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Biodiversité et monde agricole

Par Le 20/10/2017

Disparition des insectes en Europe : "C'est l'ensemble de la biodiversité qui est en déclin"

Selon Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au CNRS, les insectes ne sont pas les seuls menacés par les pratiques agricoles intensives. D'autres animaux, comme les oiseaux, sont aussi en danger. Et la France est largement concernée. 

Une abeille en train de butiner à Radebeul, en Allemagne en octobre 2017
Une abeille en train de butiner à Radebeul, en Allemagne en octobre 2017 (MONIKA SKOLIMOWSKA / AFP)

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Propos recueillis par Juliette CampionfranceinfoFrance Télévisions

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L'étude scientifique publiée mercredi 18 octobre par la revue PLoS One est très inquiétante : en trente ans, les populations d'insectes auraient chuté de 80%. Cette étude internationale, menée en Allemagne depuis 1989, annonce : "Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76% en moyenne et jusqu’à 82% au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans". Le facteur principal avancé par les scientifiques : l'intensification des pratiques agricoles avec, en premier lieu, le recours accru aux pesticides. 

Ce constat est largement partagé par Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et responsable de la Zone Atelier "Plaine & Val de Sèvre". Sur ce vaste territoire agricole, il constate lui aussi, depuis vingt-cinq ans, le déclin très fort de nombreux insectes mais aussi de mammifères et de certains oiseaux. Franceinfo l'a interrogé pour comprendre l'impact de l'agriculture intensive sur les écosystèmes. Le chercheur avance des pistes de solutions, qui doivent s'accompagner d'une prise de conscience de la part des agriculteurs, des politiques et des citoyens. 

Franceinfo : L'étude publiée par la revue PLoS One vous paraît-elle fiable ?

Vincent Bretagnolle : Je l'ai lue en détail et je pense qu'elle est très fiable. En premier lieu, elle est passée par le processus de validation des pairs de la communauté scientifique en étant publiée dans une revue internationale. Elle est donc solide, par la quantité de données disponibles et par les analyses statistiques, qui sont très soigneuses. 

Elle repose ensuite sur un travail empirique : cela signifie que ses auteurs se fondent sur des données historiques. Ces résultats ne prouvent pas seuls la causalité des facteurs. Du coup, les scientifiques qui ont mené cette étude ont pris beaucoup de précautions pour définir les facteurs, en écartant les hypothèses alternatives, comme le changement climatique par exemple. 

L'étude est d'autant plus impressionnante qu'elle a été réalisée sur trente ans, et sur de multiples territoires en Allemagne. Chacun des 63 sites a été étudié pendant un à deux ans : il a donc fallu agglomérer toutes ces données pour en tirer une tendance temporelle et éviter de faire des erreurs en produisant de mauvaises interprétations. Le facteur majeur qu'elle dégage pour expliquer cette baisse spectaculaire des insectes est donc l'intensification des pratiques agricoles. 

En France, constate-t-on aussi une disparition des espèces ?

Oui, et de manière inquiétante. Avec une équipe de chercheurs du CNRS et de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), on suit 450 kilomètres carrés de parcelles agricoles depuis vingt-cinq ans. On parle de 15 000 parcelles cultivées au sud de Niort (Deux-Sèvres). On a donc une description extrêmement complète de l'évolution des paysages agricoles. Depuis toutes ces années, on suit l'ensemble de la chaîne alimentaire animale : les mammifères et les oiseaux, mais aussi les insectes comme les pollinisateurs (abeilles, papillons ...), les criquets, les carabes ou encore les araignées... Pratiquement l'ensemble de cette biodiversité est en déclin, surtout les insectes, pour lesquels ce phénomène est très rapide. Du coup, les oiseaux étant insectivores, ils tendent à disparaître très vite eux aussi. Les populations d'alouettes des champs et de perdrix grises sont en déclin spectaculaire : la première a diminué pratiquement de moitié et la seconde de 95% ! La situation globale est probablement la même dans toutes les plaines d'Europe de l'Ouest, c'est-à-dire la France mais aussi l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne, le Danemark... 

Comment expliquer cette situation très inquiétante ?

La taille des parcelles agricoles n'a cessé d'augmenter car il y a de moins en moins d'agriculteurs. Le prix de la terre agricole étant très élevé, ils cherchent à s'agrandir, ce qui est normal. Mais le problème est que le paysage en devient beaucoup plus homogène et bien moins favorable à la biodiversité : puisqu'il y a de moins en moins de prairies, l'élevage diminue. Il en résulte une disparition des haies, des murets, des petites mares. Autant de lieux dans lesquels les insectes et les oiseaux se reproduisent. Ce qui est impossible au milieu des champs. Ensuite, évidemment il y a le rôle très néfaste des pesticides. Entre les herbicides qui enlèvent aux insectes leurs ressources alimentaires et les insecticides qui tuent directement les insectes, je ne suis pas étonné de ces résultats. 

Comment susciter une prise de conscience de la part des agriculteurs ?

En leur montrant qu'ils ont tout à gagner à travailler en harmonie avec l'écosystème animal. On essaie de leur montrer que la biodiversité est bénéfique à leur activité. Quand ils perdent des insectes, ils perdent des pollinisateurs et notamment les abeilles : dans nos précédentes études, nous avons démontré que les pollinisateurs augmentaient les rendements de colza et de tournesol de 25%. C'est considérable ! Si ces pollinisateurs se raréfient, les agriculteurs vont perdre de l'argent. 

Quand ils perdent des insectes, par exemple des guêpes, qui vont parasiter des pucerons, eux-mêmes ravageurs de cultures, ils sont obligés de remplacer ces guêpes, qui sont un service gratuit, par des insecticides, qui eux ne le sont pas. On essaie de rentrer dans des considérations économiques car le seul argument de la biodiversité ne suffit pas à motiver les agriculteurs. On fait évoluer les mentalités mais sur notre seul territoire, c'est tout petit. On aimerait bien qu'il y ait des relais qui soient pris, soit par les politiques publiques, soit par les instituts techniques. 

Que peuvent faire les politiques et les citoyens pour remédier à cette situation ?

Je ne suis pas convaincu que ce ne soit qu'une question de politique publique : par exemple le plan Ecophyto est très bien, mais à lui tout seul il ne suffira pas à faire évoluer les mentalités. Ce qui me rend optimiste, c'est que nous avons identifié des solutions : nous démontrons qu'il est possible de baisser le recours aux intrants. Mais je me pose des questions sur la volonté des politiques pour faire appliquer ces méthodes. Le consommateur a aussi un rôle fondamental à jouer en faisant pression sur les politiques publiques. C'est ce qui se passe en ce moment autour des pesticides ou du prix de l'eau. Les citoyens ont des motifs qui devraient les inciter à relayer un certain nombre de revendications. Chacun a un rôle à jouer !

Autisme et Haut Potentiel

Par Le 20/10/2017


« Les autistes, au fond, ce sont tous des génies »
« De toute façon c’est un surdoué, il vit dans sa bulle d’autiste »
 
Qui n’a jamais entendu ou formulé ce genre d’affirmation ? Beaucoup de gens ne font pas la différence entre autisme et haut potentiel et n’hésitent pas à mêler allègrement ces deux concepts pour évoquer un individu perçu comme à la fois brillant et marginal, ou juste bizarre.
 
En outre, la pop culture a tendance à entretenir cette confusion. Êtes-vous capables de déterminer si Sheldon Cooper de The Big Bang Theory est un surefficient mental, un autiste ou les deux ? J’ai la flemme de vérifier, mais je suis sûre que ce débat est plus violent que le conflit pain au chocolat VS chocolatine. Dans les séries, les HP sont souvent représentés comme également autistes (qu’il s’agisse d’autisme réel ou de clichés populaires à ce sujet) et les autistes s’avèrent être en général des génies incompris. Prodiges marginaux, envahis de tocs, à des années-lumière de comprendre les normes sociales et les émotions d’autrui… le rapport haut QI/autisme s’impose alors dans l’esprit du spectateur.
 
"On pleure parce qu'on est triste. Par exemple, je pleure parce que les autres sont stupides et cela me rend triste." Sheldon Cooper
 
Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce décent ou non de comparer les autistes et les HP ? Qu’est-ce qui les différencie l’un de l’autre ?
 

Pourquoi on mélange tout, déjà ?

 
 
 
C’est vrai quoi, si la méprise existe elle doit bien avoir une origine ! Il existe en effet des points communs entre l’autisme et le haut potentiel et il n’est pas absurde de confronter ces deux notions. Voici les éléments incriminés :
 
  • Dans les deux cas, la personne est dotée d’un fonctionnement cognitif différent de la norme, influant profondément sur sa façon de réfléchir, de ressentir et de percevoir le monde.
  • Dans les deux cas, la personne est en décalage par rapport aux autres, à des degrés variables : cela se traduit par exemple par des difficultés à communiquer, à s’adapter aux normes et à comprendre leur sens ou leur utilité… D’où le fait qu’elle soit plus à l’aise en présence de personnes fonctionnant comme elle, diminuant ce décalage.
  • Dans les deux cas, la personne est hypersensible : ses émotions bouillonnent, elle est facilement anxieuse, ses sens sont plus affûtés et elle est atteinte d’un déficit d’inhibition latente plus ou moins envahissant. (Ce dernier est beaucoup plus fort chez les autistes.)
  • Dans les deux cas, la personne peut présenter des attitudes ou comportements hors-normes. (Tocs, habitudes excentriques, façon particulière de bouger, de parler…)
  •  Dans les deux cas, la personne peut être très à l’aise avec la logique et les chiffres.
  • Dans les deux cas, si la personne n’a pas identifié sa différence, elle a tendance à croire que tout le monde fonctionne comme elle, ce qui accroît les malentendus et le sentiment d’incompréhension. Bah oui y’a pas de raison, elle n’a jamais vécu dans une autre tête que la sienne.
  • Dans les deux cas, la personne est perçue comme immature lorsqu’elle est enfant et cet aspect puéril peut perdurer jusqu’à l’âge adulte.
  • Dans les deux cas, la personne naît ainsi et le reste toute sa vie. Vous pouvez tout plaquer, rester H24 devant votre ordi et ne plus parler à personne (hormis à votre guilde de d’elfes-nains des bois maudits), vous ne deviendrez pas un autiste : vous deviendrez juste un no-life. Vous pouvez aussi offrir à votre gamin l’intégrale des Misérables pour ses 7 ans : il ne deviendra pas un HP, il deviendra juste allergique aux classiques du XIXe siècle. On ne peut « guérir » de l’autisme ou « devenir normal » quand on est HP : on peut juste apprendre à mieux vivre avec sa différence.
  •    Ni l’un ni l’autre ne sont considérés comme des maladies. L’autisme (aussi appelé trouble du spectre autistique) est un trouble du développement, tandis que le haut potentiel n’est pas un trouble mais désigne simplement une structure cérébrale particulière associée à un haut QI.
  •    Un HP peut présenter le syndrome d’Asperger (une forme d’autisme sans retard intellectuel et verbal) et un autiste peut avoir un haut QI. Eh ouais ils font vraiment tout pour vous embrouiller en plus, les saligauds…

Et donc, quelles différences ?

Les différences entre autisme et haut potentiel résident principalement dans les causes qui ont amené l’individu à posséder ses caractéristiques hors-normes. En fait, s’ils peuvent se ressembler extérieurement (je dis bien « peuvent », parce que c’est loin d’être systématique), un autiste et un surefficient mental ont un fonctionnement interne très différent.  
Tout d’abord, voyons les différences liées à ce fameux QI, puisqu’il semble souvent impliqué dans l’affaire :
 
  • Le QI d’un HP est d’au moins 130, ce qui correspond à deux écarts-types au-dessus de la moyenne (100). Certaines exceptions existent, par exemple lorsque les résultats du test sont trop hétérogènes pour être exploitables, ou jugés biaisés par certains facteurs tels qu’un trouble de l’attention, une dépression… Le diagnostic est alors surtout posé en fonction des tests d’évaluation psychologique accompagnant le test de QI. On estime qu’il n’y a pas plus d’autistes parmi les HP que parmi les non-HP (environ 1 %).   
  • Un autiste peut présenter un retard mental (on parle d’autistes de Kanner) ou ne pas présenter de retard mental (on parle d’autistes de « haut niveau » et d’autistes Asperger, capables d’interactions sociales). Le point de bascule entre présence ou absence de retard mental se situe en théorie à deux écarts-types en-dessous de la moyenne (soit un QI de 70), mais comme pour le cas des HP, la réalité est plus complexe et nuancée. Ceci explique qu’il soit possible pour un autiste d’avoir un haut QI et même de passer à la télé avec l’étiquette « autiste savant », tandis que d’autres ne seront jamais capables de parler ou de vivre en autonomie. On estime que la proportion d’autistes à haut QI n’est pas plus élevée que la proportion de non-autistes (dits neuro-typiques) à haut QI (environ 2 %).
 
En conclusion, la majorité des HP ne sont pas autistes et la majorité des autistes ne sont pas HP. La plupart du temps, lorsqu’on désigne une personne comme étant les deux à la fois, il s’agit d’une confusion entre les caractéristiques de chacun (et donc plus spécifiquement entre les HP et les autistes de haut niveau).
 
Autre point qui induit trop de psychologues de comptoir innocents en erreur : les spécificités d’ordre psycho-social. C’est là qu’on entre dans le vif du sujet et qu’on peut dégager les divergences cruciales entre nos deux « cas », celles qui vous permettront de ne plus jamais les confondre. Et comme j’adore énumérer des trucs, c’est parti pour une nouvelle liste comparative ! (Ici sont présentés des cas généraux : n’oubliez pas les nuances ! C’est très important les nuances…)
  •      L’autiste ne perçoit pas les implicites. Il ne saisit pas ou comprend mal les normes sociales, notamment lorsqu’elles sont tacites (savoir à quelle distance d’une personne il faut se tenir quand on lui parle, deviner quand c’est son tour de parler dans une conversation, etc.). Il peut les apprendre, mais elles ne lui sont pas innées et lui réclament un effort d’adaptation. Pour cette raison, il peine à comprendre les sous-entendus et le second degré. Le surefficient mental, lui, perçoit les implicites : il jouit même d’une compréhension fine des normes sociales et des rapports humains. Cependant, cela ne supprime pas son décalage… Il peut trouver ces normes inutiles, absurdes et avoir une réticence ou des difficultés à s’y conformer. Quand un HP vous dit « Franchement je comprends rien aux relations humaines » après que sa copine non-HP l’ait largué en le traitant de cas social, il sous-entend en réalité : « J’ai parfaitement analysé et compris les rouages des relations humaines : j’en déduis qu’ils sont mal foutus. Pourquoi personne ne voit que j’ai raison ? ». (Tenez, voici le genre d’implicite que les HP passent leur temps à relever.) Le surefficient adulte aime faire des sous-entendus et abuser du second degré (je spécifie « adulte », car les enfants HP prennent plutôt ce qu’ils entendent au pied de la lettre, ce qui nourrit la confusion avec les autistes). Il peut se montrer cynique et apprécier l’humour noir.  
 
  •      L’autiste a du mal à identifier les émotions des autres, surtout quand elles ne sont pas exprimées explicitement. Il pourra s’isoler par peur de se retrouver démuni face au comportement d’autrui et de réagir d’une façon inadaptée. Le surefficient, au contraire, est hyperempathique : il absorbe les émotions des autres comme une éponge, consciemment ou non. Il risque un état de surcharge émotionnelle uniquement en captant les « ondes » des personnes autour de lui. Il pourra s’isoler pour éviter l’épuisement. (Bande de prédateurs !) Note : après des recherches supplémentaires, il m'a semblé bon de préciser que les autistes manquent d'empathie cognitive (capacité à reconnaître physiquement les émotions d'autrui), mais pas d'empathie émotionnelle (fait de ressentir les émotions d'autrui) : au contraire, cette dernière est exacerbée, ce qui les poussent au détachement pour se protéger. 
 
  •      Nos deux cas peuvent paraître immatures lorsqu’ils sont enfants, puis le rester une fois adultes. Ils le sont en partie à cause de leur sensibilité accrue, mais pas que. L’autiste peut avoir un retard affectif, qui se manifeste durant l’enfance et peut se poursuivre à l’âge adulte. Lorsqu’il est enfant, le surefficient mental manifeste pour sa part une « dyssynchronie interne », un décalage entre son âge intellectuel (en avance) et son âge affectif (normal) :  il n’est pas en retard par rapport aux autres enfants, mais son âge intellectuel le rend capable de comprendre des notions que son âge émotionnel ne peut assumer, ce qui crée des incohérences dans son comportement (comme disserter sur les gangs criminels au Japon puis pleurer parce qu’il ne retrouve pas son doudou… -on est d’accord qu’il n’y a rien de plus dramatique, si ça se trouve il s’est fait kidnapper par la maffia). Bien que sa dyssynchronie disparaisse en grandissant, ce n’est pas le cas de son hypersensibilité, c’est pourquoi il garde toujours son âme d’enfant.
 
  •    L’autiste a tendance à développer très jeune un « intérêt spécifique », un centre d’intérêt précis et obsessionnel dans lequel il va fortement se spécialiser. (Certains autistes en ont plusieurs, et ils peuvent varier dans le temps.) Le surefficient aura davantage tendance à être polyvalent. En dehors de ses domaines de prédilection, il s’intéresse potentiellement à tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi). Un HP a toujours quelque chose de complètement inutile à vous apprendre.
 
  •   L’autiste se présente comme un être logique et « rangé », parfois perçu comme dénué de fantaisie dans ses intérêts et ses activités. S’il peut être une personne très logique, le surefficient conserve un aspect intuitif et délirant (on rejoint cette histoire de puérilité). 
 
 
J’sais pas si Maud Pie est autiste, mais c’est clair qu’elle a un intérêt spécifique pour les cailloux…
 
Mais alors, La Chouette, qu’est-ce qui se passe si on est un HP avec des traits autistiques ou qu'on a le syndrome d’Asperger ? (Note : le syndrome d'Asperger est à différencier des descriptions au-dessus, qui concernent l'autisme d'une façon générale.) La question est légitime, puisque ces deux cas présentent des caractéristiques contradictoires. Eh bien ça, c’est hors de ma portée. La problématique du rapport haut potentiel-autisme est extrêmement complexe, en raison de la proximité et de la mouvance des catégories dans lesquelles on s’évertue à ranger tout ce beau monde. Comme pour tant d’autres sujets, on ne peut définir précisément de frontières et les découvertes successives amènent à réajuster sans cesse les étiquettes.
 
Ce que je peux affirmer à ce propos, c’est qu’il existe autant de formes d’autismes que d’autistes et autant de formes de haut potentiel que de HP. Comme tout le monde, chaque autiste et chaque HP est unique et a sa propre façon de vivre et d’exprimer son individualité. Et puis, qu’il s’agisse d’autisme ou de haut potentiel, il est contre-productif d’enfermer les gens dans des cases : il n’y a pas de nette cassure entre un autiste et un neuro-typique ou entre un HP et un non-HP, mais des caractéristiques augmentant progressivement en intensité jusqu’à un point de bascule déterminé par des analyses et calculs. Chaque personne se positionne quelque part sur l’échelle d’intelligence de Wechsler, et chaque personne autiste se positionne quelque part sur le spectre autistique. Ces deux continuums peuvent se croiser à tous les endroits et donner lieu à un nombre infini de combinaisons, qu’elles soient harmonieuses ou paradoxales. 
 
On pourrait se dire que de toute manière, un HP est déjà un paradoxe vivant, et qu’on n’est plus à ça près… C’est une des raisons pour lesquelles le syndrome d’Asperger est si fastidieux à détecter chez eux. Mais si vous voulez mon avis (et même si vous n’en voulez pas je vous le donne quand même, parce que c’est mon article et que je fais ce que je veux), à des niveaux de confusion pareils, la priorité est de permettre à l’individu d’apprivoiser le hamster dopé qui fait tourner la roue dans sa caboche, ainsi que d’être accueilli avec bienveillance par son entourage. Que ce hamster se nomme Cachou ou Jean-Bernard n’a pas grande importance tant qu’on a constaté ce dont il a besoin pour être épanoui.

Note : suite à une remarque d'un lecteur, je précise que cette dernière partie n'a pas pour vocation de minimiser le vécu des HP et des personnes avec un trouble du spectre autistique. Elle sert à souligner le fait que les autistes et les HP, avant d'être des porteurs d'étiquettes, sont des individus à part entière qui aimeraient vivre un quotidien où on les respecte et où ils peuvent être eux-mêmes. 
 
 
Chouettement vôtre

Les deux moines et la jeune fille

Par Le 19/10/2017

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Deux moines zen s’apprêtaient à traverser une rivière à gué, lorsqu’arriva une belle jeune fille.
Elle aussi souhaitait traverser, mais elle était effrayée par la violence du courant.
Alors l’un des moines la prit en souriant sur ses épaules et la porta de l’autre côté de la rivière.

Son compagnon fulminait : un moine ne doit pas toucher le corps d’une femme ! Et tout le long du trajet, il ne desserra plus les dents.

Deux heures plus tard, lorsqu’ils arrivèrent en vue du monastère, il lui annonça sur un ton de reproche qu’il allait informer le maître de ce qui s’était passé :
– Ce que tu as fait est honteux et interdit par notre règle !

Son compagnon s’étonna :
– Qu’est-ce qui est honteux ? Qu’est-ce qui est interdit ?
– Comment ? Tu as oublié ce que tu as fait ? Tu ne t’en souviens donc pas ? Tu as porté une belle jeune fille sur tes épaules !
– Ah oui, se souvint le premier en riant. Tu as raison. Mais il y a deux bonnes heures que je l’ai laissée sur l’autre rive, tandis que toi, tu la portes toujours sur ton dos !

 

 


Quel est le sens de cette histoire ? 

Y en a-t-il un seul d'ailleurs ? 

On en a longuement parlé, hier soir, Nathalie et moi. 

La conclusion finale est effectivement, à nos yeux, d'une importance capitale.

Le moine qui a porté la jeune fille sur ses épaules a agi selon son coeur et non, selon des préceptes si nombreux qu'ils finissent par troubler l'esprit. Il suffit de voir le moine qui porte le jugement sur son compagnon de route. Lui, il réfléchit à travers le filtre de son mental et de tous les conditionnements qu'il a absorbés.

Pire encore, celui-là qui agit selon son mental est condamné à errer dans les miasmes du temps et de ses tourments. C'est la raison pour laquelle il ne parvient pas à effacer les images de la jeune fille.

Le moine qui a agi selon son coeur, par simple empathie, n'a aucune raison, ni même besoin de se retourner vers ce passé. Ce désir naturel de rendre service a été consommé. Le feu s'est éteint naturellement.

Celui qui vit dans le temps et ses aigreurs est tourmenté par l'obligation d'obéir aux préceptes et le feu d'une probable jalousie puisque celui qui n'écoute plus son coeur est un éternel insatisfait. Rie n'est jamais assouvi dans le mental. La raison n'est juste qu'un étouffoir des douleurs. Mais le mal est toujours là. Etouffer un symptôme donne naissance à un autre.

Il n'y a que l'énergie aimante du coeur qui puisse apporter la sérénité de l'instant présent et le saisissement intégral de tous les bonheurs de la vie.

Hécatombe chez les insectes volants.

Par Le 19/10/2017

Des chercheurs ont observé une chute de plus de 75% du nombre d'insectes volants depuis 1989 dans des réserves naturelles allemandes. Ils soulignent que les zones étudiées sont entourées de terres agricoles traitées avec des insecticides.

Des papillons posés sur des fleurs dans le nord de l\'Allemagne, le 17 août 2017.
Des papillons posés sur des fleurs dans le nord de l'Allemagne, le 17 août 2017. (CARSTEN REHDER / DPA)

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Un déclin catastrophique. La biomasse des insectes volants, essentiels aux écosystèmes, a diminué de plus de 75% en près de trente ans en Allemagne. La cause n'est pas identifiée avec certitude, mais les chercheurs suspectent que les pesticides agricoles sont responsables de cette hécatombe alarmante, selon des conclusions publiées mercredi 18 octobre dans la revue américaine scientifique Plos One (en anglais). 

 

1Qu'ont observé les chercheurs ?

 

Des entomologistes ont recueilli des données pendant vingt-sept ans dans 63 réserves naturelles disséminées sur le territoire allemand. Ils ont pesé la masse totale des insectes qu'ils piégeaient et ont déterminé qu'elle avait diminué de 76% en moyenne, et même de 82% au milieu de l'été. "Cela dépasse considérablement le déclin quantitatif, estimé à 58%, des vertébrés sauvages depuis 1970", relève, cité par Le Monde, Caspar Hallmann, entomologiste à l'université Radboud de Nimègue (Pays-Bas), qui a participé à l'étude.

"La diminution de la biomasse des insectes ailés est suspectée depuis longtemps, mais s'est avérée plus sévère qu'on ne le pensait, poursuit le chercheur. Le fait que la population de ces insectes se réduise dans de telles proportions et sur d'aussi vastes étendues géographiques est encore plus alarmant."

Cette chute a été observée quels que soient les changements météorologiques, l'utilisation des sols ou les caractéristiques de l'habitat.

 

2Quelles sont les causes de ce déclin ?

 

Les entomologistes restent prudents, et réclament des recherches supplémentaires pour identifier les causes de ce phénomène. Mais ils font remarquer que les réserves étudiées, en majorité des petites surfaces, sont entourées de zones agricoles utilisant des insecticides. Ce déclin catastrophique, résume Le Monde, "est dû à l’intensification des pratiques agricoles et au recours aux pesticides. Il menace la chaîne alimentaire."

La cause la plus plausible, selon les chercheurs, est en effet à chercher dans les pratiques agricoles. D’autres travaux récents, disent-ils, mettent en évidence que "l’intensification agricole (…) et les nouvelles méthodes de protection des cultures sont associées à un déclin général de la biodiversité des plantes, des insectes, des oiseaux et d’autres espèces". Sont à nouveau pointés du doigt les néonicotinoïdes, des insecticides accusés de décimer les abeilles et dont la France a voté l'interdiction totale à compter de 2018, avec des dérogations possibles jusqu’en 2020.

Les chercheurs estiment en effet que si la météo peut expliquer des fluctuations de la masse des insectes au cours d'une saison ou d'une année sur l'autre, elle ne peut être la cause d'un si rapide déclin. En outre, le réchauffement climatique devrait plutôt encourager la prolifération d'insectes, et non leur diminution.

Ces résultats, selon eux, sont probablement représentatifs de ce qui se passe dans une grande partie de l'Europe ou ailleurs dans le monde, lorsque des réserves naturelles se trouvent au milieu de terres agricoles. De précédentes études avaient déjà révélé un déclin inquiétant de la diversité et de la population de certaines espèces (abeilles, papillons, etc.) en Europe et en Amérique du Nord.

 

3Pourquoi est-ce grave ?

 

Les insectes volants jouent un rôle crucial dans la pollinisation de 80% des plantes sauvages et dans l'alimentation de 60% des espèces d'oiseaux. "Alors que des écosystèmes entiers dépendent des insectes pour la nourriture et la pollinisation, on peut s'inquiéter d'un déclin des populations d'oiseaux et de mammifères qui s'en nourrissent", a prévenu Hans de Kroon, lui aussi chercheur à l'université Radboud.

"On peut difficilement imaginer ce qu'il pourrait advenir si ce phénomène de disparition des insectes ailés se poursuivait", s'est inquiété le scientifique. Mais comme les causes de ce déclin ne sont pas clairement établies à ce stade, il est difficile de prendre des mesures concrètes pour l'enrayer, a-t-il ajouté.

Ces chercheurs espèrent que leurs conclusions vont servir de signal d'alarme et entraîner rapidement des études supplémentaires.


http://www.lavie.fr/blog/mahaut-herrmann/vers-l-apocalypse-ecologique,4981

Vers l'apocalypse écologique ?

 

PUBLIÉ LE 19/10/2017 À 13:15

 

 

Une étude a mis en évidence l'effondrement des populations d'insectes volants. Peut-on espérer une réaction politique avant l'effondrement final ?

Rien ne nous sera épargné. Nous avions déjà entendu que plus de la moitié des vertébrés de la planète avait disparu en quarante ans, que la France avait perdu 50% de ses chauves-souris restantes entre 2006 et 2014, que les abeilles étaient officiellement reconnues comme une espèce en voie de disparition. Et voilà qu’une étude publiée le 18 octobre dans la revue PLoS One estime que le déclin des insectes volants en Allemagne en moins de trente ans est de 76% (et jusqu’à 82% au milieu de l’été). Nous pourrions ne pas nous en inquiéter et nous dire que cela ne concerne que nos voisins allemands, que l’étude ne porte pas sur la France et qu’il n’y a donc aucune raison de tirer le signal d’alarme. Seulement voilà, le principal facteur explicatif mis en évidence par les chercheurs est l’intensification des pratiques agricoles et l’utilisation massive d’engrais de synthèse et de pesticides. Or, avertissent les auteurs de l’étude, les systèmes agricoles de la France et du Royaume-Uni sont « très semblables » à ceux de l’Allemagne et ont recours aux intrants mis en cause. En conséquence de quoi « il y a une bonne ‘chance’ pour que l’Allemagne soit représentative d’une situation bien plus large ». En outre, les interactions des écosystèmes sont telles que les insectes allemands sont connectés par des mécanismes écologiques aux insectes des autres pays. Il est donc peu probable que l’effondrement constaté en Allemagne se limite à cette seule Allemagne. Rajoutons encore que les insectes sont liés aux vertébrés – dont l’effondrement sur l’ensemble de l’Europe est dument documenté – par des interactions proie-prédateur et que le déclin des vertébrés entraîne mécaniquement celui des insectes.

 

Que se passerait-il si les insectes venaient à disparaître entièrement ? Tout simplement le pire. « Il apparaît que nous rendons de vastes étendues de terre inhospitalières à la plupart des formes de vie et que nous sommes en route vers une apocalypse écologique », a déclaréau Guardian Dave Goulson, un des auteurs. « Si nous perdons les insectes, tout va s’effondrer. » Il est d’usage, pour décrire les actions écologiques, de parler de « sauver la planète ». Or la planète Terre se remettra très bien de la sixième extinction de messe que nous vivons. Elle en a vu d’autres, et notamment la disparition des dinosaures. Celle qui ne va pas s’en remettre, en revanche, c’est l’humanité, tributaire et dépendante des interactions entre toutes les formes de vie existant actuellement sur le globe. Ce « tout » qui va s’effondrer, c’est ce qui nous permet de respirer, de boire de l’eau potable, de produire la nourriture dont nous avons besoin pour vivre. Autrement dit, la planète n’est pas en danger, mais nous, nous le sommes.

 

On aurait pu penser que, depuis le temps que les scientifiques donnent l’alerte, les responsables politiques des pays occidentaux auraient réagi. Qu’ils auraient questionné la pertinence des modèles économiques et de la consommation de ressources qu’ils occasionnent à l’aune de ce que nous commençons à savoir. Qu’ils auraient compris, enfin, que les mobilisations contre les « grands projets inutiles » (A45, Notre-Dame-des-Landes, Center Parcs, stades géants) sont notamment basées sur des données chiffrées quantifiant l’effet de ce type d’équipement sur la biodiversité et les équilibres naturels. Mais non. Ils s’accrochent coûte que coûte à l’idée que ces grands projets faciliteront l’accès à l’emploi et que cela compensera d’une manière ou d’une autre – mais laquelle ? – les dégradations écologiques qu’elles entraînent.

 

Le combat contre la centrale à biomasse de Gardanne est le dernier exemple en masse de l’aveuglement volontaire de la classe politique française. Comme le rapportait Reporterre au début du mois, les parcs naturels du Verdon et du Lubéron et l’association France Nature Environnement PACA ont dû l’accepter sous la pression car la région menaçait de leur supprimer leurs subventions s’ils persistaient dans leur refus. Or 70% à 80% de leur budget dépend de financements régionaux. Ce n’est certes pas la première fois que des associations de la nature sont ainsi menacées : les auvergnates et les rhônalpines, qualifiées par Laurent Wauquiez d’ « ayatollahs » et « doryphores vivant sur la bête », ont déjà subi l’ire du président de la grande région fusionnée (et probable futur président des Républicains, ce qui n’augure rien de bon quant à la prise en compte de l’urgence de la situation par la droite). Mais les arguments avancés par ceux des hommes politiques qui dépassent l’insulte pour tenter un argumentaire donnent l’impression de venir d’une autre époque. « Il est temps que chacun se ressaisisse et comprenne que l’écologie n’est ni une doctrine ni une idéologie, mais doit être mise au service de l’économie pour faire de la croissance verte un atout et faire gagner la France » : la déclaration est signée Renaud Muselier, président de la région PACA. Les insectes volants dont les effectifs s’effondrent doivent-ils eux aussi se ressaisir et comprendre qu’il leur faut croître et multiplier malgré des vents hostiles, pour se mettre au service de l’économie et de la croissance européenne ? Les chauves-souris et les vertébrés sont-ils eux aussi des fainéants qui ne déclinent que par idéologie et refus de se mettre au service de la croissance verte qui fera repartir l’Europe ?

 

Entre les discours politiques et la réalité écologique, le fossé se creuse un peu plus chaque jour. Emmanuel Macron n’a pas eu beaucoup de mots pour l’écologie lors de sa dernière intervention télévisée. Nicolas Hulot essaie de ménager la chèvre et le chou depuis sa nomination. Nos hommes politiques ne font rien pour inverser la tendance qui va mener à la disparition de la vie humaine et s’en félicitent. À moins que ceux qui ont en main les leviers d’action ne vivent un chemin de Damas, nous boirons le calice jusqu’à la lie.
 

Photo : © nemirkovic / iStock

Je t'aime

Par Le 18/10/2017

A mes élèves, aujourd'hui.

« Vous n’avez pas idée de tout ce que vous avez déjà appris. Il est déjà impossible, alors que vous n’avez que dix ans, d’écrire la liste entière de tout ce que vous savez aujourd’hui et il serait encore plus illusoire de vouloir écrire la liste de tout ce que vous allez encore apprendre. Mais pour ça, il faut que vous soyez présent, c'est-à-dire que vous parveniez à utiliser l’intégralité de ce que la vie vous a offert. Votre corps, votre cerveau, toute la vie en vous, les émotions, les perceptions, les sensations, vos pensées, vos rêves, vos espoirs, tout ce qui va emplir votre existence et que vous devez honorer, bénir, remercier, aimer, de toutes vos forces.
Quand je vous demande d’apprendre un mot nouveau, une règle, des tables de multiplication, des cartes de géographie, des périodes historiques, la diversité immense de la nature, tout ce que vous pouvez apprendre en venant ici, il faut absolument pour l'obtenir que vous entriez en contact avec vous-mêmes. C'est-à-dire à communiquer avec vous, avec votre être intérieur.

De cette façon-là, par exemple :
« Oui, toi, c’est à toi que je parle. Mon cerveau. Je veux que tu dises à notre mémoire qu’elle doit se mettre au travail, je veux que tous mes efforts pour apprendre, elle en retienne la moindre parcelle, je veux que toi, cerveau, tu sois éveillé, actif, en ébullition et qu’en même temps, tu saches rester calme. Je te dis tout ça sans colère mais bien au contraire avec un très grand amour pour tout ce que tu m’apportes. Nous deux, unis, il n’y aura pas de limites, aucune barrière infranchissable, nous serons des compagnons inséparables sur le chemin de notre vie commune. Sois courageux. Je t’aime. »

Un très beau texte

Par Le 17/10/2017

Sans titre (eh oui ! va falloir lire le texte !)

Publié le  par Marie Ghillebaert

https://yogasesame.com/2017/08/15/sans-titre-eh-oui-va-falloir-lire-le-texte/

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Aujourd’hui, cela fait tout juste un an que j’ai créé – en plein cœur d’une situation difficile – ce site Internet pour présenter la salle que j’allais ouvrir deux semaines après.

Pleine d’incertitudes, je me disais : « Allez ! On verra bien… Je vais donner tout ce que j’ai à donner (et même ce que je n’ai pas) et si ça ne va pas, j’arrête. Il y aura bien autre chose qui se présentera. »

Et vu que rien d’autre ne s’est présenté…

Aujourd’hui, à quelques jours de la ré-ouverture après une période d’interruption estivale, les doutes ne m’ont toujours pas quittée. Ils se sont peut-être même intensifiés.

Mais bon. Allez ! On verra bien…

***

Il n’y a pas un texte, pas un seul, que je publie sans me demander : « À quoi bon rendre cela public ? Qui cela intéressera ? Ça ne parle que de moi et qui j’intéresse, moi ? »
J’ai toujours ce frein, cette résistance qui vient s’immiscer là, juste après avoir écrit, à cet instant même qui précède la mise en ligne de ce qui livre – même si ce n’est souvent qu’entre les mots – autant de mon intimité.
Et puis, je ne sais jamais pourquoi, je lance à l’eau, j’abandonne à la lecture d’autres que moi – de mêmes que moi, en fait – ce qui au fond ne m’appartient pas tant que cela.

Je parle de moi dans chacun de mes textes ; il n’y a en pas un, pas un seul, où je ne parle pas de moi. Mais je n’utilise pour ainsi dire jamais le « je ». C’est toujours avec beaucoup d’hésitation, voire même de réticence, que j’écris à la première personne.
Sans doute parce que je trouve le « je » trop personnel, trop exclusif, trop excluant et j’ai à coeur de ne pas parler que de moi mais de recouvrir des sensations, des émotions, des sentiments et des états qui peuvent être reconnus et partagés par quiconque me lit.
Et sans cela, pour la raison évoquée dans le paragraphe précédent, je ne publierai rien. C’est l’absence de « je » – qui ne signifie pas pour autant la négation de ma présence, bien au contraire – qui me permet de ne pas rester bloquée sur le frein.

Ici, je vais parler avec le « je ». Je n’ai presque pas le choix. Comme bien souvent lorsque j’écris, cela s’impose à moi.
Je vais écrire avec sincérité, comme je le fais chaque fois d’ailleurs, mais sans avoir besoin ici de me cacher derrière l’absence de « je » que je viens d’évoquer.
Il me coûtera alors d’autant plus de laisser partir ce texte pour être lu. Sans doute autant, sinon plus, que lorsque j’avais laissé partir ce texte ci (publié alors sur Yoganova magazine) : 
Faut-il être « bien roulée » pour « faire » du Yoga ?

***

Comme à chaque fois et – comme je l’ai expliqué précédemment – encore bien davantage cette fois, j’ai beaucoup hésité avant de décider de laisser partir ce texte. Il fallait que je sache pourquoi je le fais, sinon cela n’aurait aucun intérêt et aucun sens à mes yeux.

La raison qui m’est apparue comme étant la plus évidente est en lien avec ma constatation de plus en plus fréquente de cette sorte de mise en scène d’une prétendue et souvent déguisée « meilleure version de soi » dans toutes les sphères de la vie et en particulier dans celle du « bien-être » à laquelle le Yoga est assimilé.

Je ne suis pas fondamentalement opposée à l’idée de « vendre du rêve ». Mais, pour ma part, le Yoga est une science de la Réalité et non pas une sorte de scénario bien ficelé d’un bonheur standardisé à base de palmiers à la noix (de coco évidemment !), de thé detox qui purifie autant le côlon de toutes ses toxines que le mental de tous ses soucis, de postures de yoga quasi irréalisables mais qui donnent le plus beau sourire de l’Univers tout entier. Mais je ne vais pas m’étendre sur le sujet, je l’ai fait déjà à maintes reprises (entre autres, ici, là, là, là et, je l’ai cité plus haut : là).

Pour moi, la vocation du Yoga est de nous amener à sortir de l’ignorance dans laquelle nous sommes enfermés (et aussi dans laquelle nous nous enfermons, du reste !) pour nous ouvrir à la Connaissance. Et c’est la raison majeure pour laquelle j’offre l’énergie que j’ai consacrée à la rédaction de ce texte, comme à celle de tous les autres. Il m’est essentiel d’énoncer la vérité, même si elle n’est que la mienne.

Et la vérité que je souhaite énoncer ici c’est que non, la pratique du Yoga, et qui plus est le fait de la transmettre, ne prémunit pas contre les doutes, l’incertitude, le manque voire même l’absence de confiance et d’estime de soi. Non, atteint un certain nombres d’heures et même d’années de pratique, on n’est pas « sorti d’affaire » et on ne connaît pas la Béatitude jusqu’à ce que la mort nous sépare de notre actuel corps. Quel que soit le chemin sur lequel nous sommes engagés et le nombre de pas que nous avons fait sur celui-ci, nous n’avons jamais fini et je dirai même nous venons toujours à peine de commencer.

Après une discussion avec un ami hier soir (merci Xavier), j’ai également compris que ce qui importe le plus pour court-circuiter l’illusion du « paraître » qui divertit de l’essentiel est non pas – comme je l’ai longtemps cru et comme je reste encore si souvent tentée de le croire (je développe plus bas à ce propos) – de « disparaître », mais bien plutôt de « transparaître ». Disparaître revient à se placer dans un état d’opposition à ; tandis que transparaître c’est transcender, aller au-delà de la dualité en fait.

Alors voilà ce que je tente de faire ici en livrant ce texte « à visage découvert » : transparaître.

***

La sincérité – Satya en sanskrit – est pour moi l’une des valeurs les plus fondamentales. Elle est à mon sens très en lien avec la connaissance de soi (Svadhyaya), et donc évidemment avec le Yoga qui nous y initie. On peut en effet très bien se croire tout à fait sincère sans pour autant l’être faute en fait de se connaître vraiment… faute en fait d’être sincère avec soi-même en embrassant la totalité de ce que l’on est en somme. Dans nos dimensions paraissant être les plus gratifiantes mais aussi dans celles qui semblent les moins louables.

Alors voilà. La sincérité me doit de dire que j’écris présentement dans un état intérieur délicat, pétri avec peine pendant des heures et des heures de doutes et d’incertitudes.

Il y a quelques jours, j’ai annoncé ma reprise des cours après cinq semaines d’interruption (à l’exception de quelques cours particuliers). J’ai annoncé cette reprise comme il se doit et comme il en est : des informations clairement données et, à la fin, une phrase communiquant mon enthousiasme à reprendre.

Mais là aussi, la sincérité me doit de dire que, en rédigeant cette annonce, je me demandais – et il se peut très certainement que je me le demande encore à cet instant – comment j’allais pouvoir reprendre ? Comment vais-je pouvoir guider d’autres que moi alors que je ne suis, disons-le, même pas fichue de me guider moi-même en ce moment ?

Et toutes ces choses que je ne cesse de répéter, par écrit dans mes textes et à l’oral auprès de mes élèves, auprès de mes amis rares mais précieux, alors que je suis la première personne à avoir besoin de lire et d’entendre tout cela. La première ! Et pourtant ça peine encore si souvent autant à s’intégrer en moi… N’est-ce pas insensé ?

Et puis lorsque l’on me demande des références bibliographiques sur le Yoga – ce qui arrive fréquemment – je ne suis même pas capable d’en donner. N’ayant jamais lu sur le sujet, pas même les fameux Yoga-Sutra dont je me suis « contentée » de recevoir l’enseignement oral, comme tout le reste d’ailleurs, je ne peux apporter que ce que je ressens à travers ma propre pratique qui, bien que je m’y accroche depuis tant d’années, me semble pourtant m’avoir actuellement abandonnée.

Et pourtant…

***

Cela fait 14 ans que j’ai commencé à pratiquer le Yoga, 7 ans que j’ai commencé à le transmettre, 3 ans que j’ai commencé à publier ce que j’écris sur le sujet et 1 an que j’ai commencé à faire pousser Yoga Sésâme planté toutefois un peu malgré moi.

Mais tout ceci ne représente pas grand chose en fait.
C’est un temps en réalité non comptable, non mesurable, aussi insignifiant qu’une poignée de grains de sable qui, bien qu’on les maintient bien en main, parviennent tout de même à s’écouler, à s’échapper, à nous filer entre les doigts. A disparaître comme s’ils n’existaient que tant qu’on les tenait.

Ce temps ne représente rien.
Il n’existe pas un jour où je ne fais pas l’expérience de l’éternel recommencement où, du néant que je suis, il me revient de créer la réalité que j’ai à incarner.
Je me réveille chaque matin en ne sachant rien, en n’étant rien ; en ayant tout à apprendre et tout à être.
A chaque instant je pars de rien et de nulle part.
Tout reste à vivre.

Une vie qui n’est pas gagnée, qui n’est pas due, qui n’a même pas été demandée. Mais qui est là pourtant et qu’il me faut bien apprendre à aimer et à mener… sans la détruire ni la subir.

A chaque pas que je fais, le Ciel à hauteur de Cœur vers lequel je cherche depuis toujours à m’élever semble en fait toujours un peu plus s’éloigner.

Je me retourne parfois. Je peux mesurer le chemin parcouru. Et Dieu sait que oui, je reviens de loin. Je peux maintenant m’autoriser à le reconnaître.
Mais pourtant, bien que continuant à investir toute mon énergie à avancer sur ce chemin – parfois en le survolant presque sans aucun effort, souvent en ayant à m’extraire de la Terre où il me semble être enlisée – j’ai cette amère impression de ne jamais m’approcher du Centre.
J’y suis déjà pourtant. Nous y sommes toutes et tous déjà. Mais… bien que je le sache… je ne le sais pas.

Je ne le sais pas.

J’ai mis toutes ces années – et je continue encore – à me tirer à bout de bras d’un gouffre dans lequel je m’étais moi-même ensevelie, confondant les ténèbres avec la Lumière : à mesure où je m’allégeais, persuadée de pouvoir ainsi m’élever, je ne faisais en fait que m’enfoncer.
Étrange paradoxe de ne s’être jamais sentie aussi vivante spirituellement qu’en s’ingéniant à se faire disparaître corporellement jusqu’à n’être plus qu’une ombre suspendue ne se nourrissant à rien d’autre qu’au vertige de la mort.
Et la nostalgie de cette époque qui reste si souvent présente encore aujourd’hui, j’ai chaque jour à travailler encore et encore pour ne pas y glisser à nouveau et me laisser ainsi emporter dans ce fantasme à réaliser de parvenir à me désincarner d’un corps toujours trop lourd à porter.

Disparaître pour pouvoir être.

N’être plus rien : invisible, inaudible, impalpable… pour pouvoir être Tout : pure Lumière, pur Son et pure Présence. Immatérielle.

Ainsi, chaque jour tout est à recommencer.
Je ne sais rien, je ne suis rien.
Et ce néant duquel m’extirper et me convaincre de la nécessité d’être matière, de consentir à me laisser être faite de poussière pour pouvoir créer la réalité d’un Être qu’une Vie – pourtant même dédiée au Yoga – ne suffira pas à connaître et à aimer.
Mille fois égratignée – peut-être même mille et une – à tomber, et à retomber encore, et parfois plus bas encore que ce que j’aurai pu imaginer imaginable, je continue pourtant à remonter sans relâche à dos de ma volonté pour escalader l’immensité de l’inconnue que je suis pour moi-même.
En sachant bien néanmoins que demain il n’en restera plus rien.
Peu importe.
Il sera temps de recommencer demain.
Et après-demain.
Et les autres jours aussi.

C’est ainsi qu’une Vie se crée.

Que ce soit avec ou sans Yoga.
Recommencer.
Encore et encore.
Mais jamais cependant deux fois de la même façon.
Explorer en long, en large et parfois même en travers, à m’y perdre et à m’y retrouver, toutes les combinaisons possibles dans ce labyrinthe qu’est ce corps dans lequel j’ai été mise au monde.

Jusqu’au jour où jaillira en moi la Conscience que la Terre sur laquelle je tombe et retombe sans arrêt et le Ciel vers lequel je ne cesse d’aspirer à m’élever ne font en fait qu’Un.
Et ce n’est rien d’autre que moi-même qui leur fait office de lien.

***

À tant vouloir m’éloigner de la Terre et de tous les Êtres et de toutes les choses qui la constituent sur laquelle et parmi lesquels il me semble toujours prendre trop de place, non, je ne me rapproche pas du Ciel ; non, je ne me rapproche pas de moi-même.
J’avance et Cela me semble toujours autant, sinon plus, éloigné.
Me voici ainsi 
perdue au beau milieu de l’illusion d’une distance qui me sépare de Tout mais qui n’a en fait été créée par nulle autre que moi-même… alors qu’elle n’existe pourtant pas. Pas plus que le temps que j’évoquais plus haut.

Je ne suis en fait ni perdue entre la Terre et le Ciel, ni au centre de Rien ou de Tout. Je porte Cela – cette Vie et l’Amour de celle-ci – en moi autant que Cela me porte.
Et chaque jour je l’oublie.
Et chaque jour j’ai à m’en souvenir.
Encore et encore.

Pour chaque jour Le transmettre du mieux que je peux.

Et chaque jour renouveler d’essayer de convaincre la part de moi-même qui est persuadée que ce n’est pas assez – que je ne suis pas assez – que c’est tout de même mieux que rien…

***

À chaque instant, dans la douleur ordinaire de n’être qu’un Être limité et imparfait, faire ainsi l’expérience extraordinaire d’une création infinie et à jamais inachevée.

Se couper la tête

Par Le 17/10/2017

Un très beau texte auquel j'adhère intégralement.

 


Faut-il se couper la tête pour entrer tout entier dans la spiritualité ?

Publié le  par Marie Ghillebaert

https://yogasesame.com/2016/11/17/faut-il-se-couper-la-tete-pour-entrer-tout-entier-dans-la-spiritualite/

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योगश्चित्तवृत्तिनिरोधः

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Yoga-Sutra I.2

Le Yoga est l’état où les pensées fluctuantes et alourdissantes qui agitent et encombrent l’esprit se sont à tel point apaisées et allégées qu’elles se sont envolées.

Souvent, notre tête ploie sous le poids des pensées amassées, entassées, ressassées qu’elle renferme et qui l’enferment, que l’on retient et qui nous détiennent, prisonniers que nous sommes de ces barbelés de mots qui enchevêtrent notre corps et notre cœur, interdits de frissonner et de palpiter.

Nos épaules s’effondrent, lassées, tassées, cassées de porter et supporter le poids des malheurs de la terre entière et du monde entier que l’on rassemble dans notre esprit trop petit pour tenter à lui seul de résoudre chaque ennui, de réparer chaque dépit et de sauver chaque vie.

Et pourtant… s’il semble ne pas y avoir de solution aux problèmes qui occupent et préoccupent notre esprit c’est que ces problèmes n’existent en fait pas ailleurs que dans notre tête. Alors justement la solution reviendrait à couper celle-ci.

Mais de là à la couper pour couper court à tous les scénarios dramatiques auquel notre mental veut nous faire croire…

Si nous tenons tant à trouver une solution à un problème qui n’existe pas et quitte à couper quelque chose, le mieux reste encore de laisser parler la voix dans notre tête… et lui couper la parole.

Lorsqu’on l’entend plus que notre cœur, c’est signe qu’il est plus que temps qu’elle se la ferme !

Non mais oh ! On ne va quand même pas se laisser commander, réprimander, dévaloriser par quelque chose qui n’existe que si nous l’autorisons nous-mêmes à exister !

Nous sommes le maître. Le reste c’est du vent.

Et nous avons le choix : ou bien nous nous laissons être ébranlés par ces bavardages incessants, ou bien nous relevons la tête (plutôt que la couper) et nous avançons… contre vents et marées.

C’est ce que symbolise la divinité tantrique Chinnamasta : elle se coupe elle-même la tête afin de représenter la cessation de ces fluctuations du mental dont parle le Yoga-Sutra évoqué plus haut.

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Chinnamasta n’est pas la seule à personnifier cette métaphore de la décapitation pour mettre terme à la domination des projections du mental. On retrouve aussi cela notamment dans l’histoire de Ganesh (cf. La naissance de Ganesh, de l’impur au divin).

Au-delà du geste sanguinaire sur lequel il serait primaire de s’arrêter, il convient surtout de comprendre ce qui se cache derrière cette image.

Cela a à voir en fait avec la notion de dualité.

Chinnamasta symbolise un paradoxe qu’il est fondamental de comprendre intégralement, c’est-à-dire intellectuellement avec sa tête mais aussi charnellement avec son corps. Ce paradoxe est le suivant : c’est en désunissant que l’on réunit. Autrement dit, c’est en sortant de la con-fusion que l’on entre dans la conscience de la véritable union.

Ce qui est ici paradoxal et très subtil à comprendre c’est qu’en réalité la confusion naît de l’illusion de la séparation. Tant que l’on reste enfermé dans le piège de la dualité, cette fausse croyance que notre corps charnel et sensuel (prétendument relié à l’humain) est séparé de notre esprit pur et conscient (prétendument relié au divin), on se maintient prisonnier de la confusion entre ce que nous croyons être et ce que nous sommes vraiment. Nous croyons être de simples humains, captifs de leur malheur lié à la connaissance de leur nature imparfaite et mortelle alors que nous sommes en vérité du nectar d’Amour divin et éternel qui a été incarné afin d’en enrichir les arômes.

Le jour béni où l’on se délivre de cette confusion – et cela ne peut se passer que par l’expérience humaine transcendée – ce jour où, nous confrontant à notre plus grande peur, nous prenons conscience que celle-ci n’était construite que sur des fondations fantômes et qu’il suffisait d’ouvrir vraiment, réellement les yeux pour s’apercevoir que ça n’existait pas, alors on goûte enfin à ce qu’est vraiment la Liberté. La liberté d’être Soi. Pleinement Soi. Et non plus un soi que l’on avait établi sur une identité étriquée et erronée.

Mais pour cela il faut prendre le risque. Le risque de s’exposer à sa peur de disparaître. Cette peur de disparaître est elle-même le fruit de la confusion : nous croyons que c’est ce que nous sommes intrinsèquement qui disparaîtra alors que c’est justement ce que nous ne sommes pas et que nous croyons pourtant être (vous suivez toujours ?  ) qui disparaîtra.

Il y aura donc effectivement une disparition, une dissolution, une abolition. Mais celle-ci est nécessaire précisément pour faire éclore ce que l’on est vraiment. La disparition, la mort est celle de ce « faux-nous » dans lequel nous faisions si bien semblant de vivre que nous étions la première personne à nous croire nous-mêmes.

Et il est indispensable d’en passer par cette mort si l’on souhaite un jour connaître le bonheur de ne plus se contenter de faire semblant de vivre pour pouvoir vivre enfin vraiment.

Il faut avoir la bravoure de faire l’offrande de ce « faux-soi » auquel nous croyions et auquel nous nous attachions. Il faut avoir l’humilité de reconnaître que l’on ne sait en fait rien au sujet de Soi, que l’on est « débutant » dans la connaissance de Soi (voir le texte suivant : Sans titre). Il faut avoir la sagesse de tout oublier des convictions que l’on avait au sujet de soi-même pour pouvoir se rencontrer pour la première fois. Il faut avoir la folie nécessaire de se jeter nu tout entier dans le feu au risque de disparaître… et donc au risque de vivre…

Il est en effet vital de nous mouiller à l’eau trouble de nos failles, de goûter à l’amer salé de nos larmes, de plonger dans les profondeurs du cœur de nos entrailles.
Alors seulement peut émerger à notre propre surface le pur nectar du Soi.
Pas d’ascension sans immersion.

Il est vital d’anéantir tous les orgueils de notre ego, de creuser la tombe du cadavre de nos illusions, de faire le deuil de notre propre chaos.
Alors seulement pourront tomber en lambeaux les vieilles peaux qui recouvrent la précieuse soie du Soi.
Pas de reconstruction sans destruction.

Il est vital d’avoir été intérieurement ébranlé par la traversée de zones de turbulences pour pouvoir laisser enfin la Vie danser en soi.
Alors seulement, nous serons prêts à jouir de notre juste place : au centre de Soi.
Pas d’évolution sans révolution.

Au-delà de la tête coupée, c’est la déchirure de toutes les limitations et les peurs créées par notre mental et auxquelles nous nous soumettons que Chinnamasta symbolise.

C’est précisément lorsque nous nous coupons de cela par le dépassement de ce que nous croyions impossible que nous entrons alors dans la conscience de notre Unité.

Et cette Unité dont il s’agit est triple : notre corps et notre tête, l’Autre et nous, le Divin et nous.

Nous ne sommes ni un corps sans tête, ni une tête sans corps.

Nous ne sommes ni séparés de nous-même, ni séparés de lui, ni séparés de Tout.

Nous ne faisons qu’Un car nous ne sommes en vérité qu’Un.

***

Le silence des "hommes"...

Par Le 16/10/2017

Rien à ajouter à l'article.

Juste mon dégoût de ces "hommes" et de leur silence coupable.


 

Affaire Harvey Weinstein : où sont les hommes ?

 

La chute du producteur de cinéma Harvey Weinstein, accusé d’agressions sexuelles et de viols, a été fulgurante. A Hollywood, les prises de position sont principalement venues des femmes.

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Violaine Morin

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De gauche à droite : Gwyneth Paltrow, Rosanna Arquette, Mira Sorvino, Rose McGowan, Angelina Jolie Pitt, Asia Argento et Ashley Judd, des actrices parmi les nombreuses femmes qui ont témoigné contre Harvey Weinstein.
De gauche à droite : Gwyneth Paltrow, Rosanna Arquette, Mira Sorvino, Rose McGowan, Angelina Jolie Pitt, Asia Argento et Ashley Judd, des actrices parmi les nombreuses femmes qui ont témoigné contre Harvey Weinstein. AP

Le comportement de prédateur sexuel d’Harvey Weinstein était le « secret le moins bien gardé » d’Hollywood. L’affaire tourne désormais au règlement de comptes entre les victimes et leurs soutiens, et ceux qui « savaient forcément », ceux qui « se doutaient ». Mais aussi ceux qui savent désormais et ne disent toujours rien.

Les premières accusations d’agressions sexuelles révélées par le New York Times ont été suivies par un article accablant dans le New Yorker comportant trois accusations de viol, dont une a valu l’ouverture d’une enquête par la police de New York. De nombreuses actrices ont depuis ajouté leur témoignage, dont les actrices Emma de Caunes, Judith Godrèche, Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Léa Seydoux.

Silence embarrassé et accusations de complicité

A quelques rares exceptions, les hommes d’Hollywood n’ont pas, dans un premier temps, réagi ou pris position publiquement, alors que les femmes étaient nombreuses à le faire, de Meryl Streep à Kate Winslet.

Il y a bien eu Colin Firth, Leonardo DiCaprio ou Mark Ruffalo – qui a qualifié ces agissements de « répugnant abus de pouvoir » sur Twitter. George Clooney, dans une interview au Daily Beast, a, lui, reconnu que des rumeurs selon lesquelles des actrices avaient « couché avec Harvey Weinstein pour obtenir des rôles » courraient depuis les années 1990. Rumeurs qu’il a jugées sexistes, concluant qu’il ne fallait pas y prêter plus d’attention.

Mais le Guardian a publié mercredi la liste d’une vingtaine d’hommes d’Hollywood, contactés pour commenter l’affaire Weinstein, et qui n’ont pas donné suite à ses sollicitations. Parmi eux :

  • des réalisateurs de premier plan ayant travaillé avec Weinstein, comme Quentin Tarantino et Michael Moore ;
  • des acteurs dont Matt Damon, Bradley Cooper, Brad Pitt, Daniel Day-Lewis, Russell Crowe ou Ewan McGregor.

Au stade de l’affaire où chacun se demande « qui savait » et « qui ignorait », le silence embarrassé de ces acteurs de premier plan est interprété comme un aveu de complicité, plus ou moins passive. Car certains sont eux-mêmes accusés d’avoir contribué à étouffer les accusations pesant sur Harvey Weinstein. Sharon Waxman, journaliste et fondatrice du site The Wrap.com, explique avoir mené une première enquête en 2004, alors qu’elle était journaliste au New York Times. Elle accuse Matt Damon et Russell Crowe d’avoir fait pression sur elle, au téléphone, pour que son article ne soit pas publié en l’état. Matt Damon, ainsi que le New York Times, ont démenti.

Ben Affleck, dont la carrière a été lancée par le studio Miramax, a assuré qu’il ne savait rien, mais l’une des actrices ayant porté les premières accusations contre Weinstein, Rose McDowan, affirme que c’est faux : « Je lui avais dit d’arrêter ces conneries ! », aurait-il dit à l’actrice après qu’elle lui a raconté son agression. Dans la journée de jeudi, d’aucuns ont déterré des épisodes embarrassants pour Ben Affleck lui-même, alors que l’acteur s’est fendu d’un communiqué dénonçant le harcèlement sexuel.

Lire notre article sur les   répercussions politiques de l’affaire Weinstein

« Parlez plus fort »

Dès lundi, lendemain du renvoi d’Harvey Weinstein de sa société de production, Jessica Chastain s’insurgeait :

« J’en ai marre que l’on demande aux femmes de prendre la parole. Qu’en est-il des hommes ? »

Elle partage, à la suite de cette remarque, une tribune parue dans le magazine Variety, qui explique que les hommes doivent prendre part à la condamnation collective pour que les choses changent :

« Quand il s’agit de transformer la culture d’Hollywood, c’est très simple : si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites partie du problème. »

Lena Dunham, actrice et réalisatrice de la série Girls, a également publié une tribune dans le New York Times pour demander aux hommes d’Hollywood de sortir de leur silence, eux qui ont si unanimement condamné les propos orduriers de Donald Trump envers les femmes pendant la campagne présidentielle américaine :

« Nous n’acceptons pas de considérer les agressions sexuelles comme de simples conversations de vestiaire. Alors pourquoi ce silence assourdissant, en particulier de la part d’hommes du milieu du cinéma, lorsque l’un des nôtres est dénoncé pour son goût répugnant de l’humiliation des femmes ? »

Et Lena Dunham de dresser un parallèle entre Weinstein et d’autres hommes du milieu du cinéma qui ont bénéficié, avant lui, d’une forme de complicité active ou passive de la part d’Hollywood.

Elle cite Woody Allen, accusé par sa fille adoptive, Dylan Farrow, d’agressions sexuelles alors qu’elle était enfant, et qui n’a jamais été inculpé pour ces accusations. Mais aussi Roman Polanski, activement protégé par une partie de la profession, en France comme aux Etats-Unis, alors qu’il est poursuivi dans ce pays depuis 1977 pour viol sur une mineure de 13 ans. Son arrestation en Suisse en 2009 lui a valu de nombreux soutiens en France, en Pologne et aux Etats-Unis. Dont celui, rappelle Lena Dunham, d’Harvey Weinstein.

La réalisatrice poursuit en affirmant à quel point il est curieux que les hommes d’Hollywood, qui concentrent le plus de pouvoir entre leurs mains, n’aient pas la force de parler :

« Les hommes ont le moins à perdre et le plus de pouvoir entre leurs mains pour faire changer les choses, outre qu’ils ne gèrent probablement pas le même niveau de traumatisme personnel et collectif autour de ces accusations. (…) Et pourtant, nous sommes là, des jours après, à attendre des collaborateurs les plus puissants d’Harvey Weinstein qu’ils disent quelque chose. N’importe quoi. »

Le silence des hommes, conclut-elle, contribue à créer un environnement où des comportements comme celui de M. Weinstein restent possibles. « Quand nous restons silencieux, nous fermons les yeux sur un comportement qu’aucun d’entre nous ne peut juger acceptable. (…) Parlez plus fort. »


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/10/12/affaire-harvey-weinstein-ou-sont-les-hommes_5200109_4832693.html#3kAyoFLhcec9k2C2.99 

Jules Ferry : lettre aux instituteurs

Par Le 16/10/2017

 

Jules Ferry

Lettre aux instituteurs, 1883

 

Paris, le 17 novembre 1883

 

Monsieur l’Instituteur,

 

L’année scolaire qui vient de s’ouvrir sera la seconde année d’application de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues après la première année d’expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu’il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus à cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c’est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l’éducation morale et l’instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettrez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir à cet égard tout votre devoir et rien que votre devoir.

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier, d’autre part elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’église, l’instruction morale à l’école.

Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus, celui des croyances qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensables à tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer.

Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral : c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul.

En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s’est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément il eût encouru ce reproche s’il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d’une sorte de cours ex professo sur les principes, les origines et les fins dernières de la morale. Mais qui jamais a conçu rien de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l’instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu’on attendait de vous, et il l’a fait en des termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu’il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recommander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : Votre tâche d’éducateur moral est impossible à remplir. Les autres : Elle est banale et insignifiante. C’est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n’est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime, qu’elle est très limitée et pourtant d’une très grande importance, — extrêmement simple, mais extrêmement difficile.

J’ai dit que votre rôle en matière d’éducation morale est très limité. Vous n’avez à enseigner à proprement parler rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et quand on vous parle de mission et d’apostolat, vous n’allez pas vous y méprendre : vous n’êtes point l’apôtre d’un nouvel évangile ; le législateur n’a voulu faire de vous ni un philosophe, ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu’on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s’inspirant de vos exemples, à l’âge où l’esprit s’éveille, où le cœur s’ouvre, où la mémoire s’enrichit, sans que l’idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur transmettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j’entends simplement de cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques.

Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille ; parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l’on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir : avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble, peut-être, un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l’enfant. Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l’humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? Des dissertations savantes ? De brillants exposés, un docte enseignement ? Non, la famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C’est dire qu’elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique que vous pourrez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.

Il ne s’agit plus là d’une série de vérités à démontrer mais, ce qui est tout autrement laborieux, d’une longue suite d’influences morales à exercer sur de jeunes êtres, à force de patience, de fermeté, de douceur, d’élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous à ce que d’ici quelques générations les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attestent les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l’histoire un honneur particulier pour notre corps enseignant d’avoir mérité d’inspirer aux Chambres françaises cette opinion, qu’il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer en quelque sorte d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n’éprouviez nul besoin de l’agrandir. D’autres se chargeront plus tard d’achever l’œuvre que vous ébauchez dans l’enfant et d’ajouter à l’enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l’office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : poser dans l’âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité. Dans une telle œuvre, vous le savez, Monsieur, ce n’est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c’est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s’agit pas de les condamner — tout le monde ne les condamne-t-il pas ? — mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons, il faut surtout que leur caractère s’en ressente : ce n’est pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement.

Au reste, voulez-vous en juger vous-même dès à présent et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s’il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect dû à la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n’avez rien fait encore ; la leçon de morale n’a pas porté.

Ou bien vous leur avez expliqué ce que c’est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profondément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimuler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?

Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer.

Et que ces rechutes ne vous découragent pas. Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former ou de réformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lectures, des maximes écrites, copiées, lues et relues ; mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont en morale un apprentissage à faire, absolument comme pour la lecture ou le calcul. L’enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l’une après l’autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l’un et à l’autre ? La pratique, l’habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l’exécution. De même, l’enfant qui répète les premiers préceptes de la morale ne sait pas encore se conduire : il faut qu’on l’exerce à les appliquer couramment, ordinairement, presque d’instinct ; alors seulement la morale aura passé de son esprit dans son cœur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.

De ce caractère tout pratique de l’éducation morale à l’école primaire, il me semble facile de tirer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d’enseignement.

Une seule méthode vous permettra d’obtenir les résultats que nous souhaitons. C’est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d’abstractions, beaucoup d’exemples et surtout d’exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n’est pas le livre qui parle, ce n’est même plus le fonctionnaire, c’est pour ainsi dire le père de famille dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.

Est-ce à dire qu’on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d’improvisation perpétuelle sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n’y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs, ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d’instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l’opinion publique attache à l’établissement d’une forte culture morale par l’école primaire. L’enseignement laïque de la morale n’est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays.

C’est ici cependant qu’il importe de distinguer de plus près entre l’essentiel et l’accessoire, entre l’enseignement moral qui est obligatoire, et les moyens d’enseignement qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d’instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c’est là une erreur que ni vous, ni vos collègues, n’avez pu commettre. Vous savez trop bien que, sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l’autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.

Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral si elles pouvaient croire qu’il réside surtout dans l’usage exclusif d’un livre même excellent. C’est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n’auraient pour suivre vos leçons le secours d’aucun manuel ; et ce sera le cas tout d’abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d’instruction civique serait manifestement inutile. À ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l’étude prématurée d’un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l’enfant.

Dans le cours moyen, le manuel n’est autre chose qu’un livre de lectures qui s’ajoute à ceux que vous possédez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d’enseignement : le livre n’intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.

Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner ; c’est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l’esprit du jeune homme.

Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n’est pas l’action du livre, c’est la vôtre. Il ne faudrait pas que le livre vînt en quelque sorte s’interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l’impression sur l’âme de vos élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, non vous pour le livre. Il est votre conseiller et votre guide, mais c’est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.

Pour vous donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des circonstances vous enchaîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d’instruction morale et civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu de canton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre disposition. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d’en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore, vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le redire, faites toujours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à faire adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les jeunes générations l’enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.

Il dépend de vous, Monsieur, j’en ai la certitude, de hâter par votre manière d’agir le moment où cet enseignement sera partout non seulement accepté, mais apprécié, honoré, aimé, comme il mérite de l’être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas longtemps à l’expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l’œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n’avez d’autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l’effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d’obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d’une incessante amélioration morale, alors la cause de l’école laïque sera gagnée, le bon sens du père et le cœur de la mère ne s’y tromperont pas, et ils n’auront pas besoin qu’on leur apprenne ce qu’ils vous doivent d’estime, de confiance et de gratitude.

J’ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que possible d’une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d’ajouter que c’est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j’avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l’importance qu’y attache le gouvernement de la République et si je vous avais décidé à redoubler d’efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.

Recevez, Monsieur l’instituteur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Le Président du Conseil,
Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts,
Jules Ferry

Nucléaire / Diesel

Par Le 16/10/2017

Dans le cas de panne sur le réseau électrique national et l'impossibilité d'alimenter en courant les centrales nucléaires qui le produisent...EDF a l'obligation de maintenir en état des moteurs diesel chargés de produire l'électricité nécessaire au refroidissement du combustible des réacteurs. Si ces moteurs de secours venaient à être inopérants, les réacteurs entreraient en fusion.

Eh bien, depuis le mois de juin 2017, EDF doit intervenir sur huit installations défectueuses et aujourd'hui, deux autres centrales ont été déclarées également en situation risquée (niveau 2 sur 8).

 


 

PARIS (Reuters) - EDF a annoncé lundi avoir étendu à deux autres centrales nucléaires son enquête sur l'indisponibilité potentielle de sources électriques en cas de séisme, dans le cadre d'un événement de sécurité signalé en juin à l'Autorité de sûreté nucléaire.

L'électricien public ajoute que les travaux nécessaires de mise en conformité ont déjà été lancés et que l'extension de l'enquête n'affectera pas la production.

"Les analyses ont mis en évidence que la robustesse des ancrages de certains matériels auxiliaires des diesels (de secours) ne pouvait être démontrée sur les unités de production n°1 et 2 de Fessenheim et n°2 et 5 de Bugey, en cas de séisme (...), tandis que la caractérisation des unités de production n°3 et 4 de Bugey est en cours", précise EDF.

"Par conséquent, EDF a déclaré à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (...) une mise à jour de l'événement significatif de sûreté 'générique' de niveau 2 du 20 juin 2017, afin d'y intégrer les centrales de 900 MWe de Bugey et Fessenheim."

Cet événement est classé au niveau deux sur l'échelle INES (échelle internationale de classement des événements nucléaires) qui en compte sept.

(Benoit Van Overstraeten, édité par Dominique Rodriguez)


 

ARTICLE DE JUIN

LEAD 2-EDF alerte l'ASN sur huit centrales nucléaires, travaux en cours

Rédaction Reuters

3 MINUTES DE LECTURE

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(Actualisé avec communiqué de l‘ASN)

PARIS, 20 juin (Reuters) - EDF a signalé mardi à l‘Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un “événement significatif de sûreté” lié à des risques en cas de séisme pour huit de ses centrales nucléaires françaises, pour lequel le groupe a d‘ores et déjà réalisé ou entrepris des travaux.

Cet événement est classé au niveau deux sur l’échelle INES (échelle internationale de classement des événements nucléaires) qui en compte sept, a précisé l’électricien public dans un communiqué.

“Les défauts à l‘origine de cette déclaration n‘ont eu aucun impact sur la sécurité des salariés ni sur l‘environnement”, a également fait savoir EDF.

Dans quatre centrales - Paluel (Seine-Maritime), Penly (Seine-Maritime), Flamanville (Manche) et Golfech (Tarn-et-Garonne)-, EDF explique que, dans le cas d‘un séisme d‘une ampleur exceptionnelle, la robustesse de certaines structures métalliques n‘a pu être démontrée.

Pour ces centrales, le groupe ajoute avoir d‘ores et déjà effectué les travaux nécessaires, qui concernent des diesel de secours devant permettre de fournir de l’électricité aux réacteurs en cas de coupure de courant sur le réseau électrique national, garantissant ainsi un refroidissement du combustible.

EDF a également identifié des défauts sur des ancrages de matériels dits “auxiliaires” assurant le fonctionnement des diesel de secours de l‘unité de production n°3 de la centrale de Paluel.

En conséquence, il a étendu la déclaration d’événement “significatif” de sûreté des quatre premières centrales à l‘ensemble des vingt réacteurs de 1.300 mégawatts (MW) du parc français, que les défauts soient avérés ou non, et a engagé un programme de renforcement des équipements concernés, censés assurer la tenue des installations aux séismes.

Les centrales de Belleville-sur-Loire (Cher), Cattenom (Lorraine), Nogent-sur-Seine (Aube) et Saint-Alban (Isère) sont donc elles aussi concernées par le risque dit “générique”, c‘est-à-dire commun à plusieurs sites.

L’ASN, dans un communiqué séparé, a confirmé qu‘elle demandait à EDF de renforcer les ancrages de tous les systèmes auxiliaires des diesel de secours des 20 réacteurs concernés, sous trois semaines pour au moins l‘un des deux diesel et sous un mois et demi pour les deux diesel.

Fin avril, EDF avait déjà déclaré un “événement significatif de sûreté générique” de niveau 1 concernant les ancrages de certaines structures métalliques des diesels de secours de douze réacteurs.

Fin 2016 et début 2017, le groupe avait dû procéder aux contrôles d‘une douzaine de réacteurs dont les générateurs de vapeur présentaient des concentrations en carbone trop importante, une anomalie là aussi “générique” qui aurait pu le contraindre à arrêter simultanément une dizaine d‘unités au moment où la consommation d’électricité était au plus haut.

La note d‘information d‘EDF :

bit.ly/2sms9a9 (Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez)

Sur la chasse (suite 5)

Par Le 15/10/2017

A la lecture de l'article, on peut en déduire deux choses :

le maire de la ville est chasseur ou son fils est président de l'association de chasseurs. En tout cas, il est capable de dire une absurdité totale : la haie était trop épaisse et gênait la visibilité du chasseur...

Alors, donc, il faudrait qu'on abatte nos haies pour ne pas se faire descendre dans son jardin, pendant la période de l'année où des gars, sous couvert de l'autorisation de l'état, se baladent tranquillement dans des zones habitées pour tirer sans visibilité...

Tout va bien dans ce monde de fous.


Aveyron : la victime était dans son jardin quand elle a été tuée par un chasseur

 il y a 6 heures  86 MIDI LIBRE

Aveyron : la victime était dans son jardin quand elle a été tuée par un chasseur 
Ce type d’accident touchant une personne non-chasseur est très rare en France.

ILLUSTRATION

 

Dans les colonnes de Centre Presse ce dimanche, le maire de Taussac, dans l'Aveyron, revient sur l'accident de chasse qui a coûté la vie à une sexagénaire non-chasseuse samedi.

“C'est la première fois qu'un drame de ce genre arrive sur ma commune. La société de chasse est une association très bien cadrée et structurée.”

Dans les colonnes de Centre Presse ce dimanche, René Pagès, le maire de Taussac dans l'Aveyron, revient sur l'accident qui a endeuillé sa commune samedi : un femme de 69 ans a été tuée par un chasseur qui participait à une battue. La victime se trouvait tranquillement dans son jardin lorsqu'elle a reçu le projectile. D'après l'élu, “une haie opaque et touffue de buis nuisait à la visibilité”.

Accident très rare

Nos confrères précisent que “ce type d'accident touchant une personne non-chasseur est très rare en France. En effet, 21 personnes meurent en moyenne chaque année lors de parties de chasse, 18 l'an dernier et toutes étaient des chasseurs et personnes prenant part à la chasse”.

Le tireur était samedi soir entendu par les gendarmes. L'enquête doit désormais déterminer les circonstances précises du drame. Une information judiciaire devrait également être ouverte.

Une ancienne réflexion

Par Le 12/10/2017

Dans les abysses de mon ordinateur, je suis tombé là-dessus.

C'était il y a quelques années.

 

"Prendre en considération l’enfant avant de juger le niveau de l’élève. Si on délaisse ce regard empathique, on entre dans le conflictuel. Si l’enseignant n’est qu’un technicien, il n’aura jamais aucune crédibilité dans l’éducation et son enseignement lui-même sera inévitablement déficient. Il n’aura aucune chance de devenir « un père spirituel ».


Je suis assez sidéré de voir que cette attitude respectueuse puisse parfois être considérée comme favorisant l’élaboration d’un « enfant-roi ». Il n’y a dans ma classe aucun « enfant-roi » et je ne suis pas non plus un « maître-roi ». Il y a un équilibre relationnel qui se nourrit d’un respect mutuel. Nous sommes les « sujets » de la connaissance. Aucun détournement de la règle n’est admis, aucune contestation de l’autorité, aucun refus de l’exigence, aucun déni de la performance. Il ne s’agit pas pour autant d’autoritarisme étant donné que les enfants savent que la justice est le pilier. Le fondement de cette justice est construite sur un principe très simple : « Tu n’es pas ce que tu fais. »

Cette distinction essentielle, vitale, entre la difficulté épisodique de l’enfant dans son travail et ce qu’il est lui-même, en tant qu’être humain.

Son niveau scolaire peut être évalué mais il n’aura aucune incidence sur le respect que je lui porte. Je continuerai à faire appel à ce souci constant de l’exigence, à le renvoyer à une observation de ses propres fonctionnements. Je suis celui qui a pour rôle de maintenir la qualité du miroir. Que l’enfant puisse avoir une vision claire de ses dysfonctionnements, tout autant que de ses performances. De la même façon qu’il n’aura à subir aucune parole blessante : « Tu es vraiment nul », il ne pourra se glorifier de paroles pompeuses : « Tu es vraiment excellent. »
« C’est un travail insuffisant » ou « c’est un très bon travail » sont des paroles qui ne concernent que l’élève. L’humain, quant à lui, sera systématiquement renvoyé à l’analyse minutieuse des phénomènes internes qui ont conduit à cette appréciation. 
Il est donc primordial de garder à l’esprit que la technique ne fait pas l’humain. Mais que l’humain s’observant peut améliorer l’acquisition des techniques.
C’est là que je me place, ni « maternant », ni « autoritaire ». Juste celui qui favorise l’observation interne. 
Il ne s’agit pas pour autant « d’un cocon fusionnel » qui les protègerait de toute difficulté, de toute frustration, de toute remise en question, avec une acceptation bienveillante des faiblesses, de l’abandon, du désintérêt, de la démotivation. 
Mais comment pourrait-on motiver des enfants à travailler s’il ne leur est jamais permis d’établir cette observation macroscopique de ce qu’ils vivent ? L’enseignant a pour rôle de les élever, non pas seulement dans des acquisitions cognitives mais bien davantage, et de façon prioritaire, dans cette quête de Soi. Il ne s’agit donc pas de nier ou de cacher les faiblesses mais de les combattre dans une lucidité permanente au regard des mouvements de pensées, de la gestion des émotions, des dérèglements ponctuels de l’intellect. 
« Pourquoi est-ce que tu t’es trompé dans cet exercice alors que tu en connais tous les tenants ? »
Ni autoritarisme, ni cocon fusionnel mais cet effet miroir qui se doit d’être constant.

L’enseignant essuie la buée sur le miroir de la conscience. 

 

Toute technique qui est perçue comme la finalité aura besoin d’autoritarisme.

Toute technique qui devient le ferment d’une connaissance de soi à travers une connaissance universelle devient une motivation suprême.

Pourquoi est-ce que les enfants aiment majoritairement les séances de sport ? Parce qu’ils apprennent une technique à travers le « jeu physique » (et le « je physique») et que ce jeu les conduit à une meilleure connaissance et usage de leur potentiel. Il ne reste qu’à appliquer ce principe à l’ensemble des apprentissages. Ah, j’entends déjà les contestataires s’écrier qu’à l’école, on ne joue pas, on travaille ! Ce qui revient à dire qu’il faut habituer les enfants à leur future vie d’adulte… 
« Mon enfant, tu ne travailleras pas pour le bonheur de travailler et de mieux te connaître mais juste pour gagner ta vie. Et tu seras aussi déprimé et aigri que moi. C’est la vie ; tu dois apprendre à être frustré. »

 

Merci pour ce cadeau… 

Il ne s’agit pas à mes yeux de constituer de nouvelles réformes. Trente ans que je vois passer des « sinistres » (non, ça n’est pas une coquille) et leurs nouvelles méthodes. Qu’ils aillent donc lire Krishnamurti et on pourra commencer à parler de choses sérieuses. René Barbier, chercheur contemporain, aurait beaucoup de choses à leur apprendre également. 

Il n’y a jamais eu une seule réflexion réelle dans ce milieu parce qu'elles sont toutes fondées sur la technique et que les enseignants ont été appelés à rester des techniciens de surface. Ceux que beaucoup apprécient finalement.



Il ne s’agit pas de se demander quelles sont les conséquences de la démotivation de certains enfants sur les autres mais des raisons de cette démotivation.

Dans les épidémies, les médecins ont pour rôle de soigner les malades et de protéger autant que possible les bien-portants.

Les chercheurs, pour leur part, travaillent à comprendre l’apparition de l’épidémie.


Je n’attends pas que des chercheurs m’apportent une réponse. Je vis constamment avec une population dont la diversité est considérable. Si je n’étais pas capable d’être chercheur et par conséquent observateur, je ne mériterais pas l’honneur de porter cette mission d’enseigner. Je n’attends donc rien des réformes parce que les réformateurs n’ont aucune empathie pour l’humain. Ils travaillent au conditionnement des citoyens et des contingents de futurs frustrés. 

Comment pourrait-il en être autrement pour ces enfants alourdis de données techniques que d’en voir autant « décrocher » quand ces données ne sont pas destinées à les porter vers un meilleur d’eux-mêmes ? Formatés, conditionnés, humiliés, comparés, hiérarchisés, poussés à la compétition. 
« Le professeur a toujours raison, même quand il a tort. » 
Comment les enfants pourraient-ils être motivés par ce « Maître-roi » ? 

 

Si les enseignants s’obstinent à ignorer les différences éducatives, sociales, historiques, culturelles et à travailler comme s’ils avaient affaire à un contingent d’individus identiques ou susceptibles de se conformer à une pratique unilatérale, ils n’ont pas le droit de se plaindre. Ils ont choisi la voie frontale de celui qui a raison même quand il a tort. Qu’ils en assument les conséquences. 
D’autre part, telle qu’elle est conçue, l’école n’a pas vocation « à élever » les individus mais juste à user de leurs compétences pour maintenir la croissance et y participer, soit comme consommateur, soit comme concepteur. Ce sont juste des instruments. Et tant que la part existentielle des individus sera bafouée, il n’en sera pas autrement. 

C’est aux enseignants de montrer que les techniques ne représentent pas à elles seules la citadelle mais uniquement des pierres assemblées. L’individu est la citadelle et les techniques ne représenteront jamais l’objectif. Si on en vient à honorer les pierres, on reste les yeux collés à l’édifice et on n’en voit plus la dimension réelle. 
Si on considère que la citadelle représente le groupe humain et que chaque pierre est un individu, que des pierres soient ébréchées ou partiellement disjointes n’affaiblit l’ensemble que si le groupe humain est amené à focaliser son attention sur ces éléments. Mais il est connu depuis bien longtemps qu’on ne combat les faiblesses qu’en leur opposant la plénitude des forces acquises et non la concentration des pensées sur les effets néfastes de ces faiblesses. A vouloir lutter contre des éléments disparates, on leur donne vie, on les gave d’importance jusqu’à en perdre de vue l’adhésion des pierres.

Il est inutile de poser des questions si on n’identifie pas la raison première de la question elle-même. 

Alors, il faudrait donc renforcer encore davantage le formatage, l’atelier de poteries pour les esprits, nier avec une force décuplée, cette diversité ?...Puisqu’on a échoué à aimer les différences et à contribuer à enrichir le groupe humain en développant les potentiels, réduisons intégralement ces différences. Accusons les formateurs qui prônent l’individualisation et la reconnaissance des existences de contribuer à une société d’enfants rois, punissons-les de cet outrage puisqu’ils mettent en péril la cohésion sociale !


Il y a une question essentielle qui revient constamment dans ma classe : « Qui est responsable ? » Il s’agit de remonter à la source du problème.

Les enfants apprennent ce cheminement dans chaque situation et ne subissent dès lors aucune frustration. La frustration, pour elle-même, une soumission totale, sans aucune parole signifiante, une frustration autoritaire, n’est nullement éducative. Ce qui l’est, c’est d’identifier la cause des émotions qui surviennent. Ou alors, c’est à l’armée qu’il faut s’adresser pour enseigner nos enfants.

Considérer que de renvoyer l’enfant à une observation lucide de ses actes, de ses pensées, de ses fonctionnements contribuent à l’élever à un statut d’enfant-roi témoigne à mon sens d’une peur d’adulte qui ne veut pas perdre sa prédominance sur de jeunes esprits. Et là, c’est à l’enseignant d’apprendre à s’observer. Mais combien acceptent-ils ainsi d’inverser les rôles ? 
Vendredi, en classe, je circulais dans les allées, les enfants font un exposé personnel, un sujet libre. Ils ont chacun un grand carton posé sur la table. Je demande à l’enfant : « Alors, sur quoi fais-tu ton exposé ? »
L’enfant lève les yeux, une incompréhension totale dans ses yeux. Un instant suspendu, comme une réponse qui n’ose se dire.
« Ben, je le fais sur mon carton… »
Eh oui, ma question était absurde et j’ai éclaté de rire, j’ai remercié cet enfant de m’avoir montré mon erreur. Il a répondu avec sa logique d’enfant mais avec également une incompréhension totale quant à l’absurdité de ma question.

« Comment le maître peut-il me poser une question aussi bête ? » 
 

Le maître a toujours raison même quand il a tort.

Eh bien, non, dix mille fois non. J’avais tort et je me suis excusé de l’avoir troublé. J’ai reformulé ma question. 
 

Apprendre dans un rapport respectueux et sans aucune peur. 
 

Les accompagner dans un respect constant et simultanément exigeant quant aux objectifs à atteindre.

Réussir à être aimé de ses élèves tout en les portant vers le haut, intellectuellement et d'un point de vue existentiel, c’est le fondement même de ce métier. Et cela signifie que l’enseignant est lui-même l’élève de ces élèves, qu’il se doit d’établir en lui une observation constante de ses propres fonctionnements et que l’exigence qu’il réclame de ses élèves, il se l’impose également.
Tout le reste, les réformes politiques, les interférences sociales, éducatives, historiques, les pressions hiérarchiques, les rythmes scolaires, et tout le magasin de casseroles ce sont des phénomènes environnementaux. Ils créent des influences mais il appartient aux enseignants de ne pas les laisser recouvrir la citadelle. 


La dimension existentielle contribue à une éducation réussie. 
Une éducation réussie contribue à l’instruction. 


En France, on travaille à l’envers. D’abord, on s’acharne à maltraiter les individus et ensuite on se plaint de leur rébellion. 
Lorsque j’entendrai parler de réforme philosophique, j’écouterai attentivement. Pas avant."

Robotisation et économie.

Par Le 12/10/2017

Ce dont je parlais il y a quelques jours : l'Intelligence artificielle va effacer du secteur salarié une masse considérable d'ouvriers. Le revenu universel de base deviendra la norme...

 

TV : « Un monde sans travail »

Notre choix du soir. Dans son documentaire, Philippe Borrel tenter de cerner les contours de nos sociétés en proie à une robotisation accrue des tâches (sur France 5 à 20 h 50).

LE MONDE |  | Par Alain Constant

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DOCUMENTAIRE SUR FRANCE 5 À 20 H 50

De la Bretagne à ­Pittsburgh en passant par Bruxelles, San Francisco, le Tarn ou la Suisse, cet instructif documentaire à travers la planète, coécrit par Noël Mamère et Philippe ­Borrel, a de quoi inquiéter des ­millions de travailleurs.

On savait les moins qualifiés déjà durement touchés par le chômage de masse en raison de la robotisation et des machines « intelligentes », plus fiables et moins coûteuses que les ­humains. En faisant témoigner des manutentionnaires, les auteurs mettent des mots sur les maux du travail d’aujourd’hui.

image: http://s2.lemde.fr/image/2017/10/11/534x0/5199543_6_63ad_2017-10-09-157e834-10510-i8zap-5uhu34ygb9_c1386647249b9a57a81893ce532bcd8e.jpg

Le robot « émotionnel » Matilda est testé pour des recrutements DRH en Australie.
Le robot « émotionnel » Matilda est testé pour des recrutements DRH en Australie. CINÉTÉVÉ

L’exemple du secteur de la logistique, qui emploie 700 000 personnes en France, est éclairant. Les robots ont envahi les entrepôts. Comment faire cohabiter ces machines et les hommes ? Il est bon de rappeler qu’un salarié français sur cinq est un ouvrier. Quel avenir peut-on imaginer pour ces­ ­millions de travailleurs ? ­

Avec l’automatisation accélérée des entreprises, le pire est peut-être à craindre. Le problème étant d’ailleurs similaire de l’autre côté de l’Atlantique où des millions d’ouvriers américains, peu ou moyennement qualifiés, perdent leur emploi. Celles et ceux qui subissent le nouveau monde technologique sans pouvoir s’y insérer semblent condamnés.

« Variable d’ajustement »

Le danger de perdre son travail commence à toucher les cols blancs, cœur de la classe moyenne. Même dans le secteur tertiaire, l’emploi humain est menacé comme le montre l’intérêt de plus en plus marqué des banques et des sociétés d’assurances pour les machines du type « chargé de compte virtuel ». Selon plusieurs instituts internationaux, 40 % à 50 % des ­emplois auront disparu dans les vingt prochaines années !

« L’humain est devenu une variable d’ajustement parmi d’autres. Un facteur toujours moins important, parce que les machines sont toujours plus prépondérantes dans le système de production du ­capital. L’humain finit même par êtreperçu comme le grain de sable qui fait que le système pourrait ­dysfonctionner », estime Daniela Cerqui, anthropologue des sciences à l’université de Lausanne. Une vision trop pessimiste ?

A quelques milliers de kilomètres de là, Fred Turner, professeur des sciences de la communication à l’université de Stanford, en ­Californie, se veut un peu plus confiant en l’avenir : « Notre plus grand défi est de faire comprendre que l’innovation technologique n’entraîne pas nécessairement ­l’accroissement des inégalités et l’appauvrissement des gens. Ce n’est pas une fatalité. Pour cela, il faudrait imposer des règles à des sociétés qui n’en veulent plus, comme le partage des bénéfices… Cela fait partie du boulot de ceux qui nous gouvernent. »

image: http://s1.lemde.fr/image/2017/10/11/534x0/5199545_6_11a0_la-co-botique-experimentee-au-laas-cnrs-de_a3434e9e76fdd1c5dc572b2cbabfadb8.jpg

La co-botique expérimentée au Laas-CNRS de Toulouse cible aussi les services à la personne.

En attendant de trouver une ­solution à la raréfaction a priori inéluctable de l’emploi salarié, certains tentent d’imaginer une nouvelle société où le plein-emploi serait remplacé par la pleine activité et où un revenu ­universel versé à tout le monde deviendrait une évidence.

Selon l’économiste britannique Guy ­Standing : « Si on avait un ­revenu de base, vous verriez qu’on se détournerait de l’emploi au ­bénéfice du temps consacré à la solidarité, au bénévolat, au ­travail en commun, au développement de toutes ses capacités. Avec un sentiment de meilleure ­maîtrise de notre temps. Les ­travailleurs les plus précaires n’auraient, par exemple, plus ­besoin de travailler soixante ­heures par semaine pour un ­salaire de misère. »

Depuis quelques mois, des ­expérimentations concernant le versement d’un revenu universel ont cours aux Pays-Bas et en Finlande. Le début d’une ­nouvelle société ?


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/10/11/tv-un-monde-sans-travail_5199546_1655027.html#2x65AxsbikUxkcsC.99

Terrorisme et centrales nucléaires

Par Le 10/10/2017

Je me demande en fait si je vais avoir le temps de finir le roman d'anticipation en cours avant qu'il ne devienne un roman historique...

J'ai réussi à entrer en contact avec un ingénieur de chez EDF, qui bien évidemment souhaite rester anonyme, et tout ce qui est dit dans cet article est confirmé.

Je pourrais parler également de la vétusté de certaines centrales et de la non qualification de certains intervenants chargés de "l'entretien"...Quand EDF fait de la sous-traitance avec des sociétés qui n'ont aucun techncien réellement formé, personnellement, ça me fige...

Mais, bon, EDF a dit que "tout va bien. "

Tepco aussi a toujours affirmé que tout allait bien. Avant que ça ne saute. Oui, bien sûr, on ne risque pas de tsunami sur les centrales françaises ("normalement"..). Par contre des inondations, c'est parfaitement possible.

Quant au terrorisme, là, on sait que tout et n'importe quoi reste du domaine de l'envisageable. 

 

La centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, le 10 mai 2017

La centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, le 10 mai 2017

afp.com/FRANCOIS LO PRESTI

Paris - Les centrales nucléaires françaises sont vulnérables à des attaques extérieures, ont assuré mardi des experts mandatés par Greenpeace, réclamant en particulier une meilleure sécurisation des piscines de stockage du combustible usé.

EDF a immédiatement rejeté ces accusations, assurant que les centrales françaises étaient "sûres, bien surveillées et très bien protégées". 

Dans un rapport dont les extraits les moins sensibles ont été publiés mardi, sept experts mandatés par l'ONG se sont penchés en particulier sur la capacité de résistance des piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés, en France et dans les centrales belges de Doel et Tihange. 

Ils pointent du doigt le fait que ces piscines, qui peuvent contenir plus de combustibles que les coeurs des réacteurs, ne sont pas protégées comme ces derniers par des enceintes de confinement renforcées. 

Or en cas d'évaporation de l'eau, le combustible peut "s'échauffer et relâcher dans l'environnement une grande partie de sa radioactivité", a expliqué lors d'une conférence de presse Yves Marignac, directeur de l'agence d'étude sur le nucléaire Wise-Paris. 

Les conséquences d'une attaque frappant une piscine seraient "potentiellement supérieures à celle d'un accident majeur survenant sur un réacteur", a-t-il mis en garde. 

Les experts n'ont pas voulu faire de distinction entre les centrales sur ce point. "Toutes les piscines sont les mêmes", a commenté Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France. 

Avec une exception, l'EPR de Flammanville, où la piscine est protégée comme le réacteur "par une coque-avion, ce qui par là même disqualifie toutes les autres piscines", a-t-il insisté, regrettant qu'en France, les questions de sécurité (actes malveillants) et de sûreté (conception, fonctionnement, prévention des accidents) ne dépendent pas des mêmes autorités. 

- détails confidentiels - 

Le rapport basé sur des éléments publics (publication des opérateurs industriels ou des autorités, articles, observations sur le terrain) étudie plusieurs scénarios d'attaques, notamment le crash volontaire d'un avion ou d'un hélicoptère, et le tir d'arme antichar. 

Mais les détails de ces scénarios, qui devaient être remis mardi aux autorités françaises, n'ont pas été rendus publics pour ne pas inspirer de potentiels terroristes. 

Le but était "de décrire des scénarios d'attaque pour lesquels des mesures d'intervention pour stopper l'émission de radioactivité seraient impossibles", a expliqué la physicienne Oda Becker. 

"Aucun pays européen n'est prêt à faire face à une telle catastrophe", a mis en garde un autre des experts, David Boilley, notant que pour certaines centrales comme Bugey, Fessenheim ou Gravelines, cela pourrait entraîner l'évacuation de "millions de personnes". 

Greenpeace, dénonçant "l'omerta" sur ces risques nucléaires, s'en est pris à EDF, accusé de n'avoir "pas procédé aux renforcements nécessaires" malgré d'autres rapports mais aussi le survol de centrales, à répétition et toujours inexpliqué, par des drones. 

Des militants de Greenpeace avaient réussi en 2014 à s'introduire dans la centrale de Fessenheim et à monter sur le toit d'un des bâtiments réacteurs.  

EDF "doit impérativement prendre en main ce problème de sécurité en effectuant les travaux nécessaires", a insisté M. Rousselet. 

"Le bâtiment réacteur et le bâtiment contenant le combustible ont été conçus pour résister tous les deux aux risques de séisme, d'inondation et d'actes de malveillance comme le terrorisme", s'est défendu EDF dans un communiqué. 

"Plusieurs centaines de millions d'euros ont été dépensés ces trente dernières années pour améliorer la sécurité. Entre 2015 et 2023, EDF investira encore 720 millions d'euros supplémentaires", a ajouté l'exploitant. 

Mais en incluant le coût des travaux et celui de l'arrêt du réacteur, la "bunkérisation" est estimée entre 500 millions et 1,5 milliard d'euros par piscine, a noté M. Marignac. 

Et en comptant La Hague et Creys-Malville, la France compte un total de 63 piscines de combustible usé. 

"La France a les mécanismes les plus robustes et les plus performants au monde en matière de sécurité, et de sûreté", a assuré de son côté sur RTL Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui n'avait pas encore eu connaissance du contenu du rapport.

Emploi du temps

Par Le 08/10/2017

Le Ministère me demande d'avoir un emploi du temps parfaitement formalisé dans ma classe.

Je m'y oppose. 

Je l'ai fait et je ne le fais plus. Si je ne tenais pas compte après 35 ans de carrière de ce que j'ai vu, expérimenté, ressenti auprès des enfants, je ne serais qu'un fonctionnaire. Mais je suis enseignant. Et un enseignant se doit d'être enseigné par son expérience, non par des injonctions hiérarchiques.

J'ai longtemps réfléchi au pourquoi du comment, aux raisons qui poussent le Ministère à vouloir nous imposer un emploi du temps rigide et cadenassé. La chronobiologie, les rythmes d'apprentissage, les heures favorables etc etc... J'ai pu juger à quel point tout cela n'était que des prétextes pour imposer le pédagogisme, l'intellectualisme et par dessus tout, des intentions inavouées. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai combattu pendant trois ans, ça serait trop long. 

La première conclusion sur les intentions de l'Etat concerne l'avenir des enfants au regard de leur situation professionnelle future : il est primordial d'insérer dans leurs esprits, oh combien malléables, l'exigence d'un travail salarié régi par des horaires. Un élève est un futur salarié. Le conditionnement démarre en maternelle.

"Ils vont à l'école pour avoir un métier, pour participer à l'écolomie du pays, pour utiliser leurs compétences à la croissance."

Ils sont nombreux les politiciens à ne même pas couvrir cette ignominie par un silence mensonger. Non, non, ils sont heureux de voir ces petits écoliers apprendre leur rôle de "citoyen"...

Mais je ne suis pas un chef d'entreprise. Je suis enseignant et ce qui m'importe avant tout, c'est l'enthousiasme, le désir, le besoin même pour mes élèves de venir à l'école et rien de rigide ne peut contribuer à cela, rien qui ne soit autre que la pure connaissance ne me sert d'objectif. 

Imaginons que tous les lundis matins, je décide de faire une dictée. Cela signifie que pour les enfants en difficulté dans la maîtrise de la langue, le lundi matin devient un cauchemar. Il y en a beaucoup des lundis dans une année scolaire et on n'imagine pas dès lors la taille du cauchemar...Rien n'est plus anxiogène qu'un cauchemar qui se répète. 

Imaginons par contre que les exercices d'orthographe, néccessaires bien évidemment, arrivent n'importe quand, à n'importe quel jour, à n'importe quelle heure de la journée, la difficulté sera toujours présente pour ces enfants mais elle ne sera pas anticipée et par conséquent les peurs inhérentes à cette activité ne porteront pas atteinte,a priori, au potentiel de l'enfant. 

Toutes les peurs sont des barrages à la connaissance et lorsqu'elles sont anticipées, elles en deviennent redoutables.

Il m'arrive donc d'ouvir des "parenthèses", dans n'importe quelle matière, pour saisir au vol le renforcement d'un apprentissage. Une phrase, dans un texte de géographie, peut très bien servir à l'analyse grammaticale, au rappel d'une règle d'orthographe, à pointer un verbe irrégulier dans la conjugaison etc etc...

L'objectif est de montrer, à chaque occasion, que la connaissance est un puzzle, que chaque pièce a une place précise et que les emboîtements contribuent à l'image finale. La transversalité contribue à rendre l'image de la connaissance, non pas comme une "menace" mais comme un "jeu". On peut passer une vie entière à apprendre. Et pas nécessairement à heures fixes. 

Une image seule, dans un puzzle, n'a aucun sens. Elle ne devient utile qu'une fois associée à ses congénères. 

La conjugaison, pour elle-même, n'a aucun sens. L'orthographe, pas davantage.

Les apprentissages cognitifs de la langue n'ont d'ailleurs aucun sens s'ils ne sont pas utilisées dans la production d'écrits et la lecture. Sinon, cela reviendrait à apprendre aux enfants le mécanisme du dérailleur d'un vélo, les dimensions des pignons, le fonctionnement des câbles, la démultiplication des forces mais sans jamais leur proposer d'aller faire du vélo...

En géographie, les grands nombres seront donc utilisés avec la longueur des fleuves français et comparés avec ceux du monde, les altitudes des montagnes serviront aux conversions. En histoire, l'étude de l'évolution de la population servira de nouveau à l'usage des grands nombres etc etc...

Chaque matière apporte son lot de lectures et de renforcement de la langue. La dictée n'est qu'un exercice parmi tous les autres. 

Mais rien n'est inscrit dans un emploi du temps. On n'apprend pas selon un horaire mais selon l'enthousiasme et l'enthousiasme est bridé par tout ce qui est rigide. Rien ne vaut la surprise. 

Lorsque mes élèves entrent en classe, ils ne savent pas ce qu'ils vont y vivre sur un plan cognitif. 

Le salarié, pour sa part, connaît bien souvent, et malheureusement pour lui, l'intégralité de la journée à venir. En est-il heureux, soulagé, apaisé, rassuré ou plutôt dépité ? 

Combien sont-ils ces adultes salariés qui se lèvent le matin avec le désappointement d'une journée robotique ? Et il faudrait que j'impose ce rythme de vie à mes élèves ? 

Bien sûr, qu'un médecin urgentiste, se réjouit d'une journée calme, nullement marquée par de multiples imprévus et le stress des situations chaotiques. Mais la différence entre sa tâche et celle de mes élèves, c'est que lui, il a choisi d'être là...

Il ne s'agit pas pour autant d'instaurer dans la classe un désordre intellectuel, une cacophonie d'informations disparates. Il ne faut jamais perdre le fil... C'est là que l'expérience prend toute sa saveur.

Mais pour l'institution, il faudrait pourtant que j'étouffe cette expérience pour m'astreindre à un cadre temporel. 

Et tant pis pour les enfants qui le dimanche soir se coucheraient en craignant la dictée du lundi matin, à 8h30. 

Ce soir, aucun enfant de ma classe ne sait de quoi demain sera fait. 

Et tant mieux.  

NOIRCEUR DES CIMES : L'exploration intérieure

Par Le 08/10/2017

Mon frère était mort quand j'ai écrit "Noirceur des cimes. " J'avais déjà connu les douleurs morales.

J'avais connu également les souffrances physiques. Une hernie discale, une paralysie de la jambe gauche, une opération ratée, une longue rééducation.

Tout avait volé en éclat... Et ce que j'avais vécu, intérieurement, restait du domaine de l'indicible.

Alors, j'ai écrit. Pour sortir de moi ce fardeau immense et cesser de regarder des ruines.

J'ai réalisé peu à peu tout ce que ce livre contenait.

Je suis immensément fasciné par la force de cet inconscient. Il ne m'était pas possible encore de mettre clairement en forme les traumatismes passés. Je les ai romancés sans même en avoir conscience. Tous les personnages sont une part de mon vécu. Cette situation bloquée en altitude, ce survivant qui découvre une réalité ignorée et se demande s'il est justifié de redescendre, combien de fois je me suis posé ces questions...

Quel était donc le sens profond de cette vie "horizontale", celle des hommes, en bas, celle qui n'a pour finalité que le gain d'un salaire, la participation effrénée à une vie matérielle, le maintien d'un lien social qui n'est rien d'autre qu'une série de circonstances, où était dans ce fatras et ces conditionnements la source du bonheur ?

J'ai souvent regardé les files de voitures au petit matin, tous ces individus inconnus qui roulaient vers les villes, comme aimantés par des forces puissantes. Je faisais partie du flot et il remontait parfois en moi un dégoût profond. J'avais juste pour supporter l'absurdité de la chose, l'idée bienheureuse que ma tâche d'enseignant pouvait avoir une quelconque importance chez les petits d'hommes qui m'étaient confiés... Est-ce que cela leur serait réellement utile pour au moins chercher à explorer en eux l'essentielle quête de soi ?

J'ai eu la chance d'être "nourri" par quelques lectures flamboyantes, des éclairs lumineux qui rayonneront en moi jusqu'à ma mort. C'est sans doute avec l'objectif de rendre ce qui m'a été ainsi donné que je me suis mis à écrire. 

 


NOIRCEUR DES CIMES.

Noirceur des cimes 4

 

"Il tremble. Il vient de se réveiller. Il s’était affaissé contre le pan de neige sur son côté droit. L’air glacé lance sur la peau de son visage des armées de piqûres. Il sort les bras du duvet, allume la lampe frontale et entreprend de faire chauffer de l’eau. Les mouvements déchirent le cocon fragile de tiédeurs qui l’enveloppait et les assauts du froid redoublent. Il connaît bien ce dilemme accablant qui oblige l’homme au bivouac à quitter l’immobilité dans laquelle il s’enfonce alors que le moindre geste est une douleur qui réveille l’inconfort de l’agitation. Il faut ancrer son esprit sur l’eau qui frémit, sur le courant brûlant qui va se répandre, sur les chaleurs à venir et refuser les tentations du repli sur soi. Accepter les luttes immédiates pour construire les futurs apaisements. Il a toujours vu dans cette situation délicate le parallèle à l’existence.    

Il réalise soudainement à quel point l’acceptation de ce cheminement contient en lui-même les satisfactions essentielles. L’objectif a peu d’importance, ce n’est pas lui qu’il convient de viser car l’esprit se soumet dès lors à la menace de l’éventuelle déception, à la désillusion de l’intention manquée. Seule, la lutte a de l’importance. Car elle s’inscrit dans l’instant présent et ne comporte aucune projection mentale. Il conçoit à cette idée ne pas avoir vécu chaque pas comme un but atteint mais comme un passage et de s’être privé d’une bonne partie des bonheurs à vivre.

C’est d’avoir rejeté l’engourdissement de l’esprit qui le réchauffe, la soupe ne sera qu’un supplément. Il admet également que l’objectif du camp de base n’est qu’un leurre et qu’il ne doit pas focaliser son attention sur cette issue totalement incertaine et se condamner dès lors à ne rien saisir. Ce qui le maintient en vie n’est pas la vision fabriquée de ce rivage habité mais la nage immédiate dans l’océan de compréhensions où il évolue.

Tout ce qu’il perçoit le nourrit.

Tout ce qu’il espère l’épuise.

Il veut rejeter définitivement de son esprit l’horizon mouvant qui le trompe et se concentrer sur les paysages intérieurs.

Le bien-être de son esprit dans le bain lumineux de l’aura ne le quitte pas malgré les tremblements de son corps. Il aimerait comprendre et réalise encore une fois, avec une force puissante, une lucidité totale qu’il ne s’agit pas d’une perception analysable par les critères habituels de la raison. S’il s’en tient à une vision réfléchie, il ne peut s’empêcher de limiter ce voyage à une hallucination nourrie par son épuisement mais simultanément lui reste le goût étrange et apaisant d’une autre version de la réalité, une porte entrouverte sur une conscience surhumaine. L’expression prétentieuse l’indispose dans un premier temps puis il accepte l’idée que dans notre état habituel nous n’exploitons pas le summum de notre potentiel. Limités par la dictature impitoyable de l’égo, nous renonçons à l’éveil de l’esprit et à la perception de l’Ame. Perdant aussitôt notre dimension réelle. Rien de surhumain dans cette conscience, juste la complète étendue des possibilités qui nous échappent. Nous ne sommes pas des humains mais des esquisses fragiles, des ébauches inabouties. Il perçoit dans cette idée toute la raison de ce passage terrestre.

Nous devons apprendre à être ce qui est en nous.   

L’envie puissante d’appeler Sandra le saisit. Il voudrait lui décrire l’espace dans lequel il est plongé, lui transmettre l’allégresse qui l’a envahi et ne le quitte plus. Il sent qu’il ne s’agit pas d’une prétention mais bien d’un don à émettre, d’un partage qui le tente. Pour une fois, il peut proposer à Sandra un voyage spirituel. Lui qui a toujours refusé de l’accompagner dans les mystères de l’âme, il serait cette fois un guide réel.

Il prend la radio dans sa veste. Des chaleurs soudaines ruissellent dans son corps immobile. Aucune crainte ne se lève.

 

« Allo, Sandra, ici, c’est Luc. A toi.»

Grésillements…

« Allo, Sandra, ici, c’est Luc. A toi.»

 

Quelques secondes lui ont été nécessaires pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un rêve mais bien de la voix de Luc. Envahie de frissons, elle a cherché fébrilement la radio dans la nuit, le souffle affolé, assaillie par la nausée d’un réveil brutal. Elle tremble en allumant la lampe.

« Allo, Luc, c’est Sandra. A toi.»

Elle a crié dans l’appareil en le serrant fermement des deux mains, les lèvres effleurant le métal froid.

« Où es-tu ? A toi.

-Je ne sais pas mais c’est beau. Je n’ai même pas froid. Je suis bien ici. »

Elle ne lui connaît pas ces intonations de voix et ce débit trop lent. Elle a peur. Elle regarde rapidement le cadran de sa montre. Quatre heures cinq.

« Comment c’est là-haut ? Quand est-ce que vous pensez arriver ? Est-ce que vous avez besoin d’aide ? A toi.»

Un flot de questions l’assaille. Elle tente de se calmer mais cette voix étrange, détachée et presque réjouie l’inquiète. La clarté de la réception lui donne l’impression qu’il est tout près, qu’en sortant de la tente, elle pourrait le voir.

 

« Je suis déjà arrivé. »

Elle ne comprend rien à la réponse. Elle attend une suite mais il a relâché le bouton d’envoi sans le « à toi » d’usage. Elle sait qu’il n’est pas dans un état normal.

« Luc, est-ce que ça va ? Et les autres ? A toi.

-Moi, ça va. Les autres sont morts. »

Silence.

Si elle avait été debout, elle sait qu’elle serait tombée. Elle espère avoir mal compris.

« Morts ?...Axel, Tanguy et Etienne sont morts ? A toi.

 -Oui, ils sont morts mais je ne suis pas seul, tu sais. Il y a du monde ici. »

Silence. 

« Qui est avec toi ? Que s’est-il passé ? A toi.»

Elle ne parvient pas à y croire, des frissons glacés la révulsent, coulent dans son dos, cette voix presque inconnue la terrorise.

« Je ne sais pas qui c’est mais ils m’ont parlé. C’était beau. Plein de lumière. »

Elle voudrait qu’il explique ce qui est arrivé mais elle ne veut pas le torturer avec des récits insupportables, elle ne veut pas ajouter à sa détresse, ne pas l’enfoncer dans les délires qu’elle devine. Elle pense à Thomas, elle voudrait l’appeler, qu’il lance immédiatement des secours. Elle revoit Léa sur le quai de la gare.

« Luc, il faut que tu descendes. Est-ce que tu peux le faire ? Il y a des grimpeurs ici qui peuvent monter vers toi.»

Silence.

Elle réalise qu’elle, non plus, n’a pas usé de l’expression habituelle annonçant la fin du message.

« Je n’ai pas vraiment envie de descendre. »

Silence.

Elle sait qu’il n’a plus toute sa raison, qu’il a besoin d’aide. L’urgence de la situation l’affole, elle espérait un retour rapide en France, un dénouement heureux, une rupture sans heurts. Et il est en train de mourir. Elle cherche ses mots mais dans le tourbillon des pensées qui l’enivre aucune phrase ne lui vient.

« Je suis bien ici. Les paysages sont magnifiques. »

Quels paysages ? Il fait nuit, pense-t-elle. Elle serre la radio comme si elle tenait sa tête entre ses mains, elle voudrait l’arracher à sa folie, lui offrir ses regards comme des bouées salutaires, ranimer dans sa mémoire des souvenirs humains et le soustraire à l’emprise des illusions létales.

« Luc, le jour va se lever, tu ne peux pas rester là-haut, tu vas mourir toi aussi si tu ne redescends pas. »

Silence.

« Et qu’est-ce que tu sais de la mort, Sandra ? Ce n’est pas ce que tu crois. En bas, je ne trouverai rien de plus beau qu’ici. »

Elle cherche à comprendre ce qu’il a pu découvrir et l’idée surgit que la carapace est brisée, que le noyau est à l’air libre…Elle rejette cette vision d’un mouvement de tête. Elle se répète les derniers mots et la panique la saisit.

« Luc, je ne sais pas ce que tu as vécu là-haut mais tu pourras continuer à y penser une fois redescendu. Si tu meurs, tout s’arrêtera. »

Silence.

« Arrête de croire, Sandra, que la mort est une fin. Pense à tout ce que tu as lu, à tout ce que tu m’as raconté. »

Un amalgame de discussions interrompues surgit, des phrases sans réponses, des tentatives avortées de dialogues, des rejets méprisants. Qu’a-t-il pu y trouver ? Comment des mots ont-ils pu le mettre dans un tel état ?  

« Luc, je vais prévenir des grimpeurs pour qu’ils viennent te chercher. Est-ce que tu sais un peu où tu es ? »

Silence.

« Oh, oui, je le sais… A l’intérieur. »

Silence.

« Et je n’ai pas envie d’en sortir. Je n’ai besoin de personne. »

Elle ne sait plus quoi dire. La voix est si posée, si sereine, si fluide et si déterminée.

« Et moi, Luc, qu’est-ce que je fais ? Je te laisse mourir sans rien faire. Comment je pourrais vivre avec ça ? C’est impossible. »

Silence.

« Je sais Sandra tout le mal que je t’ai fait et je te demande pardon. Tu n’as rien à te reprocher. Même si je redescendais, je ne m’imposerais plus à toi. Il faut que tu comprennes que nous ne sommes plus liés. Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais très bien. Je te demande juste de reprendre ta liberté. De toute façon, ici, il neige encore et surtout le risque d’avalanche est énorme. Il ne faut pas que quelqu’un monte. Ce serait suicidaire. Et je ne le veux pas. A toi. »

Elle sent finalement qu’il n’est pas fou. Il n’a même sans doute jamais été aussi lucide. Il maîtrise ses paroles et ses pensées. Il a dit « à toi. »

« Je pensais te dire que je voulais te quitter, lance-t-elle. J’ai beaucoup réfléchi ici. »

Silence.

Les mots ont jailli sans qu’elle y pense, comme si la pression était devenue trop forte, comme si les paroles étaient animées d’une volonté insoumise, d’un désir irrépressible de s’échapper, qu’elles étaient cachées dans sa gorge attendant une faille pour surgir. Elle s’en veut  d’avoir été si directe. Dans un tel moment.

« C’est très bien Sandra, j’en suis très heureux pour toi. Moi aussi, j’ai beaucoup pensé…Ou plutôt, j’ai enfin commencé à penser. Ca ne m’était jamais arrivé. Pas de cette façon. Je voulais te dire à quel point toutes tes paroles m’ont aidé. Tu m’as guidé. Je t’en remercie. A toi. »

Elle est rassurée par sa réponse. La voix n’a pas varié. Le ton est toujours aussi doux, détaché, éthéré. Elle n’en revient pas. Elle a l’impression d’entendre un homme qu’elle ne connaît pas.

«  Je ne sais pas Luc ce que tu as découvert mais je ne pense pas y avoir été pour grand-chose. J’ai toujours pensé que tu portais beaucoup plus que ce que tu voulais bien montrer.»

Cette révélation le réjouit.

« Luc, il faut que tu descendes. Pour toi. Tu ne dois pas disparaître maintenant. Je ne te poursuivrai pas. Tu seras libre. Tu ne dois pas gâcher ce que tu as découvert. Fais-le pour toi. »

Silence.

« Je n’ai pas envie de quitter Axel, Tanguy et Etienne. Ils sont ici. Je ne comprends pas encore ce qui est arrivé. Ni surtout pour quelles raisons. »  

Silence.

« Tu veux en parler ? »

Silence.

« Est-ce qu’il est possible que la destinée d’un être soit de favoriser l’éveil d’un autre, même au prix de sa vie ? »

Silence.

Jamais, il ne lui a posé une telle question. Elle se corrige immédiatement en pensant que c’est à lui qu’il se la pose. Qu’elle est simplement le réceptacle occasionnel d’un écho immense, un tonnerre assourdissant qui ne peut plus s’éteindre. Elle connaît ce tumulte intérieur, elle sait que rien n’est transmissible, que les énergies contenues sont au-delà de toute forme de communication. L’éveillé se parle en s’adressant aux autres. C’est son chemin qu’il emprunte, son esprit qu’il défriche.

« Je ne sais pas Luc, c’est une question délicate. »

Silence.

« Tu les as toujours aimées ces interrogations déconcertantes. »

Silence.

Cette remarque la bouleverse. Elle sent dans sa voix une attention particulière. Un regard tendre et respectueux. Nulle trace de l’ironie habituelle.

« Luc, il faut que tu descendes, tu ne peux pas abandonner, tu ne l’as jamais fait. »

Silence.

« Je me fiche de mes exploits passés, c’est totalement insignifiant. J’aurais aimé en prendre conscience avant, c’est tout. Mais ça n’était peut-être pas possible. »

Elle repense à sa question précédente et devine la culpabilité qui s’y cache.  

« Tu sais, je n’ai rien pu faire pour Axel, Tanguy et Etienne. On a été complètement dépassé. Il ne fallait pas venir ici. Ca n’était pas pour nous. »

Elle n’ose toujours pas demander ce qui est arrivé. Elle n’est pas certaine d’ailleurs d’en supporter les détails. Le simple rappel des visages lui tord les entrailles. Morts. Ils sont morts. Elle ne parvient pas à y croire.

« Luc, tu dois redescendre aussi pour eux. Vous ne devez pas disparaître tous les quatre. Il faut que quelqu’un entretienne les mémoires. »

Silence.

« Je ne veux pas de ce rôle. »

Silence.

La phrase est tombée comme une sentence.

Elle sait désormais ce qui le retient en altitude. Elle comprend son erreur. Le retour dans les vallées, parmi les hommes, est un projet qu’il rejette car il le condamne à être le porteur d’un message immonde, une horreur insupportable, la source de tous les pleurs.  

« Mais ce n’est pas ça qui me retient ici, en tout cas, ce n’est pas le plus important. Tanguy, Etienne et Axel baignent de nouveau dans l’Ame de l’Univers parce qu’ils sont morts mais moi, je vis et pourtant, on m’a donné la chance, le privilège immense de goûter à cet ultime bonheur. »

Qui est-il devenu ? se demande-t-elle. Qu’a-t-il donc connu pour libérer désormais de telles paroles, avec une telle déconcertante facilité, ce complet détachement, comme si tout cela était parfaitement naturel ?

« Qui t’a donné ce bonheur, Luc ? »

Silence.

« Je ne sais pas réellement, l’Univers, je crois. Ce n’était pas mes pensées, quelque chose s’est insinuée en moi, c’est une certitude mais je ne peux pas l’expliquer. Tu sais, je n’avais plus de corps, ni d’esprit et pourtant tout est là, en moi, ça n’en partira plus jamais. Et je voudrais tant que ça revienne. »

Silence.

Elle comprend que la mort ne l’inquiète pas puisqu’il y devine une plénitude similaire. Elle ne trouve aucun argument pour l’inciter à vivre.

« C’est pour ça que tu ne veux pas descendre ?

Silence.

« Pour vouloir aller quelque part, répond-il d’une voix résolue, il faut qu’il y ait un projet, un objectif, un espoir. Mais tout est ici, je n’ai rien de mieux à trouver en bas. Je crains surtout qu’en descendant, tout cela disparaisse totalement. Et je m’en voudrais infiniment. »

Silence.

« Mais ce que tu as connu ou que tu connais encore, tu peux continuer peut-être à l’éprouver en restant vivant alors que tu ne peux pas savoir avec certitude que la mort te le proposera. »

Silence.

Il sait qu’elle a raison. Il n’a aucune certitude, simplement une hypothèse. La mort est-elle une fin ? Ou le complément délicieux des expériences proposées lors de ce passage terrestre ? Et pourquoi pas la suite du chemin pour devenir un humain? Il cherche une réponse dans les images du « rêve. » Il n’y trouve qu’un appel à la vie…Rien sur la mort de ses compagnons, rien sur le mystère qui s’y cache.

« Oui, Sandra, c’est possible que tu aies raison. »

La vie divine de l’instant présent.

L’expression a jailli. Les sensations l’accompagnent. Une douce félicité. Il ne peut toujours pas reconnaître dans ce ressenti un vécu passé. Rien n’y ressemble. C’est au-delà de sa vie, hors de toute mémoire. Il a peur brutalement d’insérer dans ce voyage intérieur des fantasmes menteurs, de perdre la vérité qui lui était proposée en l’entachant de prolongements rassurants, de mirages idylliques, de paradis tentateurs. Il devine des pressions éducatives, les traces fossilisées de paroles religieuses. Sa mère l’emmenait à la messe. Il avait dû subir les traditions familiales jusqu’à la communion. Il sait à quel point tout cela n’était qu’une vaste supercherie, un lien social insignifiant. Dans l’ombre froide de l’église, il n’a jamais vécu la moindre rencontre, la plus petite parcelle de joie, le début d’une plénitude. Rien d’autre que des paroles incomprises récitées docilement sous le regard inquisiteur du prêtre et de l’homme sur la croix. Enfermé dans son costume du dimanche, emprisonné derrière des murs sombres et glacés, encerclé par d’autres esprits enchaînés, il ne rêvait que d’habits usés contre les roches, de montagnes lumineuses, d’amis attentifs et rieurs, de défis relevés, de sommets vaincus.

Il sent bien qu’ici, tout est différent. On ne lui a pas parlé de la mort mais de la vie, du lien, de l’appartenance, de la communion cellulaire avec l’Univers du Vivant. Rien sur un paradis à gagner, rien sur la mort.

Il s’est égaré dans une vision apaisante, imaginant ses trois amis baignés par l’aura lumineuse. Ultime tentative de l’égo qui perd pied. Dernier baroud d’honneur. L’image le fait sourire. Il sait qu’il doit tout abandonner.

Tout.

 

Elle pense soudainement aux piles pour la radio. En a-t-il encore ? Ils n’ont jamais maintenu le contact aussi longtemps. Elle n’ose rien demander. Elle a trop peur de l’entendre répondre qu’un des trois amis a disparu avec les réserves. Elle ne parvient pas non plus à couper le contact. Elle l’imagine dans sa solitude glacée et cette vision la raidit, coule en elle comme une boue invalidante.

Elle étire ses jambes engourdies. Comment fait-il pour tenir ? L’humidité froide de la tente glisse en elle depuis si longtemps qu’elle a l’impression de moisir intérieurement. Elle ne sait même pas s’il a un abri.

« Luc, est-ce que tu as une tente ? »

Silence.

« Non, je n’ai rien. Juste un réchaud et mon duvet. »

Silence.

Comment est-il encore vivant ? Elle repense à ce doute qui l’avait envahi. Elle craignait qu’il ne porte pas en lui une raison indéfectible pour rester en vie. Elle conçoit à quel point elle s’est trompée. Mais ce qu’il a découvert a-t-il brisé cette force intérieure ou l’a-t-elle intensifiée ?

« Luc, il faut que tu descendes, tu ne pourras pas tenir une autre nuit. Je vais prévenir les autres grimpeurs, ils viendront te chercher. »

Silence.

« Je te l’ai dit, Sandra, c’est impossible de monter, il y a trop de neige. Axel est parti dans une avalanche. »

Une avalanche. Elle imagine le corps qui disparaît dans la masse titanesque. L’avalanche que les Polonais ont entendue. Le corps d’Axel est quelque part dans le déversoir. Sous des tonnes de neige. Une immense tristesse la submerge, elle sent les larmes qui montent. Comment Luc y a-t-il échappé ? Elle ne comprend pas. Ils devaient être séparés. C’est la seule hypothèse plausible. Des flots de questions surgissent. Elle ne comprend pas.

« Que comptes-tu faire, Luc, est-ce que tu as à manger ? »

Silence.

« Des soupes, quelques paquets de lyophilisés et des abricots secs. Mais j’ai pas beaucoup de gaz. J’avais partagé les réserves avec Axel. Avec le lever du jour, je verrai bien la suite. Mais il faudrait que j’attende que la neige se tasse un peu. »

Silence.

Elle est rassurée qu’il envisage la descente. Elle se dit que ce contact prolongé le ramène peu à peu à la réalité de sa situation et que sa raison reprend le dessus.

« Tu as réussi à dormir ? A toi. »

Elle ne veut plus de cette coupure silencieuse dans leur échange. Elle espère qu’il va reprendre la procédure habituelle. Elle veut retrouver l’homme déterminé qu’elle connaît, celui qui peut se sauver, qui en a les moyens. Elle veut l’arracher définitivement aux mystères qu’il a évoqués.  

« Oui, j’ai dormi un peu. Et c’est ce que j’ai connu de plus beau depuis que je suis sur cette montagne. »

Silence.

Elle s’en veut, il ne fallait pas poser cette question. Elle l’a ramené vers les images qu’elle maudit, vers les gouffres qu’elle entrevoit.

« Tu n’es pas trop fatigué ? A toi. »

Elle a insisté sur la procédure en renforçant sa voix.

« Je ne sais pas. Je n’y ai pas pensé en fait. Ca fait un moment que je n’ai pas bougé. J’ai l’impression d’avoir été nourri. Non, en fait, j’en suis certain. Il ne m’est jamais rien arrivé d’aussi merveilleux. »

Silence.

Elle sait qu’elle a échoué. Elle ne peut pas le ramener. Elle n’a plus aucune emprise sur lui. Il est ailleurs. Il a perdu ses trois amis et il parle d’instants merveilleux.

 

« Il faut que je te laisse, Sandra, je n’ai plus que deux piles. »

Silence.

« Tu me rappelles dès que tu en as envie, à n’importe quelle heure, tu me dis ce que tu fais, je vais aller prévenir les grimpeurs qui sont ici », lance-t-elle rapidement. 

Il sent dans sa voix une angoisse redoutable et il s’en veut.

« Ne t’inquiète pas, Sandra, je vais bien et je ne veux pas que d’autres grimpeurs prennent des risques pour moi. Il y a déjà trois morts en moi, je ne veux pas en rajouter. »

L’expression la terrifie. Elle perçoit l’immense détresse qui l’étreint, l’enserre dans un étau sombre, le cloisonne dans un cercueil. Il est enfermé dans le tombeau où gisent les souvenirs. Le survivant ne peut pas être libre, sa situation n’est pas enviable. Elle réalise avec une infinie tristesse à quel point il doit souffrir. Et elle craint que cette torture morale ne soit un précipice dans lequel il finisse par plonger.

« A bientôt, Luc, je pense à toi. Tu n’es pas seul, s’efforce-t-elle de prononcer en détachant clairement chaque mot. A toi.

-Non, je ne suis pas seul. Je le sais maintenant. A bientôt. »

 

Il a coupé.

Elle garde la radio dans ses mains comme si c’était lui qu’elle serrait. Elle réalise que ce n’est pas d’elle seule dont il parlait, ni même uniquement de Tanguy, d’Etienne et d’Axel. Ce qu’il a découvert est en lui, occupe une place gigantesque, le remplit d’une certitude inébranlable, au-delà de la raison humaine. Mais elle ne peut pas le nommer. Elle n’en a aucune image."

 

Ecrire pour philosopher

Par Le 08/10/2017

"On ne pense que par images. Si tu veux être philosophe, écris des romans". Albert Camus.


Des éditeurs et parfois des lecteurs m'ont dit que je ne devrais pas m'obstiner à écrire dans le registre du roman mais que je devrais m'atteler à écrire des essais.

Mais si je ne m'y résouds pas, c'est parce que je tiens à ce que mes écrits ne soient pas associés à des réflexions intellectuelles mais bien davantage à ce qu'ils représentent la vie dans toute sa dimension : intellectuelle, spirituelle, philosophique, évènementielle, quotidienne, passionnelle...

Le roman est un miroir de l'existence alors que l'essai en est son commentaire. 

Je ne veux pas commenter.

L'autre raison s'oppose à l'idée que le roman n'est qu'un divertissement et qu'il n'est pas destiné à conduire l'individu à un questionnement existentiel. Je pense au contraire que le roman a une force immense quant à l'identification possible du lecteur aux personnages alors que l'essai ne favorisera pas ce transfert et par conséquent la perception profonde des idées. L'essai s'en tiendra à la raison, le roman y ajoutera l'émotion.

Si le roman parvient à transcrire une démarche intellectuelle en la nourrissant des émotions, son absorption en sera renforcée.

Je n'oublierai jamais ma première lecture de "Citadelle" de Saint-Exupéry. Les pensées philosophiques de toute une vie.

 

Aucun essai philosophique n'aura à mes yeux cette puissance parce que s'y ajoutent la beauté incommensurable de la musique, de la poésie, des images, des dialogues, des paysages, des odeurs, des messages, des enseignements vivants. De tout ce qui fait la vie.

 

Alors, sans doute que je prends un risque en voulant mêler cette construction romanesque avec une démarche existentielle mais je ne peux pas trahir l'enfant qui vit en moi et qui posait sur sa poitrine le livre de Saint-Exupéry, après des heures de lecture, au fond de son lit. 

L'enfant est là. 

Tout ça remonte à si loin que je ne saurais continuer en le perdant. 

Sans la moindre prétention, il me plaît de penser que Saint Exupéry et tous les autres se réjouissent de l'amour que je leur porte encore, après tant de temps. 

Même si mes écrits n'auront jamais la puissance de leurs textes, ce qui m'importe, c'est de ne jamais délaisser l'amour des mots qu'ils m'ont transmis.

L'IA, intelligence artificielle

Par Le 08/10/2017

C'est là que l'on voit que le revenu universel de base est incontournable.

Qu'en est-il maintenant de l'avenir du développement personnel ?

Il est clair que la disparition de la situation salariale que nous connaissons encore va être sacrément déstabilisante.

Que feront ces individus de leurs existences dès lors qu'ils ne seront plus employés à une tâche professionnelle, comment évoluera cette société, vers quoi l'intelligence humaine va-t-elle se tourner, quels seront les objectifs de vie de ces milliards d'êtres humains ?...

Personnellement, je pourrais cesser de travailler dès aujourd'hui et mes journées seraient considérablement bien remplies...

 

Des robots du film «I, robot»

Des robots du film «I, robot» — 20TH CENTURY FOX

  • La guerre des intelligences est paru chez JC Lattès ce mercredi.
  • Pour son auteur, Laurent Alexandre, l’école ne prépare pas les enfants à lutter contre l’Intelligence Artificielle.
  • Seuls les gens très intelligents seront complémentaires de l’IA.

L’intelligence artificielle (IA) va nous manger tout cru. Pour Laurent Alexandre, chirurgien, énarque et spécialiste des nouvelles technologies, les progrès de l’IA risquent de creuser les inégalités sociales si le système éducatif n’évolue pas très vite. La guerre des intelligences, paru chez JC Lattès mercredi dernier, dessine un futur où les enfants pourraient s’implanter des circuits intégrés dans le cerveau pour rester compétitifs face à la machine. Avec 20 Minutes, l’auteur effleure les grandes questions que pose ce « tsunami technologique ».

Dans « La guerre des intelligences », vous critiquez le système éducatif. Pour vous, l’école ne donne pas les bonnes armes aux enfants pour affronter l’intelligence artificielle. Quels sont les risques liés à l’IA ?

Il existe un risque à long terme, celui qui a fait l’objet des disputes entre Elon Musk et Mark Zuckerberg cet été : le risque d’une intelligence artificielle hostile qui tuerait l’humanité. A mes yeux, le principal problème, c’est plutôt l’augmentation des écarts sociaux. Comme l’IA va être quasi gratuite et va faire de mieux en mieux des tâches humaines, nous risquons d’être dans une société où seuls les gens très intelligents, très innovants, très doués pourront trouver du travail. L’école aujourd’hui ne prépare pas les enfants, notamment des milieux défavorisés, à résister à l’IA.

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Comment l’école devrait-elle se préparer à l’intelligence artificielle, selon vous ?

En faisant le contraire de ce qu’elle fait depuis trente ans. Il faut déprofessionnaliser. Tout ce qui est professionnel, technique, va être balayé par l’intelligence artificielle. Un comptable n’a pas sa place en 2030. Sans parler du cas des chauffeurs routiers avec des camions qui sauront conduire seuls dans les vingt prochaines années. Tout ce qui est "savoirs techniques" va poser un problème. Aujourd’hui, on forme les enfants à des métiers qui ne leur permettront pas d’être compétitifs face à l’intelligence artificielle. Il faut les éloigner des secteurs où l’IA sera forte.

Sur quoi faut-il miser dans le futur ?

Les humanités, l’esprit critique, tout ce qui est multidisciplinaire. L’IA ne sait pas faire du transfer learning [utiliser un savoir pour faire autre chose], analyser transversalement un sujet. En réalité, il faudrait donner aux gamins des savoir-faire transversaux, de la multi-disciplinarité, des objets à lire. Leur apprendre à travailler en groupe. Il faudrait mettre des Montessori à la place des ZEP. Une bonne partie des patrons de la Silicon Valley ont été formés dans des écoles Montessori.

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Ne croyez-vous pas qu’une forme de technicité restera nécessaire, rien que pour l’entretien des machines ?

Si vous pensez que c’est un bac -2 qui va débugger l’intelligence artificielle, vous vous trompez. C’est comme penser qu’un cantonnier va faire fonctionner une centrale nucléaire. Effectivement, il restera des métiers techniques qui seront d’une complexité extraordinaire. Dans la société de demain, qui va être ultra-complexe et avec une Intelligence artificielle quasi gratuite, seuls les gens très intelligents seront complémentaires de l’IA. Vérifier qu’on n’est pas en train de créer une IA hostile, ce n’est pas un bac -3 qui en sera capable. En réalité, l’idée selon laquelle on aura besoin de plein de technicités, de développeurs bas de gamme est une idée fausse. A partir du moment où l’IA va gérer des fonctions vitales, nous opérer avec des robots chirurgicaux, gérer le trafic routier, c’est naïf de penser qu’on confiera ces tâches de monitoring à des gens qui ont une formation limitée.

Selon vous, l’IA va laminer des professions, que voulez-vous dire exactement ?

Aux Etats-Unis, le chauffeur-livreur-camionneur représente plus de 3 millions de personnes. La reconversion d’un camionneur de 50 ans n’ayant pas de culture générale, ne sachant rien faire d’autre, qui a quitté l’école à 16 ans, ne va pas être une mince affaire. On ne va pas reconvertir les 3 millions de chauffeurs routiers américains d’un claquement de doigts. La reconversion des comptables ne va pas être simple non plus. Une minorité d’entre eux deviendra expert comptable, et les autres ? Il existe des logiciels d’IA qui remplacent intégralement un comptable. La radiologie sera faite par l’IA dans pas longtemps mais je n’ai aucun souci pour les radiologues qui sont bac + 10, je suis plus inquiet pour les camionneurs.

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Quand vous voyez qu’un spécialiste de deep learning est payé 100 fois mieux que le professeur de collège le mieux payé au monde, c’est dément. On paye cent fois plus les gens qui éduquent le cerveau en silicium que ceux qui éduquent le cerveau biologique. Si on veut créer de la complémentarité, il faudrait faire le contraire.

Vous semblez décrire une intelligence artificielle qui va creuser les inégalités…

On va vers une crise sociale si on n’améliore pas considérablement le système scolaire. La bourgeoisie met déjà ses enfants dans des écoles d’exception. Le souci, ce sont les enfants défavorisés que le système encourage à aller là où l’IA va les dévorer. Notre système scolaire est construit en dépit du bon sens. Il y a même des métiers sophistiqués qui vont être challengés. Rockefeller Institute, à New York, l’un des plus grands centres médicaux au monde, a publié une étude cet été selon laquelle l’IA est 1.000 fois plus rapide que leurs meilleurs généticiens du cancer. Quand vous en êtes là, ça veut dire que vous serez bientôt à un million, un milliard de fois plus rapide qu’un généticien du cancer. Vous imaginez pour un comptable ou un petit employé de back-office ?

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Vous décrivez un futur qui se laisse séduire par l’eugénisme, ne peut-on pas imaginer un autre chemin, moins catastrophiste ?

Quand on voit les chiffres que je cite : 50 % des jeunes chinois souhaitent augmenter le QI de leur bébé par des méthodes biotechnologiques. Dans certaines régions du monde, on va aller vers de l’eugénisme positif. On a déjà commencé à faire de l’eugénisme négatif. Je vous rappelle qu’en France, la pratique de l’IVG est très répandue dans le cas d’un dépistage d’une trisomie 21. L’eugénisme n’est pas une perspective, c’est une réalité. On a déjà mis un doigt dans l’eugénisme, des zones vont pratiquer l’eugénisme positif. Est-ce que ce sera possible dans un pays comme la France ? Est-ce qu’il sera possible de résister ? Il est probable, et je ne m’en félicite pas, qu’on entre dans un engrenage, neurotechnologique avec les technologies d’eugénisme. En 2030, on pourra mettre des circuits intégrés dans le cerveau des enfants d’une façon ou d’une autre et on le fera.

En somme, en déléguant les tâches, ne risque-t-on pas de devenir moins intelligent ?

A partir du moment où on a un tsunami de datas et une puissance informatique forte pour les traiter, le neurone abandonne forcément le traitement de la data. Dans le livre, je cite des études qui ont été faites par des neurologues à Londres sur les chauffeurs de taxi, la zone de mémorisation spatiale, l’hippocampe, s’atrophie.

Ne peut-on pas imaginer une cohabitation pacifique plutôt qu’un affrontement ?

C’est le but mais n’oubliez pas que l’inertie des cerveaux humains est terrible. Les enfants qu’on forme aujourd’hui seront encore vivants à la fin du siècle. Imaginez l’IA entre 2050 et 2100. Notre cerveau ne bouge pas, sauf avec les techniques de neuroenhancement [de renforcement], alors que l’IA galope. Il y a dix ans, on pensait que jamais une voiture ne se conduirait seule. Regardez les progrès actuels. Parmi les enfants qu’on forme aujourd’hui dans les écoles populaires, il n’y en a pas un qui sera compétitif contre l’IA en 2070.

Courir

Par Le 07/10/2017

 

Aujourd'hui, à la descente du sommet du jour, j'avais cette musique qui tournait en boucle dans les écouteurs du MP3 et c'est à "l'image" de ces instants là-haut. 

J'ai dansé sur les chemins de pierre, j'ai crié mon bonheur, j'ai lancé mes jambes, j'ai posé mes pieds là où ils devaient être pour ne pas tomber, j'ai posé les pointes de mes bâtons là où ils devaient être pour ne pas tomber, j'ai scruté chaque pierre pour ne pas tomber, j'ai sué et soufflé, une heure trente sans aucune pause, la puissance, juste le bonheur de la puissance.

Oh, bien sûr, des milliers de coureurs iraient plus vite que moi mais ça n'a absolument aucune importance. Je vais à la vitesse qui me réjouit.

Ce plaisir du corps en action, encore une fois, pour la millième fois, je pense qu'il est impossible de vivre pleinement tant que cette jouissance n'est pas éprouvée, tant que le corps n'existe pas pour autre chose qu'une activité quotidienne, répétitive, intentionnelle et bien souvent pour des objectifs matériels. 

Que faisons-nous de nos corps ? À quels moments vivons-nous réellement en lui, avec lui, au plus profond ? Juste pour lui, sans aucun objectif autre que cette rencontre intime. Lui et nous.

Combien de fois sur une semaine, un mois, un an, éprouvons-nous sa puissance, ce miracle de la force, le souffle des poumons, la brûlure des muscles, les battements cardiaques, l'intensité de cette complexité vivante ?

Combien de gens mourront sans connaître d'eux autre chose que les dysfonctionnements physiques et ce regard méfiant, inquiet ou même détestable sur ce corps qui les empêche d'exister comme ils le souhaitent ? 

J'ai une sciatique, des douleurs permanentes dans les orteils du pied gauche, comme s'ils étaient brûlés de l'intérieur, une excroissance osseuse sur la colonne vertébrale, la maladie de Dupuytren, une vésicule biliaire qui ne fonctionne plus et lance, comme un point de côté incessant, des organes emplis de nodules, des pathologies qu'il faut chercher dans les annexes du Vidal... etc etc etc... mais tout le reste fonctionne, mes jambes peuvent pousser à la montée et absorber les chocs à la descente, mon souffle est bon, mon coeur est un piston infatigable, mon plaisir à suer est un carburant inépuisable, je peux rester concentré pour analyser le terrain à chaque seconde et savoir où poser mes pieds, mes bras jouent avec les bâtons de randonnée, mes abdominaux tendus protègent mon dos et je ris tout seul quand cette force m'anime et ruisselle, je ris et je bénis ce corps.

Courir n'a aucun sens, courir ne sert à rien. Et encore moins en montagne. Il n'y a aucune urgence, pas de rendez-vous, pas de raison professionnelle, pas de compétition, rien à "gagner" mais tout à perdre si ça n'est pas fait. 

Qu'est-ce que ce "tout" ?

Là : 

JUSQU'AU BOUT

EXTRAIT

Il écrivit toutes ses réflexions puis il décida d’aller courir. Il devait entretenir son corps désormais. Avec attention et rigueur. Se muscler, gagner en endurance, en puissance, en résistance, supporter la douleur, le froid, la faim, la soif. Le bonheur absolu des samouraïs. Il deviendrait comme eux. L’esprit et le corps unis dans une même lutte. La joie qui montait en lui, comme un magma brûlant, dense, vigoureux, une fièvre élévatrice. Il se sentit presque grandir. C’était fabuleux. Il fallait courir pour libérer cette puissance.

Il sortit et reçut la lumière du soleil comme un don.

 

Il quitta son sous-pull. Son torse devait se nourrir des ondes divines. Il aurait aimé courir nu mais les esprits pervers n’auraient pas compris.

Il partit sur la route.

Dès les premières minutes, il chercha à se concentrer sur le rythme de ses foulées, la musique de son souffle et de ses pas, le tempo de son cœur, se coupant du monde extérieur, n’acceptant que les rayons solaires et la brise fraîche, sans objectif précis, il s’enfonça dans les forêts, traversa le plateau granitique de la Pierre Levée, suivit un temps le ruisseau du Ninian, rejoignit une route qu’il ne chercha pas à reconnaître, refusant de construire un parcours, limitant le travail de son esprit à la précision de ses gestes et quand il sentit que les muscles des jambes durcissaient, que le ventre et le dos supportaient de plus en plus difficilement les chocs répétés, il s’interdit de penser à un probable retour et, peu à peu, il sentit s’installer en lui la mécanique hypnotique de la course, s’engloutissant à l’intérieur de lui-même, insensible à toutes les sensations extérieures, ne vivant que dans l’infini profondeur de son propre abîme, il ne distingua de son corps que le passage rapide devant ses yeux d’un pied puis d’un autre, le premier disparaissant, immédiatement remplacé par le second et cela sans fin, et il trouva magnifique la mélodie répétitive de ses pas sur le corps de la Terre, comme des étreintes répétées, un don d’énergie partagée, il buvait à la source de vie et s’enivrait de jouissance, cette alternance rapide et saccadée et cette absence de volonté, le corps agissant indépendamment de tout contrôle, sans crainte et donc sans fatigue, le cerveau, submergé de douleurs ayant abandonné l’habitacle, s’évaporant dans un ailleurs sans nom, il la trouva magnifique cette musique en lui, chaque foulée se répercutant dans l’inextricable fouillis de ses fibres musculaires, dans les souffles puissants jaillissant de ses poumons vivants, comme une alarme infinie qui retentit, un appel à la vie, un cri de nouveau-né qui emplirait le ciel et gonflerait les nuages, ses perles de sueur comme des semences inondant la Terre, les râles de sa gorge comme des mots d’amour et il comprit pleinement, par-delà les pensées, que les poumons, le cœur, le sang et les cellules n’existaient que dans ces instants d’extrême exploitation, que les jours calmes étaient des jours morts, des jours sans éveil, des jours d’abandon et de faiblesse, des heures disparues dans le néant de la mort, des pourritures rongeant l’extase, des impuissances de verge éteinte, des mollesses de cadavres agités dans l’attente des vers, c’était inacceptable et il ne l’accepterait jamais, sa vie devait être comme cette course, sans cassure, sans déchet, sans seconde évaporée, un cri de vie dans le silence des cimetières, une rage aimante comme un hommage, il plongerait son âme dans le calice du monde jusqu’à noyer les derniers résidus des morales apprises, il couvrirait la Terre de son corps embrasé, il emplirait le vide de son amour enflammé, il sentit les larmes couler, c’était si beau ce moment de vie, enfin la vie.

Il courut si longtemps qu’il ne sut pas quand il rentra.

 

COURIR, COURIR, encore et encore

Les habits de l'automne

Par Le 07/10/2017

La montagne me comble de bonheur.

J'y trouve l'effort physique et la contemplation.

 

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