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Austérité ou sobriété
https://www.alternatives-economiques.fr/eloi-laurent/austerite-sobriete/00093342
Et maintenant : austérité ou sobriété ?
LE 09/07/20206 min

Eloi LaurentEconomiste, professeur à Sciences Po et à l’université de Stanford
On a trop peu souligné combien les mots choisis par le président de la République le 14 juin dernier, à l’heure de tirer un premier bilan de la pandémie de Covid-19 en France, furent ahurissants : « Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait et de notre pays. »
Rappelons rapidement ce que nous disent, en réalité, les quatre indicateurs du carré tragique français : « notre pays » a l’un des plus mauvais bilans sanitaires au monde, il a imposé à ses citoyen(ne)s des restrictions de liberté parmi les plus strictes de la planète, il est frappé par une des récessions économiques les plus sévères du globe et il a vu s’effondrer la confiance politique comme nulle part ailleurs en Europe. Fiers ? De quoi au juste ? « Reconstruction » définit fidèlement, pour le coup, l’ampleur de la tâche à accomplir pour remettre le pays à flot après ce naufrage.
Deux horizons étymologiquement proches et radicalement éloignés politiquement se dessinent devant nous en la circonstance : l’austérité et la sobriété. On peut chercher à les contraster de différentes manières (la première serait subie, la seconde choisie) mais la distinction la plus convaincante est celle de leur objet respectif : l’austérité est sociale quand la sobriété est écologique. Laquelle faut-il préférer sur le plan économique ?
Création d’emplois
L’austérité sociale est toujours une catastrophe en temps de crise, il est encore utile de le rappeler aux héritiers intellectuels du Jacques Rueff de « l’assurance chômage, cause du chômage permanent ». Nous avons déjà vu en France, en 2011-2013, la saison 1 de cette série masochiste. Pourtant, un certain nombre de syndicats patronaux qui goûtent les faillites d’entreprises et d’économistes qui n’ont toujours pas lu Keynes (en libre accès ici) réclament à cor et à cri une saison 2 de l’austérité sociale, faite de déflation salariale et de reflux des protections collectives. Ce serait une idiotie impardonnable, soit, mais la sobriété écologique serait-elle préférable ? Il y a trois raisons sérieuses de le penser.
Pour commencer, les réglementations environnementales du type de celles, nombreuses et variées, que propose la Convention citoyenne pour le climat, peuvent accélérer l’innovation, selon l’hypothèse dite « de Porter », à condition qu’elles soient combinées à des instruments de prix comme la fiscalité écologique, dont la France a plus que jamais besoin.
Ensuite, la sobriété énergétique et carbonique favorise les créations d’emplois, comme le démontre clairement le scénario Negawatt qui prévoit, entre autres bénéfices, la création de 400 000 emplois nets en 2030 (600 000 en 2050).
Enfin, la sobriété écologique peut être synonyme de progrès social – notamment sanitaire – et de maîtrise des finances publiques, comme le souligne la note de la chercheuse finlandaise Tuuli Hirvilammi qui vient d’être publiée par la Fondation de l’écologie politique.
La sobriété, vecteur d’innovation
A cet égard, il est temps de déboulonner l’idée simpliste, reprise sans surprise par un président de la République sans imagination, selon laquelle la croissance est nécessaire pour « financer » les politiques sociales. Sous couvert de réalisme économique, il s’agit là d’une manière archaïque de concevoir la protection sociale au siècle des défis environnementaux : il importe aujourd’hui, en matière sociale comme en matière énergétique, de passer d’une logique de dépense à une logique d’économies.
En effet, le prolongement écologique de l’Etat providence – qu’imposent les risques sociaux engendrés par les crises environnementales – repose sur une logique d’économies et non pas de dépenses gagées sur des prélèvements eux-mêmes assis sur des revenus. Le financement d’un Etat qui doit devenir social-écologique peut ainsi être assuré par les économies colossales de dépenses sociales directement liées à l’atténuation des crises écologiques.
Que l’on songe aux économies provoquées par un traitement rationnel, c’est-à-dire non autodestructeur, des écosystèmes et de la biodiversité, qui aurait participé à écarter les épidémies de Sida, d’Ebola, de Mers, de Sras et bien entendu de Covid-19. Que l’on songe aux économies de dépenses sociales permises par l’atténuation progressive de la crise de la couche d’ozone, qui a entamé sa régénération du fait d’une gouvernance globale efficace et ainsi contribué à éviter des dizaines de millions de cas de cancers de la peau sur la planète. Que l‘on songe aux économies de dépenses sociales qui pourraient être réalisées par l’atténuation du changement climatique ou de la pollution de l’air. Sans parler des conséquences sanitaires et donc financières de l’amélioration des pratiques d’alimentation, des pratiques sportives ou de mobilité urbaine (marche à pied, usage du vélo...).
Même lorsque de nouveaux prélèvements doivent être introduits, comme la fiscalité carbone, celle-ci peut aisément aboutir, à condition d’être correctement calibrée, à des économies doubles, en termes de bien-être et de revenu pour la majorité de la population (Berry et Laurent 2019).
A l’inverse, comme le souligne l’OMS : « Tenter de faire des économies en négligeant la protection de l’environnement, la préparation aux situations d’urgence, les systèmes de santé, et les filets de protection sociale [s’avère] une fausse économie. »
Résumons : la sobriété écologique est un vecteur d’innovation quand l’austérité sociale détruit durablement les capacités humaines ; la sobriété écologique est créatrice d’emplois et de progrès social quand l’austérité sociale enferme les individus dans le chômage de masse ; la sobriété écologique est économe quand l’austérité sociale est une gabegie budgétaire. Pourquoi, dès lors, ne pas aujourd’hui faire le choix d’une politique publique dont nous pourrions être fiers ?
Eloi Laurent
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Austérité écologique
A notre niveau, la réflexion indispensable est celle qui concerne la distinction entre le manque, le besoin et le désir.
Le manque, le besoin, le désir.
Tribune —
L’austérité est-elle écologique ? Oui et non
https://reporterre.net/L-austerite-est-elle-ecologique

D’un côté, l’austérité bloque les investissements utiles écologiquement et collectivement. De l’autre, elle peut stopper les gaspillages, comme les aéroports inutiles. En tous les cas, une nouvelle politique économique est nécessaire.
Le vote relatif à l’adoption du TSCG [1] divise les écologistes et Europe Ecologie Les Verts. Si bien des questions se posent, je me limiterai à une seule. L’austérité, que fabriquent la politique européenne actuelle, et ce traité en particulier, c’est apparemment bon pour la planète. Les émissions de gaz à effet de serre et plus généralement la pression anthropique sur la biosphère sont en gros proportionnelles au PIB. Ces émissions ont baissé pendant la crise financière de 2009, comme elles avaient baissé pendant la crise de 1929 et pendant la Deuxième guerre mondiale.
Investir pour devenir sobres
On pourrait se dire, en dehors de toute considération sociale, que c’est pendant les crises économiques que la sobriété se réapprend, par nécessité.
Heureusement ce raisonnement est vraiment faux. Notre production et notre consommation ne deviendront vraiment sobres en ressources et faiblement émissives en carbone que si nous investissons massivement pour remplacer ou modifier nos infrastructures (urbanisme, logement, voiture, industrie). Des efforts à notre portée (et encore pas toujours) pourraient peut-être nous permettre de réduire de 5 à 10 % nos émissions de GES qu’il faut diviser par 4 d’ici 40 ans.
Comment faire ? En isolant nos logements, en changeant nos voitures, en les utilisant différemment (il faut les remplir… elles roulent moins de 5% du temps et avec 1,2 personnes à bord en moyenne), en faisant muter notre agriculture, en améliorant l’efficacité de notre industrie. Et bien sûr en investissant dans des énergies décarbonées (petit rappel : au niveau mondial, 80 % de l’énergie consommée est à base d’énergies fossiles). Tout ceci va demander beaucoup d’investissements, dont on a vu qu’ils n’étaient pas toujours d’une rentabilité financière à court terme exceptionnelle. C’est sur ce terrain que va se jouer la compétition économique internationale, car tous les pays du monde sont confrontés au même problème, à l’exception (pour quelques années encore, malheureusement) des Etats-Unis qui, grâce à l’exploitation des gaz non conventionnels, peuvent encore continuer à croire que le monde est infini.
Dans ce contexte, l’austérité aggrave la situation. Les ménages hésitent encore plus à faire des travaux (gardons nos économies pour les coups durs), les entreprises se concentrent sur le court terme et n’investissent que sur leur métier et que si le retour est très court, l’Etat réduit les dépenses y compris celles qui permettraient de réduire notre empreinte carbone. L’économie finit par s’installer dans la « trappe à liquidités ». Les acteurs économiques se mettent tous à attendre en anticipant des baisses de prix (la Catalogne va semble-t-il connaître les délices de la déflation). Pourquoi investir et acheter maintenant si les prix baissent : attendre est plus logique.
Les restrictions budgétaires sont faites sans discernement
L’austérité aurait pourtant bien un avantage : elle pourrait conduire à supprimer les investissements et les dépenses nuisibles à l’environnement. C’est ainsi qu’on pourrait arrêter sur l’autel de la rigueur l’aéroport Notre Dame des Landes (dont il est vraiment difficile de comprendre à quoi il peut servir), réduire les investissements pharaoniques prévus dans le Schéma National d’Infrastructures Terrestres, limiter la construction de nouveaux équipements de production d’énergie (moins nécessaires du fait d’une limitation de la consommation). Du côté des dépenses l’austérité pourrait nous conduire à couper les subventions aux activités dommageables au climat ou à la biodiversité [2].
Ce serait en effet souhaitable : l’austérité serait ainsi mère du discernement.
Malheureusement ce n’est pas ce qui se passe comme le montre le Projet de Loi de Finances. Pour toute une série de raisons, les coupes budgétaires ont tendance à être homothétiques ou à obéir à des arbitrages dont la Planète ne sort pas gagnante.
Financer l’avenir sans creuser la dette
Comment sortir de l’impasse des politiques actuelles qui sont douloureuses socialement, absurdes économiquement, car elles aggravent la crise qu’elles sont supposées résoudre, dangereuses au plan politique en donnant des voies au Front National et suicidaires au plan écologique et industriel comme on vient de le voir ?
En lançant un plan d’investissements de la transition énergétique et écologique. Certes, il est générateur d’émissions de gaz à effet de serre et de consommations de ressources (énergie, acier, etc.). Mais s’il est bien conçu il permet de réduire à terme cette pression anthropique. D’autre part, il peut évidemment être accompagné d’une baisse de la consommation : épargner plus pour investir conduit à consommer moins. Il s’agit là d’un raisonnement en moyenne : il est souhaitable au plan éthique que les personnes vraiment en situation de précarité, de détresse voire d’exclusions soient aidées (pour consommer mieux et pour vivre mieux).
Afin d’éviter des confusions dans la gestion de ce programme, il serait nécessaire d’en sortir la part publique du calcul du solde public courant (recettes courantes-dépenses publiques courantes). En effet, si l’on peut débattre à l’infini du taux de 3% de déficit public maximal dont on connaît le caractère arbitraire, il est nécessaire de s’assurer que l’impôt permet de couvrir les dépenses. C’est une nécessité démocratique et la seule manière d’éviter les largesses électorales sans fondement (ni économique ni social ni écologique).
Pour ce qui concerne le financement de ce plan, les propositions ne manquent pas.
Richard Wood économiste australien recommande, comme nous, le financement par création monétaire [3]. La BPI pourrait [4] devenir la Banque de la Transition Ecologique comme l’a affirmé le Président de la République lors de la Conférence Environnementale. La BCE pourrait faire un programme de type LTRO sur 10 ans pour financer des projets réels (via la BEI et les Caisses nationales) comme le propose Franco Bassanni le patron de la Cassa (CDC Italienne). La CDC étudie la création d’un fonds d’efficacité énergétique de plusieurs milliards d’euros.
Finalement ce qui manque uniquement aujourd’hui, c’est la volonté politique. Je pense que la mobilisation des citoyens qui va croître avec le chômage, l’exclusion et les difficultés de tous ordres pourrait bien être déterminante pour que l’on bascule d’une austérité insensée à la construction de l’avenir !
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Notes :
[1] Voir par exemple Pacte budgétaire
[2] Voir le rapport Sainteny sur le sujet.
[3] Merci à Guillaume Duval de nous avoir signalé ce travail.
[4] Ce n’est pas gagné : le Trésor ne comprend pas les enjeux énergétiques et écologiques et semble se refuser à faire de la BPI une vraie banque, au pouvoir de création monétaire et susceptible de se refinancer auprès de la Banque Centrale. On aimerait que le président de la République se fasse respecter.
La sobriété
Transition écologique : plus sobres, plus heureux ?
Moins consommer revenant à moins polluer, l’idée de sobriété s’impose progressivement comme un impératif face à une menace écologique grandissante. Mais dans des sociétés édifiées sur l’abondance, sobriété rime avec austérité. Peut-on être heureux avec moins ? Réflexions philosophiques.
Publié le : 24/08/2023 - 18:09Modifié le : 24/08/2023 - 21:43
6 mn
https://www.france24.com/fr/plan%C3%A8te/20230824-transition-%C3%A9cologique-plus-sobres-plus-heureux

Kateryna Kovarzh, Getty Images, iStockphoto © Kateryna Kovarzh, Getty Images, iStockphoto
Par :Sophian AUBINSuivre
Rires spontanés, ton enjoué. L’enthousiasme de Justine a quelque chose de contagieux. La trentenaire confie se sentir “tellement mieux” depuis qu’elle a fait certains choix.
Le confinement pandémique a suscité un déclic chez Justine et son compagnon : consommer autrement s'est imposé comme une évidence.
En 2020, ils se mettaient au vert, optant pour une vie sans viande ni aucun produit industriel, libérée du plastique, de la voiture et des réseaux sociaux. Une révélation : épurée, leur vie est devenue plus belle.
Au point que le couple envisage l’étape supérieure : quitter Montreuil (Seine Saint-Denis), pour s’installer dans un “éco-hameau”, petite communauté vivant dans le respect de l’environnement et dans une autonomie relative.
Moins consommer pour la planète
Environ 1 200 en France, selon la Coopérative Oasis, ces temples du mieux-vivre ont le vent en poupe.
Et ce, plus encore depuis le Covid-19, constate Fariboz Livardjani, trésorier et secrétaire de “Saulcy En Vert”, paisible micro-hameau niché dans les Vosges.
"La clef de notre succès est à chercher dans la société, explique modestement ce toxicologue. Toujours plus de gens cherchent une alternative à une vie devenue trop anxiogène."
Mais pour la plupart des adeptes de la sobriété, le choix est d’abord écologiquement motivé.
Sur une planète qui brûle et se noie au gré d’un climat déboussolé, la problématique environnementale s’est muée en menace toujours plus tangible.
Et face aux désastres annoncés par le Giec, la sobriété apparaît comme un choix scientifiquement avisé : consommer moins, c’est diminuer les émissions de gaz à effet de serre, responsables du dérèglement climatique.
Il s’agit de refuser individuellement de contribuer à un désastre collectif, explique, en somme, Emmanuelle, 53 ans, membre comme Justine d'une association éco-responsable. “Faire le maximum, à mon petit niveau”, explique-t-elle.
"Polluer, ça fait mal"
Les études démontrant une corrélation entre la dégradation de l'environnement et celle de la santé humaine constituent un autre facteur de “déclic” écologique, note Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et philosophie de la santé au CNRS.
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“Nous sommes passés d’une écologie éthique à une écologie de santé publique, poursuit le sociologue. "En d’autres termes, fini le 'polluer c’est mal', nous réalisons que 'polluer, ça fait du mal'", poursuit Xavier Briffault.
Justine allait mal, lorsqu’elle a décidé de faire sa “transition”. Exténuée par sa vie parisienne, la jeune femme se découvrait une maladie potentiellement liée aux perturbateurs endocriniens. Ces substances déréglant les systèmes hormonaux du corps humain sont issues de la pollution chimique de notre environnement.
“Je me suis dit que j’étais en train de bousiller ma vie et accessoirement la planète” résume Justine.
Animal social
Au cœur de son mieux-être aujourd’hui : le sentiment d’avoir plus de temps. Dans sa vie privée, Justine a déserté les réseaux sociaux. En renonçant à ce type d’habitudes, elle s’est aperçue qu’elles étaient chronophages, et selon elle, stériles.
Emmanuelle fait le même constat. “Le temps que je ne passe plus sur les écrans a libéré de l’espace pour ce qui m'intéresse vraiment, notamment lire, aller au cinéma.”
Leurs emplois du temps allégés, les éco-sobres octroient de longues heures à des activités choisies, comme réconciliés avec le temps. “Chercher à devenir énergétiquement sobres nous rend de plus en plus heureux”, constate Justine.
En évitant l’avion, elle a découvert ce qu’elle qualifie de “vrai voyage” : de longs périples alternant vélo, trains et ferry, jalonnés de rencontres. Vivant plus lentement, Justine ressent une plus forte connexion avec autrui, son compagnon en premier chef.
"C’est normal que cela nous fasse tant de bien, nous les humains sommes des animaux sociaux", explique Emmanuelle.
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Le constat de ces personnes fait écho aux conclusions de disciplines comme l’économie comportementale ou la psychologie. Parmi ces travaux, ceux énoncés par l'université d'Harvard, en Californie. En 2023, elle publiait ce qui est peut-être la plus grande étude jamais réalisée sur la question.
Résumé de quatre-vingt ans de recherche : la clef du bonheur réside dans une existence plus simple, en plus grande communion avec nos congénères.
L’idée que vivre plus chichement ouvre les portes de l’épanouissement contredit pourtant le socle capitaliste qui régit les sociétés occidentales.
Dans l’après-guerre, celles-ci se sont construites sur une double causalité : la croissance économique crée de la richesse, et la richesse engendrerait toujours plus de satisfaction.
Mais - par-delà toute considération idéologique - ce modèle se heurte aux limites de la physique. Notre monde étant fini, notre croissance ne peut être infinie, martèle, comme d’autres scientifiques, l’ingénieur consultant en énergie et climat, Jean-Marc Jancovici.
Au réalisme de ce polytechnicien, d'aucuns opposent les promesses de la technologie : puisqu'elle ne cesse de progresser, elle pourrait hypothétiquement permettre la production d’une énergie toujours plus propre, de recycler indéfiniment nos déchets.
"Je serais tellement plus sereine si un tel monde existait”, confie Anne-Laure. La sobriété écologique habite le quotidien de cette jeune entrepreneure depuis plusieurs années. Mais cette autodiscipline a aussi vocation à apaiser la constante culpabilité qu’elle ressent vis-à-vis de son empreinte environnementale.
Ex-salariée d’un grand cabinet d’audit financier, Anne-Laure se reconnaît dans l’éco-anxiété. C’est un sentiment d’inquiétude chronique ressenti face aux menaces écologiques. Ou une angoisse à l’idée que celles-ci condamnent la vie sur notre planète telle que nous la connaissons.
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Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine
Selon une étude menée dans une dizaine de pays, dont la France, 45 % des jeunes sont touchés par l'éco-anxiété.
Sobriété désirée
Transports, alimentation, orientation professionnelle : les angoisses environnementales appellent à une sobriété de tous les instants.
Certes, puissant moteur de mobilisation, la panique est au cœur du discours écologique, qui se résume par : “Consommons moins, ou nous allons tous mourir”, analyse Xavier Briffault. "Ici, la sobriété est subie, comme s’il existait une dichotomie entre le bien-être humain et celui de la planète."
De manière inattendue, une sensibilité environnementale s’est pourtant exprimée au cours de la période pandémique, au gré des confinements. 75 % des Français de 18 à 24 ans déclaraient désirer accorder plus de place à la nature dans leur vie.
En cultivant le lien affectif qui unit l’humain à la beauté du vivant, grandirait finalement en nous un désir de sobriété, parie ce chercheur du CNRS. De quoi offrir à la cause écologique un nouveau slogan ? “Consommez moins et mieux, vous serez plus heureux !”
Une rencontre
L'image n'est pas nette et j'en suis désolé mais ce moment-là, où il s'est arrêté de courir pour me regarder, c'est un moment de joie profonde. Il n'a plus bougé, totalement immobile, aux aguets. Puis il a effectué quelques bonds avant de s'arrêter de nouveau. Il devait être aux environs de vingt et une heures, plateau de Millevaches, lumière du soir et je n'avais pas le temps d'affiner les règlages de luminosité de mon appareil photo. J'étais sorti pour capter les lumières du soir, celles que j'aime tant et puis, il a surgi de la forêt pour traverser le pré. J'ai visé aussitôt, "visé" avec mon appareil photo et j'ai pensé ensuite que dans quelques semaines, la chasse va reprendre...Alors pour mettre un terme à cette rencontre, je lui ai crié dessus en agitant les bras. Sa seule chance de survivre sera d'avoir peur de nous, de nous tous.


J'ai fait de mon mieux (suite)
Il y a bientôt dix ans que j'ai écrit ce texte.
Et aujourd'hui ? Quel bilan en faire ? Où en suis-je dans ce flot de questions au regard de l'actualité de la planète ? Lorsque j'étais instituteur, je considère que j'étais inséré dans la vie sociale étant donné que j'avais sous ma responsabilité le développement cognitif, philosophique, physique, émotionnel, affectif, psychologique de jeunes enfants. Aujourd'hui, je vis en retrait de la société, un retrait de plus en plus profond. J'ai quelques connaissances autour de moi mais aucun ami. Je passe toutes mes journées avec Nathalie. Nos trois enfants sont loin. Il nous arrive donc de ne voir personne pendant plusieurs jours, absolument personne. Par choix, parce que nous n'en éprouvons aucun besoin et que lorsque ça arrive, c'est uniquement pour des raisons précises, un artisan, un commerçant, un voisin, les contingences de la vie quotidienne. Je sais que cet effacement social va encore s'accentuer. J'en arrive même à éprouver une forme de rejet de l'humain. J'en connais les raisons : l'atteinte au Vivant que cette humanité génère.
Selon les chiffres, le nombre de personnes visitant des destinations écotouristiques à travers
le monde ont atteint les 152 millions en 2022.
Cela représente une augmentation de 25% par rapport aux 122 millions d‘écotouristes enregistrés en 2016.
En termes de dépenses, le marché mondial de l‘écotourisme atteindra près de 649 milliards de dollars en 2023,
soit une augmentation de 3% par rapport aux 630 milliards de dollars en 2016.
L'écotourisme par avion...Et il faudrait que j'aime l'humanité ?
21 sept. 2022
La consommation mondiale de viande ne cesse de croître depuis des décennies. Comme le montre notre graphique basé sur les données de la Food and Agriculture Organization des Nations Unies (FAO), la production mondiale de viande a été multipliée par cinq depuis les années 1960.
Au cours des dernières années, on a pu observer de nombreuses évolutions dans l'agriculture mondiale. Les coûts de production de la viande ont notamment diminué en lien avec la hausse de la production d'aliments pour bétail, comme le soja ou le maïs, ce qui a permis d'augmenter l'offre dans de nombreux pays. C'est surtout dans les pays asiatiques très peuplés que la demande en viandes et produits carnés a fortement augmenté. Aujourd'hui, il est estimé que 43 % de la production mondiale est localisée en Asie.
Plus de 150 millions d’animaux sont tués chaque jour dans le monde pour se nourrir, rien que sur terre. Cela représente 56 milliards d’animaux terrestres tués chaque année. En incluant les poissons sauvages capturés et les poissons d’élevage, nous obtenons un total quotidien de près de 3 milliards d’animaux tués.
Rien qu’aux États-Unis, environ 9 milliards de poulets éclosent chaque année dans le seul but d’atteindre une taille comestible et de mourir pour la consommation humaine. La souffrance animale est la conséquence la plus directe de la consommation de viande, mais il y a aussi des conséquences involontaires de manger des animaux.
Entre 37 et 120 milliards de poissons sont tués chaque année dans les fermes commerciales, et 2,7 billions d’autres sont capturés et tués dans la nature. Dans les élevages industriels, les poissons n’ont pratiquement aucune protection. La vidéo de la première enquête à grande échelle sur la pisciculture intensive en Europe montre des poissons sortis des filets sans réfléchir et jetés dans des récipients en plastique, où ils s’asphyxient lentement. Certains d’entre eux ratent la poubelle et se battent à mort sur le sol.
150 millions d'animaux tués chaque jour. Et il faudrait que j'aime l'humanité ?
Non, je ne l'aime pas. Et c'est définitif. Et son extinction ne me traumatiserait pas. Le charnier que ça représenterait serait dérisoire au regard de ceux qu'elle a déjà répandus.
Par conséquent, pour en revenir à la question posée dans le texte suivant :
Vaut-il mieux rester en dehors du chaos et montrer à l'humanité qu'une vie de recherche intérieure est possible et de cette façon, participer à l'éveil du monde, sans aucune intention mais par « contamination » ou doit-on s'impliquer dans la lutte partagée si on souhaite apporter sa contribution à cet éveil possible au risque de ne pas explorer en soi les gouffres les plus lointains ?
J'ai ma réponse : je me retire.
Ce blog restera le dernier lien avec les autres humains.
"J'ai fait de mon mieux" (janvier 2014)
S'engager. Ou se retirer ?
Je vois bien depuis quelque temps à quel point certains problèmes de l'actualité m'interpellent, à quel point ils occupent mon esprit.
Est-ce que je dois me retirer de cette agitation si je souhaite explorer les questionnements existentiels qui m'attirent ? Cette exploration, hors du temps et de l'espace, ne devient-elle qu'une fuite égoïste?
J'imagine bien ces deux entités.
L'une est insérée dans la vie quotidienne et œuvre à l'analyse des phénomènes qui l'entourent et dans laquelle, elle se sent exister. Mais le risque est grand de disparaître partiellement dans ce chaos. Est-ce qu'il est possible de rester lucide quand l'implication pousse sans cesse l'individu à n'exister qu'au regard des phénomènes extérieurs ? L'équilibre entre le regard vers l'autre et le regard vers soi est-il réalisable ?
L'autre entité vit dans un espace clos, une dimension protégée par un refus de l'imbrication sociale. Je ne vis pas avec mon époque, je vis avec mon instant présent. Uniquement.
Mais que peut explorer en lui un individu qui n'a aucun regard extérieur ? De quoi son monde est-il fait ? Y a-t-il en nous une dimension pré existante que l'on se devrait de parcourir en tous sens avant de se tourner vers l'immensité environnante ?
Vaut-il mieux rester en dehors du chaos et montrer à l'humanité qu'une vie de recherche intérieure est possible et de cette façon, participer à l'éveil du monde, sans aucune intention mais par « contamination » ou doit-on s'impliquer dans la lutte partagée si on souhaite apporter sa contribution à cet éveil possible au risque de ne pas explorer en soi les gouffres les plus lointains ?
Le philosophe apporte-t-il quelque chose à l'Humanité s'il ne vit que dans un donjon ?
La présence du philosophe peut-elle représenter un axe de réflexion pour l'individu qui entendra ses paroles en passant au pied du donjon ?
Le philosophe qui œuvre uniquement à sa connaissance intérieure est-il encore un philosophe ?
Le philosophe qui est impliqué dans la vie sociale et qui se sert des phénomènes qu'il observe est-il encore en état de philosopher ?
Je ne suis pas philosophe. Loin de moi cette idée. Je ne suis qu'un individu qui aime réfléchir. Qui en a besoin. Pour s'autoriser ensuite à être en paix.
Il existe parfois des tourments qui durent. Cela ne signifie pas que la paix est définitivement perdue. Mais il m'est impossible de m'extraire de ce tourment en lui tournant le dos. Je sais de toute façon que si je le laisse dormir, il reviendra en force, revigoré par la trêve que je lui aurais accordé. Si je veux que le tourment disparaisse, je me dois de l'épuiser, sans répit, jusqu'à ce que la totalité des armures qui l'enveloppent tombe au sol, que le nœud du problème apparaisse en plein jour.
Si je tente de dépasser le temps qui m'est imparti, que je me projette plus loin que mon existence sociale, peut-on considérer que la vie d'un individu lui appartient intégralement ou y a-t-il en chacun une mission d'exploration à mener, un compte-rendu à faire, un partage de données à inscrire, une responsabilité envers l'humanité entière ?
Je vis grâce à l'apport de l'Humanité, je suis inséré dans une vie planétaire, je suis le bénéficiaire d'une Histoire millénaire. Est-ce que je peux me positionner en retrait, est-ce que j'ai le droit de me retirer de tout et de continuer malgré tout à profiter de l'énergie dépensée par mes semblables ? Tous mes semblables. Est-ce que l'indigène de Bornéo a le droit de lutter, en mon nom, les armes à la main, contre la disparition des forêts primaires puisqu'il œuvre à ma propre survie ? Mais moi, que puis-je faire pour lui ?
Si je tente d'identifier le degré d'imbrications de chaque individu de la planète, il se construit très rapidement des liens indéfectibles. J'imagine la planète comme un corps immense et chaque individu accroché à un bout de peau, ancré dans une infime parcelle de terre, puisant sans retenue tout ce qu'il est possible d'absorber, sans aucune interrogation sur l'épuisement éventuel des réserves de vie, sur le bien-être des autres individus attachés à leur territoire.
Le philosophe doit-il se libérer de ces attachements et du haut de son donjon en expliquer à la masse les fonctionnements ou doit-il se mêler à la foule pour autopsier directement dans la chair ?
L'alternance entre les plongées abyssales et les survols est-elle envisageable ?
Peut-on réellement s'impliquer et rester objectif ?
J'aimerais que la mort soit un espace dans lequel il soit possible d'analyser son propre parcours, dans un état de paix absolue, avec un regard amusé et bienveillant. Comme un compte-rendu à établir et à transmettre à la Vie. Une âme détachée de son attachement corporel, une entité observatrice, sereine et émotionnellement apaisée.
"Voilà ce que j'ai fait. Je me suis souvent trompé, j'ai cherché à progresser et je sais qu'il restait encore du chemin à parcourir. Mais j’ai fait de mon mieux. "
Aucun intérêt
Voilà, aucun intérêt.
La plupart des gens s'en fiche. Oh, peut-être qu'ils vont avoir deux ou trois secondes d'émotion, du genre, "c'est triste quand même" et puis ça passera aussi vite que c'est venu.
Voilà pour quelles raisons, je n'ai absolument aucun espoir et que j'espère juste vivre assez longtemps pour assister à l'effondrement de l'espèce humaine. C'est même sans doute la dernière chose qui me motive à rester encore en vie.
Les poussins de manchots empereurs sont les premières victimes de la fonte de la banquise en Antarctique
La totalité des poussins de quatre des cinq colonies surveillés par l'étude sont morts à cause de la fonte trop précoce de la banquise.
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Article rédigé parfranceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié le 24/08/2023 17:50
Temps de lecture : 2 min.

Une employée du parc Marineland prend soin d'un manchot d'une semaine, à Antibes, le 12 janvier 2003 (JACQUES MUNCH / AFP)
Les manchots empereurs seront-ils la première espèce polaire à disparaître en raison du réchauffement climatique ? Une étude scientifique, parue jeudi 24 août, constate une mortalité totale et "sinistre" des poussins dans plusieurs colonies de l'Antarctique, à la suite de la fonte record de la banquise ces derniers mois. "Nous le prévoyions depuis un certain temps, mais le voir réellement se produire est sinistre", a déclaré à l'AFP l'auteur principal Peter Fretwell, chercheur au British Antarctic Survey.
Sur cinq colonies surveillées dans la région de la mer de Bellingshausen, à l'ouest de l'Antarctique, toutes sauf une ont subi une perte "catastrophique" de 100% de poussins, qui se sont noyés ou sont morts de froid lorsque la glace a cédé sous leurs minuscules pattes. Ils n'étaient pas assez matures pour affronter de telles conditions, rapportent les chercheurs dans Communications: Earth & Environment, une revue du groupe Springer Nature. "Il s'agit du premier échec majeur de la reproduction des manchots empereurs dans plusieurs colonies en même temps en raison de la fonte des glaces de mer, et c'est probablement un signe de ce qui nous attend à l'avenir", ajoute Peter Fretwell.
La fonte précoce de la banquise menace leur reproduction
Lors du printemps de l'hémisphère sud de l'année dernière, de la mi-septembre à la mi-décembre, la banquise antarctique, qui se forme par congélation de l'eau salée de l'océan, avait atteint des vitesses de fonte record, avant de chuter en février à son plus bas niveau depuis le début des mesures satellitaires, il y a 45 ans. Or cette fonte précoce est intervenue au beau milieu de la période de reproduction des manchots empereurs, déjà complexe et fragile.
Ces oiseaux marins se reproduisent en plein hiver austral, lorsque les températures sont les plus rudes, un processus qui s'étale sur de longs mois, entre l'accouplement, le couvage et le moment où les poussins sont autonomes, grâce notamment à la formation de plumes imperméables, en général vers janvier-février.
Les manchots pourraient disparaitre d'ici à 2100
Les manchots empereurs sont certes capables de trouver des sites alternatifs, mais les records de fonte depuis 2016 menacent de dépasser leurs capacités d'adaptation, estiment les scientifiques. "Une telle stratégie ne sera pas possible si l'habitat de reproduction devient instable au niveau régional", conclut l'étude.
Le manchot empereur a récemment été classé comme espèce menacée par l'autorité américaine de protection de la faune. Outre la mise en péril de ses lieux de reproduction, il est également fragilisé par l'acidification des océans, autre effet du réchauffement climatique, qui menace certains crustacés dont il se nourrit. Le British Antarctic Survey estime qu'au rythme actuel du réchauffement climatique, la quasi-totalité des manchots empereurs pourraient avoir disparu d'ici à la fin du siècle.
L'erreur est urbaine.
La réflexion de ce chercheur, autant j'y adhère intégralement, autant je la considère comme totalement impossible. L'intégralité du système économique fait de la ville un lieu incontournable. Je prends le simple exemple du département de la Creuse : il n'y a pas de travail en dehors des quelques villes (toutes petites villes, Guéret ne comptant que 14 000 habitants, 3 ème plus petite préfecture de France en densité) et il n'y a aucun transport en commun. Les lignes SNCF ont été supprimées année après année. Il y a très peu de lignes de bus. Donc, il est indisensable d'avoir un véhicule, deux dans le cas d'un couple. Et on connaît tous le coût financier de l'automobile. J'ajoute que le désert médical, ici, on sait ce que ça signifie. Quant à la culture, les services à la personne, les structures sportives, les zones commerciales, l'énorme difficulté pour trouver des artisans disponibles, tout cela confère à la vie dans les zones rurales l'acceptation de contraintes et de limites qui sont rédhibitoires pour la plupart.
La population est âgée, les jeunes ne viennent pas ici, ou très peu et certains ne restent pas. Pourtant le prix de l'imobilier est un des plus bas de France. Mais il faut aussi des écoles, des collèges, des lycées, il faut comprendre que les enfants feront de la route et qu'ils n'auront pas pléthore d'activités extra scolaire. Et le Ministère de l'éducation nationale ferme les petites écoles les unes après les autres. Concentration, concentration...Rentabilité...Système financier avant d'être humain.
Il faudrait donc un changement radical des mentalités dans la population. Et rien n'indique qu'on en prend le chemin. C'est là d'ailleurs que la notion de liberté et de choix montre ses limites. Et elles sont considérables. J'imagine que beaucoup de gens aimeraient bénéficier de ce que nous, on considère comme une très grande qualité de vie malgré toutes les restrictions que j'ai citées. Si je devais résumer en un mot la qualité de vie dont nous jouissons, j'utiliserai le mot "paix". Une paix d'ailleurs entamée pendant la saison estivale par le tourisme qui se développe. Vivement la rentrée...
Maintenant, pour ce qui est d'un mouvement de masse vers les campagnes, je ne le souhaite aucunement dans le système actuel car cela signifierait une dévastation des espaces naturels. Si un tel mouvement devait avoir lieu, il ne serait respectueux de la nature qu'après un monumental changement dans les modes de vie. Si c'est pour exporter les nuisances de la ville à la campagne, ça ne serait qu'une accélération du processus mortifère.
Pour vivre à la campagne, dans les déserts humains, il faut avant tout aimer le foisonnement de vie de la nature et s'en réjouir. Et savoir se contenter des richesses offertes par cette nature.
Ce soir, comme tous les autres soirs, (on ne mange pas à midi), nous allons manger ce que le potager nous donne. Et quand la nuit sera tombée, on regardera les étoiles dans une obscurité totale et un silence inégalable. On écoutera sans doute le chant d'une chouette et le battement d'ailes des chauves-souris qui nichent sous le toit de la grange et seront entrées en chasse. Aucun bruit humain mais les sons de la nature.
Pourquoi il est grand temps de quitter les villes
Publié le : 22/08/2023 - 12:37
9 mn

En 2022 à Saint-Denis, sur le chantier du futur village des athlètes des JO de 2024. © AFP/Anne-Christine Poujoulat
Texte par :The Conversation
Par Guillaume Faburel, Université Lumière Lyon 2
Si le processus d’urbanisation globalisée ne semble pas vouloir marquer le pas, le géographe Guillaume Faburel nous invite à considérer le débranchement urbain dans son texte « Vider les villes ? », dont nous vous proposons des extraits. Retrouvez cette réflexion et bien d’autres dans le livre collectif Écologies. Le vivant et le social, publié aux éditions de la Découverte.
Vider les villes ? Voilà bien a priori une hérésie. La ville, c’est le progrès et l’émancipation. Tous les grands moments de notre civilisation y sont chevillés, des cités-États aux villes-monde et métropoles d’aujourd’hui. Pourquoi diable vouloir les vider ?
Simplement parce que tous les mois à travers le monde l’équivalent d’une ville comme New York sort de terre. À moins de croire dans le solutionnisme technologique et le durabilisme des transitions, il est temps de rouvrir une option envisagée dès les années 1970 : la désurbanisation de nos sociétés. Voici peut-être l’unique solution face à la dévastation écologique. Un seul « s » sépare demeure et démesure, celui de notre propre survie.
Aujourd’hui, 58% de la population mondiale est urbaine, soit près de 4,4 milliards d’habitants (dont presque 40% résidant aux États-Unis, en Europe et en Chine), contre 751 millions en 1950. Cette proportion est même annoncée à 70% en 2050 par l’Organisation des Nations unies (ONU).
[…]
Avec plus de vingt millions d’habitants, Mumbaï a vu sa superficie bâtie presque doubler entre 1991 et 2018, perdant ainsi 40% de son couvert végétal. Dhaka, dont la population de l’agglomération excède aussi vingt millions d’habitants, a vu disparaître 55% des zones cultivées, 47% des zones humides et 38% du couvert végétal entre 1960 et 2005. Pendant que la superficie bâtie augmentait de 134%.

Vue aérienne de Dacca, capitale du Bangladesh, la ville la plus densément peuplée au monde, avec 43 797 habitants au km carré. Elle manque d’espaces verts et l’air y est irrespirable pour ses 15 millions d’habitants. Getty Images/Selim Azad
Plus près de nous, le Grand Paris est le chantier d’aménagement le plus important de l’histoire de la capitale depuis le Second Empire (XIXe siècle), avec pas moins de deux cents kilomètres de lignes de métro supplémentaires, cent soixante kilomètres de tunnels à percer, soixante-huit gares à construire, quatre-vingt mille logements par an à sortir de terre.
En France d’ailleurs, la population urbaine a augmenté de 20% entre 1960 et 2018, pour officiellement dépasser les 80% de la population hexagonale en 2020, ramenés toutefois à 67% en ne tenant plus uniquement compte de l’influence des villes mais aussi de la taille des peuplements (critère de densité des constructions). Près de la moitié vit dans l’une des vingt-deux grandes villes (dont quatre millionnaires en nombre d’habitants), à ce jour officiellement dénommées métropoles. Et, depuis ces centres métropolitains jusqu’aux couronnes périurbaines, comme dans un bon tiers des périmètres de villes moyennes et d’inter-communalités (elles-mêmes grossissantes par volontarisme réglementaire), l’urbanisation croît deux fois plus vite en surface qu’en population (et même trois fois dans les années 1990, soit annuellement la taille de Marseille, un département tous les dix ans, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en cinquante ans).
La métropolisation du monde
Les foyers premiers ainsi que le modèle principal de cette croissance sont assurés par les grandes agglomérations, au premier chef les sept villes-monde (New York, Hong Kong, Londres, Paris, Tokyo, Singapour et Séoul) et leurs épigones, cent vingt métropoles internationales. Elles représentent en cumul 12% de la population mondiale pour 48% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Il y a donc du capital à fixer et de la « richesse » à produire… À condition de continuer à grossir. Tokyo a déjà un PIB supérieur à celui du Canada, Paris à celui de la Suisse…
Engagée depuis une quarantaine d’années dans les pays occidentaux, la métropolisation représente le stade néolibéral de l’économie mondialisée : polarisation urbaine des nouvelles activités dites postindustrielles et conversion rapide des pouvoirs métropolitains aux logiques de firme marchande.
Elle incarne l’avantage acquis ces dernières décennies par les grandes villes : articulation des fonctions de commandement (ex : directions d’entreprises) et de communication (ex : aéroports, interconnexions ferroviaires, etc.), polarisation des marchés financiers (ex : places boursières et organismes bancaires), des marchés d’emplois de « haut niveau » – que l’Insee qualifie de métropolitains depuis 2002 (conception-recherche et prestations intellectuelles, commerce interentreprises et gestion managériale, culture et loisirs) ou encore de marchés segmentés de consommation (tourisme, art, technologies…).
[…]
Une empreinte environnementale et sanitaire déplorable
Or, occupant seulement 2% de la surface de la Terre, le fait urbain décrit produit 70% des déchets, émet 75% des émissions de gaz à effet de serre (GES), consomme 78% de l’énergie et émet plus 90% de l’ensemble des polluants émis dans l’air pour, souvenons-nous, 58% de la population mondiale.
Pour les seuls GES, vingt-cinq des cent soixante-sept plus grandes villes du monde sont responsables de près de la moitié des émissions urbaines de CO2 – la fabrication du ciment représentant près de 10% des émissions mondiales, en augmentation de 80% en dix ans. À ce jour, 40% de la population urbaine mondiale vit dans des villes où l’exposition à la chaleur extrême a triplé sur les trente-cinq dernières années.
Plusieurs mégapoles s’enfoncent annuellement de plusieurs centimètres sous le poids de la densité des matériaux de construction et du pompage des nappes phréatiques (Mexico, Téhéran, Nairobi, Djakarta…). La prévalence des maladies dites de civilisation est nettement plus importante dans les grandes villes, responsables de quarante et un millions de décès annuels à travers le monde (cancers, maladies cardiovasculaires et pulmonaires, diabète et obésité, troubles psychiques et maladies mentales).
Enfin, selon le Fonds monétaire international, à l’horizon de la fin du siècle, 74% de la population mondiale (annoncée en 2100 urbaine à 80%) vivra des canicules mortelles plus de vingt jours par an. Un point de comparaison : la canicule de 2003 en France, 15 000 morts, en dix-huit jours. D’ailleurs, en France, les pollutions atmosphériques des grandes villes sont responsables de 50 000 morts annuellement.
Le secteur du bâtiment-travaux publics (BTP), toutes constructions confondues (mais à 90% dans les aires définies comme urbaines), représente 46% de la consommation énergétique, 40% de notre production de déchets et 25% des émissions de GES. L’autonomie alimentaire des cent premières villes est de trois jours (98% d’alimentation importée) et Paris, par tous ses hectares nécessaires, a une empreinte écologique trois cent treize fois plus lourde que sa propre superficie.
[…]
Si l’on croise les données de nos impacts écologiques avec celles des limites planétaires, on constate que l’empreinte moyenne de chaque Français va devoir être divisée par quatre à six pour prétendre à la neutralité carbone à horizon de 2050. Pour ce faire, loin du technosolutionnisme ambiant et du durabilisme du verdissement, l’autonomie, comprise comme autosubsistance et autogestion, est le seul moyen de se figurer l’ensemble de nos pressions et de les contenir par l’autodétermination des besoins, au plus près des ressources et de leurs écosystèmes. Ceci, sans pour autant négliger nos interdépendances sociales et quelques-unes de nos libertés.

Une pancarte sur une statue indique «Grand Péril Express» à côté d’un drapeau du mouvement Extinction-Rebellion lors d’une manifestation contre les projets d’urbanisation des terres agricoles en Île-de-France, devant l’Hôtel de Ville de Paris, le 10 octobre 2021. © AFP/Thomas Samson
Or pour faire autonomie, toute ville devrait produire 100% de son énergie, qui plus est renouvelable (or, à ce jour, Lyon, Bordeaux ou Rennes n’en produisent par exemple que 7% à 8% , non renouvelables), remettre en pleine terre entre 50% et 60% des sols pour la production vivrière et le respect du cycle de l’eau (à ce jour, entre 1% et 1,5% dans les villes labellisées Métropoles françaises), ou encore restituer aux écosystèmes au moins 15% des sols urbanisés pour la biodiversité. Tout ceci est infaisable morphologiquement et, quoi qu’il en soit, impensable dans le cadre d’une ville devenue médiation première du capital.
Nous n’avons en fait pas d’autre choix que de nous affranchir des grandes centralités et de leurs polarités, comme certains espaces périurbains commencent à le faire ; en déconcentrant et en relocalisant, en décentralisant, sans omettre de décoloniser quelques habitudes et modes de vie.
Mais comment passer de l’ère de taire l’inconséquence de nos écologies urbaines à l’âge du faire des géographies posturbaines, sans pour autant rétrécir la société par le jeu des identités et le retour de quelques barbelés ? Quelles sont les conditions d’une désurbanisation sans perte d’altérité, et sans oublier cette fois la communauté biotique ?
Bientôt, le débranchement urbain ?
Cette autre géographie est d’ores et déjà en construction, à bas bruit. Les espaces plus ouverts, ceux des campagnes, offrent d’autres possibilités, sous condition de révision de quelques comportements, particulièrement ceux liés à nos mobilités, connectivités et divertissements. En France, cela correspond au foisonnement d’alternatives au sein des espaces dessinés par les treize mille petites villes et petites villes de proximité, bourgs et villages centre, auxquels il faut ajouter les milliers d’autres villages, hameaux et lieux-dit : néoruralités qui connaissent leur septième vague d’installation, néopaysanneries dynamiques, zones à défendre, communautés existentielles/intentionnelles, écolieux et fermes sociales…
Permaculture et autosubsistance vivrière, chantiers participatifs et autoconstruction bioclimatique, épiceries sociales ambulantes et médiathèques villageoises itinérantes, fêtes locales et savoirs vernaculaires… sont clairement ici en ligne de mire. Et l’on pourrait imaginer des foires locales aux logements, puisque près de trois millions sont vacants dans les périphéries, alors que ce secteur est prétendument en crise. Et, toute cette effervescence ne concerne pas moins de 30% du territoire hexagonal.
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Paru le 12 janvier 2023. ©Éditions de la Découverte, CC BY-NC-ND
Là serait la raison du débranchement urbain : cesser d’être les agents involontaires des méga-machines urbaines en recouvrant de la puissance d’agir, non plus pour faire masse contre la nature mais pour faire corps avec le vivant. Le triptyque habiter la terre, coopérer par le faire, autogérer de manière solidaire peut constituer la matrice d’une société écologique posturbaine. À condition de vider les villes, les grandes, et de cheminer enfin vers le suffisant.
Guillaume Faburel, Professeur, chercheur à l'UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Lumières du soir
Depuis des années, je traque les couchers de soleil.
J'ai découvert au fil de mes émerveillements qu'il fallait zoomer pour en pénétrer pleinement la beauté, pour en révéler la matière.


























Hashtag secheressemoncul
Désolé mais ça existe. Et il y a également le hashtag caniculemoncul.
Hier, j'ai reçu un commentaire dans lequel la personne raillait les climatologues. Un habitant de Lorraine qui disait que ses citernes d'eau pluviale étaient pleines. Grand bien lui fasse. Au lieu de se moquer des climatologues, il devrait juste s'en réjouir.
Quant à la compréhension entre la différence fondamentale entre climatologie et météorologie, je pense pour que pour un certain nombre d'individus, c'est une nuance qui ne leur est pas accessible...
Depuis des années, les climatologues expliquent que le réchauffement ou dérèglement anthropique induira des phénomènes d'ampleur qui pourront contredire ponctuellement cette réalité du réchauffement planétaire. Et ils disent bien : planétaire.
Mais là, encore une fois, pour beaucoup d'individus, cette précision n'est pas entendue. Ils se contentent de regarder le thermomètre sur leur balcon.
Effarant.
C'est juste la mise en lumière de cet épouvantable "Moi, je".
La notion d'empathie envers la planète et le monde du vivant, ça leur passe à quinze mille au-dessus de la tête.
Rien à attendre de bon de ces gens-là. Et désormais, on a même affaire sur les réseaux sociaux à des groupes qui s'en prennent aux météorologistes et les conspuent.
L’association Météo Centre insultée et harcelée sur les réseaux sociaux par des climatosceptiques
De
Jeudi 17 août 2023 à 14:48
L’association Météo Centre qui supervise un réseau de stations météorologiques autonomes sur l'ensemble de la région Centre-Val de Loire est victime de harcèlement sur les réseaux sociaux. En cause, les climatosceptiques adeptes des théories du complot.

Florentin Cayrouse (à gauche) et Olivier Renard (à droite) ont installé une station météorologique au château royal d'Amboise - Armand Moreira
Des groupes organisés
La publication faisant état de l'observation d'un cavum a été un événement déclencheur pour Météo Centre. "Maintenant c’est sur chaque publication, on a un commentaire qui remet en doute la canicule ou le réchauffement climatique", explique Olivier Renard. Et la force de frappe de ces comptes souvent anonymes surprend. "Jusqu’ici c’était plutôt des personnes assez isolées. Là on sent bien qu’il y a des organisations. Notre publication a même été partagée sur plusieurs comptes de climatosceptiques avérés au niveau international", raconte-t-il. Face à ce harcèlement, l’association a donc dû prendre des mesures. "On a décidé de bannir systématiquement les comptes climatosceptiques".
Météo Centre coordonne plus de 80 stations météorologiques autonomes sur l'ensemble de la région Centre-Val de Loire, dont cinq en Indre-et-Loire. Pour ces passionnés, le but est d’obtenir des prévisions météo dans les localités moins couvertes par Météo France et d'observer certains microclimats propres au territoire.
https://louernos-nature.fr/quelle-est-la-difference-entre-climat-et-meteo/
Home Changement climatique Quelle est la différence entre climat et météo ?
Quelle est la différence entre climat et météo ?
Guillaume 21 avril 2021Changement climatique
Le changement climatique est un thème incontournable des questions environnementales du XXIème siècle. Cependant, une confusion fréquente consiste à associer deux disciplines pourtant différentes : la climatologie et la météorologie. Cet article vous propose d’y voir un peu plus clair !
Deux composantes permettent de distinguer météo et climat : la composante spatiale, mais aussi la composante temporelle. La météorologie est donc la science des phénomènes atmosphériques actuels et leur prédiction à court terme. Tandis que la climatologie étudie l’évolution à long terme des caractéristiques climatiques et de leurs changements à venir sur de grandes échelles temporelles.

Les applications smartphone de météorologie ne renseignent pas sur le climat !
Une météorologie axée sur les grandeurs atmosphériques
La météorologie étudie avant tout les phénomènes et grandeurs atmosphériques. Elle est pour ces raisons reliée à la géophysique et la mécanique des fluides. L’objectif de la discipline est donc d’établir des prévisions pour ces grandeurs atmosphériques à court ou moyen terme.
Les 6 principales grandeurs atmosphériques suivies par les météorologues sont :
Les températures (relevées par réseau de stations météorologiques) ;
La pression atmosphérique (mesurée en hectopascal hPa : 1 hPa = 0,00098 atm) ;
La pluviométrie (précipitations en mm de colonne d’eau) ;
La couverture nuageuse (ou nébulosité) ;
Le degré d’hygrométrie (ou taux d’humidité) ;
La vitesse du vent (épisodes venteux, tempêtes, cycloniques …).
Depuis 1873, le réseau de stations météorologiques a nettement progressé. Aujourd’hui, plus de 10.000 stations terrestres et 5000 stations en mer de haute technologie suivent les grandeurs atmosphériques.
La climatologie en tant que science de l’atmosphère
La composante spatiale fait varier les tendances climatiques comparées
La climatologie se concentre sur les conditions moyennes de l’atmosphère, sur une échelle temporelle longue et sur de vastes zones géographiques. La composante spatiale est importante, car elle prend en compte des indices climatiques variables selon ces échelles. Si la composante temporelle est donc comparable à première vue, deux courbes issues de deux échelles spatiales différentes ne le seront pas forcément.
Par exemple, la courbe de Mann (Mann et al., 1999) étudie l’évolution moyenne des températures depuis plus de 1000 ans sur l’ensemble de l’Hémisphère Nord. Or certains détracteurs lui reprochent des résultats contraires, notamment à l’échelle régionale. C’est une erreur de perception spatiale des données. Plus l’échelle est locale, plus il est difficile d’extrapoler les tendances obtenues pour l’ensemble de la planète. En d’autres termes, le changement climatique est spatialement hétérogène. C’est pourquoi la fameuse courbe de Mann en crosse de hockey ne rend pas bien compte de l’optimum médiéval, puisque ce phénomène climatique n’apparaît que dans certaines données climatiques passées, comme par exemple en Angleterre (Lamb, 1965).

La courbe de Mann (Mann et al., 1999).
Normales de températures en climatologie
Pour comparer des variations climatiques entre différentes régions du globe et durant de grandes échelles temporelle, les climatologues ont recours à des normales climatiques. Ce sont des moyennes arithmétiques de paramètres climatiques (température, pluviométrie, …) pour des intervalles de temps définis. L’OMM (Organisation Mondiale du Climat) recommande de considérer des périodes de 30 ans. Par exemple, la période 1951-1980 telle que l’utilise le graphique ci-dessous de la NASA. Le graphique d’anomalie des températures globales correspond sur l’axe des ordonnées à la différence entre la température globale pour chaque année et la normale des températures sur la période 1951-1980.

Anomalies de température entre 1880 et 2020 (sources : NASA)
Climatologie et indices climatiques
En définitive, la climatologie prend en compte différents indices climatiques, selon la période et la zone spatiale étudiées. Il est ainsi possible de suivre la variabilité naturelle du climat terrestre. Mais aussi, à partir de modèles robustes, d’en déduire l’impact des activités humaines. Voici ci-dessous quelques exemples d’indicateurs climatiques.
A partir de données géophysiques, géochimiques et géologiques :
Bilan radiatif terrestre ;
Composition et évolution chimique de l’atmosphère ;
Épisodes géologiques majeurs ;
Érosions et altérations des roches à différentes échelles temporelles ;
Variation de l’albédo et de la cryosphère ;
Evolution et impact de la végétation mondiale ;
Tectonique des plaques, ouvertures océaniques.

Le cycle biogéochimique du carbone représente aussi une somme d’indicateurs climatiques pertinents. En effet, l’accumulation de CO2 atmosphérique contribue au forçage radiatif global de l’atmosphère terrestre. Sources : IPCC (GIEC), 2021.
A l’échelle des décennies, des siècles et des millénaires :
Réseau mondial de mesures météorologiques fiables (depuis 1873) permettant de calculer la température moyenne globale ;
Suivi des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES) ;
Surfaces mesurées des banquises en Arctique et Antarctique (photos aériennes ou satellites) ;
Données historiques, témoignages avérés, données agricoles. Exemples des relevés de dates des vendanges en France depuis 1900, datation très ancienne des premières floraisons de cerisiers au Japon ;
Analyse des pollens conservés dans les sédiments lacustres en lien avec les climats passés.

Le célèbre indicateur climatique de la floraison des cerisiers au Japon.
A l’échelle du million d’années :
Composition isotopique des atomes d’oxygène fixés dans les molécules d’eau d’une colonne forée de glaces polaires (températures de surface selon le thermomètre isotopique) ;
Composition chimique des bulles d’air fossiles (teneurs passées en dioxyde de carbone).

Météorologie et climatologie : en résumé
Météorologie et climatologie sont donc deux disciplines différentes ! Ainsi, lorsqu’un rapport scientifique envisage l’évolution possible des climats (scénarios RCP), il envisagera la variation d’indicateurs climatiques et en tirera des conclusions sur l’évolution du climat dans un proche horizon, à l’échelle d’un territoire. Mais en aucun cas, les modèles ne pourront prévoir la météo exacte du prochain siècle ! Par exemple, pour l’horizon 2100, les climatologues envisagent un climat méditerranéen en Auvergne (scénario RCP 4.5).
Le climat sera en effet plus chaud et plus sec, avec des associations végétales remontant depuis le sud de la France. Mais en aucun cas, il ne sera possible de publier le bulletin météorologique de Clermont-Ferrand du 17 avril 2100. C’est pourquoi il et crucial de bien saisir la nuance entre météorologie et climatologie !
Pépinière
Dans la continuité du texte précédent, je précise qu'on garde tous les noyaux de prunes, mirabelles, pêches, abricots que le verger nous fournit et qu'on les plante dans un grand bac en bois que j'ai construit la première année qu'on est arrivé ici.
Actuellement, on a huit pêchers, douze pruniers, cinq mirabelliers, deux abricotiers qui ont germé. Ce seront donc des arbres "francs", issus de noyaux et non de greffes sur des porte-greffes pas toujours bien capables de s'enraciner profondément et donc peu susceptibles de résister aux années caniculaires qui vont se succéder. Il est bien plus préférable de favoriser des arbres sur noyaux.
Si vous n'avez pas de terrain suffisamment grand ou pas de terrain du tout, vous pouvez toujours fabriquer une mini serre, faire germer des noyaux et aller les planter en lisière de forêt, ou dans des prés de pommiers abandonnés. Quand on y fait attention, c'est effarant le nombre d'anciens vergers qui ont été abandonnés. Question de rentabilité...A cent mètres de la maison, il y a un ancien verger avec un cerisier, un prunier (prune jaune), un pommier et un poirier. Plus personne ne s'en occupait, les propriétaires sont morts, les héritiers ne sont pas intéressés, le notaire n'arrive même pas à tous les retrouver...
J'ai taillé les arbres et j'y plante mes noyaux germés.
L'homme qui plantait des arbres
L'Homme qui plantait des arbres est une nouvelle écrite en 1953 par l'écrivain français Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses termes. Dans ce court récit, le narrateur évoque l'histoire du berger Elzéard Bouffier, qui fait revivre sa région, en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en plantant des arbres. Bien qu'il s'agisse d'une fiction, la nouvelle parvient à inciter le lecteur à croire à l'existence réelle du berger et de sa forêt.
Écrite à la suite d'un concours du magazine américain Reader's Digest, la nouvelle a eu un retentissement mondial. Elle est aujourd'hui considérée comme un manifeste à part entière de la cause écologiste. En effet, le berger ne parvient pas seulement à créer une forêt : celle-ci a des conséquences sociales et économiques, qui permettent aux villages des alentours d'accueillir de nouvelles familles alors qu'ils étaient menacés de désertification. Avant même l'invention de la notion de développement durable, la nouvelle en donne ainsi une illustration poétique.
La nouvelle véhicule de nombreux messages : écologiques, humanistes, politiques. L'histoire d'Elzéard Bouffier est en effet considérée dans la littérature écologiste comme une parabole de l'action positive de l'homme sur son milieu et de l'harmonie qui peut s'ensuivre. La nouvelle est également une ode au travail, à l'opiniâtreté, à la patience, à l'humilité, et à la ruralité.
Le récit de Giono a donné lieu à un film d'animation canadien du même titre en 1987, réalisé par l'illustrateur Frédéric Back et lu par Philippe Noiret, et qui a obtenu plus de quarante prix à travers le monde.
L'Homme qui plantait des arbres est aujourd'hui reconnue comme une œuvre majeure de la littérature d'enfance et de jeunesse et elle est, à ce titre, étudiée en classe.
Juste pour information.
Près de la maison, à deux kilomètres, il y a eu une coupe rase. Cinq mille mètres carrés d'arbres abattus, principalement des chênes. Un jour, je me suis arrêté et je suis allé discuter avec les bûcherons.
Ils m'ont dit que le propriétaire abandonnait tous les "restes" qui n'étaient pas utilisables pour les scieries, c'est à dire les grosses branches et parfois même des troncs trop "tordus".
Il a contacté le propriétaire pour dire que j'étais intéressé.
Au final, la stère de bois me revient à vingt euros. (72 euros en Savoie, 65 ici, dans la Creuse) A moi de me débrouiller pour tout nettoyer.
J'ai donc tronçonné et fendu pour environ quinze stères de bois sur place. Pas besoin d'aller faire de la musculation...
Mais j'ai demandé également si le propriétaire avait un projet de reboisement et la réponse était négative. J'ai donc demandé si je pouvais reboiser moi-même et il a accepté. Je vais donc planter des glands, des châtaignes et des noisettes.
C'est ce qu'on a fait ici, sur nos 4700 mètres carrés et deux terrains "sauvages" qu'on n'a pas encore achetés mais ça va se faire. On a 73 chênes et 27 châtaigners qui ont poussé. Quant aux noisetiers, on ne les compte plus. Comme on a déjà un très gros chêne qui donne des milliers de glands et un châtaigner qui en donne tout autant, c'est vraiment très simple de le faire dans toutes les coupes rases abandonnées qu'on trouve dans nos randonnées.
Donc, on plante. On ne connaîtra pas l'ombre accueillante donnée par ces futurs grands arbres mais d'autres en profiteront.
Un sac à dos, une petite binette, un trou, un gland, une châtaigne, une noisette et la nature fera le reste.
Faire ce qu'on peut avec ce qu'on a.
France culture : Into the wild
J'ai fendu du bois de chauffage ce matin et comme la voiture est au bord de l'énorme tas de bois, je mets la radio. Je précise que je suis tout seul sur une piste forestière et que je ne dérange personne. Et j'ai donc écouté cette émission. Très beaux échanges sur ce film et cette histoire vraie.
Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas le personnage de Chris McCandless avec en filigrane, la philosophie de Henry David Thoreau.

Série « Les films qui ont changé le monde »
"Into the Wild" de Sean Penn
Jeudi 10 août 2023LECTURE
ÉCOUTER (59 MIN)
Emile Hirsch dans "Into the Wild" (2007) de Sean Penn - Copyright Paramount Vantage
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Provenant du podcastLa Culture change le monde
"Into the Wild" de Sean Penn (2009), film culte césarisé, nous offre une plongée dans les grands espaces de l'ouest américain, du Mexique et de l'Alaska, pour nous faire redécouvrir la pensée de Henry David Thoreau et les écrits de Jack London.
Avec
Cyril Dion Auteur, réalisateur et militant écologiste
Ollivier Pourriol Philosophe, essayiste et romancier
Claire Nouvian Directrice de l’association Bloom
Entre retour aux sources et invitation au voyage, Into the Wild fait entrer les grands espaces dans les salles obscures, il déploie sur grand écran les beautés de la Nature et nous rappelle, notamment en convoquant les écrits de Thoreau, qu’une autre manière d’habiter ce monde est possible.
Voilà pourquoi en choisissant de revenir aux sources du 7e Art, pour cette collection de dix films qui ont changé le monde, nous voulions revoir l’histoire de Christopher McCandless, jeune américain en quête d’absolu qui va tourner le dos au confort matériel, rompre avec sa famille, avec la ville - avec le monde dit "civilisé". Il rêvait d’Alaska et pour la rejoindre il a traversé la Californie, travaillé dans les champs de blé du Dakota, descendu le Colorado en canoë, avant de mourir, empoisonné, en 1992. Il avait alors 24 ans.
Un livre enquête a été écrit autour de ce jeune homme et de son périple par Jon Krakauer en 1996. Sean Penn adapte cet ouvrage en 2007 pour le cinéma, avec dans le rôle titre Emile Hirsch. Le succès du livre, puis du film, a fait de la vie de McCandless un mythe moderne, a transcendé la figure du routard en vagabond céleste. Pourquoi Into The Wild a-t-il changé une génération de spectateurs ? Comment a-t-il réintroduit la Nature et le sauvage au cœur de nos imaginaires ? Quel récit porte ce film ?
À la recherche de la sobriété
"Into the Wild redonne une modernité aux écrits de Thoreau. Ce film s’inscrit dans une histoire qui est jalonnée de la beat génération, des hippies ... La résurgence actuelle d’une forme de recherche de sobriété, d’une recherche de nouveaux récits qui viendraient remplacer ce mythe de gagner toujours plus, de faire carrière - mythe que McCandless rejette dans le film - ça ne s'est jamais arrêté depuis que la civilisation industrielle a commencé à émerger en Occident. Ce qui est intéressant, c’est que le personnage apporte de la complexité : il y a des moments d’épiphanie dans la nature, on voit bien que Christopher McCandless est fasciné par les océans, par les paysages, par les ciels. Il retrouve une forme de liberté, il a besoin de se confronter à ça en cherchant ses limites, en regardant ce qu’il est capable de faire. Il raconte quelque chose qui est une sorte d’impossible aujourd’hui. Mais ce récit n’est pas achevé, il a besoin d’être poursuivi. Tous les films, les récits qui essayent de percuter le récit de la société capitaliste consumériste le font pour essayer de la craqueler, pour voir si quelque chose d’autre peut en sortir." Cyril Dion
Emile dans "Into the Wild" (2007) de Sean Penn
- Copyright Paramount Vantage
À réécouter : Walden, Henry David Thoreau
Les Chemins de la philosophieÉCOUTER PLUS TARD
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58 min
Un film sur l'empathie
Cette recherche d'absolu, de confrontation à la nature met en avant à la fois le lien qui peut se créer entre elle et l'homme, mais met en relief également comme l'indiquent les plans de fin du film, l'immense besoin de partager avec d'autres humains ces beautés et expérimentations :
"Les grands espaces vides sont perçus comme vides si on vient d’un milieu très occidental et urbanisé ; ce n'est pas vide si on est un trappeur. On sait de loin, à la couleur de la glace, si on peut marcher dessus, pour dire le mot "neige", il y a plusieurs mots … L’idée que c’est vide, c’est une vision de quelqu'un qui ne peut pas voir. Le mot "empathie" a été créé au XIXème siècle par un spécialiste de philosophie esthétique. Au départ, l’empathie ce n'est pas la relation entre deux humains, c’est la relation entre un être humain et n’importe quoi d’autre : un autre être vivant, un paysage ... Chris McCandless choisit de finir sa vie dans un bus. Le mot bus vient d'omnibus qui veut dire pour tous. Au cœur du vide, il se réfugie dans un cocon qui est un minibus, et donc une trace de civilisation, de service public, de transports en commun. Il a besoin de mourir là, donc ce n'est pas un film sur la nature. Mais il a eu besoin de s’éloigner, besoin de ce vide, de cette impuissance." Ollivier Pourriol
Emile Hirsch dans "Into the Wild" (2007) de Sean Penn
- Copyright Paramount Vantage
Le cheminement vers soi-même
Si c'est un film sur la recherche de ses limites, sur les paysages, la nature et l'inclusion d'un homme à celle-ci, c'est aussi, selon Claire Nouvian, une démarche constitutive de l'adolescence :
"Je ne vois pas dans ce film une dénonciation de la société de consommation mais le mal-être d’un individu qui a du mal à s’insérer dans la société, de manière générale, quelle qu’elle soit, au minimum depuis la révolution industrielle. On reçoit la violence d'un monde de manière tellement extrême qu’elle peut nous tuer et la seule façon de survivre c’est de se mettre à distance. Ce voyage passe par plusieurs épisodes et se termine dans un grand décor dangereux et sauvage, c'est une rencontre avec soi-même."
À réécouter : Cyril Dion : agir, ici et maintenant !
La Grande Table cultureÉCOUTER PLUS TARD
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26 min
Pour en parler :
Cyril Dion , militant écologiste, réalisateur de Demain (2015), Animal (2021), et auteur récemment de A l'orée du danger (Actes Sud, 2022)
Ollivier Pourriol, philosophe, critique de cinéma, créateur des séances "ciné-philo" MK2, scénariste et auteur de la bande-dessinée La vérité sur Socrate (éditions Les Arènes, 2023)
Claire Nouvian , militante écologiste, fondatrice de l'association BLOOM
Archives diffusées :
Sean Penn et Eddie Veder discutent de l'idée originale dans l'émission Charlie Rose diffusée le 21/09/2007, disponible sur Youtube
Les critiques du Masque et la plume discutent du film (France Inter, 17/01/2008)
Corinne McCandless, la soeur de Chris McCandless parle de son frère sur l'émission Rare TV Show disponible sur Youtube
Une lecture de Guillaume Gallienne dans "L'Amérique des grands espaces" tiré de l'émission Ca peut pas faire de mal (France Inter, 16/01/2010)
Sous-marin en plongée
Le discours des gens me sidère. C'est un déni de conscience qui représente une menace considérable.
C'est le "jusqu'ici, tout va bien, j'arrive encore à trouver des lieux épargnés."
Le Moi souverain et l'absence totale de considération envers les autres, envers la nature, envers la Terre et l'ensemble du vivant. L'impression de voir des individus s'agitant dans une poche d'air, une poche d'air qui diminue en fonction de cette agitation, ils prennent ce dont ils ont besoin, juste attachés à leurs désirs, indifférents des effets de cette frénésie consommatrice.
Nous sommes tous dans ce sous-marin où la quantité d'oxygène diminue, jour après jour. Et nous plongeons toujours au plus profond. Je pourrais m'amuser en pensant à ceux qui sont allés en Norvège pour être au frais, la Norvège qui connaît actuellement des pluies diluviennes. Même chose en Slovénie, plus grande catastrophe naturelle en trente ans.
Mais bon, pour que tous ces gens réalisent que le réchauffement de la planète induit des phénomènes météorologiques comprenant des inondations, des tornades, des orages dévastateurs et probablement des chutes de neige phénoménales et des températures épisodiquement basses, il faudra du temps, beaucoup de temps.
Et pendant ce temps, le sous-marin continue à descendre.
LONDRES (Reuters) - Attirés par des températures plus clémentes, les touristes et les voyagistes vont, à l'avenir, privilégier les destinations du nord de l'Europe après un été qui a été marqué par des canicules et des feux de forêt dans le sud du Vieux continent.
La région méditerranéenne reste la plus prisée des touristes en Europe, mais les réservations vers les pays comme le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège ou encore la Suède sont en hausse par rapport à 2022, selon des données publiées par Mastercard, entreprise américaine de paiement.
Des vols moins chers et une dévaluation de certaines monnaies en Scandinavie participent à cette nouvelle attractivité, mais le changement climatique est aussi une des raisons avancées mercredi par TUI, le plus grand voyagiste au monde.
L'entreprise pourrait voir sa saison estivale commencer plus tôt au printemps et terminer à l'automne, a expliqué Sebastien Ebel, président du directoire de TUI. Et l'offre vers les pays nordiques, les Pays-Bas, la Pologne et la Belgique pourrait aussi s'étoffer.
"Nous irons en Grèce jusqu'en novembre et peut-être qu'on devrait laisser cette destination ouverte jusqu'à la fin de l'année, après même Noël", a-t-il ajouté lors d'un entretien téléphonique avec des journalistes.
"Cela laisse plus d'opportunités pour la croissance", a-t-il indiqué.
Le voyagiste vient juste d'annoncer qu'il pourrait faire face à une ardoise de 25 millions d'euros à cause des incendies à Rhodes en Grèce qui ont forcé le rapatriement de milliers de touristes européens.
En Norvège, les voyagistes voient une augmentation de la demande, comme à l'île de Vesteraalen, dans le nord du pays. L'office de tourisme a indiqué que des touristes étaient venus d'Europe centrale et du Sud pour échapper à la canicule.
Conséquence, des vols directs vers le nord de la Norvège ont été créés.
Fabio Scaglione et Diego Bruno faisaient partie d'un groupe de touristes venu d'Italie qui a visité la semaine dernière Stockholm.
"L'an dernier, nous sommes allés dans le sud de l'Espagne et il faisait très chaud. Cette année, nous avons décidé d'aller dans un lieu plus frais", affirme l'un d'eux.
Heather Storgaard, une touriste écossaise, va passer une partie de ses vacances d'été au Danemark et dans le nord de l'Allemagne. Les températures élevées l'ont tenue éloignée du sud de l'Europe ces cinq dernières années.
"Avant, j'ai été en France, en Italie, des destinations estivales normales mais j'ai commencé à me sentir mal", affirme-t-elle.
"Même l'Allemagne et la Suisse se situent trop au sud, j'y étais l'année dernière et il faisait déjà trop chaud", avance la touriste écossaise.
Margit Wissenbach, une Allemande vivant au Danemark, a visité la Suède cette année avec l'intention de partir randonner et de visiter des villes comme Göteborg.
Souvent amenée à se rendre en Italie pour son travail, elle affirme préférer le nord pour les vacances : "Je préfère marcher sous la pluie que dans un four".
(Reportage par Joanna Plucinska, Marie Mannes et Rachel More; version française Zhifan Liu, édité par Kate Entringer)
Pourquoi écrire ?
« Si tu n’es pas toi-même, qui pourrait l’être à ta place. » C’est de Henry David Thoreau, précisa-t-elle. Et je ne veux pas me détacher de ça. C’est pour ça que j’écris. Je pense que seule cette démarche permet d’extraire de soi l’essentiel. Les pensées sont insuffisantes, elles sont trop volages. Si vous cherchez à les développer avec vos semblables, elles se perdront en cours de route parce qu’elles opteront pour la confrontation ou l'adhésion ou même la séduction et cette intention, conflictuelle ou imitative, vous arrachera à vous-mêmes. Les arborescences créées par les échanges verbaux vous éloigneront irrémédiablement de la révélation que contenait le message initial, celui qui est au cœur de l’individu. Rien ne peut se faire hors de la solitude existentielle. Les mots écrits seront des balises, des scalpels, les outils de l’autopsie. Lorsque j’écris, ce sont les mots qui créent le courant de l’exploration, ils se renforcent les uns les autres. Il ne s’agit plus seulement de pensées mais de sculptures. Tout reste gravé et la contemplation des architectures déclenche immanquablement le désir de reprendre le burin et de tailler encore et encore dans la masse. Sans ces écrits, les pensées se sont évanouies depuis bien longtemps déjà et il faut tout reprendre au début. L’apathie spirituelle de l’humain est entretenue par cette dictature de la parole, un flot éternel qui ne supporte aucun barrage. L’écrit individuel, l’autopsie solitaire, le dépeçage des pensées et l’élimination systématique des bavardages immatures, voilà ce qui m’importe et nourrit la fièvre bienheureuse de mes plongées intérieures.
L'émerveillement
"Notre devoir le plus impérieux est peut-être de ne jamais lâcher le fil de la Merveille. Grâce à lui je sortirai du plus sombre des labyrinthes". Christiane SINGER
Le plus sombre des labyrinthes. La période actuelle n'a pas, pour moi, la géométrie d'un labyrinthe car dans un labyrinthe, il existe une issue et donc une délivrance. Il n'y a pas d'issue à la voie dans laquelle l'humanité s'est engagée. Il n'y a aura pas de délivrance mais une sanction. Il s'agira par contre d'une délivrance pour la nature, pour la planète, pour la vie ou tout du moins, pour ce qui n'aura pas disparu. Je m'érige contre les individus qui se contentent de dire que la Terre vivra très bien sans le poids écrasant de l'humanité car c'est ignorer les milliards d'animaux et de plantes qui auront disparu, non pas naturellement, mais qui auront été éliminés. Cette "délivrance" ne surviendra qu'au terme d'une hécatombe. Elle est déjà en cours. Il est clair par contre que la période qui suivra la fin de l'hégémonie humaine sera profitable à la nature. Car c'est vers cette fin que nous allons. C'est pour moi une certitude. Il ne manque que le délai. Les raisons de ce déclin majeur et irréversible sont si nombreuses qu'il ne reste qu'à tenter d'identifier celle qui sera la plus "efficace". Pour ma part, c'est le déréglement climatique car c'est celui qui englobe l'ensemble de la planète. Les autres motifs ne seront que des conséquences.
Que vient faire l'émerveillement dans ce scénario ? Il est ce qui me permet de vivre sans que la conscience du désastre en cours ne devienne mortifère.

L'ÉMERVEILLEMENT AU CŒUR DE LA SAGESSE.
12 Jui 2019
https://www.devansens.com/index.php?option=com_k2&view=item&id=142:l-emerveillement-au-coeur-de-la-sagesse
L'émerveillement exprime un étonnement qui jaillit en l'être humain face à ce qui dépasse son entendement. La capacité de s'émerveiller possède le parfum de la candeur et la profondeur de la sagesse. Elle intensifie notre état de présence, allège notre cœur et revigore notre intelligence.
L’émerveillement, cet éblouissement fait d'étonnement et d'admiration, défini un certain regard porté sur le monde plus que le caractère plus ou moins merveilleux de l'objet regardé. Les photographes par exemple savent bien qu'une très légère variation de l'angle de l'objectif peut suffire pour que l'objet le plus banal se transmue en merveille. Nul besoin, pour rentrer dans l'émerveillement, de contempler quelque chose de grandiose ou d'admirable. Cet état peut jaillir subitement de la contemplation des choses les plus simples en apparence, car la réalité a toujours le pouvoir de surprendre.
On peut dire que la philosophie commence précisément avec la capacité de s'émerveiller considérée comme l'expérience fondatrice de la pensée. Selon Socrate, la philosophie n'a d'autre origine que la capacité de s'émerveiller. Et Aristote enseignait que "ce fut l'émerveillement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques".
Progressivement, toutefois, l'émerveillement a été considéré comme une étape "primitive" du déploiement de la pensée. Pour certains philosophes comme Cicéron, Horace et plus Descartes, celui qui veut connaître le monde doit se discipliner et cesser de s'émerveiller au risque de ne jamais accéder à la vérité. Au XVIIIème siècle, l'esprit critique et la raison scientifique s'érigent en valeurs absolues en Occident, tandis que l'émerveillement est considéré comme un trait peu évolué de la pensée, propre à l'enfance ou aux peuples "arriérés".
Au tournant du XIXème siècle, en rupture avec la visions scientifique, les romantiques réenchantent le monde et font de ce dernier une source d'étonnement plus que d'analyse. Pour eux, loin de nier la raison, l'émerveillement la dépasse dans l'intuition poétique. Dans la contemplation émerveillée des choses simples, l'essence pure de tous les savoirs, capable d'inonder de délice le cœur de l'Homme.
Certains êtres semblent accéder plus aisément à la saisie poétique du monde que d'autres. Comme le rappelle l'écrivain et aventurier Sylvain Tesson "dans la plus aride des steppes, les contemplateurs trouveront toujours à s'émerveiller". L'émerveillement serait-il alors un ravissement spontané qui jaillit subitement et qui ne peut pas se commander, ou bien pouvons-nous contrôler, voire libérer, notre capacité à nous émerveiller ? Certes, les poètes et certains génies saisissent la beauté de chaque instant, sans raison, comme une grâce. C'est ce qu'illustre très bien le haïku, forme poétique japonaise traditionnelle où le poète paraît se contenter de voir le monde apparaître, en exprimant et célébrant l'évanescence des choses. Une lande enneigée en hiver, le bond d'une grenouille dans une mare, le soupir du vent nocturne, un corbeau qui s'envole en croassant, il n'en faut pas plus pour être au cœur de la création, de son mystère et de sa parfaite harmonie.
L'émerveillement ne se provoque donc pas, mais il peut être convoqué par une certaine disponibilité mentale. Il est possible de choisir de s'ouvrir à tout ce qui entre dans notre champ de vision, soit un objet sublime et somptueux soit un détail trivial et modeste. Le fait de cultiver l'admiration au quotidien nous donne ainsi accès à un émerveillement adulte plus profond et fécond que la naïveté première de l’enfance. Cette "naïveté seconde" retrouve l'innocence sur un mode plus élevé, purifié. Ni fuite hors des conditions de vie routinières ni rêverie niaise où s'abriter peureusement de la réalité, l'émerveillement mature nous rendrait capables d'établir une relation plus vibrante et plus intense.
Dissonance pétrolière
Rien de bon ne viendra du monde politique et donc, au-dessus, des financiers. Nous continuerons dans la même voie, aussi longtemps que ça sera possible et lorsque ça tournera mal, vraiment mal, ça sera trop tard. Et ceux, parmi nous, qui n'auront pas voulu "faire d'efforts", je leur souhaite bien du plaisir.
Selon un sondage YouGov du printemps, 65% des Britanniques se disent inquiets des conséquences du changement climatique, mais ils s'opposent majoritairement à la plupart des mesures qui leur demanderaient un effort personnel.
Londres: Le gouvernement britannique a promis lundi des "centaines" de nouvelles licences d'exploration et d'exploitation pétrolières et gazières, en mer du Nord, mais cet assouplissement de l'approche du Premier ministre Rishi Sunak face au réchauffement climatique a été condamné par les associations écologistes.Cette annonce intervient en plein questionnement, au sein de la majorité conservatrice mais aussi dans l'opposition travailliste, de certaines politiques vertes en raison de leur coût pour les Britanniques, durement frappés par l'inflation.
Avec cette annonce, Rishi Sunak, qui s'est présenté pendant le week-end en défenseur des automobilistes victimes des politiques vertes, s'oppose aussi frontalement aux travaillistes. Le Labour, largement donné en tête des prochaines élections législatives en 2024, veut mettre fin à l'octroi de nouvelles licences d'exploration pétrolière et gazière en mer du Nord.
"Nous avons tous été témoins de la manière dont (le président russe Vladimir) Poutine a instrumentalisé l'énergie, perturbant les approvisionnements et faisant caler la croissance dans des pays du monde entier", a déclaré le chef du gouvernement conservateur dans un communiqué.
"Il est plus que jamais vital que nous renforcions notre sécurité énergétique et capitalisions sur cette indépendance pour procurer de l'énergie plus abordable et propre aux foyers et entreprises britanniques", a ajouté Rishi Sunak.
Le Premier ministre a assuré que même quand le Royaume-Uni aura atteint son objectif de neutralité carbone en 2050, un quart de ses besoins en énergie proviendra du pétrole et du gaz.
Greenpeace a dénoncé un "stratagème politique cynique pour semer la division", dont "le climat est un dégât collatéral". "Alors qu'incendies et inondations dévastent habitations et vies à travers le monde, le gouvernement de Rishi Sunak a décidé de reculer sur des politiques clé sur le climat", a dénoncé Philip Evans, responsable climat chez Greenpeace Royaume-Uni.
⤵ PREMIÈRES LICENCES À L'AUTOMNE
Les politiques vertes semblent sur la sellette au Royaume-Uni, notamment depuis la défaite surprise du Labour face aux conservateurs dans une élection locale de l'ouest de Londres.
Ce résultat a été mis sur le compte de la défiance des électeurs face à l'extension prévue fin août d'une taxe sur les véhicules polluants à l'ensemble du Grand Londres voulue par le maire travailliste Sadiq Khan.
Sous forte pression d'une frange de la majorité, le gouvernement a laissé entendre que certains objectifs environnementaux pourraient être assouplis, notamment sur les normes énergétiques des logements.
Le soutien à l'exploitation pétrolière et gazière en mer du Nord va permettre de maintenir plus de 200.000 emplois, assure Downing Street.
Les premières nouvelles licences doivent être délivrées à l'automne.
Le gouvernement a dévoilé en outre deux premiers sites de capture et de stockage de CO2 en mer du Nord, secteur susceptible de soutenir jusqu'à 50.000 emplois, selon Downing Street. Mais certains écologistes accusent cette technologie de pouvoir servir d'excuse à la poursuite de l'exploitation des énergies fossiles.
Un "vernis vert", a dénoncé Friends of the Earth. Si cette technologie fonctionnait un jour, ce dont cette association doute à court terme, elle ne capterait pas "toute la pollution climatique causée par la combustion des énergies fossiles" ou les émissions lors de leur extraction.
Impliqué dans l'un d'eux, le groupe Shell a salué un "projet central" parmi les projets pour "décarboner les opérations en mer du Nord".
⤵ "APATHIE" SUR LE CLIMAT
"Nous ferons la transition vers la neutralité carbone", a affirmé Rishi Sunak sur les ondes de la BBC en Ecosse. "Mais nous le ferons d'une manière proportionnée et pragmatique qui n'ajoute pas nécessairement au fardeau ou aux prix des factures des familles."
Selon un sondage YouGov du printemps, 65% des Britanniques se disent inquiets des conséquences du changement climatique, mais ils s'opposent majoritairement à la plupart des mesures qui leur demanderaient un effort personnel.
Le Royaume-Uni subit les effets du réchauffement. Un rapport des services météorologiques a averti récemment que les températures record de l'été 2022, où les 40 Grad ont été dépassés, paraîtraient "fraîches" d'ici à la fin du siècle.
Fin juin, le secrétaire d'Etat chargé du climat au ministère des Affaires étrangères, Zac Goldsmith - proche de l'ex-Premier ministre Boris Johnson -, a quitté le gouvernement, reprochant notamment à Rishi Sunak de ne pas s'intéresser à l'environnement et dénonçant "l'apathie" de l'exécutif sur le climat.
De l'importance d'une mare
Les libellules sont rapidement arrivées sur les plantes aquatiques de notre mare et c'est un émerveillement.

Mares, mares, mares !
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-27-juin-2023-5364000
Mardi 27 juin 2023LECTURE
ÉCOUTER (50 MIN)
Plus de 50 % des zones humides ont disparu en 30 ans dont les mares ©Getty - Tim Bieber
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Provenant du podcastLa Terre au carré
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Les mares sont des trésors de biodiversité et des puits de carbone cruciaux pour lutter contre le changement climatique. Mais plus de 50% des zones humides ont disparu en 30 ans... Comment protéger, restaurer et recréer ces milieux souvent ignorés et pourtant source d’une précieuse richesse ?
Les mares sont des trésors de biodiversité trop souvent ignorées. Véritable hot spot, elles abritent un cortège d'espèces protégées et menacées. Avec un écosystème spécifique, les mares ont la particularité que les rayons du soleil atteignent le fond, contrairement aux autres zones humides comme les lacs, ce qui lui confère un écosystème particulier et unique. Elles sont souvent temporaires, et leur niveau fluctue tout au long de l'année.
Les mares sont également des puits de carbones très performant, et de puissantes alliées face au changement climatique. Leur rôle, autant pour la biodiversité que le climat, est donc crucial.
Mais aujourd'hui, plus de 50% des zones humides ont disparu ou ont été asséchées dans le monde. Victimes d'une mauvaise réputation bien souvent injustifiée, les mares sont également la proie de l'artificialisation des sols pour l'urbanisation et l'agriculture, sans compter les pollutions visibles et invisibles. Nous avons grignoté, détruit nombre des milieux naturels propices à l'apparition des mares, ces "accidents naturels"... Comment les protéger, les restaurer, et les recréer ? Comment une mare fonctionne-t-elle ? Quelle est sa faune et sa flore ? Quels outils concrets existent-ils pour créer sa mare ? Quelle est la législation ? Comment faire concrètement ?
Par définition, une mare a une surface de moins de 5 000 mètres carrés et une profondeur maximum de deux mètres. Toute une flore s'y développe en lien avec le rayonnement du soleil, qui va pouvoir percer les strates de l'eau jusqu'au sol et permettre à la végétation de se développer.
Une mauvaise réputation
Pour le grand public, la mare traîne souvent une mauvaise réputation. Elle attire les moustiques et est responsable de mauvaise odeur. Il y a une méconnaissance de ces petits milieux qui ont une grande richesse de biodiversité et qui apportent plein de services écosystémiques et de services rendus à l'homme. Elle apporte, par exemple, des solutions de lutte contre le changement climatique puisque ce sont de bons puits de carbone. Il y a donc une nécessité à les réhabiliter : « C’est important pour à la fois la biodiversité, la lutte contre le changement climatique, mais aussi pour les êtres humains. On pense souvent que c'est utile aux amphibiens, mais c'est aussi utile à nous. » comme le rappelle Marguerite Nielen, étudiante en alternance. Pour elle, tout a démarré d'un projet étudiant en licence professionnelle : « Je me suis passionnée pour ces milieux qui sont très riches, alors qu’ils sont menacés puisque plus de 50 % ont disparu. »
Une formation autour de la mare
Éric Demerger est formateur pour la conception des mares : « Depuis le début des années 2000, il y a une très forte demande autour de cette formation. Les candidats sont pour la plupart des agents de collectivités, ou des gens qui souhaitent se reclasser professionnellement, et qui ont des projets de vie centrés sur l'environnement. »
À lire aussi : Les libellules n'ont plus d'habitat : un millier d'espèces sont menacées de disparition
Le cycle de vie d’une marre
La mare a des cycles périodiques : les périodes de reproduction commencent en février et en mars et se prolongent sur les mois qui suivent. Il est donc très important de ne pas intervenir sur les mares entre février et septembre parce qu'on pourrait perturber la reproduction des animaux, mais aussi des plantes. Mais si l’homme n’intervient pas, elle finit par se combler naturellement, de la même manière qu'une prairie devient petit à petit une forêt si on ne fauche pas. Il est aussi important de laisser le niveau de la mare descendre pour qu'on obtienne une zone de battant, c'est-à-dire une zone humide sur le côté, mais qui est hors eau dans certaines parties.
Le problème de la sécheresse
Avec les épisodes de sécheresse de plus en plus longs et les températures qui augmentent, cela pose des problèmes sur la biodiversité des mares, comme l’explique Fanny Mallard : « Dans le cadre de notre programme, nous sommes en contact avec les différents acteurs des mares en France et notamment dans le département du Var où on nous a signalés que cela fait deux ans que les mares ne suivent plus en eau, il y a une problématique de sécheresse en lien avec le changement climatique. Si elle s'assèche en pleine reproduction et en plein pendant que les espèces réalisent leur cycle biologique, il va y avoir des pertes d'individus. »
Les bénéfices d’une mare
Fanny Mallard travaille sur la thématique du changement climatique et de l'intégration de la protection des milieux naturels : « On se rend compte que les mares sont des bons puits de carbone. On va avoir à peu près, une tonne de carbone par an qui est assimilé sur une mare d'à peu près 500 mètres carrés. Un autre point : les mares sont des îlots de fraîcheur. On peut être entre -0,5 à -4 degrés par rapport à la fraîcheur qui est dégagée de la zone humide. »
Créer un écosystème complet
Il est important d'avoir une mare en bon état de conservation, comme le rappelle Margueritte Nieler : « Si on a une mare qui fonctionne bien avec toute la chaîne alimentaire derrière, comme les moustiques à la fois sur la phase adulte, mais aussi en phase larvaire, cela permet de réguler et d'avoir un écosystème fonctionnel. Les moustiques ne pulluleront pas, car ils attirent, par exemple, les oiseaux.
LES HEROS SONT TOUS MORTS : commentaire

Je viens de découvrir un commentaire qui date de 2022 sur "Les héros sont tous morts". Il faudrait que je crée une "alerte" ^^
"LesLivresDeCedrick
LesLivresDeCe...
25 avril 2022
La chance se retourne parfois contre vous. C'est d'autant plus vrai lorsqu'il s'agit de la découverte d'une très grosse somme d'argent. Un million quatre cent mille euros pour être précis. Que feriez-vous si vous trouviez cette somme ? le premier à découvrir la malette pleine de billets ne se pose pas longtemps la question et passe à l'action. Lui, comme les autres, pense qu'il aura le temps plus tard pour réfléchir...
Tout au long de son roman, l'auteur met en scène une sorte de course de relais. A ceci près que les "athlètes" sont tous concurrents entre eux. On assiste au passage de témoin funeste entre les différents héros d'un court instant. Leur chance tourne vite et laisse place à celle du héros suivant... au prix de leur vie.
J'ai vraiment aimé cette course de fond(s). La lecture est rythmée et pleine de surprises. le lecteur, tout comme les différents personnages, n'a pas le temps de s'ennuyer ou de faire une pause. On court tous ensemble dans une fuite en avant.
Ce roman de près de 200 pages est dense, de grande qualité et avec un scénario vraiment original. Je vous conseille donc chaleureusement "Les héros sont tous morts".
https://www.babelio.com/.../Ledru-Les-Heros-sont.../1093110#!
Texte de Fred Vargas
Texte écrit par Fred Vargas et lu par Charlotte Gainsbourg à l’inauguration de la COP24, en décembre 2018
Posted on 9 novembre 2019 by Jean-Pierre Vialle • Posté dans Pensées d'auteurs, VARGAS Fred • Tagué Avenir, Consommation, Environnement, Pollution • Poster un commentaire
« Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes.
À la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille –, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. À condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
À ce prix, nous réussirons la Troisième Révolution. À ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore. »
(Texte lu par Charlotte Gainsbourg à l’inauguration de la COP24, en décembre 2018 – L’humanité en Péril – P. 8 – 10)
Cette fameuse liberté
Très clairement, pour moi, le tourisme par avion devrait être supprimé, interdit, totalement.
Mais lorsque j'écris ça, je sais et j'entends déjà toutes les voix qui hurleraient qu'une telle mesure serait une atteinte à la liberté, la liberté de profiter de son temps libre, la liberté de voyager, de découvrir de nouveaux lieux, de s'extraire du quotidien, de rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures etc etc ...
Et cette atteinte à la liberté individuelle serait inacceptable.
Ok, c'est facile. Une réaction primaire en fait. Une réaction individualiste. Parce que maintenant, il faut voir quels sont les effets de cet individualisme sur l'ensemble. Juste un exemple avec l'interdiction d'aller marcher dans certains massifs forestiers. Si on considère que des millions d'individus prennent l'avion dans le cadre de leur liberté de se déplacer, cette liberté porte atteinte à ceux qui veulent juste aller marcher dans les forêts de leur région. Le comportement des uns impacte celui des autres. On me dira que le tourisme par avion n'est pas le seul responsable du réchauffement climatique. Oui, c'est vrai. Et alors ? Est-ce que ça signifie qu'il est justifiable, acceptable, inattaquable ?
""Ce mardi 25 juillet est une journée à haut risque dans le Gard, l’Hérault et l’Aude. Les conditions météorologiques rendent le risque de départ et de propagation de feux de forêt très élevé. L’accès à la plupart des massifs est fermé.""
https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/gard/nimes/feux-de-foret-risque-d-incendie-tres-eleve-l-acces-a-certains-massifs-forestiers-de-l-herault-du-gard-et-de-l-aude-interdits-2816942.html
Les conditions météorologiques...Oui, mais ça, c'est un constat immédiat, événementiel. C'est à la cause qu'il faut remonter.
Un autre exemple et effroyablement plus dramatique:
34 personnes sont mortes brûlées en Algérie, encerclées par les flammes.
Des soldats se sont retrouvés encerclés par les flammes alors qu'ils étaient évacués de Beni Ksila, dans la zone de Béjaïa, accompagnés d'habitants de hameaux limitrophes, a indiqué le ministère de la Défense, qui a annoncé la mort de 10 militaires.
Outre le bilan mortel, des blessés, en nombre indéterminé mais dont certains grièvement brûlés, sont à déplorer, selon le gouverneur de Béjaïa.
Plus de 1.500 personnes ont dû être évacuées de certains villages alors que des tornades de feu se rapprochaient de leurs maisons. Des stations balnéaires du littoral prisées des estivants ont également été détruites par les flammes.
https://www.lepoint.fr/monde/algerie-beaucoup-de-degats-et-au-moins-34-morts-dans-de-violents-incendies-25-07-2023-2529456_24.php#11
Alors, certains vont dire que les services de secours sont mal organisés, que les forêts ne sont pas entretenues, que les gens n'écoutent pas les consignes etc etc... On ne sera toujours pas dans les causes réelles de ces drames.
Et c'est là qu'il faut parler de l'Anthropocène :
https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/271086-terre-climat-quest-ce-que-lanthropocene-ere-geologique
(Si vous ouvrez ce lien, vous verrez qu'il s'agit d'un site gouvernemental et pas d'un site complotiste ou "d'écolobobo" ou d'écoterroristes ou "Khmers verts" ou autres étiquettes qui généralement et malheureusement font fuir...)
Qu'est-ce que l'Anthropocène ?
Publié le 8 octobre 2019
Temps de lecture 12 minutes
Par : Francois Gemenne et Marine Denis
L’Anthropocène est une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques. C’est l’âge des humains ! Celui d’un désordre planétaire inédit.
SOMMAIRE
Une nouvelle époque géologique
L’importance de l’Anthropocène
L’Anthropocène comme concept politique
L’histoire de la Terre et celle de l’espèce humaine ont aujourd’hui convergé. Cette collision de deux Histoires marque une rupture dans la relation qui unit les hommes à la Terre. Pour la première fois, ce sont en effet ses habitants qui sont devenus les principaux moteurs des changements qui l’affectent.
Les désordres générés par les effets de l’activité humaine ont des conséquences multiples : climat, sécurité alimentaire, accès aux ressources vitales, migrations forcées et soudaines, précarité énergétique… Ils contraignent les relations internationales à inventer et mettre en œuvre de nouvelles politiques globales.
Une nouvelle époque géologique
Quand le naturaliste et mathématicien Buffon (1707-1788) écrivait dans « Les Époques de la nature » en 1778 que « La face entière de la Terre porte aujourd’hui l’empreinte de la puissance de l’homme », sans doute ne pouvait-il imaginer que, trois siècles plus tard, les géologues allaient décider de formaliser ce constat sous la forme de la définition d’une nouvelle époque géologique.
En 2000, le biologiste américain Eugene F. Stoermer, le chimiste et Prix Nobel de chimie néerlandais Paul Josef Crutzen évoque pour la première fois le terme d’« Anthropocène ». Cette nouvelle phase géologique dont la révolution industrielle du XIXe siècle serait le déclencheur principal, est marquée par la capacité de l’homme à transformer l’ensemble du système terrestre.
Pour la première fois, l’histoire de la Terre entre en collision avec celle des hommes et des femmes qui l’habitent.
Le fracas qu’a provoqué dans la communauté scientifique cette annonce, encore discutée et critiquée par la Commission internationale de stratigraphie (International Commission on Stratigraphy, ICS), marque un profond changement dans le positionnement de l’homme face à son environnement naturel.
Si le climat a toujours été un facteur d’influence majeur dans le développement des grands mouvements économiques ou sociaux, l’ère de l’Anthropocène met au défi l’espèce humaine et ses capacités d’anticipation, de contrôle et de résilience sur les écosystèmes existants.
Pour la première fois, l’histoire de la Terre entre en collision avec celle des hommes et des femmes qui l’habitent, redessinant ainsi les contours d’une nouvelle géopolitique : une politique de la Terre, qui reste à inventer.
Car le désordre engendré par les effets de l’activité humaine sur le climat ne porte pas que sur la Terre. Il porte aussi sur le monde et diverses facettes de l’activité humaine : sécurité alimentaire, accès aux ressources vitales, migrations forcées et soudaines, précarité énergétique. L’avènement de l’Anthropocène, en quelque sorte, sonne le glas d’une vision binaire de l’homme séparé de son environnement, de la dichotomie entre la Terre et le monde.
Le climat : une profonde rupture
Parole d'expert
Par Emmanuel Le Roy Ladurie
4 décembre 2019

L’importance de l’Anthropocène
Au cours des 12 000 dernières années, l’humanité s’est développée dans l’Holocène, une période géologique interglaciaire, qui succédait à l’époque glaciaire du Pléistocène et qui était marquée par une remontée des températures et du niveau des mers.
L’Holocène se caractérise par une phase particulièrement stable pour le mode de développement de l’espèce humaine que nous connaissons aujourd’hui. La hausse des températures a permis une importante migration des populations vers le nord, qui devenait bien plus habitable.
De nombreux géologues estiment toutefois que l’Holocène s’est terminé vers 1950, lorsque les tests nucléaires ont dispersé dans l’atmosphère d’importantes quantités de particules radioactives. Cette époque est également marquée par une grande accélération de l’activité humaine dans un contexte économique de reconstruction, d’industrie performante et de modernisation de l’agriculture.
En août 2016, le Congrès international de géologie qui se tenait au Cap en Afrique du Sud a ainsi reçu la recommandation de prendre officiellement acte du commencement d’une nouvelle période géologique : l’Anthropocène.
Cette nouvelle époque se caractérise par l’avènement des humains comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques : l’Anthropocène, c’est l’âge des humains.
Les activités de l’Homo sapiens modifient la composition de l’atmosphère et la réchauffent à marche forcée, en chargeant l’environnement de nouvelles substances chimiques de synthèse qui se répandent. Le développement économique et social des activités humaines provoque le rejet d’éléments microplastiques à la surface de tous les océans du globe, érode la biodiversité et accélère la disparition d’espèces animales. Pour la première fois dans l’histoire de la Terre, ce sont ses habitants qui sont devenus les principaux moteurs des changements qui l’affectent.
Les scientifiques ont observé au cours de ces cinquante dernières années le déclin rapide des fonctions et des services de l’écosystème de la planète, en particulier sa capacité à réguler le climat sur le long terme dans les espaces habitables et cultivables.
L’espèce humaine doit désormais se préparer à rompre avec cet ancien modèle selon lequel les écosystèmes se comportent de façon linéaire, prévisible, sur lesquels l’homme peut maintenir son contrôle et exercer ses activités de développement. L’espèce humaine devient le principal facteur et déclencheur de changements au niveau planétaire.
L’étude scientifique menée par Johan Rockström, directeur du Stockholm Resilience Center de l’université de Stockholm, recense l’existence de neuf limites planétaires qui déterminent le cadre d’un espace sécurisé pour l’homme. Ce « terrain de jeu délimité » agirait comme garde-fou de l’activité humaine susceptible de provoquer des changements environnementaux non soutenables.
Parmi ces limites, le changement climatique, la réduction de l’ozone stratosphérique et l’acidification des océans pour lesquels les preuves de dépassement de seuils à grande échelle ont déjà été observées par les scientifiques, l’interférence dans les grands cycles de l’azote et du phosphore de la planète, les changements d’exploitation des sols, la consommation mondiale d’eau douce, le taux de diminution de la biodiversité. Sur ces neuf limites, deux paramètres n’ont pas été encore quantifiés : la pollution de l’air et la pollution chimique.
Plusieurs de ces « neuf limites » ont d’ores et déjà été dépassées, à l’exemple du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Dans cette étude, les scientifiques estiment ainsi que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur comprise entre 350 et 450 ppm (partie par million). Or, la teneur moyenne actuelle se situe au-dessus de 400 ppm.
Au-dessus du seuil de 450 ppm, les impacts toucheront l’ensemble du globe. Le maintien du réchauffement climatique sous la barre des 2 °C à l’horizon 2100 fixé par la communauté internationale à l’issue de la conférence sur le climat de Copenhague en 2009 présenterait, même atteint, des risques significatifs pour toutes les sociétés humaines.
L’érosion de la biodiversité semble également sans appel. Les biologistes estiment que le recul de la biodiversité animale annonce les prémices d’une sixième crise d’extinction biologique massive de la planète. La limite d’érosion de la diversité du vivant étant largement dépassée, se pose également la question de la capacité de réaction et de renforcement des systèmes naturels et biologiques.
Les systèmes biologiques et naturels ont des états stables multiples maintenus grâce à leur capacité de résilience, qui leur permet d’intégrer dans leur fonctionnement une perturbation, sans pour autant changer de structure qualitative.
Phénomène étroitement lié à la perte de biodiversité, le changement rapide d’usage des sols résulte d’une course économique aux terres arables. Les chercheurs fixent le seuil de conservation du couvert forestier dans les zones auparavant forestières à 75 %, alors qu’il n’est en moyenne aujourd’hui qu’à 60 %. Certains indicateurs demeurent toutefois au vert, comme l’utilisation d’eau douce, l’intégrité de la couche d’ozone, l’acidification des océans dont les indices sont en deçà des limites calculées par les chercheurs.
La Terre et le monde
Les périodes de l’histoire de la Terre et de celle de l’histoire de l’espèce ont aujourd’hui convergé. Cette collision de deux Histoires marque une rupture dans la relation qui unit les hommes à la Terre. Celle-ci était traditionnellement considérée comme un objet politique, le théâtre des interactions humaines, de leurs luttes de pouvoir et de leurs rapports de force. La Terre et le monde étaient deux réalités séparées : la première était régie par les lois des sciences naturelles, le second par les lois des sciences humaines et sociales.
Dans l’Anthropocène, la Terre ne peut plus être un objet politique : elle est un sujet politique. Et cette rupture oblige à penser une nouvelle géopolitique – les politiques de la Terre. En ce sens, l’Anthropocène ne marque pas seulement un changement d’époque géologique, mais aussi un changement de rapports de puissance et de système politique.
Les relations internationales tendent à ignorer les relations de dépendance de l’homme à la Terre.
La Terre, décor inerte dans lequel évoluait l’espèce humaine, se met actuellement en mouvement et chahute les rapports entre les États, entre les sociétés. Les relations internationales, construites autour des États, dont les modes de gouvernance se fondent sur des territoires définis et des régions découpées, tendent à ignorer les relations de dépendance de l’homme à la Terre. Or, la politique internationale, désormais, ne peut plus s’arrêter aux États et aux nations : elle doit devenir une politique globale, au sens propre du terme.
L’Anthropocène comme concept politique
Il est aussi possible de voir le concept d’Anthropocène comme une tentative de dépolitisation des sujets qu’il met en lumière, et des phénomènes qui en sont la cause. Le concept donne en effet l’illusion que tous les hommes, unis dans une œuvre commune de destruction, sont également responsables des transformations infligées à la planète.
En réalité, ces transformations sont l’œuvre d’une minorité. Pour ne prendre que le changement climatique, l’une des principales caractéristiques de l’Anthropocène, il convient de garder à l’esprit que 70 % des émissions de gaz à effet de serre, environ, sont produites par un milliard d’individus seulement – ce qui remet en perspective l’idée selon laquelle l’accroissement de la population mondiale serait la principale cause du changement climatique.
Plutôt que l’âge des humains, l’Anthropocène serait en fait mieux décrit comme un « oliganthropocène », l’âge de quelques hommes, pour reprendre une expression d’Eryk Swyngedouw. Si ces hommes sont en effet devenus les principaux acteurs des transformations de la Terre, la majorité des humains sont aussi devenus les victimes de ces transformations, plutôt que leurs agents.
Le défi du développement durable de l’espèce humaine tout entière dépasse celui du défi climatique.
En découle la nécessité de transformer notre système de gouvernance et de gestion des ressources. Il convient notamment de substituer aux notions d’efficacité et d’optimisation une approche plus flexible, plus adaptable, dans laquelle les systèmes environnementaux et sociaux se complètent et fonctionnent sur de même bases.
Ces crises peuvent toutefois mener à des opportunités, et les défis écologiques auxquels sera confrontée l’espèce humaine mettront en jeu sa capacité à construire de nouveaux modèles de gouvernance locale et à appliquer des politiques publiques et économiques de façon pérenne.
Cette transformation se fonde avant tout sur la création de partenariats de confiance, alliant l’action et le local, les innovations institutionnelles croisées et la remise au centre des acteurs locaux.
Ce nouveau défi auquel l’espèce humaine est confrontée, celui d’habiter le monde et d’y poursuivre son développement dans un espace peu sécurisé, ne pourra se penser sans la redéfinition d’une géopolitique de la Terre, au sens premier du terme.
Le défi du développement durable de l’espèce humaine tout entière dépasse celui du défi climatique, et amène à s’interroger sur le passage à une conception nouvelle du temps. Il s’agirait de rompre avec la tradition du « court terme » et de penser en « temps de longue durée » (Fernand Braudel), afin de sortir de notre vision du « temps historique » tel qu’il est pensé par l’homme, et pour l’homme seul.
De ce désordre planétaire doit sortir une nouvelle politique globale, qui dépasse les relations internationales et réinvente les concepts sur lesquels elles s’appuient : que veulent dire le territoire, les frontières ou la souveraineté à l’heure de l’Anthropocène ? C’est toute une Terre à inventer.
CET ARTICLE EST EXTRAIT DE
Le nouveau désordre international
Revue
Questions internationales - n° 85-86 - Mai-août 2017

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