Articles de la-haut
La souris qui raconte
| Interview La Souris qui raconte |
![]() |
|
Françoise Prêtre, fondatrice et directrice, présente sa maison d’édition 100 pour 100 numérique.
(Photo : DR Laurence de Terline)
Les éditeurs ont la parole ....
La Souris qui raconte … INTERVIEW de la directrice fondatrice
Françoise Prêtre :
Votre nom et prénom (ou l’inverse) : Françoise Prêtre
âge (si vous le voulez bien) : 55 ans (2 x 5 avec des rêves d’enfant)
Vos casquettes au sein de la Maison : Créatrice de La souris qui raconte, j’y suis directrice éditoriale, directrice artistique et de production, mais pas que… Petite société créée en juin 2010, je me dois d’être multi casquettes !
Votre top 5 ou 10
Des auteurs que vous aimez de la littérature classique en général
(si possible jeunesse) réponse très subjective…..
En vrac, Michel Tournier, Roald Dahl, J. R. R. Tolkien, J. Prévert, M. Pennac, Saint Exupéry, Romain Gary, E.-E. Schmitt et tant d’autres, dont je découvre les livres au fur et à mesure de mes lectures.
Vos passions : En vrac, lire, écrire, cuisiner, jardiner, aimer, observer !
RACONTEZ-NOUS VOTRE HISTOIRE…
Mes Premières Lectures : Quand, où et par qui a été fondée la Souris qui raconte ?
Françoise Prêtre LSQR : Création de la SARL en juin 2010 par Françoise et Michel Prêtre (époux à la ville et associés dans la société) et mise en ligne du site marchand www.lasourisquiraconte.com le 27 octobre 2010.
M.P.L : Pourquoi cette création ?
Françoise Prêtre LSQR : Plusieurs raisons dont la première, indépendante de ma volonté, a été un licenciement à 52 ans. Plutôt que de chercher un nouveau travail salarié en production prépresse (ce que j’ai fait pendant 11 ans) ou en direction artistique (ce que je n’avais plus vraiment fait depuis 11 ans), j’ai réfléchi au moyen le plus pertinent de cumuler expertise métier, envie du moment, et conjoncture. Un petit stop par l’écriture de plusieurs manuscrits, et hop ! Idée ! Je tenais le bout de ma pelote, il n’y avait plus qu’à dérouler.
M.P.L : Quelle est la ligne éditoriale et quelle est son évolution si il y en a une, depuis le début ?
Françoise Prêtre LSQR : Je ne me sens pas bien dans le monde dans lequel je vis. Ce qui malheureusement aujourd’hui n’est pas rare. Puisque je créais cette maison d’édition, je me suis dis qu’à un tout petit niveau, je pouvais essayer de faire passer des messages aux enfants lecteurs, au travers de textes engagés. La ligne éditoriale de La souris qui raconte est citoyenne et humaniste avec des valeurs tournées vers le partage et l’échange. L’autre existe et mérite d’être considéré, quel qu’il soit. Je parle de tout. Exclusion, différence, deuil… J’essaie de le faire de façon bienveillante, sans misérabilisme, en interrogeant simplement l’enfant, en le considérant comme un être intelligent doué de raison et capable d’analyse.
M.P.L : Quels ont été les étapes marquantes de son histoire ..Expliquez le pourquoi du comment….
Françoise Prêtre LSQR : L’étape le plus marquante de la longue vie de La souris qui raconte est sa création d’abord ! Premier éditeur jeunesse 100% numérique web et tablettes, avec des contenus enrichis de ce type. Plus sérieusement, chaque mise en ligne est une étape marquante, mais les deux plus importantes ont été « Louise ou la vraie vie », histoire d’école créée et réalisée par des enfants dans le cadre de leur programme de cours et sous titrée en LSF, et « Conte du haut de mon crâne » pour l’aboutissement de l’œuvre, tant au niveau du texte, que de l’illustration et de ses enrichissements, mais aussi la partie audio, particulièrement soignée. Enfin, la sortie de « Antiproblemus, veut sauver la Terre » sur l’AppStore, a également été un grand moment.
Lorsque nous avons créé La souris qui raconte, il nous apparaissait comme une évidence que les histoires pour enfants, pour être attractives sur ordinateur, se devaient d’être interactives. Nous avions fait le choix de Flash©, et lorsque l’iPad© est arrivé en France, à peine deux mois avant la création de LSQR, nous n’allions pas tout arrêter pour une simple question de format et de compatibilité. Il fallait contourner le problème, et nous l’avons fait. Une petite victoire en somme !
M.P.L : Combien de salariés comptaient la Maison à sa création et aujourd’hui ?
Françoise Prêtre LSQR : 27 octobre 2010 - 27 octobre 2011, en un an, nous avons édité (mis en ligne) 21 titres, c’est plutôt cela que je veux mettre en avant. Comme je le disais plus haut, nous sommes une petite équipe polyvalente et multi tâche. Nous devons beaucoup aux auteurs et illustrateurs qui nous font confiance. Plus d’une trentaine maintenant.
M.P.L : Quel est le territoire couvert (vos lecteurs viennent ils des 4 coins du monde ?)
Françoise Prêtre LSQR : Francophone pour l’instant, avec un bon public au Canada, Belgique et Suisse, mais aussi dans les pays du Maghreb. Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont dans le top 10 de la fréquentation du site.
M.P.L : Quelles sont les originalités, les spécificités de la Maison ? Et pourquoi ce positionnement ?
Françoise Prêtre LSQR : « Pure-player » (Un éditeur pure-player est un entrepreneur qui publie des livres exclusivement dans des formats numériques à destination des nouveaux dispositifs de lecture). Ce que j’aime dans cette proposition de définition donnée par Lorenzo Soccavo, c’est qu’il parle d’entrepreneurs. C’est bien sous cette casquette-là que je me sens la plus légitime. Les « pure-players » sont trop souvent regardés comme des bêtes curieuses, ils ne sont pas reconnus comme éditeurs, dans le monde très fermé de l’édition papier. Si j’ai fait le choix du numérique, c’est pour apporter à la génération des « digital native » des lectures différentes, plus en adéquation avec leurs aspirations et l’utilisation qu’ils font des ordinateurs. Il n’en reste pas moins que ce sont des livres que nous éditons, avec une vraie dimension narrative !
M.P.L : La crise est elle palpable pour vous ? Et comment luttez-vous ?
Françoise Prêtre LSQR : La crise que je ressens n’est pas apparentée à LA crise. Je pense plutôt à la crise due à la discrimination faite par l‘édition classique au regard de l’édition numérique, qui est catastrophique pour les « pure-players ». Pour essayer de s’extraire de l’indifférence imposée par les éditeurs, les « pure-players » se sont regroupés autour d’un événement initié par Actualitté et Walrus, qui ont créé « Une autre rentrée littéraire », pour qu’au moins, quelque part, soit évoqué les sorties littéraires numériques !
M.P.L : Quelle est votre actualité jeunesse ? Les temps forts de l’année pour vous (Salons, évènements etc…)
Françoise Prêtre LSQR : La souris qui raconte a été invitée à différents événements. A Troyes d’abord, au salon régional du livre pour la jeunesse « Les tablettes : un nouveau genre littéraire » était le thème de la table ronde à laquelle je participais. Le 16 novembre, à la Cantine Numérique Rennaise il était question « De l’imprimé au numérique, une nouvelle génération d’éditeurs » et enfin le 24 novembre au Gœthe Institut nous débattrons « Internet pour découvrir la littérature jeunesse ». Notez que sur ces trois rendez-vous, un seul mentionne la littérature jeunesse. Serai-je plus pressentie experte dans un secteur que dans un autre ? Et puis pour finir l’année en beauté, il y aura le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, où j’aurai le plaisir d’exposer en numérique, toutes les œuvres éditées sur le site www.lasourisquiraconte.com et celle(s) sortie(s) sur l’iPad.
M.P.L : Quels sont les projets à venir ?
Françoise Prêtre LSQR : Prendre un vrai positionnement sur les tablettes iPad & Androïd et viser les marchés anglophones et hispanophones en traduisant site et histoires. Et puis comme je le disais en préambule, j’ai des rêves, et la Chine en est un ! Un marché colossal avide de numérique ! Voyage à découvrir sur le blog de La souris qui raconte. Jour 1, jour 2 et jour 3 !
M.P.L : A propos de la jeunesse : pourquoi viser ce public, que lui offrez vous de spécifique ?
Françoise Prêtre LSQR : La souris qui raconte, des histoires plaisir à lire autrement ! C’est mon credo !
M.P.L : LA SOURIS QUI RACONTE se trouve à quel(s) endroit(s) géographiquement ? Et pourquoi ?
Françoise Prêtre LSQR : Nous sommes installés chez nous, à Clamart. Nous habitons l’une des trois maisons des « trois petits cochons » ! Le bois n’est pas loin, et le loup non plus !
M.P.L : « Un éditeur gagne beaucoup d’argent sur le dos des auteurs » voilà une phrase que l’on entend souvent… un commentaire ?
Françoise Prêtre LSQR : Le rôle de l’éditeur est essentiel, mais pas plus que celui de l’auteur (ou de l’illustrateur pour ce qui est de la jeunesse). Un éditeur sans auteur est un non sens, alors pourquoi la répartition des gains est-elle si disproportionnée ? Les auteurs vivant de leur art sont rares. Ce n’est pas le cas des éditeurs !
M.P.L : Quels sont vos liens avec vos auteurs et illustrateurs ? Et comment les choisissez-vous ?
Françoise Prêtre LSQR : Je les aime, tout simplement. Au delà d’être des personnes faites de chair, elles ont du talent (ce que je leur jalouse un petit peu). Mais le fait de les remarquer, de les éditer, participe à leur émanation non ? Je vais vous raconter une anecdote.
Alors que je déambulais dans les ateliers de mon ancienne école d’art, à l’occasion des diplômes de fin d’année, je croise un Monsieur que je reconnais. Il était le directeur de l’école lorsque j’étais moi-même étudiante. Vieux Monsieur sage, aujourd’hui ! Je me rappelle à lui et il me demande ce que je deviens. Je lui dis que je ne crée malheureusement plus et que je suis directrice de production dans une maison d’édition prépresse. Je me raconte un peu en laissant transpirer ma frustration, c’est alors qu’il me dit : — « Ne regrettez rien car il nous faut des gens comme vous pour révéler des gens comme eux ! ». Je n’avais pas encore créé La souris qui raconte, mais j’y réfléchissais, et cette phrase a dû travailler tout au fond de ma tête !
Pour ce qui est de les choisir, c’est une question de résonnance (et de ligne éditoriale). Les textes doivent raconter plus qu’une histoire, il doit transporter de vraies valeurs avec Amour et Respect comme principaux protagonistes.
M.P.L : Avez vous du coup un fonctionnement différent des maisons d’édition classiques et si oui quelles sont ces différences ?
Françoise Prêtre LSQR : Editorialement parlant, je ne crois pas qu’il y ait de différence. Je travaille avec des auteurs-illustrateurs sous contrat d’édition et payés en droits d’auteurs. Par contre je n’édite pas de livre. Le support de mes histoires est l’écran d’ordinateur. Le plus large choix d’écrans possible. Je ne fais pas non plus appel au circuit de diffusion du livre papier. Les livres numériques sont vendus grâce au web : lasourisquiraconte.com, immateriel.fr, appstore…
M.P.L : Combien de manuscrits (en jeunesse et au global) recevez-vous chaque jour ou mois… ?
Françoise Prêtre LSQR : C’est très variable et en rapport direct avec l’actualité des médias. Mais je dirais entre 10 et 20 par mois et j’édite un titre toutes les trois semaines environ.
M.P.L : Quels sont vos souhaits et ambitions pour votre Maison ?
Et comment voyez vous son avenir ?
Françoise Prêtre LSQR : Mon premier souhait est de tenir sur la durée. Une création est toujours difficile. Lorsqu’on se positionne sur un marché neuf et par conséquent immature, les risques de ne pas pouvoir tenir sont nombreux (surtout lorsqu’aucune aide publique ne vous est accordée compte tenu de votre spécificité). Lorsque ce postulat sera rempli, j’ai de grandes ambitions pour La souris qui raconte. Cela pourrait faire une deuxième interview, qu’en pensez-vous ?
La souris qui raconte .... le Site ICI, le BLOG ICI. et APPSTORE ICI.
La souris qui raconte, c’est :
Trois types de livres :
Les histoires pour enfants collection à lire ,
Les histoires pour enfants collection à jouer ,
Les histoires pour enfants collection à inventer .
Des tarifs compris entre entre 4.95euros et 9.50 euros
Quelques exemples d’ouvrages :
Adhi le petit porteur de soufre
(Histoire à jouer)
Auteur : Françoise Prêtre
Illustrateur : Laure du Faÿ
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-004-8
Antiproblemus veut sauver la terre
(Histoire à jouer)
Auteur : Patrice Quélard
Illustrateur : Romain Egea
Lu par : Pierre Scarella
ISBN : 978-2-36302-016-
Chabada
(Histoire à lire)
Auteur : Lionel Larchevêque
Illustrateur : Lionel Larchevêque
Lu par : Pierre Scarella
ISBN : 978-2-36302-006-2
Chacun cherche papy
(Histoire à inventer)
Auteur : Séverine Vidal
Illustrateur : Berengere Le Gall
Lu par : Cécile Givernet
ISBN : 978-2-36302-029-1
Animateur : Ivan Timsit
Conte du haut de mon crâne
(Histoire à jouer)
Auteur : Séverine Vidal
Illustrateur : Claire Fauché
Lu par : Cécile Givernet
ISBN : 978-2-36302-036-9
Dagobert et sa famille à...
(Histoire à lire)
Auteur : Ingrid Chabbert
Illustrateur : Emilie Michaud
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-040-6
Dans mon cœur
(Histoire à lire)
Auteur : Valérie Weishar Giuliani
Illustrateur : Nouchine Arbogast
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-012-3

En quête d’espace
(Histoire à inventer)
Auteur : Karine Gottot
Illustrateur : Maxim Cyr
Lu par : Jean-Marco Montalto
ISBN : 978-2-36302-033-8
Animateur : Farah Allegue
Je suis le nombril du monde
(Histoire à jouer)
Auteur : Séverine Vidal
Illustrateur : Flambi
Lu par : Pierre Scarella
ISBN : 978-2-36302-025-3
Animateur : Christèle Marty
La bulle d’Elodie
(Histoire à lire)
Auteur : Laetitia Etienne
Illustrateur : Emilie Dedieu
Lu par : Mélodie Brault
ISBN : 978-2-36302-021-5
Animateur : Ivan Timsit
Encore l'intuition. (spiritualité)
L'intuition n'est pas une imagination capable de se projeter au-delà de l'instant mais une connaissance inexplicable dans l'immédiat et au-delà de cet instant.
L'imagination est une pensée qui sort de l'espace réel et espère parfois que cette réalité correspondra à ce qui est imaginé.
L'intuition n'est pas une pensée comme les autres étant donné qu'elle surgit dans un laps de temps qui n'offre même pas la possibilité d'observer cette pensée et d'en juger de la qualité, de la pertinence, de la justesse. L'intuition s'impose. Elle est spontanée. Elle survient dans une circonstance précise et n'a pas d'existence propre comme une pensée qui peut très bien se construire et durer sans aucune nécessité.
L'intuition répond à une nécessité. Pas l'imagination.
L'intuition n'est donc pas une pensée basique. Elle n'a pas de temps. Elle est sans passé, sans avenir, et s'écoule dans un battement de paupières. C'est un rappel au niveau conscient d'une connaissance inconsciente, une mise en lumière foudroyante de ce qui était dans l'obscurité. Elle survient comme un éclair mais peut durer dans certaines circonstances mais il semble dès lors qu'elle ait été remplacée par une pensée qui se l'attribue et la rationnalise.
Ce qui est stupéfiant, c'est de considérer que nous possédons par conséquent une opportunité de choix absolument inexplicable par la raison mais qui contient pourtant une justesse imparable. Il n'est pas question de hasard bien entendu. Celui-là n'est que le résidu édulcoré de notre incapacité à comprendre les phénomènes.
En septembre, j'ai été renversé par une voiture alors que j'arrivais en vélo à une priorité à droite, en bas d'une descente. L'automobiliste a forcé le passage, je n'avais aucune possibilité de l'éviter. Par contre, il était préférable que je ne passe pas sur le capot ou pire encore sous les roues. Tout va beaucoup trop vite pour que la pensée puisse entrer en action. J'ai bloqué les freins, dérapé de la roue arrière, braqué le guidon vers l'arrière de la voiture, heurté le coffre, passé par-dessus, pivoté en l'air, emporté par l'élan et je suis retombé sur le dos, tous les muscles bandés pour amortir au mieux le choc. J'avais un casque heureusement...Tout a tapé, le dos, la tête, les bras. Sonné. Pompiers, immobilisation, urgences, radios, minerve...J'ai réalisé trois jours plus tard qu'une molaire ne tenait plus. Elle était cassée au niveau des trois racines. Un vol plané de trois mètres d'après les gendarmes.
Et bien, je sais que je n'ai pensé à rien. Et j'ai pourtant choisi toutes les bonnes options.
Ou alors c'est que certaines pensées ne laissent aucune trace. Est-ce que l'intuition est une autre forme de pensées ? Une pensée sans l'influence de la raison. Une saisie immédiate de la réalité et des actes qui en découlent. Est-ce que cette pensée sans raison pourrait trouver sa source dans le corps lui-même ? Je n'ai pas eu le temps d'organiser intellectuellement une issue à cette situation. Tout s'est fait en moi sans que je n'intervienne par la raison, ni même de façon consciente par la pensée. On pourrait attribuer ces réactions spontanées à l'instinct de survie. Dans ce cas-là, je pense que ça convient effectivement.
L'instinct tout comme l'intuition peuvent survenir dans des situations de danger. Le dictionnaire ne fait habituellement aucune disticntion entre les deux. Il faudra que j'y revienne.
Mais il arrive aussi que nous ayons des intuitions dans des circonstances dénuées de tout risque. Ma princesse est par exemple très douée pour trouver un endroit précis en ville et pour ma part, c'est la même chose mais dans la nature. Un sentier caché derrière un amas de roches ou le cabinet médical au détour d'un parc d'enfants. Le genre de choses pour lesquelles on pourrait tourner en rond pendant une heure ou même ne jamais les trouver. Et bien, il y a parfois une intuition...Une étrange impression qui nous fait penser que c'est par là...
On pourrait parler de hasard si ça n'arrivait qu'une fois tous les dix ans. Pas quand ça se répète. Je ne crois pas au hasard.
Est-ce qu'il y a en nous une mémoire très profonde, liée à de multiples expériences de vie, et qui pourrait survenir de façon incosnciente et nous guider ? Ma princesse a longtemps vécu à Lyon et d'autres grandes villes et je cours dans les bois depuis mon enfance...Est-ce qu'il y a une mémoire ayant enregistré un nombre infini de situations similaires et dans lesquelles nous avons établi une connaissance insondable ?
Cela signifierait que les enfants ne disposeraient pas de cette intuition ou qu'elle serait infime. Et là, je sais bien qu'il n'en est rien.
Mais alors si cette intuition n'attend pas le nombre d'années pour se révéler, d'où vient-elle ?
C'est cela qui m'interpelle.
D'où vient-elle ?
Forum des édités solidaires
Parce que le Net est aussi un espace de promotion...
http://edites-solidaires.forumactif.com/
Jarwal le lutin (tome 2)
« Izel est venu te parler, Jarwal. »
Kalén se tenait à ses côtés. Il ne l’avait pas entendu arriver. Toujours ce glissement furtif sur la terre, comme une délicatesse respectueuse.
« La chauve-souris de ton rêve, Jarwal. C’est Izel.
-Comment sais-tu que j’ai rêvé d’une chauve-souris Kalén ?
-Parce que j’ai rêvé de ton rêve. Je sais qu’il s’agit d’Izel. Ce sont ses yeux.
-Et que cherche-t-il à me dire ?
-Tu n’as pas besoin de ma réponse. Elle est déjà en toi. »
Cette incroyable plénitude intérieure de Kalén. Comme s’il avait déjà vécu des milliers d’années et usait d’une expérience incommensurable. Il n’en avait pas saisi la portée lorsque le jeune homme s’était présenté à lui dans sa forêt, lorsqu’il était venu réclamer son aide. Tout était là, toutes les images, toutes les paroles échangées, il s’en souvenait parfaitement. Jackmor l’avait reconnu, il avait été jeté dans une geôle, il y avait eu le combat, ce soldat qui l’avait frappé et puis ce vide en lui. Tout était là.
« Izel m’a expliqué, Jarwal, que la violence dont tu as été la victime est à l’image des dégâts que cette violence provoque chez tous les êtres humains. La violence les prive d’eux-mêmes en jetant sur leur conscience un voile sombre, comme si l’individu se retrouvait enfermé dans un espace clos dans lequel il n’existe plus réellement mais où il devient la victime de la violence, un être perdu, inquiet, tourmenté, torturé. Des désirs de vengeance, des douleurs insondables pour ce qui est perdu, des terreurs incontrôlables pour un avenir incertain, des remords, des regrets, des souffrances qui tournent en boucle et privent les individus de la plénitude de la Création. Celui qui est victime de la violence et ne parvient pas à s’en extraire, spirituellement, celui-là devient sa propre victime. La violence passée n’y est pour rien, c’est l’individu qui entretient le Mal. L’existence, elle-même, devient une épreuve quotidienne. Et la Vie est ignorée.
-Oui Izel, c’était exactement ça. J’étais égaré et en souffrance. Cette certitude que je n’étais plus moi parce que j’étais privé de mes connaissances alors que ça n’était que mon ego qui souffrait et non la Vie en moi. Comme si mon existence était primordiale au point d’en ignorer cette Vie. »
Un regard lointain sur les paysages offerts, le silence du Monde et la Paix immense. Les larmes encore qui coulent comme des résistances rompues.
« Et maintenant Kalén ? Que puis-je faire pour ton Peuple ?
-Rien Jarwal. Tu ne dois rien à mon Peuple. Tu ne dois rien à personne parce qu’il ne s’agit pas d’un devoir. C’est comme si tu avais une dette dont tu devais t’acquitter. Et dans ce cas-là, tes actes ne seraient pas désintéressés mais devraient contribuer à te libérer d’un poids que tu t’infliges toi-même. Si tu décides d’agir, fais-le pour la Vie que tu portes et non pour des raisons qui sont attachées à ton ego. Fais-le en honorant cette Création. »
Il n’était qu’un enfant au regard des paroles de Kalén. Et il remercia intérieurement la Vie de l’avoir plongé dans l’errance. Cette certitude désormais d’être ouvert comme un ciel infini, qu’il suffisait de rester impassible pendant les tempêtes ou les canicules interminables. Rien ne pouvait porter atteinte au ciel lui-même. Il serait toujours là. Les évènements ponctuels ne seraient jamais que des évènements et pas la Vie elle-même.
Il observa respectueusement les nuages gris qui glissaient sur l’océan céleste. Ils n’étaient que des pensées éphémères. Il appartenait à l’individu de ne pas maintenir leurs présences par des attachements temporels. Les laisser passer comme des situations momentanées. La leçon à saisir n’était pas contenue essentiellement dans la compréhension des actes menés ou des réactions provoquées mais dans l’effacement systématique des circonstances jusqu’au rétablissement de la plénitude. Le ciel ne disparaîtrait jamais. Mais l’ego pouvait l’assombrir par des nuages inventés.
Jarwal aperçut Gwendoline qui sortait de la Nuhé et s’approchait. Il l’observa avec un amour ineffable en lui. Elle était son soleil dans le ciel de son existence.
La raison et le couple.
La Raison n'est pas à rechercher dans le couple mais en soi à postériori. Le couple n'a pas pour mission de permettre aux individus de trouver la Raison en eux mais d'exploiter cette Raison qu'ils possèdent déjà. Il n'est de couple possible qu'au regard du travail intérieur que chacun aura mené au préalable et de l'osmose de ce travail individuel au sein du couple. Rien ne sera possible et encore moins durable si les deux individus ou même un seul considère que le couple a un objectif salutaire envers la maîtrise de ce Soi et l'usage de la Raison associée à la passion. Le risque est de voir sinon les individus prendre en otage la relation amoureuse en considérant que c'est au couple de les porter vers le haut. Comme si le couple représentait une troisième entité correspondant à un Maître. le Maître est en chacun et le couple est le calice qui reçoit ces deux entités éveillées. La passion dévorante s'installera si un des partenaires attend du couple l'enthousiasme et l'euphorie que l'individu n'a pas trouvé en lui dans son existence intime. De la même façon, la Raison deviendra une autorité asphyxiante si l'individu octroie à cette raison un pouvoir destiné à limiter les excès qu'il n'aura pas su apprivoiser au préalable. Le couple n'est pas un assemblage formateur mais un assemblage d'individus formés. C'est en tout cas ainsi que je le vis depuis longtemps, sans que la succession des jours ne soit jamais venue interférer sur la beauté du parcours.
Jarwal le lutin (tome 2)
Le travail avait cessé à la tombée du jour. Les Kogis avaient réintégré leurs huttes. Les palissades cernaient désormais le village. Un malaise immense dans le cœur de chacun, une séparation douloureuse, un cordon sectionné. Les horizons fermés cloisonnaient les âmes.
Jarwal et Gwendoline avaient été invités dans la hutte centrale, la Nuhé qui accueillait les sages et tous les individus chargés d’assurer la cohésion du peuple, celles et ceux qui participaient aux discussions les plus essentielles avant d’en référer au reste de la tribu.
Nasta avait demandé à Jarwal de s’asseoir près de lui. D’autres Mamus avaient pris place à leurs côtés. Kalén s’était assis en face de Jarwal et traduisait les paroles de Nasta. A l’écart du groupe, deux femmes âgées expliquaient par gestes à Gwendoline comment tresser une mochilla. Elles souriaient constamment pour accompagner ses efforts.
Des flammes savamment entretenues diffusaient des parfums dansants de clarté, des arabesques joueuses qui dessinaient sur les visages des reliefs apaisés.
Malgré le poids des menaces, il flottait dans l’air une étrange plénitude.
« Vous n’avez pas l’air inquiets, annonça Jarwal. J’en suis étonné.
-Pour quelles raisons nous devrions être inquiets en cet instant ? Nous avons œuvré à la protection de notre peuple, la nuit est tombée, nous sommes réunis pour parler. La peur ne nous apporterait rien. Elle ne serait qu’une projection dans un avenir qui n’existe pas mais que nous imaginerions. Et cela ne changerait rien à la réalité. »
Kalén expliqua cet échange à Nasta et écouta sa réponse.
« Nasta dit que cette peur ou cette colère que tu fais naître en toi est la même que celle qui te tourmente pour ta mémoire. Les hommes pensent qu’il y a plein de peurs, la peur du noir, la peur des ennemis, la peur d’un animal sauvage, la peur d’un orage mais ce sont toutes les mêmes peurs. La peur n’existe pas en elle-même. Elle n’est que le résultat de l’incapacité des hommes à observer leurs émotions et ensuite à comprendre que cette peur est irréelle. Cette peur n’est réelle pour eux que parce que ces hommes ne sont pas dans la réalité. Celui qui n'est pas réel ne peut pas engendrer quelque chose de réel. Ces hommes sont perdus en eux. Toi, tu es perdu en toi parce que tu as peur de t’être perdu. Et cette peur t’empêche de retrouver ta réalité alors qu’elle est toujours là. »
Jarwal regarda Nasta. Un visage impassible et pourtant une lueur particulière dans les yeux, deux filaments étroits, une vibration qui le touchait, comme une intrusion intérieure, un lien indéfinissable, l’impression que Nasta voyageait en lui.
Le sage parla de nouveau.
Kalén expliqua.
« Nasta dit qu’il est temps que tu deviennes ce que tu es et que tu cesses d’être attaché à ce que tu crois être. Il veut que tu t’assois face à lui et que tu poses tes mains sur ses genoux. »
Jarwal se leva et vint se placer devant le vieil homme. Celui-ci prit délicatement une longue pipe en bois et la garnit d’Aruaca. Il embrasa les feuilles et souffla lentement la fumée sur le visage du lutin.
Jarwal ferma les yeux, intrigué par cette pratique qui lui paraissait peu respectueuse. Il abandonna aussitôt ses réticences sachant qu’il n’en était rien.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, Nasta s’était approché de son visage, presqu’à le toucher. Il fut surpris de se trouver ainsi nez à nez avec le visage ridé mais l’intensité des yeux le figèrent aussitôt et il se sentit aspiré. Ou envahi. Il ne savait pas dans quel sens les choses se passaient. Comme une vague d’océan qui montait et se retirait, comme un balancement d’arbre dans la houle du vent, un aller-retour qui l’étourdissait, un mouvement lancinant qui finit par ressembler à une alternance respiratoire…
Inspiration, expiration, inspiration, expiration…
Une nouvelle bouffée de fumée sur le visage. Les yeux fermés.
Nasta entretenait ce balancement hypnotique pour instaurer un rituel bien précis. Il devait se laisser porter, abandonner ses craintes. Il se concentra sur la pression de ses mains sur les genoux du sage. Il sentait à travers le tissu la musculature sèche du vieil homme assis en tailleur. Une chaleur qui le surprit dans la paume de ses mains comme si de ce corps âgé émanait un rayonnement solaire.
Le balancement s’accentua encore et il eut l’impression que même son corps bougeait. Il s’aperçut qu’il n’entendait plus les discussions discrètes des femmes et de Gwendoline, qu’il n’entendait plus le crépitement du bois, qu’il n’entendait plus rien d’ailleurs. Il voulut ouvrir les yeux pour se relier à l’environnement disparu et n’y parvint pas. Une lourdeur de montagnes sur ses paupières.
Il sentit pourtant les mains de Nasta se poser sur sa tête, délicatement d’abord puis enserrer progressivement son crâne dans un étau.
C’est là que tout accéléra. Une plongée verticale en lui-même, une chute infinie au cœur d’un halo flamboyant.
Un courant de particules agitées l’entraînait vers l’abîme, il se surprit à sourire et sut que son visage ne bougeait pas, qu’il n’y avait aucun mouvement apparent mais que cette joie coulait en lui comme un ferment vital, il entendit des paroles à l’intérieur de son crâne, elles ne lui parvenaient pas par le canal habituel, ses oreilles ne fonctionnaient pas, les mots étaient en lui, à l’intérieur de son sang, dans les fibres de ses muscles, les mots couraient librement dans un espace immense, il tenta de les saisir au vol mais sans succès, comme si les paroles ne lui appartenaient pas, qu’il devait se contenter de les recevoir mais sans chercher à se les approprier, qu’il devait les vivre au lieu de vouloir les enfermer, que cette connaissance ne s’emprisonnait pas, elle s’honorait, elle se bénissait mais elle n’appartenait à personne, et personne ne pouvait se l’attribuer, personne n’en était propriétaire, je ne suis pas celui qui sait, c’est la connaissance qui sait où me trouver et la connaissance ne me sert pas à me constituer, je vis sans elle, la vie est en moi, la connaissance n’est qu’un habillage mais quand je suis nu, je ne suis pas mort, les mots qui parlaient à sa place, des paroles qui résonnaient en lui sans même qu’il y pense, il devinait étrangement, dans les méandres de son esprit, un observateur appliqué et respectueux, un être plein de compassion et de douceur, pas lui, pas l’individu qu’il avait connu et qu’il recherchait, c’était autre chose, quelqu’un d’autre, une autre forme de vie, toujours cette descente interminable dans un espace circulaire, des zébrures comme des éclairs d’orage, des crépitements d’étoiles, des flammèches comme des braises de résineux dans un brasier, des parois souples et colorées, défilant dans une vitesse indescriptible, des distances infinies parcourues sans aucun effort, sans aucun geste, sans aucune volonté, un courant puissant qui l’emportait, une joie ineffable dans ce voyage, un bonheur inconnu, comme une venue au monde dont on se souviendrait, il n’était pas celui qui sait ou qui ne sait plus, il était la vie en lui et elle ne se remplissait pas d’éléments extérieurs, elle ne dépendait pas de choses rapportées, il s’était identifié à son savoir jusqu’à en oublier qu’il était la vie en lui, il volait maintenant dans un espace translucide, comme au cœur d’un Océan de lumière, aucune peur, aucun désir, aucune volonté de se projeter plus loin, il était là, non pas ce Jarwal qu’il souffrait d’avoir perdu, qu’il étouffait sous des inquiétudes inutiles mais l’être sans nom, sans rôle, sans statut, l’être qui n’a pas brisé en lui le lien avec la Vie, il sentit qu’il tombait mais sans aucun désir de se rattraper, un envol vers les profondeurs, une légèreté infinie qui accentuait la chute, comme s’il n’avait plus de corps, plus d’attaches, plus de masse, plus d’enveloppe, même pas un parfum, même pas un regard, même pas un rayon de lumière, rien de connu, rien de visible, rien de saisissable et cette disparition des choses révélait enfin l’essentiel.
Absence.
Il reconnaissait très bien le grand hêtre de la mare. C’est là qu’il venait souvent s’asseoir avec Gwendoline. Il était seul cette fois. Il s’était allongé sous la ramure et observait le lent voyage des navires de pluie à travers la verdure. Il se laissait porter par la rumeur du vent dans les altitudes. Une douce somnolence. Il ne sut pas quand il ferma les yeux. Et puis elle apparut. Sans qu’il sache si elle était dans sa tête, si c’était un rêve ou s’il était réveillé. Il avait été surpris par ses arabesques autour du tronc et puis elle s’était accrochée à une branche basse, la tête en bas. Il n’avais jamais vu de chauve-souris aussi grosse. Il aurait encore moins imaginé un tel regard. Il s’était senti transpercé, visité, envahi. Aucune violence pourtant, l’impression même que l’animal lui souriait.
« Tu vois bien qu’il était inutile d’avoir peur. Tu n’es pas ce que tu crois, tu es ce que la vie est en toi. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. Elle ne réclame pas de toi la perfection mais la plénitude. »
Il ouvrit les yeux. Il eut du mal à s’habituer à l’obscurité. Des résidus de feu psalmodiaient des murmures, quelques brises de lumières à demi éteintes. Il reconnut la hutte et tourna doucement la tête. Gwendoline dormait à ses côtés. Ils étaient tous les deux allongés sur une natte. Une toile de lin les couvrait. Il sentait la main de Gwendoline posée sur son avant-bras.
Une boule de larmes roula dans sa gorge et l’étouffa, comme un sanglot de nouveau-né, une première bouffée d’air.
Il était là.
Pas le Jarwal qu’il avait tant espéré retrouver mais la Vie en lui. Pas un personnage chargé de connaissances séculaires mais un être porteur de la Création, une de ses innombrables créations. Il était ce qu’il devait être et non ce qu’il avait cherché à devenir jusqu’à se perdre dans les méandres de sa prétention. Un nouveau-né vide de tout ce que l’existence apporte comme fardeaux, juste un nouveau-né.
Seule la Vie créait. Lui n’avait fait que se servir des matériaux créés par la Vie. Il n’avait rien inventé, rien découvert. Il avait usé de tout ce que la Vie offrait, il avait décelé une infime partie de tout ce qu’elle proposait, des échanges, des assemblages, des expérimentations mais rien de nouveau, juste des opportunités qu’il avait su saisir.
Il se leva difficilement, tituba jusqu’à la porte et sortit, aussi silencieusement que possible.
Il laissa couler les larmes en observant les étoiles.
La lune, cachée derrière les sommets, étendait des marées laiteuses sur les montagnes, des risées de paillettes cristallines.
Tout était là, en lui, toutes ses connaissances, toute son histoire, tous ses compagnons, ses aventures à travers les âges, toute sa mémoire était là, disponible, intacte mais il ne pleurait pas pour cette intégrité retrouvée.
Rien ne pouvait être plus beau que ce bonheur de la vie révélée.
Les paroles de la chauve-souris ne le quittaient plus. Pas un rêve mais une rencontre. Il en était persuadé sans savoir de qui il s’agissait. Pourquoi une chauve-souris ? Un animal nocturne. Il devait y avoir une explication, ça n’était pas un hasard. De l’obscurité jaillissait la lumière, l’ombre contenait la clarté. Il avait perdu la mémoire pour réaliser qu’il s’était perdu bien avant. Il avait fallu qu’il se retrouve nu comme au premier jour, vide de tout, jusqu’à son nom, jusqu’à la mémoire la plus profonde, qu’il soit privé de tout ce qui fabriquait en lui une image illusoire de la vie, pour saisir enfin que cette accumulation cachait l’essentiel. C’était là, sous ses yeux et en lui.
La Création.
Au-delà de la grammaire
Une leçon aujourd'hui sur l'analyse de la phrase et du groupe verbal.
Je propose une phrase simple et les enfants doivent chercher le COD en utilisant une question précise.
"L'enfant range ses crayons.
-L'enfant range quoi ? Ses crayons.
-L'enfant caresse son chien.
-L'enfant caresse quoi ? Son chien.
-Non, je ne suis pas d'accord. L'enfant caresse QUI ? Pourquoi Qui ?
Silence...
-Le jardinier entretient ses plantations.
-Le jardinier entretient quoi ? Ses plantations.
-Non, je ne suis pas d'accord. Le jardinier entretient QUI ? Ses plantations. Pourquoi Qui ?
Silence...
-Papa range la vaisselle.
-Papa range quoi ? la vaisselle.
-Oui, là je suis d'accord. Pourquoi ?
-Ah, oui, je sais ! parce que c'est un objet ! Et les autres, c'était vivant.
-Oui, voilà, c'est exactement ça. Développe s'il te plaît.
-Et bien, il faut dire QUI quand c'est quelque chose de vivant.
-Ah, mais alors, ça n'est pas une chose justement.
-Oui, je voulais dire quand c'est...
-Oui, alors, comment le définir ?
Silence...
-Quel est le point commun entre le chien, les plantes, un animal, un homme, un enfant, une fleur ?
-C'est quelque chose de vivant !
-Mais alors, on ne doit pas dire quelque chose ! Comment les définir ?
-Ce sont des êtres vivants ? C'est ça ? Mais une plante, c'est pas vivant comme nous !
-Ah bon, et pourquoi ? Comment définir ce qui est vivant ? Si tu penses qu'une plante n'est pas un être vivant, elle est donc dans le même état que ce crayon. C'est ça ?
-Ah, ben non, c'est pas comme un crayon.
-Alors quelles sont les différences ?
-Ben, le crayon, il n'est pas vivant.
-Oui, d'accord, mais comment définir ce qui est vivant ?
-Ça parle.
-Mais une fleur, ça ne parle pas comme nous. Mais est-ce que ça communique ? Les oiseaux, par exemple, ils chantent. Est-ce que c'est une communication ? Est-ce que les plantes communiquent à leur façon ?
-On ne peut pas le savoir.
-Pourquoi ?
-On ne les comprend pas.
-Alors, on ne peut pas limiter ce qui est vivant à ce qui communique. Il faut trouver une définition plus juste.
-Ça change. Ça meurt.
-Est-ce qu'une plante change, est-ce qu'elle meurt ?
-Ben, oui.
-Est-ce que tout ce que vous connaissez et que vous jugez comme étant vivant va changer et mourir un jour ?
-Ben, oui.
-Bon, alors cette définition-là, on peut la garder. Tout ce qui est vivant se transforme et finit par mourir. Mais si tout finit par mourir, comment expliquer que ça existe encore ? Tout ce qui est vivant aurait dû disparaître depuis le temps que ça existe.
-C'est la reproduction !
-Tout ce qui est vivant se reproduit ? Même les plantes ?
-Ben oui, elles ont des graines et les fleurs, elles ont du pollen. Et les animaux, ils font des petits.
-Et les humains aussi ?
-Ben oui, sinon, on ne serait pas là.
-Bon, alors, tout ce qui est vivant se reproduit avant de mourir. Il reste encore un élément. Vous avez parlé de transformation. Qu'est-ce qui permet aux éléments vivants de se transformer ?
-La nourriture !!
-Bien, mais est-ce que les plantes se nourrissent ?
-Ben oui, elles ont des racines.
-C'est plus compliqué que ça mais c'est vrai que les plantes se nourrissent. Donc, tout ce qui est vivant se transforme en se nourrissant, se reproduit et finit par mourir. Est-ce que les plantes, les animaux et les êtres humains répondent à ces critères ?
-Ben, oui.
-Alors, vous comprenez pourquoi j'insiste pour dire QUI et non QUOI quand on pose la question ? Est-ce que vous allez utiliser QUI pour parler d'un crayon ou de la vaisselle ?
-Ben, non, c'est pas vivant.
-Alors pourquoi est-ce qu'on n'a pas ce réflexe de considérer une plante comme un être vivant ou même certains animaux ? Lisez ce texte et dites-moi ce que vous en pensez ?
"Tu as écrasé cette chenille. Bien, c'était facile. Maintenant, refais-la. " Lanza Del Vasto.
-On ne peut pas la refaire !!
-Alors pourquoi l'avoir écrasée ?
Silence...
-Moi, je sais, c'est parce qu'on ne l'entend pas se plaindre.
-Et oui. Voilà. On en revient à ce fameux langage dont on parlait tout à l'heure. On n'entend pas la chenille nous parler. De la même façon qu'on n'entend pas les arbres se plaindre des feuilles qu'on leur arrache en passant devant la haie. Ils ne disent rien qu'on ne peut comprendre. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne disent rien, c'est juste qu'on n'entend rien. Mais on ne sait pas ce qui se passe en eux. On peut imaginer qu'ils souffrent en tout cas puisqu'ils sont vivants. Si on m'écrase le pied ou qu'on m'arrache les cheveux, j'aurai mal. Pourquoi ?
-Parce que tu es vivant.
-Mais on vient bien de dire que les animaux et les plantes sont eux aussi des êtres vivants. Est-ce qu'on a le droit de penser et de croire qu'ils n'ont pas mal ?
-Ben, non. Ils sont comme nous.
-Ils ne sont pas comme nous mais ils sont en tout cas des êtres vivants. Ce qui nous rapproche, c'est cette vie en nous. Quelle que soit la forme qu'elle prend. Alors, je tiens à parler d'eux avec les termes qui concernent les êtres vivants. Donc, je dis QUI et pas QUOI. Et que pensez-vous de la Terre en général alors ? Si je dis : Certains hommes abîment la Terre. Est-ce que je dois dire : Certains hommes abîment quoi ? La Terre. Ou bien est-ce que je dois dire : Certains hommes abîment qui ? La Terre ?
-Qui !!
Kilian Jornet.
L'hébergeur du blog ne prend pas les vidéos autres que youtube et dailymotion, désolé.
http://www.canalplus.fr/c-sport/pid2708-c-interieur-sport.html?vid=542193
A regarder absolument ! Fascinant ...Et une approche "spirituelle" qui me plaît infiniment.
Pour vous donner une idée du personnage.
L'instinct et l'inconscient.
En montant au sommet du jour, je repensais à cette expérience, il y a deux hivers déjà. Une coulée de neige qui m'avait embarqué en ski hors piste. Je m'étais retrouvé tête en bas, brassé par le flot, coupé de la vision du ciel, recouvert par la masse, une impression de vitesse et surtout une force immense qui m'emportait.
Une fulgurance dans mes réactions.
Aucune pensée visible.
Juste l'instinct de survie.
Rester à la surface, se remettre à l'endroit, les pieds dans la pente, brasser avec les bras pour rester à la surface.
Je n'avais aucune expérience dans le domaine et pourtant j'ai choisi les bonnes options sans, bien entendu, avoir eu le temps d'y réfléchir.
D'où vient cette "présence," cette lucidité alors qu'aucun raisonnement ne peut la soutenir ?
S'il y a eu des pensées, elles n'ont laissé aucune empreinte. Le laps de temps entre ces éventuelles pensées et les actes nécessaires n'est pas quantifiable. Il n'y a aucune observation de pensées comme cela est possible dans la vie quotidienne. Et pourtant, il est difficilement envisageable que ces actes soient issus de simples réflexes. Il en serait ainsi si j'avais posé ma main sur quelque chose de brûlant par exemple. Mais, là, j'étais embarqué dans une situation dont je n'avais aucune connaissance préalable, ni aucune conscience inscrite.
Aucune conscience...
Mais peut-être un inconscient...Un inconscient apte à provoquer les réflexes corporels sans même que l'intellect, le raisonnement, les pensées rationnelles ne soient mis en application.
Ou alors, il faudrait concevoir que le corps lui-même dispose d'une auto-capacité à se réguler et à agir.
Là, je n'en sais rien.
Mais je sais par contre que notre inconscient occupe une place gigantesque dans notre existence et que nous en ignorons l'essentiel, de part sa structure, son fonctionnement, son identité même. Puisque tout cela relève de l'inconscient.
L'inconscient aurait donc, dans ce type de situation, un rôle prépondérant et le corps serait un récepteur extrêmement performant. Bien au-delà de ce que notre conscience et nos connaissances de nous-mêmes laissent envisager.
Maintenant, il reste à comprendre la source de cette performance.
Etant donné que je n'avais aucune expérience antérieure me permettant d'user de connaissances acquises et que j'ai pourtant opté pour les bonnes solutions, la question est évidente : d'où vient cette "connaissance" ? Comment peut-elle se mettre en action avec une telle fulgurance ?
La seule réponse qui me vient est étrange et me travaille depuis un moment : Une mémoire antérieure. Des acquis à l'échelle de l'humanité. Des expériences vécues par des individus depuis longtemps disparus et dont les résidus inconscients se seraient transmis. On rejoint d'ailleurs l'idée des champs morphogénétiques de Rupert Sheldrake.
Je sais que notre cerveau reptilien contient des données auxquelles je n'ai pas accès de façon consciente.
Sauf peut-être là. Parce que la vie est en jeu.
Peut-être alors devrions-nous vivre alors dans un état de survie provoquée. Je n'envie évidemment pas les êtres humains confrontés à la guerre ou mourrant de faim, d'épidémie et de tous les maux contre lesquels ils n'ont guère de pouvoir de résistance. Je les plains infiniment.
Mais, moi, dans cette vie privilégiée, je dispose peut-être de l'opportunité d'apprendre à user consciemment de mon inconscient. Ou tout du moins de tenter de l'explorer. Je connais déjà, quelque peu, à ma simple mesure, les états de conscience modifiée à travers l'épuisement. J'en connais les horizons infinis. Je ne vais pas pour autant me lancer des défis propices à mettre ma vie en danger.
Je n'oublierai jamais l'expérience du canyoning avec Léo et Nathalie. Elle me suffit...Ni celle de l'avalanche, ou de l'ascension de la Tête de Lion, ou de la pointe des Nantillons, ni celle du Peigne... Ni tout le reste. Il aurait suffi de pas grand-chose pour que tout s'arrête, définitivement.
C'est inscrit en moi maintenant.
Mais j'aimerais par contre trouver le moyen d'explorer paisiblement cet inconscient et d'en extirper les connaissances millénaires.
Il faut que je relise Carl Gustav Jung...
L'instinct.
Une réflexion qui m’est venue après une séance d’escalade.
J’étais entre deux mouvements, à l’arrêt sur deux prises de mains, les pieds posés sur des réglettes et je devais anticiper le geste suivant, deviner les positions à venir. Il fallait que j’anticipe, que j’inscrive en moi cette série de mouvements pour atteindre le prochain point de protection. Je sentais les muscles de mes avant-bras qui durcissaient, je n’avais pas beaucoup de temps pour me décider, le point de protection était juste dessous moi, je ne risquais rien, je savais parfaitement ce que je devais faire et puis, là, le doute s’est insinué, l’idée que ça ne passerait pas, l’appréhension a pris le pas sur les gestes que j’avais imaginés, les pensées ont commencé à s’emballer, je me suis lancé avant que ça ne soit trop tard mais avec cette impression très nette que cette appréhension s’était matérialisée, comme un fardeau que je tirais derrière moi, un poids mort que je devais hisser. J’ai vite jugé que c’était impossible.
Je ne suis pas passé. Je suis redescendu.
Aujourd’hui, je jouais au tennis. Je m’appliquais sur mon revers, j’anticipais la force de la balle, sa trajectoire, le placement…
Et puis j’ai réussi un revers parfait. Enfin, parfait pour moi…:)
Sauf que ma princesse m’a renvoyé une balle encore plus forte et alors que je devais anticiper sur cette balle, sa force, son rebond, la préparation de mon geste, je me suis aperçu au moment où je la frappais que mon esprit était toujours attaché à ce revers « parfait » que je venais de réussir.
J’ai totalement raté mon coup droit.
Et la balle est restée dans le filet.
En fin d’après-midi, j’ai eu besoin d’aller en ville en voiture. Il était évident que je devais anticiper ma conduite en fonction des autres automobilistes, il n’était pas question de rester inerte, intellectuellement, et de conduire en état de songe, de rêverie, d’absence. Sauf que je repensais à cette séance d’escalade et à ce passage que je n’avais pas franchi, à ce fardeau de pensées que j’avais fabriqué et qui avait ruiné tout mon travail sur l’anticipation des gestes, la préparation mentale des mouvements. J’ai le niveau pour le faire mais je n’ai pas eu la maîtrise. Je conduisais donc sans y penser, uniquement guidé par l’expérience.
C’est là qu’une voiture m’a coupé la priorité, dans un rond point, au centre ville. J’ai immédiatement réagi et je l’ai évitée, je suis sorti de mes pensées en une fraction de secondes, plus vite que la moindre de mes pensées d’ailleurs. J’ai choisi la bonne solution, sans même y réfléchir.
C’est stupéfiant tout ça…
Cette activité cérébrale est hallucinante et nous entraîne d’ailleurs, parfois, dans un état hallucinatoire. Car finalement, pendant cette séance d’escalade, il n’y avait aucune raison que cette appréhension survienne, c’est moi qui l’ai initiée ; au tennis, il était absurde que je reste ancré sur le coup passé alors que celui à jouer arrivait et que je devais le préparer ; en voiture, il était dangereux que je me laisse absorber par mes pensées alors que je devais rester vigilant.
Mais j’ai quand même parfaitement réagi… Et c’est ça qui m’intéresse.
Je sais bien que le capharnaüm des pensées est quasi permanent, que la gestion des émotions est un travail sans fin, que la possession réelle de l’instant présent est une épreuve à mener, que la peur de l’avenir est paralysante, que les souvenirs sont des blocs de ciment qui freinent, je sais bien tout cela, ça fait assez longtemps que j’observe ce chaos…
Mais il reste une autre interrogation. D’où vient cette capacité fulgurante qui m’a permis d’éviter cette voiture ? Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à l’utiliser dans d’autres circonstances ? Pourquoi cette lucidité, cette maîtrise absolue, cette gestion de l’émotion, ce saisissement de l’instant, ne restent-ils pas constamment accessibles ?
Le risque, le danger, l’éventualité de la mort.
Une évidence.
L’instinct.
Il est pourtant impossible de vivre dans cet état de risque permanent. Ceux qui en sont les victimes survivent dans des pays dévorés par les guerres des hommes. Leur sort n’est pas enviable.
Alors comment s’y prendre ? Comment parvenir à user pleinement de ce potentiel extraordinaire qui sommeille en nous ?
Je ne vois qu’une solution et elle représente un défi immense : l’observation constante de ce qui vibre en nous, de tous les mouvements de pensées, de toutes les émotions, de toutes les peurs, joies, tristesses, bonheurs, de nos errances dans un temps imaginé, de nos angoisses inexpliquées. Et de se défaire de ce fatras lorsqu’il n’a aucune raison d’être.
Bien évidemment, il n’est pas question de supprimer les bonheurs. Les recevoir fait partie de l’existence. Mais il convient de ne pas chercher à les faire durer au-delà de l’instant. Les gens qui restent figés dans un amour perdu, comme un ancien bonheur qu’ils entretiennent, jusqu’à se priver de ceux qui leur tendent les bras et qu’ils ne peuvent voir…
Bien évidemment, il n’est pas question d’espérer éviter les douleurs. Mais il conviendra, là aussi, de ne pas les entretenir, dans une névrose morbide. Les gens qui restent figés dans un amour brisé, comme une explication rabâchée à leur rôle adoré de victime, jusqu’à se priver des bonheurs qui leur tendent les bras et qu’ils ne veulent pas voir.
Bien évidemment que certains souvenirs garderont une place privilégiée.
Bien évidemment que certaines inquiétudes finiront toujours par trouver une brèche.
Mais rien ne doit nous empêcher d’observer tout cela afin de se libérer du superflu. Et une fois que la place sera nettoyée, que le vide installé dispensera sa plénitude, peut-être parviendrons-nous à saisir ce que nous sommes et qui est si profondément enfoui sous les gravats de nos ruines mentales.
Je réalise d’ailleurs à quel point la marche en montagne, une marche longue, soutenue, dans un espace immense où nos prétentions humaines se noient et s’effacent, cette marche qui liquéfie tous nos ancrages, qui les fond comme neige au soleil, cette marche contient tout ce qui est propice à cet état d’épuration mentale.
Le raid à vélo a cet avantage supplémentaire de la distance et de la durée. Partir rouler pendant huit jours, sur 600 ou 700 kilomètres est indéniablement une « rupture. » Tout comme la voiture qui m’a coupé la priorité a produit une rupture dans le flux des pensées. Je préfère éminemment la rupture intentionnelle, une rupture qui se prolonge, dans laquelle on s’enfonce délicieusement.
C’est là, dans ces profondeurs inexplorées, que se cache l’instinct. Et je suis persuadé que les aventuriers, les alpinistes, les marins, les explorateurs au long cours cherchent avant tout à parcourir ces étendues intérieures et que l’espace offert par la planète n’est qu’un outil et pas une fin. Un merveilleux outil que je vénère chaque jour.
L'énergie de la musique.
Il y a des musiques qui ont pour moi une force incroyable. Celle-là en fait partie. Dix jours que je l'écoute en boucle quand j'écris.
La Vie qui écrit en moi.
Voilà les idées que je cherche à transcrire dans le tome 3 de Jarwal...
Ca me prend un certain temps pour l'adapter à des enfants mais je ne lâche rien... Je laisse les choses s'installer, doucement. "Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. "
__________________________________________________________________________________________________________________________
La souffrance comme une issue. La dernière clé.
Le moi est une intuition, une connaissance directe, immédiate, sans le passage par le raisonnement. Il se construit bien entendu, du premier jour au dernier. Il n’est pas figé, fixe, constant. Il évolue, en bien ou en mal. Cette intuition est fondamentalement « expérimentale. » Toutes les situations, tous les évènements, des plus anodins aux plus traumatisants concourent à cette intuition et à sa progression dans le temps. Mais je vois une distinction profonde entre cette « existence » perçue par ce moi et la « vie » perçue par bien autre chose. L’existence est constituée par tout ce que le moi accumule. La vie n’a pas besoin d’accumuler quoique ce soit. Elle est. Constante et immuable.
Est-ce que le moi peut réellement la saisir, est-ce que le moi, dans le chaos de ses pensées, dans le fatras incommensurable de son existence peut réellement percevoir cette conscience du soi et de la vie. Le Soi. Qu’en est-il ? Le moi est une entité individuelle modelée par d’autres entités individuelles, par d’innombrables imbrications dans lequel le moi s’identifie. On peut clairement se demander si la notion de Soi et la conscience de la vie lui sont accessibles. Que peut-il saisir dans son fonctionnement, sinon, une idée mentalisée ? La vision d’un Tout et l’appartenance du Soi à ce Tout sont-ils de pures hallucinations d’un mental qui se gargarise d’un cheminement spirituel, comme un piédestal à sa magnificence ? Il serait bien plus profitable et honnête que ce soit le Soi qui conçoive le moi, que ce soit lui qui observe les agitations frénétiques de ce petit individu mais dans cette soumission de l’individu à son identification, c’est le moi qui part à la recherche d’un Soi dont il a entendu parler et qui comblerait son désir de séduction. Car celui-là qui est au cœur de son Soi est beau et sage…Vaste mystification. Que peut saisir une entité centrée sur elle-même quand elle se dit être en quête du Tout. La fourmi a t-elle conscience de la forêt dans laquelle elle travaille, de la planète sur laquelle elle existe, de l’Univers ? Possédons-nous une conscience plus élaborée que celle de la fourmi ? Oui, bien évidemment ou alors c’est que la fourmi cache bien son jeu… Bien, et alors ? Dès lors que le moi part à la recherche d’un Graal qui dépasse son entendement, que peut-il trouver d’autre qu’une entité à sa dimension, c'est-à-dire bien autre chose que le Soi ?
Alors, il nous faut chercher sur le chemin des religions…Mais les religions sont issues du mental. Aucune religion ne peut être un tremplin. Elles ne sont qu’une boucle qui ramène le moi vers lui-même. Puisqu’il en est l’instigateur. De toute façon, tant que le raisonnement, la linguistique, la dialectique, la logique, la rhétorique entrent en action, c’est le moi qui cherche ce qui ne lui est pas accessible. Dès lors qu’il y a un observateur et une quête, l’objet observé, l’individu reste dans un cheminement mentalisé et par conséquent le moi…
Il a conscience de sa recherche et s’en glorifie et imagine dès lors être sur la voie. C’est juste celle qui le ramène à lui-même. Mais par des chemins enluminés de métaphysique, ce qui donne un aspect valorisant à la quête…Vaste mystification. La métaphysique est lucide quand elle est capable de juger de son insuffisance. C’est le moi qui se regarde par des fenêtres plus larges. Mais il n’y a pas de nouvel horizon. Pas celui du Soi.
Faut-il donc passer par un autre canal que le moi pour saisir le Soi ? Mais s’il n’y a plus de moi, il n’y a plus de conscience, de vigilance, il n’y a plus rien qui puisse saisir puisque tout a disparu… Ca serait considérer que seul le mental a la capacité de saisir… Je ne pense pas que ça soit le cas. Là, il s’agit juste d’un formatage. On a appris à penser pour saisir.
« Je pense donc je suis. » Sacrée catastrophe que cette affirmation. « Je pense donc je fuis. » Je fuis la possibilité d’entrer dans une dimension qui m’échappe dès lors que je pense. Ca ne nous donne pas de piste quant à la quête de ce Soi. Pour l’instant, il reste insaisissable.
Mais n’est-ce pas justement la solution à l’énigme ? Puisque le moi ne peut pas saisir un Soi, autre qu’une enveloppe grossie de son propre moi, puisque le Soi ne peut pas être conscience de lui-même puisque cela reviendrait à concevoir un Soi détaché du Tout, c'est-à-dire immanquablement une individualité, ce qui serait antinomique dans l’idée du Tout, il n’est dès lors pas possible de saisir le Soi par le moi. Tout simplement. Le Soi aperçu par le moi est nécessairement une entité séparée du Tout et par conséquent autre chose que le Soi.
Le Soi est Conscience et non conscience. Il ne peut pas être conscientisé car il faudrait qu’il s’individualise et qu’il s’identifie à l’observateur. Le ciel ne peut pas voir le ciel. Il faudrait qu’il prenne de la hauteur !! L’Univers ne peut pas s’observer. Le Soi ne peut pas se connaître. Ni par lui-même puisqu’il ne serait plus le Soi mais une entité séparée du Soi, ni par le moi qui ne peut pas connaître ce qui le contient. Bon, ça semble à peu près se tenir tout ce charabia.
Mais alors qu’en est-il des expériences mystiques ? Des révélations qui font basculer parfois en quelques instants, des individus « basiques » à des êtres éveillés ? Qu’ont-ils aperçu, ressenti, perçu, « compris » (pas de façon rationnelle bien entendu…), que leur est-il arrivé ? Est-ce que le moi peut basculer dans une dimension qui ne serait pas le Soi mais un « simple » état de conscience modifiée ? Comment considérer que ces gens puissent évoluer dans un monde mentalisé en ayant eu accès à une vision unifiée de la vie ? Comment gérer ce genre d’antagonismes ? Comment passer du haut en bas, de l’intériorité mentalisée à l’universalité dés-identifiée ? Les voyageurs des NDE ? Les guérisons « spontanées » et inexpliquées ? Que s’est-il passé ? Le moi, dans ces expériences extrêmes, n’a rien à voir. Il est bien trop futile et insignifiant pour s’engager dans des voies aussi radicales. Ecoutons les paroles des « expérimentateurs »…C’est stupéfiant. Tellement éloigné de notre vision mécaniste et rigoriste de la vie. Le Tout s’est-il laissé découvrir, le Soi s’est-il révélé ?
Mais alors, tout ce que j’ai écrit au-dessus ne tient pas. Tout ça ne serait donc bel et bien que du charabia métaphysique. C’est sans doute qu’il faut chercher ailleurs. Et se passer même du langage.
La souffrance devient-elle la clé pour ouvrir l’enceinte ? Lorsque plus rien ne permet au geôlier de prendre conscience qu’il fabrique lui-même la prison qu’il s’obstine à ignorer, la souffrance réelle, physique, psychologique, existentielle, ne devient-elle pas l’ultime accès à la liberté ? Cette rupture, totale, incompréhensible, imprévisible, comme si parvenu à une altitude inconnue, le mental n’avait plus d’oxygène, que les pensées et les résistances ne pouvaient plus prendre forme, n’avaient plus de nourriture, une perte d’identification. La douleur a tout rongé, jusqu’à la dernière image, les rôles les plus essentiels, ni mari, ni père, rien, il ne reste rien que cette douleur insoutenable jusqu’à ce qu’elle disparaisse à son tour parce que le receveur abandonne la lutte.
Cette rupture, ce vide. Cette absence de tout, plus rien, aucune sensation, plus de corps, plus de peur, aucune pensée, le néant sans rien pour le voir, rien…
Comment expliquer qu’il n’y a rien. Ni même rien pour s’en rendre compte. Toute la difficulté pour l’exprimer vient du fait qu’il n’en reste rien. Puisqu’il n’y a plus rien pour s’en souvenir, pour que ça se grave. Rien ne s’est gravé dans ce rien.
Et puis cette phrase, soudaine, au milieu d’auras bleutées. « Tu n’es pas au fil des âges un amalgame agité de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. »
Ca n’était pas moi. Ca venait d’ailleurs. C’était trop long pour que je l’élabore moi-même dans cet état d’hébétude. Qu’est-ce que c’était ? « Qui » était-ce ? Des nuits entières à me poser cette question, des mois, des années, des heures à y penser en marchant, sur mon vélo, assis dehors, sous les étoiles, à tenter de retrouver dans ce vide environnant une source, un point de départ, un noyau de clarté, un point lumineux d’où aurait jailli cette fulgurance. Dans ce vide intersidéral que la douleur avait engendré, dans cette incapacité à être moi, à penser même, comment une telle complexité pouvait-elle se concevoir ?
Il existerait donc un autre émetteur ?...Et je pourrais recevoir ces émissions inconnues ?...Le Soi ? Ce vide était-ce cela « la vacuité ? »S'éveiller à la vacuité est-ce voir que personne ne souffre ici, qu’il y a une sensation mais personne pour en prendre livraison. La douleur porte-t-elle un enseignement salvateur ? Pointe-t-elle vers ce qui est au-delà de la douleur ?
« Les quatre nobles vérités qui sont à l'origine du bouddhisme sont: la vérité de la souffrance ou de l'insatisfaction inhérente, la vérité de l'origine de la souffrance engendrée par le désir et l'attachement, la vérité de la possibilité de la cessation de la souffrance par le détachement, entre autres, et finalement la vérité du chemin menant à la cessation de la souffrance, qui est la voie médiane du noble sentier octuple. »
Je ne sais pas ce qu’est ce sentier octuple. Je comprends par contre cet attachement à la douleur, comme à tout le reste. Toutes les identifications qui s’opposent au Soi, qui le couvrent comme autant de salissures. La douleur est un purificateur forcené. Elle brise la coquille et libère le noyau. Mais ce noyau n’est pas une entité individuelle. Il est le flux vital. L’énergie créatrice. Et dans l’amour inconditionnel, ineffable, incommensurable de l’énergie, il n’y a pas de mal, pas de douleur, pas de traumatisme puisqu’il n’y a plus de moi et que le moi entretient tout ce à quoi il est identifié. N’être plus rien efface jusqu’au mal tout comme il efface le bien. Il n’y a que ce qui est. Et ce qui est ne porte pas les fardeaux mentalisés du moi. Bien et Mal ne sont que des rumeurs. La douleur comme la libération du Tout en moi. Comment pourrais-je y voir du Mal ? Ce Bien dans lequel je m’imaginais exister et qui m’avait brisé. Bien et Mal, juste deux termes qui n’ont aucune réalité dans le flux vital. Cette absence de lucidité qui entretenait ces rumeurs. Et en venir à honorer la douleur lorsque le moi est éteint. Il y a autre chose. Une autre réalité, sans doute la seule. Lorsque le rêve éveillé est brisé et que toutes les rumeurs s’éteignent dans la lumière de la Conscience. Pas « ma » conscience mais l’Autre. Celle qui libère et unifie.
JARWAL.
TOME 3
Le travail avait cessé dans le village à la tombée du jour. Les Kogis avaient réintégré leurs huttes. Les palissades cernaient désormais le village. Un malaise immense dans le cœur de chacun, une séparation douloureuse, un cordon sectionné. Les horizons fermés cloisonnaient les âmes.
Jarwal et Gwendoline avaient été invités dans la hutte centrale, la Nuhé qui accueillait les sages et tous les individus chargés d’assurer la cohésion du peuple, celles et ceux qui participaient aux discussions les plus essentielles avant d’en référer au reste de la tribu.
Nasta avait demandé à Jarwal de s’asseoir près de lui. D’autres mamus avaient pris place à leurs côtés. Kalén s’était assis en face de Jarwal et traduisait les paroles de Nasta. A l’écart du groupe, deux femmes âgées expliquaient par gestes à Gwendoline comment tresser une mochilla. Elles souriaient constamment pour accompagner ses efforts.
Des flammes savamment entretenues diffusaient des parfums dansants de clarté, des arabesques joueuses qui dessinaient sur les visages des reliefs apaisés.
Malgré le poids des menaces, il flottait dans l’air une étrange plénitude.
« Vous n’avez pas l’air inquiets, annonça Jarwal. J’en suis étonné.
-Pour quelles raisons nous devrions être inquiets en cet instant ? Nous avons œuvré à la protection de notre peuple, la nuit est tombée, nous sommes réunis pour parler. La peur ne nous apporterait rien. Elle ne serait qu’une projection dans un avenir qui n’existe pas mais que nous imaginerions. Et cela ne changerait rien à la réalité. »
Kalén expliqua cet échange à Nasta et écouta sa réponse.
« Nasta dit que cette peur ou cette colère que tu fais naître en toi est la même que celle qui te tourmente pour ta mémoire. Les hommes pensent qu’il y a plein de peurs, la peur du noir, la peur des ennemis, la peur d’un animal sauvage, la peur d’un orage mais ce sont toutes les mêmes peurs. La peur n’existe pas en elle-même. Elle n’est que le résultat de l’incapacité des hommes à observer leurs émotions et ensuite à croire que cette peur est réelle. Elle n’est réelle que parce que ces hommes ne sont pas dans la réalité. Ils sont perdus en eux. Toi, tu es perdu en toi parce que tu as peur de t’être perdu. Et cette peur t’empêche de retrouver ta réalité alors qu’elle est toujours là. »
Jarwal regarda Nasta. Un visage impassible et pourtant une lueur particulière dans les yeux, deux filaments étroits, une vibration qui le touchait, comme une intrusion intérieure, un lien indéfinissable, l’impression que Nasta voyageait en lui.
Le sage parla de nouveau.
Kalén expliqua.
« Nasta dit qu’il est temps que tu deviennes ce que tu es et que tu cesses d’être attaché à ce que tu crois être. Il veut que tu t’assois face à lui et que tu poses tes mains sur ses genoux. »
Jarwal se leva et vint se placer devant le vieil homme. Celui-ci prit délicatement une longue pipe en bois et la garnit d’Aruaca. Il embrasa les feuilles et souffla lentement la fumée sur le visage du lutin.
Jarwal ferma les yeux, intrigué par cette pratique qui lui paraissait peu respectueuse. Il abandonna aussitôt ses réticences sachant qu’il n’en était rien.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, Nasta s’était approché de son visage, presqu’à le toucher. Il fut surpris de se trouver ainsi nez à nez avec le visage ridé mais l’intensité des yeux le figèrent aussitôt et il se sentit aspiré. Ou envahi. Il ne savait pas dans quel sens les choses se passaient. Comme une vague d’océan qui montait et se retirait, comme un balancement d’arbre dans la houle du vent, un aller-retour qui l’étourdissait, un mouvement lancinant qui finit par ressembler à une alternance respiratoire…
Inspiration, expiration, inspiration, expiration…
Une nouvelle bouffée de fumée sur le visage. Les yeux fermés.
Nasta entretenait ce balancement hypnotique pour instaurer un rituel bien précis. Il devait se laisser porter, abandonner ses craintes. Il se concentra sur la pression de ses mains sur les genoux du sage. Il sentait à travers le tissu la musculature sèche du vieil homme assis en tailleur. Une chaleur qui le surprit dans la paume de ses mains comme si le vieil homme dégageait un rayonnement solaire.
Le balancement s’accentua encore et il eut l’impression que même son corps bougeait. Il s’aperçut qu’il n’entendait plus les discussions discrètes des femmes et de Gwendoline, qu’il n’entendait plus le crépitement du bois, qu’il n’entendait plus rien d’ailleurs. Il voulut ouvrir les yeux pour se relier à l’environnement disparu et n’y parvint pas. Une lourdeur de montagnes sur ses paupières.
Il sentit pourtant les mains de Nasta se poser sur sa tête, délicatement d’abord puis enserrer progressivement son crâne dans un étau.
C'est là que tout accéléra...
Une vitesse stupéfiante, comme un plongeon en lui-même, une chute infinie au coeur d'un halo flamboyant.
Suite lorsque la Vie viendra écrire en moi.
Krishnamurti et la Réalité.
Revue 3ème Millénaire
http://www.revue3emillenaire.com/blog/?p=3476
Cet article, préparé et traduit de l’anglais par Robert Linssen, constitue une synthèse de conférences de Krishnamurti entre 1928 et 1935. A cette époque, on pouvait encore entendre Krishnamurti dire des choses comme « il y a une Réalité éternelle et vivante, appelez-la Dieu, immortalité, éternité… » ; par la suite il continua à affiner son langage pour le restant de sa longue vie, s’éloignant de plus en plus des affirmations qui pour nombreux de ses auditeurs n’étaient que croyances…
(Revue Être Libre. No 1. Janvier 1936)
Je ne désire pas ajouter aux nombreux systèmes existants de nouvelles théories, de nouvelles formules, ou de savantes explications.
Toutes les formules « toutes faites », les « explications », les « théories » ne sont que des moyens habiles pour vous évader de vos propres conflits.
La plupart des esprits désirent imiter, suivre, copier parce qu’ils ne savent plus penser fondamentalement par eux-mêmes.
Pour la plupart la douleur, le conflit est si intense, qu’ils préfèrent plutôt s’évader dans les religions, les systèmes, les théories, ces cristallisations de la pensée humaine.
Pour moi, la solution réelle de vos problèmes, se trouve dans la profondeur de votre Intelligence, qui doit fonctionner simplement, librement, spontanément.
Par cette Intelligence, je n’entends pas la capacité de spéculations ni de ruses intellectuelles.
L’Intelligence Véritable n’est pas non plus la connaissance livresque.
Vous pouvez avoir beaucoup étudié, et encore restes stupide.
Vous pouvez lire de nombreuses philosophies, et ne pas connaître encore l’Extase, la béatitude de la pensée créatrice, qui ne peuvent exister seulement que lorsque l’esprit et le cœur, se libèrent eux-mêmes à travers le conflit, par une constante lucidité, de toutes les stupidités du passé.
L’expression de l’Intelligence véritable dans l’Action est l’Immortalité, c’est l’apothéose du bonheur, la béatitude de vivre complètement dans l’Éternel Présent.
Vous avez d’innombrables idées concernant la plénitude de la Vie, et l’immortalité.
Mais pour moi, cette Immortalité, cette grande richesse de la Vie, ne peut être comprise et vécue, que lorsque l’esprit est pleinement libéré de toutes ses limitations, des stupidités du passé, du milieu actuel, des anomalies acquises ou héritées. Dans cette flamme d’intense lucidité, surgira l’extase de la Vie, dans cette conscience suprême est la Vérité.
Je vous en prie, tout ceci n’est pas une nouvelle théorie, je ne suis pas un théoricien. Je ne m’impose à personne, je n’essaye de convaincre personne de mon message, mais parce que les hommes sont enfermés dans la prison de la misère, dans les cages de la souffrance, je voudrais éveiller en eux, le désir de détruire eux-mêmes ces cages.
Je veux créer en chaque être, une attitude nouvelle d’esprit. Je ne désire pas de disciples, parce que la signification totale de ce que je dis est contraire à toutes ces choses.
Ce n’est que lorsque l’esprit est dépouillé de toutes les illusions de l’ignorance, et de toutes disciplines intérieures ou extérieures, qu’il est capable de discerner le Présent Infini.
La Plénitude de la Vie est en toutes choses, il ne faut rien acquérir, tout est là, ELLE EST.
Mais si vous voulez comprendre ce que j’ai à dire, ne me traduisez pas je vous en prie en termes de parti, de secte, de groupe, de disciple, de partisan de religion.
L’Éternel Présent est une chose que l’on ne peut pas expliquer. Vous ne pouvez pas raisonner un tel sujet. Cela doit être expérimenté, Cela doit être vécu. Cela requiert une grande persistance et un éveil constant.
Mais nos vies sont si superficielles, avec les inanités de la « civilisation » moderne, nos vies sont si chaotiques, déraisonnables, pleines de souffrances, et les hommes ne sont plus que des machines à imiter.
Je dis que lorsqu’il y a discernement véritable, point n’est besoin de disciplines intérieures ou extérieures. Vous êtes la plupart emprisonnés dans l’habitude de la discipline.
Tout d’abord vous conservez une image mentale de ce qui est bien, de ce qui est vrai, et de ce que votre caractère devrait être. Vous essayez de faire concorder vos actions avec cette image mentale.
Vous agissez simplement en vous conformant à une image mentale que vous possédez. Tant que vous avez une idée préconçue de ce qui est vrai vous agirez conformément à cette idée. La plupart d’entre vous êtes inconscients du fait que vous agissez conformément à un modèle.
Mais lorsque vous devenez conscients du fait que vous agissez d’une telle façon, vous n’essayez plus de copier ou d’imiter, mais c’est votre propre action qui vous révèle ce qui est vrai.
Notre entraînement physique, notre éducation morale et religieuse tendent à nous mouler conformément à un modèle.
Être libéré de la discipline est extrêmement difficile, du fait que dès l’enfance nous avons été l’esclave de la discipline et de la domination.
Depuis l’enfance, la plupart d’entre nous, avons été entraînés à nous adapter à un modèle social, religieux ou économique, et la plupart de nous sommes inconscients de ce fait.
La discipline est devenue une habitude, et vous êtes inconscients de cette habitude.
Lorsque vous verrez que vous êtes en train de vous discipliner conformément à un modèle, votre action sera engendrée par le discernement.
Si en agissant ainsi vous êtes conscients de l’imitation, votre action sera spontanée.
J’aimerais donc vous expliquer que la Vérité, la plénitude et la richesse de la Vie, ne peut être réalisée par personne au moyen de l’imitation, ou d’une forme quelconque de l’autorité.
La plupart d’entre nous sentons occasionnellement qu’il existe une vraie vie, un Éternel quelque chose, mais les moments où nous sentons cela sont si rares, que cet Éternel quelque chose recule de plus en plus vers l’arrière-plan, et nous apparaît de moins en moins réel.
Or pour moi, il y a une Réalité éternelle et vivante, appelez-la Dieu, immortalité, éternité ou autrement si vous le voulez.
Je tiens qu’il y a une Vie éternelle qui est la Source et le But, le commencement et la fin, encore qu’elle n’ait ni commencement ni fin, ni But, ni Apogée.
Cette Vie éternelle ne cherche pas dans son expression un résultat, un accomplissement. Elle n’a ni apogée ni but, car Elle est éternellement en Mouvement.
La Vérité réside dans le processus, et non dans la réalisation.
Il y a quelque chose d’intensément vivant, de créateur qui ne peut être décrit, parce que la Réalité échappe à toutes descriptions.
Vous ne pouvez pas connaître l’Amour Véritable par la description d’un autre, pour connaître l’Amour Réel, il faut que vous l’ayez éprouvé vous-même.
L’Amour a perdu son extase créatrice.
Il ne devient plus qu’une série de conflits qui visent la possession.
La grande tendresse de l’Amour, sa grande profondeur, sa qualité d’Éternité, sa sublimité, son extase immense et profonde sont détruites par le désir de posséder, d’obtenir.
Sans cet Amour, l’homme ressemble à un désert de sable sec, à une rivière en été, lorsqu’elle n’a plus d’eau pour abreuver ses rives.
Et pourtant peu savent aimer véritablement, car pour aimer réellement, vous devez être au-dessus de la corruption de l’Amour.
Mais nul ne peut vous décrire la Plénitude, méfiez-vous de l’homme qui essaye de décrire cette Réalité vivante.
Cette réalisation de la Vérité, de l’Éternel, n’est pas dans le mouvement du temps, lequel n’est qu’une habitude de l’esprit.
Mais si l’esprit comprend cette Plénitude de la Vie, et s’il est libre de la division du temps en passé, présent et futur, alors survient la réalisation de cette Réalité Vivante, Éternellement Présente.
Et encore, parce que nous avons divisé l’action en passé, présent et futur, parce que pour nous l’Action n’est pas complète en elle-même, mais est plutôt quelque chose qui est mis en mouvement par des mobiles, par la peur, par des guides, par la récompense et la punition, nos esprits sont incapables de comprendre la totalité dans sa continuité.
Ainsi on s’évade continuellement de l’Éternel Présent.
Ce n’est que lorsque l’esprit et le cœur sont libres de la division du Temps que l’Action véritable peut surgir.
Quand l’Action est engendrée par la Plénitude et non par la division du temps, elle est harmonieuse et est libérée des entraves de la société, des classes, des races, des religions et du désir d’acquérir.
Pour exposer la chose différemment, l’Action doit devenir vraiment individuelle.
Par action individuelle, j’entends l’action qui est engendrée par la compréhension complète, par la compréhension de l’individu, et non pas celle qui est imposée par d’autres.
L’Immortalité ne peut être comprise que dans la plénitude de notre Action individuelle, et non comme fragment d’une structure, non comme partie d’une machine sociale, politique et religieuse.
Vous devez donc éprouver l’individualité véritable avant de pouvoir comprendre Ce qui est vrai.
Tant que vous n’agissez pas de cette Source Éternelle, il doit y avoir conflit, il doit y avoir divisions et des luttes continuelles.
Chacun de nous connaît la lutte, la douleur, le conflit et le manque d’harmonie.
Ce sont là des éléments qui en grande partie constituent notre vie, et consciemment ou inconsciemment, nous essayons de leur échapper.
Peu de personnes sont conscientes de la cause profonde de leur souffrance, alors elles éprouvent le désir de fuir cette souffrance, et ce désir de fuite a créé et vitalisé nos systèmes moraux, sociaux et religieux.
Parce que nous ne sommes pas « véritablement » responsables de nos propres actes, nous créons des systèmes et des autorités pour qu’ils nous donnent des réconforts et des abris.
Cette incapacité d’affronter l’expérience dans sa plénitude crée le conflit et le désir que l’on a de s’évader.
DE LA SÉCURITÉ
Si vous considérez intelligemment vos pensées et les actes qui en découlent, vous verrez que là où se trouve le désir de fuite, il doit y avoir la recherche de la sécurité; et toutes vos actions soft basées sur le désir de sécurité.
Graduellement, cette demande de la sécurité détruit l’Intelligence véritable.
L’esprit à travers l’expérience accumule diverses sortes de systèmes d’autoprotections du « Je », de sécurités de « Je », et ces choses sont de nature à empêcher totalement l’esprit dans son processus de réajustement constant à l’Éternel Mouvement de la Vie.
L’ardent désir de sécurité, se manifeste entre autres, par la volonté d’avoir un compte substantiel en banque, une bonne position, par le désir d’être considéré comme « quelqu’un » dans la ville que l’on habite, par la lutte que l’on affronte pour obtenir des titres, des grades, et tant d’autres stupidités qui n’ont aucun sens Réel.
Ensuite, quelques-uns d’entre vous, ne sont plus satisfaits par la sécurité physique, et cherchent une sécurité d’une forme plus subtile.
C’est encore de la sécurité, mais simplement un peu moins évidente, et vous l’appelez spiritualité.
Mais je ne vois pas de différence entre les deux.
Lorsque vous êtes rassasiés de sécurité physique, ou lorsque vous ne pouvez pas l’obtenir, vous vous tournez vers la sécurité spirituelle.
Et lorsque vous vous tournez vers cette sécurité, vous vitalisez ces choses que vous appelez « religions » et « croyances spirituelles » organisées.
Parce que vous cherchez la sécurité, née de votre propre insuffisance, de votre propre vide, vous établissez une forme de religion, un système de pensée philosophique dans lequel vous êtes pris, et dont vous devenez l’esclave.
Notre inertie, notre manque de compréhension nous remettent désarmés dans les mains de « spécialistes » et de « profiteurs ».
Notre désir de sécurité, notre désir de perpétuation, d’immortalité personnelle, nous incite à rechercher des autorités qui puissent nous « promettre » cette « immortalité », et ainsi ont surgi les structures religieuse, les croyances organisées, les dogmes, le sacerdoce.
Ainsi les prêtres à travers le monde, se sont transformés peu à peu en exploiteurs.
Je dis que lorsqu’un homme est « emprisonné » dans une croyance quelconque, il ne peut connaître la Plénitude de la Vie.
Un homme qui vit pleinement, agit de cette Source dans laquelle il n’y a pas de réactions, mais seulement l’Action ; mais l’homme qui est à la recherche de la sécurité, de l’évasion, doit s’accrocher à une croyance parce que c’est d’elle, qu’il tirera son support continuel et l’encouragement à son manque de compréhension.
Mais vous n’aborderez jamais la Vie, tant que vous serez retenus dans un moule.
La Vie passera à côté de vous parce que vous avez déjà limité votre esprit par votre propre choix.
Ce n’est que lorsque vous aborderez les expériences sans barrières, que vous trouverez une joie continuelle.
Si vous avez l’Intelligence véritable, et l’intensité qu’il faut pour détruire les barrières qui vous enchaînent, vous connaîtrez par vous-même l’accomplissement de la Vie.
Mais la plupart des individus essayent de s’enfuir, ils se sont transformés en machines à habitudes.
Afin d’éviter le conflit vous créez des croyances religieuses, vous adorez une image d’une imitation que vous appelez Dieu, ou vous essayez d’oublier votre inaptitude à affronter la lutte en vous perdant vous-mêmes dans le travail, ou dans les marais d’une activité superficielle.
De cette pauvreté intérieure surgit le désir de sécurité, et pour avoir la sécurité, il doit exister une personne, une idée, une croyance, une tradition pour vous donner l’assurance de la sécurité.
Ainsi dans notre tentative de trouver la sécurité, nous érigeons une autorité…
DE L’AUTORITÉ…
Nous sommes esclaves de l’autorité que nous avons nous-mêmes créés.
Nous cherchons la sécurité au moyen de guides spirituels ou de prêtres, ou encore, nous cherchons l’autorité dans la puissance de la tradition sociale, économique ou politique.
C’est nous-mêmes, individuellement, qui avons établi ces autorités, elles n’ont pas surgi à la Vie spontanément.
Pendant des siècles, nous n’avons cessé de les établir, et nos esprits ont été mutilés, pervertis par leur influence.
Ce culte de l’autorité est pour moi la racine suprême de l’exploitation.
L’esprit est tenu en esclavage par le milieu qu’il a lui-même créé par son insatiable désir, il en résulte une peur incessante.
Partout où existe cette peur, on trouve la discipline, la contrainte exercée par des hommes sur d’autres hommes, la domination et la recherche du pouvoir que l’esprit glorifie comme une vertu divine.
Si vous réfléchissez réellement à tout cela, vous verrez que là où il y a Intelligence Véritable, il ne peut y avoir poursuite du pouvoir.
Toute vie est modelée par une peur incessante, inconsciente et par des conflits, donc par la coercition, par l’imposition de décrets et de liens que certains considèrent comme vertueux et précieux, et d’autres nocifs et funestes.
Ce sont là les freins que vous avez institués dans votre désir de vous perpétuer ; vous avez créé des autorités, et votre vie est modelée, par des obligations, de formes et de degrés divers.
L’individu qui est perpétuellement conditionné par le milieu, modelé par des règles, des lois, des principes de morale, devient de moins en moins intelligent au plus on l’écrase.
Ces freins imposés à l’individu, et qu’il appelle son milieu environnant ont pour promoteurs les charlatans et les exploiteurs de la religion, de la morale publique, de la vie politique et économique.
L’exploiteur est l’individu qui, consciemment ou inconsciemment, se sert de vous, et vous lui cédez, consciemment ou non, parce que vous ne comprenez pas vous devenez l’exploité économiquement, socialement, politiquement, religieusement — et il devient votre exploiteur.
De cette manière la vie devient une école, un cadre, un moule en acier dans lequel l’individu est battu jusqu’à en épouser la forme.
L’individu devient une simple machine, un rouage sans pensée, rigidement limité.
La vie devient une lutte, une série .de combats continuels.
Aussi a-t-on inventé cette idée fausse que la Vie est une série de leçons à apprendre, d’expériences à acquérir pour se prémunir, à l’effet de mieux pouvoir aborder la vie du lendemain — mais, avec des idées préconçues.
La vie devient une simple école, et non quelque chose dont on doit jouir, et que l’on doit vivre extatiquement, pleinement, sans peur.
Le milieu extérieur étreint l’individu, le broie dans un cadre d’objets en série, d’idées religieuses, et comme il se sent écrasé par l’extérieur il cherche à s’échapper dans un monde qu’il appelle le monde intérieur.
Naturellement quand l’esprit est dévié, perverti, moulé par le milieu extérieur, et qu’il se livre au dehors à des luttes incessantes, il espère en une tranquillité, en un bonheur, en un monde différent, et il se construit alors un romantique havre d’évasion dans lequel il cherche une compensation aux échecs et aux souffrances de l’extérieur.
Si vous devenez réellement conscient de tout ce qui précède, vous commencerez à comprendre la vraie signification du monde extérieur et du monde intérieur.
A ce moment-là existe une perception immédiate, spontanée, la Vie se trouve libérée, et l’esprit devient Intelligence véritable, il peut fonctionner d’une façon créatrice, naturelle, sans cette constante bataille.
Ainsi, l’Intelligence reconnaît les obstacles, il n’y a pas d’adaptation, seule surgit la compréhension spontanée, qui est un mode de vie naturel, simple, extatique.
L’Intelligence Véritable ne dépend ni de l’extérieur, ni de l’intérieur.
Dans cette lucidité, il n’y a pas de désir, mais la perception claire, simple, spontanée de Ce qui est vrai.
Alors surgit la Plénitude, cette richesse infinie, cette réalisation de l’Éternité qui est Dieu.
C’est une réalité, une Vérité immense et vivante, et pour la comprendre il faut une complète simplicité, une grande clarté de pensée.
Ce qui est simple est infiniment subtil. Ce qui est simple est extrêmement délicat.
Il y a une grande subtilité, une délicatesse infinie, un équilibre délicat qui n’est ni le contentement de soi, ni cet incessant effort engendré par le désir de réussir, d’accomplir.
Dans cet équilibre délicat réside la simplicité, qui n’est pas une simplicité qui consiste à n’avoir que peu de vêtements ou de possessions.
Ce n’est pas de cette simplicité là que je parle — qui n’est qu’un aspect grossier de la Vraie Simplicité — mais de celle qui est engendrée par cette délicatesse de pensée dans laquelle n’existe ni satisfaction, ni stagnation, mais simplement l’extase suprême de vivre pleinement le Présent Infini.
Dans cette extase se trouve le mouvement vivant de la vérité, qui est une Vie sans cesse créatrice.
Cette force indescriptible
UNE ETRANGE LUMIERE.
Extrait.
Il décida d’aller courir. Il devait entretenir son corps désormais. Avec attention et rigueur. Se muscler, gagner en endurance, en puissance, en résistance, supporter la douleur, le froid, la faim, la soif. Le bonheur absolu des samouraïs. Il deviendrait comme eux. L’esprit et le corps unis dans une même lutte. La joie qui montait en lui, comme un magma brûlant, dense, vigoureux, une fièvre élévatrice. Il se sentit presque grandir. C’était fabuleux. Il fallait courir pour libérer cette puissance.
Il sortit et reçut la lumière du soleil comme un don.
Il quitta son sous-pull. Son torse devait se nourrir des ondes divines. Il aurait aimé courir nu mais les esprits faibles n’auraient pas compris.
Il partit sur la route.
Dès les premières minutes, il chercha à se concentrer sur le rythme de ses foulées, la musique de son souffle et de ses pas, le tempo de son cœur, se coupant du monde extérieur, n’acceptant que les rayons solaires et la brise fraîche, sans objectif précis, il s’enfonça dans les forêts, traversa le plateau granitique de la pierre levée, suivit un temps le ruisseau du Ninian, rejoignit une route qu’il ne chercha pas à reconnaître, refusant de construire un parcours, limitant le travail de son esprit à la précision de ses gestes et quand il sentit que les muscles des jambes durcissaient, que le ventre et le dos supportaient de plus en plus difficilement les chocs répétés, il s’interdit de penser à un probable retour et, peu à peu, il sentit s’installer en lui la mécanique hypnotique de la course, s’engloutissant à l’intérieur de lui-même, insensible à toutes les sensations extérieures, ne vivant que dans l’infini profondeur de son propre abîme, il ne distingua de son corps que le passage rapide devant ses yeux d’un pied puis d’un autre, le premier disparaissant, immédiatement remplacé par le second et cela sans fin, et il trouva magnifique la mélodie répétitive de ses pas sur le corps de la Terre, cette alternance rapide et saccadée et cette absence de volonté, le corps agissant indépendamment de tout contrôle, sans conscience, et donc sans fatigue, le cerveau, submergé de douleurs ayant abandonné l’habitacle, s’évaporant dans un ailleurs sans nom, il la trouva délicieuse cette musique en lui, chaque foulée se répercutant dans l’inextricable fouillis de ses fibres musculaires, dans les souffles puissants jaillissant de ses poumons vivants, et il comprit pleinement, par-delà les mots réducteurs, que les poumons, le cœur, le sang et les cellules n’existaient que dans ces instants d’extrême exploitation, que les jours calmes étaient des jours morts, des jours sans éveil, des jours d’abandon et de faiblesse, des heures disparues dans le néant de la mort, c’était inacceptable et il ne l’accepterait plus, sa vie devait désormais être comme cette course, sans cassure, sans déchet, sans seconde évaporée, une absolue mise en valeur, il sentit les larmes couler, c’était si beau ce moment de vie, enfin la vie.
Il courut si longtemps qu’il ne sut pas quand il rentra.
Se vider pour se remplir. Extraire l'énergie pour autoriser la plénitude, user des émotions chocs et des exigences de l'effort pour favoriser la béatitude du vide, cet envol indescriptible dans les horizons sans fin de la conscience, la Réalité de l'espace intérieur, cette dimension inexplorée où se révèle l'essentiel, le Soi épuré, l'osmose, l'effacement du moi qui n'en peut plus et se retire dans les limbes étoilées des univers dévoilés.
Là, où il n'y a plus d'attachement, plus de contraintes, plus de soumissions, plus de concessions, là où l'aveuglement cesse et que la Lumière du Réel flamboie dans les noirceurs de l'abandon, lâcher prise, tomber dans un puits sans fond et voler librement au coeur des particules.
Le corps est un outil fabuleux et n'a d'autre raison d'être que de permettre à l'Etre d'exister, un tremplin à utiliser, un convoyeur éphémère qui rêve de laisser sa place à l'Esprit qu'il transporte.
Je ne cours pas en usant de mes forces, je ne pédale pas en usant de mes muscles, ce ne sont que des outils et je ne suis que l'ouvrier. La force vient d'ailleurs. L'Energie n'a pas de forme mais elle les anime.
Les carnets de l'aventure.
Dans le post sur "l'accoutumance", l'auteur démontrait les rouages de la consommation et ses raisons profondes.
Il existe des individus qui ne sont pas inscrits dans cette dérive et qui, bien souvent à travers une passion, ont opté pour une autre voie.
Ce sont des explorateurs, non pas dans le sens où ils parcourent la planète à la recherche de terres inconnues, mais bien avant tout parce qu'ils explorent une vie sociale qui peut apparaître comme une terre sans hommes, un no man's land qui leur offre tout ce dont ils ont besoin, intérieurement, pour exister. Le matérialisme n'est pas une voie qui leur convient parce qu'ils sont tournés vers une voie de développement personnel qui les libère de la pression sociale. Il n'est pas question pour eux de s'intégrer à un groupe par rapport à une reconnaissance liée à un quelconque statut social mais uniquement de rencontrer des individus d'univers variés mais vibrant sur la même longueur d'ondes...Le monde d'en haut diffuse les vibrations. Ils en sont les multiples récepteurs.
Ils sont dans l'effort et simultanément dans la contemplation. Ils exploitent un potentiel physique et simultanément, ils progressent dans une voie spirituelle.
Ils utilisent la technologie qui s'avère nécessaire pour l'expression de cette voie. Des skis, des vêtements adaptés, un fourgon, du carburant, mais tout est fait avec parcimonie, sans aucune exagération, sans que cette technologie ne devienne le miroir d'une prétention sociale. Elle n'est qu'un outil, pas un étendard.
Pour ce qui est des émotions, elles ne sont pas que des émotions chocs, inévitablement créatrices de manque comme il en est dans l'accoutumance, parce que ces émotions fortes sont également vectrices d'émotions contemplatives. Il y a une alternance constante entre le défi physique et la plénitude spitiruelle.
La Nature dispense ces deux états. L'effort et la contemplation. Et l'imbrication des deux favorise l'élévation. La raison en est très simple : tous les besoins de l'individu ont été assouvis. L'émotion choc, l'extase physique, la jouissance de ce corps affûté qui exécute des gestes parfaits, la reconnaissance sociale au coeur d'une passion partagée, des échanges et des amitiés fortes, des regards échangés, les yeux brillants qui en disent plus longs que toutes les paroles, la contemplation enfin et ce retour sur Soi, cette exploration des "terra incognita" dans la profondeur des âmes.
Cette voie spirituelle limite les impacts négatifs sur la Terre.
Elle impacte par contre fortement la croissance.
Il est évident qu'elle ne peut qu'être condamnée par les tenants de la cohésion sociale et des lois du marché.
Ces individus sont des marginaux et ne doivent pas être érigés en exemple.
Lorsque j'étais adolescent, il y avait une émission à la télévision : "Les carnets de l'aventure". Ces gens-là étaient bien souvent en marge, en rupture, ils avaient choisi une voie qui se révélait être un véritable ennemi de la croissance.
L'émission a été supprimée alors que les audiences étaient importantes et malgré une mobilisation importante des téléspectateurs. Il ne s'agissait pas non plus d'un potentiel trop limité au regard des films. Ils étaient déjà nombreux et ils le sont encore plus aujourd'hui. Cette émission n'a pourtant jamais été reprise. Même l'émission "Montagne" sur FR3 a fini par disparaître. On y voyait souvent des jeunes impliqués dans une vie pastorale, la rénovation de hameaux perdus au fin fond des vallées. Nullement des consommateurs effrénés.
On me dira que je suis parano. Alors qu'on m'explique pourquoi, tous ces films sont disponibles sur le Net. Des centaines de films. La réponse est si évidente.
La voie spirituelle n'a aucune valeur marchande. La croissance a besoin de consommateurs accoutumés et manipulables. Si les individus grandissent intérieurement, au coeur d'une passion qui ne créé qu'un nombre de besoins limités, cette élévation va à l'encontre de la mondialisation mercantile.
Je me réjouis infiniment de savoir qu'ils existent, ces jeunes ou ces anciens, qui vivent en dehors de ce vide et qui remplissent leurs existences de valeurs réelles.
Ceux-là sont si vivants.
Requiem
A tous les financiers de la planète.
L'accoutumance
Avec l’autorisation de Gérard WEIL
UNE DES CAUSES DU CONSUMERISME: L' ACCOUTUMANCE,
Introduction: Notre société occidentale est en crise. Les partisans du libéralisme sans frein sont convaincus qu’elle n’est que passagère. Je n'en suis pas si sûr, car la crise a des causes bien plus profondes que les abus du système financier, comme je me propose d'essayer de le montrer ci-dessous.
Bien des auteurs ont analysé la naissance du capitalisme, Max Weber, qui l’attribue à l’éthique protestante. Très succinctement, l'enrichissement est pour les protestants, une bénédiction divine. Marx, bien sûr, l'attribue à la transformation des moyens de production, ce sont la naissance de la mécanisation et la rationalisation des moyens de production qui ont favorisé le développement du capitalisme.
Freud voit dans l'avarice un symptôme de l'attachement au stade anal, il fait un parallèle entre le fait de « retenir » ses sous avec le fait de retenir ses selles chez le petit enfant.
Mélanie Klein voit dans l'avidité, une relation au stade oral.
Pour ce qui est de la dimension religieuse de la naissance du capitalisme, Max Weber en fait une analyse très poussée et très documentée et on ne saurait la nier. Mais à mon avis, la religion en l'occurrence n'est qu'une façon de se donner bonne conscience, les raisons de s'enrichir étant plus profondes.
La transformation des moyens de production est certes aussi un terrain favorable au développement du capitalisme, mais là encore, on peut se demander pourquoi les capitaines d'industrie, les banquiers ont profité de ces moyens pour accumuler les richesses au lieu de les partager.
La psychologie me semble donner des réponses bien plus profondes, mais on remarquera que les humains ne sont pas tous restés attachés au stade oral ou au stade anal. Or, dans notre société productiviste, ils continuent à consommer plus qu'il n'en faut pour vivre, à accumuler des biens. Pourquoi ?
Je pense qu'il existe une raison encore plus profonde, qui est d'ordre physiologique, c'est " l'accoutumance" ou habituation.
Développement.
Tout être vivant est doté d'un instinct d'exploration. C'est grâce à lui qu'il se procure nourriture, abri et sexe.
Mais ses besoins vitaux satisfaits, il reste chez l’homme et chez nombre d’êtres vivants, un besoin d’exploration qu'on nomme aussi curiosité ceci pour une raison très simple: comme je le rappelle ci-dessus la vie est, entre autres choses, un ensemble de sensations. Pas de sensations, pas de vie ! C'est avéré dans le cas des nourrissons que l'on se contente de nourrir et de soigner mais qu'on ne stimule pas autrement, ils finissent par dépérir. (Ce que Spitz nomme « la dépression des nourrissons » ).
L'homme a besoin de se sentir vivre et pour se sentir vivre, il a besoin de variété dans les sensations, étant entendu qu'elles peuvent varier tant en nombre qu'en intensité. Pourquoi ce besoin de la variété ?
L'homme n'a pas seulement besoin de pain, mais de sensations, d’émotions, de sentiments et de pensées, des besoins tels que celui de reconnaissance sociale, besoin très puissant, par exemple.
Or, des sensations ou des émotions ou même des pensées, se répètent inévitablement et elles finissent par perdre les effets stimulants qu'elles avaient lors de leur découverte. C'est ce que je nomme l'accoutumance.
Par facilité, l'homme cherche à augmenter l'intensité de ces phénomènes et leur fréquence. Or, grâce aux technologies, il le peut. C'est à mon avis, une des raisons profondes du consumérisme.
Exemples:
Vous changez de logement, donc sensations nouvelles qui vous tiennent éveillé jusqu’à accoutumance à votre nouvel environnement sonore.
Une ambulance passe, la sirène retentit, variant en intensité et en fréquence, vous prenez conscience de son passage mais si cela persistait du matin au soir et du soir au matin vous finiriez par ne plus y prêter attention, vous vous habitueriez.
Vous entrez dans une pièce odorante; l’odeur peut vous séduire ou vous incommoder, mais au bout d’un certain temps vous ne sentez plus rien, c’est l’accoutumance. Pour maintenir la sensation odorante, il faut augmenter les doses de gaz odorant dans la pièce.
Vous prenez l’autoroute, vous accélérez, vous éprouvez une sensation de vitesse, mais ne pouvant dépasser le 130, vous vous accoutumez à cette vitesse constante et bientôt, vous ne la ressentez plus d’où la tendance à accélérer et à dépasser les vitesses autorisées.
Le tic-tac de votre pendule s’arrête, vous vous réveillez et en prenez conscience. Notez bien cette remarque car dans les exemples précédents, c’est par l’apport de sensations que vous restez vigilant, alors que dans cet exemple, c’est la disparition d’une sensation qui vous maintient éveillé.
Les exemples précédents relatent un changement dans votre environnement, changement dépendant ou non de votre volonté. Le passage d’une ambulance ne dépend pas de votre volonté, mais le changement de logement peut en dépendre. Dans ce cas, ce changement est lié à une activité d’exploration.
Certaines sensations sont liées aux mouvements de notre physiologie, sensations dont nous ne sommes habituellement pas conscients car nous y sommes accoutumés, comme la respiration, la digestion ou les battements du cœur. Mais des variations de ces sensations peuvent provoquer des états de conscience, par exemple, on peut prendre conscience des battements du cœur lorsqu’il accélère. Il est intéressant de noter que moyennant un peu d’entraînement, on peut prendre conscience des battements cardiaques même lorsque le cœur est au repos, mais ce n’est possible que parce qu’il s’agit de battements, c'est-à-dire de variations.
En résumé, on constate que lorsqu’une variation se répète régulièrement, il y a accoutumance et l’état de conscience qu’elle suscite tend à disparaître, autrement dit, l’homme ne se sent plus vivre.
Les sensations sont provoquées par des stimuli tels que l’impact de photons sur la rétine pour les sensations visuelles, des molécules sur la peau pour le toucher, la chaleur, des molécules d’air sur le tympan pour l’ouïe, etc. En ce qui concerne les émotions, les sentiments, les pensées, ce sont des ensembles de stimuli qui les provoquent, par exemple la vue d’un animal agressif provoque la peur, celle d’un ami la sympathie, la lecture d’un livre stimule les émotions ou la pensée, etc.
Pour continuer à se sentir vivre, l’homme a alors le choix entre plusieurs possibilités:
1- il peut augmenter le nombre et l’intensité des stimuli,
2- il peut affiner ses sens, de sorte qu’à stimuli égaux, les sensations soient plus intenses.
3- il peut se couper des stimuli obtenant de la sorte une variation importante dans l’ensemble de ses sensations, ce qui est aussi une façon de se sentir vivre (Cf. l’exemple du tic-tac qui cesse )
Partant de là, quatre modes de vie sont possibles:
1- Le consumérisme qui vise à augmenter le nombre et l’intensité des stimuli. Ce choix s’est fait par facilité car il va dans le sens de l’entropie croissante, ou, si vous préférez, dans le sens de la plus grande pente, tendance amplifiée au maximum par le marketing et la publicité.
On mange plus, des mets plus variés, dans les discothèques, le son est toujours plus fort, assorti de flash éblouissants, les tenues de plus en plus tapageuses, mèches de cheveux vertes, rouge vif, la télé nous assomme de clips étourdissants et de films de violence, d’horreur, les véhicules de sport ou de transport vont toujours plus vite, dans les grandes surfaces les marchands mettent à notre disposition une variété infinie de produits de même nature dont on fait varier l'emballage et le nom ( Lessives, par exemple ) etc...
Mais ce choix mène à une impasse à cause de l’accoutumance . Cette remarque est valable pour tout: la boisson, le tabac, les drogues, la danse, la musique. Quand le haschisch ne suffit plus on passe à des drogues plus fortes, dans les discothèques on augmente le niveau sonore et le rythme jusqu’aux limites du supportable et au delà même puisqu’on sait maintenant que les habitués des boîtes de nuit deviennent sourds. A la télé on nous abrutit de clips, maelström de bruits et d’images. Cela est valable aussi pour la fringale d’achat. Ce mode de vie conduit à la mort, mort individuelle, non seulement car on atteint des limites biologiques (embonpoint, maladies cardio-vasculaires, overdoses, cirrhoses, accidents de la route) mais aussi mort sociale, comme nous l'explique fort bien Juan Roy de Menditte en conduisant à l'individualisme forcené, destruction du lien social et enfin mort planétaire, parce que pour produire toutes ces excitations à une population toujours plus nombreuse, on a besoin d’énergie et qu’on épuise les ressources naturelles de la planète, sans parler de la pollution. Le pire c’est qu’il conduit à la mort sans même qu’on soit passé par le bonheur, car chez ceux qui le pratiquent, le sentiment de vide subsiste et les pousse parfois au suicide.
Les conséquences de ce consumérisme ont été fort bien expliquées par les co-auteurs de ce livre et je n'y reviendrai pas. J'insiste toutefois sur l'infantilisation des individus qui mène aux difficultés que rencontrent les enfants à dépasser le complexe d'œdipe.
Comment échapper à ce destin funeste ?
Pour augmenter le nombre et l'intensité des sensations et des émotions, on peut choisir la vie à haut risque: pour cela, nous avons la guerre, les sports de l’extrême, l’exploration de terres vierges et la spéculation financière. Je pense à un jeu de rôle relaté par l'économiste Bernard Marris: si chacun joue la solidarité dans ce jeu, il est assuré de gagner un” salaire” à la fin du jeu, mais si un joueur décide de jouer perso, il peut rafler toutes les mises et se retrouver riche, les autres joueurs étant alors dépouillés, mais bien sûr il peut aussi tout perdre. Le choix est sans doute producteur d’adrénaline, quel exultation quand on gagne ! Mais à l’échelle de la finance internationale, c’est un jeu mortel pour la société, c’est bien ce que nous expérimentons en ce moment. C’est ce jeu qui conduit à aller toujours plus vite, autant dans les transports que dans la communication; il faut être le premier arrivé pour arracher un marché, les traders sont soumis à un stress permanent. Mais ils aiment cela, c’est une source d’adrénaline. On peut parler d'addiction, car comme nous le dit Susan George, « pour les Riches et les Puissants, rien ne sera jamais trop », ils sont fermés à toute argumentation rationnelle, comme le sont les tabagistes ou les alcooliques. Contrairement au consumérisme passif, télévision, achat, induit par notre société marchande et ses serviteurs médiatiques, le choix d'une vie à haut risque implique une très grande activité, mais il apporte des stimuli puissants et comme le consumérisme passif, il sert le capitalisme financier.
La guerre, apporte des stimuli puissants, tant à ceux qui la font qu'à ceux qui suivent l'actualité et on sait maintenant à quel point elle sert les intérêts financiers.
Les sports de l’extrême sont récupérés pour servir de spectacle à la foule ( Cf. les jeux dans l’empire romain ). Mais ils ont de plus un aspect pernicieux qu’un ami montagnard, alpiniste chevronné m’a fait voir; il dit en substance : “ J'en étais là et c'était de plus en plus tendu dans l'engagement...Je n'analysais, rien en fait, c'était une course en avant, sans cesse rehaussée d'un cran. Bien que ça soit passé tout près à quelques reprises ça ne m'arrêtait pas parce que les stimuli avaient une telle puissance que rien d'autre dans ma vie ne pouvait me procurer l'impression d'exister. Il a fallu que je perde mon intégrité physique pour que ça s'arrête. La décision s'est imposée et j'ai dû tout réapprendre. C'est là que la conscience de ces stimuli s'est révélée, que la réalité de ma quête s'est dessinée. J'ai donc appris, non pas à diminuer les stimuli mais à les éprouver différemment, avec un autre regard. La perdition dans laquelle j'étais engagé depuis des années m'a sauté à la gorge. Je n'avais plus besoin de cette surenchère dès lors que je connaissais la source. Je cherchais à "humilier" la mort pour éprouver la vie alors qu'en fait je me séparais de la vie en croyant lutter contre une entité qui n'avait aucune existence. Je n'avais pas besoin de diminuer le nombre ou la puissance des stimuli étant donné que je n'en avais plus besoin. La façon dont j'éprouvais la vie ne se nourrissait plus de combats épiques mais d'une contemplation infinie. Il ne s'agissait pas de stimuli nécessairement réactivés mais d'une captation entière de chaque instant. J'ai continué à aller en montagne mais avec une autre démarche, sans l'objectif du sommet à tous prix, juste l'exploitation de la vie en moi.”
N’est-ce pas aussi cette volonté de puissance qui motive les financiers avides ?
Cette course permanente, dénoncée avec le talent qu’on lui connaît par Raymond Devos dans son sketch “ Mais où courent-ils” est, selon le psychanalyste, ethnologue et neuro-psychiâtre Boris Cyrulnik, à l’origine d’une partie des suicides d’enfants, (Les pays nordiques y auraient mis bon ordre en réduisant la durée des cours, le temps d’école, bref, tout ce qui stresse les enfants ).
L’ épicurisme : Il est un autre moyen de maintenir le sentiment de vivre , voire de l’élever, c’est d’éduquer nos sens ce qui, à stimulus égal, permet de mieux ressentir. C’est ainsi qu’un œnologue, ayant éduqué son nez, éprouve beaucoup plus de plaisir à déguster un grand vin qu’un néophyte. Idem pour un mélomane capable de déceler le 1/16ème de ton à l’écoute de la musique, id° pour un peintre à la vue d’un tableau ou d'un paysage, etc... Quand on observe ce que les multinationales de l'agro-alimentaire proposent dans les grandes surfaces, nous sommes loin du compte. Les clients remplissent leur caddy, mais n'est-ce pas parce que la surconsommation sert d'ersatz à des besoins fondamentaux non satisfaits, comme le lien social, tout simplement ?
Ceci est valable pour le registre des émotions. Dans l’état actuel des choses, on nous abreuve, pour qui veut bien boire, de films d’horreur. Et comme il y a accoutumance, les réalisateurs en rajoutent toujours plus: “ La nuit des morts vivants”, “ Massacre à la tronçonneuse » « The descent », « Saw », etc... N’est-il pas préférable d’éduquer sa sensibilité, d’apprendre à lire un film et d’en tirer un maximum d’émotions en devenant cinéphile ?
Cela implique qu’il faut réapprendre la patience, qu’il faut prendre son temps, ce que nous avons perdu dans notre société chronovore.
Un autre moyen de se procurer des stimuli intenses et nouveaux est le jeu. Il apporte des stimuli puissants car dans le jeu il y a compétition, fut-elle avec soi-même, pour améliorer ses performances. Mais il n'y a pas beaucoup de nouveauté dans les stimuli qu'il procure. Quand par exemple, on maîtrise le poker, seuls les partenaires peuvent changer mais les règles ne changent pas. Il en résulte que le joueur prend de plus en plus de risques et mise de plus en plus pour augmenter l'intensité des sensations. Il est clair que boursicoter est un jeu, le capitalisme joue au Monopoly avec le monde, sans état d'âme.
Mais il existe des limites physiologiques et le vieillissement d’ où un affaiblissement des réponses aux stimuli d’où ennui, déprime et souhait de mort. Comment échapper à l’ennui, et maintenir le bonheur de vivre à niveau constant ?
Qu’est-ce qui est toujours nouveau et permet ainsi de renouveler en permanence les sensations, les émotions, les sentiments, la pensée et donc de maintenir son sentiment de vie constant ou même de l’élever ?
Une source de stimuli toujours nouveaux: la création- Vivre créer, créer par son travail, créer la danse ou la musique, peindre, écrire, faire du théâtre. Il est bien évident que par définition, créer amène toujours du nouveau, créer dans les arts et inventer dans les sciences et la technique augmente le nombre des stimuli. Plus un être sera habile et entraîné, plus il créera dans le même intervalle de temps. Quant à l’accoutumance, il est toujours possible de changer de champ de création si elle s’installe, mais dans le domaine de la création cela arrive rarement , les grands romanciers, peintres, compositeurs, interprètes ont souvent créé jusqu’à leur mort. Les domaines où cela n’est pas possible, du fait du vieillissement, sont le sport, la danse et tout ce qui fait appel aux performances psychomotrices, encore que, dans ces domaines, les pratiquants se font professeurs ou entraîneur et finalement ne cessent pas d’exercer leurs talents, mais sous une autre forme.
Il est clair qu’en créant, non seulement on multiplie les stimuli sensoriels, mais on éprouve des émotions, tantôt positives, quand on mène à bien une œuvre, un spectacle, une expérience scientifique et qu’on les partage, tantôt négatives quand on échoue, mais dans tous les cas, on vit.
Notre société encourage-t-elle la création ? En partie oui, dans la mode, l’ameublement, et même les arts, à condition que ce soit rentable, sujet à spéculation. Mais l’école n’encourage pas la créativité. C’est Albert Jacquard qui dit que l’Ecole Polytechnique fait des imitateurs, pas des créateurs. Le but avoué de l'école est de former des producteurs, il existe certes des enseignants qui tentent de développer les facultés créatrices de nos enfants, mais ils sont souvent sujets à la réprobation de leurs collègues et des inspecteurs d'académie, la plupart sont en fait les courroies de transmission du pouvoir.
Une source d'émotions, le service- Parmi les modes de vie on peut aussi choisir le service, dans le social et la santé par exemple. Il est bien évident que cela permet de multiplier les émotions, en guérissant, en créant du lien, en aidant à trouver des solutions. Hélas, nous constatons que la société marchande tend à réduire pour ne pas dire détruite ce mode de vie, atteinte au service public, réduction des effectifs, etc.
Là encore, nous constatons qu'en matière de santé, par exemple, l'industrie pharmaceutique encourage la prise de médicaments, là encore, nous sommes dans la consommation. Or, j'entendais un grand cancérologue affirmer qu'il n'a jamais pu guérir un malade qui ne voulait pas guérir, quelques soient les méthodes utilisées, et il reconnaissait l'importance du moral, de l'accompagnement, du lien.
Une autre façon de faire varier le nombre et l'intensité des sensations et des émotions, l'ascèse- Quoiqu'on en pense, c'est aussi un choix de vie, qui s'explique par le fait de se maintenir éveillé par la suppression des stimuli; j'y ai fait référence à propos de l'arrêt du tic-tac. Ce mode de vie est peu répandu, mais il existe et conduit certains hommes à se retirer du monde, du moins pendant une période plus ou moins longue. Un tel mode de vie n'est sans doute pas du goût des multinationales.
Sans aller jusqu'à proposer l'ascèse, A. Maslow nous propose une psychologie de l'être qui se résume en fait à une réalisation de soi. Maslow constate que les êtres vivants sont écartelés entre deux tendances, le besoin de sécurité et la besoin de grandir. Si la sécurités, physique et affective sont assurées, les humains continuent à grandir toute leur vie, grandir c'est-à-dire apprendre sur soi et le monde, devenir de plus en plus indépendant des opinions, de plus en plus patient, tolérant, etc. Peut-on dire que la société marchande favorise cette croissance?
En guise de conclusion- Les modes de vie non consuméristes impliquent l'effort, or les seuls efforts auxquels nous invite la société de consommation se font dans le cadre du travail. Pour le reste, du fait des facilités évidentes que la technologie nous apporte, et de l'exploitation qu'en font les multinationales, elle conduit à une perte du goût de l'effort. Pourtant si nous voulons éviter les souffrances, l'effort est indispensable.
Les choses doivent se faire en temps utile, comme un accouchement par exemple.
Si elles ne se font pas, la souffrance apparaît. Tout se passe comme si la somme de souffrances devait être égale à la somme des joies, autrement dit comme si l’univers était un jeu à gain nul. Il en résulte que la vie est une lutte permanente au cours de laquelle il faut faire des efforts. Les efforts sont des mini-souffrances, tout à fait surmontables et surtout des souffrances qui n’abaissent pas, n’humilient pas mais au contraire font grandir.
Si vous ne mettez pas chaque jour de l’ordre dans vos affaire, arrivera un jour où quelque chose vous obligera à le faire, remplir sa déclaration de revenus par exemple, et ce sera très désagréable, non seulement parce qu’une majoration vous sera imposée, mais parce qu’il faudra fouiller, fouailler, trier, jeter dans un laps de temps réduit.
C’est pour avoir refusé de faire des efforts que les humains subissent des souffrances, tout se passe comme s’ils devaient “payer”, en quelque sorte équilibrer le bilan. Par exemple, des enfants auxquels on ne refuse rien, dont on n’exige rien connaîtront plus tard une immense angoisse. Est-ce à dire que des enfants dont on exige trop, et souvent des efforts inadaptés à leur âge connaîtront la joie à l’âge adulte ? Non, car en imposant aux enfants des efforts inadaptés, les adultes se dispensent des efforts qu’ils devraient faire pour bien les éduquer. La balance n’est donc pas équilibrée et il faudra que quelqu’un paie.
On objectera le cas des gens atteints d’une maladie grave. Dans la logique de mon discours, on devrait dire “ Mais quels efforts aurait-il du faire pour l’éviter?” Je ne sais pas, mais il est une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est que nous sommes tous solidaires de façon très profonde et cette solidarité est tellement profonde que certains paient pour d’autres. ( « Les parents ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en seront agacées » Jérémie, 31-30)
Les grandes souffrances viennent d'un bilan mal équilibré.
Il faut une société où l'on cesse de produire pour la consommation à outrance et où l'on fasse tout pour développer les facultés créatrices de l’homme et lui redonner le goût de l'effort.
Une Réalité à saisir.
Le XX ème siècle et celui en cours ont propulsé les hommes dans une connaissance et une maîtrise des techniques bien au-delà de tout ce qui était envisageable et la vitesse à laquelle tout cela évolue est exponentielle. Il n'en reste pas moins que nous ne sommes que des ignorants encombrés au regard de la Réalité. Nous possédons des données, des concepts, des théories et nous les mettons en pratique. Des scientifiques ont atteint un niveau de connaissances absolument fascinant mais personne n'est en mesure malgré tout, dans ce registre scientifique, d'expliquer le fond des choses. Non pas les "Comment" mais le "Pourquoi" ?
"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"
Cette question fondamentale a été posée par Leibniz dans le 7ème article des "Principes de la nature et de la grâce fondés en raison."
Je n'ai évidemment pas la réponse mais je m'interroge au préalable sur ce "quelque chose". Car ce "quelque chose" dont nous pensons être conscient, il me semble que nous sommes très loin d'en avoir saisi l'étendue. Je parlais dans le post précédent de la création artistique. Il n'y a pas de création mais un modelage personnalisé de l'émotion au regard des perceptions de ce que nous jugeons comme étant la Réalité. Mais quelle est-elle cette Réalité, quel est donc ce "quelque chose" ?
Les scientifiques ont parcouru la matière puis ils ont rencontré l'énergie. Ils ont établi les liens qui existent entre ces deux composantes de la Réalité. Le meccano qu'ils ont décrit est d'une complexité sans nom. Innommé parce qu'intraduisible, non pas dans son architecture mais dans la raison même de son existence.
Rien ne l'explique.
Ce fameux Rien est d'ailleurs, lui aussi, tout autant insaisissable que le Tout. Dès lors que je cherche à identifier le Rien, je lui donne une existence, aussi métaphysique qu'elle soit, aussi inconstante et informelle. Parler du Rien, penser au Rien, imaginer le Rien est un non sens. Il n'y a Rien que le Néant et ce Néant n'est pas accessible puisqu'il n'existe pas. Le Néant ne peut éventuellement être perçu qu'en lui opposant la Réalité ou le "quelque chose."
L'autre question insoluble revient à s'interroger sur le point de départ. Comment concevoir l'idée que quelque chose est apparue du Néant ? S'il n'y a Rien, comment pourrait-il en jaillir quelque chose ? Dans toute la réalité que nous percevons, quelque chose existe nécessairement par rapport à autre chose. Jamais par rapport à un Rien qui aurait donné Quelque Chose. C'est inconcevable. Il existe nécessairement une matière ou une énergie initiale.
Alors puisque ces questions resteront, pour ma part, de l'ordre de l'irrésolu, je m'en tiens à la perception de cette Réalité. Elle est tangible, palpable, matérielle, saisissable, à défaut de nous offrir les raisons de sa survenue.
Mais est-ce que pour autant, j'en connais "réellement" l'étendue. Je ne peux pas conceptualiser le Rien de part son inexistence mais la multiplicité phénoménale des formes prises par la Réalité n'a-t-elle pas fini par créer un voile qui couvre la conscience totale de cette Réalité ? Ne suis-je pas au regard de la Réalité dans le même état d'ignorance que pour le Néant ?
D'un côté, nous avons donc le Néant inconnaissable et de l'autre une Réalité encore inconnue. Et nous vivons pourtant dans une illusion de puissance.
Même si je finissais par comprendre le fonctionnement de mon ordinateur et l'étonnante passerelle offerte par la mise en forme des mots et de sa diffusion, je ne comprendrai pas pour autant la Réalité qui sous-tend cette matérialisation. Nous savons en user mais nous n'en comprenons pas la structure, ni encore moins l'apparition. Je ne parle pas de la technologie mise en œuvre mais de la possibilité que cette technologie existe.
Si je me pose la même interrogation concernant mon existence, là, je me place au bord d'un gouffre sans fond... Inexploré et terrifiant. Et c'est bien cette terreur qui nous pousse à rester dans l'illusoire utilisation des choses sans nous interroger sur leur raison d'être.
Une raison d'être.
Une autre question. Car s'il y a une raison, cela signifie qu'il y a une intention. Dès lors que nous mettons en avant notre raison, dès lors que nous en usons, il y a une intention, un objectif, et préalablement il est probable qu'il y ait une cause. Nous n'agissons pas initialement, nous nous efforçons juste de réagir à bon escient. Si je tente de clarifier mes idées, c'est uniquement parce qu'un trouble existe. Je ne fais que réagir à ce trouble en usant de ma raison pour avancer. Et ce trouble lui-même n'est pas venu du Néant. Il existe en moi depuis que ma raison s'est éveillée et m'a permis d’œuvrer à la compréhension de la Réalité. Rien ne vient de Rien. Tout existe à travers une existence déjà réelle et qui se dévoile peu à peu. Il n'y a pas de Création spontanée dans ce qui est déjà créé.
Mais alors s'il y a une intention, il est nécessaire qu'elle soit issue d'une intelligence. Ou alors, si cette intention est totalement incompréhensible, c'est qu'elle est issue d'un pur hasard. J'éprouve une véritable nausée à concevoir la Réalité comme un pur hasard car cela signifierait que ce hasard, qui jusque-là s'est montré particulièrement fabuleux et créatif, pourrait tout aussi bien tomber dans une dégénérescence catastrophique au regard de la Vie. Est-ce que l'enchaînement évolutif pourrait s'inverser et tendre vers une involution dissipatrice qui conduirait à une extinction de tout ? Si tout n'est que hasard, rien n'est établi. Si rien n'est établi, tout peut disparaître.
Je n'ai pas tenté d'éclairer mes inquiétudes existentielles par hasard mais bien parce que je dispose d'un intellect qui me permet de me projeter vers une intention évolutive. En comprenant ce qui me trouble, j'use de mon potentiel. Si tout cela n'était qu'un hasard, il ne pourrait y avoir d'intention, ni encore moins de raisonnement, ni encore moins de trouble puisque rien n'aurait de raison d'être et qu'il n'y aurait par conséquent aucune raison d'expliquer ce Rien. Le Néant ne peut avoir de raison d'être.
Quelle est par conséquent la raison d'être de la Réalité ? A-t-elle une intention ? Et s'il y a une raison et une intention, d'où viennent-elles, qui en est l'instigateur, quelle est l'étendue de cette intelligence ?
Je n'en sais rien.
Je n'ai aucune réponse.
Ça ne m'est pas accessible.
Et les réponses données, établies par des penseurs reconnus ou des entités manipulatrices ne m'intéressent pas. Si je suis arrivé à ce point d'interrogation, ça n'est sûrement pas pour tomber dans des réponses rapportées et admises.
Je préfère rester au bord de mon gouffre et contempler le vide en moi.
Comment pourrais-je comprendre la Réalité en me contentant d'adopter la version de la réalité des autres ? Je n'ai aucune angoisse existentielle et je regarde ce vide en moi avec une infinie délectation.
On peut concevoir cette Réalité comme se trouvant de l'autre côté du mur.
Nous sommes tous et toutes au cœur d'un gigantesque show. Nous ne percevons que la réalité pour laquelle nous avons été conditionnés, éduqués, formatés.
Il faut pousser la Porte.
The Inituition
Je n'ai pas d'autre musique lorsque j'écris.
J'ai trouvé avec ce compositeur tout ce dont j'ai besoin.
La douceur et la force, la contemplation et la puissance, l'amour et l'action.
Je ne m'en lasserai jamais.
Merci à Lasse Schmidt Jorgensen.
Création artistique.
C'est assez prétentieux comme expression en fait.
Il faudrait pour être dans la création avoir la capacité d'élaborer quelque chose de totalement nouveau, qui n'existerait pas encore, qui n'aurait jamais été vu, ni même pensé, qui n'aurait aucune matière, aucune énergie interne, aucune réalité actuelle.
En technologie, rien n'a été créé. Tout est un assemblage d'éléments naturels. Même l'intelligence artificielle est une extension de l'intelligence humaine. Et la création de l'intelligence ne nous appartient pas. Il nous appartient par contre de nous en servir.
L'idée de "création humaine" est une appropriation du "réel" par notre esprit. Seule, la Nature est une création et toutes les réalités humaines ne sont que des interprétations, des modelages et des assemblages du réel.
Il s'agit donc tout d'abord de saisir le réel. Je ne peux créer qu'en étant inscrit dans ce réel afin d'être en mesure de le modeler à ma convenance, comme le fait le potier avec l'argile. Il ne s'agira que d'une forme différente donnée au réel. Il n'en reste pas moins que je n'aurai toujours aucun pouvoir sur le réel lui-même. Je dois me contenter de le copier en donnant à cette copie une forme personnelle.
Il convient par conséquent de faire sienne l'humilité et à partir de cette source émotionnelle, d'oeuvrer à transcrire cette émotion.
Je n'ai jamais rien créé dans mes romans. Je me suis juste nourri de ma capacité à percevoir le réel et à modeler des formes personnelles à partir de cette création originelle. Je n'ai utilisé que l'étendue de ma perception et la capacité à la transmettre et même cela je ne l'ai pas créé. C'était en moi et je suis juste parvenu à en trouver la source. La perception profonde du réel se tient en nous tous. C'est ce que nous en faisons qui diffère d'un individu à l'autre. Certains se contenteront de saisir la réalité de leur existence. Ça n'est qu'une enveloppe du réel, une espèce d'hallucination sociétale et c'est bien souvent insignifiant au regard du projet spirituel contenu en chacun...
Je n'ai aucune paternité envers ce que j'ai réalisé. Je suis un des bénéficiaires de l'Héritage. Celui de la beauté ineffable de la Création. Je m'efforce juste d'en explorer le territoire et d'en partager quelques saisissements.
