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Thierry LEDRU
Le 04/07/2026
La source est à sec.
Le potager survit péniblement. Les jeunes arbres souffrent le martyr.
On ne peut plus rien, nous sommes démunis.
Je pourrais poster des dizaines d'études, des constats, de tout ce qu'il faudrait engager à l'échelle de la planète toute entière et je sais que rien n'adviendra. Pour les gouvernants, la situation n'est pas encore assez grave et c'est effrayant de l'écrire. Ils nous parlent de climatisation, c'est à dire une méthode qui aggrave le problème général. Des fous.
Les services de pompiers alertent, les incendies ont démarré.
La mortalité chez les animaux ne peut même pas être comptabilisée. Celle des humains ne fait que commencer.
Les sécheresses sont générales sur le pays. Ici, dans "l'Ardèche verte", les champs sont grillés. Encore une ou deux semaines et on commencera à voir les feuillages jaunir dans les forêts.
Je n'ai pas envie d'écrire ici et je ne lis plus rien sur les réseaux sociaux. Quand je vois des smileys rigolards sur des articles climatiques, j'ai juste envie de tuer ces gens.
Je vais faire comme les arbres, entrer en "survie".
Qu'est-ce que le stress hydrique ?
Hêtre dépérissant - ©Lilian DUBAND/ONF
Un léger manque de pluie n'affecte pas les arbres. L’éponge que constitue le sol va leur permettre de bénéficier de l’eau emmagasinée lorsque les pluies ont été plus abondantes. Tant que la terre n'est pas trop asséchée, les arbres peuvent donc se développer sereinement.
En revanche, la situation se complique lorsque le manque de précipitations se prolonge et que le réservoir en eau du sol n’est plus rempli qu'à 40 % et moins. A ce stade, les arbres souffrent du manque d'eau, plus difficile à extraire par les racines, on peut alors parler de stress hydrique. Les gros et vieux arbres, qui ont besoin de plus d'eau que les jeunes, sont particulièrement touchés.
C’est ce qu’on constate quand les sécheresses se succèdent ou sont plus intenses. Les feuilles des arbres flétrissent, roussissent puis tombent pour leur permettre de faire des économies d’eau. Les fortes températures brûlent également les feuilles qui ne deviennent plus fonctionnelles et tombent.
Quand les arbres arrêtent de transpirer, l’humidité atmosphérique qui protège les feuilles des rayonnements du soleil disparaît. Les feuilles situées en plein soleil sont brûlées et tombent quand celles demeurées à l’ombre restent vertes .
Brigitte Musch, cheffe de département ressources génétiques forestières à l'ONF
Le manque d’eau, un risque réel pour les arbres
La défoliation précoce
Si les sécheresses se répètent ou se prolongent, lorsque chaleur et sécheresse se conjuguent, les arbres n’ayant plus d’eau à disposition dans le sol, ferment leurs stomates et se débarrassent de leurs feuilles pour limiter leur transpiration et leur respiration. Les moyens de défense en place les affaiblissent.
Avec une fermeture partielle des stomates voire une chute trop précoce des feuilles, les arbres se retrouvent alors "sous-alimenté en carbone" car ils ne peuvent plus faire suffisamment de photosynthèse et doivent puiser dans leurs réserves. Or, ils ont en besoin l'année suivante pour refaire des feuilles. Les arbres deviennent également moins aptes à se défendre contre les insectes, les champignons et les maladies.
"La défoliation peut également s'accompagner de mortalité de petites branches, puis de branches plus importantes, or moins il y a de branches, moins il y a de feuilles. Et si la sécheresse dure, les arbres peuvent aussi produire de plus petites feuilles l'année d'après. Ils font ainsi moins de photosynthèse, moins de réserves pour l'hiver… C'est un cercle vicieux" précise Brigitte Musch, cheffe de département ressources génétiques forestières à l'ONF.
La cavitation
Quand le besoin en eau de l’arbre est trop élevé par rapport à l’eau disponible dans le sol et que les stomates ne sont pas totalement fermés, des bulles d'air se forment dans les vaisseaux de l'arbre et empêchent la conduction de l'eau, créant une embolie qu’on appelle cavitation.
« Quand il n’y a plus d’eau dans le sol, les arbres aspirent de l’air. Comme chez les humains, les bulles d'air bouchent les vaisseaux et causent la mort des branches qui étaient irriguées par ces vaisseaux » explique Brigitte Musch.
La sensibilité à la cavitation est très variable d’une espèce forestière à l’autre : certaines espèces comme les saules y sont très sensibles, d’autres comme les cyprès, adaptés à des climats chauds, sont plus résistantes.
La conjonction du manque de réserves, de la sensibilité face aux attaques diverses et du niveau de cavitation peut entraîner le dépérissement de l’arbre et à terme sa mort.
Olivier HAMANT : "On a perdu le contrôle"
Par
Thierry LEDRU
Le 29/06/2026
Désolé mais je ne vois pas de quoi je pourrais parler en ce moment, en sachant que ça fait bien dix ans que je partage ici des documents similaires. Et je suis effaré de ce que je relis en parcourant les archives du blog. La question est simple : à partir de quel moment va-t-on comprendre ? Faudra-t-il donc arriver à ce fameux effondrement dont parlent les scientifiques ?
Ce matin, à 7 heures, on était sur le terrain et on s'est aperçu que le bassin de réception de la source était vide...Plus d'eau, bassin à sec...C'est déjà arrivé pendant quelques jours l'été dernier mais c'était au mois d'août... On a donc été obligé d'utiliser le réseau d'eau potable. Ce qui est très douloureux. Mais soit on sauve le potager, soit on se retrouve à devoir acheter notre alimentation. Et ça fait vingt ans que ça n'entre plus dans notre mode de vie. Tout ce qu'on peut produire, on le fait. Mais, là, on arrive à un point critique. Il y a quatre ans, on avait deux ans de réserves alimentaires en bocaux. Cette année, si on arrive à sauver de quoi passer l'hiver prochain, ça sera déjà bien... Alors, qu'en sera-t-il de l'agriculture intensive, de la résilience alimentaire du pays, de l'inflation sur les prix de la nourriture ?
"Dans les années 1980, on se préoccupait de l'impact de nos activités sur l'environnement. Aujourd'hui, on se préoccupe de l'impact de l'environnement sur nos activités".
Par
Thierry LEDRU
Le 28/06/2026
Tous les jours, je peux trouver sur FB ou ailleurs, des témoignages de ce genre.
Nos gouvernants, par la voix du roi en place, nous disent que "nous nous sommes adaptés au changement climatique."
Yann Barthès, sur son plateau télé climatisé, clame que "tout le monde a chaud", comme s'il existait une équité dans la situation.
Deux de nos enfants travaillent dehors. Ils cuisent.
On connaît des maraîchers. Ils cuisent.
Comme des millions de travailleurs.
Non, il n'y a aucune équité dans la situation de cuisson.
Certains sont morts, les personnes âgées les premières. Il y en aura d'autres dans les prochains jours.
Aucun homme ou femme politique, aucun financier, aucun milliardaire, ne va mourir de cette canicule, ni de la prochaine qui nous est déjà annoncée avant même que la nature et donc nous-mêmes n'ayons récupérés...
Yann Barthès, comme tous les autres animateurs, seront toujours là en 2040 pour nous dire que tout le monde a chaud, non, très chaud.
Je pourrais parler également des milliers de milliers d'animaux morts dans les élevages intensifs. On peut penser d'ailleurs qu'ils n'y vivaient pas avant même la canicule mais qu'ils y survivaient.
J'ai connu un exploitant en Bretagne, j'avais son fils dans ma classe, il avait un élevage de dindes, c'était dans les années 1980 et j'étais effaré par la mortalité dont il me parlait déjà à l'époque, rien que par la promiscuité... Quant aux gens qui se disent tristes devant cetté hécatombe, combien parmi eux mangent encore de la viande issus d'élevage intensif ? Ils ouvrent les yeux juste aujourd'hui sur cette horreur ? Alors, on peut considérer que cette crise est bénéfique...
L'Enracineuse
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Ca suffit !
J’en ai assez d’essayer de rester positive.
Je ne suis pas une « vraie » paysanne, de celles qui nourrissent les humains. Je ne fais que faire naître des arbres pour replanter des haies et des forêts et nourrir les autres, les non humains, les oiseaux, les insectes, les petits mammifères... prendre soin de la vie. Parce que sans eux, l’humain ne survivra pas.
Pourtant, ce soir, pour la première fois, je me suis sentie une vraie paysanne. De celles qui se débattent pour tirer de la terre de quoi nourrir le monde. J’ai compris cette attachement à la terre et ce sentiment d’impuissance face aux éléments.
Pourtant, on pourrait faire des choses… On le sait. Le GIEC et tant d’autres nous le disent depuis années, des décennies… Victor Hugo l’évoquait déjà au 19ème siècle. Des mesures concrètes sont inventoriées, publiées, proposées depuis des années.
Et ? Rien… Des petits colibris s’épuisent à chercher des gouttes d’eau pour éteindre l’incendie. Pendant que les pélicans se prélassent sous la clim et nous expliquent comment il convient de boire de l’eau.
Ce soir, je suis fatiguée. Fatiguée et en colère.
2 heures minimum d’arrosage par jour (habituellement, c’est 2 arrosages par semaine uniquement pour ne pas habituer les arbres à trop d’eau).
Des repiquages à l’arrêt sous peine de tuer les jeunes plantules qui ne supporteraient pas la transplantation avec ces chaleurs. Et donc, le risque soit de perdre tous ces jeunes plantules qui n'ont plus la place de ce développer en terrine, soit qu'elles n'aient pas le temps de grandir assez si jamais les températures baissent enfin suffisemment pour que je puisse les repiquer.
Des collectes de graines impossibles avec ces températures (d’ailleurs, les forêts sont déconseillées à cause des risques sévères d’incendie).
Le catalogue de la pépinière à réaliser en urgence pour l’envoyer aux élus et tenter de leur faire prendre des décisions indispensables pendant qu’ils se souviennent de l’horreur de cette canicule et du besoin d’arbres, avant qu’ils oublient...
Des journées à rallonge. Je tente de prendre soin des bébés arbres, de faire bouger les choses pour de bon, tout en préservant ma santé et celle de mes enfants fragilisée par les températures. Et malgré tout ce que je fais, les arrosages pluri-quotidiens, l’ombrage du sous bois, malgré tout, les feuilles commencent à cramer.
Certains de ces arbres sont issus de graines collectées en 2022 et 2023. 3 à 4 années de soin pour réussir à proposer les arbres dont nous avons besoin pour vivre.
Et ils brûlent.
Et ils crament.
Sous mes yeux.
Et les « grands » de ce monde, que font-ils ?
Plus de 40°C. Déjà 2 vagues de chaleurs fin juin. Des records explosés tous les jours. Des animaux qui meurent par milliers, des forêts qui s’assèchent, des humains qui suffoquent. « Qui aurait pu prédire ? ». « Nous nous sommes adaptés au changement climatique. » Mais les arbres meurent, messieurs et mesdames les « puissants ».
Et nous ne leur survivrons pas.
Par
Thierry LEDRU
Le 27/06/2026
Le témoignage et la colère d'une femme qui a une ferme, en bio. Des milliers de professionnels de ce secteur pourraient en dire tout autant. Et il s'agit des gens qui produisent l'alimentation de tous. Et qui n'en peuvent plus...
Sève Rouge
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Je vous explique le contexte.
Aujourd'hui, la chaleur m'a mise à terre. Vers 15 heures, Dieter est venu me récupérer dans les tomates de plein champ que j'essayais de sauver en installant des piquets pour tendre une toile d'ombrage.
J'ai pourtant l'habitude de travailler dehors. Mais cette fois, mon corps a cédé. Plus de thermorégulation, plus de signaux fiables : seulement la surchauffe. Plus de 40 °C. Le vent d'autan me donnait l'illusion qu'il faisait supportable, alors que mon organisme était en train de décrocher.
Il a fallu des blocs de glace, des heures de repos et beaucoup de temps pour revenir à la normale.
Ce soir, je ne ressens ni peur ni découragement. Je ressens de la colère. Parce que ce que j'ai vécu aujourd'hui n'a rien d'exceptionnel. Parce que nous ne sommes qu'en juin. Parce que les jours à venir s'annoncent encore plus étouffants. Parce que demain ce sont nos, vos enfants, petits-enfants qui devront vivre dans cet enfer… J’ai la rage… Et nous devrions toutes et tous l’avoir...
Alors, oui : j'accuse l'inaction climatique.
J'accuse.
J'accuse les gouvernants du monde entier. Les présidents, ministres, députés, commissaires, experts appointés et fabricants de discours.
Je les accuse d'avoir vu l'incendie et d'avoir discuté de la couleur des rideaux.
Je les accuse d'avoir reçu les rapports, les alertes, les preuves accumulées depuis des décennies, et d'y avoir répondu par des promesses, des sommets, des feuilles de route et des objectifs repoussés à demain. Toujours demain.
J'accuse cette génération de décideurs d'avoir transformé la connaissance en impuissance.
Jamais une civilisation n'aura autant su.
Jamais une civilisation n'aura aussi peu agi.
Nous savons. Nous savons pour le carbone, les glaciers, les océans, les sécheresses, les mégafeux, les canicules, l'effondrement du vivant, de la biodivesité.
Et pourtant nous continuons.
Comme un conducteur qui, voyant le mur approcher, demanderait simplement un régulateur de vitesse plus performant.
J'accuse particulièrement les législateurs qui prétendent préparer l'avenir alors qu'ils organisent méticuleusement et avec persévérance son rétrécissement.
J'accuse les députés européens qui confondent transition et fuite en avant technologique.
J'accuse leur religion du progrès matériel et leur incapacité à envisager qu'un problème créé par l'excès puisse exiger autre chose qu'un excès supplémentaire.
J'accuse ceux qui ont transformé les automobiles en monstres d'acier, de lithium et de logiciels : toujours plus lourdes, plus complexes, plus chères, plus gourmandes en ressources.
J'accuse ceux qui prétendent sauver le monde en connectant tout ce qui existe : le réfrigérateur connecté, la montre connectée, la voiture connectée, la maison connectée, l'humain connecté.
Comme si la sagesse d'une civilisation se mesurait au nombre de notifications qu'elle reçoit chaque jour.
Ils nous parlent d'immatériel. Les mines, les câbles, les centres de données et les montagnes de déchets électroniques apprécieront.
J'accuse ceux qui nous promettent cinquante degrés dehors et la climatisation pour tous dedans.
Vision dérisoire.
L'air brûlera, mais rassurez-vous : votre salon sera à vingt-deux degrés. Le Titanic coule, mais les fauteuils de première classe restent confortables.
J'accuse les multinationales.
J'accuse leur talent à transformer chaque catastrophe en marché, chaque crise en opportunité commerciale, chaque limite planétaire en argument publicitaire.
J'accuse les compagnies pétrolières qui savaient.
J'accuse les géants de la technologie qui promettent que davantage de calculs répareront les dégâts causés par davantage de consommation.
J'accuse les industriels qui parlent de responsabilité tout en combattant toute mesure susceptible de réduire leurs profits.
J'accuse les banques qui financent les énergies fossiles tout en publiant d'élégants rapports sur leur engagement climatique.
J'accuse les marchés financiers qui réclament une croissance infinie sur une planète qui, elle, a eu l'impolitesse de rester finie.
J'accuse également mes anciens collègues lorsqu'ils renoncent à leur mission.
Quand les records tombent, quand les forêts brûlent, quand les hôpitaux débordent, ils nous servent leurs p... de micros-trottoirs : « Comment supportez vous la chaleur ? », « Avez-vous acheté un ventilateur, une climatisation ? », « Buvez-vous suffisamment d'eau ? »
Et le spectacle remplace l'explication.
L'anecdote remplace l'enquête.
On interroge les victimes.
On oublie les responsables.
On décrit les symptômes.
On tait les causes.
Comme si cette fournaise tombait du ciel sans histoire, sans industrie, sans décisions politiques.
J'accuse notre époque d'avoir fait du confort immédiat la mesure de toute chose.
Toujours plus vite.
Toujours plus loin.
Toujours plus connecté.
Toujours plus consommé.
Toujours plus extrait.
Toujours plus produit.
Toujours plus jeté.
Jusqu'au jour où la réalité présentera l'addition.
Car la physique ne négocie pas.
Le climat ne vote pas.
L'atmosphère ne lit pas les programmes électoraux.
Les océans n'écoutent pas les éléments de langage.
Les lois de la nature ignorent les majorités parlementaires et les campagnes de communication.
Elles s'imposent.
Et elles s'imposeront.
Alors j'accuse.
J'accuse ceux qui savaient.
J'accuse ceux qui pouvaient.
J'accuse ceux qui avaient le pouvoir d'agir.
Je les accuse d'avoir préféré la popularité au courage, la croissance aux limites, le présent à l'avenir.
Je les accuse devant les enfants qui naissent aujourd'hui.
Je les accuse devant les générations qui hériteront du monde que nous leur préparons.
Je les accuse devant l'Histoire.
Et surtout, je les accuse parce qu'ils ne pourront jamais prétendre qu'ils ignoraient.
Basta les « Qui aurait pu prédire ? ».
Nous savions.
Eux aussi. Encore plus que nous… et ils n’auront rien fait..
Par
Thierry LEDRU
Le 27/06/2026

S'adapter.
Les gouvernants usent à l'envi de ce terme mais c'est absurde.
Répondre séparément à chaque urgence, c'est appliquer un pansement sur la plaie mais être incapable d'anticiper sur l'accident suivant.
Changer durablement ne signifie pas que nous devons trouver les moyens de nous adapter. Cela signifie que nous devons cesser de fabriquer les conditions qui conduisent aux situations d'urgence.
Et ça, les gouvernants ne le veulent pas parce qu'ils sont persuadés que la population n'est pas prête à délaisser le mode de vie qui conduit l'humanité et une grande partie de l'ensemble du vivant à sa fin. Et il est malheureusement vrai que l'évolution des mentalités est si lente que les gouvernants n'ont encore, pour l'instant, aucune raison de changer de voie.
Chaque situation d'urgence sera inévitablement un cran au-dessus de la précédente.
Nous sommes en train de vivre l'année la plus froide du reste de notre vie.
On n'en pouvait plus de voir le jardin-potager-verger dépérir. On a fait tout ce qu'on pouvait pour le protéger. On est parti une semaine faire des sommets dans les Pyrénées. Monter vers 3000 mètres en pleine canicule, c'est clair qu'on n'était pas nombreux. J'en arrive même à me demander si l'été ne va pas finir par devenir la saison la plus abominable. Les quelques personnes avec lesquelles nous avons discuté étaient effarées par les températures qu'on avait sur les sommets et bien évidemment tous les gens du coin nous répétaient qu'ils n'avaient jamais vu ça.
Il leur suffira d'attendre l'année prochaine pour voir que ça n'était qu'une étape.
On ne s'adaptera pas à une augmentation générale de 4 degrés sur la Terre. On en périra, les uns après les autres.
J'imagine que les milliers de scientifiques qui l'ont annoncé depuis les années 1970 sont partagés par deux sentiments : la satisfaction de voir que leurs études étaient justes et la désolation de voir qu'elles n'ont servi à rien.
On est rentré pendant la nuit et ce matin, à 6 heures, on a fait le tour du terrain.
Les protections ont limité les dégâts. La pergola au-dessus du potager et les paillasses qui la couvrent, les tipis que j'ai installés avec des vieilles planches au-dessus de chaque jeune arbre, les cagettes récupérées sur les marchés, les voiles d'ombrage, toutes les installations bricolées sauvent de la mort les plus résistants.
Mais nous ne sommes qu'à la fin juin.
Si une autre canicule de la même ampleur arrive pendant l'été, les pertes, ici et partout en France, seront très, très grandes.
On attend la pluie...En espérant que ça ne soit pas de la grêle.
Et je me demande comment les maraîchers vont faire pour tenir le coup, physiquement, moralement et financièrement.
Par
Thierry LEDRU
Le 18/06/2026
Deux fois par semaine, pendant que Nathalie s'occupe du potager, c'est à dire toutes les plantes, le paillage et l'arrosage, je prends mes arrosoirs et je fais le tour du terrain pour les arbres qu'on a plantés depuis un an et demi. Des arbres qui n'avaient aucune chance de pouvoir grandir parce qu'ils avaient germé au bord d'une route où ils auraient été coupés par les personnels de la DDE, au bord d'une piste forestière où ils auraient été écrasés par les grutiers, des arbres au milieu des sentiers de randonnée où ils auraient été piétinés etc...
Aujourd'hui, pour voir ce que ça donne, j'ai mis en marche l'application STRAVA qu'on utilise quand on marche en montagne ou quand on fait du vélo. On a le kilométrage, la durée, le dénivelée.
Aujourd'hui, avec mes deux arrosoirs pour chaque trajet, j'ai fait 7 km 600 sur un hectare de terrain. Désherbage, paillage, arrosage, "transpirage." On ne fait pas beaucoup de marche en montagne à cette période de l'année. On marche pour le potager et les arbres. On a discuté avec un maraîcher bio du secteur. C'est dur, très dur...Il n'est pas certain de pouvoir continuer. Le travail est énorme, la rentabilité très faible, les aléas très, très nombreux. Un orage de grêle peut anéantir le travail de plusieurs mois en quelques minutes. Il en a fait l'expérience. Nous aussi pour notre petit potager nourricier.
Si on n'avait pas une source sur le terrain, tout serait déjà en train de mourir. Certains arbres, d'ailleurs, malgré les arrosages et l'ombrage que j'ai installé avec des voiles sont en train de dépérir, les résineux principalement.
Il fait trop chaud, le vent du sud brûle les feuillages en surface et le manque hydrique finit le travail. Et on est à 500 mètres d'altitude, dans "l'Ardèche verte", celle du nord du département.
Il faudrait un arrosage journalier. Et je ne suis même pas sûr que ça suffirait. On est en juin et c'est la deuxième canicule après celle du mois de mai. L'été risque de finir en hécatombe. Et c'est une réelle souffrance pour Nathalie et moi.
Mais qu'en sera-t-il dans deux, trois, cinq, dix ans ? On est engagé dans une course contre la montre. Il faut qu'on arrive à faire pousser des feuillus, beaucoup de feuillus pour que l'ombre des feuillages protège le potager, que les feuilles mortes nourrissent le terrain. J'ai construit une pergola sur toute la surface du potager, on y met des paillasses en attendant que toutes les plantes grimpantes, chevrefeuilles, akabias, vignes et autres lianes prennent la relève.
Les robiniers faux-acacias se montrent les plus résistants et les plus vigoureux avec les érables et les frênes. Les hêtres sont tous morts, quelques châtaigners tiennent, d'autres pas. Les chênes poussent mais très lentement, c'est connu, on le savait. Les noisetiers et les charmes ont démarré mais c'est encore incertain.
Une fois que des feuillus seront suffisamment grands, on pourra tenter de nouveau de planter des résineux. Il suffit de regarder les forêts naturelles. Les buissons, les ronces, les fougères et les arbustes protègent les jeunes arbres. Les résineux poussent à l'ombre. L'idéal, pour eux, est de démarrer leur existence sous une forêt de feuillus. On a été imprudents ou présomptueux. J'ai vu mourir certains sapins en quelques jours. S'il s'agissait d'étés "normaux", on y arriverait. On l'a fait dans notre terrain en Savoie, puis en Creuse. Mais depuis ce temps-là, l'été s'est mis à frapper dès le moi de mai et jusqu'en septembre-octobre.
Les terrains en pelouse ne sont pas favorables à la plantation des arbres. Ils sont trop vulnérables et le terrain qu'on a acheté était quasiment occupé par de la pelouse, juste de la pelouse. Il a fallu tout reprendre à zéro et un an et demi après notre arrivée, le deuxième été qui s'annonce risque d'être très rude...Et le prochain ?
Tous les jours, je pense aux gens qui travaillent dehors, deux de nos enfants par exemple. Nous, on démarre à 8 h et on arrête à 13. On reprend parfois en fin de journée. Mais ça n'est pas un travail de force et on n'a pas d'autre pression que celle qu'on se met.
Comment les animaux tiennent-ils le coup ? Je ne sais pas. Quel est l'impact sur leur survie ?
Cette souffrance de la nature, elle me noue le ventre.
Il y a un scientifique que j'écoute grandement : Christophe CASSOU.
Par
Thierry LEDRU
Le 15/06/2026
Court, instructif, un texte de qualité. Un résumé de ce qui aurait pu nous faire disparaître, tous. Mais certains et certaines ont tenu le coup. Ils sont dans notre ADN.
Par
Thierry LEDRU
Le 15/06/2026
J'adore les observer.

"Le cloporte sous ton pot de fleurs n'est pas un insecte. C'est un crustacé terrestre — un cousin direct des crabes et des crevettes. Sa lignée remonte à plus de 300 millions d'années et c'est le seul crustacé à s'être pleinement adapté à la vie sur terre.
Ce qu'il fait là-dessous : il mâche les feuilles mortes, le bois en décomposition et les débris organiques et les convertit en nutriments directement assimilables par les racines. Une colonie active traite la matière organique plus vite que bien des systèmes de compostage de jardin.