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Vivre en écolieu

Par Le 02/11/2023

Dans la tétralogie en cours d'écriture, j'ai mis en scène trois couples vivant de cette façon.

 

témoignages

"J'ai mis mon égo de côté ". Vivre en écolieu ou le choix d'habiter le monde autrement

 

Publié le 28/10/2023 à 08h00 • Mis à jour le 28/10/2023 à 11h18

Écrit par Antoinette Grall

Petite pause photo pour les habitants de l'écolieu de Kervillé, en pleine récolte de leurs courges. Seuls, les deux enfants ne sont pas présents.

Petite pause photo pour les habitants de l'écolieu de Kervillé, en pleine récolte de leurs courges. Seuls, les deux enfants ne sont pas présents. • © Gérald Duda

Finistère

Bretagne

Changer de vie, à plusieurs ! De plus en plus de citoyens tentent l'expérience. Face à une société qu'ils ne comprennent plus, ils décident d'habiter et de travailler ensemble. Au plus près de la nature, dans ce que l'on appelle des écolieux, ils développent des modes de consommation plus sobres qui tendent vers l’autosuffisance... Tous ces lieux sont différents, mais les motivations de leurs habitants se ressemblent. Témoignages. "J'avais besoin de me reconnecter à la nature", ils ont fait le choix de vivre ensemble, dans un écolieu.

En 2017, quatre couples d'amis décident d'inventer une vie communautaire plus riche de sens, plus sobre et plus solidaire. Ils ont l'opportunité d'acheter à un collectif d'artistes et à un agriculteur qui part à la retraite, un ensemble d'habitations, de hangars, et de terres. L'ensemble fusionne sur trois hectares. C'est ainsi que né l'écolieu de Kervillé à Beuzec-Cap-Sizun dans le Finistère. Le bas du lieu se compose de maisons individuelles privées construites autour d'une cour carrée où chaque foyer à son espace intime. Plus haut, le jardin, le potager, les vergers, les hangars transformés en salle d'activités, en atelier de bricolage et en buanderie forment leurs parties communes et publiques.

En bas de l'écolieu, se trouve l'espace privatif. Chaque foyer est propriétaire de sa résidence. Un chemin marque la frontière entre l'espace privé et l'espace public

En bas de l'écolieu, se trouve l'espace privatif. Chaque foyer est propriétaire de sa résidence. Un chemin marque la frontière entre l'espace privé et l'espace public • © Gérald Duda

La deuxième session d'habitants 

Au bout de deux ans, seul Cédric, le maçon, charpentier, vivait encore à Kervillé. L'échec des autres familles tenait de leur non-adhésion à ce nouveau mode de vie communautaire et aux difficultés de toute la vie privée qu'il faut réinventer. À partir de 2019, arrivent cinq nouveaux foyers qui ne se connaissaient pas et venaient de régions différentes. Deux familles quitteront l'aventure.

" Notre point commun est que nous venons tous de grandes villes. Aucun de nous n'est d'origine bretonne."

Gérald Duda

Parmi les familles qui sont restées, il y Gérald Duda et sa compagne. Las de leur vie urbaine et par conviction environnementale, il y a quatre ans, ils ont posé leurs valises à Kervillé. Lui, 44 ans, ancien responsable informatique et elle, professeure de yoga, décident d'expérimenter cette vie communautaire à la campagne." J'avais besoin de me reconnecter à la nature, de mettre mes mains dans la terre, de retrouver des arbres. J'avais cet appel " confie Gérald Duda. Le couple souhaitait ralentir son rythme et tisser des liens plus forts et respectueux avec la nature. La naissance de leur fils a accéléré leur choix.

"Nous voulions lui apporter une vie plus ouverte, plus libre."

Gérald Duda

Les paysages qu'offrent la nature de cette zone rurale apportent un apaisement, de la sereinité.

Les paysages qu'offrent la nature de cette zone rurale apportent un apaisement, de la sereinité. • © Gérald Duda

À LIRE AUSSI : Vivre ensemble. Immersion à la Bigotière, un habitat partagé où douze quinquagénaires se la jouent collectif

Quitter un système capitaliste

"Les personnes qui arrivent en écolieux vivent un effondrement, souhaitent quitter le système capitaliste qu'ils jugent à bout de souffle et être acteurs du changement. Elles souhaitent enseigner à leur enfant la capacité à se débrouiller seul par des savoir-faire manuels, par le travail de la terre, de l'autoconstruction. Elles souhaitent développer leur empathie, leur donner des valeurs de coopération, de soin, une qualité d'écoute, de respect par l'exemple que donne leur gouvernance partagée" explique Julien Vey, Président et Co-fondateur de l'institut Supérieur de Design à Saint-Malo.

Cloé Vallée, la compagne de Gérald, ajoute : "depuis des années, j'étais convaincue par la décroissance. J'ai changé de métier, perdu en revenu et gagné en qualité de vie. Rejoindre un écolieu répondait à ma volonté d'aller plus loin, notamment au niveau de l'autonomie difficile à mettre en place en ville".

Les résidents de cette oasis nous rendent compte de ce qui marche, mais aussi de ce qui coince. Ils nous éclairent sur leur mode d’organisation, sur ce qui
les rend heureux ou fiers dans cette aventure humaine, et nous font part de leurs questionnements sur leur avenir.

Les résidents de cette oasis nous rendent compte de ce qui marche, mais aussi de ce qui coince. Ils nous éclairent sur leur mode d’organisation, sur ce qui les rend heureux ou fiers dans cette aventure humaine, et nous font part de leurs questionnements sur leur avenir. • © Gérald Duda

Nicole et Jean-Paul Maillard eux, ont franchi le cap à l'heure de la retraite. "J'apprécie la forte énergie qui se dégage du groupe. Ce mode de vie est en accord avec mes idées : sobriété "heureuse", mutualisation des moyens, gouvernance partagée... Ce n'est pas pour autant la retraite paisible et tranquille à laquelle chacun peut aspirer" explique Jean-Paul. 

"La vie en collectif nécessite de la disponibilité, de la recherche de compromis, de la prise de décisions consenties après de longs et riches échanges, ainsi qu'un travail sur soi."

Jean-Paul Maillard

Le professeur Julien Vey ajoute  "La culture de la communauté n'est pas la nôtre et l'effort à faire pour y adhérer demande un lâcher-prise énorme. L'écolieu propose une alternative assez radicale à la manière dont on habite la terre. Intervient aussi, dans l'histoire de sa réussite, la question de la compatibilité des caractères, de l'entente entre les personnes. Pour nos sociétés tellement calculatrices, rendre service est une bonne voie pour se guérir."

"Vivre en écolieu reste un choc intellectuel, c'est une vraie réévaluation d'une manière de vivre".

Julien Vey

Président et Co-fondateur de l'institut Supérieur de Design à Saint-Malo

Finalement, témoigne ému Gérald Duda "on ne ressent pas un manque de notre vie d'avant. Nous avons même parfois du mal à nous la remémorer tellement la coupure est radicale."

"C'est le lieu qui nous a réunis. C'est difficile de trouver un endroit qui se prête à une vie communautaire, et qui coche tous ses besoins vitaux : habitats, puits, sources, arbres, terres… Ça devient des perles rares."

Gérald Duda

Beaucoup d' écolieux mettent aussi en place des jardins partagés, des systèmes d’économie et de récupération d’eau. Ils mettent en commun certaines ressources comme par exemple la buanderie, un four à pain, les outils, des vélos ou encore les voitures. Et surtout, ils n’hésitent pas à s’échanger des savoir-faire. L’idée est d’être le plus autonome possible.

Beaucoup d' écolieux mettent aussi en place des jardins partagés, des systèmes d’économie et de récupération d’eau. Ils mettent en commun certaines ressources comme par exemple la buanderie, un four à pain, les outils, des vélos ou encore les voitures. Et surtout, ils n’hésitent pas à s’échanger des savoir-faire. L’idée est d’être le plus autonome possible. • © Gérald Duda

L'âge des habitants va de 6 à 62 ans. "La venue du couple de retraités apporte une cassure générationnelle, de la mixité à notre groupe de quarantenaires" déclare Gérald Duda. 

Apprendre à vivre avec moins 

Généralement, dans un couple, une personne garde son métier et l'autre se reconvertit vers un métier de l'autosuffisance pour exercer à mi-temps à l'écolieu.

" Ils sont complémentaires de leurs expériences passées et s'entraident pour avancer sur les objectifs communs. J'ai par exemple été missionné pour m'occuper du réseau pour que tout le monde dispose d'internet et de la wifi" raconte Gérald Duda. 

Ils travaillent ensemble sur l'habitation de chacun. Sur cette photo, deux habitants travaillent sur le toit de la maison de Jean-Paul et Nicole. Le projet d'autonomie vient en soutien économique à la perte financière d'un emploi à plein temps.

Ils travaillent ensemble sur l'habitation de chacun. Sur cette photo, deux habitants travaillent sur le toit de la maison de Jean-Paul et Nicole. Le projet d'autonomie vient en soutien économique à la perte financière d'un emploi à plein temps. • © Gérald Duda

Gérald savait qu'en venant vivre dans ce lieu excentré, il serait obligé de ralentir ses dépenses. "Je travaille comme autoentrepreneur dans l'informatique, fais la saison estivale avec mon food-truck et me suis engagé comme pompier volontaire. Ces choix me permettent de dégager beaucoup de temps. Ma compagne continue son métier de professeur de yoga à Kervillé et chez les gens. L'été, elle dispense des cours sur la plage, pour elle, c'est un plus ! " expose Gérald Duda.

Pour garantir la pérennité du projet, il est indispensable de pouvoir consacrer du temps aux tâches collectives. Elles sont nombreuses? jardinage, récolte, entretien…

Pour garantir la pérennité du projet, il est indispensable de pouvoir consacrer du temps aux tâches collectives. Elles sont nombreuses? jardinage, récolte, entretien… • © Gérald Duda

"Le projet d'autonomie est important. Il vient en soutien à la perte de revenus induit par le choix de vivre en écolieu. Ils baptisent ainsi leur modèle économique "village"" expose Guillaume Faburel, géographe, enseignant à Lyon 2.

L'autonomie énergétique, la mutualisation, la gouvernance partagée

À Kervillé, l'autoconstruction répond à certaines règles éthiques : sobriété, efficience, durabilité... dans ce cadre, chaque propriétaire est libre du choix de ses travaux ou investissements pour sa résidence. "Les techniques low-tech offrent de nombreuses possibilités pour un même projet. Afin de choisir l'option la plus performante, le collectif échange beaucoup et valide le choix final" expose Gérald Duda.

"On pousse à chaque fois la réflexion au maximum en exploitant les compétences des uns et des autres."

Gérald Duda

" Nous utilisons au maximum des matériaux respirants, biosourcés, qui ont une forte capacité d'inertie pour réduire le plus possible notre consommation d'énergie" expose-t-il.

Les murs de la maison de Gérald Duda sont tapissés de chaux-chanvre, recouvert d'un enduit chaux-sable, le sol de tomettes couvre une dalle de pouzzolane. La réhabilitation, l'écoconstruction des habitats répondent au maximum à une éthique de durabilité, de sobriété.

Les murs de la maison de Gérald Duda sont tapissés de chaux-chanvre, recouvert d'un enduit chaux-sable, le sol de tomettes couvre une dalle de pouzzolane. La réhabilitation, l'écoconstruction des habitats répondent au maximum à une éthique de durabilité, de sobriété. • © Gérald Duda

"Dans les écolieux, il y a un sentiment de bien-être attesté avec un bilan carbone deux à trois fois inférieur à nos vies urbaines accélérées".

Guillaume Faburel

Panneaux solaires, éolienne, la maison cherche sa plus grande autonomie énergétique.

Panneaux solaires, éolienne, la maison cherche sa plus grande autonomie énergétique. • © Gérald Duda

Un immense hangar d'environ 300 m² forme un grand atelier où les outils sont mis en commun. Tout autour, des box individuels de bricolage complètent cet ensemble. D'autres hangars permettent de stocker des matériaux.

Pour parfaire leurs connaissances et surtout s'ouvrir sur l'extérieur, de nombreuses conférences, évènements, animations sont proposées sur le site.

La vie au sein de l'écovillage est ponctuée de différents moments, individuels ou collectifs : des temps de travaux communs afin d'entretenir ou de faire évoluer le lieu, des petits évènements pour se retrouver tous ensemble autour d'un repas ou d'une animation, des grands évènements accueillant un public plus vaste. La notion d'ouverture sur l'extérieur et d'ancrage sur le territoire est très importante.

La vie au sein de l'écovillage est ponctuée de différents moments, individuels ou collectifs : des temps de travaux communs afin d'entretenir ou de faire évoluer le lieu, des petits évènements pour se retrouver tous ensemble autour d'un repas ou d'une animation, des grands évènements accueillant un public plus vaste. La notion d'ouverture sur l'extérieur et d'ancrage sur le territoire est très importante. • © Gérald Duda

L'autonomie alimentaire 

Un des habitants installé comme maraîcher exerce son métier sur l'écolieu et diffuse son savoir. Objectif, préserver la biodiversité tout en ayant un bon rendement. 

Leur priorité est de préserver la biodiversité tout en ayant un bon rendement.

Leur priorité est de préserver la biodiversité tout en ayant un bon rendement. • © Gérald Duda

Un lieu inspirant, un mode de vie du futur

Quand on fait le bilan, raconte Gérald Duda "On se rend compte que l'on a fait des choix douloureux en quittant nos amis, notre famille, notre région. Mais certains instants nous font tout oublier. Nous partageons des moments incroyables avec les autres habitants de l'écolieu, avec notre voisinage, notre entourage extérieur. J'ai mis de côté mon ego, ma façon biaisée de penser les choses. L'expérience est incroyable, nous vivons la vie de village de nos anciens avec des moyens contemporains."

" Les écolieux lieux sont plus des brèches que des bulles. C'est un détour par le passé pour faire modernité. Ce n'est pas un retour en arrière."

Guillaume Faburel

"Je me vois finir ma vie ici, entouré des gens qui sont là, pour vivre dignement. Je pense plus largement que notre modèle de société est la clé qui permettra de résoudre tous les problèmes tels que la violence, la pauvreté, le racisme et toutes les difficultés liées au dérèglement climatique qui arrive" conclut Gérald Duda.

 

Pour aller plus loin :

 

 

Murmuration des oiseaux

Par Le 01/11/2023

 

 

MURMURATION, UN PHÉNOMÈNE NATUREL

 

Le photographe allemand Daniel Biber a pris une scène étonnante, une nuée d’étourneaux formant elle-même un oiseau.

QU’EST-CE QUE LE PHÉNOMÈNE DE MURMURATION?

COMMENT ET POURQUOI SE FORMENT LES NUÉES D’OISEAUX ?

Le phénomène est plus connu sous le nom anglais murmuration mais est désigné agrégation en français. Cela définit un phénomène de rassemblement qui se produit lorsque plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’individus forment un incroyable nuage opaque dans le ciel.

Étourneaux sansonnet

Étourneau

Les oiseaux ne cessent de nous surprendre et les nuées d’oiseaux ne sont pas rares, surtout lors des grandes migrations vers le sud. Ils se donnent en spectacle dans le ciel, dans un ballet aérien parfaitement synchronisé. C’est le cas de l’étourneau qui est particulièrement sociable.

étourneau sansonnet

DES MASSES SOMBRES QUI VALSENT DANS LE CIEL.

UN BALLET TOUT À FAIT GRANDIOSE MAIS QUI N’EST PAS CHORÉGRAPHIÉ PAR SIMPLE PLAISIR.

Les étourneaux vivent en groupe la majorité de l’année, excepté durant la période de reproduction où ils vivent plutôt en couple. La raison essentielle de ces regroupements serait la défense contre les prédateurs. Il s’agirait d’une stratégie de survie.

Selon les chercheurs, la formation de nuée permettrait de collecter plus efficacement l’information. L’ensemble du groupe bénéficie d’une information que chacun de ses membres fournit, mais à laquelle il n’aurait pas accès seul.

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DES MILLIERS D’OISEAUX VOLANT À QUELQUES CENTIMÈTRES DE DISTANCE!

ALORS, COMMENT FONT-ILS POUR NE PAS ENTRER EN COLLISION?

L’AUTO-ORGANISATION

Ils fonctionneraient comme un seul organisme et seraient reliés entres eux, chacun réagissant au comportement de ses sept voisins les plus proches. Il n’y aurait aucun leader et la taille de la nuée n’aurait aucune incidence.

N’importe quel oiseau peut amorcer le changement de direction. Chaque oiseau réagit aux mouvements de ses voisins les plus proches et de manière quasi instantanée. Il se produit alors un effet d’ondes à travers la masse. Le mouvement devient progressif à l’échelle du groupe comme un effet domino pour une parfaite synchronisation.

PEU IMPORTE LE NOMBRE D’OISEAUX, LA CHORÉGRAPHIE EST PARFAITEMENT SYNCHRONISÉE.

Oies des neiges

Des chercheurs de l’université de Rome La Sapienza, dirigés par Andrea Cavagna, ont filmé les vols d’étourneaux et analysé leurs trajectoires en 3D. Ils ont démontré que ces nuées d’oiseaux forment des nappes vivantes qui se replient sur elles-mêmes, comme une feuille de papier souple.

Les chercheurs ont aussi mis en évidence deux types de réactions comportementales entre eux: l’attraction et l’alignement, qui fonctionnent comme des ressorts. Selon leur force et la façon dont elles se combinent, le groupe sera sensible à un infime changement de comportement. D’où un déplacement rapide et cohérent.

En formant une masse compacte, il devient plus difficile pour un rapace de les attaquer. Si un étourneau détecte un faucon, il part dans une direction et le groupe le suit. Le groupe développe un comportement de défense collective. Le rapace risquerait lui-même de se blesser en fonçant dans la nuée d’oiseaux en vol. Cette stratégie s’avère particulièrement ingénieuse et efficace. Mais, attention à ceux qui se retrouveront hors de la nuée! Ils deviendront alors des proies facilement atteignables.

étourneau sansonnet

Les étourneaux vocalisent par des sifflements et des gazouillis mais ils sont aussi de grands imitateurs vocaux. Ils peuvent imiter plusieurs autres espèces d’oiseaux. Jusqu’à 20 espèces différentes dont le Pluvier kildir, la Sturnelle des prés, la Buse à queue rousse, le Merle d’Amérique, le Pic flamboyant, et bien d’autres.

Étourneau sansonnet

L’ÉTOURNEAU FAIT PARTIE DE LA LISTE DES ESPÈCES LES PLUS DANGEREUSES POUR L’AVIATION AUX ÉTATS-UNIS.

Des étourneaux ont déjà été à l’origine d’accidents aériens, comme lors du vol 375 d’Eastern air lines, qui s’est écrasé en 1960 à Boston, causant la mort de 62 personnes, après qu’une nuée d’étourneaux ait été aspirée dans ses réacteurs.

Bien qu’il y ait environ 200 millions d’étourneaux en Amérique du Nord, ce sont tous les descendants d’une centaine d’oiseaux (60 en 1890 et 40 en 1891) relâchés dans le Central Park de New-York, par une société littéraire qui souhaitait que l’on y retrouve toutes les espèces d’oiseaux mentionnées dans les œuvres de William Shakespeare.

Jarwal le lutin : un ancien article.

Par Le 31/10/2023

Cet article-là, je l'avais complètement oublié. C'est un ami lecteur qui me l'a renvoyé. Il y avait un PDF à télécharger mais il ne fonctionne plus :( Jarwal avait été publié, il y a longtemps, mais la maison d'édtion a déposé le bilan quelques semaines après... Malversations dans les comptes,  liquidation judiciaire...Hop, retour de Jarwal dans les tiroirs. Mais dans ma tête, il était toujours là et j'ai écrit trois autres tomes.

Au premier semestre 2024, mon éditrice actuelle, les éditions du 38, va publier le tome 1, avec une nouvelle couverture bien entendu.  

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Interview de Thierry LEDRU

  

POSTED BYNATHALIE DAMIDE

11 NOVEMBRE 2011

DANS POSTED ININFOS / INTERVIEWS

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Auteur de JARWAL Le Lutin. Bien plus qu’un ouvrage parlant du Petit Peuple.

(DR Photo Nathalie Damide Baldji) Un article de : Nathalie Damide Baldji

 Interview de Thierry Ledru

 

Auteur de Jarwal, le lutin, Thierry Ledru est enseignant et écrivain et pour l’un comme pour l’autre de ses métiers, qui sont aussi bien pour lui des vocations et des passions, il ne rentre pas dans le cadre.

Hors cadre donc, et d’autant plus attachant, cet auteur installé en Savoie nous ouvre son Univers emprunt de philosophie, de militantisme et d’amour de la vie.
 

L’Interview de l’auteur  de JARWAL LE LUTIN , Thierry LEDRU 

Télécharger le MP3

à découvrir aussi, Le QUI SUIS-JE de Thierry Ledru

Nom prénom ou l’inverse : Thierry LEDRU

Année de naissance : 1962

Lieu de naissance : QUIMPER

Lieu de vie : PRESLE

Situation de famille : marié, 3 enfants : Marine 22 ans, Rémi 20 ans, Léo 18ans

Signe(s) particulier(s): On me dit "solitaire". Au lycée, on m’appelait Maverick. (jeune veau qui s’isole du troupeau dès qu’il est sevré.)

J’aime : LA TERRE

Je n’aime pas : LES HOMMES QUI DÉTRUISENT LA TERRE

Mon dicton préféré : Ne t’invente pas des armées d’ennemis pour excuser tes propres faiblesses.

Ma recette de cuisine préférée : Les crêpes
 
Mon film ou/et dessin animé : Seul au monde / le roi et l’oiseau.

Si j’étais un super héros ou personnage de légende:  Rahan

Ville ou campagne ?  Campagne

Montagne ou mer ?  Montagne

Café ou thé à la menthe ? Café

Mon animal préféré : J’aime tous les animaux.

Mon livre de chevet : "Se libérer du connu" de Krishnamurti.

 Ma meilleure blague : Je suis nul en blague.

Dictée ou tables de multiplications? Dictée

Soupe ou bonbon ? Soupe au retour d’une course en montagne, en hiver.

123 soleil ou ballon prisonnier ? Ballon prisonnier.

Ma chanteuse/ou chanteur préféré ? Léo Ferré.

Mon Walt Disney préféré ? Le livre de la jungle.

 

 

"Nous voulons des coquelicots"

Par Le 29/10/2023

 

 

Nous voulons des coquelicots !

 

https://jardinerbioblog.com/2019/02/08/nous-voulons-des-coquelicots/

 

C’est d’un appel à la résistance pour l’interdiction de tous les pesticides dont je vais vous parler dans cet article.

Figurez-vous qu’une amie m’a offert le manifeste Nous voulons des coquelicots écrit par Fabrice Nicolino (journaliste à Charlie Hebdo) et François Veillerette (enseignant) . Je suis tombée des nues en le lisant. D’une, parce que ce livre dénonce clairement la désinformation pratiquée par le lobby des pesticides (et nos politiques) mais aussi parce que je me suis rendue compte qu’il y a beaucoup moins d’insectes qu’avant. Tenez, par exemple sur les vitres de vos voitures, vous ne trouvez pas qu’il y a moins de moucherons à venir s’y écraser ? Les deux auteurs nous plongent également en 1875 où un scientifique n’avait qu’à soulever une pierre pour y trouver des grillons… Maintenant, et il n’y a que cent ans de différence, les petites bêtes sous les pierres sont quasi-rares. Cela mérite réflexion non?

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D’ailleurs, nul besoin de revenir un siècle en arrière : rappelez-vous de votre enfance. Ne voyions-nous pas davantage d’oiseaux et d’insectes butineurs ? De guêpes prêtes à nous gâcher le pique-nique ? Plongez dans vos souvenirs (et dans les petits désagréments causés par les petites bêtes) et vous vous rendrez compte que vous ne pourrez pas troquer vos expériences de naguère contre celles d’aujourd’hui. Vous vous allongiez dans l’herbe et voilà t’y pas que vous aviez déjà une ou deux bestioles en train de vous courir sur le jean. Et les doryphores sur les plants de patates chez papy ? Disparus !

Il n’y a qu’une poignée d’années de différence et c’est déjà flagrant ! Mais que s’est-il passé ? Les pesticides bien sûr, la course à la productivité et l’urbanisation : où sont les abeilles ?

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Petit synopsis

Les deux auteurs racontent comment, après la seconde guerre mondiale et la naissance du premier pesticide (le DDT), les lobbys ont su mentir éhontément à la population pour faire vendre leurs pesticides et comment ils ont réussi à faire pression sur les politiques pour qu’ils freinent au maximum les interdictions. Le pire : quand un pesticide est interdit (moi lectrice je me suis dit « ouf, ça y est, on est en sécurité ! ». Eh bien non !) c’est dix autres pesticides tous plus nocifs les uns que les autres qui arrivent sur le marché ! De plus, l’opacité scientifique dont font preuve les firmes qui commercialisent les pesticides (qu’elles appellent produits « phytosanitaires ». Oui ça fait plus propre, plus « médicament », voyez l’ironie) est aberrante. Elles payent des scientifiques pour qu’ils publient des rapports démontrant par a+b que leurs produits ne sont pas toxiques ! Et lorsque des scientifiques indépendants démontrent le contraire, tous les politiques – la justice même – prônent la diffamation et condamnent celui qui détenait la vérité.

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S’informer des dangers de manipulation des produits phytosanitaires (ça fait envie !)

Quels pesticides ?

1945 : le DDT. C’est la poudre insecticide qu’on balançait sur les cultures et sur les juifs sortis des camps (cela a sauvé Primo Lévi du typhus). Or on sait maintenant que le DDT était cancérogène.

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1945 : pulvérisation de DDT directement sur les baigneurs (ici un enfant) pour les « protéger » contre les moustiques.

1951 : le chlordécone. Commercialisé sous le nom de Kepone, il nuit à la reproduction et conduit à des maladies neurologiques. Quand est-il interdit ? Seulement en 1976 en Amérique et, avec le pouvoir des lobbys, en 1989 en France ! Pourquoi ? parce qu’on lui a trouvé un petit remplaçant. Ce pesticide utilisé massivement dans les bananeraies en Martinique et en Guadeloupe provoque encore aujourd’hui de nombreux cancers (de la prostate) au sein de la population.

Années 1960 : premiers épandages de l’« agent orange » sur la forêt vietnamienne. Il est constitué de deux herbicides (joyeux cocktail) les 2,4,5-T et le 2,4-D. Résultat ? 60 ans après, le poison épandu à cette époque a encore des répercussions sur les 3e voire 4e générations qui souffrent d’une quinzaine de pathologies souvent lourdes.

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C’est en 1962 que paraît le livre de Rachel Carson Printemps silencieux (Silent spring) dans lequel cette biologiste de la mer y décrit un monde où même les oiseaux ont disparu tout simplement parce que « pour la première fois dans l’histoire du monde, l’homme vit au contact de produits toxiques, depuis sa conception jusqu’à sa mort ». Ces produits pénètrent dans l’intimité de nos cellules et provoquent des troubles qui diminuent notre durée de vie. Mais alors que faire ? Nous renseigner sur leur pouvoir et sur leur nature puisqu’ils restent dans le sol pendant des années et que nous finissons par les manger, les boire et les respirer. Bien sûr, cet appel à la vigilance sera spolié par les lobbys, parodié par Monsanto qui publiera L’année de la désolation inventant un scénario catastrophe pour discréditer l’ouvrage de Rachel Carson : le monde est ravagé par la famine, les maladies et les insectes parce que (sommes-nous bêtes ?) nous avons fait interdire les pesticides ! C’est le début de la désinformation.

Le glyphosate est mis sur le marché en 1975.

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En 1992, le Gaucho (fameux néonicotinoïde qui tue nos abeilles) obtient une autorisation de mise sur le marché. C’est un insecticide systémique (c’est-à-dire qu’il est présent dans la sève de la plante). Or, les abeilles qui butinent les fleurs en ingèrent avec le pollen et en meurent, touchées au cœur de leur système nerveux. C’est en avril 2018 (c’était hier) que trois néonicotinoïdes sont interdits. On se dit que c’est bien enfin ? Non. Parce que deux autres font leur arrivée sur le marché et sont loin d’être interdits : le Closer et le Transform, tous deux à base de sulfoxaflor (néonicotinoïde).

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Un apiculteur tenant dans ses mains les cadavres de ses abeilles.

Et maintenant ?

En ce moment, on se bat contre le glyphosate (molécule appartenant à la firme Monsanto qui les met en vente sous le fameux roundup). Mais cette firme a réussi à faire freiner l’interdiction de son produit qui est sur le marché depuis au moins quarante ans (alors qu’on savait depuis le départ de sa mise sur le marché qu’il était nocif pour les êtres vivants). Pourquoi c’est si long ? Le principal syndicat des agriculteurs (la FNSEA) le présente comme indispensable pour garder une productivité et être compétitif sur le marché. De plus, Monsanto gagne du temps en faisant traîner ses procès ce qui lui permet d’engager un processus pour créer un nouveau pesticide avec une autre molécule que le glyphosate.

Pour preuve de la désinformation dont nous sommes victimes, regardez les publicités mensongères de l’époque pour vanter les mérites du roundup et prôner l’absence de danger pour l’environnement ! Or maintenant pour manipuler ce type de produit, il faut mettre une protection spéciale !

Publicité roundup : l’une avec un agriculteur qui en vante les mérites et la deuxième ci-dessous !

Les néonicotinoïdes tuent les abeilles et les apiculteurs sont en détresse :

Pollution des sols, de l’eau, de l’environnement :

Le DDT est encore présent dans des sédiments des cours d’eau (45 ans après son interdiction, imaginez sur les êtres vivants). Pour les autres produits, les politiques se gardent bien de demander des analyses mais on se doute bien qu’ils ne sont pas biodégradables.

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Ne perdons pas espoir, les abeilles sont toujours là !

Pour aller plus loin

Si vous voulez poursuivre la réflexion vous pouvez aller voir le site de Fabrice Nicolino « Planète sans visa ». Il propose une réflexion sur l’actualité en adoptant une autre perspective : une autre façon de voir la même chose.

Le numéro spécial de Charlie Hebdo sur les pesticides.

Le précédent ouvrage écrit par ces deux mêmes auteurs : Pesticides. Révélations sur un scandale français. Ils y dénoncent le scandale des pesticides en France. Rappelons que malgré les différentes mesures censées limiter l’utilisation de pesticides, les vignes à champagne sont aspergées plus de 19 fois par an, c’est en moyenne 34 fois de suite sur les pommes et pas loin de 18 fois sur les pommes de terre (seulement 12 fois sur les tomates, réjouissons-nous)…

Le reportage sur arte Le roundup face à ses juges (sur le procès de Monsanto).

Envoyé spécial. Glyphosate, comment s’en sortir ? Ce reportage démontre que nous avons tous du glyphosate dans le sang, qu’il est responsable d’une épidémie d’infection rénale qui a touché le Sri Lanka obligeant le gouvernement à l’interdire : des milliers de paysans sont sous dialyse parce que leurs reins ne fonctionnent plus… Ils travaillaient dans des rizières et buvaient l’eau infestée de pesticides : personne ne leur avait dit que ce produit était dangereux. Normal, pour les firmes, il ne l’est pas et des scientifiques se sont fait graisser la patte pour prouver que le glyphosate est sans danger pour la santé.

Attention, restez critiques, ce n’est pas parce qu’une firme de pesticides est en procès (qu’ils vont perdre), qu’on sera débarrassés de tous les pesticides. Ce manifeste m’a montré que ces firmes cherchent à gagner du temps pour d’une part, écouler leurs produits et d’autre part, trouver une autre recette pour laquelle il faudra encore des années et des années de contre-expertises, de laboratoires non compromis par la firme pour démontrer que c’est bel et bien dangereux pour la santé !

Et après ?

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Signez la pétition « Nous voulons des coquelicots » pour revoir fleurir nos champs et interdire l’usage des pesticides. Ces fleurs nourrissent les abeilles, produisent des graines qui nourrissent les oiseaux.

Cet appel ne consiste pas seulement à signer la pétition mais également à ce que chacun se révolte à sa façon contre l’utilisation des pesticides ! Ce peut être en semant des coquelicots, en accrochant un dessin de coquelicots au bas de sa fenêtre ou en se rejoignant au moins tous les mois pour une immense marche.

Pourquoi le coquelicot comme emblème ? « Parce que cette fleur est belle. (…) Les pesticides en ont tué des milliards de milliards. Le coquelicot est donc fragile, et rare désormais, sauf en quelques lieux épargnés. Mais il est aussi résistant, capable en une saison de libérer des dizaines de milliers de graines. Dans l’universel langage des fleurs, le coquelicot est à la fois consolation, passion ardente et fertilité. Que pourrait-on souhaiter de plus au monde ? » (Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino et François Veillerette).

 

Agriculture syntropique

Par Le 29/10/2023

 

Agriculture syntropique, qu’est-ce que c’est ?

 

https://jardinerbioblog.com/2022/06/16/agriculture-syntropique-quest-ce-que-cest/

Après la permaculture je vous parle encore d’un truc de bobos écolos, non ?

Si la ferme du Bec-Hellouin est de la permaculture appliquée à grande échelle, la syntropie fait de même mais avec d’autres méthodes.

Des principes qui lui permettent d’accélérer les processus naturels en divisant le temps par 10, ça vous parle ? Moi ça m’a l’air immense mais – vous vous en doutez – ça reste abstrait !

En accélérant ainsi le temps, ce système exploite au mieux la lumière du soleil sur chaque plante et garde un maximum d’humidité au sein de l’écosystème.

Intrigant. Peut-on reboiser le désert ?

L’agriculture syntropique à l’initiative d’un homme

 

Oui tout commence toujours par un homme… C’est dingue…!

Ernst Götsch (Suisse) installé au Brésil y a acheté une ferme en 1984 : un vrai désert.

C’est truqué, non ? C’est photoshop ? Attends, je reconnais cette colline-là, non… ?

En près de 30 ans, le paysage est transfiguré. Pourtant, Ernst n’a fait que reproduire les stades successifs présents dans la nature. Sauf que, couplés avec l’intelligence humaine, il les a accélérés et a, du même coup, donné naissance à l’agriculture successionnelle, autrement dit : la syntropie.

Le principe de la syntropie dans la nature

Ha, nous y voilà enfin ! Comment ça fonctionne dans la nature tout ça ?

Tout d’abord, la nature est bien faite et elle tend à chaque fois à devenir une forêt (oui c’est sa petite marotte).

Sur la terre apparaissent d’abord :

des plantes pionnières (les mousses, les herbes…) : c’est la phase placenta.

des plantes à croissance plus lente (des arbustes comme des genêts par exemple) : c’est la phase secondaire.

puis des plantes qui occupent la forêt pendant des millénaires (les chênes dont les graines étaient protégées des prédateurs dans le roncier) : c’est la phase climax.

C’est Ernst Götsch qui a donné un nom à chacune de ces trois phases qui correspondent à des strates de végétation : la strate herbacée (la phase placenta), la strate arbustive (la secondaire) et la strate haute (le climax).

Voici un exemple de feuille de route de l’agriculteur syntropique.

Vous savez maintenant tout sur la succession des plantes dans l’écosystème.

Maintenant, sachez aussi qu’il y a trois stades d’évolution de la végétation dans la nature : la colonisation, l’accumulation et l’abondance.

La colonisation. C’est l’installation de la vie : ici pousse des plantes qui peuvent grandir en milieu hostile (peu de terre…).

L’accumulation. C’est un système peu diversifié avec des espèces qui produisent beaucoup de bois (lignine) et peu d’azote (les arbres et les plantes qui ont des petites feuilles). Cette accumulation de bois va engranger de la matière organique dans le sol. Au bout d’un moment, toutes ces réserves de matière organique, accumulée puis décomposée, seront disponibles en quantité pour les végétaux qui produiront enfin de l’azote.

L’abondance. C’est la phase suivante, l’efficacité de la photosynthèse va arriver à son maximum, les végétaux créent de grandes feuilles. Les grands herbivores apparaissent et viennent perturber le système. Le cycle recommence avec à chaque fois une augmentation de la fertilité du milieu.

C’est en étudiant ces stades qu’Ernst a déterminé l’importance de la taille.

L’agriculture syntropique

Ernst Göstch a trouvé une manière d’accélérer ce processus naturel pour aller plus rapidement vers un système d’abondance.

Ernst Götsch dans son exploitation

Le but d’Ernst sera de choisir d’implanter des végétaux (ou de semer) pour pouvoir occuper chacune des 4 strates végétatives : la strate herbacée, arbustive, la strate haute (canopée) et la strate émergente.

L’importance du mulch en agriculture syntropique

Mulch is never too much !

Autrement dit, il n’y a jamais trop de mulch quand on démarre en agriculture syntropique ! Le mulch c’est un paillage de bois broyés (ou coupés en fins morceaux). Et comment on produit du mulch ? En taillant un maximum (au début on a le droit de l’importer).

Agricultrice syntropique en pleine opération de taille. Admirez les résidus au sol.

Comment cultiver en syntropie ?

Tout d’abord, le stade de colonisation n’est pas à faire : nous arrivons sur un terrain qui est déjà dans le stade d’accumulation.

Vous choisissez une culture primaire, celle qui vous intéresse, que vous voulez ardemment récolter. Comme j’adore les framboisiers, on va dire que votre culture primaire ce sont les framboises.

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Bien. Maintenant vous allez exploiter l’ensemble des 4 strates avec d’autres cultures. Entre les framboisiers (strate arbustive) vous cultivez des légumes (ils joueront le rôle de la strate herbacée), mais aussi des arbres fruitiers (strate haute) et des arbres plus hauts qui constitueront la strate émergente (si vous n’avez pas la place, ce n’est pas grave vous pouvez oublier cette strate).

C’est tout ? Non ! Vous taillez au maximum vos arbres fruitiers, vous sursemez vos légumes pour en couper pas mal (en laissant les racines dans le sol) : tous les résidus de coupe seront taillés et laissés au sol. Ils apporteront énormément de carbone : le sucre lent du sol !

Pour les framboisiers, votre récolte primaire ? Vous les taillez normalement. La taille de toutes ces plantes alentours leur enverra l’information qu’il faut produire car ils risquent d’être taillés !

La syntropie questionne notre manière de jardiner : certes nous récolterons des légumes au milieu de nos framboises mais peu par rapport à ce qu’on a semé/planté. Certaines plantes n’auront été semées que dans le but de produire de la matière organique, sans leur donner le temps de grandir !

Pourquoi faut-il tailler ?

Ça vous questionne ? Moi aussi !

Pourquoi devons-nous à ce point intervenir et perturber nos plantations ? Nous provoquons fréquemment un rajeunissement du système (coupe de branches, taille des arbres, suppression d’individus…). Ce faisant, nous accélérons le processus qui se fait naturellement mais qui prend des décennies. Encore sceptiques ? Cette pratique a d’autres nombreux effets :

Elle maintient les arbres taillés à outrance dans un état de repousse permanente.

Via les racines et le réseau mycorhizien, les arbres informent les autres plantes de la situation : il faut produire !

Avec la taille, les arbres restent en état d’adolescence et n’entrent pas en sénescence (vous voyez les trognes ? Eh bien, ces arbres vivent plus longtemps que ceux qui sont rarement taillés).

Elle fait libérer aux arbres des hormones de croissance qui profitent à toutes les plantes.

Elle augmente la production de matière organique au sol (avec les résidus de taille) : les plantes puisent plus rapidement des minéraux dans le sol et repoussent plus vite : un cercle vertueux.

Elle est stratégique car elle permet de faciliter la croissance de nos espèces primaires en leur fournissant de la lumière.

Elle nous permet de maintenir la stratification du système.

Maintenant que vous savez ce que c’est l’agriculture syntropique, c’est bien joli mais vous n’avez pas envie de tester ça dans votre jardin (ou votre champ, chanceux que vous êtes) ? 

 

Une photographie collector

Par Le 28/10/2023

Je mets cet article ici car je trouve magnifique la photographie des 177 acteurs et actrices et que c'est un très bon exercice de mémoire. ^^

L'article est passionnant quand on aime le cinéma.

 

ÉPISODE 9 : DUOS DE REALISATEURS POUR 177 ACTEURS

 

1 NOVEMBRE 2019  

https://plumesdecine.wordpress.com/2019/11/01/episode-9-duos-de-realisateurs-pour-177-acteurs/?

 

 

© Christopher Poulain

« La photo des acteurs reste, (…) l’un des moments les plus forts de toutes ces années-là. »

ACTEURS/PHOTOS

Venons-en à la photo des 177 acteurs du cinéma français dans le numéro du premier anniversaire de Studio, en février 1988. Qui en a eu l’idée ?

Jean-Pierre Lavoignat. Marc, bien sûr ! Il avait l’idée de cette photo qui réunirait tous les acteurs du cinéma français depuis un certain temps, un peu à l’image des photos que faisaient jadis les studios américains – sauf que pour eux c’était plus facile : les acteurs étaient sous contrat ! Il a même envisagé un moment l’organiser pour le lancement de Studio, il souhaitait que ce soit l’axe du film de pub de lancement. C’était trop compliqué à mettre sur pied, et on n’avait pas assez de temps. Il a relancé l’idée pour le premier anniversaire de Studio, sans être sûrs qu’on arriverait au bout.

Marc Esposito. Il fallait qu’ils soient tous disponibles le même jour à la même heure ! Ça ne pouvait donc être qu’un dimanche. Dès le mois de septembre 87, on a envoyé des lettres aux 20 acteurs les plus importants, en leur proposant des dates, on s’est décidé pour le jour qui avait été le plus souvent choisi. Ensuite, on a envoyé une lettre à tous les autres acteurs, en leur disant :  »Le dimanche 10 janvier, à telle heure, à tel endroit, on fait une photo de tous les acteurs français réunis. Nous espérons que vous pourrez être parmi nous. » La bonne idée est venue de Christine Levreau, notre RP. Elle a proposé de monter un partenariat avec les taxis G7, qui appartenaient à Rousselet, le boss de Canal, notre actionnaire, afin qu’il y ait un taxi en bas du domicile de chacun des acteurs le même dimanche matin, à la même heure. Résultat : tous ceux qui avaient dit qu’ils viendraient sont venus, vu qu’un taxi les attendait en bas de chez eux !

JPL. Il y a quand même eu quelques défections de dernière minute : Christophe Lambert qui s’était blessé trois jours avant sur un tournage et était encore à l’hôpital, Sophie Marceau, qui était partie au Japon, Daniel Auteuil, pour je ne sais plus quelle raison…

ME. Ça, moi je m’en souviens ! Il vivait alors avec Emmanuelle Béart, qui avait refusé de venir parce qu’elle n’avait pas digéré je ne sais plus quel petit coup de griffe que j’avais écrit sur elle, et le matin de la photo, pendant qu’il se préparait, elle lui avait fait une scène pour qu’il ne vienne pas ! C’est lui qui te l’a raconté plus tard… Ce qui est drôle, c’est que quand le numéro est paru, Auteuil était l’invité de Drucker dans une émission, Drucker a montré la photo, en lui demandant pourquoi il n’y était pas. Et Auteuil a répondu :  »Si si, j’y suis, cherchez bien… » Ah ah ah !

Il n’y a ni Belmondo, ni Delon…

JPL. Belmondo venait de finir les représentations de Kean, qu’il avait joué jusqu’à l’épuisement et il m’avait dit :  »Rien au monde ne me fera rester à Paris. Donc, c’est une très bonne idée, mais ne comptez pas sur moi, je n’en peux plus, j’ai besoin de soleil ! » Si Belmondo était venu, c’est sûr que Delon serait venu aussi. Delon nous avait fait téléphoner quelques semaines avant pour nous dire qu’il ne pourrait pas être disponible car il avait un rendez-vous en Allemagne avec des businessmen japonais (!) et qu’il regrettait car c’était une belle idée. Marc m’avait dit :  »C’est du pipeau ! » Je ne voulais pas le croire. Le jour de la photo – qui s’était éternisée ! – on débarque, Marc, moi et quatre ou cinq autres de l’équipe, à 3 heures de l’après-midi à la Brasserie de l’Alma, un des restos cinéma de l’époque, pour déjeuner. Je pousse la porte, et qui je vois assis fond de la salle ? Delon ! C’est moi qui ai détourné le regard, tellement j’avais honte… pour lui ! On est restés en froid pendant longtemps après cette histoire. Mais cela ne nous a pas empêchés, des années plus tard (en avril 96), de lui proposer de faire la couverture, avec Olivier Martinez (Delon avait failli jadis faire Le Hussard sur le toit, et Martinez venait de le tourner), d’un Spécial Cinéma français. Il avait été adorable pendant la séance photos. Mais on s’est refâchés dés la sortie du numéro, car il n’a pas apprécié que je lui annonce quelque temps avant la parution qu’on avait décidé, en chemin, de faire deux autres couvs pour ce numéro-événement : Béart et Binoche, alors considérées comme rivales, et la bande du Splendid réunie pour la première fois sur la même photo depuis une éternité. Et puis on s’est réconciliés à nouveau sur le tournage du Leconte, Une chance sur deux... Ensuite, on a enfin eu des rapports normaux. Et il a été très coopératif et très amical quand je me suis occupé de l’expo Romy Schneider. La photo des acteurs reste, pour moi, et je suis sûr que c’est pareil pour Marc, l’un des moments les plus forts de toutes ces années-là. 177 acteurs avaient donc répondu présents En plus, ce qui était génial, c’est qu’ils étaient très heureux d’être là. Ils ne voulaient plus partir ! Après la photo, ils étaient restés longtemps à papoter autour du buffet. Ils étaient détendus parce qu’ils étaient venus juste pour une photo : pas de remise de prix, pas de projo, pas de promo, juste une photo de famille… Il y a eu des moments magnifiques : Bernadette Lafont s’est précipitée sur Jean Marais pour lui dire qu’elle l’aimait depuis toujours, Noiret a déclaré la même chose à Denise Grey. Et Girardot… Elle nous avait d’abord dit non, elle nous avait même raccroché au nez quand on l’avait appelée pour la relancer ! Marc et moi lui avions écrit une lettre…

ME. … c’est dingue, le nombre de lettres qu’on a écrites pendant toutes ces années !

JPL. …pour lui dire à quel point elle nous avait fait aimer le cinéma quand on l’avait vue dans ses films des années 60-70. Elle est finalement venue, et est restée longtemps après à bavarder avec les uns et les autres. En partant, elle m’a dit :  »Vous avez bien fait d’insister. Je croyais que le cinéma français ne m’aimait plus. J’ai eu la preuve du contraire. » Comme aux César quelques années plus tard, les pleurs en moins. Anouk Aimée, elle, ne répondait pas à nos lettres. Tous les deux, on l’a invitée à déjeuner au Prince de Galles, on lui a fait un énorme numéro de charme…

ME. Surtout toi ! Ah ah ah !

En plus de la photo d’équipe avec les 177 acteurs, il y a eu aussi celle-ci. Avec le petit chien de Juliette Binoche (et Leos Carax), tout conforme au dress code désiré pour la photo : noir et blanc

JPL. Elle nous a promis de venir. Et… elle n’est pas venue ! Charlotte Rampling nous avait dit oui. Mais le jour J, le taxi nous a appelés pour nous dire qu’il n’y avait personne devant son domicile. On lui a alors laissé un message sur son répondeur, elle n’a pas décroché mais elle est venue. Micheline Presle est arrivée la dernière car elle avait voulu venir avec sa propre voiture et s’était perdue ! Quand Deneuve est arrivée, je suis allé l’accueillir, et elle m’a demandé :  »Philippe est là ? Et Yves ? Et Gérard ? – Ils sont là tous les trois. » Noiret, Montand et Depardieu étaient là, elle était rassurée, elle n’était pas la seule star… On avait passé des nuits à faire « le plan de table », en tenant compte de tas de paramètres : les jeunes, les vieux, les stars, les pas stars, les hommes, les femmes, ceux qui avaient eu une histoire entre eux, ceux qui ne s’aimaient pas…

Photo des 177 acteurs (avec Sylvie Gonthiez)

ME. C’était compliqué parce que, sur des gradins, ceux du premier rang en bas étaient beaucoup plus en évidence que ceux qui étaient tout en haut. On leur avait demandé d’être tous habillés en noir. Sous le noir, seul le blanc était accepté pour les chemises, écharpes, tee shirts. Ils avaient tous joué le jeu. Personne n’est arrivé avec une chemise rouge, en disant :  »Désolé, j’ai oublié… »

JPL. A l’entrée du studio, on avait affiché le plan, avec tous les noms dans les cases, c’est comme ça qu’ils ont découvert où ils étaient placés, à côté de qui on les avait mis.

Photo des 177 acteurs – le placement

ME. J’avais continué de bosser sur ce plan toute la nuit, j’étais venu au studio sans avoir dormi, direct du bureau !

JPL. Je me souviens, Montand m’avait dit :  »J’ai vu que je suis au cinquième rang. Qui tu as mis au premier, petit ? »  Je lui ai dit :  »Jean Marais, Charlotte Gainsbourg, Bernard Blier, Bernadette Lafont, Denise Grey, Christophe Malavoy, Thierry Frémont… » Il a compris qu’on n’avait pas fait un placement « hiérarchique », et il n’a fait aucun commentaire. L’idée qui a résolu tous les problèmes, c’est que comme tout le monde savait qu’on était très amis avec Depardieu, qui était au top, on l’avait placé très haut, donc très mal. Du coup, personne ne pouvait se plaindre.

ME. Ce qui est génial, surtout, c’est qu’on ait pu faire ce coup-là à Depardieu, sans qu’il le prenne mal. Beaucoup, à sa place, auraient mal réagi :  »Quoi ? Je suis pote avec les boss, et ils me placent comme une merde ?! »

JPL. A l’époque, il tournait Camille Claudel. Il a la tête de Rodin sur la photo. Le lendemain de la photo, il a engueulé Adjani parce qu’elle n’était pas venue, qu’elle s’était privée d’un moment incroyable, que c’était un truc unique. Il y en a même d’autres qu’on n’avait pas invités, qui nous avaient appelés pour en être, on n’avait pas osé leur dire non.

Essai N°1 de couverture pour le numéro anniversaire de Studio dans lequel figurait la photo dite des 177 acteurs

Essai N°2 de couverture pour le numéro anniversaire de Studio dans lequel figurait la photo dite des 177 acteurs

RENCONTRES  CINÉASTES

Pour Studio, vous organisiez des rencontres entre des cinéastes. Comment les organisiez-vous ? En fonction des affinités qu’avaient les réalisateurs les uns avec les autres ?

JPL. Des fois oui, des fois non. Il est sûr que faire se rencontrer Scorsese et Tavernier pour le n° 1, ce n’était pas le plus compliqué. Ils se connaissaient et s’appréciaient. Idem pour la rencontre Corneau-Eastwood au moment de Bird. Corneau était tellement généreux, il aimait le cinéma des autres, ce qui n’est pas le cas de tous les cinéastes, loin de là ! De fait, on l’a beaucoup mis à contribution ensuite : avec Jean-Jacques Annaud, avec Beineix et Zulawski, avec Stephen Frears, avec Tavernier. Une des rencontres qui m’a le plus marqué, c’est celle de George Miller et George Lucas. Cette année-là (1988), Miller est membre du jury à Cannes et Lucas y présente sa dernière production, Willow. Tout le monde nous dit :  »Vous rêvez, vous ne les aurez pas ! ». En plus, ils ne se connaissaient pas. J’insiste. Finalement, leurs attachés de presse françaises nous ont soutenus et ont obtenu un OK pour 45/50 minutes d’entretien. On les rejoint, Christophe (d’Yvoire) et moi, à l’Hôtel du Cap. Au bout de 30 minutes, c’est comme si on n’était plus là. Ils parlent entre eux, comparent les mythes, évoquent les ouvrages de Joseph Campbell, le grand spécialiste américain de la mythologie. Leur dialogue a quasiment duré trois heures !

Georges Lucas Georges Miller Cannes 88 © C. d’Yvoire

Pourquoi ces rencontres se sont-elles arrêtées ?

JPL. Parce qu’on a épuisé un peu nos idées et aussi parce qu’on a eu de plus en plus de mal à trouver des metteurs en scène prêts à jouer le jeu.

ME. Bruno Dumont – Pascale Ferran, ça fait moins rêver ! Il y avait beaucoup de grands metteurs en scène à l’époque, ce qui n’est plus le cas.

Vous avez fait dialoguer Sautet avec Blier, Woody Allen avec Agnès Jaoui, Scorsese avec Kurosawa, Louis Malle avec Kieslowski, Coppola avec Lucas, Sidney Lumet avec Chouraqui, Tarantino avec Tony Scott, Sidney Pollack avec Lelouch…

ME. Tout ça, c’est Jean-Pierre. On n’aurait jamais essayé de faire cette série d’entretiens si Jean-Pierre n’avait pas été là, c’était pile un truc pour lui, il avait les deux qualités nécessaires pour y arriver : il est tenace, et tout le monde l’adore !

Martin Scorsese et Akira Kurozawa cannes 90 ©C d’Yvoire

JPL. En tout cas, c’était une idée à toi ! Scorsese-Kurosawa, ce n’était pas une interview de promo, mais presque. Ils étaient à Cannes ensemble pour la projection de Dreams, le film de Kurosawa dans lequel Scorsese, qui l’avait produit avec Lucas et Spielberg, jouait Van Gogh. C’était très frustrant, car Kurosawa ne parlait pas anglais, et Scorsese pas japonais. La traduction dans chacune des langues prenait un temps infini. Pour une heure d’entretien, on a eu 20 minutes de contenu. Mais ils ne l’ont fait que chez nous. Une rencontre qui a compté, parce qu’il est rigolo de jouer les instruments du destin, même si c’est vaniteux de dire ça, c’est celle de Brian De Palma avec Régis Wargnier au Festival de Deauville 1987. On avait d’abord proposé à Susan Seidelman, la réalisatrice de Recherche Susan désespérément, de le rencontrer. Elle s’était désistée deux jours avant. Il se trouve que j’avais croisé peu de temps auparavant Régis Wargnier, tout juste sorti du succès de La Femme de ma vie, et qu’il m’avait dit qu’il adorait De Palma. J’appelle donc Wargnier en catastrophe pour lui proposer de venir avec moi à Deauville le lendemain. Il accepte. Après la projection des Incorruptibles, vient le moment de l’interview. Il faut savoir qu’à l’époque, De Palma a une réputation terrifiante, notamment auprès des journalistes qu’il traite très mal. On lui présente Wargnier, il écoute d’une oreille distraite et dès les premières questions, il est odieux avec lui. Au bout d’un quart d’heure, Wargnier s’énerve et lui dit :  »Vous n’avez pas le droit de me parler comme ça. Je suis cinéaste, j’aime votre travail, et je peux vous dire pourquoi et comment, dans votre film, vous avez fait tel ou tel plan ! » De Palma en est resté scotché ! Il est devenu tout miel et ne l’a plus quitté jusqu’au dimanche soir. Et ils sont devenus très amis. Ils sont même arrivés un soir bras dessus bras dessous à une fête de Studio ! De Palma a ensuite demandé à Wargnier de s’occuper d’une partie du casting des actrices pour Mission Impossible – et c’est Emmanuelle Béart qui a eu le rôle. Wargnier a présenté Patrick Doyle à De Palma qui lui a commandé la musique de L’Impasse... Et Wargnier a joué son propre rôle, le temps d’une scène avec Sandrine Bonnaire, dans Femme Fatale que De Palma a tourné à Cannes. Sans Studio, cela n’aurait sans doute pas existé. Il y a eu deux ou trois histoires du même ordre. Par exemple, c’est en voyant une photo de Binoche dans Studio que Kieslowski a eu envie de lui proposer Bleu. Pareil pour Vincent Perez : Nadine Trintignant a vu une photo de lui dans Studio et lui a proposé La Maison de Jade, sur lequel il a rencontré Jacqueline Bisset avec qui il est resté plusieurs années.

Autre rencontre qui a dû être mémorable : Godard-Balasko…

JPL. C’était inattendu et passionnant. Godard venait de faire Soigne ta droite, avec des acteurs qui n’avaient pas l’habitude d’être chez lui : Birkin, Lavanant, Villeret, Galabru, etc. Et Balasko venait de réaliser son deuxième film, Les Keufs, dans lequel elle avait donné un très beau rôle, celui d’un commissaire névrosé, à Jean-Pierre Léaud. C’est de là qu’est née l’idée de cette rencontre. Et Godard avait joué le jeu de manière incroyable, s’amusant même à faire le clown avec son écharpe. On n’était pas fous de cette période-là de Godard, mais il y avait quand même quelques films qu’on avait aimés : Sauve qui peut la vie, Passion… On avait même fait la couv de Première avec Johnny sur le tournage de Détective, avec Nathalie Baye et Claude Brasseur…

ME. Johnny ! Mon idole ! J’ai adoré l’après-midi que j’ai passée avec lui pour cette interview. Il s’était montré intelligent, subtil, très cinéphile, très pointu, tout comme j’étais sûr qu’il était.

Johnny Hallyday et Nathalie Baye sur le tournage du Neveu de Beethoven

JPL. J’ai toujours eu aussi beaucoup d’affection pour lui. Et sa passion pour le cinéma était vraiment touchante. L’un de mes plus beaux souvenirs avec Johnny, c’est lorsque je suis allé à Vienne avec Luc sur le tournage du Neveu de Beethoven, de Paul Morissey, le complice d’Andy Warhol (que j’avais trouvé, à ma grande surprise, réac à mort !) dans lequel tournaient Jane Birkin et Nathalie Baye. A l’époque, Johnny était donc avec Nathalie Baye et était venu passer le week-end sur le plateau. Ils avaient même accepté qu’on fasse une photo d’eux ensemble sur le plateau, lui en jean et blouson, elle en crinoline, et on l’avait publiée. Luc et moi, on devait rentrer le dimanche soir et il nous a demandé de repousser notre retour au lundi matin pour ne pas faire le voyage tout seul. On s’est donc retrouvés le lundi matin tous les trois à l’aéroport de Vienne. Je lui demande ce qu’il prépare.  »Un album avec Michel Berger. » Et là, il sort de la poche de son blouson une feuille avec un texte écrit au crayon à papier et il commence à chanter :  »Y a des flat cases qui traînent sur scène… » Les premiers mots de ce qui allait être  Le Chanteur abandonné ! Et il nous a chanté la chanson en entier. En avant-avant-première, juste pour Luc et moi !

ME. J’en suis malade, d’avoir raté ça. En même temps, tant mieux : j’aurais chialé comme un abruti !

JPL. En plus, dans l’avion, il y avait Rudolph Noureev qui est venu parler avec lui. Tout cela me paraissait totalement irréel… Quant à Godard, on a retravaillé avec lui plusieurs fois ensuite. Notamment pour le numéro des 100 ans du cinéma, en mars 95.

« La rencontre avec Spielberg a été simple et passionnante comme toujours. La rencontre avec Godard a été un moment rare. »

Lettre de Jean-Luc Godard donnant son accord pour l’interview dans le numéro des 100 ans du cinéma.

Comment cela s’est-il passé ?

JPL. On avait décidé qu’il n’y aurait que deux très très longues interviews : Spielberg et Godard. Les deux opposés sur la carte du cinéma ! Les deux ont dit oui. J’ai donc interviewé Spielberg à Los Angeles avec Michel (Rebichon) qui était à l’époque le correspondant de Studio à Hollywood. Et Godard avec Christophe (d’Yvoire) à Rolle, en Suisse. Les privilèges du chef ! Ah ah ah ! La rencontre avec Spielberg a été simple et passionnante comme toujours. La rencontre avec Godard a été un moment rare. Il était brillant et attachant, il ne voulait plus nous laisser partir, il a changé lui-même notre billet de train pour qu’on prenne le dernier, et nous a fait visiter sa caverne d’apprenti sorcier avec tous ses ordinateurs sur lesquels il inventait ses Histoire(s) du cinéma, il a insisté pour un dernier verre au café en bas. Il avait l’air seul. Il le disait d’ailleurs. C’était touchant. Aujourd’hui, quand j’entends parler de Godard, c’est à cette après-midi là que je pense toujours. Et à son sourire enfantin et désarmant. Deux ans ou trois ans plus tard, quand Les Cahiers du cinéma ont publié Godard par Godard où étaient réunis ses « grands entretiens », ils nous ont appelés pour nous dire que Godard avait souhaité que cette interview y figure et ils nous demandaient l’autorisation de la publier. J’imagine leurs têtes quand Godard le leur a demandé !

ME. J’ignorais cette histoire, elle est magnifique !

JPL. Il nous est arrivé d’élargir ce principe des rencontres et de ne plus faire discuter ensemble deux metteurs en scène mais deux personnalités qu’on aimait. Juste pour notre plaisir, et… le leur ! Spike Lee nous avait dit qu’il aimerait rencontrer Béatrice Dalle, on a monté la rencontre. On savait Patrick Bruel fou du Cercle des poètes disparus, on lui a demandé d’interviewer Peter Weir pour nous… Caro et Jeunet étaient des fans absolus de Terry Gilliam, on a organisé leur dialogue. J’adorais les romans de Modiano et j’aimais beaucoup Jean-Marc Roberts, que j’avais rencontré à Première sur les tournages de Pierre Granier-Deferre dont il était le scénariste fidèle. La parution simultanée de deux de leurs livres a été l’occasion de les faire parler ensemble de cinéma juste pour nous. Un bonheur… C’était l’avantage de faire un journal où l’on décidait, seuls, ce qu’on allait y mettre. On en profitait pour rencontrer les gens qu’on aimait, même hors cinéma. Mais ce n’était pas valable que pour Marc et moi. Les autres aussi y trouvaient leur compte. Ne serait-ce que dans la rubrique « Invité » où des personnalités diverses parlaient de cinéma. Denis (Parent) a ainsi pu interviewer Alberto Moravia, Philippe Djian et Peter Gabriel, Michel (Rebichon), Rudoph Noureev, David Hockney, et… Boy George ! On pourrait continuer longtemps cette liste mais je ne vais pas vous faire le sommaire des sommaires !

SUR LE DIVAN

Dans les premiers Studio, il y a la rubrique Divan. Comment est-elle née ? Pourquoi ?

ME. On voulait faire une série d’interviews d’acteurs ou réalisateurs menées par un psychanalyste cinéphile. Mais on ne trouvait pas cette perle rare… Jean-Pierre me dit alors connaître une certaine Joëlle de Gravelaine, qui est certes astrologue mais qui est aussi une grande spécialiste, et éditrice, de sciences humaines, et que ça pourrait être intéressant de faire ces interviews avec elle, à partir de leur thème astral. A l’époque, je n’étais pas du tout branché astrologie, mais comme Jean-Pierre est mon ami, je lui ai fait confiance, on a tenté le coup, et j’ai bien fait, ses interviews avec Joëlle de Gravelaine étaient très intéressantes, originales, profondes… Moi je n’en ai fait que deux avec Joëlle : Depardieu et Huppert. La première, avec Huppert, j’avais laissé Joëlle dérouler tout son thème astral sans l’interrompre, et à la fin, Huppert lui a dit :  »Il m’a fallu 10 ans de psychanalyse pour savoir tout ce que vous venez de me dire. » Là, j’ai été sûr que Jean-Pierre avait eu une bonne idée. Car Huppert, a priori, n’était pas la meilleure cliente pour une interview sur des bases d’astrologie.

JPL. Joëlle n’était pas vraiment cinéphile, elle ne connaissait pas bien les acteurs, mais elle les aimait. Elle arrivait  »neutre », sans a priori cinéphile, c’était parfait. Joëlle mettait le doigt sur des trucs personnels, mais sans entrer dans l’intimité. Dans la rédaction du papier, on gommait au maximum toutes les références à l’astrologie. Cette rubrique, qu’on a appelée Divan, avant qu’Henri Chapier ne fasse son émission à la télé, n’a pu exister que parce qu’on avait fait Première avant. Si on n’avait pas créé des rapports de confiance avec les acteurs, je ne pense pas qu’ils auraient accepté de se prêter aussi facilement au jeu d’une interview à partir de leur thème astral. Le premier qui a accepté d’essuyer les plâtres pour le numéro 1, c’est Bernard Giraudeau avec qui on avait de très bons rapports, parce qu’on l’aimait depuis le début – on a sans doute été parmi les premiers à l’époque de Première à lui consacrer une couverture. En même temps, Giraudeau adorait les défis… Pour ceux à qui on a proposé ensuite de s’allonger sur notre Divan, c’était plus simple, ils pouvaient voir ce que ça donnait dans le journal. Comme c’était nous, comme c’était pour Studio, même ceux qui étaient très réticents, comme Michel Blanc par exemple, étaient partants. Ils ont tous dit oui. Depardieu et Huppert donc, mais aussi Deneuve, Bertolucci, Jeanne Moreau, John Malkovich, Serrault, Wim Wenders, Lelouch, Fellini… Joëlle m’avait d’ailleurs raconté que Fellini l’avait appelée plusieurs fois ensuite pour la consulter.

ME. Beaucoup d’acteurs et d’actrices vont voir des voyantes. Leur métier dépend du téléphone qui sonne, certains attendent des réponses depuis des mois.

« Un dossier sur le prix des acteurs (…), qu’on a été les premiers à faire (…) nous a valu deux ou trois lettres d’insultes de comédiens. »

JPL. On avait dès le lancement de Studio voulu imposer de nouveaux rendez-vous, de nouvelles rubriques. Il y avait le Divan, mais aussi le Portfolio d’un grand photographe de cinéma, et les sujets « Mémoire » où on parlait des stars du passé, parfois en ayant la chance de les rencontrer quand ils étaient encore vivants, en ressortant leurs plus belles photos. J’ai même interviewé Arletty ! Tout cela a été dés le début la marque de fabrique de Studio. Et on ne cessait de chercher de nouvelles idées. D’autant que Marc n’aime pas la routine, ni les choses trop bien installées. Il avait toujours besoin de se, de nous remettre en question. On a ainsi organisé plusieurs séminaires de réflexion d’où sont nés des rendez-vous qui sont vite devenus incontournables. Un dossier sur le prix des acteurs, par exemple, qu’on a été les premiers à faire et qui nous a valu deux ou trois lettres d’insultes de comédiens. Ou une rubrique comme « La Terre tourne », où l’on suivait les films, de l’annonce du projet jusqu’à leur sortie, et qui est vite devenue un must du journal. Gilles Jacob m’avait même dit qu’elle lui était très utile pour surveiller la progression des films « cannables ». Bien sûr de se retrouver tous ensemble dans les toboggans aquatiques de Center Park où se déroulaient ces séminaires resserrait l’équipe davantage encore ! Ah ah ah !

Photo d’équipe Maussane

Il y avait la chronique d’Alain Chabat et Dominique Farrugia, alias Bidibi et Banban, qui clôturait le journal…

ME. C’étaient des potes depuis leurs débuts, on avait plein d’amis communs, on faisait la fête à Cannes ensemble, je croisais souvent Dominique aux Bains douches, qui était ma troisième maison ! J’aimais l’idée que l’image de Studio soit associée à leur humour, à leurs personnages, à leur façon d’aimer le cinéma et d’en faire.

JPL. Il y a eu deux époques. Une première qu’ils ont arrêtée au bout d’un an et demi. Et puis, sous la pression de Marc, ils sont revenus.

Les Nuls au bureau

ME. Ces pleutres n’avaient pas osé me dire qu’ils voulaient arrêter, je l’ai découvert en lisant leur dernière chronique ! Je l’avais mal pris ! Après plusieurs mois de silence, je les ai invités à déjeuner au Prince de Galles, et je leur ai dit, très sérieusement, comme dans Le Parrain :  »Je vais vous faire une proposition que vous ne pourrez pas refuser… » Ils se sont marrés ! Et ils sont revenus !

C’était quoi, la proposition ?

ME. Je leur ai dit :  »Ok, vous êtes devenus des stars, la pige qu’on vous versait est devenue ridicule, et on ne peut pas vous payer plus. Mais on peut vous offrir à la fin de l’année chacun une belle voiture, pour nous c’est juste des pages de pub… » Ils sont donc revenus, les voyous ! Mais j’ai démissionné de Studio quelques mois plus tard, et ils n’ont jamais eu de voiture, ah ah ah !

Dominique Farrugia et Alain Chabat venant terminer ou plutôt écrire leur chronique au bureau.

JPL. Les temps avaient changé, les gestionnaires n’ont pas voulu que je tienne la promesse de Marc, et j’ai trouvé avec eux un autre arrangement, mais franchement je ne sais plus lequel… Malgré ça, et malgré leurs nombreuses activités, ils ont quand même tenu deux ans et demi. Lorsque Chabat et Farrugia débarquaient au bureau pour terminer (ou écrire !) leur chronique, c’était comme un ouragan qui anéantissait d’un coup tension et mauvaise humeur ! Le rire en cascades de Farrugia résonnait dans tout le journal… Difficile d’y résister ! D’ailleurs ils étaient irrésistibles, et on ne pouvait, on ne peut, qu’avoir de la tendresse pour eux. Quelques années plus tard, en 2002, on a voulu retrouver cet humour décalé et on a alors fait appel à leurs protégés, Les Robins des Bois qui, eux, composaient une sorte de lettre sous forme de patchwork où il y avait même des objets collés ! Je me souviens d’un pot de yaourt renversé, surmonté d’un petit drapeau français censé être le Fort Saganne ! Du coup, on était obligés de photographier leur page. Une véritable œuvre d’art brut ! Eux aussi ont tenu deux ans, puis ont chacun mené leur route ensuite.

Daniel Toscan du Plantier aussi a tenu une chronique, au début. Pas longtemps…

ME. Deux ou trois mois, si ma mémoire est bonne. On l’aimait bien, et on était ravis de sa chronique, mais ça a donné au Figaro l’idée de faire la même chose, et un jour, on a vu une chronique de Toscan dans Le Figaro Magazine, écrite dans le même esprit, parlant des mêmes choses. On était très en colère ! Le Fig Mag, à l’époque, puait grave, ils avaient une attitude très réac sur le sida, ils parlaient de ceux qui avaient le sida en disant les  »sidaïques » ! Je l’ai appelé, pour lui dire que les deux magazines n’étaient pas compatibles, il m’a fait une réponse-pirouette à la Toscan, on a attendu la semaine d’après, il était toujours dans Le Fig Mag, alors je lui ai fait une lettre, pour lui dire que c’était fini avec Studio. Quelques mois plus tard, je tombe sur lui dans un cocktail, je vais le saluer, et il me présente aux gens qui étaient avec lui :  »C’est lui qui m’a viré de Studio ! », et il s’est marré. On l’aimait beaucoup.

JPL. Toscan a toujours été bienveillant avec nous. Il faut dire qu’on aimait les mêmes gens : Depardieu, Huppert, Pialat… Des années plus tard, il se trouve que comme je suis très ami avec Mélita, elle m’a demandé d’être, avec Fanny Ardant, son témoin à son mariage avec Toscan. J’ai une très belle photo de Fanny Ardant et moi signant le registre à la mairie, on dirait que, nous aussi, on est en train de se marier ! On avait décidé de leur acheter un olivier comme cadeau de mariage. Quelque temps plus tard, je fais une interview d’elle et ensuite, pour la remercier, je lui envoie un petit mot avec un livre, sûr qu’elle allait l’aimer, mais pas sûr du tout qu’elle ne l’avait pas lu. Elle l’avait lu et m’avait répondu avec cette belle écriture penchée qui semble être celle d’un écrivain romantique :  »C’est normal que nous aimions les mêmes livres puisque nous sommes attachés au même arbre. »

Propos recueillis par Sylvain Lefort & Fred Teper

Commander Mémoires d’un enfant du cinéma de Marc Esposito (Editions Robert Laffont) ici

Jarwal le lutin : les émotions

Par Le 28/10/2023

 

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« Vous savez mes amis, j’étais triste tout à l’heure. Et je vous remercie de ce délai que vous m’avez accordé, j’en avais besoin, il fallait que je laisse s’éteindre cette douleur. La disparition de Gwendoline est une souffrance qui rejaillit parfois et les émotions débordent, comme si elles sortaient de leur lit. Je sais que ça ne sert à rien mais il n’est pas toujours simple de maîtriser ses émotions.

-C’est la même chose pour moi, Jarwal, avoua Rémi. Parfois, je me mets en colère et après, quand je suis redevenu calme, je me dis que ça ne servait à rien.  

-Si quelqu'un vous insulte, les enfants, si quelqu’un vous fait du mal, la colère que vous ressentez, elle n'est pas venue en vous depuis l'extérieur, ce ne sont pas les mots qui sont tombés en vous comme un chargement néfaste. Cette colère, c'est vous qui lui avez donné vie. C'est une incapacité à maîtriser ce qui se passe en vous. L'autre n'est pas responsable. Les émotions n'ont aucune existence si vous les ignorez. Si vous vous y abandonnez, c'est vous qui leur donnez vie. L'autre, d'ailleurs, est satisfait du mal que vous fabriquez en vous en imaginant qu'il en est l’auteur. Vous lui donnez la puissance dont il rêvait. Vous succombez à vous-mêmes. Et non à lui. Si par contre, vous décidez d'observer en vous ce qui survient, vous devenez le maître de vos émotions étant donné qu'au lieu de vous soumettre à leur puissance, vous vous placez au-dessus d'elles. C'est votre conscience qui analyse et qui vous apprend le contrôle. Cette conscience agit comme un Maître intérieur, il est là et il regarde, il s'amuse de cette agitation qui aimerait vous emporter et à laquelle vous ne succombez pas. La colère retombe comme un soufflé qui dégonfle. Votre agresseur s'en trouve d'ailleurs totalement ébahi, stupéfait, vous êtes là, vous le regardez avec un détachement qu'il ne comprend pas parce que ça n'est même pas lui que vous observez mais vous-même. Lui, il a disparu et ses paroles sont tombées dans un puits sans fond. Il n'y a plus de colère parce que votre observation intérieure a pris le pas sur cette émotion insignifiante et inutile. C’est vous que vous observez et pas lui. Et cette agression verbale devient un cadeau inestimable. Vous êtes le Maître intérieur. Mais ça n’est jamais aisé, même avec des centaines d’années d’expérience. Je connais un petit conte Zen qui en parle très bien :

« Si quelqu’un te tend un cadeau et que tu ne l’acceptes pas, à qui appartient le cadeau ? » demande le samouraï

- À celui qui a essayé de le donner, » répondit un de ces disciples

- Cela vaut aussi pour l’envie, la rage et les insultes, reprit le Maître. Lorsqu’elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son cœur. »

-Je ne vais quand même pas remercier celui qui m’a mis en colère ? contesta Rémi.

-Et pourquoi pas ? rétorqua Jarwal. Étant donné qu’il te permet de mieux te connaître, tu peux lui en être reconnaissant.

-Ça risque d’être difficile quand même.

-Et je le comprends bien, Rémi. Moi-même, j’ai du mal à supporter la disparition de Gwendoline. Je continue à apprendre. Qu'en est-il maintenant si l'émotion propagée est de la joie ? Est-ce que je dois l'accueillir et la laisser m'emporter ou est-ce que je dois également l'observer ? Il convient pour ma part de la laisser s'étendre en sachant que l'autre n'en est pas responsable et que vous ne pourrez pas lui reprocher de l’abandonner. C'est vous qui avez laissé s'étendre cette joie. Pas l'autre. Un ami qui ne vous offre plus cette joie n'est pas responsable de votre déception. C'est encore vous. C'est votre façon de commenter la vie à travers vos émotions. Ça n'est pas la vie réelle mais ce que vous en faites, une image de la vie peinte par vos émotions. Vous pouvez en profiter tout en restant conscient qu'il ne s'agit que d'une illusion, un jeu éphémère, un moment de bonheur que vous vous accordez mais que l'autre n'a pas à entretenir sinon vous le prenez en otage de votre bonheur alors qu'il n'y est pour rien. La personne dont je dois me méfier, c'est celle qui me fait croire que le bonheur est durable, qui voudrait que cette joie ne disparaisse jamais. Et cette personne, c'est moi-même. Les autres ne sont pas responsables. C'est ce qu'on apprend de plus beau quand on aime.   

Et Dieu dans tout ça (5)

Par Le 27/10/2023

 

 

Lorsque je visionne des vidéos traitant de la spiritualité ou lorsque je lis des ouvrages, je suis supris d'entendre parfois les interlocuteurs mêler les religions à la démarche spirituelle.

Comment peut-on se considérer libre, intérieurement, si on pose ses pas dans des traces millénaires, s'il n'y a pas d'exploration personnelle, d'errances et de chutes, de désespoirs et de rebonds salvateurs ? Que pourrait-on trouver au coeur de ce trésor infiniment pillé depuis des générations ? Que peut-on découvrir en soi lorsqu'on y a volontairement inséré une entité qui ne relève pas de nous mais d'un inconscient collectif ?   

J'y vois des esprits remplissant leur sac à dos des réponses qu'ils s'imaginent partir chercher...Comme des réserves de forces pour lutter contre les nuits glaciales de la quête.

Ceux-là ne trouveront rien. Ils sont inévitablement égarés avant même d'être partis. 

Ils se rempliront de paix au coeur de leurs semblables sans comprendre que cette paix est un appel à la guerre. Les communautés divisent. Il n'y a que la liberté de penser qui peut unifier. 

Je ne suis pas Bouddhiste, premièrement parce que je n'y connais rien. Je ne suis pas athée parce que je refuse de me figer. Je ne suis pas agnostique parce que je ne sais pas ce que la Vie me réserve. Je ne suis rien d'identifiable parce que le vent de mes doutes arrache toutes les appartenances qui pourraient me tenter. 

Je marche et je regarde les horizons sans jamais planter dans le décor le moindre panneau d'affichage. 

Rien n'est à moi, rien n'est définitif, rien n'est acquis.

Je suis libre de ne rien trouver. Et il m'appartient le droit de me perdre. J'aurai de toute façon appris davantage de mes chutes que des certitudes héritées.  

Je suis une âme errante et j'aime infiniment ne pas savoir où la vie m'entraîne dans cette Quête.

Je sais combien le questionnement de Dieu peuple mes divers romans, du premier au dernier. Il ne s'agit pas que de fiction d'ailleurs. J'ai traversé des épreuves qui m'ont conduit à faire appel à lui, tout autant qu'à le maudire. Mais il y a une entité contre laquelle je n'ai jamais tenu le moindre propos acerbe, c'est la Nature, la Création, le mystère merveilleux ( et non miraculeux) de la Vie. 

 

 

NOIRCEUR DES CIMES : Dieu

 

 

Noirceur des cimes

"Tu n'es pas au fil des âges un amalgame de verbes d'actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe Être nourri par la vie divine de l'instant présent."

Il s'agissait d'un message. Il n'a pas d'autres explications.Quelqu'un l'a prévenu des risques à rester dans ce trou de neige. Quelqu'un lui a parlé de la vie qu'il faut sauver. Ce n'était pas un rêve. Mais il ne comprend pas.

Son propre esprit a-t-il la capacité à créer de telles images? Dans l'état où il se trouve, une part secrète de son cerveau peut-elle se révéler ? Il ne parvient pas y croire.

Dieu s'impose une nouvelle fois. Qui d'autre ?

Il reconnaît succomber trop facilement à la tentation de cette solution. Mais elle est si étrange et simultanément si apaisante. Puis lui revient à l'esprit qu'il avait lui-même provoqué la fin de son dernier voyage hors de son corps en évoquant une possible rencontre avec Dieu, une question murmirée.

Il se souvient de la douleur.

Il s'agissait d'une erreur, d'une mauvaise interprétation et le contact avait été rompu.

Le nom de Dieu avait déplu.

Il admet d'ailleurs qu'il ne voit pas cette présence comme l'apparition d'un être divin mais plustôt comme une compréhension sublime. Personne ne s'est présenté à lui, c'est lui qui a reconnu enfin son appartenance. Tout était déjà là mais sans qu'il ne l'aie jamais éprouvé. Pas de Grand Architecte mais une fabuleuse Architecture à laquelle il participe. Il regrette sa méconnaissance des religions et son enfermement dans les préceptes de son enfance. Il sait désormais que la religion catholique ne répond pas à ses interrogations. Ni aucune religion monothéiste. Musulmans, Juifs, Chrétiens, il n'appartient à aucune de ces communautés. Il ne peut plus accepter l'idée d'un Dieu créateur, observateur, critique, impitoyable ou indifférent à son Oeuvre.

Il ne conçoit même pas que ce qui lui arrive puisse avoir un rapport avec une quelconque religion. Il cherche un autre mot, un autre qualificatif permettant de cerner la démarche puis il abandonne.

"Ça ne sert à rien" dit-il à voix haute. 

Il sent que ça ne serait qu'une nouvelle tentative de domination, une intellectualisation outrancière et que ça ne correspondrait pas au bonheur infini qu'il a connu. Que ça le salirait.

les religions monothéistes ont perdu la saveur du message dans des rituels adorés, des cultes néfastes, des cérémonies trompeuses et bavardes. Il ne veut pas de cette erreur. L'intellectualisation du mystère est un poison pervers. Il laisse croire aux récitants d'ouvrages que la porte est ouverte alors qu'ils ne font que geindre aux pieds des murailles qu'ils ont eux-mêmes constituées.

il ne veut pas enferme son bonheur, lui donner une structure transmissible, une forme reconnaissable. Il est impossible de communiquer sur un tel contact. Les religions se sont obstinées à le faire, perdant aussitôt dans des dérives narcissiques toute la beauté du message en croyant follement que le lien avait besoin d'être enluminé. Comme si l'écrin avait plus de valeur que la pierre précieuse.

Il sait qu'il gardera tout cela en lui, qu'il ne cherchera jamais à l'expliquer à qui que ce soit, qu'il n'y a même rien à en dire. Qu'il faut juste le vivre.

Il regarde la neige qui tourbillonne. Sans pouvoir situer clairement la source, il devine une clarté naissante dans le maelström des nuages, une lumière diffuse encore étouffée par la masse compacte de la dépression.

Ni Dieu, ni religion. Tout cela n'est jamais qu'un résidu des embrigadements de son enfance. Il se souvient des sermons du curé au cathéchisme. "Par la volonté de Dieu, l'Homme est placé au sommet de la Création, juste sous les Anges."

Il admet que ce qu'il perçoit est un véritable mystère et non les élucubrations de théologiens prétentieux et obtus. Il veut s'extirper de toutes ces dérives insignifiantes, ne pas étouffer la beauté de la rencontre sous des pensées imposées. Rien de tous les Évangiles n'est à lui, rien de la Bible, rien des religions, rien des prêtres, des curés et des religieuses de son enfance. 

Tous ceux-là n'ont fait que vomir en lui un fiel millénaire.

Il ne veut plus de ces vieilles choses mortes.

L'aura bleutée, dans son âme, est si belle."

Et Dieu dans tout ça ? (4)

Par Le 23/10/2023

Le Mal existe en l'homme.

Dieu autorise le Mal

Donc Dieu existe. 

C'est un résumé de la posture des croyants qui ont utilisé la réalité du Mal dans le monde humain pour entériner l'existence de Dieu en affirmant que c'est Dieu qui le permet afin de laisser l'homme libre de ses choix. La religion se sert d'un phénomène inhérent à l'humain pour "donner vie" à Dieu. Et si l'humain n'opte pas pour le Mal mais s'efforce de faire le Bien, c'est toujours grâce à Dieu.

A chacun d'en tirer les conclusions. Et encore une fois, il n'est pas question ici de juger les individus qui croient en Dieu. C'est juste mon raisonnement. Donc, ça n'est aucunement une vérité incontestable. 

 

 

 

Eviter les pièges de la pensée : Les biais cognitifs

Sophisme


https://www.toupie.org/Biais/Sophisme.htm

"Un sophisme est un raisonnement fallacieux, malgré une apparence de vérité [...],
"Présenté comme une démonstration rigoureuse et logique, un sophisme est en réalité faux car incomplet ou ambigu. Il est constitué d'une ou plusieurs prémisses vraies ou prétendues vraies, agencées dans un raisonnement séduisant mais erroné, qui ne respecte pas les règles de la logique, même si la conclusion est vraie. Les sophismes sont difficiles à réfuter si l'on ne maîtrise pas la logique." (Extrait de la 
définition du sophisme)

Le sophisme n'est pas à proprement parler un 
biais cognitif car il n'est pas systématique et qu'il y a une volonté de tromper son ou ses interlocuteurs, contrairement au paralogisme où le raisonnement est faux mais où celui qui s'exprime est de bonne foi.

Exemple :

Un fainéant ne travaille pas,

Un chômeur ne travaille pas,

Donc un chômeur est un fainéant.

Ce raisonnement est faux, car en logique si B implique A et C implique A, on ne sait rien de la relation entre B et C, si ce n'est qu'ils ont tous les deux A comme conséquence ou caractéristique. Ici, effectivement la caractéristique commune d'un fainéant et d'un chômeur, c'est de ne pas travailler, mais on peut être fainéant sans être chômeur et inversement être chômeur sans être fainéant.

Façon simple de le désamorcer : remplacer fainéant par chat, ne travaille pas par est un mammifère et chômeur par chien, on obtient alors :

Un chat est un mammifère,

Un chien est un mammifère,

Donc un chien est un chat.


Autre exemple : prendre pour la cause ce qui n'est qu'un antécédent.

Le coq chante,

Le soleil se lève.

Donc, c'est le chant du coq qui fait se lever le soleil.


John Stuart Mill (1807-1873), philosophe empiriste et économiste anglais, a défini une classification des sophismes en 4 groupes :

sophisme de simple inspection ou sophisme a priori lorsque la proposition est acceptée par tous et ne nécessite aucune preuve.
 

sophisme d'observation où l'on tire des conclusions erronées à partir d'une négligence de faits particuliers ou d'une mauvaise observation.
Exemple : 
Biais de disponibilité.

 

sophisme de généralisation où, à partir d'un seul ou quelques cas particuliers, on généralise, sans avoir analysé l'ensemble des cas ou à défaut un échantillon représentatif.
Exemples : 
Problème de l'induction et biais de représentativité

 

sophisme par confusion où l'on aboutit à une conclusion erronée à partir d'une mauvaise interprétation et appréciation des preuves.
Exemple : 
Effet cigogne.

Sophisme de division

"En l'épidémiologie, l'illusion des séries est connue sous le nom de sophisme du tireur d'élite Texan. Kahneman et Tversky l'ont appelé "croyance dans la loi des petits nombres" parce qu'ils ont identifié l'illusion des séries et le sophisme consistant à supposer que le modèle d'une population importante se reproduira dans tous ses sous-ensembles. En logique, ce sophisme est connu sous le nom de sophisme de division, la supposition que les parties doivent avoir les mêmes propriétés que le tout." (sceptiques.qc.ca)

Exemple :

Subir deux vols dans la même année, nous fera dire qu'il y a une explosion de la délinquance dans le pays. Or, ce raisonnement est erroné car il passe d'un cas particulier, le nôtre, avec deux évènements qui se sont réalisés, donc certains, à une conclusion statistique de portée générale - l'ensemble de la population, pour laquelle nous n'avons aucune information.


 

>>> Citation :"Il (Boileau) eût fait main basse sur cette rhétorique triviale, qui consiste à noyer un tas de sophismes dans une mer de paroles oiseuses et de figures ridicules."

Jean le Rond d' Alembert - 1717-1783 - Eloges, Despréaux

"Il y a quelque chose de plus vil au monde que l'esclave d'un tyran, c'est la dupe d'un sophisme."
Charles Nodier - 1780-1844 - Jean Sbogar, 1818

"Sophisme, le mensonge de la logique."
Victor Hugo - 1802-1885 - Philosophie prose

"Une erreur est d'autant plus dangereuse qu'elle contient plus de vérité. Le sophisme est plus vrai que l'absurdité; aussi l'absurdité est-elle innocente et le sophisme redoutable."
Henri Frédéric Amiel - 1821-1881 - Grains de mil, 1854



>>> Définition : 
Sophisme

>>> 
Sources

Et Dieu dans tout ça ? (3)

Par Le 19/10/2023

Je me suis décidé à aller lire ce qui est disponible sur cette fameuse question du Bien et du Mal au regard de l'existence éventuelle de Dieu. 

Dans les sites d'obédience catholique, il est dit que Dieu voulait laisser aux hommes le libre arbitre, la possibilité d'explorer leur conscience et d'établir leur morale. Il s'agissait de leur offrir la liberté d'être ce qu'ils veulent, ce qu'ils choisissent, ce qu'ils décident.

"Alors que nous essayons de cerner le problème du mal, il nous faut d’abord reconnaître que l’homme en est très souvent la cause. Ce sont les hommes et pas Dieu qui assassinent, torturent, persécutent et violent. À cause de leur libre arbitre, ils peuvent accomplir des choses terribles et immorales. Le libre arbitre est essentiel dans la mesure où les hommes doivent rendre des comptes à Dieu. Pour que nous puissions véritablement aimer Dieu, nous devons être libre de choisir ou de rejeter cet amour. Si Dieu interdisait toute forme de mal dans le monde, nous ne serions plus libres et en capacité d’aimer Dieu volontairement. Dieu ne peut pas en même temps nous donner la liberté et nous empêcher de commettre le mal."

https://scienceetfoi.com/ressources/dieu-amour-compatibilite-mal-souffrance/

Cette réponse ne peut aucunement, à mes yeux, valider l'existence de Dieu étant donné que ces arguments sont émis par des humains croyants, dans des textes très, très anciens et dont l'origine est incertaine. Cette réponse se sert d'une vérité de l'esprit humain, sa capacité à commettre les pires horreurs. C'est un fait.

Cela revient en fait à utiliser la complexité de l'esprit humain pour entériner l'existence de Dieu mais l'utilisation d'une parole humaine au nom de Dieu ne valide que l'existence de cet humain, pas l'existence de Dieu ou alors il faudrait que Dieu soit incarné dans cet humain et que ça soit Sa parole et non celle de l'humain.

Et c'est là qu'apparaît Jésus...

"Dieu s’est incarné en homme, en Jésus-Christ, non pas pour réparer des erreurs divines, mais pour nous délivrer de la condamnation dont nous nous sommes nous-mêmes rendus coupables. Il est venu pour prendre sur lui nos péchés, subir notre condamnation et surmonter la mort, afin de ressusciter et d’ouvrir la voie à notre propre résurrection future. Jésus a rendu possible un nouveau départ pour ceux qui acceptent son salut, et un monde nouveau dans lequel la justice sera rendue et le mal vaincu."

https://comprendredieu.com/si-dieu-est-tout-puissant-et-amour-pourquoi-permet-il-le-mal-et-la-souffrance/

C'est rudement bien monté comme scénario. Pour prouver l'existence du Père, il faut un fils. Un humain. Admettons donc que Jésus ait existé. Sacré karma...Donc, on a un humain qui se dit Fils de Dieu. Et là-dessus, toute une histoire. Je conseille d'ailleurs à ce propos la lecture du roman de Eric Emmanuel Schmidt : "L'évangile selon Pilate".

L'Évangile selon Pilate  par Schmitt

 

3.95/5   2228 NOTES

Résumé :

Première partie : Dans le Jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l’arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l’amour et le pardon ?
Deuxième partie : Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s’insinue dans son esprit. Et avec le doute, l’idée de foi."

 

Mais je ne veux pas me perdre dans les méandres de cette histoire. C'est d'ailleurs à mon sens la raison de la complexité de l'histoire. Qu'on s'y perde. Je tiens à garder à l'esprit que tout ce qui précède parle d'un Dieu dont l'existence pour les croyants est indéniable et que cette histoire explique les tourments des humains.

J'aurais plutôt tendance à dire que les tourments humains ont été l'occasion en or pour certains esprits "diaboliques" ^^ d'élaborer une histoire qui elle-même venait entretenir les tourments et donc prouver par A+B que Dieu existe bien. Une réalité au service d'un imaginaire, cet imaginaire lui-même capable d'engendrer des réalités (dont on se serait bien passé) J'ai beaucoup lu sur les Conquistadors et l'invasion des terres des Amérindiens. Tous ces peuples premiers en souffrent encore. Des millions de morts sous la bannière de Dieu. Israël et la Palestine sont en ce moment et depuis bien longtemps le symbole même de cette folie humaine, de ce Mal inséré dans les esprits, de ces Dieux brandis.

 

"La possibilité du mal faisait partie de la bonté du monde. Un monde dans lequel le mal aurait été impossible aurait été un monde moins parfait. Car un monde dans lequel le mal serait impossible serait un monde dépourvu de liberté. Si le mal était impossible, alors les hommes n’auraient pas de choix à faire entre le bien et le mal, et par conséquent, ils ne seraient ni libres, ni moraux, ni responsables."

https://comprendredieu.com/si-dieu-est-tout-puissant-et-amour-pourquoi-permet-il-le-mal-et-la-souffrance/ 

 

Dieu aurait donc décidé que le Mal était nécessaire pour que nous apprenions à être libres, moraux et responsables. Si je comprends bien, nous sommes condamnés à subir le Mal jusqu'à la nuit des temps car il faudrait être sacrément naïf pour croire qu'un jour l'homme aura atteint un tel niveau de conscience que le Mal disparaîtra de son esprit.

Et il faudrait en plus que je remercie Dieu et que je l'aime pour son amour inconditionnel ?  

On pourrait me rétorquer que la vue des ces milliers de morts m'enseigne le respect de la vie humaine. Que ces visions d'apocalypse guerrière nourrissent ma morale, m'invite à réfléchir, me poussent vers le Bien. Mais je n'ai aucunement besoin de savoir que des milliers d'enfants sont morts pour identifier le Bien du Mal.

C'est juste dévastateur, c'est juste cauchemardesque, désespérant.

J'étais instituteur et pour enseigner l'Histoire à mes élèves, je devais la connaître, sous des aspects divers, sous des sources multiples, sans chercher à prendre parti mais juste à connaître les faits pour pouvoir les transmettre. J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup lu. Je sais que le Mal est sans limite et je ne puise aucun sentiment de liberté à le savoir, ni aucun besoin d'y confronter ma morale.

Mais de penser qu'un éventuel Dieu ait pu juger que ce Mal était nécessaire, ça me laisse sans voix. Et que des croyants puissent trouver dans cette révélation, la force de leur foi, ça me sidère. 

Maintenant, ça n'est pas pour autant que je vais fuir les croyants, quelques soient les Dieux qu'ils vénèrent.

Moi, je vénère la Nature. 

J'ai foi en elle.  

Et Dieu dans tout ça ? (2)

Par Le 18/10/2023

 

 

L'humanité m'interdit de croire en Dieu.

Ou alors, il faudrait que j'accepte l'idée que Dieu autorise le Mal, le Mal absolu. Et si cela est, alors je déteste Dieu.

Mais c'est absurde de détester quelque chose qui n'existe pas. Alors, je déteste l'idée de Dieu mais j'aime infiniment la Nature.

« Deus sive natura » écrivait Spinoza.

« « Par la nature, considérée en général, je n’entends maintenant autre chose que Dieu même, ou bien l’ordre et la disposition que Dieu a établie dans les choses créées. »

Mais pourquoi donc fallait-il ajouter le mot Dieu à celui de la Nature ? D'où vient cette aberration ?

Il faudrait que j'étudie les textes anciens, que je fasse de l'archéologie des religions et ça ne m'intéresse pas. Pourquoi faudrait-il que j'essaie de comprendre les raisons d'une aberration ? Je veux bien m'efforcer de comprendre un phénomène inexpliqué de quelque chose qui existe mais aucunement d'un phénomène imaginaire. Et rien ne me prouve que l'hypothèse d'un Dieu est autre chose qu'un imaginaire. Alors, je m'efforce de comprendre la Nature puisqu'elle existe, qu'elle est là, qu'elle m'éblouit, me réjouit, me surprend, m'émeut, me subjugue par sa puissance et sa finesse, par son incroyable diversité.

La diversité. C'est peut-être ça le problème des religions monothéistes. Adorer la Nature ? Oui, mais quoi, précisément ? C'est plus aisé d'adorer un Dieu unique, une image qui nous ressemble, qui nous unit. Euh, non, en fait, elle ne nous unit pas. Voilà bien le problème de fond. Dieu est un pourvoyeur de troubles. Le Dalaï Lama a dit que Dieu n'y est pour rien, que ce sont les hommes qui sont responsables des guerres. Désolé, mais c'est trop facile. Dieu, nous dit-on, est Tout Puissant. Mais il n'a pas su éviter l'émergence du Mal, le Mal absolu. Alors, c'est qu'Il n'existe pas. Ou que c'est un débutant et qu'il a foiré son projet.

Protagoras écrivait, il y a longtemps : " Sur les dieux (sans majuscule), je ne puis rien dire, ni qu'ils soient, ni qu'ils ne soient pas. Trop de choses empêchent de le savoir : d'abord l'obscurité de la question, ensuite la brièveté de la vie humaine. »

Et depuis ce temps ancien, on n'a pas avancé, le mystère reste entier. Mais la Nature est toujours là et elle n'est toujours pas adorée à sa juste valeur.

Et c'est justement pour cette raison que même l'agnosticisme ne me satisfait pas car en ne prenant pas position, il entretient le doute. Choisir de ne pas choisir, c'est un choix inutile.

Il va bien falloir qu'un jour, nous nous positionnons. Non pas seulement pour résoudre le problème de l'existence de Dieu, mais bien pour que nous décidions de concentrer notre raison et notre intelligence à la Nature. Puisqu'elle existe et que c'est indéniable.

Car enfin, sur l'existence de Dieu, comment pourrions-nous nous y prendre pour prouver une inexistence ? Le questionnement est absurde et nous n'avons pas le droit d'être absurdes. Le temps de l'insouciance et de l'illusion est révolu.

Est-ce que Dieu est responsable des attaques du Hamas et des représailles d'Israël ? J'en reviens toujours à la même conclusion. S'il n'a pas su insérer dans l'esprit humain la notion du Bien absolu et y laisser se développer la possibilité du Mal, c'est qu'il n'est pas Tout-Puissant et s'il n'est pas Tout-Puissant, c'est qu'Il n'existe pas.

D'autre part, avancer que l'existence de l'Univers ne peut pas être expliqué autrement que par Dieu, c'est accepter l'idée que quelque chose qu'on ne peut pas identifier serait susceptible d'avoir créé l'Univers. Et il faudrait s'en contenter ?

Lorsque je suis considérablement ému par un coucher de soleil ou par les horizons ouverts au sommet d'une montagne, il m'arrive d'éprouver une émotion que certains appellent « mystique ». La réalité procure un stimulus, ma réaction procure une émotion. Et la puissance de cette émotion me laisse imaginer un Dieu créateur. C'est si simple en fait. Tout est expliqué en une fraction de seconde. Je sais alors que j'ai succombé à la facilité et il me revient les lectures de Hubert Reeves et les travaux de cet homme pour expliquer ce que je vois. Et qui me ramène à l'amour de la nature, un amour qui ne réclame rien d'autre que le silence et la contemplation. Aucun texte à réciter, aucune posture à prendre, aucun costume à enfiler. Mieux encore : que je me dénude et que je parte marcher. Que mon corps entier se nourrisse de tout ce qui coule de l'Univers. Que mon esprit s'apaise, que mes pensées se taisent, que mes émotions se calment, que je ne sois que dans la réalité naturelle de cet instant.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, puis l'homme à son image. »

 

L'anthropomorphisme, c'est à mes yeux, la pire des explications quant à l'existence de Dieu. Je n'y vois que la prétention humaine.

Je suis baptisé, mes parents m'ont obligé à aller au catéchisme et à faire ma communion. Je n'ai aucun souvenir des séances de catéchisme et je n'ai qu'une photo dans ma tenue de communiant pour savoir que je suis passé par là.

Je me souviens très bien, par contre, de ces moments où je m'asseyais au bord de l'océan et que je me laissais envahir par la musique des vagues ou de ces moments au pied d'un grand chêne ou j'aimais écouter chanter les tourterelles ou de cette cabane que j'avais construite au sommet d'un immense pin maritime, à vingt mètres du sol et où il m'est arrivé d'aller dormir.

Je communiais là-haut, j'étais étreint par des émotions inconnues et parfois, il fallait que j'aille courir pour vider ce trop-plein, ça débordait comme une jouissance dont je ne savais que faire.

Je communiais.

C'est là que j'ai découvert la puissance du sport. Dans le prolongement de ces états extatiques. Alors, j'ai couru, de plus en plus et j'ai pédalé et j'ai nagé jusqu'au large, jusqu'à sentir le début des crampes avant d'accepter l'idée de faire demi-tour. J'ai passé des nuits sur ma planche à voile, juste assis à me laisser dériver et j'attendais le lever du jour. Puis j'ai découvert les montagnes et j'ai toujours pensé que j'avais déjà vécu là-haut.

J'ai communié des milliers de fois.

Je n'ai aucun souvenir d'avoir prié Dieu et lorsque mon frère, après un accident de voiture, s'est retrouvé dans le coma, cliniquement mort, j'ai détesté Dieu, je l'ai haï, je l'ai maudit. Et après les nuits de veille, je descendais dans le parc de l'hôpital, j'allais m'asseoir sous un cèdre et je regardais les nuages, je pensais aux montagnes.

Dieu ne m'est d'aucune utilité.

Leibniz écrivait : « Si Dieu existe, d'où vient le Mal ? S'il n'existe pas, d'où vient le Bien ? »

Les enfants palestiniens que leurs pères portent dans leurs bras... Les parents juifs qui pleurent leurs enfants exécutés.

Non, c'est impossible.

Dieu ne m'est d'aucune utilité.

Et il faudrait que son nom soit effacé, que cette idée disparaisse de l'esprit des hommes, que toute religiosité soit impensable. On verrait alors si le Mal absolu perdure. Et si c'est le cas, alors, c'est que l'humain n'est pas seulement une aberration de la création, c'est une abomination.

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Et Dieu dans tout ça ?

Par Le 18/10/2023

 

 

 

Croyant, athée, agnostique, panthéiste ?

La multiplicité des points de vue.

De là à se faire la guerre, il n'y a qu'un pas.

Et si on y ajoute la possession des territoires, on entre dans des guerres sans fin.

Tout ça donc pour un Dieu (doit-on y adjoindre une majuscule ou pas?)

Un D majuscule pour Dieu, un h minuscule pour les humains. Parce que Dieu est unique et les humains innombrables.

Oui, mais pourtant les humains guerroient pour des dieux différents. Serait-ce donc qu'il y a tromperie ? Car si le Dieu unique a fait l'humain à son image, serait-ce donc que ce Dieu considère que les guerres en son nom sont justifiées et que les hommes ont raison de multiplier Son image ? Dieu aurait-il en lui l'idée de la guerre ? Serait-ce donc que le Mal, le Mal unique et donc avec une majuscule appartient à sa Création tout autant que le reste ?

Dans le monde animal, la souffrance de la mort est une évidence. Il s'agit d'instinct et non de conscience. L'humain serait donc un animal capable de conceptualiser son instinct de tueur et de lui donner des justifications ? Serait-ce donc que Dieu ait pensé que la raison humaine l'autorisait à s'entretuer ?

Ou alors doit-on envisager que l'humain se soit désolidarisé du projet de Dieu ?

Mais alors en quoi Dieu serait-il le Tout-Puissant puisqu'une part de sa Création échapperait à sa volonté ?

Serait-ce sinon que ce Dieu ne soit issu que de l'imagination des humains et qu'ils se servent de Lui pour justifier des massacres sans fin ?

On va me dire que ce genre d'interrogations ne mènent à rien et que de multiples philosophes de renom ont déjà exploré ce mystère. Mais ça n'est parce que des humains ont déjà goûté des cuisines exotiques que je ne peux éprouver le désir de les découvrir. Il m'est nécessaire de m'interroger avant de découvrir ce que d'autres ont exprimé.

Alors, Dieu existe-t-il ?

Il existe par définition à travers différents écrits. Sans que ces écrits ne puissent être tenus pour preuves intangibles puisqu'ils émanent de croyants. Et de la même façon, on ne peut se contenter de renier son existence à travers les écrits des athées. Il nous faut un cadre neutre. Les agnostiques peut-être puisqu'ils ont décidé qu'il est impossible de trancher. L'agnostique est proche de l'athéiste mais il ajoute qu'il ne lui est pas possible de prouver que Dieu n'existe pas. Il s'en tient donc au doute, un doute qui ne choisit aucun camp. Ni pour, ni contre, bien au contraire. L'agnostique considère qu'il ne peut pas connaître ce qui dépasse l'expérience.

J'aime infiniment les couchers de soleil. Quel est le rapport avec Dieu ? L'émerveillement devant la beauté de la nature. Et il m'est arrivé d'imaginer que ce mystère ne pouvait pas être le fruit du hasard, que cette complexité devait avoir été conçue par une « intelligence ». J'ai bien dit « imaginer ». Tout cela ne contient aucune preuve. C'est juste un flot d'émotions.

J'aime aussi entrer dans les églises quand elles sont vides. J'aime l'architecture, j'aime le silence, les lumières, les odeurs des vieilles pierres, l'usure des sols. Mais je m'en vais si une messe se présente. Je refuse que mon imagination soit modelée, que mes émotions soient guidées, que ma raison soit encadrée.

Rien ne me prouve que Dieu existe mais il me plaît, parfois, de me laisser emporter. Il suffit par contre que j'observe l'humanité pour que cette paix intérieure vole en éclat. La réalité balaie l'imagination avec une violence redoutable.

L'humanité m'interdit de croire en Dieu.

Ou alors, il faudrait que j'accepte l'idée que Dieu autorise le Mal, le Mal absolu. Et si cela est, alors je déteste Dieu.

Israël et Palestine

Par Le 15/10/2023

Pour ceux et celles qui voudraient avoir une vision neutre du problème, juste l'aspect historique, et comprendre que ça ne date pas d'hier et que ça ne s'arrêtera pas demain.  

 

 

1948 : la création de l’État d’Israël

 

 

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Niveaux et disciplines

Les dates à retenir

La naissance du sionisme 

1948-1967 : Israël, un État construit dans la guerreouvrir / fermer le sous menu

En résumé

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Thèmes

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© AFP

Par Nicolas François, journaliste spécialisé en histoire

Publication : 10 mai 2023 | Mis à jour : 10 oct. 2023

Niveaux et disciplines

Cycle 4Histoire

3e

Lycée général et technologique

Histoire

Lycée professionnel

Histoire

Nous, membres du conseil représentant la communauté juive de Palestine et le mouvement sioniste, nous nous sommes rassemblés ici, en ce jour où prend fin le mandat britannique et en vertu du droit naturel et historique du peuple juif et conformément à la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, nous proclamons la création d’un État juif en terre d’Israël. Le 14 mai 1948, au musée de Tel-Aviv, David Ben Gourion, président du Conseil national juif et futur Premier ministre, prononce la déclaration d’indépendance d’Israël. L’aboutissement d’un projet né à la fin du XIXe siècle.

Les dates à retenir

 Frise chronologique, Israël : de la naissance d'un État aux impasses de la paix 

frise chronologique intitulée « israël : de la naissance d'un état aux impasses de la paix »

1896 : publication, par le journaliste autrichien theodor herzl, de l’état des juifs, manifeste fondateur du sionisme

1917 : déclaration balfour par les britanniques ouvrant la voie à « l’établissement d’un foyer juif en palestine »

1947 : à l’onu, vote d’un plan de partage de la palestine en deux états

1948 : naissance d’israël suivie de la première guerre israélo-arabe

1956 : opération conjointe entre la france, le royaume-uni et israël sur le canal de suez

1964 : création de l’organisation pour la libération de la palestine

1967 : guerre des six-jours

1972 : guerre du kippour

1987 : déclenchement de la première intifada

1993 : signature des accords d’oslo

1994 : prix nobel de la paix attribué à yasser arafat, yitzhak rabin et shimon peres pour la signature des accords d’oslo

2000-2005 : seconde intifada 2002 : construction d’un mur de séparation en cisjordanie

2004 : mort de yasser arafat

2005 : retrait unilatéral de la bande de gaza

2006 : guerre au liban

2007 : prise de contrôle de la bande de gaza par le hamas

2012 : intégration de la palestine en tant qu’état observateur non-membre à l’onu 2014 : guerre de gaza

2020 : signature des accords d’abraham

2022 : année la la plus meurtrière depuis 2000

Téléchargez la frise chronologique au format PDF

La naissance du sionisme

1881-1947 : les racines de l’idée d’un État juif

C’est en Russie que l’idée d’un État juif prend naissance. Après l’assassinat du tsar Alexandre II, le 13 mars 1881, une partie de la population accuse les Juifs d’être responsables de la mort de leur dirigeant et lancent une série de pogroms (attaques antisémites accompagnées de pillages et de meurtres) de 1881 à 1884. Des milliers de résidences et de commerces sont pillés, des centaines de personnes périssent.

En réaction, quelques étudiants et rabbins créent le mouvement Hibbat Zion en hébreu, « Les amants de Sion ». Le médecin d’Odessa Léon Pinsker en prend la tête. Un peuple sans territoire est comme un homme sans ombre, écrit-il en 1882, dans son ouvrage Auto-émancipation, publié en Allemagne et dans lequel il jette les bases du mouvement sioniste (le terme ne sera cependant utilisé qu’à partir de 1890) : Il y a une absence chez le peuple juif de la plupart des attributs d’une nation. (…) Le Juif est considéré par les vivants comme un mort, par les autochtones comme un étranger, par les indigènes sédentaires comme un clochard, poursuit-il.

Ces réflexions trouvent un écho en Europe de l’Ouest, alors que l’affaire Dreyfus divise la France à partir de 1894. « La solution au problème juif, c’est la création d’un État juif », écrit le journaliste autrichien Theodor Herzl en 1896 dans un texte intitulé Der Judenstaat (en allemand : « l’État des Juifs »). En 1897, Herzl préside le premier congrès sioniste à Bâle (Suisse). Il écrira quelques jours plus tard dans son journal : À Bâle, j’ai créé l’État juif. Si je disais cela aujourd’hui publiquement, tout le monde se moquerait de moi. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans sûrement, tout le monde acquiescera.

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durée de la vidéo:06:40

date de la vidéo:1966 collection: - PANORAMA

La naissance de l’État d’Israël : des débuts du sionisme à 1948

Les premières installations en Palestine

Mais où installer cet État ? Si différentes possibilités sont évoquées (Kenya, Argentine…), c’est en « terre d’Israël », berceau du peuple juif en Palestine selon la Bible, que se tournent les sionistes. La région est sous domination ottomane depuis le XVIe siècle.

En 1880, on compte 24 000 Juifs en Palestine – principalement des religieux – pour 482 000 habitants. Dans les années 1880-1890, le mouvement Hibbat Zion organise les premières alyas (émigration de Juifs vers Israël) : près de 30 000 Juifs s’installent en Palestine. Mais les conditions sont rudes et la misère omniprésente. Nombre d’immigrants rentrent dans leur pays d’origine après un an.

Au début du XXe siècle, le Fond national juif, créé à Bâle en 1901, récolte des fonds pour l’achat de terres en Palestine. L’initiative suscite un engouement de la part de la diaspora du monde entier. Le rachat progressif des terres provoque les premières tensions avec les Arabes, chrétiens et musulmans, implantés depuis plusieurs siècles. En 1914, le pays compte entre 60 000 et 90 000 Juifs pour environ 800 000 habitants.

 Carte géographique du plan onusien en 1947

carte présentant le plan de partage de la région, proposé par l'onu en 1947. l'état juif est représenté en rose, séparé en 3 parties. il recouvre 55 % du territoire. l'état arabe, représenté en vert, en 3 parties également, recouvre 45 % du territoire. sur cette carte sont également mentionnées, en violet, les villes de bethléem et de jérusalem, la zone de l'état arabe conquise par israël et la zone de l'état arabe conquise par d'autres états arabes.

Source : Frédéric Encel, Atlas géopolitique d'Israël, éditions Autrement, 2018. Graphisme : Patrick Bonaldi.

À noter : Le terme latin, corpus separatum, est utilisé en droit international pour désigner une ville ou une région à laquelle est donné un statut juridique et politique spécial.

Télécharger la carte au format PDF.

Le rôle décisif de la Grande-Bretagne

Le 2 novembre 1917, un événement majeur va changer la face du Moyen-Orient. En pleine guerre, le ministre des Affaires étrangères britannique, Arthur Balfour, adresse un courrier à l’un des leaders du mouvement nationaliste juif au Royaume-Uni, Lord Walter Rothschild : Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif. Les Britanniques placent ainsi leurs pions dans l’optique de l’après-guerre : ils lorgnent sur les terres de l’Empire ottoman et notamment sur la Palestine qui leur offrirait une situation privilégiée dans la région, près du canal de Suez. Avec cette déclaration Balfour, la première puissance européenne légitime ainsi le sionisme en Palestine.

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date de la vidéo:2017

Le centenaire de la déclaration Balfour de 1917

En 1920, le traité de Sèvres démantèle l’Empire ottoman, vaincu à la fin de la Première Guerre mondiale, et la Société des Nations (SDN) place la Palestine sous mandat britannique. Cependant, les Britanniques ont fait beaucoup de promesses dans la région. Dès 1916, par la voix de Henry McMahon, haut commissaire britannique du protectorat sur l’Égypte, ils avaient déjà concédé au chérif de La Mecque, Hussein ben Ali, la création d’un royaume arabe en échange de la révolte de ses troupes contre l’Empire ottoman. Une promesse vite oubliée : le 24 juillet 1922, lorsque la SDN octroie à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine, l’article 2 précise que le mandataire assumera la responsabilité d’instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif. Il n’y est nullement fait mention d’un État arabe ni même d’un peuple arabe.

Dès lors, la population juive en Palestine augmente considérablement. Les restrictions de l’immigration aux États-Unis au milieu des années 1920 et la montée du nazisme en Allemagne dans les années 1930 encouragent les alyas. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs constituent près d’un tiers des 2 millions d’habitants de Palestine.

Après la Shoah, la Terre promise

Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 5 et 6 millions de Juifs sont exterminés au cours du génocide perpétré par les nazis. À la fin du conflit, les rescapés se tournent notamment vers la Palestine, toujours sous mandat britannique. Mais, depuis 1939, en réponse à une série de révoltes arabes, le Royaume-Uni a drastiquement limité les possibilités d’immigration.

Sur le terrain, la tension monte. Le 22 juillet 1946, l’organisation nationaliste juive Irgoun attaque à l’explosif l’hôtel King David, où sont installés les bureaux du gouvernement britannique. L’attentat fait 91 morts.

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durée de la vidéo:03:57

date de la vidéo:2012

L'attentat de l'hôtel King David à Jérusalem le 22 juillet 1946

Un autre événement va précipiter les choses : en juillet 1947, le navire Exodus arrive près des côtes palestiniennes avec, à son bord, 4 500 Juifs rescapés de la Shoah. Le bateau est intercepté par les forces navales britanniques. Il est finalement acheminé vers Hambourg (Allemagne) où les passagers sont débarqués dans des camps de rétention. En tout, près de 50 000 candidats à l’immigration seront déboutés et detenus derrière des barbelés. L’image est désastreuse pour le gouvernement britannique, totalement dépassé. Au point qu’il décide de confier son mandat sur la Palestine à la toute jeune organisation des Nations unies. 

Le 22 novembre 1947, un plan de partage de la région est soumis au vote des membres de l’ONU. Il propose la création de deux États : l’un juif (sur 55 % du territoire), l’autre arabe (sur 45 % du territoire), ainsi que la mise sous contrôle international de Jérusalem. Tous les pays arabes s’y opposent, mais l’URSS et ses satellites, pourtant hostiles au sionisme, votent pour le projet. Staline y voit l’opportunité de profiter de la faiblesse britannique pour accroître son influence dans la région. Le 14 mai 1948, le mandat britannique s’achève officiellement. L’État d’Israël est né. 

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durée de la vidéo:05:02

date de la vidéo:2023 collection: - LA GRANDE EXPLICATION

La naissance d'Israël

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durée de la vidéo:02:59

date de la vidéo:2017

1947 : la Palestine est divisée entre Juifs et Arabes par l'ONU

1948-1967 : Israël, un État construit dans la guerre

Indépendance et Nabka

Le jour de la création d’Israël, au milieu de la liesse populaire, David Ben Gourion aurait glissé au jeune Shimon Peres, futur Premier ministre : Tu vois, aujourd’hui, ils dansent, mais, demain, ils verseront leur sang. Le 15 mai 1948, dès le lendemain de la déclaration d’indépendance, les troupes de plusieurs pays membres de la Ligue arabe (Égypte, Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Yémen) envahissent la Palestine. En janvier 1949, Israël remporte la guerre, notamment grâce aux armes fournies par l’URSS via la Tchécoslovaquie. Sa superficie s’agrandit d’un tiers pour atteindre 78 % du territoire. Jérusalem est coupée en deux : l’est pour la Jordanie, l’ouest pour Israël, qui la désigne comme capitale. La Palestine est démantelée : sur les bords de la Méditerranée, la bande de Gaza passe sous contrôle égyptien, la Jordanie annexe la Cisjordanie. Entre décembre 1947 et juillet 1949, près de 700 000 Arabes de Palestine, expulsés de leurs terres et leurs habitations, sont contraints de fuir. Dans le monde arabe, l’intellectuel syrien Constantin Zureiq parle de nabka, la « catastrophe ».  

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date de la vidéo:2008 collection: - SOIR 3 JOURNAL

La Nakba : l'exode forcé des Palestiniens en 1948

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durée de la vidéo:00:22

date de la vidéo:1948 collection: - LES ACTUALITÉS FRANÇAISES

La guerre israélo-arabe de 1948

Le 26 juillet 1956, le canal de Suez reliant la Méditerranée à la mer Rouge – et administré par la France et le Royaume-Uni – est nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Le 29 octobre, Israël attaque l’Égypte. Il s’agit d’une opération conjointe entre la France et le Royaume-Uni, qui s’inquiètent de la nouvelle alliance entre l’URSS et Nasser. Côté israélien, David Ben Gourion espère ainsi affaiblir durablement son ennemi égyptien dont les incursions sur le territoire sont fréquentes depuis 1948. L’armée israélienne parvient à s’emparer du Sinaï. Sous la pression américaine et soviétique, qui ne veulent pas voir la situation s’envenimer davantage, un cessez-le-feu est signé le 7 novembre.

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date de la vidéo:1956 collection: - LES ACTUALITÉS FRANÇAISES

La guerre israélo-égyptienne de 1956

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date de la vidéo:2019 collection: - LA GRANDE EXPLICATION

La crise du canal de Suez

Construire un nouveau pays

Dès la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948, David Ben Gourion pose un principe fondateur : L’État d’Israël sera ouvert à l’immigration des Juifs de tous les pays de leur dispersion. Le 5 juillet 1950, le parlement israélien vote la loi sur le retour qui permet à tout Juif de pouvoir immigrer et s’installer librement en Israël. Entre 1948 et 1962, plus d’un million de personnes émigrent, dont 40 % depuis l’Europe orientale et près de 30 % d’Afrique, principalement d’Afrique du Nord.

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date de la vidéo:1962

Israël : des Juifs du Maghreb émigrent vers la « Terre promise »

Pour accueillir tous ces nouveaux venus, Israël, en proie à des difficultés économiques, va bénéficier d’une aide de la République fédérale d’Allemagne. En vertu de l’accord de réparation signé en 1952, elle s’engage à verser 3,5 milliards de marks à l’État hébreu, une indemnité couvrant les frais d’installation en Israël des victimes des persécutions du IIIe Reich.

En Israël, le nouvel État se fait moteur du développement économique en se portant acquéreur de grandes industries et de terres agricoles. Un État stratège et planificateur ainsi qu’une grande quantité de main d’œuvre disponible permettent au niveau de vie de décoller durant les années 1960. En 1963, 97 % des Israéliens ont l’eau courante, 93 % s’éclairent à l’électricité et le nombre de lits d’hôpitaux passe de 4 626 en 1948 à 17 612 en 1963. Dans le même temps, la consommation privée s’est accrue de 200 % et le produit national brut de 232 % (Michel Abitbol, Histoire d’Israël, éditions Perrin, 2018).

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date de la vidéo:1965 collection: - CINQ COLONNES À LA UNE

Les eaux du Jourdain et l'agriculture israëlienne

Une nation en quête d’identité

En 1956, le gouvernement lance une grande campagne d’approfondissement de la « conscience juive » en enseignant aux élèves le calendrier hébraïque, la Bible, les fêtes religieuses ou encore les grands personnages juifs dans l’histoire. Il créé également, en 1959, la Journée de la Shoah et de l’héroïsme au 27 Nissan (1er mois du calendrier juif, généralement en avril ou en mai).

En mai 1960, Adolf Eichmann, haut fonctionnaire nazi et organisateur de la Solution finale, est arrêté en Argentine par des agents du Mossad. Il est transféré à Jérusalem pour être jugé par un tribunal israélien. À partir du 11 avril 1961, plus de 2 millions d’Israéliens écoutent quotidiennement à la radio la retransmission de son procès. Pendant plusieurs semaines, des centaines de témoignages décrivent l’horreur des camps d’extermination. Eichmann est condamné à mort, puis pendu le 1er juin 1962. Avec le retentissement mondial de ce procès, le souvenir de la Shoah devient un élément majeur de l’identité israélienne.

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durée de la vidéo:03:09

date de la vidéo:1961 collection: - JOURNAL LES ACTUALITÉS FRANÇAISES

Adolf Eichmann devant ses juges

En résumé

La création par l’ONU, en 1948, d’un État juif est d’abord le fruit de la détermination des sionistes à bâtir un « foyer national juif ». Les premières installations de nationalistes et de religieux juifs débutent à la fin du XIXe siècle en Palestine, alors sous administration ottomane.

Après la Première Guerre mondiale, la Palestine passe sous la coupe de la Grande-Bretagne, qui se retrouve vite dépassée par une guerre civile judéo-arabe coûteuse. Londres s’en remet à l’ONU, qui adopte un plan de partage du territoire en deux États en 1947.

Si l’État arabe ne voit pas le jour, l’État d’Israël est rapidement reconnu sur la scène internationale et bénéficie, en outre, dans les années 1960, d’un dynamisme économique important. Mais son existence est contestée par ses voisins et l’expulsion de 700 000 Arabes de Palestine de leurs terres entre décembre 1947 et juillet 1949 accentue le ressentiment.

Attentats et actes de sabotages se multiplient. En mai 1964 naît l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui prône la lutte armée contre Israël. Une deuxième phase de l’existence d'Israël débute alors, secouée par des affrontements avec de multiples acteurs palestiniens mieux organisés, mais aux objectifs politiques parfois divergents, et marquée par des tentatives de paix avec ses ennemis.

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date de la vidéo:2018 collection: - GÉOPOLITICUS

Israël-Palestine : aux sources du conflit

Pour aller plus loin

Un dossier thématique

Le journaliste Nicolas François a également rédigé un dossier thématique sur le conflit israélo-palestinien, de 1967 à nos jours. Retour sur plus d'un demi-siècle d'affrontements qui, en dépit d'accords historiques et de la médiation de nombreux acteurs internationaux, perdurent encore aujourd'hui.

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niveaux:3E - HISTOIRE

Israël-Palestine : l’échec de la paix

Deux pistes pédagogiques

Une piste pédagogique, à destination des élèves de Terminale, permet de travailler sur la problématique suivante : pourquoi le processus de paix israélo-palestinien, initié par les accords d’Oslo en 1993, est-il, trente ans plus tard, dans l’impasse ?

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niveaux:HISTOIRE - HISTOIRE GÉOGRAPHIE, GÉOPOLITIQUE ET SCIENCES POLITIQUES

Un processus de paix israélo-palestinien dans l’impasse

Cette piste pédagogique, également à destination des élèves de Terminale, revient sur l'historique du conflit israélo-arabe et israélo-palestinien afin de mieux comprendre les enjeux qui, aujourd'hui encore, agitent cette zone du Proche-Orient.

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Le conflit israélo-arabe (de 1948 à nos jours)

Une bibliographie

Georges Bensoussan, Une histoire intellectuelle et politique du sionisme, éditions Fayard, 2002.

Michel Abitbol, Histoire d’Israël, éditions Perrin, 2018. 

Thèmes

L’histoireLe Monde 1945-1991

Conflit israélo-arabe

La chasse à la marmotte

Par Le 15/10/2023

Ben voyons...Elles dérangent les agriculteurs...Elles endommagent les terres...Parce que les agriculteurs qui balancent des tonnes de produits chimiques dans le sol sont respectueux de la terre, eux.

Il y a des jours où vraiment, vraiment, ce monde me révulse.

Nature

Le retour de la chasse à la marmotte, animal protégé

 

Le retour de la chasse à la marmotte, animal protégé

La préfecture de Savoie a autorisé la chasse aux marmottes, car les agriculteurs les accusent d’endommager leurs terres. Des associations ont attaqué l’arrêté.

La chasse à la marmotte est ouverte. La préfecture de la Savoie a autorisé le 10 septembre l’abattage du petit rongeur à la demande des agriculteurs. Ils lui reprochent de creuser des terriers qui provoqueraient « des blessures aux bovins, parfois aux exploitants avec des entorses, des casses de matériel de fauche, des dégradations de tuyaux d’arrosage... » L’année dernière, 427 marmottes ont été abattues dans le département.

Le petit mammifère est pourtant un animal protégé par l’annexe III de la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe. Sa gestion doit être réglementée afin de maintenir sa population hors de danger. Aucun comptage officiel des marmottes n’existe en Savoie, mais l’avenir de l’animal paraît bien sombre. La faute à l’artificialisation des sols, la destruction de ses habitats de reproduction et surtout au dérèglement climatique. La baisse de l’enneigement affecte sa période d’hibernation. Chaque hiver, la neige isole les terriers des rongeurs en sommeil. Si la couche est trop fine, le froid force les marmottes à consommer leurs réserves d’énergie jusqu’à mourir de dénutrition.

Las, la préfecture de la Savoie assure que le rongeur alpin causerait des dégâts agricoles suffisants pour justifier sa chasse. « Malgré leur aspect de bonhomie et d’attrait pour le grand public, les marmottes commettent des dégâts dans les herbages, font des amas de terre et de pierres en surface qui, en souillant le fourrage lors de la récolte, le rendent moins attractif et entraînent des bris et une usure des machines agricoles », ont justifié les services de l’État lors de la consultation publique sur le projet d’arrêté préfectoral d’ouverture de la chasse pour la saison 2023-2024. Le danger serait tel que les marmottes pourraient « porter atteintes aux habitations ».

Aucun chiffre n’estime les dégâts causés par les marmottes

Contactées pour connaître l’ampleur exacte de ces dégâts, ni la Direction départementale des territoires (DDT) de la Savoie chargée du dossier, ni la préfecture, ni la FDSEA des Savoie, le syndicat agricole majoritaire, n’ont répondu à Reporterre. « Nous n’avons aucun élément sérieux ni données officielles nous démontrant que les marmottes pullulent et occasionnent des dégâts pouvant justifier leur chasse », souligne Pauline di Nicolantoni, la présidente de l’association Justice Animaux Savoie (Ajas).

Pour mettre un terme à l’abattage des marmottes, l’Ajas et les associations de défense de l’environnement Aspas, Animal Cross, Aves, FNE Savoie et One Voice ont déposé le 10 octobre un recours en référé devant le tribunal administratif de Grenoble pour faire annuler l’arrêté préfectoral. « Nous souhaitons stopper la chasse avant la clôture de la saison le mois prochain, puis nous entamerons un recours sur le fond pour y mettre un terme définitif dans les années à venir », précise Pauline di Nicolantonio.

La chasse aux marmottes est déjà interdite dans le Cantal, les Pyrénées-Orientales, la Drôme, la Haute-Garonne, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme.

Qui fait le plus peur entre le lion et l’humain ?

Par Le 15/10/2023

 

 

Dans la savane,qui fait le plus peur entre le lion et l’humain ?

 

Mercredi 11 octobre 2023LECTURE

ÉCOUTER (5 MIN)

Provenant du podcastCamille passe au vert

'Le lion est le roi des animaux, et des prédateurs. Mais à leur grande surprise, des scientifiques ont constaté que ce n’est pas de lui que les autres animaux de la savane ont le plus peur : c’est de l’humain ! Et cela, grâce à une expérience passionnante !

 

Une étude géniale est parue la semaine dernière dans la revue scientifique Current biology : « La peur de l’humain, ‘super prédateur’, imprègne la savane sud-africaine ». Des chercheurs de l**’Université de l’ouest en Ontario, au Canada, du laboratoire « écologie de la peur »** - c’est un domaine de recherche, les effets de la peur sur le vivant - sont allés en juin 2018 en Afrique du sud, poser des caméras et des haut-parleurs spécialement conçus pour l’expérience près de différents points d’eau dans la savane. Quand les animaux sont détectés à 10 mètres, la caméra se déclenche pour filmer, et des enregistrements d’une durée de 10 secondes sont diffusés par le haut-parleur : soit des sons d’oiseaux, soit des sons de chiens, soit des coups de feu, soit des sons d’humains en train de parler normalement, sans crier, dans les 4 langues les plus utilisées là-bas, soit des sons de lions, en train eux aussi de communiquer entre eux, sans trop d’agressivité. Le lion étant le plus grand prédateur, les scientifiques pensaient que c’est lui qui ferait le plus peur aux autres animaux. Mais pas du tout !

Il y a une "énorme peur des humains de la part de la vie sauvage !" s’étonne Liana Zanette, professeure de biologie et auteure principale de l’étude :

"Il y avait deux fois plus de chances qu’ils fuient juste en pensant qu’un humain était là, comparé aux lions, et ils déguerpissent du point d’eau 40% plus vite , qu’en entendant les sons de lions"

Et ses résultats concernent 18 espèces sur 19 étudiées !

"Tout le monde ! Les girafes, les zèbres, les phacochères, les éléphants, les léopards, les hyènes : tout le monde a peur des humains !"

Seuls les lions ne sont pas dedans, mais parce qu’ils n’ont pas récolté assez de données à leurs sujets, ils sont encore en train de travailler dessus. 
Il y a tout un tas de graphiques, courbes et calculs pour le démontrer, mais aussi 
des vidéos, fascinantes : ils ont analysé des milliers d’images.

Exemple : des rhinocéros paisiblement dans l’eau, ils entendent les sons de lions, ils partent, mais tranquillement... idem avec des zèbres, ou des girafes, qui marquent même un temps d’arrêt, ils partent, oui, tous, mais sans trop paniquer. La même chose arrive avec les sons de coups de feu.

Mais avec les voix d’humains, une girafe part très vite en courant, des antilopes, une hyène, et même un léopard qui lâche carrément sa proie, une antilope morte, avant de détaler.

Mais l’un des contrastes les plus marquants, c’est avec les éléphants. Liana Zanette raconte :

"Ils n’aiment vraiment pas les lions, et les éléphants savent qu’ils peuvent se défendre contre eux. Donc ce qu’ils font souvent en entendant un son de lion, c’est qu’ils se regroupent, s’approchent du haut-parleur, et il est arrivé que certains éléphants soient si furieux en pensant qu’un lion est là, qu’ils fracassent la caméra"

“Ils ne font jamais ça avec les humains”, dit Liana Zanette, “ils ne s’approchent jamais, ils partent du point d’eau à la place et n’attaquent absolument jamais. C’est un bon exemple que les animaux savent qui sont leurs ennemis, et ils peuvent vraiment nous l’indiquer à travers ces réactions comportementales.”

La chercheuse précise aussi qu’il n’y a aucune chance que ce soit juste un effet de surprise, les voix humaines inconnues de ces animaux sauvages, c’est un son qu’ils connaissent tous, elle est catégorique.

Et tout cela a des conséquences :

« Vous ne mangez pas autant... vous avez bien vu le léopard lâcher sa proie… ou alors, faut quitter le point d’eau, et en trouver un autre. Et on sait grâce à d’autres études qu’on a faites que la simple peur des prédateurs peut réduire le nombre de petits que peuvent engendrer des partenaires de 53%, entraînant des modifications dans les populations. On sait également que la peur peut avoir des effets en cascade dans la chaîne alimentaire, on l’a montré aussi »**

Effets qui s’ajoutent à ceux du changement climatique, à la perte d’habitat, mais un point positif pourrait sortir de tout ça : utiliser la peur des humains comme un outil de conservation. En diffusant par exemple des enregistrements dans des zones où il y a beaucoup de braconnage, pour les cornes de rhinocéros en particulier... ça permettrait de les éloigner, d’un point d’eau, oui, mais surtout du danger.

Jardin partagé.

Par Le 14/10/2023

Evidemment que c'est une voie à suivre. La Creuse est un territoire modèle :) 

 

En Creuse, il y a déjà une liste d'attente pour profiter d'une parcelle au tout nouveau jardin partagé de Saint-Vaury

Publié le 12/10/2023 à 10h04

En Creuse, il y a déjà une liste d'attente pour profiter d'une parcelle au tout nouveau jardin partagé de Saint-Vaury

Inauguration du jardin partagé à Saint-Vaury © Floris Bressy    

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La commune de Saint-Vaury a inauguré samedi 7 octobre un jardin partagé qui profite à quatorze familles. Le projet est victime de son succès. Il y a déjà une liste d’attente pour bénéficier d’un lopin de terre en plein cœur du bourg.

Colyne, 11 ans, est la benjamine du jardin partagé. Jean-Pierre, 75 ans, est le doyen. Le hasard du tirage au sort leur a attribué des parcelles voisines. Ils se sont lié d’amitié. « On ne se connaissait pas avant, confie le septuagénaire. J’ai discuté avec ses parents. On va faire un barbecue. Il y a tout ce qu’il faut sur place : des bancs, des tables… »

Ouvert il y a seulement six mois, le jardin partagé de Saint-Vaury semble déjà remplir l’une de ses promesses : créer du lien social, de la convivialité entre les habitants. Depuis le mois de mai, les jardiniers ont pris possession de leur petite parcelle de 25 m2. Ils n’ont pas de loyer à payer.

Des familles ukrainiennes

Des familles ukrainiennes accueillies dans la commune y cultivent des légumes. Le maire Philippe Bayol a rappelé la genèse du projet, lors de l’inauguration, samedi dernier : « C’est une idée qui a germé dans notre campagne électorale, ça faisait partie du programme solidaire de notre campagne. » Preuve que ce jardin répond à un réel besoin, « les quatorze parcelles ont été prises d’assaut, il y a même une liste d’attente ».

Il faut dire que le cadre est agréable, « bucolique » comme l’a souligné le maire. Le grand terrain de 2.400 m2 est situé dans le bourg de Saint-Vaury, sur les hauteurs de la ville, juste à côté de la chapelle Saint-Michel. La commune l’a acheté en 2019 à une propriétaire privée, Marie-Christine Dallier, qui souhaitait que cette friche reprenne vie. Son vœu a été exaucé. « C’est un vrai bonheur », a-t-elle lancé, samedi, en voyant les parcelles fleuries.

Les arbres ont été conservés. Des bancs et des tables en bois ont été installés par les services techniques de la commune. Un chalet permet d’entreposer le matériel mis à disposition des jardiniers (outils, brouettes, arrosoirs).

C’est le CFA du lycée d’Ahun qui a réalisé l’aménagement du jardin. « Beaucoup de partenaires ont été associés au projet : le centre hospitalier de Saint-Vaury, le collège, l’école », a détaillé Armelle Martin, adjointe au maire. Le centre hospitalier de La Valette a d’ailleurs une parcelle pour faire des activités thérapeutiques.

Un jardin bio

 

En ce début d’automne, il reste quelques légumes et des fleurs dans les carrés potagers. « Le jardin est destiné à produire des légumes que les gens vont consommer. C’est un projet social », a rappelé Philippe Bayol. La charte de fonctionnement précise que la culture doit être bio.

Sébastien a pu bénéficier d’une parcelle. Il habite dans le bourg de Saint-Vaury, tout près du jardin partagé. « Nous avons un terrain, mais il est trop petit pour faire un potager », explique le père de famille. Avec son épouse, ses deux enfants et sa belle-mère, il a pu faire pousser tout un tas de légumes cet été : courgettes, pommes de terre, salades, poivrons… « On voulait montrer aux enfants comment les légumes poussent, comment on jardine, poursuit-il. Et il y a le plaisir de manger de bons légumes. On a eu pas mal de courgettes et de tomates. » Sa belle-mère, Odile, a fait de la ratatouille qu’elle a congelée.

Colyne, la plus jeune à être titulaire d’une parcelle, a aussi eu une belle récolte. « C’est elle qui a tout planté. Son papa a juste préparé le terrain », raconte sa mère. L’adolescente aime jardiner. Elle a un grand potager à la maison, mais elle voulait venir ici pour retrouver ses copines ukrainiennes de l’école. Cabanes, goûter et pique-niques partagés ont animé le jardin cet été.

Des lectures et des concerts

 

« Il y a eu une diversité de légumes époustouflante, se réjouit Claude Lutrat, adjoint à l’environnement. Pour cette première saison, le bilan est positif. Et ce n’est qu’un début. » La mairie aimerait que les jardiniers constituent une association pour assurer la pérennité du site.

Elle souhaiterait aussi que le jardin devienne un lieu culturel et de rencontres. « Il y a la possibilité de créer des événements sur ce terrain, assure Armelle Martin. Actuellement, l’atelier tricot vient au jardin. Pourquoi pas développer des activités culturelles autour de ce jardin et avec la chapelle, comme des lectures ou des concerts ? »

Quel coût ?
Le projet de jardin partagé a coûté 50.000 euros. Il a été subventionné à 80 %. Les différents partenaires financiers sont l’Europe (Leader), la région Nouvelle-Aquitaine et la commune. La propriétaire du terrain a presque « donné » la parcelle de 2.400 m2 à la commune (elle a été vendue 1.500 €).

Guerre

Par Le 14/10/2023

Depuis que je suis enfant, j'entends parler de la guerre entre Israël et la Palestine. 

Je n'ai aucun avis là-dessus sur le plan idéologique, politique et autres "raisons" de ce conflit sans fin.

Prendre parti, c'est cautionner les morts du camp opposé et je m'y refuse. 

Sur le plan humain, c'est juste d'une tristesse infinie.

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Une étoile parmi les autres.

Par Le 14/10/2023

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Lecteur, prends encore une longue respiration ! Sens l'air frais qui monte dans ton nez. Les atomes qui entrent en toi ont été respirés d'innombrables fois dans les derniers milliards d'années.

Leur carrière a commencé dans les eaux tièdes où la vie est née sous forme de microscopiques organismes marins. Ils sont passés par les branchies des trillobites ainsi que dans celles des grands poissons aux carapaces rigides. Ils ont été aspirés par les vaisseaux dressés à la verticale des fougères, des prêles géantes et des ginkgos aux feuilles dorées. Ils ont été accueillis dans les premières ébauches de poumons des Léviathans de l'époque jurassique. Ils se sont intégrés dans le parfum subtil des plantes à fleurs pour séduire les insectes transporteur de pollens.

Et pense aussi aux innombrables êtres humains, tes ancêtres, qui ont profité de cette manne indispensable lentement apprêtée par la nature avec le concours de microscopiques organismes marins, toujours à l'œuvre dans les océans. Au-dessus de la surface, au-dessus de chaque vague, le lent flux des nouvelles molécules d'oxygène se poursuit continuellement.

Hubert REEVES ( 13/07/1932 - 13/10/2023)

Extrait "Là où croît le péril... croît aussi ce qui sauve."

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A CŒUR OUVERT : prélude

Par Le 10/10/2023

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« J’étais avec toi Diane. »

Juste un murmure, une voix monocorde.

« Je t’ai vue de l’intérieur. Et c’est moi qui t’ai guidée. Tu as vu ce que je te montrais. »

Elle s’interdit de l’interrompre.

« Nous n’existons pas Diane. Nous ne sommes que des formes. C’est la vie qui est là, elle est partout, c’est elle le flux électrique, c’est elle qui nous anime. Tu vas me dire que tu le sais bien mais je te parle d’autre chose. La vie m’a emporté, elle m’a fait courir dans tout ce qu’elle anime, dans toutes les structures qu’elle imagine, dans tout ce qu’elle crée, tout est relié, tout est connecté, tout est constitué du même courant, j’ai abandonné tout ce que je croyais être, je connais la vie des herbes, je connais les molécules des parfums, j’ai vu par-delà les yeux, j’ai couru dans les veines des antilopes, j’ai ressenti le bonheur de l’eau qui coule dans les ruisseaux, mais tout ça n’était pas moi, tu comprends, nous ne sommes rien que des formes, nous n’avons pas d’existence propre, tout ça n’est que notre imagination, notre raison, notre prétention, notre ego, des identifications qui nous rassurent, je n’ai pas survécu, c’est la vie qui s’est lancé un défi en moi. »

Six mois plus tôt…

Il venait de quitter Clermont-Ferrand. Il avait récupéré les clés de la location dans une agence immobilière. Direction Murol, puis Besse avant d’atteindre les Monts du Cézallier. Trois valises dans le coffre. Personne à ses côtés. L’impression pesante qu’il n’était même pas là. Des mois que ce vide incompréhensible s’était installé.

Les yeux attentifs à la route et l’esprit concentré sur un passé déchu. Radio éteinte, juste le ronflement du moteur, l’habitacle comme un refuge fermé, cette nécessité de rétablir la chronologie des évènements, une voix intérieure qui se raconte, un dialogue entre l’homme d’hier et celui qui roulait vers ailleurs, un dédoublement salvateur, l’obligation d’observer le champ de ruines, un regard renvoyé par un miroir inquisiteur...

« Paul Laskin, cinquante-trois ans, responsable d’une grande entreprise, secteur informatique et high-tech, une rentabilité exceptionnelle, une croissance exponentielle, cotée en bourse, actionnaire principal, un portefeuille rempli de stock-options, une très grosse somme, un travail de fou, une famille avec laquelle je ne passais pas assez de temps mais au moins, elle n’était pas dans le besoin matériel. Manque affectif certainement. C’est au bureau que c’est arrivé. Le 2 février. Il était vingt et une heures. Préparation d'une rencontre capitale avec des financiers. Une obligation de fonds pour accroître l’export. Des jours de travail, des nuits à réfléchir, à me questionner dans tous les sens. L’euphorie du projet et l’épuisement de son fardeau. Alice, ma femme, avait téléphoné pour me dire qu’elle était rentrée très tôt, Chloé avait de la fièvre. Le médecin était passé. Je n’avais pas vraiment écouté. C’est en reposant le combiné que j’en ai pris conscience. Et puis, la douleur est arrivée, comme un coup de poignard. J’ai ouvert la bouche pour appeler à l’aide mais rien n’est sorti. L’étau de fer rougi qui broyait ma poitrine vrillait les sons dans ma gorge. La terreur, les mains serrées sur mon cœur, comme pour empêcher l’arrachement des tissus, une incompréhension totale, aucun signe précurseur, la certitude de la mort. Je suis tombé sur le bureau au moment où la porte s’ouvrait. J’ai juste eu le temps de reconnaître Philippe, mon associé.

Et puis, plus rien.

J’ai ouvert les yeux dans la chambre d’hôpital. J’ai compris que j’étais vivant. Il n’y avait personne. Ça m’a fait un mal de chien que personne ne me veille…Que personne ne soit là pour m'expliquer.

J’ai pleuré tout seul. Je me suis souvenu soudainement de mes dernières larmes. Comme un éclair. La mort de mon grand-père, j’avais douze ans. Un rappel incongru. Si longtemps que je n'avais pas pleuré. C'est bizarre mais je me souviens m'être réjoui que ça revienne. L'impression qu'un barrage avait sauté et que des mers de larmes allaient pouvoir s'écouler. C'était comme un soulagement.

Des tuyaux, des machines, les murs blancs de la chambre, j’ai posé une main sur ma poitrine, le souvenir de cette douleur atroce, j’ai senti les battements réguliers, l’idée infantile que j’étais intact, que mon intégrité physique était préservée.

Je me suis assoupi. J'étais fatigué. C'était étrange. Je ne dormais pas. Je flottais. J'ai vu mes pensées s'éteindre comme des fins d'étoiles.

Et puis, un médecin est passé. Compte-rendu de la lutte. Une voix neutre et des paroles sans appel. J’avais perdu. La violence de l’attaque avait été fatale à mon cœur. Il ne s’en remettrait pas.

« Tout ça ne tient plus qu’à un fil, Monsieur Laskin. C’est l’intervention de votre associé qui vous a évité le pire.»

Il est reparti. J'ai fermé les yeux pour recommencer à flotter.

...

Seul dans la chambre.

Le nombre de fois où les larmes ont jailli sans prévenir. Cette petite fille que j’ai vue en rêve. La seule échappée dont je disposais encore. L’enfant tenait la main de sa mère. Elle avait levé les yeux vers moi. Une si belle innocence, tout ce que la vie offrait à l’origine et que j’avais perdu. Cette idée que c’était la vie elle-même qui m’avait regardé. Incompréhensible. Des idées folles qui jaillissaient de nulle part.

Ce n’est pas ce que j’avais perdu qui me tourmentait jusqu’à l’insomnie mais tout ce qui avait surgi.

Les Restos du cœur

Par Le 06/10/2023

Un indicateur très inquiétant de l'état de la société française...

 

L'association a confirmé qu'elle devrait restreindre l'accès aux distributions alimentaires dès novembre. Entre l'hiver 2021-2022 et 2022-2023, le nombre de repas offerts avait déjà augmenté de 20%.

Article rédigé parfranceinfo

France Télévisions

Publié le 06/10/2023 16:16

Temps de lecture : 2 min

Des bénévoles distribuent des denrées alimentaires à Grigny (Essonne) le 6 septembre 2023. (TERESA SUAREZ / MAXPPP)

Des bénévoles distribuent des denrées alimentaires à Grigny (Essonne) le 6 septembre 2023. (TERESA SUAREZ / MAXPPP)

Alors que l'inflation frappe de plein fouet les ménages les plus modestes, les Restos du cœur ont confirmé mercredi 4 octobre lors d'une audition devant l'Assemblée nationale que l'association serait contrainte de refuser des bénéficiaires. "A partir de novembre, nous allons baisser les dotations du nombre de personnes [et] nous réduisons aussi les critères d'accès à l'aide alimentaire", a affirmé Jean-Yves Troy, délégué général de l'organisme.

Patrice Drouet, président des Restos du cœur, avait déjà lancé un message d'alerte en ce sens sur le plateau de TF1 début de septembre. La cause de ces restrictions : l'inflation. La hausse des prix sur l'alimentaire a renforcé les demandes d'aides et rend plus difficile l'approvisionnement des Restos du cœur en denrées comestibles.

Quelque 28 millions de repas supplémentaires en un an

Alors qu'entre 2012 et 2022, le nombre de repas distribués était resté relativement stable, entre 130 et 140 millions de repas, la demande d'aide alimentaire a explosé en 2023, selon les rapports annuels consultés par franceinfo. Lors de la 38e campagne de l'hiver dernier, l'association a distribué quelque 28 millions de repas de plus que l'année précédente, soit 170 millions en tout.

L'association avait bien connu une hausse marquée de ses distributions de repas à la suite de la crise de 2008, mais celle-ci avait été beaucoup moins brutale. Les Restos du cœur avaient alors offert 30 millions de repas supplémentaires en quatre ans.

Prévus initialement pour ne durer que lors de l'hiver 1985, l'organisme créé par Coluche n'a pas cessé ses activités depuis bientôt 40 ans. Le nombre de repas distribués a augmenté dans la foulée de la hausse de la précarité, mais aussi grâce au déploiement de l'association et de ses antennes partout en France.

Un trou budgétaire de 35 millions d'euros

L'association traverse actuellement de graves difficultés financières : il manquait 35 millions d'euros pour boucler son budget annuel début septembre. En réponse, le gouvernement a annoncé une aide supplémentaire de 15 millions d'euros. Le milliardaire, Bernard Arnault a également déclaré qu'il ferait un don à hauteur de 10 millions d'euros. Les dons de particuliers et d'entreprises ont afflué.

Toutefois, ces mesures n'ont pas complètement rassuré Patrice Drouet, "On a encore beaucoup d’incertitudes sur les prochains mois, les prochaines années", redoutait le 8 septembre le patron de l'association au micro de France Bleu.

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