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  • Système D

    Il conquiert le monde avec ses lunettes branchées aux verres personnalisés:

    Un employé de Lulu Frenchie examine une paire de lunettes aux verres décorés d'une pellicule imprimé, le 28 février 2013 à Lyon

    Ses lunettes branchées aux verres portant images, logos ou messages ont séduit des stars, de Lady Gaga aux Black Eyed Peas, et aujourd'hui des entreprises pour leur communication: avec un bac pro en poche et de la débrouille à revendre, Paul Morlet, à la tête de Lulu Frenchie à 22 ans, est un entrepreneur atypique.

    Ce matin-là, brève panique à Lyon dans les 600 m2 de locaux de la société, qui s'affiche numéro un en Europe de la lunette publicitaire: le courant a été coupé, alors qu'une commande pour une société monégasque organisant un événement à Las Vegas était en cours de préparation.

    "Ce sera expédié à temps", assure l'équipe. Paul Morlet, qui tient à honorer ses promesses de livraison même au bout du monde, serre les dents face au traceur où doivent être imprimées les pellicules personnalisées, percées d'une multitude de petits trous afin de ne pas obstruer la vision. Elle sont ensuite collées sur les verres.

    Mèches brunes en bataille et blouson en cuir décontracté, le jeune homme est à l'image de ses salariés, une demi-douzaine de façon fixe et une poignée en intérim, qu'il dirige "dans un esprit start up" collaboratif.

    Mais le parcours de chef d'entreprise de Paul Morlet, qui a réalisé près d'un million d'euros de chiffre d'affaires en 2012, est peu commun. "Collégien en ZEP, dernier de la classe, j'ai été orienté par mon prof de gym vers un BEP en électricité. Puis sans conviction non plus, j'ai passé un bac pro en alternance à la SNCF dans l'informatique", narre ce Lyonnais, fils d'un formateur technique et d'une secrétaire.

    Paul Morlet examine les pellicules imprimées qui décoreront les verres de lunettes, le 28 février 2013 au siège de sa siciété Lulu Frenchie à Lyon

    Il passe quelques mois dans un groupe de radio avant de lancer en octobre 2010 avec deux associés son projet, financé par ses 5.000 euros d'économies. "J'avais vu à la télé une soirée poker où la pub était partout sauf sur les visages des joueurs, d'où l'idée des lunettes", explique-t-il.

    Celui qui se définit comme "technique et cartésien" met au point son procédé, applicable à des verres blancs ou solaires. Il "écrit" sur des lunettes les noms de stars et s'arrange pour leur faire remettre une paire, en backstage ou sur scène. Elles mordent souvent à l'hameçon en les portant et c'est ainsi que Lulu (comme lunettes) Frenchie s'assure une visibilité à bon compte.

    500.000 paires écoulées en 2012

    Depuis, la société a changé de dimension, avec 500.000 paires vendues en 2012, dont la moitié à l'export. Paul Morlet a décroché des licences comme celle du PSG, et parcourt les salons professionnels.

    Les particuliers peuvent passer commande sur son site internet, à partir de 9-10 euros la paire. La livraison est garantie pour tous en 24 heures jusqu'à New York, assure Lulu Frenchie.

    "Je veux offrir un service et laisser une production en France", martèle celui qui s'approvisionne néanmoins en montures en Chine, faute d'avoir trouvé un fournisseur compétitif dans l'Hexagone dit-il. Cet admirateur de Xavier Niel, le fondateur de Free, fustige les freins à l'activité et à l'innovation, alors que "notre pays a les cerveaux et les moyens" selon lui.

    Une employée de Lulu Frenchie décore les verres d'une paire de lunettes, le 28 février 2013 au siège de la société à Lyon

    Invité à des conférences à Pékin, Rome et Bruxelles par la Commission européenne, il a aussi contribué à la réflexion de l'institution sur la simplification de la création d'entreprise.

    Pour son ami lyonnais Maxime Verner, candidat à 22 ans à la dernière élection présidentielle comme "porte-voix de la jeunesse", "Paul, très démerdeur, fait partie de ces quelques jeunes qui créent leur propre boulot et malgré un niveau d'études modeste, il montre par l'exemple que ça marche".

    L'intéressé, qui n'est "pas de droite", est fier de ce qu'il a bâti sans être un héritier. "Je ne suis pas dans la même cour que les entrepreneurs de près de 30 ans sortis d'écoles de commerce, qui s'endettent mais ont les parents derrière", affirme-t-il.

    Nouveau champ d'intervention pour ce boulimique de travail: les prisons. Paul Morlet doit accompagner des détenus souhaitant se mettre à leur compte à leur sortie. "Ils sont en galère, ont besoin d'être orientés, comme j'en aurais eu besoin plus jeune", dit-il, à 22 ans.

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  • Les loups.

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    vallon2.jpgPhotos prises par un ami dans un vallon au-dessus de chez nous. J'en rêve depuis des années de tomber dessus !!

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  • Résilience : Alexandre Lecouillard

    Un texte magnifique écrit par Mr Alexandre Lecouillard. Mille mercis à lui. 


    Je suis né à l’âge de 12 ans.

    Je suis né en salle de classe, j’étais assis sur ma chaise, muet, discret, je n’écoutais rien, ne comprenais rien. Je vivais en dehors de mon corps.

    Mon esprit partait en balade dans des mondes imaginaires.

    Je partais loin, très loin, dans des contrées que seuls les esprits peuvent connaître.

    Puis, un jour, il est mort ; Et je suis né.

    Il est venu en moi, m’a traversé. Il m’a parlé de ses erreurs, de ses fautes, un pardon, puis une libération. De lui à moi, il a vidé son amour, et m’a offert ses pardons.

    Puis la maîtresse d’école est venue me taper sur l’épaule pour me demander si j’étais là. Car j’étais sûrement en transe, le visage fixe comme une statue de pierre, observant le vide. Nos esprits se sont détachés, et il est parti dans le monde de l’Au-delà.

    À ma maîtresse d’école, je lui ai juste dit :

    « Mon papa est mort. »

    « Il est mort et ta mère te laisse venir en classe… » Patati, patata…

    Comment expliquer à un humain adulte, conditionné, vivant dans le monde des solides, que mon père venait de mourir, et que je devais être au courant bien avant « tout le monde. »

    Je savais déjà que je trouverais toute ma famille chez moi en rentrant de l’école.

    Je n’ai pas pleuré, car son corps était parti, et son esprit vivait encore.

    Son corps était mort pendant la nuit, il a dû se balader quelque temps avant de venir me traverser, moi l’enfant somnambule qui vivait ailleurs, totalement réceptif de l’accueillir.

    Je n’eus aucune surprise à l’annonce de ma mère quand je suis rentré chez moi, je le savais, mais je n’ai rien dis. Je me suis assis sur mon lit et j’ai eu honte. Honte de ne pas pleurer, honte de ne pas être triste, honte même de me sentir libre. Mais je pense que cette liberté venait aussi de ces paroles intérieures qu’il m’avait offertes.

    À 12 ans, je suis né, je n’avais plus peur de lui, plus peur des autres.

    J’étais enfin libre, libre de vivre et de jouer, libre d’être.

     

    Avant mes 12 ans, je n’ai pas grands souvenirs, juste peut-être le souvenir d’un enfant autiste qui vivait sans vivre, accroché à son monde.

    Souvenir d’avoir été le psychanalyste jusqu’à l’âge de huit ans, d’un homme torturé par la misère du monde et qui le soir venu, venait saoul me raconter la guerre.

    Cette guerre qui lui avait fait plus de mal que la mort. Cette guerre où il avait retiré la vie à d’autres humains, où il avait torturé des corps et saccagé des esprits. Et perdu dans la connerie humaine le sien.

    Le doux nom de post traumatique de guerre était sa maladie. L’alcool lui offrait des apaisements à ses pulsions, ses surdoses de violence et d’adrénaline. Il les comblait par le massacre de son corps grâce à un poison qui le plongeait plus profondément dans un océan de noirceur. Puis une nuit, il est parti au travail en urgence sur sa mobylette.

    Ma mère m’a pris par la main, et nous nous sommes enfuis.

    J’ai vécu, çà et là dans ma famille, avec frères, sœurs, oncles et tantes ; muet, gentil, avec cette toux et mes gouttes de Valium®.

    Jusqu’au jour de sa visite, je vivais dans une peur intérieure, jusqu’au jour de sa visite, mon esprit vivait ailleurs.

     

    Avant mes 12 ans, j’étais un enfant que l’on ne dérangeait pas, car il ne dérangeait personne.

    Un enfant muet et calme, qui pleurait à chaque fois que les adultes l’interrogeaient.

    Qui vivait dans le monde des pensées et de l’imaginaire.

    Et pour ne pas être ennuyé, j’étais devenu un maître de la dissimulation.

    Je jouais des heures avec mes jouets. Mon imagination débordait d’histoires. Ma sœur m’avait offert un VICTOR, petit jeu de calcul à neuf niveaux d’addition, soustraction, multiplication et division. Je ne jouais pas, je supputais l’espace de chiffres qui se coupaient, se mélangeaient, se croisaient pour finir par un résultat, et ceci à l’infini.

     

    À 12 ans, je n’avais aucune notion de l’école. J’y étais sans y être.

    À mon réveil, je ne pleurais plus, mais je vivais toujours loin du monde des corps.

    Et je me suis réveillé CANCRE.

    Je ne comprenais vraiment rien à rien, le français était pour moi une torture, car je ne connaissais aucune règle et que la logique de la conjugaison et de la grammaire était pour moi complètement stupide. Donc, je remplissais ma feuille d’interro ou de dictée le plus vite possible, avec des inventions qui se résumaient souvent à de la phonétique pour rejoindre mon imaginaire. J’étais dans le monde des dinosaures, de Robinson Crusoé, d’un capitaine de bateau de pirates à la recherche d’un trésor.

    Des rêves éveillés, des films plein la tête. Et personne pour venir m’en sortir.

    Les yeux ouverts, fixés sur un point, je partais. À 12 ans, je méditais à profusion. J’étais capable de faire le vide total de mes pensées. Pour moi, c’était logique, accessible à chacun de nous, facile. Mais je compris par la suite que beaucoup d’humains passaient leur vie à chercher comment faire cela. Et moi, je partais en un instant de la réalité, comme on met « pause » sur la télécommande d’une télévision.

     

    Nous avions deux professeurs, une de français et d'histoire géo, très gentille, mais qui me considérait comme un moins que rien, et qui ne m’a jamais vraiment considéré autrement que comme un meuble. Et une maîtresse de mathématiques qui…

    Et oui, la seule matière, où j’étais vraiment très bon, était les mathématiques, mais une frustration totale venait de cette prof qui, je pense, m’aurait bien mis chez les fous.

    Au début de l’année, je changeais de place tous les trois jours, elle fouillait mes affaires pour trouver ma calculette, elle me mettait seul au fond de la classe pendant les contrôles.

    Et moi, je bougeais comme on bouge un meuble, jusqu’à atterrir à côté d’une fille qui comprenait autant les mathématiques que moi la grammaire et la conjugaison.

     

    J’ai le souvenir de ce tableau qui s’ouvrait le matin, avec ses dix questions mathématiques, et en deux temps trois mouvements, je levais mon ardoise aux résultats exacts. Et cette maîtresse qui m’observait pour bien regarder si je ne manipulais pas une calculette en grand magicien tel Houdini. Je n’ai même pas souvenir d’avoir eu une calculette un jour dans mon cartable.

    Puis, à une autre occasion, elle m’a fait venir au tableau avec un calcul qui devait être sûrement compliqué pour un gamin de mon âge, et elle m’a demandé de répondre à ça… « Ça » était un calcul qui devait sûrement m’humilier et la rendre victorieuse aux yeux de tous. Je sentais une tension très forte chez cette jeune femme. Alors j’ai répondu après une courte réflexion, et le résultat était juste.

    Elle m’a demandé de lui expliquer mon raisonnement, de savoir comment j’en arrivais là. Alors je lui ai expliqué ; j’ai ce souvenir confus, d’un Chinois qui parle à une Japonaise. Mais expliquer à une sourde qui ne comprend pas votre langue, relève de l’impossible. Alors, pour le reste de l’année, j’ai sagement posé mes calculs comme tout le monde et je me suis enterré.

     

    L’année de sixième est venue, et au bout de deux mois, je détestais définitivement le système scolaire. Mais j’ai eu la chance d’être malade, une hépatite alimentaire m’a mise en quarantaine, je suis resté le restant de l’année chez moi, ensuite chez ma sœur à la campagne. J’ai beaucoup dormi, j’ai vécu en mode léthargique, mon univers débordait d’histoires dans ma chambre de cet appartement de la région parisienne. Chez ma sœur, je passais ma vie à regarder les souffleurs de verre et à aller à la pêche.

    Mais je pense n’avoir fait aucun devoir ni leçon. Ma gentillesse était telle que même mes parents ne s’inquiétaient pas pour moi. Ma mère et mon beau-père n’avaient pas vraiment connu l’école, à 14 ans, ils travaillaient déjà…

    - Ce garçon sera un manuel…

     

    Mon premier CP, à Avallon, je l’ai redoublé, car je pleurais tout le temps.

    Je n’ai que le souvenir de Noémie, ma seule amie de l’époque que j’aimerais, soit dit en passant, beaucoup revoir, elle reste ma seule douceur de classe.

    Mon deuxième CP fut dans une classe de handicapées mentales.

    Ensuite, nous sommes partis en région parisienne.

    Entre le CE1 et le CM1, je pense avoir changé six ou sept fois d’école et l'univers de mes lieux d'accueil était loin d’être sain. Mais il y avait de l’amour, et c’est le principal.

    En CE2, j’ai retrouvé ma mère, nous pouvions enfin vivre ensemble. Ma mère, mon beau-père et moi vivions dans 15 m2, une chambre à côté d’un dancing, une sorte de garage pour miséreux. Mais pour moi, c’était l’accalmie. Puis Sannois est la résidence de tous mes plaisirs et de mes jeux.

    La stabilisation en CM1 ; le réveil et le calvaire.

    Voilà comment je suis arrivé, une seconde fois, en sixième avec une base à peu près nulle.

    Mais ne pouvant plus redoubler et étant un gentil cancre, j’ai passé cette classe, car il ne pouvait en être autrement. La cinquième fut plus simple, car nous avions monté un groupe de loosers. « Loosers » qui par terminologie faisait partie de mes cinquante mots d’anglais connus. Nous n’étions pas méchants, mais vraiment pas bons. Nous faisions des concours de fautes d’orthographe qui amusaient beaucoup notre professeur.

    C’est avec du recul, que je me rends compte que cette femme adorait mes rédactions.

    Nous faisions des rédactions constamment, et j’aimais la douceur de cette prof, qui par indulgence, ne me retirait que quelques points pour mes fautes.

    Mais elle ne pouvait s’occuper de moi, car mon niveau était si médiocre, qu’il lui aurait fallu me réapprendre toutes les bases du français. Et moi, je ne jurais que par sa poitrine généreuse, qui me laissait rêveur. Le massacre des lectures de groupe, ou quand elle m’interrogeait, je me retrouvais à lire à haute voix, tremblant et cafouillant des phrases dans une lenteur qui n’offrait qu’à mon auditoire, rires ou empathie. Je ne savais bien décrire qu’après plusieurs lectures dans ma tête les questions des interrogations, donc même étant un cancre, je ne faisais que rarement de hors sujet.

    Puis un jour, je suis revenu de vacance, les dernières vacances avant la fin de l’année scolaire et par dépit, elle me demanda de lire.

    Je ne peux me lancer des louanges ou dire que ma lecture était magnifique, de par son interprétation, mais je savais lire.

    Et ce n’est pas M. Kessel et sa « cicatrice », ni les morceaux de M. Hugo et de son Gavroche, ni aucun des classiques de la littérature française qui, soit dit en passant, nous emmerdaient au plus haut point, qui m’apprit à lire.

    Je ne comprenais pas et je ne comprends toujours pas, comment des gosses qui ont entre douze et seize ans peuvent digérer des auteurs comme Zola et son Assommoir, Hugo et ses Misérables, Maupassant et son livre le plus glauque qu’est Le Horla, Proust et sa Recherche du temps perdu, et Madame Bovary de Flaubert, etc. Alors oui, je les ai lus, mais plus tard, après ma scolarité. Je les ai dévorés avec passions. Mais en cinquième, j’en avais dégoût. Et je pense que la plupart de mes camarades se foutaient royalement de Madame Bovary et de sa vie de merde.

    C’était comme demander de courir avant de savoir marcher. Car nous étions en banlieue parisienne, et les gosses de mon quartier étaient bien loin de toutes ses histoires d’adultes ou du passé.

    Oui, ce jour-là, je savais lire. Mais comment répondre à cette interrogation soudaine ?

    - As-tu eu des cours de français pendant tes vacances ?

    Comment expliquer que j’avais, avec des amis, trouvé un sac-poubelle rempli de magazines de cul, et que par envie de savoir, j’avais laissé les magazines à images à mes copains pour souiller leurs draps, alors que moi, j’avais trouvé un trésor bien plus grand. C’est avec Union, magazine érotique sensuel à textes, que j’appris à lire ; Les Odeurs de Jasmine, Rencontre dans les bois, Prémisses du clitoris.

    Moi, Alexandre Lecouillard, je découvrais le jardin interdit, le savoir absolu de l’amant en devenir, les secrets des préliminaires et la théorie de l’orgasme… Les désirs des femmes, le pouvoir des caresses, les secrets du sexe.

    Je savais, avant ma première fois, qu’il n’y avait pas de place pour l’égoïsme dans le sexe, que le mot d’ordre était IMAGINATION. Et ma vie n’était qu’imagination ! Je compris aussi que trop d’hommes baisaient avec leur queue, et que les meilleurs amants étaient des lesbiennes au masculin.

    Qu’ils étaient beaux ses mots : Cunnilingus, clitoris, urètre, prépuce, orgasme, préliminaires, jouissance. J’étais presque un homme ! Enfin, en théorie…

     

    J’ai changé de collège pour faire une quatrième et une troisième technologique dans une ZEP de renom. Les profs étaient usés par la fatigue.

    Je passais plus de temps à sécher les cours pour aller jouer à la pétanque avec mes potes du square, car Marcel, René, Gilbert, Ben, Gadaillant, Michel et les autres m’aimaient bien. Puis la pétanque était une passion et l’école était devenue une douleur. Une douleur terrible qui me donnait des boules au ventre, des envies de vomir, des insomnies, un stress incroyable. L’école était une punition.

    Quelques professeurs me rabaissaient constamment, j’étais un cancre et ils me le faisaient savoir. J’étais un cancre, un fainéant, un nul, un futur chômeur, un rien du tout, un meuble.

    J’étais mes mauvaises notes. Sauf en mathématiques et en sciences où là, tout le monde trouvait ça normal. J’attendais le facteur pour ne pas que ma mère tombe sur le bulletin, et ne pas en reprendre une couche. Mais à quoi bon, je lui montrais par respect et j’en reprenais une couche. Mais ma mère me voyait et me savait différent du reste du monde. Car oui, j’étais libre et différent, j’étais un passionné de l’imaginaire, un inventeur d’histoires, un créateur de rêve, un fou, un passionné qui avait décidé de vivre comme bon lui semble, mais dans le respect d’autrui.

    Je n’avais qu’un seul mot d’ordre : ne pas faire de bêtise, ne pas finir au poste de police, ne pas faire de mal à ma mère qui en avait assez bavé dans la vie. Et ceci, je l’ai respecté et je le respecte encore plus aujourd’hui, car je suis sur le chemin des maîtres de la sagesse.

    Je dégonflais les pneus de mon vélo pour arriver en retard avec une excuse et pour finir en « permanence », car là, il n’y avait pas de notes, pas de critiques assassines, pas de rabaissement, pas de jugement ni de moqueries ou de contrôles…

    J’avais une pionne complice qui m’aidait à ne pas être pris et puni.

    Le soir, je partais avec les boules de pétanque dans mon cartable rejoindre les adultes.

    Et là, j’étais bien, respecté et je dialoguais de choses qui n’étaient pas de mon âge.

     

    Je suis passé d’enfant à adulte. La jeunesse était à mes yeux stupide et bête. Mes camarades étaient aussi méchants que les professeurs, mais j’avais une raison, je les comprenais, car j’étais un idiot incapable d’être bon en classe. Nous étions des petits groupes d'exclus.

    Dans toute ma scolarité, mes véritables camarades étaient les cancres, les moches, les intellos, les gros, les boutonneux et toutes les personnes qui ne rentraient pas dans la norme. Mais moi, j’étais grand, maigre, boutonneux, cancre, je jouais à la pétanque et j’avais un nom de famille plus lourd que mon cartable ; LECOUILLARD était collé à toutes les bouches des méchants élèves.

     

    « Ce que la bouche s’accoutume à dire, le cœur s’accoutume à croire. » Baudelaire.

    L’auto-conditionnement mental. Ils disaient que j’étais un cancre, donc je l’étais.

    Pourquoi alors étudier et chercher à savoir ? J’étais mes notes, j’étais un mauvais élève avant d’être un individu. Je me suis réfugié dans la pétanque avec plaisir.

    J’ai appris la vie en observant le monde, et ceci ne s’apprend pas à l’école.

     

    Mon conseiller d’éducation m’a interrogé cinq minutes. Mais il avait mes notes sous les yeux, et j’étais bon en math, alors je devais faire mécanique générale.

    Cinq minutes dans la vie d’un gosse perdu. Et le conseiller ne m’a pas écouté une seconde.

    Le verdict est tombé sans autres choix, et avec une voix grave, il m’a sermonné sur ma nullité, sur mon manque d’enthousiasme.

    Je ne savais même pas que ce mot était possible à l’école. Mais je m’en foutais royalement, car j’étais libre. Libre de rentrer chez moi et de sortir, libre d’être dans ma tête. Une prof en cinquième m’avait dit que je finirais éboueur ou déménageur. Et je le pensais. Son jugement était sûrement bon. Les ânes ne deviennent pas des chevaux de course.

     

    Mon BEP mécanique fut une découverte. Je suis arrivé les mains dans les poches, sans même savoir à quoi correspondait mon futur métier. J’ai passé les deux premiers mois à draguer les filles du lycée classique d’en face, sans grand résultat. C’est très joli Enghien les bains !

    J’ai mieux connu la ville que le lycée. Puis je suis parti avant la fin du premier trimestre, car la mécanique était un métier qui n’était pas pour moi. Et je désirais jouer à la pétanque.

    L’État m’a envoyé une lettre pour me dire qu’il fallait que je refasse une année d’études, car je n’étais pas majeur. « Étude » est un bien grand mot.

     

    Le bilan de ma vie à l’école était assez étrange, j’étais un cancre et je le croyais.

    Mes parents n’avaient jamais été convoqués par les profs.

    Ils n’ont assisté à aucune rencontre parents-professeurs.

    Je n’avais passé que quelques minutes chez les conseillers d’orientation, et toujours pour me faire rabaisser et me dire que je n’y arriverais pas, et ce, avec des tonnes de sermons à la con. La morale de l’adulte qui encourage par des critiques destructrices !

    Les profs avaient des classes surchargées d’élèves de tous milieux, des gosses de familles nombreuses, des parents qui ne parlaient presque pas français, des élèves de cité livrés pour beaucoup à eux-mêmes, des jeunes sans but ni modèle.

     

    Un dernier redoublement en classe de seconde. J’ai pris plomberie. C’était un CAP, et le niveau paraissait si haut, d’après les élèves du bahut, que je sentais vraiment que les profs oublieraient de me faire chier, car nous étions tous dans le même panier.

    Un panier de cancres. Les vrais qui sont là car « on ne sait pas quoi en faire », ceux qui ne savent presque pas lire, pas écrire, pas compter. Une salle d’attente pour élèves en perdition qui deviendraient, avec un peu de chance, plombier à leur compte.

    J’avais autant envie d’être plombier que d’être derrière une machine-outil.

    Je me demande combien sont plombier aujourd’hui ? Deux ou trois…

    Si j’avais eu à choisir, j’aurais pris une année de remise à niveau, plutôt que d’étudier un domaine que j’étais certain de ne pas exercer.

    Mais bon, le lycée était à côté de chez moi.

    Ma tête inventait des histoires et à 17 ans je me considérais comme un idiot libre et passionné de musique et de femmes.

    Un idiot capable d’emballer plus vite que la musique, un charmeur, un menteur, un habile manipulateur d'esprits fragiles, un gentil filou qui connaissait la musique. Un gosse perdu mais un peu chef dans l’âme. Un cancre, stupide et inutile. Voilà comment je me voyais.

     

    Alors je suis allé à ma première journée de CAP Plomberie.

    Les mains dans les poches, avec un papier et un stylo. Je suis arrivé devant un algeco tout pourri, un petit bonhomme était devant avec son bleu de travail. C’était mon professeur principal, mon prof de plomberie. Un autre élève est arrivé, et nous sommes restés devant en attendant d’autres élèves. Mais c’était grève SNCF et en banlieue une grève de train est un motif suffisant, si de plus il fait beau, pour ne pas venir en classe. Alors au bout d’une heure, l’élève est rentré chez lui. Et nous nous sommes assis pour discuter de la vie. Je ne me souviens plus de notre conversation, mais je répondais à ses questions. Il m’a posé beaucoup de questions sur la vie et tout ce qui l’entoure. Pour moi, il n’était qu’un homme comme les autres, les adultes faisaient partie de ma vie. Avec la pétanque, mes amis avaient quand même quelques années de plus. Alors nous sommes restés ensemble toute la journée avec plaisir.

    Je suis revenu le lendemain, et toujours grève.

    Une intimité intellectuelle s’est formée, une sympathie. Je ne me suis pas rendu compte de pourquoi cet homme me pausait toutes ces questions. Mais avant de partir, il m’a demandé pourquoi j’étais là ? Il avait vu quantité de gosses défiler dans sa vie, et en concluait que ma place n’était pas là. Que j’étais intelligent, avec un sens de la logique et de l’analyse, du bons sens et doué de raisonnement. Je suis rentré chez moi, différent. Le cancre existait toujours, mais l’idiot était mort. Et ceci, à tout jamais.

     

    Lorsque je suis revenu le lundi, ma classe était là. Un petit groupe de jeunes, plutôt sympas mais perdus. Nous nous sommes assis, il a fait les présentations et a eu une parole qui, je pense, a bouleversé ma vie.

    - Donc, je présume que, comme d’habitude, personne n’a envie d’être chef de classe ? Donc, c’est tout vu, Alexandre Lecouillard sera votre chef de classe !

    La surprise…

     

    Mon année scolaire fut très riche, car j’avais confiance en moi. Mes notes étaient bonnes et j’étais un chef de classe exemplaire.

     

    À la fin de l’année, M. Ollatz m’a dit de partir sur le marché du travail.

     

    Des années d’intérim et de passions.

    Puis un jour, j’ai voulu lire…

     

    Je suis devenu agent de sécurité.

    J’ai lu : Maupassant, Zweig, Zola, Proust, Gogol, Werber, Nothomb, Reeves, d’Ormesson, Baudelaire, Verlaine, Hess, etc. des milliers de bouquins…

    Je suis devenu un personnage de roman. La vie était un grand théâtre où j’étais le personnage principal, le dialoguiste à la verve brûlante, un scénariste sans scrupule.

    Une revanche à la connerie humaine, une haine et un dégoût des institutions.

    Un ego sans mesure, un regard hautain pour autrui et plein de peurs dans la tête.

    Le cancre n’était pas mort, je l’avais juste enfoui.

    Je me suis tué par peur, et de toutes mes peurs, la plus grande était moi-même.

    L’alcool, les femmes, les sorties, le manque de sommeil.

     

    Puis j’ai touché le fond de l’abîme, l’ange noir avait brûlé les ailes d’une fée.

    Et au fond de l’abîme, je me suis pausé, j’ai combattu tous mes démons et mes anges m’ont offert les armes : les livres de grands maîtres comme Confucius, Dalaï-lama, Coelho, Lao-Tseu, Kant, Ruiz, Coué, Kardec, Einstein, Gougaud, Krishnamurti et bien d’autres…

    Mais ceci est une autre histoire !

     

     

     

     

    CONCLUSION

     

     

    Je vous demanderai en premier lieu de retirer de vos esprits toute empathie, car aujourd’hui je suis un homme heureux, et conscient qu’il marche sur un chemin de sagesse, de philosophie et de bonheur. Aujourd’hui, je n’ai plus aucune rage, car la rage est inutile et vaine ; J’ai tout pardonné même les douleurs du passé.

    Pour le moment, je me consacre à la pensée, à l’étude, à l’écriture et à aider bénévolement des personnes qui se cherchent. Je dirai même plus, je tire un enseignement magistral et une grande force du dur chemin que fut mon passé.

    Alors ne m’imaginez pas des malheurs qui n’existeront que dans vos esprits.

    Ne m’imaginez pas tout court, prenez juste cette histoire comme une fable écrite à la première personne.

     

    Mon père fut une victime de la guerre, un être qui a subi la bêtise humaine.

    Comment ne pas lui pardonner ? Je serais un égoïste de ne pas le faire.

    Son esprit a souffert à chaque horreur qu’il a pu faire. Je pense que, sur cette terre, il y a très peu d’humain qui désire faire la guerre et risquer sa peau. Alors je me mets à sa place un instant, et je me demande : « Aurais-je été plus fort que lui ? »

    En vouloir au gouvernement de l’époque ? À quoi bon ? Cela ferait-il avancer le présent et rendre plus beau l'avenir ?

    Non, tout simplement, non. Vivre dans la haine du passé, c’est refuser de construire l’amour du présent. Ne pas construire le présent, c’est partir sur de fortes probabilités de rater son avenir.

     

    Ma mère m’a fait confiance, une confiance qui m’a offert une chose primordiale dans la vie. Aider les autres et être libre de faire comme bon me semble, sous condition de ne faire aucun mal à autrui. Et je l’aime plus que tout au monde.

     

    Je ne désire pas écrire une biographie. Ma vie n’a d’importance que si elle donne à réfléchir. Je vous fais part de ce passage de mon existence pour faire comprendre une réalité : La bêtise de l’humiliation et la non écoute de l’individu.

     

    Les diplômes n’ont plus aucune valeur pour le métier de philosophe et de politique que je suis doucement en train de construire, de forger. Un métier de conviction et de passion des autres, où seule l’expérience, le travail, les bonnes rencontres et le bon sens sont utiles. L’intelligence ne se mesure pas, seules la volonté et les aptitudes comptent.

    J’apprends en observant au gré de mes envies, du moment, de l’étude.

    J’apprends à regarder autrement, à étudier la vie avec plus de profondeur.

    Regarder un oiseau planer dans le ciel et tomber à pic pour attraper une proie est une forme d’étude, elle peut même avoir plus de valeur que des dizaines d’ouvrages littéraires. J’ai donc la liberté de choisir mon institution, de lire de grands penseurs, et de par mon libre arbitre de forger mes propres pensées. J’écoute et j’observe, je prends la vie sur l’instant.

    Tous les soirs, j’ai ce rituel de me demander : « Qu’ai-je appris aujourd’hui ? » Une digestion de la connaissance.

    Nous faisons tous des erreurs, notre comportement n’est pas toujours bon, et des personnes croisent notre chemin pour nous le montrer.

    Se remettre en question est primordial.

    « Car qui crois tout savoir, ne sais rien… Je suis plus sage que les autres, car je ne sais rien. » Disait Socrate.

     

    Confucius dit qu’ « Étudier sans penser est vain, mais que penser sans étudier est dangereux. » C’est vrai, mais le mot étudier doit avoir le sens du regard du monde, et non pas uniquement celui des livres ou des professeurs.

    Une personne simple mais passionnée, qui a les yeux qui brillent en parlant d’un sujet qu’elle connaît bien, vaut bien plus pour moi qu’un savant qui cherchera à vous expliquer un savoir qu’il ne détient pas.

     

     

    La non écoute de l’individu.

     

    L’enfant a un esprit comme les autres. L’enfant est un individu unique avec des rêves, des envies, des passions, des désirs, des folies. L’enfant est un adulte en devenir.

    Nous pourrions changer les programmes scolaires, modifier le mode de fonctionnement et les horaires, tenter toutes les expériences du monde pour avoir une meilleure éducation, tant que l’enfant ne sera pas écouté, tant que l’on ne prendra pas la peine de le regarder et de savoir à quoi il aspire en tant qu’individu, il y aura de très fortes chances qu’il rate sa vie professionnelle et même sa vie tout court.

     

    Je pense que si quelques personnes de l’éducation m’avaient écouté avec intérêt pendant mon enfance, je serais devenu un bon élève.

    Peut-être aurais-je triplé une classe pour reprendre les bases ? Et alors ?

    S’ils m’avaient écouté, je serais sûrement devenu archéologue, préhistorien, naturaliste ou inspiré par une tout autre passion qui m’aurait donné des ailes.

    Car seule la passion nous donne ce désir de nous lever le matin.

     

    Je n’ai aucun regret, j’ai eu une bonne étoile. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

     

    LA PASSION

     

    L’école apprend des matières, donne des devoirs. Elle nous apprend à apprendre.

    Mais jamais, elle n’interroge l’individu sur ses envies et ses passions, sur son savoir-faire et ses expériences ou son vécu.

    L’éducation n’apprend pas la vie, elle présente des schémas pour parvenir jusqu’à un travail, une situation, un CV. Elle n’apprend pas la liberté, mais au contraire elle conditionne à être dans un moule. Elle vous donne des choses à apprendre, mais n’offre pas la manière de les digérer.

    Un gamin qui a, par exemple, comme passion les avions, finira expert-comptable dans un bureau. Un gosse qui désire voir le monde sera derrière une machine-outil, et la gamine qui rêve de devenir sage-femme sera esthéticienne…

    L’orientation dès l’enfance a un coût, c’est un prix à payer pour entourer de spécialistes des individus qui cherchent leur voie.

    Mais ceci est une économie, car une personne passionnée travaille mieux, elle est moins malade, et surtout elle ne fera pas quarante stages inutiles chez Pôle Emploi.

    De plus, une personne qui vit de sa passion et souvent plus apte à être heureuse et à rendre heureuses les autres.

    Mais le bonheur en politique se mesure en pouvoir d’achat. Il suffit d’écouter les médias pour entendre que le moral des familles est « en hausse ou en baisse. »

    Ils mesurent un sentiment !   C’est une notion qui me dépasse.

    Le bon sens a du mal à être validé par nos politiques qui supputent au quinquennat.

     

     

     

    HUMILIATION

     

    Voici une notion qui doit à tout prix disparaître. Ou alors, il faut partir du principe que si l’enfant est mauvais, c’est que le professeur est mauvais, et si le professeur est mauvais…

    Mais ceci est inexact. Même si la fonction de professeur doit être exercée avec passion, et qu’il y a des gens qui ont réussi un concours et qui n’ont rien à faire dans l’éducation…

    Enfin, des gens sûrement mal orientés pendant leur enfance…

    L’écoute donc est primordiale.

    Mais la confiance est tout aussi importante. Un élève qui se répétera : « Je suis nul, je n’y arrive pas, c’est trop dur » est déjà en échec, et fatalement n’y arrivera pas.

    Pourquoi ne pas mettre quelques sujets sur la confiance en soi ?

    Pourquoi ne pas apprendre « la pensée positive » ?

    Pourquoi M. Coué, que j’enseigne en partie, n’aurait-il pas sa place au programme ?

    Ah OUI, le coût… Aidez un individu à se construire fort et confiant, et il fera des miracles. Laissez-le ne pas croire en lui et il ratera sa vie.

    Le sujet et si passionnant que je pourrais vous en pondre un livre.

    Mais le fond est là. Arrêtez l’humiliation.

     

     

     

     

    MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION

     

    C’est beau un ministre ! Il se lève le matin avec ses convictions et décide de par son expérience de faire sa sauce sans véritable dialogue.

    Il a été à l’école, donc il juge son raisonnement sur son vécu.

    Puis il négocie avec des syndicalistes qui demandent plus d’enseignement et plus de moyens. Les supputations ne changent rien à la forme.

    Car l’éducation reste, à quelques choses près, la même depuis fort longtemps.

    Des gosses entre quatre murs qui apprennent un tas de choses inutiles par des enseignants qui ont pleine conscience de cette même inutilité.

    Des programmes qui servent à programmer la masse, qui vous apprennent à devenir et non à être.

    Le dialogue sera un des grands thèmes de mon livre politique.

    Les réformes de l’éducation devront être faites par les enseignants, les éducateurs, les spécialistes mais aussi les élèves. Il est important d’essayer de comprendre comment faire pour que le système se porte mieux.

    Alors oui, le ministre doit sortir de son bureau et organiser des dialogues, il est impératif de faire des groupes de travail avec des professionnels de l’éducation, des sociologues, des spécialistes pour faire des questionnaires valables, et rendre les idées, sur un changement, vraiment performantes.

    Un questionnaire pour les professeurs, un questionnaire pour les élèves…

    Faire des délégués régionaux présentant des solutions et des propositions faites en commun pour de réels changements, et ceci sans oublier d’écouter aucune des parties de l’éducation.

    Les enseignants ne sont pas écoutés, et les élèves non plus.

    Et cela doit être le premier changement.

     

    Internet a ce pouvoir d’interaction qui permet les débats…

    Puissiez-vous débattre avec ferveur sur ce sujet ?

    Et n’oubliez pas que de l’autre côté de l’écran, vous avez des êtres humains, il est inutile de cracher vos rages ou de vous énerver.

     

     

    Soufflez deux minutes et soyez doux dans vos propos.

    (À vous)

     

     

    Merci.

     

    ALEXANDRE LECOUILLARD.

  • Daniel Mermet et les PPP

    Une émission à écouter pour bien comprendre.

    Et puis Daniel Mermet, de toute façon, il faut toujours essayer de l'écouter.

    PPP, Pim Pam Poum

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    Vous rêvez de vous faire construire la prison de vos rêves, ou bien un joli stade ou un chouette hôpital ou encore un accueillant ministère de la Défense ?

    Ça vous plairait ? Mais quoi, que dites-vous, que vous n'avez plus de sous ? Ah, mais, aucun problème, vos amis sont là et ils vont s'occuper de tout ! Le financement, la construction et l'exploitation. Vous n'avez plus aucun souci. Vous aurez juste un petit loyer de rien du tout à payer, étalé sur dix, vingt ou cinquante ans. Ça s'appelle le PPP le Partenariat Public Privé, ça représente 18 milliards d'Euros en France aujourd'hui, tout le monde s'y met. Et qui sont les amis qui s'occupent de tout ? Bouygues, Véolia, Eiffage, des noms qui vous mettent en confiance.

    Oh, bien sur, il y a des grincheux comme la Cour des Comptes pour dénoncer "des formules juridiques contraignantes et des financements aléatoires", ou encore des pays comme le Canada, l'Angleterre ou l'Australie qui en sont revenus, et même le gouvernement du Québec qui a suspendu radicalement les PPP. 

    Mais ici tout va bien, il y a du cheval dans le boeuf et du cochon dans le DSK, nous on sait encore rigoler !

    Reportage Gaylord Van Wymeersch.

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  • PPP: un exemple typique...

    Bordeaux : un partenariat public-privé de plus avec le grand stade

    Les contrats de partenariat public-privé permettent à l'État et aux collectivités de ne pas tenir compte de leur endettement. Attention au réveil.

    La Cité du surf de Biarritz (ici lors des travaux, en 2009) n'aurait jamais dû être construite dans le cadre d'un PPP.

    La Cité du surf de Biarritz (ici lors des travaux, en 2009) n'aurait jamais dû être construite dans le cadre d'un PPP. (archives p. bernière)

    Et un PPP de plus ! Le 19 décembre dernier, le tribunal administratif de Bordeaux a débouté les opposants au grand stade et validé le montage retenu par la municipalité d'Alain Juppé. Déduction faite des subventions allouées par l'État, la Région Aquitaine, la Communauté urbaine et la Ville, l'équipement sera financé, construit et géré par le groupement Vinci- Fayat pendant une durée de trente ans, le temps pour la commune de Bordeaux de rembourser les deux majors du BTP.

    En quelques années, la France est devenue la championne d'Europe des contrats de partenariat public- privé, plus connus sous le sigle PPP. Depuis 2004, près de 41 milliards d'euros ont ainsi été engagés. La crise ne freine pas leur essor. Rien que pour le premier semestre 2012, 3,1 milliards d'euros supplémentaires ont été signés. De la ligne TGV Tours-Bordeaux au palais de justice de Paris en passant par les dernières prisons et le nouveau ministère de la Défense, la vague des PPP n'en finit pas d'enfanter des chantiers.

    ( et tant pis si on fabrique de la dette à outrance. Mais alors, si l'envie vous prend d'aller demander un prêt à votre banquier avec un RSA pour payer une formation professionnelle, attendez-vous à un grand éclat de rire)

    Chantiers à crédit

    Les PPP, qui permettent de confier à un privé la construction et la gestion d'un équipement public en contrepartie du paiement d'un loyer pendant la durée du contrat, présentent un immense avantage. Ils conjurent la fatalité des chiffres en favorisant l'étalement des remboursements sur plusieurs décennies. Une aubaine pour un État asphyxié par les déficits et des collectivités locales souvent endettées. En cas de dérive financière, les ministres et les élus concernés ne seront plus en poste pour répondre de leurs choix.

    En 2011, la commune girondine de Saint-Laurent-Médoc avait envisagé d'édifier un groupe scolaire en privilégiant cette option. Il n'est pas certain qu'elle respectait les critères de l'ordonnance 2004 qui encadre le recours aux PPP. Ceux-ci ne peuvent a priori être retenus qu'en cas d'urgence ou de particulière complexité du projet. Et ce choix doit s'appuyer sur une analyse comparative démontrant qu'en matière de performance, de coût global et de partage des risques, la solution PPP est plus pertinente qu'un marché public traditionnel.

    En la matière, il n'existe pas de véritable jurisprudence. Les tribunaux disposent d'une grande marge d'appréciation, même si le récent arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux a marqué les esprits. La juridiction a annulé la délibération prise en 2008 par le Conseil municipal de Biarritz. Celui-ci avait autorisé le maire à signer un PPP pour la construction de la Cité du surf et l'extension du musée de la Mer, un projet dont le degré de complexité ne justifiait pas selon les juges la mise en œuvre d'un tel montage.

    Retards et dérapages

    Une étude récente menée par l'Institut d'administration des entreprises de Paris-Sorbonne ensevelit les PPP sous les louanges. Qu'il s'agisse du coût des travaux, des charges d'exploitation, des délais de réalisation ou des possibilités de renégociation, l'indice de satisfaction des ministères et des collectivités locales concernées serait supérieur à 90 %. En ne séparant plus l'investissement du fonctionnement, les PPP permettent aux maîtres d'ouvrage de mieux définir leurs besoins. Ce qui évite souvent des retards et dérapages, à l'image des dépassements de budgets de l'ordre de 10 à 20 % fréquemment observés après des appels d'offres classiques.

    Reste que les dessous des PPP ne sont pas toujours très affriolants. En 2009, les surveillants de la nouvelle prison de Roanne édifiée par Eiffage dénonçaient des finitions bâclées et des équipements low-cost. Et que dire du nouvel hôpital de Corbeilles-Essonnes, œuvre encore d'Eiffage. L'établissement, plombé par les malfaçons, devra verser chaque année à l'entreprise un loyer de 46 millions au lieu des 30 initialement prévus.

    L'inconnue financière

    Difficile pourtant d'expliquer ces écarts de conduite par la seule incapacité des élus et des décideurs à maîtriser un outil novateur. En 2011, un rapport de la Cour des comptes relevait qu'en matière de PPP pénitentiaires, la gestion publique était moins onéreuse que la gestion privée. Il y a quelques semaines, un audit de l'Inspection générale des finances a évalué à 25 % le surcoût des constructions en partenariat public-privé. Et qu'en sera-t-il dans trente ou quarante ans, lorsque les contrats arriveront à leur terme ?

    Le 13 décembre dernier, lors du débat organisé par l'observatoire des PPP de Sciences Po Bordeaux, aucun des interlocuteurs présents n'a été en mesure de chiffrer la charge supplémentaire supportée par le contribuable du fait des PPP. Elle n'est guère contestable. Les opérateurs privés empruntent non seulement des capitaux à des taux beaucoup plus élevés que les collectivités ou les établissements publics, mais leurs prestations intègrent aussi les marges bénéficiaires exigées par des actionnaires de plus en plus gourmands. Alléchés par la manne des PPP, Vinci, Bouygues et Eiffage, les majors du bâtiment, raflent la grande majorité des contrats au détriment des PME qui composent le tissu économique local. (et ils sont bien entendu "amis" de tous les décideurs politiques. )

    Bordeaux · justice · Saint-Laurent-Médoc

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  • PPP: Partenariat Public Privé

    Il FAUT COMPRENDRE comment fonctionnent les gens qui nous gouvernent.


    http://fr.wikipedia.org/wiki/Partenariat_public-priv%C3%A9


    Partenariat public-privé

    Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir PPP.

    Le partenariat public-privé (PPP) est un mode de financement par lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement assurant ou contribuant au service public. Le partenaire privé reçoit en contrepartie un paiement du partenaire public et/ou des usagers du service qu'il gère. Ce mode de financement est présent dans de nombreux pays sous des formes variées.

    Toutefois on utilise en général l'expression de « partenariat public-privé » pour désigner des projets plus récents, dans la lignée des contrats de type PFI (en anglais Private Finance Initiative) apparus en Grande-Bretagne depuis 1992, contrats dont se sont inspirés de nombreux pays. Un exemple typique de partenariat public-privé consiste pour un entrepreneur privé à construire un hôpital public dont il gérera ensuite les activités non médicales.

    Sommaire

    Les PPP, une formule soutenue par certaines organisations internationales

    L'importance actuelle de la dette publique dans certains États occidentaux les pousse à se tourner de plus en plus vers la formule des partenariats public-privé. Le message est soutenu depuis plusieurs années par la Banque mondiale comme l'OCDE sans oublier la Banque européenne d'investissement.

    Ce mode de financement est très critiqué par la société civile1. Ces mécanismes seraient nuisibles à la démocratie et n'apporteraient pas de réel bénéfice en matière de coût ou d'efficacité de gestion. Il ne serait selon eux qu'un moyen d'imposer une idéologie et de camoufler la dette publique.

    Dans un dernier forum de mai 2007, les experts invités évoquaient à l'horizon 2030 le rôle croissant des fonds de pensions au regard d'une puissance publique qui finance de moins en moins ses infrastructures. Les détracteurs de ce système font néanmoins valoir que le PPP n'est ni plus ni moins qu'un montage permettant de dissimuler aux instances de contrôle (institutions internationales, marchés financiers) une partie de la dette publique, notamment dans la zone Euro où les critères de convergence plafonnent celle-ci à 60 % du PIB2. C'est le principe de la dette cachée. (c'est à dire celle que l'UE nous fait payer !!)

    En ce qui concerne les partenariats public-privé dans les pays en développement, au XIXe siècle, les systèmes de distribution d’eau de nombreuses grandes villes d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie ont été financés, construits et exploités par des investisseurs privés étrangers qui en étaient propriétaires. Faute de régulation contractuelle adaptée, ces opérateurs privés ont souvent fini par abuser de leur situation de monopole, ce qui a débouché sur un vaste mouvement de nationalisation sur tous les continents. À la fin des années 1980, ils avaient disparu du monde en développement. C’est d’Amérique latine (et surtout Buenos Aires) qu’est véritablement venue l’impulsion, au début des années 1990. Les améliorations réalisées par le concessionnaire dans ses premières années d’exploitation ont créé une forte dynamique, qui a conduit à la signature de nombreux contrats sur tous les continents. Entre 1991 et 2000, la population desservie par des opérateurs privés dans les pays en développement et dans les pays en transition a connu une augmentation régulière, passant de 6 millions à 96 millions, tandis que le nombre de pays dans lesquels des projets de partenariats public-privé étaient actifs dans le secteur de l’eau passait de 4 à 38. Depuis 2001, la plupart des nouveaux contrats de partenariats public-privé ont été attribués à des opérateurs privés originaires de pays en développement3.

    Les PPP au Royaume-Uni

    Le principe du PPP fut mis en place par la Private Finance Initiative (PFI) lancée par le gouvernement conservateur de John Major en 1992. À partir de 1997, les travaillistes développèrent fortement ce mode de gestion, d'abord et particulièrement dans le domaine hospitalier, puis dans l'ensemble du secteur public jusqu'à la Royal Navy.

    Aujourd'hui, 10 à 15 % des investissements publics britanniques sont réalisés en PFI4. Une étude du National Audit Office a démontré que les projets en mode PFI comparés à ceux réalisés de manière conventionnelle ont généré des bénéfices supérieurs tant en termes de respect du prix convenu que de l'échéancier de livraison des bâtiments. Mais les conséquences d'un tel mode de gestion ne sont finalement pas positives d'un point de vue financier pour le contribuable ou l'usager car les loyers-redevances sont sur la durée très lourds5.

    Premier secteur bénéficiant du PFI, les hôpitaux ont désormais de lourdes charges annuelles de remboursement, les taux d'intérêt des emprunts sont supérieurs aux taux qu'aurait pu obtenir l'État britannique (s'il avait choisi d'utiliser l'emprunt ce qui n'est pas le seul choix possible). Le gouvernement britannique freine désormais ce type d'initiative 6.

    Les PPP en France

    Article détaillé : Contrat de partenariat.

    Les PPP au sens strict, ou contrat de partenariat, ont été créés en France par ordonnance du 17 juin 2004. S'il n'est pas la première forme de contrat conduisant à un partenariat, au sens large, entre le public et le privé, l'usage du terme partenariat public-privé pour désigner ces seuls contrats s'est imposé 7.

    Néanmoins, d'autres formes de contrats existaient auparavant conduisant à une certaine forme de partenariat. Ainsi, les concessions qui ont toujours eu cours dès l'Ancien Régime ont permis à la France de se doter de ses premières infrastructures publiques telles le canal du Midi ou la modernisation d'infrastructures urbaines comme à Paris sous le Second Empire sous l'impulsion du baron Haussmann.

    En droit contemporain, c'est la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure du 29 août 20028 qui a relancé ce mode contractuel en autorisant l'État à confier au secteur privé la construction et la maintenance d'immeubles utilisés par la police, la gendarmerie ou la défense nationale. La justice et le secteur hospitalier ont suivi avant que ce régime fasse l'objet d'un régime général à travers les contrats de partenariat.

    On assimile généralement9 les contrats publics suivants au PPP contractuel :

    Au sens strict, les PPP qui permettent un investissement public soutenu par un partenaire privé se limitent aux concessions, AOT, BEA et CDP car le partenaire privé n'est pas un simple exécutant de la commande publique comme c'est le cas lorsqu'il est titulaire d'un marché public.

    Un dernier bilan du ministère de l'Économie et des Finances en janvier 2008 évoque un enjeu économique des PPP de 10 milliards d'euros dont 7,2 milliards pour les contrats de partenariat.

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  • Nouvelles technologies

    Le problème, à mon sens, ne vient pas des nouvelles technologies mais de la tendance naturelle de l'homme à s'abrutir. C'est même à se demander comment il a fait pour évoluer.


    • Nouvelles technologies : et si on se déconnectait ?

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      Par Astrid De Larminat Mis à jour | publié Réactions (5)
      Privés de médias électroniques, Susan Maushart et ses enfants, Anni, Bill et Sussy, ont redécouvert les joies de la vraie vie.
      Privés de médias électroniques, Susan Maushart et ses enfants, Anni, Bill et Sussy, ont redécouvert les joies de la vraie vie. Crédits photo : Frances Andrijich/AP

      Ordinateurs, smartphones, consoles de jeux : une mère de famille américaine a tout mis au placard pendant six mois. Une expérience passionnante qu'elle raconte dans Pause.

      Quel parent d'adolescent, exaspéré et inquiet de voir son enfant immergé dans son ordinateur envoyer des salves de SMS à longueur de journée, n'a-t-il pas rêvé de le débrancher de ces appareils numériques? Susan Maushart, mère de famille divorcée, docteur en sociologie des médias de l'université de New York, l'a fait. Et pourtant, elle-même était accro à son smartphone. Mais un jour, en relisant Walden, de Thoreau, elle a décidé de dire stop. Elle annonça à ses enfants, Anni, 18 ans, Bill, 15 ans, Sussy, 14 ans, qu'ils allaient faire pendant six mois une merveilleuse expérience, un grand voyage dans la vraie vie… en vidant leur maison de tous ses écrans, c'est-à-dire: quatre ordinateurs, quatre téléphones portables, une console de jeux, quelques iPod et deux télévisions.

      Réaction de sa fille cadette, typique d'un adolescent d'aujourd'hui: «Ce n'est pas juste, ce que tu nous demandes. Tu nous imposes ta volonté.» Commentaire de la mère: «Mes enfants auraient préféré renoncer à boire, à manger ou à se laver les cheveux.» Il faut dire qu'ils n'étaient pas loin de passer 7 h 38 par jour en compagnie d'un écran (téléphone non compris) comme l'adolescent américain moyen.

      Dispo 24 heures sur 24

      C'est donc au stylo qu'elle a tenu la chronique de leur cure de désintoxication. Le récit est drôle, enlevé ; la réflexion qu'elle mène, passionnante. Avant la coupure, comme toute mère de famille, elle était sans cesse sollicitée à son bureau par ses adolescents qui trouvaient normal qu'elle soit disponible 24 heures sur 24 pour répondre quand ils lui écrivaient par texto: «Il n'y a rien à manger», ou «Bill m'a frappé», ou «l'ampoule du salon a éclaté», etc. Quand elle sortait d'un rendez-vous, il n'était pas rare qu'elle ait dix ou douze appels en absence de ses enfants qu'elle rappelait, paniquée, pour s'entendre dire, «non, c'est bon, t'inquiète, on a retrouvé la télécommande». Que les téléphones portables accroissent dangereusement la dépendance des enfants à l'égard de leurs parents est une évidence dont on n'a pas toujours conscience.

      L'usage des SMS a une autre conséquence sur les ados, remarque-t-elle. Il leur permet de modifier leurs rendez-vous au dernier moment et les habitue à remettre toute décision à la dernière minute, à ne rien prévoir. Quant au mode de communication induit par les textos et messageries instantanées, il n'y a qu'à jeter un œil sur ce que les adolescents y écrivent pour être d'accord avec elle: il est confus, superficiel, voire totalement incohérent. Sussy, qui compensa son manque d'Internet en passant des heures sur le téléphone filaire de la maison, l'a reconnu. Elle déclara qu'une conversation n'avait rien à voir avec une discussion par messagerie interposée: «Sur MSN, tu fais coucou, LOL, j'aime, j'aime pas. Au téléphone, par contre, c'est super-profond…»

      Dix choses à la fois

      Les écrans et le travail scolaire: autre débat, d'autant plus aigu, aux États-Unis et en Australie, où réside cette famille, que beaucoup d'écoles donnent à leurs élèves un ordinateur pour rédiger leurs devoirs. Un jour, Susan Maushart a surpris sa fille Sussy en train de taper une dissertation sur le poète E. E. Cummings avec neuf fenêtres actives sur son écran. Six fenêtres de messageries instantanées, une septième qui passait un feuilleton téléchargé illégalement, et une huitième qui suivait les enchères en ligne d'un couple de perruches. Cerise sur le bureau: le téléphone en mode vibreur qui ne cessait de se tortiller. Les adolescents soutiennent qu'il est normal de faire dix choses à la fois et que leurs parents n'y arrivent pas parce qu'ils ont un cerveau d'un autre siècle.

      N'empêche, trois mois après le début du sevrage, les professeurs de la jeune fille notèrent une nette amélioration de ses résultats scolaires (sans doute, aussi, parce que l'abus d'écran perturbe le sommeil et engendre une fatigue chronique: le chapitre consacré à ce sujet fait froid dans le dos). Certes, il est avéré que les médias électroniques sont en train de modifier l'organisation du cerveau, mais toutes les études de neurobiologistes que détaille l'auteur montrent que la capacité du cerveau à travailler en mode dit «multitâche» est un mythe. Le laboratoire de médias interactifs de Stanford, qui voulait pourtant prouver les avantages du «multitâche», conclut: «Les individus qui font plusieurs choses à la fois mélangent toutes les informations. Ils gobent tout et n'importe quoi sans discernement. Les multitâches sont tout simplement mauvais à presque toutes les tâches.»

      L'auteur confirme: «Avant je me doutais que sauter sans cesse d'une tâche à l'autre ne pouvait favoriser un train de pensée fluide. Maintenant je le sais. Mes enfants sont sortis de l'état de “cogitus interruptus” pour devenir des penseurs plus logiques et plus concentrés.» Elle assure avoir vu leur capacité d'attention - très réduite - se développer de façon spectaculaire, si bien qu'ils étaient capables de «lire pendant des heures et non plus des minutes, d'avoir des conversations plus longues avec les adultes et de se projeter au-delà du moment présent».

      Les bénéfices du sevrage furent multiples: l'un reprit avec passion l'étude de son instrument de musique, l'autre dont la chambre était un bac à linge sale géant retrouva le sens de l'ordre, la troisième se mit à cuisiner et à écrire un roman. La vie de famille s'en trouva également bouleversée: «Nous sommes plus proches les uns des autres», affirma l'aînée de la fratrie. Par exemple, ils ne fuyaient plus les repas pour retourner dans leur bulle multimédia mais s'attardaient à table pour discuter.

      Enfin, ils se mirent à fréquenter leurs amis pour de vrai, ce qui n'est pas anodin: des études montrent en effet que les neurones dédiés aux rapports humains des individus qui ont grandi avec les nouvelles technologies sont souvent sous-développés, si bien qu'ils ont des carences dans certaines aptitudes sociales telles que l'écoute empathique.

      «Pause», de Susan Maushart, traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Reignier, NiL, 366 p., 20 €.

      LIRE AUSSI:

      » Trop d'écrans, selon les Français (Ifop)

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      » L'informatique modifie-t-elle notre manière de penser?

      » Non au TV-sitting!

      Par Astrid De Larminat
      Journaliste Figaro
       

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    Avatar Mother93

    Les nouvelles technologies comme le langage sont surtout victimes d'abord de la médiocrité, de l'intolérance, du manque de formation de bien des individus quand ce n'est pas de la société en général.
    En même temps, la société d'hier sans les nouvelles technologies a construit de solides valeurs dont tous nous n'avons pas profité, cela est injuste, personne ne nous rendra des comptes.
    Pour nombre d'enfants et de parents aujourd'hui, il n'a pas été question de choix, contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire mais d'adaptation, car ces technologies ont tout envahi y compris l'univers familial.
    La modulation de l'utilisation et leur rationalisation intelligente suivant les besoins sont donc nécessaires.
    Il est possible d'améliorer la qualité de vie. Il n'est pas possible et pas logique d'accuser les nouvelles technologies mais seulement certaines orientations de leur utilisation, elles sont très professionnelles et n'ont rien de l'amateurisme.

    Le 28/02/2013 à 14:30 Alerter Répondre

    Avatar piermer

    Ce sujet est délicat ... car effectivement j'utilise AUSSI le clavier pour m'exprimer ici certes (je n'ai pas utilisé de courrier postal ),... MAIS !!! mais entre user et ABUSER n'y a t il pas un juste équilibre?
    juste à partir de quand?Il me semble qu'il y a là un crénaux ou entre sévir et subir il faudra choisir : Je ne veux plus subir et même si le numérique a de beaux jours devant lui ( ne plus savoir écrire au stylo bic bientot?) j'ai très souvent déconnecté en partant sur des randos au long court ( Compostelle par ex ) quel plaisir !!! ce qui n'empéchait pas certains marcheurs de s'interroger sur la disponibilité de la Wi fi en arrivant au gite???Liberté avant tout à respecter mais n'y aurait il pas une grande reprise d'air pur à oublier ... téléphone, SMART de préférence,TELE ou autre substitut artificiel au profit du chant des oiseaux,des bruits de la forêt,des vibrations du marché le matin,et enfin utiliser son temps à bricoler,RE ...découvrir son environnement,
    ouvrir ses yeux et ses oreilles aux rendez vous des contacts humains et autres rencontres de la vie.
    Que se passerait il si le " numérique " n'existait plus?????

    Le 28/02/2013 à 13:58 Alerter Répondre

    Avatar Dominique Repronche

    D'ou cette devinette de mauvais gout concernant les djeunes :

    Tu connais la différence entre un smartphone et un clitoris ?

    Non ?

    Ben continue de jouer avec ton smartphone !

    Le 28/02/2013 à 13:17 Alerter Répondre

    Avatar marcel legand

    Et bien je comprend mieux et tout se confirme.. j'ai fait cette expérience pendant 1 an... au début je culpabilisais comme si je me comportait comme un sauvage en me coupant de tout, mais non, en fait on fait a nouveau corps avec la vie, on se sent léger, frais, attentif et tellement plus heureux, la vie devient belle...en fait j'étais mal sans savoir pourquoi et c'était ça.. on a fini par m'inciter à reprendre et j'ai replongé... mon mal être revient.. je suis fatigué, triste plus rien n'a vraiment de goût, je suis a nouveau un esclave... Franchement, j'arrête... je conseille a tous d'essayer, stoppez tout ça pendant un moment, vous verrez... la liberté n'a pas de prix.. c'est la plus belle chose au monde.


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  • Hors piste

    Ils s'amusent bien les Petits Gars et ils envoient du lourd, oufti :))

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