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Violences à l'école

Par Le 29/04/2013

Violence à l'école : pour moi, Christophe Lemaître, le collège a été un calvaire

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Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

LE PLUS. Cette semaine, "Le Nouvel Observateur" consacre un large dossier aux violences à l'école. 10% des élèves seraient en effet victimes d'insultes ou de coups répétés. S'il n'a jamais subi de violences physiques, le champion d’athlétisme français Christophe Lemaître a bien connu ce harcèlement, qu'il raconte dans son autobiographie "La revanche du grand blond" (Jacob Duvernet). Extraits.



Édité par Hélène Decommer 

Christophe Lemaître après sa victoire sur le 200m au Aviva London Grand Prix, le 14/07/12 (TOM DYMOND/COLORSPORT/SIPA) 

Christophe Lemaître après sa victoire sur le 200m au Aviva London Grand Prix, le 14/07/12 (TOM DYMOND/COLORSPORT/SIPA)

 

Les premières moqueries ont commencé en CE2. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. C’est vrai que je zozotais et que je ne parlais pas beaucoup. Je ne sais pas si c’était la raison car j’avais malgré tout quelques copains. Quelquefois ils étaient aussi durs avec moi. Mais du jour au lendemain, j’ai été rejeté, banni. Je n’étais plus invité à jouer avec les autres.

 

On se moquait de moi en permanence

 

Au collège, cela a viré à la catastrophe. Je n’en parlais pas à la maison. Je ne voulais rien dire. Pourtant, ma famille se rendait bien compte que quelque chose n’allait pas. Je n’étais pas bagarreur, je ne voulais pas d’histoire (…).

 

Ces années de collège ont été un véritable calvaire. Je n’en garde pas un seul bon souvenir. On se moquait de moi en permanence. En cours et à la récréation. Le matin, j’avais toujours une petite appréhension lorsque j’arrivais devant le portail de l’établissement. La peur de croiser ceux qui m’embêtaient. Ils étaient assez nombreux. Ils ne me tapaient pas – ça n’allait pas jusque là – mails ils se moquaient de ma grande timidité et notamment de mon cheveu sur la langue. Comme je zozotais, j’étais forcément un attardé (…). Ils en profitaient, ils insistaient, car j’étais très réservé. Je n’avais pas le courage de répondre, ma timidité m’en empêchait. C’était difficile à supporter, surtout sur le moment.

 

Dans l’encadrement scolaire, personne ne s'inquiétait

 

De nos jours, certains enfants victimes de harcèlement vont jusqu’à se mettre fin à leurs jours. Heureusement, je n’y ai jamais pensé. Ça n’allait pas fort mais je n’aurais jamais envisagé de me suicider. Je n’aurais jamais eu le courage de toutes façon. Parfois même le harcèlement de mes camarades se poursuivaient même au-delà du collège, dans les rues de Culoz (son village, ndlr). Mes parents n’ont jamais compris pourquoi, dans l’encadrement scolaire, personne ne s’était inquiété. Imaginez, je n’osais plus lever le doigt en cours ou répondre aux professeurs. J’étais tellement mal dans ma peau ! Même à la maison, on n’arrivait pas à me tirer les vers du nez (…).

 

Pendant ces années, j’ai nourri une rage folle à force de garder tout pour moi. C’est ce qui me fait avancer maintenant (…).

 

Au départ d’une course, je veux avant tout m’imposer, prouver que je suis le meilleur. Mais soyons honnêtes, quelque part, je me venge de ces faux amis qui viennent aujourd’hui me féliciter en faisant copain-copain mais qui, à l’époque, étaient les premiers à se moquer de moi (…). Quelque part, je les remercie : ils m’ont rendu plus solide ! Ils ont été un moteur à ma réussite.

 


 Je n'adhère pas à la dernière phrase. Tant mieux s'il parvient aujourd'hui à vivre les choses de cette façon mais l'idée que la dureté peut devenir une opportunité me révolte. L'armée fonctionne sur ce critère. C'est un monde à part.

Que certains enseignants ne réagissent pas, c'est une certitude. Justement parce que bien souvent, ils considèrent que c'est "normal et formateur". "La vie en société est difficile, ils font leurs expériences..." Je connais ces arguments, je les ai entendus en tant qu'elève...Asthmatique, bouffi par la cortisone, "interdit" de sport par les médecins, j'ai eu droit à toutes les moqueries, à toutes les humiliations dont beaucoup sont capables à cet âge.

Et maintenant, je suis cet enseignant qui ne sait plus comment faire pour que ça ne se produise pas dans SA classe... Même plus envie d'y retourner...Un effroyable sentiment d'impuissance...

 

Oh, mais que c'est beau...

Par Le 28/04/2013

que c'est beau...

pas bougé de l'ordinateur aujourd'hui, écriture depuis cinq heures ce matin, trois pages achevées...

Et la musique en boucle...

Comme une bande originale d'un film que j'écrirais...

Olafur Arnalds

Par Le 28/04/2013

C'est si beau de rencontrer des âmes identiques.

Biographie

Olafur Arnalds

Olafur Arnalds est un artiste islandais né en 1987. Il commence à étudier la musique à l'âge de cinq ans et se découvre un intérêt particulier pour les bandes originales de films et la musique classique vers 14 ans. Multi-instrumentiste, il compose une partie de son premier album à cette période. Eulogy for Evolution sortira finalement fin 2007 sur Erased Tapes. Olafur dira de cet album qu'il est minimaliste, à l'image de son village et de ses gens, principales sources de son inspiration.

Prenant le pari de "rafraichir" la musique classique et de l'amener à portée de tous en y incorporant des sonorités électroniques, l'islandais se fait connaître notamment grâce aux poids lourds de la scène nationale (Sigur Ros, Bjork) et bénéficie de retours très positifs, ce qui lui permet de sortir un nouvel EP, Variations of Static au printemps 2008 et d'assurer la première partie de Sigur Ros sur leur tournée mondiale la même année.

Chronique

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Variations Of Static ( 2008 )

Variations of Static se découvre comme un jour naissant. Sur "Fok", la piste d'ouverture, la nature s'éveille et se met en mouvement. Piano et violoncelles, bases de l'instrumentation d'Olafur Arnalds, prennent peu à peu leur envol, rejoints enfin par quelques beats electro délicatement dosés. Les éléments pourtant rassurants se transforment alors sous un ciel changeant. 'And all I heard was the screaming silence of the night'. Au milieu des plaines parcourues par le souffle des instruments , le fantôme d'une voix samplée s'élève, inquiétante puis désespérée. Sa présence hantera l'album tout au long des cinq morceaux comme une âme perdue et abandonnée.

5 pièces, comme autant de variations autour de la mélancolie où piano et violoncelles se répondent et s'entremêlent. Aux notes brisées de "Við Vorum Smá..." font écho les pleurs des cordes de "Haust" progressivement embrassés par de douces nappes electro. Un jeu de la tristesse et du hasard qui met en valeur tout le soin apporté à l'orchestration qui allie à la puissance des émotions portées les instruments classiques les songes éthérés de la musique électronique.

A la question de savoir d'où lui venait la mélancolie dégagée par cet album, Olafur Arnalds répondit qu'il n'y avait pas pensé en composant: 'Ces morceaux ne sont pas mélancoliques pour moi, j'essaie juste de trouver des mélodies qui touchent. Les gens peuvent les interpréter comme ils veulent'. L'invitation est alors lancée à façonner soi-même l'oeuvre et ses sentiments. L'enchevêtrement des instruments n'est qu'un gigantesque tableau esquissé par l'islandais auquel l'auditeur est encouragé à apporter les couleurs. Tout cela, au gré de ses propres voyages à l'intérieur des paysages dessinés par le compositeur.

A 21 ans, Olafur Arnalds signe là une oeuvre d'art dont la richesse réside dans sa portée évocatrice. Progressant sans cesse dans sa démarche de transformation de la musique classique, il dresse une sublime toile intimiste aux traits fins, changeants sous le regard du public et que chacun peut s'approprier. Olafur Arnalds est un artiste peintre au pinceau en forme d'archet.

A écouter : Comme un tableau

L'école à la maison

Par Le 27/04/2013

Et bien voilà ce qu'il faut que je fasse : instituteur à domicile pour les parents qui sont réfractaires au système éducatif mais qui ne peuvent ou ne veulent pas assurer l'enseignement à la maison.

Je vais mettre une annonce sur le Bon Coin :)


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Classe à domicile : une autre approche de l’école… et de la vie

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Un manuel se penche sur tout ce qu’il faut savoir pour retirer ses enfants de l’école et leur faire ‘‘classe à la maison’’. Un choix qui peut être formidable… à condition d’inventer la vie qui va avec.

Les parents qui font classe à domicile doivent interroger leurs propres conformismes. (Aurélie Audurea/Le Parisien/MaxPPP)

Les parents qui font classe à domicile doivent interroger leurs propres conformismes. (Aurélie Audurea/Le Parisien/MaxPPP)

D’abord, ce rappel qui ouvre ‘‘Instruire en famille’’ de Charlotte Dien : non, il n’est pas obligatoire d’envoyer ses enfants à l’école en France. Ce qui importe au regard de la loi, c’est de leur garantir ‘‘l’instruction’’ et qu’à 16 ans, ils aient acquis le même socle de compétences que les autres enfants. Pourtant, le choix du homeschooling, relativement répandu en Amérique du Nord, est très rarement opéré au pays de Jules Ferry : entre 3 et 4.000 enfants seulement seraient dans cette situation - en plus de 12.000 inscrit au Centre national de l'enseignement à distance (Cned).

Pas facile en effet de ramer à contre-courant de la société et de répondre aux interrogations des grands-parents et voisins (‘‘Ben, il est pas à l’école, aujourd’hui, le petit ?’’). On a beau adorer sa progéniture, pas facile non plus de mettre (au moins) une partie de sa carrière de côté pour un face-à-face quotidien avec elle. Enfin, il faut avoir l’audace de se dire que l’on choisit pour ses enfants un sort différent de celui de 99% de ceux de son âge. C’est pourquoi, en général, l’option la classe à domicile se fait parce que quelque chose cloche en classe.

Aucune espèce d'encouragement

Ce n’est pas un scoop : l’école française privilégie en effet la méthode ‘‘caserne’’ plutôt que l’épanouissement des talents de chacun. Non pas parce que les maîtres sont de grands sadiques, mais parce que rien dans leur formation, ni dans le déroulement traditionnel des cours n’est fait pour encourager le chacun-son-rythme et la créativité personnelle : trop d’enfants à charge, de trop lourds programmes à boucler et aucune espèce d’encouragement (le mot est faible) de la hiérarchie  à initier des méthodes ‘‘différentes’’.

Du coup, comme l’écrit Charlotte Dien - pourtant fille de directrice d’école et ex-bonne élève - ‘‘tout enfant s’éloignant trop de la norme, par sa manière personnelle d’apprendre, de penser ou de se comporter, est testé et étiqueté (…). L’enfant est trop souvent désigné comme coupable. Tout vient de lui : il ne fait pas assez d’efforts,  il est trop distrait, trop bavard, pas assez concentré, pas assez motivé, trop remuant, trop agressif, il ne participe pas assez en classe… » Un enfant non scolaire, trop autonome, qui s’interroge beaucoup, sera jugé problématique, même s’il a une personnalité attachante.

Un "choix de vie"

Bref, dans ce cas, la non-scolarisation s’impose peut-être. Comment faire ? Evidemment, dépeint ‘‘Instruire en famille’’, la tentation est grande au départ de ‘‘faire le prof’’ à la maison. C’est en général une mauvaise idée, puisque précisément, il faut inventer autre chose. Et c’est là que se situe toute la difficulté de la pratique - sans doute un peu minorée par cet ouvrage passablement militant. Car incriminer le conformisme écrasant de l’école est une chose ; devenir un parent inventif, patient, suffisamment à l’écoute de ses enfants pour s’adapter à leur manière d’être, en est une autre.

C’est ce que l’auteure nomme un ‘‘choix de vie’’ : il faut être capable de déceler le merveilleux dans les choses du quotidien. De saisir qu’une balade en  forêt peut être aussi instructive qu’une leçon d’arithmétique. Que la quantité (d’heures de cours, de devoirs…) est moins importante que la qualité. Que la poésie est moins un texte de Maurice Carême, qu'une manière d’appréhender le monde. Au fond, l’aliénation des enfants scolarisés n’est que le reflet de nos aliénations d’adultes, comprimés par les horaires tyranniques, myopes sur nos grégarismes.

Quel genre d’adultes deviennent les ‘‘non-sco’’ ? Pas d’étude française sur le sujet (on s’en serait douté), mais des anglo-saxonnes. Apparemment, ils se déclarent deux fois plus souvent ‘‘heureux’’ que les autres, sont plus autonomes, plus investis dans le tissu social et gagnent en moyenne mieux leur vie  - ce dernier facteur s’expliquant sans doute par le fait qu’ils proviennent souvent de familles culturellement favorisées. Pourront-ils jamais devenir des salariés et citoyens ‘‘ordinaires’’, capables de se mettre au garde-à-vous quand on le leur réclame ? L’étude ne le dit pas. Mais beaucoup de ‘‘non-sco’’ redevenant ‘‘sco’’ vivent à grand peine la violence des rythmes collectifs. La liberté, ce n’est pas la facilité.

Charlotte Dien, Instruire en famille, Rue de l’échiquier, 160 p., 15 €

JARWAL LE LUTIN (4) : L'arbre de vie.

Par Le 27/04/2013

JARWAL LE LUTIN, tome 4

Les enfants réalisèrent que tous les jeunes lutins avaient disparu. Sans un bruit, comme avalés par la forêt. Marine imagina que la cérémonie qui s’annonçait ne leur était pas accessible.

Ils suivirent les vieux Sages et découvrirent sur l’autre flanc du tronc une ouverture immense, une voûte de cathédrale, un antre tapissé de chevelures végétales, cascades emmêlées de lierre et de vigne vierge, de liserons épanouis et de fleurs inconnues, des ribambelles de croissances anarchiques, des foisonnements colorés comme des hommages.   

« C’est l’Arbre de Vie, annonça Kiak, respectueusement.

L’assemblée s’assit en tailleur face à la voute immense et les cinq enfants les imitèrent.

« L’Arbre de Vie est le début de tout et le renouvellement de ce qui est fini. Tout ce qui est créé par la Nature prend sa source ici. »

Les cinq enfants n’osaient pas poser de questions, une retenue dictée par l’incroyable privilège qui leur était accordé tout autant que par l’infinie sagesse qui émanait des personnages qu’ils côtoyaient, comme s’ils n’étaient pas à leur place, comme si cette connaissance millénaire qu’ils percevaient les projetait à des années lumière.

« Vous avez envie d’en savoir davantage et vous n’osez rien demander. Cette humilité vous honore mais si vous êtes parmi nous aujourd’hui, c’est que vous le méritez et rien ne doit vous arrêter dans votre quête de savoir. »

Kiak les regarda intensément, l’un après l’autre.

« Léontine ne vous aurait pas ouvert le chemin des âmes si vous ne portiez pas en vous les lumières à venir. Je ne lis pas dans les pensées comme Léontine mais je lis dans les corps et vous êtes nerveux. Ce qui est tout à fait compréhensible. »

Une voix monocorde, dans une immobilité totale. Aucun geste de mains, aucun mouvement de tête, une sérénité stupéfiante qui impressionnait fortement le petit groupe. 

« Le plus simple, désormais, est que vous entriez dans le cœur de la vie. Toutes les questions obtiendront une réponse. Il en est ainsi. »

Le vieux Sage se leva et invita les enfants à le suivre. Les autres Sages ne bougèrent pas. Ils suivirent les enfants des yeux et Rémi perçut dans un regard échangé une douceur rassurante, une invitation à se laisser guider.

Ils serpentèrent entre les racines et s’arrêtèrent à l’ouverture de l’antre. Aucune trace d’outils, de coups de haches ou autres ustensiles, le tronc semblait s’être soulevé du sol, soutenu par des piliers de temples.

Des rayons rectilignes transperçaient le rideau de lierre qui obstruait l’entrée. Au-delà de ces tentures végétales, un espace sombre se laissait deviner, une obscurité fossilisée dans le silence. Rien, aucun mouvement, aucun bruit, même pas un insecte fureteur, comme si le lieu interdisait toutes intrusions.

« Suivez-moi » annonça le vieux Sage. Il écarta délicatement les dentelles de feuilles et disparut.

Les cinq enfants se regardèrent, sans un mot, des regards croisés chargés de curiosité et d’incertitude.

Léo bougea le premier, il avança lentement, posa une main sur les cascades immobiles des frondaisons, sembla jeter un œil scrutateur en penchant la tête puis, d’un coup, il franchit le seuil. Rémi lui emboîta le pas, puis les trois compagnons s’élancèrent en même temps.

Leurs yeux s’habituèrent difficilement à l’obscurité. Kiak était invisible. La fraîcheur les surprit, une température plus agréable que la moiteur de la forêt, cette impression étrange d’avoir quitté le monde ou d’être entré dans son ventre, comme si le lieu contenait tous les mystères les plus anciens, la source des révélations les plus bouleversantes, ils sentirent couler en eux des rayonnements inexplicables, des flux électriques qui les firent frissonner.

« Asseyez-vous, les uns à côté des autres et donnez-vous les mains. Il est important que vous soyez reliés physiquement pour réaliser aussi que vous l’êtes par la pensée, par l’énergie, par l’amour, par tout ce que crée la Vie. »

Dans les noirceurs, la voix monocorde de Kiak les figea. Ils s’obligèrent à bouger, prudemment, pour s’extraire de cette appréhension qui les raidissait.

Les pupilles dilatées parvenaient désormais à se nourrir des flux infimes de lumière qui perçaient. Lou se retourna vivement, comme pour vérifier que personne ne se tenait dans son dos. Cette impression d’être observée…

Tian trouva la main de Marine. Les autres se joignirent. Lou, Rémi puis Léo qui ferma le cercle. Ils se souvinrent alors qu’ils devaient s’asseoir. Ils lâchèrent leurs emprises, s’installèrent puis reformèrent le lien.

Les mouvements de leurs corps s’estompèrent. Ils sentirent à travers leurs habits la fraicheur de la terre. Aucune sensation de froid pourtant mais une douceur agréable, un bien-être de cocon, un placenta protecteur qui les isolait de tout. 

La voix de Kiak les surprit de nouveau. Elle ne venait plus du même endroit et ils étaient pourtant persuadés de ne pas l’avoir entendu se déplacer.

« Maintenant, vous allez fermer les yeux et arrêter de vouloir distinguer quelque chose. C’est dedans qu’il faut regarder et vous n’avez pas assez appris à vous libérer de vos yeux. Ne vous occupez pas du temps qui passe, c’est une idée fausse. C’est vous qui passez dans le temps. Mais ici, vous êtes immobiles, dans votre corps et dans le temps. Il ne vous reste qu’à immobiliser votre esprit et tout sera en paix. »

Il avait dit « immobiles dans le temps. » Marine voulut comprendre puis elle se reprocha cette pensée inopportune. Elle devait trouver la paix de son esprit.

Lou se demandait comment elle pourrait bien s’y prendre pour arrêter de penser. Un état qui lui paraissait totalement inaccessible. Elle ne cessait de penser à l’impensable.

Rémi cherchait à savoir si Kiak se déplaçait de nouveau, il voulait pouvoir le suivre et ne plus être surpris par cette voix qui surgissait n’importe où. Il s’efforça de calmer les battements de son cœur et de tendre les oreilles. Il crut percevoir un infime frottement droit, devant lui, dans le dos de Tian.

« Rien, ne rien vouloir, ne rien attendre, ne rien penser. Entrer au-dedans pour  voir l’Univers. Le silence maintenant.»

Ils eurent un peu l’impression d’entendre un professeur dans une classe mais ils n’en avaient jamais connu de Sage.

Rémi dut constater encore une fois que Kiak se déplaçait à son gré, sans qu’il ne soit possible de deviner sa position. Il était partout et nulle part. Incompréhension.

Plus aucun mouvement. Juste cette conscience retrouvée de la respiration. Il fallait cesser de bouger pour réaliser que ce mouvement-là ne cessait jamais.

« Fermez les yeux, dicta la voix grave de Kiak. Ne vous contentez pas de fermer les paupières, arrêtez aussi de regarder en dedans et de fabriquer des images, laissez-vous couler. Tout ce que vous portez appartient à la réalité que vous avez créée. Maintenant, vous allez découvrir le réel. »

Marine sentit la main de Tian se crisper légèrement lorsque la chaleur les envahit, une chaleur bienfaisante, comme un câlin maternel qui vous enlace et que le bonheur ruisselle dans les fibres, la plénitude du petit enfant qui s’abandonne et l’amour de la mère qui se diffuse en lui, le contact établi, le lien au-delà des corps, le lien des âmes.

Une blancheur indéfinissable les emplit, une clarté sonore qui murmurait dans les tréfonds de leurs corps immobiles, une marée montante qui les couvrait de sa chaleur, une sève surgissant de la terre, aimantée par le ciel.

Comme un bateau soulevé au-dessus des flots, ils virent en eux l’immensité de l’Océan s’étendre sous leurs regards, une vision sans tête, comme si rien en eux ne possédait de centre, comme s’ils n’existaient plus individuellement.

Accélération du processus.

Une pulsation naissante, infime, dérisoire, puis des crépitements d’étincelles qui jaillissent et s’éteignent, se ravivent, se propagent, s’entretiennent, une énergie qui se répand et les pulsations qui s’étendent, se renforcent, les flux électriques nourrissent le cœur de l’étoile, des courants de matière liquide déboulent sous la surface, des flots qui gorgent le lit des veines, les pulsations prennent une ampleur insoupçonnée, les étincelles deviennent des flux constants qui ruissellent, tous reliés dans une aura fabuleuse, une couronne lumineuse qui s’agite, palpite, respire.

Un noyau enveloppé de lumière, des particules animées par une vie interne s’infiltrant amoureusement dans un univers nimbé de phosphorescences.

L’espace en eux s’étendit jusqu’aux confins des horizons, plus de limite, plus de structure, aucune frontière et cette impression inexplicable de relier par leurs mains unifiées des particules communes, une cohésion originelle retrouvée.

Ils étaient l’un, ils étaient l’autre, ils étaient tous.

C’est là qu’ils sentirent l’évaporation s’enclencher. Un maelstrom flamboyant prit forme et les emporta dans une colonne rectiligne qui plongeait vers le haut. Incompréhensible structure.

Ils disparurent.

 

En Himalaya à 74 ans.

Par Le 26/04/2013

Une petite silhouette râblée transperce la nuit. Il est à peine 6 heures du matin et les premières lueurs du jour vont bientôt éclairer les pentes du Cerro del Telegrafo, un sommet moyen au pied de la Sierra de Guadarrama, le massif montagneux situé au nord-ouest de Madrid. Un bâton de marche dans chaque main, une lampe sur le front, Carlos Soria avale les derniers hectomètres de cette montée escarpée à un rythme soutenu et régulier, presque mécanique. Il fait un froid polaire en ce 19 mars 2013 quand une pluie épaisse et glaciale se met à tomber brutalement. Emmitouflé dans un anorak bleu azur, la capuche serrée sur la tête, l'alpiniste espagnol avance, le regard braqué devant lui.

Pas question de se laisser distraire par cette petite intempérie. Dans quelques jours, il s'envolera pour Katmandou, au Népal, afin de préparer l'ascension du Kangchenjunga, le « Kangch' ». Perché à 8586 mètres d'altitude, ce sommet est le troisième plus haut du monde après l'Everest et le K2. Vingt-trois ans après avoir gravi le Nanga Parbat, en 1990, son premier 8000, Soria s'attaque à son 12e méga sommet himalayen à l'âge canonique de… 74 ans. Du jamais-vu dans l'histoire de l'alpinisme. « Je ne suis pas le plus grand alpiniste de l'histoire, concède-t-il avec un léger sourire. Je suis juste le plus vieux. »

Pourtant l'Espagnol est bel et bien parti pour être « canonisé » de son vivant. Il a en effet programmé deux autres ascensions dans la foulée de son expédition dans le Kangch', l'Annapurna et le Dhaulagiri. Ce sont les deux seuls autres sommets himalayens de plus de 8000 mètres qui manqueront encore à son tableau de chasse. S'il les accroche, il intégrera le cénacle des alpinistes ayant conquis les quatorze plus hauts sommets du monde. Un Graal que l'Espagnol entend atteindre au plus tard en 2016. Il aurait alors 77 ans ! « C'est un bon âge pour le faire, assure-t-il froidement, sûr de sa force. Ça ne m'inquiète pas plus que ça. » Cela en ferait surtout le plus vieil himalayen de l'histoire. Une légende des cimes.

Ce 19 mars 2013, trois jours avant le grand départ vers les pentes enneigées du Kangchenjunga, Carlos Soria affiche une mine sereine. L'Espagnol a beau être en plein préparatif pour sa nouvelle expédition, ça ne l'empêche pas de nous recevoir pendant cinq heures chez lui. Dans sa maison de Moralzarzal, une bourgade résidentielle à une heure de Madrid, ou sur les pentes du Cerro del Telegrafo, « sa » montagne (1400 m d'altitude). Pour y accéder, il faut d'abord emprunter un grand parc peuplé de lapins et bordé de conifères. Puis mettre le cap sur le sommet où trône un vieux télégraphe édifié dans la première moitié du XIXe siècle pour communiquer avec les provinces du Nord. C'est sur un immense plateau rocheux, à mi-ascension, que Soria souhaite démarrer le reportage. Non loin des raidillons rocailleux qu'il emprunte chaque matin pour faire travailler ses genoux fatigués.

▲ Soria prend la pose chez lui, en Espagne, avant de s'envoler au Népal.
© Hugues Lawson-Body

Les quatorze 8000

cliquez sur les pics du graphique et sur la carte pour voir les photos des sommets

« C'est là, dans ces montagnes, que j'ai commencé à grimper il y a soixante ans », explique-t-il d'emblée, l'index pointé vers les lignes fracturées de la Sierra de Guadarrama. « La montagne, c'est mon élément, j'y suis aussi à l'aise qu'au fond de mon lit, s'enthousiasme Soria. Il y a un an, un journaliste du New York Times m'avait demandé combien de jours j'avais passé dans ma vie, perché dans les cimes. J'ai fait mes comptes depuis cette interview. Et ça se chiffre à plus de cinq années… »

Carlos Soria s'amuse de l'intérêt que son histoire suscite dans la presse internationale. Et c'est avec une certaine jubilation qu'il accueille nos questions sur ses motivations, cette envie irrépressible de défier les lois de la nature à un âge avancé. On sent alors poindre derrière son visage impénétrable un feu ardent, presque juvénile. « Je ne cours après rien de particulier, sinon me faire plaisir, souligne-t-il, le regard perçant. Tant que mes forces me le permettront, je continuerai à gravir des montagnes, chez moi ou à l'autre bout de la planète. Tout le monde veut connaître mon secret… Est-ce la qualité de mes entraînements, de mon hygiène de vie ou est-ce que ce sont tout simplement mes gènes qui me font toujours grimper à 74 ans ? Il y a sûrement un peu de tout ça. Mais, moi, je dis que c'est la retraite la bonne réponse. Ma vie a changé le jour où j'ai arrêté de travailler. La retraite est une bénédiction. »

Caractères ancestraux

Par Le 25/04/2013

Génétique : quels sont les caractères héréditaires ?

Certains caractères physiques, morphologiques ou même moins visibles sont héréditaires, c'est-à-dire qu'ils sont hérités de nos parents, grâce aux gènes qu'ils nous ont transmis. C'est le cas de :

Caractères héréditaires influencés par l'environnement

D'autres caractères sont dictés par les gènes, mais sont également plus ou moins influencés par l’environnement :

  • la morphologie : si les gènes y sont pour beaucoup, l’alimentation peut affecter la croissance et donc la taille définitive, mais aussi le poids ;
  • les maladies : facteurs de risques de cancer (mutation d’un gène dans le cas de cancer du sein), etc.

Caractères non héréditaires

D'autres caractères ne sont pas héréditaires, mais plutôt liés au mode de vie ou à l’environnement. Ils peuvent donc évoluer avec le temps et différer entre deux vrais jumeaux qui ont pourtant les mêmes gènes :

  • les empreintes digitales (elles se forment aléatoirement pendant le développement embryonnaire dans le ventre de la mère) et restent constantes tout la vie ;
  • les cicatrices, qui apparaissent suite à des blessures ;
  • les maladies non héréditaires (par exemple le cancer du poumon lié à la cigarette), etc.

Bon, on peut aussi s'intéresser aux "caractères acquis" et aux "caractères ancestraux", Des milliers de pages à parcourir sur la toile.


Pour ma part, l'interrogation qui me travaille concerne principalement les "caractères ancestraux".

L'impression, et même l'inquiétude, c'est que les enfants naissent avec cette part "historique" en eux et que seule l'éducation pourra leur permettre d'évoluer.

Mais si j'observe l'évolution de l'Humanité et que j'essaie d'extraire des caractères généraux aux humains, à travers cette histoire millénaire, le constat est terrifiant.

Comment je suis arrivé à cogiter là-dessus pendant mon tour de vélo cet après-midi ? Et bien, c'est très simple : ce que je vis dans ma classe cette année me perturbe au plus haut point. Je n'y vois pas des incidents épisodiques mais une "structure mentale" qui remonte à très, très loin. Ceux et celles qui ne sont pas concernés (ils sont très, très peu...) ont eu la chance de recevoir une éducation leur permettant de dépasser ces "caractères ancestraux."

Bon sang, ça me déprime d'écrire ça...

J'y reviendrai demain...Ou plus tard...


Pôle emploi contre le Bon Coin

Par Le 25/04/2013

Les arguments des responsables du P.E sont effarants. Ils n'ont vraiment honte de rien. J'en connais un sacré paquet de jeunes qui galèrent et ça fait longtemps qu'ils n'attendent plus rien de cette boutique.



ZOOM - Entreprises et chômeurs se tournent de plus en plus vers ce site de petites annonces.

Le contexte. "À Pôle emploi, ils sont très bons pour recenser les chômeurs, mais pas pour leur trouver du boulot." Les chiffres du chômage sont tombés et ils ne sont pas bons. La France comptait fin mars 3,224 millions de demandeurs d'emploi de catégorie A (sans aucune activité), un record. Et pour Carl des Jamonières, patron de plusieurs agences "Mondial Pare Brise" interrogé par Europe1, Pôle emploi est en partie responsable. Car de l'emploi, assure-t-il, il y en a. Mais les chômeurs n'en sont pas toujours informés.

"Il y a trois millions de chômeurs et Pôle emploi ne peut pas m'en envoyer un. Mon développement est bridé à cause d'un manque de personnel", regrette ce patron qui, du coup, va chercher sa main d'œuvre par d'autres moyens. Mais pas n'importe où.

>> À lire : ça y est, le record de 1997 est battu

Quand Leboncoin.fr est plus fort que Pôle emploi ? "Alors que mon annonce sur Pôle emploi n'a attiré aucun candidat en un mois et demi, celle du Boncoin m'en a ramené 25 en une semaine", précise Carl des Jamonières. "J'ai même été obligé de supprimer l'annonce, sinon je serai débordé. J'y ai trouvé trois candidats, que j'ai embauchés. Aucun n'avait eu la proposition par Pôle emploi, alors que c'était des mécaniciens, donc des gens parfaitement adaptés à ce que je cherchais", poursuit-il.

Un succès en chiffres. Carl des Jamonières n'est pas le seul dirigeant à se tourner vers le site de petites annonces, qui a connu un essor fulgurant ces dernières années. Leboncoin.fr recense plus de 50.000 offres en ligne, et se hisse donc en tête des sites privés les plus fournis pour la recherche d'emploi (derrière Pôle emploi et ses 160.000 offres). Les employeurs auraient d'ailleurs tort de s'en priver, car les candidats potentiels affluent. Médiamétrie, qui a récemment intégré le site dans son "panel emploi", estime qu’en février dernier, il a accueilli près de 1,9 million de visiteurs uniques, derrière Pôle emploi (6,1 millions), dont les internautes se connectent aussi pour s'inscrire et mettre à jour leur statut, et Indeed (1,99 million), qui rassemble les offres d'autres sites. En un an, le Leboncoin.fr a gagné plus de 400.000 visiteurs, c'est presque autant de perdus pour Pôle emploi.

Les clés du succès. Plusieurs facteurs peuvent expliquer le succès du Boncoin. Côté entreprise, la gratuité séduit les dirigeants, alors que d'autres sites comme Cadreemploi ou Monster demandent des centaines d'euros pour diffuser une annonce. Côté internautes, outre la précision des offres, le critère proximité fait également mouche. "Avant, une personne recherchait un poste. Avec la crise, si le conjoint a un travail, la personne cherchera plutôt un lieu, proche, où gagner de l'argent", décryptait pour Le Monde Laurent Gaignard, animateur du réseau de recruteurs commerce-RH, en septembre dernier.

Ce n'est pas le même métier, répond Pôle emploi. Pour Colette Pronost, secrétaire général SNU, syndicat majoritaire, les employés de l'agence publique "font ce qu'ils peuvent". "Il y a 11% de chômage, l'offre baisse, les entreprises sont plus fragiles qu'avant", souligne-t-elle au micro d'Europe1. D'autant que, selon cette syndicaliste, leur métier n'est pas le même que celui d'un site de petites annonces. "Il faut inscrire les demandeurs, leur fournir des renseignements sur leur indemnisation et ensuite on peut les mettre en relation avec l'offre d'une entreprise. Dès que l'on voit une offre qui correspond au demandeur, elle est proposée. On reste les meilleurs dans la relation entre l'offre et la demande", insiste-t-elle.

Du côté de la direction de Pôle emploi, si l'on se satisfait que les chômeurs trouvent du travail grâce au Boncoin, on met en avant une différence de qualité des offres d'emploi. "Le vrai sujet est la qualité de l'offre. Les entreprises qui passent des annonces sont-elles réelles et sérieuses ?", s'interroge Reynald Chapuis, directeur multicanal de Pôle emploi contacté par Le Monde. Et de poursuivre : Leboncoin.fr "a un positionnement discount. C'est de la petite annonce. Le métier de l'emploi est bien plus complexe". Colette Pronost, de son côté, reconnaît qu'il y a des améliorations à faire dans "la relation entre Pôle emploi et l'entreprise." "On peut faire davantage de prospection, mais pour ça, il nous faut des moyens", conclut-elle.

A l'école de la compassion. (école)

Par Le 25/04/2013

 

 

http://www.inrees.com/articles/La-compassion-sur-les-bancs-de-l-ecole/

 

La compassion sur les bancs de l’école

« Il ne faut pas se demander seulement quelle planète nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants on laissera à la planète ! » plaide le philosophe Edgar Morin. Dans un monde qui fait de moins en moins sens, par trop de divisions, de repli et d’indifférence, remettre la compassion au cœur de l’éducation devient fondamental. Comment procéder ? Focus sur quelques initiatives clés.
© Mission Rosalie Cadron
Sur le terrain, les actions d’ouverture à la citoyenneté se multiplient : par ici, des jeux coopératifs destinés à favoriser l’écoute et le respect ; par là, des projets d’éducation à la philanthropie, afin d’éveiller les plus jeunes aux défis sociaux et au bien commun...
En mai prochain, l’Ecole des Possibles débarquera également en France. Déjà implantée dans 35 pays, auprès de 25 millions d’enfants de 8 à 13 ans, cette initiative les invite « à observer le monde autour d’eux, y repérer un problème qui les touche, puis imaginer une solution à leur échelle et travailler par petits groupes à sa réalisation », explique Florence Rizzo, cofondatrice de SynLab, structure porteuse du projet.
Objectif : développer chez les écoliers le sens de l’empathie et de l’engagement, au service de leur communauté. « Leur travail est ensuite partagé avec les gens du quartier, afin de propager l’idée que chacun peut être acteur du changement, quel que soit son âge, ses compétences ou son milieu », précise Florence Rizzo. En France, l’Ecole des Possibles sera ainsi lancée en ville, en zone rurale, en ZUP et dans un centre éducatif fermé.

Suffisant pour ancrer une culture de la compassion ? Pour beaucoup, cela passe surtout par l’acquisition d’un réflexe d’ouverture et de questionnement.

 

Enraciner le questionnement


Pendant des années, l’école primaire de Tursac, en Dordogne, a proposé à ses élèves des ateliers d’apprentissage des valeurs humaines. Qu’est-ce que le bonheur ? Peut-on vivre sans les autres ? A quoi servent les punitions ? Comment vivre avec nos ressemblances et nos différences ? « Pour apprendre aux enfants à mûrir et exprimer leur réflexion personnelle au contact des autres, explique l’un des instituteurs. Un exercice essentiel pour lutter contre l’individualisme et favoriser le vivre ensemble. »
Après une minute de silence – pratiquée après chaque récréation « pour se concentrer et se remettre dans un état d’esprit favorable » – la discussion commence. L’enseignant rappelle les objectifs : argumenter pour construire collectivement un point de vue plus valable. À tour de rôle, les écoliers se lancent, réagissent, avancent timidement un élément nouveau. Les laissant progresser par eux-mêmes, les adultes n’interviennent que pour clarifier, recentrer, inciter chacun à tirer le fil de sa pensée. « Ne vous laissez pas séduire par une idée, ne vous enfermez pas dans un raisonnement absurde, simplement pour avoir raison. Restez au niveau de l’expérience ! »
Efficace ? « Il faut sans cesse se répéter, leur rappeler de prendre conscience de ce qu’ils sont en train de faire, de revenir à l’écoute, à l’attention. Mais un jour, ils feront le lien. »

Expérimenté depuis 1998 en Inde, au Mexique, au Guatemala, en Chine et en Angleterre, le modèle éducatif du CIDEL (centre d’investigation pour un développement éthique) va un cran plus loin. Conçu en priorité pour des enfants de 4 à 6 ans, il vise à ancrer en eux une conscience de l’intersubjectivité et de l’interdépendance. Deux heures par semaine, pendant trois ans.
Rien à voir avec une leçon de morale : l’approche est empirique. « La première étape est d’amener les enfants à expérimenter leur intériorité, via des exercices de concentration et d’observation », explique Isabelle Combes, directrice de l’école Arborescences (seule en France pour l’instant à suivre le programme). Regarder la flamme d’une bougie, suivre le flux de ses pensées, goûter des aliments ou écouter des sons les yeux bandés, exécuter tous ensemble des mouvements de tai-chi…
Une fois acquise cette connexion à eux-mêmes, cap sur la découverte de la subjectivité. « Prenons une tasse. Je la pose, sans la nommer. Je demande aux enfants de la regarder puis je l’enlève. Par le questionnement, je les amène à réaliser que selon leur angle de vue et leur histoire personnelle, tous n’en font pas surgir la même pensée. » Touchant ainsi du doigt « que de tout ce que nous vivons, nous créons un objet mental qui nous est propre, et qu’il est impossible de connaître celui du voisin si on ne lui demande pas ».

Apprentissage suivant : l’interdépendance, « en commençant par interroger les causes et les conditions d’existence d’un phénomène ». Exemple : « qu’a-t-il fallu pour que ce paquet de mouchoirs se trouve sur ma table ? » Quelqu’un pour l’amener, un autre pour l’acheter, le distribuer, le fabriquer… Jusqu’à se rendre compte que tout est lié. « Grosso modo, il a fallu que le soleil brille pour qu’il atterrisse là ! »
Ensuite, les enfants travaillent sur la co-création d’une œuvre, et la perception – via des discussions ou des mises en situation basées sur des cas concrets, « comme une dispute avec un frère ou une sœur » – que leur comportement impacte celui des autres ; qu’auraient-ils pu faire pour que l’histoire se termine autrement ? En dernière année, les écoliers testent même leurs capacités à un niveau plus large, via des simulateurs qui les amènent à réagir face à des problèmes écologiques, sociaux ou idéologiques.
Et ça marche. « Chez les élèves de 5 à 7 ans, ce sens de l’intersubjectivité et de l’éthique devient véritablement un réflexe », se félicite Isabelle Combes.

 

Repenser la relation


Enthousiasmant… Mais possible uniquement si l’adulte, lui aussi, bouscule ses pratiques. « J’ai la chance de compter sur des instituteurs qui se disent que si les élèves bloquent, c’est qu’ils n’ont pas la bonne méthode, témoigne Isabelle Combes. La bienveillance induit cette capacité à se remettre constamment en question. »
Et à s’impliquer dans la relation. « Amener un enfant à retrouver son lien à lui et aux autres est une connaissance, non un savoir, indique Anne Bordage, thérapeute spécialisée. Tout éducateur, au sens le plus large, devrait se demander s’il réalise en lui-même, et dans sa vie, ce qu’il enseigne. » Quel être est-on ? De quelle intelligence de vie rayonne-t-on ? La compassion commence là, dans cette connexion de personne à personne, cette considération positive qui s’émancipe des postures et des préjugés pour porter une écoute attentive à l’enfant et à ses besoins profonds (pas juste ses envies de consommation) – sans perdre sa place d’adulte référent, chargé de fournir le cadre, la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour qu’il puisse mobiliser ses ressources, se construire et s’épanouir.

Dans les ateliers qu’elles mènent à Beauvais avec des enfants de 6 à 11 ans souffrant de difficultés relationnelles, Anne Bordage et Michèle Bannay (psychologue scolaire) incarnent cette justesse de positionnement. « Le premier matin, nous passons du temps sur les prénoms, car ils ne se donnent pas souvent la peine de les retenir, alors que c’est le premier signe de reconnaissance de l’autre », racontent-elles.
Puis, d’exercices à exercices, elles donnent du sens, observent, expliquent, participent, adaptent le contenu de l’atelier au gré des attentes identifiées. Présentes à 100%, elles profitent de toutes les occasions pour inciter les enfants à se relier, à eux-mêmes et aux autres.

 

Tirer le fil


Ouvrir les enfants à la compassion n’est donc pas juste une histoire de contenu, mais de manière de faire.
« Si la pratique des arts ou des langues est un moyen d’ouvrir l’enfant à d’autres dimensions, les savoirs classiques, eux aussi, peuvent être porteurs de valeurs. Tout dépend comment on les considère : simples devoirs scolaires ou outils qui nous relient au monde ? interroge Michèle Bannay. C’est tout ce sens qu’il faut retrouver et valoriser. »

En prenant aussi conscience que les méthodes classiques ne sont pas toujours adaptées. « Les enfants ne constituent pas un bloc monolithique sur lesquels il suffit de déverser un savoir », souligne François Muller, membre du Département Recherche-Développement, Innovation et Expérimentation du ministère de l’Education nationale, mais des individualités dont il faut trouver la clé, et face auxquelles il faut savoir parfois activer d’autres vecteurs d’apprentissage – heuristiques, kinesthésiques…
C’est ainsi qu’un professeur de lycée hôtelier, confronté à la difficulté de ses élèves à apprendre par cœur de longues listes de vins et de fromages, a eu l’idée de leur faire écrire et jouer en petits groupes des saynètes mettant en scène le contenu de ces listes. L’activité est ludique, créative, elle fait appel à une façon d’apprendre plus vivante, coopérative et visuelle. Bingo : les lycéens se prennent au jeu, retiennent les noms, cartonnent à leurs examens, sont recrutés dans les plus grands établissements.

« L’empathie dont a fait preuve cet enseignant à l’égard de ses élèves montre l’importance de cette notion dans l’éducation », poursuit François Muller. Dans cette perspective, tout compte : le cadre de travail, la manière dont le professeur se place dans la salle, la posture qu’il adopte pour regarder, écouter et échanger avec ses élèves…
Autre facteur clé : favoriser la coopération plutôt que la compétition. « Celle-ci a un intérêt, mais pas tant que l’enfant n’est pas construit », estime Isabelle Combes. De plus en plus d’enseignants favorisent donc le travail en petits groupes et la co-évaluation. « On apprend avec, par et pour les autres, explique François Muller. Plus la relation dans le collectif sera riche est variée, plus le résultat sera bon. »
Jusqu’à s’engager vers une nouvelle définition de la réussite, « non plus basée sur la comparaison par rapport aux autres, mais sur le principe de faire toujours du mieux qu’on peut, au profit du plus de bien possible », souligne Bill Drayton, fondateur de l’association internationale Ashoka, qui œuvre pour que l’empathie soit reconnue comme l’une des compétences fondamentales à acquérir à l’école.

Reste à soutenir et diffuser ces initiatives : épauler les professeurs, leur permettre de s’exprimer et de se former, sensibiliser et impliquer les cadres de l’Education, intégrer ces nouvelles approches dans le référentiel national, en tenir compte dans les critères d’évaluation des enseignants, intégrer au cursus des futurs maîtres des cours de pédagogie empathique…
Et après ? « Je fais confiance aux enfants, conclut Isabelle Combes. La graine plantée dans leur esprit fera son chemin. Je crois sincèrement qu’un être capable de se mettre à la place de l’autre saura se sortir de situations délicates » et agir dans le bon sens, pour lui et pour le monde.

SynLab (Ecole des Possibles)
Enfants d’aujourd’hui (Anne Bordage et Michèle Bannay)
CIDEL
Arborescences
Catalogue d’expérimentation de l’Education nationale

Obsolescence programmée (3)

Par Le 24/04/2013

http://sosconso.blog.lemonde.fr/2013/04 ... fabricant/


Quand la panne est programmée par le fabricant

Machine à laver en panne au bout de cinq ans, téléviseur qui ne fonctionne plus au bout de trois...
Est-ce une fatalité si les biens d'aujourd'hui durent moins longtemps qu'avant?
Le Centre européen de la consommation (CEC) est persuadé qu'il s'agit d'obsolescence programmée.


Le Centre européen de la consommation vient de publier une étude intitulée: l'obsolescence programmée, dérive de la société de consommation.
Cette étude a été faite avec l'aide de Lydie Tollemer, une étudiante qui vient d'écrire un mémoire sur le sujet.
L'obsolescence programmée est le fait de planifier délibérément la durée de vie d'un produit. Cela permet de réduire cette durée de vie afin d'inciter les consommateurs à en acheter un autre.

Exemples d'obsolescence programmée

Le type d'obsolescence le plus répandu est l'obsolescence "par défaut fonctionnel": les producteurs font en sorte que si une seule et unique pièce tombe en panne, c'est l'appareil entier qui cesse de fonctionner. Cela concerne les produits électriques ou électroniques tels que les téléviseurs, les téléphones portables, les machines à laver ou les ordinateurs (voir ci-dessous).

- Machines à laver
Le CEC estime qu'elles sont programmées pour faire 2000 à 2500 cycles de lavage seulement. Le remplacement des cuves en inox par des cuves en plastique permet de limiter leur durée de vie: il suffit qu'une pièce de monnaie se soit glissée à l'intérieur, pour qu'elles se cassent, au moment de l'essorage; une température trop élevée peut aussi les déformer.

"En outre, les roulements à bille, qui sont des pièces vitales au fonctionnement de la machine, sont directement moulés dans la cuve en plastique. S'ils ne fonctionnent plus, il faut changer la cuve en entier. Et si la cuve en plastique, moins résistante que celle en inox, casse, il faut remplacer les roulements à bille."

- Téléviseurs
Le CEC estime qu'ils sont programmés pour fonctionner 20 000 heures.
Les pannes viendraient le plus souvent du "condensateur", une pièce qui a pour rôle de les allumer. On peut le faire gonfler et casser, en l'exposant à la chaleur sur la carte d'alimentation.

-Téléphones portables et smartphones
Ils sont victimes de plusieurs types d'obsolescence programmée:
-par défaut fonctionnel: il suffit que la batterie tombe en panne pour qu'ils deviennent inutilisables.
- indirecte: sur beaucoup d'appareils, il est certes aisé d'enlever la batterie, mais il est moins facile de trouver une batterie de remplacement. Même chose pour les chargeurs. Les accessoires ne sont plus disponibles, ce qui fait que l'on ne peut plus utiliser le bien principal.
-par incompatibilité: il faut des appareils toujours plus récents pour télécharger des applications.
-Et ne parlons pas de l'obsolescence esthétique! Les consommateurs veulent le modèle dernier cri. La périodicité de renouvellement des portables est en moyenne de vingt mois.

-Imprimantes
Elles sont victimes d'obsolescence par notification, assure le CEC. Elles signalent le moment où il faut changer la cartouche d'encre, mais continuent encore à imprimer plusieurs dizaines de feuilles. Certains consommateurs changent donc le toner avant que ce soit utile. "C'est l'imprimante qui rend la cartouche d'encre obsolète", conclut le CEC.
Parfois, une puce placée dans l'imprimante enregistre le nombre d'impressions faites et, au bout d'un nombre prédéterminé par le fabricant, bloque cette dernière.

-Ipod et Apple
Les Ipod de première, deuxième et troisième génération d'Apple n'avaient pas e batteries amovibles. Quand la batterie tombait en panne, au bout de dix-huit mois, il fallait acheter un autre appareil. Une "Class action" (action de groupe) a été lancée aux Etats-Unis, mais n'a pas abouti, Apple ayant accepté entre-temps de dédommager ses clients et de proposer des batteries de remplacement.

-Voitures
Il arrive souvent qu'un moteur devienne inutilisable, faute de pouvoir trouver les pièces détachées de rechange

Comment lutter contre l'obsolescence programmée? Les sites internet d'aide à la réparation

Nombre de consommateurs donnent des conseils pour réparer des appareils électrique.

Le site américain Ifixit.com propose des vidéos, sur lesquelles les salariés montrent comment tout réparer, du grille-pain à la voiture en passant par l'ordinateur portable ou la machine à laver.

En France, il y a le site Commentreparer.com (qui répertorie des sites de pièces détachéees d'électro-ménager), ou le forum de réparation Tout-electromenager.fr .

La réponse législative
Le CEC souhaite que l'Union européenne se saisisse de cette question

Il demande que, pour chaque appareil acheté, le consommateur ait accès à l'information sur la durée de vie de l'appareil. Il estime que la durée de la garantie de conformité devrait être allongée en fonction de cette durée de vie moyenne.

En attendant, le CEC soutient la proposition de loi "visant à lutter contre l'obsolescence et à augmenter la durée de vie des produits" déposée le 18 mars sénateur Jean-Vincent Placé (Europe Écologie Les Verts).

Ce texte propose d'étendre la durée légale de conformité des produits électriques et électroniques, de deux ans actuellement, à trois ans au 1er janvier 2014, quatre ans au 1er janvier 2015 et cinq ans au 1er janvier 2016.

"Le fabricant aura ainsi intérêt à produire des biens plus durables, tandis que le consommateur n'aura pas intérêt à renouveler l'achat avant la date d'expiration de la garantie", explique l'exposé des motifs.

Actuellement, pendant les six premiers mois à compter de la vente, le consommateur n'a pas à prouver l'antériorité du vice, mais seulement son existence. La proposition de loi propose d'étendre ce délai à deux ans.

Le texte dit aussi que le consommateur doit pouvoir disposer des pièces détachées indispensables ) la réparation dans un délai d'un mois, et pendant une période de dix ans à partir de l'achat.

Obsolescence programmée (2)

Par Le 24/04/2013

"Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler."


Obsolescence programmée: "Ce n'est plus tenable, il faut agir"

 Par Audrey Avesque - publié le 23/04/2013 à 18:32

Le président du groupe EELV au Sénat, Jean-Vincent Placé, a déposé une proposition de loi qui a été débattue ce mardi. Elle vise à lutter contre l'obsolescence programmée. Le point en trois questions avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation.

Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV.
Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV.
REUTERS/Bobby Yip

Votre batterie de téléphone portable a lâché un an après l'achat ? Le fil de votre aspirateur s'est cassé et votre machine à laver a rendu l'âme juste après la fin de votre garantie ? Ce n'est pas un hasard mais certainement de l'obsolescence programmée, procédé qui consiste à limiter volontairement la durée de vie du produit.

Ce mardi 23 avril, une proposition de loi a été débattue au Sénat pour luter contre l'obsolescence programmée, pointée du doigt par Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV. L'occasion de faire le point sur ce phénomène avec Lydie Tollemer, juriste au Centre Européen de la Consommation et spécialiste de la question de l'obsolescence.

Qu'est-ce-que l'obsolescence programmée et que prévoit le projet de loi pour lutter contre?

L'obsolescence programmée est la théorie selon laquelle les fabricants de produits mettent en place tes techniques afin de réduire délibérément la durée de vie de l'objet pour inciter le consommateur à en acheter un neuf plus tôt que prévu. L'exemple type, c'est celui de l'ordinateur portable composé d'une batterie non amovible. En effet, la batterie est l'un des composants qui tombe en panne le plus rapidement. Mais si elle ne se détache pas, on ne peut pas l'enlever pour la remplacer donc l'ordinateur n'est plus portable! Il peut être seulement utilisé sur secteur, c'est paradoxal. Le consommateur est alors contraint de renouveler son matériel.

Il est donc important de luter contre les industriels qui ont recours de façon délibérée à l'obsolescence. Cela passe notamment par deux propositions majeures : allonger la durée de garantie légale de deux à cinq ans d'ici 2016, et proposer à la vente les pièces détachées pendant dix ans. Mais le grand questionnement est : comment prouver l'intention de l'entreprise de réduire volontairement la vie du produit ? Ce n'est pas impossible mais c'est très complexe. L'industriel se défendra en expliquant qu'il a utilisé des composants moins chers donc de moins bonne qualité pour favoriser l'accès au plus grand nombre au produit. Pour apporter la preuve, il faudrait trouver des documents internes à l'entreprise comme des procès verbaux, des comptes-rendus ou encore des courriers électroniques dans lesquels la stratégie apparaitrait.

Quelles sont les conséquences de l'obsolescence programmée pour le consommateur et l'environnement ?

Pour le consommateur, la conséquence est financière. En plus d'une perte de confiance globale dans l'économie et dans les acteurs comme les producteurs, le problème est que tous les Français ne sont pas armés de la même façon pour acheter des produits de plus en plus tôt. Certains achètent une machine à laver à crédit et quand elle tombe en panne au terme de cinq ans, elle n'est pas encore amortie.

Et pour l'environnement, l'enjeu est majeur. Par exemple, pour fabriquer un smartphone, 25 minerais différents sont utilisés. Cela oblige les producteurs à extraire les matériaux de plus en plus profond sous terre car la surface a déjà été utilisée. L'extraction de minerais détruit des habitats, des plaines ou encore des forêts. Et il y a aussi le problème des déchets. Nous ne sommes pas très performants dans le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Par exemple, quand on jette un ordinateur de deux kilogrammes, on ne jette pas seulement ce poids mais également les 430 kg de déchets produits lors de sa fabrication. C'est le sac-à-dos écologique ! On n'a pas toujours connaissance de tous les déchets et on rencontre des difficultés pour les recycler.

Si on n'agit pas, que va-t-il se passer ?

Il faut agir. Aujourd'hui, nous consommons tellement qu'il nous faudrait en une année civile les ressources terrestres d'une année et demie. Cela signifie qu'on pioche déjà dans les ressources de l'année suivante. Ce n'est plus tenable. En effet, si les sept milliards d'êtres humains vivaient comme les Américains, il nous faudrait deux planètes chaque année pour subvenir à nos besoins. Il y a urgence et cette proposition de loi va dans ce sens.

Le problème est que le gouvernement doit arbitrer entre économie et écologie. L'économie est basée sur la consommation donc l'obsolescence programmée est un facteur favorable puisqu'elle incite les consommateurs à acheter. Mais si en faveur de l'écologie, on lutte contre l'obsolescence programmée, on arrête la consommation et la croissance, donc l'économie s'effondre. Le dilemme du gouvernement est : qu'est-ce-qui est plus profitable à " l'instant t ", privilégier l'emploi et l'économie ou l'environnement pour une planète propre pour les générations à venir ? Il faut savoir si on est altruiste ou pas.

Obsolescence programmée

Par Le 23/04/2013

Obsolescence programmée

 

La célèbre Ford T, fiable, solide, durable et accessible à l'Américain moyen, a très peu évolué durant ses 19 ans de production (1908 – 1927). Elle n'a finalement pas pu faire face à la concurrence de General Motors qui a établi sa stratégie sur la production régulière de nouveaux modèles démodant les séries précédentes1. C'est un des exemples proposés d'obsolescence programmée, par le design et la mode entretenue par la publicité.

L'obsolescence programmée (aussi appelée « désuétude planifiée ») est l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement1. Ce concept est dénoncé de nos jours, notamment par les mouvements écologistes23 ou en faveur de la décroissance, ainsi que par certaines organisations de défense du consommateur4.

L'obsolescence programmée s'inscrit dans une démarche critique vis-à-vis de la société de consommation. Dans cette optique elle est vue comme résultant du comportement des entreprises pour maximiser leur profit et expliquerait certains cas de cartels. Le secteur bénéficierait alors d'une production plus importante, stimulant les gains de productivité (économies d'échelle) et le progrès technique (qui accélère l'obsolescence des produits antérieurs)1. Cette stratégie ne serait pas sans risques : elle impliquerait un effort de recherche et développement, n'allant pas toujours dans le sens d'une amélioration du produit. De plus, elle ferait courir un risque à la réputation du fabricant (son image de marque) ; enfin, elle implique un pari sur les parts de marché futures de la firme (sur les produits de remplacement).

Cette stratégie a également un impact écologique direct. L'obsolescence programmée visant la surconsommation, elle est la cause d'un surplus de déchets, indépendamment de l'état de fonctionnement effectif des produits techniques mis au rebut ou de l'état d'usure des objets d'usage. Les circuits de recyclage ou de conditionnement des matières plastiques et des métaux, en particulier, ne prennent pas en charge le stockage des déchets informatiques, malgré l'abondance de matières premières de valeur qu'ils peuvent contenir (fer, aluminium, mais aussi tantale pour les condensateurs et métaux rares, etc.)1. L'exportation en masse de déchets des pays de grande consommation vers des zones géographiques où le stockage est négociable à moindre coût est d'autant plus problématique et expose classiquement les pays receveurs à des pollutions spécifiques sur les sites de décharge de grande envergure1.

Cependant, pour Philippe Frémeaux, d'Alternatives économiques, la situation serait plus complexe : d'une part l'optimisation des processus de production a poussé ces temps derniers à limiter la consommation de matières premières et d'énergie2. Par ailleurs, les voitures actuelles sont plus fiables et durables que les anciens modèles2. Enfin, la durée de vie d'un bien ne peut pas être dissociée de son coût. Par exemple si les camions durent plus de temps que les voitures leur coût est aussi proportionnellement plus élevé. Pour cet auteur, « certes, tout ne fonctionne pas toujours comme cela devrait, mais l'idée même d'obsolescence programmée apparaît comme une insulte au travail des millions d'ingénieurs, techniciens et ouvriers qui s'efforcent chaque jour d'atteindre le zéro défaut, la qualité totale, tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix »2.

Sommaire

Définitions

Obsolescence et durée de fonctionnement

Il convient de distinguer les significations des termes « obsolescence » et « durée de vie fonctionnelle ». Selon le dictionnaire Larousse, l'obsolescence, au sens précis du terme, signifie la « dépréciation d'un matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle »5. Ainsi, un produit obsolète fonctionne encore, mais son usage a perdu de son intérêt : par exemple, un moulin à café manuel en parfait état de fonctionnement.

Un produit peut devenir obsolète pour plusieurs causes : parce que de nouveaux produits sont plus efficaces ou plus rentables, parce que la mode a changé6, ou encore parce qu'il n'existe plus de pièces de rechange ou que le produit n'est plus compatible avec son environnement (cas d'un ordinateur).

Par contre, il découle de la définition citée plus haut, que ne plus utiliser un produit parce qu'il est hors d'usage ne correspond pas au sens du mot obsolescence employé seul.

Évolution de la signification

Bernard London, qui a inventé la notion d'obsolence programmée (planned obsolescence), regrette, en 1932, que les consommateurs aient pris l'habitude, à cause de la crise, d'utiliser un produit jusqu'à ce qu'il soit hors d'usage7. Il pense que le gouvernement devrait obliger les consommateurs à rendre un produit avant qu'il soit usé8 afin de mieux faire fonctionner l'économie.

Dans les années cinquante, le designer Brooks Stevens popularise la notion en la modifiant9: il propose un modèle selon lequel une entreprise augmentera ses profits en provoquant volontairement l'obsolescence d'un produit, non pas en fabriquant un produit de mauvaise qualité, mais en faisant en sorte qu'il soit passé de mode rapidement. Ici, c'est l'entreprise qui stimule l'obsolescence. On voit que chez ces deux auteurs l'obsolescence programmée se distingue d'une limitation de la durée technique de fonctionnement.

Mais dans les débats actuels on désigne aussi par ce terme la volonté réelle ou supposée pour une entreprise de réduire la durée de vie en introduisant volontairement des défectuosités, des fragilités, voire un arrêt programmé10. Et ceci indépendamment des choix technico-économiques habituels qui consistent à arbitrer entre coût de fabrication, efficacité et durée de fonctionnalité. Il ne faut pas confondre en effet cet arbitrage avec l'obsolescence programmée, comme on le voit dans le faux exemple de l'ampoule à incandescence 11. Un fabricant doit en effet toujours arbitrer entre coût de fabrication, efficacité, rendement et durée de vie 12 13.

Souvent ce sont les clients qui arbitrent eux-mêmes entre un produit bon marché mais fragile et un produit fiable mais plus cher14. Mais lorsqu'un fabricant réduit sciemment, toutes choses égales par ailleurs (coût, efficacité) la durée de vie 15, cela s'apparente bien à de l'obsolescence programmée, car il s'agit de brider volontairement la durée d'utilisation en agissant sur la robustesse du produit en dehors de toute contrainte technique.

Voilà sans doute pourquoi dans ce débat on confond souvent ces deux notions : réduction volontaire de la durée de fonctionnement (technique) et réduction de la durée d'usage par obsolescence provoquée (subjectif). Manifestement, l'intention est semblable, mais les moyens diffèrent. Faut-il alors, dans l'expression « obsolescence programmée », ne conserver que le sens strict d'obsolescence ou au contraire élargir sa signification à la notion de limitation technique  ?

Définition de l'Ademe

En 2012, l'Ademe donne sa réponse à cette question dans un rapport sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques16. Elle donne plusieurs définitions de l'obsolescence et de l'obsolescence programmée :

  • Obsolescence : l'ademe reprend la définition du Larousse donnée plus haut. Elle en distingue deux types :
    • Obsolescence fonctionnelle : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux nouveaux usages attendus, pour des raisons techniques (exemple incompatibilité avec de nouveaux équipements), règlementaires et/ou économiques17 »
    • Obsolescence d'évolution : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux envies des utilisateurs qui souhaitent acquérir un nouveau modèle du fait d’une évolution de fonctionnalité ou de design18 »
  • Obsolescence programmée. Elle cite plusieurs définitions avant de donner la sienne :
    • Le sénat belge : « le fait de développer puis de commercialiser un produit en déterminant à l'avance le moment de sa péremption. »19
    • The Economist : « l’obsolescence programmée est une stratégie d’entreprise dans laquelle l’obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d’acheter de nouveaux produits et services que les fabricants proposent pour remplacer les anciens »20
    • L'Ademe, après débat du comité de pilotage : « la notion d’« obsolescence programmée » dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. »21 Précisons que la durée normative est définie dans le même rapport comme la durée de fonctionnement moyen mesurée dans des conditions normatives de test.

La définition de l'Ademe tranche avec les définitions originelles, avec celle du Sénat Belge ainsi qu'avec celle de The Economist, ou même avec la définition du mot obsolescence employé seul, puisqu'elle associe exclusivement l'obsolescence programmée à une limitation technique objective, et renvoie l'aspect subjectif (phénomène de mode, goûts) hors du champ de la définition : « Il a ainsi été décidé, dans le cadre de cette étude, de limiter l’obsolescence programmée à des raisons techniques objectives pour en exclure la dimension subjective liée aux choix de consommation »22. En clair, l'obsolescence programmée est pour l'Ademe la limitation technique provoquée sciemment par le fabriquant : par exemple en introduisant une fragilité, une limitation technique, l'impossibilité de réparer ou la non compatibilité du produit.

Historique

Bernard London (1932) Ending the depression through planned obsolescence

Comme cela a été vu dans la rubrique Définition, l'expression (planned obsolescence en anglais) remonterait à un chapitre rédigé par un Américain courtier en immobilier, Bernard London, en 1932 en pleine crise économique : Ending the Depression Through Planned Obsolescence (« Mettre fin à la crise au moyen de l'obsolescence programmée ») dans son ouvrage The New Prosperity23. Il y faisait le constat que, sous l'effet de la crise économique, les Américains avaient rompu avec leur habitude de se débarrasser de leurs biens avant qu'ils ne soient usagés et qu'ils s'étaient mis à conserver leur voiture, leurs pneus, leur poste de radio, leurs vêtements plus longtemps que ne l'avaient prévu les statisticiens, allant ainsi à l'encontre de la « loi de l'obsolescence »24.

L'expression aurait été popularisée ensuite au milieu des années 1950. Elle fait l'objet de débats dans les colonnes de la revue Industrial Design et sera popularisée par le designer industriel Brooks Stevens. Comme ses prédécesseurs, il souhaite non pas faire des produits de mauvaise qualité, mais les renouveler tous les ans via la mode. Il produit de nombreux objets (voitures, motos, tondeuses, aspirateurs25 et autres articles ménagers) dont les modèles sont sans cesse renouvelés. Selon B. Stevens, il faut « inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire26 ». Il crée une société de design Brooks Stevens Design Associates et se fait le chantre de cette approche, parcourant l'Amérique pour en faire la promotion au moyen de nombreux enseignements, articles et conférences.

Dans les années 1960, l'expression devient courante. Le constructeur automobile Volkswagen lance même une campagne de publicité sur ce thème27.

L'expression a connu un regain d'intérêt en France ces dernières années, probablement à la suite de la diffusion d'un documentaire sur Arte Prêt à jeter en 2010. La candidate écologiste Eva Joly, lors de la campagne présidentielle de 2012, a proposé d'interdire cette pratique28.

L'association environnementale Les amis de la Terre a publié avec le CNIID un rapport sur la question en 201029. Elle souligne dans un nouveau rapport sur les produits high-tech que le problème est palpable en particulier pour ces produits30. Une proposition de loi contre l'obsolescence programmée est en cours d'élaboration chez le groupe Europe Écologie Les Verts, et le sujet sera débattu au parlement en 2013 dans le cadre du projet de loi "consommation"31.

L'Ademe a publié en juillet 2012 une "Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques"32, dans laquelle elle précise la notion d'obsolescence programmée.

Pendant ce temps la réalité de cette pratique fait débat chez les économistes. Serge Latouche affirme sa réalité et la dénonce dans son livre "Bon pour la casse ! Les déraisons de l'obsolescence programmée"33, tandis que Philippe Frémeaux dans Alternatives économiques34, ou Alexandre Delaigue dans Le Figaro35, la considèrent comme une "idée" sans véritable réalité pour le premier, ou même comme un "mythe" pour le second.

Modèle économique

Microéconomie

La mise en œuvre d'un programme d'obsolescence programmée suppose que le fabricant soit sûr que l'achat de remplacement sera fait chez lui, ce qui implique deux conditions :

  • Une situation dominante, voire de cartel, monopole ou d'oligopole. En effet, lorsque le marché est dynamique et réellement concurrentiel, il est difficile d'imposer aux consommateurs des produits ayant une durée de vie limitée.
  • La durée de vie programmée de l'objet doit rester secrète, sans quoi le consommateur aurait l'impression de se faire tromper et s'adresserait à un autre fabriquant avec une meilleure réputation. C'est ce qui distingue le modèle de l'obsolescence programmée de celui du produit jetable ou plus généralement dont il est clair pour le consommateur que sa durée de vie est limitée (produit de saison comme un sapin de Noël par exemple), même si les logiques à l'œuvre sont proches (réduction des coûts, augmentation du rythme de renouvellement).

Ces conditions sont drastiques et c'est ce qui rend le concept d'obsolescence programmée si critiqué. En effet, si un fabricant (ou un groupe) dispose d'une situation dominante, il a d'autres choix que d'essayer d'augmenter son marché futur par une réduction de la qualité de son produit (au risque de sa réputation) ; à commencer par le plus profitable à court terme, simplement augmenter ses prix. [réf. nécessaire]

Macroéconomie

À l'époque de la Grande Dépression, Bernard London a soutenu qu'il serait bon pour l'économie de rendre l'obsolescence programmée obligatoire, non pas en produisant des produits manufacturés de mauvaise qualité, mais en leur imposant une date limite légale, après laquelle les consommateurs devraient obligatoirement les renvoyer à un organisme ad hoc, de manière à entretenir un flux éternel de produits manufacturés36.

Ce genre de réflexion, selon laquelle une destruction est favorable aux affaires, correspond au sophisme de la vitre cassée décrit par l'économiste Frédéric Bastiat en 1850.

Cependant, certains estiment que la péremption rapide des produits est le pendant de l'industrie de masse, une conséquence inévitable du progrès technologique tel qu'il est conçu actuellement. Pour l'historien et critique social Christopher Lasch par exemple « la production […] est dirigée par des stratégies marketing reposant sur la technique bien connue de l'obsolescence programmée » et « l'idéal de la publicité est un univers de biens jetables, où l'on se débarrasse de choses dès qu'elles ont perdu leur attrait initial. Que quoi que ce soit doit être réparé, rénové ou remplacé est une notion étrangère à l'éthique publicitaire. »37.

Différents types d'obsolescence programmée

Il existe différentes variantes d'obsolescence programmée. Certaines impliquent d'ajouter sciemment des défauts de conception au produit vendu (il ne s'agit pas alors à proprement parler d'obsolescence, mais de défectuosité) ; d'autres formes plus psychologiques tentent plutôt de dévaloriser l'image du produit auprès des consommateurs. Voici un tour d'horizon non exhaustif des mécanismes attribués aux industriels.

Défauts fonctionnels

Lorsqu'une pièce ne fonctionne plus, l'ensemble du produit devient inutilisable. À ce moment-là, si le prix d'un appareil neuf est inférieur à celui de la réparation et de l'amortissement de l'appareil ancien, alors le neuf revient moins cher.

Le coût de réparation est constitué du prix de la pièce de rechange, du coût de la main-d'œuvre locale, des frais de transport et de logistique. Le fabricant peut influencer le coût de la main-d'œuvre en concevant des objets plus ou moins faciles à réparer. Néanmoins, les contraintes de production, d'ergonomie et de fiabilité du produit fini peuvent également conduire à compliquer les réparations. C'est le cas par exemple de produit non démontable et de pièces scellées : circuit imprimé de téléviseur, pièces scellées de matériel électroménager, etc. [réf. nécessaire]

Obsolescence par péremption

Certains produits possèdent une date de péremption à partir de laquelle ils sont annoncés comme « périmés ». Cela s'applique principalement aux aliments et aux boissons, qui ont une date limite de consommation ou une date limite d'utilisation optimale, ainsi qu'aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques. Cependant, dans certains cas, les produits restent utilisables après cette date. Par exemple, un aliment ayant une date limite d'utilisation optimale risque de voir ses qualités organoleptiques diminuées au-delà de la date indiquée, tout en restant consommable sans risque pour la santé. Une date limite de consommation est par contre plus stricte, car elle indique un risque pour la santé du consommateur s'il utilise le produit au-delà.

L'ignorance de la différence entre date limite d'utilisation optimale et date limite de consommation peut entraîner le consommateur à des mises à la poubelle prématurées, ou à des prises de risques inconsidérées.

Une forme courante d'obsolescence par péremption concerne les logiciels dont l'éditeur annonce la fin du support à une certaine date, contraignant les utilisateurs à acheter une version supérieure dont ils n'ont pas forcément besoin et qui si elle n'est pas compatible avec le matériel de l'utilisateur entraîne alors obsolescence de celui-ci.[réf. nécessaire]

Obsolescence indirecte

Télé cathodique mise aux déchets avec le carton de la télé LCD qui l'a remplacée.

Certains produits deviennent obsolètes alors qu'ils sont totalement fonctionnels de par le fait que les produits associés ne sont pas ou plus disponibles sur le marché. C'est le type d'obsolescence programmée le plus courant en ce qui concerne les téléphones mobiles : un téléphone en parfait état devient inutilisable lorsque sa batterie ou son chargeur ne sont plus offerts sur le marché, ou simplement parce que racheter une batterie neuve serait économiquement non rentable. Certains fabricants vont jusqu'à souder la batterie des appareils électroniques pour pousser au renouvellement de l'équipement quand la batterie ne fonctionne plus38. De la même façon certaines imprimantes deviennent de facto obsolètes lorsque le fabricant cesse de produire les cartouches d'encre spécifiques à ces modèles. On peut également citer l'exemple d'un moteur de voiture rendu inutilisable du simple fait qu'il est impossible de trouver des pièces de rechange. Autre exemple, les traceurs à plumes, dont la plupart fonctionnent encore parfaitement, mais dont les outils de traçage ne sont plus fabriqués.

L'arrêt de la production de pièces détachées est un levier puissant à la disposition des industriels. Le choix d'abandonner la production ou la commercialisation des produits annexes (cartouches, pièces détachées, batteries, etc.) complique la tâche de maintenance et de réparation, jusqu'à la rendre impossible.

Cette pratique ne se limite pas aux produits consommables et aux pièces dérivées. Le même mécanisme d'obsolescence indirecte est possible également pour l'industrie des services et des logiciels. Par exemple, en juillet 2006, Microsoft abandonne le service d'après-vente et de maintenance corrective pour les logiciels Windows 98 et Millenium39. Cette décision implique que, depuis cette date, les bogues et les failles de sécurité ne sont plus corrigés par Microsoft40. Effet secondaire : les consommateurs vont se débarrasser du vieux matériel incapable de faire tourner les versions récentes de Windows (quantité de mémoire vive insuffisante, etc.).

Le fait que les spécifications ne soient pas toutes communiquées, ainsi que les brevets, empêchant des tiers de satisfaire la même demande41, représentent une pression supplémentaire.

Obsolescence par notification

Proche de l'obsolescence indirecte, l'obsolescence par notification est une forme évoluée d'« auto-péremption ». Elle consiste à concevoir un produit de sorte qu'il puisse signaler à l'utilisateur qu'il est nécessaire de réparer ou de remplacer, en tout ou en partie, l'appareil. On peut citer l'exemple des imprimantes qui avertissent l'utilisateur lorsque les cartouches d'encre sont vides. En soi ce mécanisme n'est pas un mécanisme d'obsolescence. Cependant si les cartouches ne sont pas complètement vides lorsque le signal est émis, il s'agit bel et bien d'une obsolescence programmée de la cartouche.

L'aspect insidieux de ce type de péremption forcée réside dans l'interaction entre deux produits : dans l'exemple de l'imprimante, un produit « consommable » (la cartouche) est déclaré obsolète par un autre produit (l'imprimante elle-même). Cette technique est plus efficace lorsque le constructeur produit à la fois la machine et les recharges.

On peut aussi noter le cas des imprimantes affichant un message d'erreur bloquant leur fonctionnement normal (« réservoir d'encre usagée plein ») et où le fabricant n'assure aucun service et invite à renouveler le matériel. L'utilisateur se retrouve avec une imprimante qui ne fonctionne plus et il ne peut aller au-delà de ce message. L'imprimante s'est ainsi rendue inutilisable elle-même et l'utilisateur est contraint de renouveler son matériel ou de nettoyer son imprimante et d'utiliser un logiciel permettant de remettre le compteur d'impressions à zéro.

La Communauté européenne a en revanche interdit désormais la commercialisation de cartouches d'encre à puce électronique refusant tout service après un certain nombre de pages (même après remplissage d'encre), n'y voyant pas d'intérêt pour le consommateur et moins encore pour l'écologie des pays.

NOTA : Cette obsolescence peut s'avérer nécessaire si elle vise à garantir une sécurité des utilisateurs. Par exemple une pièce « fusible » d'un avion, d'un bateau, d'un ascenseur cassant avant même la rupture de pièces liées à la sécurité indiquerait aux utilisateurs de passer par une case maintenance obligatoire.[réf. nécessaire]

Obsolescence par incompatibilité

Principalement observée dans le secteur de l'informatique, cette technique vise à rendre un produit inutile par le fait qu'il n'est plus compatible avec les versions ultérieures. Dans le cas d'un logiciel, le changement de format de fichier entre deux versions successives d'un même programme suffira à rendre les anciennes versions obsolètes puisque non compatibles avec le nouveau standard.

Les changements de formats ou de standards sont souvent nécessaires pour prendre en compte les innovations d'un produit. Cependant ils peuvent aussi être provoqués artificiellement.

On retrouve encore une fois ce type d'obsolescence dans les imprimantes, dans lesquelles les cartouches qui ne sont pas ou plus produites par le fabricant ne peuvent être remplacées efficacement. La raison en est que les cartouches fournies par le fabricant disposent d'un circuit d'identification indiquant à l'imprimante que c'est bien une cartouche officielle. Si ce n'est pas le cas, l'imprimante refusera d'imprimer ou imprimera avec une qualité moindre. Pour parer à cela, il existe des logiciels permettant de passer outre cette protection de l'industriel et permettre l'usage de cartouches reconditionnées (à la maison, ou par des professionnels). À noter que certains vendeurs fournissent directement des cartouches génériques reprogrammées pour simuler une cartouche officielle à moindre coût pour l'utilisateur final.

Du côté d'Apple, le même phénomène se produit. En effet, en 2011, le nouveau système d'exploitation Lion n'intègre plus de module Rosetta qui permettait d'exécuter les programmes compilés pour un processeur PowerPC sur un Mac équipé d'un processeur Intel. Ceci se traduit par une incompatibilité des programmes compilés avant 2006. Par ailleurs, la période de 2006 à 2011 est appelée période de transition car les développeurs ont été encouragés à abandonner le PowerPC pour l'Intel. Cependant, tous n'ont pas fait ce pas et des programmes datant de cette période ne peuvent être exécutés sur Lion42. L'abandon de Rosetta est contesté car lors du passage de Snow Leopard à Lion, les programmes PowerPC devinrent inutilisables. De plus, bien que les programmes les plus populaires aient été convertis, il reste une importante ludothèque, inutilisable aujourd'hui.[citation nécessaire]

Obsolescence esthétique

Certains produits (notamment les chaussures et les vêtements) subissent une obsolescence subjective. Les modes vestimentaires et les critères d'élégance évoluent rapidement et les vêtements perdent leur valeur simplement parce qu'ils ne sont plus « à la mode ».

Certains fabricants exploitent ce principe en lançant des opérations marketing et des campagnes publicitaires dont le but est de créer des modes et d'en discréditer d'autres. À noter tout de même l'effet « boomerang » de l'obsolescence esthétique : un objet qualifié de démodé pourrait très bien revenir au goût du jour quelques années plus tard. [réf. nécessaire]

Exemples

Quelques exemples sont cités par Cosima Dannoritzer dans son documentaire Prêt à jeter de 2010 :

  • L'ampoule électrique à incandescence : sa durée de vie a été « harmonisée » et maintenue par les industriels (cartel Phœbus) à 1 000 heures, dans le monde entier. Le documentaire en fait un argument majeur et affirme que des technologies 10 fois plus durables à performances égales (éclairage, consommation, prix) ont été refusées par les fabricants. Toutefois après recherche, on n'a pas trouvé la source de cet argument. Pourtant il est repris depuis tel quel dans de nombreux de sites. Le reportage présente également une ampoule de 1901, qui brille sans interruption depuis plus d'un siècle. Mais la validité de cet exemple est contestable car l'augmentation de la durée de vie se fait au détriment de la consommation. En réalité l'optimum entre durée de vie et consommation serait de 5000 heures selon un calcul mathématique entre durée de vie, luminosité et consommation43. D'ailleurs des techniques existent pour augmenter la durée de vie d'une ampoule tungstène et ont bel et bien été commercialisées : filament à double spirale, bulbe rempli de néon, krypton ou ampoule dite halogène. À chaque fois, un compromis est fait entre consommation et durée de vie. Dans les années 50 la commission de la concurrence britannique a certes condamné le cartel Phoebus pour entente sur les prix, mais a reconnu que le standard des 1000 heures représentait un bon compromis, au bénéfice des consommateurs 44. Il s'agirait ici d'un mauvais exemple et le documentaire semble sur ce point erroné. Voir Lampe à incandescence classique.
  • L'automobile : pour concurrencer Henry Ford et sa Ford T volontairement vendue comme modèle unique, à portée du consommateur moyen, fiable, facile à réparer et très robuste, Alfred P. Sloan a inventé pour General Motors une Chevrolet conçue avec un châssis et un moteur uniques, mais selon le concept du changement de gamme à raison de trois nouveaux modèles de carrosserie, formes, couleurs et accessoires par an. En démodant rapidement les produits par la publicité, il pousse l'automobiliste à sans cesse abandonner son véhicule « démodé » au profit d'un modèle plus à la mode. C'est ainsi que General Motors a forcé Ford à changer de stratégie pour se lancer dans la course aux nouveaux modèles.
    Il semble qu'il s'agisse-là du début du modèle d'« obsolescence programmée par l'esthétique et le design »
    1.
  • Le bas nylon : mis sur le marché par DuPont dans les années 1940, il était si résistant que les ventes s'effondrèrent, faute de besoin de renouvellement. En modifiant la formulation (notamment en r&ea

Etat des lieux

Par Le 20/04/2013

"L'éducation est une chose admirable mais il faudrait parfois se rappeler que rien de ce qui vaut la peine d'être connu ne peut s'enseigner. " Oscar WILDE


Et bien, l'état des lieux après trente dans l'enseignement est sans appel pour ma part.

Je m'imagine en Don Quichotte mais les moulins sont des citadelles indestructibles. Et je m'épuise pour rien.

Vols, mensonges, insultes, coups, menaces, intimidations, incitations à la violence et au rejet par des groupes envers un enfant et ce même enfant qui intègre plus tard le même groupe pour se retourner contre un autre, compétition, humiliation, racisme, rejet...etc...etc...

Le monde adulte a un impact considérablement destructeur sur les enfants et je n'y peux plus rien. Ou je ne ne sais pas m'y prendre. Mais le résultat est le même.

  Huit mois à répéter les mêmes paroles, à tenter de constituer un groupe qui fonctionne de façon respectueuse, solidaire, bienveillante.

Et c'est un échec.

Des années que ça dure, des années que je lutte contre ça mais je n'imaginais pas que ça puisse atteindre cette ampleur.

Rien de ce qui vaut la peine d'être connu ne peut s'enseigner. Il va bien falloir que je finisse par l'admettre.

Question : Qu'est-ce que je peux faire d'autre que d'enseigner à des enfants ?

Il est temps que j'y réfléchisse sérieusement...

J'ai demandé un poste d'instituteur pour adultes en milieu carcéral mais il faut un diplôme supplémentaire. Ma candidature sera sans doute rejetée. Bon, et quoi d'autre ?

Directeur de publication chez un éditeur dans le registre "Romans à visées philosophiques".

Ca existe au Pôle Emploi des annonces comme celle-là ?...

Le sens du Sacré (5)

Par Le 17/04/2013

La connaissance de soi consiste à se libérer du connu, comme le disait Krishnamurti. Le mental est cet espace connu dans lequel nous errons sans y connaître autre chose que les données extérieures qui s’y sont incrustées. Si le regard ne se tourne pas vers le contenant- l’humain-, il ne s’agit que d’un contenu, périssable, superficiel mais terriblement carcéral.

Je vois dans le cheminement intérieur la nécessité d'affronter "notre pulsion de mort. » Celle-ci consiste à errer dans les conditionnements auxquels nous nous sommes identifiés. Mais celui-là est "mort" qui n'existe que dans l'hébétude de ses certitudes. « La pulsion de mort » cimente l’individu dans un caveau de choses connues, rapportées, enseignées, infligées. Car le regard intérieur n’est pas la finalité. Il s’agit juste d’absorber.

"La pulsion de vie" impose au contraire de s'extraire de cette routine érigée en réussite parce qu'elle annihile, en les analysant, les inquiétudes et les tourments. Bien entendu, on ne voit souvent l'étreinte consciente des traumatismes que comme une auto-flagellation, un goût pervers pour la souffrance, une exacerbation narcissique de l'égo qui se complait dans le malheur ressassé. S'il ne s'agit effectivement que d'une exploitation malsaine du statut de victime afin d'amener vers soi la compassion, la plainte et l'identification à ce rôle adoré, il n'y a dans cette dérive qu'un enfoncement néfaste dans le bourbier des douleurs irrésolues. Il s’agit également d’un inconscient collectif extrêmement puissant qui rejette l’individu qui explore parce qu’il pose devant tous l’image de l’inertie. Le rebelle devient donc un marginal et un exclu. Protection du groupe humain contre les intrusions dérangeantes. « La pulsion de mort » est un tombeau encombré d’esprits reliés par des chaînes séculaires, génération après génération.

La pulsion de vie n'est pas cela. Elle demande à explorer l'inconnu en nous, cet inconnu qui nous terrorise et que nous ne voulons pas affronter parce qu'il porte tous les stigmates des coups reçus, les souffrances enkystées, les malheurs fossilisés. En nous accrochant désespérément à nos habitudes, à nos croyances, à nos chimères, nos sempiternelles répétitions, en vissant nos yeux aux veilleuses qui repoussent les noirceurs, nous restons figés dans la pulsion de mort. Rien n'est possible et nous irons ainsi jusqu'à la mort réelle. Hallucinés de certitudes et de mensonges maintenus. Bien sûr que l'existence nous aura paru aussi douce que possible, tant que nous serons parvenus à résister aux assauts de l'inconscient. Encore faudra-t-il que notre enveloppe corporelle parvienne à échapper aux somatisations de toutes sortes...Ça n'est pas gagné...Cette pulsion de mort n'est par conséquent qu'une errance enluminée. Il n'y a aucun éveil mais un cinéma hollywoodien. C'est le mental le metteur en scène et l’inconscient collectif le producteur. Il défend ses possessions jusqu’à déposséder les individus de leur conscience.

Mais c'est le chaos des étoiles qui créé la splendeur de l'Univers. La pulsion de vie qui détruit les dogmes personnifiés nous pousse vers le chaos en nous-mêmes. C'est un chemin de clarté et une épreuve. Il ne s'agit pas de dolorisme mais une quête de lucidité. Rien n'empêchera d'admirer le cosmos dans les nuits calmes.

Refuser la pulsion de mort, celle qui maintient l'individu dans le carcan de ses traumatismes, par peur, par déni, par accoutumance, c'est se nourrir de l'élan vital qui veut que la vie soit une évolution verticale et non l'extension horizontale de l'individu.

De toute façon, il suffit de regarder autour de nous, nos proches, quelques connaissances, pour réaliser que si ce travail n'est pas entamé, consciemment, maintenu, préservé, encouragé, les dégâts collatéraux finissent la plupart du temps par jaillir comme si l'âme étouffée gangrénait l'enveloppe qui la porte. Je l'ai vécu. J'en suis sorti. La médecine ne l'explique pas. Nous sommes nombreux dans ce cas.

La connaissance de soi peut se présenter comme une tentative de l'individu à ramener l'inconscient à la conscience ou à ouvrir le conscient à l'inconscient. De nombreuses pratiques sont envisageables. L'écriture m'a servi de support. La Nature est un écrin fidèle.

Je suis sorti en vélo ce matin. Soixante-dix kilomètres à fond et toujours ce bonheur immense de la désintégration des forces, cette certitude que le corps va finir par lâcher et pourtant cette insistance à appuyer sur les pédales qui ne se dément pas, ce goût de la force qui ruisselle. Cette énergie inconnue que les scientifiques attribuent à notre organisme, elle est bien au-delà de l’exploitation des glucides et de ce mécanisme fabuleux du corps en action. Il faut déchirer ce rideau. Il faut quitter les connaissances apprises pour accéder au Sacré. La pulsion de vie s’y trouve cachée.

Alors, j’ai appuyé, appuyé, j’ai refusé d’écouter les brûlures des cuisses et je me suis concentré, comme à chaque fois, sur ce ruissellement qui survient, immanquablement, quand la chair n’en peut plus.

« Crève, charogne », me suis-je dit en souriant.

Un final très montant. Une bosse de six kilomètres que j'ai tenté de franchir sans jamais relâcher la pression, la bave aux lèvres, les tympans saturés par la force de mes souffles, la brûlure constante des cuisses. Je savais, avec l'expérience, qu'il ne fallait pas lever la tête, ne jamais regarder en avant, ne jamais subir cette vision destructrice de la pente, rester appliqué sur la poussée des jambes, juste le mètre en cours, le ruban de goudron qui défile sous mes yeux, inséré dans l'instant, ne pas espérer la fin de la montée au risque de voir fondre l’énergie, comme avalée par cet espoir néfaste. J'ai franchi le sommet et j'ai basculé aussitôt dans la pente, grand plateau, cinquante kilomètres à l'heure, l'enchaînement des virages, une euphorie bienheureuse, aucune envie de récupérer mais bien au contraire de continuer à puiser dans le creuset bouillant. Un long faux plat montant et puis une nouvelle bosse de trois kilomètres.

Toujours à fond.

C'est là que j'ai senti qu'il n'y avait plus rien, plus aucune pensée, plus aucune attention forcée, aucune concentration sur le geste mais pour le ressentir, il a fallu que je prenne conscience de mon absence. Un retour éphémère de la pensée et puis son effacement quasi immédiat, comme si cette pensée n'avait plus de raison d'être, qu'elle n'était qu'une intruse inutile, totalement déplacée, une excroissance qui s'était vidée de toute son énergie. Je voyais ruisseler devant moi des filets de sueur, je sentais autour de moi cette odeur particulière du corps, ce parfum âcre, entêtant, lorsque l'effort impose d'aller chercher dans les abysses les forces disponibles, comme si ces forces agglutinées dans les tréfonds possédaient une odeur de cave. Je sais quand cette odeur survient que je ne suis pas loin du point de rupture et que le chant du cygne va survenir. 

Je ne savais pas où j'étais dans la montée, je n'avais plus de lien réel avec le monde environnant. Et les frissons sont apparus, comme une bourrasque, des cascades caloriques déboulant du crâne jusqu'aux orteils, rebondissant dans les recoins, saturant de jouissance chaque cellule. J'ai éclaté de rire et mon rire m'a surpris.

J'ai vu sur le compteur que la vitesse augmentait et j'ai appuyé encore plus fort, j'ai laissé couler de ma gorge les râles et la mélodie des souffles, un leitmotiv calé sur le mouvement de mes jambes. Rien, aucune douleur, aucune brûlure, une montée verticale dans les gouffres intérieurs. Des flashs de pensées zébrant l'euphorie comme des éclairs disparates, incontrôlés et ne laissant aucun souvenir.

Je suis arrivé au sommet de la bosse. Et tout s'est effondré.

Il restait trois kilomètres. Je les ai parcourus comme un moribond. Comme un voyageur revenant d'un séjour étrange, une terre inconnue et redécouvrant, misérablement, sa condition humaine.

Mais l'écho du rire est toujours là. Et les frissons. Rien ne meurt quand la pensée n'est plus là.  

Le Sacré est tapi dans le silence intérieur.  

Enseigner

Par Le 12/04/2013

 

"Incarne ce que tu enseignes".

Je ne conçois pas ce métier autrement. Comment pourrais-je me présenter devant des enfants de dix ans sans être moi-même intégralement, viscéralement, existentiellement incarné dans ce partage, cette vie commune, ce cheminement qu'ils doivent tracer et sur lequel ils ont besoin de balises ? Il s'agit de respect. Pour eux, parce qu'ils attendent de moi le meilleur, le bonheur, le rire et la connaissance, ils attendent que je les propulse un peu plus haut. De respect pour moi parce que je n'ai jamais conçu une autre voie, je n'ai jamais vraiment imaginé qu'autre chose serait possible. Ne pas rester pleinement investi reviendrait à me trahir. Et donc à porter atteinte aux enfants puisque je ne serai plus le même, puisque j'aurai perdu l'enthousiasme et la joie d'être avec eux. Ils me nourissent et je sème en eux, autant que possible, les graines qui germent en moi à leurs contacts.

  "N'enseigne que ce que tu incarnes".

Qu'est-ce que j'incarne ? Pas les programmes officiels de l'éducation nationale en tout cas. Ils ne sont qu'un support et ne représentent en rien une finalité. Juste un moyen. Celui de tendre vers un individu qui explore son potentiel et cherche à en user au mieux. Je pense que c'est ça la source de mon engagement. J'ai toujours cherché à aller au bout du bout. Jusqu'à découvrir les horizons dont j'ignorais même l'existence.

Tout apprentissage théorique ou pratique met en avant le fait qu'un savoir n'est pas un système clos et fini mais juste une opportunité de développement et que la "crise" que cet apprentissage génère est une exploration intérieure à mener. L'acquisition de ce savoir s'il doit être prolongé dans le temps ne contient aucune sanction, aucune pénitence, aucun jugement. Ce cheminement chaotique est une expérience en lui-même, non pas le savoir contenu mais ce que le contenant va apprendre de lui.

Je ne veux incarner que ce regard intérieur et le monde extérieur, comme une masse rocheuse inexpugnable, ne sert qu'à me renvoyer l'écho de mes peurs, de mes craintes, de mes illusions, de mes espoirs, de mes errances, de mes détresses, jusqu'à ce que cette réception volontaire et l'observation qui en résulte me propulse au-dessus de la masse rocheuse.

Je ne souhaite rien d'autre aux enfants que je côtoie et je veux leur montrer de moi cet individu qui apprend de lui-même ce qu'il est à travers les savoirs, les expériences, les confrontations, les rencontres, les amours, les contemplations et ce bonheur constant d'être projeté vers "là-haut."

 

"L'expérience, ce n'est pas ce qui arrive à un homme, c'est ce qu'un homme fait avec ce qui lui arrive. " Aldous HUXLEY

 

C'est dans ce travail intérieur que se trouve "l'incarnation".

La tempête

Par Le 09/04/2013

Une discussion très intéressante aujourd'hui en classe.

J'ai posé une question de mathématiques à une élève qui a beaucoup de mal à gérer les émotions qui surviennent dès qu'elle est sous le "feu des projecteurs."

Elle ne trouvait pas la réponse alors que je savais qu'elle en était parfaitement capable. J'ai stoppé sa réflexion et je lui ai demandé "d'observer" ce qui se passait en elle...Moment de silence et puis elle dit, tout doucement,

"Ca me fait chaud...

-Qu'est-ce qui te fait chaud ?

-C'est quand je ne trouve pas la réponse.

-Oui, ça je le sais mais qu'est-ce qui déclenche, intérieurement, cette sensation de chaleur ?

-C'est parce que j'ai honte de ne pas trouver la réponse et je vois que les autres qui lèvent le doigt ont déjà trouvé, alors ça m'énerve contre moi.

-Oui et bien c'est tout simplement de la peur et tout ce qu'elle déclenche."

Silence.

Je voulais leur donner à tous une image pour expliquer le phénomène.

"Imaginez une personne qui décide d'aller balayer les feuilles des arbres qui couvrent sa terrasse. Le vent souffle par rafales et à chaque fois qu'il arrive à former un petit tas de feuilles, il y a une bourrasque très forte qui éparpille toutes les feuilles. Et bien, dans votre tempête, c'est la même chose. C'est la tempête. Les feuilles qui tourbillonnent dans tous les sens sans que vous puissiez les attarper, ce sont vos connaissances, tout ce que vous avez appris, qui est en vous mais tout vole de façon anarchique et vous ne pouvez rien en faire. Il faut calmer la tempête pour que les feuilles se reposent au sol et que vous puissiez les saisir et vous en servir. Sur une des feuilles, il y a la réponse à la question qui est écrite."

Plusieurs enfants interviennent.

"Moi j'ai toujours la même phrase qui tourne dans la tête : mais pourquoi est-ce que je ne trouve pas la réponse."

-Et tu penses que cette phrase peut t'aider ?

-Oh, ben non, ça ne sert à rien.

-Et qui a fabriqué cette phrase dans ta tête ?

-ben, c'est moi.

-Alors, il n'y a que toi qui peut la faire disparaître. C'est pour ça que je vous dis tout le temps qu'il faut vous observer intérieurement. Cette peur, elle n'est pas tombée en toi du plafond, elle ne passait par là par hasard et elle se serait dit : tiens, je vais aller embêter cette petite fille. Moi, quand j'étais petit et que j'avais envie d'aller faire pipi la nuit, j'étais terrorisé par le noir dans le couloir et je ne devais pas allumer la lumière pour ne pas réveiller mon frère. Alors, je longeais le mur en collant mon dos pour que personne ne m'attaque par derrière...Qui avait inventé cette peur ? C'est moi, bien sûr. On a tous des peurs imaginaires. Il faut les regarder et discuter avec elles et donc avec soi."

On a continué la discussion pendant un moment et j'ai repensé à cette réflexion des enfants qui lèvent le doigt pour donner la réponse qu'ils pensent détenir. Cette honte, ce stress, cette peur que ces doigts levés génèrent ne sont absolument pas favorables à l'enfant qui a été interrogé. L'objectif pour moi est de voir si d'autres enfants suivent, réflechissent, souhaitent participer mais par la même occasion, je déstabilise un enfant. C'est moi qui créé cette situation de stress.

La question est donc de savoir si je ne devrais pas interdire aux enfants de lever la main tant que le premier enfant interrogé réfléchit et dire que je peux interroger n'importe qui d'autre dans un moment si je pense que le premier enfant ne trouvera pas.

De plus, il est fort probable que ceux ou celles qui ne cherchent plus parce qu'ils voient des doigts levés se sentiront sous la "menace" d'être désignés et par conséquent, ils continueront à chercher la réponse.

L'objectif de la participation de tous serait atteint et le premier enfant serait "libéré" de cette pression du groupe.

Ce qui est évident en tout cas, c'est que la gestion des émotions est un objectif prioritaire de la classe. Et il faut garder à l'esprit que la pression de la classe est néfaste. Le travail en groupe a cette capacité à libérer les enfants les plus émotifs et c'est donc une pratique très positive.

L'analyse de la pratique...L'essentiel du travail à mener sur soi.

Déprime totale...

Par Le 04/04/2013

On pourrait y voir un message "comique" mais c'est en fait très révélateur de l'ambiance...Il serait très facile de faire le même message de la part des parents envers les enseignants...

Un conflit perpétuel qui ne mène à rien.

Mais ce qui est clair en tout cas, c'est que l'ampleur des problèmes que j'ai à régler avec des enfants de dix ans est absolument effarante... Respect de l'autre, respect du corps de l'autre, de son intégrité, la puissance destructrice des menaces, le racket, la "sexualisation" des jeunes enfants, leur rapport avec la violence...

Ils sont combien aujourd'hui les enfants qui ne sont pas encore déphasés par ce monde adulte ?...

Un putain de coup de déprime...Un coup de massue. Juste envie de prendre mon vélo, d'accrocher les sacoches et de partir, loin, très loin avec la femme que j'aime et nos trois ados...Et tout oublier. Ce monde n'est pas le mien.

Ecosystème spirituel (2)

Par Le 30/03/2013

Thierry : Je vous rejoins totalement dans ce principe de causalité mais pour avoir pu en juger de par mon parcours, dans le domaine de la médecine, la causalité reste au niveau organique et ne prend pas suffisamment en compte, à mes yeux, la part spirituelle de l’individu. Comme si la mécanique n’avait pas de conducteur, ni même de concepteur, ce qui est encore plus grave…Yvan Amar écrivait : « Si un médecin me guérit de mon mal, il ne doit pas oublier d’évoquer ce que mal cherchait à me faire comprendre, sinon il me prive d’une avancée spirituelle en limitant mon individu à une mécanique. »
On peut estimer que cela ne relève pas du médecin. Mais alors, dans ce cas-là, si le médecin doit rester un « mécanicien », l’éducation spirituelle doit être mise en avant afin que l’individu cherche en lui-même l’intention de cette douleur. Le corps est un révélateur des maux de l’âme. C’est ainsi que j’ai vécu mon parcours en tout cas.
On peut d’ailleurs étendre cette attitude « mécaniste » à bien d’autres domaines que celui de la médecine. Cette fameuse causalité apparaît dans l’esprit occidental comme une finitude alors qu’elle n’en est que le seuil. C’est l’horizon qu’elle propose qui devrait être exploré.
Le problème vient du fait que c’est un horizon auquel on tourne le dos. L’éducation nous a enseigné que celui qui avance regarde en avant. Je pense que dans ce cas-là, l’individu sait peut-être où il va mais il ne connaît pas, fondamentalement, celui qui y va. Il marche avec un inconnu en lui. Et le nombre d’inconnus augmente au fil du temps, au gré des dérives de l’ego. Ils sont innombrables ceux qui vivent avec plusieurs entités disparates en eux.

Qu’en est-il par exemple de l’affectivité ? On peut, assez facilement, identifier les causes d’une émotion (ou alors c’est que le travail spirituel à entamer est immense) mais ce qui importe à mon sens, c’est bien davantage le travail de conscientisation qu’elle propose. Si je m’arrête à la causalité de l’affectivité, je ne suis pas un explorateur mais un scribe…
La conscience est-elle soumise à l’affectivité ? Si je suis heureux ou triste, ma conscience en subit-elle les effets ou est-ce uniquement ma perception de l’existence à travers mon affectivité ? Lorsque nous alternons entre les moments euphoriques et les moments de détresse, est-ce que notre conscience est touchée ou reste-t-elle dans une dimension parallèle ? A-t-elle la capacité à identifier les causes de ces fluctuations et à les analyser ou est-elle saisie elle-même par les effets épisodiques de nos conditions de vie ? Prendre conscience, c’est se donner les moyens d’observer tout en ayant conscience d’être l’observateur. Un détachement qui permet de ne pas être totalement saisi par les émotions générées par cette observation mais de rester lucide. Il ne s’agit pas non plus de rester inerte mais d’être capable de cerner les raisons profondes des émotions. Être emporté par une bouffée de bonheur ou de colère n’implique pas nécessairement une perte de contrôle tant que l’individu parvient à observer cette émotion exacerbée en lui-même. La perte de contrôle survient dès lors que les émotions ne sont plus regardées par cette conscience macroscopique et que le mental se soumet à ce flot de perceptions. Il suffit de penser à la peur pour en prendre conscience…Si j’observe ma peur, je m’offre un point de contrôle. C’est la conscience qui dépasse l’affectivité, qui la surplombe ou l’englobe. Je vais pouvoir me servir de cette peur pour exploiter les poussées d’adrénaline, je vais même pouvoir l’entretenir parce qu’elle m’offre des capacités physiques insoupçonnées. Sans l’adrénaline, les hommes préhistoriques auraient succombé aux prédateurs. Moi aussi d’ailleurs… La peur est un carburant, une source de forces, une énergie redoutablement efficace. Mais elle l’est encore plus lorsque la conscience reste le chef d’orchestre.
Un homme préhistorique poursuivi par un prédateur connaissait parfaitement les causes de sa terreur mais en l’observant intérieurement, il se donnait les moyens d’user de cette énergie au lieu de succomber à une stupéfaction fatale…On court vite quand on se sert de sa peur. À l’inverse, la peur qui n’est pas conscientisée paralyse.

 

L’étude des catastrophes naturelles ou autres contient un nombre incalculable de ces individus qui sont morts de peur avant de mourir pour de bon.
Il ne s’agit pas de rejeter l’affectivité mais de prendre conscience du potentiel qu’elle propose. Lorsque j’écris avec une musique que j’aime, il m’arrive de voir les mots débouler en cascades, des flots d’émotions surpuissants, une osmose avec ce que je porte, c’est une affectivité que j’entretiens, je ne cherche pas à l’effacer, je la laisse m’emporter et en même temps, je l’observe, je la nourris, je l’honore et la vénère, j’ai pleinement conscience de sa présence, du « jeu » que j’instaure et des règles à suivre. Cette affectivité ne dépend pas de moi à la source mais la conscience que j’en ai sait l’entretenir. De la même façon, un sportif saura avec l’expérience faire monter l’adrénaline, la tension, le stress, avant une épreuve mais en apprenant à l’observer et à en avoir pleinement conscience, il parviendra à l’entretenir, à s’en servir, alors que si l’absence de conscience l’emporte, cette adrénaline l’enverra au décor. Le fil du rasoir est très affûté. Il faut l’effleurer, jouer avec la lame avec délicatesse sans appuyer comme une brute. On pourrait à travers cette description assimiler la conscience avec la raison. Et c’est là que je me heurte à une problématique qui me tracasse. Je ne vois pas la raison comme une entité observant l’observateur mais comme une entité œuvrant à la neutralité. La raison est déterminée à ne pas laisser les émotions se développer. Elle est davantage éducative, formative, un conditionnement qui agit comme un étouffoir. Elle va chercher à convaincre l’individu que sa peur est injustifiée ou que ce bonheur ne durera pas. Elle n’existe que dans le maintien du contrôle et dans les conditionnements qui l’ont nourrie. Elle est le piédestal du « raisonnable », du cognitif et du mental. Je ne la vois que comme une incapacité à recevoir les émotions en toute conscience. Cette conscience qui est au contraire de la raison capable d’assumer pleinement les élans émotionnels, à s’en servir pour la création artistique par exemple. Si je m’interdisais d’être bouleversé par une musique, je n’ouvrirais pas en moi les horizons littéraires et si je laissais de la même façon, les émotions m’emporter, je ne parviendrais pas à écrire une seule phrase. La conscience devient dès lors le trait d’union entre la raison qui me sert de transcripteur des émotions pendant que ma conscience observe l’ensemble. C’est en cela que je vois la conscience comme « englobante ».

Elle est le placenta qui permet le lien.
Les causes sont du domaine de la raison. L’Eveil va plus loin et se sert de la Conscience.
C’est sans doute dans cette osmose qu’apparaît l’individu unifié.

Pierre : Tout à fait d’accord pour la causalité à étudier dans le domaine de la part spirituelle de l’individu : c’est l’un des points essentiels que j’essaie de développer, à savoir la connaissance de la trame causale qui gère notre esprit, notre âme. Étudions-la avec autant de sérieux qu’on étudie la causalité dans la science matérielle et on arrivera à des résultats ! D’accord pour ne pas s’arrêter à la causalité de l’affectivité : une fois trouvée, ou qu’une hypothèse est posée, tout dépend de ce qu’on en fait. Cette part de connaissance, de compréhension, cette « prise de conscience » dont vous parlez est pour moi aussi essentielle et elle est indissociable d’une pratique. La raison est un potentiel qui s’éduque, je ne parle pas seulement de la raison au sens du QI et des capacités intellectuelles strictement – qui est reste très utile, d’autant plus utile qu’elle est développée – mais aussi de cette part de la raison qui devient capable de s’intéresser aux vérités spirituelles, à l’existence de l’âme et à son devenir, à la bonne gestion de nos émotions justement, pour qu’elles concourent à notre perfectionnement et non à notre avilissement. En lien avec la foi, la conscience, etc…

Pierre : Vous avez écrit : «  …cette part de la raison qui devient capable de s’intéresser aux vérités spirituelles, à l’existence de l’âme et à son devenir… »
Et là, je ne parviens pas à « croire » ^^ que la raison puisse explorer certains espaces inconnus…

 

« Du jour au lendemain. »

Un film avec Benoit Poelvoorde.

Totalement désespérant…L’histoire d’un homme qui « du jour au lendemain » va voir sa vie passer d’un long marasme quotidien, avec une rupture sentimentale, une situation professionnelle humiliante et de multiples désagréments quotidiens à un bonheur parfait, sans aucune explication, sans avoir changé quoique ce soit en lui, une transformation totalement irrationnelle. Et cette absence d’explication va rendre pour lui ce bonheur totalement insupportable, il ne va pas s’y retrouver, l’image à laquelle il est attachée, dans laquelle il se reconnaît s’est effacée, les autres, ses proches, ne le voient plus de la même façon, tout ce qu’il vit est empli d’un bonheur immédiat, sans qu’il élabore le moindre projet, sans qu’il intervienne le moins du monde dans cette accumulation de situations positives. On sent alors, au fil des jours, que cette situation l’angoisse, qu’il semble attendre, guetter sans cesse l’instant où tout va s’arrêter, que ça ne peut pas continuer ainsi alors que rien ne l’explique…Cette disparition de ce qu’il était va le conduire à la folie…Alors que sa femme est revenue à ses côtés et qu’elle attend un bébé, il est interné en hôpital psychiatrique.

C’est un homme inapte au bonheur et qui sombre.
Le médecin explique à sa femme que seul un évènement déclencheur pourrait le ramener à la vie.
C’est la cafetière qui va s’en charger, cette cafetière, qui au lieu de dysfonctionner chaque matin s’était mise à faire normalement du café, de façon irrationnelle, alors qu’il n’avait nullement cherché à la réparer, cet engin anodin va de nouveau s’emballer. Ce retour à une vie passée, celle qu’il voulait retrouver, celle qui correspond à ce rôle de « perdant », va le sortir de sa torpeur et le ramener à la vie…Mais quelle vie ?…Celle d’un homme qui n’a pas su saisir ce que la vie réelle lui proposait, celle d’un homme qui préfère rester enfermé dans ses conditionnements, sa « raison », son histoire…Il préfère être ce qu’il a toujours été que d’accepter cette irrationalité, ces phénomènes inexpliqués, qui n’ont aucune « logique » pour lui…

« Mais qu’est-ce que vous avez tous avec votre amour? »

Tout le problème est là. Cet homme ne peut pas être aimé, pas de façon aussi universelle, la vie ne peut pas être aussi belle, pas avec son histoire… 

« Se libérer du connu. » Voilà ce qui aurait pu le sauver.
Et c’est là que ce film passe, à mes yeux, de la comédie, ou satire sociale à une vision désespérante de l’humain.

Cet enfermement « rationnel » est avant tout éducatif et social. L’identification de cet homme à son histoire, une histoire qu’il a lui-même fabriquée par une attitude constamment négative, va l’emporter sur le changement « irrationnel » qui lui est proposé par la vie elle-même. Il ne s’agit pas de « chance », de « destin », mais de l’opportunité d’appréhender la vie d’une autre façon. Mais la peur va être la plus forte, la peur de ne plus exister dans un rôle, la peur de ce changement considérable d’existence. Il faudrait pouvoir effacer la mémoire et tous les acquis inconscients qu’elle porte et qui empoisonne. Celui qui ne change pas est avant tout un être qui a peur, ça n’est pas une question d’incapacité mais d’interdiction. C’est en cela que le conditionnement est une enceinte, un carcan, une geôle adorée. Se plaindre de cet enfermement est plus rassurant que d’en sortir…C’est effrayant…

J’ai longtemps eu peur, après la rémission inexpliquée de mes trois dernières hernies discales, que le mal me retombe dessus. Ça n’était pas rationnel, les médecins n’y comprenaient rien ET DONC moi non plus. Je savais bien que j’avais vécu une situation incompréhensible, que j’avais basculé à un moment dans une dimension inconnue mais cette absence d’explication était une torture. J’avais peur. Ça ne pouvait pas durer cette rémission, ça allait me retomber dessus sans prévenir, revenir aussi brutalement que ça avait disparu. Certains médecins me le prédisaient déjà…Ancrage pervers des liens imbriqués. Ces médecins ne pouvaient laisser ainsi vaquer tranquillement celui qu’ils considéraient comme un cas désespéré. Bouleversement insupportable.

Ce bonheur n’était pas pour moi…L’identification…Je devais me libérer du connu, de ce passé morbide, de cette détresse à laquelle je m’étais attaché parce qu’elle m’offrait un rôle en « or »…La victime, le malheureux, le supplicié…C’est là que j’ai compris que je devais écrire, aller chercher au plus profond de mes traumatismes les plus anciens la source de cette inaptitude à être heureux…Comprendre aussi que le seul instant réel, c’est celui dans lequel j’existe, que je n’avais aucune réalité dans ce passé assassin, que je n’étais rien dans cet avenir incertain, mais que le fait de me lever librement de ma chaise, sans tituber, sans canne, de pouvoir marcher, puis courir, puis skier était la seule réalité, la seule vie réelle.
J’ai enfin appris à vivre. Ça m’aura pris quarante-deux ans. Huit ans que je vis pleinement, librement. Libre de moi-même, de l’autre, celui qui est mort lorsque je suis né. Et ça n’est pas à la raison que je dois tout ça. C’est à elle par contre que je devais l’épaisseur de ma geôle.  

Pierre : Le rapport entre spiritualité et rationalité est des plus intéressants. Et des plus surs, quand on voit la nuée de pseudo-spiritualités et divers mouvements qui surfent sur la vague de recherche de vérité des hommes et qui au final les trompent et profitent d’eux …

Si un peu de raison était présente, le risque de se faire berner par des mirages conceptuels et contes féériques serait moins important.
En réalité, quand je lis votre histoire, votre analyse de vous-mêmes par vous-mêmes (vos émotions, pensées, parcours, vie intérieure), la description de votre processus de pensée, la manière dont il a évolué, la critique ciblée de votre vie « d’avant », les conclusions très hiérarchisées que vous avancez : et bien j’y vois une part énorme de … raison ! Dans la mesure où tout ce processus, même s’il est médité par votre vie spirituelle intérieure, par des expériences qui sont inexplicables rationnellement, par votre foi, par votre amour inextinguible pour une transcendance, ou autre domaine de pensée ou de conscience qui ne soit pas traditionnellement attribué à la raison, et dont on a aussi absolument besoin : si vous le vivez et le partagez, et bien c’est parce que votre raison l’accepte, accepte qu’il y ait des choses qu’elle ne peut pas comprendre, accepte la logique de croire en quelque chose que l’on ne voit pas mais parce qu’elle valide les effets qu’elle a perçus au travers de nombreuses expériences et de votre état actuel … Alors que d’autres personnes, vous leur racontez votre expérience, leur faites part de l’idée d’une part spirituelle en l’homme, vous leur donnez vos conclusions et l’idée que vous vous faites du divin, pour eux, et même s’ils ont des capacités intellectuelles très élevées, peuvent très bien rire doucement et vous dire que tout ceci n’a ni queue ni tête, n’est pas « rationnel » … Ils sont effectivement peut être emmurés par leur « raison-QI » ou leur manque de « raison disons spirituelle » dans la geôle dont vous parlez … Donc la raison-QI stérile qui emmure, non. Celle qui s’allie à l’intelligence-QI habituelle pour ouvrir l’esprit en restant garante d’une progression sure, acceptant ce qui dépasse sa compréhension parce qu’elle a senti et constaté les effets de quelque chose qui la dépasse et qu’elle va essayer de comprendre, oui. Développer cette attitude pour moi s’apparente, à l’inverse de m’enfoncer dans ma geôle, à justement ne pas rester figé, ne pas abdiquer ma raison face aux questions spirituelles : réfléchir, chercher, ne pas avoir l’esprit fermé et borné, accepter de me remettre en question, avoir un avis objectif sur des parcours spirituels que j’estime dangereux pour la santé de mon âme … Je pense que vous faites exactement la même chose.

Thierry : Si tout ce que j’ai connu et ce que je vis a bien un rapport avec la raison, au-delà du travail de mise en forme écrite, et bien j’en serais le premier ravi car cela signifie que c’est accessible à n’importe qui et qu’il ne s’agit pas d’une rupture incompréhensible et limitée à « une mystique sauvage ». Effectivement, je rencontre des individus qui rejettent furieusement tout ce cheminement spirituel et qui ne voit dans mes propos qu’un délire mystico-religieux-affabulatoire. Je m’y suis habitué depuis le temps…Si ma raison accepte ce cheminement, je pense que c’est justement parce qu’elle a repris sa juste place et qu’elle n’est plus ce costume de capitaine de vaisseau dont elle s’était affublée et qui est trop grand pour elle.
C’est là que j’entrevois ce travail sur l’écosystème spirituel.

Il n’y a rien à renier, aucune méfiance à avoir envers l’ego, le mental, les pensées, les émotions, aucun espoir à entretenir en vue d’une possible illumination. Il n’y a rien à vouloir.

Tout est déjà là. Mais ce tout n’est réellement productif qu’avec un équilibre parfait entre chaque intervenant constituant l’individu. Conscience, inconscience, mental, ego, âme, esprit, corps, pensées, émotions, raison, contemplation et action. Rien n’est séparé parce que tout ça n’est qu’une seule entité et que c’est la fragmentation apprise qui génère les conflits.

Il nous faut redevenir ce que nous sommes.

 

Je suis persuadé aujourd'hui que l'absence quasi totale d'enseignement de la conscience aux enfants explique l'état de l'humanité. Si un individu n'est pas amené, instruit, sollicité à effectuer ce travail d'observation du monde intérieur, il errera inévitablement, sentira ce gouffre de l'absurde, la peur de la mort, l'angoisse du néant et il sombrera dans les hallucinogènes du monde moderne, le matérialisme, la compétition, l'argent, la technologie, les medias, la politique etc etc etc...Toutes les activités extérieures sont des palliatifs au néant intérieur.

L'écosystème spirituel consiste à préserver la biodiversité interne, à ne pas s'abandonner aux conflits. Ils dévorent l'énergie et l'individu cherchera des dopants superficiels. Chaque évènement qui n'est pas analysé par cette conscience est une source de dérives. Si les enfants ne sont pas éclairés et s'ils ne sont pas entraînés à découvrir cette "Présence", ils viendront gonfler un jour le contingent des âmes perdues.

Ecosystème spirituel

Par Le 29/03/2013

Thierry :Ce que je trouve un peu désolant, c’est que tous les jours, nous sommes des survivants, tous les jours, nous sommes dans cette situation de « miraculés », mais nous prenons tous ces jours qui défilent comme des évidences, comme des dus, des propriétés, des choses éternelles. C’est absurde. Tous les jours, nous sommes ces survivants et tous les jours, à chaque instant, cette vie en nous se doit d’être bénie, honorée, pleinement absorbée. Il faut vivre comme des affamés et non comme des repus apathiques ou des angoissés du lendemain. Demain n’existe que dans notre imagination, il n’a aucune réalité... Ne pas attendre cet instant de rupture dans notre endormissement mais rogner chaque instant, non pas seulement dans les actes, mais dans la dimension spirituelle.

Pierre : Je partage assez ces idées qui décrivent bien nos tendances. Je suis sensible aussi à ce côté pratique que vous proposez, empli de gratitude d’une part, et de décision pleine et entière de se mettre au travail d’autre part. Qu’entendez-vous par « rogner chaque instant, non pas seulement dans les actes, mais dans la dimension spirituelle » ?

Thierry : Henry David Thoreau disait qu’il s’agit de « vivre profondément et sucer toute la moelle de la vie ». Bien plus encore que de rogner l’os, il faut explorer jusqu’aux fibres qui constituent l’os, percevoir l’énergie qui crée la structure. C’est cela « l’Illumination ». Être capable d’expérimenter la réalité telle qu’elle est, sans interférence, sans distorsion, sans apport personnel, dans une complète acceptation, sans projection, sans peur, sans attente, sans espoir, c’est un état d’illumination. Cela revient à déposer ses charges, ses fardeaux, son passé et toutes les identifications qui s’y sont greffées. Il s’agit des fardeaux d’ordre mental. Ils peuvent bien entendu avoir des répercussions sur le physique. Cette conscience temporelle dont nous disposons peut se retourner contre notre plénitude. Elle installe une charge émotionnelle, majoritairement inconsciente. Pour entrer dans cette acceptation libératrice il est indispensable d’établir la liste de ces fardeaux, de les identifier et de prendre conscience qu’ils ne sont pas ce que nous sommes. Ils sont l’image que nous avons donnée de la vie mais ils ne sont pas la vie. Les pensées commentent la vie et si nous n’y prêtons pas attention, nous finissons par considérer que ce commentaire est la vie elle-même. La vie n’est rien d’autre que l’énergie qui vibre en chacun de nous. Elle ne doit pas être salie, alourdie, morcelée par cette vision temporelle à laquelle nous nous attachons. Les pensées que nous avons établies comme l’étendard de notre puissance est un mal qui nous ronge. L’égo y prend forme et se détache dès lors de la conscience de la vie. L’individu se couvre d’oripeaux comme autant de titres suprêmes. Ça n’est que souffrance et dans la reconnaissance que nous y puisons nous créons des murailles carcérales. L’illumination consiste à briser ce carcan. L’individu n’en a pas toujours la force, il manque de lucidité, d’observation, il est perdu dans le florilège d’imbrications sociales, familiales, amoureuses, professionnelles. Il se fie à son mental nourri inlassablement par les hordes de pensées. Survient alors, parfois, le drame. L’évènement qui fait voler en éclat les certitudes, les attachements, les conditionnements. La douleur physique se lie à la souffrance morale. Les repères sont abolis, les références sont bannies. L’individu sombre dans une détresse sans fond, il en appelle à l’aide, il cherche des solutions extérieures, condamne, maudit, répudie, nie, rejette, conspue, insulte le sort qui s’acharne sur lui alors qu’il est lui-même le bourreau, le virus, le mal incarné. Il a construit consciencieusement les murs de sa geôle et jure qu’il n’est pour rien. Dieu, lui-même, peut devenir l’ennemi juré alors qu’il avait jusque là été totalement ignoré. Tout est bon pour nourrir la révolte.

S’installe alors peu à peu l’épuisement. Le dégoût de tout devant tant de douleur. Ça n’est qu’une autre forme de pensée, une autre déviance, une résistance derrière laquelle se cache l’attente d’une délivrance, un espoir qui se tait, qui n’ose pas se dire. Une superstition qu’il ne faut pas dévoiler. La colère puis le dégoût, des alternances hallucinantes, des pensées qui s’entrechoquent, des rémissions suivies d’effondrements, rien ne change, aucune évolution spirituelle, juste le délabrement continu des citadelles. Cette impression désespérante, destructrice de tout perdre, de voir s’étendre jour après jour l’étendue des ruines.

Il ne reste que l’illumination. Elle est la seule issue. Car lorsqu’il ne reste rien de l’individu conditionné, lorsque tout a été ravagé jusqu’aux fondations, lorsque le mental n’est plus qu’un mourant qui implore la sentence, lorsque le corps n’a plus aucune résistance, qu’il goûte avec délectation quelques secondes d’absence, cette petite mort pendant laquelle les terminaisons nerveuses s’éteignent, comme par magie, comme si le cerveau lui-même n’en pouvait plus, c’est là que les pensées ne sont plus rien, que le silence intérieur dévoile des horizons ignorés.

Révélation. Illumination.

Je ne suis pas ma douleur, je ne suis rien de ce que je veux sauver. Je ne suis rien de ce que j’ai été.

Je suis la vie en moi. Je suis l’énergie, la beauté de l’ineffable.

Pierre : J’ai l’impression d’avoir déjà entrevu ce type de descente aux enfers …
Ce qui m’a permis de, finalement, surnager, est ce socle de valeurs éternelles, indissociables, tout en haut, du divin. Pour moi ce « rapport conscient au divin » a une grande importance dans une pratique quotidienne de valeurs humaines. Mais cette illumination, je l’ai ressentie plus comme un présent que comme le résultat d’un effort de ma part. Je me suis tournée dans la bonne direction certainement, sincèrement probablement, mais c’est tout. La suite, je l’ai reçue comme un cadeau. Même si je reste persuadée que ce petit effort, il fallait tout de même le faire.

Thierry : Pour ma part, le « choc », je l’ai reçue sans en être l’instigateur. C’est à une médium magnétiseuse que je dois une guérison, jugée comme « miraculeuse » par le corps médical. Trois nouvelles hernies discales (deux déjà opérées), paralysie totale de la jambe gauche, une opération envisagée mais qui comportait comme probabilité le fauteuil roulant. Je l’ai refusée. J’ai eu la « chance » alors de croiser la route d’Hélène. Une séance de quatre heures, un « au-delà » dont j’ignorais l’existence, la rupture totale de toute résistance. Trois mois après je reprenais le ski et la haute montagne. Une incompréhension absolue et puis un long cheminement intérieur qui m’a mené vers cette absorption complète de la Vie, non pas d’un point de vue intellectuel mais dans un domaine spirituel, c’est à dire à mon sens, une compréhension qui va bien au-delà du mental. Le « rapport conscient au Divin » que vous évoquez.

Pierre : Expérience intéressante qui me fait réfléchir un peu plus à cette idée de causalité, qui me travaille … Quand il s’agit de guérison inexpliquée, ou de guérison explicable d’ailleurs, quels sont les chemins causaux qui ont été empruntés et, si on remonte ces causes, de cause en cause, dans quelle mesure l’impact d’une « cause des causes » s’est révélé déterminant de manière directe ?

Thierry : Oui, c’est un exercice que je trouve passionnant, remonter la trame de la causalité ! Dans un but de compréhension, de ce qui nous entoure, comme de nous-mêmes.
Dans un but d’accomplissement, en mettant en œuvre les causes appropriées pour les effets recherchés.

Pierre : Par rapport à une cause des causes et à son impact plus ou moins direct dans notre vie de tous les jours : je ne pense pas que Dieu, ou une Source, le divin, ou autre appellation de cette entité qui serait une Cause Première, agisse directement dans la chute d’un objet qu’on lâche et qui tombe et se brise… En revanche nous sommes dans le réseau de cette trame causale qui fonctionne très bien, avec ses lois, et tous les jours nous l’expérimentons dans tous les domaines de notre vie … Cette trame causale pourrait être en elle-même le fruit de cette cause initiale, qui la permet, la pense, la perpétue et la maintient en place. Histoire de causalités primaire et secondaire, ou de Cause Première et de causes secondaires …

Thierry : Pour ma part, j’ai écrit, écrit, écrit pendant des mois afin d’essayer d’éclairer ce cheminement et de remonter à « la » cause initiale. Le problème, ou la nécessité, c’est qu’il a fallu que je sépare ce que mon mental apportait comme réponse (et qui en soi n’en est pas une) et essayer d’envisager ou d’identifier ce que mon âme avait choisi comme chemin. Prajnanpad disait que le mental créait une multitude de problèmes et s’efforçait ensuite de les résoudre. Juste un fonctionnement qui lui donne un rôle adoré, même s’il s’agit d’une accumulation de tourments jusqu’à la destruction. Il s’agit pour lui de rester le Maître. Mais il est l’ouvrier et pas l’architecte. Et il est très rapidement dépassé par les actes anarchiques qu’il occasionne. Il faut le faire taire tout en usant de sa maîtrise dans le domaine du langage. Il faut se « dé-penser ». C’est là que l’activité physique dans l’effort long est un épurateur formidable. Ça n’est pas la performance qui importe mais l’ouverture spirituelle que l’effort long procure.

La vie, prioritairement, ne se commente pas, elle s’éprouve.

Et c’est dans cette mise au silence du mental que la lucidité s’éveille.
La connaissance de soi consiste à se libérer du connu, comme le disait Krishnamurti. Le mental est cet espace connu dans lequel nous errons. Je vois dans l’expression de Krishnamurti la nécessité d’affronter « une pulsion de mort » qui consiste à survivre dans les conditionnements auxquels nous nous sommes identifiés. Celui-là est « mort » qui n’existe que dans l’hébétude et la futilité. « La pulsion de vie » impose au contraire de s’extraire de cette routine érigée en réussite parce qu’elle annihile en les analysant les inquiétudes et les tourments. Bien entendu, on ne voit souvent l’étreinte consciente des traumatismes que comme une auto flagellation, un goût pervers pour la souffrance, une exacerbation narcissique de l’égo qui se complait dans le malheur ressassé. S’il ne s’agit effectivement que d’une exploitation malsaine du statut de victime afin d’amener vers soi la compassion, la plainte et l’identification à ce rôle adoré, il n’y a dans cette dérive qu’un enfoncement néfaste dans le bourbier des douleurs irrésolues. La pulsion de vie n’est pas cela. Elle demande à explorer l’inconnu en nous, cet inconnu qui nous terrorise et que nous ne voulons pas affronter parce qu’il porte tous les stigmates des coups reçus, les souffrances enkystées, les malheurs fossilisés. En nous accrochant désespérément à nos habitudes, à nos croyances, à nos chimères, nos sempiternelles répétitions, en vissant nos yeux aux veilleuses qui repoussent les noirceurs, nous restons figés dans la pulsion de mort. Rien n’est possible et nous irons ainsi jusqu’à la mort réelle. Hallucinés de certitudes et de mensonges maintenus. Bien sûr que l’existence nous aura paru aussi douce que possible, tant que nous serons parvenus à résister aux assauts de l’inconscient. Encore faudra-t-il que notre enveloppe corporelle parvienne à échapper aux somatisations de toutes sortes…Ça n’est pas gagné…Cette pulsion de mort n’est par conséquent qu’une errance enluminée. Il n’y a aucun éveil mais un cinéma hollywoodien. C’est le mental le metteur en scène. Mais il a une vision étriquée de la pièce.

C’est le chaos des étoiles qui créé la splendeur de l’Univers. La pulsion de vie qui détruit les dogmes personnifiés nous pousse vers le chaos en nous-mêmes. C’est un chemin de clarté et une épreuve. Il ne s’agit pas de dolorisme mais une quête de lucidité. Rien n’empêchera d’admirer le cosmos dans les nuits calmes. Refuser la pulsion de mort, celle qui maintient l’individu dans le carcan de ses traumatismes, par peur, par déni, par accoutumance, c’est refuser de se nourrir de l’élan vital qui veut que la vie soit une évolution verticale et non l’extension horizontale de l’individu. De toute façon, il suffit de regarder autour de nous, nos proches, quelques connaissances, pour réaliser que si ce travail n’est pas entamé, consciemment, maintenu, préservé, encouragé, les dégâts collatéraux finissent la plupart du temps par jaillir comme si l’âme étouffée gangrenait l’enveloppe qui la porte. Je l’ai vécu. J’en suis sorti. La médecine ne l’explique pas. Nous sommes très nombreux dans ce cas. Bien plus que ce que la pudeur ou la peur de la moquerie laissent filtrer… La connaissance de soi peut se présenter comme une tentative de l’individu à ramener l’inconscient à la conscience ou à ouvrir le conscient à l’inconscient. De nombreuses pratiques sont envisageables. L’écriture m’a servi de support. La haute montagne est un écrin.
Ça n’était donc plus « LA » cause qui m’importait mais l’intention qui s’y trouve.
Lorsque j’ai faim, je sais que la cause de cette sensation est la dissolution aboutie des éléments nutritifs dans mon organisme. Il faut donc que j’apporte de nouveaux éléments.

Mais c’est l’intention qui importe. Continuer à fonctionner organiquement.

Dans le domaine spirituel, les tourments du mental ont une cause. Mais l’essentiel du travail associé à la résolution de cette énigme n’est pas d’identifier simplement ces causes mais de comprendre l’intention de l’âme derrière tout ce fatras. Où doit-elle aller ? Quel est son chemin de vie ? Et ça n’est pas le mental qui peut répondre à cette interrogation. Il n’est pas l’architecte.

Pierre : Concernant l’idée de la causalité, pour moi la recherche d’une cause n’est effectivement pas un but en soi. Elle doit s’intégrer de manière naturelle dans une démarche de médecine de l’âme. L’analogie avec la médecine du corps fonctionne très bien. On ne fait pas des découvertes sur les causes des maladies, juste pour les découvrir, l’idée est de comprendre pour mieux cerner les conditions d’une bonne santé comme celles de l’émergence de telles maladies, et dans ce dernier cas pour les traiter. Je vous rejoins assez quand vous dites : « Mais l’essentiel du travail associé à la résolution de cette énigme n’est pas d’identifier simplement ces causes mais de comprendre l’intention de l’âme derrière tout ce fatras » : l’identification d’une cause n’a pas de valeur en soi si c’est juste pour cocher une case et l’archiver. Il faut que ce soit suivi d’une décision qui traite justement la cause. Ou qui utilise cette compréhension d’une relation cause-effet pour un autre traitement. Je pense en revanche que l’identification d’une cause ne se fait pas « comme ça » mais qu’elle est le fruit d’un travail de connaissance sur soi acharné. D’une démarche de recherche et d’identification des dysfonctionnements voire des maladies de notre âme.
« Où doit-elle aller ? Quel est son chemin de vie ? Et ça n’est pas le mental qui peut répondre à cette interrogation. Il n’est pas l’architecte. » : Je vous rejoins, toute cette démarche reste indissociable d’une idée précise de la finalité de notre création.

 

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