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Quand les centrales ont soif.

Par Le 16/09/2018

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Quand les centrales ont soif

Publié le 15 septembre 2018 par 

Siné mensuel – septembre 2018 – Laure Noualhat –
Depuis la canicule, il n’y a pas que les humains qui transpirent. Les centrales nucléaires sont au bord de l’évanouissement. Début août, quatre réacteurs ont dû être mis à l’arrêt. Ils étaient en surchauffe.
A boire ! Dans la nuit caniculaire, avez-vous entendu le cri de nos centrales nucléaires ? Pour fournir notre jus, il leur faut de l’eau, beaucoup d’eau. C’est ballot dans une France qui était assoiffée. Du jus, en été, on en consomme comme des gorets. Chaque degré supplémentaire fait bondir notre consommation électrique, si bien que le parc nucléaire doit livrer l’équivalent de la production d’un demi-réacteur en plus. En pleine chaleur, le pic intervient vers midi, quand les ordinateurs, les machines à glaçons et les climatiseurs carburent à plein régime. Ah, la clim, l’oxymore absolu de l’été, l’appareil qui fait du froid en crachant du chaud hors de nos bagnoles, de nos maisons ou de nos usines. Mais la canicule, ce n’est pas un, ni deux, ni trois degrés de plus m’sieurs dames mais bien six à sept degrés ! Donc, sortez vos calculettes…
Manque de bol, les réacteurs crèvent de soif au même moment. Et pour éviter un désastre écologique, on les ferme. Il leur faut de l’eau, pas trop chaude, provenant d’océans ou de fleuves, pour se refroidir.  avec les barrages qui constellent la France, on peut maintenir le niveau de fleuves échaudés par les degrés et fournir nos boit-sans-soif atomiques. Mais une fois qu’elle a servi, l’eau retourne encore plus chaude dans son milieu naturel. Diluée dans l’Atlantique, passe encore, mais dans des fleuves évaporés par les 38 degrés extérieurs, c’est moins marrant pour tous ceux qui frayent dedans : poissons écrevisses, algues… Par exemple, l’eau du Rhône a atteint 28 degrés en sortie de centrale cet été, le maximum fixé par décret à la construction de l’usine. On a dû fermer les tranches 2 et 3 de la centrale du Bugey (Ain) et deux tranches de SaintAlban (Isère). Tant que ça ne dérange pas « les gens », ça va, sinon, autant dire que la dérogation pleut.  L’écologie peut bien aller se faire voir en Arctique. Où ça fond aussi d’ailleurs.
Le plus drôle est à venir. En mai, l’Agence internationale de l’énergie a pondu un rapport édifiant intitulé « le futur du refroidissement ». On y apprend qu’environ 1,6 milliards de climatiseurs sont utilisés dans le monde, dont la moitié aux États-Unis et en Chine. A eux seuls, ils réclament plus de 2 000 térawattheures d’électricité par an. Ouarf, trois fois rien, juste quatre fois la consommation annuelle d’électricité en France ! En comme en 2050, on en attend 5 milliards, la fête ne fait que commencer.
Ouest-France du vendredi 14 septembre 2018

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Quatrième relecture

Par Le 15/09/2018

 

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Je travaille toujours sur "Tous, sauf elle", la suite de "Les héros sont tous morts."

Quatrième relecture. 

J'ai réalisé, au fil du temps combien l'écriture d'une trilogie ajoute au travail une complexité très forte dans la maîtrise du scénario sur un laps de temps beaucoup plus long que pour un roman unique. S'ajoute également la nécessité de développer l'intégralité du scénario avant la publication du deuxième tome afin que dans l'écriture du troisième, je ne me retrouve pas confronté au manque d'une information ou d'un détail dont j'aurais besoin. Tout doit être ciselé. Chaque personnage doit avoir une vie propre, être parfaitement identifiable, chaque scène doit être visuellement perceptible. Le lecteur doit vivre l'histoire et l'écriture doit être une image intégrale, une caméra extérieure et intérieure. La perfection pour moi survient lorsque le lecteur n'est plus lui-même mais devient le personnage qui le touche. Un regard doit donc être vu, une odeur doit être sentie, un toucher doit être ressenti, une émotion doit être saisie. 

Lorsque, adolescent, je lisais des livres d'alpinistes ou d'aventuriers divers, j'étais eux. Il m'est arrivé également de devenir le personnage d'un roman de fiction. C'est là que je situais la puissance de la littérature. Et plus encore, lorsqu'après cette lecture, parfois des mois plus tard, je réalisais à quel point j'avais intégré l'expérience du personnage, qu'elle était devenue mienne, qu'elle m'avait enrichi, qu'elle m'avait élevé. 

C'est le point ultime de ce que je cherche à produire aujourd'hui.

Que le lecteur ne soit plus lui mais qu'en revenant à lui-même, il réalise que le livre est en lui et le projette vers le haut...

Je ne sais pas si c'est déjà arrivé à mes quelques lecteurs.

 

 

Je pense très souvent à l'histoire. Dès que je suis seul en fait. Et non seulement devant l'ordinateur. C'est fascinant cette capacité du cerveau à gérer autant de choses et de pensées à la fois. 

Je ne saurais dire combien de fois j'ai rêvé de l'histoire. Je sais exactement comment est Laure. Je pourrais la reconnaître dans la rue, ou reconnaître sa voix au téléphone. De même pour Théo ou Figueras.

Je sais où me mène le tome 3 parce que j'en parle souvent avec eux. Ils pensent tout comme moi que la complexité des événements à venir génère une incertitude très forte dans les voies possibles qui s'ouvriront dans quelques temps. 

Il faudra beaucoup d'amour pour parvenir à dénouer l'écheveau du chaos.

 

TOUS, SAUF ELLE

CHAPITRE 10

 Lieutenant Bréchet, le Docteur Flaurent à l’appareil. Je ne vous dérange pas ?

–Absolument pas, Docteur. Vous avez du nouveau ?

–Mademoiselle Bonpierre est consciente. On est à six jours post-opératoires mais j’ai attendu avant de vous prévenir que le suivi médical soit le plus positif possible. Mademoiselle Bonpierre a parfaitement récupéré. Bien plus vite que nous l’imaginions d’ailleurs. Elle parle et n’a aucune séquelle neurologique.

–Je vous sens pourtant dubitatif, Docteur.

–Pas dubitatif, lieutenant. Je pense très sérieusement que nous ne découvrirons pas dans les heures à venir, un dysfonctionnement quelconque. Nous avons suivi une procédure très complète.

–Et alors ?

–C’est autre chose mais je ne saurais pas vous l’expliquer au téléphone. Mademoiselle Bonpierre a demandé des nouvelles de vos deux collègues. Sa mémoire est intacte. Intégralement. Mémoire ancienne et mémoire immédiate.

–Vous voulez dire que je peux l’interroger ?

–Elle vous attend. Je lui ai parlé de votre enquête.

–Elle est vraiment en état ? Je ne voudrais pas la fatiguer. C’est à vous de me le dire, Docteur. 

–Mademoiselle Bonpierre a dit qu’elle vous attendait dans le jardin de l’hôpital. Elle est assise sur un banc.

–Pardon ? Elle est dehors ?

–Elle a même descendu l’escalier. Elle ne voulait pas de l’ascenseur.

–Vous êtes bien au septième étage ?

–C’est exact.

–Et c’est normal des réactions comme celle-là, après un coma ?

–C’est la première fois dans toute ma carrière que je vois une patiente se lever toute seule, aussi rapidement, après une opération de la sorte. Et je peux vous assurer qu’il n’était pas question de s’opposer à sa volonté.

–Mais, attendez Docteur, elle n’était pas branchée de partout ?

–Elle ne l’est plus. C’est elle qui nous a dit que tout allait bien. Elle était même capable de nous dire ce qui s’inscrivait sur nos écrans. Rythme cardiaque, pouls, température, pression sanguine. Ne me demandez pas d’explications, je n’en ai pas. Mademoiselle Bonpierre se porte très bien. Peut-être même, mieux que vous et moi.

–Bon, j’arrive Docteur. Vingt minutes.

–Elle est sur un banc, dans le petit jardin, à l’angle de la maternité. »

 

Il tentait de se dépêtrer des éternels ralentissements de circulation de Grenoble et l’idée lui vînt, une nouvelle fois, qu’en cas de panique générale, cette ville serait un enfer routier en quelques dizaines de minutes. Une enclave montagneuse qu’il faudrait quitter avant qu’elle ne condamne les inconscients. La voix étrange du Docteur. Il n’arrivait pas à lui attribuer un terme. Il avait dit qu’il n’était pas dubitatif et il y avait pourtant une intonation qui ne collait pas avec cette guérison. Comme si quelque chose relevait de l’incompréhensible.

« Elle lisait ce qu’il y avait sur nos écrans. »

Qu’est-ce que ça signifiait ? Il connaissait le parcours de Laure Bonpierre et il n’était nullement fait mention d’études médicales.

« Il n’était pas question de s’opposer à sa volonté. »

Il n’en était pas surpris au regard de ce qu’il avait lu dans le dossier laissé par Mathieu et Fabien. Et le Francis, où est-ce qu’il était passé celui-là ? Il n’aimait pas ce que sa disparition pouvait signifier.

Il arriva à l’hôpital et se gara à l’extérieur. Il suivit les plans disposés sur les parkings et rejoignit l’enceinte de la maternité. Arrivé dans le parc, il balaya l’espace des yeux : Une mère et son bébé, une infirmière qui poussait le fauteuil roulant d’une femme âgée, un homme en pyjama qui fumait une cigarette, une adolescente qui manipulait son smartphone, assise dans l’herbe.

Et puis. Elle. Une évidence.

Assise sur un banc, face à un arbre immense, sur le bord gauche du jardin, une haie de lauriers dans son dos. Le soleil du printemps arrosait le lieu de sa douceur. Elle semblait entourée par un halo lumineux. Les rayons solaires traversant les frondaisons devant elle dessinaient au sol comme une citadelle l’entourant. L’image s’inscrivit en lui et libéra une émotion étrange. Il sentit simultanément une impatience curieuse et une réticence. L’impression inexplicable d’être au seuil d’un basculement.

Comme une plongée à venir dans une dimension inconnue.

Il ferma les yeux en agitant la tête.

Il inspira profondément puis il s’approcha lentement en suivant le sillon goudronné qui serpentait dans le parc. Une émotion intraduisible, quelque chose qu’il n’identifiait pas, une attirance improbable, l’intuition inexplicable d’un événement prochain. En regardant le goudron craquelé devant lui, il pensa soudainement qu’il devait se laisser porter par le courant de la rivière puis il repoussa cette image incongrue qui ne lui ressemblait pas.

Il leva les yeux.

Elle avait les mains ouvertes sur les cuisses, les paumes tournées vers le ciel, le dos droit, les pieds posés au sol, un foulard coloré sur la tête. Elle semblait regarder le tronc de l’arbre en face d’elle, de l’autre côté de l’allée goudronnée.

« Mademoiselle Bonpierre ? »

Elle tourna la tête et son regard l’interpella. Un visage impassible, comme éteint. Non, d’ailleurs, il se corrigea immédiatement. Elle semblait habitée d’une paix profonde. Le bleu de ses yeux ressemblait à un ciel marin.

« Oui. »

Une voix grave et douce à la fois.

Aucun cheveu ne dépassait du foulard et rien pourtant ne semblait manquer à ce visage. Il devinait l’épaisseur d’un pansement sur le haut du crâne et il en eut un pincement au ventre.

Elle n’était pas celle qu’il avait vue sur les photos de son dossier. Le changement était stupéfiant.

Les yeux, oui, c’est ça, c’était les yeux. Ils étaient … Aucun mot ne lui vint.

Il s’obligea à tousser pour tourner la tête et sortir de sa contemplation.

« Je suis le lieutenant Bréchet. Je crois que le docteur Flaurent vous a déjà parlé de moi ? » annonça-t-il, en tendant la main.

Elle répondit à son salut et il aima le contact de sa peau.

« Oui.

–Je peux vous poser quelques questions ?

–Oui. »

Il décida de s’asseoir. Il n’y avait aucun rejet de la discussion dans les réponses laconiques de la jeune femme. Il le sentait. Son visage ne portait aucune impatience ou colère. Juste cette paix profonde qui le troublait.

« Si vous êtes trop fatiguée ou que cela vous dérange, je peux revenir demain.

–Non. »

Il se voulait attentionné. Sans savoir pourquoi et il s’étonna de ce changement progressif depuis qu’il avait été chargé de cette enquête. Déjà, avec le docteur, il avait été surpris par son inhabituelle affabilité. Il pensa subrepticement qu’il était tombé sous le charme d’une belle inconnue, une apparition un peu magique dans un dossier stupéfiant puis maintenant survenait ce choc visuel, cette émotion ancienne, comme jaillie d’une geôle brisée. L’éblouissement.

Il se reprocha aussitôt sa futilité. À cet instant, il était flic. Un de ses collègues était mort, un autre était dans le coma et un troisième avait disparu. Il s’obligea à se détourner de son statut d’homme célibataire au cœur esseulé.

« Le docteur Flaurent m’a dit au téléphone que votre mémoire n’a pas été affectée par votre coma alors j’aimerais savoir si vous pouvez me dire quelque chose qui puisse m’aider ?

–Comment vont les deux policiers ?

–Un est décédé et l’autre est toujours dans le coma. Il a fait un arrêt cardiaque provisoire. Les médecins disent que c’est miraculeux que son cœur soit reparti spontanément. Ils ne savent pas s’il y aura des séquelles. J’aimerais donc savoir s’il s’agit d’un accident ou d’un acte provoqué.

–Une grosse voiture, une Dodge, l’homme s’appelle Francis. »

Il la regarda intensément, le souffle coupé. Il frotta ses lèvres avec le dos de la main.

« Vous en êtes certaine mademoiselle Bonpierre ?

–Le passager devant moi s’est retourné et il l’a dit juste avant que la voiture ne nous heurte sur l’arrière.

–Francis vous a envoyé dans le décor ?

–La voiture de Francis, lieutenant. Je ne sais pas qui conduisait. Je vous répète juste ce que j’ai entendu.»

Il se sentit mal devant sa promptitude à tirer des conclusions et ce rappel à l’ordre de la jeune femme.

« Oui, vous avez raison. Mais je dois vous préciser que ce Francis, un lieutenant de police, a disparu depuis le soir de l’accident et nous n’avons aucune idée des raisons de cette disparition sinon, celle d’être le responsable de cette sortie de route.

–Je comprends.

–Vous pourriez témoigner par écrit de vos propos, mademoiselle Bonpierre ?

–Oui.

–Je reviens demain avec les formulaires de déposition. Ça vous va ?

–Oui.

–À quelle heure ?

–Comme aujourd’hui. Je serai ici.

–Très bien. Vous n’avez rien noté lorsque mes deux collègues sont venus vous chercher ? Vous n’avez rien remarqué ? Quelqu’un qui vous suivait ?

–Rien. Je ne m’attendais pas à être attendue. Alors encore moins pour la suite. »

Toujours cette voix distante, neutre, sans aucune émotion. Et ce regard étrange. Il se sentait ausculté, visité, autopsié. Elle ne le quittait pas des yeux.

Pénétrants… Voilà, c’était le mot. Elle avait des yeux pénétrants.

« Merci pour votre collaboration, mademoiselle Bonpierre. Je vais vous laisser. Je ne veux pas vous fatiguer.

–Je ne suis pas fatiguée, lieutenant. »

Il se leva et tendit la main. Elle la regarda longuement, cette fois, une observation méticuleuse qui intrigua Théo puis elle la serra.

Une main chaude, douce et forte. Elle prolongea le contact, comme si ce lien créait une brèche, une ouverture, une lecture intérieure.

Il ne comprenait même pas les pensées qui le submergeaient. Comme une influence inexplicable.

C'est elle qui retira sa main la première.

Il ne put s'empêcher de regarder ses doigts deux secondes. Il sentait dans les fibres des rayonnements délicieux.

« Au revoir, Mademoiselle, je suis vraiment heureux que vous soyez tirée d’affaires.

–Je ne suis pas certaine de l’être. »

Il fronça des sourcils devant cette mise en doute. Une incertitude quant à l’interprétation possible de sa réponse.

« Si, je vous assure que ça me fait vraiment plaisir de voir votre récupération. C’est même impressionnant, insista-t-il.

–Je ne parlais pas de votre plaisir monsieur Bréchet mais du mien.

–Vous n’êtes pas certaine d’avoir du plaisir à être en vie, c’est ça ?

–Cette vie-là me laisse perplexe, lieutenant. Je suis très heureuse de pouvoir contempler cet arbre et de le sentir vibrer mais je vous assure que de ressentir ses propres atomes, à l’intérieur de soi, c’est bien autre chose encore et c’est inégalable. »

Il pencha la tête d’un air interrogateur.

« Je ne suis pas certain d’être en mesure de comprendre ça, mademoiselle. Il faut que je vous laisse. Le travail. À demain.

–Oui. »

Il recula de deux mètres sans désirer réellement quitter son visage. Puis, il fit demi-tour et s’obligea à allonger le pas.

En traversant le parc, il décida qu’une discussion avec le docteur s’imposait. Il rejoignit le bâtiment de neurochirurgie et se présenta au secrétariat.

« Bonjour, madame. Lieutenant Bréchet, dit-il en montrant sa carte, j’aimerais m’entretenir quelques minutes avec le docteur Flaurent, c’est urgent.

–Le docteur Flaurent est en visite à l’étage. Je vais appeler son assistante. »

Il s’éloigna de quelques pas. Le visage de Laure Bonpierre ne quittait pas ses pensées.

« Lieutenant ? Le docteur Flaurent vous attend dans un bureau, à droite, au fond du couloir, à cet étage. Vous prenez la porte A, sur votre gauche.

–Merci. »

Relancer les recherches internationales. Un dénommé Francis Thiébaud, suspecté d’avoir volontairement commis un accident impliquant deux lieutenants de police et une passagère. Et d’avoir empoché un sacré pactole. Il en était persuadé. Francis avait craqué pour le pognon. Il connaissait toute l’histoire, il avait accès au dossier. Le soir où Mathieu et Fabien avaient attendu Laure à la gare, Francis les avait suivis et sur le retour, il avait décidé de les envoyer dans le décor. Laure avait sûrement un sac pour porter l’argent. Il ne lui avait pas demandé. L’imbécile. Il s’en voulait de perdre sa lucidité et il ne se reconnaissait pas. Trop troublé pour l’efficacité. Il s’en amusa, malgré tout, et sourit.

Il frappa à la porte entrouverte du bureau.

« Entrez, lieutenant. »

Théo raconta l’échange avec Laure. Le docteur écouta attentivement sans se départir d’une esquisse de sourire.

« Je vous avais dit, lieutenant, que ça n’était pas racontable au téléphone et d’ailleurs, vous avez du mal à décrire ce que vous avez ressenti. Eh bien, c’est pareil pour moi. Le problème, c’est que je ne connaissais pas Laure Bonpierre avant son accident et je ne peux donc postuler sur l’idée d’un changement dans sa personnalité.

–De ce que j’ai lu sur elle, il s’agit d’une femme très sportive, très connue dans son milieu, elle fait des courses à pied en montagne, du trail, elle a battu des records. Mais, bon, sur son caractère et sa personnalité, je ne sais rien. Sauf qu’elle a échappé à la mort d’une façon remarquable et j’en déduis qu’il s’agit d’un esprit fort.

–Vous parlez de son accident de voiture ? intervint le docteur.

–Non, une histoire d’attentat au Kenya. Elle a échappé à un tueur. Elle court très vite et elle a une prise de décision très rapide. Je peux vous assurer qu’elle a vécu quelque chose de très impressionnant. On sait aussi qu’elle revenait de Colombie mais on ne sait pas ce qu’elle y a fait.

–Je vais vous faire une confidence, cher lieutenant. »

Le docteur plongea ses yeux dans ceux de Théo.

« J’ai davantage discuté que vous avec Mademoiselle Bonpierre, nous avons même eu des échanges qui m’ont singulièrement marqué, je ne restais pourtant jamais bien longtemps, un quart d’heure, maximum et à chaque fois, ses propos me poursuivaient toute la journée. Et ce matin, quand je lui ai parlé de vous, à la fin de notre échange, alors que j’allais sortir, elle m’a rappelé.

« Docteur, je voulais vous dire. C’est bien que vous ayez appris à aimer les gens avec votre cœur et à ne plus vénérer que votre médecine à travers eux. »

Il s’arrêta, les yeux dans le vague, comme un regard intérieur.

« Vous ne pouvez pas imaginer, lieutenant, à quel point les paroles de mademoiselle Bonpierre sont parfaitement justes et claires. Et je suis sidéré de cette … capacité à lire à l’intérieur des gens. »

En retournant au commissariat, Théo repensa à cette interrogation dans les yeux du docteur, ce regard perdu au-delà de l’instant.

« Cette capacité à lire à l’intérieur des gens. »

C’est un peu ce qu’il avait éprouvé devant Laure. Il réalisa alors qu’elle ne l’avait pas quitté des yeux, comme si elle écoutait bien autre chose que les mots.

« Bon, c’est n’importe quoi, mon gars. Réfléchis plutôt à ce que tu dois faire pour choper ce salaud de Francis. »

Nathalie Vieyra : stages

Par Le 12/09/2018

Je partage ici les dates des stages organisés par Nathalie Vieyra, qui m'a fait l'honneur et l'hommage d'écrire la préface de "KUNDALINI"

 

 

 

Faire l'expérience de, la conscience

Chers tous,

Cet été j'ai eu le bonheur de co-animer avec Jacques Lucas, un grand professionnel et un homme tantrique vrai. Nous co-animerons à nouveau ensemble, voilà les prochaines propositions. 

Je retrouverai également mon âmie Nathalie Giraud pour nos Tantra femmes, avec gourmandise. 

Je suis une femme des expériences, ce qui m'anime c'est vivre, vibrer, et le partage. J'aime partager mon cheminement fait de trouvailles magiques. Je vous propose toujours des ateliers et stages dans mon lieu à la garenne Colombes. Allez ce n'est pas le bout du monde ! Très facile d'accès, cet espace est très chaleureux. 

Sinon .... un massage ?

Belle rentrée à tous, dans cette belle énergie ensoleillée de l'été qui continue, encore !

Nathalie 

0688653805

Tantra Femme

Stage Tantra Femme co-animé par Nathalie Giraud Desforges et Nathalie Vieyra

4 JOURS en novembre : Du jeudi 22 (10H30) au dimanche 25 novembre 2018 (16H30) En résidentiel au Hameau de l’Etoile proche Montpellier

Prix de l’animation : 490€TTC - Paiement échelonné possible Hébergement pension complète : environ 200€

"J’ai l’impression de ne pas être moi-même. Je passe mon temps à m’occuper des autres et à m’oublier. Je n’ai pas d’orgasmes. Je ne connais pas mon corps. La sexualité ou l’intimité m’effraie. Je me sens insatisfaite et je ne sais pas pourquoi. J’ai du mal à assumer ma libido. Je ne comprends pas les hommes. Les hommes ne me comprennent pas. Je perçois une dimension autre derrière la sexualité et je ne sais pas comment la trouver...Sois une bonne mère, une bonne épouse, une bonne amante, travaille, épile-toi, porte de jolis dessous, … : il faut répondre aux injonctions.Faire abstraction de son ressenti. S’oublier peut-être même se forcer à changer pour plaire… La sexualité devient mécanique, voire inexistante.

Et si vous preniez enfin du temps pour vous : qu’est-ce que je ressens, que me disent mes 5 sens, comment me faire confiance, comment dire non et de quoi ai-je envie, comment ne plus me poser un milliard de questions… ?

Les stages tantra au féminin vous invitent à prendre ce rendez-vous avec vous.

Dans une atmosphère sereine et bienveillante, en compagnie d’autres femmes, nous vous accompagnons dans la connaissance de votre corps et de votre énergie sexuelle. Cette énergie qui nous porte et nous anime possède un immense pouvoir créatif et libérateur.Méditations, rituels, massages, exercices pratiques dans la bienveillance, la curiosité, l’humour et l’ouverture composent les journées pour renouer avec le Féminin Sacré.

En vous offrant ce stage, vous pourrez re-trouver votre place, renouer avec votre essence profonde dans une meilleure compréhension de vos peurs, de vos tabous, des pensées parasites et du poids d’une éducation parfois toxique.L’expérience du Féminin Sacré vous permet d’ouvrir les portes de votre vulnérabilité en toute conscience et en toute confiance. Vous vous sentirez solide, forte, pleinement consciente de votre corps. Dans un rapport différent au monde, au désir, au plaisir, à la sexualité.

Libre, spontanée, inventive!

En parallèle se déroule un stage Tantra Hommes, animé par Jacques Lucas - Deux rencontres ritualisées sont programmées entre les 2 groupes. Un travail magnifique à vivre pour un couple, chacun vivant sa propre expérience dans sa tribu d'homme et de femme.

INFORMATIONS PRATIQUES Entretien préalable et inscription auprès de : Nathalie Giraud Desforges, sexothérapeute, psycho-praticienne IFS et fondatrice de Piment Rose (0663162723) nathalie.giraud.desforges@gmail.com ou Nathalie Vieyra, masseuse tantrique et thérapeute psycho-corporel, auteure de "Lâcher Prise, promenades au pays de la conscience" (0688653805) natvieyra@yahoo.fr

Dépression climatologique

Par Le 11/09/2018

Les climatologues, en pleine étuve émotionnelle

 

 

©REUTERS

Ils étudient chaque jour l’ampleur de la catastrophe climatique, ils font face constamment à son déni. La charge émotionnelle des climatologues est un non-dit pesant.

Mardi dernier, le numéro 3 du gouvernement français était en larmes. Non, pas la larmichette du départ. Nicolas Hulot, maintenant ex-ministre de la Transition écologique et solidaire, était effondré, submergé par la tristesse, la voix étranglée par la déception. Il lui a fallu plusieurs secondes et un peu de chaleur humaine pour reprendre son discours de passation des pouvoirs. Des larmes, il en coule tous les jours sur les joues des environnementalistes: de rage, de frustration, de tristesse, de fatigue, face à l’inaction alors qu’on a le feu aux trousses.

Les larmes de Nicolas Hulot lors de son départ du ministère

Beaucoup des scientifiques de l’environnement sont pris dans cette tourmente-là. Ils ne le montrent pas. Comme tous les travailleurs, ils se cachent pour pleurer; comme tous les chercheurs ils enfouissent leurs émotions sous la montagne de la rationalité. Pour les spécialistes du climat, la charge émotionnelle est particulièrement lourde. Le titre de la carte blanche d’une chercheuse australienne résume bien leur situation: "Quand la catastrophe planétaire est votre boulot quotidien" ("The Monthly", juin 2018). Chaque jour, ils alignent les données sur la vitesse et les conséquences du changement climatique, chaque jour, le rythme des mauvaises nouvelles et des sombres découvertes augmente, chaque jour, ils alertent la société civile, mais las, autant remplir d’eau une passoire. Ils sont à peine entendus, encore moins écoutés, alors suivre leurs recommandations…

Jean Pascal van Ypersele

Noir tableau? Rappelons qu’il y a 26 ans, 1.700 chercheurs dont 100 prix Nobel, adressaient une première "Mise en garde des scientifiques à l’humanité". En 2017, pour le deuxième avertissement, ils étaient plus de 15.000. Le traitement médiatique a duré 24 heures, quand la non-sélection de Radja Nainggolan pour la Coupe du monde de football a fait du bruit pendant des jours. "Les signaux ne sont pas à l’orange, ils sont tous au rouge clignotant, souligne Jean-Pascal van Ypersele, sommité internationale de la climatologie. On écoute trop peu les scientifiques qui travaillent sur ces questions-là. Ce sont un peu les vigies en haut du mât qui avertissent de ce que les autres ne peuvent pas voir. On crie depuis 40 ans et le bateau va toujours dans la même direction."

Abandonner la recherche fondamentale

Face à l’inertie, certains ont quitté la recherche pour tenter de faire bouger les choses plus rapidement et avoir un impact direct. En lançant une start-up ou en rejoignant une organisation. Après sa thèse en biologie, Gauthier Chapelle ne voulait plus faire de recherche fondamentale, mais entrer dans l’action directe. Il travaille pour la Fondation polaire internationale où il met en place des outils éducatifs et explore les recherches sur le climat. À la fin de ses conférences, "il me fallait remonter le moral de tout le monde, le mien compris". Alors il jette ses forces dans le biomimétisme (s’inspirer de la nature pour innover). Il crée une ASBL, écrit des livres, cofonde une entreprise. "Pendant quelques années, j’ai cru qu’avec une approche radicale, on pouvait changer les choses. Mais les changements ne sont pas faits à fond et le biomimétisme a été récupéré par le marketing, le business. C’est du biomimétisme de surface. Je n’y crois plus. Je cesse de mettre de l’énergie dans quelque chose qui ne va pas servir."

Depuis 2015, il se concentre à "préparer au mieux l’avenir, l’après pétrole" et porte cette réflexion dans des livres qu’il écrit ou coécrit, notamment avec Pablo Servigne. Cela paraît pessimiste. Lui se dit lucide. Et puis, il est ainsi sorti de sa "schizophrénie". Quand il donnait des conférences pour alerter, "à un moment, j’ai senti que ça devenait toxique pour moi: en public, je jouais à ‘on va s’en tirer’ alors que je pensais que le monde, tel qu’il est, ne va pas s’en tirer."

Réchauffement climatique: la détresse des scientifiques

40 ans à faire la vigie

Une pensée et un masque, assez répandus chez les scientifiques de l’environnement. Pour ne pas décourager ou démobiliser les autres, ils préfèrent taire leurs pensées profondes. Et, partant, les émotions qui vont avec. Jean-Pascal van Ypersele, qui a été vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), donne 100 conférences par an et quantité d’interviews. "Je suis d’un naturel plutôt optimiste, donc je continue à passer beaucoup de temps à alerter, à expliquer, à informer des possibilités d’agir. Je ne supporte pas la question ‘Est-il trop tard pour agir?’ Il n’est ja-mais trop tard! Même si on a perdu des décennies dans l’action climatique. Même si on la commence aujourd’hui ou demain matin, ça permettra au moins d’éviter le pire", assène-t-il.

"Depuis tout ce temps, on n’a rien fait de substantiel. C’est ça qui est extraordinairement frustrant."

Jean-Pascal van Ypersele

Climatologue

Les plus fins observateurs remarqueront que son discours se fait plus incisif ces derniers temps: on devrait se sentir "en guerre, ou engagés dans une course pour la vie", il a publiquement critiqué l’idée d’élargir le Ring de Bruxelles, il conclut ou commence ses présentations par "il n’y a pas de planète B", etc. Si, dans notre long entretien, le climatologue belge gardait son calme habituel, sourdait toutefois par vagues une exaspération tangible. "Depuis tout ce temps, on n’a rien fait de substantiel. C’est ça qui est extraordinairement frustrant. Oui, la prise de conscience du danger climatique a augmenté, et sans cela on serait peut-être dans une situation encore pire. Mais c’est une consolation bien maigre. On entend qu’il faut réduire les émissions de CO2. Mais il faut comprendre, vraiment comprendre, que le problème c’est l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère. Et qu’il ne s’agit pas de diviser les émissions par quatre, il s’agit de stopper totalement les émissions de CO2. Évidemment, ce n’est pas facile et donc on peut comprendre que ça n’évolue pas rapidement. Mais on n’a pas fait grand-chose pour prendre le problème à bras-le-corps. Je suis de plus en plus convaincu que ce problème menace l’habitabilité de la seule planète du système solaire qui soit habitable. On est littéralement en train de scier la branche sur laquelle on est assis. Et on ne peut pas dire que ce soit au cœur des débats politiques, citoyens, des enjeux entrepreneuriaux. Que cela devienne, s’il vous plaît, un enjeu politique majeur. Pas le seul, mais un des enjeux principaux. Si ce débat reste cantonné au sein d’Ecolo et de Groen, c’est une catastrophe", nous dit-il.

Prendre en compte la charge émotionnelle

La frustration, la colère, mais aussi la tristesse et par moments des sentiments de découragement et d’impuissance sont les émotions dont nous ont fait part tous nos interlocuteurs. D’après eux, elles sont partagées par une bonne partie de la communauté des écologues. Si le sujet est tabou (les sciences bannissent les émotions), la question de leur charge émotionnelle commence à affleurer.

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Une littérature sur le sujet se développe depuis une dizaine d’années, plus récemment quelques scientifiques abordent le sujet publiquement (Lesley Hugues dans la revue "The Monthly"; Camille Parmesan, chercheuse et corédactrice des rapports du GIEC s’est dite en "dépression professionnelle"; David Griggs, ex-directeur de l’Institut du développement durable en Australie a reconnu des périodes de déprime dans un documentaire télévisé; Naomi Oreskes, historienne des sciences, plaide pour que les scientifiques expriment franchement leurs inquiétudes, etc.).

Enfin, les études scientifiques elles-mêmes commencent à se pencher sur la charge émotionnelle portée par les spécialistes du climat et des écosystèmes (par exemple, Susan Clayton dans "Nature", 2018; Lesley Head et Theresa Harada, dans "Emotion, Space and Society", 2017).

Découragement et colère ne sont jamais loin

Cette charge émotionnelle n’est pas anodine. Brillante chercheuse du FNRS (en climatologie et océanographie), Célia Julia Sapart a songé, à un moment, à arrêter la recherche pour se consacrer à la communication scientifique. "Il y a un tel manque de reconnaissance de notre métier. On ne nous dit jamais rien de positif, on doit tout le temps se battre, se défendre. On manque tellement de financement. Parfois, je me suis sentie seule, comme abandonnée de tous. ça m’est arrivé d’en pleurer: après une mission de plusieurs mois en Antarctique – où les conditions sont très dures, où on a cumulé les problèmes techniques, où on est loin de ses proches –, je suis rentrée et j’ai croisé quelqu’un qui m’a dit ‘Ah ces histoires de changements climatiques, ça me fatigue’. ça nous blesse, personnellement. C’est comme si tout notre investissement ne servait à rien", nous raconte-t-elle.

"Parfois, je me suis sentie seule, comme abandonnée de tous. Ca m’est arrivé d’en pleurer."

Célia Julia Sapart

Chercheuse au FNRS

Elle a dû faire face, aussi, à un fléau (en perte de vitesse) qui touche particulièrement les climatologues: la violence des climatosceptiques. "En 2012, j’ai publié dans la revue Nature un article expliquant que déjà à l’époque romaine, il y avait un impact humain sur l’atmosphère. Pendant des semaines, j’ai reçu des e-mails de menaces, d’insultes, qu’on devrait ‘me pendre sur un piquet en Sibérie’. ça m’a énormément touchée. Au point que c’est le webmaster de l’institut qui dépouillait mes e-mails avant moi. Aujourd’hui, je me suis fait une carapace et depuis cinq ans, je suis beaucoup plus solide face à l’agressivité et au manque de reconnaissance, je réponds de façon claire, sans le prendre pour moi", explique-t-elle.

Finalement, Célia Julia Sapart a jeté toutes ses forces dans la bataille: elle continue la recherche en laissant les émotions de côté et elle communique vers le grand public parce qu’elle est convaincue que les changements viendront par la base, plutôt que sous l’impulsion des dirigeants. "Il faut garder espoir, être positif, chacun a un rôle à jouer. Ce métier est très dur, mais si on ne se concentre pas sur le positif, on ne peut plus continuer", assure la climatologue.

Une attitude comparable à celle d’Edwin Zaccai, directeur du Centre d’étude du développement durable à l’ULB. "Mon mandat en tant qu’académique, c’est de délivrer une connaissance correcte pour montrer les enjeux. Et de former des étudiants en leur donnant une vision juste, en leur montrant les vrais déterminants. Partager du savoir, même si c’est une goutte d’eau, pour moi, ce n’est pas un problème. Reste que ça ne rend pas imperméable au découragement: on voit bien que la moitié des espèces vont disparaître, que les forêts vont brûler, que la forêt tropicale va sans doute disparaître avec sa faune, que ce sont les plus pauvres qui vont être les plus vulnérables… Un jour, dans une conférence, je me suis arrêté. J’ai dit à mon auditoire que j’étais désolé de leur expliquer ça, que ce n’était pas mon choix mais que c’était ce que disait la science. Et j’ai conclu sur du positif car je suis contre le fait de culpabiliser, c’est une impasse. Mais ça déstabilise fort."

Aujourd’hui que l’espoir de vraiment inverser les courbes est très faible, il voudrait trouver des façons de réfléchir à cet échec, à ces perspectives défavorables face à un auditoire. "On doit vivre avec ça et il faut trouver un nouveau narratif. Il y a un travail mental à faire d’une société qui se croyait invulnérable à une société qui se découvre vulnérable", éclaire-t-il.

Que faire de ces émotions?

Pour le psychologue et écothérapeute français Jean-Pierre Le Danff, les scientifiques de l’environnement ont un travail de deuil à faire. "C’est inéluctable. Ils vont faire le deuil d’une trajectoire différente. Et s’il est mené jusqu’au bout, c’est-à-dire en passant par toutes les étapes qui le composent, ce travail de deuil est apaisant. L’acceptation de ce qui est va les rendre plus sereins et mieux placés pour nous aider", explique-t-il.

Pour la psychiatre spécialiste de l’écopsychologie Marie Romanens, il est normal de se sentir en désarroi, en colère, impuissant quand on fait face, comme eux, à un déni du réel de la part des autres. "Il ne faut pas refouler ces émotions, mais se laisser traverser, les vivre. Ensuite, il faut les partager avec d’autres. Cela ne va pas changer le déni mais cela permet de ne pas se sentir seul et de créer du soutien avec les pairs qui ont les mêmes perceptions. Enfin, il faut les écouter: que me disent-elles de faire?", expose-t-elle. Et de rappeler que "l’émotion est motrice d’action. À partir du moment où l’on est pris d’un malaise, de sensations désagréables, cela nous pousse à changer les choses."

La psychologue américaine Susan Clayton relève que pour faire face à ces émotions, les scientifiques ont l’avantage de la communauté: travailler ensemble pour un objectif commun est source de soutien et de validation.

Et puis ils s’accrochent à l’espoir de faire quand même une différence. "Ce n’est pas facile, mais on n’a pas le choix. On est sur une barque qui est en train de couler et j’ai l’impression d’être là avec ma petite cuiller pour écoper l’eau, alors qu’il faudrait une pompe rapide…", se désole Jean-Pascal van Ypersele. Avant de rebondir dans un sourire et une pirouette adressée au public: "L’énergie que j’utiliserais pour me tordre les mains et me lamenter serait de l’énergie gaspillée. Or, si on a besoin d’une chose, c’est d’efficacité énergétique."

Jane Goodall et Edgar Morin

Par Le 09/09/2018

Climat : «Que faut-il de plus pour agir ?»

Par Coralie Schaub — 

Jane Goodall et Edgar Morin dimanche au festival Climax, à Bordeaux.
Jane Goodall et Edgar Morin dimanche au festival Climax, à Bordeaux. Photo Rodolphe Escher

Témoins tout au long de leurs vies des atteintes à la nature, la primatologue Jane Goodall et le sociologue Edgar Morin expliquent, après la démission de Nicolas Hulot, pourquoi il est urgent de s’opposer aux forces économiques et politiques qui mettent en péril l’avenir de la planète.

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     Climat : «Que faut-il de plus pour agir ?»

Ces deux monstres sacrés de l’écologie ne s’étaient jamais rencontrés longuement. C’est chose faite. L’éco-festival Climax, à Darwin Ecosystème (Bordeaux), les a réunis ce week-end. Ovationnée par plus de 2 000 personnes, la primatologue et éthologue britannique Jane Goodall y a livré samedi son message d’espoir dans sa conférence «Reasons for Hope» («des raisons d’espérer»), qu’elle donne dans le monde entier plus de 300 jours par an. Le sociologue et philosophe français Edgar Morin, lui, a lancé dimanche son «Appel des fraternités», où il plaide pour la solidarité envers les déplacés, les sans-voix, la nature et les opprimés, et pour la construction d’un monde plus juste. Elle est une femme de terrain, lui un homme de lettres. Elle a 84 ans, lui 97. Tous deux ont l’ouïe parfois défaillante, mais le regard lumineux et malicieux, l’esprit alerte, l’engagement chevillé au corps. Et quand ils se mettent à discuter, difficile de les arrêter.

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Vous connaissez bien Nicolas Hulot, tous les deux. Que vous inspire sa démission fracassante ?

Jane Goodall : Cela démontre tragiquement que même quelqu’un qui se soucie autant que lui de l’environnement et qui se trouve à un poste de ministre se trouve impuissant. Et cela, alors même qu’il sait ce que nous devons faire pour sortir du désordre que nous avons provoqué. Sa démission prouve que les politiques ne sont toujours pas prêts à prendre les bonnes décisions. Ils pensent toujours aux résultats financiers, à satisfaire le monde des affaires, les multinationales, et à leur prochaine élection.

Edgar Morin : Comme dit Jane Goodall, c’est une tragédie, qui révèle qu’il y a deux univers mentaux, psychologiques, intellectuels qui sont incapables de se comprendre l’un l’autre. D’abord l’univers techno-économique, celui de nos dirigeants, qui domine notre société et ne voit le monde qu’à travers des chiffres, qui ne voit que croissance, rentabilité, compétitivité, PIB… L’autre univers, lui, voit la tragédie humaine de la planète qui se dégrade, la nécessité de changer totalement de voie, d’abandonner ce pseudo-scientifique libéralisme économique…

Nicolas Hulot a fait une petite erreur en disant que la clé, c’est de réconcilier l’écologie et l’économie. Non, le vrai problème, c’est que cette économie-là est irréconciliable avec l’écologie. Mais il y a d’autres économies, fondées sur d’autres données. Il y a moyen d’adopter une nouvelle voie. Il faudrait changer et rendre propres toutes les sources d’énergie, dépolluer les villes et les piétonniser, dépolluer les campagnes, refouler l’agriculture et l’élevage industrialisés au profit d’une autre agriculture, développer l’artisanat de réparation au lieu de l’industrie du jetable. Cela donnerait du travail, de surcroît intéressant et utile, et la santé à tous. La démission de Hulot devrait avoir le mérite de révéler à une partie de l’opinion la puissance de ceux qu’on appelle les lobbys financiers, qui colonisent et contrôlent presque tous nos ministères. Et de faire comprendre qu’il faut une consommation utile et saine, se débarrasser de ces produits dont les vertus sont purement mythologiques et illusoires. Il faut privilégier la nourriture de proximité et écologique, et non plus ces produits industriels. Bref, cela peut être l’occasion de développer une prise de conscience qui a commencé. Et Nicolas Hulot ne peut plus échapper à sa mission, qui est d’être le porte-voix de cette nouvelle voie.

Le thème central de ce festival Climax est l’effondrement de la biodiversité, qui frappe désormais les espèces communes, les oiseaux ou insectes, jusque chez nous. Vous avez tous deux, au cours de votre vie, été des témoins «privilégiés», si l’on peut dire, de cet effondrement…

J.G. : Tous les deux, nous sommes à la fois chanceux et malchanceux. Chanceux dans le sens où nous avons connu le monde tel qu’il était, mais malchanceux dans le sens où nous avons vu tous les changements qui nous ont menés à la situation actuelle, qui est très dangereuse, car nous devons faire face au changement climatique, à la corruption et à tous les autres maux qui assaillent la planète. Quand j’étais enfant, en Angleterre, notre jardin était rempli d’insectes. La nuit, nous pouvions à peine nous asseoir dehors à cause des moustiques, des moucherons, et parfois nous devions fermer les fenêtres, sans quoi les chambres étaient envahies de papillons de nuit ou de hannetons. Le matin, j’étais réveillée par le chœur de l’aube, le pépiement des oiseaux qui entrait dans la pièce, j’apprenais leurs différents chants. Aujourd’hui, dans le même jardin, la même maison, alors qu’il s’agit de l’un des endroits les moins urbanisés et les plus préservés du pays, nous sommes tout excités quand nous voyons un seul petit papillon. Aucun insecte n’entre plus dans la maison la nuit, si un petit papillon y parvient, c’est un événement. La semaine dernière, j’ai dit à ma sœur : «Wouhaou, j’ai été piquée par un moustique, il y avait un moustique dans le jardin !» Quand je suis allée pour la première fois dans le parc national de Gombe, en Tanzanie, en 1960, il faisait partie de la ceinture forestière équatoriale qui s’étendait d’Afrique de l’Est jusqu’à la côte Ouest. Aujourd’hui, si vous survolez la région, le parc est un minuscule îlot de forêt tropicale entouré par des montagnes chauves, dénudées, déforestées. C’est à la fin de la Seconde Guerre mondiale que nous avons vu cet immense changement, le début de l’élevage industriel qui nuit à l’environnement en plus d’être horriblement cruel, les pesticides…

E. M. : J’ai la même expérience de la vie. Je me souviens des coquelicots qu’il y avait parmi les blés dans les champs. Je me souviens des oiseaux, parce qu’il y avait encore des vers de terre. De tous ces oiseaux les plus divers qui étaient dans les jardins. De cette vie qui nous accompagnait. Aujourd’hui, j’ai un jardin à Montpellier où je vis, c’est une sorte d’oasis de verdure, mais il n’y a presque plus d’oiseaux. J’ai vu un seul papillon au mois de juin, et quelques bourdons. Car autour et malgré ces petites oasis, il y a eu un massacre extraordinaire. Nous pouvons le sentir, nous, en Europe, mais vous dites, Jane, qu’il faut aussi penser à l’Afrique, à l’Asie, aux ravages que produit partout cette agriculture monopolisée, intensive, qui détruit les sols… Vous avez parlé très justement de la déforestation, qui est à peine compensée par une petite reforestation, en Afrique, en Amazonie, partout. Nous assistons à un désastre. En 1972, le rapport Meadows nous alertait déjà sur la dégradation de la biosphère. Malgré cet avertissement, on a continué à détruire la vie, la planète. En dépit des conférences internationales, ce processus continue. Donc, nous attendons le sursaut. Et nous faisons notre possible pour éveiller les consciences. Mais c’est une lutte très dure.

J. G. : Chacun attend que les autres agissent. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne parviennent à peu près à respecter leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, promis dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat en 2015, et encore… Mais ils exportent leurs activités sales vers la Chine ou l’Inde, puis achètent les produits finis. Donc, si vous prenez en compte les émissions causées par ces délocalisations, cela ne fait aucun sens. Pour que les gens se réveillent, que faut-il de plus que ce qui s’est passé cet été, ces sécheresses terribles ? Dans certains endroits d’Australie, il n’a pas plu depuis sept ans. Ils doivent tuer tout leur bétail. La Grande-Bretagne a connu son été le plus chaud jamais répertorié. Les ouragans sont plus violents et fréquents. Que faut-il de plus pour agir ?

E.G. : La décision du président américain, Donald Trump, de ne pas respecter l’accord de Paris et de continuer à privilégier le pétrole et toutes ces choses qui polluent est un phénomène terriblement régressif. Non seulement on ne fait pas marche avant, mais on fait marche arrière.

J. G. : Où que j’aille, les gens parlent du changement climatique, de la destruction de la forêt tropicale, tout le monde pointe toujours la Chine. C’est très vrai, elle est partout en Afrique. Mais en Chine même, il y a un énorme effort pour protéger la faune sauvage, restaurer les habitats, contrôler les émissions, ils sont leaders avec l’Inde dans le développement des énergies solaire et éolienne. Mais alors qu’ils font ça et protègent leur propre pays, ils vont dans d’autres territoires et accaparent les ressources naturelles. Donc oui, la Chine fait des dégâts, mais qu’a fait le colonialisme européen ? Exactement la même chose. Que font les multinationales aujourd’hui ? Exactement la même chose. Nous ne devrions pas uniquement blâmer et vilipender la Chine. Elle sert de bouc émissaire. Nous devrions surtout accuser l’ensemble du système politique, économique, l’industrie de l’armement et les multinationales des énergies fossiles, l’industrie du bois…

E.M. : Aujourd’hui, sur tous les continents, si différents soyons-nous, nous avons la même communauté de destin. L’ensemble de l’humanité doit faire face aux mêmes dangers. Il y a celui de l’énergie nucléaire, mais aussi des armes qui se multiplient. L’économie est de moins en moins contrôlée et de plus en plus inégalitaire. Cela crée une angoisse dans le monde qui favorise les particularismes, les racismes, les fermetures. La tragédie, c’est qu’au moment où nous avons besoin d’une conscience de la communauté de destin humaine, au contraire les gens se referment. On chasse les migrants. L’Europe, d’une façon honteuse, n’obéit pas à cette exigence minimum que son humanisme et ses religions lui dictent : l’hospitalité ! Hospitalité, fraternité ! Dans le monde entier, nous vivons une crise de la démocratie et le développement de systèmes autoritaires. Pas seulement en Afrique ou en Asie, mais en Europe même, en Hongrie, en Pologne, en Russie, en Turquie. La vague est terrible. Nous assistons à une régression de la conscience, de la démocratie. Et nous devons résister fortement à cela.

J. G. : Oui, nous le devons. C’est pour cela que je compte sur la jeunesse. Je travaille avec elle dans 80 pays, dans le cadre de notre programme éducatif «Roots and Shoots» («racines et jeunes pousses»). Nous convions des jeunes de différents horizons, et quand ils se retrouvent assis ensemble, toutes les différences s’effacent. Lors d’un de ces rassemblements, nous avons réuni des jeunes Israéliens et Palestiniens. Quand ils sont arrivés, ils ne se regardaient même pas. Mais au bout de cinq jours passés à parler de la façon de faire advenir la paix, le dialogue était rétabli. Nous devons aider les jeunes à comprendre que nous sommes une seule et même famille, que si nous continuons à détruire la nature, c’est la fin de notre avenir à tous. Car nous faisons partie de la nature. Les enfants comprennent cela. Mais aurons-nous le temps, assez de temps pour qu’ils grandissent ? Pouvons-nous en convaincre assez ?

Edgar Morin, vous lancez ce dimanche un «Appel des fraternités». Pour faire face aux immenses défis que représentent le chaos climatique et la sixième extinction massive des espèces, il s’agit de faire preuve de davantage de solidarité entre humains, mais aussi envers les autres êtres vivants, non ?

E.M. : Non seulement nous devons comprendre que nous ne sommes pas des êtres séparés de la vie, mais que tout en ayant une conscience et une culture humaines, nous sommes aussi des animaux. Nous sommes des primates, des mammifères, des vertébrés, nous sommes faits de cellules, nous sommes les héritiers de toute l’évolution de la vie, nous l’avons en nous ! Chaque fois qu’un spermatozoïde rencontre un œuf, il recommence toute l’histoire de l’espèce. En outre, on vivait en Occident dans l’idée que les animaux étaient de pures machines. Seuls ceux qui avaient l’amour des chats ou des chiens savaient très bien que ces derniers n’étaient pas que des machines, mais des êtres qui souffrent, qui aiment, qui ont des sentiments. Aujourd’hui nous savons que même les plantes, que même les arbres communiquent entre eux, qu’il y a de la sensibilité, de l’intelligence, y compris végétale. La vie, les espèces, ne sont pas nées par hasard comme le croient encore certains biologistes, il a fallu une créativité pour qu’apparaissent les ailes des papillons, des hirondelles, des chauves-souris, les pattes, l’estomac, le cerveau, tout ceci, c’est la créativité de la vie. Nous ne sommes pas les seuls qui créons, qu’il s’agisse de belles œuvres d’art ou d’architecture.

Bien entendu, nous avons nos différences, mais nous sommes de la vie dans la vie, une petite aventure dans l’aventure de l’univers. Nous devons être solidaires, savoir que nous sommes des enfants de la Terre, mais aussi du cosmos, sans savoir très bien pourquoi ni comment. C’est cette solidarité avec le monde que portaient certaines conceptions que nous avons rejetées, comme celle par exemple des populations des Andes pour qui la Pachamama, la Terre mère, était primordiale. Ils faisaient partie de la nature, la nature était en eux. Nous devons retrouver cette idée fondamentale.

J. G. : Je ne pourrais pas être davantage d’accord avec vous. Ce qui me fascine, c’est le changement que j’ai vu au cours de ma vie, et que vous avez vu aussi, Edgar. Quand j’ai commencé à étudier les chimpanzés, je n’avais pas été à l’université. L’anthropologue Louis Leakey m’a envoyée sur le terrain parce qu’il voulait quelqu’un dont l’esprit n’était pas encombré par la pensée réductionniste de la science de l’époque. Donc je suis allée à Gombe, j’ai appris à connaître les chimpanzés dans leur individualité : David Greybeard, Flo, Figan et les autres. Puis, au bout de 18 mois, Leakey m’a dit qu’il m’avait obtenu une place à Cambridge pour faire un doctorat en éthologie. Je ne savais même pas ce qu’éthologie voulait dire ! Donc j’y suis allée, j’étais un peu nerveuse à l’idée de rencontrer ces professeurs érudits. Alors imaginez comment je me suis sentie quand ils m’ont dit que j’avais tout fait de travers : «Vous n’auriez pas dû donner des noms aux chimpanzés mais des numéros, vous ne pouvez pas dire qu’ils ont une personnalité, une intelligence ou des émotions, ce sont des qualités propres à l’homme.» Mais comme vous avez dit, Edgar, heureusement, j’avais eu un formidable professeur, enfant, et il m’avait transmis assez de savoir pour comprendre que sur ce plan, ils avaient tort. Ce professeur, c’était mon chien, Rusty. Quand vous partagez votre vie avec un chat, un chien ou un lapin, vous savez.

De plus en plus de travaux scientifiques confirment cette intelligence, cette sensibilité animale et végétale…

J. G. : Oui, la science a enfin commencé à l’admettre. Les chimpanzés ont ouvert la voie à cela, car ils nous ressemblent biologiquement, leur ADN a la même structure, leur système immunitaire, leur sang, l’anatomie de leur cerveau ressemble à celle du nôtre. Et petit à petit, la science a appris davantage de choses en étudiant sur le terrain les éléphants, les lions… Et les scientifiques ont admis qu’ils avaient peut-être tort, que les animaux étaient peut-être intelligents, qu’ils avaient peut-être des émotions, une personnalité… Pendant longtemps, il était admis que les mammifères avaient ces qualités. Mais pas les oiseaux, car leur cerveau est structuré différemment. Ensuite sont intervenues ces découvertes sur les corbeaux, qui peuvent accomplir certaines tâches plus vite que les chimpanzés, en raisonnant ainsi : «Pour obtenir telle chose, je dois obtenir tel outil, et pour cela, je dois trouver cet outil-là, etc.» Ils peuvent élaborer un raisonnement complexe, en allant jusqu’à sept étapes de déduction. Aujourd’hui, la recherche sur l’intelligence des oiseaux est foisonnante. Quant aux poulpes, ils n’ont même pas un cerveau en tant que tel, mais un système nerveux central, et peuvent faire des choses incroyablement intelligentes. Et je viens de lire que les bourdons dégagent le passage pour faire leur nid. Ils peuvent aussi apprendre à confectionner une petite bille, et s’ils la laissent tomber dans un trou, ils sont récompensés en miel. Ce qui est fascinant, c’est que les bourdons qui n’ont pas appris mais ont juste regardé les bourdons entraînés ont immédiatement fait la même chose, sans erreur. Le monde n’a jamais été si passionnant. Les jeunes peuvent aujourd’hui étudier la personnalité des animaux, moi je ne le pouvais pas, ça n’existait pas.

Jane Goodall, quelles sont vos raisons d’espérer ? Le véritable espoir pour que l’humanité vive en harmonie avec la nature réside-t-il dans la mobilisation de la société civile, puisque nos politiciens n’agissent pas assez ?

J.G. : J’aimerais que ce soit vrai, que les citoyens puissent influencer les politiques. Dans certains pays, ils le peuvent. Mais dans beaucoup d’autres non, et s’ils se mettent à élever la voix, ils sont jetés en prison. Mais mes raisons d’espérer sont distinctes de la politique. D’abord, il y a la jeunesse. Partout où je vais, je vois les yeux brillants des enfants, des étudiants, qui veulent dire à «Dr Jane» ce qu’ils ont fait pour rendre le monde meilleur pour les gens, les animaux et l’environnement.

La deuxième raison, c’est que nous commençons à trouver des solutions pour réparer les dégâts que notre stupidité a engendrés, car celle-ci a plongé le monde dans le chaos. Je pense aux énergies renouvelables, mais aussi aux individus qui réalisent que bien que nous nous sentions petits et impuissants, si chacun de nous commençait à penser chaque jour aux conséquences des petits choix que nous faisons, cela nous ferait avancer dans la bonne direction. D’où vient ce produit, comment a-t-il été fabriqué, a-t-il impliqué de la souffrance animale ou des dégâts environnementaux, combien d’énergie fossile a nécessité sa fabrication, est-il bon marché parce qu’il a été fait par des enfants esclaves dans des pays lointains ?

La raison suivante d’espérer, c’est la résilience de la nature. Vous pouvez détruire un endroit, mais en lui accordant du temps et avec parfois un peu d’aide, il peut se restaurer. Les forêts autour de Gombe repoussent, car nous avons travaillé avec les populations locales pour améliorer leurs vies, elles sont devenues nos partenaires dans la protection de la nature. Enfin, il y a les réseaux sociaux. Pour la première fois, ils permettent de rassembler des gens du monde entier, pour qu’ils se lèvent, résistent et clament qu’ils se soucient du changement climatique. Enfin, je crois que l’esprit humain est indomptable. Des gens comme vous, Edgar, s’attaquent à ce qui paraît impossible et ne se résignent pas, n’abandonnent pas.

E.M. : Je place de l’espoir dans l’improbable. Si je considère la probabilité de nous sauver, c’est très inquiétant, nous allons toujours vers plus de dégradations et beaucoup plus de risques dans tous les domaines. Mais, souvent dans l’histoire, arrive un événement improbable. La victoire des nazis sur l’Europe semblait probable, et puis il y a eu la résistance de Churchill en Angleterre, celle de la Russie, et ça s’est renversé. La chute du mur de Berlin était improbable, et pourtant c’est arrivé.

J.G. : Dites cela à Trump, avec son mur idiot. Les murs, ça ne marche pas !

E.M. : Exactement. Je crois qu’il peut y avoir le dépassement d’un seuil critique et de résistance et qu’on peut faire quelque chose de positif. Je ne peux pas dire quand ni comment. Mais ce que vous dites sur les enfants me semble très important. Cela nous montre qu’il nous faut réformer notre système d’éducation. Car, en France en tout cas, l’écologie n’est pas enseignée. Parce que c’est une science qui est multidisciplinaire et que les gens sont enfermés dans leurs disciplines. On n’enseigne pas ce qu’est l’être humain. Si on le faisait, on montrerait que nous ne sommes pas qu’une conscience ou un langage, mais que nous sommes aussi des êtres animaux, que nous avons comme les autres animaux un foie, des organes, des cellules. Il faut réformer l’enseignement pour bien montrer notre réalité. Et puis, dans son poème Patmos, le grand poète allemand Friedrich Hölderlin dit que là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Plus nous serons près du danger, de l’abîme, plus, peut-être, nous comprendrons qu’il faut en sortir. Ce sont des espoirs fragiles. Mais dans la vie, l’espoir n’est jamais une certitude, l’espoir est une possibilité, même faible. C’est dans ce sens qu’il faut aller.

Coralie Schaub

LES HÉROS SONT TOUS MORTS : Commentaire (1)

Par Le 09/09/2018

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Un grand bonheur. Mille mercis à ce lecteur. 

En espérant qu'il y en aura d'autres.

Je sais combien c'est essentiel pour la "médiatisation" d'un ouvrage et j'aimerais immensément que la maison d'édition soit encouragée dans la publication de mes autres romans et qu'elle se trouve récompensée pour son engagement.

 

 

 


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CAJIM

5,0 sur 5 étoilesC'est un beau roman...

9 septembre 2018

Format: Format KindleAchat vérifié

... et une belle histoire que celle de cette mallette pleine d'argent. D'abord pcq si cela nous arrivait, qui peut dire ce que nous en ferions, et l'auteur exploite le champ des possibles en campant divers personnages qui doivent faire un choix, rapide, dans l'urgence, et décider de l'avenir d'une telle somme (plus d'un million d'€ tout de même). La narration change avec chaque personnage, ce qui est signe d'une grande maîtrise d'écriture. Une maîtrise qui frôle l'excellence lorsque ce personnage est la championne de course en montagne. On sent que l'auteur connait le sujet, et les phrases, courtes, rythmées, précises, aux métaphores et personnifications judicieusement choisies m'ont accroché à l'histoire dans laquelle, finalement, cette mallette est accessoire. Il en va de la nature humaine avant tout, de sa pesanteur, de son manque de recul, de sa vision limitée par le bout de son nez... J'ai été agréablement surpris par la qualité d'écriture de Thierry Ledru, car le thème au départ ne m'inspirait pas spécialement et le genre encore moins. Pourtant, j'ai découvert un rythme et une technique de rédaction riche, dont il a su dompter l'élan qui semble inépuisable. Il aime écrire, cela se sent, on sent aussi dans cet élan une réelle générosité envers ses lecteurs.
J'ai noté quelques phrases que j'ai trouvé magnifiques. Lorsque l’héroïne court dans la montagne : "Fluidité des foulées, le souffle régulier, alternance des bras, tirer en arrière, appuyer sur les bâtons, sentir l'enroulement de l'épaule à chaque poussée, ouvrir la cage thoracique, ne pas se crisper, repérer les tensions, les déséquilibres, les mouvements parasites, ne pas laisser les inquiétudes se nourrir des énergies intérieures."
"Des nuées de brumes valsaient lentement dans des arabesques animales. Elles se retrouvaient parfois englobées par des nappes froides, des cotons translucides qu'elle traversait comme des marées légères puis survenaient étonnamment des courants tièdes, des haleines opaques qui l'isolaient de tout puis s'effaçaient subitement, effacées par des vents teigneux."
"Sa vie entière dans la dimension d'un pas, une vie, une autre, une vie, une autre, chaque appui concentrant l'intégralité de sa puissance, chaque avancée comme une épuration."
Et celle-ci qui reflète peut-être le mieux la finalité du roman : "Arrête de penser quand ça ne sert à rien. Tu manges quand tu as faim, tu bois quand tu as soif, tu dors quand tu es fatiguée, tout cela est nécessaire parce que ton corps en a besoin. Fais la même chose avec ton esprit, apprends à penser quand c'est nécessaire. Là, tu pourras saisir la réalité. Sinon, tu l'étouffes."
Bravo à cet auteur pour ce gros travail d'écriture.

Augmentation des températures

Par Le 09/09/2018

Carte du New York Times

New York Times capture d'écran

Sur le web, de nombreuses infographies animées permettent de visualiser les effets du dérèglement climatique sur notre environnement. Celle mise en ligne par le New York Times fin août fait froid dans le dos.

"Donne moi ton lieu et ta date de naissance et je te dirai si tu pourras encore y vivre dans quelques années !" Tel est le principe de l'infographie animée mise en ligne par le New York Times il y a quelques jours alors que l'été 2018 s'est révélé, une fois encore, le plus chaud de l'histoire en France.

En haut de page il suffit de renseigner votre commune et votre année de naissance, et si l'information est disponible, une animation interactive commence par vous donner le nombre de jours qui dépassait les 32 degrés durant l'année de votre naissanceavant de vous embarquer dans le monde d'aujourd'hui et de vous livrer aux prévisions de demain. Pour ma part, je suis née à Nantes en 1981, mais comme la commune n'est pas disponible j'ai rentré celle dans laquelle j'ai passé ma petite enfance : Nevers, dans la Nièvre. L'infographie me relève alors qu'il n'y avait à l'époque que trois jours par an susceptibles d'atteindre les 32 degrés, contre six aujourd'hui et sans doute 14, en moyenne (cela pouvant aller jusqu'à 36 jours par an !), quand j'aurais 80 ans...

Avec l'aide du Climate Impact Lab (un groupe de scientifiques du climat, d'économistes, de statisticiens de différentes universités aux Etats-Unis), le journal américain explique que la situation est susceptible d'être aggravée si les comportements ne changent pas sous peu ou que l'accord de Paris n'est pas respecté. Car comme l'explique très bien le journaliste Stéphane Foucart dans Le Monde, les anomalies de températures doivent être considérées "avec quatre faits simples à l’esprit" :

Le premier est que, malgré le caractère extravagant de cette succession de calamités observées cet été, nous n’en sommes aujourd’hui qu’à 1 °C de réchauffement moyen, par rapport à l’ère préindustrielle. Le deuxième est que chaque degré supplémentaire produira plus de dégâts que le degré précédent. Le troisième est que les engagements en vigueur de l’accord de Paris nous emmènent vers un réchauffement de 3 °C environ. Le quatrième, enfin, est qu’une catastrophe d’une plus grande magnitude encore semble sur les rails, puisque ces engagements, aussi insuffisants soient-ils, ne sont même pas en voie d’être respectés."

Comme le rappelle le New York Times, certaines régions du monde - notamment en Asie, à Jakarta ou en Indonésie, mais aussi plus près de nous, à Madrid par exemple, connaissent déjà toute l'année ce qu'il risque de se passer dans ma ville natale d'ici 40 ans... Or ce type de climat accroît les risques de maladie, le nombre de décès, et frappe les populations, en particulier les plus vulnérables en premier ! Si en plus l'air est humide, comme cela arrive souvent lors des moussons, les hautes températures seront véritablement invivables... Et là c'est toute l'Asie qui est en première ligne actuellement.

Bref, cessons de jouer à la grenouille qui reste dans une eau qui chauffe à petit feu, changeons dès maintenant de projet de société ! Et si vous avez encore un doute sur la manière dont l'homme bouscule l'équilibre du climat sur terre, consultez donc cette application réalisée par les Décodeurs sur LeMonde.fr. 

https://www.nytimes.com/interactive/2018/08/30/climate/how-much-hotter-is-your-hometown.html

J'ai complété le cadre avec "Chambéry", année de naissance : 1962

C'est  la projection vers ma 80 ème qui ne donne pas envie de rester vivre ici.

Il va falloir monter s'installer à 2000 mètres d'altitude...

Magie de la montagne

Par Le 08/09/2018

 

Montée à la selle du Puy gris, chaîne de Belledonne, 1700 mètres de dénivelée en passant par le lac blanc, le lac noir et le lac gelé. Au lac gelé flottait un long bloc de glace et les reflets, les couleurs, les formes, les lumières m'ont ébloui...Je n'arrivais plus à partir et je photographiais à tout-va :) J'ai rejoint Nathalie qui avait entamé la montée du dernier mur, raide, raide, raide et après la pause au sommet, j'ai ressorti l'appareil à la descente...Le bloc de glace avait dérivé avec le vent et les reflets sur l'eau avaient changé. Magique...

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Le lac blanc

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le lac noir

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Le lac gelé

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Vue sur le col et le mur final...Raide.

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Le lac gelé en bas.

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Argent liquide liquidé...

Par Le 05/09/2018

On le sait depuis un moment et les choses s'accélèrent. Que le brexit soit passé par là ne change rien au problème. Les banques n'ont pas de frontières réelles. 

Alors, bien évidemment, dans mon esprit tordu, j'essaie de voir les conséquences possibles.

Comme il est dit en fin d'article, qu'en sera-t-il en cas de bug informatique ou de black out ? Gardez des pièces, on ne sait jamais...

 


A Londres, le début de la fin de l'argent liquide

AFP 05/09/2018 à 13:06

La chanteuse de rue Charlotte Campbell utilise un lecteur de carte bancaire sans contact pour récolter des dons, au pied du London Eye (grande roue) à Londres le 1er septembre 2018 ( AFP / Daniel LEAL-OLIVAS )

La chanteuse de rue Charlotte Campbell utilise un lecteur de carte bancaire sans contact pour récolter des dons, au pied du London Eye (grande roue) à Londres le 1er septembre 2018 ( AFP / Daniel LEAL-OLIVAS )

Pendant des siècles, les artistes et vendeurs de rue ont pu compter à Londres sur la menue monnaie amassée auprès des passants pour vivre. Mais avec la disparition progressive de l'usage de l'argent liquide dans la capitale britannique, la nécessité de s'adapter s'impose.

C'est ce qu'a rapidement compris la chanteuse Charlotte Campbell, l'une des premières à adopter un lecteur de carte bancaire sans contact pour faire rémunérer ses prestations à l'ombre du London Eye, surnom donné à la grande roue posée sur la rive sud de la Tamise.

"Les gens ont pris l'habitude de tout payer par carte", dit la jeune femme de 28 ans à l'AFP, une couronne de fleurs artificielles posée sur ses cheveux blonds. Or "si les gens n'ont plus de monnaie, l'art de rue risque de disparaître", ajoute-t-elle en cet après-midi de fin d'été.

Désormais, 5 à 10% de ses revenus ne proviennent plus de pièces de monnaie jetées dans sa housse de guitare mais de paiements effectués sur le petit lecteur portable de cartes, qu'elle a programmé pour débiter 2 livres (2,22 euros).

- A l'Eglise aussi -

Le lecteur de carte sans contact de la chanteuse britannique de rue Charlotte Campbell, à Londres le 1er septembre 2008 ( AFP / Daniel LEAL-OLIVAS )

Le lecteur de carte sans contact de la chanteuse britannique de rue Charlotte Campbell, à Londres le 1er septembre 2008 ( AFP / Daniel LEAL-OLIVAS )

Les chiffres du gouvernement lui donnent raison. Selon un rapport du Trésor publié cette année, la part des paiements en liquide au Royaume-Uni est tombée de 62% en 2006 à 40% en 2016. Une proportion qui devrait chuter à 21% en 2026, pronostique le document. Le ministère encourage le mouvement en interdisant depuis janvier aux commerçants de faire payer des frais pour l'utilisation de cartes de paiement.

Autre signe que la disparition des pièces et billets de banque est en route dans la capitale britannique, un certain nombre d'adresses pour déjeuner dans la City, l'épicentre de la finance du pays, ne les acceptent plus.

Quant aux vendeurs du magazine The Big Issue, dont les recettes sont destinées à aider les personnes pauvres ou sans-abri, ils ont aussi adopté des lecteurs de cartes sans contact pour faire face à l'absence de monnaie des passants.

A l'église Christ Church East Greenwich, dans le sud-est de Londres, on utilise encore une corbeille pour la quête du dimanche, mais depuis l'an dernier, la révérende Margaret Cave a aussi déployé un lecteur sans contact.

"Les montants sont crédités de manière sûre sur votre compte bancaire, personne ne peut s'en emparer, donc c'est mieux que l'argent liquide de ce point de vue", estime-t-elle.

- "Guerre contre le cash" -

Le phénomène n'a cependant pas l'heur de plaire à tous.

"Une société sans liquide pose des problèmes de trois ordres", juge ainsi l'expert financier Brett Scott, auteur d'un guide sur la finance mondiale: "Celui de la surveillance - on sait ce que vous faites; celui de l'exclusion financière - vous pouvez être exclu du système; et la question de la cybersécurité", énumère-t-il.

Les dons affluent encore en pièces de monnaie pour les artistes de rue, mais aussi dorénavant par lecteur de carte sans contact. A Londres le 1er septembre 2018 ( AFP / Daniel LEAL-OLIVAS )

Les dons affluent encore en pièces de monnaie pour les artistes de rue, mais aussi dorénavant par lecteur de carte sans contact. A Londres le 1er septembre 2018 ( AFP / Daniel LEAL-OLIVAS )

Selon lui, banques, sociétés de service de paiement, gouvernement et entreprises de technologie financière sont engagés depuis deux décennies dans "une guerre froide contre le cash", essayant de convaincre le public que pièces et billets constituent un inconvénient.

"On peut envisager ça un peu comme une gentrification du paiement", estime l'analyste. "On essaie de pousser toute forme d'activité informelle ou non institutionnelle dans un enclos numérique que l'on peut surveiller et utilisable par de grandes institutions".

Les sans-abri, les réfugiés et ceux qui ont du mal à obtenir l'ouverture d'un compte bancaire pourraient être exclus de cette nouvelle économie, met-il en garde.

L'histoire récente semble donner raison aux pourfendeurs d'une trop grande confiance placée dans les technologies de paiement par carte: au mois de juin, quelque 5,2 millions de transactions par carte Visa - dont 2,4 millions rien qu'au Royaume-Uni - avaient été bloquées pendant plusieurs heures, laissant commerçants et consommateurs bien dépourvus.

Message de l'Intelligence artificielle

Par Le 04/09/2018

Je sais ce que j'écrirai quand j'aurai terminé la trilogie en cours. A moins qu'elle ne devienne une quadrilogie...

Trouver la paix en soi

Par Le 04/09/2018

Première séance d'écoute musicale en classe.

J'ai beaucoup parlé ces deux premiers jours.

Sur l'attention, la concentration, les pensées, les émotions, la paix, la conscience, l'esprit, le mental, le calme, la vie en soi, l'amour.

Il était temps de les amener à chercher en eux...

 

« Rien sur la table, aucun objet, enlevez vos montres ceux ou celles qui en ont une. Vous pouvez garder les yeux ouverts mais vous les laissez dans le flou, sans rien fixer, sans rien identifier, juste ouverts sur rien de précis, comme si vous étiez dans le brouillard. Ou vous fermez les yeux. Vous pouvez croiser les bras sur la table et y poser la tête.

La seule chose qui importe, c’est que vous ne fassiez rien et que vous le fassiez bien. Rien, ça signifie aussi de laisser les pensées aller et venir, sans chercher volontairement à les saisir et à les développer. Vous allez inévitablement avoir des pensées mais ne faites rien avec elles. Laissez-les passer.

Il arrivera même peut-être à un instant que vous réalisiez que vous ne pensiez à rien mais à ce moment-là, il s’agira de la pensée qui vous dit que vous ne pensiez à rien.

C’est très bien. Laissez cette pensée partir comme les autres.

Vous écoutez, c’est tout, c’est la seule chose sur laquelle vous devez être attentifs. Souvenez-vous de mes explications. Etre attentif, c’est percevoir le monde extérieur. Etre concentré, c’est se retirer du monde extérieur et percevoir le monde intérieur.

Pour entendre la musique, vous devez être attentifs à elle, uniquement à elle puis lorsque la musique vous aura totalement investie, qu’il n’y aura plus qu’elle en vous, qu’il n’y aura qu’elle qui agira sur votre conscience et que les pensées s’apaiseront, doucement, lentement, alors vous sentirez la présence de votre conscience en vous, non pas une conscience vers le monde extérieur mais une conscience de la vie en vous.

Votre respiration, les mouvements de votre cage thoracique, la chaleur, les points de contact de votre tête sur vos bras, de vos fesses sur la chaise, de votre dos contre le dossier.

Ne faites rien d’autre que de regarder tout ça depuis l’intérieur.

Peut-être que vous aurez envie de bouger un peu, faites-le, sans bruit, puis recommencez à observer le calme.

Ne faites rien d’autre.

Puis, peut-être qu’à un moment, vous ne ferez plus rien. Rien du tout. Peut-être que vous n’entendrez plus vraiment la musique, peut-être qu’elle ne sera plus que des sons lointains, peut-être que vous n’aurez plus aucune pensée, peut-être que vous commencerez à vous enfoncer dans une sorte de sommeil.

Laissez faire. Imaginez juste une dernière chose.

La vie en vous est heureuse de cette paix intérieure.

Mais n’attendez rien de tout ça, ne vous demandez pas si ça va arriver, ne cherchez pas la paix. Si vous la cherchez avec vos pensées, vous ne la trouverez pas.

Elle est déjà là. Elle n’a pas besoin de vos pensées. Elle a besoin de votre amour pour elle. Remerciez-là, enlacez-là, serrez-là contre votre coeur mais pas avec vos pensées...Avec votre amour.

Si vous ne comprenez pas encore tout ce que je dis, si vous ne ressentez pas cette paix et cet amour, ne vous inquiétez pas. Cela aussi, ça s'apprend et pour l'apprendre, il faut commencer par vider de votre conscience tout le bruit que le monde extérieur y a mis. L'amour de la vie s'entend dans le silence intérieur.

Ecoutez."

 

 

Jour de rentrée

Par Le 02/09/2018

Voilà le programme de la matinée, en sachant que toutes les réponses seront reprises et développées dans les jours prochains et au fil du temps.

Jour de rentrée

 

Pourquoi êtes-vous là ?

  1. Je suis obligé
  2. J’ai envie.

 

Quels mots utiliseriez-vous pour décrire votre état intérieur aujourd’hui :

joie, plaisir, tristesse, colère, curiosité, impatience, bonheur, malheur, inquiétude, peur, angoisse, confiance, sérénité, injustice

(Vous pouvez en ajouter)

Entourez le chiffre qui correspond à vos pensées.

  1. Plutôt que de venir à l’école, je préférerais disposer de mon temps et faire ce que je veux.
  2. J’aime bien apprendre en classe.
  3. J’aime bien apprendre tout seul quand j’ai envie.
  4. Je n’essaie pas d’apprendre quelque chose quand je ne suis pas à l’école.
  5. Je m’ennuie parfois quand personne ne s’occupe de moi.
  6. J’ai des camarades à l’école.
  7. J’aime bien rencontrer de nouvelles personnes.
  8. J’aime bien rester tout seul, tranquille.
  9. J’ai envie d’apprendre de nouvelles choses.

 

Pour la réponse 1 du début, dites ce que vous feriez de votre temps si vous ne veniez pas à l’école.

Pour la réponse 2 du début, dites quelles sont les trois raisons principales de votre envie d’être à l’école.

Si vous avez répondu que vous préféreriez ne pas venir à l’école, étant donné que vous êtes quand même obligés d’être là, que comptez-vous faire chaque jour de classe ?

Si vous avez répondu que vous avez envie d’être là, que ferez-vous lorsqu’une matière scolaire ne vous plaît pas autant que d’autres ?

Maintenant, je vais donner mon point de vue :

  • Je n’ai pas envie d’être là.
  • Je préfère utiliser mon temps comme j’en ai envie.
  • J’aime apprendre ce que je veux, ce qui m’intéresse et pas ce qu’on m’oblige à apprendre.
  • J’aime écrire, faire du sport, lire, m’occuper de mon potager, bricoler, voyager ou ne rien faire. Je ne m’ennuie jamais.
  • Je préfère rencontrer uniquement les gens que j’aime ou personne.

Maintenant, comme je suis obligé d’être là, il ne servirait à rien que ça me mette en colère ou que je sois triste. Je choisis donc de me concentrer sur les choses qui me plaisent pour que mes journées soient les plus intéressantes possibles.

Je suis heureux d’apprendre de nouvelles choses à mes élèves et de leur montrer que la connaissance est un élément indispensable de la vie. C’est le plus important pour moi et ça suffit à mon bonheur d’être là.

Trail de l'échappée belle

Par Le 02/09/2018

 

Léo, le benjamin de la famille, fait partie des 30 et quelques % de "finishers" de l'ultra trail de "l'échappée belle", c'est à dire la traversée de la chaîne de Belledonne de Vizille à Aiguebelle : 144 km et plus de 11 000 mètres de dénivelée. L'an passé, il avait dû abandonner à 30 km de l'arrivée avec un genou bloqué mais là, malgré la pluie, le froid et le vent, les chevilles et les mollets tétanisés, il est allé au bout...

Départ de Vizille vendredi à 6 h du matin et il a fini cette nuit à 4 h. Les dernières heures ont été très, très éprouvantes au point que la ligne semblait inatteignable et que chaque pas est un pas de trop.

Nathalie a géré la partie : encouragements, conseils, vêtements, biscuits énergétiques maison, thé, café, sur tous les ravitaillements et les massages des jambes de Léo, allongé dans le coffre de la voiture. 

J'ai accompagné Léo sur la dernière partie et vraiment, vraiment, vraiment c'est absolument énorme, physiquement et psychologiquement... Là, il faut aller chercher les ressources les plus profondes, celles dont on ne sait même pas qu'elles existent...Immensément heureux et ému d'avoir vécu les 30 derniers kilomètres avec lui et de pouvoir le prendre dans mes bras après qu'il ait secoué la fameuse cloche de Belledonne que tous les participants rêvent d'atteindre...

Un ami me demandait :

"Ne devrait-il pas y avoir une limite qui s'appellerait la raison ?

- La raison, c'est de vouloir connaître intégralement ce qui est en soi. La déraison, c'est de penser que tout est connu. D'autre part, est-il raisonnable de voir autant de gens détruits par leur situation professionnelle, physiquement et psychologiquement, sans que RIEN, absolument rien de positif n'en soit retiré ? Ou de voir autant de gens détruits par une suralimentation sans que RIEN de positif n'en soit retiré ? ... Il y a beaucoup de situations dans ce monde "moderne" qui relèvent de la destruction, sans qu'aucune lucidité ne soit développée, aucun effet positif, aucun éveil, aucune connaissance profonde de l'être, juste un cadre "carcéral existentiel", des conditionnements, des "abandons", des désespérances qui finissent par être chroniques... Dans l'effort physique, volontaire, et qui suit un énorme entraînement personnel, physique et psychologique, (Léo s'est préparé pendant des mois) la décision est un choix délibéré et elle est assumée parce qu'elle engendre une exploration de soi qui dépasse le cadre "normal" de l'existence et ce qui est découvert est difficilement transmissible. On rejoint la problématique de l'alpinisme par exemple et de la fameuse expression de Lionel Terray : "les conquérants de l'inutile." C'est considéré comme "inutile" parce que ça n'a pas de valeur marchande (hors cadre professionnel sponsorisé) , parce que c'est totalement "déraisonnable" aux yeux de tous. Mais il faut regarder le regard de ceux et celles qui le vivent pour avoir une idée, une toute petite idée de ce que ça génère...Les yeux de Léo, cette nuit, malgré son extrême fatigue... je sais un peu ce qu'est cette "lumière"... J'ai passé un sacré paquet d'années à essayer de traduire ça dans mes romans. Maintenant, il prendra le temps nécessaire à sa récupération, il en retirera les "leçons" et il s'améliorera encore puis il trouvera un autre objectif, un palier supplémentaire, pour aller chercher ce qui n'est pas encore extrait et au final, c'est ce que fait l'humanité depuis son premier jour : aller voir plus loin, apprendre, découvrir, en retirer les enseignements, se connaître, partager, aimer la vie en soi, jusqu'à plus soif et pourtant, voir jaillir un jour le désir irrépressible de boire encore cette liqueur sublime, "l’élixir de vie"."

Première nuit, Léo, accompagné par un ami. Plusieurs camarades montagnards se sont partagés les tronçons pour que Léo soit toujours accompagné. J'ai pris la dernière partie, là où il avait dû abandonner l'an passé.

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C'est très particulier la marche en montagne de nuit, une ambiance très forte, une concentration totale sur soi et le pas à faire, rien d'autre n'est visible et c'est un retournement intérieur indéfinissable...

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Une dernière pour la route

Par Le 30/08/2018

J'en ai lu un paquet de chroniques sur Nicolas Hulot. J'y vois beaucoup plus clair désormais.

Celle-là me plaît beaucoup.

Tout est dit. Son admiration pour Macron et Philippe et le mal, effectivement, que sa présence au gouvernement a induit sur les mouvements écologiques, une caution morale et politique qui a eu des effets destructeurs.

Peut-être qu'un jour, Hulot s'expliquera.

Un problème qui, bien avant d'être politique, est un problème planétaire.

Une dernière pour la route et la route va être longue.

 

"Nicolas, merci d’avoir enfin craqué"

 

 Nicolas Hulot, le 18 juin 2018 à l'Elysée. ( CHAMUSSY/SIPA)

Lettre ouverte de Claire Nouvian, chroniqueuse à "l'Obs", présidente de l'association Bloom, et prix Goldman de l'environnement, à Nicolas Hulot.

Par 

Cher Nicolas,

Merci de t'être libéré, et de nous avoir libérés par la même occasion, d'un mensonge indigne de toi et des Français.

Cela fait plus d'un an que nous assistons avec désarroi, impuissance et inquiétude, à la mise en scène d'une politique qui tente de masquer, derrière des discours, sa vraie nature libérale et hypercapitaliste, profondément incompatible avec les décisions de long terme qu'impose l'impératif de survie de la biosphère.

Ces discours n'ont pas un seul instant dupé les experts, qu'il s'agisse des scientifiques ou des associations luttant contre la destruction des normes sociales, humanitaires, climatiques ou environnementales…

Emmanuel Macron se prend peut-être pour Jupiter mais il n'est pas sorti de sa cuisse !

Il avait d'ailleurs déjà imprimé sa marque lors de son passage au ministère de l'économie dans le gouvernement Hollande :

  • il s'était prononcé en faveur de l'extraction d'or en Guyane par un conglomérat russo-canadien
  • il avait signé le décret d'extraction des sables en baie de Lannion (à proximité de zones protégées Natura 2000)
  • il avait donné un avis défavorable à la publication en toute transparence des subventions publiques versées au secteur de la pêche (et majoritairement accaparées par les lobbies de la pêche industrielle)
  • il avait montré sa proximité avec les lobbies au moment de sa "loi Macron"
  • il soutenait déjà les traités de libre-échange qui facilitent l'emprise des multinationales sur nos vies et soumettent nos juridictions nationales ou européennes à leur joug.

Alors, Nicolas, ma question, c'est : sur quelles bases as-tu pu croire qu'Emmanuel Macron mènerait une politique favorable à l'environnement ? Qu'est-ce qui a présidé à ton choix d'offrir ta crédibilité à ce gouvernement, plutôt qu'à un autre, en dépit du fait que le candidat Macron avait soigneusement évité de prendre des engagements concrets et ambitieux sur la transition écologique ?  

Les présidents successifs depuis Chirac t'auraient décroché la Lune pour te compter dans leur gouvernement, mais c'est au moins-disant d'entre eux, en matière d'écologie, que tu as fait le cadeau de ton nom et de ce qu'il porte de sincérité et de constance pour la protection du vivant, des écosystèmes, du climat et des victimes de nos dérèglements…

Dans le milieu de la protection de l'environnement, des droits de l'homme, des associations de lutte contre la corruption et l'évasion fiscale, le ruissellement de mauvaises nouvelles qui a suivi l'élection d'Emmanuel Macron n'a rien de surprenant. C'est au contraire en toute cohérence avec son credo néolibéral que ce gouvernement agit.

Tes révélations sur la présence du lobbyiste des chasseurs, Thierry Coste, dans les premiers cercles du pouvoir, ont permis de déchirer le voile de ce que nous, écologistes aux prises avec ces lobbies, savons et dénonçons depuis les tout débuts de ce gouvernement :

avec Macron, les lobbies ont changé d'ère. Ils ne font plus le siège du pouvoir. Ils SONT au pouvoir.

Lorsque l'on désigne l'ancien chef des relations publiques d'Areva au poste de Premier ministre, il ne faut pas s'étonner du renoncement du gouvernement aux engagements de la transition énergétique sur le nucléaire. Lorsque l'on confie le ministère de l'Agriculture à un proche de la FNSEA, après avoir pensé le confier directement à sa présidente, on récolte ce que l'on a semé : la fin des aides à l'agriculture bio, des états généraux de l'alimentation transformés en mascarade de consultation citoyenne, pilotés par les lobbies et dont le gouvernement a largement ignoré les résultats.

Pendant ce temps, un tiers de nos agriculteurs tente de survivre avec un revenu de 350 euros par mois. Face à cette précarité inhumaine, à un avenir bouché, sans espoir, un agriculteur se suicide tous les deux jours.

Qu'Emmanuel Macron n'ait pas tout mis en œuvre pour tenir sa promesse d'assurer un "juste prix" aux paysans pour qu'ils puissent "vivre dignement" de leur travail, est d'une brutalité insoutenable.

Voilà le visage sans fard du capitalisme débridé qui a perdu la mesure des choses, qui œuvre dans une seule logique de profit mangeuse d'hommes et du vivant. Quand 15.000 scientifiques avertissent l'humanité que "de grandes misères humaines" nous attendent si nous ne changeons pas radicalement notre gestion de la Terre et de la vie, quand les insectes ne maculent plus nos pare-brises l'été parce qu'ils ont disparu de nos campagnes, quand les chalutiers industriels s'équipent d'électrodes pour déloger les derniers poissons, c'est le signe que nous sommes en guerre contre la nature. Et tu le sais mieux que personne. Tu sais que ce n'est pas une politique du compromis du plus faible, une politique d'ajustements à la marge qui peut nous éviter le décrochage des écosystèmes et des humains avec eux.

Alors oui, on s'est questionnés sur tes motivations, tes objectifs… On est sans doute loin d'imaginer ce que ta présence a permis d'empêcher ou de limiter.

On attend de toi que tu rendes compte de cela avec sincérité, car te voir avaler autant de couleuvres était une souffrance pour nous.

Cela ne nous a pas aidés non plus. Ta présence au gouvernement lui a donné une caution, ta caution, et nous a fait passer pour des extrémistes. Critiquer l'action d'un homme apparemment aussi "raisonnable" que Macron a rangé les associations environnementales, les acteurs de la transformation agricole, les pêcheurs artisans broyés par les industriels, les défenseurs des droits de l'homme, tous ceux qui œuvrent pour une transition vers un monde plus juste et plus durable, dans la boîte des "radicaux".

Tu n'avais pas de "troupes" derrière toi, dis-tu. Mais en quoi est-ce surprenant ? Cela se négocie ! La politique, ce n'est rien d'autre qu'un rapport de force de chaque instant ! C'est se battre pour la composition de son ministère, ne pas accepter de se faire imposer les secrétaires d'Etat ou les membres du cabinet. C'est arracher avec les dents les arbitrages interministériels. C'est dénoncer les coups bas, l'immoralité de certaines décisions. C'est refuser le régime dictatorial de Macron envers la presse. C'est s'émanciper, mettre sous pression, aller chercher sa légitimité dans l'opinion publique. Sous prétexte d'éviter les couacs du quinquennat Hollande, Macron a réinventé les règles du jeu politique et porté des coups au cœur même de la démocratie. Dans un excès d'autoritarisme, il a jugulé les ministres et les députés dans une régression ahurissante de la liberté de parole.

Tu n'es pas assez teigne, Nicolas, tu as trop la culture du compromis pour tenir tête à un personnel politique dont l'égo, l'autorité et l'arrogance ont explosé avec l'accession au pouvoir.

Quand tu dis que tu as une immense admiration pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe, de quoi parles-tu ? De leur charisme ? De leur capacité de travail ? De leur propension naturelle à mener les hommes ? Il faudra épiloguer Nicolas, car nous attendons que tu scindes les relations amicales qui peuvent te lier à ceux avec lesquels tu as interagi pendant des mois, du bilan sans concession de leurs actes.

Ce qui compte pour nous, ce qui devrait uniquement compter pour les Français, ce sont les faits, et il est désormais possible de juger sur pièces. La liste est longue, et sans la vouloir exhaustive, nous en avons dressé un début sur le site de BLOOM. Oublions les discours, jugeons les actes.

La République en Marche s'est empressée d'écrire à ses sympathisants et donateurs pour leur signifier que tout allait bien, que le bilan écologique du gouvernement était "à la hauteur des enjeux". Ils ne manquent pas de ressources pour dresser de tels écrans de fumée destinés à minimiser le séisme politique et idéologique que ton départ provoque. Mais j'ai espoir que les Français sauront tirer les conséquences électorales de ton acte et sanctionner un parti qui nous a trahis, qui a trahi ses militants les plus jeunes et les plus mobilisés en leur faisant croire que la marche du monde pouvait se poursuivre sur les mêmes modèles de pensée, de réussite, de production et de consommation, alors que c'est un mensonge qui met en péril les fondements mêmes de notre stabilité, de notre démocratie et que cela pourrait nous coûter notre liberté et notre avenir.

Nicolas, merci d'avoir enfin craqué. Merci d'avoir permis ce moment tant attendu de grande clarification avant les élections européennes. Désormais les choses sont aussi nettes que le vote d'un amendement : on adopte, on rejette, ou on s'abstient. Les Français ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas. S'ils choisissent la croyance plutôt que la connaissance, s'ils choisissent les discours enjoliveurs du gouvernement contre sa réalité brute, ils le feront en âme et conscience.

Claire Nouvian, fondatrice de Bloom

Cyril Dion : constat et avenir

Par Le 30/08/2018

Démission de Nicolas Hulot : pour Cyril Dion, “Il faut qu’on arrête d’être des enfants”

Emmanuel Macron et Nicolas Hulot le 20 juin 2018 lors d'une visite au Cap Frehel à Plevenon, France.

 

 

“Ne plus se mentir”, a lâché Nicolas Hulot en démissionnant de son poste de ministre de la Transition écologique. Le paysage politique se divise donc désormais entre ceux qui souhaiteront mettre l’écologie au centre de leur projet et ceux qui continueront de faire l’autruche. Cyril Dion, le réalisateur de “Demain”, réagit à cette annonce.

La démission de Nicolas Hulot, mardi 28 août, est un séisme dont on ne mesure pas encore tous les effets. Mais elle clarifie aussi les choses : dans un projet politique qui manifeste, au choix, son mépris ou sa totale incompréhension du drame écologique en cours, la défense de l’environnement n’est plus, aujourd’hui, incarnée par un ministre. Le fauteuil est vide. Comment ne pas se laisser gagner par l’angoisse du vide ? Cyril Dion, confondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et coréalisateur avec Mélanie Laurent du triomphal Demain(César du meilleur documentaire en 2016), publiait en mai un Petit Manuel de résistance contemporaine chez Actes Sud. Entretien.

Dans le Petit Manuel de résistance contemporaine,vous évoquez deux types d’engagement face à la tragédie environnementale : le démantèlement brutal de la société industrielle, notamment par le sabotage ; ou la mobilisation des citoyens, des entrepreneurs et des élus, pour transformer le système « de l’intérieur ». L’échec d’Hulot est-il celui de la méthode pacifiste et démocratique ?

En partie, oui. Mais je consacre plusieurs pages dans ce livre à l’idée que les responsables politiques que nous élisons ont en réalité très peu de pouvoir aujourd’hui pour transformer la société. Les lobbies et les multinationales, les grands pétroliers, les grandes banques ou les Gafa ont bien plus de pouvoir qu’eux pour influer sur la société. Ce que le lanceur d’alerte Edward Snowden appelle l’Etat profond, ces hauts fonctionnaires qui restent de gouvernements en gouvernements et orientent la politique de ces derniers en formatant des responsables parfois inexpérimentés (comme l’était Hulot), ce sont eux, bien souvent, qui tiennent le gouvernail.

Au-delà du pouvoir, il y a les intentions. Emmanuel Macron a-t-il eu, à un moment ou à un autre, le projet de donner une véritable importance à l’écologie ?

Il s’est intéressé au sujet, et comme il a une grande intelligence politique, il a vu combien aller chercher Nicolas Hulot serait un signe très fort dans son projet de dépasser les clivages. Mais depuis un an, on voit bien qu’il n’a jamais eu l’intention de transformer le cœur de sa politique pour donner une place importante à l’environnement. On ne peut pas à la fois demander à Bercy de relancer la croissance, au ministère de l’Agriculture de donner systématiquement ou presque raison à la FNSEA (qui continue de militer pour un modèle agricole résolument productiviste), signer des contrats de libre-échange… et en même temps demander au ministre de l’Ecologie de résoudre les problèmes que tous les autres ministères font naître pour la planète. Ce n’est pas sérieux. Le fond du problème est là. Comme écrivait Naomi Klein dans Tout peut changer, si on veut vraiment inverser le cours du changement climatique, il faut rompre avec le capitalisme tel qu’il existe aujourd’hui. Et Emmanuel Macron n’est pas prêt à le faire – pas plus que les dirigeants qui l’ont précédé.

“Il est urgent que le mouvement écologiste se structure pour prendre le pouvoir”

L’impossibilité de changer le système de l’intérieur, malgré l’urgence, signe-t-elle la mort de toute action pacifique pour la défense de l’environnement ?

Il existe une alternative à la violence. Je consacre la dernière partie de mon livre à une stratégie révolutionnaire non violente qui permettrait, à terme, à ceux qui mettent l’écologie au centre de leurs préoccupations de prendre le pouvoir. Le mouvement écologique souffre pour le moment d’un déficit d’organisation énorme. Pour défendre les intérêts économiques des grandes entreprises polluantes, un escadron de personnes très bien organisées suffit. Elles savent d’ailleurs très bien ce qu’elles font, ces entreprises (le contenu de scénarios développés en interne sur le réchauffement climatique, chez BP et Shell, a fuité) : elles tablent sur un accroissement de 5 degrés d’ici à 2050, dont on sait qu’il serait tragique. Elles ne sont donc pas du tout dans le déni, elles continuent simplement à défendre leurs intérêts. Il est donc urgent que le mouvement écologiste se structure pour prendre le pouvoir. Comment ? En s’appuyant sur un majorité culturelle massive. Il n’y a jamais eu autant qu’aujourd’hui de personnes convaincues par les arguments de la défense de l’environnement, et pourtant cette adhésion aux idées ne se traduit pas par un mouvement de masse. Il faut donc se donner une vision, une stratégie et des étapes. Des mouvements spontanés comme Nuit debout, ou Occupy Wall Street ont occupé des places mais sans stratégie : où leur action devait-elle aboutir ? Des mouvements politiques comme ceux de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon ont bien commencé à intégrer l’environnement dans leur programme, mais ils continuent de se déchirer ! Face à un drame dont les effets pourraient s’apparenter à ceux d’une guerre mondiale, n’y a-t-il pas moyen de s’entendre sur les fondamentaux ? Si un accord n’aboutit pas, la place sera libre pour des mouvements révolutionnaires durs et des actions violentes, ou pour des régimes autoritaires comme en Chine, qui mettent en place une politique de plus en plus répressive sur la question écologique, quitte à mettre les gens en prison lorsqu’ils contreviennent aux règles.

Un hélicoptère de pompier fait tomber de l'eau alors qu'un incendie se déclare près du village de Metochi, au nord d'Athènes, Grèce, le 15 août 2017.

Puisque vous filez la métaphore de la Seconde Guerre mondiale, l’histoire montre malheureusement qu’il a fallu attendre le déclenchement de cette guerre pour que la résistance devienne effective… Cela ne vous rend pas pessimiste ?

Je suis très inquiet, comme tous ceux qui s’intéressent au sujet. Une étude publiée il y a trois semaines par des scientifiques allemands, danois et américains notamment indique que même si l’on tient les objectifs de l’Accord de Paris – limitation du réchauffement à 2 degrés – cela provoquera sans doute des boucles de rétroaction, et les gaz à effet de serre emprisonnés sous le permafrost seront probablement libérés par le dégel. On entrerait alors dans une spirale à 5 ou 6 degrés, et on sait qu’à ce niveau-là une bonne partie du monde devient inhabitable. Oui, il est peut-être déjà trop tard.

Etes-vous favorable au lancement d’actions en justice contre le chef de l’Etat ou le chef du gouvernement, pour non-assistance à personne en danger ou crime contre l’humanité, comme cela existe déjà dans certains pays ?

Absolument. Des initiatives comme cela sont effectivement déjà prises et j’y suis favorable. Il faut utiliser tous les moyens possibles, mobilisation citoyenne comme action en justice. Mais pour cela il faut définir une stratégie, créer une véritable coopération entre tous les acteurs autour d’objectifs atteignables et enchaîner les opérations, comme l’a fait l’ONG Bloom, qui est passée d’une belle victoire sur l’interdiction de la pêche en eaux profondes à l’interdiction de la pêche électrique. Il faut mobiliser et coordonner ONG, élus et entrepreneurs pour faire bouger les choses. Un tel mouvement de base, s’il était efficace, pendant deux ou trois ans, dans une démarche transpolitique, pourrait ensuite présenter des candidats aux élections, certain qu’un vaste mouvement populaire pourrait les soutenir. Mais il faut que les citoyens s’impliquent dans cette transformation. Il faut qu’on arrête d’être des enfants, qu’on se rende compte que la démocratie ne peut fonctionner que si on s’y implique tous les jours.

“Aujourd’hui, la plupart d’entre nous envisage l’écologie comme une perte potentielle [...] Avec Demain, nous avons essayé de montrer que quand on raconte correctement une histoire de l’avenir « inspirante », pour susciter l’enthousiasme et la créativité, ça marche”

Pour que cette mobilisation ait lieu, encore faut-il que le message passe. Nicolas Hulot n’a pas réussi à convaincre Emmanuel Macron de l’imminence du désastre, et les Français eux-mêmes ne semblent pas mobilisés…

Je ne crois pas que le message ne passe pas. Si vous allez dans la rue et que vous demandez aux gens si le réchauffement climatique ou la disparition des espèces pose problème, la plupart vous répondront « oui ». Le problème n’est pas dans la réception du message mais dans la mise en œuvre des actions nécessaires. Barack Obama, en arrivant à la présidence des Etats-Unis, avait sincèrement l’intention de faire plus. Mais comme le dit Snowden, en quelques semaines, on l’a vu faire un virage à 180 degrés, reprendre dans ses équipes des gens de Goldman Sachs, responsables en partie de la crise financière, bref, il s’est fait happer par la machine. On sait aujourd’hui quels peuvent être les principaux moteurs d’une transformation radicale de nos modes de production et d’existence, acceptés par tous : les catastrophes ou les récits. Ce sont les récits qui favorisent le mieux les changements culturels de fond. Les gens ont besoin d’imaginer à quoi ressemblerait un monde vraiment respectueux de l’environnement pour avoir envie de le mettre en œuvre. Aujourd’hui, la plupart d’entre nous envisage l’écologie comme une perte potentielle, le renoncement aux quelques acquis dont nous pouvons profiter, notre confort, notre emploi, notre voiture, etc. Alors nous nous trouvons chaque jour face à des choix cornéliens : « J’ai besoin de ma voiture pour aller travailler, mais si je prends ma voiture, je pollue » ; « Je vends encore des Airbus parce que cela crée des emplois, mais ces mêmes avions polluent terriblement l’atmosphère »… Avec Demain, nous avons essayé de montrer que quand on raconte correctement une histoire de l’avenir « inspirante », pour susciter l’enthousiasme et la créativité, ça marche. Et les initiatives sont innombrables, du Plan climat pour Paris, très ambitieux, aux efforts de certains entrepreneurs pour s’engager résolument sur le plan social et environnemental, sans parler des simples citoyens qui ont changé de boulot…

 

On a tout de même l’impression que c’est la stratégie de la dernière chance…

Il faut aller vite, c’est vrai. En 1938, Daladier et Chamberlain ne voulaient pas repartir pour une guerre, et ils ont choisi la solution la plus raisonnable. Cela n’a pas fonctionné. On ne peut donc pas se rater. Aujourd’hui, je plaide pour la voie non violente, afin d’éviter l’affrontement et le chaos. J’espère qu’on atteindra des résultats par cette voie, et qu’on amortira le choc – car choc il y aura, quoi qu’il arrive. On peut seulement essayer de l’amortir, pour que moins de gens meurent, moins de régimes dictatoriaux fleurissent sur le désastre écologique. En accélérant la révolution culturelle, en transmettant des stratégies révolutionnaires non violentes, j’espère qu’on pourra limiter les dégâts. Si on n’y arrive pas, il faudra en accepter les conséquences.

"Sale temps pour l'écologie"

Par Le 29/08/2018

Je poste cet article qui représente une grande partie de l'opinion des gens au regard de ce que j'ai lu ces deux derniers jours. 

A chacun de se faire son idée.

Il est clair pour moi que les propos de Hulot quant à son admiration pour M Macron me restent salement en travers.

L'article est en tout cas sans appel par rapport à Nicolas Hulot et à cette déroute inévitable et pire encore à cette sortie de route qui serait uniquement destinée à sauver son image.

Je n'en sais rien et au final, c'est sans importance.

Il m'importe davantage de souligner ce qui est dit sur l'autonomie des communes et des individus, sur l'engagement de chacun à oeuvrer, à sa mesure, au sauvetage de ce qui peut l'être.

Le changement de paradigme ne viendra pas du sommet de la pyramide mais de la base. C'est à dire nous tous. 

 

Le départ de M. Hulot n’est ni surprenant, ni courageux

29 août 2018 / Isabelle Attard 
 

      
 

Le départ de M. Hulot n'est ni surprenant, ni courageux

L’annonce de Nicolas Hulot n’a pas vraiment surpris notre chroniqueuse, qui voit surtout dans cette démission une opération de « sauvetage d’image ». « Sale temps pour l’écologie », conclut-elle, à l’heure où le gouvernement semble incapable de prendre la mesure de l’effondrement en cours.

Isabelle Attard a été députée écologiste du Calvados. Elle se présente comme « écoanarchiste ».

Isabelle Attard.

Ce mardi 28 août en écoutant les matinales, j’ai donc entendu comme tout le monde le ministre de l’Écologie annoncer qu’il démissionnait de son poste. De nombreux commentateurs parlent de « surprise », tandis que des femmes et hommes politiques de tous bords saluent son « courage ». Apparemment, d’après les confidences du ministre au journaliste de France Inter Thomas Legrand, la réunion avec le président de la fédération nationale des chasseurs Willy Schraen et le lobbyiste Thierry Coste, lundi à l’Élysée, aurait été la goutte d’eau pour Hulot.

Énième et dernière couleuvre donc.

Mais revenons sur les notions de « surprise » et de « courage ». À quel moment Nicolas Hulot a-t-il pu imaginer qu’Emmanuel Macron et son gouvernement allaient suivre ses idées pour sauver la biodiversité, la planète et nous avec ?

Déjà pendant la campagne électorale de la présidentielle, à cette fameuse audition de tous les candidats par la Fédération nationale des chasseurs, Macron avait raillé publiquement l’écologie et les écologistes, se faisant ovationner par les chasseurs conquis. On pourrait se passer cette scène en boucle tellement elle est révélatrice de l’état d’esprit méprisant de notre président.

Puis le choix d’Édouard Philippe comme Premier ministre aurait pu être un deuxième indice. VRPfavori d’Areva et de l’industrie nucléaire dans son ensemble, Philippe n’allait pas soudainement virer sa cuti en prenant la tête du gouvernement.

De manière générale, le programme ultralibéral de croissance, de diminution des services publics, de cadeaux fiscaux aux privilégiés annoncés bien avant mai 2017 par Emmanuel Macron était connu de tous et de Nicolas Hulot en particulier. Ce dernier avait d’ailleurs écrit dans son livre Osons  : « Le libéralisme n’est pas compatible avec l’écologie. »

Dont acte, quelqu’un de cohérent et lucide n’aurait jamais mis un orteil dans ce gouvernement et aurait plutôt fui le plus loin possible. Pas Hulot. Lui, il y est allé et son fan club de reprendre en cœur des éléments de langage du style : « Il est important d’essayer de l’intérieur » ; « Au moins, Hulot, il est courageux, il essaie ! » ; « Avec Hulot au gouvernement, l’écologie est bien représentée » et j’en passe.

Mois après mois, renoncement après renoncement, il s’en trouvait toujours pour plaindre ce brave et sympathique Nicolas Hulot « coincé », « sans marge de manœuvre », « perdant ses arbitrages » !

Cessons ces simagrées hypocrites. La position libérale de ce gouvernement n’est pas une surprise et Nicolas Hulot n’est ni un naïf ni un perdreau de l’année.

Sa cote de popularité était en chute libre, entraînée par celle de Jupiter. Il lui fallait réagir avant que son image n’en sorte flétrie à jamais. Je ne vois dans cette séquence politique ni « surprise » ni « courage » mais simplement une histoire de « timing » et de « sauvetage d’image », à moins que nous n’ayons connaissance de motifs supplémentaires dans les semaines qui viennent.

Sale temps pour l’écologie en tout cas, car pourtant il y a urgence. Je ne parle pas comme Brune Poirson (potentielle candidate à la succession de Hulot ?) de l’urgence à réduire ses courriels, supprimer les pailles en plastique et couper l’eau en se lavant les dents. Non, je parle de l’urgence d’être lucide sur l’effondrement en cours.

Tout comme Vincent Mignerot et Arthur Keller au sein de l’association Adrastia, je pense qu’il est trop tard pour empêcher les dérèglements climatiques et l’extinction massive des espèces, que les sociétés du « capitalocène » ont provoqués.

Par contre, ce que j’attends de femmes et d’hommes politiques responsables et d’un·e ministre de l’Écologie en particulier, dès aujourd’hui, c’est de « limiter la casse », de tout miser sur la résilience des territoires urbains et ruraux, c’est-à-dire que les communes puissent être autonomes en production d’énergies renouvelables, qu’elles valorisent l’autonomie alimentaire et la prise de décisions en assemblée locale pour l’intérêt général et non celui des lobbies. J’attends également que les responsables politiques ne prennent pas la pollution de l’air et la question des pesticides à la légère. Que l’on réinvente des modes de vie compatibles avec ce que la planète peut endurer. Que nous puissions enfin nous passer de voitures même si l’on habite à la campagne, que nous apprenions à réduire notre consommation d’électricité grâce aux actions gouvernementales.

Bref vous l’aurez compris, nous devrions urgemment faire un 180 degrés dans nos façons de vivre en supprimant le capitalisme et cette société thermo-industrielle qui nous a menés dans le mur en nous gavant de publicités et de jeux télévisés.

Alors, si notre Premier ministre, qui cite souvent le livre Effondrement de Jared Diamond, pouvait tirer de ce livre les conclusions qui s’imposent, enfin je dirais que « c’est une belle surprise » et que « c’est extrêmement courageux » !

Lobbies et démocratie

Par Le 29/08/2018

L'affaire Hulot a le mérite de mettre sous les projecteurs un vaste problème connu et identifié mais dont les médias parlent très peu. Très peu puisqu'elles sont directement concernées : les lobbies. (on sait combien dans le milieu de la presse d'information, tout est cadenassé par des des "personnages hauts placés".) De vrais paniers de crabes.

Les projecteurs s'éteindront rapidement. Commme d'habitude.

 

Les lobbies en France, une entorse à la démocratie en l'absence de transparence

AFP 29/08/2018 à 16:27

Nicolas Hulot sort de l'Elysée le 22 août 2018 ( AFP/Archives / Bertrand GUAY )

Nicolas Hulot sort de l'Elysée le 22 août 2018 ( AFP/Archives / Bertrand GUAY )

En jetant l'éponge après 15 mois au gouvernement, Nicolas Hulot a mis en cause le poids des lobbies, dont l'influence bien réelle en France peut être une entorse à la démocratie si elle demeure dans l'ombre, avertissent des spécialistes.

C'est l'"élément qui a achevé de me convaincre", a expliqué Nicolas Hulot mardi: la présence, lundi lors d'une réunion à l'Elysée sur la chasse, d'un lobbyiste "qui n'était pas invité", Thierry Coste, conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). "C'est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir? Qui gouverne?".

Fin mai, le poids des lobbies avait déjà été pointé du doigt, à propos de la loi agriculture, lorsque l'ex-ministre socialiste de l'Écologie, Delphine Batho, avait accusé un lobby d'avoir pu consulter son amendement sur l'interdiction du glyphosate plusieurs jours avant les députés.

Longtemps, le sujet est demeuré tabou en France, selon Cornelia Woll, professeure à Sciences Po, spécialiste des lobbies. Dans l'hexagone, "on a cette conception que la politique éclairée ne devrait pas être pervertie" par des groupes, analyse-t-elle pour l'AFP.

Pour autant, poursuit la chercheuse, "est-ce que les chasseurs doivent avoir une chaise à la table? Oui. Mais dans la même mesure que les autres groupes".

Or, soutient Benjamin Sourice, de l'ONG anti-corruption VoxPublic et auteur d'un "Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen" (éd. Mayer), il y a un déséquilibre: "Aujourd'hui la société civile, même organisée en associations, a des difficultés d'accès aux décideurs et trouve des portes fermées là où certains lobbyistes comme Coste ont des accès sans limites."

Thierry Coste racontait récemment sur France Inter: "Mon métier c'est d'abord de faire beaucoup d'investigation, je suis un spécialiste du renseignement, j'en cherche aussi dans les groupes de pression opposés, que j'infiltre - associations de consommateurs, ONG environnementales, syndicats..."

Taclant "certaines personnes qui ont oublié qu'on faisait un métier de prestation de service", Clément Leonarduzzi, président de l'agence de relations publiques Publicis Consultants, relativise pourtant. La loi Sapin II de 2016 et la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique "permettent d'encadrer la profession: quand vous demandez un rendez-vous à un député, il doit être déclaré, vous devez expliquer qui vous avez vu, et pourquoi".

- "Lobby transparent" -

Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), assume, lui, son influence sur les sujets de rénovation énergétique: "Une fédération professionnelle, elle sent mieux que personne le ressenti des entrepreneurs sur un sujet."

"C'est surtout un problème quand les lobbyistes cherchent à bloquer un progrès pour maintenir un avantage concurrentiel", note Benjamin Sourice.

"On ferait mieux de s'interroger sur l'absence de courage et de conviction des politiques, il ne faut pas croire que ce sont les lobbies qui décident", fait valoir de son côté Alain Bazot, président de l'association de défense du consommateur UFC-Que Choisir.

Se revendiquant "lobby transparent" à l'origine "d'études sérieuses publiées et soumises à la critique de tous pour dénoncer des dysfonctionnements de marchés", l'UFC-Que Choisir se trouve confronté à des lobbies professionnels très puissants, dotés de moyens financiers importants. Parmi ceux-ci, les lobbies des secteurs chimique, agro-alimentaire, bancaire mais aussi le Medef comptent parmi les plus influents auprès de l'exécutif, estime M.Bazot.

Benjamin Sourice prône la transparence, opposant "le travail toujours public des associations" et "le lobbying privé, en coulisses, dont on ne sait pas exactement les réclamations".

Une règlementation efficace est d'autant plus difficile à concevoir qu'"en France, le lobbying ce n'est pas la mallette d'argent, mais les liens interpersonnels, la connivence entre ceux qui ont été à l'école ensemble", souligne Cornelia Woll.

"C'est la structure de l'élite française, il est assez facile de passer du public au privé, de travailler dans un cabinet, puis d'être précieux pour une entreprise car on a des contacts politiques", ajoute-t-elle.

Le gouvernement actuel compte d'ailleurs d'anciens lobbyistes. Le Premier ministre, Edouard Philippe, assume avoir été directeur des relations publiques d'Areva, tandis que le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait un poste similaire chez le géant de l'immobilier commercial Unibail-Rodamco.

"Le temps précieux de la maturité"

Par Le 28/08/2018

« Le temps précieux de la maturité », de Mário Raul de Morais Andrade, (1893 - 1945) Poète, Romancier, Musicologue Brésilien.

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" J’ai compté mes années et j´ai découvert qu’à partir de maintenant, j’ai moins de temps à vivre que ce que j’ai vécu jusqu’à présent… 
 

Je me sens comme ce petit garçon qui a gagné un paquet de friandises: la première il la mangea avec plaisir, mais quand il s’aperçut qu’il lui en restait peu, il commença réellement à les savourer profondément. 
 

Je n’ai plus de temps pour des réunions sans fin où nous discutons de lois, des règles, des procédures et des règlements, en sachant que cela n’aboutira à rien. 
 

Je n’ai plus de temps pour supporter des gens stupides qui, malgré leur âge chronologique n’ont pas grandi. Je n’ai plus de temps pour faire face à la médiocrité. 
 

Je ne veux plus assister à des réunions où défilent des égos démesurés. 
 

Je ne tolère plus les manipulateurs et opportunistes. 
 

Je suis mal à l´aise avec les jaloux, qui cherchent à nuire aux plus capables, d’usurper leurs places, leurs talents et leurs réalisations. 
 

Je déteste assister aux effets pervers qu’engendre la lutte pour un poste de haut rang. 
 

Les gens ne discutent pas du contenu, seulement les titres. 
 

Moi, mon temps est trop précieux pour discuter des titres. 
 

Je veux l’essentiel, mon âme est dans l’urgence … il y a de moins en moins de friandises dans le paquet… 
 

Je veux vivre à côté de gens humains, très humains. qui savent rire de leurs erreurs, qui ne se gonflent pas de leurs triomphes, qui ne se sentent pas élus avant l’heure, qui ne fuient pas leurs responsabilités, qui défendent la dignité humaine, et qui veulent marcher à côté de la vérité et l’honnêteté.


L’essentiel est ce que tu fais pour que la vie en vaille la peine. 

 

Je veux m´entourer de gens qui peuvent toucher le cœur des autres…des gens à qui les coups durs de la vie leurs ont appris à grandir avec de la douceur dans l’âme. 
 

Oui … je suis pressé de vivre avec l’intensité que la maturité peut m´apporter. 
 

J’ai l’intention de ne pas perdre une seule partie des friandises qu´il me reste… 
 

Je suis sûr qu’elles seront plus exquises que toutes celles que j´ai mangées jusqu’à présent. 
 

Mon objectif est d’être enfin satisfait et en paix avec mes proches et ma conscience. 

 

J’espère que la vôtre sera la même, parce que de toute façon, vous y arriverez… "

 

Nicolas Hulot (suite de la suite)

Par Le 28/08/2018

Glyphosate, nucléaire, perturbateurs endocriniens… Les multiples couleuvres avalées par Nicolas Hulot au gouvernement

 

Il espérait que l'interdiction du glyphosate sous trois ans soit gravée dans la loi, défendait la baisse de la part du nucléaire à 50% d'ici 2025... Nicolas Hulot a renoncé à plusieurs de ses combats pendant son passage au gouvernement. Tour d'horizon. 

Nicolas Hulot a renoncé à plusieurs de ses convictions pendant son année passée au gouvernement. 
Nicolas Hulot a renoncé à plusieurs de ses convictions pendant son année passée au gouvernement.  (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

C'était devenu un sujet d'interrogation récurrent : Nicolas Hulot allait-il rester ministre ? Il a finalement annoncé sa démission, mardi 28 août, au micro de France Inter, devant des journalistes plus que surpris, après une année marquée par plusieurs batailles perdues pour le militant écologiste. Ou, comme dirait le ministre, "une accumulation de déceptions" qui ont fait de ces derniers mois "une souffrance" pour lui, qui s'est surpris "par lassitude" à parfois "baisser les bras".

>> Nicolas Hulot démissionne : suivez les réactions à son départ du gouvernement dans notre direct

Ces renoncements en série sur le nucléaire ou encore les pesticides ont mis en lumière l'isolement du ministre au sein de la majorité. Retour sur ces différents dossiers.

Le recul sur les perturbateurs endocriniens

Ce qui a été décidé. En juillet 2017, les membres de l'UE ont adopté une définition commune des perturbateurs endocriniens, ces substances qui peuvent interférer avec le système hormonal, présentes dans de nombreux produits de consommation courante. Selon la Commission européenne, les critères ainsi définis permettent d'identifier les perturbateurs endocriniens"avérés et présumés".

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Ces critères de définition ont été votés trois ans après la date initialement attendue. Sous François Hollande, Ségolène Royal avait jugé "inacceptable" la définition proposée par la Commission et dénonçait des garanties insuffisantes. Plusieurs associations étaient elles aussi hostiles à cette définition, estimant notamment qu'elle nécessiterait trop de preuves pour classer un produit comme perturbateur endocrinien.

Quelques jours avant de valider l'accord, Nicolas Hulot avait assuré sur RMC qu'il "ne céderait rien sur le sujet". "Quand je suis arrivé, la première chose que j'ai demandée, c'est le report de ce texte", avait-il affirmé, ajoutant : "Mon rôle, c'est d'aider à protéger les Français de ces empoisonnements."

"Nous n’avons pas gagné cette guerre, mais nous avons gagné une bataille", a estimé Nicolas Hulot après le scrutin, dans Libération. "Si nous avons voté le texte, qui se heurtait à un poids monstrueux des lobbys, c’est que nous avons ouvert une très grande brèche, qui ne se refermera pas et qui s’élargira dans le temps." Il a aussi souligné avoir obtenu l'inclusion des perturbateurs endocriniens présumés, et pas seulement avérés. Il a toutefois reconnu une insuffisance de l'accord, ajoutant que "le risque, si nous ne votions pas ce texte, était qu’un certain nombre de produits reste encore durablement sur le marché". 

Le recul des objectifs sur la baisse du nucléaire 

Ce qui a été décidé. En novembre 2017, à la sortie du Conseil des ministres, Nicolas Hulot l'annonce : il sera "difficile" de tenir l'engagement de ramener la part du nucléaire à 50% d'ici 2025 et le gouvernement préfère tabler sur 2030, "au plus tard" 2035. Une annonce justifiée à l'époque par une volonté de "réalisme et de sincérité", relevait Le Monde. "Si on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50%, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques", avait déclaré le ministre. 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Avant d'entrer au gouvernement, il était ferme sur le sujet. "Il faut sortir du nucléaire. Fukushima a achevé de me convaincre", affirmait-il en avril 2011 au Point. Une nouvelle fois, en 2015, en pleine polémique sur le retard pris dans la construction de l'EPR de Flamanville (Manche), il martelait à quel point lui importait que soit tenu l'objectif de ramener la part du nucléaire à 50% en 2025, comme prévu dans la loi de transition énergétique. Le revirement opéré par le ministre en 2017 a inspiré à l'écologiste Yannick Jadot cette raillerie : "Nicolas Hulot n'avale plus des couleuvres, mais des boas constricteurs."

Le vote européen sur le glyphosate  

Ce qui a été décidé. Toujours en novembre 2017, les pays de l'Union européenne ont voté le renouvellement pour cinq ans de l'autorisation du glyphosate, un herbicide classé comme "cancérigène probable" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Le ministre souhaitait prolonger l'autorisation pour trois ans, mais, dans un premier temps, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, avait tablé sur sept ans. Finalement, la France a voté contre une prolongation de cinq ans, mais, étant minoritaire, le renouvellement pour cinq ans a été adopté. "C’est une décision que je regrette car l’Europe avait ici les moyens de montrer qu’elle est synchronisée avec les attentes légitimes des citoyens sur l’utilisation de ce produit", a réagi Nicolas Hulot dans L'Obs, affirmant vouloir tout mettre en œuvre pour "développer des alternatives et, à partir de là, interdire le glyphosate, au plus tard dans trois ans". Déçu au niveau européen, le ministre s'est donc raccroché à l'échelon national, d'autant que l'interdiction sous trois ans était soutenue, à l'époque, par Emmanuel Macron. 

Emmanuel Macron✔@EmmanuelMacron

J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans.

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Le rejet d'un amendement interdisant le glyphosate en 2021 en France

Ce qui a été décidé. Un amendement à la loi sur l'équilibre dans le secteur agricole et alimentaire, qui proposait l'interdiction du glyphosate au 1er mai 2021, a été rejeté fin mai 2018. Il était porté par Matthieu Orphelin, député LREM proche de Nicolas Hulot, mais le gouvernement a émis un avis défavorable. 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Il soutenait publiquement l'amendement. "C'est une décision à la fois des députés et du gouvernement", avait déclaré le ministre, qui  s'était alors dit "déçu". Selon Le JDD, voyant la défaite se profiler, il aurait préféré prolonger un séjour en Corse, prévu en même temps que le vote à l'Assemblée. Dans une interview au Parisien début août, il n'a pas suggéré d'avancer cette échéance, pointant du doigt les groupes de pression "qui ont pignon sur rue" et tiennent "parfois même la plume des amendements". 

L'attitude du gouvernement sur les pesticides a sans doute largement pesé dans sa démission, comme il l'a évoqué au micro de France Inter. "Est-ce que nous avons commencé à réduire l'usage des pesticides ? La réponse est non (...) Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là." 

L'entrée en vigueur du CETA 

Ce qui a été décidé. L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada (Ceta) est entré en vigueur de façon provisoire et dans sa quasi-totalité le 21 septembre 2017. Il baisse les droits de douane pour doper les échanges commerciaux et a pour objectif d'aboutir à une convergence de certaines normes. 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Lorsqu'il dirigeait encore sa fondation, celle-ci employait des mots très durs à l'encontre du Ceta, qualifiant le texte de "climaticide et antidémocratique". Ministre, Nicolas Hulot est plus mesuré, mais reste méfiant. "J'étais très inquiet, et je le suis toujours, sur des traités comme le Ceta. Ce sont des traités qui nous exposent au lieu de nous protéger", affirme-t-il sur Europe 1 en réaction à son adoption. 

Les conclusions des états généraux de l'alimentation 

Ce qui a été décidé. Après cinq mois de discussions, les états généraux de l'alimentation touchent à leur fin en décembre 2017. Des débats sur lesquels l'écologiste du gouvernement compte beaucoup. "J'espère qu’aujourd’hui est le début de quelque chose d’inattendu et de magnifique", a-t-il déclaré à leur ouverture. Dans son discours de clôture, Edouard Philippe annonce "un projet de loi au début de cette année pour garantir des conditions de marché justes, efficaces, saines". Parmi les mesures évoquées, on trouve la restriction des promotions, le plan pour le bio, la défense du bien-être animal ou encore la lutte contre le gaspillage alimentaire, résume Le Figaro. 

Nicolas Hulot✔@N_Hulot

j'appelle à 1 mobilisation de la restauration collective pour 50% de produits locaux, de qualité et de saison

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Ce qu'en disait Nicolas Hulot. En décembre 2017, il boude la clôture des états généraux de l'alimentation, pilotés par Stéphane Travert. "Ce n’est pas un psychodrame, je considère que les conclusions ne sont pas à la hauteur de la qualité du travail extraordinaire et des propositions qui ont été faites dans les ateliers. Je ne vais donc pas aller faire le beau ou aller dire dans un micro que le compte n’y est pas", confie-t-il au Monde.

Les arbitrages rendus en faveur des chasseurs

Ce qui a été décidé. Les représentants des chasseurs ont à nouveau été reçus à l'Elysée, lundi 27 août. Ils ont obtenu plusieurs concessions, dont la réduction du prix du permis national de chasse, ainsi que la mise en place d'une gestion adaptative des espèces et d'une police rurale. 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Selon BFMTV, le ministre est "très énervé"lors de cette réunion, "agacé" par les arbitrages rendus. C'est peut-être cette rencontre qui "a achevé de [le] convaincre" de démissionner, explique Nicolas Hulot sur France Inter. "J’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité à cette réunion. C’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Il faut à un moment poser ce problème sur la table", martèle le ministre démissionnaire, qui tient toutefois à souligner que sa décision vient d'une "accumulation de déceptions". 

Nicolas Hulot (suite)

Par Le 28/08/2018

Bon...J'ai fait le tour des fameux "réseaux sociaux" et de quelques forums auquel je participe et pour parler clairement, Nicolas Hulot, il s'en prend "plein la gueule."

Il est accusé d'avoir pactisé avec le diable et de s'y être brûlé, de faire sa pleurnicheuse avant d'aller profiter du pognon qu'il s'est fait pendant quatorze mois, d'être un hypocrite qui a servi de caution à M Macron et à sa clique, d'avoir joué le jeu du gouvernement en s'agitant tout en sachant que rien de sérieux ne serait fait, de n'avoir aucunement conscience que des millions de personnes sont dans des situations bien pires que la sienne et n'ont pas le privilège de venir s'épancher sur France inter pour autant, que ses propres pratiques dans l'entreprise Ushuaïa ne sont pas respectueuses de l'environnement, d'avoir une profonde admiration pour M Macron et M Philippe, de n'avoir pas compris qu'il était naïf et illusoire de croire qu'il allait arranger la situation et parvenir à infléchir la puissance des financiers juste parce qu'il avait des convictions, d'être même un vendu au lobbies, à EDF et à la filière nucléaire, aux chasseurs, à l'industrie agro alimentaire etc etc...

De façon assez étrange, étant donné que je passe pour pas mal de monde comme quelqu'un d'intransigeant et manquant de bienveillance, je me retrouve du coup dans la situation de celui qui éprouve une réelle compassion pour le personnage, c'est à dire pour l'homme et non le politicien.

Je pense aujourd'hui au regard de l'état dans lequel il se trouve qu'il a fini par comprendre que sa fonction permettait à l'état d'avoir une forme de caution mais je ne pense pas que M Hulot avait cela comme objectif. Je pense en écoutant ses propos et au vu de la douleur intérieure que ça représente qu'il a vraiment espéré pouvoir changer les choses. Est-ce que c'était de l'illusion ou la force de ses convictions, c'est à lui de le dire. Est-ce qu'il a été manipulé et qu'il a mis trop longtemps à en prendre conscience ? Mais alors, pour quelles raisons parle-t-il encore de son "admiration pour M Macron"? Il reste des zones d'ombres et lui seul pourra peut-être les éclairer lorsqu'il aura pris le recul nécessaire.

Je pense pour ma part qu'il avait de profondes convictions et lui même parle aujourd'hui d'une "foi perdue."

Quand des gens réalisent des choses jugées comme impensables, on dit que leur force de conviction ne pouvait pas les arrêter et quand ils échouent, on dit d'eux qu'ils étaient dans l'illusion...Tout ça est un regard extérieur.

Il n'est qu'à étudier l'histoire de l'alpinisme ou de l'exploration de la Terre pour voir que les convictions donnent de fabuleuses aventures.

Lui, il a échoué donc on lui reproche d'avoir été dans l'illusion et la naïveté, voire même l'inconscience. On lui reproche finalement son engagement auprès d'un gouvernement très fortement mal-aimé. 

Ce que j'en retire en tout cas, c'est qu'effectivement, le milieu politique et donc financier ne se laissera jamais dicter des règles autres que celles qui les arrangent. Hulot dit aussi un problème majeur dans son cas : il était seul...Le constat dès lors est simple : rien ne viendra de la sphère étatique et c'est donc à nous, chaque individu, de pallier aux déficiences des états. 

J'ai regardé plusieurs fois la vidéo de ce matin. Très clairement, Nicolas Hulot se retient de ne pas craquer en direct...Le bonhomme qui regarde en l'air, qui respire posément avant de lâcher une phrase, tous ses tics nerveux, le fait qu'en entrant dans le studio il n'avait pas encore décidé de faire cette annonce et là, boum, il lâche l'affaire...Ce gars est à bout, totalement à bout... Il y a au moins une personne qui va être terriblement soulagée aujourd'hui, c'est sa femme...

Moi, dans cette interview, j'entends un homme (pas un politicien) qui n'en peut plus de se confronter à des contradictions majeures et la conclusion que j'en retire, c'est que le milieu politique et financier n'a strictement aucune écoute sur l'urgence de la situation planétaire.

À la limite, M Hulot n'a aucune importance dans ce débat. C'est le fond qui est gravissime.

Il n'empêche que la douleur du bonhomme, elle me touche et je n'oublie pourtant pas son passé. Mais, là, ce matin, il y a quelque chose qui s'est brisé en lui et ça, c'est une situation qui m'interpelle. C'est souvent lorsque les gens s'effondrent qu'ils disent les choses les plus importantes...

Le problème, du coup, c'est que justement le fond du problème est effacé par toutes les images associées au personnage public et politique et que toutes les explications qu'il a données ne sont pas entendues et reprises. L'alerte qu'il lance n'est même pas entendue.

Il ne tire pas le bilan de son passage au gouvernement mais bien davantage le constat d'un monde qui continue à ignorer l'urgence planétaire. Beaucoup lui reprochent d'avoir joué un double jeu et peu de gens semblent entendre l'essentiel.

Lorsqu'à propos de la présence de personnalités appartenant à divers lobbies, il pose la question : "Qui gouverne ?" pourquoi est-ce que ça n'est pas entendu, commenté, analysé ? Parce qu'on lui reproche d'avoir été naïf et que tout le monde le savait déjà ? Non, beaucoup de gens l'ignorent, beaucoup de gens considèrent que c'est du "complotisme de pilier de bar".

Lorsqu'il explique qu'un gouvernement, seul, ne peut rien, réellement, contre la puissance décisionnel de l'UE ou d'autres puissances économiques, beaucoup ne l'entendent pas. On lui reproche juste son "admiration pour M Macron". Je ne sais pas pour quelles raisons, M Hulot emploie ce terme à l'égard de "sa majesté" et bien évidemment, je n'y adhère pas mais encore une fois, cela ne devrait pas couvrir le reste de ses propos.

Lorsqu'il dit qu'il y avait une opportunité inespérée de transformer le système agricole et qu'il n'y aurait jamais dû y avoir de confrontation avec M Travert, ministre de "l'agriculture industrielle", beaucoup lui reprochent encore sa candeur.

Le bilan de tout ça, c'est que les convictions de M Hulot se retournent contre lui et accentuent son rejet parce qu'il a échoué dans les grandes lignes et qu'il ne reste de son séjour au gouvernement " que des petits pas".

Finalement, M Hulot aura échoué dans son passage au gouvernement tout autant que sa sortie. 

Et la plupart des individus s'arrêteront à ce fait.

L'état des lieux qu'il a énoncé n'aura même pas été entendu.

C'est là que je vois dans tout ça une forme de double peine.

Vraiment, oui, très sincèrement, je le plains. 

 

Maintenant, à mes yeux, il se pose un autre problème et avec ça, je vais encore sûrement passer pour un donneur de leçons. Je précise donc que pour moi, "un donneur de leçons" est quelqu'un qui parle de choses qu'il n'applique pas lui-même. Celui qui fait ce qu'il dit n'est donc pas un donneur de leçons mais juste un exemple de ce qu'il est possible de réaliser.

Donc, lorsque M Hulot dit qu'il s'est senti considérablement seul dans ses différentes missions, il ne s'agit pas pour moi uniquement d'une solitude au sein du gouvernement même si c'est bien évidemment la cause première. Il parle également de l'engagement des citoyens, de tous les citoyens. Pierre Rabhi dit de son côté qu'il faut "prendre le maquis."

C'est de cette façon que je vois les choses : s'extraire au mieux du systéme matérialiste, consumériste, d'une idée de croissance infinie. Par conséquent, tous les gens qui critiquent M Hulot au regard de sa participation à un gouvernement conspué (à juste raison), que font-ils de leur côté pour alléger le désastre planétaire dont parle M Hulot ?...

Qui est passé à un régime végétarien pour ne plus amplifier les effets de l'élevage intensif ? Qui, parmi les heureux propriétaires d'un jardin d'agrément l'ont transformé en potager afin de ne plus avoir besoin de prendre son véhicule pour aller faire des courses et ne plus cautionner l'alimentation végétale industrielle ? Qui a décidé de ne plus aller visiter des pays exotiques en prenant l'avion ? Qui a décidé de faire ses propres produits d'entretien en utilisant des bouteilles en verre afin de ne pas participer à l'usage immodéré du plastique dans les maisons ? Qui a décidé d'user jusqu'à la trame ses vêtements au lieu de remplir indéfiniment ses placards de textiles divers ayant voyagé par cargos depuis les pays asiatiques? Qui a décidé de réduire sa consommation alimentaire afin de pouvoir supporter le surcoût des produits bio ? Qui essaie de trouver les produits locaux et non pas venant par camions de destinations lointaines ? Qui éteint systématiquement les lumières en sortant d'une pièce ? Qui utilise l'eau de vaisselle ou du lavabo dans la chasse d'eau ? Qui a jeté la télévision énergétivore ? Qui remplace au mieux le déplacement en voiture par la marche à pied ou le vélo ou les transports en commun ? Qui tente jour après jour d'analyser ses propres comportements et d'en déceler les travers écologiques et de les corriger ?

Il y a beaucoup de gens qui le font et dont on ignore les engagements. C'est bien dommage d'ailleurs et il serait temps que les exemples soient mis en avant, sous les yeux de tous. Rien ne sera jamais parfait mais tout relève de la volonté de chacun.  

La liste est longue, très longue de tout ce qu'il est possible de faire sans attendre qu'un N Hulot ou un chef d'état ou une personnalité publique vienne nous l'apprendre ou nous l'imposer. Il n'est pas honnête de critiquer un Hulot et de s'en tenir à ça.

J'aurais aimé d'ailleurs que dans sa "sortie", il appuie bien davantage la responsabilité de tous...Mais sans doute s'en serait-il pris encore plus dans la tronche..."Qu'est-ce que c'est que ce donneur de leçons qui vend du shampoing dans des bouteilles en plastique et qui roule en 4X4 ? " Oui, c'est clair qu'un Pierre Rabhi est bien plus crédible avec sa 4L et ses vieilles chemises à carreaux. Mais doit-on s'intéresser uniquement aux gens parfaits quand nous ne le sommes pas nous-mêmes? Je ne suis pas parfait, je consomme de l'électricité du réseau avec cet ordinateur et sa fabrication a contribué à l'exploitation des terres rares et à la pollution des océans par son envoi en cargo depuis l'autre côté du monde. J'ai un 4X4 diesel parce que je m'en sers pour aller chercher mon bois de chauffage et que je n'ai pas les moyens d'acheter un véhicule plus moderne (d'autant que les véhicules modernes sont très polluants par leur usage de pétrole ( plastique) et électronique... Non, je ne suis pas parfait. Personne ne l'est. À part les morts. 

 

 

 

 

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