Réunis en Afrique du Sud, des experts de la géologie ont appelé à déclarer la fin de l'holocène, l'ère géologique actuelle, et le début d'une nouvelle période marquée par l'action de l'homme.
La station spatiale internationale survole l'Italie, les Alpes et la mer Méditerranée, le 25 janvier 2016. (TIM PEAKE / NASA / REUTERS)
Est-ce bientôt le début d'une nouvelle ère géologique ?
Réunis au Cap (Afrique du Sud), lundi 29 août, lors du Congrès géologique international, des scientifiques ont voté à 30 voix contre trois (dont deux abstentions) que le passage à l'anthropocène devait bel et bien être déclaré, compte tenu de l'impact de l'homme sur la planète, rapporte le Guardian (en anglais). Que signifie cette recommandation ? Qu'est-ce que l'anthropocène ? Franceinfo revient, en détail, sur cette information.
Que signifie le mot "anthropocène" ?
C'est Paul Crutzen, chimiste et prix Nobel néerlandais, qui a imaginé ce nom en 2000. Selon lui, cette "ère de l'homme" consiste en un nouvel âge géologique marqué par la capacité de l'humain à transformer la Terre.
Sommes-nous officiellement passés dans l'anthropocène ?
Non, il va falloir encore un peu de temps pour que l'anthropocène soit enfin gravé dans "l'échelle des temps géologiques", régulée par la Commission internationale de stratigraphie. Ainsi, la recommandation des scientifiques réunis en Afrique du Sud doit encore être validée par l'Union internationale des sciences géologiques (IUGS), rappelle The Independent (en anglais). Et cette reconnaissance pourrait prendre deux à trois ans. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que nous pourrons définitivement dire au revoir à l'holocène, une ère géologique commencée il y a environ 10 000 ans.
Pourquoi le processus de changement d'ère prend-il du temps ?
Tout d'abord parce que "pour lesgéologues, cette échelle [des temps géologiques] est la colonne vertébrale de leur discipline, on ne peut la changer à la légère", explique le paléobiologiste Jan Zalasiewicz, de l'université de Leicester (Royaume-Uni), dansLe Monde.
Mais il faut surtout trouver "un signe" tangible de l'activité humaine dans les strates géologiques, poursuit le Guardian. Par exemple, la fin de l'ère du crétacé, avec la disparition des dinosaures, est visible dans les strates par une couche d'iridium dans les sédiments, provoquée par la météorite qui a heurté la Terre. Les chercheurs doivent désormais identifier un signe de ce type pour marquer le passage à l'anthropocène. Ils vont donc le traquer dans les sédiments des lacs, les carottes de glace en Antarctique, les coraux ou encore les cernes des arbres.
Pour Jan Zalasiewicz, interrogé par le quotidien britannique, "nous sommes face à un choix énorme : il y a de si nombreux signes". La pollution plastique, l'aluminium, les particules de béton pourraient constituer des preuves de l'impact humain sur la Terre. Mais ce sont les éléments radioactifs dispersés dans l'atmosphère avec les essais nucléaires qui tiennent la corde. On en retrouve la trace "dans les tourbes, les sables et jusque dans les sédiments marins", relèveLe Monde.
Quand cette nouvelle ère débute-t-elle ?
C'est justement la question à laquelle les chercheurs vont devoir répondre pour valider le passage à l'anthropocène. Pour l'instant, souligne l'historien des sciences Christophe Bonneuil dans Libération, trois thèses prédominent. La première fait démarrer l'anthropocène "au néolithique, avec les débuts de l'agriculture et de l'élevage", soit il y a 9 000 ans. Une deuxième considère plutôt la révolution industrielle du milieu du XIXe siècle comme point de départ.
Mais c'est la troisième qui est défendue par les experts réunis en Afrique du Sud. Eux prennent comme point de départ le milieu du XXe siècle. Pour ces chercheurs, la période post-1945 marque ainsi le début de ce qu'ils nomment la "grande accélération" des indicateurs de l'empreinte humaine sur Terre. A partir de ce moment-là, la démographie, la consommation d'eau ou d'énergie, les émissions de CO2, l'extinction de la biodiversité, le recul des forêts commencent à s'intensifier sous l'effet de l'homme.
Si le signe retenu est bien les éléments radioactifs dispersés autour de la planète, l'explosion de la première bombe atomique de l'histoire, le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique, pourrait donc être considérée comme le point de départ de l'anthropocène, affirme Le Monde. Réponse dans quelques années.
Est-ce la fin du monde si nous passons à l'anthropocène ?
Même si la déclaration du passage à l'anthropocène n'a rien de certain, "on peut s'y préparer", prédit Jan Zalasiewicz. Ce serait ainsi un signe implacable de l'impact de l'homme sur la planète.
Dire qu'on est entrés dans l'anthropocène, c'est dire qu'il ne s'agit pas d'une crise passagère, qu'on peut oublier entre deux sommets de la Terre au nom de la sacro-sainte croissance, mais d'une révolution géologique d'origine humaine.
Pour Christophe Bonneuil, il s'agirait d'une "remise en question massive de notre modernité industrielle et de ses grands partages".
Ce possible changement "nous dit que nous jouons avec le feu", analyse le spécialiste du climat Chris Rapley, dans le Guardian. Et que c'est irréversible. Cette mauvaise nouvelle, si elle est actée, devra-t-elle nous rendre fatalistes, quitte à ne rien faire pour rectifier le tir ? Non, répond, l'astronome Martin Rees. "Les sociétés humaines peuvent se frayer un chemin à travers ces menaces, réussir un futur durable et lancer des ères d'évolution post-humaine encore plus merveilleuses que celles qui nous ont précédé", assure-t-il dans le quotidien britannique. Le passage à l'anthropocène pourrait bien être le prochain défi de l'humanité.
Ce qui nous amène à ne pas saisir ce qui est mais à constuire une réalité issue de notre identification.
Il ne s'agit pas pour autant d'une condamnation dès lors que la conscience de ces émotions reste entière. A défaut de conscience, l'individu est emporté dans le flot. Il peut en souffrir si cela vient renforcer l'interprétation de la situation ou s'en réjouir si cette situation réveille des souvenirs lumineux.
Le danger vient de cet abandon au flux.
La conscience élève au contraire le donjon au sommet duquel l'individu peut observer les phénomènes et en jouer selon son désir.
Il ne s'agit donc pas de fuir les douleurs et de rechercher frénétiquement les bonheurs mais de tenir ce poste de sentinelle et de nourrir la vigilance.
Si je prends l'exemple de cette musique, selon mon état d'esprit, je peux à son écoute en éprouver une certaine tristesse ou au contraire, une profonde sérénité.
Ni le premier état, ni le second n'ont d'importance s'ils sont consciemment observés et que l'individu, entraîné par un mental insoumis, ne se laisse emporter.
Il ne s'agit pas de fuir cette tristesse ou de plonger dans le bain délicieux de la paix mais de maintenir l'observation de l'émotion. Il ne s'agit pas de nier ce qui est en nous mais de saisir l'opportunité de conscience qui est proposé.
Cette conscience établit, peu à peu, un état de réception intégrale, un saisissement de ce qui est.
L'émotion, elle-même, se retire et laisse place à une écoute qui emplit, comme une respiration. On ne pense pas à respirer la plupart du temps. Et personne n'oublie pourtant de le faire.
La conscience de ce qui est ne possède pas ce pouvoir mais lorsque l'individu parvient à l'établir, elle devient ce donjon et la sentinelle prend place.
L'âme est le gardien du lieu. Elle ne souffre ou ne se réjouit d'aucune émotion. Elle est là, c'est tout et elle se remplit de ce qui est.
Il n'y a dès lors dans cette musique, ni tristesse, ni bonheur, rien qui ne soit généré par une mémoire intrusive, rien qui n'appartienne à l'individu dans son histoire.
Il ne reste que la musique, comme une respiration.
Elle est là et ne subit aucun jugement, aucune interprétation, elle n'est pas devenue ce que nous sommes, elle ne souffre d'aucune transformation, d'aucune métamorphose.
L'âme peut jouer avec elle et décider en toute conscience de plonger en son coeur et de respirer avec elle.
Le mental n'y est pour rien parce qu'il n'a aucun pouvoir d'observation. Celui-là n'est qu'un bout de bois emporté par le courant de son histoire.
L'âme dans cette respiration peut explorer l'étendue infinie de la tristesse ou de la joie sans jamais se perdre. C'est juste une expérience, jamais un égarement, c'est juste un horizon à parcourir, jamais une disparition.
Le mental écoute et interprète.
L'âme ne se contente pas d'écouter. Elle vit la musique.
De cette vie qui résonne et de l'observation que l'âme entretient, elle prend conscience d'elle-même.
C'est là que le bonheur s'érige, c'est là que les frissons ruissellent, c'est ce qui arrive de plus beau quand on aime.
La musique n'est rien d'autre que l'escalier qui mène au sommet du donjon.
"Morbide".
C'est le terme employé par un lecteur d'un de mes romans.
• Qui relève de la maladie, la caractérise ou en résulte : État morbide.
• Qui a un caractère malsain, anormal : Curiosité morbide. Une littérature morbide.
Évidemment, ça m'interpelle...
Cela signifierait que la compréhension de la mort, de la douleur, de la souffrance, relèverait d'une pathologie. Je serais donc un malade se complaisant dans une littérature morbide, malsaine, anormale. Cette quête, cette recherche de la source des épreuves serait par conséquent un détournement de la vie. Il conviendrait plutôt de jouir sans penser, de batifoler follement dans la dérision, le cynisme, le détachement, l'insignifiance, la futilité, et se laisser ballotter par les flots. Juste un individu décérébré souffrant sans rien y comprendre et s'attachant à tous les hallucinogènes susceptibles de le libérer provisoirement de sa condition de mortel. Ou de se contenter de saisir le peu qui reste, comme un dérivatif qu'il s'agit juste d'avaler sans en connaître la posologie. Toxicomanes de l'absence.
Je connais la source de mon bonheur tout autant que de mes épreuves. Et c'est justement cette connaissance exacte, à travers un cheminement littéraire, qui donne à ce bonheur sa solidité, sa constance, sa durée. Il n'y a rien de superficiel, ni de provisoire. Je sais d'où je viens parce que j'y suis retourné, nourri par l'amour de l'autopsie littéraire. Non par goût du sordide ou par masochisme mais parce que c'était la seule solution pour ne pas reprendre un tour de manège. On n'a pas cinq hernies discales sans raison.
À mes yeux, il est bien plus morbide de vivre dans la fuite. La vie ne peut être saisie qu'au regard de tout ce qui la constitue. Il ne s'agit sinon que d'un cheminement partiel, une incomplétude qui est une offense au cadeau proposé. S'interdire de remonter à la source conduit inévitablement à la dispersion dans la masse océanique, le flot chaotique des ego modélisés.
Serait-ce alors chez certains humains, une peur effroyable de ce qui reste à découvrir, une interdiction de pousser la porte, de contempler les horizons inconnus ? Peut-on parler de maturité existentielle dès lors ? J'ai connu des enfants qui avaient un regard bien plus lucide sur la mort et sur la vie que les adultes censés les aider à grandir. Serait-ce donc que l'environnement adulte, que la cacophonie des existences modernes contribuerait à cette déliquescence philosophique ?
Quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus. Finalement, si certains lecteurs jugent que mes textes sont trop ésotériques, spirituels, philosophiques voire peut-être morbides, c'est peut-être un signe que je suis en bonne santé ?
Il existe dans la mort une étonnante contradiction : on sait tous ce que cela signifie quand on apprend que quelqu'un est mort et pourtant, il nous est impossible en même temps d'affirmer quoique ce soit sur l'inconnu que cela propose. On sait que l'individu n'est plus là, matériellement mais sans pouvoir présager de ce qu'il en est de l'âme ou de l'esprit ou de l'énergie vitale qui s'en est allée.
Ce qui est évident par contre, incontestable, c'est que la mort en nous est déjà programmée. Le moment où elle surviendra reste totalement insaisissable mais sa survenue est indéniable. Un jour, nous serons morts. C'est déjà inscrit. Il ne s'agit pas d'un phénomène qui survient soudainement et nous arrache mais d'un très long phénomène qui vit sa construction, jour après jour.
Je suis aujourd'hui, biologiquement parlant, plus mort qu'hier.
La mort suit son chemin. Et puis, l'échéance atteint son apogée et le fil se rompt.
La mort est inscrite. Elle n'est responsable de rien. Ce sont les accidents imprévisibles, des circonstances douloureuses, des idées d'injustice et toutes les formes prises par cette mort qui lui donnent parfois cet air horrible et injuste. Mais la mort n'a rien décidé. Elle a juste été sollicitée de façon prématurée par la vie elle-même et toutes les situations qui s'y greffent.
C'est à se demander même si cette mort a une existence réelle. Les hommes ont donné ce nom à l'effacement de la vie. L'effacement matériel. L'enveloppe n'est plus animée. C'est la Vie qui est partie. Et c'est cet état qui se nomme la mort. On aurait pu dire tout simplement la non-vie.
Et c'est encore un terme qui ne contient peut-être qu'une vision partielle. Parce que nous ne savons rien de cette non-vie. En dehors de l'immobilité cadavérique.
J'ai entendu dans les noirceurs des nuits des auras bleutées qui me parlaient. Cloué au fond de mon lit, réduit à une peau de douleur, elles s'insinuaient en moi et me susurraient des paroles inconnues :
"Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. "
"Tu n'es pas au fil des âges un amalgame de verbes d'actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la vie divine de l'instant présent. "
Répétés sans fin comme dans un écho de montagnes, des lumières circulaires qui dansaient lentement devant mes yeux fermés.
Des âmes anciennes qui veillaient sur moi. Je ne sais pour quelles raisons. Peut-être simplement parce que j'avais perdu jusqu'à la force d'espérer.
La mort ?... Juste un autre espace habité. La rigidité cadavérique n'est qu'une enveloppe déchirée dont le message s'est envolé. Il faut ouvrir le pli pour lire le message. Le parcours terrestre est une approche minutieuse pendant lequel il convient simplement de ne pas alourdir le porteur du pli.
Se simplifier de tout pour être prêt. Prêt non pas à mourir mais prêt à vivre, à chaque lever du soleil, à chaque lever de lune, dans la ronde linéaire des jours, là, maintenant, immédiatement, intégralement. Le reste n’a strictement aucun intérêt et plus important encore n’a absolument aucune réalité.
L’amour conscient de la vie n’a aucun habit, aucune enveloppe, aucune parure, aucun dogme, aucune appartenance, il est nu et libre, il naît à chaque battement du cœur, il irradie dans les bonheurs de l'âme.
En juillet, j'ai résilié l'abonnement internet avec un opérateur et j'en ai pris un autre.
Si les problèmes de connexion se sont réglés, il n'en a pas été de même avec le dossier dans sa dimension financière et commerciale.
Plusieurs heures au téléphone avec l'ancien opérateur, trois passages en ville chez les deux opérateurs concernés (l'ancien et le nouveau, 70 km à chaque fois) et aujourd'hui un quatrième aller-retour à Chambéry.
Jusqu'ici, j'avais suivi les recommandations des personnes que je rencontrais ou que j'avais au téléphone mais cette fois, j'étais déterminé à changer de méthode.
Je ne voulais plus passer des heures au téléphone, baladé de service en service, sans que jamais aucune décision finale ne soit prise.Je ne voulais plus d'une autre descente en ville. Je hais la ville.
Un appel téléphonique, c'est de l'argent qui tombe dans LEURS escarcelles et lorsqu'en plus, personne n'est jamais responsable de rien, les prélèvements automatiques perdurent.
Il a fallu que j'apprenne ce matin par courrier que je devais payer des frais de résiliation de ligne (49 euros) pour que j'enfile le costume de chevalier à la hache tournoyante...
J'ai bien compris que l'intérêt financier des deux opérateurs (comme de tous les autres), c'est de ne pas clore les dossiers et de laisser traîner en longueur puisque financièrement, ils sont gagnants. De là, même, à penser que ces méthodes sont mises au point conjointement, entre opérateurs, je n'en serais guère surpris.
Je suis donc passé à la première boutique et après avoir expliqué le problème une nouvelle fois, j'ai posé mes conditions.
"Cette fois, c'est vous qui allez téléphoner, là, maintenant, devant moi, vous allez expliquer ce que je viens de vous dire, vous allez mettre le haut-parleur et j'écouterai la réponse."
Il s'agissait de savoir si la box que j'avais retournée avait bien été réceptionnée puisque je venais de recevoir un courrier m'annonçant de prochaines pénalités en cas de non-retour du matériel.
J'avais bien précisé à mon interlocuteur (un jeune homme bien gominé sous tous rapports), que je n'avais rien contre lui, personnellement, que je n'avais nullement l'intention de m'énerver et que mes propos visaient essentiellement la société pour laquelle il travaillait.
J'ai obtenu ma réponse en cinq minutes. Il a dû sentir que la hache frémissait au bout de ma main.
Je l'ai remercié et j'ai pris la route de la boutique de l'autre opérateur.
Une heure d'attente après l'enregistrement de ma demande à l'accueil...
Je vais faire un tour et lorsque je reviens, il y a une file conséquente jusqu'à l'extérieur du magasin.
J'attends dix minutes puis je décide de monter au front. Je passe devant tout le monde et je m'adresse aux premières personnes.
"Excusez-moi Messieurs-Dames mais je suis déjà enregistré et je voudrais juste savoir si mon tour approche."
La dame de l'accueil me demande mon nom, regarde sur son écran et me dit que je ne suis pas enregistré. Je lui dis que je suis passé il y a exactement quarante-deux minutes. Elle me répond qu'elle a un M Larue enregistré mais pas de Ledru...
-Eh bien, disons alors que je m'appelle M Larue, ça n'a pas d'importance, mon problème reste le même."
Je m'excuse de nouveau aux personnes qui attendaient leur enregistrement et je vois des sourires qui m'invitent à engager le combat avec la dame.
J 'explique donc que le vendeur auquel j'avais eu affaire m'avait affirmé qu'en ouvrant un compte chez eux, il se chargerait de clôturer mon compte chez le concurrent et que les retraits automatiques seraient annulés. Je lui explique que non seulement il n'en est rien, ce qui fait que je paye deux abonnements, mais qu'en plus j'avais maintenant des frais de résiliation et qu'une opératrice de la société concurrente m'avait expliqué au téléphone que c'était à eux maintenant de les prendre en charge, en signe de bienvenue....
La dame de l'accueil me répond alors que c'est impossible et que ça ne se passe jamais comme ça. Sur un ton quelque peu désobligeant. J'ai la main sur la hache et ça picote...
"Vous voulez donc me dire Madame que le vendeur qui s'est occupé d'ouvrir mon compte chez vous est soit incompétent, soit menteur ?
-Non, pas du tout, je vous dis juste que ça ne se passe jamais comme ça.
-Alors, c'est que vous pensez que je vous raconte n'importe quoi ?
-Non, pas du tout.
-Mais alors, qu'est-ce que vous essayez de me dire ? Qu'il n'y a aucune solution à mon problème, que personne n'est responsable, que personne ne comprend ?"
Pas de réponse, juste un air hagard, perdu...
"Madame, c'était une question de ma part et logiquement ça doit être suivi par une réponse."
Elle part alors dans une diatribe acerbe envers le concurrent qui ne fait jamais son travail correctement et patati et patata...Je la laisse déverser son fiel et je reprends.
"Je vous ai bien entendu mais cela ne résoud en rien mon problème. Pour ma part, je vous demande en premier lieu de vous occuper de la suspension définitive de mes prélèvements chez votre concurrent, comme cela me l'avait été expliqué puis de la prise en charge intégrale des frais de résiliation, comme cela me l'avait également été explique. C'est tout et je ne partirai pas d'ici tant que ça ne sera pas fait."
A ce moment, une femme dans mon dos lance fortement : "Moi, j'ai le même problème mais à l'envers. J'ai quitté cet opérateur et il continue à me retirer les mensualités."
Je remercie cette gente dame pour son intervention énergique et je reprends l'échange avec la dame de l'accueil qui commence à se décomposer.
"Il est possible aussi en attendant qu’un de vos collaborateurs s'occupe de moi que j'aille interpeler les gens qui attendent pour leur expliquer mon problème. C’est bien pour l’animation et pourquoi pas une pétition en direct ?"
La dame quitte son poste et s’éloigne. Je la vois discuter avec un homme et me désigner.
Je remercie les gens qui continuent à patienter et je rejoins le duo.
« Bonjour M Larue, asseyez-vous, je vous en prie, ma collègue m’a expliqué votre problème, c’est regrettable, je vais m’en occuper. »
Je m’installe et lui ouvre ma pochette avec les documents.
Je lui réexplique ma demande au cas où la dame aurait omis un détail important.
« Je comprends bien, M Larue mais le plus simple serait que vous preniez contact avec le service que je vais vous indiquer.
-Ah, non, ça ne va pas être possible et je ne suis pas venu pour ça. Je repartirai d’ici quand le problème sera réglé ou plus précisément quand vous, vous aurez réglé le problème. »
Il tente de reprendre la parole et je sors de la pochette la feuille avec mon numéro de dossier.
« Laissez-moi vous dire comment je vois les choses. »
Ma voix ne lui laisse pas le choix. J’ai changé de ton.
« Imaginez que vous ayez un problème avec votre voiture, vous allez chez votre garagiste, vous lui expliquez les symptômes, il vous dit que c’est la pièce X qui est défectueuse. Est-ce qu’il va vous donner le numéro de téléphone d’un fournisseur pour que vous commandiez cette pièce, que vous vous occupiez de la faire livrer pour qu’ensuite, il se contente de faire le remplacement ? »
Pas de réponse.
« C’est une question que je vous ai posée, Monsieur. J’attends une réponse et si vous ne la donnez pas, c’est bien parce que vous avez conscience de l’incongruité de la chose. C’est pourtant ce que vous me demandez de faire et c’est ce que je me suis appliqué à faire depuis un mois. Sans succès. Donc, maintenant, on va changer de méthode. C’est vous qui allez appeler le service concerné ou si vous préférez, vous utilisez votre ordinateur. On n’est pas chez pizza hut ici, n’est-ce pas, vous travaillez bien pour un opérateur téléphonique ? Alors, pour quelles raisons, c’est moi qui devrais payer une communication sans fin et de surcroit inutile jusqu’ici. Alors, voilà mon numéro de dossier, vous allez dans la rubrique « remboursement de frais de résiliation » et je partirai d’ici quand le problème sera réglé. »
Je le sens décontenancé.
« D’autre part, je continue pendant que vous réfléchissez, je trouve très triste, voire même consternant, que vous teniez d’appliquer systématiquement à tous les gens qui viennent ici ce que les managers de cette société vous ont appris, sachant que vous et moi, nous faisons partie de la même frange de population. Celle des asservis. Alors, au lieu d’obéir aux ordres de vos Maîtres, essayez de réaliser ce que ça donnerait si vous vous mettiez au service de la population à laquelle vous appartenez. Je ne vous demande pas de mettre votre place en péril mais juste de contourner discrètement et intelligemment ce que j’appelle des méthodes de truands. Vous savez très bien que des millions d’appels comme le mien représentent une somme considérable, que des milliers de prélèvements automatiques non remboursés augmentent encore le jackpot, que la lassitude des abonnés conduit les gens à laisser tomber et à aller voir le concurrent qui aura d’ailleurs les mêmes méthodes, que les recours auprès de médiateurs prennent des mois et nécessitent de remplir des formulaires sans fin, avec des preuves à fournir, des factures, des communications, tous les papiers qu’on n’arrive jamais à obtenir ou qu'on n'a pas eu la bonne idée de garder, vous savez très bien tout ça, c’est juste un jeu entre les Maîtres pour se refiler les asservis et les essorer autant que possible. Mais Monsieur, vous êtes aussi asservis que moi. Par d’autres Maîtres. Votre place ici vous donne l’illusion d’un pouvoir mais vous n’êtes rien d’autre qu’un asservi, comme moi et tous les gens qui sont ici. Alors, vous allez rentrer les numéros de mon dossier et vous allez contourner la procédure parce que je suis persuadé que c’est possible de le faire. Il y a toujours une procédure qui permet d’en contourner une autre. »
Il prend ma feuille et la lit. Il rentre les données et réalise que je ne m’appelle pas M Larue. Il s’excuse de son erreur.
« C’est sans importance, Monsieur. Les asservis de nos jours ont surtout des numéros de dossiers, comme des matricules de forçats. Le nom, c’est juste pour faire joli. »
Tout a été réglé en dix minutes.
J’ai vu sur l’écran s’afficher la phrase : « Remboursement de frais de résiliation effectué »
J’ai récupéré mes feuilles avec mes numéros de dossier, j’ai salué mon interlocuteur. Je suis passé remercier la dame de l’accueil pour son aide précieuse et spontanée et je suis sorti.
Avec mon matricule sous le bras, rangé dans sa pochette.
« Dans l’imaginaire social actuel, le yoga est une technique permettant d’être moins stressé. Il est triste de réduire le yoga à cela et faux de penser que c’est une méthode commode et facile pour se détendre. Le yoga est une philosophie de la vie qui s’est interrogée depuis des millénaires sur les questions existentielles de l’homme telles que « Qu’est-ce que la vie ?, Qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce qui anime la vie ? Quel est son sens ? »
Le mot yoga vient de la racine sanscrite « yug » signifiant « joug », c'est-à-dire ce qui joint, ce qui relie. Ainsi, le mot yoga vient dans son sens premier, signifie l’union de l’âme individuelle et de la conscience universelle.
Dans la symbolique profonde du yoga, l’homme est placé au centre du monde : entre le ciel et la terre, c’est entre le monde invisible et immatériel de l’esprit et le monde visible de la matière.
L’homme, au centre de ces deux mondes, en est le lien et il doit trouver l’équilibre entre le ciel et la terre, le non rationnel et le rationnel, l’invisible et le visible, pour atteindre l’harmonie.
Il est considéré comme la représentation de ce macrocosme et doit, en lui-même, trouver le chemin de cet équilibre et de cette union.
À l’intérieur de l’homme qui est à l’image du monde, c’est l’âme qui doit trouver l’équilibre entre l’esprit (le ciel) et le corps physique (la terre). La philosophie du yoga présuppose qu’il existe à l’état latent dans la psyché humaine, des possibilités qui, si elles sont développées, permettent à l’homme de faire l’expérience de la transcendance.
Pour parvenir à cet éveil de la conscience, le yoga rassemble, dans sa pratique, les méthodes permettant de parvenir à des états modifiés de la conscience au travers desquels l’homme peut procéder à l’expérience sur lui-même afin de découvrir sa propre nature.
Ce qui nous intéresse ici, c’est d’essayer de comprendre comment s’effectue le cheminement intérieur de l’adepte vers la transcendance. Les avis divergent suivant les écoles de pensées : certaines préconisent des exercices intellectuels consistant à séparer le réel de la réalité construite, d’autres s’attachent à l’accomplissement de tâches quotidiennes, à l’austérité et à la méditation ou à une conduite juste accompagnée du contrôle des sens, d’autres accordent de l’importance à la récitation de mantras…
Les écoles et les méthodes divergent mais les grands sages ayant parcouru le chemin s’accordent sur le fait qu’il est nécessaire de se défaire des mauvaises conduites, de s’attacher à une attitude juste et au détachement des illusions de ce monde.
Le but véritable du yoga concerne l’élévation et l’élargissement de la conscience humaine et cela passe par un long travail de connaissance de soi menant à la libération des chaînes de l’ego, des désirs inassouvis et de la peur de la mort.
Ce but est identique dans toutes les démarches spirituelles authentiques et est universel. Seules sont différentes les cultures dans lesquelles nous évoluons et la configuration psychologique des individus.
En occident, il y a trois manières d’aborder le yoga, correspondant à la fragmentation de l’être global en trois plans séparés :
*Dans la première approche, le yoga s’intéresse uniquement au corps physique, il est considéré comme une gymnastique stimulant les diverses fonctions de l’organisme.
*Dans la seconde approche, le yoga est considéré comme une technique psychosomatique d’équilibration de la personne. Il est alors question de stimuler les facultés mentales et d’acquérir la sérénité, la paix intérieure. Il peut alors être présenté comme une démarche proche de la psychothérapie occidentale et a pour but d’opérer certains changements dans notre façon de ressentir notre propre existence dans nos relations avec la société humaine et avec l’environnement.
*La troisième manière d’aborder le yoga est la voie philosophique. Cette approche est souvent faite par des érudits qui possèdent une connaissance très approfondie de la culture orientale mais qui ne pratiquent pas forcément le yoga comme discipline personnelle. Ici, le yoga considéré dans son enseignement philosophique est surtout un sujet d’étude menant à la sagesse.
Ces trois approches sont parfois plus ou moins confondues chez certains adeptes occidentaux qui ont compris que le yoga est un tout et qu’on ne peut le réduire à son aspect physique, psychologique ou spirituel.
Une définition juste du yoga doit rendre compte de son approche globale de l’homme et suggérer l’unité des trois plans de l’être : corps, âme, esprit.
Ces trois plans, physique, psychologique et spirituel, correspondent aux diverses manifestations vibratoires d’une seul et unique réalité : l’énergie.
De même, on ne peut pas séparer l’homme en tant que tout unique et limité du grand Tout universel et infini (macrocosme) duquel il émane, auquel il appartient et dont il est le fidèle reflet (microcosme).
Le yoga consiste en l’unification des trois niveaux de l’être individuel, puis de l’union de celui-ci avec l’Être cosmique. Comment réaliser cette harmonisation individuelle et cette fusion avec l’universel ? Cela passe par une maîtrise du corps et du mental permettant ensuite le dévoilement de l’être spirituel latent dans chaque être humain.
Dans la vision du monde fondant le yoga, la conscience de « l’homme ordinaire » est contractée. Cette contraction l’enchaîne à un organisme minuscule et périssable et à la conscience du Moi que l’on nomme aussi l’ego.
La pratique du yoga permet une expansion de la conscience ayant pour effet de percevoir son identité avec le cosmos et d’atteindre la connaissance de la vérité procurant la félicité d’être.
L’ego constitue ce qui limite l’homme et est la source de toute souffrance, de toute dysharmonie, de toute injustice. L’ego, qui est alimenté par l’histoire personnelle de chacun et qui est enraciné dans ses conditionnements, doit s’effacer pour laisser la place à une conscience plus haute libérant l’être spirituel. Cette libération n’implique pas la destruction du Moi individuel mais sa transformation. »
« Ne pas s’opposer au courant mais couler avec lui
Ne pas croire que c’est nous qui agissons alors que « Cela » agit en nous. »
C’est ainsi que les Taoïstes conçoivent le Wu-Wei.
C’est la « non-action. »
« Agir dans le non-agir. »
Il ne s’agit pas d’un abandon laxiste et niais, une fainéantise portée aux nues, une béatitude lâche mais bien d’une conscience ultime de l’instant et du Réel, du souffle divin, de la « Présence » en soi.
Le Wu-Wei, c’est ne rien faire avec son mental qui laisse entendre qu’il serait l’architecte de nos vies.
Ne pas intervenir avec des pensées insoumises, l’imagination, les peurs, les ancrages du passé et les projections temporelles, les espoirs, les attentes, les identifications, les regrets, les colères, les désirs…
C’est aimer ce qui est et non pas aimer ou ne pas aimer ce que le mental décrète.
C’est être « juste » envers tous les aspects de l’existence, c'est-à-dire ne pas porter de jugements, d’interprétations soi-disant rationnelles quand elles ne sont que des errances mentalisées.
Les effets produits par les actes seront de qualité si la qualité de conscience dans les actes est effective.
L'exemple du tennis est très révélateur :
Si je viens de manquer une balle et que je continue à y penser, il est quasiment certain que je manquerai la balle suivante...
Même constat si je cherche à reproduire un coup gagnant lorsqu'une autre balle se présente.
Rien n'est jamais identique et c'est la gestion totale de l'instant et donc la conscience de l'acte qui seule peut contribuer à l'effet positif de l'action. De la même façon, si je décide de monter au filet et que je pense au coup à venir une fois que je serai arrivé, je vais manquer la balle que je dois d'abord maîtriser avant d'être au filet.
Si je m'observe à cet instant, je vois que mon regard se porte en partie vers le filet parce que ma pensée s'y projette alors que je dois absolument me concentrer sur le coup à faire et donc uniquement sur la balle. Et le fait que mon regard se porte vers l'avant ( et donc l'avenir), je perds la maîtrise de l'instant présent en ne regardant pas vraiment la balle....
Et si je m'en veux ensuite d'avoir manqué ce coup, je manquerai encore le coup suivant...
Il apparaît dans ces situations précises que les flux de pensées temporelles ( se projeter vers l'avenir ou regretter le passé) sont des perurbateurs très puissants et que le mental semble ne pas pouvoir les occulter.
Chaque instant est unique et ne doit souffrir d'aucune intrusion temporelle. C'est pour ça d'ailleurs qu'il est nécessaire de répéter encore et encore chaque geste pour qu'il soit parfaitement inscrit dans le mental (pensées, mémoire, émotions, maîtrise corporelle) afin qu'ensuite, je sois libéré de cette pression et que je puisse me concentrer intégralement sur l'instant.
C'est le but des entraînements à la technique mais en situation de compétition, la conscience de l'instant redevient primordiale.
On peut bien évidemment user de cette attention dans tous les domaines de la vie : de la cuisine au ménage, du bricolage à la méditation, de la sexualité au massage, du yoga à la lecture, de l'écriture à la marche en montagne... Chaque activité humaine devrait s'ériger sous ce regard conscient.
En escalade, il est pourtant indispensable d'anticiper sur la suite de la voie et l'enchaînement des mouvements mais si l'attention se porte uniquement sur les deux, ou trois mètres suivants, le grimpeur court le risque de tomber là où il se trouve. L'anticipation, même si elle est nécessaire, ne doit pas devenir prioritaire, elle ne doit pas s'extraire de l'instant mais se projeter immédiatement une fois le geste accompli. Pas avant.
Lorsque j'ai passé mon permis moto (500 cm3), j'ai pu observer la justesse du phénomène...Et une moto de ce poids, quand elle s'échappe, c'est sans appel...
Lorsque je descends un chemin dans une forêt, en VTT, à toute vitesse, si mon attention se porte sur la suite du chemin jusqu'à en oublier le geste que je dois accomplir, là où je suis, je tomberai.
La conscience immédiate, cette "présence", cette intensité démentalisée, c'est là que l'individu s'élève dans la maîtrise et la connaissance de soi, c'est là qu'il chemine vers l'éveil intérieur.
On peut donc analyser le phénomène dans tout ce qu'on fait.
"Agir dans le non-agir", c'est apprendre à être là tout en étant capable de gérer la suite.
Le "non agir" n'est donc pas une absence de maîtrise mais la capacité à s'extraire de tous les troubles inhérents au mental et aux pensées insoumises qui viendraient interférer sur la qualité de l'acte présent.
La gestion émotionnelle relève intégralement de cette dimension du Wu-Wei. Toutes émotions exacerbées par une pensée insoumise est une entrave à la qualité de l'acte lui-même.
"L'émotion de la victoire", bien connue des sportifs, relève de cette problématique. Celui qui n'a plus qu'un point à mettre pour remporter un match de tennis ne pourra le réussir s'il ne parvient pas à l'oublier.
Si je prends l'exemple du massage, il ne peut être bénéfique qu'à partir du moment où chaque geste prodigué est libéré de l'intention qui peut s'y cacher. C'est la qualité de conscience qui produira la qualité du massage. Il s'agit donc de s'extraire de toutes formes de pensées intentionnelles et de s'appliquer à libérer de soi l'énergie aimante afin qu'elle se diffuse. Non pas en y pensant mais juste en le vivant, corporellement. L'énergie bienfaisante se libérera d'elle-même, non pas sous le joug de la volonté mais sous l'intensité de l'amour.
Un masseur ayant acquis une très bonne base technique et une grande connaissance des protocoles peut n'être qu'un technicien...Il ne deviendra un bon masseur qu'à partir du moment où il parviendra à nourrir son mental cognitif de la conscience. Rien d'autre n'est possible à mon avis.
Les effets produits par les actes seront de qualité si la qualité de conscience dans les actes est effective.
C'est incontournable.
C'est là d'ailleurs que se révèle "l'intuition".
L'intuition se libère lorsque le mental se tait.
J'ai pris parfois, dans des situations critiques, des décisions qui ne relevaient pas du mental mais qui était générée par cet état de conscience en soi, non pas une analyse rationnelle mais une évidence spontanée qui semble jaillie de nulle part.
Jung parlait de "Maître intérieur"...Celui qu'il faut trouver...
Certains magnétiseurs, par exemple, ressentent dans leurs mains ce que leur mental ne pourrait déceler, c'est ce qu'on appelle la "clairvoyance" et le terme est très bien choisi.
C'est "clair et il le voit" parce que le mental n'est pas le Maître mais l'ouvrier de la conscience.
Clairvoyance : Faculté de voir avec clarté, sagacité, pénétration, lucidité : Analyser une situation avec clairvoyance.
Forme de perception extrasensorielle d'objets ou d'événements.
Intuition : Connaissance directe, immédiate de la vérité, sans recours au raisonnement, à l'expérience.
Sentiment irraisonné, non vérifiable qu'un événement va se produire, que quelque chose existe : Avoir l'intuition d'un danger.
Ce qui signifie pour moi que la clairvoyance est la condition sine qua non de l'intuition.
C'est parce qu'un individu a atteint un état constant de clairvoyance que l'intuition peut s'éveiller en lui.
Cette intuition et la capacité à la recevoir sans aucun filtre limitant, c'est l'émergence ultime de "Cela", son jailissement, au-delà de la force occultante du mental.
L'intuition n'a aucun ancrage au Temps. Elle peut se développer par la multiplication d'expériences mais lorsqu'elle jaillit, elle est libre de toutes pensées et par conséquent de la dimension temporelle.
Walter Bonatti, alpiniste de renom ayant considérablement marqué son époque, a parfois évoqué cette intuition salvatrice. Il parlait effectivement de sa connaissance de la montagne et des nombreuses expériences ultimes qu'il avait connues mais il n'attribuait pourtant pas la justesse de la décision qui s'imposait à ce passé tumultueux.
C'est "Cela" qui agit en nous.
Une conscience fulgurante d'un potentiel infini, inconnu, au-delà du vécu.
Ce qui est en nous.
L'Amour, la Nature, la méditation, la contemplation, le silence, l'effort physique.
Des éléments, à mes yeux, incontournables pour que ce trésor enfoui émerge du chaos des vies matérielles.
L’âme de fond
Dans l'antre secret des cellules
Par-delà les temps humains
Je suis l'entité tapie en chacun, l'ignorée sereine qui ne connaît pas de fin
Je suis celle qui remonte des lumières intérieures
L'énergie créatrice qui brise la surface opaque de l'ego tourmenté, ce conglomérat néfaste érigé en vainqueur
Quand il n’est que la défaite d'une conscience oubliée
Je suis la respiration qui enlace le corps comme une matrice utérine
Et accouche de la vie dans la puissance de l’effort
Je suis l'émotion qui n'a pas de raison, le feu qui n'a pas besoin de matière, la flamme qui n'a pas d'incendiaire
Je suis la vague qui unit les courants fondateurs et se déverse dans les gouffres insondés
Celle qui dilue les traumatismes de l’individu morcelé dans le brasier liquide de la conscience révélée
Je suis le souffle de vie et la respiration mon destrier
Et ce corps qui monte vers l’altitude épurée est un être naissant qui abandonne son rocher
Sisyphe est libre de respirer et son mental un geôlier
La chape bétonnée des pensées est une citadelle de papier
qui se consume
Je suis l’âme de fond qui aspire l’atmosphère et le silence et la lumière
Celle qui entend l'Univers dans les marées de nuages, les chants d'amour de la sève, la dilution du soleil dans les peuples d'herbes
Je suis la palpitation des coeurs et le courant des fleuves de sang,
Je suis l’embrasement
Et l’océan des noirceurs de surface n’est plus qu’une illusion qui sombre
Et s’efface
Je suis l’âme de fond.
Corine Sombrun passe son enfance en Afrique à Ouagadougou (Burkina Faso). De retour en France elle se consacre à des études de Musicologie, piano et composition. Lauréate de concours nationaux et internationaux, elle obtient une bourse de l’Office Franco Québécois pour la Jeunesse et part à Montréal, étudier auprès de performers multimédia et de compositeurs.
En 1999 elle s’installe à Londres, où elle travaille comme pianiste et compositrice : Sacred Voice Festival of London (Création d’une pièce pour piano préparé et percussions iraniennes avec Bijan Chemirani) , Drome London Bridge theater («The Warp», pièce-performance de 24h mise en scène par Ken Campbell), BBC World Service, Turner Price, October Gallery, 291 Gallery, Price Water House Cooper Atrium Gallery… Puis fait des reportages pour BBC World Service, dans le cadre d’un programme sur les religions.
En 2001, au cours d’un reportage en Mongolie, le chamane Balgir lui annonce qu’elle est chamane. Dans cette région du monde, les chamanes accèdent en effet à la transe grâce au son d’un tambour spécifique. Un son auquel, lors de cette première expérience, elle réagit violemment, jusqu’à perdre le contrôle de ses mouvements. Pour Balgir, elle a bien les capacités chamaniques et « sa voie » dit-il, sera de suivre leur enseignement pour les développer. Elle va ainsi passer plusieurs mois par an à la frontière de la Sibérie, auprès de Enkhetuya, chamane de l’ethnie des Tsaatans, chargée de lui transmettre cette connaissance. Après huit années d’apprentissage, elle devient la première occidentale à accéder au statut de Udgan, terme mongol désignant les femmes ayant reçu le « don » puis la formation aux traditions chamaniques mongoles.
En 2002 elle publie chez Albin Michel le premier récit de ses aventures, Journal d’une apprentie chamane (Albin Michel 2002, Pocket 2004), traduit en plusieurs langues. Suivront, Une parisienne en Mongolie (Albin Michel 2004, Pocket 2006), Dix centimètres loi Carrez (Belfond 2004), Les tribulations d’une chamane à Paris (Albin Michel 2007, Pocket 2009), Sur les pas de Geronimo(Albin Michel 2008, Pocket 2013), traduit en américain, Les esprits de la steppe (Albin Michel 2012) et Sauver la Planète, le message d’un chef indien d’Amazonie (Albin Michel 2015).
En 2005 elle part au Nouveau Mexique rencontrerHarlyn Geronimo, medicin-man et arrière petit-fils du célèbre guerrier Apache. Selon une légende Apache en effet, ce peuple serait originaire de Mongolie. Ensemble, ils vont échanger leurs connaissances respectives sur les traditions Apaches et Mongoles et faire un voyage-pèlerinage jusqu’aux sources de la Gila, le lieu de naissance de Geronimo. De ces mois de complicité va naître l’idée du livre Sur les pas de Geronimo, l’histoire de cette rencontre et l’unique récit de la vie de Geronimo, racontée par l’un de ses descendants directs.
Parallèlement à ses voyages d’étude, Corine Sombrun est compositrice pour différentes sociétés de production et donne des conférences. Elle ne fait aucune formation ni consultation d’ordre chamanique, pour se consacrer à des recherches scientifiques sur les Etats Modifiés de Conscience.
Grâce à son expérience dans la pratique de la transe et à sa capacité à l’induire par la seule volonté, elle collabore depuis 2006 avec le Dr Etevenon, Directeur de recherche INSERM honoraire, qui l’a mise en relation avec différents chercheurs dont le but est de découvrir les mécanismes physiologiques liés à cet état de Transe (Etat de conscience volontairement modifié) et son influence sur le fonctionnement des hémisphères cérébraux. Les premiers résultats (obtenus en 2007 par analyses d’EEGs sous la direction du Pr. Flor-Henry / Alberta Hospital – Canada) ont montré que cette transe chamanique, dont les mécanismes d’action sur le cerveau restent inconnus, modifiait effectivement les circuits du fonctionnement cérébral. En repoussant les limites des connaissances actuelles, ces résultats ont ouvert de nouvelles perspectives et sont à l’origine du premier protocole de recherche sur la transe chamanique mongole étudiée par les neurosciences; Une tentative d’exploration des phénomènes liés aux capacités du cerveau humain et des fondements neuronaux
bibliographie
Sauver la planète
Le message d'un chef indien d'Amazonie
Éd. Albin Michel / 2015
Corine Sombrun se fait la plume d’Almir Narayamoga Surui, afin de raconter l’histoire d’un peuple et le destin d’un homme devenu représentant de la cause des Indiens Suruí et de la sauvegarde des ressources naturelles de la planète. Né en 1974, cinq ans après la visite du premier homme blanc dans le territoire des Indiens Suruí, au nord-ouest du Brésil, Almir Surui est considéré comme l’un des plus grands activistes autochtones d’Amérique du Sud. Prenant part à de nombreuses conférences internationales sur le changement climatique et le développement durable, il travaille également à présenter son projet de compensation carbone, consistant à demander aux plus gros pollueurs d’acheter des crédits- carbone qui pourraient permettre de financer la protection de la forêt amazonienne.
Récompensé à Genève par le Prix des Droits de l’Homme et classé parmi les cent personnalités les plus importantes du Brésil, son combat contre la déforestation a fait de lui l’ennemi de nombreux exploitants forestiers, qui en 2007 ont placé un premier contrat de 100 000$ sur sa tête. Il a alors été évacué en Californie, où loin de se décourager, il a souhaité rencontrer les dirigeants de Google et leur présenter son projet : utiliser Google Earth pour montrer la détérioration galopante de la forêt amazonienne, ses conséquences pour l’environnement de la planète tout entière et celles, plus immédiates, pour les 400.000 Indiens du Brésil qui y vivent encore.
Le livre, lettre ouverte d’Almir Suruí à ses enfants, au cas où il serait assassiné, alterne entre son parcours personnel, son combat contre la catastrophe écologique qui menace l’humanité et l’histoire et les traditions de son peuple, les Paiter-Surui, surnommés “Les indiens Hi-tech” par la presse internationale.
Là-Haut. J'y passe beaucoup de temps et c'est un grand bonheur.
Aucunement envie d'écrire. Un besoin qui s'est effacé.
J'avais commencé un nouveau roman et je l'ai mis à la corbeille il y a deux jours. C'est la première fois que ça m'arrive et je n'y reviendrai pas.
Il est clair aujourd'hui que ce temps passé à écrire des histoires doit servir à autre chose et ça n'est pas les sujets qui manquent.
Je me suis appliqué depuis plusieurs mois à retrouver mon "physique" et à marcher en montagne. Ce fut long et laborieux mais j'ai la chance d'avoir déjà vécu la perte de mon intégrité. L'expérience n'est utile qu'au moment où elle se répète et que la leçon apprise peut être appliquée.
Le bonheur d'un corps affûté qui répond à mes désirs d'efforts intenses est désormais plus puissant que le bonheur de l'écriture.
La montagne est une nécessité à laquelle je ne résiste pas.
Il y a quelques jours, Léo, le plus jeune de nos "enfants" a réalisé avec un ami la traversée intégrale de la chaîne de Belledonne par les cols et les sommets. Plus de 7000 mètres de dénivelée en 24 heures non stop dans un Massif très, très peu parcouru, hors sentier, avec un engagement intense et un complet isolement. Un périple magnifique et la lumière de ses yeux à l'arrivée témoignait du voyage intérieur.
Avec Nathalie, on leur a monté un ravitaillement et on les a retrouvés à mi-parcours à 21 heures au pied d'un des nombreux cols. Un très beau moment partagé. Et une descente de nuit avec les lampes frontales sous la lune et les étoiles.
Magique.
Cette vie, physique, émotionnelle, aimante, intense, cette osmose avec la Nature, le silence, la pureté de ces instants, loin du monde chaotique des hommes, c'est là qu'est mon chemin actuel.
Pour ce qui est de l'avenir, ça ne m'intéresse pas, il n'a aucune réalité.
Encore un livre de Thierry LEDRU, le 3ème édité. Je ne m’en lasse pas, bien au contraire.
Celui-là a le même sujet de base que « Vertiges », la montagne. Cette fois, c’est le K2. K2 ? Un résultat de maths ? Je vous mets un minimum d’explications si vous êtes comme moi, totalement ignorante sur les montagnes.
Le K2 fait partie de la chaine de l’Himalaya. 2e plus haut sommet du monde. Sur la frontière entre le Pakistan et la Région autonome du Xinjiang, en Chine. Le '8 000' le plus difficile à gravir. Le sommet est presque aussi dangereux à la descente (40 % des morts) qu'à la montée (60 % des morts).
Ca donne envie !
Le must pour ces fous d’alpinistes, c’est de gravir les 14 sommets qui sont au-dessus de 8000 m.
Revenons au livre : 4 amis, Etienne, Axel, Luc et Tanguy vont grimper le K2.
Au cours du livre, on apprend à connaître chacun d’eux. Le seul qui ait une amie fixe dans sa vie est Luc. Sandra. Elle l’a accompagné jusqu’à un camp de base pour l’attendre et écrire. Les deux ont une opinion très négative sur leur couple et leur avenir ensemble.
L’auteur nous fait entendre les pensées de chacun, au fur et à mesure des difficultés pour lui et de l’attente pour elle. Thierry Ledru décrit très bien les états d’âmes. On croit qu’on est spectateur et qu’on le restera mais son écriture ciselée nous invite à réfléchir sur notre propre vie et c’est passionnant.
Comment une relation évolue, qu’elles en sont les conséquences ?
De la même manière, les quatre hommes partent avec ce qu’ils croient être leur personnalité et les ingrédients violents de la montagne va nous dévoiler d’autres facettes.
Chaque place de la cordée a un sens que chacun vit à sa manière, et les changements sont rarement les bienvenus. Quel est le rôle de chacun ? Pourquoi est-on attaché à sa place ?
La recherche du dépassement de soi. C’est officiellement ce que les alpinistes recherchent en se lançant ces défis de toujours plus haut, toujours plus difficile, toujours plus risqué. Est-ce uniquement masculin ? N’y-a-t-il qu’en montagne que ce défi est possible ? N’avons-nous aucune occasion dans la vie de la vallée ?
Dépassement de soi, on devrait peut-être plutôt dire, recherche de soi, ou dépassement de notre zone de confort ? Sortir de nos habitudes, casser nos raisonnements, ouvrir notre esprit, loin des pressions sociales et de celles que l’on se met soi-même.
Vous l’avez compris, impossible de lire un livre de Thierry Ledru sans remuer ses méninges, on réfléchit sur de nombreux sujets, des sujets importants qui nous touchent tous.
Comme dans « Vertiges », Thierry Ledru nous tient en haleine durant toute cette expédition avec un suspens incroyable, plus solide que dans de nombreux polars.
Ses livres sont un univers, son écriture nous guide à travers des voies différentes, on en ressort différent, avec des idées nouvelles, des questions.
Un matin (25/07) j’ai entendu à une émission sur la philosophie sur France-Inter, l’invité dire« Les textes de Socrate incitent à la réflexion », j’appliquerais cette phrase aux livres de Thierry Ledru.
Il est de ces musiques qui jaillissent parfois d'une mémoire si profonde qu'on pourrait la croire perdue à tout jamais. Et il suffit de quelques notes, ranimées sans qu'on ne sache pourquoi, pour que chaque image, chaque sensation, chaque pensée se dresse comme une forêt vierge...
LES ÉVEILLÉS
27 août. Le jour de son anniversaire, dans la chambre d’hôpital, au chevet de son frère.
Ses parents lui avaient donné de quoi acheter un disque. Keith Jarret. The Köln Concert. Il en rêvait depuis longtemps.
« Vas-y mon chéri, prends ton temps, promène-toi, écoute des disques, ça fait si longtemps que tu es là. »
Cette voix adorée.
« Merci Maman. »
Il avait glissé le billet dans sa poche. Il avait embrassé ses parents.
« À tout à l’heure Christian, avait-il dit en se tournant vers son frère. Je vais chercher Keith Jarret. »
Il espérait qu’intérieurement l’évocation du piano cristallin le réjouisse, que la pureté des notes l’investisse, adoucisse ses luttes.
« T’inquiète, je te le prêterai ! »
Deux mois qu’il n’avait pas quitté son frère, deux mois qu’il n’était quasiment pas sorti de l’hôpital. Il avait veillé son frère comme on surveille une bougie et il avait fait de son amour pour lui une réserve de cire, l’interdiction de l’usure des forces, l’interdiction de l’affaiblissement de la flamme. Il ne savait pas si cela avait contribué au maintien de la lumière dans l’âme de Christian mais il percevait dans son propre espace intérieur l’émergence d’une force qui le bouleversait, une révélation dont il ne pouvait encore mesurer l’importance.
En quittant le couloir des urgences, il avait réalisé qu’il allait sortir de l’enceinte de l’hôpital.
Il s’était arrêté, le cœur battant.
Une autre vie. Un autre monde.
Des gens heureux, affairés, perturbés, inquiets, amoureux, insouciants, des voitures, des vitrines, le bruit de la ville, les couleurs, des odeurs.
Plus de murs aux peintures délavées, les effluves écœurants des désinfectants, les blouses des infirmières, les visages abattus des visiteurs, les voix mesurées ou les pleurs, le roulement des chariots, les appels dans les chambres, les sonneries sur le panneau lumineux des salles de veille, les émanations rebutantes des nourritures industrielles, les fenêtres closes, les horizons limités, le silence interminable des nuits, l’ombre invisible de la mort.
Il avait traversé le parc puis l’immense parking. Son trouble avait enflé conjointement à la rumeur des rues, à cette approche délicate, il avait pensé au prisonnier qu’on lâche dans la ville après des années d’enfermement.
Premier trottoir. Il s’était dirigé vers le centre-ville.
Un autre monde.
Il ne pouvait s’empêcher de dévisager les passants. Tous ces gens pressés qui ne savaient rien de l’hôpital, qui ne voulaient sûrement pas en entendre parler, qui géraient leurs existences agitées comme si tout devait durer.
Un groupe de jeunes croisés sur un passage piétons. Ils riaient. Il suffisait pourtant d’un chauffard pour que certaines vies s’arrêtent, que d’autres soient projetées dans un monde de douleurs, d’opérations, de rééducations, de médicaments, de dépendance, de dépressions. Ils ne savaient rien de la vie. Parce qu’ils ignoraient que la mort les guettait. Et pire que la mort encore, la souffrance. Il avait senti avec une force immense qu’il n’appartenait plus à ces groupes humains, à cette frivolité juvénile, qu’il ne pouvait plus supporter cet aveuglement entretenu, il avait eu envie de crier, de leur dire de se taire, de penser à tous les corps brisés qui luttaient jours et nuits sans connaître l’issue du combat, qui s’accrochaient désespérément au goutte à goutte suspendu au-dessus du lit, l’attente d’une opération de la dernière chance, le corps qui se morcelle, la lucidité de l’esprit qui enregistre chaque dégradation, chaque symptôme, la moindre douleur autopsiée, les médecins qui défilent avec leurs contingents d’adorateurs, leurs dossiers et leur suffisance, leur inhumanité diplômée.
Il avait baissé les yeux, il n’était plus de ce monde.
Ils mourraient tous un jour, demain ou dans vingt ans, quelle importance, la mort était déjà dans leurs cellules, elle les dévorait, insidieusement, nous n’étions jamais seul, la mort était une compagne fidèle.
Lui, il savait.
Centre-ville, rue de Siam. Il descendait vers le port militaire. Des parfums iodés. Le cri d’un goéland par-dessus les toits.
C’est là qu’il l’avait vue.
Elle marchait vers lui. Une tenue, une grâce, une fluidité qui l’avait bouleversé. Un choc inattendu, inespéré, comme si elle évoluait au cœur du monde sans en être aucunement atteinte, comme si le monde n’avait aucune emprise sur elle. Toutes les pensées avaient jailli comme un éclair, une fulgurance qui avait effacé en lui deux mois de cauchemar.
Une longue robe blanche, une chemisette bleu ciel, froissée comme du papier crépon, elle marchait les yeux baissés, de longs cheveux blonds flottant sur ses épaules, le balancement mélodieux de ses bras, la rondeur de ses seins sous le tissu, nus pieds dans des sandales à lanières qui remontaient sur ses chevilles, dix mètres, il allait la croiser, il s’était arrêté pour retarder l’échéance, le souffle coupé, plus de bruits, plus de mouvements, la ville avait disparu, il ne restait qu’une bulle protectrice, un espace protégé, elle avait levé le visage, elle l’avait regardé, la profondeur d’océan de ses yeux, immenses, bleus, lumineux, il n’avait plus bougé, catalepsie contemplative, elle avait souri, un soleil sur la peau lisse de ses joues, une fleur épanouie, le galbe rosé de ses lèvres, toute la beauté du monde, une envie immense de pleurer, de tomber dans ses bras et de pleurer, de vider toute cette horreur accumulée auprès de son frère, là, sur l’épaule de cette jeune fille, sans bouger, respirer le parfum de sa peau, s’enivrer de douceur, laisser couler les douleurs et s’abandonner à la quiétude, aucun désir, juste la paix, tout oublier.
« Bonjour. »
Elle était passée en l’enlaçant de sa voix.
Le miel de ses notes avait ruisselé en lui et s’était lové au creux de sa mémoire.
Il pourrait la retrouver aujourd’hui au milieu d’une foule, juste sa voix, deux notes comme une mélodie soyeuse, une caresse indicible, au-delà des choses connues.
Il s’était adossé à une vitrine, les jambes tremblantes, il ne savait même pas s’il avait répondu, il l’avait regardée s’éloigner, elle flottait au milieu des arabesques de sa robe, suspendue par la grâce, intouchable, intemporelle, une fée.
Un cadeau d’ange.
Retour.
Il avait acheté le disque tant désiré. Il avait demandé à en écouter les premières notes dans le magasin.
Dom… dom… dom, dom, dom…
Cristallin.
Les bâtiments de l’hôpital. Si grands.
Il s’était arrêté dans la traversée du parking. Il avait levé les yeux.
Combien d’âmes en souffrance, combien de corps brisés, de vies sur le départ ? Certains en sortaient, aussitôt remplacés, certains y restaient, on les descendait à la morgue, la famille venait chercher le corps, une camionnette noire, le cimetière, des fleurs, des prières, le trou dans la terre, les proches qui pleurent.
Évaluer le nombre de fenêtres. Le nombre de patients. Deux par chambre, le plus souvent.
Combien allait mourir avant la fin de la journée ?
Il avait repris son avancée vers la ligne de front, le couloir d’entrée des urgences puis l’escalier vers le service de neurochirurgie.
Les cris, les pleurs, les drames, les horreurs, tout était contenu dans les murs blancs, il le sentait, rien ne disparaîtrait jamais, il faudrait raser et brûler chaque pierre, tout réduire en poussière puis tout disperser dans l’océan.
Voici une vidéo particulièrement étonnante qui est en train de refaire surface sur Facebook. Celle-ci présente une expérience sociale réalisée en caméra cachée dans le cadre de l’émission Brain Games sur le National Geographic Channel.
Pour cette expérience, un groupe de complices est installé dans une salle d’attente. À chaque retentissement d’un « bip », le groupe se lève et se rassoit. Rapidement, ils sont rejoints par une femme qui s’apprête à être piégée.
Tout d’abord perplexe, la jeune femme va rapidement se conformer aux actions du groupe… et ce n’est pas tout. Regardez (la vidéo est en anglais, les explications sont juste en dessous).
Au bout de 3 sonneries, alors qu’elle ne sait absolument pas pourquoi elle le fait, la jeune femme se met à se lever avec le reste du groupe. Cela ne vous arriverait sans doute jamais, non ? Et pourtant…
La vidéo prend alors une tournure encore plus hallucinante. Au fur et à mesure, les complices sont appelés un par un et quittent la salle. Ceux qui restent continuent leur manège… jusqu’à ce que la femme se retrouve seule (vers 1:00), toujours filmée. Une nouvelle sonnerie retentit et la femme continue de se lever et se rasseoir !
Deux suspects sont arrêtés par la police. Ils sont coupables mais les agents n'ont pas assez de preuves pour les inculper.
Ils les interrogent séparément et leur font à chacun la même proposition.
«Si tu dénonces ton complice et qu'il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l'autre écopera de 8 ans de prison.
Si tu le dénonces et qu’il en fait autant, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison.
Si personne ne se dénonce, vous aurez chacun 1 an de prison. »
Les prisonniers, ne pouvant communiquer entre eux, réfléchissent chacun de leur côté.
« Dans le cas où il me dénonce et que de mon côté je me tais, je prends 8 ans de prison.
S’il me dénonce et que j’en fais autant, je ne ferai plus que 5 ans.
Dans le cas où il ne me dénonce pas et que je me tais, je prends 1 an de prison mais si c’est moi qui le dénonce, je serai libre.
« Quel que soit son choix, j'ai donc intérêt à le dénoncer. »
Si chacun des complices fait ce raisonnement, les deux vont probablement choisir de se dénoncer mutuellement, ce choix étant le plus rationnel, c'est-à-dire excluant au mieux les incertitudes.
Conformément à l'énoncé, ils écoperont dès lors de 5 ans de prison chacun.
Or, s'ils étaient tous deux restés silencieux, ils n'auraient écopé que de 1 an chacun.
Ainsi, lorsque chacun poursuit son intérêt individuel, le résultat obtenu n'est pas optimal.
C'est même dans ce cas le plus mauvais résultat collectif (obtenu en additionnant les années de prison des deux prisonniers.)
Cette histoire illustre bien ce que peut être l'enfermement dans le mental.
Isolé et ne disposant que de son raisonnement pour tenter de minimiser sa peine, chaque prisonnier se condamne au plus mauvais choix.
Pour véritablement minimiser sa peine, il lui manque quelque chose qui n'est pas du domaine du raisonnement, mais de l'ordre de la confiance en son complice.
Bien entendu, au cinéma, si le rôle d’un des malfaiteurs est joué par Robert de Niro, il ne dira rien et prendra huit ans étant donné que son complice le « balancera. » :)
Qu’en est-il maintenant si au lieu de prendre en exemple des malfaiteurs qui tentent de s’en sortir au mieux, on extrapole cette problématique du dilemme à l’individu au sein de la société humaine d’un côté et du phénomène vivant à l’échelle de la Terre.
Personne n’est « coupable » d’actes répréhensibles au regard de la loi humaine mais chacun est plus ou moins responsable des effets délétères sur le vivant.
La « réflexion » de base est que chacun profitant du système, il n’y a pas de raison que je n’en fasse pas autant.
Pourquoi est-ce que je me priverai de ce qui est proposé à la masse ?
Cette attitude n’est possible qu’au regard de l’absence de prise en considération de la vie elle-même.
Ces derniers jours, la chaleur ambiante amenait un grand nombre d’automobilistes à rouler avec les vitres fermées et la climatisation en marche. Climatisation dont on connaît les effets néfastes sur l’atmosphère et le réchauffement climatique.
Chacun est donc « prisonnier de la chaleur » et choisit la voie technologique dont la masse dispose pour se « libérer » même si cela condamne tous les autres. L’important pour chacun étant de ne pas souffrir dans l’instant même si cela renforce la gravité de la peine à long terme.
L’absence de culpabilité ou de conflit moral vient de ce que chacun profite simplement de ce qui lui est proposé, sans en être « l’instigateur » et du fait que tout le monde agit de la même façon. (Ce qui est faux bien entendu mais juste déculpabilisant.)
Autre exemple : l’alimentation et la situation de l’animal.
Le régime omnivore étant considéré comme la « norme », (la norme représentant l’enceinte carcérale…), chacun se libère de la culpabilité de la souffrance animale en arguant le fait que cette norme, si elle existe, est fondamentalement justifiée et incontournable. Fin de la réflexion.
L’exploitation animale à des fins alimentaires est un des facteurs les plus aggravants de l’équilibre de la planète.
C’est une réalité, un fait éprouvé.
Oui, mais « tout le monde fait comme ça depuis toujours donc il n’y a pas de raison que je n’en profite pas. »
On est donc ici dans le cas des prisonniers qui nient les actes répréhensibles de leurs "complices" pour pouvoir continuer à profiter eux-mêmes du système.
La norme les déresponsabilise intégralement.
C’est le même phénomène qui poussent des millions de consommateurs à se ruer dans les magasins à l’ouverture des soldes jusqu’à se battre si nécessaire pour obtenir leurs biens. Ils sont prisonniers d’un système qui les conduit à la folie mais il leur serait plus insupportable encore de savoir que d’autres prisonniers en profitent et pas eux.
La pokémania actuelle agit sur le même principe. Le phénomène de masse n’existe pas a priori. Il sera généré par les tenants du marketing et une fois lancé, il s’entretiendra de lui-même en rameutant toujours plus de prisonniers.
Le jeu n’existerait pas si l’idée de compétition n’était pas considérée comme la norme… Le système scolaire et tout le système économique sont évidemment passés par là pour asseoir la norme dans l’esprit des individus.
On me dira qu’il n’y a pas d’impact sur le vivant et je répondrai alors que l’extraction des « terres rares » pour la fabrication des microprocesseurs a un impact redoutablement destructeur sur la planète. (Mon ordinateur portable en contient aussi…)
On ne connaît pas réellement les effets des ondes à long terme.
On peut juger par contre très facilement des effets sur les liens humains à travers ce jeu…
Sans parler bien entendu des effets abrutissants sur la sphère intellectuelle…Mais existe-t-elle encore ?
On pourrait trouver des milliers d’exemples dans lesquels le dilemme du prisonnier prend forme. Mais il est une conclusion qui s’impose dans de nombreux cas : La sphère égotique l’emportera dans la majorité des cas avec, de surcroit, une bénédiction du système économique qui se nourrit bien évidemment de cette absence de considération de la sphère commune.
Chaque prisonnier cherchera le meilleur pour lui.
C’est la norme.
Une norme qui mène la plus grande partie de l’humanité à la dévastation du phénomène vivant, du plancton à l’atmosphère. Dévastation planétaire qui est le reflet de la dévastation intérieure de l’humain.
Alors maintenant se pose la question de l’avenir de l’Humain.
Pour avancer lucidement dans la voie de l’éveil des consciences, il faut avant tout prendre en considération le fait que le groupe humain ne peut pas évoluer en se posant comme juge et partie, c'est-à-dire sans octroyer à la Terre ce statut d’être vivant nécessaire à la mise en place d’une « table ronde » (et non d’un « tribunal »)
Ma réflexion n’a aucun intérêt en soi tant qu’elle n’est reçue que comme une forme d’opposition à la norme car l’humain qui se sent visé entrera dans une posture défensive qui ne résoudra rien.
Il faut donc qu’une autre entité intervienne pour passer de deux points symétriques qui s’opposent à la formation d’un triangle afin de briser dans l’œuf les habitudes d’opposition des deux parties.
Le phénomène vivant, à l’échelle de la Terre, est à mes yeux, le sommet du triangle. Tant que cette entité ne sera pas conscientisée dans l’esprit de chacun, l’humanité continuera à vivre au-delà de ses moyens, dans la folie individuelle de la norme.
Nous sommes "prisonniers" d'une norme destructrice.
Ceux qui l'acceptent veulent juste continuer à en bénéficier, c'est à dire à rendre la "peine" la plus douce possible.
Ceux qui la dénoncent sont déconsidérés par ceux qui se sentent jugés et on peut s'interroger sur les effets positifs de ces "conflits d'idées " sur l'ensemble de l'Humanité.
Il manque donc à mes yeux un intervenant supplémentaire qui viendrait apaiser les tensions par sa présence : la Terre.
Celle que les Peuples Premiers appellent notre Mère.
Celle que les esprits religieux ont nommé Dieu.
Une entité vivante sur laquelle nous évoluons. Non pas juste un territoire à exploiter mais un partenaire d'existence.
Si la réflexion de chaque "prisonnier" s'établit dans cette dimension spirituelle, on peut imaginer que les décisions de chacun évolueront de façon à ce que la Vie perdure.
De toute façon, il s'agira à un moment donné d'un choix délibéré ou d'une obligation vitale selon le temps que ça prendra.
Celui-ci consiste à respirer « profondément » environ 18 fois, 18 cycles inspire/expire (5 secondes/5 secondes) durant 3 minutes. Cela donne le rythme de base de la respiration profonde. On peut le faire en conduisant et dans toute activité de la vie quotidienne. L’idéal serait de pratiquer pendant 20 minutes par jour.
Cela va favoriser un équilibre des systèmes sympathique et parasympathique (yin/yang, le "sourire intérieur" de la médecine chinoise) Le résultat est une harmonisation cœur/cerveau c’est la cohérence cardiaque, la régularisation des différentes fonctions corporelles tels que les systèmes nerveux, immunitaire, cardiaque, respiratoire, digestif ainsi que la tension artérielle et mentale.
C'est l'explication des bienfaits des méthodes et exercices de méditation, relaxation, du qi gong, des postures de santé, etc. C’est une prévention contre les maladies et un ralentissement du vieillissement C'est se soigner gratuitement sans médicaments, de façon autonome
C'est cela la respiration consciente C'est cela être ici et maintenant C’est cela s’aimer soi-même
Au bout de quelques minutes de pratique, avec la sensation de bien-être, le sourire apparaît sur notre visage naturellement...
Les nerfs des systèmes nerveux sympathique et parasympathique constituent le système nerveux végétatif (ou autonome) qui est responsable des fonctions automatiques de l'organisme (par exemples digestion et transpiration). Par leurs actions opposées, les systèmes sympathique et parasympathique contrôlent l'activité de plusieurs organes et fonctions. Leurs cellules nerveuses (neurones) innervent les cellules des muscles lisses (présents dans la paroi de nombreux organes), du muscle cardiaque, des glandes et des cellules du système immunitaire.
Le système nerveux sympathique
L'activation du système nerveux sympathique prépare l'organisme à l'activité. Devant un stress important, il orchestre la réponse de fuite ou de lutte. Il dilate les bronches, accélère l'activité cardiaque et respiratoire, augmente la tension artérielle, dilate les pupilles et augmente la transpiration. Il diminue l'activité digestive. Ce système est associé à l'activité de deux neurotransmetteurs: la noradrénaline et l'adrénaline.
Le système nerveux parasympathique
L'activation du système nerveux parasympathique amène un ralentissement général des fonctions de l'organisme. Le rythme cardiaque et l'activité respiratoire sont ralentis et la tension artérielle diminuée. La fonction digestive et l'appétit sexuel sont favorisés. Ce système est associé au neurotransmetteur acétylcholine.
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Dans cet ouvrage, "Aux origines de la vie", Marcel Locquin retrace chronologiquement toutes les étapes de l'évolution depuis "l'océan d'énergie indifférencié" jusqu'à "l'homme pensant".
"Notre intelligence biologique régresse car elle a perdu ses racines du fait de l'urbanisation qui a coupé l'homme des réalités naturelles de son environnement. Il doit dont réfléchir au fait qu'un individu, où qu'il vive, récapitule au cours de ses développements toutes les étapes parcourues par ses ancêtres mais en accéléré."
De la préhistoire du nouveau-né à l'époque contemporaine de l'âge adulte.
Mais il arrive par conséquent, comme dans toutes périodes évolutives, un point ultime que la vie peut dépasser.
Si je considère que l'âge contemporain qui a vu l'évolution d'une grande partie de l'Humanité prend sa source avec la "révolution industrielle", je peux voir les individus constituant cette Humanité comme les extensions de ce progrès technologique qui contribue désormais à la destruction planétaire de la vie au regard de l'exploitation éffrénée des ressources. Les dégâts collatéraux concerne désormais l'ensemble de la chaîne du Vivant, du plancton à l'atmosphère.
Mais simultanément, ce progrès technologique a créé une extension de la communication qui elle aussi est devenue planétaire. Les réseaux sociaux représentent donc aujourd'hui la possibilité de l'émergence d'une conscience unifiée sur un plan informatif.
L'évolution de cette conscience prend une forme de plus en plus spirituelle à travers l'importance prise par l'observation interne de chaque individu et le partage grandissant de cette observation existentielle.
Il apparaît donc que les individus détiennent l'énergie permettant de franchir un nouveau palier s'ils prennent conscience de l'importance et de l'urgence de cette évolution spirituelle.
Il ne s'agit pas uniquement d'évoluer favorablement dans sa propre existence mais d'en référer à l'ensemble des individus susceptibles de participer à ce mouvement. Non pas dans une intention égotique de servir de modèle ou de référence mais par un simple et spontané amour envers cette Humanité.
Je n'aime pas ce que font la plupart des hommes ou femmes politiques, la plupart des financiers, la plupart des industriels, la plupart des chimistes, des techniciens etc etc mais je ne peux pas condamner l'intégralité de ces diverses sphères économiques ou technologiques dans un mouvement de colère qui ne ferait que générer un état dépressif alors que je profite, moi aussi, de tout ce qui a été créé par ces hommes et ces femmes. Il existe des milliers d'exemples positifs dans l'évolution de l'Humanité.
Il convient donc d'en extraire, non seulement ce qui se révèle destructeur mais également ce qui contribue à une évolution favorable à l'émergence d'une nouvelle ère.
Il ne s'agit pas pour chaque individu d'attendre qu'une évolution se fasse mais de déclencher en soi cette évolution et de la partager.
L'ensemble ne transforme pas l'entité unique ; c'est l'inverse qui se produit.
Chaque entité unique engagée dans un mouvement commun génère une évolution. Il n'y a pas d'évolution spontanée jaillie de nulle part.
Un ciel bleu ne se couvre pas en un instant de nuages jaillis du néant ; c'est l'accumulation d'entités nuageuses individuelles qui finit par emplir le ciel. Il aura fallu au préalable que s'enclenche le cycle de l'eau pour que la bénédiction de la pluie participe à la vie.
L'évolution spirituelle de l'Humanité est une accumulation de nuages nourriciers. Leur multiplication contribuera à ce dispersement prolifique des idées comme des pluies salvatrices.
On pourrait imaginer dans un registre similaire des champs de fleurs qui dispersent leurs pollens.
Qu'en est-il dès lors de ce partage ? Quel doit être son contenu? Quelle forme doit-il prendre ?
Il est évident que l’information doit être entière et non sélectionnée en fonction d’une intention qui deviendrait parcellaire et limitante…
Informer sur l’état de la planète, l’épouvantable maltraitance animale, la dévastation des forêts primaires, l’extinction effroyable des espèces, les drames humains et tout le contingent quotidien de souffrances est une nécessité.
S’arrêter là serait une erreur terrible puisque cela insérerait dans la conscience des individus une idée très sombre de l’évolution et on ne peut que craindre les effets de cette noirceur planétaire sur le Vivant.
Quelle évolution pourrions-nous attendre en sombrant continuellement dans le désespoir ?
Les réseaux sociaux doivent donc proposer des alternatives, non pas pour critiquer uniquement une société perverse mais pour bâtir un autre processus.
"On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante. Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rendra inutile l'ancien." Buckminster Fuller
La multiplication des sites, blogs, forums et autres supports explorant la dimension spirituelle, réflexive et agissante, est une nécessité qu'il faut développer, encore et encore.
C'est là que prend forme la clé permettant d'ouvrir la porte d'un nouvel horizon.
Les individus, qui par le mimétisme de l'insignifiance matérialiste, se contentent de succomber béatement aux mirages d'un monde moderne qui se pense éternel ne doivent pas être combattus comme des adversaires car cela contribuerait à l'épuisement de l'énergie spirituelle réflexive et agissante. Et il est fort probable que ceux-là ne changent en rien leurs comportements mais qu'au contraire ce "conflit" les renforce dans leurs errances.
Le guerrier qui lutte n'a aucune disponibilité pour bâtir un monde meilleur. Il obéit aux ordres et s'efforce de survivre.
Ceux qui ont eu la chance ou la force de se tenir à distance des champs de bataille peuvent de leur côté construire cette alternative qui à travers l'extension des partages contribue à agrandir "l'armée" des constructeurs d'un autre monde.
Comme des "casques bleus spirituels."
Regarder loin devant, chacun pour soi et se retrouver tous ensemble dans un horizon unifié.
Des amputés se plaignent d’avoir mal aux membres qu’ils n’ont plus.
Et si ces douleurs fantômes s’expliquaient par l’existence de corps subtils résiduels ?
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A la suite d’un accident, Ursula Lemarchand, comédienne, est amputée des 2 bras. Comme 80 % des personnes ayant perdu un membre, elle se retrouve avec des sensations étranges et parfois douloureuses jusque dans les doigts qui pourtant n’existent plus. « Je ressens mes bras comme s’ils étaient encore là. Au début, j’avais même l’impression de pouvoir bouger mes doigts. Déjà, c’est déroutant en soi mais le problème c’est surtout les douleurs fantômes. Cela fait comme des décharges électriques.» Comment est-il possible de ressentir une partie anatomique physiquement absente ? Surtout, comment soigner quelque chose d’impalpable ?
Curieusement, des pistes prometteuses pourraient se trouver du côté des corps subtils. À l’IRMA (l’Institut Robert Merle d’Aubigné), le plus grand centre européen de rééducation pour amputés, la méthode Surrender produit des résultats étonnants dans le traitement des douleurs fantômes. Cette approche d’inspiration ostéopathique, fondée par l’ancien comédien Seymour Brussel et le Dr Rodolphe Meyer, vise à stimuler nos capacités de régulation jusque dans nos champs énergétiques, immatériels.
De mystérieuses douleurs
Décrites dans la littérature médicale dès le XVIe siècle par Ambroise Paré, les douleurs neuropathiques dites fantômes, sont un casse-tête. La science explique que puisque la zone du cerveau correspondant au membre perdu, elle, ne disparaît pas, le système nerveux agit comme si le membre était encore là. Le corps médical propose alors soit une forte sédation médicamenteuse, soit parfois une « thérapie par le miroir ». Cette dernière consiste à leurrer le cerveau en faisant se refléter par un système de miroirs le membre existant à la place du membre manquant. Le système nerveux central pense que la partie amputée existe encore et cela le calmerait. Cette approche procure un soulagement pour beaucoup. Cependant, elle ne peut par exemple pas s’appliquer à Ursula qui a perdu ses 2 bras. Il faudrait qu’elle en ait encore au moins un pour pouvoir créer un reflet à la place de l’autre.
L’explication purement neuronale des douleurs fantômes est-elle suffisante ? Pas sûr. Déjà, les découvertes récentes en neurosciences ne valident pas entièrement la correspondance des parties du corps avec une zone précise du cerveau. Son fonctionnement serait beaucoup plus complexe et plastique que cela. Par ailleurs, des facteurs plus subjectifs, comme les circonstances extérieures et les états émotionnels du patient, semblent largement moduler ces sensations.
Il y a une vraie composante psychologique dans les douleurs fantômes.
« Il y a une vraie composante psychologique dans les douleurs fantômes. Quand les gens sont stressés, angoissés, la douleur augmente », souligne le Dr Christophe Pham, médecin rééducateur, ancien chef de l’unité d’appareillage à l’IRMA. Ainsi, le phénomène ne serait pas seulement créé dans le cerveau. Si celui-ci reste le support activé selon les circonstances, la source des stimuli pourrait se trouver ailleurs.
Des corps énergétiques ?
« Rien ne se produit dans la nature sans échange énergétique et il n’y a aucune exception à cette règle. Cela n’a rien de mystique, c’est maintenant largement démontré par la science », informe le Dr James Oschman, auteur de Energy Medicine, The Scientific Basis. Nous le savons maintenant : le cerveau communique notamment via son champ électromagnétique, qui dépasse largement la boîte crânienne. Par ailleurs, l’institut HeartMath aux États-Unis a aussi mesuré le champ électromagnétique du coeur : il s’étend sur un rayon de plus de 3 mètres, donc bien au-delà du corps physique. Sommes-nous entourés d’« enveloppes énergétiques » réellement effectives ? La notion de corps immatériel a été envisagée par de nombreuses cultures depuis des milliers d’années. Les textes védiques notamment font état de structures auriques de plus en plus subtiles autour du corps physique. Ces enveloppes communiqueraient constamment avec notre biologie. Plus récemment, la photographie Kirlian, technique découverte en 1939, puis la caméra GDV (pour gas discharge visualization) du Dr Konstantin Korotkov, ont produit des clichés qui semblent révéler au moins une partie de cette énergie maintenant mesurée par la science.
Incidemment, ces dispositifs montrent que lorsque nous enlevons une feuille sur une plante, un champ énergétique de la forme de la feuille persiste pendant un certain temps. Une trace énergétique semble se maintenir bien que la manifestation physique ne soit plus présente. Les êtres humains seraient-ils sujets au même phénomène résiduel ? « Au vu de notre pratique clinique, c’est une évidence », affirme Seymour Brussel. « Il y a une énergie qui est toujours là, c’est sûr, je le sens. Mes prothèses sont en plastique, elles ne me donnent aucune sensation tactile. Pourtant, lorsque quelqu’un me prend la main, je le ressens vraiment », atteste Ursula Lemarchand. Au début, ses amis s’amusaient même à lui toucher les doigts sans qu’elle ne les voie, mais la jeune actrice réagissait bien souvent. Autre phénomène étrange, Ursula raconte qu’après son accident, elle s’est sentie comme « décalée » de son corps physique, « au point que, quand j’étais allongée au centre de la table de soin, j’avais l’impression que j’étais au bord et que j’allais tomber », détaille-t-elle. Pour Seymour Brussel, le phénomène n’est pas rare en
Je vois souvent des gens qui sont désaxés énergétiquement après des traumatismes.
cas de choc. « Je vois souvent des gens qui sont désaxés énergétiquement après des traumatismes. On pourrait dire que leur corps énergétique est à côté de leurs baskets », sourit l’ancien comédien.
Rééquilibrer le subtil
Ainsi ces champs résiduels pourraient être une des causes des douleurs fantômes. « Tout porte à penser que le champ énergétique est encore perturbé par l’absence du membre », suggère Seymour Brussel. En travaillant sur les fluides et l’énergie du corps, la méthode Surrender vise alors par effet de ricochet à stimuler les capacités d’autoguérison chez ses patients, à tous les niveaux de l’être jusqu’aux plans les plus immatériels. « Le thérapeute va intentionnellement dynamiser le champ du patient. Cela va déclencher des réactions naturelles d’harmonisation énergétique, y compris à l’endroit impalpable de l’amputation. Petit à petit, un rééquilibrage se fait et la douleur disparaît », détaille Seymour Brussel.
S’il est difficile d’objectiver une telle hypothèse, les résultats eux, sont bel et bien là. La méthode est saluée par les professionnels et les patients. « Avec la thérapie par le miroir, la sensation du membre va rétrécir jusqu’à ce que les orteils ou les doigts soient ressentis au niveau du moignon puis disparaissent. Avec la méthode Surrender, c’est plutôt comme si les gens ressentaient pleinement le champ de leur membre, mais sans la douleur », rapporte le Dr Pham. Un avantage ? Les prothèses nouvelle génération se branchent maintenant sur les nerfs de la personne de manière à ce qu’elle puisse les actionner directement. « Si les gens arrivent à pleinement sentir le champ de leur membre, ils bougeront mieux leur prothèse », souligne le médecin. Que penser alors des greffes d’organes ? Seymour Brussel avance qu’une harmonisation entre le corps du patient et la greffe pourrait éviter de nombreux rejets. « Surtout que dans ce cas-là, l’organe possède lui aussi son propre champ et donc la mémoire de l’ancien corps. Il est judicieux de faire en sorte que tout le monde s’entende », soutient le médecin. De son côté, Ursula Lemarchand a su rebondir. La Princesse sans bras, spectacle qu’elle a écrit en centre de rééducation, rencontre un grand succès. La morale de l’histoire ? « Peu importe les difficultés que nous pouvons rencontrer dans la vie, nous pouvons tous être heureux », conclut-elle.
Amputée des bras, Ursula Lemarchand, princesse de l'espoir
Publié le jeudi 17 mars 2016 à 19:02 par Texte : Julien SOYER. .
Amputée des deux bras en décembre 2013 après un accident sur une voie de métro, Ursula Lemarchand, 25 ans reprend aujourd'hui le Cours Florent. Une évidence pour cette comédienne angevine qui a retrouvé le goût de la vie grâce au théâtre. Cette passion lui permet de véhiculer des messages forts et de susciter l'espoir.
Elle rayonne, Ursula. Est-ce le soleil de cette mi-mars qui inonde sa maison, au Marillais (Maine-et-Loire), entre Ancenis et Angers ? Ou ce rire qui illumine son doux visage, enveloppé dans une longue et délicate chevelure blonde ? La jeune femme de 25 ans est heureuse : ce mercredi, elle repart à Paris. Direction le Cours Florent, cette célèbre école de théâtre d'où sont issus Isabelle Adjani, Emmanuelle Devos, Daniel Auteuil ou encore Vincent Elbaz.
Il ne lui reste qu'un petit pas à franchir : le dernier module de sa formation consacré à la mise en scène. «Je ne ressens aucune pression car je sais que je peux vivre de mon métier. Mais ça me paraît indispensable d'être diplômée. » Et puis, le thème sur lequel elle doit plancher - « l'espoir » - lui parle particulièrement.
Ursula Lemarchand est une rescapée. À l'âge de 4 ans, elle a manqué de se noyer. En décembre 2013, c'est un métro qui a failli mettre fin à ses jours. «Heureusement, le chauffeur, que j'ai revu il y a peu de temps, a eu le réflexe de couper l'électricité avant que je ne tombe sur la voie. Il m'a sauvé la vie », sourit-elle, sans s'étendre sur les circonstances du drame.
Ce petit bout de femme coquette et dynamique doit être amputé des deux bras. Il lui faut plusieurs jours pour encaisser la nouvelle - «Je croyais être dans un cauchemar» - etenviron un mois pour parler d'avenir. « Heureusement, j'avais la famille idéale pour surmonter cette épreuve. Ma mère et Berthille, ma jeune soeur, esthéticiennes, ont su soigner mon apparence pour me prouver que je restais belle. Mon père et Anaïs, ma soeur aînée, à qui j'ai quand même demandé de m'aider à mettre fin à mes jours, m'ont, eux, convaincue, que j'avais encore plein de belles choses à vivre.»
Tout est à réapprendre : manger, marcher et muscler le haut du corps pour supporter les prothèses de trois kilos chacune. Un travail facilité par son passé de danseuse classique et son goût pour la course à pied. Mais «son handicap n'a en rien altéré son jeu et sa prestance sur scène, estime Laëtitia, son ancienne colocataire, comédienne aussi. Elle conserve un large et beau répertoire. »
Elle écrit avec ses doigts de pied
« Depuis toute petite, elle s'illumine sur scène», raconte son père, Bruno. Cette passion la guide depuis la classe de seconde. Fan de Molière, elle est également fascinée par Salomé d'Oscar Wilde et Penthésilée de Heinrich von Kleist. Mais la scolarité est difficile. «Le déclic est arrivé lorsqu'un lycée, à Bressuire (Deux-Sèvres), a accepté malgré un bulletin peu valorisant, de la prendre en 1re L, option théâtre, raconte son père. Elle a alors éclos. » Jusqu'à intégrer le prestigieux Cours Florent.
Impossible pour Ursula, surnommée Vénus, de ne pas remonter sur les planches, malgré le handicap. La reconstruction passe par le rire. «On a très vite essayé de dédramatiser par l'humour, se rappelle François, un autre copain de promo. Via des expressions concernant les bras et les mains. Elle adorait aussi secouer ses deux pieds pour nous dire à demain.» Ses doigts de pieds avec lesquels elle écrit, sur son lit d'hôpital, un conte pour enfants intitulé La Princesse sans bras, dont elle sera l'héroïne.
L'histoire : née sans bras, une princesse rejetée par sa mère décide de quitter le château familial pour trouver la fée qui exaucera son voeu le plus cher : retrouver ses membres manquants. Un voyage initiatique au cours duquel la princesse multiplie les rencontres. Toutes sont inspirées par des personnes qu'Ursula a croisées durant son hospitalisation et son long séjour au centre de rééducation de Valenton, dans le Val-de-Marne.
«Ce projet a occupé 100% de son temps. Elle l'a écrit, l'a mis en scène et a cherché les costumes, admire son père. Un moteur lui permettant d'oublier son handicap et de tourner la page.» Sans doute un peu trop vite. «Ursula a la particularité de mettre toute son énergie pour atteindre ses objectifs, reprend son père. C'est une force... Mais aussi une faiblesse car elle peut en oublier les limites de son corps.»
Épuisée par le rythme effréné pour tenir les dates de la pièce jouée une quinzaine de fois dans des salles accueillant jusqu'à 1 200 spectateurs, la jeune femme subit une dépression post-traumatique violente entre septembre 2015 et janvier 2016. Une rechute qui permet, enfin, d'intégrer son handicap. «Elle reste une bosseuse acharnée très pro, mais je la trouve plus lucide », juge François.
Idéal pour aborder sereinement ses projets futurs : nouvelle pièce, peinture, préparation d'un semi-marathon... Ursula entend continuer à croquer la vie à pleines dents.
Il sortit et reçut la lumière du soleil comme un don.
Il quitta son sous-pull. Son torse devait se nourrir des ondes divines. Il aurait aimé courir nu mais les esprits pervers n’auraient pas compris.
Il partit sur la route.
Dès les premières minutes, il chercha à se concentrer sur le rythme de ses foulées, la musique de son souffle et de ses pas, le tempo de son cœur, se coupant du monde extérieur, n’acceptant que les rayons solaires et la brise fraîche, sans objectif précis, il s’enfonça dans les forêts, traversa le plateau granitique de la Pierre Levée, suivit un temps le ruisseau du Ninian, rejoignit une route qu’il ne chercha pas à reconnaître, refusant de construire un parcours, limitant le travail de son esprit à la précision de ses gestes et quand il sentit que les muscles des jambes durcissaient, que le ventre et le dos supportaient de plus en plus difficilement les chocs répétés, il s’interdit de penser à un probable retour et, peu à peu, il sentit s’installer en lui la mécanique hypnotique de la course, s’engloutissant à l’intérieur de lui-même, insensible à toutes les sensations extérieures, ne vivant que dans l’infini profondeur de son propre abîme, il ne distingua de son corps que le passage rapide devant ses yeux d’un pied puis d’un autre, le premier disparaissant, immédiatement remplacé par le second et cela sans fin, et il trouva magnifique la mélodie répétitive de ses pas sur le corps de la Terre, comme des étreintes répétées, un don d’énergie partagée, il buvait à la source de vie et s’enivrait de jouissance, cette alternance rapide et saccadée et cette absence de volonté, le corps agissant indépendamment de tout contrôle, sans crainte et donc sans fatigue, le cerveau, submergé de douleurs ayant abandonné l’habitacle, s’évaporant dans un ailleurs sans nom, il la trouva magnifique cette musique en lui, chaque foulée se répercutant dans l’inextricable fouillis de ses fibres musculaires, dans les souffles puissants jaillissant de ses poumons vivants, comme une alarme infinie qui retentit, un appel à la vie, un cri de nouveau-né qui emplirait le ciel et gonflerait les nuages, ses perles de sueur comme des semences inondant la Terre, les râles de sa gorge comme des mots d’amour et il comprit pleinement, par-delà les pensées, que les poumons, le cœur, le sang et les cellules n’existaient que dans ces instants d’extrême exploitation, que les jours calmes étaient des jours morts, des jours sans éveil, des jours d’abandon et de faiblesse, des heures disparues dans le néant de la mort, des pourritures rongeant l’extase, des impuissances de verge éteinte, des mollesses de cadavres agités dans l’attente des vers, c’était inacceptable et il ne l’accepterait plus, sa vie devait être comme cette course, sans cassure, sans déchet, sans seconde évaporée, un cri de vie dans le silence des cimetières, une rage aimante comme un hommage, il plongerait son âme dans le calice du monde jusqu’à noyer les derniers résidus des morales apprises, il couvrirait la Terre de son corps embrasé, il emplirait le vide de son amour enflammé, il sentit les larmes couler, c’était si beau ce moment de vie, enfin la vie.
Il courut si longtemps qu’il ne sut pas quand il rentra."
Il semble que ça soit trop compliqué pour de jeunes enfants. Des réflexions qui les dépassent et qui ne font pas partie de leurs préoccupations. C'est curieux mais quand je lis ça, j'entends surtout des adultes qui ont oublié les questions qu'ils se posaient quand ils étaient enfants.....
« Je sais que tu avais raison Gwendoline. Il faut rejoindre les Kogis et voir ce qu’ils peuvent faire pour moi. Je ne dois pas abandonner et partir. C’est comme si je laissais ce Jarwal sur place et ne rentrait qu’avec un fantôme. Mon histoire est ici et c’est ici que je dois la retrouver. »
Elle l’embrassa sur le front. Juste un baiser plein de tendresse.
Léontine bourdonnait de bonheur autour d’eux.
C’est là qu’ils virent certaines fougères bouger étrangement. Comme un roulis, une houle de frissons, un frémissement continu. Ils se levèrent et reculèrent de quelques pas. Les sens aux aguets.
Sous leurs yeux ébahis, des formes s’agitèrent, une myriade de petits êtres couverts de feuillages, des fougères qui n’en étaient pas, une apparition stupéfiante. La troupe se plaça devant eux. Des corps envahis de végétation mais pourtant une forme bien identifiable. Pas plus haut que le chapeau pointu de Jarwal. Des branchages pour membres, des tiges garnis de jeunes pousses, des feuilles, des plantes, des mousses, un amalgame hétéroclite, comme un collage anarchique, mais un visage souriant et des yeux lumineux, parfaitement visibles dans l’imbroglio végétal, des prunelles luisantes comme des soleils.
« Ah ! L’amour, on ne peut y résister, annonça en sautillant un des petits êtres.
-C’est vrai, c’est tellement bouleversant, enchaîna un deuxième.
-Le seul phénomène qui puisse nous pousser à nous montrer, renchérit un troisième. »
Des bonds qui accompagnaient chaque parole, une frénésie joyeuse, une danse pétillante.
« Qui êtes-vous ? demanda Gwendoline qui ne lâchait pas la main de son lutin hagard.
-Nous sommes la Vie, comme toi ! » lança le plus impétueux.
Des éclats de rires dans l’assemblée, des cabrioles et des roulades, des individus qui se trémoussaient en mêlant leur verdure, des galipettes et des embrassades, une agitation paroxystique.
« La Vie, nous sommes la Vie, la Vie, nous sommes la Vie,
répétaient-ils tous, en chœur.
Jarwal, Gwendoline et Léontine n’avaient jamais vu de tels êtres. Ils connaissaient pourtant bon nombre d’individus curieux et magiques, elfes et gnomes, farfadets et korrigans mais des êtres végétaux dansant des sarabandes endiablées, ils ne l’auraient même jamais imaginé.
Léontine se posa sur l’épaule de Gwendoline.
« Nous vous regardons depuis longtemps, mais l’amour était parti du cœur de celui-ci ! lança l’un d’eux en désignant Jarwal
-Non, pas parti, cher ami, mais submergé de tristesse, reprit un voisin.
-Oui, la tristesse est un étouffoir de l’Amour mais l’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie,» enchaîna un troisième.
Des éclats de rire encore, cristallins. Des carillons de notes aiguës. Les feuilles agitées de leurs corps sautillants.
« Vous voulez dire que vous ne vouliez pas vous montrer à cause de moi ? demanda Jarwal.
-Pas à cause de toi, répliqua un petit être ébouriffé comme un buisson juvénile. Tu n’es pas ce que tu penses. Ne te trompe pas. Ce que tu penses n’est qu’une dérive de l’Amour de la Vie.
-Nous attendions que la pourriture des feuilles soit consommée, ajouta son compagnon. Et que l’Amour remonte à la surface.
-Vous n’apparaissez qu’aux êtres qui s’aiment alors, c’est ça ? interrogea Gwendoline.
-Tous les êtres sont dans l’Amour. L’Amour, c’est la Vie, mais les pensées de votre tête vous font aimer le désordre de vos pensées. Rien à voir avec l’Amour de votre âme. Vous parvenez même parfois à aimer ce qui vous enferme. Ce sont toujours vos pensées. Et votre tête finit par aimer ce qui la ronge. C’est incroyable ça. L’Amour de la Vie n’est pas un guerrier. Il aime la sérénité. Alors, il se retire et il attend que vous arrêtiez de vous mentir. »
Des réflexions secrètes, silencieuses, une analyse minutieuse.
« Et voilà, vous vous remettez à penser ! lança joyeusement une boule de feuilles agitée. Vous êtes tout de même incorrigibles ! Laissez donc rayonner votre Amour de la Vie.
-Nous avons un grave problème, annonça Gwendoline.
-Mais non, il n’y a pas de graves problèmes, il n’y a que ce que ce vous en pensez. Sinon, cela voudrait dire que la Vie est un grave problème et quand vous pensez cela, la Vie se retire dans son coin et vous laisse exister à travers vos pensées. La Vie ne lutte pas, elle aime la sérénité, je vous l’ai dit.
-Et bien, chers amis, intervint Jarwal, je pense que mes pensées sont un grave problème. Je pense sans cesse à ma mémoire qui a disparu.
-Mais non, elle n’a pas disparu. Elle s’est retirée dans un coin. Et comme tu étais en colère, elle avait peur. On ne réconforte pas un petit animal traumatisé avec de la colère ou de la peur.
-Tu veux dire que je peux retrouver ma mémoire ?
-Tu ne vas pas la retrouver, c’est elle qui reviendra. Vous êtes vraiment prétentieux, vous autres, à croire que tout dépend de vos pensées et de votre volonté. C’est comme si vous étiez en Vie parce que vous l’avez voulu ! Ridicule. La Vie n’a pas eu besoin que vous pensiez à elle pour s’installer. Et vous, vous pensez que vous pouvez imposer votre volonté à la Vie. C’est incroyable ça !
-Regardez ces grands arbres ! proposa un petit arbrisseau. Vous croyez que c’est la volonté de la graine qui a donné ce superbe ouvrage ? Et la Vie alors ? Elle se serait installée une fois que la volonté aurait pris forme ? Ridicule. Vous observez tout à l’envers. »
Des leçons proclamées par une troupe de joyeux lurons.
Gwendoline les observait avec fascination. Une multitude de visages dans une diversité hétéroclite. Des bouilles rondelettes ou triangulaires, des faces plates comme des assiettes, un mélange inexplicable de feuilles assemblées mais toujours ce pétillement dans leurs prunelles, deux soleils ardents qui irradiaient de bonheur.
« Vous voulez dire que nos pensées sont des œillères à la réalité de la Vie ? demanda Jarwal.
-La réalité ? Mais qu’est-ce que c’est cette réalité ? Ce que vous voyez ? Ridicule. »
L’ensemble de la troupe, dans un synchronisme parfait, s’évapora. Une multitude d’oiseaux colorés s’égailla au-dessus de leurs têtes, une nuée de piaillements dans des arabesques maîtrisées, des zébrures de corps fuselés, comme des flèches jouant un ballet de plumes. Et toujours ces yeux aussi brillants que des astres naissants, une énergie condensée, une concentration d’univers.
Le ballet cessa d’un coup, les oiseaux disparurent et un champ de pierres inertes s’étendit à leurs pieds. Des roches lisses et immobiles, éparpillées devant les trois amis. Au même instant, sur chaque caillou, des paires d’yeux s’ouvrirent et les observèrent, des prunelles étincelantes d’où jaillissaient des rires de lumières. Des battements de paupières aussi stupéfiants que des naissances d’étoiles.
Puis, avec la même célérité, dans une simultanéité parfaite, un florilège de papillons les entoura, plus de pierres sur le sol mais une farandole radieuse, des élucubrations étourdissantes, des figures imprévisibles, toute la magie délicieuse des vols de colorés. Et sur les corps délicats rayonnaient d’une intensité éblouissante les yeux aussi perçants que des fusions de soleils.
Comme un souffle tonitruant balayant tout sur son passage, la nuée de papillons s’évanouit. Rien d’autre n’apparut.
Les trois amis restèrent statufiés.
« Où êtes-vous ? demanda Jarwal.
-Chut, coupa Léontine. Les hommes. »
Des bruits dans la forêt, des voix qui portaient par-delà les arbres. La troupe des Portugais avait quitté le camp des Kogis et reprenait sa progression.
Jarwal se coucha sous le parterre de fougères en se demandant s’il ne manquait pas d’écraser un de leurs étranges visiteurs. Gwendoline s’allongea à ses côtés.
« Ils ne peuvent pas nous voir. Ne bouge pas, » murmura-t-il, en posant délicatement une main sur son bras.
Gwendoline frissonna de bonheur à cette parole protectrice, à cette attention inespérée. Jarwal veillait sur elle. Jarwal reprenait vie.
Ils n’aperçurent même pas les soldats à travers l’épaisseur végétale. Ils suivirent attentivement l’extinction des voix et se relevèrent prudemment. Ils regardèrent minutieusement autour d’eux. Des plantes, des oiseaux, des papillons, des pierres…Quelles formes avaient-ils pris ? Où pouvaient-ils bien être ?
La réalité n’était pas ce qu’ils voyaient…
Au pied d’un tronc colossal, ils virent un tapis de mousse s’agiter, des ondulations de nuages, des formes timides qui tentaient une croissance, puis des pousses opiniâtres qui se dressaient, des silhouettes redessinant l’esquisse des corps et enfin tout un petit peuple de bonhommes moussus, habillés de feuilles disparates. Les yeux flamboyants s’ouvrirent dans un seul mouvement et la troupe reconstituée, s’avança précautionneusement et les rejoignit.
« Bouh, toute cette méchanceté chez ces individus, c’est insupportable. Il nous est impossible de rester visibles dans cette ambiance morbide. Même les plantes en subissent les effets polluants mais moins tout de même que les autres formes vivantes. Chez elles, les pensées sombres s’évaporent rapidement. C’est l’Amour de la lumière qui permet ce nettoyage.
-Vous n’avez donc aucune forme définitive ? interrogea Gwendoline.
-Une forme ? Mais pour quoi faire ? C’est absurde, se moqua un individu hirsute.
-Tout aussi absurde que cette idée que nous devons avoir un nom, enchaîna son voisin. Vous avez vraiment une idée bien curieuse de la réalité. Vous pensez que parce que vous vous êtes identifiés à votre forme et que vous vous reconnaissez à travers votre nom, vous avez fait le tour de la Vie ? Mais c’est consternant tout ça ! Vous avez conscience de l’insignifiance de votre développement ? »
Un ton nullement arrogant, juste un total ébahissement.
Les trois amis sentaient que dans les paroles de ces petits êtres, il n’y avait aucune moquerie. Mais une absolue incompréhension.
« Un jour, vous allez mourir, vous allez perdre votre nom et votre forme. Vous aurez quitté la Vie mais la Vie, elle, n’aura rien quitté du tout. Elle n’aura pas disparu, vous comprenez ? C’est vous qui partez, c’est vous qui sortez du flux vital. La Vie continuera sa tâche créatrice, votre tour est passé. C’est ridicule dès lors de s’attacher de la sorte à cette image que la Vie vous a procurée. Il serait bien plus judicieux de saisir cette conscience de la Vie et non d’entretenir la conscience de votre forme. Cette forme n’est rien d’autre qu’une enveloppe. C’est comme si vous décidiez de vénérer votre outre et de délaisser l’eau qu’elle contient. C’est absurde.
-Les deux sont indispensables, intervint Jarwal.
-Bien entendu. Une outre vide ne sert à rien et de l’eau sans outre est intransportable. Mais par contre, elle a déjà une existence cette eau, vous n’êtes pas obligés de devoir la transporter, vous pouvez déjà en profiter. L’outre est secondaire si vous décidez de rester là où se trouve l’eau. Dans votre cas, c’est l’enveloppe qui compte avant ce qu’elle contient. Vous observez à l’envers.
-Vous voulez dire que vous pouvez changer de formes parce que vous êtes reliés à la Vie avant de l’être à votre forme ?
-Oui, c’est cela, magnifique, tu apprends vite cher lutin ! »
Nous connaissons l'inconscient collectif, la mémoire collective ou encore les archétypes décrits par Jung. De bien des manières, nous nommons déjà ce phénomène mal connu et pourtant inscrit en nous : l'égrégore. Mais si nous sommes capables de générer ensemble cette conscience partagée, elle aussi a le pouvoir d'agir sur nous...
Un égrégore est produit par un puissant courant de pensée collective. Lorsque plusieurs personnes se focalisent ensemble sur un même objet, avec une même intensité, ils développent une énergie commune. Nous connaissons tous cet effet stimulant, éprouvé lorsque l'on partage avec d'autres un projet passionnant ou un moment fort. L'activité concentrée rassemble les intentions de chacun en une conscience collective, qui semble porter le groupe. Mais derrière l'impression personnelle, un processus réglé se déroule entre nous.
Une émotion active les atomes de nos cellules, transformant le corps en une pile électrique, capable de fabriquer sa propre énergie. Ainsi, par la seule force d'une émotion mutuelle et sans même s'en rendre compte, nous connectons nos sources d'énergie et en créons une plus grande, globale. Comme branchés les uns sur les autres, nous vibrons sur la même longueur d'onde. La tension est alors assez haute pour qu'émerge un esprit de groupe. « Le biochimiste Rupert Sheldrake parle de champ morphogénétique. Le ressenti d'un individu exerce une force sur celui de l'autre. Ce mouvement, par résonance, va influencer leurs comportements et leurs pensées », explique Rosa Claire Detève, formatrice en psychologie quantique. Mais cet esprit de groupe n'est pas que la résultante passive d'un instinct grégaire.
Pierre Mabille, médecin et anthropologue, proche des artistes du surréalisme, considérait que l'égrégore possède « une personnalité différente de celles des individus qui le forment ». A l'échelle individuelle par exemple, nous savons qu'une pensée enracinée depuis longtemps finit parfois par nous dépasser. Elle est en quelque sorte devenue autonome et agira sur nous aussi longtemps que nous l'alimenterons par nos croyances. De la même manière, l'égrégore est une entité vitalisée. Il agit comme un accumulateur d'énergies, nourri par les sentiments, les désirs, les idéaux ou les peurs de ses membres. Plus ces derniers sont nombreux, plus l'égrégore se renforce jusqu'à influencer leurs existences.
Une connexion héritée
« Dès lors qu'au moins deux personnes partagent une vision, elles forment un égrégore. Certains auront une durée de vie courte, d'autres traverseront les siècles : une histoire d'amour peut durer quelques jours, l'égrégore de l'église catholique a plus de 2000 ans », nous dit Alain Brêthes qui a beaucoup écrit sur le phénomène. L'auteur a répertorié les égrégores en trois catégories. Les égrégores neutres sont les plus nombreux. Ce sont les amicales de quartiers, les cercles professionnels ou les groupes d'amis de longue date. Ces égrégores ne sont pas très inductifs sur le plan de la pensée. Les gens partagent des choses mais vivent leur quotidien sans que cela n'ait de réelle incidence sur leur psyché.
Ensuite, nous trouvons les égrégores dits « limitatifs » ; ce sont les égrégores de l'égo. L'individu se doit d'adopter les croyances et schémas comportementaux du groupe. C'est le cas des partis politiques, des religions. Ces dernières sont sans doute les égrégores les plus puissants car les plus longuement et largement partagés. L'égrégore s'appuie souvent sur une représentation. Et, de tous temps, les sociétés ont associé leur conviction à une symbolique forte. Or, le symbole c'est justement l'être humain qui projette sa pensée. Il est la manifestation formelle d'une énergie latente dirigée vers son accomplissement. Typiquement, l'étoile de David, la croix latine ou le yin et le yang servent de support de visualisation et de point de contact entre les membres, qui, célébrant leur foi, cultivent ainsi leur égrégore. A l’extrémité de cette catégorie, on trouve les radicaux, les gangs et les sectes.
Enfin, les égrégores « féconds » sont ceux qui élèvent la conscience, qui s'efforcent d'unir et de rassembler, qui expriment des valeurs de justice, d'équité et de bienveillance. Ce sont des énergies utiles à la communauté mondiale, qui prennent la forme de courants de psychologie humaniste, d'associations humanitaires ou de mouvements spirituels contemporains.
Tout est égrégore
« Observez un dîner entre amis, il y a toujours celui qui fait rire, celui qui râle etc. Chacun joue un rôle qu'il quitte une fois rentré chez lui. Ils entretiennent leur égrégore. Un match de foot avec son équipe préférée, la rentrée des classes de son enfant ou un déjeuner dans la maison de famille... Nous évoluons en permanence parmi ces zones sociales invisibles, très conditionnantes. Même quelqu'un qui voudrait échapper à ce phénomène en partant vivre sur une île déserte, se relierait encore à l'égrégore des gens qui aspirent à s'isoler sur une île déserte », plaisante l'auteur. Parfois trop forte, l'empreinte peut néanmoins donner cette impression d'être englué dans l'existence d'un autre. « Pour autant, souligne Kaly, magnétiseur, il ne faut pas confondre égrégore et possession. On sort d'un égrégore en quittant les gens ou les idées qui nous y rattachent. Cela peut être difficile mais il n'y a que ça à faire ». Dans ce cas, la psychothérapie peut être un moyen pour prendre conscience du parasitage « énergétique » qu'exercent les valeurs de notre cercle ou de notre communauté.
Mais quitter un égrégore n'est jamais que l'occasion d'en intégrer un autre. Un cheminement de vie clairvoyant permettra simplement de choisir ses sources d'inspiration, toujours avec le cœur. « Car, insiste Alain Brêthes, on ne peut pas y échapper. Tout est égrégore, c'est l'archétype universel, ce qui vient conditionner nos représentations ». Lorsque l'enfant qui naît prend son premier inspire, il se relie déjà à l'égrégore de la famille dans laquelle il arrive, mais également à l'égrégore de son pays et de l'histoire de son pays. Il inhale une quantité d'énergie collective qui ne lui appartient pas en propre et qu'il va faire sienne. « L'égrégore est la contre-partie psychique d'un groupe humain », ajoute-t-il. Il vit donc à la fois sur un plan physique, au travers des êtres qui le portent et sur un plan astral. Celui-ci est un espace intermédiaire, une sorte de canal qui nous relie à notre dimension éthérique, ultra-pronfonde. C'est par lui que communiqueraient les énergies subtiles des uns et des autres qui, unifiées, forment l'égrégore. Nul besoin donc d'être physiquement ensemble ; l'égrégore est comme le négatif de notre expérience vécue, une réalité alternative dans laquelle nous sommes en présence les uns des autres.
Le rapport entre le caractère invisible, impalpable de cette énergie et son pouvoir bien tangible a très tôt fait sa dimension sacrée. Dans certains courants occultes, l'égrégore est un véritable support rituel. Les premiers à avoir exploré leur potentiel égrégorique furent les francs-maçons, reliés à travers le monde et les époques par leurs codes et initiations mystérieuses. Les écoles ésotériques utilisent l'égrégore comme un puissant outil divinatoire. Le chamanisme fait également de la transe et des cérémonies collectives une porte d'accès vers l'énergie universelle. Mais aujourd'hui, notre sacro-sainte science moderne tend elle aussi à s'emparer du phénomène.
Aura universelle
Depuis un peu plus de quinze ans, une théorie discrète est en train de révolutionner toutes nos connaissances sur la conscience humaine. Le Global Consciousness Project (Projet de Conscience Globale) est une expérience parapsychologique débutée en 1998 au sein de la prestigieuse université de Princeton, aux États-Unis. L'initiative, qui réunit scientifiques et ingénieurs, cherche à établir l'existence d'une activité énergétique universelle, grâce à un générateur aléatoire de nombres, un petit boîtier conçu au départ pour détecter les mouvements de pensées d'un cobaye. Après en avoir éprouvé l'efficacité sur une seule personne à la fois, l'appareil, baptisé Egg, est testé sur un groupe. On réunit une trentaine de personnes et on les invite à parler et à bouger comme bon leur semble. L'appareil de mesure, placé dans un coin de la pièce, ne réagit pas. Mais quand on demande ensuite au groupe de s'asseoir et de méditer ensemble, l'appareil semble capter une synergie et amorce une courbe. La découverte fait l'effet d'une bombe dans la communauté scientifique. Bientôt, des dizaines d'autres boîtiers Egg sont envoyés aux quatre coins du globe, de l'Alaska aux Fidji, avec une question précise : est-il possible de détecter un émoi collectif à l'échelle planétaire ? Les premiers résultats sont étonnants : lors des funérailles de Lady Di, les boîtiers enregistrent jusqu'en Chine une variation du champ psychique.
A ce jour, 65 générateurs sont positionnés dans presque autant de pays, dont deux en France. Tous reliés en réseau, ils archivent en continu l'encéphalogramme terrestre. Chaque fois qu'un événement mondial se produit, des fluctuations sont enregistrées. Plus il est fort et médiatisé, plus elles sont importantes. L'informaticien Pierre Macias héberge l'un des deux Egg français à Toulouse : « Le flot de données des capteurs tend à s'éloigner des valeurs attendues lorsque se produit un événement public qui concentre les pensées et les émotions d'un grand nombre de gens. Le jour de l'attaque terroriste du 11 septembre 2001, la probabilité pour que les capteurs enregistrent une telle variation ''par hasard'' fut de l'ordre de 1 pour 1 million... Nous ne savons pas encore comment expliquer ces relations subtiles entre des événements d'importance pour les hommes et les données obtenues mathématiquement, mais elles sont indéniables aujourd'hui. Ces résultats montrent à l'évidence que le monde physique et le monde de l'esprit humain sont liés d'une relation encore inconnue ».