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Crise après crise
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/03/2026
Crise après crise, rien ne change
J'avais regroupé dans la rubrique des "THEMES" les articles évoquant les périodes de crise. Certains articles ont plusieurs années. Il doit certainement en manquer. Je ne suis pas assez rigoureux dans mes archives. En mêmes temps, avec plus de 5000 articles, je m'y perds un peu.
Je pense en fait que les peuples ne veulent pas entrer dans la phase de deuil, ce deuil qui consisterait à reconnaître, à valider, à accepter que notre monde "moderne" est en soins palliatifs et qu'il serait temps, grandement temps, d'anticiper sur l'après. Car il y aura un après.
Cet article date de 2021.
Crise et processus de deuil
Par Thierry LEDRU
Le 07/02/2021
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Si je mets ce processus en ligne, c'est parce qu'à mon avis, c'est ce que l'humanité vit déjà et va connaître dans les décennies à venir au regard du paradigme consumériste et de croissance infinie. Nous sommes dans les premières phases, à des degrés divers, selon les individus.
"Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou ou un économiste". Kenneth Boulding (économiste américain (1910-1983)
Chacune de ces étapes peut être utilisée dans le cadre de la dégradation de la biodiversité, de toutes les atteintes à la vie, et elles sont aujourd'hui planétaires.
Tous ceux qui refusent de l'admettre contribuent en fait à l'accélération du processus. Ceux-là sont dans le "déni". Ils constituent le "moteur" de la croissance, un carburant dont se servent les instances dirigeantes. Je l'ai écrit maintes fois : les responsables ne sont pas à chercher en haut de la pyramide mais à sa base.
D'autres, ceux qui cherchent à savoir et refusent de se voiler la face, sont dans la phase de "choc".
D'autres sont entrés dans la "sidération".
Beaucoup, je l'ai dit, sont donc figés dans le "déni."
D'autres sont entrés dans le domaine de la "colère." Ceux-là agissent. Autant qu'ils le peuvent. Il ne s'agit pas de tout brûler et de prôner la guerre civile ou la révolution ou la pendaison de tous les instigateurs du "système". Nous sommes tous "le système" dès lors que nous n'avons conscience de rien.
La "résignation", la "dépression", on voit de plus en plus d'individus qui en sont frappés. Il ne s'agit pas de "dépression évènementielle" liée aux aléas de l'existence mais d'une dépression générée par un état des lieux planétaire. C'est ce qu'a vécu Greta Thunberg par exemple.
Il n'y a pas d'évolution planifiée et régulière mais des phases de retour puis des progressions. Comme des vagues, des flux et reflux mais la progression continue, chaotique pour certains, progressive pour d'autres. Ou inexistante pour beaucoup.
J'ai longtemps alterné entre les phases d'abattement et de colère.
J'ai le sentiment aujourd'hui d'être parvenu à ce fameux "fatalisme", le lâcher-prise, le fameux "agir dans le non-agir" asiatique qui permet de gérer les émotions. Et de construire.
Étapes du deuil
Les travaux d'Elisabeth Kübler-Ross font retenir cinq étapes d'un deuil.
Le choc ou la sidération
Le terme de sidération peut tout à fait convenir pour qualifier la réaction de la personne face à l'information. Selon les personnalités, cette réaction peut se traduire par une grande agitation ou une paralysie. C'est ce que nous nommons un choc.
Le déni
Ensuite, à ce premier état va s'ajouter le refus de croire l'information. Arguments et comportements de contestation, rejet de l'information apportée et vécue comme choquante. Une discussion intérieure ou/et extérieure peut porter sur la vraisemblance de l'évènement annoncé : - Ce n'est pas vrai, pas possible…
La description de ce moment est succincte, mais il ne faut pas croire que cette brièveté signifie que l'état n'est pas important. Il arrive que des personnes restent bloquées dans cet état… ou qu'elles y reviennent, comme dans un refuge. C'est ce que nous nommons le déni.
La colère
La personne est confrontée à la vérification entêtante de l'authenticité de l'information. Son état va se complexifier avec des attitudes de révolte, tournée vers soi et les autres. Les intensités sont variables, selon l'amplitude du système affectif de la personne. Dès lors, la pensée de la personne se nourrit de fortes contradictions. Elle peut passer de l'accusation à la plus grande considération. Emportée par des réactions paradoxales liées à son système de fonctionnement et à ses interactions, elle peut être entraînée dans le plus grand mutisme ou aller dans une volubilité incontrôlable. Elle vit de la même manière des sentiments de culpabilité. Elle intériorise ou / et exprime toutes sortes de critiques, de jugements.
La personne est dans des états hors de soi. Des pulsions de vengeance peuvent ainsi la pousser à avoir des comportements qu'elle ne comprend pas elle-même. Confrontée à l'impossibilité d'un retour à la situation dont elle doit faire le deuil, la personne vit avec incompréhension une répétitivité de la cause du deuil. Elle subit ses propres reproches, ses remords, ses ressentiments, des dégoûts, de la répulsion. Elle se bat et se débat. Elle peut agir de manière déroutante pour autrui. Tout en elle cherche à ne pas "plonger". Selon ses ressources, elle va agir en séduction ou en agression. Mais tout semble la ramener sur le sujet qui l'obsède. C'est la colère animée par une sorte de disque rayé et parfois une frénésie compensatoire pour contrecarrer l'éventuel sentiment de rejet ou de dévalorisation.
L'abattement, la tristesse jusqu'à la dépression
La tension violente que peut provoquer l'état de colère, entretenu malgré soi, peut engendrer un épuisement organique. Mêlant tout à la fois le choc initial, le déni et la colère, la personne peut en arriver à vivre un abattement, plus ou moins profond.
La personne subit un état de résistance à la soumission. Une guerre en soi, avec le sentiment déchirant d'une guerre perdue d'avance. Cet état peut aller jusqu'à la dépression, laquelle peut se caractériser par des douleurs physiques, maux de tête, de ventre, douleurs dans le dos, courbatures, ainsi que des attitudes et comportements suicidaires. Néanmoins, l'ensemble interagissant des états internes peut lui faire revivre les émotions et les comportements antérieurs. Elle devient ici particulièrement "difficile à vivre". Le plus souvent, elle est dans la fuite intérieure et parfois extérieure, avec des tentatives dispersées, imprévisibles, de recherche du retour - que nous pourrions désigner comme des régressions dans les divers états vécus depuis le début du processus. Cet état qui se développe pour arriver parfois à des points culminants de la dépression et de destruction peut être exprimé de manière paradoxale : dramatique en soi et non exprimé vis-à-vis des autres. Sa durée n'est pas liée à l'intensité des sentiments que la personne éprouvait pour le tiers. C'est au moins en tout cas un état de désespérance qui peut s'estomper, mais rarement disparaître soudainement.
La résignation
La résistance de l'organisme peut ensuite conduire la personne vers l'abandon de cette lutte au cours de laquelle elle peut avoir le sentiment d'avoir tout essayé pour revenir à la situation perdue. Elle peut parfois se réfugier dans l'étape du déni. C'est le cas de ces personnes qui mettent le couvert des personnes décédées (ou parties). Le plus souvent, suivant cette "boucle infernale", elle en arrive à un véritable abandon. Parfois dépressive, parfois redevenant sociable, la personne se laisse porter par le déroulement de la vie. Elle n'a aucune visibilité de ce qu'elle peut faire. Elle agit au gré des circonstances, selon ce à quoi la renvoie l'évènement auquel elle est confrontée. C'est la résignation. Mais cette résignation peut se composer de soumission ou de rejet.
L'acceptation fataliste
Le précédent état a provoqué une relative ouverture. Le caractère obsédant de la cause du deuil s'estompe. C'est la vie. L'heure est au fatalisme. Il arrive encore que la personne manifeste des états antérieurs. L'intensité est plus faible. Les périodes d'abattement sont moins longues. Elle conçoit quelques projets. C'est l'acceptation. Ce contexte interne est fortement entretenu dans nombre de cultures, avec la fatalité, l'attente du revers de la fortune, la volonté de dieu.
L'accueil ou la résilience
accueil - intégration de l'expérience, construction, anticipation, projection. La cause du deuil devient un souvenir.
Pourquoi n'est-il pas plus simple de bien prendre les choses tout de suite ? La question est vaine. Le passé est devenu un héritage d'existence, le présent se vit de manière relativisée et en fonction de projets et d'un regard agréable de l'existence. Ce qui était cause de souffrance est devenu une ressource en soi, apaisement, sourire, voire un "merci" d'expérience… Il s'est opéré une transformation qui n'a rien à voir avec la relativisation de l'étape précédente. Une transformation bénéfique, non un lissage d'expérience de vie. C'est l'étape nommée résilience, terme popularisé en France par l'éthologue Boris Cyrulnik.
Mais lorsque l'on ne connaît pas ce positionnement, il est inimaginable.
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Les engrais verts
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/03/2026
Sur l'intégralité de notre terrain, potager et verger, on place des "negrais verts", les fixateurs d'azote et bien évidemment, on récupère également notre urine pour "nourrir" le sol en plus du compost, du broyat, de la paille et du foin. Un sol doit toujours être "couvert". Rien ne se perd, tout se transforme. Des choses simples, efficaces, naturelles.
Flambée du prix des engrais : “Je ne suis pas du tout impacté par le contexte international”, nous explique cet agriculteur
Écrit par Catherine Lopes
Publié le11/03/2026 à 06h00
Temps de lecture : 6 min
Le blocage du détroit d’Ormuz engendre des perturbations sur le marché des engrais. En France, la hausse des prix des intrants inquiète les agriculteurs. Pour le moment, les agriculteurs bio ne sont pas touchés par ces fluctuations. Ils n’utilisent pas d’engrais azotés. Un céréalier du Puy-de-Dôme s’estime privilégié.
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Depuis les premières frappes israéliennes et américaines sur l’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, on a beaucoup parlé des conséquences sur le commerce du pétrole et du gaz. Un peu moins du marché des engrais. Le secteur agricole est aussi inquiet. Le marché des engrais, lié aux fournitures d’urée et d’ammoniac, est lui aussi touché par le contexte international. En effet, 33 % du commerce mondial transite par le détroit d’Ormuz. La majorité des engrais utilisés dans l’agriculture actuelle sont faits à base d’urée. Pour cela, il faut de l’ammoniac et pour l’obtenir, du méthane est nécessaire.
La production d’engrais se fait majoritairement dans le golfe persique, où l’accès au gaz naturel est moins cher. C’est pourquoi beaucoup d’usines de transformation du gaz se sont implantées dans la zone. Dès les premiers bombardements en Iran, l'urée, principal fertilisant utilisé, est passée de 505 à 580 euros la tonne. En France, les dirigeants de la FNSEA ont fait part de leurs craintes face à l’inflation des prix des engrais.
Pas d'engrais chimiques
Vincent Marrand, agriculteur bio à Gerzat, près de Clermont-Ferrand, au domaine de Villevaud, semble serein. Il produit du blé, de l'orge, du maïs, du tournesol, du soja, des féveroles, du lin, de la cameline, des pois chiches, des lentilles et du petit épeautre. Son exploitation fait 200 hectares. Il est passé au bio en 2020. Il raconte : “Je ne suis pas du tout impacté par le contexte international et le cours des engrais azotés, car je n’en utilise pas. J'ai fait le choix de passer en bio, pas pour cette raison, mais j'arrive à faire pousser mes céréales sans engrais chimiques”.
Il utilise la rotation des cultures comme moyen de substitution. L’agriculteur détaille comment il fonctionne : “Je place des légumineuses dans mes cultures, comme la féverole, le pois chiche, la lentille et la luzerne. Ce sont des plantes qui rejettent naturellement de l’azote dans le sol par leurs racines”.
Des économies réalisées
Vincent apporte également du fumier, qu’il échange contre de la paille de blé auprès d’un agriculteur de Sauxillanges. Il ajoute : “Je réalise aussi des économies par rapport à l’époque où j’étais en agriculture conventionnelle et où j’utilisais des engrais. Mais je n'ai pas le même modèle économique qu'un conventionnel qui ferait du blé avec de l'engrais. Je le fais en bio et je ne vise pas les mêmes rendements”. Vincent savoure les conséquences du choix de l’agriculture biologique : “Aujourd'hui, je n'ai pas le stress de savoir si j'ai acheté mon engrais au bon moment, si c'était le bon prix. Je ne suis pas embêté avec ça”.
Des conséquences en cascade
Bio 63 est une association de développement de l’agriculture biologique qui regroupe des producteurs, des personnes morales, des transformateurs, des magasins bio et des citoyens. Nathanaël Jacquart en est le coprésident. Il explique pourquoi son secteur est protégé de ces fluctuations internationales : “L’agriculture bio est un peu à l’abri. On est très peu dépendants de l’azote minéral, qui est l’azote issu du pétrole. L’azote minéral est interdit en agriculture biologique, dans le cahier des charges”.
Mais l’agriculture bio n’est pas totalement épargnée : “Toutes les autres sources d’azote sont liées à ces cours de l’azote minéral mondial. La demande initiale sur l’azote en agriculture conventionnelle peut se reporter sur les autres sources d’azote et peut faire mécaniquement monter les prix”. Le cours du fumier pourrait ainsi augmenter. “Il n'y a pas d'augmentation réelle pour l'instant, mais en tout cas, c'est le risque”, prévient Nathanaël Jacquart.
Le rôle des engrais verts
En agriculture biologique, les agriculteurs peuvent acheter du fumier à un voisin ou à d’autres producteurs proches. Par exemple, dans la plaine de la Limagne, il existe un système d’échanges. Les agriculteurs peuvent aussi utiliser du fumier déshydraté, acheté en sacs. D’après le coprésident de Bio63, le fumier épandu est à environ 16 euros la tonne. L’agriculture biologique dispose d’un autre levier, les engrais verts. Nathanaël Jacquart détaille comment cela fonctionne : “On sème de l'engrais vert, par exemple, en septembre. Ce sont différentes sortes de plantes, soit en mélange, soit pur : cela peut être une légumineuse ou des céréales, par exemple, mais qui ne vont pas être récoltées, mais qui vont être broyées, et réincorporées au sol”. Cela constitue une source de carbone, quand il s’agit de céréales. Quand il s’agit de légumineuses, ces dernières captent l’azote de l’air. Les agriculteurs bio misent beaucoup sur les rotations d’engrais verts positionnés entre deux cultures. Nathanaël Jacquart rappelle : “Avec cela, on est beaucoup plus indépendants de tous ces cours mondiaux. C’est une vraie force de l’agriculture biologique”.
Un argument de poids
Cette relative indépendance vis-à-vis des cours mondiaux peut constituer un argument qui permet de convertir des agriculteurs de passer à l’agriculture biologique. Nathanaël Jacquart insiste : “Cela pourrait être un élément déclencheur. Certains vont peut-être se dire que c’est le moment de sauter le pas”. En revanche, sur la question du GNR, gazole non routier, les agriculteurs bio ne sont pas épargnés. Le prix a quasiment doublé en quelques jours, passant de 800 euros les 1000 litres à 1400 euros. Dans un avenir proche, Vincent Marrand, agriculteur à Gerzat, se dit plus préoccupé par l’envolée du prix du GNR : “C'est vraiment le poste le plus inquiétant. Pour le moment, je le stocke dans des citernes mais d’après ce que j’ai compris, cela va augmenter”. Avec l’arrivée du printemps et le redémarrage des travaux des champs, cette hausse du prix du GNR va être ressentie encore plus durement.
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Approvisionnement en engrais chimiques
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/03/2026
Tous ceux et celles qui pratiquent la permaculture connaissent l'importance considérable des fixateurs d'azote... Cette crise met en avant l'usage immodéré des engrais chimiques et encore une fois, on peut commencer à parler d'une crise utile.
Comment la guerre au Moyen-Orient a fait exploser les prix des engrais et sème le chaos dans les champs
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Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz
France Télévisions
Publié le 21/03/2026 07:05
Temps de lecture : 7min
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Un agriculteur procède à l'épandage d'engrais dans un champs de colza, à Neuensien, en Allemagne, le 18 mai 2017. (JENS BUTTNER / AFP)
Du détroit d'Ormuz aux plaines céréalières de l'Hexagone, les impacts du conflit sur le prix du gaz – et donc des engrais – interrogent sur la dépendance de l'agriculture française aux engrais azotés de synthèse.
"Si le conflit au Moyen-Orient se poursuit jusqu'en juin, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë." Le directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations unies, Carl Skau, a sonné l'alerte mardi 17 mars. En raison de la hausse des prix de l'énergie, mais aussi des engrais produits en grande partie dans les pétromonarchies du Golfe, la faim dans le monde menace.
Qu'ils soient organiques (issus du fumier ou du lisier des élevages) ou synthétiques, les engrais azotés visent, en quelque sorte, à "nourrir notre nourriture". Les plantes cultivées à destination de l'alimentation humaine ou animale en ont toutes besoin pour se développer, fabriquer des protéines, etc. A l'exception des légumineuses, toutes puisent une partie de l'azote dont elles ont besoin dans les sols.
"Mais en général, cette offre du sol ne suffit pas pour obtenir des rendements élevés", explique Sylvain Pellerin, directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). "C'est pour ça que l'on complète cette offre du sol par des apports d'engrais." Or, la guerre qui enflamme le Moyen-Orient depuis le 28 février sème le chaos dans la production et l'exportation de cette précieuse ressource.
Une production énergivore
Pour produire des engrais de synthèse, il faut pouvoir fabriquer de l'ammoniac. Et pour pouvoir fabriquer de l'ammoniac ? Il faut du gaz. Beaucoup de gaz. "Pour fixer l'azote de l'air et le transformer en ammonium, le processus chimique est extrêmement énergivore", explique Alain Carpentier, chercheur à l'Inrae. Puisqu'il n'existe pas à ce jour de technologie mature pour produire des engrais de manière décarbonée, les pays qui disposent de grande quantité de gaz, comme les pétromonarchies du Golfe, l'Iran ou encore la Russie, dominent ce marché.
Jusqu'à 30% des engrais commercialisés transitent habituellement par le détroit d'Ormuz, estime l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture(Nouvelle fenêtre) (FAO). Mais avec la fermeture de ce passage stratégique depuis près de trois semaines et les frappes répétées (américaines, israéliennes ou iraniennes) contre les infrastructures pétrogazières du Moyen-Orient, il devient de plus en plus compliqué de se fournir, alerte l'agence onusienne.
Si certains pays sont capables d'assurer une partie de la production sur leur territoire – y compris la France, qui produisait en 2022 environ un tiers de ses besoins(Nouvelle fenêtre) – encore faut-il pouvoir importer du gaz pour faire tourner ces usines qui produisent ces engrais. En trois semaines de conflit, le prix du gaz naturel liquéfié a bondi de 35%.
"On estime que les prix mondiaux des engrais pourraient augmenter en moyenne de 15 à 20% au cours du premier semestre 2026 si la crise persiste."
L'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO)
dans une note datée du 15 mars
Selon une note(Nouvelle fenêtre) publiée par le cabinet Global Sovereign Advisory, "les pays qui produisent des engrais à partir de gaz importé du Golfe sont déjà contraints de réduire leur production (Pakistan, Inde, Bangladesh) ou de limiter leurs exportations afin de protéger leur marché intérieur (Chine)". Alors que s'ouvre la période des semis de printemps dans tout l'hémisphère nord, le gouvernement américain a pour sa part annoncé qu'il autorisait désormais l'importation d'engrais en provenance du Venezuela.
Plus de coûts ou moins de rendement ?
Tensions sur les marchés, hausse des prix... Si la crise venait à durer, tous les agriculteurs dont les cultures dépendent de ces intrants seront touchés, y compris ceux qui ne se fournissent pas au Moyen-Orient. Pour un céréalier ou un producteur de pommes de terre ou de betteraves, "les engrais représentent 30% des charges opérationnelles", a rappelé Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA, sur franceinfo. Selon lui, une multiplication par deux du prix des engrais azotés représenterait "une hausse qui peut avoisiner 15 à 20 000 euros [annuels] de plus par exploitation".
Heureusement, "plus de 80% des besoins en fertilisants pour la campagne agricole actuelle 2025-2026 ont déjà été couverts", rassure France Fertilisants, l'union des industries de la fertilisation, dans un communiqué(Nouvelle fenêtre). Pour ceux qui, comme Fabrice Berge, n'avaient pas encore fait le plein d'engrais, la facture est d'ores et déjà douloureuse. Pour sa parcelle de tournesols, ce céréalier de la Vienne rencontré par France 2 déplore un surcoût de 2 300 euros.
La veille, en Côte-d'Or, Driss Jacquet faisait le calcul : +12 000 euros pour son exploitation qui utilise chaque année environ 300 tonnes d'engrais. "Quand on a vu les prix partir à la hausse, on a décidé de sécuriser notre prix d'achat à 450 euros la tonne auprès de notre fournisseur, mais on avait déjà pris 40 euros par rapport à ce qu'on avait budgétisé", raconte le céréalier à France 3(Nouvelle fenêtre).
Les craintes concernent surtout l'année prochaine, assure Alain Carpentier. "En cas de forte hausse des prix, deux possibilités s'offrent aux agriculteurs : réduire la surface des cultures gourmandes en azote ou réduire les rendements", résume-t-il. Bref, produire moins.
"Un agriculteur qui vise un rendement de 9,5 tonnes de blé à l'hectare utilise à peu près 200-230 kg d'engrais à l'hectare. Si le prix est trop élevé par rapport à celui auquel il vendra son blé, ce sera trop cher d'aller chercher cette dernière tonne. Il préfèrera viser un rendement à 8,5 tonnes."
Alain Carpentier, chercheur à l'Inrae
à franceinfo
Là encore, le marché dictera la marche à suivre. Celui du gaz, mais aussi celui du maïs, du blé, de l'orge, etc. "Tout va dépendre du ratio entre le prix auquel ils peuvent acheter les engrais et celui auquel ils peuvent vendre leurs récoltes", note le chercheur.
Des alternatives à développer
Agriculteur dans le Puy-de-Dôme, Vincent Marand ne se préoccupe plus du prix des engrais azotés de synthèse. "J'ai fait le choix de passer en bio, pas pour cette raison, mais j'arrive à faire pousser mes céréales sans engrais chimiques", confie-il à France 3(Nouvelle fenêtre).
"Je place des légumineuses dans mes cultures, comme la féverole, le pois chiche, la lentille et la luzerne. Ces plantes rejettent naturellement de l'azote dans le sol par leurs racines."
Vincent Marand, agriculteur bio
à France 3
S'il vise des rendements moindres que ses confrères qui travaillent de manière conventionnelle, il assure s'y retrouver avec cet autre modèle économique. Surtout en ces temps troublés. En 2022 déjà, la hausse du prix du gaz à cause de la guerre en Ukraine avait fait exploser le prix des engrais azotés de synthèse.
"Contrairement au pétrole, le secteur des engrais ne dispose pas de réserves stratégiques coordonnées à l'échelle internationale", rappelle ainsi la FAO. Pour faire face à ces chocs, la "Ferme France" doit "réfléchir à ce qu'elle peut faire pour réduire sa demande en engrais", estime Alain Carpentier. A commencer par "développer la production de légumineuses". Ces cultures (comme le soja, les lentilles, le pois...) ne nécessitent pas d'engrais et contribuent à fixer l'azote dans le sol. Mais dans un pays qui a fait le choix de l'élevage et des céréales, elles restent "peu valorisées sur les marchés" et "manquent encore de débouchés", constate Lucile Rogissart, spécialiste de la transition agricole à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE).
Une autre solution serait d'optimiser l'utilisation des engrais organiques, en rapprochant les animaux des cultures alors que "les élevages sont de plus en plus concentrés territorialement". Les spécialistes évoquent encore d'autres possibilités pour l'avenir, plus ou moins simples à mettre en place, coûteuses, ambitieuses ou abouties. Parmi celles-ci : manger des lentilles plus souvent (et surtout moins de protéines animales), construire des "pipelines à lisiers" pour transporter les engrais organiques entre les territoires, favoriser la production d'engrais au sein de l'UE à travers le mécanisme de marché carbone ou valoriser l'urine humaine comme fertilisant.
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Approvisionnement en hélium
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/03/2026
Le détroit d'Ormuz, ça ne concerne pas que le pétrole.
Le téléphone de Donald doit beaucoup sonner.
"Samsung et SK Hynix sont en alerte maximale.
Plus d'hélium. Plus de semi-conducteurs. Plus de téléphones. Plus d'IA. Plus d'avenir.
Les navires transportant de l'hélium ont cessé de circuler dans le Golfe.
Voici comment tout bascule, étape par étape :
1- L’hélium est utilisé pour refroidir les équipements de fabrication de semi-conducteurs.
2- Sans lui, les usines de semi-conducteurs sont à l’arrêt.
3- Il n’existe aucun substitut à l’hélium dans ce processus.
4- La plupart des navires transportant de l’hélium via le Golfe sont désormais menacés.
5- La Corée du Sud produit 60 % des puces mémoire mondiales.
6- Samsung et SK Hynix fournissent Apple, Nvidia, Tesla et toutes les entreprises d’IA du monde.
Et maintenant, observez l’effet domino :
1- Les livraisons d’hélium s’interrompent.
3- La production des usines de semi-conducteurs ralentit en quelques jours.
4- Nvidia ne trouve plus de puces mémoire.
5- Les centres de données d’IA ne trouvent plus de GPU.
6- Apple ne peut plus fabriquer d’iPhones.
7- Tesla ne peut plus fabriquer de voitures.
8- Tous les serveurs cloud, tous les ordinateurs portables, tous les appareils intelligents sont retardés.
9- L’industrie des semi-conducteurs, un secteur de 600 milliards de dollars, est paralysée.
Et il ne s'agit pas seulement d'hélium. Il y a aussi du néon, du palladium, et tous les gaz rares qui transitent par le Golfe et la mer Rouge.
L'Iran n'a pas eu besoin de tirer un seul missile sur une usine de semi-conducteurs.
Il lui a suffi de rendre les voies maritimes impraticables."
AfricaFoodResearch Review
Le blocus du détroit d'Ormuz réduit de 33% l'approvisionnement mondial en hélium, menaçant les fabricants de puces
Edgen Stock·Mar 10 2026, 02:17
https://www.edgen.tech/fr/news/stock/strait-of-hormuz-blockade-cuts-33-of-global-helium-supply-threatening-chipmakers
Points Clés
Un blocus du détroit d'Ormuz, provoqué par un conflit, a interrompu la production d'hélium au Qatar, déclenchant une grave crise d'approvisionnement pour l'industrie mondiale des semi-conducteurs. Cette perturbation supprime un tiers de l'approvisionnement mondial en hélium, un gaz essentiel pour le refroidissement des plaquettes de semi-conducteurs pendant la fabrication, exerçant une pression immense sur les principaux centres de production comme la Corée du Sud.
Choc d'approvisionnement mondial : Trois grandes installations d'hélium au Qatar ont cessé leurs opérations, retirant instantanément environ un tiers de l'approvisionnement mondial en hélium du marché.
Goulot d'étranglement des semi-conducteurs : L'industrie sud-coréenne des puces fait face à une perturbation critique, car elle s'approvisionne en 64,7% de ses importations d'hélium auprès du Qatar, exposant une vulnérabilité majeure de la chaîne d'approvisionnement.
Pressions sur les coûts imminentes : Bien que les entreprises utilisent les stocks existants, un conflit prolongé de plus de deux semaines pourrait créer des mois de chaos dans la chaîne d'approvisionnement, entraînant des augmentations de coûts significatives et des retards de production.

Le Qatar arrête sa production, 33% de l'approvisionnement mondial en hélium supprimé
Un conflit en Iran a déclenché un blocus du détroit d'Ormuz, forçant le Qatar à fermer ses trois installations de production d'hélium. Cette mesure a brusquement réduit l'approvisionnement mondial en hélium d'environ un tiers, provoquant des ondes de choc dans les industries dépendantes de ce gaz critique. L'hélium est un composant irremplaçable dans la fabrication de semi-conducteurs, où il est utilisé pour le refroidissement des plaquettes. Ce choc d'approvisionnement, combiné à une flambée des prix du pétrole à 111 dollars le baril, soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'augmentation des coûts de production et à la stabilité opérationnelle pour l'ensemble du secteur technologique.
Le secteur des puces sud-coréen confronté à une perturbation de 64,7% de son approvisionnement
La crise représente une menace directe pour la formidable industrie sud-coréenne des semi-conducteurs. Selon la Korea Trade Association, le pays a importé 64,7% de son hélium du Qatar en 2025, ce qui le rend exceptionnellement vulnérable à la fermeture qatarienne. Le blocus a coupé la principale voie maritime pour ces expéditions. Cet événement met également en évidence les risques de concentration de la chaîne d'approvisionnement de la région, car la Corée du Sud dépend également d'Israël pour 97,5% de ses importations de brome, un autre matériau clé pour la gravure des puces. Bien que l'approvisionnement en brome ne soit pas encore affecté, la pénurie d'hélium expose la fragilité de l'approvisionnement en matériaux critiques provenant de zones géopolitiquement sensibles.
Les entreprises puisent dans leurs stocks alors que les coûts à long terme augmentent
En réponse à cette pénurie soudaine, de grands fabricants comme SK Hynix s'appuient sur les stocks d'hélium existants et recherchent activement des fournisseurs alternatifs pour atténuer les perturbations immédiates. Cela offre un amortisseur à court terme, mais ce n'est pas une solution durable. Les analystes avertissent que si le conflit et le blocus qui en résulte persistent pendant plus de deux semaines, le chaos qui en découlera pourrait prendre des mois à se résoudre. Les entreprises seraient confrontées à des coûts d'approvisionnement croissants et à des délais de livraison prolongés, même si elles peuvent se tourner vers de nouveaux fournisseurs validés. Une crise prolongée risque de retarder les investissements dans les centres de données et pourrait même entraîner des fermetures d'usines mondiales.
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ARTE : Guerre en Iran : va-t-on vers un choc énergétique mondial ?
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/03/2026
Des gens compétents qui savent de quoi ils parlent.
Quant à Trump, il n'est pas mécontent de la hausse du prix du baril étant donné que les USA sont exportateurs...Il faudra que les marchés financiers se décident à montrer leur mécontentement, non pas les entreprises pétrolières mais toutes les autres. Une guerre, aujourd'hui encore plus qu'autrefois, c'est d'abord et avant tout un problème d'argent, de beaucoup d'argent.
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La stagflation
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/03/2026
On se souvient tous de l'inflation déclenchée par la guerre en Ukraine.
Certains économistes commencent à parler d'une éventuelle stagflation au regard de l'enlisement éventuel du conflit USA-Israël-Iran.
On sait tous que le pétrole est une denrée indispensable à nos économies.
Un pétrole cher ajouté à un ralentissement du commerce mondial en raison du blocus sur le détroit d'Ormuz, à l'extension du conflit sur des pays considérés jusqu'ici comme des zones privilégiées (Dubaï, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Koweit, etc ...), c'est le mélange détonnant pour que se mette en place une stagflation généralisée et par conséquent, ici, en France.
Qu'est-ce que la stagflation ?
Dernière modification : 10 mai 2023
Temps de lecture 3 minutes
L’essentiel
La stagflation décrit une situation dans laquelle l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle.
La stagflation est un phénomène rare. Stricto sensu, elle s'est produite seulement une fois, dans l'histoire économique récente, durant les années 1970, à la suite du premier choc pétrolier.
En détail
Le terme de "stagflation" est né de la contraction des mots stagnation et inflation : l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle. La stagflation s'accompagne souvent d'un taux de chômage élevé. Si le taux de croissance devient négatif, c'est-à-dire qu'il y a une chute du produit intérieur brut (PIB), on parle de "déclinflation" (ou slumflation).
La notion a été utilisée la première fois au milieu des années 1960 pour décrire la situation économique du Royaume-Uni. Elle a gagné de popularité au cours des années 1970, à la suite du premier choc pétrolier de 1973. Les prix du pétrole et d'autres matières premières montent en flèche, entraînant une forte accélération de l'inflation et un fort ralentissement de la croissance. Le "nouveau" phénomène économique se généralise à l'ensemble des pays industrialisés. Avec un taux de croissance à -1% en 1975 en France, le spectre de "déclinflation" a plané brièvement sur l'économie.
La stagflation est un phénomène très rare. Contrairement au boum et à la récession qui interviennent régulièrement lors de la succession des cycles économiques, elle reste exceptionnelle.
En 2023, avec la réapparition d'une forte inflation à la suite de la hausse des prix de l'énergie, le risque de stagflation est réapparu.
Le phénomène de stagflation est difficile à expliquer par la théorie économique car, en principe, les taux de croissance et d'inflation évoluent dans la même direction : en période de forte croissance, les prix augmentent et vice versa.
La stagflation pose également un problème à la théorie keynésienne classique qui suppose un arbitrage entre inflation et chômage (courbe de Philipps : l'augmentation de l'un provoque la baisse de l'autre).
La lutte contre la stagflation s'avère délicate. Relancer la croissance risque de stimuler encore plus l'inflation. Dans le même temps, lutter contre l'inflation via des politiques monétaire et budgétaire restrictives risque d'aggraver la chute de l'activité et augmenter le chômage.
La stagflation des années 1970 a ainsi contribué au basculement des politiques économiques dominées par un soutien à la demande vers des politiques de l'offre, des politiques expansionnistes vers des politiques de rigueur.
Dernières analyses du front...
"Donald Trump s'est retrouvé pris à son propre piège" : au Moyen-Orient, les Etats-Unis face au spectre d'une guerre sans fin contre l'Iran
Les objectifs du président américain ont plusieurs fois changé depuis le lancement de l'attaque contre la République islamique, le 28 février. Les experts interrogés par franceinfo imaginent un enlisement durable du conflit, avec de possibles conséquences délétères.
Consulter le Dossier : Tout comprendre à la guerre au Moyen-Orient
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Article rédigé par Fabien Jannic-Cherbonnel
France Télévisions
Publié le 12/03/2026 05:48
Temps de lecture : 8min
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Un incendie touchant un dépôt de pétrole après une frappe, à Téhéran (Iran) le 7 mars 2026. (NEGAR / MIDDLE EAST IMAGES / AFP)
Combien de temps durera encore la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran ? Washington semble bien en peine de répondre à la question. Interrogé, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, s'est ainsi refusé mardi 10 mars à toute précision : "Ce n'est pas à moi de dire si c'est le début, le milieu ou la fin." La veille, Donald Trump avait affirmé que la guerre était "quasiment" terminée. Quelques jours plus tôt, le président américain parlait pourtant d'une guerre de "quatre semaines". "Nous ne voulons pas partir avant l'heure, n'est-ce pas ? Nous devons finir le boulot, non ?", a-t-il encore lancé, mercredi, pendant un meeting à Hebron, dans le Kentucky.
Les objectifs mouvants des Etats-Unis n'aident pas à y voir plus clair. Donald Trump a multiplié les déclarations contradictoires, assurant tour à tour vouloir mettre fin au programme nucléaire iranien, éradiquer les capacités balistiques du pays, aboutir à un changement de régime, ou encore contrer une menace imminente. "Les choses semblent échapper à Donald Trump, qui a voulu dupliquer le modèle de la guerre des douze jours contre l'Iran [en juin 2025], sans avoir les mêmes cartes en main", analyse auprès de franceinfo Sylvain Gaillaud, chercheur en histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le spécialiste de l'Iran estime le chef d'Etat américain "y est allé à l'instinct", pensant "que le régime iranien, affaibli, allait s'effondrer" après la mort du guide suprême, Ali Khomeini, et plusieurs dirigeants iraniens dès le premier jour du conflit, le 28 février. Or la République islamiste résiste, et a déjà désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau leader.
La Maison Blanche et les fantômes du passé
"Il y a un manque total de préparation de l'administration américaine, on a pu l'observer avec le rapatriement des ressortissants, qui n'avait pas été anticipé", estime également Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United States. Washington fait face "à un risque d'enlisement" en Iran, qui a touché "de nombreux présidents américains" au Moyen-Orient, ajoute l'experte. La guerre en Irak, décidée par George W. Bush en 2003, a ainsi duré près de huit ans et a déstabilisé la région pour deux décennies, causant la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. La décision américaine d'intervenir en Afghanistan pour chasser les talibans, après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a finalement mené à leur retour au pouvoir, par la force, en 2021. Bien conscient de cet historique, Donald Trump avait promis de "ne pas démarrer de guerre" lors de la dernière campagne pour la présidentielle.
Entre-temps, "Donald Trump s'est retrouvé pris à son propre piège, avec une surenchère rhétorique sur les négociations, pour finir par s'aligner sur les objectifs d'Israël, qui sont la fin du régime iranien", souligne Sylvain Gaillaud. Mardi, le Premier ministre de l'Etat hébreu, Benyamin Nétanyahou, a ainsi affirmé ne pas "pas encore terminé" avec son ennemi. En face, "l'Iran ne cherche pas de victoire militaire immédiate" mais veut "garder la face le plus longtemps possible", notamment en élargissant la guerre au Liban ou aux pays du Golfe, expliquait le 2 mars à France Culture(Nouvelle fenêtre) Julia Tomasso, spécialiste de la région à l'Institut de relations internationales et stratégiques. L'objectif : installer une guerre d'usure.
Les prix de l'énergie scrutés
Cette perspective inquiète le reste du monde, notamment sur le plan économique. Le prix du baril de pétrole a frôlé les 120 dollars en début de semaine, avant de redescendre. Mais le blocage du détroit d'Ormuz, contrôlé de facto par le pouvoir iranien et par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, fait craindre une flambée durable du coût de l'énergie. La Commission européenne a mis en garde(Nouvelle fenêtre) lundi contre un "choc stagflationniste majeur", soit une forte inflation combinée à une absence de croissance, capable d'ébranler l'économie mondiale.
Les Etats-Unis ont laissé entendre qu'ils pourraient escorter les pétroliers transitant dans le détroit. Mais la promesse est jugée irréaliste par les spécialistes, alors que Téhéran laisse entendre qu'il pourrait miner le passage. Mercredi, plusieurs navires se trouvant dans la zone ont été touchés par des "projectiles inconnus", provoquant un incendie à bord de l'un d'eux, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO. Dans le même temps, la production d'hydrocarbures par les pays du Golfe tourne au ralenti. La raffinerie de Ruwais aux Emirats arabes unis, l'une des plus grandes au monde, a ainsi suspendu son activité mardi après une attaque de drone.
"Aucune unité nationale" pour Donald Trump
Plus largement, le conflit risque de déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient. "Les pays du Golfe voient d'un très mauvais œil ce conflit, analyse Sylvain Gaillaud. La disparition du régime iranien ne suscitera la détresse de personne, mais la question est de savoir ce qu'il y a après, de trouver un substitut qui donne de la stabilité régionale." Un enlisement du conflit poserait aussi la question "de la crédibilité et validité des garanties de sécurité américaine" pour les Etats de la région, dont certains sont des alliés de Washington, comme un écho aux questionnements européens après l'épisode groenlandais.
"Les pays du Golfe se sont construits comme des îlots de stabilité et de richesse. S'ils ne sont plus correctement protégés, cela deviendra très compliqué pour eux."
Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United States
à franceinfo
Du côté des Etats-Unis, se pose par ailleurs la question de l'opinion publique, alors que plusieurs soldats américains ont perdu leur vie depuis le début du conflit. Seuls 29% des Américains approuvent l'opération en Iran, selon un sondage Ipsos(Nouvelle fenêtre) publié lundi. "L'unité nationale sur ce sujet n'existe pas aux Etats-Unis, contrairement à ce qu'il se passe en Israël", souligne Tara Varma. La guerre pourrait réduire les chances des candidats républicains aux élections de mi-mandat, prévues en novembre, déjà traditionnellement défavorables au pouvoir en place. "Une victoire des démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat redonnerait au Congrès son rôle de contre-pouvoir", rappelle la spécialiste.
Mais arrêter la guerre pourrait s'avérer compliqué. "Le problème est que les deux parties sont actuellement déterminées à ne pas céder en premier", estime sur X(Nouvelle fenêtre) la chercheuse Kelly Grieco, spécialiste de la politique étrangère américaine au centre Stimson, basé à Washington. "Un camp augmente le coût [d'une possible fin] du conflit, puis l'autre en fait de même à son tour. Trouver une porte de sortie devient alors à chaque fois de plus en plus difficile. C'est ça le danger", ajoute-t-elle.
"Il est difficile de trouver un scénario dans lequel Donald Trump pourra dire : 'J'ai obtenu ce que je souhaitais", résume Sylvain Gaillaud. La suite du conflit dépendra aussi de l'attitude du gouvernement israélien et de sa stratégie jusqu'au-boutiste. Donald Trump parviendra-t-il à imposer une fin des hostilités à son allié ? "Il est en tout cas tout à fait possible qu'il décide de se désengager de manière abrupte de cette guerre", estime Tara Varma, tant les décisions du chef d'Etat américain sont imprévisibles. Mais même si la guerre s'arrêtait demain, elle laisserait "d'importants dégâts et une situation très instable dans la région", prévient l'experte.
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Restaurer les haies
- Par Thierry LEDRU
- Le 11/03/2026

L'aubépine pousse dans presque toutes les haies de France, et pourtant rares sont ceux qui savent qu'elle servait autrefois de clôture vivante bien avant l'invention du fil barbelé. Nos campagnes regorgent d'arbustes natifs dont les rôles écologiques et les usages anciens sont tombés dans l'oubli
Aubépine (Crataegus monogyna) : reine des haies bocagères, elle nourrit plus de 150 espèces d'insectes et ses baies tiennent tout l'hiver pour les grives et les merles.
Prunellier (Prunus spinosa) : premier arbuste à fleurir en fin d'hiver, ses épines protègent les nids des prédateurs. Ses prunelles servent à préparer le vin d'épine.
Sureau noir (Sambucus nigra) : chaque partie a un usage — fleurs en beignets, baies en sirop, bois creux pour les sifflets. Les anciens l'appelaient la pharmacie du pauvre.
Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) : ses rameaux rouges illuminent les haies en hiver. Son bois, parmi les plus durs d'Europe, servait à fabriquer des manches et des flèches.
Troène commun (Ligustrum vulgare) : arbuste des lisières calcaires, ses fleurs parfumées en juin attirent une diversité de pollinisateurs difficile à égaler.
Viorne obier (Viburnum opulus) : spectaculaire en automne avec ses grappes rouge translucide, elle pousse en sol frais et nourrit les fauvettes dès septembre.
Fusain d'Europe (Euonymus europaeus) : ses fruits roses éclatants cachent des graines orange vif. Toxiques pour l'homme, elles sont indispensables aux rouges-gorges en migration.
Noisetier commun (Corylus avellana) : ses chatons apparaissent dès janvier, première source de pollen pour les abeilles en sortie d'hivernage. Ses branches souples servaient en vannerie.
Bourdaine (Frangula alnus) : discrète et méconnue, elle est pourtant la plante hôte exclusive du citron de Provence, un papillon jaune emblématique.
Genêt à balais (Cytisus scoparius) : colonisateur des terres pauvres, il fixe l'azote et prépare le sol pour les espèces forestières qui lui succéderont.
Églantier (Rosa canina) : ancêtre sauvage de nos rosiers, ses cynorrhodons contiennent vingt fois plus de vitamine C que l'orange. Les confitures d'églantine restent une spécialité régionale.
Nerprun purgatif (Rhamnus cathartica) : arbuste des coteaux secs, il produit un colorant vert utilisé par les enlumineurs du Moyen Âge et reste un refuge pour les insectes auxiliaires.
Ces arbustes forment le maillage invisible qui tient nos paysages ensemble — corridors pour la faune, brise-vent pour les cultures, garde-manger pour les pollinisateurs. Replanter une haie d'espèces locales, c'est restaurer un patrimoine vivant que trois générations de remembrement ont failli effacer.
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Une fois la tempête passée
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/03/2026
« Je ne sais pas quelles seront les armes de la Troisième Guerre mondiale, mais celle de la quatrième seront des pierres et des bâtons. »
Albert EINSTEIN
On sait tous que la folie humaine rend possible l'éclatement d'une troisième guerre mondiale. Le nier relèverait d'un déni aux conséquences fâcheuses. Nous savons aujourd'hui quelles en seraient les armes. Missiles et drones et éventuellement le recours fatal à l'arme nucléaire. Et dans cette hypothèse, il est clair que le retour à l'âge préhistorique est envisageable, pour ceux et celles qui auraient survécu.
Ce qui est effrayant dans cette citation, c'est d'entendre le savant lancer l'hypothèse que ces survivants porteraient toujours en eux, cette idée que la guerre est une chose juste, justifiable, que les gains à saisir sont plus importants que les pertes à subir, que rien de bon n'aurait émergé dans l'esprit des survivants de la troisième guerre mondiale ou de leurs descendants, que l'Histoire est un éternel recommencement et que rien ne pourrait guérir l'humain de ses travers les plus profonds.
C'est justement l'inverse de cette idée que je cherche à développer dans le tome 4 de la dystopie en cours.
Voilà le texte en exergue :
«Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu’elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même. »
Haruki MURAKAMI