Articles de la-haut
7) La GTMC, les gorges du Tarn
Réveil à 7h, départ une heure plus tard. Il faisait déjà chaud.
Il fallait bien qu'on prenne "LA" galère dans ce raid ^^ On a été servi...
Du Col de Finiels, on est descendu par des pistes magnifiques, des hameaux perdus dans des paysages somptueux.
On est arrivé à Pont de Montvert, remonté au col du Sapet, très grosse chaleur, un beau col bien roulant sur douze kilomètres.
On s'est un peu perdu en descendant sur Florac. Obligés de remonter à l'intersection qu'on avait loupée... J'ai trouvé une paire de patins de freins dans le seul magasin de cycles du parcours, les miens étaient "carbonisés" et on s'est lancé dans le chemin de la rive gauche du Tarn pour éviter d'emprunter la nationale très encombrée à cette époque de l'année...

C'est là que ça s'est gâté...Au lieu de longer la rivière, le chemin montait dans la falaise, des passages très "cassants", une succession de montées et de descentes, raides, aucun répit, un sentier étroit, deux cents mètres au-dessus de l'eau, un beau ravin qu'on évitait de regarder...Rester concentré, appliqué à chaque passage. On est rentré dans la gorge vers 17 heures, on en est sorti à 20h45...Complètement "cuits"...

On pousse, on pousse...Une chaleur de four solaire.
On a trouvé un bout d'herbe au bord d'un terrain cultivé et on s'est posé. On s'est aperçu le lendemain matin qu'on avait dormi à cinq mètres du panneau "terrain privé"...
6) La GTMC, les Monts de la Lozère
On quitte la Margeride en montant au Col de la Pierre Plantée puis on descend sur Bagnols les Bains. Evidemment, après être descendus dans une vallée, il faut remonter en face...C'est la montée aux Sagnoles par la route au début puis un chemin raide et caillouteux jusqu'à l'arrivée sur la ligne de crête. Changement de paysages à nouveau. On retrouve les forêts de résineux et les longues "chevauchées" sur le fil des sommets.

On passe à la Croix de Maître Vidal.

http://karineandco.over-blog.fr/article-la-legende-de-la-croix-de-maitre-vidal-en-lozere-100163204.html
Maitre Vidal était un gros éleveur de moutons ; chaque été il séjournait sur le mont Lozère pour faire paitre ses bêtes et il s'éprit d'une jeune fille du hameau voisin des Sagnes et lui fit une cour assidue. A la fin de la belle saison il s'attarda sur les hauteurs malgré les avertissements de ses bergers .Il se fit surprendre par le mauvais temps et périt dans une grosse tempête de neige.
Ses chiens trouvèrent refuge dans un amoncellement rocheux qui surplombe l'étang de Barrandon, ils survécurent à l'hiver mais la faim les rendit fous.
Ils donnèrent le nom à ce lieu qui s'appelle aujourd'hui le Roc des chiens fous.
La légende dit qu'au printemps suivant une jeune femme des Sagnes prit les habits noirs d'une veuve et les garda jusqu'à la fin de sa vie.

5) La GTMC, le massif de la Margeride
Filmer avec la main droite et piloter uniquement avec la main gauche, c'est compliqué dans ce genre de terrain :))
On roule vers la Margeride. Il nous faudra un autre bivouac pour y arriver. On remonte la vallée de Malzieu et il s'agit vraiment de la "remonter" !!! Gros dénivelée !On va jusqu'à St Eulalie après avoir dépassé la réserve des bisons d'Europe. On s'installe sur le GR qui part en direction du col des trois soeurs.
http://www.bisoneurope.com/
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On aime infiniment ces montagnes et ces plateaux de la Margeride. On les avait déjà parcourus avec nos trois enfants, à vélo et à pied.
Il pleut toute la nuit, mauvais sommeil avec le vacarme sur la tente, tonnerre et vent. On sort le matin dans une nature trempée. Petit déjeuner avec les gants et le bonnet, la veste et la polaire. Une chute impressionnante de la température ! On plie la tente et on prend la piste. La brume est accrochée aux sommets des sapins. Ambiance feutrée, pas de chants d'oiseaux, le vent est tombé, l'horizon est bouché. Des flaques sur la piste, de la boue dans les ornières. Les forestiers sont passés avec leurs engins. Début d'étape difficile.

On arrive au col de la Baraque des Bouviers par des pistes de ski de fond puis au Col de la croix de Bor. La forêt a été dévastée par un insecte xylophage puis par la tempête de décembre 1999. A l'époque, le paysage était apocalyptique...
C'est effectivement une immense "trouée" dans la forêt, comme une tranchée qui aurait été creusée par de gigantesques engins de chantier...Des plantations ont été effectuées. La forêt reprend sa place peu à peu.
Malgré les températures assez basses, l'effort est suffisamment intense pour qu'on roule en tee-shirt.^^ Chemins étroits et techniques, pas beaucoup de place parfois pour le passage des sacoches, les bordures de champs sont fermées par des fils barbelés...Il faut être attentif et anticiper, garder juste assez de vitesse pour ne pas s'arrêter et pas trop pour ne pas finir accroché comme un poisson...
Voilà le petit panneau qui sert de guide visuel. Pas toujours facile à trouver, parfois effacé par les effets du temps, parfois caché par des buissons ou tombé au sol...

Le soleil revient doucement mais on ressent la fatigue de notre mauvaise nuit...Le lac Charpal arrive à point nommé.
Le bivouac.

On ne s'en lassera jamais. ( Dans la réalité, c'est parfaitement horizontal ^^)


Retrouver le lac Charpal était un bonheur immense. Incroyable comme en quinze ans, rien n'a changé. Le parking au niveau du barrage a été légèrement aménagé. Trois camping car, cinq voitures, en pleine journée, toujours ce silence et ces paysages de Laponie...La tente posée à quelques mètres de l'eau, une baignade le soir, la lumière du crépuscule, plus personne...Et puis le lever au matin avec huit degrés extérieur. Sortir du duvet, allumer le réchaud, se faire un café chaud, ranger le campement et reprendre la route.
Que du bonheur.
L'histoire du lac Charpal l'est tout autant :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_de_Charpal
Histoire
À l'issue de la Première Guerre mondiale, les autorités militaires françaises auraient sélectionné les montagnes de la Margeride pour dissimuler un dépôt de munitions sous-lacustre. C'est ainsi que l'on explique la construction entre 1923 et 1929 d'une ligne de chemin de fer d'une quinzaine de kilomètres destinée à acheminer dans un premier temps les matériaux nécessaires à la construction du barrage et, dans un second temps, les munitions à immerger. L'absence de documents officiels concernant la construction de la ligne conforte l'hypothèse militaire ; néanmoins, le fait que la ligne ait été déferrée dès 1938 – une fois le barrage construit – laisse supposer l'abandon du projet. Desservant la rive sud du lac au moyen d'une bifurcation de la ligne transversale lozérienne à hauteur du hameau de Larzalier (commune d'Allenc), elle aurait été l'une des lignes les plus hautes de France. Une partie des emprises est aujourd'hui un point de passage du GR 43. Outre divers déblais et remblais, les principaux indices encore visibles de cette ligne sont le poste d'aiguillage de Larzalier et la maison de garde-barrière sur la N 88, à hauteur du col de la Pierre Plantée – deux bâtiments partiellement en ruine1,2.
Aspect touristique
Le pourtour du lac a été aménagé pour la balade touristique, offrant ainsi aux marcheurs une boucle de 9 kilomètres, où certaines portions se font sur des ponts en bois. Cet aménagement a été réalisé par la communauté de communes de la Haute Vallée d'Olt.
Mais la popularité du lac lui vient du fait qu'il est le plus grand lac de pêche au brochet no-kill de France3. Le site est également très dépaysant du fait des grandes étendues boisées qui entourent le lac et qui confèrent à l'ensemble une ambiance très canadienne.
Je connaissais depuis longtemps ce lac.Une étape dans ma vie.
Il apparaît dans un de mes romans :
"Jusqu'au bout".

"Direction « lac de Charpal. »
Il s’engagea sur la route étroite. Aucune habitation. Cinq kilomètres de longues courbes encadrées par des peuples de pins. La lumière matinale s’étendait comme une marée câline, sans vague, ni courant, juste une nappe gigantesque, tendue comme un tissu d’aquarelles. Elle rasait le sommet des épineux. Des paysages scandinaves. La palette de couleurs l’hypnotisait. Infiniment joueur, le soleil, comme un rouleau de peinture insatiable, nuançait les teintes, cendrait les crêtes, enflammait les fûts, des parcelles s’embrasaient, d’autres coulaient dans l’ombre. Ces changements incessants donnaient au paysage l’impression étrange de mouvance. Comme des risées sur l’océan.
Enfin, la pente s’atténua et il déboucha sur un immense parking. Un barrage à l’extrémité du lac. Des chemins suivaient le bord de l’eau. D’autres disparaissaient sous les arbres.
Il coupa le moteur mais dans son crâne l’écho mécanique perdura comme un écho qui s’épuise. Il balaya le paysage, lentement, avec délectation, hésitant presque à sortir. Mettre un terme à la complicité qui l’avait uni à la cabine, au volant, à l’odeur chaude du moteur, au ronflement des pièces. Il éveilla dans ses muscles des contractions libératrices, des volontés de mouvements. Il attrapa la poignée de la porte et il descendit.
Plongeon dans le silence. Comme s’il était entré dans un bain. La paix qui coule sur la peau de son visage, se mêle à ses cheveux, glisse sous ses habits. Respiration suspendue.
Il s’appuya contre le pare-chocs avant et reprit son souffle. Rien. Il n’y avait absolument aucun bruit.
Bruit.
Le mot lui-même ici semblait privé de sens.
La limpide tranquillité ruissela en lui comme une divine liqueur et nettoya son corps de la fatigue de la route.
Il marcha vers la surface chatoyante du lac. Le crissement de ses pas sur le goudron gravillonné remplit l’espace comme un affront. Il essaya de se faire léger. Il rejoignit l’herbe avec soulagement. Comme tout promeneur au bord de l’eau, il eut envie de lancer une pierre mais il pensa aussitôt que le lac se briserait comme un miroir. Ce silence incroyable n’était que la peur terrible du lieu, que le souffle retenu de chaque plante devant l’ennemi absolu. Il imagina autour de lui des regards inquiets. Il s’assit délicatement sur une grosse roche lisse et ronde, caressant doucement le poli de la pierre. Devant lui, la surface immobile de l’eau. Une image arrêtée, un plan fixe suspendu dans le temps. Une paix indéfinissable.
Un sanctuaire. Les hommes s’étaient égarés en donnant ce rôle suprême à leurs dieux et à leurs églises. Oubliant que tout était là devant leurs yeux salis. On apprenait aux enfants à respecter un crucifix et on les laissait cueillir des fleurs. Mais sur chaque fleur arrachée, le grand corps de la nature était cloué. Et personne ne le pleurait.
Le silence du monde comme une tristesse, la détresse de la trahison.
Il retourna au fourgon et le rangea le long des arbres. Face au lac. Les mains posées sur le volant.
Le chant solitaire d’un oiseau, dans le secret des branches. Aucune réponse, aucun échange, absence de partenaire. Et pourtant cette ritournelle pétillante, cet amour de la vie. Sans intention. Un bonheur qui déborde.
La chaleur dans son ventre, un sourire qui se dessine. Un flot d’émotions qui se déverse. Comme une joie partagée.
Il avait délaissé le bonheur. La vibration dans la poitrine, cet embrasement irraisonné. Il avait associé la vie à des missions assumées, le sens de son existence à des défis achevés. Comme si les actes humains offraient à la vie une raison d’être. L’oiseau n’avait pas ces tourments. Il chantait simplement.
7h30.
Quand il enleva les rideaux isothermes des vitres, il vit le fourgon vert. Il avait dû arriver pendant la nuit. Il n’avait rien entendu.
Il s’habilla et sortit. Un grand sourire dans l’âme. La température était fraîche mais le bleu limpide du ciel annonçait une belle journée. Il avança vers le lac. L’eau qui se reflétait dans la passivité immobile du ciel n’esquissait aucun mouvement. Les couleurs, selon l’intensité de la lumière, éclataient de jaune ou sombraient dans le vert. Les parties terreuses et les zones rocheuses qui tapissaient les fonds dispensaient à la surface les teintes qui leur convenaient.
En arrivant sur la rive, il regarda l’extrémité du lac et aperçut deux silhouettes, debout au bord de l’eau. Apparemment nues. Elles avancèrent et plongèrent sans aucune hésitation. Il trempa une main et put juger de la témérité des deux nageurs. Ils ne semblaient pas souffrir du froid en s’éloignant du bord.
Intrigué, il s’assit et les suivit des yeux. Leur baignade dura dix bonnes minutes. Ils sortirent enfin et s’essuyèrent mutuellement. Ils s’habillèrent et, en courant, disparurent dans les bois.
« Une sacrée santé. »
Il retourna au fourgon et prépara un café.
Dépité. Ils étaient deux. Il aurait pu être avec Nolwenn. Cette communion idéale à Pen Hir. Cette passion du sport, d’un corps aiguisé. Cette osmose de pensées.
Il avait tout brisé.
Le dégoût.
Puis la colère.
Pas ici. Il devait passer à autre chose, retrouver le bonheur de la vie. Il pensa à l’oiseau dans les frondaisons. Chanter pour soi et honorer l’existence.
Décrocher le vélo, enfiler le cuissard, gonfler les pneus, déplier la carte, chercher l’itinéraire.
Il s’engagea sur le sentier qui disparaissait à l’extrémité du lac. Sac à dos, un pique-nique, une serviette de bain et un livre. L’herbe grasse des clairières, les couleurs éclatantes des résineux, la transparence de l’air, les jeux d’équilibre sur les chemins bosselés ou caillouteux, les croisements qu’il fallait repérer sur la carte, les souffles puissants qui jaillissaient de ses poumons, le rythme endiablé de ses jambes, les battements rapides de son cœur, la chaleur dans ses muscles, le florilège incessant de sensations diverses. Il se surprit à rire en dévalant un sentier raviné. Il roula sans s’occuper du temps écoulé. Le corps en alerte. L’esprit suspendu.
La faim le fit s’arrêter au bord d’un ruisseau agité. L’eau cascadait sur des dalles usées, s’étalait dans des marmites érodées, bouillonnait et repartait de plus belle. L’appel était si fort qu’il se déshabilla et descendit dans le courant. Le froid, comme un étau gigantesque saisit son corps et l’enferma dans une contraction totale. Le souffle coupé, il s’élança au milieu d’un remous tourbillonnant, au pied d’une chute verticale. Il nagea en soufflant violemment, cherchant à libérer ses muscles de l’étreinte glacée et se glissa sous l’avalanche liquide. Il fut surpris du poids de l’eau tombant sur ses épaules et ressortit du flot. Il rejoignit le bord et s’effondra sur sa serviette.
Des picotements merveilleux déboulèrent de toutes parts, excitant les fibres musculaires.
Il s’abandonna avec délice à cette vie superbe et concentra ses pensées sur chaque partie de son corps, passant des pieds aux épaules, de la nuque aux cuisses. Ce désir de développer le contrôle de ses sensations et de ses pensées, de plonger plus profondément dans le secret du calice. Il sortit le livre de Nietzsche et y chercha des balises.
Les caresses du soleil l’entraînèrent peu à peu dans une somnolence apaisante. Il posa le livre. Il finit par ne plus sentir les mouches et les autres insectes qui le chatouillaient. Un étrange éloignement de lui-même s’installa, une perte de sensations physiques, remplacée par une légèreté de son esprit, une évanescence progressive qui le conduisit sans effort, sans y penser à une béatitude féerique. Il crut discerner, volant autour de lui, des lucioles insaisissables. Il s’aperçut alors qu’il avait déjà fermé les yeux et que ces papillons virevoltants s’animaient en lui. Il s’en amusa et essaya de les suivre mais sitôt que ses regards s’en approchaient, ils disparaissaient pour rejaillir plus loin. Impossible de les distinguer clairement. Il abandonna et les lucioles s’évanouirent. Immédiatement, une clarté absolue, une blancheur transparente gonfla, jusqu’à occuper tout l’espace intérieur. Comme une galaxie en extension. Une soudaine excitation l’enflamma et immédiatement la lueur métallique s’éloigna, vite remplacée par une ombre pesante. L’impression d’avoir perdu le contact …
Une mouche le piqua sur la cuisse. Il bougea la jambe et ouvrit les yeux. Aussitôt, il entendit le chant joyeux des cascatelles, il distingua dans la jungle des brins d’herbe des chevauchées d’insectes minuscules, il surprit sur sa peau le frôlement délicat d’une brise légère. L’écrasement de son corps, la lourdeur de cette masse inerte et la dictature de ce foisonnement d’impressions engloutirent définitivement la lumière aperçue. Une déception bien connue lui monta à la bouche. Toujours cette approche mystérieuse, cet évanouissement physique et cette montée en puissance d’une vision intérieure. Douloureusement interrompue. Cette fois, pourtant, il en avait senti les effluves, comme un parfum de clarté. Il essaya de retrouver à quel moment le contact s’était rompu. Il pensa que l’excitation en était responsable. Trop de précipitation. Cette découverte l’enthousiasma. C’était le premier progrès réel. Puisqu’il ne savait pas déclencher ces éblouissements, il pouvait au moins essayer d’y naviguer et de ne pas sortir du courant.
Il reprit son vélo. Un ravissement inhabituel l’accompagna jusqu’à la fin du parcours. Ce n’était pas simplement la joie d’éprouver ses forces, ce bonheur là, il le reconnaissait depuis longtemps, mais plutôt une félicité intérieure, une exaltation intime et modérée. Une sensation durable, quelque chose qui ne risquait pas de brûler follement, de se consumer sans retenue. Il pensa même qu’il pourrait maintenir un jour cette nouvelle conscience. Mais il abandonna rapidement cette prétention. L’humilité était la source d’où jailliraient un jour la découverte et l’équilibre. Une certitude."
4) La GTMC, vallée de la Haute Truyère
Descente en vallée, passage à St Flour, une "grande" ville au regard de ce qu'on a connu jusque là. La circulation, départementales, le bruit des voitures et puis rapidement le retour à la nature. On s'engage dans la vallée de la Truyère. Il fait très, très chaud...On décide de changer l'itinéraire et d'aller dormir au bord de l'eau avant de monter dans le massif de la Margeride. On pousse l'étape à 77 km pour retrouver le silence.
Le château de Sailhant.

Les gorges de la Truyère. On trouvera notre bivouac au bord de l'eau.
Une fraîcheur bienvenue après cette longue étape caniculaire.
Les lieux sont quelque peu fréquentés et on se heurte une nouvelle fois à la dégradation de la nature. Premier ennemi qui nous assaille à chaque fois dans ces sites de baignade ou de promenade : les excréments. Il y aurait de quoi écrire une thèse. "La psychologie du pipi-caca". Evidemment qu'on fait nos besoins dehors pendant un raid mais je mets au défi quiconque de retrouver une seule trace visible de nos excréments. Ils sont enterrés. Je ne comprendrai jamais ces gens qui posent leur étron ou leur pipi sur les bords des chemins, les affublent de monceaux de papier hygiénique et s'enfuient en courant.
On peut trouver plusieurs explications :
Ils ont peur d'être surpris les fesses à l'air dans une attitude qu'ils jugent honteuse. Mais alors, dans ce cas-là, il leur suffirait de faire comme nous : choisir un endroit hors de vue. C'est très facile à trouver en cherchant cinq minutes. Ils ont sans doute peur de faire une mauvaise rencontre, un serpent, un sérial killer, un voyeur, un moustique...Je ne sais pas trop en fait...La nature est dangereuse sans doute alors on pose ses besoins sur le chemin...
Ou alors, ils ont des problèmes d'encoprésie et d'énurésie...Et bien dans ce cas-là, la population française est très malade au regard des déjections que l'on trouve...
Il peut s'agir aussi d'une honte personnelle au regard de ses propres excréments. Dès lors, il leur est impossible de prendre le temps de les recouvrir ou mieux encore de les enterrer...Porter un simple regard sur un caca odoriférant les révulse, même s'il s'agit du leur et ils sont incapables d'imaginer ce qu'il en sera pour ceux et celles qui tomberont dessus.
Finalement, ils me font penser à ces vaches des hauts plateaux qui posent leur bouse sans se soucier le moins du monde de tout ce qui les entoure. On ne peut rien reprocher à ce bel animal. On ne va pas lui demander d'avoir mauvaise conscience...
Qu'en est-il de ces humains qui fuient cet acte de vandalisme et reprennent leur promenade ?
Personnellement, je leur tremperai bien le nez dedans comme on fait à un chaton ou à un jeune chiot.
"Dis-moi où tu fais caca et je te dirai qui tu es".


3) La GTMC, massif du Cézallier
Une lecture très instructive sur wikipédia.
http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9zallier
Le massif du Cézallier, qui peut aussi s'écrire Cézalier (en auvergnat Sejalyé), est un plateau volcanique français situé dans le Massif central, entre les monts Dore et les monts du Cantal. Il est partagé entre deux départements : le Puy-de-Dôme et le Cantal.
L’altitude moyenne du massif est située entre 1 200 et 1 500 m. Le point culminant du massif est le signal du Luguet (1 551 m).
Un magnifique massif que nous ne connaissions pas, des paysages extraordinaires, un silence impressionnant. Immensité des plateaux.
Le village de la Godivelle avec ses deux lacs, un de formation volcanique et l'autre d'origine glaciaire. Une longue traversée des plateaux puis une montée au col de Charmouroux...D'abord par la route
On vient du fond, de tout en bas...

On a rempli les gourdes au dernier hameau, on a le repas du soir dans les sacoches, il ne reste qu'à trouver un endroit pour planter la tente.
De "l'art" de cacher la tente et de se mettre à l'abri du vent dans un des seuls petits bois du secteur vers le buron de Paillassère.

Vivre là-haut réclame un amour de la solitude, des terres rudes, des hivers rugueux. Très peu de villages et de hameaux. Sur une carte régionale, le massif est représenté par un espace "blanc"...Une terre "vide" et pourtant qui nous "remplit"...
L'immensité...Et toujours des montagnes au loin, comme un appel irrésistible, ce désir maintenu d'avancer encore un peu, cette promesse de nouvelles découvertes.

J'ai tellement aimé ce massif que je m'en suis servi pour un de mes romans :
On s'arrête côte à côte parfois, on regarde la carte, on échange les avis, on demande si ça va, on mange quelques fruits secs et on repart...Chacun dans sa perception du présent et heureux du bonheur de l'autre.
2) La GTMC, chaîne des Puys
Nous sommes montés vers Laschamps puis Orcival le premier jour. Gros dénivelée dès le premier jour. On connaissait déjà toute cette chaîne des Puys mais c'est toujours un grand bonheur de retrouver ces paysages. Les chemins en forêts sont praticables même avec les sacoches et les passages près des lacs sont enchanteurs. Puy de Mercoeur, Lassolas, Puy de la vache, Montjugeat, lac de Servières ensuite puis passage à Pessade. Premier bivouac à Orcival. Passage au lac Chambon et deuxième bivouac à St Victor la rivière.

Ravitaillement à Besse St Anastaise puis le lac Pavin et le lac de Moncineyre.
Une étonnante rupture au regard du temps et de l'espace dès le deuxième jour. La variété des paysages et les heures qui défilent sur le vélo...Cette conscience que notre vie quotidienne dans l'année se déroule dans un espace très limité, comme une boucle, maison, travail et sur un rythme très cadré, régulé. La perception de l'espace est conditionnée par la gestion du temps. En raid, le fait d'avancer sur une ligne et non dans une boucle change radicalement la perception du temps. Au bout de deux étapes, on commençait déjà à perdre la notion des jours, des dates, l'impression de rouler déjà depuis bien plus longtemps. Les distances parcourues étiraient le temps...
La simplicité des actes contribue à cette transformation intérieure : lire la carte, pédaler, jouer avec le terrain, anticiper sur un passage technique, s'émerveiller, se fondre dans le silence, se concentrer sur la qualité du pédalage, user modérément des forces, ne jamais se mettre "dans le rouge", penser à la durée puis arriver à ne plus y penser, comme un leitmotiv qui s'installe peu à peu, laisser le corps guider son avancée, se dissoudre dans cette percpetion nouvelle du temps et de l'espace...Un pur bonheur qui nous surprend par la vitesse avec laquelle il s'installe.
Il est très facile finalement de se simplifier l'existence...Et de ne garder que l'essentiel. Etre dans le monde et avoir le monde en soi. Le silence joue un rôle considérable aussi. L'usage de la parole a un sens. Aucun bavardage. Juste les mots qui servent. Comme si ces immensités apportaient inévitablement la simplicité volontaire. Parvenir à s'extraire des boucles de pensées, cette rotation permanente des idées insoumises. Ici, la ligne de l'horizon qui s'étire engendre une cassure de ces cycles. L'implication physique génère un nettoyage. La sueur emporte les résidus de pensées. Et puis, parfois, on s'aperçoit qu'on ne pensait à rien et qu'il y avait en nous un sourire intérieur. Plénitude.
Le lac de Montcineyre. On y rencontré un groupe de randonneurs à pied, ils nous ont aidés à passer un joli bourbier ^^. Pousser les vélos en essayant de ne pas plonger les pieds jusqu'aux chevilles ou de coucher le vélo avec une sacoche dans la boue ! On a souvent été surpris par la facilité des rencontres et cette volonté des gens de nous aider. C'est étonnant d'ailleurs comme ils apparaissaient parfois tels des anges gardiens, pile au bon moment alors qu'on ne voyait personne pendant des heures !! Des inconnus qui se croisent et discutent et s'entraident parce qu'ils sont animés par le même amour des hautes terres.
On se souhaite bonne route et on replonge dans le silence et le ronronnement du dérailleur...

1) La GTMC, raid à vélo.
Un parcours magnifique, inoubliable.
De Clermont-Ferrand à Montpellier en passant par différents massifs, plateaux, vallées, gorges.
Nathalie et moi. Les sacoches sur les VTT. En autonomie : tente, duvet, vêtements, eau, nourriture, réchaud, gaz, etc...17/20 kilos pour moi selon la quantité d'eau transportée, 10/12 kilos pour Nat selon la nourriture du jour.
Un itinéraire qui suit le guide CHAMINA de la Grande Traversée du Massif central. Certains passages ardus, techniquement (descentes raides, caillouteuses) ou physiquement (portages) ont été remplacés par les routes départementales ou pistes forestières. On avait donc trois cartes IGN au 100/ème en plus des fiches du topo. Notre parcours doit comporter à peu près 70% de chemins pour 30% de goudron.
On a roulé douze jours, entre cinq et huit heures avec des étapes allant de 35 à 75 kilomètres.
650 kilomètres au total.
10 300 mètres de dénivelée positifs...Ca grimpe, ça grimpe...
Grosses chaleurs une bonne partie du parcours, une seule nuit sous la pluie, pas une goutte pendant les temps de pédalage. Une météo parfaite.
Nous n'avons rencontré que deux autres cyclistes en raid durant toute la traversée...
Il y a pour nous une distinction entre le terme de randonnée et celui de raid. La plupart des cyclistes se lançant sur ce parcours dorment en gîtes. Ils ne transportent donc que leurs habits. Aucune nourriture sinon celle du casse croûte de la mi-journée si rien d'autre ne se présente. Un lit et une douche tous les soirs. Il est évident que les conditions ne sont pas du tout comparables à celles d'un raid en autonomie. L'implication n'est pas la même et les effets sur la personne non plus...Aucun jugement de ma part sur la pratique de la randonnée !! Chacun fait comme il l'entend. Juste une précision.
En raid, nous n'avons aucun point de chute préétabli, tout dépendra de notre avancée, ce qui offre une liberté totale en même temps que d'autres contraintes. Il ne faut pas manquer les points de ravitaillement et dans certaines zones traversées, ils sont très rares ! Même chose pour les points d'eau...Et sous un soleil de plomb, chargés comme des bourricots, l'eau est un paramètre crucial...J'ai donc trois gourdes de 1 litre dans les sacoches en plus de nos 4 bidons sur les vélos. Tous les soirs, il faut penser à remplir ces trois gourdes avant le bivouac et en fonction des zones (Causses), il faut parfois le faire bien avant le dernier arrêt.
On cherche à bivouaquer près d'un ruisseau ou d'un lac pour pouvoir se laver. Sinon, on se contente d'une gourde pour deux. Usage de l'eau très restreint. Quand on pense à la quantité d'eau POTABLE utilisée dans une baignoire, c'est consternant...Un bidon d'eau est suffisant.

Exemple d'un bivouac: un chemin menant à un champ, l'herbe avait été coupée, on s'en est servi comme matelas supplémentaire en l'amassant avant de monter la tente. Grand confort ! On monte la tente uniquement en fin de journée et on démonte à 7 h le matin. Une règle d'or. Sauf si on sait qu'on est dans une zone totalement isolée. Aucun papier laissé sur place, ils nous arrivent bien souvent de nettoyer les lieux en arrivant...Pas de feu de camp. Pas de bruit.
Début de l'esquisse d'une éventuelle réflexion...
Actualité > France
Le coup d’envoi de la grande concertation sur l’école promise par le gouvernement, et qui devrait durer jusqu’en septembre, sera donné jeudi 5 juillet à la Sorbonne, à Paris.
Destinée à préparer la loi d’orientation qui sera soumise au Parlement à l’automne, cette démarche mobilisera les syndicats, les parents d’élèves, les chercheurs, les associations et les collectivités territoriales.
Des personnalités du monde éducatif nous ont livré leurs réflexions sur quatre des principaux thèmes inscrits au menu : les rythmes scolaires, la formation des enseignants, les missions des professeurs et l’éducation prioritaire.
Jean-Jacques Hazan : « Cinq journées allégées »
Président de la fédération de parents d’élèves FCPE
« Tout le monde s’accorde à dire que le rythme idéal est basé sur une succession de sept semaines de cours et de deux semaines de vacances. Il est temps d’appliquer ce principe. Cela passe par une légère réduction des vacances d’été, mais aussi par une remise en cause du zonage.
S’agissant du retour à la semaine des cinq jours en primaire dès la rentrée 2013, il faut sans doute, comme l’envisage le ministre Vincent Peillon, laisser les territoires décider s’il y a lieu de prévoir les cours supplémentaires le mercredi ou bien le samedi.
Il y a fort à parier que le choix se portera le plus souvent sur le mercredi. Dans ce cas, nous préconisons de répartir la classe sur cinq journées de durée égale, avec, pour chacune d’elles, un emploi du temps allégé : moyennant un accueil progressif, les apprentissages débuteraient plus tard et on ménagerait une pause méridienne de 2 h 30.
Cela implique de renforcer les liens entre l’école et les acteurs du périscolaire, les collectivités territoriales comme les associations. »
Patrick Demougin : « Des écoles supérieures du professorat »
Président de la Conférence des directeurs d’Instituts universitaires de formation des maîtres ( IUFM)
« Si la réforme de la mastérisation, intervenue en 2010, a produit des effets néfastes, il n’est pas souhaitable de revenir à la situation antérieure. En caricaturant un peu l’ancien système, on a souvent parlé d’une année de bachotage, centrée sur les disciplines, jusqu’au concours, suivie d’une année de surmenage, l’essentiel de la formation professionnelle étant concentré sur un an.
On a aussi critiqué l’ambiguïté des IUFM, qui n’étaient ni totalement universitaires ni parfaitement professionnels. Mais ces instituts présentaient l’avantage de faire collaborer des enseignants-chercheurs, des professeurs des premier et second degrés et des tuteurs présents sur le terrain.
Ils mettaient aussi en œuvre une alternance qui permettait aux jeunes professeurs d’être accompagnés au moment de leur entrée dans le métier. Il faut donc s’appuyer sur ces points forts pour bâtir les écoles supérieures du professorat et de l’éducation promises par François Hollande.
Ces structures doivent selon moi avoir pour mission de former les futurs enseignants dans le cadre d’un master. Elles doivent aussi embrasser tout le continuum de la formation, de la licence à la formation continue, sans exclure le doctorat, pour pouvoir se nourrir de la recherche en éducation. »
Sébastien Sihr : « Redéfinir la mission des enseignants »
Secrétaire général du SNUipp, principal syndicat du primaire
« En 2008, le rapport Pochard sur le métier d’enseignant montrait que les professeurs des écoles, dont le temps de service est de 27 heures hebdomadaires (24 heures d’enseignement, 2 heures de soutien personnalisé, 1 heure consacrée au travail en équipe), travaillent en réalité 43 heures par semaine. La préparation des cours, les corrections, les rencontres avec les parents sont autant de tâches essentielles qui ne sont pas prises en compte.
Il faut donc redéfinir la mission des enseignants, quitte à revoir les statuts de 2008 (NDLR : l’équivalent de ceux de 1950, qui régissent, dans le secondaire, les obligations de service des professeurs) . Pour mieux tenir compte de la complexité du métier, on pourrait envisager de réduire la durée du temps de service en classe en supprimant les heures consacrées au soutien personnalisé, dont l’efficacité est contestée, et en réintégrant ce dernier au sein du cours.
Pour cela, on pourrait notamment s’appuyer sur le principe du “plus de maîtres que de classes” qui devrait être appliqué dans les établissements qui en ont le plus besoin, grâce au recrutement, dès septembre, de 1 000 professeurs des écoles supplémentaires. »
Marie Duru-Bellat : « Repenser le ciblage des aides dans l’éducation prioritaire »
Professeur de sociologie à Sciences-Po Paris
« Créée au début des années 1980, la politique d’ éducation prioritaire affiche un bilan assez décevant. L’un de ses principaux défauts est d’avoir dilué les moyens : aujourd’hui, environ un collégien sur cinq est scolarisé dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP).
Il faut par conséquent revoir le ciblage, en se demandant s’il faut continuer à concentrer les moyens sur certaines zones ou plutôt, comme beaucoup le réclament, attribuer les aides à des élèves, quels que soient leurs lieux de résidence et de scolarisation.
Cette deuxième option permettrait de ne plus stigmatiser certains établissements avec l’étiquette ZEP mais elle aurait peut-être pour effet de renoncer à la lutte contre les inégalités entre territoires.
Il faut en tout cas avoir conscience que les principaux leviers d’action utilisés jusqu’ici – primes incitatives pour les enseignants qui vont enseigner dans ces zones et réduction de la taille des classes, avec en général deux élèves de moins que la moyenne nationale – ont été peu efficaces.
Si l’on veut des résultats, il faut réduire plus significativement la taille des classes en CP, notamment, au moment où se font les apprentissages fondamentaux. »
Couper le cerveau
De l'intérêt du sport...Tout ce qui devrait être enseigné au enfants. Les émotions, l'observation de soi, la connaissance des fonctionnements internes, la maîtrise comme l'objectif suprême. Au lieu de ça, on s'obstine à remplir l'individu de données extérieures. Une fois que l'individu s'est perdu de vue et ne regarde plus que la quantité de données absorbées ou son incapacité à le faire, le mal est fait. Dans un sens comme dans l'autre parce qu'il s'est identifié à ce contenu...
Schuh : «Couper mon cerveau»
http://www.lequipe.fr/Tir-a-l-arc/Actualites/Schuh-couper-mon-cerveau/294470
Bérangère Schuh première médaillée des Jeux de Pékin, dans l'épreuve par équipes, sera présente à Londres. (AFP)

Sophie DORGAN
Ils vont partir
Fin de l'année scolaire. Mes élèves vont partir. Ils entrent au collège. Je les ai vus grandir, évoluer, je les ai accompagnés. Ils ont changé. Certains beaucoup, d'autres très peu. Je ne sais pas ce qui restera en eux de ces dix mois de classe. Je sais par contre ce qui les attend...
L'enseignement tel qu'il est pratiqué est un apprentissage de l'absence dès lors que le retour vers soi est nié. L'intention d'un enseignant est de former l'enseigné à une réponse mais sans que le fonctionnement inhérent à cette réponse soit analysé. Il s'agit bel et bien d'une violence parce que l'enseigné subit un apprentissage dans lequel il n'existe pas mais qui est destiné à lui donner une certaine existence : une existence qui correspond à ce que l'enseignant attend. Il n'est pas question pour l'enseigné de "se" connaître mais juste de connaître. C'est le combat entre l'avoir et l'être.
"J'ai la bonne réponse mais je ne sais pas qui connaît la réponse.Je ne suis pas celui qui connaît mais celui que l'enseigné à former à savoir. "
L'enseignement est une camisole de force dès lors qu'il n'est pas initialement porté par le développement existentiel de l'enseigné. Et il ne faut pas s'étonner que les enseignés finissent par se rebeller contre l'autorité qui enseigne. Si l'enseignement ne conduit pas l'enseigné à oeuvrer à sa propre connaissance mais uniquement à une connaissance technique, de quelque ordre qu'elle soit, il ne s'agit que de la possibilité donnée aux enseignants de se conforter dans l'accomplissement d'une tâche cognitive et les enseignés qui n'y parviennent pas deviennent des résistants qu'il faut forcer à la soumission.
L'enseignement est un acte violent à travers lequel l'absence des enseignés est réclamée. Une absence existentielle. Chaque individu possède une nature. Dans une classe d'école primaire, ces individus sont des enfants. Leur fonction est d'être élève. Si la fonction prend le pas sur la nature et finit par s'imposer comme une identification, l'enseignement agit en sorte que l'élève soit présent et l'enfant absent. Il est indispensable d'établir une distinction extrêmement claire entre ce que l'enfant fait et qui correspond à une fonction provisoire et sa nature d'enfant. Si cette nature est bafouée parce que la fonction le condamne à porter une étiquette qui peut se révéler dévastatrice au regard de l'enseignant, l'enfant n'est plus.
Cette violence-là est éminemment destructrice.
L'énorme problème posé par les enseignements programmés, c'est justement qu'ils sont programmés. Impossible d'y échapper. Dès lors, il est absolument vital de les accompagner d'une démarche existentielle, philosophique, un regard intérieur, un ancrage sur le réel et non seulement sur cette réalité rapportée. Le réel est intérieur, la réalité est extérieure. Si cette réalité s'impose, il est évident que se posera un jour ou l'autre de savoir qui est "réellement" là. L'enfant ou l'élève. S'il ne reste que l'élève et que l'enfant n'a fait que subir et se conforter aux apprentissages, c'est une perdition de soi qui s'est jouée pendant des années.
Que reste-t-il de nos enfants quand ils quittent le système scolaire ? Ont-il perdu en cours de route l'être réel ? S'est -il métamorphosé en diplômé ? Mais qui est diplômé ? Juste un élève ou un individu éveillé à soi ? Qu'a-t-il appris sur lui ? Juste qu'il a été un bon élève ? Et maintenant que se termine cette perdition de soi, comment va se dérouler la suite ? Et bien, le désastre continuera mais en étant salarié...Etre payé pour se perdre...Mais se réjouir de pouvoir enfin consommer et d'apaiser les douleurs...Parce qu'elles sont toujours là les douleurs. Fossilisées. Et elles sont rentables, elles participent à la croissance puisqu'il faut bien les taire. Consommer, consommer, s'agiter, appréhender la réalité proposée en s'illusionnant de certitudes.
Le conditionnement de l'enfance a fini son oeuvre.
L'adulte est là.
Et puis parfois, la bombe des émotions ravalées explose. La réalité n'est plus qu'un cauchemar et l'être réel est mort. Il a tout perdu. La réalité et le réel. Il n'y a plus rien. Crise économique, crise amoureuse, crise familiale, crise professionnelle...Toutes les étiquettes se déchirent. Il ne reste que la haine, la violence, la folie, le fanatisme, l'errance. Plus aucune estime de soi puisque la réalité est un cauchemar et que l'individu ne se croyait exister qu'à travers cette réalité. Le mal est fait. Il ne reste qu'à le propager. Plus aucune estime pour les autres. Et c'est alors que faire du mal finit par faire du bien. Tout a volé en éclat. Plus aucune valeur humaine puisque cet être réel est mort depuis longtemps.
Je suis effaré parfois d'imaginer que parmi les enfants que je croise, il y aura peut-être un adulte assassin. Car tous les assassins ont été enfants, élèves, étudiants, diplômés, salariés ou "cancres" et chômeurs. Cette réalité qui est imposée à chaque individu est un champ de batailles. On y trouve les armes, on apprend même aux enfants à s'en servir. La compétition, la comparaison, le classement, l'honneur ou l'humiliation.
Et je vis là-dedans depuis trente ans. Je croise des vies pendant dix mois de classe. Pendant dix mois, je tente de dresser devant eux le miroir de ce qu'ils sont, l'horizon de ce qu'ils veulent être. Non pas dans la réalité mais dans le réel.
Et je continuerai à oeuvrer pour ce réel. Nature et fonction. Jamais dans l'ordre inverse.
Consommateurs de "connaissances"
Alors voilà donc la "nouvelle" version de l'école française. J'y ai ajouté quelques commentaires. (avec mon stylo rouge :)
Lettre à tous les personnels de l'éducation nationale
Information - Vincent Peillon - 26/06/2012
Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, et George Pau-Langevin, ministre déléguée, chargée de la réussite éducative, s'adressent à tous les personnels de l'éducation nationale. La lettre est publiée au Bulletin officiel du mardi 26 juin 2012.
Au moment où nous est confiée une mission qui nous honore et nous engage, nous souhaitons vous préciser l'esprit dans lequel nous voulons, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, travailler à la refondation de notre École.
Nous connaissons les difficultés auxquelles vous êtes confrontés au quotidien et le poids de vos responsabilités. Mais nous savons aussi la force de votre dévouement, la passion et la vocation qui vous animent pour instruire, éduquer, servir une certaine idée de la France, de la République et de l'humanité.
Je m'intéresse principalement aux individus, dans leur spécificité avant de vouloir les instruire et plus encore de participer à leur insertion dans la République. La République ne sera accueillante qu'au regard de l'attention qu'elle portera aux êtres, à leur nature avant de vouloir contribuer à leur fonction. Il ne faut pas demander à un enfant d'être reconnaissant envers une structure dont il n'a pas conscience. C'est de lui qu'il s'agit prioritairement et c'est parce que l'école aura contribué à son évolution existentielle qu'il pourra éventuellement aimer la République.
Ensemble, nous avons rendez-vous avec notre pays : parce que son histoire n'est pas n'importe laquelle, ses attentes sont grandes à l'égard de son École. Nous devons les honorer.
Le Président de la République a fixé clairement l'objectif d'une refondation républicaine de l'École et d'une refondation de la République par l'École.
Cela nous confère à tous une responsabilité, mais aussi un devoir d'action.
Il va appartenir à chacun d'entre nous de donner le meilleur de lui-même et à nous tous, ensemble, comme corps collectif, de nous rassembler et de nous dépasser.
Trente ans que je donne le meilleur de moi-même. Il m'est impossible de me dépasser. Je ne cherche qu'à exploiter ce que je peux être. Même Usain Bolt ne peut pas se dépasser. Sinon, il serait battu par lui-même...C'est absurde.
Notre École peut renouer avec le progrès et l'espérance. Il n'y a pas de fatalité de l'échec scolaire. Tous les enfants peuvent réussir. L'École doit être au service de la promotion de tous et de l'épanouissement de chacun.
Ouah, "l'épanouissement de chacun ! C'est donc pris en considération le "chacun"? Formidable...
Elle porte une idée de l'homme, mais aussi du citoyen, et une exigence de justice. Nous ne devons renoncer à aucune de ses missions ni de ses ambitions mais les tenir ensemble.
Dans cet ordre-là, ça me convient : l'homme, le citoyen, la justice.Très bien.
Ainsi, les réformes que nous entreprendrons et les moyens nouveaux que le Président de la République a décidé de consacrer à l'éducation nationale, dont il a fait la priorité de l'action publique pour le quinquennat, seront mis au service d'objectifs clairs et de valeurs réaffirmées et assumées. Ensemble, nous devons redonner le sens, rétablir le respect, et reconstruire un idéal et, ensemble, nous devons réussir à faire partager cet idéal comme un bien commun et un bien précieux.
Quel est le fondement de cet idéal ? Là est la question.
Pour engager la refondation et inscrire notre action dans la durée qui lui sera nécessaire, nous organiserons, au cours des prochaines semaines, conformément aux engagements du Président de la République, une vaste concertation. Elle conduira à l'élaboration d'un projet de loi portant refondation de l'École qui sera présenté au Parlement à l'automne.
Un nouveau contrat entre la Nation et son École sera passé, qui nous permettra de faire entrer la République dans sa modernité et de tenir à nouveau la promesse républicaine.
Nous connaissons les enjeux pour l'avenir de l'École : l'amélioration des acquis scolaires, l'égalité plus grande dans la réussite des élèves, la réduction des sorties sans qualification, l'insertion professionnelle de tous.
Et voilà, le "chacun" ne concerne que l'aspect cognitif en vue d'une insertion professionnelle et par conséquent la contribution à l'économie...
La réussite des élèves repose sur la confiance et le respect que la Nation accorde à celles et ceux qui servent l'éducation nationale, quels que soient leur niveau de responsabilité et leur mission. Nous voulons restaurer un dialogue où chacun, personnel d'enseignement, personnel d'éducation et d'orientation, personnel administratif et technique, personnel du service social et de santé, personnel d'inspection et de direction, puisse contribuer à cette ambition. La refondation de l'École de la République repose aussi sur une information partagée, un jugement éclairé et l'idée que l'École appartient à toute la Nation. C'est pourquoi nous avons décidé de rendre publics les rapports des inspections générales qui n'avaient pas été diffusés depuis plusieurs années.
L'éducation nécessite une vision d'ensemble qui s'appuie sur une conception de l'homme et de la République.
L'École de la République est une École de l'exigence et de l'ambition qui doit permettre à chaque élève de trouver et de prendre le chemin de sa réussite. C'est un lieu d'enseignement laïque, d'émancipation et d'intégration de tous les enfants.
"Ambition" : De quel ordre ? Pour quelles visées ?
"Réussite" : Avec quelles connotations ? Professionnelle, existentielle, philosophique ?
"Emancipation" : Au regard de quoi ? Du groupe humain ? Ou du Moi à travers la connaissance du Soi ?
C'est notre maison commune, vecteur de promotion et de justice sociale, lieu de transmission des valeurs de la République, des valeurs fortes que l'on doit enseigner, réfléchir, discuter, pratiquer. Ensemble, il nous appartient de donner à notre École l'élan nouveau qui apportera à la jeunesse les raisons d'espérer et de participer pleinement à son destin.
Il est absurde d'espérer. C'est une connaissance indispensable pour qui souhaite avancer un peu...
Nous devons tous nous mobiliser pour l'accomplissement au quotidien de cet idéal pour notre pays. Nous savons pouvoir compter sur vous dans un esprit d'unité, de confiance et d'action, dans l'intérêt des élèves et dans celui de la Nation, et nous vous en remercions chaleureusement.
Dans l'attente de la refondation de notre École, et sans remettre en cause les travaux préparatoires déjà effectués, il est important que nous vous précisions dès maintenant les mesures de la prochaine rentrée qui s'inscrivent dans une démarche différente de celle qui avait conduit à écrire la précédente circulaire de rentrée. L'espérance et le changement doivent déjà se tracer un chemin et commencer, sans plus attendre, à faire entendre leurs voix. Notre volonté est d'abord, par ces mesures, de renouer la confiance qui a tant fait défaut ces dernières années.
1. L'école primaire est notre première priorité. Les débuts de la scolarité sont essentiels pour la réussite de tous les élèves. Les difficultés doivent être repérées dès les premières années d'apprentissage.
Ce sont avant tout les causes de ces difficultés qui doivent être identifiées. Les difficultés sont connues. Deuxièmement, il convient de ne pas considérer ces difficultés comme inhérentes à la nature des individus mais uniquement à leurs fonctions. Il ne s'agit pas de stigmatiser. Lorsque les difficultés sont générées par un système, c'est au système de les résoudre. Pas à l'enfant.
Nous accorderons donc une importance particulière à l'accueil des enfants les plus jeunes, en considérant ceux de moins de trois ans qui doivent pouvoir être scolarisés, en particulier dans toutes les zones qui rencontrent le plus de difficultés. Cet accueil doit être l'occasion d'établir des liens privilégiés avec les parents afin de bâtir avec eux les conditions de la réussite dans la durée.
C'est par une progression bien maîtrisée et par des réponses adaptées à des besoins clairement identifiés que l'école maternelle remplira au mieux sa mission, qui ne peut être une simple préparation à l'école élémentaire. L'école maternelle est l'école des premiers apprentissages et de l'installation de la confiance en soi. Elle mérite de retrouver une attention particulière et spécifique pour que les élèves s'y inscrivent dans un parcours de la réussite.
"Confiance en soi". Pour que ça soit envisageable, il convient de lancer les enfants dans une démarche existentielle. Prioritairement. Et cette "réussite" ne sera pas un condensé d'évaluations formatives mais la mise en action d'une formation individuelle. La connaissance du Soi avant la connaissance cognitive.
Nous veillerons à ce que l'encadrement des classes soit renforcé, notamment dans les écoles qui sont confrontées aux situations les plus complexes. Cette ambition trouvera une première traduction, dès la prochaine rentrée, avec la création de 1 000 nouveaux emplois de professeurs des écoles. Ces emplois seront mobilisés pour améliorer l'accueil des élèves, favoriser leur réussite, en particulier dans les écoles de l'éducation prioritaire et dans les zones rurales isolées. Ils permettront de conforter le potentiel de remplacement et de renforcer les dispositifs d'aide aux élèves en difficulté, notamment les Rased. Il faudra, par ces moyens nouveaux et cette amélioration de notre dispositif scolaire, trouver dans les écoles, avec l'aide des équipes de circonscription, les possibilités d'évolution des pratiques pédagogiques et des fonctionnements de chaque cycle.
Pour les RASED, il suffira de rétablir tous les postes qui ont été supprimés...Sacré défi...
Nous souhaitons aussi que, dès cette rentrée, tout soit mis en œuvre pour que le cours préparatoire ne soit confié qu'à des professeurs dotés d'une expérience d'enseignement et non à des enseignants débutants.
Ce qui laisse entendre que la formation initiale des enseignants ne donne pas toutes les connaissances inhérentes à cette classe. Aux autres non plus d'ailleurs. Un autre très grand chantier à mener. Le fait que la formation ne comporte aucune donnée sur la psychologie de l'enfance est très révélateur. Sur la psychologie des enseignants non plus d'ailleurs...
L'acquisition des savoirs fondamentaux doit rester l'objectif intangible de l'école primaire. Dans tous les domaines d'enseignement, avec l'appui des corps d'inspection, chacun veillera à une progression cohérente et efficace des apprentissages. La pédagogie doit être attentive aux travaux de la recherche. Elle doit évoluer et favoriser l'épanouissement de l'élève, son activité, sa motivation et sa pleine implication dans les apprentissages. Le travail en équipe doit être encouragé et nous demandons à l'encadrement pédagogique d'accompagner les écoles dans cette ambition.
"L'épanouissement de l'élève..." Et bien, non justement, sinon cela signifie que l'école ne s'intéresse qu'à l'élève et pas à l'enfant. Et c'est justement LE point d'achoppement. Tant que l'individu ne sera qu'un élève, il "n'existera" pas. Et s'il n'existe pas, il souffre.
Dans l'attente des décisions qui seront prises le moment venu pour réorganiser les rythmes scolaires, nous souhaitons que la pause méridienne ne soit pas, autant que possible, inférieure à quatre-vingt-dix minutes dans le premier degré. Nous souhaitons que chacun soit à l'écoute des besoins des élèves et prenne une part active dans la concertation à venir sur la réforme des rythmes scolaires et éducatifs. Nous savons que cette réforme est complexe mais elle est essentielle dans l'intérêt des élèves et de leur réussite.
2. Les résultats des évaluations qui se sont déroulées en CE1 et CM2 du 21 au 25 mai 2012 ne sont pas centralisés au niveau national. Ils sont collectés et analysés à l'échelle des écoles, et seulement à ce niveau, avec l'appui des inspecteurs des circonscriptions. Ces évaluations servent également de support aux échanges avec les familles et, s'agissant des évaluations réalisées en CM2, elles favorisent la liaison avec le collège de secteur. Pour l'avenir, la concertation traitera de la refondation de l'évaluation tant du système éducatif que des acquis des élèves.
"La liaison avec le collège..." Sacré débat là aussi. Quand certains professeurs ne souhaitent connaître que les résultats de ces évaluations nationales et ne lisent même pas l'ensemble des dossiers, c'est bien plus réducteur que tout. Une vraie catastrophe.
3. Le socle commun de connaissances et de compétences, inscrit dans la loi n° 2005-380 du 23 avril 2005, est le cadre de référence de la scolarité obligatoire. Chaque élève doit parvenir à la maîtrise du socle commun au terme de sa scolarité. La conception et les composantes du socle commun seront repensées. La réécriture des programmes de l'école primaire et du collège suivra cette révision et se fera dans un cadre concerté et transparent. Le livret personnel de compétences actuel est inutilement complexe. Il est trop tard pour le modifier pour la prochaine rentrée, mais il connaîtra des simplifications indispensables et des évolutions pour tenir compte des forces et des faiblesses de son format et de son usage. Il faut, pour le dialogue avec les parents, des outils de suivi des élèves clairs et compréhensibles.
Ce qui me surprend, c'est que cette idée que ça doit être "clair et compréhensible" ait été totalement exclue du livret actuel. Une vraie usine à gaz. Comme si le fait de produire un livret hautement technique et abscons pouvait être une marque de sérieux...Il a du boulot le ministre :)
4. Le collège unique reste pour nous une ambition essentielle pour conduire tous les élèves à la maîtrise du socle commun. Nous connaissons les difficultés rencontrées par les enseignants de ce niveau d'enseignement pour assurer la réussite de tous.
Des difficultés qui s'expliquent en grande partie par une lassitude existentielle, générée par une impression nauséeuse de gavage, de pression, d'humiliations, de compétitions, de hiérarchisation. "Alors, je vais vous rendre vos contrôles de la meilleure note à la plus catastrophique..." Et quel est l'objectif pédagogique de cette méthode ?..On ne motive pas des enfants par la brimade mais par une rigueur bienveillante.
C'est pourquoi le collège fera l'objet d'un travail de réflexion dans le cadre de la concertation qui sera engagée dans les prochaines semaines. Maintenir l'obligation d'un tronc commun pour tous n'interdit pas de proposer aux élèves des approches pédagogiques différenciées, dès lors qu'aucun dispositif d'éviction précoce ne détourne ces élèves de l'objectif de maîtrise du socle commun et ne les enferme dans une filière. Nous demandons à chacun d'y veiller. Dans l'attente d'un projet de disposition législative abrogeant la loi n° 2011-893 du 28 juillet 2011, dite loi Cherpion, le dispositif d'initiation aux métiers en alternance (Dima) pour les jeunes âgés de moins de 15 ans est suspendu à la prochaine rentrée.
Nous tirerons les conclusions de l'évaluation nationale de fin de 5ème, expérimentée en 2011-2012, avant une éventuelle généralisation.
Le fonctionnement actuel des établissements de réinsertion scolaire (ERS) ne répond pas aux objectifs qui leur avaient été assignés. Nous nous prononcerons prochainement sur leur devenir.
5. La mise en œuvre de la réforme du lycée se poursuit à la rentrée 2012 selon les dispositions arrêtées en 2010. Les principaux enjeux et objectifs initiaux de la réforme - mieux accompagner chaque élève, mieux le préparer à l'enseignement supérieur, permettre une fluidité des parcours - sont maintenus, mais les modalités de leur application pourront être modifiées ultérieurement.
Les corps d'inspection seront mobilisés pour accompagner les personnels de direction et les enseignants dans la mise en œuvre de l'ensemble des composantes de la réforme - accompagnement personnalisé, organisation des enseignements d'exploration, groupes de compétences en langues vivantes, stages passerelles et de remise à niveau, vie lycéenne -, et soutiendront les initiatives des équipes éducatives.
Et oui, encore et toujours des formations cognitives. Elles ont pourtant depuis longtemps montré leurs limites. Toujours aucune réflexion sur l'individu...
Pour la prochaine année scolaire, et dans l'attente du rétablissement de l'enseignement d'histoire-géographie en terminale scientifique, l'enseignement facultatif d'histoire-géographie prévu par les textes en vigueur sera proposé à tous les élèves de terminale de cette série.
Les séries technologiques ont pratiquement toutes été rénovées dans le cadre de la réforme du lycée. Cependant, ces rénovations, pour les séries industrielles notamment, modifient en profondeur les approches pédagogiques et les conditions d'enseignement. Un accompagnement significatif par la formation continue des enseignants doit être mis en place en académie, en relais des actions nationales qui se poursuivront.
Les lycées d'enseignement général et technologique et d'enseignement professionnel doivent se rapprocher et favoriser la mixité des élèves. Pour atteindre cet objectif, le développement des lycées polyvalents sera favorisé. La mise en place de réseaux de lycées, qui permettent d'éviter une concurrence infructueuse entre établissements, doit se poursuivre, en concertation avec les partenaires et, tout particulièrement, les collectivités territoriales, pour favoriser la complémentarité de leur offre de formation.
6. La voie professionnelle doit être une véritable filière de réussite, avec des orientations positives et non pas imposées, et des débouchés assurés. La valorisation de l'enseignement professionnel, thème important de la concertation à venir, doit devenir enfin une réalité. Le nombre des sorties sans qualification de la voie professionnelle reste à un niveau beaucoup trop élevé. Des adaptations des parcours vers le baccalauréat professionnel seront nécessaires. Les élèves de l'enseignement professionnel doivent bénéficier du soutien de la Nation. Nous devons être particulièrement attentifs aux difficultés des jeunes bacheliers professionnels qui s'engagent dans des poursuites d'études auxquelles ils ne sont pas toujours préparés.
Les établissements scolaires mobilisent leurs compétences au service de l'éducation et de la formation tout au long de la vie. Ils apportent ainsi une réponse essentielle aux besoins de formation continue des adultes, indissociable de la formation initiale. Nous veillerons à ce que cette mission de service public fondamentale soit préservée. La loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit (dite loi Warsmann) impose la transformation du statut des groupements d'établissements de l'éducation nationale pour la formation des adultes (Greta) au plus tard en mai 2013. Le processus d'audit, qui permet de dresser un bilan académique de l'appareil de formation continue, est en cours. Cette opération suscite beaucoup d'interrogations, voire d'inquiétudes légitimes de la part des personnels, formateurs ou administratifs, dont l'engagement doit être reconnu. En concertation avec leurs représentants, nous définirons l'organisation la mieux adaptée à leurs missions tout en garantissant leur statut.
7. L'enseignement des langues est un enjeu fondamental pour la poursuite d'études et l'insertion professionnelle. Il continuera d'obéir, pour la prochaine année scolaire, aux dispositions en vigueur.
Nous souhaitons une meilleure continuité des apprentissages entre l'école élémentaire et le collège en renforçant le suivi des élèves par les équipes enseignantes : les acquis du niveau A1 doivent faire l'objet d'un travail en commun avant l'entrée en classe de 6ème pour aborder le plus tôt possible l'acquisition du niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).
L'expérimentation de la globalisation des horaires de langues vivantes dans les collèges volontaires est maintenue, mais sera évaluée avant toute décision éventuelle de généralisation.
Les compétences de compréhension, d'expression et d'interaction orales seront évaluées à compter de la session 2013 du baccalauréat dans l'ensemble des séries générales et technologiques rénovées, aux côtés des compétences de compréhension et d'expression écrites.
Cet enseignement doit bénéficier des possibilités pédagogiques offertes par les technologies numériques.
8. Le sport scolaire joue un rôle fondamental dans l'accès des jeunes aux sports et plus largement à la vie associative. C'est un élément de dynamisation et de cohésion des écoles et des établissements scolaires. Il doit être valorisé et développé.
Alors là, c'est le bouquet final. Le sport, lui-même, n'a pour seul intérêt que la cohésion des établissements scolaires. N'importe quoi. C'est quand même incroyable que l'individu soit ignoré à ce point. Le sport n'a pas d'autre finalité que la connaissance de soi et le bien-être, l'exploitation d'un potentiel immense qui ne se dévoile que dans l'activité sportive. Mens sana in corpore sano. Tout le reste est secondaire. Il faut sortir de cette idée que l'école est un lieu de cohésion sociale. Elle est avant tout l'opportunité du développement de l'individu et c'est ENSUITE que la cohésion devient possible. On travaille à l'envers. On veut associer des individus avant même qu'ils aient une idée exacte de ce qu'ils sont. Le résultat n'est qu'une mélasse difforme.
9. Des moyens supplémentaires seront mobilisés, dès la prochaine rentrée, pour la scolarisation des élèves en situation de handicap.
Outre les emplois d'assistant de scolarisation supplémentaires d'ores et déjà inscrits en loi de finances, de nouveaux emplois d'auxiliaires de vie scolaire (AVS-i) seront créés pour permettre une meilleure couverture des besoins d'accompagnement.
Au-delà de ce nécessaire renforcement des effectifs de personnel d'accompagnement, nous souhaitons rappeler que les enjeux portent aujourd'hui sur :
- la qualité de la scolarisation ;
- la formation et l'accompagnement des enseignants comme des AVS-i ;
- la personnalisation des réponses pédagogiques, la validation des compétences (socle commun, compétences professionnelles, etc.), l'accessibilité aux ressources pédagogiques et les certifications.
Tous les AVS-i, quel que soit leur statut, doivent recevoir une formation dès leur prise de fonction. C'est une première étape vers la professionnalisation des personnels chargés de l'accompagnement des élèves en situation de handicap que nous allons engager.
Très bien.
Ces formations seront menées en lien avec les grandes associations œuvrant dans le champ du handicap, sur la base d'un référentiel d'activité et d'un cahier des charges rénové. Nous saluons l'engagement de tous les personnels qui ont permis de très grands progrès dans l'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap. Il nous faut désormais améliorer la qualité de leur parcours scolaire. C'est cette priorité que nous nous donnons en ce domaine.
10. La lutte contre le décrochage scolaire est plus que jamais une priorité nationale. Elle repose à la fois sur une attention plus personnalisée portée aux jeunes,
(ah bon, et sous quelles formes exactement ? )
sur le développement des actions de prévention au sein des établissements scolaires et sur la mise en œuvre opérationnelle des dispositifs d'appui aux décrocheurs comme la Mission générale d'insertion (MGI). Nous comptons sur votre mobilisation, en soutien des responsables départementaux et locaux des plates-formes, pour vous investir dans des dispositifs coordonnés et innovants pour un retour à une scolarité assidue. Cette lutte contre le décrochage va de pair avec l'aide individualisée pour que chaque jeune puisse faire des choix d'orientation informés et raisonnés. Nous connaissons l'engagement des conseillers d'orientation-psychologues et l'action des centres d'information et d'orientation (CIO) dans cette mission, comme leur contribution à la lutte contre le décrochage scolaire.
11. L'éducation prioritaire connaîtra une nouvelle étape de son développement et de son efficacité et sera au cœur des décisions qui seront prises dans le cadre de la concertation à venir. Son principe fondamental, qui présida à son déploiement il y a trente ans, demeure « donner plus à ceux qui ont le plus de besoins ». En conséquence, avec la participation de tous les acteurs concernés, le dispositif écoles, collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite (Éclair) a vocation à être repensé, les règles fixées pour la prochaine rentrée étant maintenues de façon à éviter toute désorganisation.
12. Les effets négatifs des mesures d'assouplissement de la carte scolaire sont connus. Avec tous les partenaires concernés, nous mettrons en œuvre des modalités véritablement adaptées, pour un renforcement de la mixité sociale et scolaire.
13. Tous les internats, dans leur diversité, doivent proposer l'excellence aux élèves accueillis pour contribuer à l'égalité des chances et à la réussite de tous. En étroite collaboration avec les collectivités territoriales, nous veillerons à l'amélioration des projets éducatifs de tous les internats. C'est pourquoi nous évaluerons les internats d'excellence, notamment sur leur rapport coût/amélioration de la réussite, afin que nous disposions des éléments d'appréciation permettant d'orienter efficacement les moyens pour la réussite du plus grand nombre.
14. Nous veillerons à ce que les outils, contenus et services numériques soient mis à la disposition des enseignants et plus largement des équipes éducatives, pour enrichir leurs pratiques afin de les aider à répondre aux besoins de leurs élèves. La formation des professeurs aux enjeux et aux usages pédagogiques du numérique sera développée. Avec la volonté de réduire les inégalités constatées dans ce domaine, le ministère favorisera la diffusion des usages et la production de ressources pédagogiques numériques et il en développera la mutualisation. Une concertation sera engagée avec les collectivités locales pour accompagner le développement des usages de l'e-éducation, et en particulier garantir plus efficacement la maintenance des équipements mis à la disposition des établissements.
15. Nous connaissons l'engagement de tous les personnels pour assurer la sérénité et la sécurité dans les établissements afin de créer un climat favorable aux apprentissages. Nous savons que les suppressions d'emplois survenues ces dernières années ont rendu la situation particulièrement difficile dans beaucoup d'établissements. C'est pourquoi la présence des adultes sera augmentée avec la création de nouveaux emplois de conseillers principaux et d'éducation et d'assistants d'éducation dès la rentrée 2012. Par ailleurs, en complément du travail effectué par les équipes mobiles de sécurité, la création d'une mission nouvelle de prévention et de sécurité donnera lieu à la création de postes supplémentaires, prioritairement affectés dans les établissements qui sont les plus exposés aux incivilités et aux violences.
Quelle formation pour ces personnels ? Surveillants pénitentiaires ? "Quand ton empire a besoin des gendarmes, c'est que ton empire est déjà mort. " Antoine de Saint-Exuépry "Citadelle".
16. L'autorité, comme la confiance, ne se décrète pas. Elle se construit grâce à des qualités morales et intellectuelles reconnues et sur l'exemplarité de celui qui détient cette autorité. Elle suppose que l'exigence de respect soit partagée par tous les élèves et par les membres de la communauté éducative : respect des élèves et de tous les personnels, respect des lois et respect du règlement intérieur de l'établissement. C'est en accordant la plus grande attention aux conditions morales et matérielles de votre activité, ainsi qu'à votre formation, que nous souhaitons manifester à tous les personnels de l'éducation nationale l'estime et la confiance que nous vous portons et qui nous paraissent fondamentales pour asseoir cette autorité.
Oui, et bien là, il faudrait que notre Ministre se renseigne un peu sur les relations entre les élèves et les enseignants. La "racaille" ne pousse pas pour rien. Les incivilités sont des symptômes et elles ne se combattent pas avec des personnels chargés de la répression. Entre l'autorité et l'autoritaire, la limite est infime. Et ni l'un, ni l'autre ne sont des appels à l'échange mutuel. "Le prof a toujours raison, même quand il a tort." On connait les effets de ce genre d'arguments.
Oui, l'exemplarité est indispensable. Encore faut-il en avoir conscience et savoir ce qu'elle signifie.
17. Le décret n° 2012-702 du 7 mai 2012, relatif à l'évaluation des personnels, sera abrogé et ne sera donc pas mis en application au 1er septembre 2012. Conçu et publié sans l'adhésion des personnels, ce texte ne permet pas de fonder une évaluation satisfaisante. Pour autant, un simple retour à la situation antérieure n'est pas non plus souhaitable. C'est pourquoi, en concertation avec tous les partenaires concernés, nous préparerons de nouvelles dispositions qui entreront en application à la rentrée 2013.
18. Nous avons l'ambition de réformer totalement la formation initiale et continue des maîtres. Les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue de grande qualité des professeurs. C'est l'échange entre la théorie et la pratique, entre la recherche pédagogique
(existentielle, philosophique, métaphysique, psychologique...)
et l'exercice dans les classes, mais aussi entre les niveaux de formation qui doit nourrir cette formation. C'est ce qui a été oublié ces dernières années. Les conditions d'entrée dans le métier doivent être améliorées. C'est pourquoi, pour répondre au manque de formation pratique des jeunes enseignants, et avant la refondation d'une véritable formation professionnelle, des mesures d'aménagement de service et des formations spécifiques pour les stagiaires nouvellement recrutés en septembre 2012 seront mises en place.
Dans le cadre de la future loi, nous créerons des écoles supérieures du professorat et de l'éducation qui seront opérationnelles dès 2013. Tous les professeurs, quel que soit le niveau d'enseignement auquel ils se destinent, partageront un moment de formation commun dans ces écoles supérieures. Notre engagement est de développer une logique d'entrée progressive dans le métier d'enseignant et d'éducation par un parcours de professionnalisation. Une personne qui a la vocation d'enseigner doit pouvoir le plus tôt possible être encouragée et soutenue dans cette voie, tant par les bourses de l'enseignement supérieur que par les contrats spécifiques qui seront proposés.
Le Président de la République a clairement dit la priorité qu'il accordait à l'École de la République. C'est une question de moyens, mais aussi de valeurs. Les grandes orientations de la refondation ont été clairement affirmées par les plus hautes autorités de l'État. Il va falloir du temps, du courage, du respect et de la persévérance pour accomplir cette grande tâche que nous devons conduire ensemble dans l'intérêt de la Nation. Mais il convenait d'indiquer déjà qu'un changement a bien eu lieu, qu'une autre orientation et une autre ambition pour l'École seront à l'œuvre dès la prochaine rentrée.
Le ministre de l'éducation nationale,
Vincent Peillon
La ministre déléguée, chargée de la réussite éducative,
George Pau-Langevin
Deux élèves de l'an passé sont venus me voir pendant la classe. Comme on faisait un quizz de géographie, on les a invités à participer. Ils sont donc élèves de sixième. Et bien, c'était un désastre...Même la capitale de la Chine, ils ne s'en souvenaient plus. Constat alarmant. Le programme de géographie du CM2 a été effacé par le programme de la sixième. C'est pour ça que je parle de "consommation de la connaissance. " Nos élèves sont gavés pendant un an puis comme pour toute nourriture ingérée, ils se débarrassent des résidus. L'an prochain, ils subiront la même pression et ils apprendront par coeur le programme de cinquième et ils se débarrasseront de celui de la sixième. Au bout du compte, on peut espérer que de ce fatras, il restera quelques données éparses...Mais qu'en est-il de la connaissance qu'ils ont d'eux-mêmes ? Qu'ont-ils appris sur eux à travers ces années de conditionnements? L'image que j'en ai, c'est celui d'un vase que les enseignants s'efforcent de remplir alors que le vase lui-même ne sait pas de quoi il est constitué, qu'elle est la source de son existence, de son énergie, qu'il vit constamment dans l'urgence et n'a même pas le temps de s'observer, lui, en tant que vase, en tant que contenant et non uniquement comme une accumulation de contenus. Il n'existe en fait qu'au regard de ce qu'il a absorbé. Et c'est effroyable.Ceux qui parviennent à maintenir et à transformer en énergie cette nourriture échapperont à l'anorexie cognitive...Les autres vomiront jusqu'à ce qu'ils soient exclus du cycle "normal"...
Je renvoie à ce post pour la lecture du programme du cycle 3...
http://la-haut.e-monsite.com/blog/aporie.html
Alors, les efforts et les intentions de Mr Peillon sont éminemment louables mais il ne s'intéresse qu'aux contenus et aux méthodes pour qu'ils soient ingérés. Désolant et perdu d'avance. J'ai vu passer assez de refontes du système pour avoir le recul nécessaire.
Tant que les technocrates penseront en terme "d'élèves", ils propageront l'anorexie cognitive et toutes les rébellions et désastres collatéraux perdureront. C'est inévitable.
L'enseignement "supérieur"...
http://www.lepoint.fr/societe/l-enseignement-superieur-francais-est-schizophrenique-20-06-2012-1475488_23.php?google_editors_picks=true
2003, année cataclysmique pour les universités du monde entier. Avec la parution du premier classement de Shanghai, l'excellence des formations est désormais mesurable. Et la France reçoit une véritable douche froide. On pensait son modèle adulé partout sur la planète, ses étudiants enviés. Las, le premier établissement hexagonal, l'université Paris-VI (Pierre-et-Marie-Curie), ne figure qu'en 65e position ! Historien, enseignant-chercheur à Paris-I, François Garçon réalise alors une enquête inédite pour tenter de comprendre cette déconvenue. Enquête sur la formation des élites (Perrin, 2011) et plus récemment Le dernier verrou (The Media Faculty, 2012) dressent un tableau accablant de notre enseignement supérieur. Explications.
Le Point.fr : Vous affirmez que le classement de Shanghai a fait voler en éclats les certitudes et les acquis de l'enseignement supérieur mondial. Que nous a-t-il concrètement révélé ?
François Garçon : Sur tous les pays concernés par le classement, je pense que c'est la France qui est tombée du plus haut. Le constat a été d'autant plus dramatique que celle-ci était persuadée que son système était la seule alternative au modèle américain. Et d'un seul coup, on se rend compte que l'excellence tant vantée n'était en fait qu'un village Potemkine. Vous me direz, l'Espagne et l'Italie sont aussi très mal classées. Mais la différence, c'est que ces deux pays savaient parfaitement à quoi s'en tenir. Ils savaient que leur système était vérolé, ils avaient conscience de l'état lamentable de leurs établissements, de l'exode massif de leurs universitaires à l'étranger... Chez nous, on a d'abord crié au scandale, puis fermé les yeux. Avant de manifester la surprise du cocu : ciel, on nous aurait trompés ? Le classement a pointé du doigt le fait que nous étions terriblement à la traîne en matière de recherche pour avoir valorisé les usines à cadres que sont aujourd'hui les grandes écoles.
Comment expliquer cette aptitude hexagonale à se voiler la face au nom de "l'exception française" ?
Il y a une vanité, un certain provincialisme, une condescendance ancestrale très "made in France" à l'égard des États-Unis d'une part et de l'Europe d'autre part. Encore aujourd'hui, alors que le classement de Shanghai a démontré que notre système était loin d'être le meilleur, la France reste persuadée que le monde entier nous l'envie ! Or, lorsque vous visitez de grandes universités à l'étranger, vous vous rendez rapidement compte que pas un seul universitaire n'envisage de venir enseigner ou faire des recherches chez nous.
À la suite des résultats accablants du classement de Shanghai, la France a fini par envisager des mesures pour renforcer sa compétitivité en rapprochant notamment divers établissements pour constituer des méga-pôles. Qu'en pensez-vous ?
Je suis très sceptique. Je pense que ce n'est pas en additionnant des établissements qui n'ont pas d'histoire commune qu'on bâtit une synergie de travail entre des domaines qui convergent. L'identité de chaque entité résistera certainement aux tentatives de fusion. Je veux dire par là que la hiérarchie du système français est très ancrée et obéit à une logique archaïque et militaire héritée de Napoléon, de 1812. Regardez comme l'idée d'abandonner le classement de l'Ena a suscité la polémique ! Tout ça pour 82 personnes ! C'est d'autant plus dommage que c'est ce qui est, entre autres, à l'origine du manque de compétitivité de l'industrie française et du marasme économique que nous connaissons aujourd'hui. La hiérarchie immuable de notre système éducatif empêche la véritable compétition.
Quels sont les modèles à suivre en Europe ?
Si un jour la France se décide à ouvrir les yeux sur ses voisins, vous voulez dire ? D'un côté, la Suisse, qui délivre un enseignement supérieur à la fois gratuit, public et libre d'accès, fondé sur l'idée d'autonomie des universités. Et d'autre part, la Grande-Bretagne, dont l'enseignement est, certes onéreux, mais d'excellence et restructuré il y a peu. Le système anglais accorde une place fondamentale à la compétition. C'est-à-dire que si Cambridge prend une année le pas sur Oxford dans un domaine particulier, l'année suivante, Oxford tentera de compter dans ses équipes un ponte en la matière. Jamais vous ne verrez ça en France.
Vous prônez aussi une évaluation des enseignants "à la suisse". Qu'apporte-t-elle ?
Elle a déjà le mérite d'exister ! Je suis arrivé à Paris-I en 1999, et depuis, on ne m'a quasiment jamais demandé ce que j'y faisais. En Suisse, il y a des critères de notation extrêmement précis. Sont prises en compte les publications (avec un ensemble très complexe de sous-critères), les invitations aux colloques, la participation aux activités de l'établissement...
Comment expliquez-vous que la France ne procède pas à la même évaluation pour garantir la qualité de ses enseignements ?
Parce que, chez nous, l'évaluation est synonyme de paranoïa. Et est vécue comme un contrôle policier qui pourrait déboucher sur des sanctions. Or, les enseignants suisses sont-ils sanctionnés ? Certainement pas. Il s'agit juste d'un excellent outil pour se positionner par rapport aux autres. La Suisse impose également aux cadors d'enseigner en première année. Alors qu'en France la logique pousse souvent l'éminent professeur à ne surtout pas fréquenter la plèbe. En Suisse, tous les professeurs sont dotés d'assistants qui peuvent corriger les 400 copies pendant que vous faites cours. Et qu'y a-t-il de plus glorifiant pour un jeune étudiant que d'avoir pour professeur un maître dans sa discipline ? Pour ma part, c'est ce qui m'a donné envie de devenir historien. Vous voyez, dans un système, tout est lié. C'est de l'horlogerie. Or, où sont nos horlogers ? Nous avons à leur place des équarrisseurs qui prennent des décisions insensées au motif qu'ils ont réussi des concours idiots.
Vous parlez de la "schizophrénie" de l'enseignement supérieur français. Qu'entendez-vous par là ?
Il existe en effet plusieurs contradictions fondamentales qui rongent notre système de l'intérieur. D'abord, la dichotomie entre grandes écoles et université. Mais aussi le décalage hallucinant qui existe entre enseignants-chercheurs, qui donnent cours, corrigent les copies, encadrent les recherches, effectuent les leurs, collectent la taxe d'apprentissage, et les pontes du CNRS, qui font uniquement de la recherche et sont la risée de leurs homologues étrangers qui ironisent sur le "cocooning CNRS".
Sous-équipement, sous-encadrement, sous-financement, surpopulation... Vous dressez un rapport très noir de l'université, que semblent corroborer les classements internationaux. Comment expliquez-vous qu'elle soit tombée aussi bas ?
C'est simple. Elle est considérée comme la cinquième roue du carrosse, alors que les grandes écoles sont les quatre premières. À l'exception de Bérégovoy et de Monory, ainsi que d'une poignée de médecins et de juristes, tout l'appareil d'État, de droite comme de gauche, est issu des grandes écoles. Et cultive un certain mépris pour l'université. Je pense que cette aversion date de la reconstruction qui suit la Deuxième Guerre mondiale. On a alors besoin de cadres, mais on n'a plus confiance en l'université pour les former. En 2003, on se réveille et on constate que 1,3 million d'étudiants macéraient dans cette cuve dont on n'a pas su assurer le renouvellement des flux.
Dans votre dernier ouvrage, Le dernier verrou. En finir avec le Conseil national des universités (The Media Faculty, 2012), vous dénoncez le CNU comme étant l'une des causes de ce malaise. Que lui reprochez-vous ?
Il s'agit d'une interface qui n'a aucun équivalent au monde. 1 500 personnes, représentants syndicaux, sans la moindre légitimité scientifique ou académique, jugent si des gens qui ont soutenu une thèse devant un jury qualifié sont aptes à enseigner. C'est démentiel. Si on a pu concéder de telles prérogatives à ce poste de douane qui fait l'intermédiaire entre l'université et le marché, c'est non seulement qu'on n'a aucune considération pour l'université, mais aussi que l'université elle-même manque cruellement d'estime de soi.
Que peut-on attendre du nouveau gouvernement en ce qui concerne l'enseignement supérieur ?
Au pire, de revenir en arrière. Mais je n'y crois pas trop. Qui oserait dire que Pécresse n'a pas bouleversé le système français ? Elle est la première à avoir su ouvrir les yeux sur ce qui se passait à l'étranger et à frapper un grand coup dans la fourmilière. Il faut donc espérer que le gouvernement socialiste poursuive sa politique en la matière, qu'il consolide la LRU et accélère la mise en place de bonnes pratiques venues de nos voisins. Mais pour cela, il faut continuer de dénoncer les dysfonctionnements, les aberrations. Pousser l'ultime cri d'alarme avant qu'il ne soit trop tard.
Nos enfants nous accuseront (humanisme)
Dans un petit village français au pied des Cévennes, le maire a décidé de faire face, a décidé de réagir en faisant passer la cantine scolaire en Bio. Ici comme ailleurs la population est confrontée aux angoisses contre la pollution industrielle, aux dangers de la pollution agro chimique. Ici commence un combat contre une logique qui pourrait devenir irréversible, un combat pour que demain nos enfants ne nous accusent pas.
Pouvez-vous faire suivre ? Merci
Voici une affaire qui nous concerne tous !
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La sortie en salle du film : "Nos enfants nous accuseront". Pour que ce film soit en salle (film qui dénonce les méfaits de la mauvaise alimentation et des pesticides), il faut qu'un maximum de personnes regardent la bande annonce dans les 2 jours qui suivent. C'est le nombre de visites dans les 2 jours qui fera emporter la décision de sa mise en distribution en grandes salles. Faites le suivre rapidement, s'il vous plaît, à tous vos contacts, merci par avance. Voici la bande annonce à visionner et à transmettre : |
http://www.idph-videos.com/
A bientôt
D Lecomte
La conjuration des imbéciles
15.06.2012
La conjuration des imbéciles, ou comment l'Europe a tué la Grèce
strategies.blogs.challenges.fr/archive/2012/06/15/la-conjuration-des-imbeciles-ou-comment-l-europe-a-tue-la-gr.html
Jusqu’en 1981, la Grèce a vécu cahin-caha dans la frugalité mais sans la pauvreté. Les petites exploitations agricoles, protégées de la concurrence extérieure, représentaient 25% de l’emploi total. Des industries d’une efficacité moyenne, mais abritées de la concurrence internationale, employaient des ouvriers peu nombreux mais payés correctement et bien couverts socialement. Et le tourisme, boosté par les dévaluations régulière du drachme, comblait les trous d’une activité économique un peu ralentie. Ce n’était pas une prospérité absolue, des soubresauts violents témoignaient de l’injustice du système, des groupes d’intérêts comme les militaires saisissaient parfois le pouvoir par la force, mais le système était en relatif équilibre, dans une sorte de précapitalisme méditerranéen. Un état providence, un peu tordu et pas très efficace, mais qui évitait les extrêmes de la pauvreté et de l’inégalité. La corruption huilait les rouages.
L’entrée de la Grèce en Europe en 1981 a été une expérience en plein champ de la mondialisation malheureuse. L’Etat inefficace et corrompu a été poussé par l’Union Européenne et les banques européennes à un laxisme inouï. Caramanlis, le premier ministre, a falsifié avec l’aide de Goldman Sachs les comptes publics Grecs et fait croire que le déficit était de 3% alors qu’il était de…près de 14%. L’entrée dans l’Europe a été poussée par la classe politique pour des raisons de prestige et de prévarication, sans réfléxion sur les conséquences désastreuses de cette intégration. L’agriculture artisanale mais prospère, protégée de l’agro-industrie subventionnée européenne, a subi de plein fouet sa concurrence et s’est peu à peu étiolée. Les tomates hors sol sans goût Espagnoles ont remplacées dans les supermarchés les savoureuses tomates des petits maraîchers Grecs. L’industrie a été balayée par une concurrence européenne plus compétitive et par la concurrence asiatique à laquelle l’Europe a ouvert grandes ses portes, comme une pute à un souteneur. Cette désertification a été un temps compensée par la bonus des subventions européennes, le boom de la construction, et le bonus du tourisme, et la Grèce a retrouvé périodiquement un brin de compétitivité grâce à des dévaluations du drachme.
Mais l’entrée dans l’euro en 2004 a été le dernier clou européen dans le cercueil Grec. L’impossibilité de dévaluer a définitivement broyé la compétitivité Grecque, y compris dans le tourisme pénalisé par des prix devenus élevés. Les déficits budgétaires ont explosés, la base imposable diminuant pendant que les dépenses restaient élevées, nourries par la perversité d’un système politique clientéliste. Les Grecs, poussés par les banques qui leur prêtaient à tour de bras, sont entrés massivement dans la société de consommation: les banques allemandes et françaises prêtaient aux banques Grecque, qui prêtaient aux Grecs, pour leur permettre d’acheter… des produits allemands ou français. Le déficit commercial est devenu abyssal, à la grande joie des exportateurs européens vers la Grèce. Le déficit budgétaire Grec a été financé par les irresponsables banques européennes, qui se précipitaient pour prêter sans risque en euros à un Etat que l’Europe ne laisserait pas faire défaut. L’agriculture et l’industrie laminées, le tourisme en recul, la compétitivité en berne, la Grèce est devenue par la faute de l’Europe un pays assisté que l’Europe a refusé d’assister. L’Europe devait stimuler la Grèce, faire évoluer son système politique et économique, en faire un pays moderne. Mais l’Etat Grec est resté intact, et l’économie a dépéri, seul les importateurs et les distributeurs de produits étrangers prospérant sur les décombres de l’activité productive.
Le désastre Grec est en grande partie dû à la surévaluation de l’euro. Un institut allemand a calculé que pour restaurer sa compétitivité, l’euro Grec devrait dévaluer de 50% environ, 1"euro grec" baissant à 0,70$. Pendant tout le XX° siècle les dévaluations ont été le moyen nécessaire (même s’il n’est pas suffisant) de rééquilibrer une balance commerciale déficitaire et de relancer la croissance en freinant les importations et en poussant les exportations. Keynes lui-même critiquait l’étalon-or qui, en empêchant un pays de dévaluer, l’empêchait de redevenir compétitif. En 1969, Giscard a dévalué le franc contre l’avis de De Gaulle, pour restaurer la compétitivité française mise à mal par Mai 68. En 2001, la Turquie a dévalué de 50% sa monnaie accrochée au dollar et surévaluée et a retrouvé le chemin de la prospérité. De même pour l’Argentine ou la Russie dans les années 2000 ou l’Italie avant l’euro. Cette importance du taux de change pour la compétitivité et la croissance a été bien compris par la Chine, qui a systématiquement sous-évalué le Yuan, accumulant ainsi 3000 milliards de dollars d’excédents et créant des dizaines de millions d’emplois, et par l’Allemagne, qui voit sa compétitivité boostée par un taux de change de l’euro moyenné à la baisse. Le taux de change d'équilibre de "l’euro allemand", d'après le même institut serait 1€=1,70$ !
Le carcan de l’euro surévalué bloque toute chance de retour à l’équilibre des échanges commerciaux Grecs, toute restauration de l’activité industrielle et agricole, fait de la Grèce un désert ne pouvant survivre que par l’assistanat. La dévaluation de la devise Grecque étant impossible, la conjuration des cyniques a poussé à une dévaluation interne des salaires et des retraites. Mais cette dévaluation interne, en mutilant le pouvoir d’achat, la consommation, et l’investissement, crée une récession majeure qui aggrave une situation déjà catastrophique. Les apprentis sorciers de l’Europe ou de FMI ont inventé le remède qui aggrave le mal !
Malgré l’évidence que le maintien de la Grèce dans l’euro et l’austérité brutale imposée à la Grèce sont suicidaires, elle ont encore des défenseur acharnés. Contre les faits, contre l’intérêt du peuple Grec, les intérêts particuliers prévalent. Les banques n’ont pas intérêt à une sortie de la Grèce de l’euro, qui conduirait inéluctablement à un défaut massif, bon pour la Grèce mais mauvais pour leurs comptes. Elles ont d’ailleurs retardé au maximum cette échéance, enfonçant la Grèce dans la crise, pour se donner le temps de transférer à la BCE leurs créances sur la Grèce. Le FMI, qui défends prioritairement les intérêts des banques, est sur la même ligne. Les eurocrates, pensant à tort que sortie de l’euro veut dire sortie de l’Europe, et qui ont intérêt à une redistribution européenne dont ils seront chargé, s’agitent frénétiquement pour empêcher toute sortie de l’euro. L’Allemagne, qui bénéficie du moyennage de l'euro, préfère que la Grèce reste dans l’euro à condition de ne pas avoir à l’assister, ce qui est un oxymore.
Tout ce petit monde financier et politique a au fond intérêt au maintien forcé de la Grèce dans l’euro, d'ou leur acharnement thérapeutique qui tue le patient. Mais pourquoi la majorité des économistes, supposés scientifiques, observant les faits, ne concluent pas à l’inverse que la politique actuelle est suicidaire et que la Grèce doit sortir de l’euro pour s’en sortir. Pourquoi ce chœur d’économistes effarouchés hurlant au désastre si la Grèce sort de l’euro, alors que l’évidence montre que le désastre pour la Grèce est de rester dans l’euro. « Si la Grèce sors de l’euro », dit l’un, son PNB baissera de 50% ! ». « La sortie de la Grèce de l’euro serait suicidaire » dit l’autre. Le premier est un économiste… d’UBS, le second de…Natixis. On comprend mieux. Beaucoup d'économistes ne sont pas des scientifiques mais des employés défendant loyalement l’intérêt de leurs employeurs. Les autres sont au mieux des perroquets, sauf quelques rares minoritaires lucides prêchant la sortie de l'euro dans le désert.
La conjuration des cupides et des imbéciles, qui regroupe banques européennes, banques centrales, eurocrates, économistes et dirigeants politiques européens, en refusant toute sortie de l’Euro même ordonnée et en imposant une austérité brutale, mets la Grèce à genoux au lieu de la relever. Un peu comme les ateliers où l’on forçait les miséreux à travailler dans des conditions infectes en Angleterre au XIX°, en contrepartie d’un peu de pain. Et les politiques Grecs, victime d’une propagande assourdissante, hurlent comme des chacals avec les loups européens : pas de sortie de l’euro, alors qu’elle est indispensable pour redevenir compétitifs, pas de défaut massif, alors que c’est la seule solution pour échapper au piège du surendettement, pas de référendum, car que pèse le peuple quand les intérêts supérieurs des banques et des grands états de l’Union sont en jeu. Même le charismatique dirigeant de l’extrême gauche Grecque, Alexis Tsipras, comme lobotomisé par le culte de l’euro d’or, veut lui aussi rester dans l’euro !
L’euro m’a tué, pourrait dire la Grèce. Et après l’expérience en plein champ des dangers de la monnaie unique, on peut prédire sereinement que le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, et peut-être la France (avec ses 70 milliards d’euros de déficit commercial) seront étouffées par le carcan de l’euro surévalué et connaîtront durablement récession et chômage. L’euro a été fatal à la Grèce. Il est devenu l’hubris de l’Europe toute entière. Le domino Grec fera tomber l’Europe, non si la Grèce sort de l’euro, mais si elle y reste.
La langue de bois
L'actualité du soir se prête bien à ce petit rappel très éducatif.
"L'amour de la sagesse" (spiritualité)
Un livre de Bruno Giuliani.
"Il existe beaucoup d'excellentes définitions de la philosophie mais aucune n'est meilleure que son étymologie :l'amour de la sagesse. Contrairement aux idées reçues, un philosophe n'est pas un intellectuel, ce n'est pas un expert, un savant, un professeur, ni même un étudiant en philosophie. C'est une personne qui ressent de l'amour pour la sagesse, qui désire en faire la conquête et oeuvre dans ce sens de toute son âme. Nul besoin de grandes connaissances, de longues études et de hauts diplômes pour être philosophe. La philosophie n'est pas un savoir mais une activité accessible à tous, dès l'enfance. Elle ne consiste pas à tenir des discours abstraits ou à connaître des doctrines mais à utiliser sa raison pour devenir plus sage et être ainsi plus heureux dans sa vie. Depuis l'Antiquité, un philsophe ne se reconnaît pas à son érudition mais à son état d'esprit, à son attitude globale dans l'existence, face à la réalité. La philosophie n'est pas une discispline scolaire. C'est une aventure spirituelle.
Elle n'est pas une profession ou une spécialité mais un intérêt, un goût, une passion. Un philosophe peut gagner sa vie en étant chercheur, enseignant ou écrivain mais le titre de philosophe convient à toute personne qui cherche la sagesse dans sa vie, avec un amour sincère, quels que soient son âge, son niveau intellectuel ou sa profession."
Je descendais chercher les croissants du dimanche pour la famille et j'écoutais la radio : France culture. Il y avait un débat sur "les" cultures et un intervenant a commencé par réciter son parcours scolaire, ses diplômes et puis il s'est lancé dans un monologue totalement abscons. Un florilège de termes techniques, des phrases alambiquées, des tournures intellectuelles, un déballage de tout son cursus cognitif...Il s'écoutait parler et s'illuminait de son savoir. Mais dans une obscurité impénétrable, accompagnée en plus d'accent de préciosité absolument insupportable. L'intellectuel dans toute sa splendeur et celui-là mérite d'être catalogué puisque c'est ce qu'il recherche à tous prix. Un piédestal.
Totalement à l'envers au regard du texte de Bruno Giuliani. Ou de Socrate d'ailleurs.
C'est certain que cette philosophie est à fuir comme la peste. C'est ce qui a été fait d'ailleurs. Jusqu'à ce qu'elle n'aparaisse plus que sous cet angle. Il n'est qu'à écouter les commentaires des lycéens...L'education nationale a colporté le virus, nourrie et encouragée par ces techniciens de surface. Ceux qui méprisent la "France profonde". Mais le paysan rencontré dans les Monts d'Aubrac et qui nous parlait avec amour de la Terre, de son métier, des bêtes, de la vie, il n'avait aucun diplôme mais une sagesse incommensurable.
La France profonde
J'entends à la radio parler d'un documentaire de Raymond Depardon et le journaliste utilise le terme de "France profonde".
Alors donc, il existerait une catégorie de Français qui vivraient dans une France profonde. Je suspecte dans l'expression une connotation péjorative et je me dis que pourtant quand on parle d'un travail profond, il s'agit d'une exploration poussée du potentiel. L'inverse serait donc un travail de surface et il n'aurait évidemment guère les qualités de son opposé.
Serait-ce donc que la France profonde serait un territoire dans lequel les habitants parviendraient à une existence sereine et affinée, un saisissement entier du potentiel de la vie ? Et que la France de surface errerait dans une insignifiance tapageuse ?
Mais lorsqu'un journaliste utilise l'expression, que met-il derrière les termes ?
C'est étrange que le regard que l'on pose sur les choses dépend de l'endroit d'où on les observe...Cela signifierait-il que l'acceptation des catégories infuencerait irrémédiablement l'objectivité ? Mais alors, qu'en est -il de cette objectivité ? L'identification exerce-t-elle conjointement une perdition de la lucidité ?
Si on généralise l'expression, les gens des villes et bien entendu de la capitale détiendraient la capacité à analyser les habitants de la France profonde et à leur attribuer un panel de qualités ou de défauts. Enfin, surtout des défauts d'ailleurs. Parce que dans les villes et donc la France de surface, on sait bien que tout le monde dispose d'un potentiel intellectuel, philosophique et culturel indéniable, une maîtrise de soi, une connaissance de tous les phnénomènes intérieurs, une sagesse inégalable...
Madame Treitweiller appartenant à la France de surface a d'ailleurs montré toute l'étendue de cette maîtrise...Consternant cette guerre des egos, une ado usant des réseaux sociaux pour régler ses comptes. Ou BHL prenant un bide incommensurable en mettant en scène sa "Ramboïsation" dans les conflits. Ah, elle est belle la France de surface. Et Nadine Morano qui encense le FN avec son langage de fosse à purin. Je ne tenterai même pas de trouver d'autres exemples, rien que d'y penser, je me sens sale. Et puis, il n'y a qu'à lire les actualités sur internet pour s'en faire un catalogue de dix mille pages.
Alors, bon, j'en connais par ici, qui valent bien ces personnages. Une petite vallée paumée au fin fond des Alpes. On a aussi nos Morano. Faut pas rêver. On n'est pas chez les "Bisounours" ou dans "L'île enchantée."
Alors, la France profonde ou la France de surface, celle d'en haut, ou celle d'en bas, celle de gauche ou celle de droite, l'intellectuelle ou la paysanne, le rat des villes ou le rat des champs, tout ça, ce sont des généralisations absolument dérisoires et futiles, des "catégorisations outrancières", des limitations existentielles qui ont pour unique objectif que de valoriser ceux qui les prononcent.
Dans notre raid de l'été dernier à vélo, dans les Monts d'Aubrac, je me souviens d'une rencontre avec un vieux monsieur. Il ramenait ses poules à la maison. On a causé un bon moment. Il y avait une douceur ineffable dans ses yeux, de la curiosité aussi, il voulait savoir d'où on venait, ce qu'on faisait là. Il nous a raconté son enfance et puis sa vie sur les Hauts Plateaux, tous les changements qu'il avait connus, le départ de ses enfants pour la ville parce que la vie ici était vraiment difficile, plus d'argent, plus de travail, une autarcie que peu supporte. Il était descendu à l'hôpital quelques temps auparavant. Une hantise. Quitter la maison et les animaux, quitter les paysages, le lever du soleil et les orages, les tempêtes de neige et le vent, les journées de soleil et les longues escapades sur les plateaux, aller à la rencontre des vaches, voir si tout va bien, une vie simple et rude.
"Y'aura plus rien comme avant mais faut faire avec. Mais n'empêche qu'on s'est tous bien fait avoir avec leur progrès. On y a perdu bien plus qu'on y a gagné. On nous a dit qu'il fallait acheter des machines et produire plus. Bon, c'est ce qu'on a fait. Résultat : on s'est tous endetté et on a fait faillite parce que ça coûte moins cher de faire venir de la viande d'Argentine ou de tous les coins de la planète. Ah, ça y'a des belles machines dans les fermes ! Et y'a des pendus aussi."
Tristesse et lucidité. La France profonde s'est faite avoir par les politiciens et les financiers. Tout autant que la France des banlieues ou celle des cités industrielles ou des ports de pêches ou des terres agricoles.
Non, il n'y pas une France profonde et une France de surface. Il y a des habitants lambdas qui gèrent leurs existences au mieux ou au moins pire et puis il y a les nantis. La féodalité n'a jamais disparu, elle s'est juste transformée. Les nantis ont tiré à leur avantage les leçons des révolutions et des conflits. Pour préserver la hiérarchie, il faut du pain (un peu) et beaucoup de jeux. Pour l'instant, ça marche encore mais ils sentent bien que la lame de la guillotine pourrait de nouveau être aiguisée.
J'attends.
L'innocence
Je suis consterné par le décalage entre les enfants dans ma classe, des enfants de CM2, dix ans. Une pollution de leurs âmes par un monde adlute qui n'a aucun respect, aucune attention, aucune prise en considération, aucune précaution.
Un exercice de grammaire, étude de la phrase complexe:
"Ma copine est arrivée devant le portail du collège en criant qu'elle avait perdu sa chatte. "
Eclat de rire de deux garçons.
Une autre petite répond que ça n'est pas bien de se moquer...Elle n'avait pas compris l'interprétation de ces deux garçons.
Un texte de lecture, un auteur de la région raconte son enfance :
"Quand j'étais petit, j'allais parfois me promener en forêt et un jour, je suis tombé sur une fumée qui sortait du sol. Je me suis approché et j'ai vu un trou noir qui fumait...."
Eclat de rire et regards en coin.
"Il s'agissait d'une mine de charbon, exploitée au Moyen Age. Un feu de broussaille s'était propagé. "
Ces deux garçons n'écoutaient plus rien. Obligé de les recadrer.
Des exemples comme ceux-là, il y en a des dizaines par an.
Cet après-midi, je montrais à la classe un film documentaire sur le débarquement du 6 juin 44.
A Omaha beach, on voit des soldats hachés par les balles. J'entends un garçon dire : "Comment il s'est fait défoncer celui-là. Trop bien. "
On venait d'écouter des survivants raconter leur cauchemar.
Tous les enfants n'ont pas en eux ce désastre existentiel, éducatif, ce conditionnement des adultes dans ce qu'il y a de plus malsain, l'influence de la télévision et l'abandon de certains parents. J'ai des élèves qui regardent les séries américaines du soir avec des sérial killers, des violeurs, des bouchers. Ils entendent des paroles épouvantablement vulgaires, d'autres "jouent" à la guerre avec des jeux vidéos.
Ils ont dix ans.
Leurs camarades ne comprennent pas leurs allusions, leurs réactions, leur "langage."
Un décalage effroyable. Et l'impression que le mal est fait, que c'est irrémédiable, que les personnalités sont définitivement sculptées, des blocs informes, taillés à coups de marteau-piqueur.
Comment vont-ils évoluer ? Je n'ose même pas chercher la réponse. J'aurai croisé leur route pendant un an. C'est insignifiant. Je ne suis rien contre la puissance de feu du monde extérieur.
Je discutais dans la cour avec un groupe de filles de la classe et je leur disais que j'étais triste parfois, de l'énergie que je dépensais pour essayer de "récupérer" un peu ces âmes perdues et de l'abandon consécutif qui s'installait envers ces enfants qui auraient aimé que je sois disponible pour eux. Le constat est très simple : Je suis incapable de dire si mes actions et mes paroles auront une incidence durable envers les enfants perturbés et en même temps survient cette culpabilité envers ceux qui auraient aimé passer davantage de temps à discuter de choses intéressantes, apprendre encore davantage, échanger dans une ambiance apaisée, sereine, conviviale, respectueuse. Les tensions qu'il faut gérer constamment interdisent trop souvent cette plénitude.
Le problème du nivellement par le bas est complété par le nivellement existentiel. Un fardeau qui devient insupportable.
L'année va s'achever et je regrette ces échanges que j'aurais pu avoir avec certains élèves parce que j'étais accaparé par ceux qui ont déjà perdu leur innocence. Ceux qui ont déjà été pillés par le monde adulte.
J'ai voulu les initier à la peinture des Impressionnistes. Je sais ceux qui y voient la beauté du monde. Je sais aussi ceux qui n'y voient rien du tout.
Alors, notre nouveau Ministre qui s'évertue à trouver un nouveau calendrier scolaire, quand il aura fini de faire mumuse, peut-être qu'il se penchera un peu sur la réalité du terrain. J'attends de voir. Oh, bien sûr, on peut toujours dire que l'école n'a pas pour vocation d'éduquer, ni même d'améliorer si possible ce monde. Oui, on peut toujours le dire mais moi, je suis sourd.










