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Dépôt de bilan planétaire

Par Le 12/05/2012

Ecologie

http://www.bastamag.net/article2370.html

Pierre Rabhi : « Si nous nous accrochons à notre modèle de société, c’est le dépôt de bilan planétaire »

Par Agnès Rousseaux, Ivan du Roy (7 mai 2012)

Et si, après une stressante campagne électorale, on respirait un peu ? Quelle société voulons-nous aujourd’hui construire ? « La croissance est un problème, pas une solution », affirme Pierre Rabhi, paysan-philosophe. Face à la disparition des questions écologiques dans le débat politique, et à la frénésie marchande qui nous a pris en otages, il invite à repenser la vie sur un mode à la fois « sobre et puissant ». Et à inventer, pour éviter des explosions sociales et un chaos généralisé, un autre modèle de civilisation. Entretien.

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Basta ! : Vous défendez une société de la sobriété. Les crises actuelles et l’austérité qui menace vont-elles permettre de remettre en question le système économique dans lequel nous vivons ?

Pierre Rabhi [1] : Je ne me réjouis pas de cette situation, mais je me dis finalement que l’être humain a besoin d’entrer dans des impasses pour mieux comprendre. Les impasses peuvent soit finir sur un chaos généralisé, soit permettre d’initier autre chose. Le chaos est tout à fait possible : une sorte de cocotte-minute d’incertitudes et d’inquiétudes est en train de miner les âmes et les consciences. Qu’une seule ville explose et toute la France explose. Le problème aujourd’hui n’est pas de se réjouir de cela, mais de voir ce qu’on peut tirer de cette évolution. Notre modèle de société montre son inadéquation, son incapacité à continuer. Si nous nous y accrochons, ce sera le dépôt de bilan planétaire. Tous les pays émergents veulent vivre à la moderne. Où va-t-on puiser les ressources ? C’est totalement irréaliste. Il y a aujourd’hui à repenser la vie sur un mode qui soit à la fois sobre et puissant. Je crois beaucoup à la puissance de la sobriété. Je ne crois pas à la puissance des comptes en banque. La vraie puissance est dans la capacité d’une communauté humaine à se contenter de peu mais à produire de la joie. Notre société déborde de tout, mais nous sommes un des pays les plus consommateurs d’anxiolytiques, pour réparer les dégâts que produit la « société de la matière » ! Nous sommes une espèce de planète psychiatrique. Combien de souffrances produisons-nous ?

Pendant la campagne électorale, l’écologie a quasiment disparu du débat politique. Qu’en pensez-vous ?

C’est parce que les citoyens ne sont pas véritablement conscients de l’enjeu de l’écologie que nous sommes obligés d’avoir une écologie politique pour lui donner une place au forceps. Dans la réalité, l’écologie concerne absolument tout le monde. Je suis évidemment reconnaissant envers ceux qui essayent de placer l’écologie dans le débat politique. Mais c’est une anomalie. Car l’écologie est une affaire de tous. C’est ce qui détermine l’existence de tout individu, du phénomène de la vie. Nous sommes donc tous concernés.

Selon vous, le progrès technologique nous asservirait ?

La civilisation moderne est la civilisation la plus fragile de toute l’histoire de l’humanité. Plus d’électricité, de pétrole, de télécommunications et la civilisation s’écroule. Elle ne tient sur rien du tout. Le progrès ne libère pas. Plusieurs avancées ont apporté un certain bien-être. Mais ce bien-être n’est pas forcément partagé. Il faut que l’humanité se pose la question : le progrès, pour quoi faire ? Et avant : qu’est-ce que vivre ? S’il s’agit juste de consommer, je n’appelle pas ça la vie, cela n’a aucun intérêt. Nous sommes devenus des brigades de pousseurs de Caddie. Cela me terrifie. Nous sommes revenus au néolithique : nous sommes des cueilleurs, nous passons dans les rayons et nous cueillons. Tout cela n’est pas bon. On a évoqué la décroissance, qui est considérée comme une infamie dans le monde d’aujourd’hui : remettre en cause la croissance ! Au Moyen Âge, j’aurai été brûlé vif.

Peut-on se passer de l’industrie et du progrès technologique sur une planète qui comptera bientôt 9 milliards d’êtres humains ?

Le progrès technologique ne rétablit pas de l’équité dans le monde, au contraire. Une minorité en bénéficie. Ce ne sont pas les pays en voie de développement qui consomment le plus de voitures ou de frigos. C’est un leurre de dire que la planète ne pourra pas suffire, parce que nous serons plus nombreux. C’est une injustice totale : sur 7 milliards d’humains aujourd’hui, la moitié n’a pas accès à la nourriture pendant que les autres se bâfrent et gaspillent à outrance. Un cinquième de l’humanité consomme les 4/5es des ressources produites. Ce serait très pernicieux d’invoquer la démographie pour dire qu’on ne va pas s’en sortir. Non ! Plusieurs milliards d’humains ne s’en sortent déjà pas. Ce ne sont pas les pauvres qui épuisent les ressources. La démographie n’est pas en cause. Je sens cet argument s’insinuer de façon très vicieuse.

Pourquoi, après avoir été ouvrier, avez-vous choisi de devenir paysan ?

J’ai accompli mon retour à la terre, ici en Ardèche, en 1961, parce que je considère que notre système n’a pas d’intérêt. Je n’ai pas envie d’être né pour produire, pour consommer et mourir. C’est une destinée un peu limitée ! Je suis né pour vivre, je suis né pour admirer. Si on doit toute sa vie besogner pour que les poubelles débordent de déchets, cela n’a aucun sens. Il n’y a pas si longtemps, en mai 68, les jeunes défilaient dans les rues pour protester contre la société de consommation. C’était l’excès. Leur intuition était forte : nous ne sommes pas des consommateurs. Les gagneurs d’argent, la frénésie marchande nous ont pris en otages pour faire de nous des gens qui doivent absolument consommer pour faire monter le produit national brut. C’est complètement stupide. Les jeunes disaient : on ne tombe pas amoureux d’un produit national brut ! Ils lançaient des slogans très importants, qui étaient un appel à la vie. Nous ne vivons pas : nous sommes conditionnés, endoctrinés, manipulés, pour n’être que des serviteurs d’un système. Ils ressentaient ce besoin de sursaut de la vie. Depuis, je ne vois plus les jeunes défiler dans la rue pour dire qu’ils ont trop. Nous sommes au contraire entrés dans la phase du manque. Les certitudes d’une idéologie triomphante, c’est terminé ! Aujourd’hui, les jeunes ne savent pas quelle place ils auront et s’ils auront une place dans l’avenir. Ce système-là peut-il encore perdurer ? Non. Il ne faut donc pas s’illusionner et se raconter des histoires : notre système arrive à ses limites. Il faut maintenant que l’imagination se mette en route, pour en créer un autre.

D’où peut venir le changement ? D’abord de chaque individu ou de transformations portées collectivement ?

Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire, tout en exploitant votre prochain, ce n’est pas incompatible ! Le changement radical de la société passe par une vision différente de la vie. L’humain et la nature doivent être au cœur de nos préoccupations. Le rôle de l’éducation est souverain : et si on éduquait les enfants au contentement et non à l’avidité permanente ? Une avidité stimulée par la publicité, qui affirme qu’il nous manque toujours quelque chose. Cette civilisation du besoin chronique et permanent, sans cesse ressassé, installe dans les esprits la sensation de manque. Le phénomène de la vie, ce qui fait que nous existons, devrait avoir une place dans l’éducation des enfants. Or nous n’avons que des structures éducatives qui occultent complètement les fondements de la vie pour, le plus vite possible, fabriquer un petit consommateur et un petit producteur pour le futur. Cela en fait un petit ignorant qui s’occupera bien davantage de savoir comment il va avoir un bon boulot malgré la compétitivité.

L’exigence fondamentale, c’est que tout le monde puisse manger, se vêtir, se soigner. Voilà ce qu’une civilisation digne de ce nom devrait pouvoir fournir à tout le monde. Aucun bonheur n’est possible sans la satisfaction des besoins vitaux. Notre civilisation a la prétention de nous libérer alors qu’elle est la civilisation la plus carcérale de l’histoire de l’humanité. De la maternelle à l’Université, nous sommes enfermés, ensuite tout le monde travaille dans des boîtes. Même pour s’amuser on va en boîte, assis dans sa caisse. Enfin, on a la boîte à vieux quand on n’en peut plus, qu’on est usé, avant de nous mettre dans une dernière boîte, la boîte définitive.

Comment convaincre ceux qui profitent le plus de la société de consommation et d’accumulation ?

Qui enrichit ces gens-là ? C’est nous. Ils s’enrichissent parce que des gens insatiables achètent de plus en plus, parce que toute une communauté humaine leur donne les pleins pouvoirs. Ils n’existent que parce que nous les faisons exister. Je ne roule pas en char à bœufs mais en voiture, je pollue malgré moi, j’ai le confort moderne. Ce qui fausse tout, c’est que cela devient prétexte à un enrichissement infini. Ce serait différent si les objets fabriqués par le génie du monde moderne avaient vocation à améliorer la condition humaine. Nous donnons très peu de place à ce qui est indispensable, à ce qui amène véritablement la joie. Et nous ne mettons aucune limite au superflu.

Cela signifie donc s’attaquer aux puissances de l’argent ?

L’argent est noble quand il permet l’échange. C’est plus facile d’avoir quelques billets dans sa poche que de transporter deux kilos de pommes de terre. L’argent n’est pas à récuser dès lors qu’il participe au mécanisme de régulation du bien-être entre tous. Mais quand il régule seulement la richesse, non. Toutes les choses vitales, les biens communs – eau, air, terre, semences – devraient être soustraites à la spéculation. Ceux qui ont de l’argent commettent un hold-up légalisé sur le bien de tous. Un vol illicite mais normalisé par la règle du jeu. L’argent rend l’humanité complètement folle et démente. Aujourd’hui, on achète le bien des générations futures. Je possède de la terre, mais je suis prêt à dire que ce n’est pas la mienne. Je l’ai soignée pour qu’elle soit transmise à mes enfants ou à d’autres gens.

Comment soustraire les biens communs à ceux qui spéculent ?

Admettons qu’on aille jusqu’à la logique extrême : un jour, un petit groupe d’humains hyperriches va posséder la planète. Aux enfants qui arriveront, on leur dira qu’ils sont locataires. Qu’ils doivent payer leur droit d’exister. C’est stupide. C’est navrant. C’est d’une laideur infinie. Parce que j’ai de l’argent, j’ai le droit sur tout… C’est là que le politique devrait réguler. Mais, pour l’instant, les responsables politiques sont là pour maintenir en vie cette inégalité criante. Ils font de l’acharnement thérapeutique sur un modèle moribond. On peut le mettre sous perfusion tant qu’on voudra... on sait très bien qu’il est fini. Le drame serait que tout cela finisse dans le chaos, si on ne met pas en place une nouvelle orientation de la vie.

Il faut changer les règles du jeu démocratique, dites-vous… Pour aller vers quoi ?

On ne peut pas changer un monstre pareil du jour au lendemain. Ce que je regrette, c’est qu’on ne se mette pas sur la voie du changement. Ce modèle a été généré par l’Europe. La première victime de ce nouveau paradigme, cette nouvelle idéologie, c’est l’Europe elle-même. L’Europe était une mosaïque extraordinaire. Tout a été nivelé, standardisé. Et on a exporté ce modèle partout ailleurs, en mettant un coup de peinture « démocratie » là-dessus. Aujourd’hui ce modèle se délite, il n’a aucun moyen d’être réparé. Il faut aller vers autre chose. Ce que propose la société civile : elle est le laboratoire dans lequel est en train de s’élaborer le futur. Partout des gens essayent de faire autrement. Un État intelligent devrait encourager ça. Sinon, cela se fera sous la forme d’explosion sociale. Une grande frange des citoyens sont secourus par les dispositifs de l’État. Cela ne durera pas. Le jour où la société ne pourra plus produire de richesses, où prendra-t-on ce qu’il faut pour soutenir ceux qui sont relégués ? Nous sommes dans un système « pompier-pyromane » : il produit les dégâts et prétend en plus les corriger. On met des rustines au lieu de changer de système : ce n’est pas une posture politique intelligente.

Recueilli par Ivan du Roy et Agnès Rousseaux

Vidéo : Agnès Rousseaux

Photo : Ivan du Roy

Notes

[1] Pierre Rabhi vit en Ardèche, où il a été paysan. Il a crée en 2007 le Mouvement pour la Terre et l’Humanisme appelé ensuite mouvement Colibris. Il est aussi l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux » et a lancé en 2012 la campagne Tous Candidats

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  • 1 - De maninoz  | 02:39 | 8 mai 2012 |

    Bonjour,

    je trouve l’article très intéressant, cependant, ce monsieur Pierre Rabhi, aurait, pour moi, été plus pertinent s’il ne cédait pas à l’argumentaire émotionnel de la peur qu’offre le catastrophisme. Je trouve cette démarche un peu trop facile, et cela décrédibilise le contenu de son point de vue.

    D’autan que je trouve sont point de vue assez obscurantiste en prétextant qu’avec notre technologie moderne nous somme devenus plus fragile. Je ne suis pas d’accord avec ça, car la technologie peut justement permettre à l’humanité de vivre dans un certain confort en oubliant la faim, le froid, la maladie et les dangers que la nature sème devant nous. Je ne crois pas me souvenir de la dernière famine en France, ou d’une maladie contagieuse digne de la peste noir. En somme, vous auriez du davantage souligner que le vrai problème n’est pas le continuel développement technologique, mais l’utilisation que l’humanité en fait. Elle n’est pas en accès libre à tous et elle n’est pas utilisée parfois comme il le faut.

    Vous dites que nous ne faisons que "cueillir" des produits dans des rayons de supermarché, pourquoi pensez vous que de récolter soi même ces produits agroalimentaire est il une meilleure chose ? Il nous faut bien un système pour se nourrir, ce n’est pas parce qu’on a un caddie entre les mains que tous les consommateurs sont abrutis par la pub et achètent des choses inutiles. (par ailleurs les français ont de moins en moins de pouvoir d’achat pour acheter des choses inutiles, cela devrait contenter vos préoccupations). L’humanité est une espèce jusqu’à présent unique en son sens dotée d’une grande intelligence, je ne crois pas que nous devrions passer beaucoup de temps à des choses primaires, comme se soucier de comment allons nous manger, boire ou dormir à l’abris. Un retour à la terre serait en mon sens, une perte énorme de liberté et un arrêt brutal à l’expansion du temps que l’humanité consacre à des choses créatives et innovantes.

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    • De Miko  | 08:37 | 8 mai 2012 |

      Réponse aux divers mouvements de la décroissance

      Sinon, pour prolonger les idées et les convictions lors des réunions et celles contenues dans les tracts, j’aurais à vous soumettre quelques pensées et propositions :

      Je crois profondément que nous sommes à un instant charnière et que le moment est venu, bien choisi, d’unifier toutes les tendances qui portent le changement et qui remettent en cause le capitalisme et son acolyte le libéralisme.

      Il faut rassembler sans relâche toutes les mouvances écologiques qui agissent pour la planète. Essayer autant que faire se peut d’associer la population et lui faire prendre conscience de l’urgence de la situation, hors de toutes manipulations idéologiques et/ou partisanes, en étant sincères et vrais dans la vérité et la réalité.

      Dès maintenant savoir que nous avons un rôle à jouer et que nous sommes les vecteurs en marche, en étant des liens qui unissent et s’unissent à d’autres liens, en formant la trame qui tisse la toile de toutes les personnes, groupes, organismes encore éparpillés sur le territoire en France et hors du pays.

      Nous devons être divers et UN. Nous sommes la volonté ardente d’un avenir radieux, c’est désormais notre message d’optimisme.

      Nous savons que l’humanité va vers le mur, que la planète est exsangue, à bout de souffle et de ressources, que l’homme est son pire ennemi et qu’il scie la branche qui le soutient, le berce et le nourrit. Nous savons tous cela.

      Dorénavant, soyons la part d’humains qui comme le colibri fait sa part, qui propose, agit vers la lumière d’une renaissance, d’un autre monde que nous allons construire tous ensemble, nous les hommes de bonne volonté.

      Foin de toujours constater le pire et le défaitisme, nous devons au contraire incarner l’espoir auquel chacun, au fond de sa conscience, de son cœur, aspire.

      Nous sommes les colporteurs de bonnes nouvelles, le courant qui draine le changement par l’exemple. Notre mission est de redonner le moral aux citoyens et non de toujours les accabler du spectacle des turpitudes de ceux qui pensent présider. Ne jouons plus à ce jeux pervers.

      Ce n’est plus l’heure des constats mais du bilan. L’heure des constats est dépassée et il faut retrousser notre imaginaire.

      Ne soyons plus les prophètes de l’apocalypse et du malheur mais, sachons frapper les trois coups à la porte du bonheur pour une nouvelle représentation d’une humanité renouvelée sur scène. Les jours heureux n’attendent que nous si nous en avons la volonté.

      Je ferais suivre quelques suggestions d’un plan d’actions immédiates au fur et à mesure.

      Pour les prochaines réunions, je pense qu’il serait bien d’organiser des tables rondes avec un thème : quel monde voulons nous ? Comment le construire et l’organiser ?

      Un grand brainstorming ; L’idée générale de la méthode est la récolte d’idées nombreuses et originales. Deux principes définissent le brainstorming : la suspension du jugement et la recherche la plus étendue possible. Ces deux principes se traduisent par quatre règles : ne pas critiquer, se laisser aller (« freewheeling »), rebondir (« hitchhike ») sur les idées exprimées et chercher à obtenir le plus grand nombre d’idées possibles sans imposer ses idées.

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    • De Macarel  | 10:32 | 8 mai 2012 |

      C’est tout le contraire de l’obscurantisme que délivre le message de Pierre Rabhi.
      J’ai retenu :
      Si nous étions intelligents nous comprendrions que la joie ne s’achète pas.
      Le progrès doit être au service de l’homme et non l’inverse.
      Au delà d’un certain seuil de bien-être matériel, rien ne sert de continuer à accumuler frénétiquement, mais il faut prendre le temps de vivre tout simplement.
      En finir avec l’argent comme instrument de pouvoir.
      Développer notre conscience que nous n’avons qu’une planète, et qu’il faut en prendre soin.
      Quant à son supposé catastrophisme, je ne le vois pas. C’est au contraire pour éviter des catastrophes aux générations futures, qu’il dénonce les dérives du présent.
      Vous faites un contresens total, son message est celui d’un amoureux de la vie.
      Mais il est vrai que nos esprits sont tellement contaminés, par la propagande du système qu’il est facile de prendre des vessies pour des lanternes.
      Et quand il dit que notre civilisation est fragile, il a tout à fait raison, en ce sens que notre mode de développement actuel n’est pas soutenable sur plus d’un siècle, deux au maximum. Et d’ici là les conflits pour l’accès à des ressources devenant de plus en plus rares se multiplieront.

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      • De Enoch  | 13:11 | 9 mai 2012 |

        1 ou 2 siecles mais vous revez !!

        Nous avons une decennie tout au plus et encore qui sera marquee par des crises a repetition.

        Nous allons vivre plus de changement dans les 25 prochaines annees que nous n’avons vecu les 100 dernieres.

    • De Winston Smith  | 10:42 | 8 mai 2012 |

      bonjour
      La technologie nous rend effectivement plus fragiles, on peut le reconnaître sans "jeter le bébé etc...". La crise de la productivité par exemple et, donc, le chômage de masse trouvent des origines dans l’innovation technologique. L’explosion démographique est, aussi, liée au "progrès" technologique(si si !). Mais, en fait, si vous devez accordez à cette idée une validité, c’est pour cette raison, que vous ne pouvez nier : l’ensemble des ,structures humaines, aujourd’hui, reposent ENTIEREMENT sur des structures technologiques, qui par ailleurs se caractérisent par une nature ambivalente de remède/poison, aide/entrave, et par une sensibilité à l’influence économique dans leur manifestation. Et il n’existe pas de méta-structure sur laquelle reposerait la technologie, sauf à dire qu’il y en a une économique. Cette méta-structure devrait en fait être "éthique", ce qui suppose un renversement total de réflexion, qui devrait se réaliser pour que nous puissions conserver sans danger ce corail technologique. Donc une telle dépendance à une technologie ambivalente, et soumise aux abstractions économiques, engendre bien une fragilité accrue, et alimente la probabilité du chaos.

      Répondre

    • De jeanclaude57  | 11:14 | 8 mai 2012 |

      En 1978, je suis allé travaillé chez Pierre Rabhi . A l’époque j’étais bien jeune je suis venu dans sa ferme a Lablachère pour un stage d’initiation à l’agriculture bio . C’était très précurseur pour un jeune de mon age et de la ville . Surtout qu’ a cette époque la plupart des lambda ne s’imaginait même pas que l’on pouvait vivre autrement , en autosatisfaction et en harmonie avec la terre . Je ne comprenait pas très bien a ce moment là la philosophie de Pierre , pour moi il était comme un néandertalien des temps modernes , à travailler la terre avec des outils rustiques et à planter des arbres à 45°en suivant la méthode "Boucher -Thomas "presque je lui en voulait quand il me faisait ramasser les pierres de son terrain à la main . De retourner le compost plusieurs fois de le nourrir pour qu’il soit bénéfique a la terre . Je ne comprenait pas très bien quand il me disait qu’il ne fallait pas abimer cette terre avec des engins modernes , avec des produits qui l’empoisonnait . Pour moi un paysan devait travailler avec des tracteurs et des outils modernes , des produits qui améliorait la productivité . J’étais tombé dans un autre monde , et petit à petit je commençait a comprendre le but de cette manœuvre . Si tu respecte la nature elle te le rend au centuple . Aujourd’hui en lisant cet article je suis tout à fait d’accord avec sa façon de voir les choses , et je suis d’accord avec lui quand il nous dit que nous ne sommes que des produits de consommations . Enlevez-nous le pétrole l’électricité les supermarchés et vous verrez que les gens se trouveront démuni , perdu ! La plupart d’entre nous ne savent même pas comment planter un légume . Il a raison Pierre de dire que nous sommes une société d’assisté . Depuis l’enfance on nous met dans des boites on nous guide et dirige jusqu’à notre dernier souffle , on ne sait plus penser par nous mêmes , on ne prend plus de décisions , on nous impose un tracé de vie pour faire partie de la société . "travail famille patrimoine " . Nous devons aujourd’hui nous sortir des sentiers bitumeux , repenser notre façon d’être , nos petites manies de consommations , penser aux générations futures à l’héritage qu’on va transmettre . Nous sommes tous responsables de la pollution de notre planète de la surconsommation et de la faim dans le monde . Nous devons aujourd’hui enlever nos œillères pour repenser notre façon d’être face à l’autre , pourquoi accumuler et m’enrichir alors que je sais que je ne fais rien pour le bien de l’humanité . Notre société actuelle est sur le déclin là dessus je te rejoint Pierre , nous devons cesser d’être égoïstes individualistes . La terre ne nous appartient pas , nous ne sommes que de passage , aussi notre devoir est de l’améliorer pour que les générations futures puissent y vivre en harmonie . Mais pour cela il faudrait que l’on puisse rééduquer nos politiciens . Cette élection ne nous apporteras pas grand choses de plus , que nous avons déjà . Si ce n’est le chaos ! Alors oui notre devoir de citoyen est de trouver et d’imposer une nouvelle façon vivre en harmonie avec 9 milliards d’être humain ! Les petits ruisseaux fonts les grandes rivières .
      Merci Pierre pour ce que tu ma enseigné pendant 1 an , ma vie entière en a été changé Je ne sais pas si aujourd’hui je suis un homme meilleur mais , je sais que je respecte mon prochain et que j’œuvre pour laisser un monde meilleur à mon fils et a ses descendants .
      Jean Claude

  • 2 - De DMonodBroca  | 12:25 | 8 mai 2012 |

    Pour que le peuple puisse exprimer le pouvoir qui est le sien en régime démocratique, encore faut-il qu’il puisse choisir, encore faut-il que les partis en lisse lui offre une alternative. Ce n’est plus le cas en France. Traditionnellement la gauche c’est le changement et la droite c’est la conservation. Il n’en est plus rien. Droite et gauche se veulent identiquement ennemies du si méprisable immobilisme, identiquement adeptes du si bienfaisant changement, identiquement déterminées à adapter la France, comme elles disent à l’unisson, au « XXIème siècle » et à « un monde qui bouge ». Comment choisir alors, puisque ça revient au même ? Que reste-t-il de la démocratie quand le peuple ne peut plus choisir ? Il y a bien quelques différences entre les recettes de droite et les recettes de gauche, mais les unes et les autres visent au même objectif, « toujours plus », toujours plus de nouveauté et de modernisme, toujours plus de science et de technique, toujours plus d’argent et de confort, toujours plus de consommation, toujours plus de richesse et de force, toujours plus de performance et de réussite… Il conviendrait, pour ranimer la démocratie, que les partis se distinguent à nouveau les uns des autres sur ce point essentiel, que sur l’échiquier politique réapparaisse une alternative véritable, que l’une, droite ou gauche, persévère dans la défense du toujours plus mais que l’autre à l’opposé s’engage résolument dans la défense du moins, avec pour mots d’ordre : frugalité, conservation, persévérance, retenue, effort, manque… Ce renoncement au changement perpétuel, ça, ce serait un changement ! Véritable cure de désintoxication, ce serait un changement oh combien salutaire ! Encore faudrait-il que le peuple puisse choisir une telle voie. Et pour cela qu’elle lui soit résolument proposée.

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    • De Macarel  | 15:02 | 8 mai 2012 |

      Actuellement, l’échiquier politique se divise entre droite et gauche, ou démocrates et républicains comme aux USA. Mais les deux bords sont des adorateurs de la Sainte Croissance du PIB.
      La principale différence - elle n’est pas négligeable pour autant - c’est que normalement la gauche a davantage le soucis de répartir équitablement les fruits de cette croissance, alors que la droite s’ accommode plus des inégalités et de leur accroissement.
      Mais le monde politique et la société en général, n’en sont pas arrivés, et loin s’en faut, à prendre au sérieux la question des limites planétaires, que nous avons d’ailleurs déjà atteintes.
      Comme le dit Pierre Rabhi, il faudra sans doute en arriver à des formes de catastrophes, pour que ces questions s’imposent dans le débat public. Avec l’inconvénient majeur qu’il sera alors bien tard (peut-être trop) pour corriger la trajectoire. La prise de conscience brutale de l’ irréversibilité des processus engagés, risque malheureusement de conduire au chaos.

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  • 3 - De Manso  | 13:09 | 8 mai 2012 |

    Dacord avec M. Rabhi, sauf en ce qui concerne la question démographique. Comment ne pas voir en effet que « c’est la dose qui fait le poison » ?

    Si la population occidentale était moitié moindre, il y aurait (au minimum) moitié moins de problèmes écologiques liés à sa consommation. Et il aurait été possible de stabiliser notre effectif dans l’après guerre, à l’époque où les alertes ont été lancées par les premiers écologistes. Cela n’a pas été fait du fait de la vanité humaine qui visiblement perdure.

    Ne parlons même pas de l’avenir qui se présente sous les plus sombres auspices : un peu plus d’un milliard de sur-consommateurs ont réussi à dérégler le climat. Que va-t-il se passer lorsque nous serons 9 milliards (2050) et même 10 milliards (2100) à revendiquer, fort légitimement, un niveau de vie décent ?

    Répondre

    • De louna  | 14:46 | 8 mai 2012 |

      bonjour,
      j’aime la vision de monsieur Pierre Rabhi..retourner aux choses simples..communiquer devient difficile car on vous demande quel est votre diplôme pour vous exprimer ainsi...je ne suis personne mais je vois que tout le monde ne pense qu’à lui...on pourrait encore utiliser ce que les gens mettent dans les conteneurs mais on ne peut plus aller prendre quelque chose qu’y s’y trouve...les enfants deviennent les objets d’une industrie (crèches et autres) parce que les parents veulent gagner leur vie à deux pour être sûr d’avoir une belle maison, des voitures, de la nourriture à foison, des vêtements hyper chers...de marque..les industries pour le développement de soi sont nombreuses...PAYER pour retrouver votre calme, votre sérénité...achetez tel talisman pour vous protéger...les gens ne sont même plus connectés à leur intuition...ils ont besoin qu’on leur vende du bonheur, du répit..de la spiritualité.ou des remèdes qui soulagent vite..les gens n’ont plus le temps de se remettre en question...ah l’ego...il exagère...
      depuis que j’écoute monsieur Rabhi, je me dis que tout n’est peut être pas perdu..c’est vrai qu’il faudra le temps et sans doute le chaos pour reconstruire une société de valeurs mais merci monsieur, vous me redonnez l’espoir

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  • 4 - De Crapaud Rouge  | 16:34 | 8 mai 2012 |

    La "démesure humaine", évoquée par M. Rabhi, résulte d’une tendance culturelle antédiluvienne qui veut que nous jugions les êtres et les choses comme si on les mesurait par une grandeur. Du côté du bien, (et parfois même du beau), tout ce qui peut être haut, grand, gros, fort, puissant, performant, rapide, visible, riche, croissant, etc... Du côté du mal, tous les contraires de ce que je viens d’énumérer. A partir de ce constat, l’on voit mal comment une économie de la décroissance pourrait s’imposer : il y faudrait une profonde révolution culturelle dont rien, aujourd’hui, n’annonce l’avènement.

    M. Rabhi déplore que l’argent donne tous les droits : mais si c’était au contraire une piste à explorer ? Car si ce pouvoir que confère l’argent était dans les mains de la "société civile", non dans celles de l’état ou de quelques gigantesques entreprises, il en irait tout autrement. Mais l’argent est encore ce qu’il était à sa naissance, vieille de quelques millénaires : un instrument exclusif dans les mains du monarque.

    M. Rabhi explique enfin que : "La vraie puissance est dans la capacité d’une communauté humaine à se contenter de peu mais à produire de la joie." C’est une idée forte, profonde et révolutionnaire. Cette puissance-là n’est pas visible comme celle des grandes entreprises : il faut un complet renversement des valeurs pour pouvoir l’apprécier.

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    • De Eric  | 20:54 | 8 mai 2012 |

      UNE ÉCONOMIE BASÉE SUR LES RESSOURCES

      1 – Dans le cadre d’une économie basée sur les ressources on considère que les ressources, c’est-à-dire les ressources naturelles, les ressources technologiques et les compétences des individus, sont le patrimoine commun de l’humanité et qu’elles ne peuvent donc appartenir à des entreprises privées qui les exploitent (d’une façon aberrante) non pour servir l’intérêt général, mais pour servir leurs intérêts particuliers.

      2 - Une économie basée sur les ressources mettra la science et la technologie au service de l’homme et de son environnement naturel, et non pas du capital et du complexe militaro-industriel puisqu’ils n’existeront plus. Le terme « économie » signifiant étymologiquement
      « administration de la maison », on peut dire que l’économie basée sur les ressources naturelles est une véritable économie, contrairement à l’économie monétaire, cette anti-économie qui non seulement détruit quotidiennement notre maison (la Terre), mais encore oblige la moitié de l’humanité à vivre avec un ou deux dollars par jour, entre autres terribles maux.

      3 - Une économie basée sur les ressources implique une approche cybernétique du « système Terre » afin que les ressources naturelles ainsi que la production et la distribution des biens de consommation soient gérées d’une façon intelligente, synergique et responsable. La
      cybernétique est la science du contrôle des systèmes. Un système cybernétique peut être défini comme un ensemble d’éléments en
      interaction entre eux et avec l’environnement. Il s’agit donc d’un système global intégré. Les interactions entre les éléments consistent en des échanges de matière, d’énergie et d’informations. La cybernétique appliquée au « système Terre » consiste à concevoir un système de mesure des ressources disponibles à chaque instant. En modulant les paramètres de distribution (arrosage, constitution de bassins de stockage, adaptation des canaux de fourniture d’énergie aux villes, etc.) et en adaptant la production à la demande (qui ne sera plus irresponsablement stimulée par la publicité et le marketing), ce système préviendra l’épuisement des ressources naturelles et les dérives des métriques environnementales (composition de l’air ambiant, qualité et quantité des nappes phréatiques, état des sols, état de la fourniture énergétique en temps réel des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, etc.).

      4 - Aujourd’hui, la science et la technologie sont au service d’intérêts privés qui se font stupidement concurrence au lieu de coopérer et, ce
      faisant, nuisent considérablement à l’environnement. Comme l’a si bien dit l’économiste Kenneth Boulding : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Dans une économie basée sur les ressources, les produits seront gratuits mais les gens consommeront beaucoup moins qu’aujourd’hui car la publicité et le marketing n’existeront plus et la production des biens de consommation ne sera plus soumise aux règles environnementicides que sont l’obsolescence programmée et l’obsolescence perçue. Les produits auront pour la plupart la même durée de vie que leurs détenteurs et les déchets seront recyclés. Aussi l’abjecte société de consommation (nous vous invitons à lire « La société de consommation », essai de Jean Baudrillard) fera-telle place à la société de la conscience.

      5 - Une économie basée sur les ressources implique l’abolition de l’anachronique système monétaire, de sorte que tous les habitants de la planète seront libres, égaux en droits et fraternels. Il n’y aura donc plus ni riches ni pauvres. Dans l’économie monétaire, les droits des citoyens sont proportionnels à leurs revenus. Nous parlons bien sûr des droits économiques qui sont beaucoup plus importants que les droits civiques, puisque les citoyens exercent ces premiers quotidiennement. Par ailleurs, comme il suffira de se munir d’une simple carte d’identité pour se rendre à l’étranger et que les moyens de transport seront gratuits, les échanges culturels internationaux s’accentueront tant et si bien que les identités nationales et régionales s’en trouveront enrichies.

      6 – Aujourd’hui, les citoyens votent pour des privilégiés qui défendent les intérêts de la classe sociale ou de la caste à laquelle ils appartiennent ainsi que les intérêts des banques et des entreprises multinationales. Dans une économie basée sur les ressources, il n’y aura plus de partis politiques car ces derniers, outre l’immaturité et l’étroitesse d’esprit qu’ils dénotent chez les individus, sont indissociables de l’existence du système monétaire et des classes sociales. La politique aura donc pour seul objet de gérer au mieux la cité (ce sera une politique au sens étymologique du terme et non plus une politique partisane ou politicienne) et non plus de promouvoir des intérêts de caste.

      7 – Les équipes interdisciplinaires constitueront l’institution clé de l’économie basée sur les ressources. On peut imaginer qu’il y aura une équipe interdisciplinaire dans toute ville d’au moins 50 000 habitants. Des scientifiques spécialistes des sciences exactes et des sciences humaines en feront partie. Ces équipes interdisciplinaires contrôleront les systèmes cybernétiques, assureront leur évolution et décideront par vote des choix de société qui seront ensuite validés ou non par le peuple (le recours au référendum d’initiative populaire sera fréquent). Toute personne pourra accéder à l’information et, sous condition de compétence, intégrer une équipe interdisciplinaire. Les membres des équipes interdisciplinaires seront des hommes et des femmes politiques dignes de ce nom.

      8 - Aujourd’hui, tous les pays qui prétendent être des démocraties (gouvernement par le peuple) sont en vérité des ploutocraties
      (gouvernement par les plus fortunés ; une ploutocratie est évidemment une oligarchie), et ce, pour deux raisons principales : les citoyens ne
      sont pas égaux en droits et le peuple n’est pas un, mais divisé en plusieurs peuples qui luttent les uns contre les autres. C’est bien sûr le peuple des riches qui domine les autres. Les soi-disant représentants du peuple (en réalité, ils représentent les intérêts des oligarchies financière et industrielle) appartiennent pour la plupart au peuple des riches et ne sauraient par conséquent défendre les intérêts des membres des autres peuples ou classes sociales. Étant donné que les médias de masse sont la propriété des puissants, ils sont obligés de faire croire à l’opinion publique que nous sommes en démocratie.

      9 - Dans une économie basée sur les ressources, les propositions élaborées collectivement et avec l’aide de l’outil informatique prévaudront sur les opinions individuelles. Les membres des équipes interdisciplinaires auront des compétences scientifiques et sociales qui dépasseront de très loin celles des actuels soi-disant représentants du peuple mais, contrairement à eux, ils ne jouiront d’aucun privilège et seront contrôlés par le peuple.

      10 - Dans une économie basée sur les ressources, les tâches non gratifiantes seront accomplies par des machines, si bien que les individus travailleront pour se réaliser et servir l’intérêt général et non pour subsister ou s’enrichir. La motivation financière avilit l’homme. Aujourd’hui, les êtres humains sont pour la plupart des aliénés car ils sont contraints d’exercer des activités qu’ils n’aiment pas pour subsister. En outre, ils ne peuvent pas servir l’intérêt général de la planète étant donné que la lutte pour la subsistance les oblige à ne se soucier que de leur intérêt personnel. Très peu d’entre eux ont conscience que c’est en servant l’intérêt général qu’on sert le mieux son intérêt personnel.

      Si vous souhaitez en savoir plus sur l’économie basée sur les ressources, nous vous invitons à visiter le site Internet de l’association Resource Based Economy Human Project (R.B.E.H.P.) : http://www.rbehpfr.org/naissance-re...

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      • De Enoch  | 13:28 | 9 mai 2012 |

        Dans l’absolue vos idees sont interessantes mais je ne sais pas si c’est le style ou si c’est le fond de votre pensee mais il y a un tel dedain des autres et meme une pointe de haine envers les hommes.

        Moi, je ne concois pas de systeme n’ayant pas pour base l’amour.

        Notre monde va s’ecrouler, les gens ne veulent pas de moins !

        Ils ne veulent pas de changement radicale. Laissons les etres fou ! La planete se moque de nos folies, elle a vu bien pire que l’humanite dans son histoire.
        Si nous disparissons, ce ne sera pas si grave !

        Pour moi, c’est retour aux communautes enracines et laissons les villes dans leurs plaisirs Samsariques. Lorsque l’effondrement et les violences surviendront alors il faudra survivre.
        Ensuite nous reconstruirons avec les survivants et puis nous referons des erreurs encore et encore jusqu’a notre disparition.
        99,9 % des especes ont disparus sur terre, nous n’echapperons pas a cette regle.

  • 5 - De DS0167  | 09:46 | 11 mai 2012 |

    Un Grand Monsieur que j’aimerais voir Président du Monde ! ou à minima à la droite (ou la gauche !) de ceux qui nous dirigent aujourd’hui...

    Bref, merci, il est toujours bon de savoir que des gens comme Monsieur Rabhi existent et que leur parole dépourvue de haine peut être transmise... et qui sait un jour appliquée.

    Répondre

    • De Eric  | 20:43 | 11 mai 2012 |

      Il est regrettable que comme la plupart des gens M. Rabhi n’ait pas conscience que les produits seraient en libre accès dans un monde débarrassé du fléau monétaire et régi par une économie basée sur les ressources (voir trois posts plus haut). Le troc n’est pas l’unique alternative au délétère et anachronique système monétaire. Par ailleurs, l’argent n’a jamais "régulé le bien-être" mais a toujours été la racine d’une multitude de maux que dénonce M. Rabhi.

      Quant à la science et à la technologie, il semble que M. Rabhi n’ait pas conscience qu’elles ont été dévoyées par le système monétaire et que dans un monde non-monétaire, elles seraient au service exclusif de l’homme et de son environnement.

Curieux...

Par Le 11/05/2012

Le 22 mars, il y a eu 187 visiteurs sur mon blog et 1235 pages lues.

C'était le jour où j'ai commencé à parler de Mohammed Mehra sans que je n'ai cité son nom.

Les deux jours suivants, les visites ont diminué mais le nombre de pages lues étaient très élevés.

Les robots étaient programmés pour trouver les mots : meurtre, assassinat, Toulouse, scooter, minute de silence, terrorisme, tuerie, juif, école, enfants etc etc...

Ce nombre de visites et de pages lues ne s'est pas reproduit ensuite. Dans le graphe des statistiques dont je dispose, c'est très impressionnant...Il ne pouvait s'agit des lecteurs habituels, l'affluence était beaucoup trop inhabituelle pour ça.

Terrorisme, Al Qaida, Ben Laden, Kadhafi, Sarkosy, attentat, corruption, fascisme, nazi, bombe, Islam, mosquée, scooter, militaire, Irak, Afghanistan, Iran, bombe nucléaire, avion, tours, centrales nucléaire, détournement d'argent, banque centrale, FMI, Grèce, Révolution populaire, dette, corporatisme, collusion entre états et banques, Goldman Sachs, Georges Bush, les "Faucons", Francs maçons, Bilderberg, Illuminati etc etc etc etc etc 

Amusez-vous les robots. Je vous emmerde.

Etienne Chouard : sur Hugo Chavez

Par Le 11/05/2012

Il ne passera jamais à la télévision cet homme-là...

Pour comprendre ce qui est possible

Par Le 11/05/2012

et que les politiques et les financiers ont rendu impossible.

Socialistes, UMP et autres étiquettes à fond dans le même système. Faut pas se leurrer...

Les gens qui sont censés respecter la Constitution sont ceux qui l'écrivent...Totalement absurde.

Le despotisme démocratique

Par Le 11/05/2012


http://www.philolog.fr/le-despotisme-democratique-tocqueville/

Le texte de la vidéo s'y trouve.


http://www.marianne2.fr/La-France-du-pays-de-Cocagne-au-despotisme-democratique_a210892.html

Le prof de philo Bernard Vasseur interroge les consciences sur l’émancipation humaine dans son essai « La démocratie anesthésiée », dont le seul titre, péremptoire, annonce la couleur. Communiste, Vasseur explore le nouveau visage du politique et conclut à une entrée dans un « âge post-démocratique » qu’il appelle aussi, en reprenant un concept de Tocqueville, un « despotisme démocratique ».

La France, du pays de Cocagne au despotisme démocratique ?
Despotisme ? « A peine lâché, le mot fera naturellement frémir d’indignation », concède d'entrée l’auteur, pour mieux cadrer son propos : le despotisme dont il est question ici est d’un genre nouveau. Rien qui ne corresponde aux figures antiques, et désormais obsolètes du « tyran », du « dictateur » ou du « despote ». Pas de schlague ni de férule ici, non. Un despotisme « tranquille et doux », « cool et kiffant », tout aussi efficace, mais plus insidieux que son lointain prédécesseur.
 
Bernard Vasseur assied sa réflexion sur les apports des philosophes, au premier rang desquels Alexis de Tocqueville, dont il reprend le concept de « despotisme démocratique » pour l’opposer à l’un des créateurs de la doxa libérale, Benjamin Constant, tant elle domine, écrit-il, « encore puissamment les idées courantes de notre temps. »

Le théâtre politique autour de « l’emploi »

Trois thèmes nourrissent son raisonnement : le travail, l’économie, la démocratie. Le travail, donc. L’auteur s’étonne de voir ce mot sinistré du débat politique et refoulé par le discours officiel et médiatique sur « l’emploi ». La gauche et la droite, note-t-il, « rivalisent d’ardeur pour promouvoir d’emploi ». Mais quand la droite au pouvoir cherche à faire oublier son bilan calamiteux en allumant des contrefeux sécuritaires (les banlieues, la délinquance, la burqa, les musulmans et les mosquées, les « Roms » etc.), la gauche de gouvernement, elle, reste focalisée sur la nécessité d’une « transformation sociale », toute impuissante qu’elle est à changer la nature et les conditions de la « guerre économique ». Elle s’est laissée aller, critique-t-il, à « un climat », à « une mode », par des analyses des transformations en cours de la vie économique et sociale (« la société post-industrielle », « la société des loisirs ») au point d’ignorer les attentes et les angoisses liées au travail.
 
Et donc, déplore Vasseur, plus un mot sur le travail humain. A l’exception près de la campagne de Sarkozy en 2007, « menée tous azimuts pour capturer des électorats composites », lorsque ce dernier écumait les usines pour saluer « la France qui se lève tôt », la pudeur des ouvriers, le goût et « la fierté du travail bien fait », jusqu’au fameux « travailler plus pour gagner plus » largement entendu de l’opinion. Et Sarkozy, le soir même de son élection, d’aller fêter ce « hold-up » au Fouquet’s avec ses copains milliardaires… (sa description nerveuse de l’ère Sarkozy, celle de « la réussite qui se montre et s’étale en parfaite impudeur », se veut ironique : « du pipole comme s’il en pleuvait ! »).
 
« L’expérience ouvrière se heurte aujourd’hui à la philippique managériale de l’emploi », reprend l’auteur. Le chômage reste un moyen de peser sur les conditions de travail et les salaires, le sauve-qui-peut de l’emploi à n’importe quel prix remplace la mise en valeur du travail, l’économie et « l’Empire du management » dictent leur loi tandis que les vrais « maîtres », les actionnaires, sont passés à l’extérieur de l’entreprise, et devenus insaisissables ! « Tout se brouille : on ne sait plus s’il faut toujours se battre et contre quel adversaire. Fin de la sempiternelle lutte des classes ! Un autre mot désormais tabou, exclu, usé, fini. »
 
Aussi conclut-il, invoquant Tocqueville, que « l’aristocratie industrielle succède à l’aristocratie fondée sur la naissance », que le despotisme contemporain s’insinue dans le travail, « qui est organisé en lui-même de telle façon qu’il « tienne » le peuple au corps, dans l’usure physique, dans la soumission, dans l’angoisse et la crainte, dans le stress et parfois le désespoir. »

Comment l'économie impose son scénario et ferme l’horizon

Cette réduction du travail à l’emploi résulte selon lui d’une science, l’économie politique, qu’il entreprend de critiquer en revisitant Adam Smith et Karl Marx. Ce refoulement du travail, la disparition de la « classe ouvrière » et du « prolétariat » dans les années 80 saluée comme « le dépassement d’un archaïsme et d’une mythologie périmée », Vasseur l’interprète par le passage de l’économie politique à l’« économie » tout court, qui sous la pression des intérêts financiers, est devenue une fin en soi.
 
Bernard Vasseur scrute les non-dits de l’économie (l’accumulation du capital notamment), toujours animé par la « stratégie du soupçon » qu’avaient développée en leur temps des penseurs comme Marx, Nietzsche et Freud. Les réflexions d'autres intellectuels, plus contemporains, étayent son raisonnement : entre autres Emmanuel Todd sur la globalisation, Jacques Rancière sur les pouvoirs de la naissance et de la richesse.
 
« L’économie, écrit-il, se change en « économisme » pour établir son « pouvoir absolu et solitaire ». Elle dit la loi du monde et impose son règne aux consciences. Destin irrépressible : il faut s’y soumettre ! Impossible pour les Etats d’ignorer ses lois. »


Heureusement, pour oublier, il y a les loisirs ! Ah, le temps des loisirs (contraints) pour « s'éclater », « ne pas se prendre la tête », « kiffer »… L’auteur livre un diagnostic décapant sur la « société de loisirs » en montrant comment tout est fait pour que « les hommes courent vers leur servitude comme s’il s’agissait de leur salut » (Spinoza). La « servitude volontaire » de La Boétie n'est pas loin.

Le divertissement a pris le pas sur la culture, note le prof de philo, qui passe au crible la « fabrication » de consommateurs (le désir étant replié sur le marché, l’achetable, la marchandise), le marketing et les « industries culturelles », en même temps que les pièges de l’endettement et de « la vie à crédit ».
 
Dans son quatrième et dernier chapitre, Vasseur déjoue « La comédie démocratique », en montrant d'abord combien la démocratie, honnie pendant des siècles, se conjugue mal dans son histoire avec « la représentation » et la confiscation du pouvoir par des professionnels de la vie politique. Il souligne aussi les vraies raisons (politiques) de la mise en cause de la « démocratie sociale » et du « modèle social » français, avant d’alerter sur l’obsession de la « gouvernance », venue cacher le renoncement au partage des pouvoirs.

Parce qu'elle anime aussi la comédie démocratique, la télévision, cet « appareil d'assentiment », fait l'objet d'une longue critique par Vasseur, qui n'entend plus seulement dénoncer « la société du spectacle » de Debord, le problème étant désormais plus large. Dans le sens où la télé d'aujourd'hui, outre son mépris et son arrogance pour des téléspectateurs forcément inaptes à la raison et à l'intelligence, « joue à informer, mais ne fait que vendre des produits ». L'auteur enfonce le clou : « La télévision transforme le « citoyen » en « consommateur », et le politique en marchand de « produits miracles » qu'il s'applique à vendre de son mieux, avec le discours emprunté à la séduction publicitaire. »

« Tout est sous contrôle »

Bernard Vasseur, qui a exercé d'importantes fonctions au sein de la direction nationale du PCF (il fut assez proche de Robert Hue dans les années 1990), voulait que son ouvrage soit accessible à tous. Le message doit donc être clair : « Tout est sous contrôle : travail, désirs, affects, imaginaire, conscience, mais tout est fait pour vous donner le sentiment de votre puissance, de votre capacité à décider par vous-même, à être le seul et véritable auteur de votre vie. »
 
Au final, son essai, enchâssé de références philosophiques, littéraires et politiques qui l'orientent, accouche d'une pensée critique et radicale de la démocratie. Et Vasseur de conclure que, sans que l’on n’y prête attention, en trente ans, le projet émancipateur fondé sur la capacité des êtres humains à se libérer de leurs servitudes s’est peu à peu effacé - « anesthésié au nom de la modernité ». De quoi nourrir le débat politique de la gauche  à l'aube de la campagne présidentielle.

Décroissance.org

Par Le 10/05/2012

Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

Kenneth Boulding (1910-1993), président de l'American Economic Association.

 

 


 

 

Comment démolir le portrait d'un objecteur de croissance candidat à la présidentielle

 

Par Gwenael De Boodt

http://www.decroissance.org/


Il s’agit de la critique d’un article paru dans Libération du 27 Février 2012 dans la rubrique « Portrait » sous la plume de Laure Noualhat. Sujet de ce « portrait », Clément Wittmann, candidat du Parti des Objecteurs de Croissance à la présidentielle, en plus d’être traité de manière discriminatoire en regard des candidats « élus » des médias, fait l’objet d’insultes à peine masquées.


Un « PORTRAIT » pour saper les idées
En premier lieu, à part une courte mention dans ce même journal il y a quelques mois, le programme et les idées politiques portées par Clément Wittmann n'ont jamais été mentionnées dans les pages consacrées à l'actualité politique depuis le début de la campagne présidentielle. En le reléguant dans les colonnes d’un « portrait », la rédaction l'exclut du débat d'idées, pour en faire un personnage quasi-romanesque propice à satisfaire les appétits d'exotisme de son lectorat.


De l’insulte à l’escroquerie
D’emblée, la légende de la photo, imprimée en très gros caractères, de façon à la faire passer pour un sous-titre, dénie toute importance au candidat par le truchement d’un oxymore pour le moins dévalorisant : « Ce nano-prétendant à l’Elysée…». Ce qui sonne comme « ce nain prétentieux » renvoie non seulement à l’image de Sarkozy tant affectionnée jadis par les caricaturistes mais élimine d’emblée les élans de sympathie que peuvent provoquer des termes moins insultants comme « petit candidat » ou simple « prétendant ». Passons sur « Ce nostalgique de la ruralité… » qui aurait pu être présenté comme son « promoteur » dans l’optique d’une redécouverte et d’un renouvellement de cette ruralité plutôt que d’une « nostalgie » dont l’étymologie désigne un comportement maladif. Enfin, le sous-titre se clôt sur une déformation malhonnête de l’idée maîtresse du candidat : « la décroissance » à laquelle la journaliste adjoint l’épithète « environnementale », ce qui, en plus de vider « la décroissance » du sens politique acquis par sa présence active dans le débat sociétal et écologiste depuis plusieurs dizaines d’années, l’investit d’un sens contraire à l’écologie en jouant sur l’imprécision du mot « environnement » en termes de nature et de culture.


Laure Noualhat


L’ « austère et le bigot » contre la tendance « humaniste »
Plus loin dans l’article, les« Attentes de l’auditoire acquis à sa cause sont plus vertébrées que ne le sont ses réponses. »

Est-ce un signe particulier du candidat Clément Wittmann que de s’exprimer devant des auditoires « acquis à sa cause » ? A-ton vu Hollande ou Sarkozy hués, voire contredits, dans leurs meetings ? Non. Par contre, si les médias faisaient leur travail, eux qui se gargarisent d’agiter les opinions et de porter le débat sur la place publique, Clément Wittmann aurait été depuis longtemps mis en situation de débattre avec un panel de lecteurs et avec d’autres candidats. De plus, si les attentes de l’auditoire sont ici plus « vertébrées » que celle du candidat, c’est que la culture politique et le projet de la décroissance, loin de se laisser vider de son sens par des stratégies électoralistes intéressées et de se plier à la démagogie, repose sur des convictions nourries par un débat perpétuel au sein du mouvement.de la décroissance, qui jusqu’à maintenant, ne distinguait ni base ni tribuns. Il fallait donc bien rapporter les querelles qui divisent désormais le mouvement de la décroissance et s’y affichent. Ce que fait la journaliste, mais elle se complaît dans leur description, toujours au détriment du portraitisé, dont elle fait le chantre de la tendance « austère et bigote » contre celle « humaniste » d’un certain politologue. Il s’agit sans aucun doute de Paul Ariès dont elle tait le nom par mesure de rétorsion contre toutes les années qu’il a passées à écrire dans le journal « La Décroissance », mensuel sans publicité, virulent dans ses critiques contre les accointances entre la publicité, le pouvoir financier et les médias. Les poussées d’égo mises en cause du côté de Clément Wittmann par la journaliste sont-elles insoupçonnables dans la faction de la décroissance qui a choisi de se rassembler derrière d’autres mouvements du champ électoral ? Y-aurait-il une grande humilité partagée dans la tendance dite « humaniste » qui, à l’image de la presse, ne serait que l’accoucheur du politique, sans volonté de pouvoir ?


Paul Ariès

A l’instar de la journaliste, le politologue en question apparaît ainsi dans l’article infiniment plus sage et plus sérieux que Clément Wittmann. C’est d’ailleurs « un observateur de la politique » comme son nom l’indique. L’article ne dit pas qu’en tant que professionnel, il demande à être payé pour ses interventions publiques. Si la journaliste lui accorde une certaine crédibilité au travers de l’ « humanisme » de sa faction, c’est parce qu’il est « de gauche » et qu’à l’occasion, il servira l’union sacrée et le PS face à Sarkozy (en plus il est rédacteur en chef d’un journal d’opinion plus mesuré dans ses propos que « La Décroissance »).


La question du bonheur
Pour conclure son article, la journaliste, après avoir précisé que si l’auditoire des militants écolos ou d’extrême gauche est déjà convaincu par la Décroissance, il l’est moins par Clément Wittmann, fait dire à l’un d’entre eux : « C’est étonnant, vous ne parlez jamais de bonheur ». A-t-on jamais rapporté de pareils propos au sujet des autres candidats qui, pourtant, ne parlent pas plus de bonheur que Clément Wittmann ? Pourquoi faudrait-il, et spécialement chez Clément Wittmann, que les questions d’égalité, de justice, de fraternité, de liberté cèdent leur prérogative en politique à celle du bonheur ?

Les journalistes ont-ils fait remarquer des autres candidats qu’ils ne parlaient jamais de paix ou d’inégalité planétaire, contrairement à Clément Wittmann ?

Ce que cache cette conclusion, et que ne devrait pas ignorer la journaliste si elle était consciencieuse, c’est que la division qui s’opère dans le mouvement des objecteurs de croissance est électorale avant d’être idéologique et que les débats concernant la gratuité et le revenu garanti sont loin d’être clos, de même que celui de la compromission admissible ou non avec les partis productivistes.

Pouvoir politique

Par Le 10/05/2012

Exemples du "pourquoi" de la dette. Dans le cas présent, c'est en Espagne. C'est évidemment identique dans les autres pays de l'UE. Gestion inexistante.

En Espagne :

- une mairie de la Province de Guadalajara a obtenu 7058 ans pour rembourser sa dette

- 2000 mairies en situation d'impayés n'ont présenté aucun plan de paiement

- des notes internes distribuées aux banques demandent à créer des fiches de paie fictives rétroactives pour justifier des dépenses d'exploitation

- un village de 5000 habitants (Muela) subventionnait à hauteur de 600 K€ chaque voyage de ses habitants au Brésil, à Cuba, au Mexique ... Ce même village a construit en moins de 10 ans un centre sportif pour 20 M€, 3 musées pour 6 M€, un auditorium pour 3 M€, des arenes pour 2 M€. Aujourd'hui, tout est fermé et à l'abandon

- l'Espagne a le parc d'autoroutes payants le plus important du monde derrière ... les USA et la Chine. L'autoroute payante Madrid-Tolède a coûté 400 M€ et était prévue pour 20.000 véhicules/jour ; elle en accueille moins de 2000/jour. Tout simplement parcequ'il existe une autoroute en parrallèle qui est ... gratuite !

- Le projet de méga-stade de Valence a coûté 400 M€ et est aujourdh'ui à l'abandon ...

- L'Espagne a le plus grand nombre d'aéroports d'Europe avec 49 devant la GB (33), l'Allemagne (24) et la France (23). L'aéroport de Burgos a coûté 45 M€ en investissement et coûte 15 K€ par jour en fonctionnement pour ... 1 vol commercial par jour et 30 passagers (au lieu des 1300 prévus). De plus le billet Barcelone-Burgos (le seul vol existant) coûte 60 € aller-retour, la ville et la région de Burgos subventionnant 160 € (prix réel : 220 € !). Même chose pour Huesca (0 vols commerciaux pour 40 M€), Castellone, ... Anecdote : la plupart des aéroports sont baptisés par l'Église Catholique !

- l'Espagne est le second pays au monde pour le nombre de véhicules officiels blindés (coût jusqu'à 400 K€)

- La Cité de la Culture a coûté 300 M€ à la région de Galice pour aujourd'hui être complètement à l'abandon

Alors quand on parle de le dette immobilière en Espagne "sensible" pour 200, 250 ou 300 milliards €, on oublie de parler des dettes des collectivités publiques ...Grèce, Portugal, Italie et France dans le peloton de tête avec l'Espagne. La solution ? Arrêter de laisser des "dirigeants" mélanger les intérêts privés avec l'argent public. C'est à dire moraliser la sphère politique et financière. Euh...Quelqu'un a une autre solution?...Ah oui, arrêter de leur donner "notre "pouvoir. Un homme ou une femme élu n'a pas "le pouvoir", il a obtenu le droit d'user du nôtre pour le bien de tous. Et pas seulement pour ceux qui ont voté pour lui ou pour elle. Par là même, cette personne a perdu son "pouvoir" d’œuvrer à ses propres intérêts. Il doit œuvrer pour la communauté. Autant dire qu'on travaille à l'envers...

En même temps, la population est responsable de cet état car elle cautionne les dépenses pour lesquelles elle voit un intérêt personnel. Tant qu'on fonctionnera de cette façon, avec ce regard communautaire, voire individualiste, les politiciens et les financiers en useront puisqu'ils se sentiront soutenus. Et rien ne sera possible sur le long terme.

Krishnamurti : Crise de conscience.

Par Le 08/05/2012

"Ce ne sont ni la politique, ni les religions en place, ni l’accumulation de connaissances scientifiques qui vont résoudre nos problèmes — pas plus que les psychologues, les prêtres, les spécialistes.

La crise, elle est dans notre conscience, c’est-à-dire dans notre esprit, dans la manière que nous avons de considérer le monde sous un angle étriqué et limité.

C’est là qu’est la crise.

L’esprit humain a évolué sur des millions et des millions d’années, il est conditionné par le temps et l’évolution.

Un esprit conditionné de la sorte, avec la conscience étroite, limitée, exclusive qui est la sienne — considérant la crise qu’il traverse dans le monde actuel — peut-il jamais être changé ?

Peut-il amener un changement radical au sein de ce conditionnement ?"

Krishnamurti à Ojai le 9 mai 1981.

Au cœur du problème.

Par Le 08/05/2012

La définition du cœur est complexe.
Pendant longtemps, les scientifiques l’ont défini uniquement comme un muscle ; le cerveau contrôlant tout le corps et le cœur n’étant qu’une pompe faisant circuler le sang. Puis, tout en gardant les propriétés d’un muscle, le cœur a été considéré comme une glande secrétant des hormones. Récemment, de nouvelles fonctions lui ont été attribuées par la découverte de neurones à l’intérieur de celui-ci. Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre, sans pour autant chercher à en donner une nouvelle interprétation.
En effet, d’un point de vue scientifique, nous savons maintenant qu’il existe une communication entre le cœur et le cerveau. Elle est en fait un dialogue dynamique, continu et bidirectionnel, chaque organe influençant continuellement la fonction de l’autre.

Le cœur communique avec le cerveau et le corps de quatre façons :
Communication neurologique (système nerveux)
Communication biophysique (pression des ondes)
Communication biochimique (hormones)
Communication énergétique (champs électromagnétiques)
Cette nouvelle évidence scientifique montre que le cœur utilise ces méthodes pour envoyer à notre cerveau d’importants signaux émotionnels et intuitifs. En accord avec cette compréhension du cœur en perpétuelle communication avec le cerveau, les scientifiques découvrent que nos cœurs pourraient être en fait la « force intelligente » derrière les pensées intuitives et les sentiments que nous éprouvons. Brièvement, voici la description des différents modes de communication.

1- Communication neurologique
Les neurologistes ont découvert qu’il y a plus de 40.000 cellules nerveuses (neurones) dans le cœur seul, ceci signifie que le cœur a son propre système nerveux indépendant, parfois appelé le cerveau dans le cœur.
Actuellement on considère que le nombre de connexions entre les neurones détermine l’efficacité du cerveau ; plus il y a de connexions, plus le cerveau est performant.

Il existe donc de sorte un cerveau dans le cœur. Quel est son rôle exactement ? Tout reste à découvrir, des recherches sont réalisées dans ce sens.

Deux études centrées au départ sur les interactions neurologiques démontrent que les signaux afférents que le cœur envoie au cerveau durant les émotions positives peuvent modifier activement le cerveau de plusieurs façons. Nous savons donc maintenant que le cœur a une influence sur le cerveau.
2- Communication biophysique
Un rythme cardiaque cohérent conduit à augmenter la synchronisation cœur-cerveau. Plus le cœur bat régulièrement, plus le cerveau est performant au niveau des fonctions de l’esprit (perception, langage, mémoire, raisonnement, décision, mouvement...).
3- Communication biochimique
Le cœur est la glande endocrine la plus importante du corps. En réponse à notre expérience du monde, il produit et libère une hormone majeure FAN - Facteur Atrial Natriurétique - qui affecte profondément chaque opération du système limbique, ou ce qu’on réfère comme étant le « cerveau émotionnel ». Le lien entre nos émotions et le cœur est ainsi dévoilé. On ressent les émotions au niveau du cœur, pourtant c’est au niveau du cerveau qu’elles sont gérées.
4- Communication énergétique
La communication énergétique du cœur est référée sous l’expression communication cardio-électromagnétique. Le cœur est le plus puissant générateur d’énergie électromagnétique dans le corps humain, produisant la plus grande partie du champ électromagnétique rythmique des organes du corps.
Cela signifie que le cœur a une grande influence sur les autres organes du corps.
Le champ électrique du cœur est environ 60 fois plus important en amplitude que l’activité électrique générée par le cerveau. Pourtant le nombre de neurones dans le cœur est nettement inférieur à celui dans le cerveau (40.000 neurones dans le cœur contre environ 100 milliards de neurones dans le cerveau).
Le cœur a un champ d’énergie électromagnétique 5.000 fois supérieur à celui du cerveau et ce champ peut être mesuré avec un magnétomètre jusqu’à 10 pieds au-delà du corps.
Une certaine recherche suggère que le champ du cœur est un porteur important d’informations. Les signaux électromagnétiques générés par le cœur transmettent une information qui peut être reçue par les autres et ont la capacité d’affecter les autres autour de nous.

Lorsque les gens sont touchés ou sont à proximité, le signal des battements du cœur est enregistré dans les ondes du cerveau de l’autre personne.
L’influence d’une personne sur une autre serait donc expliquée par un phénomène physique. Le cœur exerce sur son environnement une influence que l’on ne peut négliger.

La science avancera dans sa voie rationnelle et la spiritualité continuera à oeuvrer dans son espace. Dans dix mille ans, on en saura davantage.

Mon cher frère...

Par Le 06/05/2012

Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de la punition? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son industrie...

En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.

Il n'en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n'as pas la liberté de faire ce que tu as dans l'esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d'une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N'est-ce pas vrai ?"

Kondiarionk, chef Huron, s'adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve

Surdoué. Intellectuellement précoce. Haut Potentiel.

Par Le 05/05/2012

Jeanne Siaud-Facchin

"Etre surdoué ne signifie pas être plus intelligent que les autres, mais fonctionner avec un mode de pensée, une structure de raisonnement différente. L'intelligence de l'enfant surdoué est atypique. C'est cette particularité qui rend souvent difficile son adaptation scolaire, mais aussi son adaptation sociale. C'est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité."


Psychologue-clinicienne, spécialiste des surdoués, Jeanne Siaud-Facchin a été membre du laboratoire d'exploration fonctionnelle cognitive de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, puis attachée à l'Unité d'adolescents du Pr Rufo, à l'hôpital de la Timone à Marseille.
Depuis une dizaine d'année, elle s'occupe des personnes surdouées, plus particulièrement des enfants. Elle a créé en 2003, à Marseille, CogitoZ, le premier centre français consacré à la prise en charge des troubles de l'apprentissage. Dans son cabinet, elle reçoit les familles, fait passer des tests de QI, explique aux parents les particularités de leurs enfants et les conseille. Jeanne Siaud-Facchin voit des enfants qui souffrent et elle juge ceci inacceptable : elle sait qu'un enfant surdoué peut être heureux et équilibré si on sait s'en occuper.
Elle a publié chez Odile Jacob en 2002 "l'Enfant surdoué, l'aider à grandir, l'aider à réussir", en 2006 "Aider l'enfant en difficulté scolaire" et, en 2008, "Trop intelligent pour être heureux ? L'adulte surdoué"

Elle a également postfacé "Trouble Tête" de Mathilde Monaque, témoignage sur la dépression écrit par une adolescente surdouée.




L'interview de Jeanne Siaud-Facchin dans "La Recherche" de décembre 2004 : « Un QI élevé peut cacher une fragilité ».


Jeanne Siaud-Facchin, "L'Enfant surdoué, l'aider à grandir, l'aider à réussir", Odile Jacob, 9/2002, collection "Guide pour s'aider soi-même", ISBN 2-7381-1159-9, environ 20€.

Quelques extraits:
"Etre surdoué, c'est penser dans un système différent, c'est disposer d'une forme d'intelligence particulière. C'est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité."

Particularités sur le plan affectif ...
"... être d'une sensibilité extrême, muni de multiples capteurs branchés en permanence sur ce qui l'entoure .... capacité étonnante de ressentir avec une grande finesse l'état émotionnel des autres. Véritable éponge, l'enfant surdoué est, depuis toujours, littéralement assailli par des émotions, des sensations, des informations multiples qu'il lui est le plus souvent difficile de vivre, d'intégrer et d'élaborer."

Pourquoi est-on surdoué ?

"... composante génétiquement programmée ... mais pas programmable ..."
"... ne peut jamais s'acquérir ... On l'a ou on ne l'a pas, c'est tout ... "

L'hypersensibilité

"...  s'observe chez tous les enfants surdoués. Elle est plus ou moins perceptible selon les aménagements effectués par l'enfant, ...
" ... est à la fois un atout, par la finesse perceptive de l'environnement qu'elle permet, mais aussi une source de souffrances et de blessures affectives.
L'enfant surdoué, branché en permanence sur son environnement affectif, sur le monde émotionnel, est constamment bombardé d'informations sensorielles, assailli de messages affectifs."

Perception sensorielle exacerbée (= "hyperesthésie")

Vue: voit/retient mille et un détails
Ouïe: récolte en même temps des informations diverses en provenance de sources multiples.
Odorat: distingue un grand nombre d'odeurs (même quasiment pas perceptibles)
Goût: différencie des saveurs très proches, souvent gastronome.
Toucher: réactivité tactile très élevée, aime/recherche le contact physique, indispensable à son équilibre affectif.

La suite dans le bouquin.


L'interview de Jeanne Siaud-Facchin sur le site de ça se discute (émission du 9 avril 2003 : "Génies et surdoués : sont-ils condamnés à vivre dans un monde à part ?")
Ecoutez Jeanne Siaud-Facchin (MP3-4,5MB!) décrire l'enfant surdoué chez Jean-Luc Delarue ("Ca se discute")
Transcription pour les connexions lentes :

Delarue : "Jeanne, vous êtes psychologue-clinicienne, attachée à l'Unité d'adolescents de l'Hôpital de la Timonne à Marseille, où vous vous occupez plus particulièrement d'enfants et de personnes surdoués. Comment réagissez-vous à ce qui a été dit jusqu'à présent, sur le QI qui n'est pas quantifiable, etc ?"

Jeanne Siaud-Facchin (JSF) : "Il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire; le QI, pas quantifiable, bien sûr, c'est vrai, on ne mesure pas l'intelligence; les tests de QI ne visent pas à mesurer l'intelligence, mais à évaluer le fonctionnement intellectuel d'un enfant, simplement pour pouvoir le comparer et avoir un indice diagnostique. Un QI ne "fait" pas un diagnostic : on parle d'abord d'un enfant et il me paraît incontournable d'avoir une approche globale de l'enfant et de bien comprendre quel est le sens, et la place, de cette particularité intellectuelle dans la dynamique globale de l'individu.

Mais c'est vrai que d'avoir un QI élevé, c'est, d'abord et surtout, pas tellement être quantitativement plus intelligent que les autres, mais surtout, je crois, avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel, càd avoir une forme d'intelligence différente, un système de pensée qui est très différent, qui décale beaucoup par rapport à l'école et qui explique d'ailleurs les difficultés scolaires que rencontrent beaucoup de ces enfants à l'école.

Mais c'est aussi et surtout une hypersensibilité, une hyperaffectivité extrêmement envahissantes, et qui marquent considérablement la personnalité :
- ils voient ce que d'autres ne voient pas,
- ils perçoivent ce que d'autres ne perçoivent pas,
- ils ressentent avec une force inouïe les émotions environnantes
et ça leur donne une forme de lucidité exacerbée sur le monde, qui peut être extrêmement douloureuse ..."

Claude Hagège : "L'hémisphère droit !"

JSF : Oui, de toutes façons, l'hémisphère droit; on sait à quel point les enfants surdoués effectivement fonctionnent beaucoup en activant leur hémisphère droit, avec toute la créativité, toute l'intuition que ça suppose, mais aussi l'ingérence affective constante, présente dans tous les actes de la vie des enfants surdoués, et y compris bien sûr dans l'acte cognitif, dans l'acte intellectuel.

Ils ne peuvent pas s'empêcher de penser, ils ne peuvent pas s'empêcher de réfléchir, ils ne peuvent pas, quelque part, s'empêcher de créer, ils ne peuvent pas s'empêcher de ressentir; la moindre variation émotionnelle dans l'environnement va être perçue par ces enfants-là, et c'est dificile de tout ressentir tout le temps, d'être bombardé émotionnellement de tas de choses.

Ce sont des enfants à risque et il faut s'en préoccuper, il faut apporter des réponses, scolaires, au niveau des familles, des parents, pour les aider. Quand on voit Bernard (adulte détecté sur le tard), c'est quand-même terrifiant d'en arriver là. Je crois que ce qui est important aussi aujourd'hui pour lui, c'est de donner sens à ce qu'il a vécu, de pouvoir avoir une forme de recul sur son histoire, sur ce qu'il a pu ressentir, ce qu'il a pu vivre.
Et c'est important de dépister, même plus tard ...

La famille de Marseille, moi, je crois que ce qui les sauve, c'est d'être en groupe, c'est d'être en bande, parce que justement ça les structure, ça leur permet d'avoir des repères identificatoires, qui est quelque chose de très difficile pour ces enfants-là, qui n'arrivent pas à se repérer dans le regard des autres, qui se sentent très souvent seuls, même quand ils sont avec les autres, qui ressentent souvent cette espèce de décalage avec les autres, et qui font des efforts terribles pour s'intégrer.

Je crois que ce qui est très douloureux aussi, c'est que, quelque part, l'intelligence est un double mal :
- d'abord, l'intelligence peut faire souffrir;
- et personne ne songe à plaindre quelqu'un d'intelligent; on ne dit pas : "Ah, tiens, oui, il est sympa, mais le pauvre, il est intelligent !"; ça ne traverse évidemment l'idée de personne, et pourtant ..., et pourtant ...

Delarue : Pourtant, ce sont les imbéciles qui sont heureux ...!

JSF : Non, enfin, en tous cas, je pense que l'insouciance permet une certaine sérénité, et ces enfants et ces adultes sont tout, sauf insouciants ! Ils ont au contraire une conscience aiguisée des choses et de la vie.

Delarue : Mais alors, il faut qu'ils trouvent une passion, un moyen de ...

JSF : Il faut d'abord qu'ils trouvent des gens qui soient capables de les entendre, de les comprendre, de les reconnaître, de les accepter; et de les accompagner pour les aider à grandir, à s'épanouir, à mettre à profit leur immense richesse, non seulement intellectuelle, mais aussi affective, et leur permettre d'être ce qu'ils sont tout simplement.

Accepter la différence, quelle qu'elle soit, pour ce qu'elle est, avec ses côtés formidables, ses côtés plus compliqués; être surdoué, c'est complexe !



J'ai été invité à participer à une réunion de parents d'enfants intellectuellement précoces.
Et bien, si je savais depuis longtemps déjà que l'enseignement était parfois désastreux pour les enfants en difficulté scolaires, j'ai pu prendre conscience que ça l'était tout autant avec les enfants à "haut potentiel. "
Quel gâchis, quel désastre. C'est effarant. Et la douleur de ces parents, leurs inquiétudes, leurs perdtions parfois sont des révélateurs indéniables de l'incapacité du système à prendre en considération la différence. Toutes les différences d'ailleurs;
"Il faut rentrer dans le moule même s'il est considérablement étroit. "
Pour ce qui est des enseignants, le problème est très simple. Ces enfants-là mettent à jour toutes leurs insuffisances. Non pas seulement professionnelles mais également existentielles. Toutes ces questions sur l'objectif final de l'enseignement. S'il s'avère que cet objectif est l'obtention d'un diplôme et l'accession à la vie professionnelle, il est évident que les EIP (enfants intellectuellement précoces) font voler en éclat l'insignifiance de ce but.
La pensée en arborescence est une caractéritique commune chez ces enfants. A la question très simple de savoir quelle est la singularité commune entre le chat et la souris, un EIP va répondre qu'il s'agit de deux prédateurs, le chat envers la souris, la souris envers le fromage, que ce sont deux rodeurs, deux mammifères, qu'ils peuvent tous les deux être domestiqués, qu'ils vivent principalement sous les climats tempérés, qu'on en trouve des traces depuis l'Antiquité, dans des récits mythologiques,  etc etc...La réponse tout simple que ce sont deux animaux ne lui viendra pas à l'esprit.
L'effervescence intellectuelle est une particularité qui peut finir par les placer en difficulté. Ils finiront par ne plus rien répondre.
A écouter ces parents, je réalisais que les difficultés de leurs enfants concernaient principalement le monde extérieur. Ou en tout cas qu'il s'agissait des difficultés les plus présentes dans l'esprit des parents. Après avoir abordé les "débats-philo" que je fais en classe avec mes élèves, il est rapidement apparu que la dimension intellectuelle ne représentait pas le seul problème...La dimension existentielle occupe bien entendu une place considérable dans l'esprit de ces enfants.
L'immense difficulté vient du fait que leur potentiel intellectuel les place justement dans une situation particulière au regard des apprentissages cognitifs et que la dimension existentielle s'en trouve reléguée au second plan alors qu'elle est, à mon sens, la source même de toutes les difficultés.
Je repensais à ce travail que je fais dans ma classe au sujet de l'attention et de la concentration. L'attention se porte sur l'environnement et la pensée en arborescence incite encore plus à cette attention. Une pensée précise va se trouver connectée à un réseau infini de pensées parce que la pensée initiale génère un phénomène d'attention qui vient dessiner en eux un emboîtement intellectuel nourri par la profusion de leurs connaissances et l'insatiable curiosité qui les anime.
La concentration aurait pour tâche de les amener à "peindre en jaune fluo" la pensée intiale et à éliminer toutes les autres. Mais cela semble quasiment impossible dans le registre intellectuel. Cela peut par contre s'avérer envisageable s'il s'agit d'une démarche existentielle. Parce que cette fois, ils deviennent le sujet d'étude. La philosophie existentielle ou la spiritualité est une observation des phénomènes intérieurs et non une accumulation de savoirs cognitifs. L'observation du penseur par le penseur lui-même favorise la rupture avec les chaînes de pensées; Jusqu'à ne plus penser au penseur et en oublier la pensée elle-même.
Il me semble évident que le travail sur la gestion des émotions est une priorité. Perceptions sensorielles à l'origine des émotions et la multiplication des émotions aboutissant au sentiment. Rien que d'effectuer ce cheminement leur permettrait d'établir cette observation interne et à se détourner provisoirement de ce monde extérieur qui les assaille. 
Il est étonnant en tout cas de constater que ce potentiel intellectuel est accompagné par une effervescence émotionnelle. J'aimerais comprendre ce que cela cache.
A suivre...

Livre du mois.

Par Le 05/05/2012

http://www.frenchwritersworldwide.com/book-of-the-month/coulisses-de-mes-exploitsobscenes

Coulisses de mes exploits...

 

" Coulisses de mes exploits...obscènes "

Behind the Scenes of my exploits…


de

Pascal Querou.

 

on entend ce que l'on veut bien 

 

Si «  l’œil écoute » c’est forcément que « l’oreille regarde »

© Paul claudel.

 

 

 

Rien ne prédestinait Tristan Medelec à embrasser une profession de technicien  à la télévision…

Issu d’une famille bourgeoise et intellectuelle, le jeune Tristan avait une vie agréable, pratiquement sans heurt…

A 18 ans, il choisit de devenir artiste peintre sans grande conviction.

Habité par un grand vide, il cherche sa voie en tâtonnant, adulescent vivant la bohème comme si l’évidence allait devenir réalité.

Orphelin à vingt ans, cette disparition lui transperce le corps et l’esprit…

Il se retrouve seul avec sa sœur, vivant  d’une somme conséquente reçue en héritage, il n’a donc pas l’obligation de travailler pour subvenir à ses besoins et s’enferme confortablement dans une oisiveté, un bulle hermétique impénétrable, carapace contre l’adversité du monde.

 

Le commencement de sa  vie d’adulte, apparaît comme une parenthèse intemporelle, nourrit d’une sexualité débridée à la recherche d’affections fugaces mais combien nécessaires pour se sentir exister et combler ses manques. Le capital épuisé, un cousin lui suggère de devenir éclairagiste, il deviendra preneur de son pour France 2.

 

Le hasard fait que son premier baptême du feu allait lui ouvrir un destin imprévisible…Sans qualification il apprendra sur le terrain, et deviendra le témoin privilégié des évènements, des comportements, des réactions, dont il n’avait jamais soupçonné l’existence dans le genre humain…


« Ce jour-là, Mercredi 22 juin 1994, la radio confirma que le Conseil de Sécurité de L’ONU venait d’adopter la résolution 929 qui donnait droit à l’armée française de mener une opération à but humanitaire autorisant la force au Rwanda. Inutile de dire que France2, se devait de couvrir un tel événement qui allait permettre à nos soldats de se distinguer pour une juste cause… Et devenir par la force des choses un des feuilletons médiatiques de l’été… »

Tristant Medelec, avait déjà voyagé avec ses parents et sa sœur, au Sénégal, dans des ghettos d’occidentaux, sans vraiment prendre conscience de la réalité locale. Les premières visions des africains coiffés de bérets, vêtus de treillis et harnachés de kalachnikov perturbèrent ces souvenirs imagés de léthargie africaine envoûtante, classés dans le rayon folklore de son enfance.

Le cruel jaillissait d’un coup devant lui..

« Des enfants s’agglutinaient autour de nous. Et un petit gars haut comme trois pommes d’environ cinq ou six ans me montra le sommet de son crâne avec le bout du doigt. Traversé par une entaille encore sanguinolente… Un autre guère plus vieux s’approcha à son tour, et remua le petit bout de bras qu’il lui restait et qu’un vieux bandage crasseux recouvrait… »

La part d'enfance qui sommeille encore en lui, s'en trouve boulversée.

Les évènements du génocide que tout un chacun a suivi  en son temps sur les chaînes de télévision sont nombreux et inoubliables de part leurs atrocités. Graduellement Medelec, qui ne maîtrisait pas toutes les subtilités géopolitiques et diplomatiques des évènements historiques qu’il couvrait, se rend compte qu’il est associé en tant français libérateurs mais acclamés par les Hutus assassins. Lui, qui était si fier de ses principes humanistes et démocratiques d'occident, sent la méprise de la situation créant en lui un mal être empli de culpabilité.

Pascal Querou nous écrit un livre entre l' autobiographie et la fiction romancée empli d’humanité, il peint avec ses mots ses ressentis d’homme vulnérable  toutes les facettes de l’humanité qu’il découvre pendant son activité professionnelle, que ce soit l’adaptation instantanée d’une équipe d’hommes et de femmes de télévision qui se connaissent à peine, et qui réagissent spontanément à des situations complètement chaotiques ou encore les regards insoutenables des africains blessés.Les horreurs de la guerre ethnique organisée ne peuvent que choquer les esprits même si dans le feu de l’action le travail d’information passe en première ligne.

L’homme profondément bon se pose toutes les questions spirituelles et éthiques sur le genre humain qui s’autodétruit dans la rage dépuratrice, mais les images atroces restent imprimées dans sa mémoire et l’apparition de troubles somatiques correspond à un moment particulier où le deuil subit un blocage sélectif en rapport avec le retour de la problématique historique.

Ce roman est une fresque faite de craquelures psychologiques ressenties par un homme qui regarde et entend ce que les autres protagonistes semblent vivre autrement que lui-même.

Dans les formes les plus abstraites de l’intelligence, les facteurs affectifs interviennent toujours…l’homme cherche l’équilibre entre l’assimilation des faits et l’accommodation de son être face à des situations extérieures qui le déséquilibrent. 

Le monde des médias et de l’information est traversé part une palette de caractères humains et d' hommes nourris d’ expériences vivantes qui modifient leurs personnalités intrinsèques.

On rencontre des rédacteurs aveuglés par les tumultes extraordinaires des situations exposées, prêts à tout,  pour devenir les barons de l’information. Certains aristocrates du reportage sont jalousés par les médiocres,  condamnés à couvrir l’actualité la plus banale. Chacun recherchant la reconnaissance de sa personnalité à travers l' activité journalistique et caressant l’espoir d’un regard soutenu de la direction, avec pour questionnement : la télévision peut-elle vous rendre fou ?

Medelec y répond : "Car j’avais la certitude que la télévision rendait fou. Dans le sens où les moins scrupuleux souvent implicitement encouragés par une partie de leur hiérarchie et aveuglés par leur ego difforme, n’hésitaient pas à surenchérir sur l’ampleur d’un événement pour lui donner un caractère exceptionnel. Et le transformer en avatar sensationnel… ou en aléa sordide. Pour d'autres une certaine déontologie et un sens de la qualité paraissaient une conception poussiéreuse du métier…le racolage organisé par la création de nouvelles chaînes de télévision, avait amplifié un style très décontracté, qualifié de méthodes de voyous par les plus intègres"

Ce roman  n’est pas anodin …il met en exergue la situation professionnelle de ces personnes qui prennent beaucoup de risques pour nous informer des évènements que nous ne voudrions pas voir.

 

Nos jeunes étudiants diplômés,  face à un avenir professionnel incertain et un monde d’une dureté révoltante, font le choix d’un métier qui, à défaut d’être payant, s’inscrit dans une quête de sens, un goût d’aller voir ailleurs, de mieux comprendre ce monde de plus en plus étroit, mais complexe..

On dira qu’ils sont téméraires, naïfs, idéalistes : « Cette peur qui me donnait un sentiment de vie extrême. Comme si chaque seconde comptait double ou triple… et cette sensation me remplissait entièrement. Et rendait tout le reste complètement insignifiant… ».


Mais ce sont des humains comme les autres. La disparition de nos journalistes de guerre, nous rappelle à la fois la brutalité insensée de la guerre et le courage de ceux qui ont choisi de s’en faire les témoins. Aux dernières nouvelles … 

 

Morts aussi à Homs en Syrie,Gilles Jacquier ( janiver2012 ) et Anthony Shadid ( février2012 ), tous deux âgés de 43 ans et pères de famille. Anne Nivat, récemment expulsée de russie pour son travail de terrain à la fois très humain, lucide et surtout critique, est une jeune mère aussi. 

Remi Ochlik, jeune photographe français de 28 ans, vient d’être tué en Syrie, tout comme sa collègue américaine Marie Colvin. En 2004, à 20 ans, il avait choisi de partir en Haïti dans l’indifférence générale, lors de la chute du président Aristide. Il a été aux premières loges du printemps arabe en 2011, en Tunisie, en Égypte et en Libye. Il a remporté plusieurs prix d’excellence pour son travail.


Pascal Querou, vitrail d'une cathédrale humaine, ose partager sa fragilité et  la part de féminité qui l'habite. Un rayon de lumière rassurant parcourt ce roman, symbole de l'amour de sa compagne qui en filigrane lui éclaircit son histoire personnelle, et donne encore un sens à sa vie.

 

Coulisses de mes exploits ...obscènes

Vous procurez ce roman 

"Coulisses de mes exploits...

obscènes "

Genre : roman

Auteur : Pascal Querou 

Riveveuve Editions

394 pages

Prix : 18 euros

ISBN : 978-2-36013-083-2


 

 

 

 

 

 

© Marie-Christine Dehove pour frencwriterswordwide.com

5 mai 2012

En savoir plus sur Pascal Querou.

"Coulisses de mes Exploits...obscènes" livre sélectionné pour le livre du mois de mai 2012.


Tout revient à la pensée.

Par Le 03/05/2012

 


La façon de penser qui nous a mis dans la situation dans laquelle on est, est une façon de penser insuffisante pour s'en sortir. "

A.Einstein.


 

 

Une nouvelle façon de vivre ne peut émerger qu'après y avoir pensé mais bien davantage après avoir analysé, autopsié, disséqué les cheminements de la pensée qui ont contribué à l'élaboration de cette vie "intellectualisée".

On ne peut rien créer de nouveau sans que l'état des lieux ait été au préalable effectué. Cette patience et ces efforts ne seront envisageables que si l'individu sait exactement quel est le niveau de connaissance personnelle dont il dispose. Imaginons une maison dont on souhaite renouveler l'aménagement intérieur. Il est indispensable d'en connaître les dimensions, l'architecture et la mesure de tous les meubles qui s'y trouvent. Inutile de vouloir entreprendre quelques travaux intérieurs tant que la constitution de cet espace intérieur n'est pas exactement cartographiée. Se lancer dans la tâche avant d'avoir réalisé cet état des lieux n'aboutira qu'au chaos.

Il convient par conséquent d'y penser. Une pensée à la fois. Et l'explorer jusqu'à son épuisement.

Tant que ce travail n'est pas devenu constant, sans aucun déni, sans aucun délai, l'individu parlera de liberté à atteindre et se constituera des chaînes. Les chaînes de ses intentions, de ses espoirs, de ses attentes alors qu'il n'est même pas au bord du quai et qu'il lui est impossible d'entamer le moindre voyage. Il est figé dans le chaos de ses pensées. Le seul voyage libérateur, c'est celui que l'on entreprend sans intention de liberté. Parce que le travail est déjà fait. Le voyage contribuera au saisissement de la plénitude. Non pas à son élaboration mais à sa validation. Elle est là parce que les pensées ne sont déjà plus des pressions mais juste des phénomènes identifiés qu'il est aisé de déposer lorsqu'ils n'ont aucune utilité. 

 

Il est donc indispensable d'analyser nos habitudes parce qu'elles sont la jonction entre nos pensées et nos actes. Tant que ces pensées sont des flux inconsidérés de formatages répétés, il ne s'agit pas de pensées mais de phénomènes de pensées. La pensée appartient à l'individu alors que les phénomènes de pensées sont les conséquences de l'intrusion forcenée des systèmes éducatifs, historiques, sociaux, religieux, politiques, édiatiques, culturels.

"Ça pense en moi mais "Je" ne pense pas".

Les habitudes qui sont issues des pensées maîtrisées et non des phnéomènes de pensées ne sont pas des habitudes mais des constructions parce qu'elles sont évolutives. L'individu qui crée en lui la constance de l'analyse n'est pas dans une habitude répétitive et inconsciente mais dans un cheminement d'éveil. L'habitude convient à un mental perverti et soumis. Pas à un esprit qui s'éveille.

Celui qui médite quotidiennement n'est pas dans une habitude passive mais dans l'absorption d'une nourriture spirituelle dont la qualité ne pourra que se renforcer.

Celui qui est dans la répétition mécanique des schémas de pensées et d'actes n'est pas dans une démarche évolutive mais dans une extension horizontale dont le matérialisme servira d'étendard. A défaut de posséder une vie intérieure. La société de consommation se nourrit de ces individus-là. Et elle les "consomme..."

 

Il s'agit donc de cesser de penser à travers des schémas instaurés mais d'élaborer son propre axe vertical; Ni guide, ni gourou, ni ahsram, ni philosophie adorée. Krishnamurti, lui-même, n'a cessé de le répéter.

 

"Celui qui marche dans les pas d'autrui ne laisse pas ses propres traces". Denis Diderot.

Crise espagnole

Par Le 02/05/2012

Un dessin animé très bien construit, clair, précis et effroyablement révélateur de ce qui se passe partout en Europe, sauf désormais en Islande puisque le peuple a mis les banquiers en prison...

LES ÉGARÉS : commentaire

Par Le 30/04/2012

Les routes qui se croisent ne sont pas toujours des itinéraires prévisibles.

Je ne connaissais pas Gilberte au mois de mars. Quelques discussions sur internet ont abouti à des échanges d'écrits.

J'ai lu avec grand plaisir "La petite fille des rues".

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=233&Itemid=2

Le site "Reflets du temps" en proposaient les chapitres.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=276

 

Giberte travaille comme lectrice, correctrice et tout ce qui peut contribuer à la littérature. Une très grande culture par conséquent et un regard affûté sur le monde du roman.

"La cause littéraire" occupe également une bonne partie de son temps.

http://www.lacauselitteraire.fr/

 

Il serait inutile d'honorer la qualité de ces deux sites littéraires. En lire quelques articles suffit à la montrer.

 

J'ai donc été très touché que Gilberte me demande s'il lui serait possible de lire un de mes textes.

J'ai bien évidemment accepté et je lui ai envoyé "LES ÉGARÉS ".

J'ai repris l'essentiel de nos échanges en préservant ce qui devait l'être.

Estelle est le nom "littéraire" de Gilberte. Je l'ai conservé. 


 

 

Bonjour Estelle
Voilà donc le manuscrit.
"LES ÉGARÉS "
C'est mon dernier roman pour adultes.
Je l'ai envoyé à deux maisons d'édition.
La première m'a répondu que ça ne correspondait pas à leur ligne, réponse impersonnelle basique, reçue après quelques semaines. Donc, il n'a sans doute même pas été lu. Je connais maintenant le fonctionnement des comités de lecture... 
La deuxième m'a répondu que c'était très bien écrit mais trop ésotérique pour eux. 
Je n'ai pas refait d'envois depuis.
Vous serez la cinquième personne à le lire.
Merci pour cette lecture et les commentaires que vous pourrez m'en faire.
Bonne journée
Amicalement


 

Thierry,

Me voilà de retour vers vous pour vous livrer mes premières sensations.

Je n’ai pas encore tout lu, j’en suis à la page 40/41. Je m’arrête là pour le moment, non pas pour « abandonner » votre manuscrit, loin de là, je tiens à aller jusqu’au bout, même si les premières pages étaient un peu compliquées pour moi. Mais j’ai un tas de textes à corriger pour La Cause littéraire, qui s’accumulent dans ma messagerie. Je m’en occupe, et je reviens aussitôt vers votre manuscrit. J’aimerais pouvoir le finir ce soir.

 Donc, à chaud mes premières impressions : dès les premières pages, j’ai ressenti un truc bizarre, je ne sais comment dire cela, l’impression d’une sorte d’impuissance à entrer dans votre texte, et je n’ai pas réussi à déceler si c’était moi qui « ne voulais pas y entrer », ou si c’était votre « style » (ou « vous ») qui « en empêchait l’entrée ».

 Le début de votre texte m’a semblé très décousu, pas du tout linéaire, je devais relire plusieurs fois des phrases, ou des passages, pour plus de clarté. Et du coup je me suis trouvée confrontée à des montagnes de difficultés pour essayer de comprendre « ce que vous dites » et « ce que vous voulez dire ». L’éditeur qui a refusé votre texte a eu raison de vous dire que c’est très bien écrit. C’est vrai, vous écrivez très bien, avec excellence même. Mais, le style est trop froid, à mon avis (et cela n’engage que moi bien sûr), surtout dans les 30 premières pages. On dirait que vous voulez restez « très en dehors » de votre texte, que vous voulez mettre une distance entre vous et votre texte, ou entre vous et le lecteur.

 Ce n’est donc qu’à partir environ des pages 30 à 40 que quelque chose de plus « chaleureux » se ressent dans votre écriture, l’impression que par moments vous arrivez un peu à vous « lâcher », et là ça devient plus « audible », plus accessible, et du coup plus passionnant. C’est pourquoi je veux aller jusqu’au bout.

 

Je me suis fait cette petite remarque, dès les premières lignes de votre texte : ah voilà ! je comprends mieux maintenant pourquoi les ruptures, cassures, coups de cymbales, et phrases percutantes vous manquaient dans « Ma petite fille des rues. »

 Mais pour le moment, globalement, il m’a semblé que votre texte s’apparentait plus à une « étude philosophique et psychologique » menée avec beaucoup de talent, qu’à un roman au sens pur du terme.

Tout ceci étant dit, ces remarques ne sont que le reflet de ma propre sensation, et il se peut (c’est même sûr) que je me trompe complètement, et que d’autres lecteurs, plus compétents que moi, aient un avis tout à fait contraire au mien.

 C’est donc en toute amitié, et toute sincérité que je vous ai livré mon premier sentiment.

Mais je vais finir de le lire, et peut-être qu’ensuite, une vue d’ensemble m’apparaîtra différente de ces premières remarques qui ne sont que le fruit de mes toutes premières impressions.

Je vous en ferai part, c’est promis.

 J’espère que vous serez indulgent avec la « forme » de mes remarques, je n’ai malheureusement pas votre talent pour « décortiquer » et exprimer les choses comme vous avez su le faire avec mon texte.

 Bien à vous, et merci de votre confiance

A bientôt. Estelle


 

Merci infiniment Estelle.
Tout ce que vous avez ressenti était totalement volontaire et j'ai donc réussi ce que j'envisageais. Ca n'est absolument pas linéaire parce que justement les deux personnages sont dans un chaos existentiel qui a tout fait voler en éclat, cette incapacité à se lâcher justement, toutes ces résistances à aller vers l'essentiel, à être lucide, tous les blocages, je voulais qu'ils se ressentent, que ça soit pénible, douloureux pour qu'au fil de la randonnée l'écriture puisse évoluer avec les personnages, qu'elle les accompagne dans leur cheminement et leur délivrance. Que vers la page 40 vous commenciez à ressentir cette évolution me comble de bonheur. Tout le début du texte, les deux personnages ne sont pas en eux et l'écriture reste donc chaotique, en retrait, en retenue. C'est la solitude et l'exploration intérieure qui vont amener l'écriture vers la douceur, parce que les deux personnages auront validé cette épuration indispensable.
Maintenant, je comprends bien votre remarque concernant l'analyse philosophique. C'est pour moi le seul intérêt du roman. Sinon, ça n'est qu'une histoire. Moi, c'est la vie que je veux disséquer. Et c'est bien ce que les éditeurs me reprochent. "Trop douloureux, trop introspectif, trop existentiel, philosophique...ça ne correspond pas à l'idée que les lecteurs se font des romans..."
Mais je ne veux pas écrire autrement. Peut-être même que j'en suis incapable. Et je ne veux pas me trahir. J'ai travaillé pendant vingt ans pour parvenir à cette écriture que j'aime, qui me correspond, qui me nourrit, me porte, m'apporte, me comble. J'ai plus appris sur moi en écrivant que si j'avais fait vingt ans de psychanalyse. Je n'arriverais pas à changer, c'est trop tard. Je garderai mes textes si personne ne les juge intéressants.
Je suis en tout cas très heureux de ce retour de votre part. Vous avez décrit ce que j'ai voulu faire. Tout est bien.
Merci infiniment
Thierry


 

A cette heure tardive de la nuit, je reviens quelques secondes vers vous. J’en suis à la page 142. Il est tard, je reprendrai ma lecture demain. Je n’arrivais pas à lâcher votre manuscrit.

 Je voulais juste vous dire que votre texte me bouleverse. Je n’ai pas les mots qu’il faut, à cette heure-là, pour dire toutes les émotions que cette lecture procure. Joie, tristesse, peurs, angoisses, émerveillement, surprise, et toute une foule de sentiments diffus, indicibles.

 Votre texte est incroyablement beau. Il fourmille d’émotions. Il laisse sans voix.

Je ne comprends pas les éditeurs. Ils ne savent plus reconnaître les beaux textes, ni les goûter, comme on goûtait les textes classiques d’antan, ceux qui ont bercé mon enfance, mon adolescence et ma vie de femme. Et qui ont dû bercer votre vie aussi.

 Estelle


 

Bonjour Estelle
Un grand bonheur à vous lire parce que je vois que mes écrits sont des passerelles qui relient et que c'est le sens ultime que je porte à l'écriture.
Écrire est un chemin vers l'apaisement. C'était le sens de ce livre. C'est là que le travail sur l'écriture me semblait essentiel; Aller vers la douceur et abandonner les traumatismes quand ils ne sont que des étouffoirs. Cette joie de vivre, cette force dont vous parlez, elle est là, elle est la vie. Nous avons pour mission de ne pas la rejeter au risque d'être "mort" avant l'heure.
Je lirai avec bonheur votre perception des dernières pages.
Merci infiniment
Thierry


 

Bonjour Thierry,

 C’est cette nuit, à 3 heures du mat que j’ai terminé la lecture de votre manuscrit. Quelle aventure ! Vous m’avez « soufflée » !

 J’ai beaucoup de choses à vous dire sur ce texte. Mais je reviendrai vers vous ce soir, j’ai une après-midi chargée et je veux prendre le temps de vous écrire longuement. En attendant, je peux vous déjà vous dire que votre texte est incroyablement beau, qu’il m’a laissée complètement « vidée » hier soir. Le style et l’histoire sont haletants, pleins de souffle, parfois même générant de l’angoisse, mais aussi un tas d’émotions, et sans cesse passionnants. La fin m’a beaucoup troublée, je ne m’y attendais pas du tout. Que d’émotion quand j’ai « refermé votre livre » ! Sensation à la fois de paix et de malaise.

Et pour dire combien la force de votre texte m’a bouleversée, j’en ai même rêvé cette nuit, mais pas en « rose », car certains détails de votre texte m’ont fait faire des cauchemars. Mais ne vous inquiétez pas, c’est surtout ma peur de la mort, de la maladie, de la « fin », tout ce que vous décrivez si bien, qui sont à l’origine de ces rêves « noirs ».

 

Je reviens vers vous donc ce soir. Je prendrai le temps de tout vous dire.

 Encore merci à vous,

A ce soir,

Estelle


 

Est-ce que cette difficulté dans la lecture que vous aviez mentionnée dans votre premier mail concernant le début du texte a changé au cours de l'histoire?

Thierry


 

Je reviens donc à votre texte. Et pour répondre à votre question sur mes difficultés de lecture des 30 premières pages, et vous rassurer, bien sûr que tout a changé ensuite. Je dirais même que très vite, je suis rentrée de plain-pied dans le texte et l’histoire.

 J’ai tellement de choses à vous dire, et tellement à vous faire part de tout ce que j’ai ressenti dans votre texte, que je ne sais pas par quoi commencer. J’en oublierai sûrement, au cours de ce mail. Cela me donnera l’occasion de vous écrire à nouveau.

En tout premier lieu, j’ai ressenti chez le « narrateur »… une immense humanité, des qualités humaines considérables, une sensibilité à fleur de peau parfois très bien maîtrisée, et justement aucune sensiblerie, une belle dignité de sentiments, de générosité, et d’amour au sens large du terme. Tout ce que j’aime et que j’ai toujours aimé.

 J’ai beaucoup aimé les « transitions » entre les chapitres. Passer de l’un à l’autre des personnages, au cours des chapitres. Passant de la peine à la joie, de l’horrible au superbe, de l’immense au petit, de la peur à la sérénité, de l’homme à la femme, des doutes aux convictions, etc., et tous ces contrastes parfois violents, parfois chatoyants au fil des pages. C’est tout cela que j’ai trouvé exaltant, haletant, pas le temps de souffler, un rythme effréné comme « une course à la vérité », une course vers la lumière, vers ce que j’appelle la beauté du monde que si peu de gens voient, regardent, ou contemplent, et aux mots parfaitement choisis, avec non pas un zeste mais une montagne de poésie.

 Grande émotion. Belle écriture. Je retrouve là tout ce qui justifie ma passion pour la lecture, pour la littérature, la belle écriture, et les mots. Ces mots que je n’ai cessé et ne cesse de dévorer à travers tant de beaux livres, depuis mon enfance à aujourd’hui, avec boulimie, bonheur, et bien-être. Et jouissance. Le mot n’est pas trop fort.

 Si je devais évoquer ou faire une liste des émotions que votre texte m’a procurées, et j’en oublierai sûrement : la peur, l’angoisse, le plaisir, l’exaltation, l’empathie, l’espoir, le désespoir, l’étonnement, la surprise, la curiosité, la fatigue, l’entrain, le découragement, et enfin la sérénité. Mais jamais l’ennui, jamais l’envie de « quitter » le texte, et même la nuit jusqu’à des heures indues, et insolentes.

 

Et enfin, ô coïncidence, votre texte a fait écho à un livre que je suis en train de lire, très beau, que je vous conseille si vous ne l’avez déjà lu, où il y a quelque chose à voir aussi avec la proximité de la nature dont vous parlez beaucoup : « Dans les forêts sibériennes » de Sylvain Tesson.

Estelle

 


 

Un bonheur immense.


Mémoire pestilentielle

Par Le 29/04/2012

"Une mare pleine d'immondices dégage son odeur la plus agressive au moment où on la récure. L'étendue et l'épaisseur de la saleté se mesurent lorsqu'on nettoie. "

Mâ Ananda Moyî.


 Il n'est pas suffisant d'oeuvrer à ce nettoyage émotionnel, existentiel, historique.

Il convient ensuite d'épurer la mémoire car sinon, le mental se complait à réactiver l'époque révolue des immondices. Il s'y retrouve et reprend vie lui, qui n'a plus d'emprise dans le malaxage permanent des immondices. Le Moi ne supporte pas l'absence. Ni tout autant le vide. La mémoire est  son ultime recours.

Je réalise, année après année, à quel point j'oublie, à quel point, en dehors des textes que j'ai écrits, les ancrages sombrent les uns après les autres. Je ne jetterai pas pour autant ce que j'ai écrit. Non pas parce qu'il me plaît de ressasser les épreuves ou de contempler le chemin parcouru mais parce qu'il m'arrive dans les moments de flottement et d'errance de regarder simplement le titre d'un ouvrage pour savoir d'où je viens. C'est comme une brique posée pour les fondations. Il n'y a rien à rejeter et si je voulais faire disparaître les fondations sur quoi pourrais-je bâtir ?

Je dispose désormais d'une mémoire écrite et il est donc inutile que je m'obstine à préserver sur le plan de la mémoire "cérébrale" ce qui n'a plus lieu d'être devant moi. Cette vie passée s'efface dans le brouillard des émotions apaisées, une brume nullement inquiétante, juste des voiles diaphanes posés sur le chemin, dans mon dos. 

Aucun fantôme n'en surgira. Plus aucune âme disparue n'a à souffrir de mes faiblesses. J'ai vidé la mémoire émotionnelle comme un disque dur.

L'esprit de solitude

Par Le 27/04/2012

Oh, combien, je me retrouve là...Tout ce que j'ai essayé de traduire dans "les Eveillés. "


L'esprit de solitude de Jacqueline Kelen :
 
http://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Solitude/Livres/L-Esprit-de-solitude

La solitude est un cadeau royal que nous repoussons parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins préparé.

L’« égo », que toute quête spirituelle authentique conduit à soumettre ou à effacer, représente un noyau de fermeture, d’unique préoccupation de soi, d’arrogance, qui rend un individu vampirique, épris de pouvoir et destructeur. C’est l’égo qui résiste le plus, qui revient l’assaut le plus souvent, qui grossit sans problème.

Le moi, qui reflète une individualité particulière, est fait d’héritage humain et de conditionnements divers. Il dépend de l’histoire, de la société, de la psychologie, de la génétique. Quoique particulier, d’apparence non semblable aux autres, il est un produit. Il recherche la conservation de soi, la sécurité et la survie. Il se rallie au plus grand nombre, il est à la fois narcissique et grégaire. C’est le « gros animal » qu’évoque Platon, qui reproduit les opinions, les modes et les préjugés de la foule, au lieu de mener une recherche personnelle. Gros animal manipulable à merci. (De nos jours, le gros animal se plait dans toutes les manifestations collectives, dans les loisirs de masse et il s’exprime par les sondages.

Le « je » affirme sa différence, il se dégage des divers conditionnements, il s’élève au-dessus de la conscience collective commune. Il exerce son jugement et son libre-arbitre. Il est auteur de ses pensées et de ses actes, il se sent responsable. Là où le « moi » revendique et réclame des droits, le « je » se reconnaît des devoirs. C’est l’individu conscient, singulier, en marche. Il se met en question, il est capable d’évoluer, de se transformer, tandis que l’« égo » demeure statique, lourd, tentaculaire, et que le « moi » reste dépendant et esclave. Seul ce « je « est capable d’éveil.

On comprend qu’une société matérialiste, coupée du sacré, uniquement préoccupée de possessions et de pouvoir, ne prenne en compte chez l’être humain que l’« égo » et le « moi » et les flatte exclusivement ; et qu’elle empêche, surveille ou limite toute émergence du « je » qui conduirait à la grande, à la seule Liberté.

Cette voie royale du « je » est une voie de solitude. Celui qui a maîtrisé ou dissous son « égo » et qui a pris des distances avec son « moi » se retrouve dès lors séparé d’un bon nombre de ses contemporains. Cette distance qui s’est instaurée entre la foule et lui est invisible mais irréversible, elle se nomme conscience et elle surgit en certains instants de manière inattendue.

Personne ne nous apprend à être seul. Au contraire, toute éducation, qu’elle soit dispensée par la famille ou à l’école, vise à ne jamais laisser l’enfant dans le silence, face à lui-même : on l’oblige à jouer avec ses camarades, à faire partie d’une équipe sportive, à embrasser les cousins éloignés et à parler avec les amis des parents, bref, à « communiquer » et à « s’intégrer », ces 2 poncifs tyranniques de la société contemporaine.

Depuis qu’il est né, on l’a détourné de sa solitude : on lui fait croire que sans les autres, il ne sert à rien. Lui qui n’a jamais appris à compter sur lui, à se connaître et à se faire confiance, le voici démuni, apeuré. Sans les autres, il n’existe pas, mais il se rend compte que « les autres » n’ont pas de visage, que la foule est une abstraction, et ce qu’on appelle avec emphase « l’humanité » terriblement dépourvue de chaleur humaine.

Les êtres qui chérissent la solitude sont souvent considérés comme des misanthropes : ils n’apprécient pas les bains de foule, les stades vociférants, les manifestations dites populaires, donc ils méprisent ou détestent leurs semblables.
Or le solitaire n’est pas celui qui n’aime pas les autres mais celui qui apprécie certains autres, celui qui en tout fait preuve d’élection et cultive les affinités. Le solitaire a le sens de l’amitié, qui célèbre une relation unique entre 2 personnes, tandis que de toute part est martelé le mot d’ordre de solidarité, qui fait référence à des populations indistinctes. Il préfère toujours la rencontre particulière à la dilution dans une collectivité. Pour lui, l’individu est d’un grand prix et c’est le mépriser profondément que de le traiter en termes généralisateurs : les jeunes, les travailleurs, les immigrés, les sans-abri…

La solitude s’avère le contraire de l’égocentrisme, du repliement sur soi et de la revendication pour sa petite personne. Le véritable solitaire se passe de témoins, de courtisans et de disciples.
Le solitaire sait qu’il a beaucoup à apprendre alors que la plupart ne cherchent qu’à enseigner, à avoir des disciples.
Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments. En cet état, il pèse le moins possible sur autrui : il ne cherche pas, au moindre désagrément, une oreille où déverser ses plaintes, il ne rend pas l’autre responsable de ses faiblesse et de ses incompétences, il ne peut exercer sur personne un chantage collectif.
La solitude est bien une école du respect de l’autre et de maîtrise de soi.

Vivre ainsi, c’est choisir la voie buissonnière, c’est aussi prendre le maquis. Et à tout instant aimer l’imprévisible. Tant que l’on n’a pas compris que la solitude est une force et une alliée, on accepte l’assujettissement et le compromis. Il n’est pas de remède à la solitude, c’est elle qui nous sauve de la médiocrité et de l’abêtissement.

Affronter sa solitude revient à aborder sa peur, surtout la peur de mourir, et à mesurer sa propre puissance. Tant qu’un individu demeure accroché aux autres, tant qu’il craint le jugement d’autrui, il ne sait pas de quoi il est véritablement porteur.
Or, la traversée de la solitude ne débouche pas sur le néant mais sur une mise au monde.

Savoir accueillir la solitude comme une amie rend plus fort et plus libre face aux épreuves et devant la mort –ce qui ne veut pas dire moins sensible. La fermeté d’âme n’a jamais empêché les élans du cœur.

La solitude n’a rien de triste, mais elle a la gravité de l’amour, de la beauté, des choses essentielles. Elle enjoint de vivre avec courage, lucidité et attention. Envisager chaque être comme une solitude, comme un monde à part, est le plus grand respect que nous puissions accorder.

Être seul, c’est se tenir devant l’inconnu. Et prendre le risque de cet inconnu.

L’épreuve de solitude, belle comme une rencontre et difficile comme une maladie, a pour sens d’ouvrir et de défricher nos terres intérieures.
Le premier fruit de solitude que l’on recueille est d’émerveillement et d’intensité : je me découvre unique, irremplaçable et d’un grand prix.

Finalement, notre appréhension de la solitude, notre volonté de la combattre ou de la déprécier serait le signe d’une permanente lâcheté, d’une peur à frayer son propre chemin particulier.

Toute solitude renvoie toujours aux ressources secrètes et imprévisibles de l’individu. Si je me tiens seul face à une épreuve, cela signifie déjà que je suis capable de l’affronter, de la traverser.

La solitude ressemble à une armure impalpable : elle ne protège de rien, elle ne garantit aucune victoire, mais elle permet tous les possibles, la confiance comme la ruse, le courage comme l’inventivité, elle se tient dans l’inattendu de la grâce.

Faut-il rappeler cette évidence ? Le seul compagnon avec qui chacun est assuré de partager toute son existence n’est autre que soi-même. Il est donc recommandé de bien le connaître, ce compagnon de voyage, fin d’éviter une défection, une trahison, une mauvaise surprise.

La connaissance de soi s’avère recherche solitaire et elle n’est guère encouragée par les diverses institutions (famille, école, religion, gouvernement …) qui risquent de se voir mises à mal et ne peuvent plus tourner rond, tourner en rond.

L’intériorité que l’on découvre dans la solitude n’a rien à voir avec la promotion du moi, avec l’autosatisfaction : c’est le silence de soi, c’est une attention au monde.
Loin d’être une coupure, la voie solitaire brûle les limitations que nous imposent le corps, la raison, les préjugés, la peur, et elle nous dilate aux dimensions de l’univers.

On comprend que cette immensité intérieure puisse dérouter de nombreux mortels et qu’ils préfèrent se raccrocher à un territoire plus restreint mais plus tangible.

Lorsque par une patiente solitude, un être humain prend mesure de sa liberté sans limites, il rencontre en même temps sa dimension d’éternité.

Être bien tout seul, être seul et heureux, cela n’a rien à voir avec l’égocentrisme. C’est le signe clair de la liberté. La maturité commence lorsqu’un individu se sent auteur et responsable de son existence, lorsqu’il ne demande pas aux autres de le rendre heureux, lorsqu’il n’accuse pas systématiquement les autres de ses propres faiblesses et insuffisances.
Ainsi, l’idéal du Sage est de se suffire à lui-même.

L’expérience de solitude est une voie de liberté, avec des conséquences non négligeables en des temps de globalisation, d’uniformité : personne ne peut penser à ma place, personne ne peut dire ce qui est bon pour moi, ce qui doit faire mon bonheur, ma vie.
Vivre solitaire renvoie toujours à son jugement personnel, à son intuition, à son esprit critique. C’est un barrage sûr contre la manipulation mentale, la récupération sectaire, les phénomènes de mode.

Tout le mal vient du fait que les hommes, dans très grande majorité, n’ont pas de vie intérieure, et pour cette raison désirent, convoitent, veulent la vie d’autrui. Plus un organisme est évolué, plus il est autonome et solitaire.

Le véritable solitaire ne ressent pas le besoin d’une stabilité que lui fournirait un travail régulier ou une vie conjugale établie parce qu’en lui il se sent structuré et parce qu’il sait que ce qui sécurise devient tôt ou tard ce qui emprisonne.

Vivre solitaire est la meilleure façon de lutter contre l’inertie sous toutes ses formes. On conçoit que cela puisse inquiéter les gens férus d’ordre et de réglementation.
Beaucoup préfèreront répondre à des sollicitations extérieures et à des obligations plutôt que d’exercer bon plaisir et leur libre choix.

N’est véritablement chevalier que l’être humain qui seul s’aventure, qui se met en danger et aborde les surprises et les douleurs que la vie lui octroie. La dignité du chevalier tient à cet honneur de ne pas démériter des rencontres et des périls.

La vie solitaire d’un penseur, d’un artiste, d’un ermite est un engagement, jamais une solution. Résister à la facilité comme à la résignation, demeurer discret sinon secret. Il faut un courage constant, une passion tenue pour oser être soi, pour ne pas renier ses valeurs ni ses rêves.

Le véritable solitaire ne cherche ni à plaire ni à être réconforté. Sa grande force est qu’il n’est point troublé par les agissements et les opinions du monde : quand on vit seul, on ne donne pas prise, on ne se situe plus en rapport au général mais par rapport à l’absolu.

Beaucoup de personnes se montrent incapables de vivre à distance les unes des autres. Comme si de se rassembler tenait chaud et permettait de lutter contre le désespoir et la mort.

Qu’est donc ce danger que sans cesse veut conjurer la vie en collectivité si ce n’est la découverte de soi, de ses désirs, de ses rêves personnels, de sa liberté ?

Ainsi, on continue de vivre ensemble pour éviter de se retrouver seul, pour se croire aimé et protégé, alors que d’être passé par la solitude permet de respecter l’autre, de l’apprécier et de ne pas le charger d’obligations diverses.

Faire cavalier seul, c’est défendre jalousement sa liberté, c’est en toutes circonstances, sauvegarder son intégrité.

Cet état qui paraît fier s’avère surtout précaire, il est donc peu envié par des contemporains soucieux de sécurité. Le cavalier seul allie la force à la fragilité : si la fragilité vient de sa liberté, sa force vient de sa solitude.

La solitude nous rappelle notre condition éphémère qu’aucun argent ne viendra consoler. Elle nous renvoie à l’essentiel.

Libre de tout pouvoir et de toute dépendance, le solitaire sait être heureux sans attendre l’approbation d’autrui. Il a conscience que les jours passent vite, qu’il ne faut pas remettre à plus tard d’aimer, de rire, de connaître, de bâtir. Il se tient volontiers à l’écart d’un monde où règne le cynisme, où s’oublie la ferveur. Il ne se dissout pas dans le genre humain ni dans une vague génération, mais il a le sens de l’amitié –relation d’égalité par excellence- il favorise les relations désintéressées, il aime les personnes avec lesquelles il peut aussi bien se taire que converser. Il apprécie autant la présence d’un chat, d’un arbre, d’une pierre, que la compagnie des hommes, car tout a valeur à ses yeux.
Il se moque bien de plaire ou d’avoir raison. Ce qui lui importe surtout est de ne pas s’avilir, de ne pas abjurer. Ce qu’il déteste le plus a nom insignifiance.

Le vrai rebelle a toute la vie, tous les libres devant lui, il ne se restreint ni à une philosophie, ni à une stratégie. C’est du reste pour cela qu’il demeure insaisissable : il n’est jamais prisonnier de ses idées.

Celui qui n’appartient à personne acquiert une aisance souveraine, comparable à celle du sage qui se trouve bien partout, qui est toujours à la juste place parce que d’abord, il s’est établi en lui, parce qu’il s’est ancré dans la solitude.

Le solitaire ne se sent jamais arrivé, ce qui le garde jeune et créateur. Encore convient-il, pour demeurer libre et vivant, de changer de monture sans arrêt. Pour éviter la récupération autant que l’adulation ou la consécration. Pour ne pas être suivi, imité ou statufié. Ainsi le véritable cavalier seul ne peut être que passager.

A vivre en groupe continûment, un homme régresse dans sa vie émotionnelle, intellectuelle et spirituelle. C’est pourquoi dès que quelqu’un, même un enfant, veut réfléchir ou faire le point sur une situation, il se met à l’écart.

L’intelligence sera toujours seule contre tous parce qu’elle cherche une ouverture toujours plus ample et non l’assentiment des autres. Elle avance les mains vides tandis que le savoir, qui amasse des informations et des certitudes, a volontiers les mains pleines.

La solitude apprend à affermir sa propre pensée et à s’ouvrir à celle des autres. Celui qui n’a aucune idée personnelle se montre aussi incapable de jugement que de tolérance : il se rallera au plus grand nombre.

Faut-il le répéter ? La liberté de pensée ne se trouve ni à droite ni à gauche ni même dans l’anarchisme. Elle ne loge dans aucune religion, dans aucun système politique ou philosophique, pas plus dans l’athéisme que dans la laïcité. Elle est dans ce refus de tout conditionnement et de toute appartenance. Elle n’a pas de dévots, de suiveurs mais seulement des relais.

Le goût de la solitude signe la maturité et parfois le génie. Nul ne peut se dire philosophe, écrivain ou artiste s’il n’a pas exploré, épousé sa solitude.

C’est là le défi titanesque d’une solitude choisie : demeurer « hors » - hors jeu, hors champs, hors d’atteinte. Etranger et passant sur terre. Avec honneur et humilité.

Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile, permettent une alliance avec l’autre qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun. Mais tant que l’individu cherche à l’extérieur celui qui le complétera, qui répondra à ses manques, il ne pourra que nouer des relations intéressées ou précaires. Lorsqu’il est mis au monde, lorsqu’il se sait entier, il envisage avec les autres des liens sous le signe de la liberté et de la gratuité. On ne veut posséder l’autre que si soi-même on se sait incomplet.

Aimer quelqu’un, c’est honorer sa solitude et s’en émerveiller. L’amour ressenti pour un être ne met pas fin à sa solitude mais il l’enrichit, l’enchante et la fait rayonner.
L’élu, l’être aimé serait paradoxalement celui avec qui j’ai envie d’être seul.

Au début du XII siècle, en terre d’Oc, dames et troubadours inaugurèrent une forme d’amour inouïes qu’ils estimaient parfaite et qui n’avait rien à voir avec le mariage ni avec le libertinage. Chacun se savait unique, élu, et sans vivre avec l’autre dans la continuité des jours, étant même éloigné, il se sentait non séparable. Ces amants courtois venaient d’inventer une érotique et une mystique du désir et de la liberté.

Je crois au plaisir de la chair et à la solitude irrémédiable de l’âme.

Veiller sur sa solitude demande du courage, une fermeté d’âme certaine. Une vie solitaire a beaucoup plus de chance d’atténuer, de dissoudre l’égo que de le renforcer.

Un solitaire n’est pas un homme au cœur sec ou impassible, mais un être qui a le goût du secret et de la liberté avant toute chose et qui pratique le plus souvent le retour à soi. Il est capable d’entrer en relation avec autrui sans se perdre et il n’a pas peur de s’attacher car ce lien affectif, même intense, ne porte pas atteinte à son intégrité.

Aimer quelqu’un sans créer une dépendance est un véritable défi à la nature humaine et ce défi, les amants courtois ont eu la fierté de le relever.

Seul un homme libre est capable de vivre un attachement qui ne restreint ni ne ligote et de ressentir un désir incandescent qui n’a rien d’un manque.

Autrement dit, seul un être libre est capable d’aimer, seul il est assez fou pour aimer en toute liberté.
Tous les autres ne savent, sous couvert d’aimer, que posséder l’autre ou lui appartenir.

De même que le véritable attachement se révèle liberté inouïe, enchantement renaissant, de même le vrai détachement conduit à être humble et passant sur la terre, à ne rien posséder ou si peu, à ne rien savoir ou presque, et il devient ainsi libération, allègement joyeux.

On en arrive à ce paradoxe que le plus haut attachement mène au plus grand détachement.

Le vrai solitaire n’a rien à perdre et ne cherche à rien posséder. En rencontrant des personnes diverses, il ne craint pas le jugement d’autrui puisqu’il se connaît et s’est affermi dans cet état ; il ne risque pas de perdre une image de marque déjà évaporée et ne redoute pas la déception puisque de l’autre il n’attend nulle gratification mais avant tout le plaisir de la découverte, le goût de l’échange. Et ainsi il peut aimer l’autre d’être l’autre.

Une vie solitaire fait lâcher les illusions et les convoitises pour faire briller le noyau essentiel. Une telle expérience ouvre à une gratuité totale dans les relations humaines – d’amitié, d’amour, de fraternité- qui peut se formuler ainsi :
« Je n’ai pas besoin de toi, tu n’as pas besoin de moi, mais il est bon de vivre ce moment, ce jour, avec toi. »

Celui qui vit souvent seul apprécie d’autant plus la diversité des individus qu’il rencontre, la qualité des relations qui s’offrent à lui. Dans cet état, je fais l’expérience que tout peut être neuf à chaque instant au lieu de se prolonger, de se répéter. Tout devient possible, surtout l’incroyable.
Il n’y a plus de vie ordinaire, de vie quotidienne, puisque la solitude procure ce goût de l’unique et de l’inattendu.
La solitude apprend à aimer, elle apprend à poser un regard étonné et bienveillant sur les êtres et à respecter leur secret.

Dans la petite enfance, on est aimé et protégé bien plus qu’on aime. Le chemin de maturité conduit à aimer bien plus que d’être aimé. Un individu ne devient intéressant qu’à partir du jour où il s’enquiert d’aimer bien plus que d’être apprécié, choyé ou courtisé.

A demeurer longtemps solitaire, en silence, on oublie les repères habituels et le temps n’est plus compté. Les heures ne tombent plus comme une menace, un couperet, le temps devient une ample respiration.

Un ermite véritable n’a pas besoin de se tenir éloigné des autres, il demeure retiré malgré le brouhaha du monde.

Est infiniment libre celui qui se découvre éternel et vit désormais comme tel.

Ces solitaires mettent à rude épreuve la sécurité et la présomption où se conforte notre époque. Ils mettent en péril les certitudes, les acquisitions, la fierté même. Ils portent en eux-mêmes une immense soif d’absolu.

 

Candide Thovex

Par Le 25/04/2012

Je ne connais pas de plus belles images de ski. Candide Thovex est LE free rider le plus talentueux, le plus créatif. Et dont les vidéos sont, pour moi, les plus belles.

Si quelqu'un connaît la musique de celle-ci, je serais très heureux d'en connaître le compositeur.

Ego et involution.

Par Le 25/04/2012

"Ego : Acte par lequel la conscience de soi se pose en origine de soi, se coupant à la fois de soi et de son origine. "

Tariq Demens.


S'agit-il vraiment d'un acte ? Par "acte", j'entends une volonté et pas une réaction ? 

Est-ce qu'il y a vraiment une volonté ou plus simplement un abandon ?

S'il s'agit d'un abandon, quelle en est la source ?

Pourquoi les individus s'égarent parfois dans cette dimension égotique, à partir de quand cela se produit-il, quels évènements ou situations prolongées contribuent à cet égarement ?

S'agit-il d'ailleurs d'un égarement ? Quelles en sont les conséquences ? Est-ce vraiment si problématique ?

Les individus qui restent ancrés dans l'origine du soi sans que ce soi ne se considère comme l'origine de l'individu sont-ils plus à mêmes de participer à la justesse du monde ? Comment parvenir à établir le comportement inhérent à cette justesse ? En quoi consiste-t-il ?

Si une bonne partie de l'humanité est enfermée dans un moi encapsulé, il faut bien qu'il y ait eu un point de départ, un phénomène déclencheur, un choix qui se soit fait. A moins qu'il ne s'agisse que d'une dégénérescence et que cette humanité soit engagée sur une voie négative.

Pourquoi l'évolution ayant contribué à l'avènement d'un cortex, d'une conscience, d'une intelligence serait-elle anéantie par une involution ? Il doit y avoir une explication. 

Il y a des jours où j'aimerais que ça se calme en moi.

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