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"Faut-il manger les animaux?"
- Par Thierry LEDRU
- Le 31/10/2017
"Faut-il manger les animaux ?" Hugo Clément, journaliste de l'émission "Quotidien" a lu le livre de Jonathan Safran Foer. Une grande claque, qu'il résumait hier dans cette publication sur sa page Facebook.
Ce livre ("Faut-il manger les animaux ?" de Jonathan Safran Foer) est une grande claque dans la gueule. Pas de leçon de morale, simplement des faits et des chiffres sur la pêche et l'élevage industriel, exposés cliniquement.
En voici quelques-uns.
- L'élevage industriel participe + au réchauffement climatique que le secteur des transports (voitures, bateaux, avions et trains réunis).
- Un omnivore, qui mange viande et poisson, émet en moyenne 7 fois + de gaz à effet de serre qu'un végétarien.
- 99,9% des poulets de chair, 97% des poules pondeuses, 99% des dindes, 95% des porcs et 75% des bovins que nous mangeons sont issus de l'élevage industriel.
- Une poule pondeuse, qui à l'état naturel peut vivre jusqu'à 10 ans, est systématiquement tuée avant ses 1 an, car plus assez productive. L'industrie a calculé qu'il coûtait moins cher de les massacrer que de continuer à les nourrir et à les stocker puisqu'elles ne pondent plus assez.
- Un Américain mange en moyenne 21 000 animaux entiers (poulet, vache, lapin, etc.) durant son existence. 21 000.
- Le trajet moyen effectué par notre viande quotidienne est de 2500 kilomètres.
- Les scientifiques s'accordent aujourd'hui tous pour dire que les porcs sont des animaux aux capacités cognitives très développées. Ils sont capables d'empathie, d'aider d'autres porcs, d'apprendre, de jouer, de transmettre des savoirs à leur progéniture, d'ouvrir un loquet de leur enclos pour aller retrouver un mâle ou une femelle en chaleur puis de revenir dans cet enclos avant le lever du jour sans que l'éleveur ne s'en rende compte. Les porcs sont des êtres au moins aussi intelligents et sensibles que les chiens et les chats.
- Aujourd'hui, 684 000 poussins mâles de poules pondeuses vont être "détruits" aux Etats-Unis. Broyés vivants. Ou étouffés lentement dans des bacs en plastique. Pourquoi ? Parce qu'ils ne peuvent pas pondre. Aux yeux de l'industrie, ils sont "inutiles" et donc "détruits".
- 50 milliards de poulets sont abattus chaque année dans le monde. 50 000 000 000 de poulets qui "vivent" toute leur "vie" sur une surface équivalente ou inférieure à une feuille A4.
Extrait : "Sous la plupart des aspects, tous les élevages industriels de poulets, bien ou mal gérés, avec ou sans cages, sont fondamentalement identiques : tous les oiseaux proviennent de manipulation génétique à la Frankenstein, tous sont confinés, aucun ne profite de la brise ou de la chaleur du soleil, aucun n'est capable d'adopter l'ensemble (voire un seul) des comportements spécifiques à son espèce tels que construire un nid, se percher, explorer les alentours et former des unités sociales stables, la maladie est généralisée, la souffrance est toujours la règle, la mort est invariablement cruelle."- 80 à 90% des animaux marins ramenés à bord d'un navire pendant un chalutage de crevettes sont rejetés morts ou agonisants à la mer.
- Pour 500 grammes de crevettes, 13 kilos d'autres animaux marins sont tués inutilement et rejetés à la mer.
- Pour pêcher le thon, 145 autres espèces sont tuées et rejetées à la mer.
Je pourrais continuer toute la journée. Que vous mangiez de la viande, du poisson, beaucoup ou peu, que vous soyez végétarien ou vegan, lisez ce bouquin. C'est glaçant.
L'élevage industriel est une aberration écologique, éthique, sociale, et économique. Presque tout le monde le sait, mais beaucoup cherchent à l'oublier.
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Massage aimant
- Par Thierry LEDRU
- Le 30/10/2017

Une pratique véritablement enrichissante, pour soi et pour la vie du couple. Depuis six ans maintenant que nous partageons ces moments, chaque semaine, nous avons pu voir une étonnante évolution dans la qualité d'émission et de réception.
La Pleine Conscience est le point crucial du massage.
Le bénéficiaire du massage : Il ou elle aura pour tâche de visualiser assidûment les mouvements des mains et chaque zone parcourue, de s'extraire des tourments ou des simples pensées intrusives. Il s'agira d'établir un lien sensoriel constant entre les perceptions et leur saisissement. Ce "travail", peu à peu, au fil des semaines, des mois, des années...améliore considérablement la conscience de soi, corporellement mais également spirituellement. L'observation maintenue est un excercice qui deviendra un élément fondamental de l'individu, un besoin, une nourriture, une forme de vie entière. C'est bien évidemment également un lien émotionnel très puissant avec le partenaire de par les échanges d'énergies.
Cette quête de la Pleine Conscience durant le massage s'étend peu à peu à la vie quotidienne. C'est cela le plus émouvant. Comme si cet état de plénitude et d'absorption, de calme intérieur et de réceptivité parvenait à un certain niveau et devait s'étendre par manque de place ou qu'il finissait par s'infiltrer dans les carapaces de l'individu identifié. Dans le massage, il se crée un effacement profond de l'identité. C'est l'osmose entre le corps et l'esprit qui devient la "norme".
Le dispensateur du massage : Il peut paraître étrange de considérer que le masseur bénéficie lui aussi des bienfaits du massage et c'est pourtant éminemment le cas. Les énergies se "soignent" mutuellement et le masseur, qui a pour intention de prodiguer des bienfaits, se trouve par conséquent dans une "posture émotionnelle amoureuse", dans le sens où il œuvre au bonheur de l'être aimé. Cette énergie qu'il diffuse, par ses mains, s'installe dans un système commun, une boucle, un circuit interne qui relie les deux individus.
Le masseur est simultanément massé, non pas dans un contact matériel mais par l'entité éthérique créée par le massage conscient. Comme si l'énergie délivrée par le massage revenait en écho dans le corps du masseur. C'est de délivrer le corps de l'être aimé de toutes ses tensions quotidiennes qui génère le flux aimant qui enveloppe les deux partenaires.
Il nous arrive parfois, le lendemain d'un massage, de ne plus savoir qui a été massé et qui a été masseur...

On a vu se développer également une sensibilité profonde de chaque zone du corps : les articulations, le creux poplité, les chevilles, les oreilles, le crâne, les doigts, les aisselles… L’exploration par le massage implique une attention immédiate, non pas dans l’attente d’un soulagement mais juste dans le saisissement des contacts.
C’est là, bien évidemment, que cet enseignement de l’instant présent, vient s’adjoindre à la sexualité.
Tout comme dans le massage, il ne s’agit pas d’avoir une intention mais d’être dans l’attention. L’intention viserait l’orgasme et priverait l’individu du saisissement de chaque instant. L’attention, au contraire, reste impliquée dans cet instant et entraîne les deux individus dans un plaisir constant, un orgasme continu, non pas sur un plan génital mais bien davantage holistique. Un orgasme énergétiquement spirituel avant de devenir physique.
Là aussi, d’ailleurs, tout comme dans le massage où il arrive de ne plus savoir qui est masseur ou massé, les ressentis physiques dans les étreintes longues ne sont plus constamment sexués sur un plan organique, homme-femme mais s’étendent dans une dimension principalement énergétique. Les sensations de l’un et de l’autre s’échangent, comme dans une osmose du féminin et du masculin, une complétude retrouvée, une enveloppe dans une dimension de polarité magnétique, générant une aimantation parfaitement équilibrée.
Le massage intégral engendre bien évidemment une auscultation intérieure de son propre corps mais également de celui de l’autre. De masseur à massé, chaque individu part à l’aventure de territoires inconnus ou délaissés.
La sexualité se nourrira de cette cartographie sensorielle.
Cela ne signifie pas pour autant que les séances de massage doivent être conduites avec une intention érotique. Elles sont essentiellement un lien énergétique, un bien être à vivre pour soi, en soi, sans rien d’autre en tête.
L’attention est toujours le but et l’intention son adversaire.
Le plaisir du massage n’a pas besoin d’être sexualisé pour combler les individus. Le massage des zones érogènes ne sera rien d’autre qu’un massage. Les deux individus, tout entier, corps et âme, sensations et pensées, décideront de la suite.
Il viendra d’ailleurs un temps pour ceux et celles qui sauront se montrer assidus où le massage sera sexuel et la sexualité un massage puisque la corporéité grandissante des individus à travers la pleine conscience de l’attention englobera dans une entité nouvelle les corps et les âmes.
Il arrivera donc un moment où donner ou recevoir un massage deviendra aussi intense qu’une relation sexuée puisque tout ce qui s’éveillera dans ce flux puissant du partage sera nourri par l’amour : l’amour de l’autre, de soi et de la vie en soi et dans l’autre.
C’est un tout, un organisme énergétique, un placenta qui favorise la croissance commune des êtres.

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KUNDALINI : Evolution de l'écriture
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/10/2017
J'ai toujours rêvé d'une écriture qui ne s'adresserait pas qu'à l'intellect et je me souviens d'une lectrice de "Noirceur des cimes" qui me disait avoir attrapé froid en le lisant. J'en avais été très touché.
Ne serait-ce pas l'assurance d'une écriture totale ?
Atteindre les corps et les âmes et que le mental qui permet de lire ne soit plus qu'un système informatique incapable d'interférer sur la qualité de réception du texte, sans interprétation erronée, sans jugement ni limite.
Que l'émotion et même la sensation nourrissent la réflexion.
Sans émotion, la réflexion s'épuise bien souvent. Sans réflexion, l'émotion n'est qu'un emportement insoumis et fugace.
Je me souviens avoir véritablement souffert, physiquement, en lisant le récit du drame de la Face nord de l'Eiger. La mort de Toni Kurz...Suspendu à sa corde, épuisé, les mains gelées, à quelques mètres des sauveteurs qui ne parviendront jamais à l'atteindre.
J'avais eu mal au ventre...Un noeud brûlant.
J'avais seize ans.
J'ai cherché à comprendre alors les raisons de cette passion ultime de la haute montagne et je ne pouvais me libérer de ces interrogations étant donné la puissance des émotions éprouvées. Elles agissaient comme des braises inépuisables. Il fallait que je comprenne.
J'ai passé trente-neuf ans de ma vie à chercher cette capacité à diffuser l'émotion comme terreau de l'intellect.
"Vertiges, "Noirceur des cimes", Là-Haut", "À coeur ouvert", "Jusqu'au bout", "Les héros sont tous morts", "Les Égarés", "Jarwal le lutin"...
"Kundalini"
Et maintenant "Tous, sauf elle"... Avant d'écrire "Le désert des Barbares"...
Tous mes écrits oeuvrent à la même quête.
Toucher les corps pour atteindre les âmes.
Alors, je ne sais pas ce que ça donnera chez des lecteurs et lectrices mais, pour ma part, je pense avoir atteint ce que j'envisageais.
Et j'en suis très heureux.
Étrange aussi la puissance de cette intention, la détermination constante de parvenir à exprimer l'indicible, à vivre l'inconnu pour pouvoir le transcrire.
Dans 'Kundalini", puisque les deux protagonistes vivent une expérience de danse nue sous le ciel étoilé, j'ai voulu apprendre à laisser mon corps suivre les musiques que j'aime. J'ai dansé nu dehors. Les yeux ouverts à l'intérieur et les paupières closes. J'ai parcouru les fibres sur le tempo du sang, sans jamais me sentir ridicule alors qu'inévitablement, ma chorégraphie devait relever davantage du balourd empoté que de la grâce d'une libellule. Je m'en suis moqué, j'ai ri et j'ai demandé au monde de m'aider. Je n'ai pensé qu'à l'air autour de moi, qu'à la musique dans mon corps, qu'à la nature silencieuse comme un spectateur respectueux.
J'ai dansé sous la lune des arabesques intuitives et les mots des émotions, ensuite, dansaient en moi.
Je ne cherche pas à les contenir intellectuellement ou à leur imposer un ordre. Je ne veux pas d'un intellect réducteur.
Je veux écrire avec mon corps et que ma tête le suive.
KUNDALINI
Extrait :
"Le contact de l’air agité sur sa peau, entre ses cuisses, sur ses seins, dans son cou, sur ses mains, sur ses fesses, ce bonheur si doux du câlin, elle tournoya et fit jouer ses cheveux, les bras ouverts comme pour l’accueil d’un être aimé, un sourire à cœur déployé, paupières éteintes, les yeux retournés sur les espaces intérieurs, le pétillement de ses cellules, comme des bulles de limonade, le souffle affairé, respirations intensifiées, la musique dans sa tête, sous sa peau, dans ses fibres, un flux électrique qui l’irradiait et gonflait son énergie et le désir de tourner, de se cambrer, de se déhancher, de jouer avec son corps, de sentir poindre des chaleurs sensuelles, comme si l’air frissonnait contre sa peau, comme un amant invisible qui caresserait les territoires les plus secrets, elle s’efforça de se concentrer visuellement sur différentes zones, tous les sens affinés et en laissant le reste du corps s’étendre librement, mouvements d’épaules, flottements du bassin, les oscillations des fesses, les bascules latérales, rotations sur les chevilles, fléchissements des genoux, glissements des pieds sur la terre, des impulsions jaillissant de leurs antres, c’était comme une autopsie vivante, une capsule d’observation lancée dans les vaisseaux sanguins, une caméra mouvante reliée à son cerveau puis, peu à peu, elle se sentit réellement enlacée, enveloppée, comme insérée dans une matrice, enserrée dans les chaleurs, intégralement choyée, chaque fibre, la moindre parcelle de peau, caressée, effleurée, épanouie, ouverte, absorbant les tendresses sur son corps comme un air de jouvence, elle dansa à ne plus savoir qu’elle dansait, à ne plus être là sans jamais disparaître, et c’était comme une évaporation joyeuse dans un nuage stellaire, une dispersion moléculaire, la légèreté des rêves, une aura lumineuse qui vibrait sous les cieux, comme un parfum ondoyant, des volutes encensées de bonheur.
L’impression soudaine d’être un membre érigé dans un cocon féminin, de pénétrer l’air comme une verge dans un vagin, de caresser l’atmosphère comme une montagne en mouvance. L’image la stupéfia et elle l’accueillit comme un nectar, elle l’engloba sous ses paupières, l’ancra dans la mémoire de ses cellules, partout où elle devinait des points de contact, la douceur des parois utérines, la chaleur humide, le délice des frottements, elle effleurait l’air comme un pénis aimant.
Elle entendit dans l’obscurité de ses yeux fermés une accélération cardiaque, des percussions accompagnant la montée des violons, un synthétiseur s’amplifiant comme une érection sublime, une vague de plaisirs qui entraîna son corps dans des arabesques libres, l’impression d’une corolle ouverte buvant des lumières et les larmes coulèrent, les larmes chaudes des amours qui bouleversent, juste l’amour de tout, de là, de maintenant, de l’instant, l’amour des étoiles, l’amour de la Terre."

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De la dépendance à l'entraide
- Par Thierry LEDRU
- Le 03/09/2017

Les hommes dépendent les uns des autres. Chaque humain dispose de qualités, de talents, d'intelligence, de volonté et ces éléments et d'autres encore l'amènent à oeuvrer à des tâches précises, par choix ou par obligation, avec bonheur ou résignation.
Notre nourriture est produite par d'autres personnes, nos habits sont fabriqués par d'autres personnes, plusieurs artisans ont travaillé à la construction de notre maison ou de notre appartement, même chose pour la voiture, les médicaments, les livres, les meubles, les jouets, les appareils électroniques, les outils, il a fallu des milliers d'ouvriers pour construire les éléments des usines assemblées par d'autres milliers d'ouvriers, pour que d'autres milliers d'ouvriers fabriquent tous les produits consommables achetés par des milliers d'humains dépendants. Fourmilière humaine...
Il a donc fallu des inventeurs, des concepteurs, des architectes, des ingénieurs, des ouvriers. N’oublions pas les financiers qui tireront les plus gros bénéfices de tout ça, sans avoir jamais été confrontés physiquement à la réalité quotidienne de la fourmilière. Il existe dans le monde humain des castes qui vivent « hors sol », dans un espace où la réalité n’est que monétaire.
Les hommes dépendent les uns des autres sur un plan matériel mais également sur un plan affectif. Nous avons besoin d'aimer et d'être aimé. La solitude, qui ne serait pas un choix volontaire, est une épreuve. Nous avons besoin du bonheur partagé.
Nous avons donc sous les yeux un système qui encourage chaque individu, dès l'école, à trouver en quoi il saura se rendre si possible indispensable et au pire corvéable pour obtenir un salaire suffisant pour préserver la dépendance envers tous ses semblables. Il suffira de « cacher » cette dépendance sous des accumulations matérielles pour la rendre supportable. La course à « l’avoir » est le moteur des sociétés modernes.
Ce salaire, pour être obtenu, impose des contraintes horaires et une dépense d'énergie considérable, au point que chaque individu, à la fin de son temps de travail, n'a plus la moindre envie ni la force physique de chercher à s'extraire de cette dépendance systémique. Il cherchera par contre à augmenter son salaire afin de se consoler au regard du temps qui passe et de « l’importance » plus ou moins grande de ses capacités à profiter du système. On verra des individus se payer des séjours paradisiaques ou accumuler des biens matériels et d’autres s’enivrer émotionnellement de spectacles divers et variés ou se réjouir du dernier smartphone qui rend obsolète le précédent bien qu’il ait été considéré comme « absolument parfait » à sa mise sur le marché. L'achat supplémentaire compulsif qui viendra récompenser le salarié de son labeur est la continuation d’un système éducatif, familial tout autant que scolaire.
Il faut accumuler ce qui contribue à la reconnaissance sociale. Qu’il s’agisse d’un classement scolaire ou du niveau de salaire.
Il s'agit également d'accumuler pour compenser tout ce qui est spirituellement perdu. Il s'agit de s'enrichir pour cacher la misère intérieure des existences. Et s'il n'est pas possible de s'enrichir, l'individu se contentera de pis-aller. La société marchande regorge de trouvailles pour que chacun trouve son "bonheur"...
Il est clair que si le temps nécessaire à une quête spirituelle œuvrant à la résolution de certaines dépendances n'est pas disponible, alors rien de nouveau n'est envisageable.
Les individus qui ont réussi à libérer du temps et de l'énergie à l'exploitation d'un potager, à la construction de meubles, à la confection d'habits, à la découverte de la mécanique, à la disparition volontaire de dépendances matérielles ou comportementales insignifiantes mais hallucinogènes, ces individus découvrent la plupart du temps un nouvel élan vers l'autre, non pas dans le domaine de la dépendance reproduite mais dans celle de l'entraide.
On voit dans les éco-villages ou toute communauté solidaire, un retour vers des valeurs de partage et non de rentabilité.
Qu'en est-il dès lors de ce que l'enseignement doit procurer et dispenser, encourager et développer ?
La dépendance ou l'entraide ?
Les enfants dépendent de l'enseignant dont le rôle est de donner aux enfants tous les éléments nécessaires à leur développement jusqu'au jour où ils pourront se passer de l'enseignant lui-même et continuer pourtant à apprendre.
On peut dans une classe instaurer un climat de compétition et de comparaison, on peut instiller dans l’esprit des enfants les fondements mêmes du système matérialiste en encourageant la hiérarchie de l’avoir. « J’ai une meilleure note que toi. »
Le système salarial prend sa source dans ce fonctionnement.
L’enfant « performant » est reconnaissant envers l’enseignant puisque celui-ci contribue à son statut, à sa mise en valeur, puisque le « Maître » est le garant d’un système dans lequel l’enfant dispose d’une place privilégiée. Celui-là prend donc le chemin d’un cadre salarié, voire même d’un chef d’entreprise ou pire encore d’une voie politicienne.
L’enfant « en difficulté » est soit soumis, éteint, désabusé, dépressif même, soit il entre en rébellion à travers des comportements inadaptés, des formes détournées d’existence, des mises en valeur hors cadre. Celui-là prend le chemin de l’ouvrier malléable ou du syndicaliste contestataire.
Tout ça relève évidemment un peu de la caricature mais si on pouvait analyser le parcours scolaire des salariés, on trouverait certainement du vrai là-dedans.
Le problème, à mes yeux, relève du sens donné à l’enseignement et de la méthode appliquée selon l’objectif initial.
L’éducation scolaire doit-elle contribuer à pérenniser un système sociétal basé sur la hiérarchie et la dépendance ou doit-elle œuvrer à l’émergence d’une voie solidaire et communautaire, vers l’allègement des dépendances et l’effacement des normes hiérarchiques ?
Dans une classe, on peut instaurer un système d’entraide. C’est même le lieu et la situation la plus appropriée.
Il ne s’agit pas, prioritairement, de trouver individuellement la résolution d’un problème, quel qu’il soit, mais d’œuvrer, conjointement, à l’élaboration d’une solution, en usant de l’énergie et des dispositions de chacun. Il ne s’agit pas d’établir un classement du « meilleur participant » mais de lister les réponses les plus performantes. L’essentiel n’est pas d’identifier l’individu le plus actif mais de promouvoir l’activité de tous. Les compétences de tous au service d’une cause.
Qu’en est-il de l’enfant qui ne dispose pas des outils cognitifs nécessaires à une implication efficace ? Il lui revient la responsabilité de son engagement pour renforcer au mieux cette implication. Le maintien de sa motivation se nourrira de la bienveillance de tous, celle de l’enseignant comme celle des autres enfants. De toute façon, l’émergence de son potentiel ne peut être activée s’il est sous le coup de sa mésestime, de ses peurs, de ses désespoirs.
On pourrait opposer à cette volonté d’entraide le risque de brider les esprits les plus actifs ou les plus performants en termes cognitifs mais je pense que si les intelligences diverses étaient mises en commun, les menaces de déviances technocratiques seraient bien moindres et les mises en valeur exagérées des esprits intellectuels seraient atténuées par le bon sens des esprits manuels, de ceux qui œuvrent à l’application des pensées dans un registre de bon sens pour le bien général et non de reconnaissance individuelle.
Hiérarchiser les dispositions par un système de valeurs matérielles, c’est se priver des talents de l’ensemble.
Si on analyse aujourd’hui les métiers les plus fortement « récompensés », on n’y trouvera pas les éléments essentiels à la vie de la société, dans une optique d’équilibre mais des prises de pouvoir par des individus très bien organisés qui considèrent que seule la « pyramide sociale » doit être encouragée.
Si on enlève aux chirurgiens la présence active et attentive des infirmiers et infirmières, le patient meurt. Si on enlève le brancardier, le patient n’arrivera même pas au bloc. Si on enlève le pompier ou le SAMU, il mourra sur place.
Imaginons un chirurgien pris dans un accident de la circulation… Ses connaissances ne le sauveront pas si personne ne vient le chercher.
La valeur de l’acte n’est pas reconnue à sa juste valeur. C’est là tout le problème.
Il suffit d’ailleurs de s’informer sur les conditions de travail des pompiers …Et pourtant, le financier qui s’est enrichi sur les marchés boursiers aura besoin d’eux pour sauver sa luxueuse villa des flammes.
Il existe dans nos sociétés modernes des aberrations incompréhensibles.
Je suis convaincu que l’apparition d’une autre organisation est indispensable. Je suis convaincu que l’essoufflement des sociétés consuméristes et matérialistes est le signe précurseur d’une autre application des intelligences.
L’entraide en sera le pilier.
L’éducation scolaire en sera un des ciments.
La tâche est immense au regard des conditionnements.
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KUNDALINI (23)
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/08/2017

"KUNDALINI"
Il était assis au sommet du rocher lorsqu’elle revint.
« Reste là-haut, Sat. Ne fais pas de parade. Je n’en aurais pas besoin.
-Pourquoi ?
-Je veux monter vers toi et l’amour sera mon aimant. »Une voix déterminée, un visage embrasé.
Kundalini. Une certitude pour lui. Des effets inexplicables. Extension du champ des possibles. Maîtrise de son corps, forces décuplées, clairvoyance, lucidité là où la raison habituelle parlerait d’inconscience.
« Juste une chose. Si tu sens que tu vas tomber, tourne en l’air pour tomber dos au rocher et pouvoir rouler au sol en vidant tes poumons. Repère bien la position de la grosse pierre anguleuse derrière toi, c’est elle surtout qu’il faut éviter en cas de chute. »
Elle observa le terrain, minutieusement et sans se l’expliquer, dans une acceptation immédiate du phénomène, sa vision se mua en un découpage instantané de chaque détail, un assemblage de photographies englobant chaque pierre, un assemblage précis des pièces du puzzle, chaque ondulation de la zone de réception, l’épaisseur variable du tapis herbeux, elle analysa dans le même instant l’impact éventuel de son corps au sol, le mouvement de roulade avant, l’exacte position dans laquelle elle devait se trouver avant d’atterrir, la rotation de son corps dans le vide, tout était là, inscrit comme si elle l’avait déjà vécu.
Elle se tourna enfin vers la roche surplombante et scruta chaque aspérité, imagina chaque mouvement, anticipa chaque déplacement, dans une lecture qui relevait du décryptage, une radiographie géologique, la forme et la taille de chaque ancrage, la rugosité du grain, le positionnement idéal sur les divers appuis, tout était là, en elle, dans un saisissement fulgurant, une compréhension intuitive de chaque instant à venir. Elle ne savait pas où elle allait passer mais la roche le savait et elle l’écouterait.
Elle percevait distinctement l’énergie amoureuse de Sat, sa totale confiance. Elle le remercia intérieurement de ne pas l’alourdir par des pensées craintives et des émotions invalidantes.
Pourquoi choisissait-elle de compliquer l’épreuve, de refuser sa protection au sol, sa connaissance de la voie, tous les conseils qu’il pouvait prodiguer ?
Elle n’avait pas de réponse.
Sinon celle de son intuition. C’est ainsi que ça devait se passer.
Il n’était pas temps de chercher à comprendre.
La vie en elle bouillait d’énergie, un haut fourneau à plein régime et elle se réjouissait de pouvoir user de ce magma.
Elle remercia la roche d’accepter sa présence.Sat s’accroupit au sommet. Et il n’aurait su présager de la suite.
Il ne la quitta pas des yeux, dans une sidération contemplative.
Un enchaînement parfait de mouvements aériens, fluides, souples, d’une efficacité totale.
Elle joua de son corps avec une dextérité qui le subjugua, une concentration développée habituellement par des années de pratique assidue, une maîtrise mentale qui relevait de la perfection, il n’y eut aucune hésitation, aucune tension, pas la moindre marque de peur, pas le moindre trouble, juste une implication totale, libérée de toutes entraves, comme une évidence, il ne pouvait en être autrement. Les prises semblaient l’appeler et insuffler en elle le positionnement le plus favorable.
Le jour où il avait découvert ce bloc, il se souvenait avoir effectué plusieurs tentatives avant d’en trouver le seul itinéraire possible.
Maud voyait immédiatement ce qu’il n’avait pas vu, analysait à la perfection ce qu’il avait longuement travaillé, sentait spontanément le geste idéal.
Ce qu’il avait dû travailler, elle le découvrait dans une résolution divine.
Elle se redressa à ses côtés et l’intensité lumineuse de son regard le transperça.
Elle n’était pas là. Inatteignable dans les altitudes intérieures.
Une émotion suprême en elle, il en devinait le bouleversement.
Elle respira profondément comme si elle devait s’extraire d’une bulle et ses yeux redevinrent ceux de Maud.
Elle écarquilla les paupières, bougea le haut du visage, le tendit et le relâcha, plusieurs fois, puis elle frotta ses mains l’une contre l’autre, comme des rappels à soi, le retour d’une conscience mentale.« Je ne sais pas si tu réalises vraiment ce que tu viens de faire, mon amour ? »
L’expression finale la combla de bonheur et elle ignora la question. -
TOUS, SAUF ELLE : Ecriture à tiroirs.
- Par Thierry LEDRU
- Le 31/07/2017
Dans le roman en cours, TOUS, SAUF ELLE ( la suite de l'histoire : "Les héros sont tous morts") il va y avoir une flopée de personnages et c'est vraiment un critère inconnu pour moi...
"Vertiges" : trois personnages
"Là-Haut" une dizaine...
"Noirceurs des cimes" une dizaine...
"Jusqu'au bout" une dizaine...
"A cœur ouvert", une dizaine.
"Kundalini", une dizaine...
"Jarwal le lutin", une dizaine pour chaque tome
"Les héros sont tous morts" compte déjà plus de monde...Mais certains ne font qu'un bref passage
:)
Par contre, dans "Tous, sauf elle", après 22 pages d'écriture, je compte déjà 16 personnages !
J'en suis réduit à tenir un cahier et à prendre des notes...
Ce qui est complexe, c'est de construire un scénario à tiroirs dans un meuble immense... On peut penser que les tiroirs ne communiquent pas entre eux et que les éléments insérés n'ont aucun lien, aucun contact entre eux, d'un tiroir à un autre... Mais ce qui m'intéresse, c'est justement de créer une "brèche", un étroit passage par lequel, quelques éléments se retrouvent, parfois, dans une situation commune, de montrer qu'un événement apparemment particulier peut avoir de grandes incidences sur l'ensemble. C'est la théorie de "l'aile de papillon" et les battements effrénés de l'animal restent toujours susceptibles de déclencher une tornade, n'importe où...
Je m'intéresse aussi aux motivations de chacun. La vérité de l'un est le cauchemar de l'autre. Les incompréhensions s'élèvent lorsque l'intérêt de chacun est atteint. La notion de "bien et mal" est dès lors très fluctuante et particulièrement sujective. Tellement subjective que certains fomentent ce qui dépasse l'entendement sans aucun problème moral. Dès lors, quelle est la validité et la justesse de cette "morale"? Est-elle donc inévitablement contaminée par les intérêts ? Toute forme d'éducation, intellectuelle, religieuse, culturelle, porte en son sein une intention et la morale en est l'étendard. Les esprits sont fascinés par l'étendard ou le rejettent. C'est un paravent destiné à limiter les analyses...
Il suffit pour en avoir une idée de lire l'actualité avec un regard en biais, non pas frontalement au risque de rester figé sur l'annonce mais de chercher au-delà de l'événement ce qu'il contient d'intérêts, d'intentions, de programmations, d'objectifs...
Et là, il faut s'engager dans un recoupement très vaste, le plus vaste possible, tous les articles, tous les développements, tous les points de vue, toutes les analyses, sans jamais omettre l'origine de la source.
Cette fois, j'ai décidé de ne pas limiter la taille du meuble, ni le nombre de tiroirs, ni le nombre d'éléments qui s'y trouvent...
Tout sera lié...
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KUNDALINI (22)
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/07/2017
Dans le film "21 nuits avec Pattie", le personnage de Karin Viard est une femme qui raconte ses expériences sexuelles avec une joie communicative :) Elle jouit, s'extasie, bénit le sexe et la fougue des hommes tout comme leurs fragilités. Il n'y a aucune scène de sexe mais tout est raconté avec une telle euphorie que les images nous sautent aux yeux et c'est une mise en scène totalement visuelle à travers la littérature, les mots et le jeu de l'actrice.
C'est remarquablement bien fait.
Ces échanges entre Karin Viard, amante libertine et insatiable et Isabelle Carré, mariée, mère au foyer et sans désir, conduisent peu à peu cette femme, emplie de peurs et de retenue à se libérer de ses blocages. La nature, belle, sauvage, mystérieuse, induit des états de lâcher-prise, de confiance, d'exploration intérieure.
C'est là que je me suis retrouvé dans l'écriture de "KUNDALINI".
La nature génère la plénitude et cette plénitude est une invitation à l'exploration de l'espace intérieur.
Je ne pense pas que la vie urbaine soit favorable à ce cheminement parce qu'il n'existe pas de silence dans l'espace urbain, ni le silence extérieur, ni celui nécessaire à l'émergence du travail spirituel.
Le retour à la nature est un retour à soi et ce retour à soi est une invitation à la sensualité, à la sexualité, à la corporéité. Il existe dans la nature un "dénuement" social qui devient une invitation à la nudité, une nudité entière, non seulement physique mais émotionnelle, existentielle, spirituelle.
Se baigner nu dans un lac de montagne totalement isolé après des heures de montée n'a rien d'une baignade à l'océan après quelques minutes de marche et entouré de milliers d'individus agités et bruyants...Pour être réellement "nu", il faut être seul sinon la présence des autres vous "habille" du lien social et vous détourne de l'exploration intérieure.
Je ne suis jamais seul puisque je vais Là-Haut avec Nathalie mais comme nous sommes engagés dans une voie personnelle, au coeur du couple, l'autre n'est pas une entrave mais un accompagnamement bienveillant. Et notre solitude partagée en devient lumineuse.
C'est vraiment cette dimension de "nudité entière" que j'ai cherché à décrire dans "KUNDALINI" et c'est ce rapport révélateur avec la nature qui en est le fil conducteur.
Dans ce "dénuement extatique", l'individu découvre la liberté et c'est ce que raconte Karin Viard, avec ses mots, ses images, sa gouaille. Il n'y a plus rien de "cru" ou vulgaire, rien de pornographique mais simplement une totale liberté de paroles similaire à la liberté corporelle. Similaire également à cette sensation de bien-être générée par la nature. Il ne s'agit plus d'une nature "environnante" mais d'une nature intériorisée.
Isabelle Carré quand elle s'allonge sur le tapis de mousse et s'endort retrouve ce contact intime avec le soi intérieur. Comme une matrice.
La nature est un calice et s'y baigner est une bénédiction, un baptème sensuel, intégral, un produit révélateur dans une chambre close mais fabuleusement lumineuse.

KUNDALINI
XVII
Une longue mélopée répétitive, un synthétiseur comme une houle, des carillons discrets, un violon, un leitmotiv au piano, des pas cristallins.
Elle le regarda évoluer. Des arabesques lentes. Il se déplaçait comme un félin, un Maître en arts amoureux, les yeux noirs scintillants de joie. Elle aimait son visage. Elle aimait son corps tout entier.
Et elle redécouvrait, là, dans une contemplation immobile, le bonheur de se sentir belle devant cet homme qui l’avait aimé si divinement.
Cette énergie qui palpitait dans son corps.
Incompréhensible.
Elle aurait déjà dû dormir, effondrée, vidée, abattue par les assauts orgasmiques et elle devinait pourtant en elle des forces inconnues, des éclosions permanentes.
Elle le contemplait. Des risées de clarté lunaire habillaient sa peau mate, des reflets qui dansaient avec lui.
Il avait fermé les yeux et ondulait dans une série de mouvements répétés, imperceptibles ou plus appuyés, des gestes gracieux, un équilibre mouvant. En accord avec la musique, totalement intégré en elle, absorbé.
La fluidité de ses gestes la fascinait. Elle eut peur un instant de lui paraître ridicule, de ne pas savoir bouger comme lui.
Peur d’elle-même.
Elle repensa aux étreintes qu’elle venait de vivre. Elle n’aurait jamais su les concevoir, ni même les imaginer, ni même penser qu’elles étaient possibles. Et puisqu’elle avait basculé dans cette dimension inconnue qui l’irradiait de bonheur, il aurait été absurde de présager de la suite.
Elle abandonna les peurs dans un rire intérieur et entra dans le cercle.
Premiers pas, incertains, le corps trop rigide.
Elle n’avait pas dansé depuis des années. Laurent n’aimait pas ça. Elle se fustigea intérieurement. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu rester inerte et dépendante aussi longtemps. Combien de choses s’étaient-elles interdites ainsi ? Elle refusa le comptage et se concentra sur le rythme.
« Ne pas avoir peur des vagues. »
La voix de Sat en elle, comme un écho éternel.
Déplacements feutrés, hésitants, quelques instants d’incertitude, des regards vers son initiateur. Une gêne malgré ses yeux fermés, comme si sa présence suffisait à crisper son corps et elle sentait bien que c’était ridicule. Il avait vu d’elle ce qui ne se montre qu’aux gens qui vous aiment…C’était la femme ancienne qui se contractait, une femme bridée. Pas celle qui venait de jouir, pas celle qui avait goûté à ce plaisir ineffable de se découvrir. Elle savait ce qu’elle devait accomplir.
Se libérer des émotions anciennes.
Elle le savait. Entrer dans l’instant de l’équilibre des pierres. Le mental éteint, l’intuition aux manettes.
Laisser partir, ne rien attendre, ne rien vouloir, laisser partir.
Être là. Jusqu’à ne plus se regarder vivre soi-même mais devenir la vie en soi.
Danser, tourner, absorber la musique, elle aimait ces longues plages sonores, les battements lointains comme des cœurs apaisés.
Elle ouvrit la bouche quand son cœur accéléra. Danser, tourner, bouger, dans une totale absence aux autres, dans une totale présence à soi. Elle ferma les yeux.
Danser, danser…
Oublier les émotions figées, délaisser les entraves, se dénuder. Elle n’aurait jamais imaginé que la nudité puisse prendre une telle dimension. Elle se trouva ridicule d’avoir limité cette expérience à un scénario répété, limité, cartographié. Elle voulait désormais marcher nue dans les forêts, elle voulait jouir dans les tapis d’herbes, danser sous les étoiles, ouvrir son cœur, user de son corps, étendre son âme.
Elle voulait vivre, maintenant.
L’impression d’une âme ouvrant son cœur dans une gestuelle aimante.
Cœur, corps et âme. L’unité retrouvée, les trois Maîtres dans une danse commune.
L’impression d’une trinité divine, une présence.
Une présence déjà aperçue, effleurée, une vision éphémère.
Elle était là, tapie dans un recoin, un amour céleste, une énergie qui s’observe.
Laisser l’amour danser en elle.
Elle tourna sur elle-même dans une ronde hypnotique.
Le contact de l’air agité sur sa peau, entre ses cuisses, sur ses seins, dans son cou, sur ses mains, sur ses fesses, ce bonheur si doux du câlin, elle tournoya et fit jouer ses cheveux, les bras ouverts comme pour l’accueil d’un être aimé, un sourire à cœur déployé, paupières éteintes, les yeux retournés sur les espaces intérieurs, le pétillement de ses cellules, comme des bulles de limonade, le souffle affairé, respirations intensifiées, la musique dans sa tête, sous sa peau, dans ses fibres, un flux électrique qui l’irradiait et gonflait son énergie et le désir de tourner, de se cambrer, de se déhancher, de jouer avec son corps, de sentir poindre des chaleurs sensuelles, comme si l’air frissonnait contre sa peau, comme un amant invisible qui caresserait les territoires les plus secrets, elle s’efforça de se concentrer visuellement sur différentes zones, tous les sens affinés et en laissant le reste du corps s’étendre librement, mouvements d’épaules, flottements du bassin, les oscillations des fesses, les bascules latérales, rotations sur les chevilles, fléchissements des genoux, glissements des pieds sur la terre, des impulsions jaillissant de leurs antres, c’était comme une autopsie vivante, une capsule d’observation lancée dans les vaisseaux sanguins, une caméra mouvante reliée à son cerveau puis, peu à peu, elle se sentit réellement enlacée, enveloppée, comme insérée dans une matrice, enserrée dans les chaleurs, intégralement choyée, chaque fibre, la moindre parcelle de peau, caressée, effleurée, épanouie, ouverte, absorbant les tendresses sur son corps comme un air de jouvence, elle dansa à ne plus savoir qu’elle dansait, à ne plus être là sans jamais disparaître, et c’était comme une évaporation joyeuse dans un nuage stellaire, une dispersion moléculaire, la légèreté des rêves, une aura lumineuse qui vibrait sous les cieux, comme un parfum ondoyant, des volutes encensées de bonheur.
L’impression soudaine d’être un membre érigé dans un cocon féminin, de pénétrer l’air comme une verge dans un vagin, de caresser l’atmosphère comme une montagne en mouvance. L’image la stupéfia et elle l’accueillit comme un nectar, elle l’engloba sous ses paupières, l’ancra dans la mémoire de ses cellules, partout où elle devinait des points de contact, la douceur des parois utérines, la chaleur humide, le délice des frottements, elle effleurait l’air comme un pénis aimant.
Elle entendit dans l’obscurité de ses yeux fermés une accélération cardiaque, des percussions accompagnant la montée des violons, un synthétiseur s’amplifiant comme une érection sublime, une vague de plaisirs qui entraîna son corps dans des arabesques libres, l’impression d’une corolle ouverte buvant des lumières et les larmes coulèrent, les larmes chaudes des amours qui bouleversent, juste l’amour de tout, de là, de maintenant, de l’instant, l’amour des étoiles, l’amour de la Terre.
Les yeux fermés, il avait senti autour de lui des zébrures d’orages magnétiques, des ondes telluriques, des étincelles contre son enveloppe éthérique.
Il s’était arrêté.
Et maintenant, il la contemplait.
Elle dansait dans l’amour et son aura crépitait de plaisir.
Il ne dit rien.
Elle ondoyait lentement, le visage extasié, les bras soulevés par des courants intérieurs, bercés par les risées tièdes, envahie, envoûtée, libre dans l’air.
Il le savait. Elle était au-delà du connu. Au-delà des émotions antiques, projetée dans un instant suprême, une succession infinie de naissances, des mises à jour spirituelles, le déploiement intégral du réseau.
Il se sentit soudainement aspiré par le sillage idyllique qu’elle traçait dans l’espace, comme des foulards de soie qui l’invitaient aux caresses.
Il plongea dans le bain de particules.
À quelques centimètres de sa peau. Des effleurements suspendus, des frôlements sans matière, des haleines de cœur, des proximités d’auras. Il ouvrit ses mains et enlaça l’entité, sans aucun contact corporel, juste un accompagnement des bras autour du champ lumineux.
La musique s’apaisa comme une marée descendante, un retrait progressif, l’effacement des crêtes écumeuses.
Il l’accompagna sans révéler sa présence, attentif à ne même pas frôler ses bras, comme un reflet dansant dans un miroir.
Longuement, longuement…
Puis, il caressa l’entité invisible, cajolant amoureusement l’air de ses mains, lissant les creux et les arrondis, les doigts suivant les reliefs ondulés, comme des touches de piano, l’infime espace entre les peaux.
Il devinait dans le vide le satin moelleux de ses seins, la cambrure de ses reins, les arabesques lentes de ses mains, la plénitude de son visage. Elle frémissait contre lui sans le moindre contact.
Il en était stupéfait, encore une fois. Jamais, il n’avait rencontré un tel champ vibratoire, des fréquences aussi intenses.
Qui était-elle ? La question revenait en boucle.
Elle dansait comme une Déesse joyeuse, dans une liberté d’enfant.
Il ne la quittait pas des yeux.
C’est là qu’il sentit la poussée sanguine et son cœur battre plus fort que la musique. Une pression chaude dans sa verge, une montée de sève comme une avalanche inversée, des palpitations insoumises.
Gonflement.
Érection.
Stupéfaction.
Il se retira soudainement et sortit du cercle. Comme on s’éloigne d’un danger impalpable, d’une menace sans nom, la conscience soudaine que la maîtrise de la situation est une illusion.
Il n’était plus qu’un amas de limaille de fer capturée par un aimant improbable, une puissance inconnue, un trou noir sidéral.
Sa verge palpitait comme un cœur d’étoile.
Érection.
Stupéfaction.
Fascination.
Émerveillement.
Les désirs au-delà des savoirs, l’énergie de la vie comme un effaceur de mots, le chef d’orchestre qui pose sa baguette et enlace la musique avec son corps dénudé, l’âme envoûtée et le cœur en flammes.
Il la regarda danser.
Elle ouvrit les yeux enfin et tomba sur son visage. Elle devina dans la pénombre une fixité étrange.
Elle s’arrêta aussitôt.
« Qu’est-ce qu’il y a Sat ? Tu ne te sens pas bien ? »
Elle le rejoignit, une main sur le front, le corps fébrile, encore nourri de l’ivresse de l’absence.
Elle se posta devant lui et prit ses mains.
« Sat, qu’est-ce que tu as ?
-Rien de grave, j’ai dû tourner trop longtemps, j’ai eu un vertige mais c’est rien. Ne t’inquiète pas. »
Qui était-elle ?
La question revenait dans un mouvement perpétuel.
« Tu as aimé alors ?
-Oh, oui, j’ai adoré, je me sentais si bien.
-Qu’est-ce que tu as ressenti ?
-Comme si ça n’était plus moi. Oui, c’est ça, le plus fort. J’ai l’impression de découvrir une autre femme. »
Qui était-elle ?
Il ne pouvait s’en défaire. Elle ne se reconnaissait même pas. Il n’avait jamais perçu de telles vibrations, il ne pensait même pas cela possible.
« On va rentrer si tu veux bien. J’aimerais qu’on fasse un protocole précis, tous les deux.
-Je te suis. »
Il marcha devant elle et elle perçut dans son pas une étrange crispation, une raideur dans les fibres mais elle abandonna l’analyse sous les effets continus des arabesques de son corps dans le nuage d’étoiles, ce souvenir qui diffusait des parfums de rêves étranges, des instants de vie au-delà de l’existence, la divulgation inespérée d’une dimension aussi vaste que les cieux. Ce plaisir qui luisait en elle ne semblait plus pouvoir s’éteindre.
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L'espoir et le sens.
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/11/2016
« L'espoir ce n'est pas de croire que tout ira bien, mais de croire que les choses auront un sens ... » ~ Vaclav Havel
Personnellement, je préfère ne pas attendre que les choses aient un sens mais à m'attacher principalement aux choses auxquelles je peux donner un sens.Celles sur lesquelles je ne peux avoir aucune action n'ont donc à mes yeux aucun sens.
Mais les pensées sont-elles une action ? Lorsque je pense à un sujet précis, s'agit-il d'une action ?
Oui, si cette réflexion a un sens.
Mais alors, s'il survient des pensées insoumises, récurrentes, incontrôlables, des obsessions ou des angoisses, des espoirs infantiles, s'agit-il d'une action puisque ça n'a aucune direction intentionnelle, ni même aucun raison d'être et par conséquent aucun sens ?
Il existerait donc des états de conscience si faibles qu'ils réduiraient l'existence à un non-sens...
Comment est-ce possible ?
Et plus intriguant encore...Pourquoi ?
Pourquoi est-ce qu'un être doté de vie et d'un cerveau plus performant que tout ce qui est connu peut-il se contenter d'espoir ou de croyances ?
C'est possible quand l'humain ne donne pas de sens aux choses et "croit" que "quelqu'un" leur en donnera.
C'est la question de la responsabilité de soi.
"Quel est le sens que je donne à ma vie ?
La formulation a son importance. C'est dans cet engagement que l'espoir ou les croyances deviennent inutiles.
"L'avenir n'est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire."
Henri Bergson
