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Hétéronomie (1) (spiritualité)
L'hétéronomie est la capacité d'un être vivant à subir la règle du milieu environnant.
Chez l'homme, l'hétéronomie représente l'incapacité à se donner ses propres lois et à se régir d'après elles. L'hétéronomie est l'inverse de l'autonomie.
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Pour Kant, l'hétéronomie est la dépendance à l'égard de mobiles pathologiques sensibles ou d'une loi extérieure. Il distingue le domaine de l'hétéronomie, soumission inévitable au socius politique, de l'autonomie, capacité de se donner à soi-même ses propres lois, qui ne se conçoit valablement que dans le domaine de la liberté morale. Il évite d'envisager la morale comme domaine de la soumission aux normes, dans le respect des pouvoirs établis et la conformité aux exigences de la raison. Kant soutient que la Raison morale ne se définit pas par rapport au politique, domaine par excellence de l'hétéronomie, mais par la liberté.
Wikipédia
En grec, "autonomos" signifie "ce qui se gouverne selon ses propres lois."
On peut légitimement se poser la question de notre rapport à cette idée de liberté.
Dans notre intégration sociale, nous sommes immanquablement amenés à tendre vers l'hétéronomie. Et cela depuis la petite enfance, en passant par l'école, jusqu'au monde professionnel. Il s'agit de créer les conditions favorables à une vie grégaire.
Le problème vient évidemment du fait que nous déléguons à certains individus le droit de constituer les termes et les actes de cette soumission.
Le fait, par exemple, que la constitution soit écrite par les gens qui sont tenus de s'y soumettre, reviendrait en fait à ce que je demande à mes élèves d'écrire le règlement de l'école...Peut-être d'ailleurs seraient-ils capables de se montrer plus justes, honnêtes, équitables, restrictifs que les politiciens qui oeuvrent principalement à l'autonomie de leurs privilèges par l'extension de l'hétéronomie sur la masse. La constitution, par ce principe inique, génère une contradiction absolue dans le principe même du lien social. Les règles sont établies avec une intention inavouée au détriment de la classe sociale qui a délégué son pouvoir. Les individus qui travaillent à cette constitution, pilier même de l'hétéronomie du groupe humain, sont des individus qui répondent prioritairement à des intérêts personnels, c'est à dire à une incapacité à se détacher de leur propre hétéronomie passionnelle. Ils ont choisi la voie politique pour assouvir des désirs de puissance et d'autonomie financière en se servant des fondements de la démocratie. Ils ne sont pas autonomes au regard de leurs passions vénales. La populace, habituée, conditionnée, manipulée, validera ce cheminement pervers par une délégation électorale. On entre dans l'hétéronomie démocratique...
Tout cela serait acceptable si les individus étaient capables de discerner lucidement ce qui les motive.
Si la populace se soumet par abandon, pour pouvoir profiter d'une lobotomie existentielle, philosophique, intellectuelle, il s'agit d'une condamnation auto proclamée. Elle n'a pas à se plaindre.
Si la populace a conscience du détournement de l'hétéronomie à des fins personnelles et que cette soumission lui devient insupportable, qu'elle devine à quel point "le contrat social" est souillé, rompu, avili par des hommes avides, elle se doit de reprendre son autonomie. Non pas une autonomie dévastatrice qui brûle ce qui appartient à tous, mais une autonomie philosophique, politique, existentielle.
Sans une analyse minutieuse de ce qui constitue la liberté intérieure de l'homme, il est impossible d'englober ce qui concerne le rapport au monde. Tout le problème est là. Personne ne peut oeuvrer à créer une hétéronomie justifiée, équilibrée, planifiée, reconnue, comprise si ce travail n'a pas été effectué préalablement dans la dimension intérieure.
La liberté n'existe que lorsque chaque individu a atteint la capacité à agir sur le monde en y imprimant sa volonté dans le cadre restrictif de l'ordre instauré. Ces actes seront à même de modifier favorablement cet ordre. Il est par conséquent totalement absurde de demander aux individus de décider d'un contrat social sans que ces mêmes individus n'aient au préalable établi en eux cette lucidité indispensable. Cela reviendrait à laisser des individus instables et névrosés décider des conditions de leur internement.
Cette absence de réflexion existentielle confère à la vie sociale une condamnation à la fatalité. "On n'y peut rien ma pauvre dame". La liberté n'est plus qu'une résignation volontaire et l'abrutissement de chacun dans des dérives consuméristes, matérialistes, une soif de pouvoir sur les objets à défaut de pouvoir sur soi. L'illusion devient la norme.
Le déterminsime a au moins cet avantage d'offrir la possibilité d'agir sur la connaissance des causes. Nous sommes attachés par des contraintes, limités par des devoirs, contenus par des liens sociaux, conduits par nos passions, dirigés par nos instincts, abrutis par nos espoirs. Mais nous possédons néanmoins la capacité à les identifier et par conséquent ultérieurement à agir sur ces phénomènes, qu'ils soient internes ou issus de notre vie grégaire. Il n'est pas question de destin ni de fatalité mais d'observation et de liberté de choix dans la mesure de nos limites.
Rien de raisonné n'est envisageable sans un état des lieux personnels. La société actuelle n'est que le reflet de cette absence d'analyse intérieure. On voudrait constituer un groupe humain équilibré, lucide, intelligent, respectueux, avant même que les individus esseulés n'aient envisagé de se connaître. Si nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, comment pouvons-nous envisager de nous en remettre à des individus tout aussi égarés ?
Cette hétéronomie est une geôle mais nous en constituons nous mêmes l'enceinte. La société n'existe pas en elle-même. Elle n'a pas de vie propre. Elle n'est que l'extension de ce que nous sommes.
Fukushima
40 millions de japonais en extrême danger par empoisonnement aux radiations, évacuations de masse probables

Des officiels japonais sont actuellement engagés dans des pourparlers avec des diplomates russes sur la possible délocalisation de dizaines de millions de japonais dans le cas très probable d’un effondrement total de l’unité 4 de Fukushima Daiichi. Selon un rapport récent de EUTimes,net, les autorités japonaises ont indiqué qu’au moins 40 millions de japonais sont en "extrême danger" d’empoisonnement radioactif, et que de nombreuses villes de l’est, y compris Tokyo, peuvent devoir être évacuées dans les prochaines semaines ou mois pour éviter un empoisonnement à des radiations extrêmes.
Comme nous continuons de le rapporter, la situation à Fukushima est désespérée, c’est peu de le dire. Le réacteur 4 est sur le point de s’effondrer complètement, ce qui enverrait dans l’atmosphère du combustible provenant de milliers de barres. Ces barres, après tout, sont déjà exposées à l’air libre, mais la libération de leur combustible causerait non seulement une catastrophe régionale, mais aussi un holocauste mondial.
Le Mainichi Daily a récemment rapporté : "Un rapport publié en février par la commission indépendante d’investigation sur l’accident a déclaré que la piscine de stockage du réacteur 4 était le maillon faible dans les crises de réaction en chaîne de la catastrophe nucléaire ».
"Le scénario du pire établi par le gouvernement inclut non seulement l’effondrement de la piscine du réacteur 4, mais aussi la désintégration des barres de combustible de tous les autres réacteurs de la centrale. Si ceci devait arriver, les habitants de la zone métropolitaine de Tokyo seraient obligés d’évacuer."
Pour mettre en place des solutions pour les japonais les plus proches du danger, les autorités envisagent de reloger des dizaines de millions de japonais dans les îles Kouriles, situées dans la région de Sakhaline, ou même en Chine, où des centaines d’habitations de villes fantômes non utilisées pourraient abriter au moins 64 millions de réfugiés. Si cette délocalisation devait se produire, le Japon deviendrait en grande partie une friche stérile.
Une "vague" de déchets hautement radioactifs se dirigerait vers la côte ouest des US.
Pour les japonais, la catastrophe de Fukushima représente une disparition complète de leur nation, alors que pratiquement rien n’est fait pour contenir les milliers de barres de combustible exposées qui pourraient exploser avec la chute du réacteur 4. Mais les conséquences de tout ceci ne sont pas limitées seulement au Japon, car le reste du monde, y compris les US, supporteront le poids de cette bombe nucléaire aussi. Nous souffrons déjà, en fait, des conséquences de cette guerre nucléaire qui n’est pas une guerre.
À la fin de l’année dernière, par exemple, il a été rapporté que des officiels américains ont ordonné à TEPCO de relâcher 10 millions de litres de déchets radioactifs dans l’océan Pacifique. Aujourd’hui, selon The Intel Hub, ces déchets arriveront bientôt sur les grèves de la côte ouest, à l’insu de millions d’américains vivant dans cette région, qui y seront exposés.
Cette nouvelle »vague » de radiations est, bien sûr, en supplément de vagues plus anciennes qui ont déjà tué des milliers de gens, beaucoup d’entre eux étant des enfants, et provoqué une augmentation considérable de cas de cancers. Et avec le temps de plus en plus de gens vivant en Amérique vont commencer à développer des maladies chroniques en résultat d’un empoisonnement perpétuel par Fukushima et beaucoup mourront, alors que les médias de masse restent volontairement silencieux sur le problème.
Et le gouvernement fédéral a toujours su que la catastrophe devenait la plus mondialement sévère de l’histoire, comme il l’a été prouvé par la récente demande d’une loi sur la liberté de l’information. Non seulement les autorités fédérales sont conscientes des extrêmes dangers venant de Fukushima depuis les premiers jours, mais elles ont aussi orchestré des campagnes de désinformation pour garder les américains et le reste du monde dans l’obscurité au sujet de la vérité.
Comme ni les US ni les gouvernements japonais semblent vouloir vraiment gérer Fukushima, et en particulier la condition du réacteur 4, NaturalNews en appelle aux Nations-Unies pour mener une action rapide. Une nouvelle pétition presse les NU d’organiser un sommet sur la sécurité nucléaire pour s’occuper du problème du réacteur 4, et établir aussi une équipe indépendante d’évaluation pour le stabiliser et empêcher son combustible de détruire potentiellement toute vie sur terre.
Traduction par Chantalouette et Hélios du Bistro Bar Blog
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Psychologie des foules.
"Le diagnostic des deux auteurs est le même : l'autorité traditionnelle, attachée à la fonction, est en passe d'être remplacée par la suggestion pure, qui permettra aux chefs de se faire obéir des masses par la seule force de leur personnalité, de plus en plus indépendamment des cadres établis. Pour de Gaulle comme pour Le Bon, la magie du social tient en un mot : le prestige. »
On peut ajouter aujourd'hui que ce prestige n'est pas associé à la qualité humaine de la personne mais à son statut social et donc à son pouvoir financier. La suggestion est générée par l'aura de puissance matérialiste, la réussite sociale, même si elle est fondée sur des valeurs insignifiantes. C'est la suggestion people...
GUSTAVE LE BON
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Le_Bon
Né en 1841 à Nogent-le-Rotrou, où son père était conservateur des hypothèques, il fit ses études au lycée de Tours, puis à la faculté de médecine à Paris, où il obtient le titre de docteur en médecine en 1866. Benoît Marpeau, dans la biographie qu'il lui a consacrée, nie cependant l'obtention de ce titre.
Il parcourut l'Europe, l'Asie et l'Afrique du Nord entre les années 1860 et 1880. Il écrivit des récits de voyage, des ouvrages d'archéologie et d'anthropologie sur les civilisations de l'Orient et participa au comité d'organisation des expositions universelles.
En 1879, il fit une entrée remarquée au sein de la Société d’Anthropologie de Paris qui lui décerna l'année suivante le prix Godard pour son mémoire Recherches anatomiques et mathématiques sur les lois de variation du volume du cerveau et sur leur relation avec l'intelligence. Mais en 1888, il démissionne et rompt tout contact avec cette Société peu ouverte aux approches psycho-sociologiques novatrices de Le Bon pour lequel « il n'y a pas de races pures dans les pays civilisés » (L'homme et les sociétés, 1881) et qui entend le terme de « race », à l'instar de Taine ou Renan, comme un synonyme de « peuple », c'est-à-dire « un agrégat d'hommes appartenant au même milieu et partageant la même culture (langue, tradition, religion, histoire, coutumes vestimentaires, alimentaires, etc.) ». « Les classifications uniquement fondées sur la couleur de la peau ou sur la couleur des cheveux n'ont guère plus de valeur que celles qui consisteraient à classer les chiens d'après la couleur ou la forme des poils, divisant, par exemple, ces derniers en chiens noirs, chiens blancs, chiens rouges, chiens frisés, etc. » (L'homme et les sociétés).
Au chapitre de la colonisation, Le Bon partage avec l'anthropologue Louis Armand de Quatrefages de Bréau une position hétérodoxe : le rôle de la puissance colonisatrice devait se borner à maintenir la paix et la stabilité, à prélever un tribut, à nouer ou à développer des relations commerciales, mais en aucun cas ne doit s’arroger le droit d’imposer sa civilisation à des populations réticentes1.
Son premier grand succès de librairie en sciences sociales est la publication en 1894 des Lois psychologiques de l'évolution des peuples, ouvrage qui se réfère aux lois de l'évolution darwinienne en les étendant de la physiologie à la psycho-sociologie. L'année suivante, il écrit Psychologie des Foules2, pour lequel il fut félicité par Mussolini (lettres conservées par l'Association des Amis de Gustave le Bon).
Le Bon participe par la suite activement à la vie intellectuelle française. En 1902, il lance une série de « déjeuners du mercredi » auxquels sont conviées des personnalités telles que Henri et Raymond Poincaré, Paul Valéry, Émile Picard, Camille Saint-Saens, Marie Bonaparte, Aristide Briand, Henri Bergson, etc.
Influence
Les idées contenues dans Psychologie des Foules jouèrent un rôle important au début du XXe siècle. Ainsi, l'ouvrage de Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, paru en 1921, mentionne-t-il les travaux de le Bon notamment sur « les modifications du moi lorsqu'il est au sein d'un groupe agissant ». En 2010, Psychologie des foules fera partie de la série Les 20 livres qui ont changé le monde publiée conjointement par les Éditions Flammarion et le journal Le Monde. Dans sa préface, Mathieu Kojascha écarte l’idée que l’ouvrage ait pu faire le lit du fascisme et conclut : « Contribution définitive à la psychologie collective, à la compréhension du phénomène mystérieux qu’est la foule, Psychologie des foules de Gustave Le Bon doit aussi son immense succès au fait que ce personnage étonnant, intrigant, a su exprimer l’inquiétude de ses contemporains, leur perplexité devant certains aspects de la modernité. Perçu comme un texte fondateur de la psychologie sociale, ce livre est donc un formidable document d’histoire. »
Ses découvertes lui permirent par ailleurs d'avertir dans un article intitulé De l'évolution de l'Europe vers diverses formes de dictature dès 1924 du fait que la montée du fascisme en Italie n'était pas un phénomène isolé mais risquait au contraire de s'étendre, par le même mécanisme d'un meneur de foules prenant, à la faveur d'événements violents, les rênes du pouvoir et les confisquant ensuite à son seul profit. Si les praticiens du totalitarisme, Mussolini, Hitler, Staline et Mao passent pour s'être inspirés (ou plus exactement, avoir détourné ses préceptes) de Gustave Le Bon3, beaucoup de républicains - Roosevelt, Clemenceau, Poincaré, Churchill, de Gaulle, etc, s'en sont également inspirés.
Sur ce sujet, on se reportera aux ouvrages de Moscovici, Rouvier, Decherf et Korpa. De Gaulle emprunte effectivement dans son livre à la gloire de « l'homme de caractère » (Le Fil de l'épée) l'essentiel des thèses de Le Bon, tendant notamment à considérer la suggestion comme le fait élémentaire et irréductible expliquant tous les mystères de la domination. Comme le père de la psychologie des foules, il entend profiter de la crise que l'autorité est réputée traverser pour en saisir l'essence. Cette crise correspond à une évolution par laquelle le principe d'autorité s'adapte à la modernité. Le diagnostic des deux auteurs est le même : l'autorité traditionnelle, attachée à la fonction, est en passe d'être remplacée par la suggestion pure, qui permettra aux chefs de se faire obéir des masses par la seule force de leur personnalité, de plus en plus indépendamment des cadres établis. Pour de Gaulle comme pour Le Bon, la magie du social tient en un mot : le prestige. » Jean-Baptiste Decherf, De Gaulle et le jeu divin du héros. Une théorie de l'action4.
De fait, Le Bon n'a fait qu'analyser des phénomènes de croyances et de mobilisation collective qui peuvent servir à une rhétorique de conviction démocratique comme à une propagande totalitaire, mettant particulièrement en garde contre les risques de manipulation de l'opinion. Il est connu pour avoir été le premier penseur à avoir pointé du doigt le danger de la mystique de la supériorité de la race aryenne et condamné par avance la montée du nazisme : « L’Allemand moderne est plus dangereux encore par ses idées que par ses canons, écrit-il en 1918 dans Hier et demain. Le dernier des Teutons reste convaincu de la supériorité de sa race et du devoir, qu’en raison de cette supériorité, il a d’imposer sa domination au monde. Cette conception donne évidemment à un peuple une grande force. Il faudra peut-être une nouvelle série de croisades pour la détruire. »
Ses travaux sur la psychologie des foules furent utilisés dans la première moitié du XXe siècle par des chercheurs en sociologie des médias tels que Hadly Cantril ou Herbert Blumer pour décrire les réactions des groupes face aux médias.
Redécouverte à l'époque moderne
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Il a été redécouvert en France grâce à Serge Moscovici lors du cinquantenaire de la mort du sociologue en 1981 avec L'Âge des foules qui traite des précurseurs de la psychologie sociale, à savoir Gustave Le Bon, Gabriel Tarde et Sigmund Freud. Pour Moscovici, Le Bon (en qui il voit le « Machiavel des sociétés de masse ») est celui qui, le premier, a saisi l'importance du rôle (potentiellement destructeur) des masses dans le processus historique et en a esquissé la typologie.
En 1977, Catherine Rouvier, après son mémoire soutenu en 1976 avec Roger-Gérard Schwartzenberg à l'Université de Paris 2 Panthéon Assas sur « la personnalisation du pouvoir en France de 1875 à 1958 » faisait porter ses recherches en histoire sur la psychologie politique sur Le Bon et montrait que ce dernier était en réalité mal compris car victime d'une confusion courante entre masses et foules.
En effet, l'apport de Le Bon à la psychologie sociale ne concerne nullement les masses — concept très général peu susceptible d'une approche expérimentale. Son véritable sujet d'étude est la foule, définie comme une réunion momentanée d'individus soumis à une émotion forte à la suite d'un événement et/ou d'un discours ou d'un image provoquant la peur, la haine, ou, au contraire, l'enthousiasme et l'amour. Ces découvertes de le Bon s'inscrivent en effet clairement dans le débat qui agite les historiens du XIXe siècle sur les causes de la violence et du caractère subit des révolutions, celle de 1789, bien sûr, mais aussi celles de 1830, 1848 et 1870. Cela est donc bien distinct de ce qui sera développé plus tard par Wilhem Reich, par exemple sur « la psychologie de masses du fascisme ».
L'état de suggestibilité de la foule est très précisément décrit par ce médecin passionné par les expériences en tout genre, de Charcot sur la guérison de l'hystérie par l'hypnose à la Salpetrière ainsi que par la technique (au départ fondée sur l'hypnose) de la guérison des névroses par Sigmund Freud, avec lequel il correspondit grâce à leur amie commune Marie Bonaparte.
Le concept de horde chez Freud est, du reste, à rapprocher — mais non à confondre — avec celui de foule chez Le Bon. Dans les deux cas, est décrit le phénomène du meneur, qui est celui qui va répondre à l'expectative du groupe, foule ou horde. Mais tandis que la horde est un groupe soumis en permanence aux directives de son chef, la foule n'est éminemment suggestible et donc vulnérable à tout mot d'ordre exprimé avec force que pendant le temps que dure l'excitation due à l'évènement — ou à la mise en scène fictive d'un évènement.
L'intérêt majeur de cette théorie, dite de la « psychologie des foules », est précisément d'introduire, dès la fin du XIXe siècle, dans la réflexion politique le concept de plus en plus utilisé en ce début de XXIe siècle de quotient émotionnel.
Comme beaucoup de savants provenant des sciences de la nature, il a émis sans précautions oratoires des idées sur la psychologie collective qui parurent choquantes: 1. la tendance des groupes à la soumission à l'autorité se trouve démultipliée dès lors que des événements sont théâtralisés, orchestrés et utilisés par des leaders pour pousser à l'action un groupe, qui, alors, devient « foule ». 2. Ce groupe peut être les participants à une assemblée générale, à une manifestation, mais aussi à un jury d'Assises ou à toute autre forme institutionnelle de réunion. Voilà qui ne pouvait que déplaire à des sociologues qui, comme le notera plus tard Pierre Bourdieu, ont tendance à légitimer parfois au-delà du raisonnable leur objet d'études : la classe politique — qui, pourtant, était confrontée à cette époque au spectacle délétère de débats à l'Assemblée nationale, où, parfois, on criait « À mort ! » (contre Ferry dans l'affaire du Tonkin, par exemple).
Les idées de Le Bon se sont trouvées largement vérifiées, ainsi la tendance des masses à se plier à la servitude volontaire. « Le fait que le régime totalitaire, écrit Hannah Arendt à ce sujet, malgré l’évidence de ses crimes, s’est appuyé sur les masses, est profondément troublant. » (Les origines du totalitarisme, Éditions du Seuil, 1950).
Le Bon peut aussi être considéré comme le précurseur de la notion de « public », aujourd'hui utilisée en sociologie des médias. En effet, une « foule », au sens psycho-sociologique du terme, peut ne pas être réunie physiquement (ainsi les téléspectateurs ou les internautes) ; ses membres forment, à un moment donné, une communauté qui participe à une même activité et partage les mêmes émotions. Mort en 1931, il a pourtant pu mesurer l'impact futur que seraient appelés à avoir les mass-media : « Avec les moyens actuels de publicité, consignait-il en 1924, une opinion ou une doctrine peut être lancée comme un produit pharmaceutique quelconque. »
Gustave Le Bon et la Première Guerre mondiale
Gustave Le Bon a prédit qu'elle serait meurtrière car il s'agirait de guerre de conscrits et non plus de professionnels. Ainsi dans Psychologie du socialisme (1898), il écrivait que « les prochaines luttes entre nations seront de véritables luttes pour l'existence ne pouvant se terminer que par l'écrasement complet de l'un des combattants. » Ses idées sur la psychologie ont influencé l'école de guerre, chargée de préparer les officiers. Le Bon a aussi analysé le conflit dans des livres comme Premières conséquences de la guerre (1917)
Le chant du cygne.
Le chant du cygne (expression d’origine grecque) désigne la plus belle et dernière chose réalisée par quelqu’un avant de mourir. En art, il s'agit donc de la dernière œuvre remarquable d’un poète ou d’un artiste.
Et bien, j'ai découvert qu'en vélo, il arrive un moment où l'épuisement confère à l'individu l'entrée dans une dimension étrange, une sorte de "petite mort."
Je ne sais pas combien de fois j'ai exploré cette dimension mais samedi, c'était assez particulier. C'est là que m'est venue à l'esprit cette expression du chant du cygne.
J'étais à bloc depuis une vingtaine de kilomètres, quarante déjà dans les jambes et j'avais décidé de finir en beauté :) Un final très montant. Une bosse de six kilomètres que j'ai tenté de franchir sans jamais relâcher la pression, la bave aux lèvres, les tympans saturés par la force de mes souffles, la brûlure constante des cuisses. Je savais, avec l'expérience, qu'il ne fallait pas lever la tête, ne jamais regarder en avant, ne jamais subir cette vision destructrice de la pente, rester appliqué sur la poussée des jambes, juste le mètre en cours, le ruban de goudron qui défile sous mes yeux, rester dans l'instant, ne pas espérer la fin de la montée au risque de voir fondre mon énergie, comme avalée par cet espoir néfaste.
J'ai franchi le sommet et j'ai basculé aussitôt dans la pente, grand plateau, cinquante kilomètres à l'heure, cinquante-cinq, soixante, l'enchaînement des virages, une euphorie bienheureuse, aucune envie de récupérer mais bien au contraire de continuer à puiser dans le creuset bouillant. Un long faux plat montant et puis une nouvelle bosse de trois kilomètres.
Toujours à fond.
C'est là que j'ai senti qu'il n'y avait plus rien, plus aucune pensée, plus aucune attention forcée, aucune concentration sur le geste mais pour le ressentir, il a fallu que je prenne conscience de mon absence. Un retour éphémère de la pensée et puis son effacement quasi immédiat, comme si cette pensée n'avait plus de raison d'être, qu'elle n'était qu'une intruse inutile, totalement déplacée, une excroissance qui s'était vidée de toute son énergie. Je voyais ruisseler devant moi des filets de sueur, je sentais autour de moi cette odeur particulière du corps, ce parfum âcre, entêtant, lorsque l'effort impose d'aller chercher dans les abysses les forces disponibles, comme si ces forces agglutinées dans les tréfonds possédaient une odeur de cave. Je sais quand cette odeur survient que je ne suis pas loin du point de rupture et que le chant du cygne va survenir.
Je ne savais pas où j'étais dans la montée, je n'avais plus de lien réel avec le monde environnant. Et les frissons sont apparus, comme une bourrasque, des cascades caloriques déboulant du crâne jusqu'aux orteils, rebondissant dans les recoins, saturant de jouissance chaque cellule. J'ai éclaté de rire et mon rire m'a surpris.
J'ai vu sur le compteur que la vitesse augmentait et j'ai appuyé encore plus fort, j'ai laissé couler de ma gorge les râles et la mélodie des souffles, un leitmotiv câlé sur le mouvement de mes jambes. Rien, aucune douleur, aucune brûlure, une montée verticale dans les gouffres intérieurs. Des flashs de pensées zébrant l'euphorie comme des éclairs disparates, incontrôlés et ne laissant aucun souvenir.
Je suis arrivé au sommet de la bosse. Et tout s'est effondré.
Il restait trois kilomètres. Je les ai parcourus comme un moribond. Comme un voyageur revenant d'un séjour étrange, une terre inconnue et redécouvrant misérablement sa condition humaine.
Mais l'écho du rire est toujours là. Et les frissons. Rien ne meurt quand la pensée n'est plus là.
L'échec scolaire
Un texte paru sur "REFLETS DU TEMPS".
http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=1678&Itemid=2
L'échec scolaire ou l'école en question

En réponse au texte de Thierry Ledru sur l’Ecole
Alors que la question de l’échec scolaire occupe le devant de la scène et que de multiples solutions sont proposées ou ont déjà été adoptées sans beaucoup de résultats, ne serait-il pas nécessaire de se demander si les « nouvelles » méthodes pédagogiques sont vraiment adaptées à la situation et si le véritable problème ne se trouve pas ailleurs ?
Les propositions actuelles sur l’école découlent d’une vision du monde progressiste qui peut être appelée « féministe » dans la mesure où elle s’oppose radicalement à l’idéologie de la société patriarcale traditionnelle, autoritaire et machiste. Celle-ci s’est développée avec l’Humanisme et les Lumières. Elle a été à l’origine des mouvements d’abord libéraux, puis démocratiques, puis féministes. Aujourd’hui, alors que ses défenseurs se battent à juste titre contre des mouvements réactionnaires, elle dérive cependant, au point de devenir parfois, chez certains hommes et certaines femmes, une idéologie qui n’accepte aucune remise en cause.
Cette nouvelle idéologie devenue dominante (approuvée par une majorité des femmes et des hommes), en arrive à confondre liberté avec spontanéité et à transformer l’égalité en droits en un droit à l’égalité. Dans un renversement d’attitude, une autre dérive fait des valeurs dites « féminines », autrefois injustement ridiculisées, les seules valeurs dignes d’être développées. Cette idéologie dite « moderne » a influencé toutes les réformes faites ces trente dernières années à l´Ecole.
Des méthodes pédagogiques ont été considérablement améliorées et elles continuent d’être perfectionnées pour rendre plus intéressants et plus efficaces les apprentissages. L’élève, de milieu aisé ou défavorisé, devenu le centre du système scolaire, est pourtant de moins en moins motivé et l’échec scolaire, loin de diminuer, s’accroît. Alors, malgré les intentions louables des réformateurs, ne serait-il pas nécessaire de faire une pause et de se demander si ces réformes n’ont pas aussi des effets pernicieux ? En effet, à force de vouloir changer, en invoquant le fait que les méthodes d’enseignement sont inadaptées et mauvaises (ce qui revient très souvent à remettre en cause ceux qui les ont adoptées ou ceux qui n’adoptent pas assez bien les nouvelles), les élèves (qui sont alors très attentifs), trouvent de bonnes raisons de ne pas être motivés et ainsi de ne pas faire l’effort de travailler. Comment, d’ailleurs, pourraient-ils avoir envie d’écouter des maîtres (le mot « maître » lui-même est devenu tabou) quand ce qu’ils entendent dans les médias et même parfois dans la bouche de responsables de l’Education Nationale va souvent dans le sens d’une critique des éducateurs qui ne seraient jamais assez attentifs, justes, compétents, modernes…
Ces élèves sont confrontés à une injonction paradoxale totalement perverse : on leur demande d’écouter des enseignants auxquels peu de personnes sont prêtes à accorder du crédit. S’ils ne les écoutent pas, ils ont le tort de ne pas obtenir les résultats scolaires attendus et s’ils les écoutent, ils ont le tort de suivre des personnes qui ne le méritent pas. Ainsi, alors que les méthodes traditionnelles ont pu être accusées d’occasionner des névroses en étant très traumatisantes, il se pourrait que la société actuelle soit très déstabilisante et favorise les psychoses !
Parce que la fonction éducative a été détournée en autoritarisme pendant des siècles, des « pédagogues » dans la réaction « jettent le bébé avec l’eau du bain », et donnent l’impression de prendre le rôle d’une mère qui viendrait écouter l’enfant et le défendre, en lui donnant raison contre le « père ». Alors que l’évanouissement de la fonction de « père » a une responsabilité certaine dans la crise que traverse notre société, ils contribuent à « l’achever » en privilégiant le rôle maternant des enseignants. Et pourtant, les enfants ont besoin de « père » pour se structurer. Sans repère ne deviennent-ils pas très souvent des enfants « hors la loi », incapables, à l’école, de respecter les règles de l’orthographe, de la grammaire, du calcul, de la discipline… indispensables pour pouvoir apprendre ? S’il n’est pas question de les faire revenir à des méthodes peu performantes et inhumaines, est-ce en les maintenant dans un cocon fusionnel et en continuant d’en faire des enfants-rois, qu’ils apprendront à devenir des citoyens, adultes, responsables, capables de faire vivre la démocratie ?
Réformes à l’Ecole ! Pour quoi faire ?
Après plus de quarante ans de remise en cause de l’Ecole, il est surprenant de constater, si ce n’est un engouement pour les changements qui sont proposés, du moins, chez un très grand nombre d’enseignants et de parents, la certitude que l’échec scolaire ne peut-être réglé que par de nouvelles réformes !
S’il n’est pas question de contester la nécessité d’améliorer les programmes, les méthodes pédagogiques, la formation des enseignants… il est néanmoins possible de se poser certaines questions.
1ère question :
Si ce que certains appellent « la faillite de l’Ecole » devait avoir pour cause la formation des enseignants et les méthodes qu’ils appliquent, comment se fait-il qu’après plus de quarante ans d’efforts et de bouleversements indéniables dans ces domaines, il y ait encore « échec scolaire » et à plus forte raison, que celui-ci soit en constante augmentation ?
2ème question :
Si l’échec scolaire dont il est question peut avoir pour origine les difficultés réelles de certains élèves, quelle est l’influence du manque de motivation à apprendre de la grande partie d’entre eux ?
3ème question :
Si l’enseignant sert en général de paratonnerre, quelles sont cependant les véritables causes de ce manque de motivation ?
4ème question :
Les enfants qui arrivent dans une Ecole forcément exigeante, puisqu’elle a pour fonction de les « élever », sont déjà marqués par l’éducation qui leur est donnée dans la famille. Ces enfants qui ne sont plus des adultes en devenir mais l’avenir des adultes n’ont souvent pas réellement appris à intégrer les limites, à assumer les frustrations, à fournir des efforts…
Ils n’ont souvent pas appris, de parents qu’ils aiment, à respecter et à s’adapter aux règles de la société.
Comment ces « enfants-rois » pourraient-ils respecter et s’adapter aux règles du système scolaire (règles de la langue, de l’écriture, de l’orthographe, de la grammaire, du calcul, de la discipline…) venant de personnes qu’ils ne connaissent pas et qui sont très souvent dénigrées ?
Peuvent-ils accepter l’autorité de l’Ecole alors que celle-ci n’est souvent pas reconnue par des parents qui parfois doutent de sa nécessité et de la façon de l’exercer dans leur propre famille ?
5ème question :
En remettant perpétuellement en cause les méthodes pédagogiques, ne donne-t-on pas des raisons, aux élèves (et aux parents qui attendent des résultats), de croire que ces méthodes sont inadaptées, qu’ils ont raison de ne pas les suivre, que l’Ecole est inefficace et donc qu’ils ne sont plus responsables de leurs échecs éventuels ? (N’y a-t-il pas confusion entre « l’échec de l’Ecole » et l’échec de certains élèves à l’Ecole ?)
6ème question :
N’y a-t-il pas plus d’effets pervers que de bénéfices à vouloir trop prendre en compte « les symptômes des psychologies juvéniles de plus en plus éclatées » ?
– En plaçant ces « enfants-rois » au centre du système scolaire, ne renforce-t-on pas leur sentiment de toute-puissance ?
– En allant parfois au devant de leurs demandes, leur apprend-on à assumer la frustration ? Ne les pousse-t-on pas au contraire à revendiquer toujours plus, à ne jamais être satisfait de ce qu’ils ont, à se donner des excuses de ne pas arriver à travailler ?
– En insistant sur l’autonomie des élèves, ne leur donne-t-on pas l’autorisation de « la prendre » avant de « l’apprendre » ? (Un enfant peut-il « s’auto-nommer » ?)
– En développant les pédagogies différenciées et individualisées, ne favorise-t-on pas l’égocentrisme d’élèves qui ne peuvent écouter que si l’on s’adresse à eux seuls et dans un rapport fusionnel ?
– En étant dans la compassion (quand ce n’est pas dans la séduction) et en cherchant à tout prix à valoriser les élèves, ne renforce-t-on pas des « égo » déjà hypertrophiés, l’irresponsabilité et (encore) le sentiment de toute-puissance ? Ne dévalorise-t-on pas le travail et les résultats et indirectement ceux qui travaillent et ceux qui réussissent ?
Dans notre société adolescente, par crainte de l’autoritarisme, nous avons tendance à accepter la spontanéité et l’harmonie…
En recherchant la fusion, nous créons souvent la confusion et nous risquons le retour à l’autoritarisme !
Dans l’enseignement, si le changement consiste à s’adapter et à renoncer à l’éducation pour pouvoir plaire aux élèves et encore instruire, n’est-ce pas prendre le risque de n’avoir ni éducation… ni instruction ?
Jean Gabard, ex-enseignant, auteur de Le Féminisme et ses dérives - Rendre un père à l’enfant-roi, Les Editions de Paris, réédition novembre 2011
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Commentaires (3)
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Vous luttez - sans doute à juste titre – contre le sexisme inversé qui attribue aux femmes des « vertus » particulières dont les hommes seraient dépourvus. Mais ce faisant vous tombez ou retombez dans le sexisme classique » : quelles sont donc, selon vous, les vertus « viriles » ou paternelles qui s’opposeraient aux vertus « féminines » ? Quand cessera-t-on – enfin ! – d’imputer je ne sais quel « profil » psychologique à chacun de deux sexes ? Il y a des femmes répondant parfaitement aux clichés – car c’est bien de cela qu’il s’agit – de la paternité « canonique », et des hommes très maternants sans pour autant être efféminés. Il y a des femmes très autoritaires et des hommes très – trop ? – indulgents. Le sexe n’influe pas en soi le caractère.
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Il est indéniable que l’effacement partiel du rôle du père dans le registre de l’autorité a un effet néfaste sur les enfants. Il ne s’agit pas pour autant d’un phénomène général et comme toute généralité, imaginer que ce phénomène concerne l’ensemble de la population est une exagération plus néfaste que les effets qu’elle veut combattre.
Il n’est pas plus vrai à mes yeux que les enseignants se soient engagés dans un fonctionnement « maternant » C’est même plutôt l’inverse. Ils cherchent à pallier cet effacement partiel de l’autorité. Mais ils n’ont aucune légitimité au regard des familles dont la structure est déficiente. Il leur est donc impossible de trouver une quelconque crédibilité s’ils s’en tiennent à un rapport de forces. C’est perdu d’avance. Je n’ai pas obéi à mes professeurs parce qu’ils remplaçaient mon père étant donné que mon père, même s’il était peu présent, déléguait à mes professeurs le droit d’être exigeant. Si ce père n’applique pas lui-même cette exigence, les professeurs ne pourront jamais le remplacer s’ils n’œuvrent pas quotidiennement à l’élévation existentielle de l’enfant et se contentent d’œuvrer à l’application stricte et bornée des apprentissages et des connaissances. C’est là que se trouve la part essentielle du travail. Prendre en considération l’enfant avant de juger le niveau de l’élève. Si on délaisse ce regard empathique, on entre dans le conflictuel. Si l’enseignant n’est qu’un technicien, il n’aura jamais aucune crédibilité dans l’éducation et son enseignement lui-même sera inévitablement déficient.
Je suis assez sidéré de voir que cette attitude respectueuse puisse être considérée comme favorisant l’élaboration d’un « enfant-roi ». Il n’y a dans ma classe aucun « enfant-roi » et je ne suis pas non plus un « maître-roi ». Il y a un équilibre relationnel qui se nourrit d’un respect mutuel. Nous sommes les « sujets » de la connaissance. Aucun détournement de la règle n’est admis, aucune contestation de l’autorité, aucun refus de l’exigence, aucun déni de la performance. Il ne s’agit pas pour autant d’autoritarisme étant donné que les enfants savent que la justice est le pilier. Le fondement de cette justice est construite sur un principe très simple : « Tu n’es pas ce que tu fais. » Cette distinction essentielle, vitale, entre la difficulté épisodique de l’enfant dans son travail et ce qu’il est lui-même, en tant qu’être humain. Son niveau scolaire peut être évalué mais il n’aura aucune incidence sur le respect que je lui porte. Je continuerai à faire appel à ce souci constant de l’exigence, à le renvoyer à une observation de ses propres fonctionnements. Je suis celui qui a pour rôle de maintenir la qualité du miroir. Qu’il puisse avoir une vision claire de ses dysfonctionnements, tout autant que de ses performances. De la même façon qu’il n’aura à subir aucune parole blessante : « Tu es vraiment nul », il ne pourra se glorifier de paroles pompeuses : « Tu es vraiment excellent. »
« C’est un travail insuffisant » ou « c’est un très bon travail » sont des paroles qui ne concernent que l’élève. L’humain, quant à lui, sera systématiquement renvoyé à l’analyse minutieuse des phénomènes internes qui ont conduit à cette appréciation.
Il est donc primordial de garder à l’esprit que la technique ne fait pas l’humain. Mais que l’humain s’observant peut améliorer l’acquisition des techniques.
C’est là que je me place, ni « maternant », ni « autoritaire ». Juste celui qui favorise l’observation interne.
Il ne s’agit pas pour autant « d’un cocon fusionnel » qui les protègerait de toute difficulté, de toute frustration, de toute remise en question, avec une acceptation bienveillante des faiblesses, de l’abandon, du désintérêt, de la démotivation.
Mais comment pourrait-on motiver des enfants à travailler s’il ne leur est jamais permis d’établir cette observation macroscopique de ce qu’ils vivent ? L’enseignant a pour rôle de les élever, non pas seulement dans des acquisitions cognitives mais bien davantage, et de façon prioritaire, dans cette quête de Soi. Il ne s’agit donc pas de nier ou de cacher les faiblesses mais de les combattre dans une lucidité permanente au regard des mouvements de pensées, de la gestion des émotions, des dérèglements ponctuels de l’intellect.
« Pourquoi est-ce que tu t’es trompé dans cet exercice alors que tu en connais tous les tenants ? »
Ni autoritarisme, ni cocon fusionnel mais cet effet miroir qui se doit d’être constant. L’enseignant essuie la buée sur le miroir de la conscience.
« Regarde à l’intérieur de toi et tu comprendras ce qui t’entoure. »
Toute technique qui est perçue comme la finalité aura besoin d’autoritarisme. Toute technique qui devient le ferment d’une connaissance de soi à travers une connaissance universelle devient une motivation suprême. Pourquoi est-ce que les enfants aiment les séances de sport ? Parce qu’ils apprennent une technique à travers le « jeu » (et le « je ») et que ce jeu les conduit à une meilleure connaissance et usage de leur potentiel. Il ne reste qu’à appliquer ce principe à l’ensemble des apprentissages. Ah, j’entends déjà les contestataires s’écrier qu’à l’école, on ne joue pas, on travaille ! Ce qui revient à dire qu’il faut habituer les enfants à leur future vie d’adulte…
« Mon enfant, tu ne travailleras pas pour le bonheur de travailler et de mieux te connaître mais juste pour gagner ta vie. Et tu seras aussi déprimé et aigri que moi. C’est la vie ; tu dois apprendre à être frustré. »
Merci pour ce cadeau…
Non, il ne s’agit pas à mes yeux de constituer de nouvelles réformes. Trente ans que je vois passer des « sinistres » (non, ça n’est pas une coquille) et leurs nouvelles méthodes. Qu’ils aillent donc lire Krishnamurti et on pourra commencer à parler de choses sérieuses. René Barbier, chercheur contemporain, aurait beaucoup de choses à leur apprendre également.
1ère question :
Pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu une seule réflexion réelle. Et que les enseignants ont été appelés à rester des techniciens.
2ème question :
Il ne s’agit pas de se demander quelles sont les conséquences de la démotivation de certains sur les autres mais des raisons de cette démotivation. Dans les épidémies, les médecins ont pour rôle de soigner les malades et de protéger autant que possible les biens-portants. Les chercheurs, pour leur part, travaillent à comprendre l’apparition de l’épidémie.
Je n’attends pas que des chercheurs m’apportent une réponse. Je vis constamment avec une population dont la diversité est considérable. Si je n’étais pas capable d’être chercheur et par conséquent observateur, je ne mériterai pas l’honneur de porter cette mission d’enseigner. Je n’attends donc rien des réformes parce que les réformateurs n’ont aucune empathie pour l’humain. Ils travaillent au conditionnement des citoyens et des contingents de futurs frustrés.
3ème question :
Comment pourrait-il en être autrement pour ces enfants alourdis de données techniques quand ces données ne sont pas destinées à les porter vers un meilleur d’eux-mêmes ? Formatés, conditionnés, humiliés, comparés, hiérarchisés, poussés à la compétition.
« Le professeur a toujours raison, même quand il a tort. »
Comment les enfants pourraient-ils être motivés par ce « Maître-roi » ?
4ème question :
C’est justement là que « l’individualisation » du travail prend toute son importance. Si les enseignants s’obstinent à ignorer les différences éducatives, sociales, historiques, culturelles et à travailler comme s’ils avaient affaire à un contingent d’individus identiques ou susceptibles de se conformer à une pratique unilatérale, ils n’ont pas le droit de se plaindre. Ils ont choisi la voie frontale de celui qui a raison même quand il a tort. Qu’ils en assument les conséquences.
D’autre part, telle qu’elle est conçue, l’école n’a pas vocation « d’élever » les individus mais d’user de leurs compétences pour maintenir la croissance et y participer, soit comme consommateur, soit comme concepteur. Ce sont juste des instruments. Et tant que la part existentielle des individus sera bafouée, il n’en sera pas autrement.
5ème question :
C’est aux enseignants de montrer que les techniques ne représentent pas à elles seules la citadelle mais uniquement des pierres assemblées. L’individu est la citadelle et les techniques ne représenteront jamais l’objectif. Si on en vient à honorer les pierres, on reste les yeux collés à l’édifice et on n’en voit plus la dimension réelle.
Si on considère que la citadelle représente le groupe humain et que chaque pierre est un individu, que des pierres soient ébréchées ou partiellement disjointes n’affaiblit l’ensemble que si le groupe humain est amené à focaliser son attention sur ces éléments. Mais il est connu depuis bien longtemps qu’on ne combat les faiblesses qu’en leur opposant la plénitude des forces acquises et non la concentration des pensées sur les effets néfastes de ces faiblesses. A vouloir lutter contre des éléments disparates, on leur donne vie, on les gave d’importance jusqu’à en perdre de vue l’adhésion des pierres. Il est inutile de poser des questions si on n’identifie pas la raison première de la question elle-même.
6ème question :
Alors, il faudrait donc renforcer encore davantage le formatage, l’atelier de poteries pour les esprits, nier avec une force décuplée, cette diversité ?...Puisqu’on a échoué à aimer les différences et à contribuer à enrichir le groupe humain en développant les potentiels, réduisons intégralement ces différences. Accusons les formateurs qui prônent l’individualisation et la reconnaissance des existences de contribuer à une société d’enfants rois, punissons les de cet outrage puisqu’ils mettent en péril la cohésion sociale !
Vous rejetez l’idée de l’autoritarisme mais là, dans ces interrogations, je vois poindre le totalitarisme.
Je vous invite si vous le désirez à venir passer une semaine ou un mois dans ma classe, à filmer les séances, à interroger les enfants, à rencontrer les parents. C’est bien évidemment sur une année entière que l’observation est intéressante.
Il y a une question essentielle qui revient constamment dans ma classe : « Qui est responsable ? » Il s’agit de remonter à la source du problème. Les enfants apprennent ce cheminement dans chaque situation et ne subissent dès lors aucune frustration. La frustration, pour elle-même, une soumission totale, sans aucune parole signifiante, une frustration autoritaire, n’est nullement éducative. Ce qui l’est, c’est d’identifier la cause des émotions qui surviennent. Ou alors, c’est à l’armée qu’il faut s’adresser. Un enfant qui n’a pas fait son travail de maison en subira les conséquences si ce rejet de l’exigence n’est pas clairement justifié. Il ne participera pas à une activité qui le motive d’emblée tant que ce travail initial n’aura pas été effectué. Les émotions générées par cette frustration seront soupesées dans le creuset de sa responsabilité. Considérer que de renvoyer l’enfant à une observation lucide de ses actes, de ses pensées, de ses fonctionnements contribuent à l’élever à un statut d’enfant-roi témoigne à mon sens d’une peur d’adulte qui ne veut pas perdre sa prédominance sur de jeunes esprits. Et là, c’est à l’enseignant d’apprendre à s’observer. Mais combien acceptent-ils ainsi d’inverser les rôles ?
Vendredi, en classe, je circulais dans les allées, les enfants font un exposé personnel, un sujet libre. Ils ont chacun un grand carton posé sur la table. Je demande à l’enfant : « Alors, sur quoi fais-tu ton exposé ? »
L’enfant lève les yeux, une incompréhension totale dans ses yeux. Un instant suspendu, comme une réponse qui n’ose se dire.
« Ben, je le fais sur mon carton… »
Et oui, ma question était absurde et j’ai éclaté de rire, j’ai remercié cet enfant de m’avoir montré mon erreur. Il a répondu avec sa logique d’enfant mais avec également une incompréhension totale quant à l’absurdité de ma question. « Comment le maître peut-il me poser une question aussi bête ? »
Le maître a toujours raison même quand il a tort. Et bien, non, dix mille fois non. J’avais tort et je me suis excusé de l’avoir troublé. J’ai reformulé ma question.
Apprendre dans un rapport respectueux et sans aucune peur.
Je ne connais aucun enseignant qui ne soit tenté par la séduction en elle-même. Ou alors, c’est qu’il faudrait attribuer à l’amour des enfants une connotation perverse. Cela signifierait que de les accompagner dans un respect constant et simultanément exigeant quant aux objectifs à atteindre contribuerait uniquement à ce que l’enseignant soit délivré de toutes difficultés, de toutes contraintes à établir, cela cacherait des intentions inavouées de détournement de la mission. Réussir à être aimé de ses élèves tout en les portant vers le haut, intellectuellement et d'un point de vue existentiel, c’est le fondement même de ce métier. Et cela signifie que l’enseignant est lui-même l’élève de ces élèves, qu’il se doit d’établir en lui une observation constante de ses propres fonctionnements et que l’exigence qu’il réclame de ses élèves, il se l’impose également.
Tout le reste, les réformes politiques, les interférences sociales, éducatives, historiques, les pressions hiérarchiques, ce sont des phénomènes environnementaux. Ils créent des influences mais il appartient aux enseignants de ne pas les laisser recouvrir la citadelle.
A vouloir instruire, on conditionne.
A vouloir éduquer, on permet l’instruction.
L’éducation ne se limite pas à l’apprentissage des règles mais à leur compréhension fine. Et c’est lorsqu’elles sont comprises et validées que l’individu se libère de la frustration. Le frustré finit immanquablement par bafouer l’autorité parce que l’incompréhension des émotions générées par la frustration lui devient insupportable.
La prise en considération de la dimension existentielle contribue à une éducation réussie.
Une éducation réussie contribue à l’instruction.
En France, on travaille à l’envers. D’abord, on s’acharne à maltraiter les individus et ensuite on se plaint de leur rébellion.
Lorsque j’entendrai parler de réforme philosophique, j’écouterai attentivement. Pas avant.
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Une larme m'a sauvée
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Angèle Lieby : douze jours de cauchemar en coma apparent
En juillet 2009, Angèle Lieby a passé douze jours dans un coma apparent, terrassée par une maladie rare du système nerveux, le syndrome de Bickerstaff. Les médecins ont cru qu'elle était inconsciente et condamnée alors qu'elle était paralysée mais lucide et... qu'elle entendait tout ! Elle raconte à France-Soir sa terrible descente aux enfers... et sa résurrection !
France-Soir. Le 13 juillet 2009, vous êtes victime d'un terrible malaise...
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F.-S. Subissez-vous des examens ?
A. L. Oui. Des tas d'examen. Ménigite ? Maladie de Lyme ? Prise de sang et examens sont bons. En pleine nuit, on allait presque me renvoyer. Mais je reste en observation. Alors, je demande à manger. A la première cuillerée, je fais une « fausse route ». A la deuxième, pareil. Idem pour les boissons. Bref, je n'arrive plus à avaler. Puis, rapidement, je perds mes réflexes.
F.-S. La nuit passe... Et le lendemain, vous tombez dans le coma.
A. L. Non. On décide de me plonger dans un coma artificiel pour m'intuber. Parce que je ne peux plus respirer. J'en suis incapable. Ce coma artificiel devait durer 24 heures.
"Et après, plus rien. Le noir."
F.-S. Quel est état psychologique êtes-vous à ce moment-là. Avez-vous peur ?
A. L. A ce moment-là, je ne me rends pas compte. Vers le soir, on commence à s'affoler autour de moi. Mon mari me dit : « Ne l'inquiète pas ! On va te faire une petite intervention. Ca va aller très bien ». Je me laisse emmener. Je vois les portes qui se ferment. Et après, plus rien. Le noir.
F.-S. Et quand vous vous réveillez progressivement... Que constatez-vous ?
A. L. Du noir... Un noir total. Je ne sais plus où je suis. Je me souviens que je suis à l'hôpital. Mais, c'est le noir complet. Et je sens que mes côtes qui s'écrasent, comme si je me renfermais sur moi-même. Incapable de respirer. J'essaie de forcer. De respirer plus fort. Et je sens mes côtes qui craquent. Je me dis : il s'est passé quelque chose, un événement dont je ne me rappelle plus... Un tremblement de terre ?
"Je suis complètement paralysée"
F.-S. Il n'y a que vos oreilles qui fonctionnent...
A. L. Mes oreilles sont mes yeux. J'entends des voix. Des visites. MaisDans le coma, mais consciente : Angèle raconte son calvaire . Les yeux fermés. Je suis incapable de faire quoique ce soit, complètement paralysée. Plus rien ne fonctionne sauf mon cœur. Je suis sous respiration artificielle. Des gens pleurent. Je me dis : « Mon Dieu, ce que j'ai, ce doit être très grave ».
F.-S. Votre mari et votre fille viennent vous voir. Comment réagissez-vous ?
A. L. Je les imagine sans le voir. Je me dis qu'ils vont voir qu'en réalité je suis consciente. Ils vont finir par le voir... Ils vont me voir puisque moi, je les entends ! Mais rien. Personne ne réalise !
F.-S. Cela va donc durer plus d'un dizaines de jours.
A. L. Immobile, je suis pire qu'un tétraplégique qui, lui, peut ouvrir les yeux... Les jours passent. Arrive le soin des sinus, avec des douleurs atroces. On m'injecte de la bétadine dans les narines et un autre personne aspire avec un petit aspirateur dans la gorge. Mais on aspire avant que l'on injecte le liquide et c'est comme si on m'arrachait tout au fond de gorge. Ca fait horriblement mal ! Et à un moment, j'entends qu'on ne va plus me faire mes trois soins quotidiens, parce que les infirmières ont entendu le grand chef dire que j'allais bientôt « clamser ». C'est terrible !
F.-S. Et toujours aucune amélioration de votre état ?
A. L. Je comprends que je suis dans le coma parce que j'entends une amie dire : « Angèle, tu es belle dans le coma ».
"... Comme si on m'arrachait un organe"
F.-S. Et on vous fait subir un autre test terrible...
A. L. A un moment, je sens qu'on me tire très fort sur la poitrine... comme si on m'arrachait un organe. Je ressens une douleur indescriptible. Quelques heures plus tard ou le lendemain, la même personne revient, accompagnée d'autres personnes. Et elle dit : « Et maintenant, je vais vous montrer comment on procède pour voir si une personne est vivante ou morte. Et il refait le même geste. Là, c'est trop horrible. Mais, mon corps ne réagit pas.
F.-S. Enfin, après douze jours, il se produit un déclic. Lequel ?
A. L. J'entends ma fille Cathy qui parle. Elle dit qu'il faut que je me réveille car elle pense avoir un troisième enfant et que cet enfant, il mérite d'avoir une mamie. Et là, j'ai réussi à pleurer. J'entends : « Maman, elle pleure ». J'entends les soignants affirmer que c'est le gel qu'on mets sur les paupières. Que ce n'est pas possible. Mais, ma fille insiste. Et elle dit : si tu m'entends, bouge quelque chose. Et là, j'ai réussi à bouger le petit doigt. A partir de là, les choses ont commencé à s'arranger. Trois jours après, je suis parvenue à ouvrir un œil.

F.-S. C'est une résurrection ?
A. L. Oui. Même si ce n'est pas suffisant car, après, le chemin de la convalescence a été extrêmement long. Je ne se lève pas comme ça. Je suis un vrai squelette. Il n'y a plus de muscles. Incapable de respirer par moi-même, incapable d'avaler ma propre salive. Tout coule. Incapable de me lever. Incapable de parler. Je ne bougeais jamais alors que je souffrais énormément. C'est pour cela que j'ai écrit mon livre (1). Pour dire qu'il faut faire attention aux gens comme moi. Attention, ca peut se reproduire !
F.-S. Il vous faut de longs mois pour récupérer la locomotion...
A. L. Sept mois pour parvenir à me tenir debout ! Et beaucoup de travail avec l'orthophoniste pour réparer les dégâts dans la bouche. Des efforts terribles pour réapprendre à respirer seule, une heure, puis deux, puis enfin une nuit... et enfin pouvoir me passer de la trachéotomie ! On ne se rends pas compte que pouvoir respirer par soi-même, boire de l'eau dans un verre et non pas avec une seringue, s'asseoir, c'est formidable ! C'est comme lorsqu'on a débranché un ordinateur : tous les automatismes étaient perdus. Il n'y avait plus rien. Il a fallu tout réapprendre comme un bébé.
"Je n'étais pas déprimée, j'avais mal !"
F.-S. L'autre grand combat, ce fut de retrouver une apparence moins dégradée, retrouver votre féminité...
A. L. Oui. En finir avec la chemisette de l'hôpital (sourire) ! Mais pour moi, tout cela ce sont que des détails... Mon combat, c'était de m'en relever !
F.-S. Et vous êtes même repartie en voyage à l'étranger !
A. L. Oui. Mais toujours accompagné car toute seule, je n'aurais pas pu. Encore aujourd'hui, trois ans après, j'ai des picotement dans les mains et les pieds, beaucoup de crampes, un diaphragme qui n'est pas encore solide, un manque de force...
F.-S. Deux personnes vous ont beaucoup aidé : votre mari Ray et votre fille Cathy.
A. L. C'est important de sentir que des gens tiennent à vous, qu'ils vous aiment. Une personne toute seule ne pourrait pas remonter la pente.
F.-S. Pensez-vous qu'une maladie aussi terrible que le syndrome de Biskerstaff pouvait exister ?
A. L. Non. C'est aussi pour cela que j'ai écrit mon livre (1) : pour dire que cela existe, pour dire l'intensité de la douleur ressentie, pour alerter le personnel médical qui ne pouvait pas comprendre pourquoi je pleurais... Car je ne pouvais faire que cela car j'avais mal. Je n'étais pas déprimée, j'avais mal !
F.-S. Et vous avez constaté que certains personnels soignants ne sont pas très attentifs à cette douleur...
A. L. Oui. Attention, il y a des gens très bien ! Des infirmières et des médecins très bien, heureusement. Mais, c'est vrai qu'il y a un certain pourcentage qui n'a rien à faire dans les hôpitaux !
F.-S. Vous n'avez pas porté plainte contre l'hôpital. Pourquoi ?
A. L. Non, effectivement. D'abord, parce que sans le respirateur – et j'avais paraît-il la « rolls des respirateurs » –, je ne serai pas là ! Et aussi, parce que malgré les larmes que j'ai versé la-bas – j'ai pleuré toutes les larmes des cinquante prochaines années ! – j'ai la chance de pouvoir vivre et de pouvoir profiter des chose simples de la vie. Je ne pourrais jamais en vouloir à l'hôpital.
"Il faut aller de l'avant"
F.-S. Cette épreuve a été aussi pour vous une leçon de vie. Quelle philosophie en tirez-vous ?
A. L. Qu'il faut aller de l'avant même si c'est très dur, même si c'est atrocement dur ! Il faut garder espoir. Après les tempêtes, il y a toujours du soleil.
F.-S. Avez-vous un message pour les familles dont les proches sont, comme vous l'avez été, dans le coma profond avec une issue très incertaine. Jusqu'à quand faut-il attendre ?
A. L. Moi, un médecin a pensé à me débrancher au bout de quatre jours ! Je ne suis pas pour garder des gens en réanimation des années, car je n'ose pas penser à la souffrance qu'ils endurent... Mais, il faut attendre raisonnablement. Et faire les examens minutieux qui s'imposent pour savoir si la personne est consciente, si elle a des chances de se réveiller... même si c'est coûteux !
(1) Une larme m’a sauvée, Angèle Lieby avec Hervé de Chalendar, Ed. Les Arènes, 234 pages, prix : 17 €.
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9 commentairesLA-HAUT : le Mal sur Terre
Le ciel étoilé est un plafond lumineux. La lune ronde comme un miroir immobile et soumis réfléchit avec une ardeur rare les rayons du soleil qu’elle vénère. Inutile de prendre la lampe frontale. Des rideaux de clarté douce parcourent l’atmosphère comme des haleines célestes chargées de particules solaires. Des soleils si lointains qu’ils n’ont pas de noms sinon celui de la Vie qui bat dans leurs pulsations. Il part sur la route du col de Claran. Le goudron et les herbes et les bourgeons luisent tous comme des courants chauds dans un océan sombre, des sillages agités de reflets translucides dans le corps éthéré de l’atmosphère. Il croit voir s’ouvrir des myriades de bouches affamées, petits évents fébriles, cherchant à capter des souffles gorgés de cellules voyageuses. La Terre, sous ses yeux amoureux, se nourrit, saisit goulûment la Vie qui coule de l’Univers et ruisselle en silence. Il sent combien nous sommes tous enlacés par plus grand que nous, toujours câlinés par cette atmosphère ignorée. Il s’étonne d’ailleurs de l’extraordinaire ingéniosité de cette couverture gazeuse qui a su filtrer les rayonnements solaires bénéfiques et repousser vaillamment ceux que la Vie ne pouvait recevoir.
Mais a-t-elle « su » le faire, nécessitant pour cela une conscience réelle ou tout au moins un Architecte habile capable de maîtriser les lois de la physique ou a-t-elle simplement par un mécanisme chanceux fini par se constituer laborieusement, autorisant dès lors l’apparition de la Vie?
En lui, Dieu surgit une nouvelle fois. Il le voit cette fois comme le porteur d’une question essentielle, le point d’interrogation dressé devant les hommes. La complexité fabuleusement merveilleuse du Vivant le pousse à croire en l’existence de l’Architecte mais le Mal s’obstine à jeter un voile sombre sur la Clarté qu’il distingue.
Encore une fois, il veut y penser et tenter d’avancer dans le mystère qui le hante.
Une brise légère, parfumée à la sève des grands pins, l’effleure un court instant, lançant par ses effluves des désirs de sous-bois.
Il entre sous le couvert des arbres. Le plafond étoilé apparaît, impassible, dans les trouées des frondaisons. L’air, comme assoupi, respire lentement. Il s’arrête et tente de ralentir les battements de son cœur, de sentir la maîtrise de l’organe qui se soumet à son esprit. Il aimerait adapter ses souffles à ceux du monde. La force de son amour se révèlerait alors. Mais il est prisonnier de mouvements internes qu’il ne contrôlera jamais. Une faiblesse qui le désole. Les animaux sont certainement plus habiles que nous à cet égard, il en est certain. Les biologistes qui expliquent les bonds étonnants des baleines hors de l’eau par des soucis de se nettoyer des coquillages qui infestent leurs corps ou par des volontés de communications avec leurs semblables n’ont jamais admis qu’ils ne pouvaient s’agir tout simplement que d’un moyen fabuleux d’exprimer leur joie et leur amour de la Vie. Que sommes-nous capables de réaliser pour témoigner à notre tour de notre reconnaissance envers cette Force qui nous anime ? Nous la combattons. Voilà tout ce que nous avons réussi à établir comme contact. Pour lui, la troisième guerre mondiale a déjà commencé. D’un côté l’armée des hommes et de l’autre celle d’une Nature sans réelle défense. Effrayant l’aveuglement de cette humanité, qui en réduisant la Vie sur la planète, ne s’aperçoit même pas qu’elle se condamne. Impossible déjà de comptabiliser le nombre d’espèces animales et végétales que la présence de l’homme a réduit à néant comme il est sans doute impossible, tant l’expansion du mal est effroyable, d’imaginer ce qui restera de vivant sur cette Terre dans mille ans. La seule chance pour que la complexité de ce vivant ne se réduise pas à quelques espèces nécessairement utiles à l’homme c’est que l’homme lui-même vienne à disparaître ou tout au moins à perdre son hégémonie sur la planète. Tout est prêt : la folie, l’esprit guerrier, les armes. Il ne reste qu’à trouver le déclencheur. Hitler a montré la voie. Les terroristes l’ont remplacé. Leur imagination est sans limite et leur morale inexistante. Il en sait quelque chose. Une deuxième solution viendra peut-être de l’intérieur. Le cancer frappait-il les hommes préhistoriques ? Il n’a pas de réponse. Il demandera à Isabelle si elle connaît un livre pouvant l’éclairer sur le sujet. Le sida est venu renforcer l’armée des destructeurs. On ne connaît pas encore la prochaine version que nous proposera l’ennemi. Quelqu’un, un jour, a écrit : « Les hommes sont comme les pommes, quand on les entasse, ils pourrissent. » L’image est parfaite. Six milliards et quelques d’humains. Ca commence sérieusement à puer. D’autant plus que le dépôt où sont rangés les fruits est dégradé par la récolte elle-même.
Il est de plus en plus persuadé que la disparition de Dieu ou son détournement par des esprits religieux et souillés est la raison principale de ce massacre. Il pense aujourd’hui que Dieu en nous donnant la Vie nous enferme mais en autorisant le Mal à nous poursuivre et à nous « Mal-traiter », il nous offre également les conditions de notre délivrance. Toute mère en donnant la vie connaît « la délivrance » mais pour celui qui par cet acte libérateur entame son existence, c’est le début au contraire de son emprisonnement. La Tâche suprême, dès lors, sera de trouver les clés permettant d’ouvrir la porte de la cellule et de parvenir, en pleine possession de sa conscience, à la quête de l’Esprit. Les obstacles et les multiples occasions de sombrer dans la dispersion ne sont peut-être que le moyen que Dieu a trouvé de n’offrir cette Voie Lumineuse qu’à ceux qui par leur obstination, montreront qu’ils méritent pleinement de connaître la Clarté. Seul celui qui cherche a une chance de trouver. L’évidence semble ridicule et pourtant l’humanité ne devrait jamais cesser de se la répéter. La Mort est sans doute, dans la logique de cette vision, la récompense ultime offerte à tous de quitter cet enfermement. Il fallait bien que Dieu nous laisse une issue. Il ne pouvait, humainement parlant, maintenir ainsi pour l’Eternité une sanction aussi lourde. Quant à ceux qui atteignent l’Eveil avant de parvenir à la dernière seconde fatidique de leur existence terrestre, Dieu les récompense de leur travail par l’accession à la Conscience supérieure. Les rescapés de la Mort, explorateurs des dernières frontières, ont déjà goûté à cette Illumination. Leur esprit s’est déjà dressé au seuil de la porte. Ils en sont revenus avec un goût immodéré pour la Vie. La mort n’est qu’une étape, pas une fin. Leur vie terrestre est donc libérée de toute nécessité de réalisation, de tout objectif matérialiste à atteindre, de toute inquiétude futile devant le Temps qui passe. Le Temps est leur allié, la vieillesse est leur guide. Ils savent qu’il est impossible de se perdre, que le chemin les ramènera immanquablement vers la Porte. Délivrés de toutes contraintes, ils fusionnent dès lors avec la Vie qui les enlace, entrent en communion absolue avec l’Univers, leurs semblables ou la chenille qui patiente dans son cocon de soie et rêve déjà de ses futurs envols.
Pour ces chercheurs, la vie sur Terre n’est que le tissage de leur cocon et l’Amour qui les anime constitue la trame du fil dans lequel ils s’enroulent pour se libérer un jour.
Le dauphin était son cocon. C’est à lui qu’il pense en cet instant. Il aimerait savoir s’il parviendra à s’extirper du corps du mammifère et à s’ébattre librement. Il espère qu’une nuit le rêve reviendra.
L’impression inattendue, et l’idée l’affole, qu’il ne peut plus mourir, qu’il n’en est plus à ce stade. Qu’il est au-delà de cette vision du Mal. Puisque la Vie ne peut pas disparaître et que seuls les supports dont elle se sert sont provisoires, il sait que si son image s’efface, la Vie, elle, ne s’en trouvera pas menacée. C’est à travers cette Vie qu’il continuera son chemin. Il ignore simplement sous quelle forme. Il place cela en dehors de toute idée de réincarnation. Plutôt une transcendance, un champ d’énergie sans frontière spatiale ni limite temporelle. Tout est flou encore mais s’installe peu à peu, aux hasards des sensations délivrées par le monde. Mais si le Mal ne l’atteint plus il ne sait toujours que faire de la souffrance des enfants cancéreux. La répétition lancinante de cette question le taraude et réduit ses élans mystiques à des reptations méprisables, des hallucinations forcées, juste des comptines puériles pour repousser les cauchemars. Que penser des enfants cancéreux ?
Fallait-il que Dieu aille jusque dans cette extrémité pour placer les hommes sur la Voie de la Compréhension ? Ne pouvait-il pas s’en tenir aux douleurs de l’âme ? Un effroyable doute.
Et si ce doute participait lui aussi à l’Epreuve ? L’idée lui plaît… N’est-il pas l’ultime barrière à gravir pour accéder à la Porte ? Ne s’agit-il pas pour Dieu d’un ultime défi pour tester notre Foi ? « Que celui qui ne croît plus en Moi, parce que le destin que Je lui ai choisi lui pèse, connaisse la défaite et la fin. »
Dieu est-il capable d’un tel acharnement ?
Il ne sait pas lui-même si, dans le cas où Isabelle, un jour béni, venait à « se délivrer » de leur premier enfant, il accepterait les cris de douleur du petit être fragile et l’incompréhension au fond de ses yeux envers une maladie qui le rongerait. Inacceptable qu’un être puisse accéder à la Compréhension en veillant celui qui meurt.
Ne perdrait-il pas la Foi ? Ne refuserait-il pas l’Epreuve ? Ne maudirait-il pas le Responsable ?
Dans ce cas-là, Dieu n’a-t-il pas présumé des forces morales de l’homme ? Mais s’il n’a pas su prévoir que la douleur serait trop épouvantable pour pouvoir être pleinement assumée par les parents qui soutiennent dans leurs bras impuissants leur petit enfant qui meurt, comment pourrait-on lui donner le nom de Dieu ? Puisqu’il s’est trompé.
De nouveau, parce que le doute ne le quitte jamais, il s’efforce d’établir la situation inverse.
Si Dieu n’est rien d’autre qu’une illusion inventée par les hommes, les enfants cancéreux et tous ceux qui portent en eux des maladies incompréhensibles ne sont-ils pas tout simplement, et horriblement, les porteurs des stigmates d’une Nature créatrice qui se cherche encore ? Si Dieu n’y est pour rien, si la question même de son existence n’a pas de raison d’être et qu’on s’en tient à une Nature créée lentement par un hasard facétieux, les enfants malades et condamnés ne sont-ils pas l’ultime combat que doit livrer une humanité qui se veut libre et détachée de la Nature originelle ? L’Epreuve nous est proposée par cette Nature elle-même et nous n’avons dès lors rien d’autre à tenter que de la comprendre pour mieux la maîtriser.
Il n’a toujours pas de réponse. Rien de définitif n’apparaît. Il se dit d’ailleurs que la réponse est peut-être là et que le doute en stimulant les recherches est à la source des progrès. Les scientifiques et les religieux, persuadés de détenir la vérité, ne doutent peut-être plus assez pour continuer à trouver. Ils se contentent d’apporter de nouvelles interprétations sur des concepts déjà éclairés refusant par là même de s’aventurer dans les zones d’ombres.
Lui ne sait rien, c’est la seule chose dont il soit sûr.
Avec Isabelle, il pourrait peut-être établir quelques certitudes.
Il fait demi-tour. Il va lui téléphoner. Sa décision est prise. Il doit lui parler, se dévoiler totalement pour que l’amour soit possible. La colère de n’y être pas parvenu tout à l’heure. Dans la voiture, sous la lumière crémeuse du lampadaire, il devinait dans ses yeux un désir réel, une attente à peine contenue. Corriger l’erreur, rétablir le contact. Il est déterminé et force son pas.
Sans s’en apercevoir, il a remonté la piste sur trois bons kilomètres. Il est une heure et demie lorsqu’il parvient au chalet. Une pelote de limaille dans la gorge. Réfréner ses élans et ses désirs de paroles jusqu’au lever du jour. Tout ce qu’il aurait pu prononcer tout à l’heure déboule dans son esprit tourmenté, toutes les explications sont claires, les mots d’amour frissonnent au bord des lèvres. La force de son désir réduit l’image de la prothèse à un détail secondaire. C’est la fusion qui l’appelle et le transcende. Il marche dans le salon, incapable de se calmer. La peur que ses idées sombrent dans l’épaisseur du sommeil et qu’au réveil, les angoisses récurrentes soient de nouveau les plus fortes. La peur de ses faiblesses quand il sent que dans l’instant présent il les domine. Il sent combien l’ascension est délicate, périlleuse, terriblement fragile. Son progrès personnel est à l’image de celui du monde. Il est sur la voie la plus audacieuse et la plus incertaine. C’est à l’élévation de son esprit que tous ses efforts s’attellent. Et dans ce domaine rien n’est jamais assuré et rien n’est jamais acquis. Il est bien plus facile et tentant d’abandonner. L’humanité n’a cessé de le faire. De nouveau, il voit le Progrès comme une route infiniment large empruntée elle-même par des progrès multiples. Les progrès de la médecine et de la technologie représentent les constituants les plus en vue, une bonne partie de l’humanité s’efforçant à tout prix de se voir attribuer les bienfaits de la première pour profiter des dernières trouvailles de la deuxième, réduisant les existences à de frénétiques possessions et rejetant la quête spirituelle dans les tréfonds de l’ésotérisme ou pire encore dans les mains des églises et des sectes. Il aimerait savoir ce que serait devenue la connaissance spirituelle si les hommes avaient employé autant d’énergie dans ce domaine que dans les deux progrès précédents. Serions-nous capables, par exemple, d’annihiler la douleur ou tout du moins de la dominer par la seule force de notre esprit ? Aurions-nous trouvé Dieu ? Le Dieu réel, pas l’entité ridiculement rétrécie à l’image de l’homme que les religions vénèrent. Pensant cela, une chaleur étrange parcourt son corps, des frissons jamais perçus vibrent dans son crâne.
Et c’est là que l’idée prend forme. Ne sommes-nous pas tous constitués de Dieu ? Ne s’est-il pas fragmenté pour concevoir la Vie et élaborer toutes les formes qui l’honorent ? Il sait bien qu’il n’est pas Dieu mais Dieu est peut-être en lui comme il est peut-être en Isabelle. Et la prothèse, dans ce cas, n’est jamais qu’une mécanique astucieuse permettant que la Vie de Dieu en lui fusionne avec la Vie de Dieu en Isabelle. N’est-ce pas cela l’extase amoureuse ? La réunification des fragments de Dieu dans un couple. Mais ne peut-on pas connaître cette extase avec toutes les formes de Vie que Dieu a lancées de par le Monde ? La tête lui tourne en imaginant l’intensité du bonheur que produirait cette communion ineffable quand il pense déjà à la force de l’extase déclenchée par l’amour humain. N’est-ce pas là que se trouve le Paradis Perdu ? Ou peut-être même le sens de toute une vie ? Dans cette capacité à reconstituer le corps de Dieu en aimant la totalité des fragments dans lesquels Il se cache. De la fourmi à la baleine bleue sans oublier les végétaux et peut-être même, mais la tâche lui paraît immense, tous les êtres humains.
Mais dans cette vision du Bonheur ultime, qu’en est-il encore une fois des enfants cancéreux ? Et de tous ceux qui portent en eux des maladies incurables ? Se peut-il que Dieu ne soit pas parvenu à les investir pleinement et que dès lors, la Vie se dérègle ? Dieu est-il parfois dépassé par l’ampleur de sa tâche ? Et si c’est le cas, n’avons-nous pas comme devoir absolu de l’aider à rectifier le travail en le soutenant par notre Foi ? N’ont-ils pas guéri, parfois, ceux qui sont parvenus à trouver Dieu en eux, à le reconstruire peut-être, à terminer le travail, aidés certainement par les maîtres du progrès médical ? Mais Hitler ou Staline, et tous les adeptes du génocide, que font-ils là ? Comment est-il possible qu’ils soient parvenus à enfouir Dieu en eux aussi profondément ? La folie peut-elle les excuser ? Mais cette folie, pourquoi aurait-elle échappée au contrôle de Dieu ? Est-ce encore l’ampleur de la tâche qui peut justifier cela ?
Les interrogations comme des bourrasques. Un tourbillon qui refuse de s’apaiser. Il se dit que le seul livre qu’il pourrait écrire sur Dieu serait un livre de questions ne comportant aucune réponse.
Plutôt que de demander pardon à Dieu pour nos incroyances passagères, ne devrions-nous pas pardonner à Dieu pour son incomplétude coupable ? Et si nos propres faiblesses n’étaient dès lors que le reflet de celles de Dieu ? S’il nous a fait à son image, ne portons-nous pas les traces enfouies de ses erreurs, ne réussissent-elles pas quelquefois à remonter à la surface, attirées peut-être par des fissures dans la carapace. Et si nous cessions de voir en Dieu un Etre parfait et que nous acceptions de le regarder comme un artisan sublime connaissant malheureusement quelques fatigues bien normales.
Pour ceux qui souffrent des épuisements ponctuels de Dieu, l’ensemble des êtres humains ne devraient-ils pas faire preuve d’humanité pour pallier les déficiences de la divinité ? Dans cette attitude solidaire, affectueuse, attentive, certains hommes et certaines femmes dévoués au-delà du commun n’ont-ils pas déjà trouvé un aboutissement extraordinaire à leur existence ? Et certains malades ne sont-ils pas revenus de ce séjour dans les tourments de Dieu avec une sérénité et une lucidité exemplaires ? Ne devrions-nous pas apprendre à être malades, meurtris, traumatisés, diminués et même anéantis ? N’y aurait-il pas dans cette attitude profondément réfléchie et sensible une voie d’accès à Dieu ?
Le Mal sur Terre et le combat des hommes contre les forces multiples qu’il déploie ne sont-ils pas simplement, et terriblement, la confession à nos oreilles des péchés d’orgueil de Dieu, de ses insuffisances, de ses égarements ? A-t-il cru pouvoir s’en sortir seul malgré le gigantisme de sa Création ? Ou bien s’agit-il de sa part d’une manœuvre volontaire ? A-t-il voulu, en plaçant quelques brèches dans la perfection de son œuvre, obliger les hommes à se lancer toujours plus en avant, vers une maîtrise totale de leurs existences ? A-t-il voulu par là nous montrer la voie de la délivrance ? Que serions-nous devenus si nous avions été affublés d’une éternité pesante et d’une félicité béate ? Nous n’aurions sans doute jamais cherché Dieu puisque nous nous serions crû son égal. C’est notre fragilité qui nous pousse à grandir et c’est pour cela que nous devrions en premier lieu remercier Dieu.
Brutalement, il s’aperçoit qu’il ne parvient pas, pour la première fois, à établir la réflexion inverse et que l’idée d’un Dieu inexistant ne trouve pas sa place dans sa tête. Car si Dieu n’existe pas, qu’en est-il de lui-même ?
Est-ce Dieu l’illusion ou nous-mêmes ? Sommes-nous simplement des formes agitées sur l’écran noir de l’Univers, créatures vides qu’un laborantin génial manipule ? Ces milliards d’êtres humains et ces milliards de milliards de moustiques et ces milliards de milliards de milliards de brins d’herbe ne sont-ils que les porteurs de Vie que Dieu imagine, des illusions d’optiques remarquablement constituées et pourquoi pas tout simplement les multiples versions d’un rêve divin ? Et si le Créateur venait à disparaître, le tour de magie disparaîtrait-il avec lui ? Et si le Créateur venait à être réveillé, inquiété par la tournure prise par ses propres rêves, dans quel Inconscient pharamineux serions-nous engloutis ?
Il lui est désormais effroyable de croire qu’il est né d’un hasard et que toute la Vie qui l’entoure n’est qu’un assemblage laborieux qui a connu durant des milliards d’années des ratages monstrueux. Il lui semble plus doux d’imaginer que dans son être, éphémère et dérisoire pour l’Univers, un Etre supérieur se cache, qu’une volonté puissante a conçu cette image, lui a insufflé un élan, l’a jeté en avant.
Et que maintenant, Il l’observe.
Car si la totalité de son être fonctionne, bien qu’une partie lui ait été enlevée, et qu’il comprenne plus ou moins bien les mécanismes qui maintiennent la cohésion de l’ensemble, il ne parvient pas à comprendre comment chaque cellule sait pertinemment à quoi elle doit servir. A aucun moment de son existence, il n’existe par sa volonté. Tout se fait sans qu’il intervienne. Il peut tenter de maintenir le ciment, de ne pas perturber l’ordre établi mais il n’est en rien responsable des battements de son cœur, des milliards de pensées de son cerveau et de l’extraordinaire complexité de son corps. L’organisation de tout cela dépasse l’entendement humain car encore une fois les « comment » déjà expliqués ne suffisent pas à éclairer l’essentiel. Comment tout cela est-il possible ? Non pas le fonctionnement mais l’idée elle-même ? Est-ce qu’il est acceptable et suffisant pour calmer l’inquiétude d’affirmer que le Hasard est le maître, la sélection naturelle une évidence, l’évolution des espèces une règle intangible ?
Lui n’est toujours sûr de rien.
Il se sert un verre d’eau fraîche.
Un désagréable sentiment de prétention égocentrique. L’impression d’un abandon narcissique. Il tente de faire machine arrière et de déceler l’instant où sa réflexion lui a échappé. Il en est persuadé en cet instant, les images étaient trop belles, elles le valorisaient, faisaient de lui une création planifiée, une intention parfaite. Il a basculé dans une mystique aveugle. Tout du moins, il le craint.
Il en vient finalement à douter de tout ce qui s’est dit dans sa tête et l’expression correspond pleinement aux sensations étranges, presque désagréables, qui lui restent.
« Tout » s’est dit.
Et cela l’effraie. Quel est donc ce « Tout » qui s’est imposé avec une telle efficacité ? Les délicieuses bouffées de chaleur qui suintaient de tous ces pores et l’enivraient. Une parfaite sensation de la paix extraordinaire qu’il a connue, un bref instant, quelques secondes. Tout est là. Juste une illusion ? Tourbillon.
Ne sommes-nous pas tous constitués de Dieu ? C’est à cette question que tout s’est produit, que cette paix indescriptible l’a saisi, que les angoisses sont toutes tombées dans le néant, que la délivrance a pris forme. La délivrance… Il s’est déjà approché de cette paix. Il était dans le ventre du dauphin. Il baignait dans un océan d’amour. Mais son incapacité à comprendre l’avait condamné à ne pas naître, à ne pas goûter à la délivrance.
Les larmes.
Qui est là ?
Qui frappe ainsi à la porte fermée de notre conscience ?
Comment l’appeler ? Le Grand Architecte, l’Esprit, l’Un, le Tout ?
Dieu ?
Si ce nom doit être gardé, il faut faire l’effort, immense et constant, d’oublier toutes les distorsions millénaires instaurées par quelques hommes pour soumettre les autres, d’effacer toutes les paroles mensongères, de détruire les églises, les crucifix, les autels et toutes les croix immondes qui ne sont que des murailles où les âmes aveugles viennent buter leur front soumis et désespéré et non des chemins qui élèvent. Le travail est titanesque, si énorme qu’on pourrait le croire réservé à un Dieu. Comprendre. La soif qui le brûle doit être étanchée, les horizons qu’il aperçoit doivent être parcourus, il ne peut plus en être autrement, une mission essentielle, une démarche aussi nécessaire que sa propre respiration.
Il s’agit de naître. Il n’y a pas de tâche plus vitale.
Et maintenant, je fais quoi ?...
J'ai reçu aujourd'hui ce mail de la part d'Estelle, une lectrice de deux sites littéraires, "La cause littéraire" et "Reflets du temps".
Un commentaire pour mon roman "Ataraxie".
Jean est guide de haute montagne. Il va à Paris au salon du livre pour y représenter un livre de photographies. Blandine, sa femme l'accompagne.
Station Saint-Michel du RER. L'attentat.
Sa femme meurt à ses côtés et il se réveille à l'hôpital. Il a été amputé d'une jambe.
Une lente reconstruction au coeur des montagnes. Une introspection plus redoutable que tous les sommets qu'il a atteints.
"Cette fois je suis comblée.
« Jean », dont j’aurais pu assurément tomber amoureuse, ne meurt pas à la fin. Au contraire, il renaît. Il revit. Une autre vie.
J’ai encore beaucoup aimé ce texte. J’admire cette puissance chez vous à « tenir très fort dans vos mains » une drôle d’histoire, pas drôle, à la tendre à votre narrateur, afin qu’il nous la restitue et nous la raconte à souffle tendu, en apnée, au-delà de toute notion de temps, au-delà de l’imaginable. Et quelle histoire ! L’attentat de St Michel ! Fichtre ! Quelle audace !
Et donc, que dire encore que je ne vous aie déjà dit de vos autres textes ? Au risque de me répéter, au risque de vous lasser, et de descendre du « piédestal » d’où je vous écris, puisque, dites-vous avec générosité, vous êtes « fan » de ce que je vous écris… (c’est possible ça… ?), je ne vois pas quoi ajouter à tout ce que j’ai déjà dit, écrit, exprimé pour dire la force de vos textes, la force de votre écriture, la force de vos histoires. La force incroyable de votre vie qui transpire dans vos livres. Cette force qui nous secoue. Malmène. Effraie. Ravit. Nous explose parfois. Nous remue et nous fait fondre d’émotion, de tendresse, d’amour, de peur, ne nous laisse jamais indemne. Votre écriture, c’est un ravissement. La passionnée que je suis est comblée par la passion de votre écriture. Par la passion avec laquelle vous menez votre vie, tous les instants de votre vie, aujourd’hui, hier, demain, malgré les douleurs passées, malgré les blessures, malgré tout. Vraiment vous me ravissez. Dans tous les sens du mot. Je ne vois pas d’autre mot.
Le troisième livre, donc, que je lis de vous. Il n’en fallait pas plus pour que dès les premières lignes, les premières pages, j’entende déjà votre « musique », la musique de vos mots, de votre style, la musique même des battements de votre cœur qui scandent votre écriture. Il n’en fallait pas plus pour que dès le début du texte, je reconnaisse « de loin » votre style et la mélodie qui s’en dégage. A présent, je sais comment vous « composez » vos livres, j’en connais les notes, et la partition. Le refrain de vos mots est entré dans ma tête, je peux le fredonner comme une chanson qu’on aime, qu’on a tout le temps envie d’écouter. Vous avez une « patte d’écrivain », à vous. Pour moi, c’est ça un vrai écrivain.
Pourtant, je ne suis pas particulièrement réceptive à tout ce qui touche à l’irrationnel, à la vie après la mort, et à tous ces témoignages que beaucoup de gens rapportent après avoir frôlé la mort, après une sorte de coma où ils se sont vus dans une sorte de tunnel, éblouis par une étrange lumière. Où ils ont ressenti comme une paix intérieure en revenant à la vie.
Mais « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse... »
J’ai lu tout à l’heure sur votre blog votre petit texte « Je ne peux pas faire autrement ». Et vous savez à quoi ce passage-là:
(Ce qui m'importe d'ailleurs, c'est que le lecteur rencontre lui aussi sa propre disparition. Que l'histoire, nourrie par "cette écriture exigeante" devienne un effaceur de l'individu, qu'il disparaisse lui-même dans les atermoiements, les élévations, les tourments, les révélations, les drames, les rencontres, les fusions, l'inexplicable, l'invisible, l'irrationnel, que la vie du lecteur soit aspirée par cette exigence, que les mots, les idées, les pensées, les émotions l'envahissent jusqu'à ce qu'il n'ait plus conscience de lire, jusqu'à ce que la vie du livre coule en lui, jusqu'à ce que les mots résonnent en lui indéfiniment, qu'il ne puisse plus s'en défaire, qu'ils deviennent des compagnons, que le livre lui-même n'existe plus et qu'il ne reste que ce fil de vie qui relie l'existence des personnages et celui qui les accompagne et plus beau encore, qu'ils ne fassent plus qu'un) m’a fait penser ?
Le mot est un peu fort et audacieux, je le concède, mais ça m’a sauté aux yeux : quand vous écrivez, vous « faites l’amour » à votre lecteur(trice).
Cet après-midi, profitant du soleil sur mon balcon, je m’y suis installée avec un petit bouquin acheté récemment, qui vient de sortir : « Madame Céline ». Un petit recueil de témoignages d’écrivains ou d’artistes ayant côtoyé Lucette Destouches, qui aura 100 ans le 20 juillet prochain, qui est la veuve de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline.
Et un témoignage m’a particulièrement touchée, et m’a fait penser à vous. C’est Christophe Malavoy, acteur de théâtre et de cinéma, qui a écrit un livre sur Céline, et qui écrit ces lignes, dont je vous offre en cadeau quelques petits passages :
« La première chose qui frappe quand on rencontre madame Destouches, et que l’on sait toutes les duretés et misères que cette femme a subies aux côtés de son mari durant la guerre et après la guerre, c’est son étonnante douceur, sa bienveillance qu’elle vous offre avec un sourire dont elle a le secret. Aucune amertume, aucune souffrance, pas une ombre de rancune dans ce visage apaisé. « Un frisson d’eau sur de la mousse » dirait Rimbaud.
« Lucette Destouches a une personnalité qui intrigue et l’on ressent assez vite la force de caractère que la longue et patiente pratique de la danse a forgée. C’est une humilité qui s’impose au premier regard et l’on comprend à ses côtés qu’il n’y a rien à faire que d’être soi et non pas un autre. En toute chose, cherchez l’humilité. C’est cela que madame Destouches vous invite à faire, partager quelque chose d’intime, d’humble, une relation vraie, dénuée d’arrière-pensées.
« Cette première rencontre fut donc très émouvante, et malgré la pudeur qui était la nôtre, nous avons avancé pas à pas, laissant nos âmes se rapprocher et se raconter ces choses que les mots ne connaissent pas. Ce fut très simple, sans heurts, et rien ne pouvait nous combler davantage que cette relation où l’on ne cherchait pas à se plaire mais bien plutôt à faire naître une complicité, une estime, et bien au-delà encore, ce qu’on appelle une « âme sœur ». Nous nous sommes quittés avec le goût et l’impatience de nous revoir comme deux jeunes adolescents qui se promettent un ciel qui les protège.
« A chacune de mes visites à Meudon, je suis reparti avec cette force que dégage madame Destouches, une force empreinte de fragilité, de douceur et d’humour. Une force empreinte d’une infinie patience. La patience, mère de toutes les persévérances. De sa petite voix qui s’échappe et reste légèrement en suspens telle une danseuse sur les pointes, Lucette Destouches donne le tempo et vous convainc qu’il n’y a pas autre chose à faire que de prendre les choses pour ce qu’elles sont. C’est tout simple, mais nos vies agitées en tous sens nous éloignent si souvent de cette force intime où chaque minute qui passe doit être vécue pour elle-même, et il est bien plus sage de s’en tenir à cela quand nous cherchons tant à vouloir vivre ce qui n’est pas.
Voilà ce que Lucette nous apprend : qu’il n’est rien nécessaire sinon trouver en nous notre humilité, ce discernement qui met en avant l’être plutôt que le paraître. Nul doute que la pratique de la danse, tant admirée par Céline, a donné à Lucette le sens de l’effort ainsi que celui de la mesure. Et je dirais qu’il n’y a pas d’humilité, autrement dit de connaissance des autres autant que de soi-même, sans une part de renoncement. La danse c’est le dépassement de soi par le renoncement du moi. C’est cela la grande force de Lucette Destouches, et c’est cela qui me touche et m’émerveille à chacune de mes visites. Cette capacité à être sans rien vouloir.
N’est-ce pas le tempérament de ceux qui ont souffert et qui n’en disent jamais rien ? »
Voilà, j’ai trouvé ces lignes particulièrement belles. Comme un écho à beaucoup de vos qualités humaines.
Et si, dans ces extraits, on remplace « danse » par « escalade en montagne », comment ne pas faire, naturellement, le rapprochement avec vous…
Ce soir, je commence Noirceur des cimes. Je retourne dans votre musique de mots."
Estelle
Estelle m'avait également fait l'immense bonheur d'écrire ce commentaire sur "les Eveillés"
http://la-haut.e-monsite.com/blog/commentaires-sur-les-eveilles.html
J'ai eu aussi le bonheur d'être invité dans une radio (Radio France,Pays de Savoie),
http://la-haut.e-monsite.com/blog/interview-radio.html
d'avoir une autre ITW sur le site "mes premières lectures".
http://la-haut.e-monsite.com/blog/coup-de-coeur.html
et encore une autre sur Frenchwriters
http://la-haut.e-monsite.com/blog/quelques-traces-encore.html
J'ai eu des commentaires dans des revues, sur des sites internet, des commentaires élogieux de lecteurs et de lectrices.
J'ai créé ce blog en novembre 2009 et il est est de plus en plus parcouru. Pourquoi ces gens viennent-ils lire ce que j'écris ? Ils doivent bien y trouver quelque chose...
Bien, mais alors POURQUOI les éditeurs refusent-ils mes textes ?
Une question qui tourne en boucle.
D'où vient cette distance immense entre ce que les gens me renvoient et ce que les éditeurs pensent de mes écrits? Certains m'ont répondu que mon écriture était de qualité mais que le potentiel de vente était insuffisant, que les romans à visées philosophiques représentaient une niche peu rentable. Sans vouloir me comparer à Paulo Coehlo, je ne pense pas que la rentabilité de cet auteur puisse être contestée.
Il semblerait d'après d'autres éditeurs que mon plus grand défaut est de ne pas vivre à Paris. "C'est là que le marché se fait".
Je ne serais donc pas assez accessible et "vendable" en vivant dans les Alpes. Mais je veux bien monter à Paris autant que c'est nécessaire, aucun problème, même si ça représenterait pour moi une expédition plus périlleuse que la traversée des Alpes.
La question est donc très simple : Qu'est-ce que je fais maintenant ?
J'ai envoyé des dizaines de manuscrits à des éditeurs parisiens ou régionaux. J'ai écrit huit romans, deux sont publiés. Un neuvième est en cours. Je n'arrêterai pas d'écrire. Mais est-ce que je dois continuer à lutter contre cette inertie mercantile ? Ou est-ce que les éditeurs ont raison ? Inutile que je m'obstine...
Oui, mais il y a les messages d'Estelle et de tous les autres. Ils existent ces lecteurs. Certains attendent la sortie de mes romans et me demandent où j'en suis. Et bien, j'en suis toujours au même point.
J'alterne donc entre les phases de bonheur et les phases de désarroi et un sentiment d'impuissance qui devient pesant.
1000 pages
Je tiens un dossier word dans lequel je compile tous les textes personnels que j'écris sur mon blog. Je viens de m'apercevoir en le mettant à jour que j'ai franchi les 1000 pages.
Si seulement je pouvais tout arrêter et écrire, écrire...Cette impression d'avoir à peine commencé à marcher...
Je ne peux pas faire autrement.
« Ne t’invente pas des armées d’ennemis pour excuser tes propres faiblesses. « Jarwal le lutin
Je repensais à cette maxime de ce cher lutin et j'établissais le parallèle avec les difficultés que je rencontre pour être édité. J'ai écrit huit romans, deux sont publiés, un neuvième est en cours...Bon, il doit bien y avoir une raison. C'est certainement trop facile de rejeter la faute sur les éditeurs qui ne comprennent pas mon immense talent :))) Plus sérieusement, je sais bien depuis le temps que mes textes les rebutent parce que pour eux, ils concernent une "niche littéraire" et n'ont pas un potentiel de vente suffisant. Il faudrait donc que "j'adoucisse" ma prose, que je la simplifie. L'exigence serait mon ennemie ou ma faiblesse. Mais se pose dès lors, à travers cette simplification éventuelle, mon propre cheminement.
Je sais que mes livres m'enseignent. Ça peut paraître étrange mais ils sont le fil conducteur et non seulement des éléments conduits. Ils tracent eux aussi des routes et je suis le passager. Alternance constante entre ce que je produis et ce moment fabuleux où les mots s'enchaînent dans une fluidité incroyable parce que "j'ai" disparu et que je ne suis plus que le transmetteur et non seulement l'écrivain. C'est cette exigence et cet approfondissement qui créent ce flux libérateur. L'histoire m'appartient toujours mais pas les introspections qu'elle génère. Et ce fusionnement entre l'écrivain et le Soi n'est possible qu'au bout de ce chemin éprouvant de la vigilance. Si je décidais d'abandonner ce que je porte pour ne plus être que le transcripteur d'une histoire, je finirais peut-être par devenir un écrivain reconnu. Mais je ne me reconnaîtrais plus.
Ce qui m'importe d'ailleurs, c'est que le lecteur rencontre lui aussi sa propre disparition. Que l'histoire, nourrie par "cette écriture exigeante" devienne un effaceur de l'individu, qu'il disparaisse lui-même dans les atermoiements, les élévations, les tourments, les révélations, les drames, les rencontres, les fusions, l'inexplicable, l'invisible, l'irrationnel, que la vie du lecteur soit aspirée par cette exigence, que les mots, les idées, les pensées, les émotions l'envahissent jusqu'à ce qu'il n'ait plus conscience de lire, jusqu'à ce que la vie du livre coule en lui, jusqu'à ce que les mots résonnent en lui indéfiniment, qu'il ne puisse plus s'en défaire, qu'ils deviennent des compagnons, que le livre lui-même n'existe plus et qu'il ne reste que ce fil de vie qui relie l'existence des personnages et celui qui les accompagne et plus beau encore, qu'ils ne fassent plus qu'un.
Je vais donc garder mes faiblesses littéraires et continuer ma route.
Evaluations nationales
Sur le fond, je ne dirai pas ce que j'en pense...Mais je suis consterné par la dictée qui est proposée.
"La découverte d'un zoo"
Pendant les dernières grandes vacances, en juillet, toute la famille de Pierre a visité un zoo. Les lions étaient un peu endormis; ce sont des bêtes féroces qui ressemblent alors à de grosses peluches. Mais quand une lionne a rugi, les visiteurs ont eu peur. Les singes étaient très drôles, comme toujours. Ils jouaient entre eux; ils sautaient de branche en branche en se tenant avec une seule main. Les enfants ont appris qu'il est interdit de donner de la nourriture aux animaux. Les gardiens surveillent avec beaucoup d'attention. "
Ce texte, pour moi, montre à quel point les technocrates sont totalement incapables de cerner les discussions que des enfants de CM2 peuvent tenir, les réflexions qui sont le quotidien d'une classe dès lors qu'on prend le temps de discuter avec les enfants.
Un zoo est un mouroir, les lions ne sont pas des "bêtes féroces" ni de "grosses peluches" . Les singes ne s'amusent pas.
Pour moi, c'est consternant, affligeant et très représentatif de l'image que ces fonctionnaires du ministère ont des enfants. Effectivement, j'imagine bien la tête qu'ils feraient s'ils entendaient les commentaires de mes élèves à cette dictée. Une élève a d'ailleurs marqué dans la marge que "ce texte est débile". Tout comme les gens qui l'ont écrit.
Reflets du temps
Un article que ce site me fait l'honneur de diffuser. Aussi douloureux que soit le sujet, c'est un grand bonheur.
http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=1671&Itemid=2
L'école

Je récupère mon garçon, lycéen et j’écoute sa semaine pendant la route.
Et je m’entends parler à mes parents, il y a trente ans.
Comment est-ce possible ? Comment expliquer que ces rapports conflictuels, que cette incommunicabilité, que cette distance effroyable entre de jeunes individus et des personnes matures puissent encore exister ? Comment justifier que les programmes soient toujours entachés de connaissances inutiles, totalement abstraites pour des esprits qui sont à des années lumières de ce qui leur est imposé, comme si en trente ans les adolescents n’avaient pas changé, que ce monde technologique n’existait pas, que cette effervescence de communication n’était pas entrée dans les têtes des technocrates qui maintiennent sclérosés un monde scolaire terriblement isolé.
Des notes, des contrôles, des sanctions, des rapports de force, des humiliations, des menaces, des insultes parfois… Des examens, des concours, une course au métier, une compétition acharnée, exacerbée par ces professeurs qui usent de leur bulletin scolaire comme d’une guillotine. « Marche ou crève ». « Il faut maintenir les statistiques pour le BAC et puis je vais bientôt être inspecté ».
Quelles sont leurs motivations, quelles sont leurs raisons d’être là ?
Tout ce que j’ai connu il y a trente ans. Comme si ce monde de l’Education Nationale et ses représentants n’étaient en fait qu’une forme de vie fossilisée, agitée de l’intérieur par des fantômes.
J’ai eu pourtant des professeurs qui m’ont marqué. Trois exactement. Un professeur de Français au collège, un professeur de Français au lycée, une professeure de philosophie en Terminale.
Combien y en a t-il que j’ai détestés et que j’ai fini par oublier ? Une cinquantaine…
C’est effrayant.
Léo raconte : Cours de français, Apollinaire et ses techniques d’absence de ponctuation. Léo est en 1ère S. La prof devrait tenir compte des centres d’intérêt de cette classe et adopter son cours, le rendre actif, participatif, tourner même en dérision l’insignifiance absolue de ces paramètres techniques de la poésie. Qu’elle ne soit pas capable de prendre conscience que sa classe se contrefiche de ce cours académique, de ces notes qu’elle récite depuis quarante ans et que les élèves doivent copier en vue du contrôle-surprise à venir, qu’elle fasse mourir dans la tête de ces jeunes toute éventuelle surprise et pourquoi pas intérêt pour la poésie, qu’elle en vienne à tuer la mémoire anarchiste d’Apollinaire qui serait écœuré de ce massacre, comment est-ce possible ?
Comment tout cela est-il possible ?
Que font-ils là ces professeurs ?
Comment expliquer que dans les sphères de l’Éducation Nationale, d’autres individus encore plus obtus, limités, circonscrits à leurs connaissances techniques aient pu accéder à des postes de décideurs ?
Comment justifier que des générations de collégiens et de lycéens continueront à être martyrisés par des rapports humains dignes d’une enceinte carcérale ?
Et ça n’est pas que Léo qui me parle de ce calvaire. Trente ans que je suis instituteur. Trente ans que j’entends d’anciens élèves vomir leur dégoût.
QUI A UNE EXPLICATION ?
Pour ma part, je dirais déjà qu’un prof qui entre dans ce métier par amour d’une matière scolaire, d’une connaissance, pour prolonger ce bonheur du savoir accumulé, celui-là se trompe.
On n’enseigne pas ce qu’on sait, on enseigne ce qu’on est. Et un prof se doit d’être avant tout un diffuseur d’humanité. Un prof qui ne sentirait jamais jaillir en lui, jusqu’aux larmes, ce bonheur de l’osmose des âmes, alors celui-là se doit de se retirer. Ou de grandir au lieu de le réclamer à ses élèves.
Un malaise cette nuit en repensant à cet état des lieux au lycée et par là-même au collège.
Trop simpliste, un amalgame réducteur et mensonger.
Ils existent ces professeurs qui œuvrent au bien-être de leurs élèves, qui n’entrent pas en classe comme s’ils montaient au front, qui parviennent à établir un lien existentiel et non seulement frontal et conflictuel.
Mais que s’est-il passé à l’école maternelle et à l’école primaire pour ces élèves dont ils ont un jour la charge ?
Depuis combien d’années déjà souffrent-ils pour certains et certaines de jugements péremptoires et systématiquement transmis aux enseignants, classe après classe, comme s’il n’y avait aucune progression possible, comme une condamnation à perpétuité. « Ne peut rien faire de mieux… »
Ça ne sera pas marqué dans le dossier scolaire (quoique…) mais ça sera vécu ainsi, jour après jour, à travers des humiliations répétées, des sanctions, des mises à l’écart, des réflexions assassines. Une accumulation sans fin.
Jusqu’à l’arrivée de l’adolescence où les forces intérieures ne seront plus contenues, où cette colère amassée comme une marée derrière une digue emportera tout sur son passage. Il y aura d’abord une brèche, une faille dans le mur et puis si rien n’est fait pour colmater l’ouvrage, si aucun adulte ne parvient à apaiser, à aimer, à comprendre, à entendre, à ressentir le drame qui couve, tout finira par céder.
Et il n’y aura plus jamais cette confiance indispensable pour grandir.
L’école élémentaire porte une part de ce drame. Il serait trop facile de se satisfaire de la soumission provisoire des enfants et de reporter la faute sur le secondaire. Nous sommes, instituteurs et institutrices, les ouvriers de cette plénitude ou de ce tsunami à venir.
Je ne parlerai pas du cadre de vie, celui de la campagne ou celui des banlieues, ni du cadre social, celui du fils de notaire ou celui du Rmiste, ni du cadre familial, celui du couple unifié et aimant ou celui de parents déchirés et haineux, je ne parlerai pas de l’image effroyablement déstabilisante d’un monde moderne n’ayant aucun ancrage, aucune ligne directrice sinon celui d’une folie consumériste et matérialiste, je ne parlerai pas des problèmes insolubles qui sont constamment jetés en pâture à des enfants ou des adolescents qui n’ont aucun pouvoir de changement, qui ne sont que les victimes impuissantes de ces images choisies intentionnellement par des adultes conspirateurs et cupides.
« Nous voulons des cerveaux vides et mous pour les emplir d’images qui rapportent ». Les propos, dans l’idée, à quelques mots près, de Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1.
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=4S20kG2MoxI
Ces enfants puis ces adolescents seront un jour les adultes qui attaquent au sabre un commissariat, défenestrent leur compagne, étouffent leurs enfants, empoisonnent leur famille, exécutent, découpent, carbonisent, dévorent ou s’immolent dans une cour de lycée…
D’autres seront aimants, amants, attentionnés, respectueux, équilibrés, rieurs, lucides, conscients, ouverts, humains tout simplement.
Tout se jouera, ou en partie en tout cas, dans ce cadre étroit et douloureux ou magnifiquement ouvert des écoles, des collèges, des lycées…
C’est bien pour cela que ça n’est pas un métier, c’est bien plus…
Thierry Ledru
Tour de vélo
Il faisait beau, j'ai pris mon vélo. Evidemment, la machine à penser s'est mise en route en même temps que les jambes.
Toujours cette interrogation par rapport à l'espoir et l'intention.
Et puis, alors, que j'attaquais une belle côte, le flash, la lumière !!
Tout au long de mon parcours de vie, j'ai été confronté à des épreuves qui m'ont placé dans une situation de dépendance au regard de la médecine. Mon frère d'abord. Puis moi ensuite. Et là, j'ai compris que je détestais la notion d'espoir parce que j'en ai immensément souffert. Cet espoir que les médecins allaient sauver mon frère, puis qu'ils allaient me sauver. Je ne pouvais rien faire, j'étais dans une impuissance totale, du moins c'est ainsi que je le vivais. Même si je m'engageais autant que possible, cet espoir restait omniprésent et prioritaire. Mes actes passaient au second plan.
Je n'avais aucune intention étant donné que je m'en remettais à leur toute puissance. Habitude éducative de l'abandon, l'image sacrée de la science.
Cet espoir concernait par conséquent l'intention des autres. Pas la mienne.
J'ai appris peu à peu, au fil du temps à élaborer un autre cheminement. A me détacher intégralement de toute forme de soumission et de dépendance. Les espoirs appartenaient aux autres. Moi, je m'en tenais à l'intention. C'est à dire à ce que je pouvais mener à terme sans aucune aide extérieure.
J'ai repensé à cette expérience du canyoning, lorsqu'on s'est fait coincer Nathalie et moi et qu'on a failli se noyer sous les yeux de Léo. Je sais que je n'ai eu aucun espoir mais une détermination absolue, une force et une capacité de décision phénomènale, au-delà de tout ce que j'avais connu.
J'avais une intention, celle de sauver Nathalie et de rester en vie. Et chaque geste, chaque décision, chaque pensée se joignait à une énergie fabuleuse. J'étais détaché de toute forme d'espoir. Et tout dépendait de moi. Nathalie comptait sur moi, même si elle aussi se retrouvait largement au-dessus de ses possibilités habituelles. Un saisissement extrême de chaque instant, une vie qui ne pouvait pas se projeter dans un futur inexistant. Etre là était la seule chance de rester en vie. L'espoir aurait été un dévoreur d'énergie.
Je sais que tout remonte à l'hôpital avec Christian que je veillais, jours et nuits. Toute ma vie a pris forme là-bas. J'avais seize ans.
La vie m'a apris à me défaire de l'espoir et à me battre pour des intentions.
L'espoir est attaché à des dépendances envers autrui.
L'intention est ma propriété, je l'élabore, je la possède, j'en suis le seul garant.
Maintenant, tout est clair. Mais il me reste à ré-appendre l'acceptation envers les personnes qui désirent m'aider...Délaisser les méfiances tout en restant vigilant. Ne pas absorber leurs espoirs, c'est leur propriété.
C'est en passant les 55 km que je me suis aperçu que je ne pensais plus à rien. Un grand éclat de rire.
L'intention et le réel.
Puisque je réfute l'abandon à l'espoir et que je veux m'en tenir à l'intention, il faut bien que j'analyse quelles en sont les conséquences sur le réel.
Je n'ai plus voulu de l'espoir jusqu'à en perdre toute intention, jusqu'à en limiter mes relations et mes démarches envers les éditeurs et tous les gens qui oeuvrent dans le milieu littéraire. À vouloir rester inscrit dans le réel, j'en ai abandonné toute intention. J'écrivais et "j'espérais" une publication mais sans parvenir à établir une linéarité dans mes actes. Je passais de l'acte décrire à l'espoir. Mais la distance entre les deux est gigantesque s'il n'y a pas une intention qui guide et alimente les actes.
C'est là que le réel intervient. Il s'agit d'établir un équilibre constant entre l'intention et les actes. Si l'intention n'est plus validée par un engagement de l'individu, l'intention est devenue un espoir. Et finalement, dans mon cas, à ne pas vouloir m'illusionner d'espoir, j'en ai fini par ne plus engager mes actes dans une intention de partage. Mais sans cette démarche d'ouverture vers l'autre, l'intention devient justement un espoir, l'attente d'un miracle...
En même temps, je sais que cette réticence provient de nombreux échecs et de quelques rencontres qui auraient pu se révéler déterminantes. Les déceptions accumulées ont fini par brider l'intention et la projeter dans l'espoir.
Mais qui est responsable ? Pas les individus. Pas les évènements. Mais l'interprétation que je m'en faisais.
C'est assez effroyable d'ailleurs. A vouloir être le "maître", j'en suis devenu l'ignorant. À vouloir maintenir une sagesse observatrice, j'ai fini par ne plus observer l'observateur, par ne plus voir que l'observateur se contentait d'observer ce qui magnifiait sa démarche.
Faut-il donc que la vie ne soit qu'une errance ponctuée de quelques instants fugaces de lucidité ? Et cette lucidité est-elle réelle ou n'est-elle qu'une interprétation réjouissante d'une errance qui se camoufle ?
Il me paraît parfois totalement illusoire d'envisager qu'en une vie un travail permanent sur soi puisse aboutir à une sagesse réelle.
C'est bien trop court.
L'intention et l'espoir.
Il a fallu que je sombre totalement dans la douleur physique, dans le délabrement moral pour que le mécanisme de l'espoir vole en éclat. Il a fallu que le goût de la mort devienne l’ultime espoir pour que je prenne conscience du mécanisme.
L’énergie vitale n’a pas besoin d’espoir. Pour elle, c’est un poison. C’est comme si l’individu vénérait une illusion alors que la vie est là. On peut même imaginer que la vie en soit déçue, effroyablement déçue. Au point de se retirer puisque l’illusion a plus d’importance que la vie elle-même. Pourquoi rester là ? Il y a sûrement mieux à faire ailleurs…
L’étape la plus difficile, la plus délicate, le travail de sape le plus redoutable à effectuer est de cesser de penser. Il s’agit de vibrer intérieurement alors que la pensée est une projection extérieure. Nous avons appris à penser jusqu’à finir par nous « dé-penser. » Nous sommes sortis de nous-mêmes en nous projetant dans un flot d’abstractions et nos pensées sont devenues des dépenses énergétiques, des dispersions multipliées à l’infini.
Je dois aussi à l’effort long d’avoir découvert cet espace « dé-pensé », cette plénitude de la vie étreinte dans le creuset de l’énergie originelle. Lorsqu’il n’y a rien d‘autre que le saisissement du silence intérieur, le ronflement infime de l’univers qui s’étend.
Mais je reconnais aujourd’hui que cette épreuve a généré en moi un autre adversaire. Celui du refus de toutes formes de projection, jusqu’à refuser de me mettre dans une situation dont certains paramètres pouvaient m’échapper. Les relations sociales en sont le symbole.
Je refuse d’être dépendant des autres. Je refuse même de leur demander quoique ce soit. Pour ne rien leur devoir. Et ne rien attendre, n’avoir aucun espoir, aucune illusion. Le problème vient de la puissance du fonctionnement. Je me suis vraiment coupé de tous.
Et puis, là, étrangement, la vie s’est chargée de me montrer l’erreur. A travers mes textes. Des gens que je ne connaissais pas et qui s’engagent pour moi, de façon totalement désintéressée, juste parce qu’ils ont été touchés par mes écrits.
Je ne pouvais pas échapper à une introspection supplémentaire.
Françoise, Martine, Max, Estelle, Jean-Michel, Chris, Nathalie, Valérie, Bérénice, Gaëlle, Albert et d’autres encore. Ils se reconnaîtront, je ne les oublie pas. Des témoignages émouvants, bouleversants pour moi. Il y avait quelque chose à comprendre. Cet enfermement dans lequel je m’étais réfugié pouvait également être une geôle. Et dès lors, ce travail d’écriture ne pouvait pas aboutir dans cette intention de partage qui m’importe. A ne vouloir subir aucun espoir, je bridais également ce que le partage pouvait m’apporter. Situation contradictoire étant donné que je remplis ce blog jour après jour.
Il y a donc les actes à mener.
Par ces actes, il peut y avoir une tentative pour aboutir à un objectif.
Dans cet objectif, un espoir peut venir se greffer et alimenter l’énergie nécessaire pour mener les actes à terme.
Alors, pour clarifier la situation et ne pas retomber dans les travers de l’espoir, je parlerai plutôt d’intention.
J’ai une intention mais les actes que j’accomplis me libèrent de l’espoir versatile et des désillusions qu’il fabrique.
J’imagine que la volonté suit le fil de l’intention pour aller vers l’objectif.
L’espoir est beaucoup plus lointain, comme un mirage fabriqué par l’évaporation des pensées incontrôlées.
« Il n’y a pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir, » disait Spinoza.
Voilà ce que je cherche désormais.
Accepter l’intention mais sans jamais sombrer dans l’espoir.
L'intention est une réalité à vivre dans les actes présents. L'espoir est immatériel tout comme l'est le mirage.
Et j'ai bien l'intention d'y ariver :)
Changement de méthode
Il est clair que je ne m'y prenais pas de la bonne façon dans mes démarches auprès des éditeurs. L'état des lieux est simple : des lecteurs et lectrices qui commentent de façon élogieuse mes écrits et d'un autre côté, un silence complet des éditeurs auxquels j'envoie mes manuscrits ou des réponses sybillines et parfois des retours un peu plus détaillés avec une reconnaissance de mes qualités d'écriture MAIS un potentiel de vente jugé insuffisant. Bref, je tournais en rond...
Huit romans achevés et deux publiés...Pas de quoi être satisfait par rapport au temps passé et au travail effectué.
Le changement est venu de quelques contacts et "évènements" ayant eu lieu dernièrement. Deux interview, un sur un site de littérature jeunesse et un dans une radio locale. Les retours étaient enthousiastes. Ensuite, un contact sur un réseau social s'est fait avec une personne travaillant pour deux sites internet : "la cause littéraire" et "reflets du temps". Des lectures de mes textes se sont une nouvelle fois révélées positives. Manuscrits et textes parus sur ce blog. Un projet de "publications" de certains textes est en cours sur ces deux sites.
Une autre personne s'est faite connaître et une rencontre a eu lieu. Quelqu'un là encore qui croit dans le potentiel de mes textes. Des contacts sont en cours avec le milieu de l'édition.
La conclusion est évidente : je dois me forcer à aller vers les autres...Même si cela n'est pas dans ma nature et que j'avais jusque-là choisi de rester en retrait et de suivre la voie postale pour faire lire mes textes. C'est éminemment insuffisant. Les textes existent mais c'est à moi de les défendre, de les promouvoir, de les faire connaître par tous les moyens disponibles; Cette impression aussi que la vie m'offre des opportunités à saisir et que je ne dois pas les laisser passer, que je dois m'engager dans cette voie de socialisation...Sortir de mon isolement et aller vers les autres, me dévoiler et être à l'écoute des demandes du milieu littéraire. Retravailler mes textes et ne pas rester figé dans une écriture qui se doit d'être améliorée au regard de certaines exigences des professionnels; Et pourtant ne pas me trahir, ne pas aller contre ce que je porte.
J'avance, j'avance, lentement, lentement...
Pour quelles raisons on crève.
La France, la Grèce, le Portugal, l'Espagne, le Portugal, les Pays Bas etc etc...Tous crèvent le ventre en l'air parce que les politiques se sont vendus aux banques commerciales.
Donc, on annule la dette des banques commerciales, elles font faillite et les banques centrales reprennent la main sous le contrôle du PEUPLE et pas des politiciens. Comités de Salut Public. La guillotine est remplacée par la faillite des banquiers. De toute façon, c'est déjà le bordel et ça le sera pour nos enfants si on ne change pas complètement de système.
Quand un peuple ne se laisse pas convaincre par les arguments, il suffit de le persuader par la peur ou la séduction. On appelle ça de la politique.

"enfant-roi" vous en connaissez ? Moi non, par contre je connais des enfants que leurs parents défendent en criant, dont les parents menacent, si ce n'est plus, les enseignants. Ces mêmes parents tabassent leurs enfants qu'ils ont cru devoir défendre bec et ongles à l'école. Là j'en connais beaucoup.