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Goutte d'eau (2)

Par Le 23/09/2013

                                  

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Partie 2

Je flottais désormais à la surface d’une houle longue et soutenue.

Je ne pouvais détacher mes regards de ce plafond céleste. La chaleur du soleil était délicieuse et les froids abyssaux me semblaient d’autant plus redoutables.

J’ai longtemps navigué sur des crêtes ourlées de dentelles, j’ai lancé mes regards au plus loin, du haut des citadelles liquides, j’ai plongé en riant sur des toboggans réjouissants, je découvrais le jeu des mers dansantes, les arabesques des eaux agitées, j’ai côtoyé des gouttes anciennes, de celles qui avaient déjà réalisé le Grand Voyage, j’ai lu dans leurs prunelles cristallines des paysages mirifiques, des horizons insoupçonnables, j’aurais aimé les supplier de tout me dire, de me raconter les enseignements préservés mais j’avais appris la patience et je ne pouvais renier ce qui m’avait fondé, je ne pouvais souiller la confiance des Grands Sages. Alors, j’ai laissé la vie me vivre et je n’ai plus rien attendu.

C’est au zénith du soleil que j’ai senti les premiers frémissements. La chaleur pétillait en moi et j’avais l’impression d’être remplie de bulles, comme agitée par une énergie inconnue. Un trouble en moi car je ne savais rien des temps à venir. Devais-je résister aux phénomènes entamés, devais-je m’accrocher à la masse, plonger peut-être dans des profondeurs protectrices, rejoindre mes compagnes des ombres, devais-je accepter l’inconnu et ne pas refuser l’impensable ? Je ne savais rien et mon imagination prenait le pouvoir.

J’ai vu alors dans les regards de mes congénères des bénédictions salutaires et cette empathie m’a rassurée et convaincue. Je n’étais en danger qu’à l’ombre de mes enceintes, je n’étais perdue qu’au centre de mes inquiétudes. Comme une geôle fabriquée que je devais rompre. 

Je me suis abandonné, j’ai lâché toutes les résistances, j’ai cessé d’avoir peur.

 

L’agitation de mes atomes a pris une tournure indescriptible.

Le corps de l’Océan semblait lui-même se contracter et je devinais autour de moi des poches liquides qui se rompaient, des myriades de particules microscopiques qui s’arrachaient à la masse et s’élançaient dans le vide, j’ai tenté de les suivre du regard mais la multitude m’étourdissait, la vitesse d’ascension m’affolait, à peine séparée de l’immensité, elles disparaissaient dans les limbes. Une aspiration verticale qui relança en moi le goût amer de la peur. Je dus me reprendre pour ne pas manquer l’envol, je dus penser aux Grands Sages et à la confiance qu’ils m’accordaient.

Évaporation. Le mot m’est revenu. Je l’avais entendu dans les nasses sombres et je n’avais pas compris. Comment concevoir qu’on puisse s’évaporer quand on souffre d’être écrasée ? Je n’avais pu fabriquer aucune image.

Je me suis sentie aspirée et ce fut comme une déchirure. Perdre le contact avec le corps océanique était inconcevable, une hérésie, une folie qui pouvait me tuer. Une peur brutale, comme un dessèchement insupportable.

Je me suis forcée à penser aux Grands Sages. Ils ne pouvaient m’avoir jeté dans un piège fatal, je devais maintenir ma confiance.

Je me suis calmée jusqu’à laisser la fascination m’emporter.

J’avais passé cent mille ans dans les abysses et maintenant, je volais.

Pour quelles raisons aurais-je laissé ma peur gâcher l’expérience ? Était-elle justifiée ? Avais-je besoin d’être sauvée ?

Rien de tout ça.

 

 

Compréhension.

Libération.

Il n’y a pas pires entraves que l’amour qu’on porte aux prisons intérieures.    

J’entendis parler autour de moi de cette évaporation et les plus anciennes parmi nous se réjouissaient d’aborder un nouveau cycle.

Je vis s’éloigner à une vitesse vertigineuse le grand corps de ma mère, je pris la mesure de son immensité et je ressentis un amour infini pour elle.

Je vis les mouvements de sa masse s’étendre jusqu’à la courbure de la Terre, ses balancements apaisants qui m’avaient câlinée depuis si longtemps déjà, même dans les pires noirceurs et c’est comme si en moi, je portais tout cela, comme si en moi vivait pour toujours cet amour ineffable. Jaillit même l’idée que j’étais moi-même une mer mais je ne compris pas cette pensée et je l’abandonnais. 

Les cieux nous aimantaient.

Nous plongions vers le haut dans une sarabande indescriptible, une cohue joyeuse, une cacophonie de bulles enchantées.

Je perçus peu à peu un changement de températures et j’en fus à regretter ce plaisir de la moiteur initiale. Sans comprendre le phénomène, je vis se souder à moi des contingents de gouttes, toutes aussi surprises de la tournure des évènements. J’aperçus heureusement, encore une fois, quelques anciennes âmes et ces airs impassibles qui les caractérisaient.

« Condensation, » m’annonça l’une d’entre elles. Sans doute mon air interloqué. Elle avait senti que j’avais besoin de données claires.

Je compris alors la structure de ces grands navires gris et blancs qui tapissaient les cieux.  

Toutes unies, nous devenions les fondements mêmes de ces grands vaisseaux de pluie.

C’est un Grand Sage qui me rappela le nom, il s’offrait un cent millième voyages.

« La pluie est une expérience éblouissante, imagine une mer fragmentée qui se déverse. Mais il nous faut d’abord rejoindre les terres émergées. »

 

Des souffles d’altitude, comme des courants océaniques, nous ont poussés vers les rivages. Je ne saurais raconter ce que j’ai vu, il me faudrait des milliers d’années. Les plages blondes bordées de forêts comme autant de sentinelles, des fûts serrés qui tenaient position contre les assauts venus du large, des plaines aux mosaïques de couleurs, des prés, des champs de blé, des terres labourées et des fleuves qui serpentaient comme des serpents de mers, des villes immenses aux cieux enfumés, des grisailles bruyantes qui souillaient jusqu’aux nuages, j’ai vu tant de choses, entendu tant de bruits, humé tant de parfums, des plus hostiles aux plus suaves, j’ai deviné tant de vie que mon imagination me paraissait ridicule.

« Aucune conscience sur cette Terre ne peut englober en une vie tout ce qui existe. Il faut être un Dieu pour y parvenir. »

Un Grand Sage.

C’est cette intervention qui me fit réaliser que les Grands Sages lisaient dans les pensées. Ou que mes pensées m’échappaient et tombaient en eux.

 

 

Les houles du vent prirent une ampleur surprenante et je sentis rapidement les températures baisser fortement. Nous montions, c’était évident, poussés par des airs entêtés, décidés à nous lancer sur les flancs des montagnes.

Les montagnes.

Je les vis se dresser telles des murailles, des pentes aussi imposantes que des fosses abyssales mais les palettes de couleurs qui les habillaient criaient de vie, des chants puissants dont les mélodies se répandaient dans les couloirs rocheux, les forêts impassibles, les gorges sombres et les coteaux ensoleillés, les alpages ruisselants d’herbes grasses et les pierriers immobiles. Montaient de ces lieux éblouissants des symphonies millénaires, des invitations à se perdre dans les méandres géologiques pour trouver en soi les enseignements essentiels. Je me mis à rêver de précipitations, l’ouverture soudaine des cales de notre vaisseau, le déversement de toute l’eau accumulée mais nous continuions à monter.

C’est là que je sentis germer en moi des cristaux solides et je ne compris pas dans les premiers instants. Comme un fluide qui courait au plus profond et gelait mes atomes, un poison qui me solidifiait sans que je ne puisse rien faire.

L’inconnu, l’impensable. La peur qui jaillit.

Je me souvins alors de mes expériences récentes et je parvins à me ressaisir. J’étais responsable de ma peur, elle n’était pas tombée en moi par hasard, j’étais la proie et le prédateur et il ne servait à rien que j’entretienne le conflit. C’est là que j’ai appris à rester calme et attentif, à ne pas succomber à des phénomènes intérieurs et à en accuser les évènements.

J’ai aperçu dans le chaos des particules le sourire confiant d’un Grand Sage. Il m’observait.

J’ai compris alors que nous étions veillés, que nous n’étions jamais abandonné mais qu’il ne fallait rien attendre, rien espérer. Les Grands sages n’intervenaient qu’à bon escient, ils ne dirigeaient pas, ils n’influençaient pas, ils n’imposaient rien. Ils nous accompagnaient et nous observaient avec bienveillance. Peut-être suffisait-il de le savoir pour se sentir aimanté par la lumière, peut-être suffisait-il d’avoir conscience de leur immense lucidité pour en recevoir une part, comme si nous pouvions à notre tour plonger dans la source des éveils.

Mes pensées m’avaient détaché de mon état physique.

J’étais flocon, j’étais de glace, je sentais mes atomes dessiner des dendrites et des cristaux, des géométries parfaites et uniques, des symétries inimitables, des singularités qui me plongeaient dans une béatitude inconnue. J’étais unique et constituée simultanément d’un assemblage partagé par un peuple innombrable. Je me demandais aussitôt s’il en était de même pour toutes les formes vivantes. Toutes uniques et toutes constituées par une énergie vitale commune.

Mes compagnes de voyage étaient toutes habillées de neige et nous voletions follement au cœur de la masse. Des convois de nuages en épaisseurs redoutables s’accrochèrent aux sommets les plus hauts et ce fut le début du déluge. De chaque déchirure s’échappèrent des avalanches silencieuses, des myriades d’étoiles cristallisées. Je me laissais tomber avec une curiosité insatiable. Le ciel n’avait peut-être jamais connu une telle abondance. Des vents joueurs nous soulevaient avant de nous abandonner et nous dansions dans une joyeuse sarabande une chorégraphie moelleuse. Je sais que dans des temps anciens, j’aurais souffert de cet abandon absolu, de cette dépendance totale, je ne dirigeais rien, j’ignorais tout de ce qui allait advenir. Dans les grands fonds, il n’y avait aucune surprise et cette monotonie finissait par être rassurante. C’est cela d’ailleurs que certaines de mes congénères refusaient d’abandonner. Rester dans le connu et se croire à l’abri des mésaventures. Je n’y voyais que rouille et dégénérescence. J’ai longtemps attendu, j’ai longtemps lutté, sans jamais me plaindre, pour faire valoir mon désir de lumière et d’exploration.

J’étais comblée désormais.

Nous nous sommes toutes posées, dans un silence d’abysses.

Je réalisai que la branche d’un arbre m’avait servi de zone d’atterrissage. J’ai vu des fûts à perte de clarté, une forêt dense qui se couvrait sans dire mot d’un tapis givré.

Et la nuit est tombée.

J’étais épuisée, j’ai dormi comme un fossile. Immobile dans ma gangue de glace fragile.

J’ai rêvé des grands fonds et de toutes ces gouttes diluées dans la masse, satisfaites et repues, comblées de suffisance et heureuses d’être informes. J’ai pleuré pour ce gâchis des vies perdues.

 

Goutte d'eau (1)

Par Le 22/09/2013

L'idée de ce texte m'est venue en classe. Nous avons travaillé sur le cycle de l'eau en sciences et pour clore ce dossier, j'ai demandé aux enfants de raconter ce voyage d'une goutte d'eau, à la première personne du singulier, dans un ordre chronologique et avec obligation d'utiliser des mots précis : évaporation, condensation, précipitations, infiltrations et ruissellements, source, ruisseau, rivière, fleuve et mer.

Un mélange de données scientifiques avec un travail littéraire.

Et puis, je me suis dit qu'il y avait là un exercice qui me plaisait.

Alors voilà..

                 


  

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                                                         Goutte d'eau

Partie 1

 

J’étais une goutte d’eau vivant dans les grands fonds. J’avais fait dix mille fois le tour de tous les océans. J’avais frôlé les baleines et les calmars géants, j’avais erré longuement dans les chevelures des laminaires, j’avais vu des milliers de poissons, je m’étais mirée dans leurs pupilles, percevant quelques reflets de ma transparence au gré de rares phosphorescences. J’avais entendu parler de la lumière, celle de la surface, celle qui était réservée aux Grands Sages. J’avais même entendu dire que des êtres à deux jambes possédaient un pouvoir redoutable et que les eaux de surface étaient de plus en plus souillées mais que la lumière des cieux restait malgré tout un paradis flamboyant, que le voyage de l’eau pouvait prendre la forme d’un cycle merveilleux, un éblouissement de chaque instant. J’ai rêvé longuement, au gré des courants les plus lents, au gré des obscurités les plus effroyables, j’ai rêvé pendant des siècles à cette accession au monde de là-haut.

Me parvenaient parfois des échos de la surface, des paroles qui descendaient jusqu’aux profondeurs insondables par d’interminables commérages. Je ne parvenais pas à savoir si les distances parcourues et le nombre incalculable de congénères concernés falsifiaient le message originel. Tout ce que j’entendais paraissait si irréel. Un soleil, des cieux infinis, des couleurs, des montagnes, et des fleuves, des forêts tropicales, la pluie, la neige, le vent et les nuages, j’ai même entendu parler d’un Dieu tant l’éblouissement permanent semblait contenir une intelligence infinie.

J’avais beaucoup de mal à avoir une vision claire de ce monde, comme si les noirceurs, dans lesquelles je vivais, étouffaient mon imaginaire, limitaient les extensions possibles, enfermaient mon potentiel. Je sentais mon âme enserrée. Oui, je sais, il peut paraître étrange que je parle d’une âme insérée et pourtant…Cette énergie qui assemble mes atomes, cette information reçue, elle a une origine, elle a une intention, le hasard n’a rien à y voir et d’ailleurs, s’en remettre au hasard pour expliquer l’impensable, c’est se condamner à ne rien voir, à ne rien comprendre, à s’interdire même de chercher.

J’ai passé ma vie à essayer de comprendre, je n’ai jamais cessé de penser et dans le noir le plus opaque, la seule lumière disponible ne peut s’éveiller qu’à l’intérieur. Je me suis même surprise à bénir parfois les ténèbres. Elles étaient à la source de mes désirs.

J’ai aussi souvent pleuré, ajoutant au corps océanique une infime parcelle. Mais je n’ai jamais renié mon rôle. J’appartenais à la masse des grands fonds. Il y avait nécessairement un projet qui m’était attribué, une intention que je devais découvrir. Il ne pouvait s’agit d’un hasard, ni d’une condamnation, je n’avais rien commis pour mériter pareille sanction.

Il y avait nécessairement une issue, une voie d’ascension, un cheminement à trouver, une volonté à ériger, une détermination à préserver.

Je n’ai jamais abandonné.

 

Et puis les Grands Sages m’ont convoquée. Le Conseil avait lieu dans une fosse immense, un abysse que les plus jeunes d’entre nous habitaient. Il en était ainsi dans le monde de l’eau. Pour s’élever, il fallait accepter les millénaires d’errance dans les noirceurs, il fallait éprouver au cœur de nos atomes l’humilité la plus grande, la patience et l’acceptation.

J’avais tout accepté, jusqu’aux mers polaires dans lesquelles je m’étais retrouvée figée pendant des saisons interminables, j’avais accepté l’immobilité la plus désespérante, suspendue indéfiniment dans des mers si profondes qu’elles en paraissaient fossilisées, cette pression exercée par mes compagnes au-dessus de moi, je l’avais acceptée, sans aucune rébellion.

Les Grands Sages.

Ils avaient le pouvoir de redescendre se mêler au peuple d’en bas. Et de remonter vers la surface tout aussi facilement. Cette liberté extraordinaire, je l’avais perçue parfois comme une injustice. Et je savais aussitôt, au plus profond de moi comme au plus profond des abysses que cette jalousie n’était pas justifiée. Eux aussi avaient connu les errances millénaires. Ce pouvoir qu’ils possédaient désormais, ils l’avaient acquis. Ils n’avaient rien volé.

J’étais convoquée.

Je me suis présentée, craintive et enthousiaste, euphorique et apeurée. Qu’allais-je donc apprendre ? Je refusais de m’abandonner à des espoirs infantiles. Je n’en étais plus là.

Les Grands Sages m’ont parlé. Ils m’ont expliqué. Je les ai écoutés sans jamais les interrompre, fascinée par l’incroyable luminosité qui émanait de leurs molécules, similaires à ces lampes phosphorescentes que portent les cyclothones des abysses.

Ils aimaient mon respect de la patience, ils aimaient mon abnégation à tenir mon rôle de goutte d’eau, ils aimaient également en moi ce désir de lumière. J’ai été surprise et ils m’ont expliqué que beaucoup de gouttes d’eau après des millénaires dans les noirceurs délaissent à tout jamais le désir de lumière, que l’abandon les comble et qu’elles se satisfont de leurs conditions soumises. Jusqu’à parvenir à s’en réjouir.

Il était de coutume que les Grands Sages les observent au-delà de cent mille ans avant de décider de la suite. Mon temps d’observation était clos. Je n’avais jamais abandonné mes rêves d’ascension.

Je ne comprenais pas comment d’autres pouvaient le faire. J’aurais préféré mourir dans les déserts dont j’avais entendu parler, des étendues plus sèches qu’un os de seiche.

C’est ce désir de lumière en moi qui avait donc convaincu les Grands Sages de m’accorder le voyage. Je devenais une Élue.  

Ils m’ont prévenue que le choc serait à la mesure des étendues océaniques. En cent mille ans, n’étant jamais repassée deux fois au même endroit, ayant absorbé dans ma mémoire d’eau des immensités si vastes qu’une mémoire de baleine n’en pourrait contenir, j’avais été tourmentée quelques instants par cette découverte à venir.

Tout ce que j’avais entendu était-il vrai, insignifiant encore ou totalement exagéré ?  

L’ascension a débuté. J’avais été invitée à suivre l’assemblée. Une remontée verticale absolument stupéfiante. J’ai rapidement senti l’allègement de la pression, j’ai eu l’impression de grandir, comme si durant tout ce temps, j’avais été comprimée par l’océan. Une masse sourde, muette, indifférente. C’est ce que j’avais longtemps cru. Il n’en était rien. Je devinais sur mon passage des regards réjouis, des saluts amicaux, comme si mon ascension venait offrir à mes compagnes une fenêtre vers le haut, comme si mon élévation venait insuffler en elles le goût de la lumière. Je comprenais au fil de ma remontée qu’il faut s’élever soi-même pour nourrir en l’autre les désirs d’éveil. J’espérais que le sillage qui se dessinait servirait de balisage.

« Tu n’as pas à espérer pour les autres, avait dit une voix monocorde en moi. Ce que les autres décideront ne t’appartient pas. Enseigne-toi et laisse aux autres le choix de s’enseigner eux-mêmes. »

Un Grand Sage.

 

J’avais écouté et retenu. N’avoir aucun autre espoir qui ne soit à moi, n’établir aucune projection vers mes congénères mais que je sois seulement la preuve vivante que tout restait possible.   

À vingt mètres de la surface.

C’est lorsque j’ai aperçu la première coulée de lumière que j’ai cru défaillir. Comme si une nageoire de squale m’avait coupé en deux. J’en ai eu les larmes au cœur. Je n’avais jamais connu un tel éblouissement, un tel chaos émotionnel, l’impression de vivre ma propre naissance, la certitude soudaine que le monde allait se découvrir, que la pleine lumière allait enfin m’être donnée, que j’allais quitter définitivement l’antre sombre et froid du placenta des grands fonds.

Cent mille ans de patience sur le point d’éclore.

J’allais naître à la lumière.

Tout s’est accéléré.

J’ai vu s’étendre autour de moi l’azur bleuté et les scintillements de rayons fragmentés, des traits de soleil plongeant leurs lames, j’ai vu enfin tout ce que les échos lointains des particules élues laissaient couler jusqu’au peuple des grands fonds.

J’ai percé la surface avec une énergie folle, au point que je suis restée suspendue en l’air avant de retomber dans les flots.

Le ciel, j’ai vu le ciel ! Un océan immobile, auréolé d’écume et les nuages, des vaisseaux sculptés qui tendaient leurs voiles grisées.

Je ne sais pas d’où sont venus tous les mots. Il a suffi que la lumière m’environne pour que jaillisse en moi une mémoire euphorique. Comme si tous les savoirs de ce monde cascadaient en moi, comme si ma patience infinie et mes désirs d’altitude rendaient possibles les compréhensions les plus inespérées. Cent mille ans de paroles saisies au cœur des masses sombres, juste des bribes décousues, et pourtant, cet effort constant de ne rien perdre, de fixer dans ma mémoire, les images créées. La lumière avait déclenché le rappel immédiat de tous les savoirs. Les mots sont remontés des abysses intérieurs plus rapidement qu’un espadon en chasse. J’ai réalisé alors tout ce que je portais, tout ce que j’avais emmagasiné, je me suis souvenu que parfois je jugeais ce travail inutile, je pensais qu’il n’aboutirait à rien. Je bénis aujourd’hui ma persévérance. Cent mille ans de mots retenus.

J’ai vu le soleil. Mais je n’ai pas pu soutenir son regard. Il m’a transpercée. Je m’en suis voulue d’avoir été aussi impatiente. Le soleil ! Et pourquoi pas l’Univers aussi ?  Incroyable comme la prétention pouvait surgir sans prévenir. À peine émergée que je cherchais à englober la source de tout. Je craignis un instant que les Grands Sages ne reviennent sur leur décision.

« Rien de tout cela, entendis-je en moi. Tu apprendras que la compréhension est un long cheminement. Le savoir est une accumulation de connaissances mais la compréhension est la capacité à s’observer pendant l’apprentissage de ces savoirs. Tu viens de goûter à la compréhension. Maintenant, laisse vivre la vie en toi et saisis tout ce qu’elle te donne. »

Je n’eus pas le temps de remercier. Ils avaient disparu.


 

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Par Le 22/09/2013

 GENIAL !!!!

Texte, musiques, juxtapositions des deux univers.

IPAGINATION EST UNE MINE D'OR DE TALENTS;


"Du Frog&Roll au Rock&Roll, la véritable histoire'

Par Firenz', Le 20/09/2013 à 17:59
http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/du-frog-roll-au-rock-roll-la-veritable-histoire-par-firenz

Au XVIIIè siècle, Jean-Baptiste Grenouille dépeçait les jeunes filles

pour créer ‘Le Parfum’.

 

Au XXè siècle, Jean-Baptiste Parfum dépeçait les grenouilles

pour étoiler son restaurant.

Il relança ainsi la consommation des cuisses de batraciens.

 

Le quotidien des Rainettes et autres amphibiens s’en trouva très affecté,

plus aucun endroit sûr pour se cacher.

 

La vie de rêve, c’était ‘avant’.

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=j8DiihvmyWI

Love is all, Roger Glover

 

Avant que cela ne tourne au cauchemar.

Il fallut envisager le départ, vers des cieux plus cléments.

Vers d’autres mares …

 

Partir, oui, mais où ?

 

La perfide Albion pouvait être une alliée.

Là-bas, nul n’aurait songé à déguster ce genre de victuailles …

Angleterre, terre d’accueil idéale.

 

De coassement en coassement « à l’aide »,

l’écho s’échoua sur les côtes d’outre-manche.

Il ne tarda pas à trouver une réponse, ça n’était pas le 18 juin,

mais, partout au pays du Général de Gaulle,

on entendit l’appel qui rugissait au loin,

‘L’appel de Londres’.

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=lotkzHsIuoA

Londong Calling, The Clash

 

Londres ? Oui, avec plaisir, mais comment faire ?

Quelques crapauds hardis avaient déjà tenté,

sur radeaux nénuphars,

l’immense traversée.

Nénuphars renversés par le vent du large,

ou bien grillés par le sel marin, crapauds itou.

Des héros, certes, mais des héros morts prématurément.

 

Comment faire pour traverser la Manche ?

 

Une idée folle, petit à petit, pénétra les esprits.

Trop dangereux par voie de mer, il fallait creuser un tunnel.

Quelques crapauds buffles furent enrôlés de force,

forces de la nature pour faire la sale besogne.

 

Le chantier démarra sous la direction d’un batracientifique.

Une armée de grenouilles fut chargée de ramener

nombre de pierres qui roulent.

Crapauds buffles harnachés s’allèrent sans conviction,

faire avancer ces pierres, de rebonds en rebonds.

 

La tâche était pénible, les privations nombreuses.

Bientôt les crapauds buffles revendiquèrent un peu.

« Jamais nous n’obtenons aucune satisfaction »,

était leur leitmotiv.

Sentiments partagés par toutes les pierres qui roulent …

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=3a7cHPy04s8

Satisfaction, The Rolling Stones

 

Après nombre de mois, et bien plus de têtards,

on crut sentir, enfin, les beans et l’apple pie.

Emportées  par la foule, 

les premières grenouilles se trouvèrent éjectées

sur le rivage anglais.

Aveuglées de lumière, les pattes engourdies,

elles allèrent s’écraser, sur les rochers,

avant de rouler sur les galets.

 

C’est ainsi qu’on put lire dans la Gazette des Rainettes,

à la une de l’édition du soir :

« French Frogs Rock and Roll on the beach »

 

La population Britishbatracienne s’émeut de l’événement.

Alors se multiplièrent les concerts de charité,

auxquels, bien entendu, les grenouilles émigrées étaient conviées.

Coassements électriques, percussions métalliques …

ne tardèrent pas à irriter le genre humain,

dont l’humour tant souligné trouvait là ses limites.

 

Il ne fut guère de temps, avant que les critiques

ne qualifièrent ce nouveau genre de musique de ‘Frog&Roll’,

puis de ‘Rock&Roll’.

 

Ipagination 3

Par Le 22/09/2013


Encore un texte de grande qualité. Effroyable sur le fond. Remarquable dans la forme.


Un train à prendre


http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/un-train-a-prendre-par-darklulu

Par darklulu, Le 20/09/2013 à 22:13

Pour la première fois, la sonnerie du réveil le sortit de son sommeil sans qu’il éprouve l’angoisse habituelle, ce sentiment oppressant qui l’envahissait sitôt sa conscience sortie du néant nocturne.

L’angoisse, le stress et toute la cohorte de peurs et de crainte qui allaient avec étaient derrière lui désormais. Il ne pouvait plus, et surtout ne voulait plus, les ressentir. Quand il mettait sa vie en abyme, au pied de ses terreurs, il ne voyait que des îlots de lumière surnageant difficilement dans un immense océan de gâchis.

Presque sans effort, il chassa ces idées noires par celle de son départ prochain.

Ce soir il prenait le train.

Il partait, quittait tout et tout le monde pour une destination qu’il convoitait depuis longtemps. Depuis si longtemps, en réalité, qu’il aurait aussi bien pu dire toujours.

Certains naissent pour être heureux. Mais dans une symétrie imparfaite, dont seule la nature a le secret, lui était en cette contrée pour souffrir.

Il avait compris cette vérité très tôt, et, même s’il avait eu du mal, il avait fini par l’accepter. Cela rendait les choses plus faciles… parfois. Puis soudain, il en avait eu assez. Cela devait changer. C’est ainsi qu’il avait planifié son départ.

En se lavant les dents et en se rasant, il passait mentalement en revue ses affaires dans une ultime check-list, pour être certain de ne rien laisser d’important en souffrance. Ses factures étaient réglées, son loyer payé. Ses abonnements étaient résiliés comme s’il avait largué autant d’amarres le retenant à la jetée d’un port qui n’avait jamais voulu de lui.

Dans le bus qui le conduisait à son travail, il regardait défiler le paysage, sa vie ici se superposant sur la blanche monotonie de l’hiver comme des images d’Épinal. Le présent est un moment bien singulier songeait-il. C’est le seul instant où l’on peut à la fois fuir son passé et renier son futur. Une goutte pour toujours suspendue entre ciel et terre, évanouie aussitôt aperçue.

Sa destination atteinte, il se leva machinalement de son siège. Les quelques minutes à pied qui le séparaient de l’immeuble de bureaux, triste et terne, s’évaporèrent sans qu’il ne s’en aperçoive. Peu lui importait que ce fût la dernière fois qu’il faisait ce trajet. Il se débarrassait peu à peu de son ancienne vie, comme il se déshabillait le soir avant d’aller dormir.

Une fois installé derrière son bureau, il disposa ses dossiers devant lui par ordre de priorité. Il ne lui en restait que trois, et ils étaient tous bien avancés. Ce soir, quand le clocher sonnerait dix-sept heures et sa libération définitive, il pourrait partir avec la satisfaction du travail accompli.

Personne ne vint le chercher pour prendre une pause ou boire un café. Personne ne venait jamais. Il n’était pas comme eux, ils le sentaient. L’imminence de son départ prochain lui conférait un recul, une vision qui ne faisait que le conforter dans sa décision de partir. Il regardait ses semblables s’agiter pitoyablement comme un théâtre de marionnettes. Il sentait que s’il se concentrait suffisamment, il pourrait voir les fils invisibles et l’ombre de la main qui les tenait. Mais il ne s’en donna pas la peine. À quoi bon ? Il avait coupé les siens, de fils, et voir ceux des autres ne lui apporterait rien de plus que ce qu’il savait déjà.

L’heure du déjeuner venue, il sortit de son petit sac sa gamelle, préparée la veille au soir. Des pâtes froides et une boîte de thon à l’huile. Le repas fut englouti en quelques minutes. Il vérifia sur internet les éventuelles perturbations sur le réseau ferroviaire. Il n’y en avait pas, chose assez rare pour être signalée. Le train serait à l’heure, et lui aussi.

Il se remit à ses dossiers.

À 16 h 55, il ferma définitivement la pochette cartonnée, éteignit son ordinateur, remit sa veste. Il salua de la tête les collègues qu’il croisa dans les couloirs et l’ascenseur. À 17 h, il était dehors.

Son esprit était vide et ses pieds suivirent le chemin de la gare mécaniquement. Son corps était là, mais son âme était déjà partie.

La nuit était tombée quand il arriva au terminal ferroviaire. Du regard, il chercha le panneau lumineux pour y lire l’information qu’il attendait. Quand elle fut affichée, il se dirigea vers le quai concerné.

L’endroit où il allait était une destination très peu prisée. Il fut néanmoins soulagé de voir qu’il était seul. Le haut-parleur cracha une dernière annonce.

Une mise en garde en fait.

« Voie C attention ! Passage d’un train sans arrêt. Veuillez vous éloigner de la bordure du quai s'il vous plaît. »

Mais il ne l’entendit pas. Toute son attention était prise par la lumière qui approchait rapidement. La lumière qu’il avait attendue toute sa vie. Elle venait enfin pour lui. Il sauta et ne fit plus qu’un avec elle.

 

Il avait pris son train pile à l’heure.



Harpe

Par Le 19/09/2013

J'aime infiniment cet amour entre l'interprète, son instrument et l'oeuvre.

L'homme bon.

Par Le 19/09/2013

"Statistiquement, l'homme est majoritairement bon et une minorité qui tient le devant de la scène et fait un bruit d'enfer, le pervertit. "

Michel SERRES.


J'adhère totalement à cette réflexion.

Il suffit d'aller lire les "actualités" sur la page google pour s'en apercevoir. Guerres, meurtres, viols, agressions, dilapidations de l'argent public, crise, chômage, infanticides, catastrophes...

Quel intérêt de mettre tout ça en avant, systématiquement, à outrance, quotidiennement?

La peur.

Tout simplement la peur que les gouvernants entretiennent parce qu'elle vient valider leurs discours de "sauveurs".

Et sont ignorés les millions de gens qui dans le même temps auront oeuvré à leur bonheur et au bonheur de leurs proches, voire de l'humanité entière.

Ceux qui vivent en paix, intérieurement et socialement et qui ne peuvent dès lors aucunement servir les Puissants qui ont besoin de cette peur.

La peur engendre également le besoin de se divertir et de l'oublier et dès lors, il est facile de vendre des ersatz de bonheur, des choses futiles, instables et provisoires. Le marché en regorge. La croissance se nourrit de la peur, c'est son moteur. Les Puissants ne souhaitent pas notre bonheur. Ils souhaitent uniquement notre pouvoir d'achat. La crise les dérange car elle réduit leur propre richese.

Les nouveaux milliardaires travaillent d'ailleurs, soit dans l'armement, soit dans les marchés du "loisir", soit dans les matières premières volées aux pays envahis par les "Sauveurs"...

Le bonheur se nourrit de plénitude, pas d'accumulation de biens. Les biens nourrissent juste votre peur de les perdre et par conséquent votre désir d'être "protégés" par les Puissants. Et la boucle est bouclée. 

Les actualités sont au service des Marchands et des Puissants qui les servent et qui sont rénumérés pour les services rendus.

L'Islam est une vache à lait. Le terrorisme est une mamelle qui coule sans fin. Les manipulations médiatiques entretiennent la traite. Et nous sommes les consommateurs. Ou alors, il convient de tout éteindre et d'allumer sa conscience. Pas une conscience formatée mais celle qui est tournée vers le Bien et le Beau.

Lutter soi-disant contre le Mal en l'exploitant à des fins mercantiles entretient le Mal et l'insère dans les esprits. Les enfants en sont les premières victimes, il s'agit de construire les futurs consommateurs. Intégrer en eux les processus de peur et créer déjà les appels au secours. "Sauvez-nous, par pitié". Et ne jamais comprendre qu'ils appellent à l'aide les créateurs des conflits.

"Votez pour moi, je vous sauverai. "

"Achetez le dernier ipod, achetez la dernière BMW, achetez les produits qui garderont votre beauté."

Ceux-là sont morts déjà. Ils font partie de la masse et n'ont plus d'existence propre. 

Je me souviens de ce berger rencontré dans les Pyrénées, cet été. Loin des hommes et près des humains.

Rupture totale

Par Le 18/09/2013

"Une question qui le taraudait.
— Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que vous n’êtes pas concernée par les émotions ?
— C’est une erreur. Les émotions qui me viennent de la terre me touchent immensément. Je les laisse s’étendre parce qu’elles sont neutres, gratuites, et que la Nature n’a aucune intention cachée. Celles de mes semblables ont une appartenance qui m’échappe, elles sont issues d’individus, avec leur histoire, leurs attentes, leurs fonctionnements. Et ce sont très souvent des fonctionnements inconscients. Si vous vous chargez d’émotions qui ne sont pas maîtrisées parce qu’elles émanent de personnalités endormies, vous sombrez dans leurs cauchemars ou dans leurs rêves, ce qui revient finalement au même. Vous dormez avec eux. Il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Mais malgré tout, je dois avouer que votre apparition ne m’a pas laissée insensible. Loin de là.
Elle le regarda fixement, avec un sourire léger au coin des yeux.
— Pourquoi est-ce que j’ai ressenti le même trouble ?
— Parce qu’il n’y a pas de hasard. Et qu’il arrive parfois que les révélations l’emportent sur l’habitude.
— Je ne comprends pas.
— Nous vivons dans des schémas de pensées, des répétitions rassurantes sur lesquelles nous bâtissons l’identification qui nous convient et que les autres adoptent. C’est l’habitude. Un leitmotiv ronronnant. Tout ce qui porte atteinte à cette mélodie connue est considéré comme une agression, une atteinte à cette liberté que nous croyons posséder. Alors, nous renforçons les défenses. Accumulation de biens, accumulation de relations, accumulation de connaissances. Mais il n’y a aucune compréhension interne. Tout cela reste tourné vers l’environnement immédiat, une scène onirique. Personne n’est là, réellement. C’est un théâtre de marionnettes. La révélation du drame vient fermer le rideau, les acteurs disparaissent, le jeu s’arrête, le public a quitté la salle, les lumières se sont éteintes. Si les résistances sont suffisamment puissantes, l’individu concerné prend peur. Il appelle au secours, il crie, il hurle, il maudit la vie et ses épreuves. Mais si la rupture est totale, la porte s’ouvre. L’individu découvre une autre forme de perception. Il ne comprend rien, mais pourtant, tout tombe en lui comme dans un puits ouvert. Plus aucune résistance. À cœur ouvert. C’est ainsi que je nomme cet état.
"

2 « point lire »/4.99€/Littérature/Littérature contemporaine/Thierry Ledru

À cœur ouvert par Thierry Ledru – 4.99€

cœur3Dsimple

2PointLireUn infarctus. Le cœur de Paul Laskin se brise. À l’hôpital, il apprend qu’il est en sursis. Pas de greffon humain disponible, alors l’implantation d’un cœur artificiel lui est proposée. Un concentré de technologie, alimenté par une batterie électrique. Le suivi se fait par informatique, les informations collectées en direct sont analysées par les chirurgiens.

Paul n’a pas le choix. Il accepte l’opération. Il accepte d’être un cobaye.

Il n’est qu’au début du chemin. Des phénomènes incompréhensibles, une rupture totale, inexplicable, sa personnalité qui change du tout au tout, un questionnement qui prend forme. Et des craintes récurrentes. Une dépendance aussi à la source d’énergie constituée par les batteries de son cœur artificiel.

Mais malgré tout, un cheminement intérieur qui le mène vers la lumière, à la source de tout, au cœur du réel. Et l’amour comme un cadeau.

Capture d’écran 2013-08-26 à 09.34.19

Village global

Par Le 18/09/2013

Demain, j'utiliserai ce document en classe, avec mes élèves de CM2.
D'infinies travaux à venir, lectures de documents, discussions, visionnages de films...


"Le monde entier est un village global

Imaginons un instant que ce village soit composé de 100 habitants. Il y aurait :

59 asiatiques

14 africains

14 américains

13 européens

Il y aurait également 51 femmes et 49 hommes.

On compterait 50 enfants de moins de 15 ans.

20 personnes (uniquement des hommes) possèderaient 80% du village et de ses richesses.

1 femme seulement possèderait sa propre terre.

Entre 5 et 6 femmes auraient subi un viol.

42 personnes ne boiraient jamais d'eau potable.

50 personnes vivraient au sein même du petit village, 50 autres seraient éparpillées aux alentours.

33 habitants vivraient une situation de conflit armé, dont 13 seraient des femmes. 6 seraient des enfants...

5 hommes et 1 femme seraient militaires, policiers ou gendarmes.

9 enfants travailleraient dans des conditions d'esclavage et 2 petites filles seraient employées de maison sans être rénumérées.

60 personnes sauraient lire, écrire et compter. 40 seraient des hommes.

50 habitants pourraient avoir accès aux soins de santé.

8 personnes auraient accès à un ordinateur, dont 6 connectées à un réseau de type internet.

1 personne serait considérée comme riche, c'est à dire possédant plus de richesses que nécessaire pour assouvir ses propres besoins et ceux de sa famille. Elle possèderait à elle seule 50% du village et de ses richesses.

80 personnes auraient une religion, dont 40 seraient forcées de la pratiquer (sous la contrainte ou par la coutume) et 20 autres ne la pratiqueraient pas. En outre, 5 personnes la pratiqueraient malgré des risques pour leur survie.

La bibliothèque du village ne serait accessible qu'à 24 personnes, les autres en seraient interdites. La salle de cinéma serait utilisée chaque semaine par 1 personne, toujours la même.

L'électricité serait coupée environ 50% du temps, faute de moyens. 30 personnes gaspilleraient 90% des ressources naturelles et énergétiques du village.

5 personnes seraient déjà parties en vacances. On prévoierait que 10 personnes le feraient d'ici 5 ans."


Survival International

Par Le 17/09/2013

Survival aide les peuples indigènes à défendre leur vie, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir.

ACTION URGENTE

Demandez à une compagnie brésilienne d'élevage bovin de ne pas détruire les terres des Ayoreo

 

Yaguarete Porá, une compagnie d'élevage bovin, est en train de détruire l'une des dernières forêts refuge des Indiens Ayoreo Totobiegosode isolés.

Leur îlot forestier réduit à une peau de chagrin est transformé en pâturages de bétail destiné à l'abattage et à l'exportation vers l'Europe, la Russie et l'Afrique.

Tout contact avec les employés de la compagnie pourrait s'avérer fatal pour les Indiens en raison de leur faible système immunitaire.

Ecrivez au dirigeant de la compagnie pour lui demander de renoncer à exploiter le territoire des Ayoreo et de le leur restituer.

 
 

Si vous souhaitez envoyer un mail mais n'avez pas beaucoup de temps, cliquez ici. 

Ou écrivez votre propre message en vous inspirant du modèle ci-dessous à : mbferraz@terra.com.br et reservayaguarete@gmail.com

Monsieur le directeur,

J'ai appris avec inquiétude que votre compagnie exploite à nouveau la forêt des Indiens ayoreo totobiegosode.

Les Indiens ayoreo luttent depuis 20 ans pour se réapproprier leur territoire ancestral que votre compagnie Yaguarete Porá occupe partiellement.

Les membres isolés de leur groupe vivent dans la région que vous êtes en train de défricher. Tout contact avec les employés de votre compagnie peut s'avérer fatal pour les Indiens en raison de leur manque d'immunité contre les maladies que ceux-ci peuvent leur transmettre.

Les Ayoreo n'ont cessé d'exprimer leur crainte et leur frustration devant la destruction de leur forêt pour faire place à l'élevage de bétail.

Je vous prie instamment d'interrompre immédiatement toutes vos activités dans la région et de restituer cette terre à ses propriétaires légitimes, les Ayoreo Totobiegosode, avant qu'ils ne disparaissent à jamais.

Dans cet espoir, je vous prie d'agréer, Monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments distingués.


Partagez ce message par email, Facebook ou Twitter en cliquant ici.

 

Merci !

Le savoir de l'école.

Par Le 15/09/2013

JARWAL LE LUTIN

Tome 4


Ils finirent leur casse-croûte et reprirent le chemin.

Les interrogations s’éveillèrent rapidement. Lou voulait en savoir davantage sur le voyage de l’eau. Tian s’intéressait grandement aux Kogis. Il pensait aux Tibétains, colonisés à leur tour. Encore et toujours des soumissions et des douleurs, rien n’avait changé dans le fonctionnement de l’humanité.

Marine essayait d’expliquer ce que Jarwal avait découvert à travers la perte de sa mémoire.

« Il dit que si on reste attaché à notre mémoire, on perd la conscience de la vie. Mais c’est compliqué à expliquer en fait. C’est comme si le passé que notre mémoire garde en elle nous privait de la compréhension de la vie immédiate.

-Un peu comme si on traînait un fardeau. On dépense notre énergie pour ça alors qu’on devrait l’utiliser dans l’instant présent, c’est ça ? demanda Tian.

-Oui, c’est ça, acquiesça Marine, en souriant au jeune garçon. Mais en plus, Jarwal disait qu’on en finissait par ne plus exister réellement. On se souvenait d’avoir vécu et on se servait de ces souvenirs pour recevoir le présent.

-Par exemple, en ce moment, on est tellement attaché au souvenir de Jarwal qu’on en finit par ne plus voir ce qui nous entoure, ajouta Léo, alors que la petite troupe arrivait au col.

-Tu as bien raison, petit frère, renchérit Rémi. On ne se sert même pas de ce que Jarwal nous a appris. C’est nul.

-C’est bien la preuve que quand on apprend quelque chose, ça n’est pas pour autant que c’est à nous.

-Oh oui, Léo, alors tu imagines un peu avec tout ce qu’on doit avaler à l’école, reprit Marine. Et en plus, ça ne nous concerne pas directement. C’est juste du savoir. Alors que Jarwal, il nous parle de notre vie. Et pourtant, même ça, on n’arrive pas vraiment à s’en servir.

- Dites donc, vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai à être avec vous. Je pensais qu’on allait juste faire une balade en montagne et j’étais déjà très contente mais alors, là, ça dépasse tout ce que j’espérais, lança Lou, rayonnante. C’est chouette toutes ces discussions. C’est triste d’ailleurs qu’à l’école, on ne parle jamais de tout ça et même entre nous, comme si l’endroit lui-même nous rendait bête.

-Ah, ah, éclata Tian, c’est exactement ça, c’est un endroit qui nous rend bête de savoir.  

-Et qui nous éloigne de nous-mêmes, continua Rémi, en nous racontant que c’est pour nous préparer à gagner notre vie. Je déteste cette expression. »

Un regard de Lou que Rémi surprit, un choc immense, l’attention qu’elle lui portait, comme une volonté de le comprendre, de saisir tout ce qu’il portait, la tête légèrement inclinée, une interrogation curieuse, tendre, le bonheur de la rencontre, une découverte inattendue. Comme une fenêtre ouverte sur un espace inconnu.

Ils regardèrent silencieusement les horizons gagnés. La chaîne de la Lauzière et ses arêtes dentelées, les forêts comme arrêtées par une ligne infranchissable, l’altitude dessinée sur le faîte des derniers arbres, une longue ligne régulière courant sur les flancs, les alpages les dominant jusqu’aux premières zones rocheuses et cet élan vertical projetant vers les cieux immobiles des flèches minérales.

Ils percevaient, remontant du fond de la vallée, la rumeur des camions et des voitures filant sur l’autoroute, une rumeur sourde, envahissante.


Marc Lévy

Par Le 15/09/2013

Un merveilleux articleRigolant

Sur LA CAUSE LITTERAIRE. Un excellent site.

Article écrit par Christine BINI.


Lire "Si c'était à refaire" (2)

Ecrit par Christine Bini 18.04.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Robert Laffont

Si c’était à refaire, 2012, 432 pages, 21 €

Ecrivain(s): Marc Levy Edition: Robert Laffont

Lire

 

 

Si c’était à refaire, je ne lirais pas le roman de Marc Levy. Pour toutes sortes de raisons, la première étant que le temps est une denrée précieuse qu’il n’est pas bon de gaspiller sans plaisir. Quant aux autres raisons, elles ont trait à l’idée que je me fais du romanesque en général, de l’invention, du style, etc. Mais, surtout, surtout, je ne lirais pas ce roman de Marc Levy, Si c’était à refaire, car l’un des motifs exploités est le sort des enfants des disparus d’Argentine, los hijos de desaparecidos. Motif traité à la volée, sans précaution ni recul, sans implication ni engagement.

Il y a dans ce roman de Marc Levy – et peut-être dans les autres, je ne sais pas – une caractérisation pesante du personnage principal, du « héros » : parti de rien et gravissant un à un les échelons qui le conduisent à devenir grand reporter au New York Times, il est parfait, il a toujours raison, il donne des leçons, il ne doute pas.

Il y a, dans ce roman-là, des dialogues insipides et des à-peu-près pénibles (« isoler le bon grain du mauvais », par exemple, ou encore « quatre soldats qui escortaient ces âmes inanimées », expression qui ferait hurler de rire s’il ne s’agissait des corps torturés des opposants argentins au régime de Videla), un tape-à-l’œil assez amusant dans l’emploi de l’imparfait du subjonctif. Et une base fantastique rebattue (le héros est assassiné, se réveille bien vivant deux mois plus tôt, et emploie son temps de sursis à rechercher son assassin) à laquelle le romancier n’apporte rien de neuf, de surprenant, de littéraire.

Mais surtout, il y a, dans ce roman-là, une exploitation romanesque assez nauséeuse d’une époque tragique de l’Argentine. Personne n’est vraiment méchant, finalement, dans cette histoire. Le type qui pilotait un des avions à partir desquels on balançait les corps des opposants dans l’océan apparaît comme un bon père : il a « adopté » une enfant de disparus, a toujours caché la véritable origine de l’enfant à son épouse pour ne pas la traumatiser… Il s’est montré bon père, bon mari, voilà ce que comprend le lecteur. Il a fait une bonne action, quoi.

On se souvient sans doute du film de l’Argentin Luis Puenzo, La historia oficial (1985, Oscar du meilleur film étranger, Norma Aleandro sacrée meilleure actrice à Cannes), dans lequel une épouse de fonctionnaire découvrait la vérité à propos de la petite fille qu’elle avait adoptée. On n’a pas oublié l’ambigüité de l’attitude du mari, la tension parfaite du scénario, la presque dernière scène où le mari écrase les doigts de son épouse entre le chambranle et la porte, évoquant toute la violence de la torture du régime en place sans jamais la montrer explicitement.

On connaît peut-être la nouvelle génération d’écrivains argentins (Félix Bruzzone, par exemple) qui s’emparent du passé argentin, de leur propre passé familial.

On est bien loin de cela, dans le roman de Marc Levy. Ce livre utilise un motif politique douloureux pour brosser le portrait du gagnant parfait, attendu, sans profondeur ni psychologie : le journaliste Andrew Stilman fréquente le bar du Marriott, dîne « dans le meilleur restaurant chinois », roule en grosse voiture, est amoureux depuis toujours d’une pom-pom-girl, anticipe sur la situation internationale sans se tromper… Toute l’aventure argentine n’est là que pour servir de décor à la célébration du héros.

Oh oui vraiment, si c’était à refaire, je ne lirais pas le roman de Marc Levy. Trop tard. C’est fait. Baste.


NB : on voit et on entend beaucoup Marc Levy en ce moment, à la télévision, à la radio. À part à peu près égale avec Guillaume Musso, qui lui aussi sort un nouveau livre. Il est intéressant de noter que la teneur du texte lui-même n’est jamais abordée. On demande à l’auteur s’il est inquiet de l’accueil du public, qu’est-ce que ça lui fait d’être l’écrivain français le plus vendu… Mais sur le texte lui-même, rien. C’est qu’il n’y a sans doute rien – ou pas grand-chose – à en dire. On se prend tout de même à rêver… Et si un journaliste osait demander, par exemple, pourquoi on trouve une citation de Mme Du Deffand en exergue de Si c’était à refaire ? En quoi elle éclaire le roman ? Si l’auteur s’inscrit dans une tradition voltairienne ? Sans aucune animosité, sans préjuger des réponses ou des esquives, pourquoi ne demande-t-on pas à Levy – ou à Musso, qui est soumis au même traitement journalistique – dans quel courant de la littérature populaire il pense se situer ? Plutôt que d’insister sur le dédain affiché de la critique et ainsi permettre à l’auteur de rétorquer « ce qui m’importe, c’est d’être lu. Les critiques, vous savez… Et puis, Simenon a été très décrié aussi, en son temps » (sic), on pourrait… et on pourrait aussi… enfin, on pourrait au moins essayer, quoi.


Christine Bini


L'âge adulte

Par Le 15/09/2013

Le passage à l’âge adulte survient lorsque les contingences extérieures étouffent les voyages intérieurs, la capacité à s’asseoir au bord d’un ruisseau et à écouter l’eau qui serpente, à imaginer une bête qui glisse sous les pierres, à regarder les nuages et à les inviter dans son lit, la nuit venue.

L’âge adulte, c’est l’adhésion pleine et entière à un monde rationnel, matériel, planifié, socialement hiérarchisé, du plus misérable au plus fortuné.

Même la richesse intérieure doit être mise au service d’une carrière.

Je pense qu’en vieillissant, je ne pourrais éviter de rajeunir.

Le point de rupture se rapproche.

Viendra un jour où je quitterai le monde social pour réintégrer celui de mes voyages intérieurs et ne plus en revenir.

L'apprentissage

Par Le 15/09/2013

Je joue souvent au tennis avec ma Belle et je suis intrigué par les phénomènes de l’apprentissage. Je sais faire un coup droit à plat, un coup droit lifté mais j’avais du mal avec le revers. Et bien, lorsque j’ai cherché à travailler particulièrement ce coup-là, l’ensemble de mon jeu s’est déréglé…

Il m’a fallu beaucoup de temps pour mettre en place ce revers à une main et tout autant à retrouver la palette des coups que je maîtrisais déjà.

L’image qui m’en vient, c’est celle d’une ligne droite, continue, stable. Elle représente ce que je sais déjà faire. Vient s’y superposer dans l’apprentissage une ligne alternant les hauts et les bas, des courbures plus ou moins prononcées qui couvrent la ligne droite comme une vague de parasites. La connexion avec les acquis est considérablement perturbée par ces parasites générés par l’apprentissage, comme si l’énergie devait être exploitée au-delà de la consommation habituelle et que l’individu tout entier s’en trouvait perturbé. Je perds ma concentration, je perds confiance, je me contracte, j’en oublie les fondamentaux, j’en oublie partiellement tous mes acquis.

Il faut persévérer et rester conscient du phénomène, l’accepter, parvenir à refouler la frustration. Cette frustration est extrêmement perturbatrice et énergétivore. Si elle s’impose, l’apprentissage est considérablement entravé. S’il ne s’agit que d’un jeu, la peur de perdre le match ne vient pas surenchérir encore le trouble mais dans une compétition, l’effet serait désastreux. On entend d’ailleurs souvent les sportifs professionnels parler de cette frustration.

 

Il est aisé d’imaginer ce qu’éprouve un élève tout au long de sa scolarité si personne ne lui explique ces phénomènes intérieurs…

Il ne s’agit donc pas tant de clore un programme scolaire sur une année mais bien avant tout d’amener les enfants à cette observation.

Je leur ai donc dessiné ces deux lignes au tableau, une ligne droite et une ligne aux courbes prononcées, couvrant la première.

« Gardez cette image en vous. Observez ce qui se passe, restez en paix avec vous-mêmes. Tout ce qui se produit est un phénomène naturel. Si vous donnez votre énergie à la peur, vous accentuez la puissance des parasites et vous retardez le retour du calme. C’est comme lorsque vous entrez dans un lac aux eaux pures et translucides. Les alluvions déposées au fond vont être agitées par vos mouvements et vont troubler la clarté de l’eau. Si vous cessez de bouger, ils finiront par se déposer et l’eau retrouvera sa pureté. Il en est de même dans votre esprit.

Calme et attentif. Voilà l’objectif.

Jean-Claude Van Damme

Par Le 15/09/2013

Un marin du Vendée Globe dit : « je nourris l’espoir de réussir ce tour du monde. »

Et bien s’il nourrit l’espoir, il gaspille une partie de l’énergie disponible. Il faut imaginer l’espoir comme un prédateur et l’énergie comme une proie. L’énergie n’a même pas la possibilité de s’enfuir. Elle succombera immanquablement et bien que la réserve d’énergie soit conséquente, cette part entamée ne sera plus disponible.

Quant à donner à l’espoir une matérialité, cela reviendrait à dire : « J’ai l’espoir d’avoir un espoir. » On entre dans l’absurde…

Il convient à mon sens d’identifier en soi ce qui est nécessaire. Pour le marin, il doit œuvrer à la réussite de son tour du monde mais pas à la réussite de son espoir. L’espoir, lui-même, n’est rien d’autre qu’une invention d’ordre psychologique. C’est comme le Temps chronologique. Il n’existe que dans notre capacité à nous projeter dans ce qui a été vécu ou à imaginer ce qui va l’être mais ni le passé, ni le futur n’ont d’existence propre car sans cette dimension psychologique que nous créons, ils ne sont rien. Personne ne peut exister demain, personne n’existe hier.

L’espoir, de la même façon, n’est qu’un espace inventé.

Si je nourris en premier lieu un espoir et que je ne suis pas assouvi, je mourais d’inanition avant même d’œuvrer à l’assouvissement de la faim d’écrire.

Tout cela pourrait relever de la simple dialectique si ça n’avait des conséquences réelles sur nos vies.

Il est indispensable, vital même, d’analyser nos rapports aux mots et aux pensées qui en découlent.

Il suffit de comptabiliser le nombre de fois où nous utilisons l’expression : « J’espère que… »

« J’espère qu’il va faire beau demain. »

C’est totalement inutile d’y songer étant donné que nous n’avons aucune emprise sur le temps.

Il s’agit donc d’identifier, exclusivement, les éléments sur lesquels nous avons un réel pouvoir, ensuite d’extraire de nous ceux qui sont énergétivores, sans que rien de bon n’en sorte, de nous concentrer enfin sur les éléments qui nous grandissent.

Celui qui y parvient s’aperçoit que cette lucidité nourrit sa propre énergie alors que celui qui ignore cette lucidité dépérit dans le gaspillage de l’énergie. Les gens épuisés devraient apprendre à s’observer intérieurement. Je ne parle évidemment pas du mineur chinois ou zambien, ni de tous ceux qui sont exploités par les Marchands…Paix à leurs âmes.

Jean-Claude Vandamme, si souvent moqué, a une expression qui convient parfaitement à cette démarche intérieure: « Be aware ».

A écouter sans modération.

"Ne pas écouter les bruits du monde, écouter le silence de l'âme en soi."

Perceptions extrasensorielles

Par Le 15/09/2013

Les perceptions extrasensorielles (PES) (qui sont perçues en dehors des sens, des organes de la perception) désignent un échange d'information – ou ce qui est perçu comme tel – entre un sujet et son environnement selon des principes inconnus des sciences actuelles. L'expression vient de Joseph Banks Rhine1.

L'existence de telles perceptions est généralement rejetée par les scientifiques. Les études sur ces perceptions étant rarement conduites par des scientifiques jouissant d'une crédibilité suffisante ou d'une méthode rigoureuse, elles sont généralement catégorisées en pseudosciences. C'est pourquoi ce type de phénomène intéresse surtout des chercheurs en marge des circuits officiels du savoir tels les parapsychologues et les amateurs de phénomènes paranormaux.

wikipedia


L'article résume très bien la problématique...

Il faudrait que ça soit des scientifiques "crédibles" qui valident ces perceptions pour qu'elles soient reconnues par la communauté entière et par conséquent par la population.

Mais le paradigme de l'ego encapsulé interdit d'emblée les recherches de ces mêmes scientifiques étant donné qu'ils ont été formés et qu'ils sont payés pour valider le paradigme lui-même. C'est comme si on demandait à un prêtre d'aller prouver l'inexistence de Dieu...

L'expression elle-même contient déjà l'interdiction d'explorer une autre voie. Il s'agirait d'emblée de perceptions "extrasensorielles", c'est à dire émanant de notre environnement, hors de notre enveloppe corporelle et des sens qui nous sont attribués.

Et bien, j'envisage bien autre chose.

Nous ne sommes pas insérés dans une enveloppe hermétique. Nous sommes un corps unique et bien plus encore, une énergie unique. Mais l'éducation reçue depuis la toute petite enfance vient s'opposer à cette perception. L'identité doit se former individuellement. Celle des scientifiques comme celle de toute la population. Tout ce qui est extérieur devient donc ce qui n'est pas moi. Tout ce qui est en moi m'appartient. Le paradigme est installé et les scientifiques auront en charge de le renforcer. Ils ne pourront pas faire autrement d'ailleurs puisque leur salaire en dépend...L'argent crée une dépendance qui ne peut pas être remise en cause.

Tout ce qui ne peut pas être validé par le paradigme est donc inscrit dans un espace "paranormal", des perceptions extrasensorielles.

Ceux qui éprouvent des phénomènes de reconnaissance cellulaire, les âmes soeurs, de synchronicité, de contacts impossibles, d'impressions de déjà-vu, de prémonition, de bouleversements cataclysmiques à la vue d'un paysage, d'un visage, en humant un parfum, en entendant une musique, en prenant la main d'un enfant, en veillant un être aimé, en écoutant l'herbe qui pousse, en observant les nuages, en pleurant au coucher du soleil, en s'asseyant au sommet d'une montagne, tous ceux, toutes celles qui éprouvent des émotions intraduisibles, cette impression de connexion divine, d'osmose, de compassion universelle, tous sont des individus dérangés... La médecine les prendra en charge s'ils succombent à la pression sociale. Les autres seront artistes ou vivront à l'écart et feront de leur vie une oeuvre d'art.

  La perception extrasensorielle, c'est tout simplement une âme qui découvre enfin qu'elle vit bien ailleurs que dans une enveloppe fermée.

L'espérance

Par Le 15/09/2013

Comme tous les dimanches matins, je descends chercher les croissants pour le réveil de la famille. L'auto-radio est déréglé et je lance la recherche des ondes. Je tombe sur une radio d'obédience catholique ":Espérance".

J'écoute le chroniqueur. Il parle de l'espoir et de la détermination. "Le monde va mal mais l'espoir de le changer vient nourrir la détermination de nos actes."

Bien.

C'est un projet fort honorable mais il faudrait observer les effets réels de l'espérance. J'en ai déjà maintes et maintes fois parlé.

Je prends un exemple. J'ai envoyé mon premier manuscrit à un éditeur, il y a 26 ans. J'espérais être édité, bien entendu.

25 ans plus tard, je viens de terminer, hier soir, l'écriture de mon dixième roman.

Deux sont publiés et inconnus.

Un troisième existe en version numérique et n'est pas plus connu que les deux autres.

Quant aux autres, je ne les adresse même plus aux éditeurs.

Alors, qu'est-ce qui vient nourrir ce désir d'écrire encore ?

Certainement pas l'espérance.

Et même, bien au contraire, c'est parce que cette espérance s'est peu à peu effacée que ma détermination est restée intacte. Bien sûr que je serais satisfait si un éditeur venait à prendre l'ensemble de mes textes et cherchait à les faire connaître, je ne vais pas dire le contraire. Mais ça n'est PLUS la raison première de mes écrits.

Je pense que l'espérance est une illusion et qu'elle affecte négativement la détermination car dans l'espérance, il y a une attente et lorsque cette attente se prolonge au-delà des projections envisagées, elle devient un fardeau, un étouffoir, elle devient une "désespérance", une désillusion, une détresse.

En fait, je conçois la création littéraire, dans mon cas, comme un phénomène aussi incontrôlable que la faim. Je n'ai aucun espoir d'avoir faim. J'ai faim et c'est tout. Et je sais quelles sont les actions à conduire pour que cette faim soit calmée. Il n'y a aucune autre intention. C'est un phénomène naturel et son assouvissement une nécessité.  Bien entendu, je peux apporter une attention réelle à la qualité de mes aliments étant donné que cette nourriture apportera à mon organisme l'énergie nécessaire. Mais le fait même d'avoir faim reste malgré tout totalement indépendant de ma volonté.

J'écris de la même façon parce que j'ai faim d'écriture.

Je travaille dès lors à la qualité de mon écriture parce qu'elle nourrit mon âme et l'entraîne dans des efforts constructifs, l'exploration et l'exploitation d'un potentiel que je n'ai pas le droit d'ignorer. Comme je n'ai pas le droit d'ignorer le corps où je vis.

J'écris sans aucune espérance et si l'imaginaire m'entraîne parfois dans des extrapolations de contrats d'édition, je sais que ça n'est qu'une dérive provisoire, comme une ritournelle enfantine qui s'enclenche mécaniquement. Je l'observe, j'écoute sa musique et je m'en amuse mais elle ne nourrit pas ma faim.

Et d'ailleurs, imaginons que je décide de me nourrir, physiquement, d'espérance...La mort serait au bout du chemin.

Si je décidais de nourrir mon âme d'espérance, j'en mourrais tout autant.

Keith Jarret

Par Le 12/09/2013

Cet homme-là doit avoir des neurones blanches et d'autres noires et chacune de ses pensées, chacun de ses gestes, chacun de ses battements de paupières ou mouvements respiratoires se dessinent intérieurement sur des portées infinies qui l'entraînent dans un monde qui ne nous sera jamais accessible. Nous n'en aurons que des échos mais il s'agit déjà d'un cadeau immense.


Un ange passe.

Par Le 12/09/2013

 

LES EVEILLES

 

Extrait

 

"27 août. Le jour de son anniversaire. Un samedi. Ses parents lui avaient donné de quoi acheter un disque. Keith Jarret. The Köln Concert. Il en rêvait depuis longtemps.

« Vas-y mon chéri, prends ton temps, promène-toi, écoute des disques, ça fait si longtemps que tu es là. »

Cette voix adorée.

« Merci Maman. »

Il avait glissé le billet dans sa poche. Il les avait embrassés.

« A tout à l’heure Christian, avait-il dit en se tournant vers son frère. Je vais chercher Keith Jarret. »

Il espérait qu’intérieurement l’évocation du piano cristallin le réjouisse, que la pureté des notes l’investisse, adoucisse ses luttes.

« T’inquiète, je te le prêterai !! »

 

Deux mois qu’il n’avait pas quitté son frère, qu’il était resté à son chevet, deux mois qu’il n’était quasiment pas sorti de l’hôpital. Il avait veillé son frère. Christian. Cliniquement mort. Il n’avait pourtant jamais pensé qu’il pouvait mourir. Il ne l’avait pas quitté.

 

En émergeant du couloir des urgences, il avait réalisé qu’il allait sortir de l’enceinte de l’hôpital. Il s’était arrêté, le cœur battant. Une autre vie. Des gens heureux, affairés, perturbés, inquiets, amoureux, insouciants, des voitures, des vitrines, le bruit de la ville, les couleurs, des odeurs.

Plus de murs aux peintures délavées, les effluves écœurants des désinfectants, les blouses des infirmières, les visages abattus des visiteurs, les voix mesurées, le roulement des chariots, les appels dans les chambres, les sonneries sur le panneau lumineux des salles de veille, les émanations rebutantes des nourritures industrielles, les fenêtres closes, les horizons limités, le silence interminable des nuits, l’ombre invisible de la mort.

 

Il avait traversé le parc puis l’immense parking. Son trouble avait enflé conjointement à la rumeur des rues, à cette approche délicate, il avait pensé au prisonnier qu’on lâche dans la ville après des années d’enfermement.

Premier trottoir. Il s’était dirigé vers le centre ville. L’impression d’un autre monde. Il ne pouvait s’empêcher de dévisager les passants. Tous ces gens pressés qui ne savaient rien de l’hôpital, qui ne voulaient sûrement pas en entendre parler, qui géraient leurs existences agitées comme si tout devait durer. Un groupe de jeunes croisés sur un passage piétons. Ils riaient. Il suffisait pourtant d’un chauffard pour que certaines vies s’arrêtent, que d’autres soient projetées dans un monde de douleurs, d’opérations, de rééducations, de médicaments, de dépendance, de dépressions. Ils ne savaient rien de la vie. Parce qu’ils ignoraient que la mort les guettait. Et pire que la mort encore, la souffrance. Il avait senti avec une force immense qu’il n’appartenait plus à ces groupes humains, à cette frivolité juvénile, qu’il ne pouvait plus supporter cet aveuglement entretenu, il avait eu envie de crier, de leur dire de se taire, de penser à tous les corps brisés qui luttaient jours et nuits sans connaître l’issue du combat, qui s’accrochaient désespérément au goutte à goutte suspendu au-dessus du lit, l’attente d’une opération de la dernière chance, ce corps qui se morcelle, la lucidité de l’esprit qui enregistre chaque dégradation, chaque symptôme, la moindre douleur autopsiée, les médecins qui défilent avec leurs contingents d’adorateurs, leurs dossiers et leur suffisance, leur inhumanité diplômée. Il avait baissé les yeux, il n’était plus de ce monde, lui, ils mourraient tous un jour, demain ou dans vingt ans, quelle importance, la mort était déjà dans leurs cellules, elle les dévorait déjà, insidieusement, nous n’étions jamais seul, la mort était une compagne fidèle. Lui, il savait.

Centre ville, rue de Siam. Il descendait vers le port militaire. Des parfums iodés. Le cri d’un goéland par-dessus les toits.

C’est là qu’il l’avait vue. Elle marchait vers lui. Une tenue, une grâce, une fluidité qui l’avait bouleversé. Un choc inattendu, inespéré, comme si elle évoluait au cœur du monde sans en être aucunement atteinte, comme si le monde n’avait aucune emprise sur elle, comme si la mort n’était qu’une illusion. Toutes les pensées avaient jailli en lui comme un éclair, une fulgurance qui avait effacé en lui deux mois de cauchemar.

Une longue robe blanche, une chemisette bleu ciel, froissée comme du papier crépon, elle marchait les yeux baissés, de longs cheveux blonds flottant sur ses épaules, le balancement mélodieux de ses bras, la rondeur de ses seins sous le tissu, nus pieds dans des sandales à lanières qui remontaient sur ses chevilles, dix mètres, il allait la croiser, il s’était arrêté pour retarder l’échéance, le souffle coupé, plus de bruits, plus de mouvements, la ville avait disparu, il ne restait qu’une bulle protectrice, l’impression d’être entré dans un espace protégé, elle avait levé le visage, elle l’avait regardé, la profondeur d’océan de ses yeux, immenses, bleus, lumineux, il n’avait plus bougé, catalepsie contemplative, elle avait souri, un soleil sur la peau lisse de ses joues, une fleur épanouie, le galbe rosé de ses lèvres, toute la beauté du monde, une envie immense de pleurer, de tomber dans ses bras et de pleurer, de vider toute cette horreur accumulée auprès de son frère, là, sur l’épaule de cette jeune fille, sans bouger, respirer le parfum de sa peau, s’enivrer de douceur, laisser couler les douleurs et s’abandonner à la quiétude, aucun désir, juste la paix, tout oublier.

« Bonjour. »

Elle était passée en l’enlaçant de sa voix.

Le miel de ses notes, il avait ruisselé en lui et s’était lové au creux de sa mémoire, il pourrait la retrouver au milieu d’une foule, juste sa voix, deux notes comme une mélodie soyeuse, une caresse indicible, au-delà des choses connues.

Il s’était adossé à une vitrine, les jambes tremblantes, il ne savait même pas s’il avait répondu, il l’avait regardée s’éloigner, elle flottait au milieu des arabesques de sa robe, suspendue par sa grâce, intouchable, intemporelle, une fée.

Un cadeau d’ange."

 

 

 

JUSQU'AU BOUT : Seul

Par Le 09/09/2013

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ROMAN : JUSQU'AU BOUT

                                                               Sous les arbres, quand il approcha de l’océan et qu’il entendit sa rumeur par-delà les dunes, il ôta son tee short. Il aurait voulu se mettre nu pour se présenter devant lui mais les hommes ne l’auraient pas compris. Leurs yeux vicieux auraient pris cela pour une agression ou une perversion quand il ne s’agissait que d’une offrande. Il garda son pantalon et escalada le dôme de sable.

Quand il déboucha au sommet des dunes, il fut saisi par la beauté du paysage. Il s’arrêta.

« Bonjour », dit-il à la mer.

Il en était persuadé désormais, elle était vivante comme lui, comme le soleil, comme les nuages, les oiseaux, les arbres, les poissons cachés tout rayonnait d’une lumière commune. Il fallait simplement trouver l’osmose, la synergie, la résonance universelle, comme le bouton d’une radio qu’il suffisait de tourner pour trouver les ondes. Il inspira une grande bouffée d’air iodé et essaya de visualiser les particules gazeuses dans son être, l’excitation de ses propres cellules au contact de cette vie puissante.

En découvrant le large, il constata que la mer n’avait pas d’ombre, c’était l’être vivant le plus grand et il n’avait pas d’ombre. Il n’y avait jamais pensé car il ne l’avait jamais perçue ainsi, il n’avait toujours vu qu’une immensité agitée ou calme, posée devant les hommes. Parfois, il lui avait bien attribué des caractéristiques humaines, pour s’amuser, marquer de son empreinte un espace naturel, mais il ne l’avait jamais ressentie réellement comme un être à part entière. Il comprenait maintenant combien sa vision avait été réductrice.

Elle était, sur cette planète, l’être vivant possédant la plus grande énergie lumineuse. Voilà pourquoi des foules considérables se ruaient sur son corps, au bord de sa peau bleue et attirante. Tous, ils cherchaient à ressentir cette lumière mais ils ne le savaient pas. Il aurait fallu y penser, accepter l’idée, s’y plonger réellement, puis cesser même d’y penser, apprendre le silence, ça ne faisait pas partie de ce monde agité, c’était trop d’efforts, et simultanément trop d’humilité et d’écoute de soi. Chacun se chargeait de la lumière de la mer, du soleil, du vent, des parfums, des oiseaux blancs du large, pensant simplement à être bronzé, reposé, amusé. Mais pas illuminé…Et pourtant, elle continuait à diffuser sa lumière sans rien attendre en retour. Devant elle, personne ne pouvait réellement se sentir seul ou abandonné. Dans les moments de solitude humaine, il restait toujours cette possibilité de rencontrer un être planétaire.

Cet individu assis, seul, sur une plage ou un rocher n’était pas réellement seul. S’il acceptait d’écouter la lumière qui rayonne en lui, s’il s’abandonnait et laissait s’établir le lien, le lien unique, immense, le lien avec la mer, avec l’univers, comment aurait-il pu se sentir seul ! C’était impossible. Il fallait le dire aux hommes, aux enfants d’abord. Oui, d’abord aux enfants. Ils écouteraient immédiatement car ils le savaient déjà mais n’osaient pas le dire. Les adultes sont si réducteurs, si raisonnables…Si coupables aussi. Non… Pas de condamnation…Il fallait développer le bien, ne pas les juger mais les aider.

Il étouffa sa colère sous les caresses du soleil.

Il descendit sur la plage. Il enleva ses chaussures dans la pente et il pensa que, comme lui à cet instant, tout descendait un jour à la mer, les glaciers et les ruisseaux, les rivières et les fleuves, les routes humaines et les chemins de forêts, tout aboutissait finalement dans ce grand corps accueillant et même si on restait au bord, même si on ne s’aventurait pas sur sa peau et qu’on restait assis contre ce ventre immense, on retrouvait déjà la paix de l’enfant contre sa mère. C’était ça la magie de l’océan…Un refuge offert à l’humanité entière.

Il s’éloigna de la zone d’accès et se déshabilla.

 

Alors, il sentit pleinement le contact.

 

Il marcha sur le sable mouillé. C’était incroyable cette surface d’échange, incessamment excitée, ces caresses entre l’eau et la terre, ce contact permanent…

Contact…

Il sentit soudainement l’importance de ce mot. Il chercha si la terre en possédait un autre plus vaste encore et pensa à l’atmosphère. La planète et son atmosphère. C’était comme cette vague sur cette plage. L’atmosphère se couchait sur le corps de la Terre, l’enlaçant totalement, la caressant, la protégeant et cette atmosphère, elle-même, baignait dans un environnement plus vaste.

Il pensa que nous étions tous protégés par plus grand que nous et tous reliés par cette lumière commune, que la plupart des scientifiques, trop présomptueux, trop limités par leurs connaissances, ne parviendraient jamais ni à identifier, ni à situer, ni même à comprendre. L’humilité restait le fondement de l’amour.

 

Il marcha sur le sable mouillé comme sur un lit défait, le point de rencontre de deux amants suprêmes. Chaque vague étirait son grand corps vers la plage lascive, étendait des nappes mouvantes, écumeuses et pétillantes comme autant de langues curieuses et il sentait émaner du sable mouillé des parfums subtils, des envolées d’essences délicates. Son corps, enveloppé dans ces baumes inconnus, se revigorait et se renforçait. Il suffisait d’être là, ouvert au monde, réceptif.

Oublier d’être l’homme pour devenir le complice.

 

Il contempla l’étendue et pensa que c’était l’amour qui s’ouvrait devant lui, la paix, la beauté simple et nue, des odeurs mêlées, un corps offert aux regards, juste aux regards, pour le plaisir des yeux, et puis surtout cette complicité silencieuse, l’inutilité des mots, le bonheur limpide d’être ensemble, juste ensemble, c’était beau, si beau et si tendre.

 

Il se sentit fort et heureux. Il marcha sans penser, sur un rythme de houle, les pas dans le sable comme le parcours respectueux des doigts d’un homme sur un corps de femme, des gestes délicats, légers, effleurements subtils. Il n’aurait pas osé courir, il voulait juste que le sable le sente passer, délicatement. Il laissa une vague lécher ses pieds. Ce fut comme un salut matinal, un bonjour joyeux mais un peu endormi. L’eau se retira avec un sourire écumeux, des petites bulles d’air pleines de joies qui se dispersèrent dans le rouleau suivant.

Il se demanda si l’océan avait pu ressentir ce contact. Est-ce qu’il percevait toute la vie qui l’habitait, les poissons amoureux, les coquillages multicolores, les baleines câlines, les dauphins joueurs, les algues dansantes ? Et les hommes, est-ce qu’il les ressentait comme des prédateurs impitoyables ou parfois aussi comme des êtres bons ? Il s’arrêta et regarda le large, lançant sur les horizons ouverts tout l’amour qu’il pouvait diffuser.

Il entra dans l’eau, juste quelques pas, sans atteindre le creux des rouleaux. Il s’allongea sur le dos et attendit la vague suivante. Elle le baigna soigneusement, glissant entre ses cuisses, passant sur ses épaules, jetant malicieusement quelques gouttes sur son ventre, il frissonna au premier contact puis s’abandonna à l’étreinte. Les yeux clos.

 

Il se releva enfin et reprit son sac. Il resta nu et marcha les chevilles dans l’eau. Une trouée dans le ciel dispensa un souffle chaud qui descendit sur la plage comme une haleine solaire. Il s’arrêta et ouvrit la bouche, buvant les ondes célestes, inspirant à pleins poumons cette chaleur ténue mais pleine de promesses.

Au large, des bandes bleues, luisantes de lumière, s’étaient peintes à la limite de la mer. Le vent de la marée montante rameutait vers la côte ces plages éclatantes comme autant de halos incandescents. Des crayons rectilignes, vastes torrents éblouissants, cascadant des altitudes éthérées, tombaient sur la mer enflammée. Il imagina les poissons remontés sous ces auréoles chaudes, jouant à la surface miroitante, frissonnant de bonheur sous leurs écailles.

 

Quand il s’arrêta, il s’aperçut que la courbure de la côte l’isolait de tout. Il ne voyait plus l’accès à la plage et devant lui, aucune zone habitée, ni même portant trace humaine, ne se dessinait. Cette solitude lui parut incroyable, presque irréelle. Le cordon de dunes le coupait de tous regards vers les terres. La mer était vide de toutes embarcations. Aucune trace dans le ciel du passage d’un avion.

 

Seul au monde.

Seul.

Non, il n’était plus seul.

Il ne le serait plus jamais.

Un texte admirable.

Par Le 09/09/2013

Sur le site IPAGINATION.

TEXTE DE JACQUELINE WAUTIER


http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/tete-de-bois-par-jacqueline-wautier


Tête-de-bois

Par Jacqueline Wautier, Le 09/09/2013 à 11:09

C’est un petit soldat digne     – Digne ? Digne !

Quoi qu’il fasse, il le fait jusqu’au bout.

Quoi qu’on lui ordonne, il obéit à tout.

Sourd à lui-même comme à ses peines, jamais il ne proteste ;

Dur à la tâche et sans relâche, toujours il se presse.

Volonté et courage constamment l’emportent ;

Application et soumission sans frein le portent.

 

C’est un petit soldat digne     Digne ? Digne !

C’est un petit soldat seul       – Seul ? Seul !

Mais il est fier de son caractère bien trempé.

Fier de sa force sans lâcheté ;

De sa vaillance sans errements ;

De son obéissance sans tourments.

Si ses amis l’appellent Tête-de-bois, ils en parlent en baissant la voix.

 

C’est un petit soldat seul        – Seul ? Seul !

Sur les champs de batailles, dans les prés sans semailles, sous les pierres et grenailles, il sera fort.

Des batailles en pagaille aux semailles de tripailles, pris sous les feux et mitrailles, il sera sans remord.

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Un jour arrive son matin, débute son combat : il reçoit fusil, bottine et gros barda.

Son chef lui dit :

« Plein feu sur l’ennemi    – ils n’ont pas le même habit !

Haro sur les mécréants     – ils n’ont pas le même accent !

Droit sur les sauvages       – ils vivent sur d’autres rivages !

Sus aux vauriens              – ils ne mangent pas le même pain !

Malheur aux voleurs        – ils n’ont pas les mêmes valeurs !

Mort aux hommes-chiens – ils ne nous ressemblent en rien !»

 

Il s’en va ainsi vers une guerre sans rime dont il ignore la raison.

Une campagne pour des prunes qui nourrit tant de rancunes ;

Un conflit de malheurs où l’on perd la raison.

S’en va mener le combat des autres qui en attendent fortune ;

Faire une guerre immonde où l’on meurt pour de bon.

 

Pourtant, sous son habit étrange, l’ennemi a les mêmes tourments ; et derrière leur accent étonnant, ceux que l’on dit mécréants perdent pareil sang.

En outre, maisons de terre, maisons de toile, les sauvages se lèvent au même matin ; aussi, galettes blanches ou pains gris, les vauriens souffrent semblables chagrins.

Au vrai et de source sûre, terre commune ou privée, voleurs ou possesseurs tremblent des mêmes peurs ; et  blanc délavé ou noir appuyé, chiens fuyants ou chats dormants, les humains connaissent un sort équivalent.

Car tous les hommes connaissent la même mort.

Toutes les âmes, toutes les humeurs, qu’elles chantent en ut, qu’elles chantent en ré, qu’elles pensent dans leur langue ou dans la tienne, partent d’un même cœur, d’un même esprit…

 

------------------------------------

 

C’est un petit soldat las        – Las ? Las !

Et par une nuit trop noire où se perdent les espoirs, sous la futaie il s’allonge et dans l’herbe se repose.

Cependant, en ce sommeil lourd qui oublie le temps pour gommer le désespoir, une énorme araignée tisse sa toile autour de ses pieds alignés ; elle fait tant et si bien, se démenant sans fin, que le héros reposé ne peut bouger ni le doigt ni la main :

– Pourquoi donc me ficeler de la sorte, demande-t-il, tout chagrin ?

– Tu étais sur mon chemin, répond-elle l’air malin.

– Est-ce là raison suffisante, petite insolente ?

– C’est la raison du plus fort, soldat qui dort. Ou peut-être ton destin ? Hasard et circonstances jouent souvent notre sort à la croisée des chemins. Pour tisser je suis née, pour combattre tu es fait.

– Absurde… ronchonne le guerrier solidement ligoté.

– Sais-tu, reprend-elle l’air taquin, pourquoi tu as combattu ces hommes à toi semblables, soldat implacable ?

– Ce sont les ordres, vilain cloporte…

 

L’araignée se tait ; continuant son labeur et consolidant son œuvre.

Enfin, satisfaite, elle s’endort avant que sonne l’heure.

Notre soldat se tient coi, surpris ma foi par cette situation inédite.

Et longtemps il médite sur ce hasard curieux qui l’a livré à ce tisserand bizarre   –réfléchissant à ces questions dignes vraiment que l’on cogite.

Ainsi pensant, il ne voit pas venir à lui une souris hilare :

– Qu’as-tu, soldat sans gloire, pour rester sur ce grabat digne d’un loir ?

Il tressaute, louche, et découvre, béat, l’animal sur son bras :

– Peux-tu m’aider ?

– Assurément, je le peux : en deux coups de dents tu seras délivré, prêt à l’élan !

 

Les souris rongent avec entrain, c’est connu d’avant guerre.

Un coup par-ci, trois par là, et voici libre le fada qui, de surprise, en reste sur son derrière.

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Qu’il ait rêvé, qu’il ait pensé, nul ne le sait ; mais c’est un petit soldat libre désormais        – Libre ? Libre !

Enfin il a compris : hasard ou aléas font le rival ou l’ami.

Enfin il a saisi : au soleil comme à la pluie, le malheur seul est ennemi.

Quoi que l’on dise, quoi que l’on veuille, du nord ou du sud, le deuil toujours nous réunit : tête nue ou corps voilé, la mort sans distinction nous engloutit.

Même une souris l’avait compris, la vie n’a pas de prix…

Même l’araignée lui avait suggéré, l’homme seul a de la valeur.

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C’est un petit soldat libre     – libre ? Libre !

De cette aventure il ne garde nulle blessure, mais de l’essentiel il a pris la mesure.

 

C’est un petit soldat tendre   – Tendre ? Tendre !

Quoi qu’il fasse, il le fait tout doux.

Quoi qu’on lui demande, il réfléchit à tout :

Aux déraisons de la raison quand elle oublie le sens de ses interrogations.

Aux questions qui restent en suspension quand des parenthèses étouffent les émotions…

 

C’est un petit soldat heureux  – Heureux ? Heureux !

Il s’émerveille de tout, de tout…

De la saveur du temps et du goût du vent.

C’est un petit soldat joyeux, et toi ?

 

Ce texte est extrait du recueil "Contes et fables d'une Terre presque ronde", Edilivre

 
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