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  • Jean-Claude Van Damme

    Un marin du Vendée Globe dit : « je nourris l’espoir de réussir ce tour du monde. »

    Et bien s’il nourrit l’espoir, il gaspille une partie de l’énergie disponible. Il faut imaginer l’espoir comme un prédateur et l’énergie comme une proie. L’énergie n’a même pas la possibilité de s’enfuir. Elle succombera immanquablement et bien que la réserve d’énergie soit conséquente, cette part entamée ne sera plus disponible.

    Quant à donner à l’espoir une matérialité, cela reviendrait à dire : « J’ai l’espoir d’avoir un espoir. » On entre dans l’absurde…

    Il convient à mon sens d’identifier en soi ce qui est nécessaire. Pour le marin, il doit œuvrer à la réussite de son tour du monde mais pas à la réussite de son espoir. L’espoir, lui-même, n’est rien d’autre qu’une invention d’ordre psychologique. C’est comme le Temps chronologique. Il n’existe que dans notre capacité à nous projeter dans ce qui a été vécu ou à imaginer ce qui va l’être mais ni le passé, ni le futur n’ont d’existence propre car sans cette dimension psychologique que nous créons, ils ne sont rien. Personne ne peut exister demain, personne n’existe hier.

    L’espoir, de la même façon, n’est qu’un espace inventé.

    Si je nourris en premier lieu un espoir et que je ne suis pas assouvi, je mourais d’inanition avant même d’œuvrer à l’assouvissement de la faim d’écrire.

    Tout cela pourrait relever de la simple dialectique si ça n’avait des conséquences réelles sur nos vies.

    Il est indispensable, vital même, d’analyser nos rapports aux mots et aux pensées qui en découlent.

    Il suffit de comptabiliser le nombre de fois où nous utilisons l’expression : « J’espère que… »

    « J’espère qu’il va faire beau demain. »

    C’est totalement inutile d’y songer étant donné que nous n’avons aucune emprise sur le temps.

    Il s’agit donc d’identifier, exclusivement, les éléments sur lesquels nous avons un réel pouvoir, ensuite d’extraire de nous ceux qui sont énergétivores, sans que rien de bon n’en sorte, de nous concentrer enfin sur les éléments qui nous grandissent.

    Celui qui y parvient s’aperçoit que cette lucidité nourrit sa propre énergie alors que celui qui ignore cette lucidité dépérit dans le gaspillage de l’énergie. Les gens épuisés devraient apprendre à s’observer intérieurement. Je ne parle évidemment pas du mineur chinois ou zambien, ni de tous ceux qui sont exploités par les Marchands…Paix à leurs âmes.

    Jean-Claude Vandamme, si souvent moqué, a une expression qui convient parfaitement à cette démarche intérieure: « Be aware ».

    A écouter sans modération.

    "Ne pas écouter les bruits du monde, écouter le silence de l'âme en soi."

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  • Perceptions extrasensorielles

    Les perceptions extrasensorielles (PES) (qui sont perçues en dehors des sens, des organes de la perception) désignent un échange d'information – ou ce qui est perçu comme tel – entre un sujet et son environnement selon des principes inconnus des sciences actuelles. L'expression vient de Joseph Banks Rhine1.

    L'existence de telles perceptions est généralement rejetée par les scientifiques. Les études sur ces perceptions étant rarement conduites par des scientifiques jouissant d'une crédibilité suffisante ou d'une méthode rigoureuse, elles sont généralement catégorisées en pseudosciences. C'est pourquoi ce type de phénomène intéresse surtout des chercheurs en marge des circuits officiels du savoir tels les parapsychologues et les amateurs de phénomènes paranormaux.

    wikipedia


    L'article résume très bien la problématique...

    Il faudrait que ça soit des scientifiques "crédibles" qui valident ces perceptions pour qu'elles soient reconnues par la communauté entière et par conséquent par la population.

    Mais le paradigme de l'ego encapsulé interdit d'emblée les recherches de ces mêmes scientifiques étant donné qu'ils ont été formés et qu'ils sont payés pour valider le paradigme lui-même. C'est comme si on demandait à un prêtre d'aller prouver l'inexistence de Dieu...

    L'expression elle-même contient déjà l'interdiction d'explorer une autre voie. Il s'agirait d'emblée de perceptions "extrasensorielles", c'est à dire émanant de notre environnement, hors de notre enveloppe corporelle et des sens qui nous sont attribués.

    Et bien, j'envisage bien autre chose.

    Nous ne sommes pas insérés dans une enveloppe hermétique. Nous sommes un corps unique et bien plus encore, une énergie unique. Mais l'éducation reçue depuis la toute petite enfance vient s'opposer à cette perception. L'identité doit se former individuellement. Celle des scientifiques comme celle de toute la population. Tout ce qui est extérieur devient donc ce qui n'est pas moi. Tout ce qui est en moi m'appartient. Le paradigme est installé et les scientifiques auront en charge de le renforcer. Ils ne pourront pas faire autrement d'ailleurs puisque leur salaire en dépend...L'argent crée une dépendance qui ne peut pas être remise en cause.

    Tout ce qui ne peut pas être validé par le paradigme est donc inscrit dans un espace "paranormal", des perceptions extrasensorielles.

    Ceux qui éprouvent des phénomènes de reconnaissance cellulaire, les âmes soeurs, de synchronicité, de contacts impossibles, d'impressions de déjà-vu, de prémonition, de bouleversements cataclysmiques à la vue d'un paysage, d'un visage, en humant un parfum, en entendant une musique, en prenant la main d'un enfant, en veillant un être aimé, en écoutant l'herbe qui pousse, en observant les nuages, en pleurant au coucher du soleil, en s'asseyant au sommet d'une montagne, tous ceux, toutes celles qui éprouvent des émotions intraduisibles, cette impression de connexion divine, d'osmose, de compassion universelle, tous sont des individus dérangés... La médecine les prendra en charge s'ils succombent à la pression sociale. Les autres seront artistes ou vivront à l'écart et feront de leur vie une oeuvre d'art.

      La perception extrasensorielle, c'est tout simplement une âme qui découvre enfin qu'elle vit bien ailleurs que dans une enveloppe fermée.

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  • L'espérance

    Comme tous les dimanches matins, je descends chercher les croissants pour le réveil de la famille. L'auto-radio est déréglé et je lance la recherche des ondes. Je tombe sur une radio d'obédience catholique ":Espérance".

    J'écoute le chroniqueur. Il parle de l'espoir et de la détermination. "Le monde va mal mais l'espoir de le changer vient nourrir la détermination de nos actes."

    Bien.

    C'est un projet fort honorable mais il faudrait observer les effets réels de l'espérance. J'en ai déjà maintes et maintes fois parlé.

    Je prends un exemple. J'ai envoyé mon premier manuscrit à un éditeur, il y a 26 ans. J'espérais être édité, bien entendu.

    25 ans plus tard, je viens de terminer, hier soir, l'écriture de mon dixième roman.

    Deux sont publiés et inconnus.

    Un troisième existe en version numérique et n'est pas plus connu que les deux autres.

    Quant aux autres, je ne les adresse même plus aux éditeurs.

    Alors, qu'est-ce qui vient nourrir ce désir d'écrire encore ?

    Certainement pas l'espérance.

    Et même, bien au contraire, c'est parce que cette espérance s'est peu à peu effacée que ma détermination est restée intacte. Bien sûr que je serais satisfait si un éditeur venait à prendre l'ensemble de mes textes et cherchait à les faire connaître, je ne vais pas dire le contraire. Mais ça n'est PLUS la raison première de mes écrits.

    Je pense que l'espérance est une illusion et qu'elle affecte négativement la détermination car dans l'espérance, il y a une attente et lorsque cette attente se prolonge au-delà des projections envisagées, elle devient un fardeau, un étouffoir, elle devient une "désespérance", une désillusion, une détresse.

    En fait, je conçois la création littéraire, dans mon cas, comme un phénomène aussi incontrôlable que la faim. Je n'ai aucun espoir d'avoir faim. J'ai faim et c'est tout. Et je sais quelles sont les actions à conduire pour que cette faim soit calmée. Il n'y a aucune autre intention. C'est un phénomène naturel et son assouvissement une nécessité.  Bien entendu, je peux apporter une attention réelle à la qualité de mes aliments étant donné que cette nourriture apportera à mon organisme l'énergie nécessaire. Mais le fait même d'avoir faim reste malgré tout totalement indépendant de ma volonté.

    J'écris de la même façon parce que j'ai faim d'écriture.

    Je travaille dès lors à la qualité de mon écriture parce qu'elle nourrit mon âme et l'entraîne dans des efforts constructifs, l'exploration et l'exploitation d'un potentiel que je n'ai pas le droit d'ignorer. Comme je n'ai pas le droit d'ignorer le corps où je vis.

    J'écris sans aucune espérance et si l'imaginaire m'entraîne parfois dans des extrapolations de contrats d'édition, je sais que ça n'est qu'une dérive provisoire, comme une ritournelle enfantine qui s'enclenche mécaniquement. Je l'observe, j'écoute sa musique et je m'en amuse mais elle ne nourrit pas ma faim.

    Et d'ailleurs, imaginons que je décide de me nourrir, physiquement, d'espérance...La mort serait au bout du chemin.

    Si je décidais de nourrir mon âme d'espérance, j'en mourrais tout autant.

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  • Keith Jarret

    Cet homme-là doit avoir des neurones blanches et d'autres noires et chacune de ses pensées, chacun de ses gestes, chacun de ses battements de paupières ou mouvements respiratoires se dessinent intérieurement sur des portées infinies qui l'entraînent dans un monde qui ne nous sera jamais accessible. Nous n'en aurons que des échos mais il s'agit déjà d'un cadeau immense.


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  • Un ange passe.

     

    LES EVEILLES

     

    Extrait

     

    "27 août. Le jour de son anniversaire. Un samedi. Ses parents lui avaient donné de quoi acheter un disque. Keith Jarret. The Köln Concert. Il en rêvait depuis longtemps.

    « Vas-y mon chéri, prends ton temps, promène-toi, écoute des disques, ça fait si longtemps que tu es là. »

    Cette voix adorée.

    « Merci Maman. »

    Il avait glissé le billet dans sa poche. Il les avait embrassés.

    « A tout à l’heure Christian, avait-il dit en se tournant vers son frère. Je vais chercher Keith Jarret. »

    Il espérait qu’intérieurement l’évocation du piano cristallin le réjouisse, que la pureté des notes l’investisse, adoucisse ses luttes.

    « T’inquiète, je te le prêterai !! »

     

    Deux mois qu’il n’avait pas quitté son frère, qu’il était resté à son chevet, deux mois qu’il n’était quasiment pas sorti de l’hôpital. Il avait veillé son frère. Christian. Cliniquement mort. Il n’avait pourtant jamais pensé qu’il pouvait mourir. Il ne l’avait pas quitté.

     

    En émergeant du couloir des urgences, il avait réalisé qu’il allait sortir de l’enceinte de l’hôpital. Il s’était arrêté, le cœur battant. Une autre vie. Des gens heureux, affairés, perturbés, inquiets, amoureux, insouciants, des voitures, des vitrines, le bruit de la ville, les couleurs, des odeurs.

    Plus de murs aux peintures délavées, les effluves écœurants des désinfectants, les blouses des infirmières, les visages abattus des visiteurs, les voix mesurées, le roulement des chariots, les appels dans les chambres, les sonneries sur le panneau lumineux des salles de veille, les émanations rebutantes des nourritures industrielles, les fenêtres closes, les horizons limités, le silence interminable des nuits, l’ombre invisible de la mort.

     

    Il avait traversé le parc puis l’immense parking. Son trouble avait enflé conjointement à la rumeur des rues, à cette approche délicate, il avait pensé au prisonnier qu’on lâche dans la ville après des années d’enfermement.

    Premier trottoir. Il s’était dirigé vers le centre ville. L’impression d’un autre monde. Il ne pouvait s’empêcher de dévisager les passants. Tous ces gens pressés qui ne savaient rien de l’hôpital, qui ne voulaient sûrement pas en entendre parler, qui géraient leurs existences agitées comme si tout devait durer. Un groupe de jeunes croisés sur un passage piétons. Ils riaient. Il suffisait pourtant d’un chauffard pour que certaines vies s’arrêtent, que d’autres soient projetées dans un monde de douleurs, d’opérations, de rééducations, de médicaments, de dépendance, de dépressions. Ils ne savaient rien de la vie. Parce qu’ils ignoraient que la mort les guettait. Et pire que la mort encore, la souffrance. Il avait senti avec une force immense qu’il n’appartenait plus à ces groupes humains, à cette frivolité juvénile, qu’il ne pouvait plus supporter cet aveuglement entretenu, il avait eu envie de crier, de leur dire de se taire, de penser à tous les corps brisés qui luttaient jours et nuits sans connaître l’issue du combat, qui s’accrochaient désespérément au goutte à goutte suspendu au-dessus du lit, l’attente d’une opération de la dernière chance, ce corps qui se morcelle, la lucidité de l’esprit qui enregistre chaque dégradation, chaque symptôme, la moindre douleur autopsiée, les médecins qui défilent avec leurs contingents d’adorateurs, leurs dossiers et leur suffisance, leur inhumanité diplômée. Il avait baissé les yeux, il n’était plus de ce monde, lui, ils mourraient tous un jour, demain ou dans vingt ans, quelle importance, la mort était déjà dans leurs cellules, elle les dévorait déjà, insidieusement, nous n’étions jamais seul, la mort était une compagne fidèle. Lui, il savait.

    Centre ville, rue de Siam. Il descendait vers le port militaire. Des parfums iodés. Le cri d’un goéland par-dessus les toits.

    C’est là qu’il l’avait vue. Elle marchait vers lui. Une tenue, une grâce, une fluidité qui l’avait bouleversé. Un choc inattendu, inespéré, comme si elle évoluait au cœur du monde sans en être aucunement atteinte, comme si le monde n’avait aucune emprise sur elle, comme si la mort n’était qu’une illusion. Toutes les pensées avaient jailli en lui comme un éclair, une fulgurance qui avait effacé en lui deux mois de cauchemar.

    Une longue robe blanche, une chemisette bleu ciel, froissée comme du papier crépon, elle marchait les yeux baissés, de longs cheveux blonds flottant sur ses épaules, le balancement mélodieux de ses bras, la rondeur de ses seins sous le tissu, nus pieds dans des sandales à lanières qui remontaient sur ses chevilles, dix mètres, il allait la croiser, il s’était arrêté pour retarder l’échéance, le souffle coupé, plus de bruits, plus de mouvements, la ville avait disparu, il ne restait qu’une bulle protectrice, l’impression d’être entré dans un espace protégé, elle avait levé le visage, elle l’avait regardé, la profondeur d’océan de ses yeux, immenses, bleus, lumineux, il n’avait plus bougé, catalepsie contemplative, elle avait souri, un soleil sur la peau lisse de ses joues, une fleur épanouie, le galbe rosé de ses lèvres, toute la beauté du monde, une envie immense de pleurer, de tomber dans ses bras et de pleurer, de vider toute cette horreur accumulée auprès de son frère, là, sur l’épaule de cette jeune fille, sans bouger, respirer le parfum de sa peau, s’enivrer de douceur, laisser couler les douleurs et s’abandonner à la quiétude, aucun désir, juste la paix, tout oublier.

    « Bonjour. »

    Elle était passée en l’enlaçant de sa voix.

    Le miel de ses notes, il avait ruisselé en lui et s’était lové au creux de sa mémoire, il pourrait la retrouver au milieu d’une foule, juste sa voix, deux notes comme une mélodie soyeuse, une caresse indicible, au-delà des choses connues.

    Il s’était adossé à une vitrine, les jambes tremblantes, il ne savait même pas s’il avait répondu, il l’avait regardée s’éloigner, elle flottait au milieu des arabesques de sa robe, suspendue par sa grâce, intouchable, intemporelle, une fée.

    Un cadeau d’ange."

     

     

     

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  • Un texte admirable.

    Sur le site IPAGINATION.

    TEXTE DE JACQUELINE WAUTIER


    http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/tete-de-bois-par-jacqueline-wautier


    Tête-de-bois

    Par Jacqueline Wautier, Le 09/09/2013 à 11:09

    C’est un petit soldat digne     – Digne ? Digne !

    Quoi qu’il fasse, il le fait jusqu’au bout.

    Quoi qu’on lui ordonne, il obéit à tout.

    Sourd à lui-même comme à ses peines, jamais il ne proteste ;

    Dur à la tâche et sans relâche, toujours il se presse.

    Volonté et courage constamment l’emportent ;

    Application et soumission sans frein le portent.

     

    C’est un petit soldat digne     Digne ? Digne !

    C’est un petit soldat seul       – Seul ? Seul !

    Mais il est fier de son caractère bien trempé.

    Fier de sa force sans lâcheté ;

    De sa vaillance sans errements ;

    De son obéissance sans tourments.

    Si ses amis l’appellent Tête-de-bois, ils en parlent en baissant la voix.

     

    C’est un petit soldat seul        – Seul ? Seul !

    Sur les champs de batailles, dans les prés sans semailles, sous les pierres et grenailles, il sera fort.

    Des batailles en pagaille aux semailles de tripailles, pris sous les feux et mitrailles, il sera sans remord.

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    Un jour arrive son matin, débute son combat : il reçoit fusil, bottine et gros barda.

    Son chef lui dit :

    « Plein feu sur l’ennemi    – ils n’ont pas le même habit !

    Haro sur les mécréants     – ils n’ont pas le même accent !

    Droit sur les sauvages       – ils vivent sur d’autres rivages !

    Sus aux vauriens              – ils ne mangent pas le même pain !

    Malheur aux voleurs        – ils n’ont pas les mêmes valeurs !

    Mort aux hommes-chiens – ils ne nous ressemblent en rien !»

     

    Il s’en va ainsi vers une guerre sans rime dont il ignore la raison.

    Une campagne pour des prunes qui nourrit tant de rancunes ;

    Un conflit de malheurs où l’on perd la raison.

    S’en va mener le combat des autres qui en attendent fortune ;

    Faire une guerre immonde où l’on meurt pour de bon.

     

    Pourtant, sous son habit étrange, l’ennemi a les mêmes tourments ; et derrière leur accent étonnant, ceux que l’on dit mécréants perdent pareil sang.

    En outre, maisons de terre, maisons de toile, les sauvages se lèvent au même matin ; aussi, galettes blanches ou pains gris, les vauriens souffrent semblables chagrins.

    Au vrai et de source sûre, terre commune ou privée, voleurs ou possesseurs tremblent des mêmes peurs ; et  blanc délavé ou noir appuyé, chiens fuyants ou chats dormants, les humains connaissent un sort équivalent.

    Car tous les hommes connaissent la même mort.

    Toutes les âmes, toutes les humeurs, qu’elles chantent en ut, qu’elles chantent en ré, qu’elles pensent dans leur langue ou dans la tienne, partent d’un même cœur, d’un même esprit…

     

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    C’est un petit soldat las        – Las ? Las !

    Et par une nuit trop noire où se perdent les espoirs, sous la futaie il s’allonge et dans l’herbe se repose.

    Cependant, en ce sommeil lourd qui oublie le temps pour gommer le désespoir, une énorme araignée tisse sa toile autour de ses pieds alignés ; elle fait tant et si bien, se démenant sans fin, que le héros reposé ne peut bouger ni le doigt ni la main :

    – Pourquoi donc me ficeler de la sorte, demande-t-il, tout chagrin ?

    – Tu étais sur mon chemin, répond-elle l’air malin.

    – Est-ce là raison suffisante, petite insolente ?

    – C’est la raison du plus fort, soldat qui dort. Ou peut-être ton destin ? Hasard et circonstances jouent souvent notre sort à la croisée des chemins. Pour tisser je suis née, pour combattre tu es fait.

    – Absurde… ronchonne le guerrier solidement ligoté.

    – Sais-tu, reprend-elle l’air taquin, pourquoi tu as combattu ces hommes à toi semblables, soldat implacable ?

    – Ce sont les ordres, vilain cloporte…

     

    L’araignée se tait ; continuant son labeur et consolidant son œuvre.

    Enfin, satisfaite, elle s’endort avant que sonne l’heure.

    Notre soldat se tient coi, surpris ma foi par cette situation inédite.

    Et longtemps il médite sur ce hasard curieux qui l’a livré à ce tisserand bizarre   –réfléchissant à ces questions dignes vraiment que l’on cogite.

    Ainsi pensant, il ne voit pas venir à lui une souris hilare :

    – Qu’as-tu, soldat sans gloire, pour rester sur ce grabat digne d’un loir ?

    Il tressaute, louche, et découvre, béat, l’animal sur son bras :

    – Peux-tu m’aider ?

    – Assurément, je le peux : en deux coups de dents tu seras délivré, prêt à l’élan !

     

    Les souris rongent avec entrain, c’est connu d’avant guerre.

    Un coup par-ci, trois par là, et voici libre le fada qui, de surprise, en reste sur son derrière.

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    Qu’il ait rêvé, qu’il ait pensé, nul ne le sait ; mais c’est un petit soldat libre désormais        – Libre ? Libre !

    Enfin il a compris : hasard ou aléas font le rival ou l’ami.

    Enfin il a saisi : au soleil comme à la pluie, le malheur seul est ennemi.

    Quoi que l’on dise, quoi que l’on veuille, du nord ou du sud, le deuil toujours nous réunit : tête nue ou corps voilé, la mort sans distinction nous engloutit.

    Même une souris l’avait compris, la vie n’a pas de prix…

    Même l’araignée lui avait suggéré, l’homme seul a de la valeur.

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    C’est un petit soldat libre     – libre ? Libre !

    De cette aventure il ne garde nulle blessure, mais de l’essentiel il a pris la mesure.

     

    C’est un petit soldat tendre   – Tendre ? Tendre !

    Quoi qu’il fasse, il le fait tout doux.

    Quoi qu’on lui demande, il réfléchit à tout :

    Aux déraisons de la raison quand elle oublie le sens de ses interrogations.

    Aux questions qui restent en suspension quand des parenthèses étouffent les émotions…

     

    C’est un petit soldat heureux  – Heureux ? Heureux !

    Il s’émerveille de tout, de tout…

    De la saveur du temps et du goût du vent.

    C’est un petit soldat joyeux, et toi ?

     

    Ce texte est extrait du recueil "Contes et fables d'une Terre presque ronde", Edilivre

     

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  • Pédagogie différenciée.

    ..." s'épanouir dans la société..."

    Je dirais davantage "changer la société"...Car s'épanouir dans une société malade n'est pas un signe de bonne santé.


    »La (R)évolution des Colibris»Révolutionner l'éducation

    http://www.colibris-lemouvement.org/revolution/revolutionner-leducation/le-plan-education

    Le Plan Éducation

     

    GRANDE DIRECTION À 50 ANS

    Accompagner chaque être humain dans la découverte de lui-même (de ses aptitudes, de ses talents), des autres (vie sociale, règles…) et lui transmettre les savoirs et connaissances dont il aura besoin pour s'épanouir dans la société et relever les défis du siècle.

    AXE #1 : Libérer l’école

    Permettre aux établissements, aux enseignants, de mener des démarches pédagogiques ouvertes sur les savoirs intellectuels autant que manuels, sensibles, relationnels ; d'explorer des pédagogies adaptées à leurs élèves. Permettre aux chefs d'établissement de choisir leur équipe pédagogique. Permettre aux enseignants d'être des chercheurs en pédagogie. Faire entrer à part entière l'enseignement de la coopération, de la communication interpersonnelle, la connaissance de soi, dans les matières enseignées.

    AXE #2 : Libérer les élèves

    Placer l'élève et non les savoirs au centre du système scolaire. Faciliter et rendre libre et égaux les choix d'instruction : école publique, privée, école à la maison, etc. Permettre à chaque élève de choisir progressivement son "plan d'étude" : les matières et les disciplines qu'il va étudier, dès le plus jeune âge. Horizontaliser l'enseignement pour que les enseignants ne soient pas les seules sources du savoir mais créent des situations d'apprentissage pour leurs élèves. Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

    AXE #3 : Enseigner la nature et l'intelligence des mains

    Mettre au cœur de l'enseignement des enfants la connaissance, la compréhension, l'interaction avec
    la Nature, tant par l'expérience et l'immersion que par l'étude, dès le plus jeune âge. Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l'être humain à la Nature. Placer les activités manuelles, indispensables à l'équilibre général des compétences, au coeur des programmes. Favoriser ainsi l'épanouissement des enfants, leur estime d'eux-mêmes et une véritable autonomie, gage de sécurité.

    AXE #4 : Parfaire la formation des enseignants et revaloriser leur métier

    Former les enseignants aux savoirs-être et à la coopération. Développer leur formation à la pédagogie et y inclure au moins un an de stage in situ. S'assurer que les candidats au métier de professeurs aient eu l'occasion de découvrir la vie active à laquelle ils prépareront leurs élèves, à travers l'expérience d'un ou plusieurs métiers notamment. Former les enseignants tout au long de leur carrière. Dans le cursus de départ, former les enseignants à la didactique, aux différentes pédagogies, aux techniques d'apprentissage, à la psychologie de l'enfant et à la gestion des groupes.

    AXE #5 : Favoriser une société qui prend soin de ses enfants

    Développer l'éducation à la parentalité, tout au long de la vie des parents. Mettre en place des moyens préventifs et curatifs pour lutter activement contre les violences faites aux enfants, et la violence éducative en général.

    LEVIERS

    Actions des élus nationaux et européens

    • Enrichir la formation des enseignants pour renforcer l’apprentissage de la pédagogie, accentuer les expériences de terrain, inclure savoir-être et coopération.
    • Modifier les programmes scolaires pour y inclure : coopération, savoir-être, écologie et lien à la nature, enseignements manuels et permettre aux élèves de choisir progressivement leurs cursus.
    • Rendre libres et égaux les choix d’instruction (école publique, privée, école à la maison, etc.)
    • Optimiser le fonctionnement de l’Éducation Nationale en limitant le nombre d’administratifs et en augmentant le nombre d’enseignants. Limiter à 20 le nombre d’élèves par classe et augmenter le nombre d’encadrants.
    • Mettre en place un système d’évaluation progressif et favorisant l’estime d’eux-mêmes des élèves.
    • Permettre des passerelles entre les formations et des équivalences nationales et européennes.

    Actions des élus locaux

    • Rencontrer les enseignants afin d'avoir une école à murs ouverts en lien avec la vie locale. Favoriser ces échanges.
    • Encourager les démarches de transition écologique et humaine dans les écoles de son territoire : rénovation thermiques, cantines bio, recyclage, etc.

    Actions des entrepreneurs

    • Créer des écoles alternatives
    • Être en lien avec les collèges et lycées afin d'ouvrir leurs entreprises pour une ouverture vers le monde professionnel.
    • Se mettre en lien avec des écoles de son territoire pour soutenir des démarches écologiques (fournir la cantine en aliments biologiques, aider au recyclage, proposer des produits d’entretiens respectueux de l’environnement, etc.)

    Actions des citoyens

    • Accompagner son enfant au quotidien dans la découverte de lui-même, de ses talents, la relation aux autres et le lien avec la Nature.
    • Être en cohérence avec ce que l'on transmet à son enfant.
    • Inscrire son enfant dans une école qui met l’enfant au cœur de sa démarche pédagogique.
    • S’impliquer dans l’école de son enfant : conseil d’école, fédération de parents d’élèves, cantine, sorties scolaires… Dialoguer avec les chefs d’établissement, enseignants… Proposer des activités.
    • Créer des écoles de parents.

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  • Dialectique

    Lors de notre dernière randonnée, pendant une descente relativement raide, j'ai un genou qui a commencé à crier misère, une douleur lancinante.

    J'ai donc établi une discussion avec lui en lui expliquant que j'avais bien pris en considération sa situation, que j'allais tenter de le soulager au mieux, que j'étais désolé pour lui mais qu'il fallait de toute façon continuer à descendre et que je lui étais reconnaissant des efforts qu'il allait continuer à produire, que nous étions de toute façon irrémédiablement liés et que je ne pouvais pas le laisser au bord du chemin.

    La douleur a disparu.

    Il y a longtemps déjà que je ne considère pas "avoir un corps". Je suis un corps. Tout est lié et forme une entité. Chaque parcelle identifiée constitue le territoire. Le territoire doit apprendre à considérer chaque parcelle avec bienveillance et jamais comme un adversaire ou un danger.

    Ce genou n'était pas séparé à travers cette douleur de ce territoire et le territoire ne devait pas le rejetter ou tenter de le maîtriser par la force. Seul l'amour pouvait l'apaiser.

      Il s'agit par conséquent d'entrer en communication, de maintenir coûte que coûte cet échange, cette reconnaissance, cette prise en considération, qu'il s'agisse d'une douleur ou d'un bien être.

    Il s'agit d'ailleurs là aussi de ne jamais oublier de bénir chaque parcelle du territoire lorsqu'elles participent, toutes à leur mesure, à ce bien être et à ne pas leur attacher d'importance uniquement lorsqu'elles se révèlent par des messages douloureux.

    La dialectique prend une importance considérable dans ce fonctionnement.

    Si je dis par exemple :

    "J'ai mon genou qui me fait mal." Il y a donc un "Je" , un "mon genou" et un "me"...Consternant.

    ou

    "Mon genou me fait mal", cela signifie que je considère qu'il y a une entité qui se nomme "me" et une entité qui s'appelle "mon" genou et que ce genou fait du mal à me. Une parcelle est donc devenue un danger pour l'identité du territoire. Une espèce de supra organisme...Totalement mégalomane le bonhomme...

    "J'ai mal à mon genou." Il m'est impossible d'avoir mal au genou de quelqu'un d'autre...

    "J'ai mal au genou." ou "J'ai un genou qui fait mal." Ces deux phrases-là semblent considérer qu'effectivement l'entité "genou" n'est pas dissociée du Je qui le perçoit, les deux restent unifiés et la conscience insérée dans le territoire a identifié une parcelle qui dysfonctionne mais il n'y a pas de rejet. L'entité entière prend en considération le symptôme ressenti.

    La phrase la plus appropriée à mon sens resterait pourtant :

    "Je suis mal au genou".

    Et c'est là que la conscience unifiée peut établir un contact avec cette parcelle parce qu'elle la perçoit avec cette bienveillance salvatrice du Tout qui s'attache à son propre maintien. Rien en moi n'est séparé.

    Le plus effroyable dans tout ça reste le conditionnement institué dans l'esprit des enfants...Un véritable désastre.

    C'est là qu'il faut absolument les renvoyer constamment à l'observation de soi, dans toutes circonstances.

    Ce matin, à la piscine, ceux et celles qui ne parvenaient pas à ressentir le battement de leurs pieds dans la nage crawlée, je les ai arrêtés et je leur ai dit :

    "Pendant que vous nagez, vous devez vous survoler avec votre esprit, vous devez vous observer. Regardez votre corps qui nage, ne vous contentez pas de battre des pieds, car vous ne nagerez pas vraiment. Pour nager vraiment, il faut que votre esprit regarde votre corps qui nage. Rien ne sera parfait tant que vous laisserez votre corps nager sans l'observer. Lorsque vous serez parvenus à vous observer et que vous pourrez juger de la qualité de votre geste, que vous parviendrez à rester lucides, calmes, attentifs, précis, économes en énergie, que votre respiration sera régulière, que vous aurez ressenti le bonheur du geste fluide, souple et en même temps puissant, que vous aurez ressenti ce bonheur du corps qui glisse dans l'eau, vous reviendrez à l'intérieur de votre corps et vous l'observerez de l'intérieur, juste par les sensations de glisse dans l'eau, par le bonheur, par le plaisir. "

    En fin de séance, pour beaucoup d'enfants, le bonheur du corps dans l'eau, ils l'avaient éprouvé. Maintenant, ils vont vraiment progresser.

    "Je ne suis pas un nageur, je suis la nage, je suis l'eau, je suis un univers condensé de particules qui traversent le champ de particules de l'eau, je suis celui qui disparaît dans le bonheur."

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