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Cette force indescriptible

Par Le 08/11/2011

UNE ETRANGE LUMIERE.

 

Extrait.

 

Il décida d’aller courir. Il devait entretenir son corps désormais. Avec attention et rigueur. Se muscler, gagner en endurance, en puissance, en résistance, supporter la douleur, le froid, la faim, la soif. Le bonheur absolu des samouraïs. Il deviendrait comme eux. L’esprit et le corps unis dans une même lutte. La joie qui montait en lui, comme un magma brûlant, dense, vigoureux, une fièvre élévatrice. Il se sentit presque grandir. C’était fabuleux. Il fallait courir pour libérer cette puissance.

Il sortit et reçut la lumière du soleil comme un don.

 

Il quitta son sous-pull. Son torse devait se nourrir des ondes divines. Il aurait aimé courir nu mais les esprits faibles n’auraient pas compris.

Il partit sur la route.

Dès les premières minutes, il chercha à se concentrer sur le rythme de ses foulées, la musique de son souffle et de ses pas, le tempo de son cœur, se coupant du monde extérieur, n’acceptant que les rayons solaires et la brise fraîche, sans objectif précis, il s’enfonça dans les forêts, traversa le plateau granitique de la pierre levée, suivit un temps le ruisseau du Ninian, rejoignit une route qu’il ne chercha pas à reconnaître, refusant de construire un parcours, limitant le travail de son esprit à la précision de ses gestes et quand il sentit que les muscles des jambes durcissaient, que le ventre et le dos supportaient de plus en plus difficilement les chocs répétés, il s’interdit de penser à un probable retour et, peu à peu, il sentit s’installer en lui la mécanique hypnotique de la course, s’engloutissant à l’intérieur de lui-même, insensible à toutes les sensations extérieures, ne vivant que dans l’infini profondeur de son propre abîme, il ne distingua de son corps que le passage rapide devant ses yeux d’un pied puis d’un autre, le premier disparaissant, immédiatement remplacé par le second et cela sans fin, et il trouva magnifique la mélodie répétitive de ses pas sur le corps de la Terre, cette alternance rapide et saccadée et cette absence de volonté, le corps agissant indépendamment de tout contrôle, sans conscience, et donc sans fatigue, le cerveau, submergé de douleurs ayant abandonné l’habitacle, s’évaporant dans un ailleurs sans nom, il la trouva délicieuse cette musique en lui, chaque foulée se répercutant dans l’inextricable fouillis de ses fibres musculaires, dans les souffles puissants jaillissant de ses poumons vivants, et il comprit pleinement, par-delà les mots réducteurs, que les poumons, le cœur, le sang et les cellules n’existaient que dans ces instants d’extrême exploitation, que les jours calmes étaient des jours morts, des jours sans éveil, des jours d’abandon et de faiblesse, des heures disparues dans le néant de la mort, c’était inacceptable et il ne l’accepterait plus, sa vie devait désormais être comme cette course, sans cassure, sans déchet, sans seconde évaporée, une absolue mise en valeur, il sentit les larmes couler, c’était si beau ce moment de vie, enfin la vie.

 

 

Il courut si longtemps qu’il ne sut pas quand il rentra.


Se vider pour se remplir. Extraire l'énergie pour autoriser la plénitude, user des émotions chocs et des exigences de l'effort pour favoriser la béatitude du vide, cet envol indescriptible dans les horizons sans fin de la conscience, la Réalité de l'espace intérieur, cette dimension inexplorée où se révèle l'essentiel, le Soi épuré, l'osmose, l'effacement du moi qui n'en peut plus et se retire dans les limbes étoilées des univers dévoilés.

Là, où il n'y a plus d'attachement, plus de contraintes, plus de soumissions, plus de concessions, là où l'aveuglement cesse et que la Lumière du Réel flamboie dans les noirceurs de l'abandon, lâcher prise, tomber dans un puits sans fond et voler librement au coeur des particules.

 

Le corps est un outil fabuleux et n'a d'autre raison d'être que de permettre à l'Etre d'exister, un tremplin à utiliser, un convoyeur éphémère qui rêve de laisser sa place à l'Esprit qu'il transporte.

Je ne cours pas en usant de mes forces, je ne pédale pas en usant de mes muscles, ce ne sont que des outils et je ne suis que l'ouvrier. La force vient d'ailleurs. L'Energie n'a pas de forme mais elle les anime.

Les carnets de l'aventure.

Par Le 08/11/2011

Dans le post sur "l'accoutumance", l'auteur démontrait les rouages de la consommation et ses raisons profondes.

Il existe des individus qui ne sont pas inscrits dans cette dérive et qui, bien souvent à travers une passion, ont opté pour une autre voie.

Ce sont des explorateurs, non pas dans le sens où ils parcourent la planète à la recherche de terres inconnues, mais bien avant tout parce qu'ils explorent une vie sociale qui peut apparaître comme une terre sans hommes, un no man's land qui leur offre tout ce dont ils ont besoin, intérieurement, pour exister. Le matérialisme n'est pas une voie qui leur convient parce qu'ils sont tournés vers une voie de développement personnel qui les libère de la pression sociale. Il n'est pas question pour eux de s'intégrer à un groupe par rapport à une reconnaissance liée à un quelconque statut social mais uniquement de rencontrer des individus d'univers variés mais vibrant sur la même longueur d'ondes...Le monde d'en haut diffuse les vibrations. Ils en sont les multiples récepteurs.

Ils sont dans l'effort et simultanément dans la contemplation. Ils exploitent un potentiel physique et simultanément, ils progressent dans une voie spirituelle.

Ils utilisent la technologie qui s'avère nécessaire pour l'expression de cette voie. Des skis, des vêtements adaptés, un fourgon, du carburant, mais tout est fait avec parcimonie, sans aucune exagération, sans que cette technologie ne devienne le miroir d'une prétention sociale. Elle n'est qu'un outil, pas un étendard.

Pour ce qui est des émotions, elles ne sont pas que des émotions chocs, inévitablement créatrices de manque comme il en est dans l'accoutumance, parce que ces émotions fortes sont également vectrices d'émotions contemplatives. Il y a une alternance constante entre le défi physique et la plénitude spitiruelle.

La Nature dispense ces deux états. L'effort et la contemplation. Et l'imbrication des deux favorise l'élévation. La raison en est très simple : tous les besoins de l'individu ont été assouvis. L'émotion choc, l'extase physique, la jouissance de ce corps affûté qui exécute des gestes parfaits, la reconnaissance sociale au coeur d'une passion partagée, des échanges et des amitiés fortes, des regards échangés, les yeux brillants qui en disent plus longs que toutes les paroles, la contemplation enfin et ce retour sur Soi, cette exploration des "terra incognita" dans la profondeur des âmes. 

 

 

 

Cette voie spirituelle limite les impacts négatifs sur la Terre. 

Elle impacte par contre fortement la croissance.

Il est évident qu'elle ne peut qu'être condamnée par les tenants de la cohésion sociale et des lois du marché.

Ces individus sont des marginaux et ne doivent pas être érigés en exemple.

Lorsque j'étais adolescent, il y  avait une émission à la télévision : "Les carnets de l'aventure". Ces gens-là étaient bien souvent en marge, en rupture, ils avaient choisi une voie qui se révélait être un véritable ennemi de la croissance.

L'émission a été supprimée alors que les audiences étaient importantes et malgré une mobilisation importante des téléspectateurs. Il ne s'agissait pas non plus d'un potentiel trop limité au regard des films. Ils étaient déjà nombreux et ils le sont encore plus aujourd'hui. Cette émission n'a pourtant jamais été reprise. Même l'émission "Montagne" sur FR3 a fini par disparaître. On y voyait souvent des jeunes impliqués dans une vie pastorale, la rénovation de hameaux perdus au fin fond des vallées. Nullement des consommateurs effrénés. 

On me dira que je suis parano. Alors qu'on m'explique pourquoi, tous ces films sont disponibles sur le Net. Des centaines de films. La réponse est si évidente.

La voie spirituelle n'a aucune valeur marchande. La croissance a besoin de consommateurs accoutumés et manipulables. Si les individus grandissent intérieurement, au coeur d'une passion qui ne créé qu'un nombre de besoins limités, cette élévation va à l'encontre de la mondialisation mercantile.

 

Je me réjouis infiniment de savoir qu'ils existent, ces jeunes ou ces anciens, qui vivent en dehors de ce vide et qui remplissent leurs existences de valeurs réelles.

Ceux-là sont si vivants.

Requiem

Par Le 07/11/2011

A tous les financiers de la planète.

 

L'accoutumance

Par Le 06/11/2011

 

 

Avec l’autorisation de Gérard WEIL

UNE DES CAUSES DU CONSUMERISME: L' ACCOUTUMANCE,

Introduction: Notre société occidentale est en crise.  Les partisans du libéralisme sans frein sont convaincus qu’elle n’est que passagère. Je n'en suis pas si sûr, car la crise a des causes bien plus profondes que les abus du système financier, comme je me propose d'essayer de le montrer ci-dessous.

Bien des auteurs ont analysé la naissance du capitalisme, Max Weber, qui l’attribue à l’éthique protestante. Très succinctement, l'enrichissement est pour les protestants, une bénédiction divine. Marx, bien sûr, l'attribue à la transformation des moyens de production, ce sont la naissance de la mécanisation et la rationalisation des moyens de production qui ont favorisé le développement du capitalisme.  

Freud voit dans l'avarice un symptôme de l'attachement au stade anal, il fait un parallèle entre le fait de «  retenir » ses sous avec le fait de retenir ses selles chez le petit enfant.

 Mélanie Klein voit dans l'avidité, une relation au stade oral.

Pour ce qui est de la dimension religieuse de la naissance du capitalisme, Max Weber en fait une analyse très poussée et très documentée et on ne saurait la nier. Mais à mon avis, la religion en l'occurrence n'est qu'une façon de se donner bonne conscience, les raisons de s'enrichir étant plus profondes.

La transformation des moyens de production est certes aussi un terrain favorable au développement du capitalisme, mais là encore, on peut se demander pourquoi les capitaines d'industrie, les banquiers ont profité de ces moyens pour accumuler les richesses au lieu de les partager.

La psychologie me semble donner des réponses bien plus profondes, mais on remarquera que les humains ne sont pas tous restés attachés au stade oral ou au stade anal. Or, dans notre société productiviste, ils continuent à consommer plus qu'il n'en faut pour vivre, à accumuler des biens. Pourquoi ?

Je pense qu'il existe une raison encore plus profonde, qui est d'ordre physiologique, c'est " l'accoutumance" ou habituation.

Développement.

Tout être vivant est doté d'un instinct d'exploration. C'est grâce à lui qu'il se procure nourriture, abri et sexe.        

Mais ses besoins vitaux satisfaits, il reste chez l’homme et chez nombre d’êtres vivants, un besoin d’exploration qu'on nomme aussi curiosité ceci pour une raison très simple: comme je le rappelle ci-dessus la vie est, entre autres choses, un ensemble de sensations. Pas de sensations, pas de vie ! C'est avéré dans le cas des nourrissons que l'on se contente de nourrir et de soigner mais  qu'on  ne stimule pas autrement, ils finissent par dépérir. (Ce que Spitz nomme « la dépression des nourrissons » ).

L'homme a besoin de se sentir vivre et pour se sentir vivre, il a besoin de variété dans les sensations, étant entendu qu'elles peuvent varier tant en nombre qu'en intensité. Pourquoi ce besoin de la variété ?

L'homme n'a pas seulement besoin de pain, mais de sensations, d’émotions, de sentiments et de pensées,  des besoins tels que celui de reconnaissance sociale, besoin très puissant, par exemple.

Or,  des sensations  ou des émotions ou même des pensées,  se répètent inévitablement et elles finissent par perdre les effets stimulants qu'elles avaient lors de leur découverte. C'est ce que je nomme l'accoutumance.

Par facilité, l'homme cherche à augmenter l'intensité de ces phénomènes et leur fréquence. Or, grâce aux technologies, il le peut. C'est à mon avis, une des raisons profondes du consumérisme.

Exemples:

            Vous changez de  logement, donc sensations nouvelles qui vous tiennent éveillé jusqu’à accoutumance à votre nouvel environnement sonore.

             Une ambulance passe, la sirène retentit, variant en intensité et en fréquence, vous prenez conscience de son passage mais si cela persistait du matin au soir et du soir au matin vous finiriez par ne plus y prêter attention, vous vous habitueriez.

            Vous entrez dans une pièce odorante;  l’odeur peut vous séduire ou vous incommoder, mais au bout d’un certain temps vous ne sentez plus rien, c’est l’accoutumance. Pour maintenir la sensation odorante, il faut augmenter les doses de gaz odorant dans la pièce. 

             Vous prenez l’autoroute, vous accélérez, vous éprouvez une sensation de vitesse, mais ne pouvant dépasser le 130, vous vous accoutumez à cette vitesse constante et bientôt, vous ne la ressentez plus d’où la tendance à accélérer et à dépasser les vitesses autorisées.

         Le tic-tac de votre pendule s’arrête, vous vous réveillez et en prenez conscience. Notez bien cette remarque car dans les exemples précédents, c’est par l’apport de sensations que vous restez vigilant, alors que dans cet exemple, c’est la disparition d’une sensation qui vous maintient éveillé.

         Les exemples précédents relatent un changement dans votre environnement, changement dépendant ou non de votre volonté. Le passage d’une ambulance ne dépend pas de votre volonté, mais le changement de logement peut en dépendre. Dans ce cas, ce changement est lié à une activité d’exploration.

         Certaines sensations sont liées aux mouvements de notre physiologie, sensations dont nous ne sommes  habituellement pas conscients car nous y sommes accoutumés, comme la respiration, la digestion ou les battements du cœur. Mais des variations de ces sensations peuvent provoquer des états de conscience, par exemple, on peut prendre conscience des battements du cœur lorsqu’il accélère. Il est intéressant de noter que moyennant un peu d’entraînement, on peut  prendre conscience des battements cardiaques même lorsque le cœur est au repos, mais ce n’est possible que parce qu’il s’agit de battements, c'est-à-dire de variations.

         En résumé, on constate que lorsqu’une variation se répète régulièrement, il y a accoutumance et l’état de conscience qu’elle suscite tend à disparaître, autrement dit, l’homme ne se sent plus vivre.

            Les sensations sont provoquées par des stimuli tels que l’impact de photons sur la rétine pour les sensations visuelles, des molécules sur la peau pour le toucher, la chaleur, des molécules d’air sur le tympan pour l’ouïe, etc. En ce qui concerne les émotions, les sentiments, les pensées, ce sont des ensembles de stimuli qui les provoquent, par exemple la vue d’un animal agressif provoque la peur, celle d’un ami la sympathie, la lecture d’un livre stimule les émotions ou la pensée, etc.

Pour continuer à se sentir vivre, l’homme a alors le choix entre plusieurs possibilités:

1- il peut augmenter le  nombre et l’intensité des stimuli,

2- il peut affiner ses sens, de sorte qu’à stimuli égaux, les sensations soient plus intenses.

3- il peut se couper des stimuli obtenant de la sorte une variation importante dans l’ensemble de ses sensations, ce qui est aussi une façon de se sentir vivre (Cf. l’exemple du tic-tac qui cesse )

Partant de là, quatre modes de vie sont possibles:

1- Le consumérisme qui vise à augmenter le nombre et l’intensité des stimuli. Ce choix s’est fait par facilité car il va dans le sens de l’entropie croissante, ou, si vous préférez, dans le sens de la plus grande pente, tendance amplifiée au maximum par le marketing et la publicité.

On mange plus, des mets plus variés, dans les discothèques, le son est toujours plus fort, assorti de flash éblouissants, les tenues de plus en plus tapageuses, mèches de cheveux vertes, rouge vif, la télé nous assomme de clips étourdissants et de films de violence, d’horreur, les véhicules de sport ou de transport vont toujours plus vite, dans les grandes surfaces les marchands mettent  à notre disposition une variété infinie de produits de même nature dont on fait varier l'emballage et le nom ( Lessives, par exemple ) etc...

Mais ce choix mène à une impasse à cause de l’accoutumance . Cette remarque est valable pour tout: la boisson, le tabac, les drogues, la danse, la musique. Quand le haschisch ne suffit plus on passe à des drogues plus fortes, dans les discothèques on augmente le niveau sonore et le rythme jusqu’aux limites du supportable et au delà même puisqu’on sait maintenant que les habitués des boîtes de nuit deviennent sourds. A la télé on nous abrutit de clips, maelström de bruits et d’images. Cela est valable aussi pour la fringale d’achat. Ce mode de vie conduit à la mort, mort individuelle, non seulement car on atteint des limites biologiques (embonpoint, maladies cardio-vasculaires, overdoses, cirrhoses, accidents de la route) mais aussi mort sociale, comme nous l'explique fort bien Juan Roy de Menditte en conduisant à l'individualisme forcené, destruction du lien social et enfin mort planétaire, parce que pour produire toutes ces excitations à une population toujours plus nombreuse, on a besoin d’énergie et qu’on épuise les ressources naturelles de la planète, sans parler de la pollution. Le pire c’est qu’il conduit à la mort sans même qu’on soit passé par le bonheur, car chez ceux qui le pratiquent, le sentiment de vide subsiste  et les pousse parfois au suicide.

Les conséquences de ce consumérisme ont été fort bien expliquées par les co-auteurs de ce livre et je n'y reviendrai pas.  J'insiste toutefois sur l'infantilisation des individus qui mène aux difficultés que rencontrent les enfants à dépasser le complexe d'œdipe.

Comment échapper à ce destin funeste ?

Pour augmenter le nombre et l'intensité des sensations et des émotions, on peut choisir la vie à haut risque: pour cela, nous avons la guerre, les sports de l’extrême, l’exploration de terres vierges et la spéculation financière. Je pense à un jeu de rôle relaté par l'économiste Bernard Marris: si chacun joue la solidarité dans ce jeu, il est assuré de gagner un” salaire” à la fin du jeu, mais si un joueur décide de jouer perso, il peut rafler toutes les mises et se retrouver riche, les autres joueurs étant alors dépouillés, mais bien sûr il peut aussi tout perdre.  Le choix est sans doute producteur d’adrénaline, quel exultation  quand on gagne ! Mais à l’échelle de la finance internationale, c’est un jeu mortel pour la société, c’est bien ce que nous expérimentons en ce moment. C’est ce jeu qui conduit à aller toujours plus vite, autant dans les transports que dans la communication; il faut être le premier arrivé pour arracher un marché, les traders sont soumis à un stress  permanent. Mais ils aiment cela, c’est une source d’adrénaline. On peut parler d'addiction, car comme nous le dit Susan George, «  pour les Riches et les Puissants, rien ne sera jamais trop », ils sont fermés à toute argumentation rationnelle, comme le sont les tabagistes ou les alcooliques. Contrairement au consumérisme passif, télévision, achat,  induit par notre société marchande et ses serviteurs médiatiques, le choix d'une vie à haut risque implique une très grande activité, mais il apporte des stimuli puissants et comme le consumérisme passif,  il sert le capitalisme financier.

La guerre, apporte des stimuli puissants, tant à ceux qui la font qu'à ceux qui suivent l'actualité et on sait maintenant à quel point elle sert les intérêts financiers.

Les sports de l’extrême sont récupérés pour servir de spectacle à la foule ( Cf. les jeux dans l’empire romain ).  Mais ils ont de plus un aspect pernicieux qu’un ami montagnard, alpiniste chevronné m’a fait voir; il dit en substance : “ J'en étais là et c'était de plus en plus tendu dans l'engagement...Je n'analysais, rien en fait, c'était une course en avant, sans cesse rehaussée d'un cran. Bien que ça soit passé tout près à quelques reprises ça ne m'arrêtait pas parce que les stimuli avaient une telle puissance que rien d'autre dans ma vie ne pouvait me procurer l'impression d'exister. Il a fallu que je perde mon intégrité physique pour que ça s'arrête. La décision s'est imposée et j'ai dû tout réapprendre. C'est là que la conscience de ces stimuli s'est révélée, que la réalité de ma quête s'est dessinée. J'ai donc appris, non pas à diminuer les stimuli mais à les éprouver différemment, avec un autre regard. La perdition dans laquelle j'étais engagé depuis des années m'a sauté à la gorge. Je n'avais plus besoin de cette surenchère dès lors que je connaissais la source. Je cherchais à "humilier" la mort pour éprouver la vie alors qu'en fait je me séparais de la vie en croyant lutter contre une entité qui n'avait aucune existence. Je n'avais pas besoin de diminuer le nombre ou la puissance des stimuli étant donné que je n'en avais plus besoin. La façon dont j'éprouvais la vie ne se nourrissait plus de combats épiques mais d'une contemplation infinie. Il ne s'agissait pas de stimuli nécessairement réactivés mais d'une captation entière de chaque instant. J'ai continué à aller en montagne mais avec une autre démarche, sans l'objectif du sommet à tous prix, juste l'exploitation de la vie en moi.”

N’est-ce pas aussi cette volonté de puissance  qui motive les financiers avides ?

Cette course permanente, dénoncée avec le talent qu’on lui connaît par Raymond Devos dans son sketch “  Mais où courent-ils” est, selon le psychanalyste, ethnologue et neuro-psychiâtre Boris Cyrulnik, à l’origine d’une partie des suicides d’enfants, (Les pays nordiques y auraient mis bon ordre en réduisant la durée des cours, le temps d’école, bref, tout ce qui stresse les enfants ).

L’ épicurisme : Il est un autre moyen de maintenir le sentiment de vivre , voire de l’élever, c’est d’éduquer nos  sens ce qui, à stimulus égal, permet de mieux ressentir. C’est ainsi qu’un œnologue, ayant éduqué son nez, éprouve beaucoup plus de plaisir à déguster un grand vin qu’un  néophyte. Idem pour un mélomane capable de déceler le 1/16ème de ton à l’écoute de la musique, id° pour un peintre à la vue d’un tableau ou d'un paysage, etc... Quand on observe ce que les multinationales de l'agro-alimentaire proposent dans les grandes surfaces, nous sommes loin du compte. Les clients remplissent leur caddy, mais n'est-ce pas parce que la surconsommation sert d'ersatz à des besoins fondamentaux non satisfaits, comme le lien social, tout simplement ?

         Ceci est valable pour le registre des émotions.  Dans l’état actuel des choses, on nous abreuve, pour qui veut bien boire, de films d’horreur.  Et comme il y a accoutumance, les réalisateurs en rajoutent toujours plus: “ La nuit des morts vivants”, “ Massacre à la tronçonneuse » « The descent », « Saw », etc... N’est-il pas préférable d’éduquer sa sensibilité, d’apprendre à lire un film et d’en tirer un maximum d’émotions en devenant cinéphile ?

Cela implique qu’il faut réapprendre la patience, qu’il faut prendre son temps, ce que nous avons perdu dans notre société chronovore.

Un autre moyen de se procurer des stimuli intenses et nouveaux est le jeu. Il apporte des stimuli puissants car dans le jeu il y a compétition, fut-elle avec soi-même, pour améliorer ses performances. Mais il n'y a pas beaucoup de nouveauté dans les stimuli qu'il procure. Quand par exemple, on maîtrise le poker, seuls les partenaires peuvent changer mais les règles ne changent pas. Il en résulte que le joueur prend de plus en plus de risques et mise de plus en plus pour augmenter l'intensité des sensations. Il est clair que boursicoter est un jeu, le capitalisme joue au Monopoly avec le monde, sans état d'âme.

            Mais il existe des limites physiologiques et le vieillissement d’ où un affaiblissement des réponses aux stimuli d’où ennui, déprime et souhait de mort. Comment échapper à l’ennui, et maintenir le bonheur de vivre à niveau constant ?

            Qu’est-ce qui est toujours nouveau et permet ainsi de renouveler en permanence les sensations, les émotions, les sentiments, la pensée et donc de maintenir son sentiment de vie constant ou même de l’élever ?

Une  source de stimuli toujours nouveaux: la création- Vivre  créer, créer par son travail, créer  la danse ou la musique, peindre, écrire, faire du théâtre. Il est bien évident que par définition, créer amène toujours du nouveau, créer dans les arts et inventer dans les sciences et la technique augmente le nombre des stimuli. Plus un être sera habile et entraîné, plus il créera dans le même intervalle de temps. Quant à l’accoutumance, il est toujours possible de changer de champ de création si elle s’installe, mais dans le domaine de la création cela arrive rarement , les grands romanciers, peintres, compositeurs, interprètes ont souvent créé jusqu’à leur mort. Les domaines où cela n’est pas possible, du fait du vieillissement, sont le sport, la danse et tout ce qui fait appel aux performances psychomotrices, encore que, dans ces domaines, les pratiquants se font professeurs ou entraîneur et finalement ne cessent pas d’exercer leurs talents, mais sous une autre forme.

          Il est clair qu’en créant, non seulement on multiplie les stimuli sensoriels, mais on éprouve des émotions, tantôt  positives, quand on mène à bien une œuvre, un spectacle, une expérience scientifique et qu’on les partage, tantôt négatives quand on échoue, mais dans tous les cas, on vit.

Notre société encourage-t-elle la création ? En partie oui, dans la mode, l’ameublement, et même les arts, à condition que ce soit rentable, sujet à spéculation. Mais l’école n’encourage pas la créativité. C’est Albert Jacquard qui dit que l’Ecole Polytechnique fait des imitateurs, pas des créateurs. Le but avoué de l'école est de former des producteurs, il existe certes des enseignants qui tentent de développer les facultés créatrices de nos enfants, mais ils sont souvent sujets à la réprobation de leurs collègues et des inspecteurs d'académie, la plupart sont en fait les courroies de transmission du pouvoir.

Une source d'émotions, le service- Parmi les modes de vie on peut aussi choisir le service,  dans le social et la santé par exemple. Il est bien évident que cela permet de multiplier les émotions, en guérissant, en créant du lien, en aidant à trouver des solutions. Hélas, nous constatons que la société marchande tend à réduire pour ne pas dire détruite ce mode de vie, atteinte au service public, réduction des effectifs, etc.

Là encore, nous constatons qu'en matière de santé, par exemple, l'industrie pharmaceutique encourage la prise de médicaments, là encore, nous sommes dans la consommation.  Or, j'entendais un grand cancérologue affirmer qu'il n'a jamais pu guérir un malade qui ne voulait pas guérir, quelques soient les méthodes utilisées, et il reconnaissait l'importance du moral, de l'accompagnement, du lien.

Une autre façon de faire varier le nombre et l'intensité des sensations et des émotions, l'ascèse-  Quoiqu'on en pense, c'est aussi un choix de vie, qui s'explique par le fait de se maintenir éveillé par la suppression des stimuli; j'y ai fait référence à propos de l'arrêt du tic-tac. Ce mode de vie est peu répandu,  mais il existe et conduit certains hommes à se retirer du monde, du moins pendant une période plus ou moins longue. Un tel mode de vie n'est sans doute pas du goût des multinationales.

Sans aller jusqu'à proposer l'ascèse, A. Maslow nous propose une psychologie de l'être qui se résume en fait à une réalisation de soi.  Maslow constate que les êtres vivants sont écartelés entre deux tendances, le besoin de sécurité et la besoin de grandir. Si la sécurités, physique et affective sont assurées, les humains continuent à grandir toute leur vie, grandir c'est-à-dire apprendre sur soi et le monde, devenir de plus en plus indépendant des opinions, de plus en plus patient, tolérant, etc.  Peut-on dire que la société marchande favorise cette croissance?

En guise de conclusion- Les modes de vie non consuméristes impliquent l'effort, or les seuls efforts auxquels nous invite la société de consommation se font dans le cadre du travail. Pour le reste, du fait des facilités évidentes que la technologie nous apporte, et de l'exploitation qu'en font les multinationales, elle conduit à une perte du goût de l'effort.  Pourtant si nous voulons éviter les souffrances, l'effort est indispensable.

Les choses doivent se faire en temps utile, comme un accouchement par exemple.

Si elles ne se font pas, la souffrance apparaît. Tout se passe comme si la somme de souffrances devait être égale à la somme des joies, autrement dit comme si l’univers était un jeu à gain nul. Il en  résulte que la vie est une lutte permanente au cours de laquelle il faut faire des efforts. Les efforts sont des mini-souffrances, tout à fait surmontables et surtout des souffrances qui  n’abaissent pas, n’humilient pas mais au contraire font grandir.

Si vous ne mettez pas chaque jour de l’ordre dans vos affaire, arrivera un jour où quelque chose vous obligera à le faire, remplir sa déclaration de revenus par exemple, et ce sera très désagréable, non seulement parce qu’une majoration vous sera imposée, mais parce qu’il faudra fouiller, fouailler, trier, jeter dans un laps de temps réduit.

C’est pour avoir refusé de faire des efforts que les humains subissent des souffrances, tout se passe comme s’ils devaient “payer”, en quelque sorte équilibrer le bilan. Par exemple, des enfants auxquels on ne refuse rien, dont on n’exige rien connaîtront plus tard une immense angoisse. Est-ce à dire que des enfants dont on exige trop, et souvent des efforts inadaptés à leur âge connaîtront la joie à l’âge adulte ? Non, car en imposant aux enfants des efforts inadaptés, les adultes se dispensent des efforts qu’ils devraient faire pour bien les éduquer. La balance n’est donc pas équilibrée et il faudra que quelqu’un paie.

On objectera le cas des gens atteints d’une maladie grave. Dans la logique de mon discours, on devrait dire “ Mais quels efforts aurait-il du faire pour l’éviter?” Je ne sais pas, mais il est une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est que nous sommes tous solidaires de façon très profonde et cette solidarité est tellement profonde que certains paient pour d’autres.  ( «  Les parents ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en seront agacées »  Jérémie, 31-30)

Les grandes souffrances viennent d'un bilan mal équilibré.

Il faut une société où l'on cesse de produire pour la consommation à outrance et où l'on fasse tout pour développer les facultés créatrices de l’homme et lui redonner le goût de l'effort.

Une Réalité à saisir.

Par Le 06/11/2011

 

Le XX ème siècle et celui en cours ont propulsé les hommes dans une connaissance et une maîtrise des techniques bien au-delà de tout ce qui était envisageable et la vitesse à laquelle tout cela évolue est exponentielle. Il n'en reste pas moins que nous ne sommes que des ignorants encombrés au regard de la Réalité. Nous possédons des données, des concepts, des théories et nous les mettons en pratique. Des scientifiques ont atteint un niveau de connaissances absolument fascinant mais personne n'est en mesure malgré tout, dans ce registre scientifique, d'expliquer le fond des choses. Non pas les "Comment" mais le "Pourquoi" ?

"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"

Cette question fondamentale a été posée par Leibniz dans le 7ème article des "Principes de la nature et de la grâce fondés en raison."

Je n'ai évidemment pas la réponse mais je m'interroge au préalable sur ce "quelque chose". Car ce "quelque chose" dont nous pensons être conscient, il me semble que nous sommes très loin d'en avoir saisi l'étendue. Je parlais dans le post précédent de la création artistique. Il n'y a pas de création mais un modelage personnalisé de l'émotion au regard des perceptions de ce que nous jugeons comme étant la Réalité. Mais quelle est-elle cette Réalité, quel est donc ce "quelque chose" ? 

Les scientifiques ont parcouru la matière puis ils ont rencontré l'énergie. Ils ont établi les liens qui existent entre ces deux composantes de la Réalité. Le meccano qu'ils ont décrit est d'une complexité sans nom. Innommé parce qu'intraduisible, non pas dans son architecture mais dans la raison même de son existence.

Rien ne l'explique.

Ce fameux Rien est d'ailleurs, lui aussi, tout autant insaisissable que le Tout. Dès lors que je cherche à identifier le Rien, je lui donne une existence, aussi métaphysique qu'elle soit, aussi inconstante et informelle. Parler du Rien, penser au Rien, imaginer le Rien est un non sens. Il n'y a Rien que le Néant et ce Néant n'est pas accessible puisqu'il n'existe pas. Le Néant ne peut éventuellement être perçu qu'en lui opposant la Réalité ou le "quelque chose."

L'autre question insoluble revient à s'interroger sur le point de départ. Comment concevoir l'idée que quelque chose est apparue du Néant ? S'il n'y a Rien, comment pourrait-il en jaillir quelque chose ? Dans toute la réalité que nous percevons, quelque chose existe nécessairement par rapport à autre chose. Jamais par rapport à un Rien qui aurait donné Quelque Chose. C'est inconcevable. Il existe nécessairement une matière ou une énergie initiale. 

Alors puisque ces questions resteront, pour ma part, de l'ordre de l'irrésolu, je m'en tiens à la perception de cette Réalité. Elle est tangible, palpable, matérielle, saisissable, à défaut de nous offrir les raisons de sa survenue.

Mais est-ce que pour autant, j'en connais "réellement" l'étendue. Je ne peux pas conceptualiser le Rien de part son inexistence mais la multiplicité phénoménale des formes prises par la Réalité n'a-t-elle pas fini par créer un voile qui couvre la conscience totale de cette Réalité ? Ne suis-je pas au regard de la Réalité dans le même état d'ignorance que pour le Néant ? 

D'un côté, nous avons donc le Néant inconnaissable et de l'autre une Réalité encore inconnue. Et nous vivons pourtant dans une illusion de puissance.

Même si je finissais par comprendre le fonctionnement de mon ordinateur et l'étonnante passerelle offerte par la mise en forme des mots et de sa diffusion, je ne comprendrai pas pour autant la Réalité qui sous-tend cette matérialisation. Nous savons en user mais nous n'en comprenons pas la structure, ni encore moins l'apparition. Je ne parle pas de la technologie mise en œuvre mais de la possibilité que cette technologie existe.

Si je me pose la même interrogation concernant mon existence, là, je me place au bord d'un gouffre sans fond... Inexploré et terrifiant. Et c'est bien cette terreur qui nous pousse à rester dans l'illusoire utilisation des choses sans nous interroger sur leur raison d'être.

Une raison d'être.

Une autre question. Car s'il y a une raison, cela signifie qu'il y a une intention. Dès lors que nous mettons en avant notre raison, dès lors que nous en usons, il y a une intention, un objectif, et préalablement il est probable qu'il y ait une cause. Nous n'agissons pas initialement, nous nous efforçons juste de réagir à bon escient. Si je tente de clarifier mes idées, c'est uniquement parce qu'un trouble existe. Je ne fais que réagir à ce trouble en usant de ma raison pour avancer. Et ce trouble lui-même n'est pas venu du Néant. Il existe en moi depuis que ma raison s'est éveillée et m'a permis d’œuvrer à la compréhension de la Réalité. Rien ne vient de Rien. Tout existe à travers une existence déjà réelle et qui se dévoile peu à peu. Il n'y a pas de Création spontanée dans ce qui est déjà créé. 

Mais alors s'il y a une intention, il est nécessaire qu'elle soit issue d'une intelligence. Ou alors, si cette intention est totalement incompréhensible, c'est qu'elle est issue d'un pur hasard. J'éprouve une véritable nausée à concevoir la Réalité comme un pur hasard car cela signifierait que ce hasard, qui jusque-là s'est montré particulièrement fabuleux et créatif, pourrait tout aussi bien tomber dans une dégénérescence catastrophique au regard de la Vie. Est-ce que l'enchaînement évolutif pourrait s'inverser et tendre vers une involution dissipatrice qui conduirait à une extinction de tout ? Si tout n'est que hasard, rien n'est établi. Si rien n'est établi, tout peut disparaître.

Je n'ai pas tenté d'éclairer mes inquiétudes existentielles par hasard mais bien parce que je dispose d'un intellect qui me permet de me projeter vers une intention évolutive. En comprenant ce qui me trouble, j'use de mon potentiel. Si tout cela n'était qu'un hasard, il ne pourrait y avoir d'intention, ni encore moins de raisonnement, ni encore moins de trouble puisque rien n'aurait de raison d'être et qu'il n'y aurait par conséquent aucune raison d'expliquer ce Rien. Le Néant ne peut avoir de raison d'être.

Quelle est par conséquent la raison d'être de la Réalité ? A-t-elle une intention ? Et s'il y a une raison et une intention, d'où viennent-elles, qui en est l'instigateur, quelle est l'étendue de cette intelligence ?

Je n'en sais rien.

Je n'ai aucune réponse.

Ça ne m'est pas accessible.

Et les réponses données, établies par des penseurs reconnus ou des entités manipulatrices ne m'intéressent pas. Si je suis arrivé à ce point d'interrogation, ça n'est sûrement pas pour tomber dans des réponses rapportées et admises.

Je préfère rester au bord de mon gouffre et contempler le vide en moi.

Comment pourrais-je comprendre la Réalité en me contentant d'adopter la version de la réalité des autres ? Je n'ai aucune angoisse existentielle et je regarde ce vide en moi avec une infinie délectation. 

On peut concevoir cette Réalité comme se trouvant de l'autre côté du mur.

Nous sommes tous et toutes au cœur d'un gigantesque show. Nous ne percevons que la réalité pour laquelle nous avons été conditionnés, éduqués, formatés.

Il faut pousser la Porte. 

The Inituition

Par Le 05/11/2011

Je n'ai pas d'autre musique lorsque j'écris.

J'ai trouvé avec ce compositeur tout ce dont j'ai besoin.

La douceur et la force, la contemplation et la puissance, l'amour et l'action.

 

Je ne m'en lasserai jamais.

Merci à Lasse Schmidt Jorgensen.

Création artistique.

Par Le 05/11/2011

C'est assez prétentieux comme expression en fait.

Il faudrait pour être dans la création avoir la capacité d'élaborer quelque chose de totalement nouveau, qui n'existerait pas encore, qui n'aurait jamais été vu, ni même pensé, qui n'aurait aucune matière, aucune énergie interne, aucune réalité actuelle.

En technologie, rien n'a été créé. Tout est un assemblage d'éléments naturels. Même l'intelligence artificielle est une extension de l'intelligence humaine. Et la création de l'intelligence ne nous appartient pas. Il nous appartient par contre de nous en servir.

L'idée de "création humaine" est une appropriation du "réel" par notre esprit. Seule, la Nature est une création et toutes les réalités humaines ne sont que des interprétations, des modelages et des assemblages du réel. 

Il s'agit donc tout d'abord de saisir le réel. Je ne peux créer qu'en étant inscrit dans ce réel afin d'être en mesure de le modeler à ma convenance, comme le fait le potier avec l'argile. Il ne s'agira que d'une forme différente donnée au réel. Il n'en reste pas moins que je n'aurai toujours aucun pouvoir sur le réel lui-même. Je dois me contenter de le copier en donnant à cette copie une forme personnelle.

Il convient par conséquent de faire sienne l'humilité et à partir de cette source émotionnelle, d'oeuvrer à transcrire cette émotion.

Je n'ai jamais rien créé dans mes romans. Je me suis juste nourri de ma capacité à percevoir le réel et à modeler  des formes personnelles à partir de cette création originelle. Je n'ai utilisé que l'étendue de ma perception et la capacité à la transmettre et même cela je ne l'ai pas créé. C'était en moi et je suis juste parvenu à en trouver la source. La perception profonde du réel se tient en nous tous. C'est ce que nous en faisons qui diffère d'un individu à l'autre. Certains se contenteront de saisir la réalité de leur existence. Ça n'est qu'une enveloppe du réel, une espèce d'hallucination sociétale et c'est bien souvent insignifiant au regard du projet spirituel contenu en chacun... 

Je n'ai aucune paternité envers ce que j'ai réalisé. Je suis un des bénéficiaires de l'Héritage. Celui de la beauté ineffable de la Création. Je m'efforce juste d'en explorer le territoire et d'en partager quelques saisissements. 

L'école de la République

Par Le 05/11/2011

Quelle république ?

Celle qui consiste à asservir les citoyens en leur faisant croire qu'un vote présidentiel suffit à les placer dans une situation de décideurs ?

Vaste supercherie. Aucun des électeurs n'avait envisagé une telle déroute économique, financière, sociale, égalitaire, culturelle. Aucun électeur n'a eu son mot à dire dans la situation que nous connaissons et pour laquelle, aucun dirigeant politique n'a de solutions autre qu'un paquet de rustines. La république n'est pas une démocratie mais une oligarchie.

Qu'en est-il de l'école aujourd'hui dans ce système manipulateur ?

Et bien, elle se doit d'oeuvrer au maintien des Privilèges. On en est toujours à l'école de la République. F Hollande a déjà précisé dans son programme que "l'école a pour vocation de former des salariés pour soutenir la croissance."

République économique.

Les enseignants se doivent donc d'être des individus soumis afin de conditionner leurs élèves à cette soumission. Il n'est pas question de faire appel à "l'entendement" si cher à Kant mais de propager les valeurs mercantiles des citoyens. Il ne s'agit pas d'être un salarié pour pouvoir s'accorder le temps nécessaire et la tranquillité d'esprit à un travail existentiel mais juste pour pouvoir soutenir l'économie de la République en consommant. L'existence se réduit donc à un salaire et aux dépenses qu'il autorise.

Les individus qui quittent le système scolaire se partagent en trois groupes : les conditionnés, les traumatisés et les rebelles.

Les conditionnés seront les salariés consommateurs.Ils tenteront toute leur vie de continuer à croire que cela suffit au bonheur.

Les traumatisés serviront à faire vivre le corps médical. Comme en plus, ils auront été amenés à emprunter des voies scolaires très courtes, ils serviront de masse ouvrière et tenteront de survivre avec un salaire dérisoire. Ils deviendront supporters de foot et de la Française des jeux.

Les rebelles se partageront en deux sous-groupes : les artistes, les créateurs, les voyageurs, les atypiques, tous ceux qui auront opté pour une voie existentielle, longue, ardue, solitaire, individuelle et puis les voyous. Les premiers se détacheront au mieux de la société de consommation et les seconds se serviront de ses points faibles pour "se servir", donnant par là-même du travail à la République qui se gaussera de protéger ses citoyens et leurs propriétés. La république crée les problèmes qu'elle s'efforcera de résoudre afin de renforcer son influence et l'adoration que lui porte la masse. 

Alors, quelles solutions ?

Aucune solution ne viendra d'une quelconque structure étatique. L'Etat n'a pas vocation a développer l'individu dans sa dimension existentielle mais à prolonger les Privilèges en associant la masse à des rêves de consommation.

La solution n'existe qu'individuellement. C'est une démarche philosophique. Pas la philosophie enseignée à l'école, bien évidemment. 

Quand les gens comprendront que les librairies contiennent les outils les plus puissants qui soient pour creuser une brèche dans les murs de leurs geôles, l'humanité aura fait un grand pas en avant. A travers le cheminement de chaque individu et non en raison d'un mouvement de masse provoqué par une structure étatique.

L'école de la République est une structure étatique. De plus en plus étatique. Et plus la crise économique est dure, plus elle subit la pression de l'Etat.

 

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La philosophie des Lumières était une voie de liberté.

Les Lumières sont des mouvements culturels et philosophiques ayant dominés en Europe, et plus particulièrement en France, au XVIIIe siècle. Ils donnèrent par extension à cette période le nom de siècle des Lumières. Les penseurs de cette époque marquèrent le domaine du savoir (science et philosophie) et de l’art (la littérature en particulier) par leurs questions et leurs critiques fondées sur la « raison éclairée » de l’être humain et sur l’idée de liberté.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses, morales et politiques, les membres de ce mouvement, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands événements de la fin du XVIIIe siècle que sont la Déclaration d'indépendance des États-Unis et la Révolution française1.

Le mouvement de renouveau intellectuel et culturel des Lumières reste, au sens strict, européen avant tout, et il découle presque exclusivement d’un contexte spécifique de maturation des idées héritées de la Renaissance. La pensée des Lumières s’est étendue à l’Europe, quoique la traduction de ce terme, dans les autres langues européennes, ait toujours privilégié l'idée d'une « illumination » provenant de l’extérieur, alors que le terme français privilégie le fait que les Lumières viennent de soi-même. De manière très générale, sur le plan scientifique et philosophique, les Lumières voient le triomphe de la raison sur la foi et la croyance ; sur le plan politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé. Enfin l’on parle parfois des Lumières (au substantif) pour désigner les penseurs, écrivains et philosophes emblématiques de ce mouvement de pensée, ce qui peut être regardé comme un abus de langage (on préférera plutôt parler par exemple de « philosophe des Lumières »).

WIKIPEDIA

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"Sur le plan politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé."

 

Effectivement, c'est bien ce qui s'est passé et ce triomphe a même fini par emporter tout le reste. Jusqu'à en devenir "déraisonnable", ce qui montre à quel point la Philosophie des Lumières n'existe plus. 

Alors, il ne faut pas compter sur l'école de la République pour lutter contre cette déchéance. Elle n'en a ni l'envie, ni la force, ni même la capacité au regard de la majorité des gens qui y travaille.

L'école de la république est devenue une énorme machine, une "moulinette" au travers de laquelle il faut passer en essayant de sauver au moins son âme.

L'ineffable

Par Le 02/11/2011

"Ce n'est pas la connaissance extérieure

ce n'est pas la connaissance intérieure

pas plus que la suspension de la connaissance

ce n'est pas savoir

ce n'est pas ignorer

pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même

ce ne peut pas être davantage vu que compris

on ne peut pas y indiquer de frontière

c'est ineffable et au-delà de la pensée

c'est indéfinissable

ce n'est connu qu'en le devenant."

Mandakuya Upanishad.

 

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La Présence ne peut pas être saisie par l'individu tant que l'individu exerce une observation du même ordre que celle qui l'anime à travers son existence. Car en cherchant à observer la Présence, il s'extrait lui-même de cette Présence. Cela revient à chercher la source de la Lumière dans une chambre noire alors que la Lumière émane de nous-même mais que nous ne pouvons en situer l'origine. La Lumière existe mais elle n'est ni contrôlable, ni identifiable, ni mesurable, ni soumise. Elle ne nous appartient pas mais elle est en nous. 

Le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté par ce moi. Toute expérience implique deux composantes : l'expérimentateur et l'expérimenté. Lorsque je suis ému, je peux observer cette émotion. L'émotion est l'objet expérimenté et je suis l'expérimentateur. Mais je ne peux pas expérimenter l'expérimentateur puisque ce moi expérimentateur deviendrait immanquablement l'objet expérimenté.

 

Les Upanishad ont décrit cette problématique tout autant que le Tao Te King.

"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao éternel."

 

Dans un ancien traité Bouddhiste, Ashvaghosha écrivait : "Depuis le commencement, toutes choses sont dans leur nature, l'Etre lui-même."

 

Il n'est pas question ici de Dieu dans sa dimension religieuse mais bien de l'Energie créatrice. Le terme de Dieu est bien trop souillé par les hommes pour permettre une démarche lucide.

 

Alors, est-il possible, à notre niveau, de conscientiser ce moi expérimentateur ? Est-il possible de nous extraire de nous-même pour appréhender pleinement cette Présence sans donner à cette Présence la dimension d'un objet expérimenté étant donné qu'elle est elle-même ce qui permet à l'expérimentateur d'exercer son pouvoir d'expérimentation.

Est-il possible d'expérimenter l'expérimentateur sans que celui-ci ne devienne l'expérimenté ?

A quoi cela servirait-il d'ailleurs ? Est-ce qu'il est nécessaire que je comprenne le fonctionnement des particules électriques qui éclairent la pièce où j'écris ? Est-ce qu'il est utile que je comprenne les mécanismes internes qui permettent aux pensées d'apparaître ? Est-ce qu'il est indispensable que je saisisse le phénomène biologique qui fait que mon coeur fonctionne sans aucune intervention volontaire de ma part ?

Nous dérivons quotidiennement dans des phénomènes qui nous échappent constamment. Pourquoi vouloir absolument entrer dans des quêtes aussi abstraites ?

 

Pour ma part, c'est uniquement en raison de la puissance indéfinissable des émotions que cette quête m'a déjà offerte. Rien, jamais, n'a été aussi flamboyant et je veux bien continuer à user de mon potentiel jusqu'à ma mort si c'est pour revivre, ne serait-ce qu'une fois, la plénitude qui en résulte.

Un service (suite)

Par Le 01/11/2011

 

  CORINNE LE STRAT

 

http://www.tremplindescreateurs.teva.fr/profil/681.html?category_id=3

LE STRAT CORINNE

Zone : Ouest, Categorie : Déco

Voir sa boutique sur Alittlemarket.com

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Passionnée par le dessin et la peinture artistique depuis mon enfance. Amoureuse de couleurs lumineuses, l'art a toujours eu une place importante dans ma vie. Depuis 4 ans, je vends des tableaux pour décorer la chambre des enfants sur mon site, des sites partenaires, des salons et marchés d'Art créatifs et récemment sur Alittlemarket. D'un style ludique et haut en couleur, j'aime peindre des animaux attachants et rigolos de la Savane. Mais aussi des poupées japonaises appelées « Kokeshi » incarnant une certaine douceur et sagesse...espérant transmettre ma passion aux enfants !

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Présence

Par Le 31/10/2011

"L'Esprit qui est sans commencement est non né et indestructible. Il n'a ni forme ni apparence. Il ne peut être pensé en termes de nouveau ou d'ancien. Il transcende toutes limites ou comparaisons. "

Huang Pô.

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C'est la Présence qu'on ne peut connaître et cette Présence qu'on se doit d'être.

C'est la Présence qu'on ignore et qui parle en nous avec la Nostalgie des choses délaissées.

C'est la Présence qui nourrit notre Intuition et s'amuse de notre étonnement. 

C'est la Présence qui ruisselle parfois dans les flots de la Mélancolie lorsque l'abandon devient trop lourd.

C'est la Présence qui nous bouleverse au lever du Jour quand l'Energie diffuse aimante les formes multiples.

Rien n'est visible si on se contente d'ouvrir les yeux.

Theodorakis

Par Le 30/10/2011

Theodorakis : Si les peuples d’Europe ne se lèvent pas, les banques ramèneront le fascisme

 

http://sos-crise.over-blog.com/article-theodorakis-si-les-peuples-ne-se-levent-pas-les-banques-rameneront-le-fascisme-87508529.html



28 octobre 2011 (Nouvelle Solidarité) – Alors que la Grèce est placée sous tutelle de la Troïka, que l’Etat réprime les manifestations pour rassurer les marchés et que l’Europe poursuit les renflouements financiers, le compositeur Mikis Theodorakis a appelé les grecs à combattre et mis en garde les peuples d’Europe qu’au rythme où vont les choses les banques ramèneront le fascisme sur le continent.

Interviewé lors d’une émission politique très populaire en Grèce, Theodorakis a averti que si la Grèce se soumet aux exigences de ses soi-disant « partenaires européens », c’en sera « fini de nous en tant que peuple et que nation ». Il a accusé le gouvernement de n’être qu’une « fourmi » face à ces « partenaires », alors que le peuple le voit comme « brutal et offensif ». Si cette politique continue, « nous ne pourrons survivre (…) la seule solution est de se lever et de combattre ».

Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Théodorakis a également adressé une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux... grecs. Extraits :

Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…) Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…)

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.


http://www.solidariteetprogres.org/Theodorakis-Si-les-peuples-d-Europe-ne-se-levent-pas-les-banques_08207

Sur la route des frères Patison, un bel article.

Par Le 30/10/2011

Un bel article sur le roman de mon ami Max.

Des louanges amplement méritées et auxquelles j'adhère totalement.

 

Max Mercier : Sur la route des Frères Patison
A consommer sans modération !



Il y a des livres qui sont des rencontres. Rencontre avec une histoire solide. Avec une écriture du même calibre. Avec un auteur dont on se dit : « Il est des nôtres. » Eh bien, Sur la route des Frères Patison, de Max Mercier, est de ceux-là. Un vrai roman. Des personnages vrais. Une énigme, des rebondissements, de la patte, de la chair, de dru, du vécu. C’est suffisamment rare pour être signalé. Et salué !

Tout commence le jour où Didier Tonfale, cinquante ans, démissionnaire d’un boulot chiant comme la pluie dans une routinière – et donc barbante – province française, décide d’aller vivre – d’aller vivre enfin – son rêve américain. Et pas n’importe où, bien sûr : dans le Grand Ouest, le Far West, le Wild West. Pour y retrouver ces paysages qu’il porte en lui depuis toujours sans le avoir pourtant jamais vus. Pour se retrouver aussi…

Du rêve, de l’insolite, de l’aventure ? Il ne va pas être déçu. Une Chevrolet Impala (what else ?). La Highway 93. Un arrêt dans un de ces road cafés comme on les aime, en l’occurrence le Rosie’s Den (« le repaire de Rosie »). Et là, un p’tit vieux. Qui lui claque entre les mains en lui confiant une enveloppe jaunie par les ans : « A remettre aux… frères… Patison… »

Voilà. Je ne vous en dirai pas plus, bien évidemment. Sinon que Didier Tonfale va se faire un devoir de retrouver ces frangins dont il ne sait rien et même pas s’ils sont encore vivants.

Mais, dans le même temps que le Frenchie mène son enquête et croise des personnages hauts en couleurs et parfois forts en gueule (le shérif Robert Ponting, Lizbeth, Sherryl, Shane, Susie, Scott, etc.), Max Mercier – et c’est là qu’il fait preuve d’un vrai talent d’écriture – nous tricote une autre histoire qui débute en 1955, une histoire de mineurs, de prospecteurs un peu filous, d’attrapeurs de rêves. Une autre histoire ? Justement pas : une histoire dans l’histoire et qui va éclairer l’ensemble, expliquer l’inexplicable, démêler l’écheveau. Une histoire qui a pour protagoniste central un certain Lucius Komolsky. A savoir le vieux bonhomme qui a laissé son dernier souffle – et son enveloppe – entre les mains de Tonfale.

Sur la route des Frères Patison, qui ferait, disons-le en passant, un excellent film, nous entraîne au bout du rêve. Très loin (1). Dans ces paysages – on a presque envie de dire : ces décors – où l’on a l’impression d’être dans un film, justement, sauf que ce n’est pas un film et que nous sommes néanmoins les acteurs d’une bal(l)ade rythmée par les accents toujours présents de la country music.

Pas question, vous ai-je dis un peu sadiquement plus haut, de vous dévoiler les arcanes de l’histoire. Mais je vous dirai cependant qu’au final – happy end, veut-on croire – Didier Tonfale, pris par la magie ensorcelante (et je sais de quoi je parle) des grands espaces, des petits honky tonks, du feu qui tombe du ciel, des routes sans fin, va décider de faire le grand saut. Pour vivre et travailler (et aimer, mais chut…) dans ce pays qui est un continent. C’est le bon choix. Celui qui s’impose ou s’imposera fatalement à ceux qui ne supportent plus les petits hommes gris. Pour « voir sans limite ni contrainte. »

Alain Sanders

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(1) « On ne va jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va » (Christophe Colomb).

 

Un service

Par Le 30/10/2011

                                               pinceau-magique.gif pinceau-magique.gif

 

http://www.pinceau-magique.com/

 

Une amie participe à un concours artistique. Si son travail vous plaît, il vous suffit de voter en suivant le lien sur la page.

Merci à vous.

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Pinceau Magique a été sélectionné pour participer au concours national « Le tremplin des créateurs »

organisé par M6 et Alittlemarket !!!

Ce concours se déroule sur 2 semaines et dure jusqu‘au 7 novembre 2011 minuit.

 

♥ Si vous aimez les tableaux de Corinne Le Strat, votez pour elle !

 

Voici le lien :
http://www.tremplindescreateurs.teva.fr/profil/681.html

 

Attention, pour que le vote soit pris en compte, vous devez le valider en cliquant sur le lien envoyé par

« Tremplin des créateurs » sur votre boite mail.

Et petite précision, vous pouvez voter plusieurs fois si vous avez plusieurs adresses mail !

 

Rien ne vous empêche d'envoyer ce lien à vos contacts et quoi qu’il arrive MERCI !! ;))

 

CE SOIR, LE COMPTEUR AFFICHE 99 VOTES.

L'illusion de la matière

Par Le 30/10/2011

Il avait dix ans.

Un séjour dans la montagne avec Izel.

 

Il était allongé sur une natte, à même le sol, près d’un foyer. Son père était là, il alimentait le feu de temps en temps et parlait doucement. L’enfant devinait dans le reflet des flammes, les yeux étroits de son père, ce regard aiguisé comme celui des grands rapaces. La voix coulait en lui comme du miel. Il ne se souvenait pas du lait maternel mais la voix de son père l’avait nourri tout autant. Des nourritures spirituelles qui l’avaient grandi, insensiblement, patiemment, sans aucune volonté de transformation mais un simple accompagnement.  

 

« Tu ne choisis pas ton existence Kalén. La vie l’a déjà fait pour toi. Le libre arbitre de chaque humain consiste à être suffisamment lucide pour saisir cette voie d’éveil et de progrès. Ecoute ton âme, c’est là que se trouve le secret. »

 

Izel avait déposé dans les braises une branche de résineux. Les crépitements d’aiguilles avaient retenti dans le silence, des myriades d’étoiles avaient jailli. L’enfant, captivé, avait suivi des yeux le ballet des flammèches. Quand la nuit avait repris son pouvoir, il avait juste eu le temps de voir s’envoler une chauve-souris. Elle avait virevolté au-dessus de lui, il avait vu ses yeux d’aigle. Puis elle avait disparu.

Izel le regardait en souriant.

 

Des paroles comme des nourritures de l’âme.

Il avait quatorze ans. Au bord du bassin, au pied de la chute d’eau. Izel lui enseignait le voyage de l’eau.

 

« Notre corps est composé de matière mais nos pensées et nos émotions contiennent l’énergie qui permet à la matière de se condenser. Les hommes imaginent que la matière est à l’origine de la vie spirituelle des êtres humains, que la matérialisation des corps est prioritaire et que les phénomènes intérieurs suivront. Ils réfléchissent à l’envers. Il faut que l’Energie se condense pour que la matière prenne forme. Il n’y aurait pas de nuages sans la condensation de la vapeur mais il n’y aurait même pas de vapeur sans l’Energie qui la transforme. Nous sommes comme des nuages constitués de pensées. La pensée n’est même pas l’élément déclencheur. Elle n’est que la résultante de l’émotion originelle et nos émotions sont les passerelles entre la pensée et le corps. Les plus primaires sont liées au corps physique et émanent de lui comme la peur ou l’euphorie alors que les plus subtiles sont liées à l'esprit, comme la générosité ou l’empathie. Plus les émotions sont subtiles, plus elles gagnent en valeurs universelles, plus elles mènent les individus vers l’accomplissement de l’existence.

-Quelle est cette émotion originelle qui déclenche la matérialisation ?

-L’Amour, Kalén.

-Mais si le saisissement de l’Amour permet à une âme de se matérialiser, comment expliquer que certains êtres humains dévient de cette voie de sagesse et de plénitude pour sombrer dans les émotions les plus viles ?

-Par paresse et par lâcheté, mon fils. L’élévation des âmes est un cheminement bien plus exigeant que l’exploitation des émotions primitives. Ceux-là quittent la Conscience pour errer dans le mental et s’y complaire. Ils ne sont plus reliés avec l’Energie. Ils fonctionnent comme des entités individuelles.

-La matière n’est qu’une illusion alors ?  

-Non, elle existe bel et bien mais elle n’est qu’une conséquence, pas une cause.

Il ne pleut pas parce qu’il y a des nuages mais parce qu’il y a eu condensation de la vapeur et avant cela transformation de la vapeur et avant cela constitution de l’eau et avant cela fusion des constituants. Il faut tenter de remonter à l’origine des choses et de comprendre qu’avant les choses, il y avait l’Energie.

-L’illusion est de penser la matière comme une finalité, c’est cela Père ?

-Oui, Kalén, la finalité est dans la cause. Ce qui est visible n’est que l’illusion si tu considères cette matière condensée comme un élément fini. Celui qui parvient à retourner en lui à cette Energie dont il est né et devenir comme s’il était sans forme, celui-là existe réellement. Le reste n’est qu’illusion.   

Jarwal le lutin : l'émotion-choc

Par Le 30/10/2011

Jarwal, Gwendoline et Léontine suivaient leurs guides en s’amusant de leurs sauts de cabris. Une insouciance joyeuse qui les libérait de leurs inquiétudes. Ils étaient partis à l’aube, emportant des réserves de fruits, des céréales, des légumes du potager et deux outres remplies d’eau fraîche. Ils quittèrent les derniers grands arbres et s’engagèrent dans les pentes herbeuses. L’air se fit moins lourd, des nuages translucides erraient sur les flancs des montagnes, le soleil les dispersait sans heurts, juste une évaporation délicate qui les obligeait à monter vers les cimes, à délaisser les flancs gorgés de rosée. Un silence apaisant qui contrastait avec le tintamarre des oiseaux et des singes hurleurs peuplant les frondaisons.

Jarwal se laissait guider. Gwendoline était heureuse de retrouver dans le pas de son aimé une détermination renaissante. Leurs nouveaux compagnons avaient ressenti l’amour que Jarwal éprouvait pour elle et ce bonheur la gonflait de forces. Elle aurait pu monter jusqu’aux neiges éternelles qu’elle apercevait au loin.

« Il n’y a personne dans le village, annonça un des Maruamaquas, un amalgame de feuilles, de mousses et de champignons, campés sur deux jambes noueuses et affublés d’une houppette hirsute.

-Comment le sais-tu ? demanda Jarwal.

-Il n’y a pas d’amour dans l’air. Et quand on approche d’un camp Kogis, c’est toujours ce qu’on ressent en premier, et de très loin. »

 

Il ne se trompait pas. Le camp était bien désert. La troupe erra au hasard des maisons. Jarwal passa près d’une cabane sans fenêtre, un rectangle grossièrement assemblé, juste doté d’une porte entrouverte, comme une geôle fracturée. Une impression désagréable, comme un souvenir lointain et douloureux.

Gwendoline le rejoignit au milieu de la place.

« C’est ta musette mon aimé. Elle était suspendue dans une hutte.»

Elle tenait un sac de toile.

« C’est moi qui l’ai faite, je la reconnais bien. Et il y a tes petits sacs de graines à l’intérieur.

-Pourquoi faire des graines ?

-Ce sont les préparations que tu as faites avant de venir ici. Tu m’as parlé d’une préparation qui permettait d’accélérer la pousse de n’importe quelle plante à partir de tout ce qui est vivant. Je me souviens très bien de cette discussion.

-Tu as bien de la chance, répliqua le lutin, désabusé.

-Nous allons retrouver les Kogis, Jarwal. Et ils nous aideront, lança aussitôt Gwendoline. Et nos petits amis sont là aussi. »

Elle ne voulait plus de sa détresse, elle ne voulait plus de cet abandon désespérant.

« Bon, chers amis, les Kogis sont plus hauts dans la montagne, ils ont une mine d’or au pied des montagnes.

-C’est là que les Espagnols doivent les retenir, ajouta Jarwal.

-Et c’est là-haut également que sont montés les autres hommes qui les poursuivent. Nous avons trouvé des traces très nombreuses dans l’herbe, des pas d’hommes qui écrasent tout, vraiment facile à suivre. Jamais les Kogis ne marcheraient de cette façon.

-Vous pouvez nous guider ? demanda Gwendoline.

-Bien entendu ! Cela fait bien longtemps que nous ne sommes pas allés ressentir tout cet amour que les Kogis offrent à la Terre Mère. »

 

Ils quittèrent le village et s’engagèrent sur la piste montante. Les Maruamaquas se montraient toujours aussi volubiles et joyeux, discutant entre eux, alternant les taquineries et les embrassades, se transformant soudainement en oiseaux pour enchaîner des acrobaties ou en grenouilles jouant à saute-moutons. Leur joie de vivre semblait inépuisable. Et toujours ces yeux éblouissants comme des lanternes.

Jarwal profita d’un intermède dans leur exubérance.

« Que savez-vous des Kogis exactement ?

-Ils sont comme nous, ils savent que la Terre est un être vivant. Les montagnes sont la structure ou le squelette comme vous dites, le vent est le système respiratoire, l’eau est le sang, la végétation est un système pileux qui favorise la transpiration, c’est aussi l’organe de la respiration, la terre est l’élément qui permet l’échange nutritif, tout ce qui vit est fondé sur le même fonctionnement. Nous ne sommes que des formes répondant à un système identique. Les Kogis ont une vision très complexe de la Nature. L’équilibre de leur clan dépend de celui de la Nature. Leur savoir n’a qu’un objectif, c’est celui de maintenir l’équilibre entre les forces créatrices et les forces destructrices des êtres humains. C’est par la juste pensée que peut s’établir l’osmose entre la Terre Mère et les êtres humains. Ils aiment méditer, comme nous.

-Quand on vous voit vivre, on a du mal à penser que vous aimez méditer, s’amusa Jarwal.

-Une vision très restrictive, cher lutin. Encore une fois, tu te contentes d’une activité visible. Mais que sais-tu de notre vie intérieure, que sais-tu de notre vie lorsque nous réintégrons le corps de notre Mère Terre?

-Excuse-moi, compagnon, tu as raison, je manque de discernement et je pose trop vite des conclusions partielles.

-Il en est de même avec les hommes blancs qui pourchassent les Kogis. De ce que nous savons, ils les considèrent comme des sauvages, des primitifs, juste parce que leur intérêt spirituel est bien plus élevé que leurs intérêts matériels. Les Kogis ne cherchent pas à posséder des biens extérieurs mais à bien posséder leur richesse intérieure. Les envahisseurs ne s’appartiennent pas eux-mêmes en courant ainsi et ils vivent en dehors d’eux-mêmes étant donné qu’ils ne voient que les éléments extérieurs qui les entourent et qu’ils veulent posséder. Ils se nourrissent des émotions chocs alors que les Kogis vénèrent l’émotion contemplative.

-De quoi s’agit-il ? demanda Gwendoline, fascinée par les paroles de ces petits êtres.

-L’émotion choc consiste à se laisser conduire par une multitude successive d’émotions fortes. A peine finie, cette émotion forte laisse un grand vide et l’individu s’efforce aussitôt de la remplacer par une autre. Ce qui manque à cette expérience, c’est le recul lié à la contemplation, un regard intérieur qui permet d’analyser ce qui peut être compris de cette expérience. Tout cela implique un temps de recueillement. Les Kogis se recueillent souvent. La Terre est un temple accueillant pour qui veut bien y entrer. Spirituellement. Les Kogis connaissent les dangers de ce que nous appelons la pensée émotionnelle. La pensée émotionnelle est un assemblage de deux entités : la pensée et l’émotion qu’elle génère. Dès qu’une émotion vient se greffer, la pensée n’est plus maîtrisée, elle n’est plus observée, elle est prise dans un tourbillon de colère, de frustration, d’envie, de jalousie, d’euphorie, d’espoir, d’attente, d’illusion…Ça n’est plus la réalité mais l’interprétation de la réalité par une pensée influencée par une émotion. La pensée émotionnelle se nourrit de la succession des émotions choc. Si vous préférez, les émotions choc finissent par constituer une existence uniquement soumise à la pensée émotionnelle. Il n’y a plus aucun discernement mais un aveuglement produit par les mirages éblouissants que les egos avides fabriquent eux-mêmes. Tout cela est très complexe et c’est pour cela que les Kogis prennent beaucoup de temps pour prendre une décision. Ils veulent être certains que les émotions ne sont pas venues perturber la qualité des pensées et des réflexions. »

 

Kant et la Révolution.

Par Le 29/10/2011

"Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité à se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre...Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu'un si grand nombre d'hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d'une conduite étrangère, restent cependant volontiers toute leur vie dans un état de tutelle, et qui font qu'il est si facile à d'autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d'être sous tutelle. Si j'ai un livre qui a de l'entendement à ma place, un directeur de conscience qui  a de la conscience  à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimentaire etc, alors je n'ai pas à fournir moi-même d'efforts."

KANT

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La problématique posée par ce texte concerne la situation des hommes lorsque celle-ci ressemble davantage à une soumission passive qu'à une liberté issue de leur entendement. Kant considère en plus que les hommes sont responsables de cette situation et que cette "mise sous tutelle" est la conséquence de leur incapacité à user de leur "entendement" mais plus encore de la conséquence de leur "lâcheté". Il semblerait selon ce texte que les hommes ne sont pas asservis par la force d'une puissance étrangère mais, à l'origine, en raison de leur propre abandon, de leur "paresse."

On peut s'interroger sur cette situation de soumission. Est-elle réelle ? Concerne-t-elle tous les individus ? Existe-t-il une responsabilité de la part des victimes elles-mêmes ?

L'auteur ne laisse aucun doute sur son jugement. Pour lui, il n'y a aucune interrogation mais un état de fait général, universel. Le ton cynique, sarcastique est destiné à montrer de façon crue et détestable cette propension des hommes à se vautrer dans la bassesse. Le fait d'opposer des termes aussi forts que "paresse" et "courage" est révélateur.

Kant parle de courage car il est indéniable pour lui que cette situation réclame une prise de position pleine et entière, non seulement une prise de conscience mais un engagement à travers des actes. Puisque l'homme est "responsable" de cette soumission passive, il doit par-delà son entendement initial être responsable de sa révolte. L'entendement n'est pas suffisant. Il n'est qu'une étape intellectuelle. La cause ne vient pas d'une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution qui devrait en résulter.

Les hommes délèguent leurs décisions et leurs actes à d'autres hommes qui leur paraissent plus aptes à les guider et à les prendre en charge. Ce raisonnement, car il s'agit bien d'un raisonnement, aussi primaire soit-il,  est à la source de la soumission et du pouvoir.

Même si je ne sais pas soigner une dent cariée et que je me dois m'en remettre au dentiste, je peux assumer l'entretien de mes dents et veiller à la qualité des aliments que je consomme. Le fait de m'en remettre selon les situations à des gens plus performants que moi dans certains domaines ne signifie pas pour autant que ce choix doit s'étendre à l'ensemble de mon existence et surtout pas aux domaines existentiels.

C'est là qu'il faut rester vigilant pour ne pas sombrer dans une complaisance assassine envers cette paresse et cette lâcheté.

Il y a dans "Le Bon, la Brute et le Truand" une réplique culte.

"Le monde se partage en deux catégories. Il y a ceux qui ont une arme et il y a ceux qui creusent. Toi, tu creuses. "

Selon Kant, on peut rajouter que ceux qui possèdent une arme et donc le pouvoir en disposent parce que ceux qui creusent les ont autorisés par leur soumission originelle à user d'une arme.

Si on prolonge la réflexion, les dictateurs ne sont pas des hommes plus puissants mais simplement des hommes qui ont saisi l'opportunité que la masse leur offrait. C'est la masse par son comportement lâche et servile qui donne le pouvoir aux dictateurs. Il n'est pas permis de critiquer les dictateurs avant même d'avoir pris conscience de ce comportement. La seule solution pour s'extraire de ce rapport de faible à fort, est d'avoir le courage de se servir de son propre entendement et non de se contenter d'un entendement servile. Il ne suffit pas d'analyser une situation. Il faut oeuvrer à son évolution. 

Ce texte issu de l'époque des Lumières correspond au mouvement actuel des "Indignés". Ce mouvement n'attend pas des gouvernants des solutions miracles. Ils les proposent. Leur entendement et leur analyse de la situation les conduisent à entrer en résistance. Ils agissent. L'asservissement est généré aussi par le silence. Pour combattre, il faut d'abord saisir l'ensemble de ses insuffisances.

Une autre question surgit dès lors. Pourquoi les hommes en sont-ils arrivés là ? Est-ce un état naturel dont se servent les Puissants?  Mais dans ce cas-là, pourquoi les Puissants n'en sont-ils pas eux aussi les victimes ? Comment sont-ils devenus Puissants si cet état de laxisme existentiel est un état naturel ? Les Puissants sont bien pourtant des hommes.

La problématique ainsi posée met en évidence la part sociale de l'homme. Son statut de citoyen, c'est à dire un individu inséré dans un microcosme relationnel. Les Puissants oeuvrent à la pérennité de leur statut. Par héritage bien entendu mais bien plus encore par l'éducation. De la même façon, les asservis sont conditionnés à une existence soumise. Les Puissants se chargeront de les y maintenir par d'habiles subterfuges et en se servant de la paresse et de la lâcheté de la masse.

Il n'y a rien de naturel. Tout est éducatif. Certains vont naître avec une cuillère d'argent dans la bouche mais l'environnement va se charger de leur apprendre à s'en servir. Les asservis se contenteront de les envier et de geindre. 

Les Philosophes des Lumières ont mis en avant le droit des hommes à être responsables lorsque ce droit finissait par apparaître comme insaisissable.

 

Jean Jacques Rousseau disait « qu’on perd dans l’asservissement jusqu’au désir d’en sortir. »

 

Les révolutions arabes viennent de prouver qu’il n’en est rien. L’asservissement corrompt les âmes, contraintes à de multiples compromissions pour subvenir à l’essentiel. Toute l’énergie des individus s’y perd. La peur de la perte des biens vitaux devient générale et les individus en viennent à percevoir la masse environnante comme l’adversaire à combattre. Les Puissants entretiennent cette peur et l’amplifient si nécessaire. Elle sert leurs intérêts.

L’entendement devient dès lors la source des actes. Il faut parvenir à cet état d’observation macroscopique, une élévation au-dessus de la masse pour prendre conscience des entrelacs instaurés par la matrice, cette entité constituée par des individus anonymes, travaillant dans les palais. Une fois cette observation validée, chaque individu ayant effectué sa propre analyse et pris conscience de l’émergence d’une pensée commune, les individus éveillés peuvent entamer une tâche évolutionniste. Il ne s’agit pas de chercher des guides mais de favoriser par un travail intérieur son propre éclairage au risque d’être éblouis et par conséquent manipulés par les tenants des lampions…

Les Philosophes des Lumières prônaient la raison comme étendard. Il faut y adjoindre le courage.

Il reste ensuite à ne pas tomber dans l’euphorie magnifiée par des individus avides qui cherchent à se présenter comme les nouveaux Guides. Combien de Révolutions portées par les peuples et tombées aux mains des Puissants ?

La France en est un "bel" exemple.     

Que reste-t-il de cet héritage ? Une démocratie ? Où ça ?

L'émotion observée

Par Le 28/10/2011

Lorsque je lis les directives ministérielles sur les objectifs de l'école primaire, je suis consterné de l'absence de TOUT travail existentiel ou spirituel.

Quels que soient les gouvernements successifs d'ailleurs et le prochain ne fera pas mieux. Je n'ai aucune illusion. Manquerait plus que ça que je me fabrique des illusions...

Emotionnellement parlant, j'ai bien du mal à ne pas céder à la colère.

Et les émotions devraient justement être un sujet analysé à l'école primaire.

Qu'est-ce qui me met ainsi en colère ?

Depuis mon CM2, j'ai voulu être instituteur. Mon Maître s'appelait Mr Quéré et je l'aimais.

Au collège, j'ai eu Mr Pichon, un prof de Français. Lui aussi je l'aimais.

Et puis Mr Ollier au lycée, prof de Français en seconde et en première. Lui aussi, je l'aimais.

Et puis Mme Sotirakis, prof de philo en Terminale. Elle aussi, je l'aimais.

Et je sais que cette colère vient de l'outrage fait à ces enseignants hautement estimables. Ces gens-là oeuvraient pour l'humanité à travers une matière qu'ils aimaient. Ils ne cherchaient pas à produire des élèves performants mais à accompagner des êtres humains en formation. L'école n'était pas une fabrique de futurs salariés, ni même de citoyens responsables mais, avant toute chose, d'individus épanouis, éveillés, lumineux. Ces profs-là savaient que le reste suivrait. 

Aujourd'hui, on me demande de catégoriser les enfants, de les identifier, de les ficher, de les cadrer, de les formater, de dévoiler même des informations privées, intimes, de remplir des dossiers de plus en plus intrusifs. On me demande surtout de nier la personnalité et de limiter au maximum les extensions possibles de chacun.

Cette colère qui monte inexorablement, je sais qu'elle vient aussi de cet amour bafoué pour des professeurs vénérés. Car il me devient peu à peu impossible de propager à mon tour ce respect infini pour chacun.

Alors, émotionnellement parlant, cela devient parfois épuisant.

Mais je me dis aussi qu'il s'agit d'un chemin à suivre, d'une opportunité.

Si je laisse cette colère m'envahir, elle me perdra. J'entrerai dans ma classe avec un objectif d'insoumis et dès lors je ne serai pas ancré dans le don de soi mais dans la contestation envers un système.

Mais qui est en face de moi ?

Des enfants.

Pas le système.

Si je laisse mes émotions prendre la main, je m'y épuise et je n'ai plus rien à donner. A part peut-être cette colère.

Je me dois d'instaurer une priorité très simple. Ces enfants ne sont pas responsables de mes douleurs existentielles et ils n'ont pas à les supporter. Dès lors, cette émotion néfaste n'a rien à faire dans la classe.

Je connais les problèmes, je vois bien depuis trente ans ce que l'école devient. Je peux en parler, les dénoncer, les mettre sous les feux de mes petits projecteurs. Mais sans jamais laisser ces problèmes devenir en moi des pilleurs d'énergie.

Ce que j'ai à donner, je ne dois pas l'affaiblir par des combats émotionnels qui me ruinent avant l'heure.

"Agir dans le non-agir".

J'ai mis très longtemps à réaliser pleinement ce que cette expression pouvait signifier pour moi. Je ne dis pas que mon interprétation est universelle. Elle me convient et c'est suffisant.

Il est par conséquent aussi essentiel d'examiner les pensées que les émotions. "Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ? " Il ne s'agit pas d'analyser avec méfiance mais juste d'observer. La méfiance créerait un état d'inquiétude et donc de résistance ce qui ajouterait à l'émotion une part néfaste, un système de parasites qui s'entretient et transforme l'émotion elle-même.

Il convient juste de laisser s'étendre cette émotion comme si elle était un visiteur de passage. Elle n'est pas moi mais un élément rapporté, évènementiel, provisoire. Si je m'identifie à elle, si je la considère comme une part de moi, je ne suis plus observateur mais dépendant d'elle. Je et elle se mêlent. Et je ne suis plus. Le problème vient de la charge énergétique diffusée par cette émotion, par cette pensée corporelle, par ce ruissellement de colère ou de joie. La fréquence vibratoire de l'émotion lorsque celle-ci prend le pas sur l'observation amplifie la pensée et le phénomène interne se renforce.

Le mental adore ces situations. Il y trouve un terreau favorable à son expansion. Les pensées se nourrissent des émotions et les émotions fabriquent de nouvelles pensées. Le mental va même s'efforcer d'entretenir cette anarchie intérieure en multipliant les pensées, soit pour résister aux émotions, soit pour les amplifier. La résistance aux émotions, lorsqu'elles se révèlent désagréables, n'est pas une issue. Elle génère de nouvelles pensées émotionnelles. Ce chaos interdit toute observation. L'individu n'est plus qu'un flot d'excroissances mentalisées. La paix est exclue de ce champ de bataille.

La pensée est d'ordre intellectuel et l'émotion d'ordre physique. Lorsque les deux entités agissent de concert, et que la conscience en est bannie, l'individu est en sommeil. Il rêve son existence et ne contrôle rien. A celui-là, tout arrive mais il ne fait rien. Il est sans cesse en réaction. Il réagit mais n'agit pas. Pour agir, il faut être dans le non-agir. C'est là tout le paradoxe.

Le non-agir est un état d'observation neutre. Le fait de ne pas générer de résistance conduira l'émotion à s'éteindre d'elle-même. Elle ne sera pas niée pour autant mais elle ne trouvera pas d'ancrage dans le mental. Parce que ça n'est pas le mental qui l'observe mais la conscience. Il ne s'agira dès lors qu'une bougie qui finira par épuiser sa réserve de cire. Les pensées émotionnelles se débrouilleraient pour reconstituer le stock...Ce qui importe, c'est d'oeuvrer au silence intérieur. Imaginez que la bougie s'est éteinte. Vous êtes dans le noir mais cette obscurité est une lumière intérieure. Vous décidez vous-mêmes des éblouissements et de leur durée.

Lorsque je suis ému par la beauté des montagnes, lorsque je suis dans ce silence intérieur, rien ne vient s'interposer. Je laisse l'émotion s'étendre et je l'honore. L'instant le plus beau n'est pas l'euphorie mais le retour à la paix. Car c'est dans le silence qui suit que la conscience se révèle. Je suis celui qui a rétabli l'obscurité lumineuse. Aucune lutte intestine, juste l'observation.

Si je cherchais à amplifier cette émotion réjouissante, si je cherchais à l'associer à des pensées discursives, à la prolonger par des raisonnements, des exagérations, des embrasements inventés, je me conditionnerai  à vivre la même illusion lorsqu'une émotion néfaste jaillira dans une autre situation.

Il n'y a pas de choix à opérer. Ca serait l'établissement d'un mensonge. Et de toute façon, si je m'abandonne à l'euphorie des émotions joyeuses, je m'abandonne symétriquement et simultanément au désastre des émotions douloureuses. 

On se retrouve de nouveau dans l'image de la balance et des deux plateaux. Je ne peux pas consciemment désirer remplir le plateau des bonheurs et vider celui des malheurs. C'est une tricherie irréalisable. 

Je peux par contre tenter de m'installer au milieu de la balance et apprendre à observer les déséquilibres, l'alternance des situations favorables ou défavorables, sans jamais mêler ma conscience aux pensées émotionnelles qui accompagnent ces troubles de l'existence. 

Résister et enseigner.

Par Le 28/10/2011

http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1030669.html

 

"En conscience, je refuse d'obéir !"
Lettre d'un instituteur de Colomiers (31) à son inspecteur


Lettre au format PDF

Colomiers, le 6 novembre 2008

 

Monsieur l'Inspecteur,

 

 

 

 

 

Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d'obéir.

 

Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l'Education Nationale s'est engagé  qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d'arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d'une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L'Education Nationale n'est pas l'armée ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui décident et d'un autre côté ceux qui exécutent ! L'honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.

 

 

 

Aujourd'hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l'Education Nationale n'est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l'attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d'enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l'alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l'école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l'utilité n'est plus à démontrer, la mise en place d'une agence chargée du remplacement avec l'utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d'Administration, la dévalorisation du métier d'enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m'est le plus insupportable, l'insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c'est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l'échec scolaire.

 

 

 

Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d'un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu'un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction.

 

1. Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s'impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu'ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignements, qui privilégie l'apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l'échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables » Or, « en éducation, tout n'est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d'acquisitions immédiatement repérables ». (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d'entreprise et de libéralisation de l'école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c'est-à-dire sur la progression des résultats chiffrés. C'est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n'ont fait l'objet d'aucune évaluation sérieuse et que d'autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes 2008, d'ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d'un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C'est pourquoi en conscience, j'ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l'esprit des programmes de 2002.

 

2. Tout particulièrement, je refuse de m'inscrire dans la logique d'une « Instruction morale et civique » aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. Nous avons besoin d'une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L'éducation citoyenne est l'un des piliers de l'école pour construire une société ouverte, démocratique et libérée de l'emprise de la violence. La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.


 

 

 

3. La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26h à 24h apporte des bouleversements tels dans l'organisation des écoles, qu'il faut aujourd'hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d'aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n'est qu'un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d'enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d'hier et d'aujourd'hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l'ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d'ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C'est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l'esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n'appliquerai pas ce dispositif d'aide personnalisée tel qu'il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15h30 à 16h30, ceci avec l'accord des parents.

 

 

 

4. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l'opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu'il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne règleront en rien l'échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent effectuer des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d'élèves pour les stages de remise à niveau.


 

 

 

5. La loi sur le service minimum d'accueil dans les écoles les jours de grève n'est pas autre chose qu'une loi de remise en question des modalités d'application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer gréviste 48h avant la grève afin que ce service minimum d'accueil puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d'accueil les jours de grève, il devient inutile de se déclarer 48h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l'administration et j'informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.

 

Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c'est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c'est celle de la pédagogie de la liberté. […] Nous n'avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.

 

 

Et devant les errances de la modernité, le professeur n'a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire… Face à la dictature de l'immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l'émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d'éviter la sélection par l'échec, il doit incarner l'exigence pour tous.

 

 

Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, « c'est la marge qui tient la page. » »

 

Si aujourd'hui je décide d'entrer en résistance et même en désobéissance, c'est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C'est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d'enseigner et esprit de responsabilité qu'il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance que cette résistance portera ces fruits. J'espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s'agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.

 

 

 

Monsieur l'Inspecteur, vous l'avez compris, cette lettre n'est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser et de la faire connaître. Le propre de l'esprit responsable est d'agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C'est ce que je fais aujourd'hui.

 

 

Je vous prie de recevoir, Monsieur l'Inspecteur, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

 

 

  

Alain REFALO

Professeur des écoles

Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)

 

Lettre adressée à Mr l'Inspecteur de l'Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.

 

Lettre au format PDF

 

 

 

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