Articles de la-haut
Jarwal en "coup de cœur"
Coup de Coeur Pour Jarwal
http://mespremiereslectures.com/Coup-de-Coeur-Pour-Jarwal.html
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Un Lutin pas comme les autres, des enfants très spéciaux et une mission de sauvetage....
JARWAL, le Lutin Tome 1
Thierry LEDRU, un auteur qui sort des sentiers battus, son Interview ICI.
Jarwal, c’est bien simple, c’est LE lutin qu’on rêve tous de rencontrer au détour d’une randonnée paisible dans la montagne, loin du chaos de la ville, du rythme trépidant du quotidien, de la société de consommation et de la boulimie effrénée du toujours plus de la même chose sans jamais de satiété…
Et oui, ce roman n’est pas que pour les enfants, il a aussi une portée philosophique.. mais non, ça n’est pas un gros mot !
D’ailleurs, la philosophie, l’auteur la pratique au quotidien dans sa classe avec ses jeunes élèves, et ils adorent ça !
Mais revenons à Jarwal.
Ce Lutin est très particulier. Il recherche de part le monde les élus… ces enfants qui sont les seuls à pouvoir sauver de l’oubli le petit peuple dont l’histoire est en train de s’effacer dans LE LIVRE.
Ce roman raconte une histoire, sur fond pédagogique, peuplée de messages d’incitations à un retour vers la nature, l’amour de la vie et au respect de l’environnement.
Il est une invitation à l’émerveillement et bien plus encore...
Mais que se passe t-il au juste ?
Les enfants ne lisent plus. Ils préfèrent la Télévision et les jeux vidéo… C’est une catastrophe pour le petit peuple car toutes les histoires et légendes de fées, trolls, elfes et autres lutins tombent dans l’oubli au profit de la modernité.
Les rêves n’ont plus leur place. Les enfants de la planète entière, et les adultes sont tellement connectés aux engins modernes, qu’ils sont de plus en plus déconnectés de la source, de la nature, de l’essentiel.
Jarwal doit empêcher son peuple de disparaître. Il doit tout tenter dans l’espoir de retrouver aussi sa bien-aimée.
C’est dans le personnage terrifiant de Jackmor que le symbole du progrès est incarné, comme un démon réduisant le libre arbitre des humains sous son emprise à néant.
Être plutôt que faire, réfléchir à ses actes et aux conséquences, se demander ce que bien et mal veulent dire … Les héros vont devoir courageusement affronter peurs et questionnements pour retrouver le bon sens… et la bonne direction… celle de la liberté mais aussi du retour de la magie et du petit peuple.
On attend la suite…. Déjà prête mais en attente d’un éditeur….
Car près de 10 tomes sont ainsi prévus, permettant autant de voyages à travers le monde extérieur et intérieur.
L’auteur jalonne son récit de références et d’explications de mots, ce qui permet une accessibilité à tous les lecteurs et un enrichissement du vocabulaire des plus jeunes.
Enfin de la profondeur de champ dans un ouvrage jeunesse que bien des « grands » devraient aussi lire….
Présentation de l’éditeur du Tome 1 :
Marine (12 ans), Rémi (10 ans) et Léo (8 ans) sont trois enfants amoureux de la nature. Marine, organisatrice et chef incontesté du trio est leur guide, celle qui connaît les mystères de la forêt, les lieux enchantés, les chemins secrets, les légendes du monde.
Alors qu’ils sont partis tous les trois en montagne, Jarwal le lutin se présente à eux comme le Gardien du Livre du Petit Peuple. Il explique que les pages du Livre s’effacent sous le pouvoir maléfique du Progrès. Les enfants, fascinés et envoûtés par le monde moderne, ne lisent plus assez et les compagnons de vie de Jarwal tombent dans l’Oubli. Le lutin doit trouver des êtres capables d’écouter puis de transmettre la mémoire du monde pour que ses compagnons reprennent vie, que l’équilibre avec l’énergie vitale soit rétabli, que l’amour de la Nature soit à la source des existences. Les trois enfants ont été désignés par le conseil des Sages comme les Elus parce qu’ils résistent aux illusions technologiques et qu’ils aiment la Terre.
Romans ou essais ?

Des éditeurs et parfois des lecteurs m'ont dit que je ne devrais pas m'obstiner à écrire dans le registre du roman mais que je devrais m'atteler à écrire des essais.
Mais si je ne m'y résouds pas, c'est parce que je tiens à ce que mes écrits ne soient pas associés à des réflexions intellectuelles mais qu'ils représentent la vie dans toute sa dimension : intellectuelle, spirituelle, philosophique, évènementielle, quotidienne, passionnelle...
Le roman est un miroir de l'existence alors que l'essai en est son commentaire.
Je ne veux pas commenter.
L'autre raison s'oppose à l'idée que le roman n'est qu'un divertissement et qu'il n'est pas destiné à conduire l'individu à un questionnement existentiel. Je pense au contraire que le roman a une force immense quant à l'identification possible du lecteur aux personnages alors que l'essai ne favorisera pas ce transfert et par conséquent la perception profonde des idées.
L'essai s'en tiendra à la raison, le roman y ajoutera l'émotion.
Si le roman parvient à transcrire une démarche intellectuelle en la nourrissant des émotions, son absorption en sera renforcée.
Je n'oublierai jamais ma première lecture de "Citadelle" de Saint-Exupéry. Les pensées philosophiques de toute une vie.
Aucun essai philosophique n'aura à mes yeux la puissance du roman parce que s'y ajoutent la beauté incommensurable de la musique, de la poésie, des images, des dialogues, des paysages, des odeurs, des gestes, des regards, des sourires, des larmes, de la détresse ou de la joie de vivre. De tout ce qui fait l'existence et de tout ce qui renforce la conscience de la vie en soi.
Alors, sans doute que je prends un risque en voulant mêler cette construction romanesque avec une démarche existentielle mais je ne peux pas trahir l'enfant qui vit en moi et qui posait sur sa poitrine le livre de Saint-Exupéry, après des heures de lecture, au fond de son lit. Et qui pleurait de bonheur.
J'ai découvert l'émotion amoureuse en lisant des romans.
Jamais, aucune image de film de cinéma, ne m'a procuré le bonheur des écrits.
L'enfant est là. Et le goût salé de ses larmes de joie en répétant inlassablement, dans son âme, l'assemblage des mots.
On ne peut pas répéter en soi une scène de film. Il faudrait posséder le talent des acteurs. Mais on peut répéter les mots, l'écrivain les a donnés, ils n'appartiennent à personne, ils aiment celui qui les accueille à coeur ouvert, celui qui les absorbe dans une mémoire aimante, non pas cette mémoire qui nous permet de retrouver nos clés de voiture, mais cette mémoire qui ressemble à un placenta nourricier, là où sont entreposés les aliments spirituels, là où germent les désirs de croissance, l'aimantation vers la conscience et l'éveil.
Tout ça remonte à si loin que je ne saurais continuer en le perdant de vue.
Le mental intuitif
Evidemment que cette citation me touche au plus haut point, sans vraiment savoir ce que ce grand homme voulait entendre. Je n'aurais pas l'outrecuidance de considérer que je comprends pleinement Albert Einstein.
Je peux juste tenter d'avancer dans ce que je perçois, sans être certain de ce que j'avance.
Le mental intuitif est celui qui se manifeste lorsque se tait le mental rationnel ou en tout cas lorsqu'il n'est plus prééminent. J'ai du mal à associer le terme de "mental" avec celui "d'intuitif" d'ailleurs...J'ai plutôt l'impression que c'est lorsque le mental se tait que l'âme peut de nouveau libérer tout ce qu'elle contient. L'intuition en fait partie. S'agit-il d'une connaissance extérieure à l'individu lui-même mais qu'il parvient à saisir parce qu'il n'est plus enfermé dans ce mental dictateur ? C'est en tout cas l'hypothèse qui me touche au plus profond. L'ouverture de l'âme devant l'effacement des portes du mental est une opportunité de connaissances immédiates, comme le saisissement spontané de tout ce que l'Energie contient.
"Il y avait quelque chose d'indéterminé avant la naissance de l'univers.
Ce quelque chose est muet et vide.
Il est indépendant et inaltérable.
Il circule partout sans se lasser jamais.
Ne connaissant pas son nom, je le dénomme "Tao".
Lao Tseu
L'intuition représente-t-elle ce lien reconstitué avec le Tao ?
"Le regardant, on ne le voit pas, on le nomme l'invisible.
L'écoutant, on ne l'entend pas, on le nomme l'inaudible.
Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l'impalpable.![]()
Le Tao est quelque chose de fuyant et d'insaisissable.
Fuyant et insaisissable, il présente cependant quelque image,
insaisissable et fuyant, il est cependant quelque chose."![]()
Lao Tseu
Le parallèle avec l'intuition est évident. Invisible, inaudible, impalpable. Au-delà du fonctionnement rationnel bien entendu.
La prémonition est -elle un degré supérieur encore ? Une plongée encore plus profonde dans cet espace du tao... On peut considérer l'intuition comme une saisie immédiate, dans un temps extrêmement court, bien souvent dans une situation d'urgence.
La prémonition apporte une donnée temporelle qui est encore plus troublante. On peut bien sûr considérer qu'il s'agit de coïncidences. Jung parlait de "synchronicité. " Aucune explication par lien de causalité. L'intuition, la prémonition et les phnéomènes qui ne se soumettent pas à travers l'analyse à la causalité n'en sont pas moins réels. Ou alors, il faudrait supputer que tous ces phénomènes ne sont que du domaine de l'imagnitation. Ce qui serait absurde au regard du nombre de témoignages et encore davantage envers les multiples sommités qui se sont penchés sur ces phénomènes.
Pour Hubert Reeves, le « plan acausal sous-jacent à l'existence des lois de la nature serait celui où s'inscrirait la question du « sens » ou de l'« intention » dans la nature et où la conscience de l'homme s'inscrirait dans son évolution » : les événements synchronistiques seraient significatifs de l'unité de l'univers, et la notion de synchronicité serait de ces intuitions exprimées par des balbutiements maladroits parce que « les mots mêmes nous font défaut. »
"Les mots mêmes nous font défaut."...
Ou leur ajustement...
C'est stupéfiant comme les évènements de la vie peuvent nous conduire très loin dans l'introspection. Dès lors qu'on cherche justement à ajuster les mots. Je souris intérieurement lorsque je réalise tous les ajustements qu'il me reste à trouver. Des bonheurs quotidiens.
Hume et l'empirisme.
Hume (1711-1776) est un philosophe "empiriste".
Wikipédia
L'empirisme désigne un ensemble de théories philosophiques qui font de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance valide et de tout plaisir esthétique. L'empirisme s'oppose en particulier à l'innéisme des idées et à l'idée d'une connaissance a priori. Il va souvent de pair avec une théorie associassioniste des idées qui explique leur formation par la conjonction d'idées simples.
Selon ce courant de pensée, toute notre connaissance précède et dérive de l'expérience. Or, comment connaissons-nous notre "moi" ? Précisément par la série d'expériences et de sensations à travers lesquelles nous nous saisissons nous-mêmes. Mais alors, peut-on poser une identité, un moi qui serait indépendant de cette succession d'expériences ? Hume répond par la négative.
"Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. " Hume ; "Traité de la nature humaine."
Hume considère qu'étant donné qu'il est impossible d'appréhender une quelconque identité subjective autrement que dans une perception particulière, le moi n'est qu'une fiction et une construction purement conceptuelle.
On rejoint l'idée du déterminisme mais dans une problématique très pessimiste puisqu'on en vient à considérer l'individu comme inexistant en dehors de ces perceptions. Quelques soient les causes des phénomènes, elles n'ont aucune importance étant donné que de les connaître ne change rien à l'homme. Il reste un néant manipulé par des perceptions issues de ses expériences, lesquelles,même s'il parvient à les analyser ne lui permettent pas de s'extraire de ce chaos intérieur.
Même si je parviens à observer les perceptions, je ne les perçois qu'à travers d'autres perceptions...
Personnellement, je ne vois pas là un problème quelconque. Il me semble au contraire que ce phénomène de la perception comme étant la source de toute connaissance est une opportunité de progrès et non une sanction. Hume aurait aimé sans doute limiter sa connaissance à l'intellect et se passer de toute donnée sensitive. Peut-on considérer que l'individu éprouve le phénomène de la vie s'il se prive ou cherche à se priver de la perception ? Il me paraît plus respectueux envers cette vie de chercher à explorer totalement, en pleine conscience, cette dimension de la perception. Et c'est là que se trouve ce progrès possible.
Quand je fais du vélo, je ne recherche pas la douleur physique, ni la souffrance morale, à travers l'épuisement.
La douleur physique est le premier palier à franchir. Quand je pédale depuis deux heures, trois heures, il arrive un moment où la fatigue s'efface, comme si elle-même était fatiguée... Apparaît alors une énergie inconnue, un état d'absence, d'oubli de la douleur, c'est l'euphorie. La souffrance psychologique s'éveille d'abord sous la forme de la lassitude, celle qui répète inlassablement qu'il est temps de s'arrêter. Un autre palier à franchir. C'est là qu'il est essentiel de se concentrer sur des choses très simples, le souffle, le rythme des jambes, la poussée verticale, la remontée de l'autre jambe, le talon qui descend plus bas que les orteils, l'application aux gestes. C'est cette simplicité qui permet d'opérer cette lobotomie qui ouvre l'espace suivant. La souffrance prend forme à travers la lutte intestine générée par les pensées, ça n'est pas le corps qui souffre mais bien le mental qui cherche une issue. Le corps suit le mouvement nourri par l'énergie. Ce qui m'intéresse, c'est ce moment où s'opère cette rupture mentale, cette disparition des pensées et des plaintes, cette attirance vers l'arrêt de l'effort. Là où il n'y a plus rien de cérébral. C'est la Vie qui anime l'individu, rien de narcissique, aucun désir de puissance ou de performance mais juste cette exploitation entière d'une énergie qui ne peut apparaître que dans ces moments-là.
Pour ma part, je n'ai jamais trouvé ça ailleurs.
Mais je sais aussi que ça remonte à loin tout ça. Pour ma part, tout a commencé dans la chambre d'hôpital où je veillais mon frère. C'est là que j'ai pris conscience de la Vie, celle que je cherche constamment quand je cours en montagne, quand je pédale, quand je skie, quand je marche. Quand j'aime la Terre.
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LES EVEILLES
La mort. Il l’avait souvent défiée. L’épuisement physique.
Les journées d’escalade. Ce besoin de sentir la solidité de la roche, comme les murs de la chambre d’hôpital contre lesquels il s’était appuyé, cette masse indestructible sous ses mains, comme si le vide ne pouvait plus le saisir, s’accrocher de toutes ses forces, résister à la pesanteur, cette chute effroyable vers les noirceurs insondables, repousser les faiblesses, dépasser les limites, ne jamais s’avouer vaincu, aller au bout de l’effort, approcher du noyau d’énergie qui rayonne dans les fibres, sentir palpiter la vie comme un cœur d’étoile, un clignotement infime mais constant, inaltérable, éternel. Se détruire pour vivre. Et entrer en communion avec l’infini. Ses sorties en vélo. Cent kilomètres, cent cinquante, deux cents. Trois cent soixante-quinze. C’était son record. Une journée entière à rouler. Il était parti sans savoir où il allait, direction plein nord, le bonheur de rouler, juste engranger des kilomètres, découvrir des paysages puis la fatigue qui s’installe, plonger en soi et voyager à l’intérieur, le ronronnement mécanique du dérailleur, la mélodie des respirations, l’euphorie de la vitesse, cette déraison qui le poussait à écraser les pédales, cette folie joyeuse qui consumait les forces, ce courant étrange qu’il sentait dans son corps, cette détermination irréfléchie, juste le besoin inexpliqué de plonger au cœur de ses entrailles, d’en extraire les éléments nutritifs, de les exploiter, jusqu’à la moelle, que chaque particule soit associée à cette découverte des horizons intimes, être en soi comme un aventurier infatigable, un guerrier indomptable, passionné, amoureux, émerveillé, ne jamais ralentir, ne jamais relâcher son étreinte, enlacer ses forces comme un amant respectueux, les honorer, les bénir et sentir le bonheur de la vie, une vie qui lutte, qui se bat, qui s’élève, cette certitude que cette vie ne pouvait pas s’éteindre, la sienne certainement, mais pas la vie, pas ce souffle qui circulait en lui.
Il n’était pas en vie. La vie était en lui. Il n’était qu’un convoyeur. Juste une enveloppe. Elle se servait de lui et il la remerciait infiniment de l’avoir choisi. Cette occupation n’était qu’épisodique mais il aurait eu cette chance. Il se devait d’en profiter. Cette palpitation le quitterait un jour, elle irait voir ailleurs. L’enveloppe deviendra poussière et la vie investira une autre capsule, un autre fourreau, un écrin juvénile.
L’épuisement le guidait infailliblement vers le cœur lumineux de la vie retranchée, il finissait par ne plus entendre les voitures, ni les rumeurs des villages traversés, par ne plus percevoir les paysages, il ne restait que des formes innommées, le parfum âcre de sa sueur, l’oxygène capturé inondant les abîmes affamés et le sourire délicat de son âme extasiée, la plénitude infinie de la vie en lui.
Les derniers kilomètres. Il avait pleuré de bonheur, vidé de tout, les yeux fixant le goudron qui défilait, les muscles liquéfiés, incapable de savoir ce qui permettait encore aux jambes de tourner, vidé de tout, coupé de sa raison, un mental éteint, une absence corporelle, un état de grâce, l’impression d’être ailleurs, hors de ce corps épuisé, une légèreté sans nom sous la pesanteur immense de la fatigue souveraine, un néant de pensées, juste ce sentiment indéfinissable de la vie magnifiée.
Cette vision étrange d’un cycliste déambulant sur la Terre, il était dans les cieux, un regard plongeant, une élévation inexplicable, dans la dimension des oiseaux, les arabesques des routes jusqu’au bout de l’horizon, les champs, les collines, quelques maisons, et ce garçon écrasant les pédales, ce sourire énigmatique, béatitude de l’épuisement, cet amour immense, cette étreinte spirituelle, il était dans les cieux, une échappée verticale. Comme emporté par les ailes d’un ange."
Cette dimension de la perception, je l'aime infiniment. Et je sais qu'elle m'a appris énormément. Hume aurait dû faire du vélo.
Elisée Reclus
"Ni Dieu, ni maître" anthologie de Christophe Verselle.
https://www.babelio.com/livres/Verselle-Ni-Dieu-ni-maitre-De-Diderot-a-Nietzsche/78298
Ami de Bakounie et de Kropotkine, Elisée Reclus (1830-1905) a participé à plusieurs journaux de tendance anarchiste (Le Cri du Peuple, Le Révolté, L'Insurgé),
Dans la lettre qui suit, Elisée Reclus s'en prend au vote qu'il assimile à une abdication. Il avance principalement quatre arguments.
"Voter, c'est se choisir un maître
-C'est permettre à certains hommes de se sentir au-dessus des lois puisque ce sont les élus qui les font.
-C'est succomber à l'illusion d'une omniscience des politiciens.
-C'est oublier que les promesses électorales n'engagent que ceux qui les écoutent.
"Compagnons, vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n'est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l'exercice du droit de suffrage.
Voter, c'est abdiquer; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Qu'il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d'une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois puisqu'ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous y faire obéir.
Voter, c'est être dupe; c'est croire que les hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d'une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l'immensiré de la tâche. L'histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.
Voter, c'est évoquer la trahison. Sans doute les votants croient à l'honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages et peut-être ont-ils raison le premier jour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l'homme change avec lui. Aujourd'hui le candidat s'incline devant vous et peut-être trop bas; demain il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres.
...
N'abdiquez donc pas, ne remettez pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas !
Au lieu de confier vos intérêts à d'autres, défendez-les vous-mêmes. Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejetez sur les autres la responsabilité de sa conduite, c'est manquer de vaillance. "
Qu'allons-nous faire dans quelques mois ?
Qu'avons-nous vu depuis des mois ?
Que devons-nous en conclure ?
"Ils" nous demandent de leur faire confiance. Il serait trop long d'énumérer les faits qui nous ont prouvé que c'était impossible.
Quelle solution ?
Ici, il y en a une de proposée.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
ETIENNE CHOUARD

Bonjour et bienvenue :o)
Je vous propose de prendre personnellement nos problèmes quotidiens à la racine et de réfléchir nous-mêmes à l'institution d'une vraie démocratie : et la racine d'une démocratie digne de ce nom, ce n'est pas l'élection — élection qui est par définition aristocratique (choisir le meilleur, aristos), donc oligarchique— , la seule racine de la démocratie, c'est le tirage au sort.
Depuis le débat référendaire sur le TCE (un puissant révélateur !), j'ai réalisé, avec d’autres citoyens, d'une part, l’importance de nos institutions dans notre vie de tous les jours et d'autre part, l’état de décrépitude dans lequel nous laissons se dégrader ces règles supérieures, par indifférence paresseuse le plus souvent.
L'approche institutionnelle m’apparaît désormais comme une clef de lecture universelle pour décrypter l'actualité et cette clef me permet de découvrir les sources profondes du malheur des hommes.
Ainsi, j'observe qu'un événement malheureux est presque toujours une conséquence de l'absence de contre-pouvoirs chez les décideurs impliqués. Éclairante clef de lecture, vraiment.
Pour rétablir effectivement notre protection contre les abus de pouvoir, j’essaie de concentrer mon attention sur les seuls principes essentiels dans une Constitution, (outil décisif pour les citoyens et pourtant complètement négligé), et particulièrement les principes dont nous privent les politiciens de métier.
Je réfléchis donc point par point.
Je voudrais que ces points nous servent de passerelles entre quatre outils, à l'aide de liens hypertextes pour faciliter les accès :
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Site vitrine proposant
· le texte "Grands principes", · son résumé en tableau, · les "Liens et docs" · et mon "Journal" · Etc. |
Site interactif permettant
· La partie "forum" de ce site · La partie "wiki" de ce site
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Site permettant
· Le site DemExp
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| Exemples de passerelles entre les différents sites : | ||||
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Documentation sur le point 1 : une Constitution définit et limite les pouvoirs sans imposer une politique économique donnée |
Liens hypertextes |
Débat |
Liens hypertextes |
Vote sur le point 1 : une Constitution définit et limite les pouvoirs sans imposer une politique économique donnée |
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Documentation sur le point 2 : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la Constitution) |
Liens hypertextes |
Débat |
Liens hypertextes |
Vote sur le point 2 : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la Constitution) |
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Documentation sur le point 3 : le mandat des représentants doit être impératif (ils doivent respecter leur promesses et être contrôlés sur ce point). » |
Liens hypertextes |
Débat |
Liens hypertextes |
Vote sur le point 3 : le mandat des représentants doit être impératif (ils doivent respecter leur promesses et être contrôlés sur ce point). » |
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Etc. |
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Cet objectif global est en cours de réalisation, je n’ai pas fini (c’est long).
Les créateurs de DemExp nous demandent de patienter avant d’utiliser le site en grandeur réelle : ils sont en train de le programmer et de le mettre au point. Donc, pour la dernière étape, celle du vote, attendons un peu, et parlons-nous : nous ne manquons pas de vrais sujets de conversation :o)
J’essaie donc d’enrichir nos idées et de leur donner vie avec quatre outils interactifs qui correspondent à quatre étapes de base de la formation d’une opinion commune :
1 – Un lieu pour LIRE les autres, et notamment les auteurs qu’on ne voit presque jamais dans les grands médias : les pages de ce site rassemblent déjà de nombreux liens et documents, en provenance de tous les horizons politiques, avec mes propres tentatives de synthèse de ce qui compte le plus.
2 - Un lieu pour DÉBATTRE entre nous, point par point, principe par principe : ce site propose depuis janvier un blog et un forum pour structurer nos échanges autour de ces points précis, affûter nos arguments et les rendre à la fois simplement exprimés et irréfutables.
3 – Un lieu pour ÉCRIRE ensemble, vraiment, une Constitution d’origine citoyenne, article par article : ce site propose une partie Wiki, c’est-à-dire hautement interactive puisque tout le monde peut tout changer…
L’encyclopédie Wikipédia se bâtit sur ce principe et les contributeurs se respectent plus qu’on pourrait le craindre : ils font leur police eux-mêmes et le résultat de ce bénévolat mondial est impressionnant. L’enjeu de l’écriture par nous-mêmes de notre propre Constitution est si considérable que je nourris de grands espoirs sur cet outil Wiki. J’ai du mal à avancer autant que je voudrais, faute de temps, mais on va y arriver ; on n’est pas si pressés. Chi va piano, va sano, chi va sano va lontano… :o)
4 – Un lieu pour VOTER, point par point, et nous compter : ce sera (bientôt j’espère) un site comme celui de l’Expérience démocratique qui nous permettra de donner forme à une nouvelle opinion publique, plus active, plus informée, plus fidèlement reflétée que l’approximation des sondages, et peut-être plus apte que le système actuel à nous garantir enfin le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (voir ma page journal, billet du 19 novembre 2005).
Si on en arrive à bout, ce texte pourrait intéresser tous les peuples du monde : car finalement, qu’est-ce qui nous différencie, du point de vue du contrôle des pouvoirs ?
Chantier pharaonique, en vérité, mais passionnant :o)
Merci pour vos messages chaleureux et votre précieux soutien.
Étienne.
Pire que tout.
Cette idée que nous sommes "drogués" par des conditionnements destructeurs. Si je l'élargis à l'ensemble de l'humanité, ça n'est pas que nous que nous conduisons à la déchéance du drogué mais la Terre elle-même étant donné que nous sommes des éléments de la Vie. S'il n'y a pas de dualité réelle mais une osmose des éléments vivants, nourris par une même énergie, nous sommes alors des cellules malades. A croire que nous sommes les seuls concernés par nos crises économiques, existentielles, religieuses, politiques, amoureuses, sociales, financières, historiques, nous en oublions l'essentiel. Nous sommes malades parce que nous sommes coupés de la Source.
Je suis fatigué de cette alternance entre la conscience d'une Vie immense et insaisissable et ce que les hommes ont fait de cette existence. Ces bouffées de bonheur qui ruissellent quand s'éveille en moi, cette force incommensurable et la détresse lorsque j'observe cette humanité et sa déliquescence.
A quoi ça me sert de l'observer ? Puisque je ne peux rien y changer.
Il arrivera un jour où je partirai. Je ne m'occuperai plus des enfants. Je ne m'occuperai plus du monde. Je n'écrirai plus rien.
Je prendrai mon vélo et j'écouterai de la musique en pédalant autour de la Terre.
JUSQU'AU BOUT : Dialogue

XXXVIII
Dès qu’ils furent sur la route, Cloarec fit part de ses craintes à son ami.
« Moi, je te dis qu’il est capable de faire une connerie avec son fusil. Il faudra faire attention quand on les retrouvera. Il est assez fou pour tirer, même avec les gosses autour. Il ne peut pas encaisser le coup que l’instit a fait. Qu’il soit rentré dans sa ferme pour détacher le petit David, je crois que pour lui, c’est encore pire que ce voyage. C’est comme s’il n’y avait que lui de concerné. Il en a fait une histoire d’honneur. Et ça, à la fin, c’est toujours des conneries.
-Faut dire que la Bernadette, elle a vite fait le tour du pays avec son histoire.
-Elle l’aime pas le Miossec, elle voit bien le mal qu’il fait au petit. »
Miossec roulait comme le demeuré qu’il était. Cloarec avait un mal de chien à suivre.
« J’espère qu’il n’a pas pris sa bouteille de rouge, sinon il va finir dans un arbre, s’inquiéta Le Renard. Fais gaffe, hein ? C’est pas la peine de se tuer pour ce malade. Moi aussi, je veux retrouver Rémi et Fabrice mais je veux y arriver en entier et pas sur un brancard. Tu crois que l’instit, il leur a fait du mal aux gosses ?
- Sûrement pas. Tu vois Jean, je vais te dire franchement, si ma femme n’avait pas insisté pour que j’aille chercher Marine, j’aurais pas bougé. Je crains rien du tout. Marine, elle est vachement heureuse d’avoir eu cet instit et tu peux pas savoir comme elle a changé pendant l’année. Et tout en bien. Elle a grandi dans sa tête, incroyable ! Elle était déjà vachement mûre pour son âge, c’est Florence qui disait ça, mais alors maintenant on dirait presque une petite femme. Tu peux pas imaginer les discussions qu’on a avec elle. Parfois, j’ai du mal à suivre. Ce qui m’emmerde le plus c’est que c’est pas moi qui l’ai emmenée en vacances. Tu vois, la ferme, j’en ai plein le cul ! Quand je pense qu’on n’a même pas le temps de s’occuper de nos enfants. Ils grandissent et on ne voit rien. On compte les litres de lait, les tonnes de patates, les hectares de maïs et on ne voit pas nos enfants. Ca me fait chier, tu vois, vraiment ça me fait chier. L’instit, j’ai presque envie de le remercier. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il m’en parle de son idée et j’aurais accepté tout de suite mais on n’a jamais pris le temps d’aller discuter avec lui. On a vraiment dû passer pour des tarés. On est vraiment trop cons ! Je l’ai même suspecté d’être un pédophile ! Tu vois un peu. C’est Miossec qui m’avait filé cette idée à la con. Alors que Marine, elle a jamais été aussi heureuse. Quand je l’ai questionnée un peu pour voir comment ça se passait dans la classe, j’ai bien vu que tout ce qu’il faisait, c’était pour leur bien. Si ça avait été un tordu, Marine, elle me l’aurait dit. Je lui ai fait comprendre ce qui me faisait peur et je peux t’assurer que ça ne lui a pas plu du tout que je puisse douter de son maître. C’est elle qui m’a dit que c’était pas parce qu’il était différent des autres qu’il était dangereux. Elle m’a même dit que c’était les autres instits qui étaient dangereux parce qu’ils n’aimaient pas les enfants comme lui il les aime ! J’étais pas fier, tu vois. Et j’ai arrêté de dire des conneries. Non, j’y crois pas du tout qu’il pourrait leur faire du mal. Tu te rends compte des risques qu’il prend pour emmener nos gamins en vacances ! Et nous, on n’a même pas été foutu de voir que ce mec-là, il fallait juste qu’on l’écoute un peu. Faut croire que le boulot, ça te bouche toute la tête comme un paquet de merde dans le cul. Ce mec, moi je pense que c’est quelqu’un de bien et ce qui est sûr c’est qu’il aime les enfants. Nos enfants ! Alors, je peux pas lui en vouloir. Tu comprends ? Lui, au moins, il s’en occupe. Moi, par contre, ça me fout la honte. Tu vois, après cette histoire, j’ai décidé que je m’occuperai davantage de mes filles. J’ai déjà loupé beaucoup de choses avec Marine, il faut pas que je fasse la même connerie avec Morgane. Je suis déjà bien content que Marine continue à me parler. Peut-être même qu’elle m’aime encore. Et pourtant j’ai pas fait grand-chose pour elle. T’as vu tout ce que l’instit a fait découvrir à nos gamins. C’est la honte pour nous. C’est la honte.
- Ouais, moi aussi, ça me fait ça. C’est vrai que Rémi et Fabrice, ils ont sacrément changé. Tu vois Fabrice, tu le connais un peu. Il était vachement timide, il manquait de confiance. J’avais beau me dire qu’en grandissant ça s’arrangerait et ben que dalle. Il s’améliorait pas le gamin. Et là, en un an, c’est dingue comme il a changé. Il parle avec un adulte, même s’il le connaît pas, il prend des initiatives, il rigole vachement plus qu’avant. Tu vois, plein de trucs comme ça. Il est beaucoup plus heureux. Et c’est vrai que c’est pas grâce à moi. Le séjour au camping à Camaret, ça l’a transformé. Et Rémi, je t’en parle pas, je le reconnais plus. D’ailleurs, j’ai l’impression que lui non plus me reconnaît plus. Tu vois ce que je veux dire. Comme si je l’intéressais moins qu’avant. Et ça me fout vachement la trouille…T’as raison, c’est vraiment nul que ça soit pas avec nous qu’ils aient vécu tout ça. D’ailleurs, ma femme, elle me l’a dit y a pas longtemps. –Quand t’as le temps, au lieu d’aller à la chasse avec tes copains, tu ferais mieux de passer la journée avec tes deux garçons. L’instituteur, il s’en occupe mieux que toi. Je me demande même lequel de vous deux aime le plus les garçons.- Ca m’a fait mal quand elle m’a dit ça. On s’est même engueulé. Je lui ai dit que je bossais pour qu’ils manquent de rien et que je pouvais bien passer un peu de temps avec les copains. C’était vraiment des conneries. Et puis, après avec le boulot, j’y ai plus pensé.
- Ah ouais, toujours ce boulot. Ça, tu vois, c’est une excuse de merde. On se dit ça juste parce qu’on est trop con pour réfléchir un peu. Marine, un soir, elle m’a lu une phrase que l’instit leur a donnée en classe. La vache, ça m’a marqué. Attends que je la retrouve…Ça dit à peu près ça -On rencontre beaucoup d’hommes qui parlent de liberté mais ils passent leur vie à se fabriquer des chaînes.- J’y ai même pas compris quand Marine elle m’a lu ça. C’est elle qui m’a expliqué que ça voulait dire qu’on travaillait pour avoir du pognon et s’acheter plein de trucs mais qu’en fait, au lieu d’être libre, on était prisonnier de tout ce qu’on désirait. Tu vois le truc ? En fait, on croit qu’on va bien parce qu’on gagne du fric mais en vrai, on voit pas nos gosses grandir parce qu’on en veut toujours plus. Enfin, c’est pas simple mais c’est quelque chose comme ça. J’ai passé des heures à réfléchir à ce truc. Parfois, j’étais sur mon tracteur et je pensais à ça. Non, mais tu vois la situation. Le demeuré de paysan, le cul sur son tracteur, qui réfléchit à la vie qu’il mène parce que sa fille lui a lu une phrase. Un vrai truc de fou !
- Ouais je vois bien… Enfin, je vois surtout que c’est pas facile de tout réussir. Son boulot, élever des gosses, aimer sa femme, pas foutre sa santé en l’air, s’occuper des gens qu’on aime, le boulot, les machines, les bêtes et les gosses et les impôts et puis comme ça pendant des années et ça passe à toute vitesse… T’as l’impression de tout faire comme il faut toi ?
- Sûrement pas pour mes deux filles et sans doute pas non plus pour ma femme. Tu vois l’instit, il le sait sûrement pas mais il m’aura fait comprendre ça. Enfin, c’est Marine qui l’aura fait mais je sais que c’est lui aussi. Tu vois par exemple, il a prêté des livres à Marine et elle m’a demandé d’en lire certains. Tu vois le problème ! J’ai jamais rien lu que le Ouest France et L’équipe. Je te dis pas comme ça m’a emmerdé au début puis finalement j’ai découvert que j’aimais ça. C’est dingue hein ? Saint-Exupéry par exemple, c’est vachement bien ce qu’il a écrit. Jack London, j’aime bien aussi. Avec les chiens au Canada dans la neige et les chercheurs d’or. Ça fait comme les westerns. J’aime bien. Ça fait voyager des trucs comme ça. Et puis, j’aime bien le nom du mec, ça sonne bien ! Jack London ! Ça a de la gueule hein ? Et il y en a plein d’autres des écrivains ! Mais alors moi, les noms, je les retiens pas. Alors Marine, elle me fait des fiches avec le titre du livre et le nom de l’écrivain. Elle dit qu’il faut que je m’en souvienne. C’est un boulot dis donc ! Mais bon, j’essaie quand même, c’est tellement bien ce qu’ils ont écrit tous ces gars !
- Oh la vache ! je connais rien de tout ça moi. J’ai bien vu que Rémi et Fabrice, ils lisaient vachement mais ça m’a pas intéressé. Je sais même pas ce qu’ils lisent.
- Et tu sais que c’est l’instit qui a prêté ses propres livres aux enfants. Tu te rends compte ? Il leur fait vachement confiance. D’ailleurs Marine, ça l’a embêtée quand elle a vu le temps que je mettais à lire. Elle a voulu ramener le bouquin pour les autres gamins de la classe. Mais moi, je voulais connaître la fin. C’était Terre des hommes, de Saint-Exupéry. Celui-là je l’adore ! Le mec avec son copain, il avait posé son avion dans le désert. Ils étaient en panne, ils étaient entrain de crever de soif. Et c’est une histoire vraie ! Moi, je voulais savoir la fin alors je suis allé dans une librairie à Loudéac et j’ai acheté le bouquin. Tu me vois dans une librairie ! Je te dis pas tous les bouquins qu’il y avait sur les étagères, c’est dingue, j’y ai pas cru et en plus, c’est pas deux fois le même ! Que des bouquins différents. Incroyable je te dis ! Il a fallu que je demande à la patronne sinon je serais mort de vieillesse avant de trouver celui que je voulais! Et le soir quand Marine, elle m’a vu avec le bouquin dans la banquette, elle m’a fait une de ces bises sur la joue ! Un truc, tu vois, c’était plein d’amour. Tu peux pas savoir le bien que ça m’a fait. C’est elle qui m’a lu le passage quand ils ont trouvé une orange dans la cabine de l’avion. C’est tout ce qui leur restait. Je peux te dire que maintenant une orange, je la vois plus de la même façon. C’est incroyable, ces écrivains comme ils savent bien raconter. T’as l’impression que c’est eux qui t’ouvrent les yeux. Comme si avant, t’avais que de la merde dedans. Comme si t’avais jamais vu la vie. Tu vois, tu crois que tu sais ce que tu fais, que tu sais où tu vas mais en fait, tu sais rien, que dalle. Y a que ces mecs qui peuvent te montrer ce qui est vraiment important. Y a des soirs, tu vois, tu gardes ça pour toi hein, et ben j’en aurais pleuré. Ouais je te jure. Y a un marin aussi, Montessier ou Moitessier, je sais plus bien, Marine, elle a ramené le bouquin, quand il a fait son tour du monde sur son bateau, il était tout seul, il a découvert des trucs en lui, c’était fou. Avec l’océan, c’était une sacrée histoire d’amour. Nous aussi, on pourrait vivre ça avec la terre mais on la regarde pas comme il faut. Ouais, je sais ce que tu penses, me regarde pas comme ça, tu te dis que j’ai un peu reçu, et que je déconne. Mais moi aujourd’hui, je dis que c’était avant que je déconnais. Maintenant, je commence à y voir un peu plus clair. C’est con que ça m’ait pris autant de temps. Il faudra que j’arrive à le dire à l’instit. Ca m’emmerderait qu’il parte comme ça, sans qu’on ait le temps de parler. On s’est rencontré une fois dans la librairie à Loudéac et je suis resté comme un vrai con. J’ai rien trouvé à dire…J’espère que j’y arriverai maintenant. Je suis pas habitué à parler comme ça moi. Les sentiments et tous ces trucs-là, ça me dépasse un peu. Enfin, avec les bouquins j’ai fait des progrès… Et la musique, ah bon dieu la musique ! J’y connaissais rien non plus et l’instit leur a prêté des cassettes. Y a une musique de film, « le mépris » ça s’appelle, j’écoute ça sans arrêt à la maison. Attends, je te jure, tu peux pas écouter ça sans que ça te prenne aux tripes. T’as l’impression que les violons ils sont entrain de t’ouvrir le bide ! Et j’aime bien la tête du mec qu’a fait ça. Tu vois que c’est la tête d’un mec bien. Y a la rue dans son nom. Tiens, cherche la cassette, elle est là. Regarde comment il s’appelle… Georges Delerue, ah ouais, c’est ça ! Alors lui, c’est un champion ! Et Marine, elle nous a fait écouter d’autres trucs, des musiques incroyables. Ma femme, presque à chaque fois, elle pleure comme une chasse d’eau qui fuit. Et puis, tu vois l’instit, il leur passe de tout, c’est ça qu’est bien. Du Mozart, du jazz, de la chanson française, Alan Stivell. Tu vois même celui-là, il est Breton et ben pourtant je connaissais rien. La symphonie celtique, si tu connais pas ça, tu sais pas ce que tu perds. Tu vois ça nous change de Rika Zaraï et des nullités qu’on entend à la télé. La télé, j’en ai plus rien à foutre maintenant. C’est vraiment de la merde en boîte. Ils nous prennent pour des cons parce qu’on est des cons ! C’est de notre faute tout ça. On a qu’à les envoyer chier ! C’est tout ce qu’ils méritent. Maintenant, le soir on parle des bouquins. En ce moment, Marine, elle lit un bouquin de Tolkien. Ouais, je te jure c’est son nom au mec ! C’est tellement bizarre comme nom que je m’en souviens. Ca a l’air vachement bien. J’ai hâte qu’elle me le passe. Parfois, dans la journée, j’ai envie de m’arrêter de bosser pour aller lire !
- Non, je te crois pas !
- Si je te jure. Moi aussi, au début, ça m’a fait drôle, j’ai même cru que j’étais malade ! Mais c’est plutôt parce qu’on s’arrête jamais qu’on est des malades ! Alors quand je vois l’autre fou devant, avec son fusil dans le coffre, je me dis qu’on a intérêt à faire gaffe. L’instit, même s’il a fait une connerie en partant comme ça, il mérite pas qu’on l’emmerde. Pour une fois qu’on tombe sur un mec bien. Tu te rends compte tout ce qu’il a fait changer en un an...J’étais en train de perdre ma grande fille et j’aurais sans doute fait pareil avec Morgane. Et puis voilà qu’on se parle maintenant. Et pas du boulot en classe ou du métier qu’elle veut faire plus tard. Tout ça, c’est que dalle, ça n’a aucune importance, c’est pas ça qui compte. Non, on se parle de la vie, tu vois, je sais même pas comment te l’expliquer tellement ça me dépasse encore. C’est que quand je suis avec Marine que ça vient. C’est comme si tous les mots, ils étaient coincés quelque part et puis d’un coup ça ressort. Et même avec ma Florence ça va beaucoup mieux. Tu vois, on parlait de la ferme, des impôts, du prix du lait. Vraiment on était con ! Tu sais ce qu’elle m’a dit la semaine dernière ? -Alain je t’aime- Tu te rends compte, ça faisait des années que c’était pas arrivé. Je sais pas comment c’est pour toi mais chez moi c’était pas terrible. Pourtant, on s’entend bien mais c’est comme si on passait à côté de quelque chose et qu’on savait pas quoi. Et ben, maintenant, je sais ce que c’est. C’est l’amour. Et te fous pas de ma gueule, je sais que ça a l’air con mais je te jure que c’est ce qu’il y a de plus beau.
- Je me fous pas de ta gueule Alain. Je me dis même que t’as de la chance. Ça me touche vachement que tu me parles comme ça. C’est vrai je te jure. Ça me fait vachement plaisir et je me dis que t’as de la chance…J’ai vraiment hâte de retrouver mes deux garçons et de les serrer dans mes bras et qu’on rentre à la maison. Je comprends mieux tout ce que je sentais depuis quelques temps. Toi, t’as déjà compris beaucoup plus de choses que moi et ça va m’aider tout ce que tu viens de me dire…Merci Alain. Merci de m’avoir expliqué tout ça. Moi j’aurais jamais osé. Et je sais que c’est une connerie, c’est toi qui as raison…Dis, tu me prêteras des bouquins ?
- Ouais, bien sûr, tu viendras à la maison, je te montrerai tout ce que j’ai acheté. La librairie de Loudéac, maintenant je m’y retrouve sans problème et je connais bien la patronne. C’est elle qui me conseille aussi. On s’entend bien. Elle est sympa. Et tout ce qu’elle connaît ! La vache c’est impressionnant ! Et puis, je vois qu’elle aime bien Marine. Ça me fait plaisir. Quand je vois ma fille, comme ça, dans les bouquins je me dis que l’instit, il lui a vraiment montré un trésor incroyable, tu vois ce que je veux dire, un trésor qu’arrête pas de s’agrandir ! C’est pas un coffre qui est fermé avec des vieilles choses pourries dedans. Non, là, le coffre il est ouvert et ça n’arrête pas de tomber dedans, des belles choses et toutes celles qui sont là depuis des années et des années, elle vieillissent pas. C’est fou hein ? Putain, tu te rends compte comme je parle bien maintenant. Ça, c’est une vraie image d’écrivain que je viens de dire. Faudra que je la répète à Marine, ça va lui plaire. Tu sais, tu vas pas me croire mais samedi dernier on y est resté trois heures dans la librairie. Et on est parti parce que ça fermait sinon on n’aurait pas bougé ! Et Morgane aussi, elle veut ses bouquins ! On était tous les trois sur le trottoir avec chacun notre sac et nos bouquins dedans. C’était vachement beau. Et puis Marine, elle a pris mon sac pour me donner la main. Je vais te dire, j’étais vachement fier comme ça sur le trottoir avec ma jolie grande fille qui me donnait la main et Morgane qui trottinait comme un poulain devant nous avec ses petites gambettes. J’ai rigolé comme ça pour rien. Enfin non, c’était pas pour rien. C’était du bonheur…Oh ! tu dis plus rien ?
- Non je t’écoute. C’est vachement beau ce que tu racontes. Je te voyais pas comme ça. Et je me dis que je suis vraiment con. J’ai rien vu moi. Rémi, bon sang c’est un petit gars formidable et j’ai l’impression que je l’ai pas vu depuis des années. Parfois, je me dis comme ça, fais gaffe à lui, écoute- le, prends ton temps. Tu vois, je m’inquiète toujours pour Fabrice parce qu’il est vachement renfermé, enfin plus maintenant, et du coup je voyais pas Rémi. Je me disais toujours qu’il grandissait sans problème, qu’il avait moins besoin d’un coup de main que son petit frère. C’est con hein ? Comme si un gamin pouvait se passer de l’amour de son père ! »
Il tourna la tête vers la vitre, une boule dans la gorge, les yeux piquants.
« T’inquiète pas, c’est jamais trop tard. Regarde ce voyage comme il nous fait du bien. Ça sera plus jamais pareil après. C’est ça qui est important. Ne pas laisser passer les bonnes occasions quand elles se présentent. Même si on en a loupé un bon paquet depuis des années, ce qui compte maintenant, c’est qu’on a les yeux ouverts.
- Bon dieu, j’ai vraiment envie de les serrer dans mes bras mes garçons et je vais leur dire que je les aime. Oh oui ! je vais leur dire ça. Et je sais que j’aurai pas l’air d’un con.
- Oh non ! ça c’est sûr t’auras pas l’air d’un con. Celui qui est con, c’est Miossec. Le pauvre David, il me fait peine ce gamin, il a l’air tellement triste. Olivier, il a l’air de s’en sortir un peu mieux mais le petit il souffre vachement, ça c’est sûr et ce grand con de Miossec, il voit rien et il ne verra jamais rien…Tiens, allez, on va s’écouter la musique de Delerue. Tu sais, ce mec-là, ça se voit sur sa figure qu’il en sait plus que nous. J’explique pas pourquoi, c’est comme ça. Et quand t‘entends sa musique, tu sais que c’est vrai. Quand tu inventes des musiques comme ça, c’est que dedans, tu as senti des choses que les autres, ils ont pas encore trouvées. Moi, j’écoute ça tous les jours. Ça va nous faire du bien, tu vas voir ! T’as vu que je me suis payé un super auto radio et je peux te dire, c’est pas pour écouter Europe 1 et tous les gros cons qui s’y trouvent ! Je te jure, quand t’as ça qui passe, tu peux que fermer ta gueule alors que quand Rika Zaraï elle ouvre sa trappe à conneries, tu peux bien brailler avec tes potes, ça gêne personne. Mais alors ça, c’est comme si c’était l’amour mis en musique. Tu vois, quand j’entends ça, c’est comme si je revoyais Marine ou Morgane, tout bébé, dans leurs petits lits, toutes fragiles. J’ai envie de les prendre dans mes bras, de sentir leurs petits corps, de les embrasser, de leur dire des gentils mots, tout plein d’amour, de les protéger, de sentir le parfum de leur peau. Maintenant, je vais les réveiller le matin, je peux plus m’en passer, je leur fais des petits câlins tout doucement, je leur parle gentiment, tu vois, je faisais jamais fait ça avant. Je rentrais, j’ouvrais les volets, je gueulais, allez debout là-dedans ! et je me barrais au boulot à toute vitesse comme si ma vie en dépendait. Mais le plus important de toute ma vie, il était là, devant moi, dans les petits lits bien chauds, et j’y voyais rien, je sentais rien. Je crois que mes deux filles, je les regardais jamais dans les yeux, je les regardais, c’est tout mais je ne les voyais pas vraiment. C’est dur à expliquer tout ça. Les mots, ça peut pas tout dire. Les émotions, c’est bien plus fort. Y a que les écrivains qui savent en parler. Moi je suis qu’un paysan, alors tu vois, c’est pas facile.
- Et ben moi, je peux te dire que t’en parles vachement bien. Ca me serre les tripes tout ce que tu dis. Je suis vachement content d’être venu avec toi. Ouais, bon dieu de bon dieu, moi aussi cet instit faut que je le remercie. C’est une sacrée baffe qu’il nous a mise et il était temps qu’on se la prenne. Bon allez mets-nous cette musique. »
L'exemple caché de l'Islande
ISLANDE: L'AUTRE FORMIDABLE REVOLUTION !
Contre-exemple intéressant, non, de nos jours ?...
93% du Peuple IMPOSENT le NON-Remboursement des Banques !! La révolution dont les Médias se gardent bien de parler
Aussi incroyable que cela puisse paraître, une véritable révolution démocratique et anticapitaliste a lieu en Islande en ce moment même, et personne n'en parle, aucun média ne relaie l'information, vous n'en trouverez presque pas trace sur « Google »: bref, le black-out total.
Pourtant, la nature des évènements en cours en Islande est sidérante :
Un Peuple qui chasse la droite au pouvoir en assiégeant pacifiquement le palais présidentiel, une « gauche » libérale de remplacement elle aussi évincée des « responsabilités » parce qu'elle entendait mener la même politique que la droite, un référendum imposé par le Peuple pour déterminer s'il fallait rembourser ou pas les banques capitalistes qui ont plongé par leur irresponsabilité le pays dans la crise, une victoire à 93% imposant le non-remboursement des banques, une nationalisation des banques, et, point d'orgue de ce processus par bien des aspects « révolutionnaire » : l'élection d'une assemblée constituante le 27 novembre 2010, chargée d'écrire les nouvelles lois fondamentales qui traduiront dorénavant la colère populaire contre le capitalisme, et les aspirations du Peuple à une autre société.
Un autre possible face aux marchés financiers: la démocratie !
Alors que gronde dans l'Europe entière la colère des Peuples pris à la gorge par le rouleau-compresseur capitaliste, l'actualité nous dévoile un autre possible, une histoire en marche susceptible de briser bien des certitudes, et surtout de donner aux luttes qui enflamment l'Europe une perspective la reconquête démocratique et populaire du pouvoir, au service de la population.
Plus bas, vous trouverez deux articles traitant de cette révolution en marche, *à faire circuler le plus largement possible, puisqu'on ne doit compter sur aucun média pour le faire à notre place*.
http://www.cadtm.org/Quand-l-Islande-reinvente-la
Depuis le samedi 27 novembre, l'Islande dispose d'une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.
Depuis cette crise dont elle est loin d'être remise, l'Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l'Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d'ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C'était une première pour l'Islande, tout comme la nomination d'une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.
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http://bellaciao.org/fr/spip.php?article122457
http://parisseveille.info/quand-l-islande-reinvente-la,2643.html
Technocratie
http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet.php?abo=380571&serv=10&idCla=3636&idDoc=2017489&utm_source=ofmnewsletter&utm_medium=lettredinformation&utm_campaign=informationsgenerales
rôle d'exercice à la centrale nucléaire
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La centrale normande de Paluel.
AFP
Des élus voulaient vérifier, de nuit, la sécurité des réacteurs de Paluel (Seine-Maritime). Ils ont eu froid dans le dos.
À sa demande, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) simule un accident du type Fukushima : une perte totale d'électricité et du groupe électrogène de secours du réacteur n° 1. Ce qui nécessite un branchement sur l'installation du réacteur n° 2.
« Situations burlesques »
L'alerte fictive, déclenchée à 22 h, donne lieu à un enchaînement de « situations burlesques », selon le député. Les agents d'astreinte arrivent bien, rapidement. Mais, à 23 h 30, ils annoncent qu'une clef nécessaire pour ouvrir un panneau d'alimentation électrique est actuellement « en commande »...
À minuit, ils entrent dans le local électrique de la tranche 1 « mais les indications du document de procédure ne correspondent pas au panneau électrique », raconte le député.
Après d'autres découvertes tout aussi stupéfiantes, les techniciens décident alors, de leur propre initiative, de se raccorder sur le réseau du réacteur n° 3. Mais, insiste Claude Birraux, le guide de procédure d'EDF comporte de nouvelles inexactitudes et des ambiguïtés. Dans ce grand capharnaüm, le député félicite le personnel : « Il a su se poser de bonnes questions, n'est jamais resté bloqué devant ces situations ».
Au même moment, Bruno Sido, sénateur UMP de Haute-Marne, était à la centrale du Blayais (Gironde). Il a constaté lui aussi les difficultés des agents à se repérer dans le maquis des documents et des procédures édictés par EDF.
Conseiller pédagogique (école)
Une espèce de défoulement envers cette hiérarchie qui ne comprend rien à rien.
JUSQU'AU BOUT
EXTRAIT
Un mardi matin, le conseiller pédagogique entra.
« Je vous fais une petite visite avant la fin de l’année, voir si tout s’est bien passé. »
Il pensa à la cavalerie qui arrive après la bataille. Costard cravate, les cheveux soigneusement peignés, de gauche à droite, la raie superbe, bien rectiligne, chaussures de ville bien cirées, mallette de représentant de commerce. Il eut envie de le flanquer à la porte.
Le fonctionnaire, raide comme un porte-drapeau, ne salua pas les enfants. Il alla se réfugier rapidement derrière le bureau comme à l’abri d’un muret face à l’ennemi.
Il lui demanda son cahier journal.
« C’est vraiment indispensable, il faut savoir le remplir, je vais vous montrer les dernières trouvailles.
- Je n’ai plus de cahier journal, je l’ai jeté, annonça-t-il d’une voix moqueuse.
- Vous l’avez jeté ? Mais c’est impossible de mener une classe si vous n’avez pas de cahier journal ! »
Devant la bêtise de l’abruti, il décida de tout lâcher.
« J’ai jeté aussi mes progressions et mon emploi du temps. Je ne fais plus de fiches de préparation. Je travaille au jour le jour. »
L’individu ébahi regarda les enfants comme de pauvres âmes égarées dans la classe d’un fou. Marine lui décocha un sourire ravissant. Il ne le vit pas.
« Vous avez fait des évaluations tout de même ? Comment vous vous organisez pour les remédiations ?
- Je demande aux enfants s’ils ont été contents de leur journée et s’ils trouvent que j’ai été un bon maître, c’est tout. Et s’ils trouvent que la journée a été difficile, j’essaie le lendemain de la rendre plus joyeuse.
- Oui, mais pour les enfants, comment vous les évaluez ? insista-t-il. Avec tous les niveaux, comment vous contrôlez leurs connaissances ?
- Ils n’ont pas besoin que je les évalue. Ils savent très bien ce qu’ils doivent apprendre et ils le font. Ils n’ont pas besoin d’être menacés par une note pour apprendre. Je leur explique à quoi ça sert et ils apprennent. C’est tout. Et s’ils n’y arrivent pas, c’est que je m’y prends mal. Ce sont eux qui m’évaluent. Jamais le contraire. »
Un mur d’incompréhensions. Il sentit que le bonhomme l’avait jugé et que c’était définitif.
« Vous n’êtes jamais allé à l’école normale cette année ? demanda-t-il d’un air soupçonneux.
- Non, il n’y avait pas de possibilité d’être remplacé.
- C’est dommage, vraiment dommage. Je pense que vous avez besoin d’avoir quelques éclaircissements. Vous êtes un peu perdu mais c’est normal quand on commence. Il ne faut pas vous inquiéter. Les techniques, ça s’apprend au fur et à mesure. Si c’était si simple de faire un cahier journal et tout le reste, n’importe qui pourrait être enseignant. »
Il n’essaya pas de répondre, pensant que c’était justement le cas. N’importe qui était enseignant. C’était bien là le drame.
Sans espoir. La voix paternaliste et condescendante était à vomir. Il s’imagina ouvrant la mallette pour y dégueuler son mépris.
« Je vais vous laisser quelques documents qui pourront vous aider. C’est un travail qui a été réalisé par une équipe de chercheurs en sciences de l’éducation. C’est très intéressant. Toutes les techniques pour bien mener une classe ont été décrites. Bon, c’est sûr, c’est une classe à un seul cours avec dix-huit élèves. C’est moins compliqué qu’ici mais ça va vous aider quand même. C’est très clair, vous verrez. Les tableaux et les graphiques sont très bien faits. »
Il posa la pile de feuilles sur le bureau et lui serra la main. Il s’enfuit sans dire un mot aux enfants.
« C’était qui le monsieur ? demanda Léo.
-Un con », répondit-il.
L’enfant éclata de rire.
Il déchira les feuilles et les jeta à la poubelle. Il aperçut le sourire de Marine, penchée sur son cahier.
Désintoxication
« Si notre conscience a la possibilité de grandir à l’intérieur de notre espace clos, c’est sans doute que nous ne l’avions pas développée auparavant et qu’il reste de la place. Mais se pourrait-il aussi que cette conscience soit extérieure à nous-mêmes, comme une conscience commune dans l’univers et qu’il s’agisse simplement de la saisir pour l’inviter à occuper notre espace intérieur ? La plupart des hommes vivrait sans conscience, ce qui pourrait expliquer aussi les déviances de l’humanité. A la place de cette conscience universelle jamais rappelée, l’esprit s’emplirait de valeurs intrinsèquement humaines, totalement détachées de la source commune. Et ces valeurs, nombreuses et variées, incessamment renforcées pour le maintien du mensonge, donneraient l’impression à l’humanité entière qu’elle est sur la bonne voie…La manipulation de la masse par la masse elle-même nous a entraînés sur une fausse route. Nous ne sommes pas sur la voie de l’univers. Nous ne sommes plus en expansion avec lui. Nous sommes perdus. »
UNE ETRANGE LUMIERE
Nécessité de la désintoxication. Voilà où en est l'humanité.
Je m'efforce d'éveiller chez mes élèves cette sensation qu'en eux vibre une création qu'ils ignorent, que l'identification et l'assemblage constant des rôles qui s'enchaînent contribuent à cette intoxication. Et qu'il s'agit bien d'une drogue. Avec les effets redoutables que l'ont peut voir, à chaque instant, partout, sur la planète.
Meurtres, guerres, viols, attaques à main armée, maltraitance, souffrance psychologique, douleurs physiques, extermination, famine, disparition de la biodiversité... Si on passe une heure à parcourir des sites d'informations, cette drogue du conditionnement et de ses dégâts collatéraux prend une dimension insupportable. A en croire que l'amour, la beauté, la plénitude, le bien et tout ce qu'il contient n'existent plus.
Une certitude aussi, c'est que cette intoxication est contagieuse. On est dans le même registre qu'un virus comme le sida. Contamination des egos et mort de la dimension spirituelle. Il ne s'agit pas de la décrépitude des corps mais de celle des âmes. Elle n'intéresse pas les laboratoires bien évidemment. Quoiqu'ils seraient bien capables un jour de nous sortir une pilule du Bien... Lobotomie chimique. Non, les anti dépresseurs ne sont pas des pilules du Bien mais juste un moyen de rattraper au passage les âmes détruites par la guerre des egos. Les Français sont les plus gros consommateurs d'anti-dépresseurs et je ne vois aucune amélioration de la population depuis que cette drogue chimique a été mise sur le marché. Je ne condamne pas pour autant cette aide dès lors qu'elle est accompagnée par un travail spirituel, psychologique. Il est des situations où l'urgence prédomine et le travail spirituel n'a jamais eu d'effets immédiats. C'est un long chemin. Il conviendrait bien davantage d'agir à la source et de ne pas laisser s'installer les errances psychologiques. C'est là que le partage spirituel avec les enfants prend toute son importance. Agir avant que la cure de désintoxication devienne indispensable. Principe de précaution.
Mais le principe de précaution n'est pas rentable. Une population bien portante est économiquement inintéressante. Aucun laboratoire n'irait envoyer un visiteur médical chez les Kogis...Une population bien portante n'est pas manipulable. Elle ne porte aucun intérêt envers le matérialisme étant donné que sa dimension spirituelle la comble. Elle n'a pas peur de l'avenir étant donné qu'elle ne se projette pas au-delà de l'utile dans une dimension temporelle qui n'existe pas.
Que pourrait bien vendre TF1 à une population bien portante ?
Bon, je sens que je vais m'énerver là...
Et que je vais tomber dans les travers de l'ego drogué.A croire que je resterai toujours en cure de désintoxication. Jusqu'à la fin de mes jours.
Le monde humain est dangereux. Le reste du monde est d'une beauté ineffable. Et ce soir, il neige sur les montagnes.
Philo-ados
Une collection pratico-philosophique ... Rue de l’échiquier.
PHILO ADO , une collection utile et agréable... des livres intelligents.
Rue de l’échiquier est une maison d’édition créée en 2008 par Thomas Bout et Anne Fitamant Peter, qui propose une collection Philo Ado très riche.
Marie-France Hazebroucq dirige cette collection, tout en étant elle-même également auteur (avec Mentir et Se Venger notamment).
Comme son nom l’indique, cette collection s’adresse aux adolescents. Il s’agit de leur proposer une bouffée d’oxygène, un éclairage philosophique, autour de problématiques très concrètes qui les touchent au quotidien.
L’idée n’est pas de mettre entre les mains des ados, des livres philosophiques rébarbatifs, mais bien de les amener à réfléchir à une thématique donnée à partir de situations vécues, d’exemple concrets qu’ils ont pu voir au cinéma ou dans les médias, livres etc
Les philosophes et auteurs dont ils entendent parler en cours se retrouvent ici par touches légères et toujours en lien avec le propos. Des passerelles se créent entre les grands philosophes qui semblent parfois inaccessibles ou lointains… difficiles à saisir... et leur quotidien…. : Meetic, Harry Potter, Facebook …..
La philosophie devient ici, fluide, facile… Sartre, Beaudelaire ou Homère s’invitent dans les questionnements de nos ados.
L’adolescence, période en ébullition, les nerfs à fleur de peau, entre métamorphose et mal être parfois... périodes de tensions intérieures et extérieures... les émotions qui se bousculent et les hormones qui s’activent…
L’adolescence est une période précieuse de la vie, l’incontournable passage de l’enfance au monde adulte, elle est propice à la créativité, la fragilité, la force….
C’est une période de construction de soi importante.
Ces ouvrages peuvent trouver un écho favorable entre les mains des jeunes.
Ils peuvent s’identifier très vite au sujet proposé… car enfin… qui n’a pas eu envie de se venger, de rendre œil pour œil, en cas d’offense ? Qui n’est jamais tombé amoureux ? paniquant peut être tout à la fois à l’idée d’une première fois ? d’une rupture ? ...
Qui n’a jamais menti pour cacher une mauvaise note, dissimuler les véritables raisons d’un choix inattendu à son meilleur ami … ? Qui n’a pas envie de se laisser aller à rêver, à se prélasser sans rien faire ?
Tricher, faire l’amour, être en colère, halluciner, se divertir….
Autant de choses qui parlent aux adolescents et autant d’ouvrages pouvant permettre de remettre un peu d’ordre dans le chaos de l’esprit de l’ado ou de calmer dans la tempête qui fait rage au coeur de ses émotions.
Ces ouvrages peuvent tout simplement aussi donner du sens, du recul.
L’éditeur répond à : Pour Qui ? Pourquoi ? et Comment ? ....
Pour qui ?
Les jeunes de 14 à 19 ans qui, grâce à la collection, vont découvrir le plaisir de penser par eux-mêmes et acquérir des armes pour mieux vivre.
Les parents, désireux d’échanger des idées avec leurs adolescents, soucieux de les sensibiliser aux valeurs importantes, d’aiguiser leur esprit critique et de les inciter à s’intéresser au monde qui les entoure.
Pourquoi ?
Pour que le jeune public, dans une société en mal de repères, découvre que la philosophie peut répondre à un besoin et servir à vaincre ses peurs, vivre mieux et donner du sens à sa vie.
Comment ?
Chaque auteur élabore une réflexion personnelle autour du sujet de l’ouvrage, présentée sous forme d’éclats, de fragments. Le discours s’appuie sur des exemples concrets empruntés au cinéma et à la littérature et sur des témoignages d’adolescents. En marge du texte, des notes apportent des repères et indiquent les références des textes de philosophes qui sous-tendent le propos de l’auteur.
Livres disponibles
Mentir de Marie-France Hazebroucq
Perdre son temps de Malcolm Hammer
Tomber amoureux de Sabrina Cerqueira
Se venger de Marie-France Hazebroucq
Rêver de Barbara de Negroni
Être jaloux de Philippe Fontaine
Sabrina Cerqueira
Agrégée de philosophie, Sabrina Cerqueira enseigne la philosophie en classe de terminale. Elle a rédigé plusieurs ouvrages méthodologiques sur l’épreuve de philosophie du baccalauréat et a collaboré au titre Perdre son temps, dans la même collection.
Barbara de Negroni
Agrégée de philosophie, Barbara de Negroni enseigne la philosophie en classes de terminale et d’hypokhâgne. Spécialiste du XVIIIe siècle, elle a édité des œuvres de Rousseau et de Diderot, et est l’auteur d’études sur la censure des livres et la tolérance religieuse.
Philippe Fontaine
Professeur agrégé de philosophie et docteur ès Lettres, Philippe Fontaine est maître de conférences à l’université de Rouen. Spécialiste de phénoménologie et d’esthétique, il a publié de nombreux ouvrages portant sur des questions de philosophie générale.
Malcolm Hammer
Diplômé de philosophie et journaliste radio de formation, Malcolm Hammer se consacre à la vulgarisation scientifique sur des supports multimédias. Dans le cadre du collectif Génération précaire, il a coécrit Parcours du combattant stagiaire (Mille et une nuits) et Sois stage et tais-toi ! (La Découverte).
Marie-France Hazebroucq
Agrégée de philosophie, Marie-France Hazebroucq a passé toute sa carrière à enseigner terminales et en classes préparatoires. Spécialiste de l’œuvre de Platon sur laquelle elle a rédigé sa thèse, elle publie régulièrement des traductions et des commentaires de dialogues platoniciens.
Focus sur MENTIR
Marie-France Hazebroucq
Collection Philo ado
genre : Essai
prix : 10 euros
format : 120 x 200 mm
nombre de pages : 144 pages
date de parution : 18 février 2010
EAN : 9782917770085
ISBN : 978-2-917770-08-5
Mentir pour faire passer une mauvaise note en disant que « la moyenne de la classe n’était de toute façon pas très bonne » ; soutenir qu’à une fête que l’on ne manquerait pour rien au monde, « il n’y aura ni garçons ni alcool » ; ne pas avouer à ses parents qu’on a manqué un cours...que cachent ces mensonges d’adolescents ? Entre désir de se préserver et volonté de ne pas faire de mal, ils nous incitent à réfléchir sur l’obéissance, la dépendance, l’éducation et la liberté.
Mais, du mensonge rigoureusement interdit au mensonge toléré, voire recommandé, cette notion n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. En nous interrogeant sur le savoir-faire du menteur et les différentes formes de mensonges, sur la tricherie et la justice, la sincérité et le secret, le pouvoir du langage...nous apprendrons à mieux la cerner.
Car tenter de comprendre ce que veut dire « vraiment mentir » nous permet de réfléchir sur notre rapport à nous-même et à notre conscience, mais aussi sur notre comportement en société et notre conception du monde.
Focus sur PERDRE SON TEMPS
Malcolm Hammer
Collection Philo ado
genre : Essai
prix : 10 euros
format : 120 x 200 mm
nombre de pages : 96 pages
date de parution : 18 février 2010
EAN : 9782917770108
ISBN : 978-2-917770-10-8
« Lâche ton jeu », « viens prendre l’air », « tu as déjà vu ce film trois fois »...Combien de fois les adolescents ne subissent-ils pas ce reproche : « tu perds ton temps ! » Pourtant, est-ce que cela n’arrive pas à tout le monde ?
Entre plaisir et culpabilité, action et rêverie, l’expression « perdre son temps » est plus complexe qu’il n’y paraît, et recouvre des notions très différentes : paresser, traîner, remettre à demain, s’ennuyer, est-ce perdre son temps ?Et pourquoi ranger sa chambre ne sera pas considéré, également, comme une perte de temps ? Notre rapport au temps, finalement est l’une des expression les plus distinctes de notre rapport au monde. Mais encore faudrait-il que nous soyons capables de définir précisément ce qu’est le temps...
Il y a le temps des horloges et le temps vécu, où viennent se loger la mémoire et l’oubli, l’habitude et la nouveauté, notre désir de lutter contre l’irréversibilité du temps qui passe comme celui de le laisser filer...Voyager au cœur de ce temps insaisissable, c’est approcher la complexité humaine.
Focus sur TOMBER AMOUREUX
Sabrina Cerqueira
Collection Philo ado
genre : Essai
prix : 10 euros
format : 120 X 200 mm
nombre de pages : 144 pages
date de parution : 21 octobre 2010
EAN : 9782917770160
ISBN : 978-2-917770-16-0
On dit « tomber amoureux » comme « tomber enceinte », ou « tomber dans l’alcool ». « Tomber », il faut donc l’entendre au sens fort — faire une chute ; mais l’expression revêt aussi un sens plus souterrain qui indique un devenir. Car si l’amour se manifeste parfois de façon soudaine sous la forme du coup de foudre, tout amour n’est-il pas bouleversant en ce qu’il nous fait devenir autre ? Porté par un désir d’union ou de durée, l’amour est cette puissance qui nous déséquilibre et nous fait envisager le monde sous un angle nouveau. Faudrait-il alors se méfier de ce changement ? Charles Fourier moquait les « beaux parleurs », les « orateurs fleuris » qui, pour parler d’amour, « trempent leur plume dans l’arc-en-ciel et poudrent leurs écrits avec la poussière des ailes du papillon ». De Spinoza à Titanic, de Thérèse d’Avila à L’Empire des sens, de Peau d’âne à Schopenhauer, nous tenterons de comprendre cette passion.
Focus sur SE VENGER
Marie-France Hazebroucq
Collection Philo ado
genre : Essai
prix : 10 euros
format : 120 X 200 mm
nombre de pages : 160 pages
date de parution : 11 janvier 2011
EAN : 9782917770177
ISBN : 978-2-917770-17-7
De l’Odyssée à Taken, d’Andromaque au Comte de Monte-Cristo, de La Bête humaine à Un justicier dans la ville, nombreux sont les récits dont les héros font payer à l’offenseur le prix de son offense, et font justice eux-mêmes, selon l’implacable loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Peut-on pour autant parler de justice ? La violence meurtrière de la vengeance sévit surtout au cinéma, au théâtre ou dans les romans ; mais combien de fois n’avons-nous pas supprimé, en pensée ou en paroles, ceux qui nous ont fait du mal ? Le plus souvent, nos vengeances sont anodines ou restent symboliques, or toute vengeance n’est-elle pas excessive par nature ? Ressentiment, rancune, hostilité, colère, fureur… Les passions qui animent le vengeur sont généralement condamnées par les philosophes ; pourtant, elles nous apprennent quelque chose sur nous-même. Que se cache-t-il alors derrière le désir de SE VENGER ?
Focus sur RÊVER
Barbara de Negroni
Collection Philo ado
genre : Essai
prix : 10 euros
format : 120 X 200 mm
nombre de pages : 144 pages
date de parution : 9 juin 2011
EAN : 9782917770245
ISBN : 978-2-917770-24-5
Nous rêvons la nuit, nous rêvons aussi le jour — quand nous sommes dans la lune ; nous rêvons de transformer le monde, de devenir les héros de nos livres ou de nos films préférés. Nos rêves nocturnes nous inquiètent parfois et nous nous demandons s’ils ont un sens ; nos rêveries cheminent selon d’étranges associations d’idées. Même si nous avons plaisir à les raconter, nos désirs, nos projets peuvent sembler absurdes et irréalistes. Faut-il arrêter de RÊVER ? ou nos rêves nous apportent-ils espoir, bonheur et réconfort ? Un monde sans rêves serait-il encore un monde humain ?
Des stoïciens à Freud, de Descartes à Diderot, de Spinoza à Nietzsche, de nombreux philosophes ont interprété les rêves et étudié ce qu’ils peuvent nous apprendre sur nous-même. L’homme est souvent défini comme un animal raisonnable, un animal rieur ou un animal politique, ne pourrait-on pas aussi le définir comme un animal qui rêve ?
Focus sur Être JALOUX
Philippe Fontaine
Collection Philo ado
genre : Essai
prix : 10 euros
format : 120 X 200 mm
nombre de pages : 112 pages
date de parution : 15 novembre 2011
EAN : 9782917770313
ISBN : 978-2-917770-31-3
Qui ne sait ce qu’est la jalousie, pour en avoir éprouvé au moins une fois, dans sa vie, le sentiment ?
Nous avons tous été aux prises avec cette impression angoissante d’être abandonné, ou privé de quelque chose qui nous revenait de droit — du moins le croyions-nous.
Mais sommes-nous pour autant capables de définir la jalousie ? Ne faut-il pas commencer par la distinguer de l’envie ? Et si la jalousie semble trouver sa forme privilégiée dans l’amour, pouvons-nous pour autant en conclure que l’amour est nécessairement jaloux ?
En explorant les notions de désir, de possession, d’estime de soi, en s’interrogeant sur ce qui se cache derrière la jalousie, ce livre propose une forme d’initiation à la psychanalyse. Avec
à l’appui de nombreux exemples littéraires et cinématographiques : de Guy de Maupassant à Marcel Proust,
de Georges Simenon à Simone de Beauvoir, de Luis Buñuel
à Jean-Luc Godard.
Si...
"Si tu ne comprends rien de tes souffrances, c'est que tu ne méritais pas qu'elles prennent soin de toi. "
Jarwal.
Les agents littéraires
Une bien belle découverte à l'instant.
http://www.les-agents-litteraires.fr/
Un travail très vaste, riche, documenté, argumenté, des découvertes à faire, des explorations à mener.
Et oh combien nécessaire...
LES AGENTS LITTERAIRES
Pourquoi avoir créé ce blog ?
Parce que nous croyons en l’importance de maintenir, en France, une vraie diversité de l’offre éditoriale. En effet, nous avons la chance de bénéficier d’un tissu dense d’éditeurs indépendants (plusieurs centaines), attachés à jouer le rôle de découvreurs de talents, à tenter des aventures intellectuelles, à contribuer aux débats d’idées. C’est grâce à eux que voient le jour des livres de qualité/ originaux/ hors normes et, souvent, que sont édités pour la première fois les auteurs de demain.
Or, cette bibliodiversité, qui joue un rôle éditorial si important, est aujourd’hui menacée. Parce que la tendance actuelle, dans le monde de l’édition, est à la concentration financière et à la domination de quelques grands groupes éditoriaux, qui privilégient la démarche commerciale à la qualité éditoriale. Et, parallèlement, en raison de la difficulté qu’ont les petits éditeurs à faire connaître leur production, à trouver leur place dans les rayons des librairies et, plus généralement, à conquérir et à fidéliser un lectorat.
D’où l’objectif de ce blog : repérer, chaque mois, les meilleurs livres en panne de médiatisation et se faire leurs « agents littéraires », c’est-à-dire assurer leur promotion grâce à internet. Vous ne trouverez donc pas sur ce blog d’articles portant sur les « best-sellers » du moment. Mais, au contraire, des critiques de livres d’éditeurs indépendants ou, parfois, d’auteurs auto-édités, dont vous n’aurez (peut-être) pas entendu parler et serons (nous l’espérons) autant de belles découvertes.
> Quel est notre champ d’action ?
- Surveiller l’actualité des parutions des éditeurs indépendants et auteurs auto-édités,
- Rédiger des critiques des livres que nous repérons ou qui nous sont envoyés,
- Promouvoir les meilleurs livres par l’envoi de newsletters d’information,
- Initier un dialogue sur ces livres, via des interventions sur les sites littéraires de référence : Babelio.com, libfly.com, etc.
- Débattre, de manière large, de l’avenir du livre et de ses rapports avec Internet.
> Qui sommes-nous ?
Ce blog existe avant tout grâce aux plus de 200 blogueurs qui le font vivre, en rédigeant régulièrement des critiques de livres. De tous âges, de tous horizons, ils sont réunis par le même intérêt qu’ils portent à la production des éditeurs indépendants francophones. > Découvrir quelques portraits de blogueurs
A l’origine du projet, deux passionnés des livres :
- Vincent Beghin. Il est un peu le « touche à tout » sur ce blog. Il s’occupe notamment de la communication, de la relation avec les éditeurs, auteurs et contributeurs et, bien sûr, de la rédaction d’articles et de critiques. Vincent est titulaire d’un Master de communication et d’une maîtrise d’Histoire. Il a travaillé 5 ans dans une agence de communication éditoriale.
- Emmanuel Pierrat. Il est en charge de l’aspect « technique » du projet. Il s’occupe également de la veille sur le parutions des éditeurs et de la rédaction de critiques de livres. Emmanuel est diplômé d’une maîtrise de lettres modernes et d’une licence pro métiers de l’édition. Il travaille actuellement dans une librairie parisienne.
La Porte
Il n'y a pas de Porte parce que nous sommes déjà à l'intérieur.
Il n'y a rien à chercher parce que tout est déjà là.
Il convient par contre d'explorer ce que la Vie propose et de cartographier l'espace.
Je n'aime pas cette idée incluse dans l'image que toute cette "recherche" passe par des "Centres" de formation ou que l'attitude bouddhiste, Zen et autres philosophies orientales est LA voie à emprunter.
Il n'y a pas de voie unique mais une multitude infinie de voies personnelles.
Dès lors que nous pensons devoir adhérer à une Voie rapportée, nous ne sommes plus à l'intérieur de notre espace mais en dehors.
J'ai lu des textes bouddhistes, j'ai lu Krishnamurti, Aurobindo, Prajnanpad, Vivekananda, Jung, Maslow, Kübler Ross, Tolle, Jean Klein, et beaucoup d'autres. Je ne suis pas pour autant devenu Krishnamurti, Aurobindo ou n'importe lequel d'entre eux. Je ne suis pas non plus bouddhiste. Aucun de ces espaces n'est le mien.
J'ai tenté de comprendre ces espaces par rapport à mes conditions de vie et de m'en servir. Il n'était pas question de répudier ce que je suis pour tenter de devenir quelqu'un d'autre. Il n' y a pas en moi un individu spirituel et un individu matérialiste, un individu éveillé et un individu borné. Il n'y a que moi et cet espace gigantesque que je me dois de cartographier. Personne d'autre ne peut le faire. Ca ne serait sinon que son interprétation de mon espace et non le mien.
Il n'y a pas de Porte à pousser. Ni une bonne âme pour me dire ce qu'il y a à l'intérieur.
Il y a dans les démarches spirituelles rapportées un risque de culpabilisation de l'individu qui se doit d'être honteux de ne pas avoir encore trouvé la porte alors que le sage bouddhiste baigne dans la félicité. La félicité de qui ? De celle de son Maître à penser ? Quel intérêt ? On est dans le même fonctionnement d'assistanat que celui prôné par les sociétés matérialistes.
J'ai longtemps erré à l'intérieur de moi. Il reste encore des Terra Incognita. Je n'en viendrai peut-être jamais à bout tant cette exploration est redoutable. Mais je préfère errer que d'être guidé et pris en charge.
Qui serais-je si je n'avais plus aucune estime de moi ? Un fidèle récitant des mantras dans un ashram ? Ou lisant l'Evangile ?
Bien sûr que toutes mes lectures m'ont transformé, bien sûr que tous ces individus ont laissé en moi des empreintes, bien sûr qu'ils m'ont considérablement aidé mais aucun d'entre eux ne m'a "sorti" de moi. C'est impossible. Il n'y a jamais eu de Porte à pousser. Ni dans un sens, ni dans l'autre. Je suis toujours à l'intérieur parce qu'il est impossible qu'il en soit autrement. Je sais que j'ai des moments de faiblesse et je ne les renie pas. Je ne me considère pas comme un être mauvais parce que je ne parviens pas constamment à maintenir l'observation de cet espace intérieur. Je ne veux pas de la robe du Sage. C'est la sienne, c'est son costume. Je connais mes oripeaux et je m'y sens bien. Ce sont les miens.
Jarwal et Jackmor
Le lever du soleil sur les montagnes...
Une telle douceur.
Et Jarwal qui court dans les montagnes de Colombie.
Tome 3
Les hommes de Jackmor travaillaient sans relâche. La brèche dans le mur végétal s’élargissait inexorablement mais la résistance des troncs les sidérait. Ils devaient affûter les lames des haches régulièrement comme s’ils avaient cogné pendant des heures sur des roches.
Jackmor restait en retrait et aucun de ses hommes n’osait même le regarder. Tous sentaient bien que le regard sombre de leur chef interdisait la moindre parole. Une colère immense qu’ils devinaient dans la raideur de son visage émacié, les mâchoires serrées, les muscles bandés de ses bras.
Il regrettait tellement cette invulnérabilité. Même s’il décidait de sauter dans le vide, du haut du ravin, de tomber dans le flot intraitable du torrent, de se laisser couler, de heurter des milliers de roches pendant des jours et des nuits de dérive dans le courant puissant, même s’il rêvait désormais de cette libération de la mort, il ne pouvait rien y faire. Il était irrémédiablement condamné à errer sans fin dans cette enveloppe indestructible, sans plus jamais accéder à d’autres connaissances. C’est ainsi que la Création l’avait décidé. La Mort était une bénédiction puisque l’existence puisait dans cette fin à venir le désir d’éveil, le goût du savoir, l’évolution et le progrès, la transformation jusqu’à la métamorphose. Il avait choisi de se priver de la Mort et il avait quitté aussitôt le chemin de la Vie. Une erreur effroyable qu’il ne pouvait plus réparer. Cette brûlure dans son âme, comme une pénitence éternelle, une souffrance infligée dont il ne pouvait plus s’extraire. Une condamnation alors qu’il avait souhaité se libérer de la sentence de la Mort.
Il devait retrouver Jarwal. Il était certainement le seul à pouvoir rompre cette chaîne. Et il lui était simultanément insupportable d’envisager combattre le lutin en espérant que celui-ci l’emporte. Deux désirs antagonistes qui luttaient en lui.
Il se leva pourtant et rejoignit la troupe. Il arracha une hache des mains d’un des soldats. Tous les hommes se figèrent et reculèrent d’un même mouvement. Une telle violence diffusée, ils sentaient des odeurs âcres, comme si leur chef diffusait des relents de cadavres, que la Faucheuse virevoltait follement autour de lui et cherchait à l’envoûter.
Jackmor arma son geste et frappa le tronc avec une violence inimaginable, des éclats de bois jaillirent, les coups s’enchaînèrent avec une vitesse stupéfiante, le fût vibrant jusqu’à la cime. Jackmor ahanait à chaque frappe, un cri de rage, comme un combat contre un ennemi bien différent que ces arbres inertes.
Les hommes reculèrent encore de quelques pas. L’impression d’être aspirés par cette haine qui irradiait de leur chef. Certains éprouvaient une pitié qui les gênait, d’autres une simple terreur, d’autres encore la certitude que cet être incompréhensible n’était pas des leurs, qu’il venait d’ailleurs, d’une autre dimension, que la magie en était la source et qu’ils devaient se méfier de lui pour ne pas être emportés dans un monde inhumain.
Il ne fallut pas bien longtemps pour que le tronc s’écroule.
Jackmor n’eut aucun regard pour les hommes qui s’enfuirent à toutes jambes lorsque l’arbre bascula. Il se cala contre la falaise en résistant difficilement à l’envie de se placer dans l’axe de la chute. Sachant très bien que le choc ne suffirait pas à le libérer. Rien d’extérieur ne pouvait l’anéantir et rien, intérieurement, ne lui était offert pour pallier à cette geôle d'une vie sans fin.
Il attaqua aussitôt le tronc suivant. Avec une rage folle.
Il devait retrouver Jarwal.
Les renforts autour du camp des Kogis s’érigèrent toute la journée. Des trous furent creusés et garnis de pieux, des lacis de branches épineuses furent assemblés autour de l’enceinte, des murailles végétales dont les pointes étaient dures comme de la pierre, aucun animal n’aurait pu les franchir sans s’y déchirer la peau, des murets de pierres plates offraient de multiples refuges et cachaient des réserves de lances, des bois durcis au feu, des machettes et des pics en fer, ceux qui servaient à l’extraction de cet or convoité. Tout ce qui pouvait servir à la lutte était rassemblé.
Quelques Anciens furent chargés d’entraîner les hommes au combat. C’est là que Jarwal comprit que les Kogis n’avaient aucune chance. Toutes les protections, toutes les armes, tout ce travail de préparation serait vain. Pour une seule raison : Les Kogis ne portaient pas en eux la folie nécessaire à un combat. Leur maladresse était criante, ce manque d’énergie et de violence nécessaires, cette absence de haine et de convoitise, cette incapacité à voir en l’autre un ennemi à abattre, cet espoir si visible qu’il était encore envisageable d’échapper à ce ruissellement du sang, à cette offense envers la vie, cette trahison au regard de leur amour inconditionnel et constant, cette idée que certains hommes pouvaient être tués au nom des autres. C’était si éloigné de tout ce qu’ils vénéraient.
Ils n’avaient aucune chance de survivre à un combat.
Et lui ne possédait pas de pouvoirs suffisants pour lutter contre une armée entière avec Jackmor à leur tête.
Il observait Kalén manipuler une lance avec application et mimer un combat illusoire lorsqu’il entendit parler en lui.
Il écarquilla les yeux avec un sursaut de tout le corps, un choc inconnu, comme s’il cherchait à voir en lui et à dénicher l’intrus caché dans un recoin.
« Le mal a toujours une faille. »
Une phrase clairement énoncée, une voix inconnue, juste un murmure.
« Et tes graines peuvent porter la vie au cœur du mal. »
Il reprit difficilement son souffle et écouta attentivement la voix monocorde qui répétait inlassablement son message.
Une révélation soudaine.
Kalén lui avait expliqué le mystère. Izel était revenu. Ou n’était jamais parti. Juste un changement de support, une autre forme de la Création.
Il courut vers Kalén et l’entraîna à l’écart du groupe. Une immense euphorie en lui. Izel lui avait donné la solution.
« Kalén, je sais comment il est possible de se libérer des Conquistadors.
-Nous allons les combattre, intervint le jeune homme.
-Même si vous êtes résolus à préserver votre liberté et que je reconnais votre courage, il ne faut pas en faire une folie Kalén. Les Conquistadors sont des hommes de guerre et vous, les Kogis, vous êtes des hommes d’amour. Il est impossible de combattre le Mal par le Mal. Il vous faudrait devenir pire encore que ces hommes et même si vous emportiez ce combat, les dégâts spirituels, les traces laissées par cette lutte, cette cassure effroyable dans votre harmonie, ton peuple en subirait les conséquences pendant très longtemps. On n’efface pas le sang même quand la terre l’a bu. Il continuera à couler en chacun de vous et il étouffera pendant des siècles votre amour de la Vie. »
Kalén fut troublé par la détermination du lutin.
« Quelle est ton idée Jarwal ? demanda-t-il.
-C’est une parole d’Izel qui m’a donné la solution. Je vais avoir besoin de ton aide. Et de celle d’Izel aussi. »
Un sourire sur le visage du jeune homme. Comme un espoir qui se dresse et nourrit la source des forces.
Jackmor avait créé une brèche. A lui tout seul, avec une énergie inusable, comme si sa vie en dépendait et qu’il y avait une urgence absolue. Aucun de ses hommes n’aurait pu imaginer que c’est sa mort qu’il espérait et qu’il ne supportait plus aucun délai.
La troupe s’était glissée dans l’ouverture et avait repris sa progression à la tombée du jour. Un dernier campement à installer avant de fondre sur les Kogis et d’entamer le dernier combat. Jackmor ne pensait absolument plus à cet or vénéré et n’envisageait rien d’autre que sa disparition, sa libération et la quête d’une autre enveloppe terrestre, une incarnation mortelle, simplement mortelle mais disposant dès lors de l’accumulation possible des connaissances et de ce projet flamboyant de la puissance du savoir. Une exploration bien plus fascinante que cette errance désespérante de l’immortalité figée.
Les Dieux, finalement, n’étaient pas enviables. Ils ne seraient jamais que des entités enfermées dans leur fixité acquise. Ce qu’ils savaient était constant mais en ignorant l’insatisfaction, ils se privaient de toute évolution. Le statut d’humain était bien plus passionnant. La mort était un tremplin à chaque jour.
Il s’était trompé en choisissant l’immortalité des Dieux.
Jarwal devait le libérer. Il était le seul à pourvoir le faire. Son pire ennemi comme un sauveur.
Kalén et Jarwal s’étaient éloignés du village, ils avaient rejoint une falaise dans les hauteurs, une longue marche silencieuse qui avait rempli Jarwal de bonheur.
La simplicité apaisante de ce corps en marche, il l’aimait tant. Cette absence de pensées intrusives quand l’énergie est concentrée dans la justesse du pas.
Kalén avait montré la grotte et ils avaient escaladé quelques ressauts rocheux pour l’atteindre. Ils s’étaient glissés à l’intérieur de l’antre, s’enfonçant vers l’obscurité. Le jour tombait et la faible lumière suintant sur les parois humides les obligeait à écarquiller les yeux.
Ils devinèrent simultanément les arabesques rapides de l’animal.
Ils s’assirent côte à côte et observèrent sans un geste les volutes aériennes.
L’animal se calma enfin et vint se suspendre au-dessus d’eux, légèrement en avant, de façon à ce qu’ils ne soient pas obligés de basculer la tête en arrière. Elle replia les ailes contre son corps et ils virent ses yeux. Deux fentes étroites irradiant des flux de soleil.
« Oui, c’est tout à fait possible Jarwal. Je peux m’en occuper. »
La voix était en lui.
Izel lui parlait.
«Je porterai les graines et je les lâcherai là où il convient. Tu peux compter sur moi. La Vie sera au cœur du Mal. »
Jarwal sortit de la mozilla son petit sac de graines, il en posa quatre sur le sol, devant lui.
La chauve-souris atterrit devant les deux compagnons. Elle logea les graines dans sa bouche et s’envola.
Elle sortit de la grotte et disparut.
« Aie confiance en moi, mon fils. Je suis toujours là. »
Kalén détourna la tête. Des larmes qu’il ne voulait pas montrer. Izel était toujours là mais pas comme le père qu’il aimait, ce père patient, attentif, respectueux.
Les bras de son père.
Il aurait tant aimé s’y blottir encore.
Ils rejoignirent le village, sans un mot. Jarwal devinait la tristesse de Kalén dans la lourdeur de son pas. Un silence dont le garçon avait besoin. Il souffrait de l’absence de son père et du poids immense de la survie de son peuple. Un héritage trop tôt survenu.
Avant de rentrer dans le cercle des huttes, Jarwal arrêta le garçon par le bras.
« Je sais que ton père te manque terriblement Kalén et je le comprends infiniment. Mais il est là, avec nous, auprès de nous. Je ne cherche pas à comprendre comment c’est possible. Mais tu dois ressentir avec ton âme qu’il continuera à te voir grandir et rien n’est plus important pour un père. N’arrête pas ton regard à la tristesse de ton cœur. Regarde plus loin. Izel est fier de tout ce que tu as déjà accompli. Il n’est pas venu en moi parce qu’il n’avait pas confiance en toi mais parce qu’il veut t’aider à préserver ton peuple. C’est lui qui m’a dit que je détenais la solution. »
Les yeux tristes de Kalén. Et puis cette esquisse de sourire qui s’éveille, comme une déchirure dans le brouillard qui l’aveuglait.
Jarwal expliqua le plan d’Izel. Kalén l’écouta attentivement.
Ils rejoignirent la Nuhé. Jarwal se glissa aux côtés de Gwendoline. Il l’embrassa doucement sur le front. Elle dormait paisiblement.
Demain Izel entrerait en action.
Jackmor n’avait pas dormi de la nuit. Tout du moins, c’est l’impression qu’il en avait gardé. Un rêve étrange qui l’avait poursuivi. Un nuage noir, étrangement mobile, une menace qu’il ne savait définir, l’impression d’étouffer et d’être dévoré de l’intérieur.
Les hommes attendaient ses ordres. Ils le suivaient des yeux quand il se levait. Ils l’avaient regardé se pencher au ras du sol et écouter ce que lui seul pouvait entendre. Il était monté sur le chemin comme s’il avait souhaité s’isoler puis il avait rejoint la troupe. Tous devinaient une tension extrême dans ce visage fermé.
Chacun s’était occupé. Des armes à affûter, des habits à raccommoder, des projets à raconter, des histoires à inventer, ranimer le feu pour le repas chaud, repousser les frissons de la nuit, rêver d'un autre plat que ces maudits haricots rouges, des soirées de beuverie dans les tavernes des ports, ils rentreraient bientôt avec des richesses infinies.
Il ne reviendrait pas sur sa décision. Il devait disparaître pour tout recommencer. Mais il ignorait pourtant si le lutin avait suffisamment de pouvoir pour le vaincre. Et cette incertitude le torturait plus que tout.
Bénir son pire ennemi quand il détient peut-être la libération de la mort. Il n’aurait jamais imaginé une telle issue.
"Donoma", le jour se lève
OUEST FRANCE.
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Pour montrer le film, le réalisateur et les acteurs ont embarqué à bord d'un bus. Ils parcourent la France de salle indépendante en salle indépendante : c'est le Donoma guérilla tour.
Joël Riflet
Donoma, c'est le film événement à 150 €.
Le Quimpérois Pierre-Emmanuel Le Goff a participé à cette aventure hors-norme.
En ces temps de crise, voilà de quoi regonfler les voiles. Un vent frais venu de nulle part. Ce remontant lumineux, c'est l'aventure du film Donoma réalisé avec... 150 € ! L'événement fait le buzz. Les critiques de la presse sont dithyrambiques. Et pour cause, c'est une sacrée claque flanquée à l'industrie du cinéma et au monde de l'argent roi.
Donoma a été réalisé par un jeune réalisateur autodidacte fauché, Djinn Carrénard, né en Haïti. Pour trouver des comédiens, il a fait appel à ses amis. Ils ont joué gratuitement, répété dans un squat à Paris. « Chacun se pointait avec son casse-croûte, se déplaçait en transports en commun », raconte Djinn. Le matériel a été prêté. Une seule caméra, des micros-cravates... et roule ! « Les seuls effets spéciaux sont dans les dialogues », rigole le jeune homme.
« Film à deux balles »
Le Quimpérois Pierre-Emmanuel Le Goff a participé au projet. Avec sa société Commune image média, il est un des co-distributeurs. « Il y a deux ans, j'ai produit un court-métrage, Alice au pays s'émerveille. » Un film « à deux balles », déjà, avec... Emir Kusturica ! Pour trouver des financements, Pierre-Emmanuel et son acolyte, Cyril Cadars, se sont mis nus dans une vidéo, puis ont lancé cet appel sur Internet : « Habillez-nous ! » Résultat ? 42 659 € de souscriptions. « Djinn a vu ça. Et s'est senti conforté pour mener son projet. »
Attaché autant à une éthique économique qu'à proposer une esthétique nouvelle, le jeune réalisateur a eu un coup de génie : faire de Donoma un film participatif. « Le montage a évolué en fonction des retours des spectateurs lors des projections. Les dernières touches ont été apportées juste avant la sortie le 23 novembre. »
Luc Besson voulait le distribuer
Restait à montrer cet ovni cinématographique. Là encore, c'est le système D... comme Donoma. Il est projeté dans des salles indépendantes, des universités, voyage dans des festivals, en France, Grèce, Canada, Corée... Vu son succès, des mastodontes, dont Luc Besson, ont proposé de le distribuer, « mais ils voulaient imposer un autre montage ». Djinn a refusé. « Il s'inscrit dans la ligne du cinéma guérilla (avec les réalisateurs indépendants Spike Lee, Jim Jarmusch, Melvin Van Peebles...), lâche Pierre-Emmanuel Le Goff. Un cinéma de l'énergie, qui refuse les processus classiques de financement, avec le risque de voir son projet récupéré et la nécessité de faire partie d'un sérail. » Donoma délivre un message nouveau : « Avec de la solidarité, de l'énergie, on arrive à soulever des montagnes. »
Pour se faire connaître sans prendre les chemins habituels, l'équipe fait de la « promotion virale », ou comment prendre le système à son propre piège. Ils utilisent tous les recours du Web. Une communauté de 5 000 fans relaie le film sur Facebook. Un site Internet permet de faire des dons.
David contre Goliath
L'équipe a aussi embarqué les acteurs dans un bus et lancé le Donoma guérilla tour. Ils prennent les villes d'assaut, à la façon des Blues Brothers, avec mégaphone et distribution de flyers. Ils enchaînent les interviews (leurs messageries sont saturées). Ils investissent les salles en organisant concerts et ventes de Tee-shirt avant et après les projections. « Les exploitants n'ont jamais vu ça. On fait le grand écart entre les nouvelles technologies et les origines du cinéma, quand c'était un spectacle sous chapiteau qui débarquait dans les villes. »
Ça ne suffit pas. Alors que Donoma est classé dans les cinq premiers films par la presse et les spectateurs, peu de salles acceptent encore de le distribuer. Deux seulement à Paris ! « C'est David contre Goliath. » Parions qu'ils vont gagner. Ah oui, au fait, Donoma, en sioux, veut dire « le jour se lève ». Il y a des aubes éclairantes, qui redonnent confiance en l'avenir.
NOIRCEUR DES CIMES : Une vie romancée.
Mon frère était mort quand j'ai écrit "Noirceur des cimes. " Je venais de subir pour la troisième fois une paralysie provisoire de ma jambe gauche. Tout avait volé en éclat... Et ce que j'avais vécu, intérieurement, restait du domaine de l'indicible.
Alors, j'ai écrit. Pour sortir de moi ce fardeau immense et cesser de regarder des ruines.
Je réalise peu à peu tout ce que ce livre contient. Je suis immensément surpris de la force de cet inconscient. Il ne m'était pas possible encore de mettre clairement en forme les traumatismes passés. Je les ai romancés sans même en avoir conscience. Tous les personnages sont une part de mon vécu. Cette situation bloquée en altitude, ce survivant qui découvre une réalité ignorée et se demande s'il est justifié de redescendre, combien de fois je me suis posé ces questions...
NOIRCEUR DES CIMES.

Il tremble. Il vient de se réveiller. Il s’était affaissé contre le pan de neige sur son côté droit. L’air glacé lance sur la peau de son visage des armées de piqûres. Il sort les bras du duvet, allume la lampe frontale et entreprend de faire chauffer de l’eau. Les mouvements déchirent le cocon fragile de tiédeurs qui l’enveloppait et les assauts du froid redoublent. Il connaît bien ce dilemme accablant qui oblige l’homme au bivouac à quitter l’immobilité dans laquelle il s’enfonce alors que le moindre geste est une douleur qui réveille l’inconfort de l’agitation. Il faut ancrer son esprit sur l’eau qui frémit, sur le courant brûlant qui va se répandre, sur les chaleurs à venir et refuser les tentations du repli sur soi. Accepter les luttes immédiates pour construire les futurs apaisements. Il a toujours vu dans cette situation délicate le parallèle à l’existence.
Il réalise soudainement à quel point l’acceptation de ce cheminement contient en lui-même les satisfactions essentielles. L’objectif a peu d’importance, ce n’est pas lui qu’il convient de viser car l’esprit se soumet dès lors à la menace de l’éventuelle déception, à la désillusion de l’intention manquée. Seule, la lutte a de l’importance. Car elle s’inscrit dans l’instant présent et ne comporte aucune projection mentale. Il conçoit à cette idée ne pas avoir vécu chaque pas comme un but atteint mais comme un passage et de s’être privé d’une bonne partie des bonheurs à vivre.
C’est d’avoir rejeté l’engourdissement de l’esprit qui le réchauffe, la soupe ne sera qu’un supplément. Il admet également que l’objectif du camp de base n’est qu’un leurre et qu’il ne doit pas focaliser son attention sur cette issue totalement incertaine et se condamner dès lors à ne rien saisir. Ce qui le maintient en vie n’est pas la vision fabriquée de ce rivage habité mais la nage immédiate dans l’océan de compréhensions où il évolue.
Tout ce qu’il perçoit le nourrit.
Tout ce qu’il espère l’épuise.
Il veut rejeter définitivement de son esprit l’horizon mouvant qui le trompe et se concentrer sur les paysages intérieurs.
Le bien-être de son esprit dans le bain lumineux de l’aura ne le quitte pas malgré les tremblements de son corps. Il aimerait comprendre et réalise encore une fois, avec une force puissante, une lucidité totale qu’il ne s’agit pas d’une perception analysable par les critères habituels de la raison. S’il s’en tient à une vision réfléchie, il ne peut s’empêcher de limiter ce voyage à une hallucination nourrie par son épuisement mais simultanément lui reste le goût étrange et apaisant d’une autre version de la réalité, une porte entrouverte sur une conscience surhumaine. L’expression prétentieuse l’indispose dans un premier temps puis il accepte l’idée que dans notre état habituel nous n’exploitons pas le summum de notre potentiel. Limités par la dictature impitoyable de l’égo, nous renonçons à l’éveil de l’esprit et à la perception de l’Ame. Perdant aussitôt notre dimension réelle. Rien de surhumain dans cette conscience, juste la complète étendue des possibilités qui nous échappent. Nous ne sommes pas des humains mais des esquisses fragiles, des ébauches inabouties. Il perçoit dans cette idée toute la raison de ce passage terrestre.
Nous devons apprendre à être ce qui est en nous.
L’envie puissante d’appeler Sandra le saisit. Il voudrait lui décrire l’espace dans lequel il est plongé, lui transmettre l’allégresse qui l’a envahi et ne le quitte plus. Il sent qu’il ne s’agit pas d’une prétention mais bien d’un don à émettre, d’un partage qui le tente. Pour une fois, il peut proposer à Sandra un voyage spirituel. Lui qui a toujours refusé de l’accompagner dans les mystères de l’âme, il serait cette fois un guide réel.
Il prend la radio dans sa veste. Des chaleurs soudaines ruissellent dans son corps immobile. Aucune crainte ne se lève.
« Allo, Sandra, ici, c’est Luc. A toi.»
Grésillements…
« Allo, Sandra, ici, c’est Luc. A toi.»
Quelques secondes lui ont été nécessaires pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un rêve mais bien de la voix de Luc. Envahie de frissons, elle a cherché fébrilement la radio dans la nuit, le souffle affolé, assaillie par la nausée d’un réveil brutal. Elle tremble en allumant la lampe.
« Allo, Luc, c’est Sandra. A toi.»
Elle a crié dans l’appareil en le serrant fermement des deux mains, les lèvres effleurant le métal froid.
« Où es-tu ? A toi.
-Je ne sais pas mais c’est beau. Je n’ai même pas froid. Je suis bien ici. »
Elle ne lui connaît pas ces intonations de voix et ce débit trop lent. Elle a peur. Elle regarde rapidement le cadran de sa montre. Quatre heures cinq.
« Comment c’est là-haut ? Quand est-ce que vous pensez arriver ? Est-ce que vous avez besoin d’aide ? A toi.»
Un flot de questions l’assaille. Elle tente de se calmer mais cette voix étrange, détachée et presque réjouie l’inquiète. La clarté de la réception lui donne l’impression qu’il est tout près, qu’en sortant de la tente, elle pourrait le voir.
« Je suis déjà arrivé. »
Elle ne comprend rien à la réponse. Elle attend une suite mais il a relâché le bouton d’envoi sans le « à toi » d’usage. Elle sait qu’il n’est pas dans un état normal.
« Luc, est-ce que ça va ? Et les autres ? A toi.
-Moi, ça va. Les autres sont morts. »
Silence.
Si elle avait été debout, elle sait qu’elle serait tombée. Elle espère avoir mal compris.
« Morts ?...Axel, Tanguy et Etienne sont morts ? A toi.
-Oui, ils sont morts mais je ne suis pas seul, tu sais. Il y a du monde ici. »
Silence.
« Qui est avec toi ? Que s’est-il passé ? A toi.»
Elle ne parvient pas à y croire, des frissons glacés la révulsent, coulent dans son dos, cette voix presque inconnue la terrorise.
« Je ne sais pas qui c’est mais ils m’ont parlé. C’était beau. Plein de lumière. »
Elle voudrait qu’il explique ce qui est arrivé mais elle ne veut pas le torturer avec des récits insupportables, elle ne veut pas ajouter à sa détresse, ne pas l’enfoncer dans les délires qu’elle devine. Elle pense à Thomas, elle voudrait l’appeler, qu’il lance immédiatement des secours. Elle revoit Léa sur le quai de la gare.
« Luc, il faut que tu descendes. Est-ce que tu peux le faire ? Il y a des grimpeurs ici qui peuvent monter vers toi.»
Silence.
Elle réalise qu’elle, non plus, n’a pas usé de l’expression habituelle annonçant la fin du message.
« Je n’ai pas vraiment envie de descendre. »
Silence.
Elle sait qu’il n’a plus toute sa raison, qu’il a besoin d’aide. L’urgence de la situation l’affole, elle espérait un retour rapide en France, un dénouement heureux, une rupture sans heurts. Et il est en train de mourir. Elle cherche ses mots mais dans le tourbillon des pensées qui l’enivre aucune phrase ne lui vient.
« Je suis bien ici. Les paysages sont magnifiques. »
Quels paysages ? Il fait nuit, pense-t-elle. Elle serre la radio comme si elle tenait sa tête entre ses mains, elle voudrait l’arracher à sa folie, lui offrir ses regards comme des bouées salutaires, ranimer dans sa mémoire des souvenirs humains et le soustraire à l’emprise des illusions létales.
« Luc, le jour va se lever, tu ne peux pas rester là-haut, tu vas mourir toi aussi si tu ne redescends pas. »
Silence.
« Et qu’est-ce que tu sais de la mort, Sandra ? Ce n’est pas ce que tu crois. En bas, je ne trouverai rien de plus beau qu’ici. »
Elle cherche à comprendre ce qu’il a pu découvrir et l’idée surgit que la carapace est brisée, que le noyau est à l’air libre…Elle rejette cette vision d’un mouvement de tête. Elle se répète les derniers mots et la panique la saisit.
« Luc, je ne sais pas ce que tu as vécu là-haut mais tu pourras continuer à y penser une fois redescendu. Si tu meurs, tout s’arrêtera. »
Silence.
« Arrête de croire, Sandra, que la mort est une fin. Pense à tout ce que tu as lu, à tout ce que tu m’as raconté. »
Un amalgame de discussions interrompues surgit, des phrases sans réponses, des tentatives avortées de dialogues, des rejets méprisants. Qu’a-t-il pu y trouver ? Comment des mots ont-ils pu le mettre dans un tel état ?
« Luc, je vais prévenir des grimpeurs pour qu’ils viennent te chercher. Est-ce que tu sais un peu où tu es ? »
Silence.
« Oh, oui, je le sais… A l’intérieur. »
Silence.
« Et je n’ai pas envie d’en sortir. Je n’ai besoin de personne. »
Elle ne sait plus quoi dire. La voix est si posée, si sereine, si fluide et si déterminée.
« Et moi, Luc, qu’est-ce que je fais ? Je te laisse mourir sans rien faire. Comment je pourrais vivre avec ça ? C’est impossible. »
Silence.
« Je sais Sandra tout le mal que je t’ai fait et je te demande pardon. Tu n’as rien à te reprocher. Même si je redescendais, je ne m’imposerais plus à toi. Il faut que tu comprennes que nous ne sommes plus liés. Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais très bien. Je te demande juste de reprendre ta liberté. De toute façon, ici, il neige encore et surtout le risque d’avalanche est énorme. Il ne faut pas que quelqu’un monte. Ce serait suicidaire. Et je ne le veux pas. A toi. »
Elle sent finalement qu’il n’est pas fou. Il n’a même sans doute jamais été aussi lucide. Il maîtrise ses paroles et ses pensées. Il a dit « à toi. »
« Je pensais te dire que je voulais te quitter, lance-t-elle. J’ai beaucoup réfléchi ici. »
Silence.
Les mots ont jailli sans qu’elle y pense, comme si la pression était devenue trop forte, comme si les paroles étaient animées d’une volonté insoumise, d’un désir irrépressible de s’échapper, qu’elles étaient cachées dans sa gorge attendant une faille pour surgir. Elle s’en veut d’avoir été si directe. Dans un tel moment.
« C’est très bien Sandra, j’en suis très heureux pour toi. Moi aussi, j’ai beaucoup pensé…Ou plutôt, j’ai enfin commencé à penser. Ca ne m’était jamais arrivé. Pas de cette façon. Je voulais te dire à quel point toutes tes paroles m’ont aidé. Tu m’as guidé. Je t’en remercie. A toi. »
Elle est rassurée par sa réponse. La voix n’a pas varié. Le ton est toujours aussi doux, détaché, éthéré. Elle n’en revient pas. Elle a l’impression d’entendre un homme qu’elle ne connaît pas.
« Je ne sais pas Luc ce que tu as découvert mais je ne pense pas y avoir été pour grand-chose. J’ai toujours pensé que tu portais beaucoup plus que ce que tu voulais bien montrer.»
Cette révélation le réjouit.
« Luc, il faut que tu descendes. Pour toi. Tu ne dois pas disparaître maintenant. Je ne te poursuivrai pas. Tu seras libre. Tu ne dois pas gâcher ce que tu as découvert. Fais-le pour toi. »
Silence.
« Je n’ai pas envie de quitter Axel, Tanguy et Etienne. Ils sont ici. Je ne comprends pas encore ce qui est arrivé. Ni surtout pour quelles raisons. »
Silence.
« Tu veux en parler ? »
Silence.
« Est-ce qu’il est possible que la destinée d’un être soit de favoriser l’éveil d’un autre, même au prix de sa vie ? »
Silence.
Jamais, il ne lui a posé une telle question. Elle se corrige immédiatement en pensant que c’est à lui qu’il se la pose. Qu’elle est simplement le réceptacle occasionnel d’un écho immense, un tonnerre assourdissant qui ne peut plus s’éteindre. Elle connaît ce tumulte intérieur, elle sait que rien n’est transmissible, que les énergies contenues sont au-delà de toute forme de communication. L’éveillé se parle en s’adressant aux autres. C’est son chemin qu’il emprunte, son esprit qu’il défriche.
« Je ne sais pas Luc, c’est une question délicate. »
Silence.
« Tu les as toujours aimées ces interrogations déconcertantes. »
Silence.
Cette remarque la bouleverse. Elle sent dans sa voix une attention particulière. Un regard tendre et respectueux. Nulle trace de l’ironie habituelle.
« Luc, il faut que tu descendes, tu ne peux pas abandonner, tu ne l’as jamais fait. »
Silence.
« Je me fiche de mes exploits passés, c’est totalement insignifiant. J’aurais aimé en prendre conscience avant, c’est tout. Mais ça n’était peut-être pas possible. »
Elle repense à sa question précédente et devine la culpabilité qui s’y cache.
« Tu sais, je n’ai rien pu faire pour Axel, Tanguy et Etienne. On a été complètement dépassé. Il ne fallait pas venir ici. Ca n’était pas pour nous. »
Elle n’ose toujours pas demander ce qui est arrivé. Elle n’est pas certaine d’ailleurs d’en supporter les détails. Le simple rappel des visages lui tord les entrailles. Morts. Ils sont morts. Elle ne parvient pas à y croire.
« Luc, tu dois redescendre aussi pour eux. Vous ne devez pas disparaître tous les quatre. Il faut que quelqu’un entretienne les mémoires. »
Silence.
« Je ne veux pas de ce rôle. »
Silence.
La phrase est tombée comme une sentence.
Elle sait désormais ce qui le retient en altitude. Elle comprend son erreur. Le retour dans les vallées, parmi les hommes, est un projet qu’il rejette car il le condamne à être le porteur d’un message immonde, une horreur insupportable, la source de tous les pleurs.
« Mais ce n’est pas ça qui me retient ici, en tout cas, ce n’est pas le plus important. Tanguy, Etienne et Axel baignent de nouveau dans l’Ame de l’Univers parce qu’ils sont morts mais moi, je vis et pourtant, on m’a donné la chance, le privilège immense de goûter à cet ultime bonheur. »
Qui est-il devenu ? se demande-t-elle. Qu’a-t-il donc connu pour libérer désormais de telles paroles, avec une telle déconcertante facilité, ce complet détachement, comme si tout cela était parfaitement naturel ?
« Qui t’a donné ce bonheur, Luc ? »
Silence.
« Je ne sais pas réellement, l’Univers, je crois. Ce n’était pas mes pensées, quelque chose s’est insinuée en moi, c’est une certitude mais je ne peux pas l’expliquer. Tu sais, je n’avais plus de corps, ni d’esprit et pourtant tout est là, en moi, ça n’en partira plus jamais. Et je voudrais tant que ça revienne. »
Silence.
Elle comprend que la mort ne l’inquiète pas puisqu’il y devine une plénitude similaire. Elle ne trouve aucun argument pour l’inciter à vivre.
« C’est pour ça que tu ne veux pas descendre ?
Silence.
« Pour vouloir aller quelque part, répond-il d’une voix résolue, il faut qu’il y ait un projet, un objectif, un espoir. Mais tout est ici, je n’ai rien de mieux à trouver en bas. Je crains surtout qu’en descendant, tout cela disparaisse totalement. Et je m’en voudrais infiniment. »
Silence.
« Mais ce que tu as connu ou que tu connais encore, tu peux continuer peut-être à l’éprouver en restant vivant alors que tu ne peux pas savoir avec certitude que la mort te le proposera. »
Silence.
Il sait qu’elle a raison. Il n’a aucune certitude, simplement une hypothèse. La mort est-elle une fin ? Ou le complément délicieux des expériences proposées lors de ce passage terrestre ? Et pourquoi pas la suite du chemin pour devenir un humain? Il cherche une réponse dans les images du « rêve. » Il n’y trouve qu’un appel à la vie…Rien sur la mort de ses compagnons, rien sur le mystère qui s’y cache.
« Oui, Sandra, c’est possible que tu aies raison. »
La vie divine de l’instant présent.
L’expression a jailli. Les sensations l’accompagnent. Une douce félicité. Il ne peut toujours pas reconnaître dans ce ressenti un vécu passé. Rien n’y ressemble. C’est au-delà de sa vie, hors de toute mémoire. Il a peur brutalement d’insérer dans ce voyage intérieur des fantasmes menteurs, de perdre la vérité qui lui était proposée en l’entachant de prolongements rassurants, de mirages idylliques, de paradis tentateurs. Il devine des pressions éducatives, les traces fossilisées de paroles religieuses. Sa mère l’emmenait à la messe. Il avait dû subir les traditions familiales jusqu’à la communion. Il sait à quel point tout cela n’était qu’une vaste supercherie, un lien social insignifiant. Dans l’ombre froide de l’église, il n’a jamais vécu la moindre rencontre, la plus petite parcelle de joie, le début d’une plénitude. Rien d’autre que des paroles incomprises récitées docilement sous le regard inquisiteur du prêtre et de l’homme sur la croix. Enfermé dans son costume du dimanche, emprisonné derrière des murs sombres et glacés, encerclé par d’autres esprits enchaînés, il ne rêvait que d’habits usés contre les roches, de montagnes lumineuses, d’amis attentifs et rieurs, de défis relevés, de sommets vaincus.
Il sent bien qu’ici, tout est différent. On ne lui a pas parlé de la mort mais de la vie, du lien, de l’appartenance, de la communion cellulaire avec l’Univers du Vivant. Rien sur un paradis à gagner, rien sur la mort.
Il s’est égaré dans une vision apaisante, imaginant ses trois amis baignés par l’aura lumineuse. Ultime tentative de l’égo qui perd pied. Dernier baroud d’honneur. L’image le fait sourire. Il sait qu’il doit tout abandonner.
Tout.
Elle pense soudainement aux piles pour la radio. En a-t-il encore ? Ils n’ont jamais maintenu le contact aussi longtemps. Elle n’ose rien demander. Elle a trop peur de l’entendre répondre qu’un des trois amis a disparu avec les réserves. Elle ne parvient pas non plus à couper le contact. Elle l’imagine dans sa solitude glacée et cette vision la raidit, coule en elle comme une boue invalidante.
Elle étire ses jambes engourdies. Comment fait-il pour tenir ? L’humidité froide de la tente glisse en elle depuis si longtemps qu’elle a l’impression de moisir intérieurement. Elle ne sait même pas s’il a un abri.
« Luc, est-ce que tu as une tente ? »
Silence.
« Non, je n’ai rien. Juste un réchaud et mon duvet. »
Silence.
Comment est-il encore vivant ? Elle repense à ce doute qui l’avait envahi. Elle craignait qu’il ne porte pas en lui une raison indéfectible pour rester en vie. Elle conçoit à quel point elle s’est trompée. Mais ce qu’il a découvert a-t-il brisé cette force intérieure ou l’a-t-elle intensifiée ?
« Luc, il faut que tu descendes, tu ne pourras pas tenir une autre nuit. Je vais prévenir les autres grimpeurs, ils viendront te chercher. »
Silence.
« Je te l’ai dit, Sandra, c’est impossible de monter, il y a trop de neige. Axel est parti dans une avalanche. »
Une avalanche. Elle imagine le corps qui disparaît dans la masse titanesque. L’avalanche que les Polonais ont entendue. Le corps d’Axel est quelque part dans le déversoir. Sous des tonnes de neige. Une immense tristesse la submerge, elle sent les larmes qui montent. Comment Luc y a-t-il échappé ? Elle ne comprend pas. Ils devaient être séparés. C’est la seule hypothèse plausible. Des flots de questions surgissent. Elle ne comprend pas.
« Que comptes-tu faire, Luc, est-ce que tu as à manger ? »
Silence.
« Des soupes, quelques paquets de lyophilisés et des abricots secs. Mais j’ai pas beaucoup de gaz. J’avais partagé les réserves avec Axel. Avec le lever du jour, je verrai bien la suite. Mais il faudrait que j’attende que la neige se tasse un peu. »
Silence.
Elle est rassurée qu’il envisage la descente. Elle se dit que ce contact prolongé le ramène peu à peu à la réalité de sa situation et que sa raison reprend le dessus.
« Tu as réussi à dormir ? A toi. »
Elle ne veut plus de cette coupure silencieuse dans leur échange. Elle espère qu’il va reprendre la procédure habituelle. Elle veut retrouver l’homme déterminé qu’elle connaît, celui qui peut se sauver, qui en a les moyens. Elle veut l’arracher définitivement aux mystères qu’il a évoqués.
« Oui, j’ai dormi un peu. Et c’est ce que j’ai connu de plus beau depuis que je suis sur cette montagne. »
Silence.
Elle s’en veut, il ne fallait pas poser cette question. Elle l’a ramené vers les images qu’elle maudit, vers les gouffres qu’elle entrevoit.
« Tu n’es pas trop fatigué ? A toi. »
Elle a insisté sur la procédure en renforçant sa voix.
« Je ne sais pas. Je n’y ai pas pensé en fait. Ca fait un moment que je n’ai pas bougé. J’ai l’impression d’avoir été nourri. Non, en fait, j’en suis certain. Il ne m’est jamais rien arrivé d’aussi merveilleux. »
Silence.
Elle sait qu’elle a échoué. Elle ne peut pas le ramener. Elle n’a plus aucune emprise sur lui. Il est ailleurs. Il a perdu ses trois amis et il parle d’instants merveilleux.
« Il faut que je te laisse, Sandra, je n’ai plus que deux piles. »
Silence.
« Tu me rappelles dès que tu en as envie, à n’importe quelle heure, tu me dis ce que tu fais, je vais aller prévenir les grimpeurs qui sont ici », lance-t-elle rapidement.
Il sent dans sa voix une angoisse redoutable et il s’en veut.
« Ne t’inquiète pas, Sandra, je vais bien et je ne veux pas que d’autres grimpeurs prennent des risques pour moi. Il y a déjà trois morts en moi, je ne veux pas en rajouter. »
L’expression la terrifie. Elle perçoit l’immense détresse qui l’étreint, l’enserre dans un étau sombre, le cloisonne dans un cercueil. Il est enfermé dans le tombeau où gisent les souvenirs. Le survivant ne peut pas être libre, sa situation n’est pas enviable. Elle réalise avec une infinie tristesse à quel point il doit souffrir. Et elle craint que cette torture morale ne soit un précipice dans lequel il finisse par plonger.
« A bientôt, Luc, je pense à toi. Tu n’es pas seul, s’efforce-t-elle de prononcer en détachant clairement chaque mot. A toi.
-Non, je ne suis pas seul. Je le sais maintenant. A bientôt. »
Il a coupé.
Elle garde la radio dans ses mains comme si c’était lui qu’elle serrait. Elle réalise que ce n’est pas d’elle seule dont il parlait, ni même uniquement de Tanguy, d’Etienne et d’Axel. Ce qu’il a découvert est en lui, occupe une place gigantesque, le remplit d’une certitude inébranlable, au-delà de la raison humaine. Mais elle ne peut pas le nommer. Elle n’en a aucune image.
Visualisation.
En fait, quand je vois le succès médiatique de ces ouvrages, je me dis que je devrais écrire des livres de méthodes au lieu de vouloir transcrire tout ça dans des romans...
"Les Eveillés" sous la forme d'un guide de pratiques...Non, vraiment pas...
Marie-Lise Labonté
J’ai guéri en visualisant des images de santé
http://www.cles.com/entretiens/article/j-ai-gueri-en-visualisant-des
La science a commencé à nous dire de quelle façon fonctionne la technique de la visualisation. L’essentiel est que cette méthode permet de guérir, parfois même de maladies graves. Marie Lise Labonté en est la preuve vivante !
Voilà des décennies que les thérapeutes savent l’importance des liens entre nos pensées, nos émotions, nos images intérieures et nos états physiques. Empiriquement, ils ont mis au point des méthodes de « pensée positive » pour nous soulager de nombreux troubles et améliorer l’efficacité des traitements médicaux. On ignorait cependant, jusque très récemment, pour quelles raisons fonctionne, par exemple, l’effet placebo, approche typiquement psychomatique : pourquoi faut-il que patient et soignant « croient » à un remède pour qu’il marche ? Mais voilà que la recherche fondamentale a fait des découvertes ahurissantes, débouchant sur l’avènement d’une discipline au nom impossible : la psycho-neuro-immuno-endocrinologie. Celle-ci montre notamment que, si vous visualisez une situation, cette image mentale provoquera en vous exactement les mêmes processus chimiques que si vous vivez cette situation pour de bon. Si vous vous imaginez que l’on vous étouffe, votre physiologie, au niveau moléculaire, sera celle d’un réel étouffement physique. À l’inverse, en visualisant un dénouement (l’action de dénouer un nœud), vous pourrez vous libérer de terribles nœuds, dans l’estomac, la gorge, le ventre, les muscles... Mais qu’importe ? L’essentiel est que cette approche permet de guérir, parfois même de maladies graves. Marie Lise Labonté en est la preuve vivante !
« Ma voie de guérison, c’est le chemin d’une vie ». L’histoire d’une vocation, aussi : après cinq ans d’arthrite rhumatoïde, menacée de paralysie, Marie Lise Labonté se rend à Paris, où elle est soignée par Thérèse Bertherat, kinésithérapeute créatrice de l’antigymnastique. Rentrée guérie au Québec, elle ouvre un centre de soins psychosomatiques, continue à se former - notamment auprès du docteur Simonton, célèbre pionnier de la psycho-neuro-immunologie -, et développe sa propre méthode, « l’abandon des cuirasses », fondée autant sur le travail du corps que sur la visualisation et la psychothérapie. Aujourd’hui formatrice de thérapeutes et auteur à succès, elle insiste dans un nouveau livre, écrit avec le psychanalyste jungien Nicolas Bornemisca, sur l’importance des images mentales.
Nouvelles Clés : « Se guérir grâce à ses images intérieures », proposez-vous. Quelle fut l’influence de ces images sur votre propre guérison ?
Marie Lise Labonté : Déjà, c’est ma « vision de la vieille femme », comme je l’appelle, qui a tout déclenché. Le soir du jour où on m’a annoncé pour bientôt chaise roulante et prothèses, je me suis vue dans le futur, âgée de 47 ans, en train de mourir de l’arthrite. Et là, déclic, je me suis dit : « Non ! » Je me suis étendue sur le sol et j’ai débuté les mouvements indiqués dans le livre de Thérèse Bertherat, que j’avais parcouru sans rien faire. C’est là que mon processus de guérison a commencé. Je soufrais beaucoup, j’étais physiquement très limitée, mais j’ai ressenti un bref soulagement que je n’avais pas connu depuis des années. Le bien être ! J’ai décidé de suivre cette piste. Un mois plus tard, j’avais tout vendu, j’étais à Paris (en béquilles !) et je commençais ma thérapie. Au bout d’un an, je pouvais marcher, danser, courir.
N.C. : Une guérison presque miraculeuse ?
M.L.L. : J’ai vite découvert combien mes images mentales avaient participé, d’abord, à ma maladie ! En même temps qu’ils apportaient un soulagement, les mouvements faisaient émerger des souvenirs oubliés, visuels ou auditifs, des situations difficiles que j’avais vécues enfant puis occultées, même devant le psychiatre qui m’avait suivie au Québec, dans une approche très mentale, dirais-je. Ces images, je pouvais les vérifier ensuite au téléphone avec ma mère : « Mais oui, je portais cette robe bleue à l’époque ! » disait-elle par exemple. Il y avait aussi des scénarios de destruction inspirés par la souffrance physique, scénarios exutoires d’amputation ; ou encore des sensations kinesthésiques, reflets de l’enfermement de mon corps par l’arthrite. Petit à petit, ces impressions se sont transformées en ce qu’on appelle des « images de transformation » : elles n’avaient plus la même dureté, et soudain sont venues, tout naturellement, des images de guérison - dont une autre vision, celle de la « déesse », où je me voyais courir sur une plage inconnue. Là encore, ce n’était pas un rêve (je rêvais beaucoup aussi), mais une vision, différant également des images, car s’imposant avec plus de force et d’information.
N.C. : « Tout naturellement », dites-vous. Dès qu’on libère le corps, il se met à parler ?
M.L.L. : Le corps, comme les rêves ou les signes de jour, est une voie de communication de l’inconscient, dont il est le siège. Les symptômes, c’est l’inconscient qui parle ; et guérir, c’est ouvrir le dialogue avec le monde intérieur. Un processus naturel, en effet, mais que nous avons bloqué dans nos sociétés occidentales. Nicolas Bornemisca raconte dans le livre l’histoire de ce dialogue dans la Grèce antique, au Mexique, au Pérou ou ailleurs, et comment notre société s’y oppose... et le voit revenir.
N.C. : Mais c’est bien le corps que vous mettez en avant, dans votre méthode ?
M.L.L. : Je n’ai pas pu tout expliquer dans un seul livre ! Mais le dialogue avec l’inconscient n’est jamais séparé du travail sur le corps que j’ai décrit ailleurs, et par lequel il faut toujours commencer, pour relaxer, dégager la respiration, débloquer les tensions et faire venir la libération musculaire et l’abandon des cuirasses. Ce n’est que lorsque les gens le veulent, et sont prêts, que l’on peut faire remonter les images de la maladie et entamer la visualisation. On ne saute pas sur l’inconscient pour qu’il parle, on attend et on écoute, en partant des images intérieures et toujours dans un corps détendu. Par exemple, on va chercher l’image de la chimio, et les gens auront moins d’effets secondaires parce qu’ils vont agir sur la chimio en l’aidant, au lieu d’être en colère. Tout dépend du mal être de la personne, mais il est toujours important de libérer la cuirasse du bassin, la musculature du dos et cette « cuirasse du mal aimé » qu’est la région thoracique. On crée ainsi une circulation d’énergie qui permet au système parasympathique d’entrer en action, facilitant le contact avec l’hémisphère droit du cerveau.
N.C. : La thérapie, finalement, sert à alimenter la capacité d’autoguérison ?
M.L.L. : C’est le but. Le sens profond d’une maladie n’est pas le même pour tous. On n’est pas là en tant qu’autorité. Quand quelqu’un nomme un symbole, on lui demande toujours quel en est le sens pour lui. C’est comme pour la visualisation sportive : vous pouvez toujours visualiser la victoire, si vous avez un problème inconscient avec le succès, ça ne marchera jamais. Attention, de même, avec les imageries toutes prêtes : on se forge une imagerie grâce à un livre, mais l’inconscient n’est pas d’accord et on retombe dans le processus même de la maladie !
N.C. : On peut visualiser à l’envers ?
M.L.L. : A la base de nombreuses maladies, il y a un processus inconscient d’autodestruction. Souvent, quand on questionne un malade, il mentionne une petite voix qui disait : arrête sinon ça va être grave. Mais beaucoup ne veulent ni écouter ni savoir. Le plus important est d’aider la personne à développer une relation d’amour avec elle-même : loin du narcissisme, cette rencontre lui fait prendre conscience qu’elle peut s’appuyer sur son monde intérieur pour trouver les pistes de guérison.
N.C. : Passer par le corps avait si bien marché pour vous, pourquoi aborder l’inconscient ?
M.L.L. : Madame Bertherat ne parlait pas beaucoup de l’inconscient, mais elle portait en elle ce dialogue, même si elle tenait à rester sur le terrain physique. C’est moi qui me livrais à une autoanalyse, notant mes impressions et mes rêves, cultivant mes images de guérison. Le docteur Simonton non plus ne dialoguait pas beaucoup avec l’inconscient : « On ne sait pas pourquoi la visualisation de la guérison a autant d’effet, disait-il, mais on sait que ça marche. » Je respecte leurs démarches, mais moi, j’ai créé ma propre méthode en me fondant sur une connaissance du corps et une étude de Wilhelm Reich qui me permettaient d’aller plus profond dans le dialogue avec l’inconscient, et d’aborder les cuirasses. Quand Nicolas, qui est psychanalyste jungien, a rejoint le centre pour aider les gens à analyser leurs rêves, j’ai beaucoup appris, et j’ai réalisé que ma voie de guérison est le chemin de toute une vie !
N.C. : Pensez-vous que le Québec soit en avance sur la France dans ce domaine ?
M.L.L. : Plus maintenant. Il y a une recherche, un éveil. Au Québec, j’ai le sentiment que les gens sont souvent en train de faire du shopping, surfant d’une méthode à l’autre sans jamais entreprendre de véritable travail. Par contre, ce qui manque aux thérapeutes en France, c’est le travail en équipe.
A lire de Marie Lise Labonté :
Se guérir grâce à nos images intérieures, éd. Albin Michel
Déclic, éd. de L’Homme
Mouvements d’éveil corporel, éd. de L’Homme
Site officiel : www.marieliselabonte.com
Conscience et liberté (spiritualité)
"Connais-toi toi-même", disait Socrate. Il s'agit bien entendu d'une introspection assidue dans un état de conscience constant et inébranlable. La première acceptation inévitable est de réaliser l'état d'ignorance dans lequel nous évoluons. C'est la clé qui permet au moins d'ouvrir la cellule. Il resterait ensuite à progresser dans un espace inconnu.
L'immense difficulté vient du fait que pour prendre conscience de notre état, nous devons faire appel à nous-même et cela revient à dire que nous opérons une vision de notre état tout en opérant une vision de celui qui visionne. Mais si celui qui visionne est dans un état d'ignorance, comment pourrait-il juger de son ignorance ? Comment l'océan pourrait-il s'observer en restant dans un état d'océan, comment le ciel pourrait-il s'observer en restant dans un état céleste ? Il faut pouvoir s'extraire de soi. Mais comment s'extraire de soi quand on ne parvient justement pas à identifier clairement ce soi ?
C'est assez effroyable en fait... La conscience court après elle et elle s'éloigne simultanément devant sa propre progression étant donné qu'elle est en même temps le prédateur et la proie.Imaginez une "lionne-gazelle" qui se court après en elle-même...Comment pourrait-elle s'atteindre ? La gazelle ne peut pas succomber à la lionne étant donné qu'elle est elle-même la lionne et la lionne ne peut pas s'abattre sur la gazelle étant donné qu'elle est elle-même la gazelle. Et pourtant les deux entités unifiées courent sans cesse...
Quand je dis : "Je me sens bien", cela sous entend que "Je" perçois le "Me".
"Je" parle de "Me" tout en observant ce "Je" qui s'observe à travers "Me".
Cette affabulation dialectique correspond pleinement à cette recherche de la conscience.
Il faudrait pouvoir par conséquent supprimer "Me" par un travail intellectuel afin qu'il ne reste que "Je" mais dès lors ce "Je" ne peut pas avoir conscience de lui-même étant donné qu'il s'est attaché à s'extraire de lui-même...Si je ne suis plus "moi", qui est là pour en avoir conscience ? Cela revient d'ailleurs à s'imaginer mort. Alors qu'il est tout bonnement impossible de le percevoir étant donné que celui qui le tente est vivant et use de cette vie pour s'imaginer mort. De la même façon, si j'imagine être conscient alors que je suis incapable d'avoir conscience de cet état de conscience, je continue à m'imaginer vivant alors que je suis mort à moi-même.
Il n'y a aucune liberté dans cette non-conscience. Je ne peux que réaliser mon enfermement dans cette incapacité à atteindre l'horizon ouvert de cette conscience. Il ne s'agit pas non plus d'une inconscience d'ailleurs. Celle-là est apparemment de l'ordre de l'insondable parce qu'elle est "naturellement" ingérée par une conscience poreuse. Il est pourtant possible d'y accéder à travers les rêves ou l'hypnose. La porosité fonctionne dans les deux sens.
La non-conscience est bien plus dramatique. De l'apparemment insondable, on passe à l'éventuellement insoluble.
En même temps, si je veux parvenir à conscientiser l'état de conscience, je sais bien qu'il est impossible d'y parvenir dans un état habituel de perceptions. En ce moment, j'écris avec de la musique à fond dans les oreilles.
"The calm blue sea."
Et bien, il m'arrive de réaliser parfois que je n'entends absolument pas la musique et parfois même, je réalise que le morceau est fini et que je ne m'en étais pas aperçu...La raison en est très simple : je suis infiniment concentré sur mon écrit jusqu'à extraire de ma conscience cette musique. De la même façon, il m'arrive en me relisant parfois de réaliser que je ne me souviens pas du tout de ce que j'ai écrit mais que j'entends toujours la musique que j'écoutais à ce moment-là. Elle tourne en boucle comme si elle était toujours en marche.
L'expérience de la rumeur des vagues à la plage est un exemple bien connu. Combien de fois, nous nous apercevons soudainement du grondement des vagues alors que quelques secondes avant, nous ne l'entendions pas. Ou de ce volet qui grince avec le vent, depuis des heures, et que nous n'avions pas entendu jusque-là mais qui maintenant nous agace au plus haut point.
Cette concentration ou contention consiste à identifier les éléments innombrables qui parviennent à notre conscience. Mais alors, si je décide, par un effort immense, de vider les perceptions jusqu'à ne percevoir que le néant, est-ce que je peux parvenir à rencontrer l'unique conscience qui a conscience de ce néant ? Est-ce que le silence intérieur offre l'opportunité de cette rencontre ? S'il n'y a plus rien à percevoir et qu'il ne reste que la conscience de cette absence de perception, est-ce qu'il s'agit encore d'une perception de la conscience ou la conscience de ce qui ne perçoit plus rien ? Est-il possible que la "lionne-gazelle" soit devenue une non-identification, comme si la course avait pris fin et que l'immobilité autorise enfin la disparition de cette dualité ? Que reste-t-il lorsqu'il n'y a plus rien ? La conscience de ce rien est-elle quelque chose ?
La problématique posée n'est-elle pas une entrave à la conscience ? Comment pourrais-je comprendre par un raisonnement intellectuel ce qui est supposé être en dehors de l'intellect ? C'est absurde.
Dès lors, il est sans doute impossible d'identifier la conscience par les schémas habituels.
L'empirisme de Hume le disait déjà. "Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment, sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. "
Peut-être d'ailleurs que la mort est la seule issue à cette prise de conscience puisqu'il n'y aura plus rien d'expérimenté et qu'aucune perception ne sera reconnue. Mais il n'y aura peut-être plus rien pour en avoir conscience.
C'est bien pour cela qu'il convient de chercher une issue ici-bas. Ou là-haut. C'est à dire dans les sphères éthérées de l'altitude. Quand on va au bout de l'effort et qu'on découvre qu'il y a un silence intérieur d'une qualité inégalable, il se découvre en nous une conscience de ce vide qui n'est pas une observation duale de l'individu mais une "aperception" d'une densité incroyable. Il n'y a rien et "je" le perçois sans que rien ne soit perceptible.
Il faudrait que je ré-écrive "Noirceur des cimes". Je ne suis pas allé assez loin dans ce silence intérieur. Il y avait bien plus à dire.
Ou que j'écrive une autre histoire.
