais arrive à faire exactement la même chose sans.
Cellule psychologique
Autre chose encore qui me tourmente.
Dans les situations de catastrophe, de drames, de morts, de violences comme celle qui vient par exemple de se produire, il est mis en place une "cellule psychologique", une assistance destinée à réduire autant que possible les impacts émotionnels. Si cela est fait, c'est bien que la psychologie est reconnue d'utilité publique, que les progrès effectués dans cette discipline lui confère une légitimité qui doit être partagée.
Mais pourquoi cela se fait-il en bout de chaîne ? J'en reviens à ce déploiement d'hommes et de technologies dans les services de renseignement. Le choix de l'implication la plus forte se fait dans les conséquences des dérives et non dans leur prévention.
Puisque les effets de la psychologie sont reconnus, pourquoi n'est-elle pas beaucoup plus utilisée en amont et non seulement pour atténuer les effets des drames ? Bien entendu que c'est impossible dans le cas d'un tsunami par exemple. Mais dans le cas de la tuerie de Toulouse, il s'agissait d'intervenir en amont pour que la catastrophe n'ait pas lieu. Le tsunami était humain et il était prévisible.
J'ai bien une esquisse de réponse à ma dernière question mais je n'arrive pas à me dire que c'est possible...
Constat d'échec.
Un député UMP salue «la mort d'un salaud». Dans un communiqué, le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca se félicite de l'assaut final, qui a «mis hors d'état de nuire un islamo-fasciste» et salue «la mort d'un salaud». «Justice a été faite... et bien faite !», conclut-il.
"Si ton royaume a besoin des gendarmes, c'est que ton royaume est déjà mort. "Antoine de Saint Exupéry "Citadelle".
"Ils l'ont eu ce salaud."
"Dommage qu'il n'ait pas souffert".
"Il a eu ce qu'il méritait."
"On va être tranquille maintenant. "
Bien entendu que je suis epouvanté par la mort des enfants et des adultes. Bien évidemment que je suis opposé à toute forme de violence. Bien évidemment que je pense à cette femme qui a perdu son mari et ses deux enfants, à cette petite fille assassinée ou à cette jeune femme enceinte dont le compagnon est mort.
Qu'on ne vienne pas me reprocher de prendre parti pour cet homme.
Maintenant, je tente de poser mes émotions premières et d'observer le parcours de cet homme et de comprendre autant que possible ce qui l'a mené là. Il ne s'agit pas de compatir jusqu'à en oublier les victimes mais de comprendre comment lui a pu devenir victime de son existence.
Je pense que l'orsqu'on n'a plus d'estime pour sa propre vie, on en perd l'estime de la vie des autres.
Alors pourquoi était-il dans cet état-là ?
Il n'est pas né assassin, il l'est devenu.
Je m'interroge sur le fait que son désir de rentrer dans l'armée ait été anéanti par son casier judiciaire. Il était prêt à se soumettre à une autorité "légale" et ce rejet l'a peut-être conduit à se soumettre à une autorité fanatique. L'armée ne se sent donc pas capable de prendre en charge et d'accompagner psychologiquement un individu qui lance un appel ? Son casier judiciaire, à l'époque, comportait une condamnation pour vol et conduite sans permis. Etait-ce suffisant pour refuser son engagement ? Un premier séjour en prison avait permis d'établir un profil psychiatrique pour lequel les "experts" préconisaient une aide. L'armée ne pouvait-elle le faire ? Je ne porte pas de jugement, je pose une question. Si l'armée forme des individus au combat et donc à l'éventualité de tuer, on peut supposer qu'elle sait aussi prendre en charge la partie existentielle que cela représente.
J'ai travaillé comme éducateur sportif avec des adolescents délinquants caractériels. Certains avaient déjà opéré des attaques à main armée. Il y avait à l'époque des structures, des professionnels, un encadrement. La politique sociale aurait-elle tiré un trait là-dessus. La politique répressive l'aurait-elle emporté ? Je pose une question...
Je m'interroge sur le fait que l'école publique voit ses postes de rééducateur, psychologue scolaire, enseignants disparaître année après année. Très facile d'imaginer ce que cet enfant (oui, il a été enfant...) a pu connaître. Un rejet.Une incapacité à prendre en charge les tourments de cet enfant. Avant qu'il ne soit embrigadé. Par dépit, par dégoût, par colère. Parce que le rejet est une souffrance indescriptible.
Je m'interroge sur le fait que le milieu familial n'ait pas été accompagné. Une maman qui ne parvenait plus à gérer son fils. Un père absent. Tout le monde le savait. Assistante sociale, éducateurs de rue. Des "espèces" en voie de disparition. Le royaume est encadré par les forces de l'ordre...Qu'on nous donne le coût annuel du maintien en l'état du RAID...Qu'on nous donne le coût annuel d'une cohorte d'éducateurs, d'enseignants, de psychologues, ceux qui oeuvrent à la prévention...
Je m'interroge sur le fait que des jeunes, par perte de repère, par rejet, par désoeuvrement ne finissent par trouver de sens existentiel que dans les mouvements fondamentalistes. Bien évidemment que le fonctionnement identitaire dont j'ai déjà parlé tient un rôle considérable dans ces parcours de vie.
Si l'individu ne se sent ni français, ni algérien, ni travailleur, ni mari, ni chrétien ou musulman, ni militaire, ni reconnu en quoique ce soit, ne devrait-on pas finir par considérer que ces identifications sont bien plus dangereuses que favorables?
Je m'interroge sur le fait que l'éducation nationale, par la bouche de Luc ferry ou autres "sommités" de la philosophie intellectuelle considère que toute tentative d'éducation philosophique et existentielle à l'école primaire est vouée à l'échec.
Comment se fait-il alors que mes élèves soient capables de prendre en considération le fait que cet homme avait certainement épouvantablement souffert pour en arriver là alors que des adultes ne sont capables que de proférer des paroles de haine, d'exclusion, de s'exprimer avec une violence verbale similaire à l'extrême violence dont il a fait preuve ?
La violence verbale ne tue pas, je le sais bien. Elle nourrit par contre les meurtres à venir. En quoi cette violence verbale va-t-elle favoriser l'apaisement et la recherche de la compréhension exacte de ces faits ?
Comment se fait-il que des enfants soient capables d'éprouver une certaine compassion dans la fin dramatique de cette vie tout autant que pour la mort des enfants ?
Comment se fait-il qu'ils soient capables de prendre en considération le fait que cet homme a lui aussi été un enfant?
Je leur ai parlé de l'humiliation, je leur ai demandé d'imaginer la souffrance psychologique et de ressentir ce que cette souffrance pouvait générer ?
Ils m'ont immédiatement parlé de la colère. Comment se fait-il qu'ils soient capables de le comprendre ?
Sans doute parce que ces identifications carcérales ne les ont pas encore totalement formatés. Qu'ils sont encore capables de s'exprimer comme des êtres humains et non comme des hommes désireux que l'état les protège et maintienne le fonctionnement névrotique dans lequel ils se reconnaissent.
Ces individus vont pouvoir reprendre leurs habitudes et espérer simplement que les gendarmes du royaume les protège de la folie. La folie dont ils ne veulent pas entendre parler, qu'ils ne veulent pas voir, dont on doit les débarrasser, comme de la mauvaise herbe.
Non, la justice n'a pas été faite. La justice n'est pas une entité de répression mais une entité de prévention. Les salauds sont ceux qui le récusent et ne voient dans cette justice que le glaive.
Qu'ils lisent Saint Exupéry s'ils en ont par miracle entendu parler.
Quant aux individus qui se réjouissent de la mort d'un homme, qu'ils apprennent à observer la haine qu'ils propagent. Et ils comprendront davantage la violence prochaine qui les saisira. Puisque leur violence verbale aura nourri les prochaines dérives.
J'entends ce soir des critiques envers les services de renseignement qui n'auraient pas mesuré la dangerosité de cet homme ou qui n'auraient pas agi en conséquence. Et avant ? Bien plus tôt ? Y a-t-il une responsabilité au niveau de l'Etat ? Notre Président vient de dire que "de chercher des explications serait une faute morale." Ah, oui, c'est certain que vu comme ça ...
Je vais pleurer la mort des enfants, la mort des hommes. Et la mort de celui que le royaume avait condamné depuis longtemps déjà.
Je ne participerai pas à la condamnation verbale parce que je ne veux pas nourrir les drames à venir. Et j'aurais honte de me présenter devant de jeunes enfants en portant en moi des pensées de haine.
Cet homme-là, aussi, a été un enfant. Et il est trop facile de condamner l'adulte sans savoir exactement tout ce qui s'est passé avant.
Tout le monde dit que le RAID a fait son boulot. Mais c'est un constat d'échec lorsqu'il doit intervenir. C'est là le fond du problème.
L'identité nationale.
Identité nationale.
« C’est la France qui est attaquée. »
« C’est toute la communauté juive qui est sous le choc. »
« Nous avons affaire à un Salafiste djihadiste. »
« La nation est solidaire contre le terrorisme qu’il soit islamiste ou autre. »
« La France a été trop laxiste envers les fondamentalistes. »
Etc. etc. etc.
Bien. Et maintenant que toutes ces paroles identitaires ont été proférées, est-ce qu’il y aura quelqu’un pour remonter à la source des problèmes ?
Est-ce qu’il y aura quelqu’un qui parviendra à expliquer que ces identifications nationalistes, religieuses, communautaires, historiques, sociales, sont à la source de tout cet épouvantable gâchis.
Gâchis de vies humaines, exacerbation des haines, des carcans, des peurs, des fantasmes, des accusations, des amalgames.
Parce que le chef de l’Etat met en avant la « résistance » de la France, il entretient les scissions.
Parce que le gouvernement israélien fustige les attaques envers le peuple élu, il entretient les scissions.
Parce que le mot « islamisme » est utilisé, les médias entretiennent les scissions.
Personne ne veut admettre que le fonctionnement même des peuples est totalement suranné. Que ce schéma de pensées a conduit l’Humanité à des désastres épouvantables et que d’autres viendront. Personne ne conteste le fait que les politiciens se servent de ces pensées archaïques pour leurs intérêts personnels. Celui-là va proclamer que celui-là s’est trompé et que lui fera mieux…Mais toujours dans le même paradigme identitaire.
Le conflit israélo-palestinien a commencé le 14 mai 1948.
Faut-il un autre exemple pour valider l’idée de l’identification et de ses conséquences ?
Je ne suis pas catholique, ni musulman, ni juif, bouddhiste, hindouiste, protestant, orthodoxe, jaïnisme, sikhisme, taôiste, mormons, témoin de Jéhovah, créationniste, adventiste, ni sunnite, chiite, salafiste…Je ne suis pas athée ni agnostique.
Je suis un être humain. Et c’est encore terriblement insignifiant au regard de ce qui vibre en moi. Je suis de l’ordre de l’ineffable. TOUT COMME LES AUTRES ETRES HUMAINS.
Et c’est parce que cet ineffable était insupportable au regard des ego que les identifications sont apparues. Et les épouvantables gâchis.
J’enseigne l’Histoire de l’Humanité depuis tente ans à de jeunes enfants. Avec un sentiment de honte qui ne disparaîtra jamais.
J’ai entendu parfois des adultes dire que ces « différences » représentaient la richesse de l’Humanité et qu’il serait désastreux que les êtres humains abandonnent ce patrimoine historique, qu’il est impossible de renier les parcours de vie de nos ancêtres, leur engagement, leur découverte, leur évolution. Cette trahison conduirait l’Humanité à une uniformisation épouvantable…
Comme si les identifications religieuses, historiques, nationales, sociétales représentaient le fondement de l’humain.
Non, c’est faux. Ceux qui sont attachés à cette vision de la vie n’ont jamais éprouvé la vie mais juste les oripeaux des existences formatées.
Je ne pleurerai jamais la disparition d’un enfant juif, musulman, catholique, hindouiste, bouddhiste, français, européen, africain, japonais, noir, blanc, jaune.
Je pleurerai simplement la disparition des enfants.
Et je tenterai difficilement de ne pas en vouloir aux adultes qui ont propagé les haines.
Et je continuerai à œuvrer dans mon coin à l’éventuelle transformation des consciences des enfants. Travail de fourmi à qui on aurait arraché les pattes…Dérisoire à l’échelle de la planète, insignifiant au regard de l’ampleur gigantesque de la tâche.
Mais j’y gagne au moins la possibilité de m’estimer un peu. Je partirai de cette Terre en ayant fait ma part du travail.
Minute de silence (spiritualité)
Minute de silence
Alors, donc, nous avons reçu « l’ordre » d’effectuer une minute de silence dans les écoles.
Et de nous débrouiller pour expliquer le pourquoi du comment aux élèves.
Il aurait donc fallu que j’explique à mes élèves de CM2 les liens très étroits de la politique française avec la communauté juive, « l’intérêt » évident que les politiciens avaient immédiatement cerné à travers ce drame effroyable.
Je m’en suis tenu à honorer avec mes élèves la mémoire de ces enfants.
Pas d’enfants « juifs » mais juste d’enfants.
J’ai malgré tout précisé que je ne soutenais pas, et depuis longtemps, la politique du gouvernement israélien et que mon adhésion à cette minute de silence n’était pas une reconnaissance de ce gouvernement.
Juste la reconnaissance de vies brisées. Des vies d’enfants. Et j’aurais refusé cette minute de silence s’il n’y avait pas eu d’enfants assassinés.
Je n’adhère pas pour autant aux comparaisons faites envers les enfants syriens, afghans, irakiens, africains…
Comment pourrions-nous attribuer une échelle de valeur à la vie d’un enfant, quel qu’il soit. Ces enfants français ne mériteraient pas qu’on les pleure parce que des enfants meurent partout dans ce monde ? En quoi en sont-ils responsables ? Que pouvaient-ils y faire ? Ils en étaient certainement plus émus d’ailleurs que des milliards d’adultes rassasiés de paix et de bien-être…
Non, je pleure ces enfants-là tout autant que ceux qui aujourd’hui sont morts de faim, de froid, de soif, de maladie, de violence, sous les coups des adultes.
Aucune comparaison n’est possible. C’est un enfant mort. Et un autre, un autre, un autre, un autre, un autre, un autre, un autre, un autre, un autre, un autre, un autre…
Pas un enfant juif, syrien, africain, afghan, tibétain,…Juste un enfant, et un autre, et un autre, un autre, un enfant, un enfant, un enfant…
JUSQU'AU BOUT : Crise
Le retournement vers soi. Il ne s’agissait pas de se contenter d’un regard humain mais d’instaurer un regard différent, neuf, épuré, jusqu’à l’effacement de cet humain. Qu’il ne reste qu’une forme de vie en symbiose avec d’autres formes de vie. L’oubli de soi, quand il ne s’agit que d’une forme aiguë de prétention, était la clé nécessaire à cette ouverture vers le monde. Il tenait la solution et la joie qui le gonflait aurait pu le faire voler au-dessus de la cime des arbres.
Ce fut comme une naissance. Et l’accession à une nouvelle lumière.
Pas, cette fois, la lumière artificielle d’une salle d’hôpital mais la lumière de l’univers. Un rayonnement d’étoile, un embrasement au cœur de ses fibres, un noyau en fusion, une âme libérée, un envol. Des vagues de frissons qui cascadent.
Un autre état de conscience, différent de celui prôné par l’esprit humain. Un état naturel. Un état de connivence avec le monde. Nous serions donc en dehors de la vie, attachés comme du bétail à tirer dans une fuite aveugle des fardeaux imposés, à nous abrutir jour et nuit de drogues licites, à nous interdire, par tous les moyens, de nous observer. Il pensa à ses journées de travail, à ses six heures en classe, à ses deux heures au bureau, à l’entretien de son logement et de son fourgon, de son vélo et de toutes ses petites affaires, aux courses, à la télévision et à la radio, à ces informations d’un monde en débâcle, aux discussions sur le mauvais temps et le prix de l’essence, et à tous les passe-temps dérisoires pour occuper les dernières minutes de cette mort camouflée dans une journée quotidienne. Toutes nos activités nous tournaient irrémédiablement vers un extérieur artificiel, à des distances considérables de nous-mêmes et du monde. De notre complicité avec ce monde. Nous étions tous dans un état de non vie.
Il s’assit au sommet d’une butte. Il dominait la cime des arbres. Le paysage devant lui s’étendait jusqu’à l’horizon. Il eut peur brutalement de ce qu’il découvrait.
Il eut peur du moment où il redescendrait parmi les morts.
Il eut envie de leur parler. Il eut pitié d’eux. Pour la première fois, il aima l’humanité. Pendant quelques secondes. Pourquoi cette humanité avait-elle abandonné ce bonheur ?
Il chercha… Et comprit qu’il ne devait pas le faire. Chercher, c’était encore faire appel à l’esprit humain pour répondre à une question qui concernait un ordre planétaire, une harmonie universelle d’où l’homme s’était retirée.
Il déposa son sac, sortit sa serviette et l’étala. Il se déshabilla et s’allongea au soleil. Les yeux fermés.
Une brise légère mais régulière coiffait le sommet dégagé et repoussait les insectes. Il pensa aux rennes de Scandinavie qui progressent sur les crêtes ventées pour se protéger des taons. Il suivit leurs longues marches. Vaste troupeau obéissant à des migrations séculaires, chaque individu posant ses pas dans les pas de ses ancêtres, acceptant la loi du groupe sans même y penser, perpétuant sereinement un ordre naturel. Un faucon survolait les troupeaux. La danse suspendue de l’oiseau le conduisit au bord de l’océan. Jonathan Livingstone l’accueillit. Le goéland avait acquis la liberté à travers le vol, il avait brisé les règles établies et choisi de développer des qualités extraordinaires pour éveiller sa propre connaissance. Mais s’il avait atteint une liberté sublime, il ne le devait qu’à une volonté farouche. Ce n’était pas un exemple accessible à tous. Le développement de cette connaissance hors du commun n’avait été rendu possible qu’à travers l’extrême perception et l’absolue maîtrise de son essence. Il avait retrouvé enfoui sous de misérables comportements quotidiens toutes les possibilités de son corps et de son esprit. De son être unifié. Aujourd’hui, le culte de la personnalité qui servait de référence ne représentait en fait que la consolidation d’un système pervers, nullement l’accession à cette connaissance supérieure. Ce n’était pas l’homme qui était promu mais sa totale participation à une vie de masse. Et les quelques individus parvenant à s’extirper de cette foule anonyme cautionnaient par cette fausse réussite un esclavage doré, totalement éloigné de toute essence. Rien ne s’éveillerait. Ce n’était pas l’homme libre qui pouvait jaillir mais juste l’homme privilégié, profitant avidement de l’opulence sordide des plaisirs offerts par ce système, l’embellissement frénétique des murs de la prison. Et celui qui y parvenait apparaissait comme le plus heureux et le meilleur des hommes. Et la foule envieuse continuait à rêver avec le même enthousiasme aveugle, la même convoitise. Se nourrissant d’espoirs de gloire et de fortune quand la paix de l’âme restait à portée de main, accessible à tous, sans distinction sociale, raciale ou d’intelligence. C’est l’esprit seul, sa sensibilité et sa capacité à goûter pleinement l’importance d’un brin d’herbe comme celle d’une étoile qui ouvrait les portes du monde.
Il s’étonna de la fluidité de son raisonnement. Il ne se souvenait pas avoir connu auparavant des éveils aussi flamboyants. Il ne pouvait certifier qu’il parviendrait à échanger de telles idées mais ce bonheur était déjà si inattendu qu’il lui suffisait amplement. Il douta d’ailleurs d’une possible transmission de tels raisonnements. N’était-ce pas à chacun de constituer sa propre théorie ? Sa propre vérité…Opposée à cette vacuité terrible qui nous étouffait. Soudainement, encore une fois, le vide de l’existence telle qu’elle était instituée, lui brûla la gorge. Physiquement. Il s’assit, prit la gourde et avala plusieurs goulées d’eau fraîche. L’angoisse disparût mais la tension dans laquelle l’esprit s’était maintenu céda d’un coup. Les larmes coulèrent, librement, sur les joues. Il fallait pleurer, il le sentait, c’était une délivrance nécessaire, pas une fuite ou un abandon mais un lien avec ce monde oublié et battu. La rencontre triste de deux consciences esseulées, la complicité fabuleuse de deux esprits en sursis, deux êtres condamnés à plus ou moins brève échéance, sentant au-dessus de leurs consciences effrayées la menace permanente d’un sabre que l’espèce humaine tenait fièrement.
Il refusa de sombrer dans les noirceurs et se releva. Il reprit son sac et s’engagea sur une sente. Il força son pas durant de longues minutes, crachant des bouffées de déprime dans les souffles jaillis de ses poumons, dans les brûlures de ses muscles, les gouttes de sueur qui voilaient ses yeux. Il sentit combien la peur pouvait étouffer les plus beaux sentiments, les plus intenses émotions. Il avait entrevu son retour parmi les hommes et la terreur qui s’était dressée l’avait tétanisé. Comment supporter ce mensonge immonde ? Ca ne lui semblait plus possible.
Il marcha comme un forcené, évadé d’une prison morale et qui court, qui court, sentant dans son dos la rage haineuse des morts.
Il serpenta entre les arbres, hors de tout objectif et de toute conscience réelle. Ce fut une fuite sans but. La douleur était en lui, les terreurs l’habitaient. Et il souffrait davantage encore de ne pas maîtriser ces assauts morbides, de ne pas parvenir au contrôle de soi et de devoir, pour trouver une certaine paix, consumer ses forces dans des défis déraisonnés.
Il atteignit un nouveau sommet, simple colline déboisée, ouverte sur les horizons. Dans la dernière montée, un vertige l’avait ébloui. Il décida de manger. Espérant surtout y trouver l’absence de pensées dont il avait besoin.
Face à lui s’étendaient des pentes boisées, vastes mers de couleurs superbes sur lesquelles les rayons solaires, variant leurs inclinaisons et leurs intensités, jouaient pendant des heures. Il devina, sous le secret des frondaisons, les itinéraires répétés des animaux, leurs parcours ancestraux, incessamment agressés par des hommes envahisseurs. Il sentit l’angoisse pesante des espèces encerclées, les cris suppliants des arbres abattus, les râles étouffés d’une terre labourée, toutes ces souffrances quotidiennes qui resserraient impitoyablement sur des êtres fragiles leurs étreintes mortelles. Il aperçut au loin une brume étrange, surplombant une vallée invisible. Etait-ce une vapeur échappée d’un lac ou la pollution d’une ville ? Embryon de pluie ou haleine putride. C’est de nos âmes que s’élevait ce poison. L’empreinte des hommes sur la Terre. Le cerf, au fond des bois, percevait le parfum pestilentiel des fumées d’usine, le ronflement des moteurs, le vacarme des avions, le hurlement aigu des tronçonneuses, les appels des chasseurs vers les meutes excitées des chiens. Même le parfum âcre de sa sueur agressait les narines des animaux aux abois. L’homme n’était toujours qu’une menace, que le complice cynique de la mort. Le dégoût. Il n’était qu’un humain. Les fumées de son fourgon, les routes dont il profitait, les champs sulfatés pour les récoltes forcées dont il se nourrissait, les bétails engraissés pour des populations obèses, les mers vidées par les filets dérivants, les centrales nucléaires pour des électricités gaspillées, les forêts vierges rasées pour des meubles coûteux, les fleuves agonisants sous les rejets nitratés, les décharges sauvages et les dépotoirs engorgés. On immergeait dans les fosses marines des containers de déchets radioactifs comme on jetait par les fenêtres des voitures un paquet de cigarettes. Le geste était le même. C’est la mort qu’on propageait.
Le dégoût.
Il ne voyait pas d’issue et sentait combien ses réflexions le conduisaient à une impasse. Si les animaux vivaient dans la peur permanente, la planète elle-même ressentait-elle cette angoisse ? Représentions-nous désormais le mal absolu ?
Sa simple présence éveillait dans les arbres des frissons inquiets. Et les gens incrédules mettaient cela sur le compte du vent. Un pigeon passa devant lui. Son vol était puissant et rapide. Etait-ce une fuite, la recherche désespérée d’un dernier refuge ? On trouvait jusque dans les mers australes des traces de dérivés chimiques. Où pouvait-il aller ? Les feuilles des arbres, autour de lui, le regardaient avec des yeux terrifiés. Des hordes d’insectes affolés fuyaient devant ses pas aveugles. Les nuages empoisonnés pleuraient des larmes acides.
Les hommes avaient propagé la mort. Ils étaient son plus fidèle allié. L’humanité comme l’étendard de la grande faucheuse.
Le dégoût.
La violence du dégoût.
Il se leva et prit le chemin du retour. Un court instant, des désirs de suicide. Il en gardait sur les lèvres un goût sucré, presque bon. L’anéantissement salvateur de la culpabilité. Et l’impression d’un geste enfin à soi.
Il ne devait pas rester seul. Il en mourrait. C’était certain.
Tête baissée, il parcourut les bois, la mort aux trousses. Et c’est ce sentiment effroyable de la fin à venir que les hommes étouffaient sous des agitations frénétiques. Ne pas savoir, ne pas écouter ni sentir. Rien. Vivre dans l’aveuglement, juste pour se supporter. Nous étions la mort et nous le savions. Mais nous maintenions avec obstination l’interdiction de le dire.
Il finit par courir espérant que la violence de l’effort empêcherait toute intrusion raisonnée.
Arrêter de penser et ne penser qu’à cela.
C’était donc cela le rôle du sport. Juste le complice d’une dictature complexe. L’opium du peuple, un de plus.
Ne pas penser. Courir. Etouffer le dégoût sous des épuisements musculaires.
« Arrête de penser ! » cria-t-il dans le silence craintif des bois. Des sanglots échappés bloquaient ses souffles dans la gorge serrée.
« Arrête de penser, gémit-il, arrête, c’est plus supportable. »
A l’orée d’une clairière, il s’arrêta. Il ne se souvenait pas de cet espace dégagé. Il regarda autour de lui et ne reconnut rien. Au premier instant, il se dit qu’il était perdu mais l’absurdité de cette conclusion le frappa. Parmi les hommes il était perdu. C’est ici qu’il était quelque part. Mais il n’y trouvait pas les repères inculqués. Et se sentait totalement égaré.
Avant de s’effondrer, il fonça, droit devant.
Ce n’est pas le temps qui s’égrena mais la répétition mécanique de ses foulées, la force de ses respirations, l’usure de ses muscles, le choc dans son crâne des pas retombés, les crachats de salive qui suintaient aux coins des lèvres. Et les larmes salées qui coulaient de son corps comme un pus honteux.
Honteux.
C’est ainsi qu’il déboucha sur une route. Il reconnut l’accès au lac. Il était descendu trop bas. Il remonta le ruban goudronné et songea à ces milliards de kilomètres balafrant la planète, cicatrices sans cesse entretenues, élargies, renforcées, reliées entre elles par des réseaux de plus en plus étendus. Il crut devenir fou et comprit qu’il découvrait la vraie raison. Les fous, de leurs côtés, traçaient de nouvelles routes pour rejoindre plus rapidement leurs semblables.
Le parking, le fourgon. Il courut encore, s’engouffra, ferma la porte et sauta fébrilement sur la boîte de cannabis. Anesthésier les flots de pensées sous des brouillards parfumés, étouffer fébrilement des consciences insupportables.
Croissance intérieure, décroissance extérieure.
L'expression est volontaire et s'oppose bien évidemment à la croissance extérieure liée à l'accumulation des biens matériels.
L'enseignement se concentre sur la croissance des connaissances mais pas sur le développement du connaissant. L'objectif inavoué est de conditionner les individus à une agitation extérieure qui consiste déjà à accumuler. Les connaissances permettront d'obtenir un niveau social favorable à la continuité de cette accumulation. L'individu s'est construit sur ce schéma.
"Toujours plus" disait François de Closet, il y a longtemps déjà.
Rien, dans ce fonctionnement, ne contribue à la croissance intérieure. Il n'y a aucune connaissance de Soi mais l'hégémonie sans cesse renforcée de l'ego dans le conflit permanent des compétitions sociales. "Toujours plus" et surtout plus que l'autre.
Mes élèves qui comparent leurs résultats et veulent avoir plus que l'autre.
Le salarié qui veut avoir une augmentation.
Le PDG qui veut développer son entreprise.
Le candidat aux présidentielles qui veut avoir plus de voix que ses opposants.
"Toujours plus".
Jusqu'à être beaucoup moins. Intérieurement. Puisqu'il n'y a plus aucun regard, aucune observation, aucun recul, aucune réflexion. Juste ce tourbillon incessant.
Seule importe la "considération extérieure", le regard que les autres poseront sur cette réussite sociale qui consiste à accumuler.
J'ai connu, quand j'étais petit, un vieux monsieur, François, un ancien "Poilu". Il vivait tout seul dans les bois. Il avait une connaissance extraordinaire de la forêt. Il vivait de la pêche, de son jardin. Une petite pension de blessé de guerre...Je l'aimais infiniment. Je n'ai jamais oublié ni son visage, ni sa voix. Il m'a beaucoup appris. Non pas uniquement des connaissances liées à la nature mais également une connaissance intérieure...
"Ecoute la forêt, Thierry."
Je ne comprenais pas. Mais j'écoutais. On marchait en silence. Il vivait dans une toute petite maison en pierres. Une simplicité d'ermite. Il n'en était pas malheureux. Toujours le même pantalon, un pull de marin, un bonnet. Je l'aidais à faire son bois de chauffage.
Oh, comme je l'ai aimé. Il est mort, une nuit, dans son lit. J'avais onze ans.
Il en savait bien plus que tous les savants.
Jarwal le lutin (tome 4)
LE CONSEIL
« Il s’appelle Tian. »
Les trois enfants étaient assis sur le lit de Marine. Elle racontait sa journée.
« Il est arrivé ce matin. Il est d’origine asiatique, de Chine exactement. Il est né en France mais ses parents vivaient en Chine quand il y a eu un début de révolution. Ils ont été obligés de s’enfuir parce que son père avait participé à une manifestation sur la place Tian’An men. Ils ont eu beaucoup de mal à quitter le pays et ils ont tout perdu. Ils sont arrivés en France parce que son père avait un cousin qui vivait à Paris. Mais ses parents n’ont pas voulu rester dans une grande ville. Ils avaient ouvert un restaurant chinois mais ils ne supportaient pas la vie là-bas. Et Tian non plus ne s’y faisait pas.
-Comment ils ont fait pour ouvrir un restaurant s’ils avaient tout perdu en s’enfuyant ? demanda Léo.
-Tian m’a dit que la communauté chinoise est très solidaire et plusieurs personnes leur ont prêté l’argent nécessaire. Maintenant qu’ils ont tout remboursé et qu’ils avaient de quoi partir ailleurs, ils ont décidé de venir par ici.
-Pourquoi dans les Alpes ?
-Son père dit que c’est important de pouvoir marcher en montagne. Le grand-père de Tian emmenait souvent son fils en montagne. C’est pour ça aussi qu’il ne supporte pas les grandes villes. Il dit que les gens y sont hallucinés.
-Hallucinés ?
-Oui, Rémi, il dit que les gens y vivent tous dans une agitation permanente, comme s’ils devaient tous courir dans le même sens.
-Comment ça se fait qu’il t’a déjà raconté tout ça ? demanda Léo.
-Le prof principal a demandé que quelqu’un s’occupe de Tian pendant les premiers jours et j’ai levé la main. Il est assis à côté de moi à chaque cours et je l’ai accompagné à la cantine aussi. Alors, on a beaucoup discuté.
-Et pas les autres élèves ?
-Ben, pas trop, non. En fait, quand ils ont vu que je m’occupais de lui, ils ne se sont pas trop intéressés. Ils préfèrent rester entre eux. Ma copine Lou est venue avec nous aussi.
-Tu lui as parlé de Jarwal ?
-Non, Rémi. Mais je pense que ça va être possible. J’aurais du mal à vous raconter tout ce qu’on s’est dit mais je sens bien que Tian s’intéresse à des choses différentes. Il est un peu étrange.
-Pourquoi ça étrange ?
-Ben, sans doute comme nous trois, j’imagine. Pas du genre à parler du dernier jeu vidéo à la mode par exemple. Il aime beaucoup les livres et surtout la poésie. Il écrit des Haïkus.
-C’est quoi ça ? demanda Léo.
-Dans la vieille mare, une grenouille saute, le bruit de l’eau. En voilà un, par exemple. Mais ça s’écrit comme une poésie, avec des vers. Tian m’a dit que c’était d’origine japonaise et que le but était plus d’évoquer une situation que de la décrire.
-Dis donc, Marine, il t’a fait un sacré effet ce Tian ? lança Rémi, goguenard.
-Gnagnagna, j’en étais sûre que tu allais me sortir ça, toi.
-Bon et dis donc, ta copine Lou, tu pourrais pas lui parler de Jarwal aussi. Tian et Lou, ça ferait déjà deux personnes.
-C’est surtout qu’elle te plaît bien ma copine, hein, petit frère ?
-Dites donc, tous les deux, intervint Léo, je vous signale que Jarwal a disparu depuis deux semaines alors au lieu de faire des plans sur la gommette, vous feriez mieux d’y réfléchir.
-Des plans sur la comète, Léo, rectifia Marine. Pas sur la gommette.
- Sur la cassette, la maisonnette, la voiturette, la pâquerette, ça ne change rien au problème.
-Oui, Léo, tu as raison. Et crois-moi que j’y pense autant que toi.
-Je commence à croire qu’on l’a déçu parce qu’on n’a pas trouvé d’autres enfants. Il est peut-être parti chercher ailleurs.
-Tu me déprimes Rémi. C’est affreux. Si c’est ça, on ne le reverra jamais.
-J’en sais rien Léo. Peut-être justement que si on invitait Tian et Lou, on le ferait revenir.
-Vous imaginez un peu qu’on le fasse et que Jarwal ne revienne jamais ?
-Là, c’est sûr frangin qu’on passerait vraiment pour des guignols.
-De toute façon, les garçons, c’est déjà le cas.
-C’est pas faux Marine, acquiesça Rémi.
- Je ne crois pas les garçons que Jarwal soit parti parce que nous n’avons pas trouvé d’autres enfants. Il nous a dit qu’il savait que ça serait difficile et qu’il nous faudrait du temps. Il n’est pas du genre à se montrer impatient.
-Alors pourquoi a-t-il disparu ?
-Je n’en sais rien Léo. Il s’est sans doute passé quelque chose d’imprévu et qui s’est révélé extrêmement important pour lui.
-Tu crois que ça peut avoir un rapport avec Jackmor ? interrogea Rémi.
-Encore faudrait-il qu’il soit toujours vivant ?
-Tu sais Léo, je pense qu’il ne faut pas voir Jackmor avec une durée de vie limitée. Il sera toujours présent parce qu’il se sert des hommes mauvais pour prendre forme. Alors, ça n’est pas le choix qui manque.
-Oui, Marine, c’est vrai, tu as raison. J’ai du mal à imaginer que ça soit possible en fait. Pour moi, dans les deux histoires que Jarwal nous a racontées, Jackmor est mort à la fin alors qu’en réalité, il a juste disparu le temps de retrouver une autre enveloppe corporelle.
-Oui, c’est cela petit frère. Juste une question d’énergie spirituelle en fait. D’ailleurs, je me demandais si c’est pareil pour nous.
-Quoi donc ? demanda Rémi.
-Je me demandais si nous n’existions pas comme énergie spirituelle avant d’être des humains dans un corps.
-C’est le voyage de l’eau qu’a vécu Jarwal qui te fait dire ça ?
-Oui, Léo, toutes ces âmes en attente, qui observent le monde pour décider quelle va être l’incorporation la plus favorable à leur développement. C’est comme ça que j’ai compris l’histoire en tout cas.
-Moi aussi, Marine mais j’étais incapable d’en faire un résumé comme toi. C’est tout mélangé dans ma tête.
-Faut dire qu’il y a de quoi s’y perdre, intervint Léo.
-Ben, en fait, Léo, ça dépend. Et si c’était maintenant qu’on était perdu ?
-Comment ça ?
-Et si les choses qu’on ne comprend pas, c’est parce qu’il y a celles qu’on nous a enseignées qui prennent trop de place. Enfin, tu vois le genre ?
-Tu veux dire qu’on ne comprend pas parce que tout ce qu’on sait déjà nous empêche de comprendre ? Pas très logique tout ça Marine. Regarde les maths par exemple ! Comment est-ce qu’on pourrait comprendre les nombres décimaux sans avoir appris à compter d’abord. C’est comme un escalier, tu ne peux pas arriver en haut sans passer par toutes les marches.
-Oui Rémi, je suis entièrement d’accord. Mais le problème, c’est qu’une fois que tu es engagé dans l’escalier, tu ne progresses qu’en fonction de l’objectif de la marche suivante. C’est un peu comme si on n'était plus libre en fait. Bien entendu que tu progresses mais c’est dans une voie toute tracée. Et pendant ce temps-là, tu ne vois pas qu’il y a d’autres escaliers.
-Mais peut-être que de progresser, ça permet de créer des passerelles entre les escaliers. Je veux dire par exemple, les maths, c’est grâce à elles aussi que les explorateurs de la planète sont partis sur les océans. Ou que les architectes ont su construire des temples.
-C’est pas faux Rémi. Toutes les connaissances peuvent se recouper, elles se nourrissent entre elles. Mais alors, pourquoi est-ce qu’on a du mal parfois à accepter ce que Jarwal nous raconte ?
-Peut-être Marine que c’est parce qu’on monte que sur des escaliers où on nous a appris à marcher. Mais qu’il y en a d’autres qu’on ignore totalement. Comme si ces autres escaliers étaient construits dans une autre maison.
-Et bien, si c’est ça, je n’appelle pas ça une maison mais une prison, s’exclama Léo. Et je suis bien content que Jarwal nous fasse passer la tête par la fenêtre.
-Et je la vois bien ta bille de clown qui regarde par la fenêtre ! lança Rémi.
-En tout cas, si la connaissance se construit dans une prison, il faut accepter l’idée de passer la tête entre les barreaux et de s’interroger au lieu de continuer à monter les marches comme des condamnés résignés.
-Yep, grande sœur, personne ne me passera la corde au cou !
-Alors, donc, pour en revenir au sujet du départ, il est donc possible que les âmes existent avant d’être enfermées dans un corps.
-Pas enfermées Léo, étant donné qu’elles retourneront dans l’espace pour attendre une prochaine vie. C’est juste un passage provisoire.
-Alors donc, mon âme a déjà vécu, c’est ça ? Et elle m’a choisi pour continuer à progresser ?
-Toi, Rémi, moi, les parents, tout le monde en fait.
-Mais comment peut-elle choisir un individu qui n’existe pas encore ? Comment peut-elle savoir ce qui va se passer dans la vie d’une personne qui n’existe pas ? C’est dingue ce truc !
-Oui Rémi, c’est dingue comme tu dis. Ou alors, c’est juste un autre escalier dans une autre maison.
-Moi, je sais comment savoir tout ça, annonça Léo.
-Ah, ouais, et comment petit frère ? demanda Rémi, intrigué.
-Faut retrouver Jarwal. »
L’évocation de cette disparition inexpliquée mit un terme à l’échange, comme si des volets venaient de se fermer sur la fenêtre.
Une obscurité intérieure. Un doute assassin. Des pensées secrètes. Et puis cette impossibilité de maintenir le silence, comme une pression trop forte qu’il fallait libérer.
« Vous croyez que Jarwal aurait pu nous mentir ? Qu’il se serait juste amusé avec nous ?
-Ah, toi aussi, tu as pensé à ça petit frère, avoua Rémi.
-Moi aussi les garçons. C’est tellement étrange cette disparition. Je me suis dit qu’il voyageait comme ça, pour occuper son temps et s’amuser aux dépens d’enfants crédules. Mais je n’arrive pas à y croire réellement.
-Moi non plus, renchérit Rémi. Je pense qu’il lui est arrivé quelque chose.
-Oui, sans doute, mais je suis fatiguée d’y penser tout le temps. Parfois, en classe, je m’aperçois que je n’écoute plus le prof et que je suis suspendue à un message que j’entendrai à l’intérieur. Comme quand il nous a parlé le jour où on a retrouvé sa timbale.
-Bon, en tout cas, je suis content d’en parler avec vous, annonça Léo parce que j’avais un peu honte de douter de l’honnêteté de Jarwal. Et puis ça m’embêtait aussi d’imaginer qu’il pouvait s’en apercevoir et en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser. C’est affreux d’ailleurs de voir qu’on ne maîtrise même pas ce qui nous vient dans la tête.
- Les enfants, il est temps d’aller vous coucher, il y a école demain et c’est tard déjà. »
La voix montait du bas de l’escalier.
-Oui, p’pa, on y va.
-Allez, les garçons, il ne faut pas se décourager. Il va revenir, » murmura Marine.
Les garçons ne s’y trompaient pas. La voix de leur sœur n’avait pas de consistance, comme si le doute la fissurait.
Ils rejoignirent leur chambre et se coulèrent sous la couette.
Les yeux ouverts, fixant le plafond, les trois enfants appelèrent Jarwal jusqu’à ce que le sommeil les emporte.
Ecriture et caméra intérieure
Dans la création cinématographique, le réalisateur fait appel au jeu de l'acteur. L'acteur vit son rôle et le réalisateur saisit ce que l'acteur vit.
Dans la création littéraire, l'écrivain tient les deux rôles. Il est l'acteur, il vit intérieurement les émotions, les sentiments, il souffre, aime, se réjouit, se lamente, se découvre, se perd et il doit simultanément tenir la caméra pour saisir chaque évènement de l'intérieur.
Il ne s'agit donc pas de se contenter de décrire ou d'analyser. On serait sinon dans une démarche scientifique, cognitive, matérialiste, évènementielle. Un chirurgien qui opère ne doit pas éprouver la moindre émotion pour son patient, c'est une question de survie pour l'opéré.
L'auteur doit donc plonger à l'intérieur, au plus profond de l'humain. Comme une caméra qui irait fouiller les tréfonds de l'âme.
Mais dans ce travail, l'auteur n'est plus l'acteur, il est le réalisateur qui saisit ce que l'acteur éprouve.
Mais s'il n'est plus acteur, l'auteur devient émotionnellement inerte. Comme un chirurgien.
C'est donc un dédoublement existentiel qui s'impose.
J'ai mis dix ans à comprendre qu'on ne décrit pas une scène. On la vit.
J'ai encore mis dix ans à réaliser que je devais tenir la caméra sans influencer cette vie, sans la pervertir par des interprétations conditionnées, sans me glorifier d'être un chirurgien alors que justement je devais me libérer de ce rôle.
Il me faudra bien encore dix ans pour parvenir à restituer clairement la musique qui résonne maintenant en moi.
Crise de l'enseignement
Crise du recrutement : comment attirer les futurs profs ?
« Posons-nous la question, combien de nos enfants veulent-ils aujourd’hui devenir professeur ? » se demandait Nicolas Sarkozy lors de son discours sur l’éducation le 28 février à Montpellier. Conséquence directe de la politique menée durant le quinquennat (paupérisation des profs, dégradation des conditions de travail, réforme de la formation, dénigrement du métier et de ses acteurs par les ministres successifs…), mais pas seulement puisque la tendance est la même ailleurs, recruter des profs est devenu difficile et la pénurie est conséquente. Il y a cette année aux concours 43% de candidats en moins par rapport à 2011, et il y aura deux fois moins de candidats admissibles que de postes offerts. Problème de quantité donc, et mécaniquement de qualité, qui interroge l’avenir proche.
Les candidats à la Présidentielle devraient se plonger dans le rapport que vient de publier l’OCDE et qui donne plusieurs pistes pour tenter d’enrayer la baisse des vocations. Ils y trouveraient plus que des idées sur le recrutement : une ligne politique ambitieuse mettant l’enseignant au cœur du système et redonnant au métier toute son attractivité.
Le rapport de l’OCDE préconise de modifier les modalités de recrutement, améliorer le statut du métier sur le marché du travail, élever les salaires , revoir la formation, de repenser l’environnement de travail, le rôle d’un professeur qui doit avoir plus de responsabilités et être plus investi dans la vie de l’école, avoir de réelles perspectives de carrière et dont le bien-être personnel doit être pris en compte… Mazette !
Le recrutement
Les études menées dans 65 pays (parmi lesquels la France est le seul à ne pas avoir fourni de données…) sont très claires sur le fait qu’il existe une corrélation directe entre la réussite des élèves aux évaluations internationales (PISA) et le niveau d’excellence de l’enseignement. Il ne suffit donc pas d’attirer les jeunes vers l’enseignement, il faut attirer les meilleurs qui, à niveau égal de qualification, vont voir ailleurs. Pour cela, il faut proposer aux jeunes diplômés de haut niveau ce qu’ils cherchent : le meilleur équilibre statut valorisant / environnement professionnel / sentiment de participer personnellement à un projet / revenus financiers.
Le rapport plaide également pour la mise en place de nouveaux critères de sélection : donner plus de place lors du recrutement à l’enthousiasme du candidat, son aptitude à percevoir les besoins des élèves et à apporter une réponse adaptée, son investissement et son engagement personnel, des critères qui jouent autant sur la qualité de l’enseignement que les compétences strictement disciplinaires.
Il faut également faciliter l’accès aux concours à des personnes ayant eu des expériences professionnelles extérieures à l’éducation : la richesse de leur profil ne peut que bénéficier à l’enseignement.
En France, les critères de formation restent disciplinaires, la personnalité du candidat n’est pas prise en compte. La réforme de la formation (masterisation) a eu tendance à figer les filières et à formater le profil des candidats, dont la variété et le niveau vont s’appauvrissant.
La formation
Le rapport insiste sur la nécessité d’une formation initiale de grande qualité.
Les enseignants doivent savoir précisément ce qui leur sera demandé dans leur métier, du point de vue des connaissances disciplinaires comme de la manière de les enseigner. L’accent théorique doit être mis sur les derniers développements de la recherche en matière de techniques d’enseignement ; l’enseignant est invité à développer lui-même ses idées et à innover, sous la tutelle d’un enseignant formateur. Une place importante doit être faite à la pratique dans les classes, le contact et les échanges avec les professeurs en fonction, à travers de nombreuses expériences de terrain.
Le rapport insiste aussi sur l’importance d’une formation continue de haut niveau. Il ressort de l’étude que les enseignants souhaitent développer leurs compétences tout au long de leur carrière, et 55% des enseignants interrogés auraient aimé plus de formation sur les 18 derniers mois. La formation continue doit entre autre mettre l’accent sur la mutualisation des pratiques.
En France, la formation initiale a été singulièrement allégée avec la masterisation et la partie pratique a été réduite à la portion congrue au fil des années. Quant à la formation continue, elle est faible en heures (à titre d’exemple, Singapour offre 100 heures de formation continue par an à chaque enseignant) et trop souvent peu adaptée à la réalité du métier et aux besoins des profs.
Les premières années
Une fois les profs efficacement recrutés et correctement formés, encore faut-il parvenir à les garder ! Dans cette optique, les premières années sont décisives, un enseignant quitte plus souvent le métier dans les 5 premières années d’exercice que par la suite.
Il faut donc ménager les enseignants débutant afin de leur garantir une entrée progressive dans le métier. Or ce sont généralement eux qu’on retrouve sur les postes et dans les établissements les plus difficiles. Une solution consiste à mener une politique d’incitation envers les plus expérimentés afin de les attirer sur ces postes sensibles dans des fonctions d’encadrement des enseignants débutant.
Durant ces premières années, il est important que l’enseignant puisse compléter sa formation initiale par des formations ciblées en fonction de ses besoins. Un pays comme la Chine propose à ses jeunes enseignants 240 heures de formation dans les 5 premières années.
En France, quasiment rien n’est fait sur ce sujet. Certaines académies « protègent » les profs la première année en leur affectant un poste censément moins difficile, notamment dans le primaire. Mais pour l’écrasante majorité des profs, les 5 premières années seront les plus dures de leur carrière, celles où ils connaîtront les conditions d’exercice les plus extrêmes, alors même qu’ils ne sont pas encore armés pour y faire face.
Les conditions de travail
Le rapport estime que pour améliorer les conditions de travail à l’école, il faut repenser un certain nombre de choses dans l’organisation et dans la manière de travailler.
Le premier levier est la qualité des relations avec les élèves, entre collègues et avec la hiérarchie. Il faut donc instaurer un dialogue social fécond dans les établissements, et modifier les rapports verticaux en donnant davantage d’autonomie et de responsabilités aux enseignants, qui veulent avoir le sentiment d’être soutenus et accompagnés par la hiérarchie.
Le travail en équipe, le partage des savoir-faire et des ressources, la mutualisation des savoirs doit être au cœur d’une pratique éducative riche et vivante.
En France, les enseignants sont trop souvent infantilisés, on ne leur donne que peu de responsabilités effectives, le travail en équipe est encore globalement déficient et dépend trop du chef d’établissement, et il n’est pas rare de voir des conflits très forts entre direction et équipe enseignante. La réforme des lycées, mal expliquée et mal accompagnée, a accentué le climat de tension. Quant aux conditions matérielles, elles sont tout simplement déplorables : il n’est pas rare de compter 5 ordinateurs pour 60 profs et une seule imprimante.
Le lien famille / école
D’après le rapport, resserrer le lien entre l’école et les familles peut, au-delà des bénéfices directs pour la vie de la communauté éducative, sensiblement améliorer l’image du métier. En effet, les personnes qui ont un contact plus régulier avec l’école sont généralement plus positives avec elle, car elles la perçoivent mieux. Il faut donc développer des relations suivies et personnalisées avec les familles, expliciter davantage le lien entre les apprentissages et la vie après l’école, concevoir des programmes d’accompagnement des familles dans l’environnement éducatif, multiplier les rencontres et les opérations de sensibilisation, etc.
En France, le lien avec les familles est globalement insuffisant, celles-ci manquent souvent d’informations, au moment de l’orientation des élèves par exemple ; quand des choses intéressantes sont mises en place, les initiatives sont presque toujours locales, il n’y aucune dynamique au niveau national.
Le salaire
Les évaluations internationales de PISA ont mis en évidence le fait que le niveau de rémunération des enseignants est directement corrélé aux performances des élèves. Un salaire élevé attirera plus de jeunes diplômés de haut niveau qui auront tendance à s’investir davantage dans leur métier.
Or, si depuis 2000 le salaire des enseignants à globalement augmenté dans les pays de l’OCDE, le salaire au bout de 15 ans de métier ne représente que 80 % de la rémunération d’un individu âgé de 25 à 64 ans, diplômé de l’enseignement supérieur et employé à temps complet.
Il faut donc une politique volontariste du point de vue financier, quitte à mettre l’accent sur les filières souffrant d’une grave pénurie de profs, mathématiques et sciences. Offrir plus aux futurs profs de maths ou de sciences, c’est ce qu’a fait (dans un système dérégulé certes) l’Angleterre ces deux dernières années, allouant une prime de 20 000 livres aux meilleurs candidats.
La France est un des rares pays de l’OCDE où le salaire des enseignants a baissé sur cette période. Leur pouvoir d’achat a baissé de 10% en 10 ans. Malgré l’annonce d’une revalorisation pour les profs débutant en novembre, la réalité est simple à percevoir : 80% des profs n’ont pas été augmenté depuis 5 ans, alors même que le salaire moyen d’un prof français est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.
Le bien-être des enseignants
Voilà une notion bien révolutionnaire ! Mais ne nous y trompons pas, l’OCDE n’est pas une ONG philanthrope : son objet est de dégager les conditions optimales de production. Appliqué à l’enseignement, ce précepte fait émerger la nécessité de veiller à ce que tout enseignant se sente bien dans son métier, donc bien dans sa tête et dans sa vie.
Afin de préserver cet équilibre travail / vie personnelle, il faut entre autres développer les possibilités de congé sans solde, la prise de recul à travers des périodes sabbatiques, ou encore veiller à ce que les enseignants puissent étendre leurs compétences tout au long de leur carrière, et pas seulement d’un point de vue strictement éducatif, puisque le rapport préconise de faire des échanges ponctuels avec l’industrie et le commerce.
En France : le bien-être des enseignants n’est pas une notion connue.
L’enseignant au cœur du système
Pour un enseignant français, la lecture de ce rapport est une expérience… troublante ! C’est qu’on n’est pas habitué à ce qu’on se préoccupe de nous ! On a plutôt l’habitude d’être pointés du doigt, par les responsables politiques en premier lieu, par la doxa aussi qui a vite fait de juger que les profs sont des fainéants privilégiés…
Alors forcément, quand un rapport international émanant d’un organisme peu soupçonnable de gauchisme place l’enseignant au cœur du système éducatif et du projet scolaire, le désigne comme la solution quand on entend si souvent qu’il est le problème, on se dit qu’il existe une voie, un chemin encore vierge dans notre pays, qui vaut d’autant d’être essayé que les autres ont jusqu’ici mené à des culs-de-sac.
Mais attention, cette révolution ne pourra se faire sans les enseignants eux-mêmes, appelés à se remettre en question et à interroger leur pratique, et dont le métier et les missions sont immanquablement destinées à évoluer.
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Le calme
"Un Maître Zen est invité à la télévision. L'émission est en direct. Sur le plateau, dans les coulisses, à la régie, c'est l'effervescence. L'animateur plaque fiévreusement sur son crâne une mèche rebelle, parle dans son micro, écoute son oreillette, range ses fiches et toutes les annotations faites par ses conseillers pour mener la discussion...
Enfin, tandis que les dernières secondes s'égrènent avant que l'émission ne commence, le présentateur s'assoit face au maître et lui souffle :"
Pas trop nerveux, avec toute cette excitation autour de vous ?
-Non, dit paisiblement le Maître Zen. En dehors de cette agitation, tout est calme. "
Besoins matériels. (spiritualité)
Cette impression de "voir" une balance à plateaux. D'un côté les biens matériels et de l'autre les "nourritures spirituelles".
Cette crise économique a un intérêt. C'est de créer une impossibilité financière de courir après l'accumulation de biens matériels. Elle est par contre dramatique lorsqu'elle touche les biens vitaux.
Elle peut générer une rupture dans le paradigme éducatif. N'étant plus "guidé" par les besoins d'un être dérivé, nous éliminons les produits et services dont nous n'avons pas réellement besoin.
Phénomène surprenant, la "masse" de biens matériels pesant dans la balance s'allégeant continuellement, cette "énergie" qui n'est plus dépensée de façon frénétique se trouve disponible et se transfère "naturellement" dans le plateau des biens spirituels. Comme si la "qûete" devait se faire, comme si la Vie portait en elle-même une direction établie, un besoin irrépressible d'activer le potentiel intérieur.
Les sociétés matérialistes ont bâti leur expansion sur ce besoin vital d'explorer les potentiels. Les progrès technologiques sont les effets de cette énergie dépensée. J'ai lu il y a quelques jours qu'une petite fille avait été sauvée par des chirurgiens après avoir été opérée in vitro. Fabuleux progrès qui sauve une vie. Jamais, je ne critiquerai ce progrès, il est réel et nécessaire.
Quand je vois par contre, les files d'attente devant les magasins apple pour la sortie de l'ipad4, j'ai envie dy mettre le feu et de hurler sur ces gens.
Mais il y a aussi cette multitude de blogs, forums, livres, conférences sur l'exploration spirituelle. Un mouvement qu'il est impossible d'ignorer et de balayer d'un revers de main méprisant. Une certitude que cette population a consommé cette rupture matérialiste et cherche désormais à combler le vide sur le plateau de la balance.
Les désirs de biens matériels s'épuisent. Les nourritures spirituelles croissent.
Conscience du monde. (spiritualité)
Il est impossible d'avoir une vision globale du monde au regard des évènements qui s'y produisent. Tout ce fatras restera immanquablement initié par des visions intentionnelles. Paris Match ou Sciences et Vie...Le premier est dans le registre de l'absolument superficiel, épisodique, éphémère et sans aucune analyse de son propre commentaire. L'objectif est commercial et nullement existentiel. Le deuxième oeuvre à l'explication rationnelle des évènements associés à tous les "comment" qui nous interpellent.
La philosophie avait pour tâche d'explorer les pourquoi...
Mais il y a davantage de lecteurs de Paris Match que de Spinoza et la philosophie a fini par sombrer dans les zones obscures du monde intellectuel.
L'Humanité a donc fini par écouter tout ce qui vient de l'extérieur jusqu'à en devenir sourde à son espace intérieur. Chaque individu s'identifie à la lecture évènementielle dans laquelle il se sent reconnu. Du "people" le plus insignifiant jusqu'aux plus éminents scientifiques. Des appartenances.
On en vient même à étiqueter la démarche spirituelle parce qu'il faut bien que chacun s'y retrouve dans ce fatras. Il faut bien qu'on nous indique quelle est la "bonne" route. Il s'est produit le même phénomène avec la philosophie...Qu'en est-il ressorti ? Est-ce que de l'Histoire de la philosophie, il reste une donnée, une seule, à laquelle on puisse donner l'attribut de "Patrimoine de l'Humanité"? ...Aucune. Non pas parce qu'elles n'avaient aucune valeur (qui oserait dire que Socrate n'avait aucune valeur) mais parce que l'Humanité n'a considéré la Philosophie que comme un épiphénomène évènementiel lié à l'existence de leurs initiateurs. Il est certain que les conflits d'ego n'ont pas servi la Philosophie elle-même...Il n'a été pour beaucoup dans cette démarche qu'une intention de reconnaissance. Effrayant détournement.
La spiritualité me semble emprunter la même voie. Ou plutôt les multiples voies générées par la multitude d'ego qui y cherchent la même reconnaissance.
Je ne serais pas surpris dans quelques années, si je suis encore là, de constater que cette approche existentielle sera tombée dans l'oubli. Tout comme la philosophie. Pour les mêmes raisons. Les spiritualistes ne cherchent pas l'ouverture des consciences mais la reconnaissance des consciences identifiées envers leur travail...Effrayant détournement.
Ecouter l'intérieur.
Voir ce qui se passe en nous, baliser le chemin...
Ce matin, avec les enfants dans la classe, je m'aperçois qu'une élève continue à utiliser en calcul mental une technique travaillée au CE2 pour accéder à la soustraction. Elle n'a toujours pas validé la méthode soustractive et continue à utiliser le complément de "l'addition à trou."
Pas un problème en soi si ce n'est ce que cette attitude figée révèle.
Explications.
"Tout au long de votre vie, vous devrez abandonner des choses apprises pour accéder à une maîtrise plus profonde de ce que vous apprenez. Et lorsque vous aurez appris cette nouvelle technique, vous devrez de nouveau la délaisser pour franchir un nouveau palier. Il ne s'agit pas de l'oublier mais juste de prendre conscience qu'elle est devenue insuffisante et que vous possédez en vous, le potentiel pour relancer l'apprentissage. Imaginez que vous êtes entre deux lampadaires, on en a déjà parlé. Celui sous lequel vous êtes illumine et vous vous y sentez en sécurité. Dans votre dos, vous apercevez le lampadaire plus ancien, celui que vous avez déjà abandonné depuis un moment et dont la lumière acquise vous a permis d'avancer et d'arriver là où vous êtes. La différence maintenant, c'est que le lampadaire suivant est bien plus éloigné que tout ce que vous avez connu jusque-là. Vous ne disposez pas d'un horizon dégagé, les zones d'ombres sont vraiment profondes, étendues, inquiétantes. Vous pourriez vous contenter de rester là où vous êtes, après tout cette lumière est douce et apaisante. Mais il y a un phénomène qu'il ne faut pas oublier, qu'il ne faut jamais quitter des yeux. Si vous restez là où vous êtes, vous allez épuiser la source d'énergie dont vous bénéficiez à l'instant. Il est inconcevable d'imposer à la Vie la fixité, l'immobilité, le refus d'avancer. La Vie a toujours été lancée dans ce mouvement vers l'avant et vous faites partie de ce mouvement.
Souvenez-vous des séances de ski de cet hiver. Certains connaissaient juste le chasse-neige et pouvaient s'en contenter mais ils ont rapidement vu que cette fixité leur interdisait l'accès à des pistes plus exigeantes. Il fallait abandonner le chasse-neige et parvenir au ski parallèle, au dérapage, à l'appui sur le ski amont...Il fallait quitter cette sécurité et accepter d'avancer en terrain inconnu, de se "mettre en danger", de risquer la chute, d'éprouver cette peur ennemie. Vous étiez sous un lampadaire et il vous fallait accepter les territoires inconnus. Et vous l'avez fait. Et le bonheur du ski s'est nourri de ce chemin parcouru, ça n'était pas que le plaisir d'aller sur d'autres pistes mais aussi ce bonheur en vous d'être parvenu à dominer cette peur, cet abandon des choses connues.
Tout ce que vous allez vivre pendant toute votre vie ressemble à ce parcours. En mathématiques, en sport, en amour, dans toutes les passions qui vous animeront. Il est essentiel de savoir toujours où vous en êtes. Essentiel d'identifier la lumière dont vous disposez et de vous féliciter du chemin parcouru pour tendre votre regard intérieur vers l'ombre qui vous attend.
La fixité n'est pas naturelle. C'est la peur qui l'installe. Apprenez à vivre votre peur et à comprendre ce qu'elle vous enseigne. La Vie porte en elle cet élan. Sinon, elle ne serait pas passée de l'amibe à la baleine bleue.
L'inquiétude moderne
"A mesure qu'on va vers l'Ouest, l'agitation moderne devient de plus en plus grande, si bien qu'aux yeux des Américains, les habitants de l'Europe représentent un ensemble d'êtres, amis du repos et du plaisir, tandis qu'en réalité, ils vont croisant leur vol continuel comme des abeilles et des guêpes. Cette agitation est si grande que la culture supérieure n'a plus le temps de mûrir ses fruits : c'est comme si les saisons se succédaient trop rapidement. Par manque de repos, notre civilisation court à une nouvelle barbarie. A aucune époque, les gens actifs, c'est à dire les gens sans repos, n'ont été plus estimés. Il y a donc lieu de mettre au nombre des corrections nécessaires que l'on doit apporter au caractère de l'humanité, la tâche de fortifier dans une large mesure l'élément contemplatif. Quand ton regard aura pris assez de force pour voir le fond dans la fontaine sombre de ton être et de tes connaissances, peut-être aussi, dans ce miroir, les constellations lointaines des civilisations de l'avenir te deviendront visibles. "
Nietzsche.
Je me permets de rappeler les dates : Nietzsche : 1844-1900.
Il y a de quoi réaliser à quel point la philosophie ne représente plus rien. En dehors des sphères intellectuelles. C'est à dire le néant.
Moebius
Il faisait partie des Plus Grands Vivants.
Maintenant, il appartient aux Plus Grands Eternels.
Moebius est parti. Ses dessins restent.
http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/03/10/six-dessins-de-moebius-par-lui-meme_1656011_3246.html
Les dessins de Moebius par lui-même
LEMONDE.FR | 10.03.12 | 14h05
Il n'est jamais trop tard pour corriger une injustice. Géant incontestable de la BD mondiale, icône vivante pour plusieurs générations d'auteurs, défricheur insatiable de nouveaux horizons, Jean Giraud n'a, étonnamment, jamais eu les honneurs d'une exposition à la mesure de son aura.
Celui que l'on peut considérer comme "le plus grand auteur français de bande dessinée en activité" a certes vu son travail accroché dans de nombreux festivals spécialisés, en France comme à l'étranger. Il lui est également arrivé de faire des incursions dans le monde de l'art contemporain par le biais d'expositions collectives. Mais de grande rétrospective dédiée à lui seul, jamais !
La faute, diront certains, au mépris avec lequel les réseaux culturels institutionnels ont toujours traité la bande dessinée. La faute aussi, sans doute, au brouillage de pistes sciemment organisé par Jean Giraud lui-même, l'homme aux deux pseudonymes : Gir, avec lequel il a dessiné la série western Blueberry dans une veine réaliste ; et Mœbius, versant fantastique et onirique de sa dualité, incarné à travers les personnages d'Arzach, de l'Incal ou encore du Major.
MÉTAMORPHOSE
Quelle que soit sa vocation, l'exposition que lui consacre la Fondation Cartier à partir du 12 octobre ne fait pas, en tout cas, dans la demi-mesure : plus de 400 pièces balayant 50 ans de carrière – dessins, peintures, croquis, ektachromes… - envahissent l'espace du boulevard Raspail jusqu'au 12 mars.
Le thème retenu, car il en fallait un face à l'énormité du fond proposé par l'artiste âgé de 72 ans, est celui de la métamorphose, un sujet omniprésent dans son œuvre. La curiosité la plus attendue est la projection du tout premier film d'animation réalisé (en 3D) par Mœbius : un court-métrage de 10 mn, inspiré d'une histoire peu connue, La Planète Encore. Là est une autre singularité du co-créateur du magazine Métal Hurlant : malgré de nombreuses collaborations ponctuelles dans le cinéma (auprès de Luc Besson, James Cameron, René Laloux, Steven Lisberger…), jamais Gir/Mœbius ne s'était essayé à la réalisation avant cela.
Alors que sort opportunément en librairie une suite à Arzach - 35 ans après le choc créé par le premier album, entièrement muet - Le Monde Magazine a demandé l'impossible à son créateur : choisir, et commenter, six de ses dessins exposés à la Fondation Cartier. Moebius par Giraud, en quelque sorte. Et vice-versa.
- Les animaux de Mars
"Ce dessin est issu d'un petit carnet que ma maison d'édition (Mœbius Productions) va bientôt publier. Ce travail part d'un postulat selon lequel le geste inconscient participe de la création. Le jeu consiste ainsi à prendre une plume et à jeter sur une feuille des traits nettoyés de toute intention, en essayant le plus sincèrement possible de n'avoir aucun but.
Je me retrouve alors devant une sorte tâche de Rorschach, les conditions du hasard ayant été créées en jouant avec ma propre main, voire en fermant les yeux ! Ce n'est qu'ensuite que je reprends ma raison, et mon savoir-faire, pour tirer une forme de ces lignes. Après quelques dessins, l'idée est apparue que j'avais créé des animaux fantastiques. Je les ai localisés sur Mars car cette planète a souvent servi d'écran de projection à l'imaginaire."
- Blueberry

BlueberryMoebius / Fondation Cartier
"Le cinéma est le réservoir d'images de Blueberry. J'ai toujours essayé, dès mon plus jeune âge, de faire du cinéma sur papier. Quand je travaille sur cette série, une musique très symphonique va jusqu'à jouer dans ma tête - genre Dimitri Tiomkin ou Maurice Jarre.
Concernant le personnage, je lui ai donné les traits de nombreux acteurs à la mode de films d'action : Belmondo bien sûr, mais aussi Bronson, Eastwood, Schwarzenegger… J'ai même utilisé Keith Richards (le guitariste des Rolling Stones) ou Vincent Cassel (qui a campé le rôle de Blueberry au cinéma). A chaque fois, je rajoutais un nez cassé, ainsi qu'une coupe de cheveux à la Mike Brant ! Beaucoup de réalisateurs m'ont également inspiré. Blueberry doit beaucoup à Sam Peckinpah (La Horde sauvage m'a bouleversé). Il y a aussi du Sergio Leone chez lui. Mais pour ce qui est de son amitié avec les Indiens, je suis plus proche de John Ford qui, toute sa vie, a été écartelé entre le machisme blanc de la conquête de l'ouest et la conscience qu'il avait des minorités opprimées."
- Arzach

Arzach.Moebius / Fondation Cartier
"Arzach est l'enfant fécond de la création de Métal Hurlant. Plusieurs raisons m'ont conduit à lui redonner vie à travers un nouvel album. D'abord, Arzach a formulé de lui-même une demande implicite d'exister en débarquant dans Inside Mœbius, le journal intime où je me mets en scène avec mes personnages. Vient ensuite le fait d'une logique éditoriale : ma petite maison d'édition, qui réalisait jusque-là des publications somme toute confidentielles, a décidé de passer à quelque chose de plus orthodoxe, dans l'espoir que cela nous permette d'en vivre car pendant des années Blueberry a été le sponsor personnel de Mœbius.
Si j'ai décidé à faire parler Arzach dans ce nouvel album alors qu'il était muet dans le premier, c'est que le contexte n'est plus le même. A l'époque, Métal Hurlant vivait constamment dans le danger de mourir. Nous ne savions jamais si nous allions sortir le numéro suivant. La garantie de l'étonnement éditorial était notre propre étonnement. D'où ce personnage sans parole ni référence culturelle que je faisais le soir après le boulot – après Blueberry, quoi. C'était une façon d'être provocant. Il était impossible, 35 ans plus tard, de reconstituer artificiellement le même environnement."
- Inside Mœbius
"Mon ambition, à travers ce récit introspectif dessiné sans crayonné est d'arriver à cette leçon que nous donne à tous Wolinsky. Quand je l'ai connu, celui-ci dessinait de manière très besogneuse. Jusqu'au jour où il s'est complètement libéré en se disant : je vais dessiner comme on écrit, sans préoccupation graphique et avec le souci d'être "parlant".
Ce nettoyage très soixante-huitard de l'esthétique m'a bien plu. C'est ce que j'ai essayé de faire dans ce journal intime, en ajoutant délibérément une touche d'humour. Il y a pourtant toujours eu de l'humour dans mon travail, mais un humour clandestin – un peu comme chez quelqu'un qui devrait être sérieux et ne peut pas s'empêcher de glisser des blagues en espérant que ça ne va pas être vu. Dans Inside, je cite des auteurs de référence, comme Gotlib ou Edika, en m'accusant de vouloir me mesurer à ces géants. C'est aussi un moyen de m'avouer à moi-même que j'ai l'esprit assez potache."
- Les carnets du Major

La chasse au major.Moebius / Fondation Cartier
"Cette bande dessinée pleine de délire et de divagation a été réalisée sur une période de dix ans avec parfois de longues périodes de jachère au milieu. Elle a été faite, également, de manière totalement improvisée, case après case, un peu à la manière d'un musicien de jazz devant créer une tension entre la rigueur d'une ligne mélodique établie et une libération absolue de cette même ligne.
J'aime beaucoup procéder ainsi : faire un premier dessin sans idée préconçue et sans l'idée d'en faire un deuxième derrière ; le deuxième dessin peut alors être en totale contradiction avec le premier ou sa continuation sous un autre angle, peu importe. Je vois cela comme un jeu de reconstitution où l'inconnu ne viendrait pas du passé mais de l'avenir. On peut évidemment relier cette archéologie à rebours à l'inconscient, mais aussi à ce que l'on décrit dans les états de transe ou dans l'étude de la mère de toutes les religions, la religion chamanique. Le Major, qui n'est autre qu'un avatar de moi-même, est le fruit de cette réflexion que j'applique modestement en faisant des petits Mickeys."
- La Planète Encore

La planète encore.Moebius / Fondation Cartier
"Cette image de synthèse est tirée de mon tout premier film d'animation en tant que réalisateur. J'ai été mêlé à plusieurs projets cinématographiques en tant que réalisateur dans le
passé mais aucun n'a vu le jour. Je ne dirais pas que le cinéma m'a laissé au bord du chemin.
C'est plutôt moi qui l'ai laissé passer. Cela aurait été à moi de m'investir sérieusement en tant que producteur, comme je l'ai fait avec ce court-métrage. Il est malheureusement difficile d'avoir plusieurs vies simultanément.
Faire du Mœbius sans la moindre concession tout en continuant Blueberry demande déjà un investissement interne considérable. Je me tire d'ailleurs le chapeau car j'ai réussi à me trahir sans me quitter… Bref, je n'avais pas de place à accorder au cinéma. Pour se lancer dans le cinéma, il faut être Cortez : brûler ses vaisseaux et ne plus rien avoir d'autre à faire."
De l'éducation.
"J'espère qu'à la fin de ce siècle, ce que nous appelons aujourd'hui « école » sera une relique historique, développée à l'époque des chemins de fer et de l'automobile privée et rejetée avec eux. Bientôt, il sera évident que l'école est aussi marginale à l'éducation qu'un guérisseur l'est à la santé publique."
Ivan Illich (Cuernavaca, Mexique)
"La révolution viendra en éducation, mais elle ne dépendra ni des diplômes des professeurs, ni de leurs connaissances, ni des programmes, ni des livres, ni des méthodes audio-visuelles, ni d'aucun progrès technique. Elle dépendra uniquement du climat que saura créer le maître dans sa relation avec l'élève... L'enseignant ne doit pas être un tube stérile à travers lequel passe la connaissance de génération en génération."
Carl Rogers, « Les enfants ne sont pas des oies à gaver ».
"C'est parce que nous sommes si desséchés nous-mêmes, si vides et sans amour que nous avons permis aux gouvernements et aux systèmes de s'emparer de l'éducation de nos enfants et de la direction de nos vies ; mais les gouvernements veulent des techniciens efficients, non des êtres humains, car des êtres vraiment humains deviennent dangereux pour les Etats et pour les religions organisées. Voilà pourquoi les gouvernements et les Églises cherchent à contrôler l'éducation."
Krishamurti, « De l'éducation »
Égrégore (2)
Gurdjieff l'avait évoqué. La plus dangereuse mécanisation consiste à être soi-même une machine.
Au Japon, le drame humain lié au tsunami et à la radio activité est inimaginable, certains quartiers de Tokyo sont plus irradiés que Tchernobyl... Le traumatisme est effroyable, mais je ne parviens pas à comprendre comment l'humain peut en arriver là... Il me semble que cette cassure entre l'humain et la nature est absolue, qu'il existe désormais une négation complète de l'univers du vivant et je ne vois pas la nature comme responsable de quoi que ce soit.
C'est la mécanisation de l'existence qui porte en elle les causes de ce désastre. Une certaine forme de folie, d'aveuglement qui consiste à penser que l'homme est au-dessus de tout, qu'il possède le pouvoir, jusqu'à en oublier les lois naturelles. Construire des villes dans des fonds de vallée, en bord de mer, dans un pays sujet aux pires séismes, pour développer des industries, nucléaires ou autres, accroître les richesses, pousser les individus dans une voie unique de profits, sans garder à l'esprit que tout peut disparaître en quelques instants, c'est mener les hommes à la mort.
Le Japon s'est construit dans cette voie. Les individus sont mécanisés, extraits de leur lien avec la nature, ignorant des réalités, envoûtés par une idée de croissance agissant comme un aimant. Tout miser sur l'énergie nucléaire dans un pays sujet aux séismes...C'est consternant. Développer des villes côtières sans aucune protection contre les tsunamis, c'est hallucinant. Non seulement, la nature est ignorée mais la vie humaine elle-même est bafouée. Rien ne compte en dehors de cette course à la croissance.
On joue avec des allumettes parce qu'on a construit des camions de pompiers. On est dans l'absurde.
Tout aussi absurde d'ailleurs de ne plus parler du Japon aujourd'hui, comme si tout cela devait être effacé des mémoires, que seuls les Japonais étaient concernés.
Les humains sont donc de véritables machines travaillant seulement sous la pression d'influences extérieures.
Les gouvernants, eux-mêmes, sont des machines. Ils ne sont pas des conducteurs de machines. Ils vivent eux aussi sous les influences d'égrégores qui les dépassent.
Un égrégore est, dans l'ésotérisme, un concept désignant un esprit de groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité autonome. Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris par les surréalistes, qui l'ont chargé d'un fort potentiel subversif.
Autant cet égrégore peut avoir un effet positif lorsqu'il est associé à une élévation spirituelle, autant il peut devenir la source d'un conditionnement lorsque des intentions perverses le sous-tendent...
Les connaissances qui sont développées depuis la révolution industrielle ne sont pas attachées à une voie spirituelle mais à une mécanisation des individus. La croissance est l'intention première.
La médecine, par exemple, est de la mécanique. L'aspect holistique de l'homme est ignoré.
La psychologie qui ne fonctionnerait pas en systémique est de la mécanique. Et encore doit-elle prendre en considération le sous-développement spirituel de l'individu.
L'environnement est d'ailleurs un mot très révélateur dans l'usage qu'on en fait actuellement. On considère à travers ce terme que la nature nous environne, ce qui revient à dire que nous n'en faisons pas partie, que nous nous en sommes extraits, que nous sommes des entités à part. L'environnement est ce qui est extérieur à nous. Consternant. Nous sommes l'environnement étant donné que nous sommes autour de nous-mêmes et non à l'intérieur...
On voit ce que cette "philosophie" donne avec l'exemple de la catastrophe au Japon. Et il est évident que nous allons entendre des "machines" accuser la nature d'être cruelle. C'est logique dans ce fonctionnement. Il faut un coupable. Et c'est la nature. Puisqu'elle est la seule vivante et que nous sommes des machines malmenées par sa violence. Effrayant.
Combien de fois j'ai entendu des journalistes dire : "La montagne a tué" lorsque des alpinistes ou des skieurs sont emportés. Comme si la montagne avait eu une intention...Comme si ce tsunami était responsable de ces milliers de morts...On regarde la situation à l'envers.
C'est un drame humain qui concerne des machines. C'est ça la première catastrophe. C'est ce que l'homme est devenu le plus dramatique.
Nous sommes notre propre environnement parce que nous vivons dans une agitation mécaniste qui nous a privé de notre propre centre. Nous ignorons jusqu'à l'existence du noyau.
Là où l'expression écologiste est encore plus absurde, c'est lorsque nous prenons en considération le fait que chacun de nos actes a une influence sur nous-mêmes en portant atteinte à l'environnement. Nous sommes impliqués dans cet environnement que nous voyons comme extérieur. Il n'y a pas d'extérieur. Il n'y a qu'une bulle existentielle dans laquelle chaque individu est relié, chaque être vivant, chaque phénomène nourri par le flux vital. Lorsque nous comprendrons que la disparition des orangs-outans est une atteinte à nous-mêmes, nous comprendrons qu'il n'y a pas d'environnement mais une unité absolue.
Les scientifiques dénoncent l'acidité de plus en plus forte des océans et des dangers immenses que cela fait courir à toute la chaîne alimentaire. Comment est-il possible que les humains en viennent à ignorer la source de toute la vie ? L'Océan... La Source de vie.
Sommes-nous donc condamnés à être des assassins jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien ?

