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Articles de la-haut

Et c'est reparti...

Par Le 15/12/2011

Courrier du tribunal. Dépôt de bilan pour la maison d'éditions Laura Mare. Une bien triste fin pour quelqu'un qui a donné énormément d'énergie pour faire vivre son rêve jusqu'au bout.

J'ai fini le tome 3 de Jarwal le jour où le courrier est arrivé. 

 

Plus qu'à reprendre mes recherches...

Ataraxie

Par Le 14/12/2011

Wikipédia.

L’ataraxie   apparaît d'abord chez Démocrite et désigne la tranquillité de l’âme résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence.

L’ataraxie devient ensuite le principe du bonheur (eudaimonia) dans le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme. Elle provient d’un état de profonde quiétude, découlant de l’absence de tout trouble ou douleur. Cette notion apparaît à l'époque d'Epicure.

L'état d'ataraxie n'est pas uniquement une affaire mentale. L'étude rationnelle d'une éthique et d'une paix intérieure telle que firent ces trois mouvements philosophiques reste limitée par l'expression de ce sentiment de quiétude. Nous ne pouvons que souligner l'importance des exercices corporels dans ces doctrines afin de mieux faire apparaître la relation controversée entre le corps et l'esprit. L'ataraxie est en effet liée, d'une façon non nécessaire, à l'aponie, ou absence de troubles corporels. Selon Epicure, ces deux états liés mènent à l'euthymie..

Pour Epicure, la réflexion sur le bonheur est incontournable car l'existence de l'humain est tout entière dominée par la recherche des causes qui le produisent. Épicure enseigne à distinguer les désirs naturels des désirs non naturels, et les désirs nécessaires des désirs non nécessaires :

« Quand nous disons que le plaisir est notre but, nous n'entendons pas par là les plaisirs des débauchés ni ceux qui se rattachent à la jouissance matérielle, ainsi que le disent ceux qui ignorent notre doctrine, ou qui sont en désaccord avec elle, ou qui l'interprètent dans un mauvais sens. Le plaisir que nous avons en vue est caractérisé par l'absence de souffrance corporelle et de troubles de l'âme. »

"Il n'est pas possible de vivre de façon bonne et juste, sans vivre avec plaisir."

Il faut viser la suffisance à soi, car ainsi la douleur provenant du manque est supprimée.

Pour Épicure, une amitié restreinte mais véritable est importante à l'ataraxie. Dans le jardin d'Epicure, seuls ses vrais amis sont présents, ce qui empêche tout trouble de l'âme.

"Certaines douleurs ne sont pas à éviter parce qu'elles sont un bien, de même que certains plaisirs ne doivent pas être poursuivis parce qu'ils sont la source de plus grands maux. " Lettre à Ménécée.


 

Notre existence sociale est-elle propice à l'établissement et la durabilité de cet état d'ataraxie ?

Le souhaitons-nous réellement ?

Les conditionnements éducatifs, non seulement familiaux mais sociétaux, autorisent-ils l'élaboration consciente, volontaire et constante de cette philosophie et de son application ?

Existe-t-il une opposition supérieure aux hommes au développement de cette philosophie ? Existe-t-il des mouvements de pensées à l'échelle du monde s'opposant à cette liberté individuelle ?

L'ataraxie, de par la plénitude qu'elle génère, n'est-elle pas antinomique au regard de la société de consommation ?...

Un individu qui a su identifier les plaisirs qui lui sont nécessaires et bons de ceux qui lui sont néfastes est-il encore un client potentiel ?

Epicure n'apporte rien au PIB...C'est un Antimondialiste et un Indigné.

Avec le recul aujourd'hui, j'ai conscience que dans mes romans cet état de plénitude est une quête constante...

 

Triple A

Par Le 13/12/2011

Tout le monde sait très bien, sauf qui ne veulent rien savoir, que les intérêts des agences sont réels et que leurs notations leur rapportent des sommes colossales.

Je rappelle qu'en bourse, il existe ne serait-ce que la "vade", vente à découvert des titres pour jouer la baisse. Les investisseurs anticipent une baisse et ils gagnent encore lorsque les titres côtés en bourse baissent. 

Il existe bien d'autres techniques, très complexes, du même genre que les subprimes, c'est à dire des assemblages qui finissent par ne plus être maîtrisés...L'histoire se répète toujours. Surtout lorsqu'elle est menée par l'avidité...C'est à dire quasiment tout le temps...

Petit parcours dans les labyrinthes des 3 agences de notation et de qui les détient en réalité...

Un gros travail trouvé sur le NET.

 

*********1) MOODY's
http://fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=MCO

Actionnaires principaux: Actions % valeur date
BERKSHIRE HATHAWAY, INC 28 415 250 12,42 1 089 724 837 30 juin 2011
Capital World Investors 27 555 000 12,05 1 056 734 250 30 juin 2011
VANGUARD GROUP, INC. (THE) 10 963 760 4,79 420 460 196 30 juin 2011
STATE STREET CORPORATION 7 540 966 3,30 289 196 046 30 juin 2011

BERKSHIRE HATHAWAY est la société de... Warren Buffett.
Capital World Investors est une entité de Capital Group Companies qui est le plus GRAND FOND d'INVESTISSEMENT MONDIAL (siège basé à Los Angeles). Je n'ai trouvé aucune info sur les principaux actionnaires de ce groupe.

http://en.wikipedia.org/wiki/Capital_Group_Companies

Pour la petite histoire de Moody's et de la Grèce:

"Dégradation de la note de la Grèce en 1931 (DEJA!)

En 1931, Moody's dégrade la note de la Grèce, et les taux d'intérêt grimpent. La drachme est dévaluée et le pays fait défaut en 1932. Les Grecs sont frappés par l'inflation et des émeutes éclatent. La monarchie est restaurée en 1935 et en 1936 a lieu un coup d'État par lequel le général Metaxas prend le pouvoir. La même année Moody's exprime ses regrets à propos de ces événements et annonce l'arrêt des notations des dettes publiques"

source http://fr.wikipedia.org/wiki/Moody's
Voir

cet
article
TRES
INTERESSANT!

http://www.amb-grece.fr/articles_presse/20 11 /j-av ril%20201 1/j-05 _04_2011.htm#2


*********2) FITCH Ratings
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fitch_Ratings

Fitch Ratings est contrôlée à hauteur de 60 % 3 par le groupe Holding Français Fimalac dirigé par Marc Ladreyt Delacharrière, dont la fortune personnelle est estimée

à
1.6
milliards
d'euros....

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Ladreit_de _L ach arri% C3%A8re

Le groupe de medias américain Hearst détient les 40% restant, ce groupe gigantesque est détenu par un Trust familial

As of 2009, the trustees are:

Frank A. Bennack Jr., vice chairman and chief executive of the corporation Anissa Bouadjakdji Balson, granddaughter of David Whitmire Hearst Sr.
John G. Conomikes, vice president of corporation, oversees broadcast interests Ronald J. Doerfler, chief financial officer, senior vice president and a board member of Hearst Corporation George Randolph Hearst Jr., chairman of Hearst Corporation and president of the Hearst Foundation John Randolph Hearst Jr., an officer and director of the corporation Virginia Hearst Randt, daughter of late former chairman Randolph Apperson Hearst William Randolph Hearst III, president of the William Randolph Hearst Foundation Harvey L. Lipton, lawyer and former vice president and secretary of the Corporation Gilbert C. Maurer, former head of Hearst Magazines, then executive vice president and chief operating officer under Bennack, now a consultant Mark F. Miller, former executive vice president of Hearst Magazines David J. Barrett, president and chief executive officer of Hearst Television, Inc.
James M. Asher, chief legal and development officer of Hearst

*********3) Standard & Poor's .

Le capital de cette société est détenu en intégralité par Mc Graw-Hill Companies INC.

Quels sont les actionnaires de Mc Graw Hill?
On peut trouver ces infos sur Yahoo Finance (actionnaires principaux

par
nombre
décroissant
d'actions)

http://finance.yahoo.com/q/mh?s=MHP+Ma jo r+Hol ders

McGraw-Hill

STATE STREET CORPORATION 13,219,460 VANGUARD GROUP, INC. (THE) 12,700,984 OPPENHEIMER FUNDS, INC. 11,583,534 PRICE (T.ROWE) ASSOCIATES INC
10,123,060 BlackRock Institutional Trust Company, N.A. 7,541,685 DODGE & COX INC 7,145,277 FIDUCIARY MANAGEMENT, INC. 6,241,434 Capital World Investors 37,498,950

Ce qui est assez surprenant, c'est qu'on retrouve par exemple Capital World Investors, le deuxième actionnaire de Moody's.

MAIS: par ailleurs si on fait une recherche sur Yahoo Finance de nouveau, on constate une surprenante constance des principaux actionnaires derrière les principales banques américaines, et on retrouve certains des actionnaires déjà vus derrière les agences de notation!

Les résultats (vous pouvez vérifier)

Citigroup

STATE STREET CORPORATION 109,336,377 VANGUARD GROUP, INC. (THE)
106,566,654 FMR LLC 94,647,036 BlackRock Institutional Trust Company, N.A.
69,300,847 JP MORGAN CHASE & COMPANY 54,420,770 Capital World Investors
51,039,134 PAULSON & COMPANY, INC. 41,272,220 Bank of New York Mellon Corporation 32,334,689

Wells Fargo Bank:

BERKSHIRE HATHAWAY, INC 342,623,925 6.48 STATE STREET CORPORATION
201,430,222 3.81 FMR LLC 199,105,601 3.76 VANGUARD GROUP, INC. (THE)
187,182,216 3.54 Capital World Investors 167,562,496 3.17 WELLINGTON MANAGEMENT COMPANY, LLP 152,451,637 2.88 BlackRock Institutional Trust Company, N.A. 127,846,678 2.42 DAVIS SELECTED ADVISERS, LP 93,493,190 1.77 DODGE & COX INC 90,998,349 1.72 JP MORGAN CHASE & COMPANY 88,094,321 1.67

Bank of America (BOA)

STATE STREET CORPORATION 459,140,568 VANGUARD GROUP, INC. (THE)
367,462,397 BlackRock Institutional Trust Company, N.A. 258,068,893 JP MORGAN CHASE & COMPANY 212,406,485 Capital Research Global Investors
139,198,856 JANUS CAPITAL MANAGEMENT, LLC 138,866,931 WELLINGTON MANAGEMENT COMPANY, LLP 128,084,369 Capital World Investors 125,333,396 PAULSON & COMPANY, INC. 123,634,429 FMR LLC 121,244,950

JP Morgan Chase

STATE STREET CORPORATION 163,393,908 VANGUARD GROUP, INC. (THE)
144,458,569 FMR LLC 129,731,859 PRICE (T.ROWE) ASSOCIATES INC 106,375,235 BlackRock Institutional Trust Company, N.A. 105,992,018 WELLINGTON MANAGEMENT COMPANY, LLP 89,651,480 Capital Research Global Investors
82,353,239 Capital World Investors 55,091,800 Bank of New York Mellon Corporation 54,615,722

Goldman Sachs

STATE STREET CORPORATION 20,744,311 Capital World Investors 19,599,110 VANGUARD GROUP, INC. (THE) 18,311,709 BlackRock Institutional Trust Company, N.A. 13,372,248 MASSACHUSETTS FINANCIAL SERVICES CO - OTHER
11,518,906 AllianceBernstein, L.P. 10,139,709 JP MORGAN CHASE & COMPANY
9,531,309 WELLINGTON MANAGEMENT COMPANY, LLP 8,374,730 FMR LLC 7,462,573 FAIRHOLME CAPITAL MANAGEMENT 6,702,300



EN RESUME: STATE STREET CORPORATION, FMR LLC (Fidelity), VANGUARD GROUP INC, BlackRock Institutional Trust Company, Capital World Investors, BERKSHIRE HATHAWAY INC, PAULSON & COMPANY INC, JP Morgan Chase Company constituent l'actionnariat principal derrière les banques US, et on retrouve certains de ces groupes de contrôle derrière deux des trois agences de notation...

C'est dire, à minima, qu'il existe des intérêts concentrés dans ces milieux.

Il ne faut pas oublier qu'avant la faillite de L.Brothers, les agences de notation lui attribuaient toutes un TRIPLE A...

La suprématie de l'intellect.

Par Le 12/12/2011

La pensée de Descartes

 

« Ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, c’est qu’elles n’ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. » Lettre au marquis de Newcastle.

 

C’est consternant de réaliser que cet homme est à la base de notre raisonnement « cartésien »…Effrayant.

Je reconnais volontiers que les données scientifiques de l’époque étaient insuffisantes mais je m’interroge tout de même sur le maintien de cette philosophie en l’état actuel de nos connaissances et le fait que ce philosophe se trouve toujours adulé dans le gotha de l’intelligentsia.

 

Je m’interroge de la même façon sur cette fameuse idée de Descartes que la conscience du doute me donne l’assurance de mon existence. Je peux douter de tout mais je ne peux pas douter que j’y pense.

J’y pense parce que je suis.

Ou je pense donc je suis.

La nuance est de taille d’ailleurs.

Dans la première affirmation, le fait d’exister permet la pensée.

Dans la deuxième affirmation, le fait de penser génère l’existence.   

On se retrouve de toute façon dans la même attitude admirative envers l’homme et prééminente sur la Nature.

Alors, voyons les choses autrement…

Cette pensée que Descartes se veut posséder, imaginons qu’elle existe indépendamment de nous, dans le monde animal, dans le monde végétal, au niveau de la Terre, au niveau de l’Univers.

Alors, nous ne serions pas les émetteurs de cette pensée mais uniquement des receveurs. Nous disposerions d’un champ illimité de pensées existant par elles-mêmes et nous aurions la capacité, tout comme tout ce qui vit, d’en reconstituer le puzzle afin de trouver l’image initiale.

Descartes affirme que nous existons parce que nous pensons.

J’émets l’hypothèse que la pensée existe et que la vie se sert de nous pour étendre son champ d’expérimentations. Elle pourrait très bien se passer de ce type de récepteurs. Cela ne changerait rien pour elle-même.

« L’existence précède l’essence » disait Sartre.

Toujours cette affirmation d’un pouvoir de l’homme. A croire que l’intelligence se doit d’être au service d’une humanité toute puissante. J’imagine bien qu’il s’agissait de contrer l’idée qu’au Ciel tout est écrit. Affirmation tout aussi absurde dès lors qu’on émet une hypothèse dont l’intention inavouée est de soumettre les esprits craintifs.

Mais on est toujours dans une lutte de pouvoir sous l’égide de l’intellect.

 

Quand je repense aux Kogis, je suis immensément ému de voir chez eux, cet immense amour de la vie, du flux vital, de l’Energie créatrice, de leur positionnement respectueux envers ce mystère qu’ils expliquent à leur façon mais dans lequel il n’est nulle trace de suprématie.

Je me demande parfois si je suis né sous le bon ciel…

Je vais laisser les pensées m’envahir pour voir ce qu’elles ont à me dire à ce propos…

La pensée de Descartes. (philosophie)

Par Le 12/12/2011

La pensée de Descartes

« Ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, c’est qu’elles n’ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. » Lettre au marquis de Newcastle.

C’est consternant de réaliser que cet homme est à la base de notre raisonnement « cartésien »…Effrayant.

Je reconnais volontiers que les données scientifiques de l’époque étaient insuffisantes mais je m’interroge tout de même sur le maintien de cette philosophie en l’état actuel de nos connaissances et le fait que ce philosophe se trouve toujours adulé dans le gotha de l’intelligentsia.

Je m’interroge de la même façon sur cette fameuse idée de Descartes que la conscience du doute me donne l’assurance de mon existence. Je peux douter de tout mais je ne peux pas douter que j’y pense.

J’y pense parce que je suis.

Ou je pense donc je suis.

La nuance est de taille d’ailleurs.

Dans la première affirmation, le fait d’exister permet la pensée.

Dans la deuxième affirmation, le fait de penser génère l’existence.   

On se retrouve de toute façon dans la même attitude admirative envers l’homme et sa prédominance sur la Nature.

Alors, voyons les choses autrement…

Cette pensée que Descartes se veut posséder, imaginons qu’elle existe indépendamment de nous, dans le monde animal, dans le monde végétal, au niveau de la Terre, au niveau de l’Univers.

Imaginons également que nous ne soyons pas les émetteurs de cette pensée mais uniquement des receveurs.

Nous disposerions d’un champ illimité de pensées existant par elles-mêmes et nous aurions la capacité, tout comme tout ce qui vit, d’en reconstituer le puzzle afin de trouver l’image initiale.

Descartes affirme que nous existons parce que nous pensons.

J’émets alors l’hypothèse que la pensée existe hors de nous et hors de tout ce qui vit et que la vie se sert des êtres vivants pour étendre son champ d’expérimentations. 

« L’existence précède l’essence » disait Sartre.

Toujours cette affirmation d’un pouvoir de l’homme. A croire que l’intelligence se doit d’être au service d’une humanité toute puissante. J’imagine bien qu’il s’agissait de contrer l’idée qu’au Ciel tout est écrit. Affirmation tout aussi absurde dès lors qu’on émet une hypothèse dont l’intention inavouée est de soumettre les esprits craintifs.

Mais on est toujours dans une lutte de pouvoir sous l’égide de l’intellect.

Quand je repense aux Kogis, je suis immensément ému de voir chez eux, cet immense amour de la vie, du flux vital, de l’Energie créatrice, de leur positionnement respectueux envers ce mystère qu’ils expliquent à leur façon mais dans lequel il n’est nulle trace de suprématie. Les Kogis s'efforcent de saisir les pensées de la Création et de s'en servir, non pas pour dominer cette Création mais pour la comprendre, pour comprendre ce qu'elle pense...

Je me demande parfois si je suis né sous le bon ciel…

Je vais laisser les pensées m’envahir pour voir ce qu’elles ont à me dire à ce propos…

"Il faut imaginer Sisyphe heureux. "

Par Le 10/12/2011

J'avais copié ça au-dessus de mon lit, quand j'étais ado.

.
« Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Je n'y voyais pas un espoir mais la conscience que tout ne servait à rien mais que de le savoir m'offrait la possibilité de jouir de ce rien en poussant le fardeau de ma vie au sommet des montagnes. Lucidité de l'absurde. Je redescendrai à chaque fois pour recommencer plus tard. Oui, c'était absurde mais je le savais et dès lors je me libérais de ce néant pour saisir pleinement ce qui donnait du sens à cet absurde : c'était mon choix.

Mon frère est mort. Mes parents disparaîtront un jour. Moi aussi, ma princesse également et pire que tout, le tour de mes enfants arrivera fatalement. Que l'ordre des choses soit respecté sera le plus important. Mes parents ont connu la mort d'un enfant. Quoi de plus effroyable.

Si on arrête le regard porté à l'existence à cette fin inéluctable, cette angoisse terrifiante de l'absurde est étouffante.

L'attention aux biens matériels est dérisoire, l'attention aux valeurs sociales est insignifiante. Cette attention occupe pourtant une bonne part de notre vie. La scolarité est une voie d'accès au monde professionnel. Le monde professionnel est une voie d'accès aux biens matériels et si possible au développement personnel de l'individu et mieux encore peut participer à celui des individus rencontrés.

Bien, on ne peut nier que tout cela contient quelques intérêts tant que l'on reste ancré dans une société matérialiste. Ca permet juste de vivre au mieux ou au moins pire.

Mais si on tente de cerner la source des choix, on s'aperçoit très vite que rien n'a été réellement décidé par l'individu lui-même et qu'il n'a fait que "réagir" à des situations évènementielles. Le déterminisme impose sa loi. Pour le destin, je n'en sais rien. A chacun de voir.

Je suis devenu instituteur parce qu'est resté en moi le regard plein d'amour de Monsieur Quéré, mon maître de CM2.

Lorsque j'étais enfant puis dans ma pré adolescence, j'étais un enfant asthmatique. Cortisone à haute dose et interdiction par les médecins de faire du sport. Soixante kilos à quatorze ans. "Ca roule Bouboule". Combien de fois j'ai entendu ça...

Et puis à quatorze ans j'ai décidé de balancer tous les médocs au wc et de faire du sport. "Ca passe ou ça casse". Je n'ai pas agi, j'ai réagi. Je n'ai rien décidé, j'ai "été" décidé. L'environnement social, familial, les traumatismes, les conditionnements, les formatages, les identifications, les rôles qu'on finit par jouer parce qu'on vous les a collés dans le crâne. 

C'est là que j'ai connu ma première révolte. Le premier moment où je tentais d'imposer ce que je pensais être un choix. Sauf qu'il ne s'agissait que d'une réaction et non d'une voie vierge que je créais.

C'est là que surgit l'absurde. Et qu'il est indispensable de prendre conscience que l'homme n'agit pas mais qu'il est "agi".

La seule liberté, c'est de prendre conscience de tout ce qui conduit à la succession des évènements et de parvenir à porter un regard lucide sur cet enchaînement chaotique.

Mes parents avaient entendu dire que l'air de la montagne me ferait du bien. Celui de la Bretagne me ruinait la santé. Je suis allé à la bibliothèque du village et j'ai cherché des livres sur la montagne. Je suis tombé sur "Les conquérants de l'inutile" de Lionel Terray. L'alpinisme. Un choc existentiel comme il y en a peu. J'en ai parlé à la maison, je voulais aller voir les montagnes. Mes parents m'ont offert une semaine de ski de fond dans le Jura. Découverte de la neige. Je tournais la journée entière sur les pistes, seul la plupart du temps, tard après le coucher du soleil parfois.

Je connaissais la méchanceté des êtres, je me fichais des amourettes de mes voisins de lit. "Bouboule faisait du ski de fond et les emmerdait tous. "

La solitude en moi comme une nécessité. L'absence de toute confiance. Rien ne venait de moi. Tout s'était imposé. Je ne faisais que réagir. Absurdité de la prétention de l'être qui pense mener sa vie alors qu'il n'existe même pas et n'est qu'un fatras de douleurs insoumises qu'il faut atténuer par des prises de décisions illusoires.
 

J'ai appris l'escalade sur les falaises de Bretagne, au-dessus des vagues de l'Atlantique. On ne peut être plus éloigné des montagnes et pourtant, je savais que chaque journée d'escalade construisait la suite du parcours.

Je suis parti vivre en Haute Savoie. Une page qui se tournait. Rencontre avec celle qui allait devenir la femme de ma vie. Un pur hasard pourrait-on dire...Je ne crois pas au hasard. Sans doute, un cadeau de la vie parce que j'étais parvenu à franchir le pas. Si j'avais été nommé dans une autre école, on ne se serait jamais rencontré...Totalement effroyable comme hypothèse...Rien n'est mené par l'homme. L'absurde est  la seule loi.

Toujours cet enchaînement de situations, de "décisions", de "choix"...Rien de vrai là-dedans. Il n'y a toujours que des actes dictés par les expériences acquises, imposées, par les douleurs, par les souffrances, par les espoirs, par les attentes, par les regrets, par les parasites, par les interférences, par les imbrications...Rien de pur dans la liberté mais une liberté enchaînée qui se voudrait plus belle que la réalité.

Il n'y a rien de désespérant là-dedans. Tant que l'individu parvient à maintenir un regard "macroscopique" sur cette existence et ne prend pas ses actes comme des preuves de son pouvoir.

Il faut imaginer Sysiphe heureux pour la bonne raison qu'il est conscient de sa situation et qu'elle lui permet de mesurer ses forces au monde.

Il reste ensuite à juger de l'importance de la passion. L'alpinisme est une activité inutile au regard du monde matériel. C'est ce qui en fait justement sa puissance. La passion est absurde dans une existence fondamentalment absurde mais elle apporte la liberté du choix. Rien de social ne la dicte. Elle trouve sa source dans l'individu lui-même. Rien ne la rend socialement nécessaire mais elle est spirituellement indispensable. Parce qu'elle ouvre un espace de développement personnel qui ne subit aucune contrainte extérieure. C'est à l'individu seul d'en trouver la source. Il ne s'agit que d'une réaction à une souffrance mais le soin de cette plaie appartient à l'être. Il ne doit rien à personne.

Et c'est le plus important. Je ne dois rien à personne quand je suis là-haut. Je pousse ma roche et je sais qu'elle sera toujours la plus forte et qu'elle me ramènera inéluctablement dans la vallée mais c'est l'usage de mes forces qui m'apprend ce que je suis. L'énergie spirituelle est le ferment de la vie.

L'absurde abandonne la puissance de son outrage lorsqu'il apparaît dans son dénuement. Il n'est rien de plus que moi.

L'être qui a appris à juger de la futilité de l'absurde finira par en rire. Et c'est de ce rire que naît la liberté.

 

LES ÉGARÉS : réponse d'un éditeur

Par Le 08/12/2011

LES ÉGARÉS 
Une réponse d'un éditeur (les éditions JCL), il y a quelques semaines sur ce roman.


"Roman psychologique très dense et écrit avec une maîtrise impressionnante. Le concept de base est original, quoiqu'il apporte aussi quelques inconvénients importants. L'idée de mettre en scène deux personnages qui forment un couple et qui se trouvent chacun de leur côté sur un sentier de randonnée pour aller à la rencontre l'un de l'autre a une forte valeur symbolique, mais, textuellement, il devient parfois ennuyeux de se trouver presque exclusivement dans les pensées de ces personnages sans qu'il y ait d'interactions entre eux ou avec d'autres personnages. Il y a certes quelques passages où ils reviennent dans le passé et où des dialogues apparaissent; ils finissent également par se retrouver à la fin et à discuter ensemble. Cependant, c'est une façon de procéder qui pourra plaire autant à certains que déplaire à d'autres. D'un autre côté l'auteur a réussi à développer deux personnages très crédibles qui ont des interrogations intelligentes et profondes. C'est du point de vue du potentiel commercial que cette œuvre souffre le plus, ce qui n'enlève rien à sa grande qualité littéraire.

INTERET DEBUT : 16/20
INTERET SUITE : 16/20
QUALITE LITTERAIRE 20/20
POTENTIEL COMMERCIAL: 13/30

NOTE FINALE : 65/100

Monsieur
Après avoir analysé votre manuscrit avec attention, nous avons décidé d'en refuser la publication. Certes, votre roman est écrit avec une maîtrise exceptionnelle et vous avez réussi à façonner deux personnages profondément humains. Cependant, la structure que vous avez préconisée rend les interactions entre les personnages quasi inexistantes, ce qui donne au texte un rythme lent. De surcroît, votre roman ne nous laisse que peu d'espoir au regard des ventes......
Recevez Monsieur...

 


 

Ni bébé humain, ni bébé bourgeon...

Par Le 08/12/2011

Bébé humain, bébé dauphin, bébé baleine
bébé poisson, bébé oiseau, bébé bourgeon
un infini mystère dont on oublie la Source
la fusion de l’Énergie qui se sert de l'amour;
on câline, on cajole, on admire,
on protège, on soigne, on accompagne,
et on ignore l'essentiel,
comme si la forme avait plus d'importance
que le flux vital,
comme si les actes et les émotions secondaires avaient plus d'importance que ce Mystère.
Car d'où vient-il ce bébé humain, ce bébé dauphin, ce bébé bourgeon
quelle est donc cette Vie qui l'anime et qu'on ne voit plus que dans le nom qu'on lui donne?
Il nous faudrait stopper cette agitation et nous asseoir, fermer les yeux et se boucher les oreilles, ne plus bouger, ne plus rien faire,
et que ce Mystère du bébé que l'on porte encore en nous,
cette énergie ineffable,
nous apprenions enfin à la percevoir
au lieu de la perdre dans les identifications que l'on assène.
Ni bébé humain, ni bébé dauphin, ni bébé bourgeon,
mais juste la Vie qui s'aime et se propage.

L'écologie à l'ancienne.

Par Le 08/12/2011

A la caisse d'un super marché une vieille femme choisit un sac en plastique pour ranger ses achats. La caissière lui reproche alors de ne pas se mettre à « l'écologie » et lui dit : "Votre génération ne comprend tout simplement pas le mouvement écologique. Seuls les jeunes vont payer pour la vieille génération qui a gaspillé toutes les ressources! " La vieille femme s'excusant auprès de la caissière expliqua : " Je suis désolée, nous n'avions pas de mouvement écologique dans mon temps." Alors qu'elle quittait le magasin, la mine déconfite, la caissière en rajouta : " Ce sont des gens comme vous qui ont ruiné toutes les ressources à notre dépens. C'est vrai, vous ne considériez absolument pas la protection de l'environnement dans votre temps! "

La vieille dame se retournant finit par répondre :

"A l'époque, on retournait les bouteilles de lait, les bouteilles de limonade et de bière au magasin qui les renvoyait à l'usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau ; on utilisait les mêmes bouteilles à plusieurs reprises. À cette époque, les bouteilles étaient réellement recyclées, mais on ne connaissait pas le mouvement écologique. De mon temps, on montait l'escalier à pied : on n'avait pas d'escaliers roulants dans tous les magasins ou dans les bureaux. On marchait jusqu'à l'épicerie du coin aussi. On ne prenait pas sa voiture à chaque fois qu'il fallait se déplacer de deux rues. Mais, c'est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique. À l'époque, on lavait les couches de bébé avec du savon ; on ne connaissait pas les couches jetables ni les lingettes. On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde à linge; pas dans un machine avalant 3000 watts à l'heure. On utilisait l'énergie éolienne et solaire pour vraiment sécher les vêtements. À l'époque, on recyclait systématiquement les vêtements qui passaient d'un frère ou d'une soeur à l'autre. C'est vrai ! on ne connaissait pas le mouvement écologique À l'époque, on n'avait qu'une TV ou une radio dans la maison ; pas une télé dans chaque chambre. Et la télévision avait un petit écran de la taille d'une boîte de pizza, pas un écran de la taille de l'État du Texas. Dans la cuisine, on s'activait pour fouetter les préparations culinaires et pour préparer les repas ; on ne disposait pas de tous ces gadgets électriques spécialisés pour tout préparer sans efforts et qui bouffent des watts autant qu'EDF en produit. Quand on emballait des éléments fragiles à envoyer par la poste, on utilisait comme rembourrage du papier journal ou de la ouate, dans des boites ayant déjà servi, pas des bulles en mousse de polystyrène ou en plastique.  À l'époque, on utilisait l'huile de coude pour tondre le gazon ; on n'avait pas de tondeuses à essence auto-propulsées ou auto portées. À l'époque, on travaillait physiquement; on n'avait pas besoin d'aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants qui fonctionnent à l'électricité.   À l'époque, on buvait de l'eau à la fontaine quand on avait soif ; on n'utilisait pas de tasses ou de bouteilles en plastique à jeter à chaque fois qu'on voulait prendre de l'eau.  On remplissait les stylos plumes dans une bouteille d'encre au lieu d'acheter un nouveau stylo ; on remplaçait les lames de rasoir au lieu de jeter le rasoir après chaque rasage.  À l'époque, les gens prenaient le bus, le métro et les enfants prenaient leur vélo pour se rendre à l'école au lieu d'utiliser la voiture familiale et maman comme un service de taxi de 24 heures sur 24. À l'époque, les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers continuaient d'une année sur l'autre, les crayons de couleurs, gommes, taille crayon et autres accessoires duraient tant qu'ils pouvaient, pas un cartable tous les ans et des cahiers à jeter fin juin, de nouveaux crayons et gommes avec un nouveau slogan à chaque rentrée. On avait une prise de courant par pièce, pas une bande multi-prises pour alimenter toute la panoplie des accessoires électriques indispensables aux jeunes d'aujourd'hui."

La vieille dame avait raison : à son époque, on ne connaissait pas le mouvement écologique, mais on vivait chaque jour de la vie dans le respect de l'environnement.


Aujourd'hui, le mouvement écologique est devenu une nécessité. Mais nous en sommes responsables. Ca n'est nullement une fatalité. Au lieu de chercher de nouvelles sources d'énergie, il conviendrait en priorité de chercher à réduire la consommation.

Pas de lumières de Nöel par pitié. Allumez des bougies parfumées...

Le Tao

Par Le 07/12/2011

C'est vraiment du Taoïsme dont je me sens le plus proche...Tout en étant à des vies-lumières d'y parvenir...

 

 


 

http://www.syti.net/SpiritualiteOrientale

Le taoïsme

Le taoïsme est une philosophie apparue en Chine à la même période que le bouddhisme, il y a 2600 ans. Le "Tao" est à la fois la voie, le tout, et la nature de chaque chose. En voici un résumé, toujours avec Fritjov Capra...

"Les taoïstes concentrent totalement leur attention sur l'observation de la nature afin de percevoir les caractéristiques du Tao.

L'observation attentive de la nature, jointe à une puissante intuition mystique, conduisit les sages taoïstes à des vues pénétrantes. L'une des plus profondes découvertes fut de réaliser que la transformation et le changement sont des traits essentiels de la nature.

Selon les taoïstes, tous les changements dans la nature sont des manifestations de la relation dynamique entre les pôles opposés yin et yang. Ainsi en arrivèrent-ils à la conclusion que n'importe quel couple d'opposés forme une relation bipolaire où chacun des 2 pôles est lié dynamiquement à l'autre. Il est fort difficile à un esprit occidental de saisir cette notion d'unité implicite de toutes les contradictions. Il nous semble très paradoxal que des expériences et des valeurs que nous avons toujours crues opposées soient en définitive des aspects d'une même réalité fondamentale.

 

L'idée que les mouvements du Tao sont une réaction continuelle entre des énergies opposées, les taoïstes déduisirent 2 règles fondamentales concernant la conduite humaine. Chaque fois que vois voulez arriver à quelque chose disent-ils, commencez d'abord par le contraire.

L'expansion précède la contraction.
Renforce pour affaiblir.
Exalte pour éliminer.
Donne pour prendre.
Cela s'appelle subtile sagesse.

Lao-tseu

 
D'autre part, chaque fois que l'on veut conserver quelque chose, on doit admettre un tant soit peu son contraire:

Courbe-toi et tu demeureras droit.
Vides-toi et tu demeureras plein
Uses-toi et tu demeureras neuf.

Lao-tseu

 
Telle est la règle de vie du sage qui a acquis un point de vue plus élevé, une perspective d'où la relativité et le rapport polaire de tous les opposés sont clairement perçus. Ces opposés incluent les notions de bien et de mal, interdépendantes comme le yin et le yang.

Reconnaissant la relativité du bien et du mal ainsi que de toutes les conventions morales, le sage taoïste ne s'efforce pas d'atteindre le bien mais tente plutôt de maintenir un équilibre dynamique entre le bien et le mal.

 

La spontanéité est le principe d'action du Tao, et puisque la conduite humaine devrait être modelée sur le cours du Tao, la spontanéité devrait également être la caractéristique de toutes les actions humaines. Agir en harmonie avec la nature signifie donc agir spontanément et selon sa véritable nature. Cela veut dire avoir confiance en sa propre intelligence intuitive, inhérente à l'esprit humain, de même que les lois du changement sont inhérentes à tout ce qui nous entoure.

Le sage taoïste agit selon sa sagesse intuitive, spontanée et en harmonie avec son environnement. Il n'a besoin ni de se contraindre, ni de contraindre qui que ce soit autour de lui, mais simplement conforme ses actions aux mouvements du Tao.

Selon Huai Nan tseu, "ceux qui suivent l'ordre naturel suivent le cours du Tao".

Une telle manière d'agir est nommée wu-wei dans la philosophie taoïste, terme signifiant littéralement "non-agir" mais dont le sens est "s'abstenir d'activité contraire à la nature ou à sa propre nature".

Si l'on s'abstient d'agir contre sa nature ou d'aller "contre l'origine des choses", on est en harmonie avec le Tao, et par conséquent, nos propres actions réussiront. Telle est la signification des mots apparemment si énigmatiques de Lao-tseu, "par le non agir il n'y a rien qui ne se fasse"."

Une belle rencontre.

Par Le 07/12/2011

La sonnerie de l'école venait de retentir. J'ai vu qu'un homme attendait à la sortie de la classe. Je suis sorti et il m'a demandé s'il était possible qu'on se parle un peu.

J'ai accompagné les enfants jusqu'à la sortie de l'école et je suis revenu en classe et on s'est installé.

 

Il était là à cause de "Noirceur des cimes". Il était tombé dessus "par hasard" à la bibliothèque du village. Il ne me connaissait pas et n'avait aucune idée de la trame du livre ou de son style.

Depuis qu'il l'avait terminé, il avait décidé qu'il était indispensable qu'il me rencontre.Un choc existentiel.

Beaucoup d'émotions pour lui comme pour moi. Difficile à exprimer tellement la symbiose était immédiate. Des questions essentielles après dix minutes de discussion. Le Soi, l'ego, le Réel, l'intellect, l'intuition, la quête existentielle... Les deux personnages principaux du  roman sont à l'opposé l'un de l'autre. L'intellect et le rationnel, la passion et l'engagement. Un cheminement personnel dans lequel il se retrouvait et des réponses qui apparaissaient.

Et bien, je sais pour avoir vécu quelques autres expériences du même ordre avec d'autres lecteurs que rien n'est plus beau que ces rencontres lorsque jaillit au grand jour dans le flamboiement des yeux, le flot d'émotions que le livre a déclenché, cet éveil spirituel qui me touche tellement.

 

Je repensais plus tard à cette réflexion d'il y a quelques jours sur la force de l'essai par rapport au roman. Et bien, je reste convaincu que cette rencontre n'aurait pas eu lieu si j'avais écrit un essai pour parler de tout ce que j'aborde dans "Noirceur des cimes" ou dans mes autres romans d'ailleurs. Parce qu'un lecteur ne "vivra" jamais intérieurement un essai, il le comprendra uniquement. Ou en tout cas, même si ça peut se produire dans certains cas, une symbiose intellectuelle justement et la réponse à des flots de questions insoumies, il me semble que le roman aura toujours un avantage certain sur l'essai : les gens qui s'y trouvent sont vivants.

Et l'intellect n'aura jamais la beauté de la vie. Il n'en sera qu'un élément.

Ne pas se trahir.

Par Le 07/12/2011

« Ne t’invente pas des armées d’ennemis pour excuser tes propres faiblesses. « Jarwal

 

Je repensais à cette maxime de ce cher lutin et j'établissais le parallèle avec les difficultés que je rencontre pour être édité. J'ai écrit huit romans, trois sont publiés...Bon, il doit bien y avoir une raison. C'est certainement trop facile de rejeter la faute sur les éditeurs qui ne comprennent pas mon immense talent :))) Plus sérieusement, je sais bien depuis le temps que mes textes les rebutent parce que pour eux, ils concernent une "niche littéraire" et n'ont pas un potentiel de vente suffisant. Il faudrait donc que "j'adoucisse" ma prose, que je la simplifie. L'exigence serait mon ennemie ou ma faiblesse. Mais se pose dès lors, à travers cette simplification éventuelle, mon propre cheminement.

Je sais que mes livres m'enseignent. Ça peut paraître étrange mais ils sont le fil conducteur et non seulement des éléments conduits. Ils tracent eux aussi des routes et je suis le passager. Alternance constante entre ce que je produis et ce moment fabuleux où les mots s'enchaînent dans une fluidité incroyable parce que "j'ai" disparu et que je ne suis plus que le transmetteur et non seulement l'écrivain. C'est cette exigence et cet approfondissement qui créent ce flux libérateur. L'histoire m'appartient toujours mais pas les introspections qu'elle génère. Et ce fusionnement entre l'écrivain et le Soi n'est possible qu'au bout de ce chemin éprouvant de la vigilance. Si je décidais d'abandonner ce que je porte pour ne plus être que le transcripteur d'une histoire, je finirais peut-être par devenir un écrivain reconnu. Mais je ne me reconnaîtrais plus.



Je vais donc garder mes faiblesses littéraires et continuer ma route.


 

La France des droits de l'Homme.

Par Le 07/12/2011

Juste pour montrer la vérité du terrain. Bien au-delà des discours politiques.

"Leurs droits" pour certains hommes. Ceux qui leur ressemblent.

Je n'en fais pas partie. Moi aussi, le crachat, je le reçois.

 


http://www.liberation.fr/politiques/01012375069-le-crachat-et-le-reve-francais

 

Lettre à monsieur le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration

Monsieur le ministre,

La sous-direction de l’accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S. Boujrada, ma mère, le classement de son dossier et un refus d’attribution de nationalité. «Vous ne répondez pas aux critères», est-il écrit dans un courrier sans âme que l’on croirait tout droit sorti de l’étude d’un huissier ou d’un notaire.

Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.

Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n’a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l’abbé Pierre.

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d’origine ne s’éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d’elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d’elle est le Trésor public qui vous confirmera qu’elle s’acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu’il n’en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l’idée de participer à la solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.

La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l’autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n’aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l’article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que «tout homme - j’y ajoute toute femme - (e) et domicilié(e) en France, âgé(e) de 21 ans accomplis,tout(e) étranger(e) âgé(e) de 21 ans accomplis, qui, domicilié(e) en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse un(e) Français(e), ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout(e) étranger(e) enfin, qui sera jugé(e) par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis(e) à l’exercice des droits de citoyen français». La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et hommes que l’on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.

Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n’est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d’individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l’avez transformé en cauchemar.

Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration. Nous vous laissons la responsabilité de l’assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.

Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera un nouveau dossier.

Je ne vous salue pas, monsieur le ministre.

Jarwal en "coup de cœur"

Par Le 07/12/2011

Coup de Coeur Pour Jarwal

 

http://mespremiereslectures.com/Coup-de-Coeur-Pour-Jarwal.html

 

 

A la Une
auteur Thierry Ledru
Editeur  
Collection  
Type Roman
Coup de Cœur Mes Premières Lectures !
 

Un Lutin pas comme les autres, des enfants très spéciaux et une mission de sauvetage....

JARWAL, le Lutin Tome 1

Thierry LEDRU, un auteur qui sort des sentiers battus, son Interview ICI.

Jarwal, c’est bien simple, c’est LE lutin qu’on rêve tous de rencontrer au détour d’une randonnée paisible dans la montagne, loin du chaos de la ville, du rythme trépidant du quotidien, de la société de consommation et de la boulimie effrénée du toujours plus de la même chose sans jamais de satiété…

Et oui, ce roman n’est pas que pour les enfants, il a aussi une portée philosophique.. mais non, ça n’est pas un gros mot !
D’ailleurs, la philosophie, l’auteur la pratique au quotidien dans sa classe avec ses jeunes élèves, et ils adorent ça !

Mais revenons à Jarwal.

Ce Lutin est très particulier. Il recherche de part le monde les élus… ces enfants qui sont les seuls à pouvoir sauver de l’oubli le petit peuple dont l’histoire est en train de s’effacer dans LE LIVRE.

Ce roman raconte une histoire, sur fond pédagogique, peuplée de messages d’incitations à un retour vers la nature, l’amour de la vie et au respect de l’environnement.
Il est une invitation à l’émerveillement et bien plus encore...

Mais que se passe t-il au juste ?
Les enfants ne lisent plus. Ils préfèrent la Télévision et les jeux vidéo… C’est une catastrophe pour le petit peuple car toutes les histoires et légendes de fées, trolls, elfes et autres lutins tombent dans l’oubli au profit de la modernité.
Les rêves n’ont plus leur place. Les enfants de la planète entière, et les adultes sont tellement connectés aux engins modernes, qu’ils sont de plus en plus déconnectés de la source, de la nature, de l’essentiel.
Jarwal doit empêcher son peuple de disparaître. Il doit tout tenter dans l’espoir de retrouver aussi sa bien-aimée.
C’est dans le personnage terrifiant de Jackmor que le symbole du progrès est incarné, comme un démon réduisant le libre arbitre des humains sous son emprise à néant.
Être plutôt que faire, réfléchir à ses actes et aux conséquences, se demander ce que bien et mal veulent dire … Les héros vont devoir courageusement affronter peurs et questionnements pour retrouver le bon sens… et la bonne direction… celle de la liberté mais aussi du retour de la magie et du petit peuple.

On attend la suite…. Déjà prête mais en attente d’un éditeur….
Car près de 10 tomes sont ainsi prévus, permettant autant de voyages à travers le monde extérieur et intérieur.

L’auteur jalonne son récit de références et d’explications de mots, ce qui permet une accessibilité à tous les lecteurs et un enrichissement du vocabulaire des plus jeunes.

Enfin de la profondeur de champ dans un ouvrage jeunesse que bien des « grands » devraient aussi lire…. 

 

 

Présentation de l’éditeur du Tome 1 :

 

Marine (12 ans), Rémi (10 ans) et Léo (8 ans) sont trois enfants amoureux de la nature. Marine, organisatrice et chef incontesté du trio est leur guide, celle qui connaît les mystères de la forêt, les lieux enchantés, les chemins secrets, les légendes du monde.
Alors qu’ils sont partis tous les trois en montagne, Jarwal le lutin se présente à eux comme le Gardien du Livre du Petit Peuple. Il explique que les pages du Livre s’effacent sous le pouvoir maléfique du Progrès. Les enfants, fascinés et envoûtés par le monde moderne, ne lisent plus assez et les compagnons de vie de Jarwal tombent dans l’Oubli. Le lutin doit trouver des êtres capables d’écouter puis de transmettre la mémoire du monde pour que ses compagnons reprennent vie, que l’équilibre avec l’énergie vitale soit rétabli, que l’amour de la Nature soit à la source des existences. Les trois enfants ont été désignés par le conseil des Sages comme les Elus parce qu’ils résistent aux illusions technologiques et qu’ils aiment la Terre.


 

Romans ou essais ?

Par Le 06/12/2011

 

Des éditeurs et parfois des lecteurs m'ont dit que je ne devrais pas m'obstiner à écrire dans le registre du roman mais que je devrais m'atteler à écrire des essais.

Mais si je ne m'y résouds pas, c'est parce que je tiens à ce que mes écrits ne soient pas associés à des réflexions intellectuelles mais qu'ils représentent la vie dans toute sa dimension : intellectuelle, spirituelle, philosophique, évènementielle, quotidienne, passionnelle...

Le roman est un miroir de l'existence alors que l'essai en est son commentaire. 

Je ne veux pas commenter.

L'autre raison s'oppose à l'idée que le roman n'est qu'un divertissement et qu'il n'est pas destiné à conduire l'individu à un questionnement existentiel. Je pense au contraire que le roman a une force immense quant à l'identification possible du lecteur aux personnages alors que l'essai ne favorisera pas ce transfert et par conséquent la perception profonde des idées.

L'essai s'en tiendra à la raison, le roman y ajoutera l'émotion.

Si le roman parvient à transcrire une démarche intellectuelle en la nourrissant des émotions, son absorption en sera renforcée.

Je n'oublierai jamais ma première lecture de "Citadelle" de Saint-Exupéry. Les pensées philosophiques de toute une vie.

 

Aucun essai philosophique n'aura à mes yeux la puissance du roman parce que s'y ajoutent la beauté incommensurable de la musique, de la poésie, des images, des dialogues, des paysages, des odeurs, des gestes, des regards, des sourires, des larmes, de la détresse ou de la joie de vivre. De tout ce qui fait l'existence et de tout ce qui renforce la conscience de la vie en soi.

 

Alors, sans doute que je prends un risque en voulant mêler cette construction romanesque avec une démarche existentielle mais je ne peux pas trahir l'enfant qui vit en moi et qui posait sur sa poitrine le livre de Saint-Exupéry, après des heures de lecture, au fond de son lit. Et qui pleurait de bonheur. 

J'ai découvert l'émotion amoureuse en lisant des romans.

Jamais, aucune image de film de cinéma, ne m'a procuré le bonheur des écrits. 

L'enfant est là. Et le goût salé de ses larmes de joie en répétant inlassablement, dans son âme, l'assemblage des mots.

On ne peut pas répéter en soi une scène de film. Il faudrait posséder le talent des acteurs. Mais on peut répéter les mots, l'écrivain les a donnés, ils n'appartiennent à personne, ils aiment celui qui les accueille à coeur ouvert, celui qui les absorbe dans une mémoire aimante, non pas cette mémoire qui nous permet de retrouver nos clés de voiture, mais cette mémoire qui ressemble à un placenta nourricier, là où sont entreposés les aliments spirituels, là où germent les désirs de croissance, l'aimantation vers la conscience et l'éveil.

Tout ça remonte à si loin que je ne saurais continuer en le perdant de vue.

 

Le mental intuitif

Par Le 06/12/2011

"Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don" Albert Einstein.

 


 

Evidemment que cette citation me touche au plus haut point, sans vraiment savoir ce que ce grand homme voulait entendre. Je n'aurais pas l'outrecuidance de considérer que je comprends pleinement Albert Einstein.

Je peux juste tenter d'avancer dans ce que je perçois, sans être certain de ce que j'avance.

Le mental intuitif est celui qui se manifeste lorsque se tait le mental rationnel ou en tout cas lorsqu'il n'est plus prééminent. J'ai du mal à associer le terme de "mental" avec celui "d'intuitif" d'ailleurs...J'ai plutôt l'impression que c'est lorsque le mental se tait que l'âme peut de nouveau libérer tout ce qu'elle contient. L'intuition en fait partie. S'agit-il d'une connaissance extérieure à l'individu lui-même mais qu'il parvient à saisir parce qu'il n'est plus enfermé dans ce mental dictateur ? C'est en tout cas l'hypothèse qui me touche au plus profond. L'ouverture de l'âme devant l'effacement des portes du mental est une opportunité de connaissances immédiates, comme le saisissement spontané de tout ce que l'Energie contient. 


"Il y avait quelque chose d'indéterminé avant la naissance de l'univers.
Ce quelque chose est muet et vide.
Il est indépendant et inaltérable.
Il circule partout sans se lasser jamais.

Ne connaissant pas son nom, je le dénomme "Tao".

Lao Tseu


L'intuition représente-t-elle ce lien reconstitué avec le Tao ?


"Le regardant, on ne le voit pas, on le nomme l'invisible.
L'écoutant, on ne l'entend pas, on le nomme l'inaudible.
Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l'impalpable.

Le Tao est quelque chose de fuyant et d'insaisissable.
Fuyant et insaisissable, il présente cependant quelque image,
insaisissable et fuyant, il est cependant quelque chose."

Lao Tseu


Le parallèle avec l'intuition est évident. Invisible, inaudible, impalpable. Au-delà du fonctionnement rationnel bien entendu.

La prémonition est -elle un degré supérieur encore ? Une plongée encore plus profonde dans cet espace du tao... On peut considérer l'intuition comme une saisie immédiate, dans un temps extrêmement court, bien souvent dans une situation d'urgence.

La prémonition apporte une donnée temporelle qui est encore plus troublante. On peut bien sûr considérer qu'il s'agit de coïncidences. Jung parlait de "synchronicité. " Aucune explication par lien de causalité. L'intuition, la prémonition et les phnéomènes qui ne se soumettent pas à travers l'analyse à la causalité n'en sont pas moins réels. Ou alors, il faudrait supputer que tous ces phénomènes ne sont que du domaine de l'imagnitation. Ce qui serait absurde au regard du nombre de témoignages et encore davantage envers les multiples sommités qui se sont penchés sur ces phénomènes.

Pour Hubert Reeves, le « plan acausal sous-jacent à l'existence des lois de la nature serait celui où s'inscrirait la question du « sens » ou de l'« intention » dans la nature et où la conscience de l'homme s'inscrirait dans son évolution » : les événements synchronistiques seraient significatifs de l'unité de l'univers, et la notion de synchronicité serait de ces intuitions exprimées par des balbutiements maladroits parce que « les mots mêmes nous font défaut. »

"Les mots mêmes nous font défaut."...

Ou leur ajustement...

C'est stupéfiant comme les évènements de la vie peuvent nous conduire très loin dans l'introspection. Dès lors qu'on cherche justement à ajuster les mots. Je souris intérieurement lorsque je réalise tous les ajustements qu'il me reste à trouver. Des bonheurs quotidiens.

Hume et l'empirisme.

Par Le 05/12/2011

Hume (1711-1776) est un philosophe "empiriste".

Wikipédia

L'empirisme désigne un ensemble de théories philosophiques qui font de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance valide et de tout plaisir esthétique. L'empirisme s'oppose en particulier à l'innéisme des idées et à l'idée d'une connaissance a priori. Il va souvent de pair avec une théorie associassioniste des idées qui explique leur formation par la conjonction d'idées simples.

Selon ce courant de pensée, toute notre connaissance précède et dérive de l'expérience. Or, comment connaissons-nous notre "moi" ? Précisément par la série d'expériences et de sensations à travers lesquelles nous nous saisissons nous-mêmes. Mais alors, peut-on poser une identité, un moi qui serait indépendant de cette succession d'expériences ? Hume répond par la négative.

"Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. " Hume ; "Traité de la nature humaine."


Hume considère qu'étant donné qu'il est impossible d'appréhender une quelconque identité subjective autrement que dans une perception particulière, le moi n'est qu'une fiction et une construction purement conceptuelle.

 


 

On rejoint l'idée du déterminisme mais dans une problématique très pessimiste puisqu'on en vient à considérer l'individu comme inexistant en dehors de ces perceptions. Quelques soient les causes des phénomènes, elles n'ont aucune importance étant donné que de les connaître ne change rien à l'homme. Il reste un néant manipulé par des perceptions issues de ses expériences, lesquelles,même s'il parvient à les analyser ne lui permettent pas de s'extraire de ce chaos intérieur.

Même si je parviens à observer les perceptions, je ne les perçois qu'à travers d'autres perceptions...

 

Personnellement, je ne vois pas là un problème quelconque. Il me semble au contraire que ce phénomène de la perception comme étant la source de toute connaissance est une opportunité de progrès et non une sanction. Hume aurait aimé sans doute limiter sa connaissance à l'intellect et se passer de toute donnée sensitive. Peut-on considérer que l'individu éprouve le phénomène de la vie s'il se prive ou cherche à se priver de la perception ? Il me paraît plus respectueux envers cette vie de chercher à explorer totalement, en pleine conscience, cette dimension de la perception. Et c'est là que se trouve ce progrès possible.

Quand je fais du vélo, je ne recherche pas la douleur physique, ni la souffrance morale, à travers l'épuisement. 

La douleur physique est le premier palier à franchir. Quand je pédale depuis deux heures, trois heures, il arrive un moment où la fatigue s'efface, comme si elle-même était fatiguée... Apparaît alors une énergie inconnue, un état d'absence, d'oubli de la douleur, c'est l'euphorie. La souffrance psychologique s'éveille d'abord sous la forme de la lassitude, celle qui répète inlassablement qu'il est temps de s'arrêter. Un autre palier à franchir. C'est là qu'il est essentiel de se concentrer sur des choses très simples, le souffle, le rythme des jambes, la poussée verticale, la remontée de l'autre jambe, le talon qui descend plus bas que les orteils, l'application aux gestes. C'est cette simplicité qui permet d'opérer cette lobotomie qui ouvre l'espace suivant. La souffrance prend forme à travers la lutte intestine générée par les pensées, ça n'est pas le corps qui souffre mais bien le mental qui cherche une issue. Le corps suit le mouvement nourri par l'énergie. Ce qui m'intéresse, c'est ce moment où s'opère cette rupture mentale, cette disparition des pensées et des plaintes, cette attirance vers l'arrêt de l'effort. Là où il n'y a plus rien de cérébral. C'est la Vie qui anime l'individu, rien de narcissique, aucun désir de puissance ou de performance mais juste cette exploitation entière d'une énergie qui ne peut apparaître que dans ces moments-là.
Pour ma part, je n'ai jamais trouvé ça ailleurs.
Mais je sais aussi que ça remonte à loin tout ça. Pour ma part, tout a commencé dans la chambre d'hôpital où je veillais mon frère. C'est là que j'ai pris conscience de la Vie, celle que je cherche constamment quand je cours en montagne, quand je pédale, quand je skie, quand je marche. Quand j'aime la Terre.
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LES EVEILLES
La mort. Il l’avait souvent défiée. L’épuisement physique.

Les journées d’escalade. Ce besoin de sentir la solidité de la roche, comme les murs de la chambre d’hôpital contre lesquels il s’était appuyé, cette masse indestructible sous ses mains, comme si le vide ne pouvait plus le saisir, s’accrocher de toutes ses forces, résister à la pesanteur, cette chute effroyable vers les noirceurs insondables, repousser les faiblesses, dépasser les limites, ne jamais s’avouer vaincu, aller au bout de l’effort, approcher du noyau d’énergie qui rayonne dans les fibres, sentir palpiter la vie comme un cœur d’étoile, un clignotement infime mais constant, inaltérable, éternel. Se détruire pour vivre. Et entrer en communion avec l’infini. Ses sorties en vélo. Cent kilomètres, cent cinquante, deux cents. Trois cent soixante-quinze. C’était son record. Une journée entière à rouler. Il était parti sans savoir où il allait, direction plein nord, le bonheur de rouler, juste engranger des kilomètres, découvrir des paysages puis la fatigue qui s’installe, plonger en soi et voyager à l’intérieur, le ronronnement mécanique du dérailleur, la mélodie des respirations, l’euphorie de la vitesse, cette déraison qui le poussait à écraser les pédales, cette folie joyeuse qui consumait les forces, ce courant étrange qu’il sentait dans son corps, cette détermination irréfléchie, juste le besoin inexpliqué de plonger au cœur de ses entrailles, d’en extraire les éléments nutritifs, de les exploiter, jusqu’à la moelle, que chaque particule soit associée à cette découverte des horizons intimes, être en soi comme un aventurier infatigable, un guerrier indomptable, passionné, amoureux, émerveillé, ne jamais ralentir, ne jamais relâcher son étreinte, enlacer ses forces comme un amant respectueux, les honorer, les bénir et sentir le bonheur de la vie, une vie qui lutte, qui se bat, qui s’élève, cette certitude que cette vie ne pouvait pas s’éteindre, la sienne certainement, mais pas la vie, pas ce souffle qui circulait en lui.
Il n’était pas en vie. La vie était en lui. Il n’était qu’un convoyeur. Juste une enveloppe. Elle se servait de lui et il la remerciait infiniment de l’avoir choisi. Cette occupation n’était qu’épisodique mais il aurait eu cette chance. Il se devait d’en profiter. Cette palpitation le quitterait un jour, elle irait voir ailleurs. L’enveloppe deviendra poussière et la vie investira une autre capsule, un autre fourreau, un écrin juvénile.
L’épuisement le guidait infailliblement vers le cœur lumineux de la vie retranchée, il finissait par ne plus entendre les voitures, ni les rumeurs des villages traversés, par ne plus percevoir les paysages, il ne restait que des formes innommées, le parfum âcre de sa sueur, l’oxygène capturé inondant les abîmes affamés et le sourire délicat de son âme extasiée, la plénitude infinie de la vie en lui.
Les derniers kilomètres. Il avait pleuré de bonheur, vidé de tout, les yeux fixant le goudron qui défilait, les muscles liquéfiés, incapable de savoir ce qui permettait encore aux jambes de tourner, vidé de tout, coupé de sa raison, un mental éteint, une absence corporelle, un état de grâce, l’impression d’être ailleurs, hors de ce corps épuisé, une légèreté sans nom sous la pesanteur immense de la fatigue souveraine, un néant de pensées, juste ce sentiment indéfinissable de la vie magnifiée.
Cette vision étrange d’un cycliste déambulant sur la Terre, il était dans les cieux, un regard plongeant, une élévation inexplicable, dans la dimension des oiseaux, les arabesques des routes jusqu’au bout de l’horizon, les champs, les collines, quelques maisons, et ce garçon écrasant les pédales, ce sourire énigmatique, béatitude de l’épuisement, cet amour immense, cette étreinte spirituelle, il était dans les cieux, une échappée verticale. Comme emporté par les ailes d’un ange."


Cette dimension de la perception, je l'aime infiniment. Et je sais qu'elle m'a appris énormément. Hume aurait dû faire du vélo.

Elisée Reclus

Par Le 04/12/2011

"Ni Dieu, ni maître" anthologie de Christophe Verselle.

https://www.babelio.com/livres/Verselle-Ni-Dieu-ni-maitre-De-Diderot-a-Nietzsche/78298

Ami de Bakounie et de Kropotkine, Elisée Reclus (1830-1905) a participé à plusieurs journaux de tendance anarchiste (Le Cri du Peuple, Le Révolté, L'Insurgé),

Dans la lettre qui suit, Elisée Reclus s'en prend au vote qu'il assimile à une abdication. Il avance principalement quatre arguments.

"Voter, c'est se choisir un maître

-C'est permettre à certains hommes de se sentir au-dessus des lois puisque ce sont les élus qui les font.

-C'est succomber à l'illusion d'une omniscience des politiciens.

-C'est oublier que les promesses électorales n'engagent que ceux qui les écoutent.

"Compagnons, vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n'est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l'exercice du droit de suffrage.

Voter, c'est abdiquer; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Qu'il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d'une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois puisqu'ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous y faire obéir.

Voter, c'est être dupe; c'est croire que les hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d'une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l'immensiré de la tâche. L'histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

Voter, c'est évoquer la trahison. Sans doute les votants croient à l'honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages et peut-être ont-ils raison le premier jour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l'homme change avec lui. Aujourd'hui le candidat s'incline devant vous et peut-être trop bas; demain il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres.

...

N'abdiquez donc pas, ne remettez pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas !

Au lieu de confier vos intérêts à d'autres, défendez-les vous-mêmes. Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejetez sur les autres la responsabilité de sa conduite, c'est manquer de vaillance. "


 

Qu'allons-nous faire dans quelques mois ?

Qu'avons-nous vu depuis des mois ?

Que devons-nous en conclure ?

"Ils" nous demandent de leur faire confiance. Il serait trop long d'énumérer les faits qui nous ont prouvé que c'était impossible.

Quelle solution ?

Ici, il y en a une de proposée.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

ETIENNE CHOUARD

Présentation

Etienne Chouard

Bonjour et bienvenue :o)

Je vous propose de prendre personnellement nos problèmes quotidiens à la racine et de réfléchir nous-mêmes à l'institution d'une vraie démocratie : et la racine d'une démocratie digne de ce nom, ce n'est pas l'élection — élection qui est par définition aristocratique (choisir le meilleur, aristos), donc oligarchique— , la seule racine de la démocratie, c'est le tirage au sort.

Depuis le débat référendaire sur le TCE (un puissant révélateur !), j'ai réalisé, avec d’autres citoyens, d'une part, l’importance de nos institutions dans notre vie de tous les jours et d'autre part, l’état de décrépitude dans lequel nous laissons se dégrader ces règles supérieures, par indifférence paresseuse le plus souvent.

L'approche institutionnelle m’apparaît désormais comme une clef de lecture universelle pour décrypter l'actualité et cette clef me permet de découvrir les sources profondes du malheur des hommes.

Ainsi, j'observe qu'un événement malheureux est presque toujours une conséquence de l'absence de contre-pouvoirs chez les décideurs impliqués. Éclairante clef de lecture, vraiment.

Pour rétablir effectivement notre protection contre les abus de pouvoir, j’essaie de concentrer mon attention sur les seuls principes essentiels dans une Constitution, (outil décisif pour les citoyens et pourtant complètement négligé), et particulièrement les principes dont nous privent les politiciens de métier.

Je réfléchis donc point par point.

Je voudrais que ces points nous servent de passerelles entre quatre outils, à l'aide de liens hypertextes pour faciliter les accès :

Site vitrine proposant
une réflexion point par point :

·   le texte "Grands principes",

·   son résumé en tableau,

·   les "Liens et docs"

·   et mon "Journal"

·   Etc.

Site interactif permettant
un débat point par point
et l’écriture d’une Constitution :

·   La partie "forum" de ce site
pour étudier les principes

·   La partie "wiki" de ce site
pour écrire de vrais articles de notre Constitution

Site permettant
un vote point par point
(actualisable à tout moment : on peut donc changer d’avis)

·   Le site DemExp
pour voter les principes et les articles

Exemples de passerelles entre les différents sites :

Documentation sur le point 1 : une Constitution définit et limite les pouvoirs sans imposer une politique économique donnée

Liens hypertextes
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Débat
puis écriture d’articles sur le point 1 : une Constitution définit et limite les pouvoirs sans imposer une politique économique donnée

Liens hypertextes
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Vote sur le point 1 : une Constitution définit et limite les pouvoirs sans imposer une politique économique donnée

Documentation sur le point 2 : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la Constitution)

Liens hypertextes
<-------->

Débat
puis écriture d’articles sur le point 2 : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la Constitution)

Liens hypertextes
<-------->

Vote sur le point 2 : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la Constitution)

Documentation sur le point 3 : le mandat des représentants doit être impératif (ils doivent respecter leur promesses et être contrôlés sur ce point). »

Liens hypertextes
<-------->

Débat
puis écriture d’articles sur le point 3 : le mandat des représentants doit être impératif (ils doivent respecter leur promesses et être contrôlés sur ce point). »

Liens hypertextes
<-------->

Vote sur le point 3 : le mandat des représentants doit être impératif (ils doivent respecter leur promesses et être contrôlés sur ce point). »

Etc.

Cet objectif global est en cours de réalisation, je n’ai pas fini (c’est long).

Les créateurs de DemExp nous demandent de patienter avant d’utiliser le site en grandeur réelle : ils sont en train de le programmer et de le mettre au point. Donc, pour la dernière étape, celle du vote, attendons un peu, et parlons-nous : nous ne manquons pas de vrais sujets de conversation :o)

J’essaie donc d’enrichir nos idées et de leur donner vie avec quatre outils interactifs qui correspondent à quatre étapes de base de la formation d’une opinion commune :

1 – Un lieu pour LIRE les autres, et notamment les auteurs qu’on ne voit presque jamais dans les grands médias : les pages de ce site rassemblent déjà de nombreux liens et documents, en provenance de tous les horizons politiques, avec mes propres tentatives de synthèse de ce qui compte le plus.

2 - Un lieu pour DÉBATTRE entre nous, point par point, principe par principe : ce site propose depuis janvier un blog et un forum pour structurer nos échanges autour de ces points précis, affûter nos arguments et les rendre à la fois simplement exprimés et irréfutables.

3 – Un lieu pour ÉCRIRE ensemble, vraiment, une Constitution d’origine citoyenne, article par article : ce site propose une partie Wiki, c’est-à-dire hautement interactive puisque tout le monde peut tout changer…

L’encyclopédie Wikipédia se bâtit sur ce principe et les contributeurs se respectent plus qu’on pourrait le craindre : ils font leur police eux-mêmes et le résultat de ce bénévolat mondial est impressionnant. L’enjeu de l’écriture par nous-mêmes de notre propre Constitution est si considérable que je nourris de grands espoirs sur cet outil Wiki. J’ai du mal à avancer autant que je voudrais, faute de temps, mais on va y arriver ; on n’est pas si pressés. Chi va piano, va sano, chi va sano va lontano… :o)

4 – Un lieu pour VOTER, point par point, et nous compter : ce sera (bientôt j’espère) un site comme celui de l’Expérience démocratique qui nous permettra de donner forme à une nouvelle opinion publique, plus active, plus informée, plus fidèlement reflétée que l’approximation des sondages, et peut-être plus apte que le système actuel à nous garantir enfin le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (voir ma page journal, billet du 19 novembre 2005).

Si on en arrive à bout, ce texte pourrait intéresser tous les peuples du monde : car finalement, qu’est-ce qui nous différencie, du point de vue du contrôle des pouvoirs ?

Chantier pharaonique, en vérité, mais passionnant :o)

Merci pour vos messages chaleureux et votre précieux soutien.

Étienne.

Pire que tout.

Par Le 04/12/2011

Cette idée que nous sommes "drogués" par des conditionnements destructeurs. Si je l'élargis à l'ensemble de l'humanité, ça n'est pas que nous que nous conduisons à la déchéance du drogué mais la Terre elle-même étant donné que nous sommes des éléments de la Vie. S'il n'y a pas de dualité réelle mais une osmose des éléments vivants, nourris par une même énergie, nous sommes alors des cellules malades. A croire que nous sommes les seuls concernés par nos crises économiques, existentielles, religieuses, politiques, amoureuses, sociales, financières, historiques, nous en oublions l'essentiel. Nous sommes malades parce que nous sommes coupés de la Source.

Je suis fatigué de cette alternance entre la conscience d'une Vie immense et insaisissable et ce que les hommes ont fait de cette existence. Ces bouffées de bonheur qui ruissellent quand s'éveille en moi, cette force incommensurable et la détresse lorsque j'observe cette humanité et sa déliquescence.

A quoi ça me sert de l'observer ? Puisque je ne peux rien y changer.

Il arrivera un jour où je partirai. Je ne m'occuperai plus des enfants. Je ne m'occuperai plus du monde. Je n'écrirai plus rien. 

Je prendrai mon vélo et j'écouterai de la musique en pédalant autour de la Terre.

 

 

JUSQU'AU BOUT : Dialogue

Par Le 04/12/2011

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Dialogue entre deux pères.

XXXVIII

Dès qu’ils furent sur la route, Cloarec fit part de ses craintes à son ami.
« Moi, je te dis qu’il est capable de faire une connerie avec son fusil. Il faudra faire attention quand on les retrouvera. Il est assez fou pour tirer, même avec les gosses autour. Il ne peut pas encaisser le coup que l’instit a fait. Qu’il soit rentré dans sa ferme pour détacher le petit David, je crois que pour lui, c’est encore pire que ce voyage. C’est comme s’il n’y avait que lui de concerné. Il en a fait une histoire d’honneur. Et ça, à la fin, c’est toujours des conneries.
-Faut dire que la Bernadette, elle a vite fait le tour du pays avec son histoire.
-Elle l’aime pas le Miossec, elle voit bien le mal qu’il fait au petit. »
Miossec roulait comme le demeuré qu’il était. Cloarec avait un mal de chien à suivre.
« J’espère qu’il n’a pas pris sa bouteille de rouge, sinon il va finir dans un arbre, s’inquiéta Le Renard. Fais gaffe, hein ? C’est pas la peine de se tuer pour ce malade. Moi aussi, je veux retrouver Rémi et Fabrice mais je veux y arriver en entier et pas sur un brancard. Tu crois que l’instit, il leur a fait du mal aux gosses ?
- Sûrement pas. Tu vois Jean, je vais te dire franchement, si ma femme n’avait pas insisté pour que j’aille chercher Marine, j’aurais pas bougé. Je crains rien du tout. Marine, elle est vachement heureuse d’avoir eu cet instit et tu peux pas savoir comme elle a changé pendant l’année. Et tout en bien. Elle a grandi dans sa tête, incroyable ! Elle était déjà vachement mûre pour son âge, c’est Florence qui disait ça, mais alors maintenant on dirait presque une petite femme. Tu peux pas imaginer les discussions qu’on a avec elle. Parfois, j’ai du mal à suivre. Ce qui m’emmerde le plus c’est que c’est pas moi qui l’ai emmenée en vacances. Tu vois, la ferme, j’en ai plein le cul ! Quand je pense qu’on n’a même pas le temps de s’occuper de nos enfants. Ils grandissent et on ne voit rien. On compte les litres de lait, les tonnes de patates, les hectares de maïs et on ne voit pas nos enfants. Ca me fait chier, tu vois, vraiment ça me fait chier. L’instit, j’ai presque envie de le remercier. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il m’en parle de son idée et j’aurais accepté tout de suite mais on n’a jamais pris le temps d’aller discuter avec lui. On a vraiment dû passer pour des tarés. On est vraiment trop cons ! Je l’ai même suspecté d’être un pédophile ! Tu vois un peu. C’est Miossec qui m’avait filé cette idée à la con. Alors que Marine, elle a jamais été aussi heureuse. Quand je l’ai questionnée un peu pour voir comment ça se passait dans la classe, j’ai bien vu que tout ce qu’il faisait, c’était pour leur bien. Si ça avait été un tordu, Marine, elle me l’aurait dit. Je lui ai fait comprendre ce qui me faisait peur et je peux t’assurer que ça ne lui a pas plu du tout que je puisse douter de son maître. C’est elle qui m’a dit que c’était pas parce qu’il était différent des autres qu’il était dangereux. Elle m’a même dit que c’était les autres instits qui étaient dangereux parce qu’ils n’aimaient pas les enfants comme lui il les aime ! J’étais pas fier, tu vois. Et j’ai arrêté de dire des conneries. Non, j’y crois pas du tout qu’il pourrait leur faire du mal. Tu te rends compte des risques qu’il prend pour emmener nos gamins en vacances ! Et nous, on n’a même pas été foutu de voir que ce mec-là, il fallait juste qu’on l’écoute un peu. Faut croire que le boulot, ça te bouche toute la tête comme un paquet de merde dans le cul. Ce mec, moi je pense que c’est quelqu’un de bien et ce qui est sûr c’est qu’il aime les enfants. Nos enfants ! Alors, je peux pas lui en vouloir. Tu comprends ? Lui, au moins, il s’en occupe. Moi, par contre, ça me fout la honte. Tu vois, après cette histoire, j’ai décidé que je m’occuperai davantage de mes filles. J’ai déjà loupé beaucoup de choses avec Marine, il faut pas que je fasse la même connerie avec Morgane. Je suis déjà bien content que Marine continue à me parler. Peut-être même qu’elle m’aime encore. Et pourtant j’ai pas fait grand-chose pour elle. T’as vu tout ce que l’instit a fait découvrir à nos gamins. C’est la honte pour nous. C’est la honte.
- Ouais, moi aussi, ça me fait ça. C’est vrai que Rémi et Fabrice, ils ont sacrément changé. Tu vois Fabrice, tu le connais un peu. Il était vachement timide, il manquait de confiance. J’avais beau me dire qu’en grandissant ça s’arrangerait et ben que dalle. Il s’améliorait pas le gamin. Et là, en un an, c’est dingue comme il a changé. Il parle avec un adulte, même s’il le connaît pas, il prend des initiatives, il rigole vachement plus qu’avant. Tu vois, plein de trucs comme ça. Il est beaucoup plus heureux. Et c’est vrai que c’est pas grâce à moi. Le séjour au camping à Camaret, ça l’a transformé. Et Rémi, je t’en parle pas, je le reconnais plus. D’ailleurs, j’ai l’impression que lui non plus me reconnaît plus. Tu vois ce que je veux dire. Comme si je l’intéressais moins qu’avant. Et ça me fout vachement la trouille…T’as raison, c’est vraiment nul que ça soit pas avec nous qu’ils aient vécu tout ça. D’ailleurs, ma femme, elle me l’a dit y a pas longtemps. –Quand t’as le temps, au lieu d’aller à la chasse avec tes copains, tu ferais mieux de passer la journée avec tes deux garçons. L’instituteur, il s’en occupe mieux que toi. Je me demande même lequel de vous deux aime le plus les garçons.- Ca m’a fait mal quand elle m’a dit ça. On s’est même engueulé. Je lui ai dit que je bossais pour qu’ils manquent de rien et que je pouvais bien passer un peu de temps avec les copains. C’était vraiment des conneries. Et puis, après avec le boulot, j’y ai plus pensé.
- Ah ouais, toujours ce boulot. Ça, tu vois, c’est une excuse de merde. On se dit ça juste parce qu’on est trop con pour réfléchir un peu. Marine, un soir, elle m’a lu une phrase que l’instit leur a donnée en classe. La vache, ça m’a marqué. Attends que je la retrouve…Ça dit à peu près ça -On rencontre beaucoup d’hommes qui parlent de liberté mais ils passent leur vie à se fabriquer des chaînes.- J’y ai même pas compris quand Marine elle m’a lu ça. C’est elle qui m’a expliqué que ça voulait dire qu’on travaillait pour avoir du pognon et s’acheter plein de trucs mais qu’en fait, au lieu d’être libre, on était prisonnier de tout ce qu’on désirait. Tu vois le truc ? En fait, on croit qu’on va bien parce qu’on gagne du fric mais en vrai, on voit pas nos gosses grandir parce qu’on en veut toujours plus. Enfin, c’est pas simple mais c’est quelque chose comme ça. J’ai passé des heures à réfléchir à ce truc. Parfois, j’étais sur mon tracteur et je pensais à ça. Non, mais tu vois la situation. Le demeuré de paysan, le cul sur son tracteur, qui réfléchit à la vie qu’il mène parce que sa fille lui a lu une phrase. Un vrai truc de fou !
- Ouais je vois bien… Enfin, je vois surtout que c’est pas facile de tout réussir. Son boulot, élever des gosses, aimer sa femme, pas foutre sa santé en l’air, s’occuper des gens qu’on aime, le boulot, les machines, les bêtes et les gosses et les impôts et puis comme ça pendant des années et ça passe à toute vitesse… T’as l’impression de tout faire comme il faut toi ?
- Sûrement pas pour mes deux filles et sans doute pas non plus pour ma femme. Tu vois l’instit, il le sait sûrement pas mais il m’aura fait comprendre ça. Enfin, c’est Marine qui l’aura fait mais je sais que c’est lui aussi. Tu vois par exemple, il a prêté des livres à Marine et elle m’a demandé d’en lire certains. Tu vois le problème ! J’ai jamais rien lu que le Ouest France et L’équipe. Je te dis pas comme ça m’a emmerdé au début puis finalement j’ai découvert que j’aimais ça. C’est dingue hein ? Saint-Exupéry par exemple, c’est vachement bien ce qu’il a écrit. Jack London, j’aime bien aussi. Avec les chiens au Canada dans la neige et les chercheurs d’or. Ça fait comme les westerns. J’aime bien. Ça fait voyager des trucs comme ça. Et puis, j’aime bien le nom du mec, ça sonne bien ! Jack London ! Ça a de la gueule hein ? Et il y en a plein d’autres des écrivains ! Mais alors moi, les noms, je les retiens pas. Alors Marine, elle me fait des fiches avec le titre du livre et le nom de l’écrivain. Elle dit qu’il faut que je m’en souvienne. C’est un boulot dis donc ! Mais bon, j’essaie quand même, c’est tellement bien ce qu’ils ont écrit tous ces gars !
- Oh la vache ! je connais rien de tout ça moi. J’ai bien vu que Rémi et Fabrice, ils lisaient vachement mais ça m’a pas intéressé. Je sais même pas ce qu’ils lisent.
- Et tu sais que c’est l’instit qui a prêté ses propres livres aux enfants. Tu te rends compte ? Il leur fait vachement confiance. D’ailleurs Marine, ça l’a embêtée quand elle a vu le temps que je mettais à lire. Elle a voulu ramener le bouquin pour les autres gamins de la classe. Mais moi, je voulais connaître la fin. C’était Terre des hommes, de Saint-Exupéry. Celui-là je l’adore ! Le mec avec son copain, il avait posé son avion dans le désert. Ils étaient en panne, ils étaient entrain de crever de soif. Et c’est une histoire vraie ! Moi, je voulais savoir la fin alors je suis allé dans une librairie à Loudéac et j’ai acheté le bouquin. Tu me vois dans une librairie ! Je te dis pas tous les bouquins qu’il y avait sur les étagères, c’est dingue, j’y ai pas cru et en plus, c’est pas deux fois le même ! Que des bouquins différents. Incroyable je te dis ! Il a fallu que je demande à la patronne sinon je serais mort de vieillesse avant de trouver celui que je voulais! Et le soir quand Marine, elle m’a vu avec le bouquin dans la banquette, elle m’a fait une de ces bises sur la joue ! Un truc, tu vois, c’était plein d’amour. Tu peux pas savoir le bien que ça m’a fait. C’est elle qui m’a lu le passage quand ils ont trouvé une orange dans la cabine de l’avion. C’est tout ce qui leur restait. Je peux te dire que maintenant une orange, je la vois plus de la même façon. C’est incroyable, ces écrivains comme ils savent bien raconter. T’as l’impression que c’est eux qui t’ouvrent les yeux. Comme si avant, t’avais que de la merde dedans. Comme si t’avais jamais vu la vie. Tu vois, tu crois que tu sais ce que tu fais, que tu sais où tu vas mais en fait, tu sais rien, que dalle. Y a que ces mecs qui peuvent te montrer ce qui est vraiment important. Y a des soirs, tu vois, tu gardes ça pour toi hein, et ben j’en aurais pleuré. Ouais je te jure. Y a un marin aussi, Montessier ou Moitessier, je sais plus bien, Marine, elle a ramené le bouquin, quand il a fait son tour du monde sur son bateau, il était tout seul, il a découvert des trucs en lui, c’était fou. Avec l’océan, c’était une sacrée histoire d’amour. Nous aussi, on pourrait vivre ça avec la terre mais on la regarde pas comme il faut. Ouais, je sais ce que tu penses, me regarde pas comme ça, tu te dis que j’ai un peu reçu, et que je déconne. Mais moi aujourd’hui, je dis que c’était avant que je déconnais. Maintenant, je commence à y voir un peu plus clair. C’est con que ça m’ait pris autant de temps. Il faudra que j’arrive à le dire à l’instit. Ca m’emmerderait qu’il parte comme ça, sans qu’on ait le temps de parler. On s’est rencontré une fois dans la librairie à Loudéac et je suis resté comme un vrai con. J’ai rien trouvé à dire…J’espère que j’y arriverai maintenant. Je suis pas habitué à parler comme ça moi. Les sentiments et tous ces trucs-là, ça me dépasse un peu. Enfin, avec les bouquins j’ai fait des progrès… Et la musique, ah bon dieu la musique ! J’y connaissais rien non plus et l’instit leur a prêté des cassettes. Y a une musique de film, « le mépris » ça s’appelle, j’écoute ça sans arrêt à la maison. Attends, je te jure, tu peux pas écouter ça sans que ça te prenne aux tripes. T’as l’impression que les violons ils sont entrain de t’ouvrir le bide ! Et j’aime bien la tête du mec qu’a fait ça. Tu vois que c’est la tête d’un mec bien. Y a la rue dans son nom. Tiens, cherche la cassette, elle est là. Regarde comment il s’appelle… Georges Delerue, ah ouais, c’est ça ! Alors lui, c’est un champion ! Et Marine, elle nous a fait écouter d’autres trucs, des musiques incroyables. Ma femme, presque à chaque fois, elle pleure comme une chasse d’eau qui fuit. Et puis, tu vois l’instit, il leur passe de tout, c’est ça qu’est bien. Du Mozart, du jazz, de la chanson française, Alan Stivell. Tu vois même celui-là, il est Breton et ben pourtant je connaissais rien. La symphonie celtique, si tu connais pas ça, tu sais pas ce que tu perds. Tu vois ça nous change de Rika Zaraï et des nullités qu’on entend à la télé. La télé, j’en ai plus rien à foutre maintenant. C’est vraiment de la merde en boîte. Ils nous prennent pour des cons parce qu’on est des cons ! C’est de notre faute tout ça. On a qu’à les envoyer chier ! C’est tout ce qu’ils méritent. Maintenant, le soir on parle des bouquins. En ce moment, Marine, elle lit un bouquin de Tolkien. Ouais, je te jure c’est son nom au mec ! C’est tellement bizarre comme nom que je m’en souviens. Ca a l’air vachement bien. J’ai hâte qu’elle me le passe. Parfois, dans la journée, j’ai envie de m’arrêter de bosser pour aller lire !
- Non, je te crois pas !
- Si je te jure. Moi aussi, au début, ça m’a fait drôle, j’ai même cru que j’étais malade ! Mais c’est plutôt parce qu’on s’arrête jamais qu’on est des malades ! Alors quand je vois l’autre fou devant, avec son fusil dans le coffre, je me dis qu’on a intérêt à faire gaffe. L’instit, même s’il a fait une connerie en partant comme ça, il mérite pas qu’on l’emmerde. Pour une fois qu’on tombe sur un mec bien. Tu te rends compte tout ce qu’il a fait changer en un an...J’étais en train de perdre ma grande fille et j’aurais sans doute fait pareil avec Morgane. Et puis voilà qu’on se parle maintenant. Et pas du boulot en classe ou du métier qu’elle veut faire plus tard. Tout ça, c’est que dalle, ça n’a aucune importance, c’est pas ça qui compte. Non, on se parle de la vie, tu vois, je sais même pas comment te l’expliquer tellement ça me dépasse encore. C’est que quand je suis avec Marine que ça vient. C’est comme si tous les mots, ils étaient coincés quelque part et puis d’un coup ça ressort. Et même avec ma Florence ça va beaucoup mieux. Tu vois, on parlait de la ferme, des impôts, du prix du lait. Vraiment on était con ! Tu sais ce qu’elle m’a dit la semaine dernière ? -Alain je t’aime- Tu te rends compte, ça faisait des années que c’était pas arrivé. Je sais pas comment c’est pour toi mais chez moi c’était pas terrible. Pourtant, on s’entend bien mais c’est comme si on passait à côté de quelque chose et qu’on savait pas quoi. Et ben, maintenant, je sais ce que c’est. C’est l’amour. Et te fous pas de ma gueule, je sais que ça a l’air con mais je te jure que c’est ce qu’il y a de plus beau.
- Je me fous pas de ta gueule Alain. Je me dis même que t’as de la chance. Ça me touche vachement que tu me parles comme ça. C’est vrai je te jure. Ça me fait vachement plaisir et je me dis que t’as de la chance…J’ai vraiment hâte de retrouver mes deux garçons et de les serrer dans mes bras et qu’on rentre à la maison. Je comprends mieux tout ce que je sentais depuis quelques temps. Toi, t’as déjà compris beaucoup plus de choses que moi et ça va m’aider tout ce que tu viens de me dire…Merci Alain. Merci de m’avoir expliqué tout ça. Moi j’aurais jamais osé. Et je sais que c’est une connerie, c’est toi qui as raison…Dis, tu me prêteras des bouquins ?
- Ouais, bien sûr, tu viendras à la maison, je te montrerai tout ce que j’ai acheté. La librairie de Loudéac, maintenant je m’y retrouve sans problème et je connais bien la patronne. C’est elle qui me conseille aussi. On s’entend bien. Elle est sympa. Et tout ce qu’elle connaît ! La vache c’est impressionnant ! Et puis, je vois qu’elle aime bien Marine. Ça me fait plaisir. Quand je vois ma fille, comme ça, dans les bouquins je me dis que l’instit, il lui a vraiment montré un trésor incroyable, tu vois ce que je veux dire, un trésor qu’arrête pas de s’agrandir ! C’est pas un coffre qui est fermé avec des vieilles choses pourries dedans. Non, là, le coffre il est ouvert et ça n’arrête pas de tomber dedans, des belles choses et toutes celles qui sont là depuis des années et des années, elle vieillissent pas. C’est fou hein ? Putain, tu te rends compte comme je parle bien maintenant. Ça, c’est une vraie image d’écrivain que je viens de dire. Faudra que je la répète à Marine, ça va lui plaire. Tu sais, tu vas pas me croire mais samedi dernier on y est resté trois heures dans la librairie. Et on est parti parce que ça fermait sinon on n’aurait pas bougé ! Et Morgane aussi, elle veut ses bouquins ! On était tous les trois sur le trottoir avec chacun notre sac et nos bouquins dedans. C’était vachement beau. Et puis Marine, elle a pris mon sac pour me donner la main. Je vais te dire, j’étais vachement fier comme ça sur le trottoir avec ma jolie grande fille qui me donnait la main et Morgane qui trottinait comme un poulain devant nous avec ses petites gambettes. J’ai rigolé comme ça pour rien. Enfin non, c’était pas pour rien. C’était du bonheur…Oh ! tu dis plus rien ?
- Non je t’écoute. C’est vachement beau ce que tu racontes. Je te voyais pas comme ça. Et je me dis que je suis vraiment con. J’ai rien vu moi. Rémi, bon sang c’est un petit gars formidable et j’ai l’impression que je l’ai pas vu depuis des années. Parfois, je me dis comme ça, fais gaffe à lui, écoute- le, prends ton temps. Tu vois, je m’inquiète toujours pour Fabrice parce qu’il est vachement renfermé, enfin plus maintenant, et du coup je voyais pas Rémi. Je me disais toujours qu’il grandissait sans problème, qu’il avait moins besoin d’un coup de main que son petit frère. C’est con hein ? Comme si un gamin pouvait se passer de l’amour de son père ! »
Il tourna la tête vers la vitre, une boule dans la gorge, les yeux piquants.
« T’inquiète pas, c’est jamais trop tard. Regarde ce voyage comme il nous fait du bien. Ça sera plus jamais pareil après. C’est ça qui est important. Ne pas laisser passer les bonnes occasions quand elles se présentent. Même si on en a loupé un bon paquet depuis des années, ce qui compte maintenant, c’est qu’on a les yeux ouverts.
- Bon dieu, j’ai vraiment envie de les serrer dans mes bras mes garçons et je vais leur dire que je les aime. Oh oui ! je vais leur dire ça. Et je sais que j’aurai pas l’air d’un con.
- Oh non ! ça c’est sûr t’auras pas l’air d’un con. Celui qui est con, c’est Miossec. Le pauvre David, il me fait peine ce gamin, il a l’air tellement triste. Olivier, il a l’air de s’en sortir un peu mieux mais le petit il souffre vachement, ça c’est sûr et ce grand con de Miossec, il voit rien et il ne verra jamais rien…Tiens, allez, on va s’écouter la musique de Delerue. Tu sais, ce mec-là, ça se voit sur sa figure qu’il en sait plus que nous. J’explique pas pourquoi, c’est comme ça. Et quand t‘entends sa musique, tu sais que c’est vrai. Quand tu inventes des musiques comme ça, c’est que dedans, tu as senti des choses que les autres, ils ont pas encore trouvées. Moi, j’écoute ça tous les jours. Ça va nous faire du bien, tu vas voir ! T’as vu que je me suis payé un super auto radio et je peux te dire, c’est pas pour écouter Europe 1 et tous les gros cons qui s’y trouvent ! Je te jure, quand t’as ça qui passe, tu peux que fermer ta gueule alors que quand Rika Zaraï elle ouvre sa trappe à conneries, tu peux bien brailler avec tes potes, ça gêne personne. Mais alors ça, c’est comme si c’était l’amour mis en musique. Tu vois, quand j’entends ça, c’est comme si je revoyais Marine ou Morgane, tout bébé, dans leurs petits lits, toutes fragiles. J’ai envie de les prendre dans mes bras, de sentir leurs petits corps, de les embrasser, de leur dire des gentils mots, tout plein d’amour, de les protéger, de sentir le parfum de leur peau. Maintenant, je vais les réveiller le matin, je peux plus m’en passer, je leur fais des petits câlins tout doucement, je leur parle gentiment, tu vois, je faisais jamais fait ça avant. Je rentrais, j’ouvrais les volets, je gueulais, allez debout là-dedans ! et je me barrais au boulot à toute vitesse comme si ma vie en dépendait. Mais le plus important de toute ma vie, il était là, devant moi, dans les petits lits bien chauds, et j’y voyais rien, je sentais rien. Je crois que mes deux filles, je les regardais jamais dans les yeux, je les regardais, c’est tout mais je ne les voyais pas vraiment. C’est dur à expliquer tout ça. Les mots, ça peut pas tout dire. Les émotions, c’est bien plus fort. Y a que les écrivains qui savent en parler. Moi je suis qu’un paysan, alors tu vois, c’est pas facile.
- Et ben moi, je peux te dire que t’en parles vachement bien. Ca me serre les tripes tout ce que tu dis. Je suis vachement content d’être venu avec toi. Ouais, bon dieu de bon dieu, moi aussi cet instit faut que je le remercie. C’est une sacrée baffe qu’il nous a mise et il était temps qu’on se la prenne. Bon allez mets-nous cette musique. »
 
 
 
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