L’idée de la réincarnation fascine : un quart des Français croient à la survivance d’une forme de conscience après la mort. Ce concept est évoqué de par le monde depuis la nuit des temps. Mais au-delà des croyances, Peut-on vraiment envisager qu’il existe une vie... avant la vie ? De nombreux chercheurs se sont penchés sur la question et ont enquêté auprès de milliers d’enfants affirmant se souvenir de leur vie d’avant. Comment réagir face à ces récits troublants ? Grâce à l’hypnose, des adultes soigneraient leurs traumatismes en revisitant leurs vies antérieures. Que penser de ces données cliniques ? Si la science considère aujourd'hui que la vie est un phénomène purement biologique, il se pourrait bien qu’une enquête approfondie sur l’hypothèse de la réincarnation change la donne...
J’ai recensé 14 000 cas de réincarnation
Le psychiatre américain Ian Stevenson a passé une grande de sa vie à étudier les phénomènes de réincarnation. Jusqu’à en recenser 1400 cas de par le monde ! Notre collaborateur Erik Pigani l’a rencontré à deux reprises. Il a même étudié avec lui quelques cas d’enfants qui semblaient se souvenir d’éléments d’une vie antérieure. Entretien.
Ian Stevenson (1918-2007) était un psychiatre américain, qui a été un professeur respecté à l’université de Virgnie. Il fut le pionnier et le spécialiste mondial de l’étude des cas de réincarnation chez les enfants. A notamment publié Les enfants qui se souviennent de leur vie antérieure (Sand, 1993) ; 20 cas suggérant le phénomène de réincarnation (J’ai lu, 2007).
Psychologies : Qu’est-ce qui vous a amené à faire des recherches sur la réincarnation ?
Ian Stevenson : J’ai toujours été extrêmement curieux de nature, et j’avais lu beaucoup de livres sur les phénomènes paranormaux. Au début des années 1960, alors que j’étais professeur de psychiatrie à l’université de Virginie, je devenais de plus en plus perplexe devant les théories classiques, freudiennes notamment, sur la formation de la psyché humaine. Ces théories n’expliquaient pas tout. Loin de là. Parmi les très nombreuses questions que je me posais, je me demandais pourquoi certains bébés ont des phobies ou des aversions très prononcées, comme la peur irraisonnée du noir, de l’eau, de certains animaux… En lisant des ouvrages sur la réincarnation, j’ai découvert des histoires étonnantes : au Sri Lanka, un bébé avait une peur épouvantable de l’eau et criait férocement chaque fois qu’on voulait le baigner. Les parents n’y comprenaient rien. Cela a duré un certain temps, et rien ne pouvait expliquer son comportement. Mais dès qu’il a été en âge de parler, cet enfant s’est mis à raconter la vie d’une fillette de 9 ans qui, en traversant un chemin à travers des champs de riz inondés, a été renversée par un bus et s’est noyée. Comme cette histoire était bien documentée, j’étais stupéfié. Je me suis donc mis à réfléchir à cette question : pourquoi notre psyché ne se construirait-elle pas aussi à partir d’événements d’une vie passée ? Pour moi, il n’y avait rien de plus logique. Restait à le démontrer d’une manière scientifique…
Mais, pour la science occidentale, l’idée de réincarnation n’est-elle pas une aberration ?
Ian Stevenson : C’est vrai. Et on peut même dire que si vous voulez étudier la réincarnation dans un cadre institutionnel, le terrain est miné d’avance ! Et ce sans compter sur le nombre très important de personnes qui ont une idée fausse du concept : elles relient la réincarnation exclusivement au bouddhisme ou à l’hindouisme, à un « karma punitif », ou même au transfert de l’âme dans un corps animal. Pourtant, pour toutes les cultures qui y croient, le concept est beaucoup plus large, beaucoup plus complexe…
Comme vous étiez un professeur de psychiatrie respecté et assez renommé aux États-Unis, on vous a quand même laissé faire vos recherches…
Ian Stevenson : Oui, j’ai eu cette chance, et j’ai été bien soutenu. En 1961, j’ai publié une analyse de 44 cas à partir de documents que l’on m’avait fait parvenir. Mon poste de chef du département de psychiatrie me prenait beaucoup de temps, mais j’ai ensuite reçu une subvention qui m’a permis de faire un séjour de quatre semaines en Inde pour étudier un cas. Sur place, ce n’est pas un cas que j’ai découvert, mais 25 ! C’était absolument incroyable et inespéré. Ensuite, je suis allé au Sri Lanka où j’ai pu en étudier 8 autres.
A DÉCOUVRIR
Cet entretien a été réalisé en septembre 1995 et publié dans le numéro 1354 de Psychologies Magazine. Vous pouvez en lire ici la version complète.
Pourquoi ces histoires se produisent-elles essentiellement dans les pays asiatiques ?
Ian Stevenson : À cause du milieu culturel. Lorsque vous vivez dans un milieu qui croit majoritairement à la réincarnation, vous n’accusez pas votre enfant de mentir ou d’inventer n’importe quoi lorsqu’il vous parle de souvenirs d’une vie antérieure. Vous l’écoutez et vous essayez de comprendre ce qu’il veut dire… Dans notre culture, les parents ne tiennent pas compte ou répriment systématiquement tous les propos qui peuvent évoquer des souvenirs d’autres vies. Aussi, l’enfant comprend-il très vite qu’il ne doit plus s’aventurer sur ce terrain et finit par ne plus parler de rien. J’ai étudié quelques cas aux États-Unis mais, pour une raison que j’ignore, les enfants américains ne donnent pas souvent de détails sur leur vie précédente. Et quand ils les fournissent, il s’agit souvent d’un cas dans lequel les deux personnalités – l’enfant et la personne de sa vie précédente – sont de la même famille. Par exemple, en Virginie, un garçon de 4 ans parlait de la vie de son oncle, mort dans un accident de voiture quinze ans avant sa naissance. Cet enfant avait fourni beaucoup de détails sur cet oncle, et les parents ont toujours nié lui en avoir parlé, directement ou indirectement. Bien que ce cas est tout à fait plausible, être de la même famille est le point faible de ce type d’étude. En Asie, les deux personnalités se trouvent généralement dans des villages éloignés et les familles ne se connaissent pas. Cela dit, nous avons trouvé des cas intéressants partout où nous avons mené des enquêtes : en Europe, en Afrique, chez les Indiens d’Amérique du Nord…
Comment découvrez-vous vos cas ?
Ian Stevenson : Nous avons un réseau de chercheurs et, en Inde, la presse relate souvent ce genre d’histoire, qui se déroulent souvent selon le même schéma : un enfant entre 2 et 4 ans commence à parler à sa famille d’une vie qu’il a menée ailleurs. L’enfant est profondément attiré par les événements de sa vie passée et il insiste beaucoup pour qu’on le laisse retourner dans la famille où il prétend avoir vécu. S’il donne suffisamment de précisions sur sa vie antérieure, les parents se livrent à une enquête sur l’exactitude des propos de l’enfant. Si les vérifications aboutissent, les deux familles se rencontrent et demandent à l’enfant s’il reconnaît les lieux, les objets et les personnes de sa supposée vie antérieure.
Comment réagissent les parents ? Ian Stevenson : Si l’évocation est celle d’une existence normale, les parents laissent dire sans intervenir. Dans le cas contraire, où il est question de meurtres, de scandales, de conflits, cela pose des problèmes. Les parents ont tendance à vouloir « étouffer » ce genre d’affaire ! Certains enfants ont une telle nostalgie de leur vie passée que la situation devient alors très inconfortable.
Les jeunes enfants ont-ils un langage assez élaboré pour raconter en détail une vie passée ?
Ian Stevenson : Oui, car c’est une constante assez étonnante chez les enfants qui se souviennent de vies antérieures : ceux que j’ai pu rencontrer sont assez précoces, ils parlent très tôt, articulent avec facilité, et la richesse de leur vocabulaire effraie parfois certains parents ou certains adultes qui ne comprennent pas où les enfants ont appris ces mots.
Mais d’autres parents sont ravis d’avoir un enfant aussi doué ! Ian Stevenson : Certes. Mais il ne s’agit pas ici d’un simple don ni même d’un environnement familial cultivé. Se référer à un « don » est une explication trop simpliste qui, finalement, n’explique rien du tout ! Il est probable que dans la construction du langage, des facteurs supplémentaires interviennent. Notamment une structure prénatale issue d’une vie antérieure. Bien sûr, très petits, les enfants essayent de décrire leur vie antérieure comme ils le peuvent, et associent des gestes pour traduire les mots qu’ils ne connaissent pas.
Au cours de vos enquêtes, avez-vous découvert des fraudes ? Ian Stevenson : Jamais. Du moins pas dans les cas que j’ai pu étudier. La fraude n’a absolument aucun intérêt. Pourquoi les parents s’amuseraient-il à monter de telles histoires ? Quel serait leur bénéfice ? Comment un enfant de 2 ou 3 ans pourrait-il construire des histoires aussi élaborées, avec des faits réels, inconnus de sa famille ? Au Liban, par exemple, j’ai eu la chance d’étudier le cas d’un enfant de 4 ans avant que les deux familles ne se rencontrent. Il m’a donné son précédent nom de famille et une liste de soixante-dix détails ! Lorsque je suis allé visiter son « ancienne » maison avec lui et ses parents, tout ce que nous avions noté s’est révélé exact…
Avez-vous déterminé une structure psychologique spécifique commune à tous ceux qui se souviennent de leur vie antérieure ?
Ian Stevenson : Pas du tout. On rencontre toutes sortes de personnalités. Il y a peut-être des facteurs qui influencent la transmission de cette « mémoire », mais ils restent encore inconnus. À un certain moment, je croyais que ceux qui étaient dotés d’une mémoire exceptionnelle gardaient leurs souvenirs au-delà de la mort. J’avais en effet étudié le cas d’une jeune Libanaise qui se rappelait une telle quantité de noms et d’informations liés à son ancienne vie, que nous la considérions comme la championne de la mémoire antérieure. Lorsque je me suis renseigné sur son ancienne personnalité, j’ai appris qu’elle était connue pour son excellente mémoire, notamment des noms propres. Mais j’ai aussi trouvé une quantité de cas qui m’ont prouvé le contraire. J’avais également pensé que le degré de spiritualité y était pour quelque chose : on connaît les histoires des enfants lamas qui, au Tibet, sont d’une piété et d’une générosité précoce. Mais c’est loin d’être un point commun entre tous les enfants qui se souviennent d’une vie antérieure. Ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que nous avons fait des statistiques et que les chiffres nous montrent que, même si ce n’est pas systématique, une grande partie des cas sont reliés à une mort violente.
Les enfants s’identifient-ils à leur « ancienne » personnalité ?
Ian Stevenson : Ce n’est pas systématique et le degré d’identification varie d’un enfant à l’autre. Mais ce qu’il faut savoir c’est que ces enfants-là agissent selon leurs convictions et se lancent dans des relations interpersonnelles parfois très compliquées. Ils ont souvent l’air beaucoup plus mûrs que leur âge. Leur structure psychologique est si complexe que l’idée d’une pure projection ou d’une pure identification imaginaire est invraisemblable.
Après toutes ces années de recherches et de publications, considérez-vous avoir prouvé l’existence du phénomène de la réincarnation ? Ian Stevenson : Non. Je ne l’ai jamais prétendu. Disons plutôt que tous les cas que nous avons recensé – 14 000 environ ! –suggèrentle phénomène de réincarnation. En revanche, j’apporte la preuve que, chez certains enfants, des éléments de leur structure psychologique n’ont pu être acquis dans leur vie présente et ne sont pas dus à une transmission héréditaire. Lorsque cette structure psychologique et les éléments historiques correspondent en de nombreux points à une personne décédée, cela équivaut à une preuve de survivance de l’âme humaine après la mort physique. Pour ma part, je préfère rester prudent et dire que la réincarnation est la meilleure interprétation pour les cas les plus forts. Mais aucun cas n’est parfait et probant à 100 %.
Vous avez effectué une étude sur les sujets qui ont des marques de naissance ou des malformations congénitales… Ian Stevenson : Oui. Cette étude que j’ai commencée il y a vingt ans fait aujourd’hui deux mille pages et présente des milliers de cas, comme celui d’un jeune Indien né avec une malformation de la main droite : il était né sans doigts. En âge de parler, il a lui-même attribué son absence de doigts à un accident survenu dans sa vie précédente : sa main avait été emportée dans une machine. Effectivement, quelques années avant sa naissance, un enfant d’un village voisin avait eu les doigts coupés dans un accident. De tels cas sont légion.
En quoi l’hypothèse de la réincarnation modifie-t-elle dans notre compréhension de l’esprit humain ? Ian Stevenson : Les phénomènes de « marques de naissances » supposent une révision radicale des concepts conventionnels sur la relation entre le corps et l’esprit. Ensuite, si on admet que notre construction psychologique se fait non seulement dans la vie présente mais dans une ou plusieurs vies passées, il faudra aussi réviser tous les modèles psychologiques et psychanalytiques qui tentent de définir la construction psychique de l’enfant. Mais ce qui est sûr, c’est que prendre en compte le concept de la réincarnation, c’est nous ouvrir à une autre vision de notre esprit.
Né à New York en 1944, le Dr Brian L. Weiss est un psychiatre spécialiste de la thérapie sous hypnose. Il est diplômé de l'Université de Columbia et a terminé ses études de médecine à la faculté de Yale. Il a fait son internat au Centre Médical Bellevue de l'Université de New York, avant de prendre la tête du département de psychiatrie de la faculté de médecine de Yale. Il est désormaisprésident émérite de psychiatrie au Centre Médical Mont Sinaï à Miami. Il a également publié plusieurs articles scientifiques touchant à lapharmacologie, à la chimie du cerveau, aux troubles du sommeil, aux états d'anxiété et dépressifs, à la toxicomanie, à la maladie d'Alzheimer... Il anime des séminaires, des ateliers et des formations professionnelles dans le monde entier.
Résumé du livre :
Alors qu'il utilisait l'hypnose pour aider une patiente à retrouver certains événements traumatisants de son enfance, le Dr Weiss eut la surprise de l'entendre évoquer des souvenirs vieux de quatre mille ans. La jeune femme venait de régresser vers une vie antérieure.
Intrigué, le Dr Weiss a renouvelé l'expérience avec d'autres patients. Il a ainsi recueilli plusieurs centaines de témoignages troublants. À travers l'hypnose, des hommes et des femmes ont pu recueillir des informations précises sur leurs existences passées. L'aventure, passionnante en soi, ne s'est pas arrêtée là, car les patients sont sortis de cette expérience non seulement guéris mais convaincus de leur immortalité.
Le Dr Weiss explique qu'à cette époque-là il venait d'être nommé à la présidence du service de psychiatrie du centre médical de Miami quand il découvrit fortuitement ce mécanisme de régression alors qu'il utilisait, comme à son habitude, l'hypnose pour aider Catherine, une patiente, qui vint à lui révéler des détails sur sa vie personnelle qui modifia radicalement sa conception de la psychothérapie.
"Je savais que Catherine ne connaissait pas et ne pouvait pas connaître tous ces faits. Mon père était mort dans le New Jersey et était enterré dans le nord de l'État de New York. Il n'avait pas eu de notice nécrologique. Mon fils Adam avait disparu dix ans plus tôt à New York, à deux mille kilomètres d'ici. Rares étaient mes amis intimes en Floride à connaître ne serait-ce que son existence. Plus rares encore ceux qui étaient au courant des circonstances de sa mort, et certainement personne à l'hôpital. Catherine n'avait aucun moyen d'apprendre quoi que ce soit sur le passé de ma famille."
En 1992, le Dr Weiss faisait véritablement oeuvre de pionnier en portant à la connaissance d'un plus large public ces techniques sûres, susceptibles d'améliorer la connaissance de soi et de favoriser une meilleure compréhension entre les individus. Pourtant tout dans sa vie pouvait être tourné au ridicule, sa réputation bien établie au fil des années, sa carrière, ses revenus...cela lui causait bien des inquiétudes, car il était très conformiste dans son domaine.
Malgré tout, même si c'était loin d'être son but dans la vie de prouver la validité de la réincarnation et des régressions dans les vies antérieures, il lui était impossible d'ignorer ce phénomène tellement les détails incroyables rapportés après chaque séance par ses nombreux patients étaient si précis et surtout, après recherche, si véridiques...
« La plus haute vocation de la femme est de conduire l’homme à son âme afin de l’unir à la Source.
La plus haute vocation de l’homme est de protéger la femme afin qu’elle soit libre de marcher sur la terre, saine et sauve. »
Parole Cherokee
J’imagine que certains hommes ne comprennent pas l’image de « la Source » et que certaines femmes considèrent qu’elles n’ont pas besoin d’être « protégées » par un homme.
Pourquoi ?
Parce que ce sont leurs egos qui s’expriment.
L’homme a perdu son attachement au Sacré, à la Vie, à la Création. Il se contente d’exploiter la dimension de « l’avoir » et ignore celle de « l’être. »
Mais en répudiant cette dimension spirituelle en lui, il interdit par la même à la Femme de tenir ce rôle de Déesse initiatrice à l’Amour.
Dès lors, la Femme ne peut pas explorer en elle cette expérience du lien avec la Création et la diffuser en l’homme. Elle n’est pas reconnue dans son statut de Guide vers la Source et elle se retrouve par conséquent engagée dans une « lutte » pour exister dans la dimension de « l’avoir » initiée par l’Homme.
Le Féminisme a sans doute contribué à cette « involution » mais il s’agissait bien évidemment d’intentions louables. Le problème tient dans le fait que cette voie de reconnaissance générait une compétition perverse. La Femme devant devenir « l’égale de l’Homme ».
C’est à mes yeux une aberration étant donné qu’il s’agit dès lors, non pas d’une « ascension » mais d’une chute.
La Femme porte en elle un potentiel bien plus favorable à la Vie que tout ce que l’Homme réalise parce qu’elle est porteuse de la Vie, parce qu’elle est reliée à la Source de Création.
Le rôle de « Mère » devait être sacralisé. Protégé, béni, honoré.
L’Enfant devait être accompagné par l’Amour bienveillant de la Mère et la Vigueur inspiratrice du Père.
La Famille devait être un Sanctuaire.
Le Couple devait être une Unité tournée vers le Sacré.
La Sexualité devait être un chemin vers l’Eveil à Soi et un tremplin commun vers la Source, non pas une sexualité « masculinisée » mais une sexualité comme un hommage à l’Énergie en chacun et à l’extension de cette Énergie dans la fusion des âmes.
Nous nous sommes égarés.
Si on observe la dimension Homme / Femme chez les Peuples Premiers et le lien spirituel que la femme initie, transmet et développe pour que l'Homme accède lui aussi à la dimension spirituelle, je me dis que les civilisations matérialistes de "l'avoir"ne sont que des pilleurs, des destructeurs, des individus égarés.
Si un jour, cette partie matérialiste de l'Humanité se retrouve confrontée à une situation de survie liée aux effets dévastateurs des ego, les Peuples Premiers seront bien plus aptes à survivre.
Et ils deviendront par la même les "Peuples Derniers".
Le psychologue Abraham Maslow a établi une hiérarchie des besoins en faisant des recherches sur la motivation. Il a ainsi réalisé, dans les années 1940, la pyramide des besoins. Le fonctionnement doit être perçu tel un escalier. L’individu doit satisfaire les besoins qui sont à la base afin de pouvoir réaliser ceux qui sont au niveau supérieur. Le plus haut niveau étant le besoin de s’épanouir.
Voici l’explication de chacun des niveaux. (J’ai récemment découvert l’outil de présentation Prezi, je vous invite donc à aller voir l’explication ici)
Besoins physiologiques: Ils sont liés à la survie. Ce sont des besoins concrets tels que manger, boire, dormir, respirer, faire ses besoins, se protéger contre les intempéries (froid, orage…). Si les besoins physiologiques ne sont pas satisfaits, ils peuvent l’emporter sur la conscience.
Besoin de sécurité : Ce besoin se réfère au fait que tout individu doit se protéger des dangers. On fait ici référence, par exemple, à la sécurité physique (agressions), de l’emploi, de la santé, de la propriété. de la stabilité de la famille. Il est autant question de la sécurité physique que morale.
Besoin d’appartenance et affectif : Ce besoin a une dimension sociale. Il s’agit de se sentir accepté dans les groupes dans lesquels on vit comme la famille, les amis, les diverses associations… À l’intérieur d’un groupe, l’individu recherche de la reconnaissance (se réfère donc au besoin d’aimer et d’être aimé)
Besoin d’estime : Il est le prolongement du besoin précédent. Le sujet désire être reconnu dans les groupes dont il appartient. Il recherche donc de la confiance, le respect des autres et par les autres, afin d’avoir une bonne estime personnelle. C’est le souhait d’une reconnaissance, d’un statut, d’une réputation auprès de la société en général.
Besoin de s’épanouir : Ce besoin se retrouve au sommet des aspirations humaines. Il vise à sortir d’une vision matérielle pour atteindre l’épanouissement. Il peut autant s’agir de morale, de créativité, ou de résolution des problèmes. Il s’agit de maîtriser et de mettre en valeur son potentiel personnel dans tous les domaines de la vie. C’est en fait le besoin d’être toujours plus compétent dans ce qu’on entreprend.
Nous devons tenir compte, en tant qu’enseignant, de ces besoins. En sachant lequel doit être comblé en premier, nous pourrons ainsi veiller à ce que l’enfant soit, le plus possible, apte à apprendre. Voici quelques pistes afin de combler les besoins ciblés par Maslow.
Voilà donc la pyramide vue sous un regard ayant une vision pédagogique:
Besoins physiologiques : L’enseignant doit toujours s’assurer que l’enfant est prédéterminé à écouter. Il doit avoir déjeuné le matin et avoir bien dormi. À ce stade, l’enseignant n’a pas beaucoup de pouvoir sur les heures de sommeil, mais si l’enfant est toujours fatigué, il pourra convoquer une réunion avec les parents. Il pourra ainsi demander au parent, d’une façon polie, s’il y aurait un moyen pour que le jeune soit moins fatigué. Il arrivera peut-être à faire dire au parent que l’écolier pourrait se coucher plus tôt. Aussi, pour le besoin de se nourrir, il existe le club des petits déjeuners afin d’aider à combler ce besoin. Si ce n’est pas disponible dans votre école, il serait bien de voir s’il serait possible d’implanter ce service auprès de votre communauté. Tout le groupe-école en sera ravi, et les enfants qui en ont besoin aussi!
Besoin de sécurité Pour que les enfants se sentent à l’abri de tous dangers, nous devons faire de la sensibilisation dans les classes. L’enseignante peut faire de la philosophie pour enfants, en se basant sur la maïeutique afin de leur faire faire un exercice métacognitif sur leur comportement. Le pédagogue peut se baser sur une lecture d’un livre pour commencer la discussion. Aussi, le groupe-école peut avoir décidé de suivre le programme « vers le pacifique ». Celui-ci donne de bonnes pistes, telles que comment régler un conflit. En ce sens, la violence dans l’école se verra diminuée, car les élèves auront été conscientisés à bien se conduire.
Aussi, les enseignants doivent s’assurer qu’il y a une surveillance constante des jeunes. Cela augmentera les chances que les élèves se conduisent correctement.
Le fait que les écoles soient maintenant barrées donne aussi un sentiment de sécurité aux enfants. Ils savent que personne ne peut entrer à n’importe quel moment, et que la sécurité dans les écoles est pratiquement inébranlable.
Besoin d’appartenance et affectif : Pour cette dimension, l’enseignant doit créer des groupes de travail. Avec la pédagogie par projet, il est plus facile d’aménager la classe en ilots de quatre voire même six pupitres. Cependant, il ne suffit pas d’être dans un groupe pour avoir le sentiment d’y appartenir.
Pour cela, l’enseignant peut demander aux élèves avec qui ils veulent travailler en équipe durant l’année. Le pédagogue doit par contre mentionner qu’il a le dernier mot sur la formation des groupes. Cela évitera, par exemple, que tous les élèves forts soient ensemble ou que toutes les têtes fortes, voire même les leaders négatifs, se retrouvent tous assis au même endroit. Les jeunes, ayant choisis de travailler avec leurs amis, auront davantage le sentiment de faire partie de leur groupe.
Aussi, en début d’année, il serait bien de demander à ces équipes de se choisir un thème et une affiche. Cela augmentera le sentiment que le groupe est soudé en plus de pouvoir faire un projet d’arts plastiques.
Les enfants doivent sentir que le dialogue est possible à l’intérieur du groupe. Alors pour que cet élément de la pyramide soit satisfait, l’enseignant doit montrer une grande ouverture d’esprit face aux interventions de l’élève.
Pour cette partie, il serait bien, en tant qu’enseignant, de se baser sur la théorie socioconstructiviste. Ainsi, il serait bien de baser nos situations-apprentissage de façon inductive, c’est-à-dire, débuter en faisant vivre les expériences à l’intérieur des ilots de travail. Cela favorisera le travail de groupe, et les écoliers pourront s’adonner à partager leurs expériences antérieures et à réfléchir comment puiser dans leurs connaissances afin de résoudre le problème demandé.
Besoin d’estime : Pour favoriser ce besoin, il serait bien de placer une boîte à l’avant de la classe où les élèves pourraient mettre des qualités de leurs camarades. L’enseignant, qui les aura préalablement lus, pourra par la suite les lire devant le reste de la classe. Aussi, sur les billets, il pourrait être écrit des actions gentilles que la personne a faites. Par exemple : « Annie a partagé sa collation avec moi aujourd’hui, car j’avais oublié la mienne. » L’enseignant pourrait lui aussi écrire des mots gentils aux élèves qui se retrouvent rarement dans la boîte.
De plus, l’enseignant pourrait aussi prévoir des récompenses pour les élèves qui se sont bien comportés (mais il faut faire attention de ne pas démotiver ceux qui ont l’habitude d’avoir un peu plus de difficulté sur ce plan).
Besoin de s’épanouir : Pour l’élément qui se trouve au sommet de la pyramide, il serait bien de déléguer des tâches. En ce sens, l’enseignant pourrait faire un tableau qui désigne qui fait quoi dans la classe. Par exemple, un élève qui passe les feuilles, un autre qui va porter les fiches d’absences à la secrétaire, un qui fait les photocopies, etc.
De plus, lorsque les élèves réalisent qu’ils sont aptes à résoudre un problème seul, qu’ils en ont les capacités, ils s’épanouissent dans leur travail.
N’est ce pas l’objectif premier d’un enseignant?
Finalement, je crois que la pyramide de Maslow est très intéressante à connaitre en tant que pédagogue. Les exemples fournis dans ce texte démontrent bien que cette dernière a des répercussions dans notre enseignement. La pédagogie par projet aide aussi à réaliser les besoins hiérarchisés de la pyramide, car il donne un sentiment d’appartenance, il comble souvent le besoin d’estime, et lorsque l’élève est appelé à refaire le même type de problème seul, il se sent en confiance. À ce point, il est normalement capable de résoudre le problème individuellement, donc il s’épanouit.
"Le transhumanisme, Monsieur Laskin, est un mouvement intellectuel et philosophique qui considère que les sciences doivent améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’homme. Le handicap, la maladie, la vieillesse et même la mort doivent être combattues et pour cela, il convient de transformer l’homme. Les prothèses comme la vôtre représentent l’avenir. Le transhumanisme affirme que l’espèce humaine, dans sa forme actuelle, ne représente pas la fin de notre développement mais est une phase intermédiaire. Vous êtes un exemplaire d’une nouvelle humanité, Monsieur Laskin. Et vous serez de plus en plus nombreux."
"La limite entre ce qui soigne et ce qui augmente est perdue de plus en plus de vue".
Quand je regarde cette vidéo, qu'est-ce que mes émotions me disent ?
Changer le regard sur le cancer, changer le regard sur la mort en quelque sorte.
Pas une mort rapide, un accident, on est là et puis hop, on ne l'est plus…Non, la mort qui dure, qui fait mal, qui laisse des périodes de rémission, des bouffées d'espoir et puis qui revient à la charge.
Changer le regard sur la mort.
Oui, c'est nécessaire.
Pour tous ceux qui s'en approchent et qui ont besoin des autres, de ceux qui les aiment encore.
Et puis, on pourrait aussi changer le regard sur la vie.
La jeune fille qui a un cancer a peur de la réaction de l'homme qu'elle aime et qui l'aime. Et elle finit par avouer sa maladie : "J'ai un cancer".
Changeons le scénario.
Elle n'est pas malade.
Et elle finit par lui avouer :"Je suis en vie."
Ça pourrait paraître absurde mais ça ne l'est pas pour moi.
"Je suis en vie. Tu es en vie. Vous êtes en vie. Nous sommes en vie."
Est-ce que vous avez déjà dit ça à quelqu'un ? Est-ce que vous vous êtes déjà dit ça à vous-mêmes ?
Je ne parle pas des mots mais de tout ce qu'ils contiennent.
Si vous lisez ce texte, c'est que vous êtes en vie. Si je l'écris, c'est que je suis en vie.
Changer le regard. Pas seulement sur la mort, le cancer, la douleur, la maladie, mais sur la vie.
Je ne parle pas du travail, de la famille, des impôts, de la crise, des prochaines élections. Je parle de la vie. Je ne parle même pas de l'amour entre les gens. Ni du bonheur de voir grandir ses enfants. Je parle juste de la vie. Celle qui est en chacun de nous. Celle qui vibre sans qu'on sache pourquoi.
Il faut changer ce regard et peut-être même le porter pour la première fois. Ouvrir les yeux vers l'intérieur.
Nous pleurerons peut-être le jour où nous mourrons, si la mort nous en laisse le temps.
Avons-nous déjà pleuré en ressentant la vie ? Pas un bonheur évènementiel, pas pour une joie immense qu'un jour vient nous offrir, non, juste pour cette vie en nous, celle qu'on finit par ne même plus percevoir parce que ces évènements quotidiens finissent par nous faire croire que la vie est là...
On devrait apprendre aux enfants à pleurer d'amour pour la vie. Et qu'aucun adulte ne l'oublie jamais.
Jarwal s’arrêta de lire, laissa le silence s’étendre puis il referma délicatement le Livre et leva les yeux.
Les trois enfants le regardaient, fascinés, les visages tendus comme des bourgeons prêts à éclore, enivrés de sèves nourricières, toutes les idées qui ruisselaient, les images qui coulaient en torrents bondissants, des flots inépuisables de révélations à poursuivre.
Jarwal sortit de sa musette une pierre étrangement percée en son centre. Elle était lisse et blanche, un morceau de calcaire sculpté par des siècles d’eau.
« Vous voyez les enfants, ce trou peut être décrit par rapport à la couleur de la roche, sa forme, sa dimension, l’usure, la régularité du contour mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons pris l'habitude de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre moi. La construction de notre identité personnelle s’établit lentement à travers toutes les expériences vécues dans cet environnement. Et nous finissons par penser que cet individu est réel alors que ce sont les évènements qu’il a traversés qui le sont. Mais la réalité de l’individu ne se trouve pas dans ces évènements tout comme la réalité de ce trou n’existe pas en fonction de la roche. Les deux sont pourtant indissociables car s’il n’y avait pas la roche, il n’y aurait pas non plus de trou. Ce qui ne veut pas dire que le trou n’existe essentiellement que par rapport à la roche.
-Ouhlala, Jarwal, je suis perdu, annonça Léo.
-Moi aussi, ajouta Rémi.
-Tu veux dire, Jarwal, que lorsque tu as perdu la mémoire, tu avais perdu une partie de ton environnement, une partie de ce qui t’avait servi à fabriquer l’image que tu avais de toi-même. Et que tu as eu peur du vide alors qu’il était le plus important.
-Exactement Marine, ce vide me désespérait et je pleurais l’histoire de moi-même que j’avais perdue. En pensant qu’elle était plus essentielle que ce vide qui m’angoissait.
-Parce que tu ne regardais pas le vide comme il faut ?
-Et comment doit-on le regarder alors, chère enfant ?
-C’est lui le point de départ. La matière s’est condensée à partir du vide. L’espace du vide est le lieu d’existence de la matière.»
Jarwal regarda intensément Marine.
«Un grand bonheur que tu me fais Marine.
-Tu veux dire Jarwal que quand tu as perdu la mémoire, c’était une chance parce que tu retrouvais le vide à l’intérieur duquel la Vie s’est condensée.
-Parfaitement Rémi, tu vois bien que tu comprends bien plus que ce que tu penses. Arrête de penser simplement et écoute avec ton âme. Elle en sait bien plus que ton mental.
-Et donc, moi, quand je suis en haut d’un arbre et que je regarde au loin et que je sens que c’est tout vide dans ma tête et même que parfois ça me rend triste, c’est parce que mon âme se souvient de ce vide ?
-Oui, Léo, c’est ça la nostalgie. Le souvenir de ce dont on ne se souvient plus mais qui reste pourtant au fond de nous. Dans ce coin secret qui ne se dévoile que quand il n’y a plus rien qui nous occupe. Et qu’on est enfin en paix.
-Et c’est pour ça qu’on aime venir s’asseoir en montagne après avoir couru pendant des heures ?
-Oui, Rémi, certainement. Et c’est ce qui manque le plus aux enfants de ce monde moderne. Le vide en Soi, au cœur des immensités de la Nature. Les villes modernes sont à mes yeux des pièges qui condensent les pensées des hommes autour de la possession matérielle, jusqu’à en oublier le vide originel alors qu’il contient la paix des âmes et que les possessions matérielles attisent les conflits.
-Les Kogis ne pourraient pas survivre dans nos villes aujourd’hui.
-Certainement pas, Rémi et les hommes de ces villes ne pourraient pas vivre chez les Kogis.
-L’agitation de ce monde moderne n’est donc que la volonté d’étouffer l’angoisse du vide alors qu’il est à la base de tout ? C’est effrayant.
-Effectivement Marine, c’est effrayant. Les hommes se sont fourvoyés dans une impasse et ils poussent sur le mur de toutes leurs forces en s’interdisant de penser qu’ils s’épuisent.
-Mais pourquoi ?
-Par imitation Léo. Parce qu’ils dorment tous ensemble et veulent continuer à croire en leurs rêves. Même si ces rêves ne sont que des cauchemars au regard de la Vie.
-J’ai peur parfois de ce que tu nous racontes Jarwal, avoua Marine. Peur de ce monde que tu nous décris, parce que tu en as une expérience immense et que rien dans tes récits ne témoigne du moindre progrès. Tous les mouvements de masse dont tu nous parles sont néfastes. Il ne reste que des peuples retranchés dans les montagnes. Et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? Comment on va faire pour vivre là-dedans ? »
Les regards tendus des trois enfants.
« Cette réalité n’est pas inéluctable les enfants. Les humains portent aussi en eux un potentiel d'amour dont ils n'ont pas idée. Il est vrai que les zones d’ombres sont gigantesques et qu’elles ont un pouvoir démesuré, celui de cacher la lumière. Je pense même que les dirigeants de ce monde moderne usent de ces désastres continus pour propager la peur dans l’esprit des hommes parce que la peur permet de manipuler les masses. Quand on a peur et qu’on se laisse entraîner par elle, on perd sa lucidité et un homme qui n’a plus de lucidité ou de conscience est un homme qu’il est aisé de diriger. Homme libre, toujours tu chériras la Conscience, aurait pu écrire Baudelaire.
-Ah oui, je connais ça, je l’ai appris à l’école, lança Rémi. Mais c’était pour la mer !
-Oui, Rémi, c’est un très beau poème. J’aime beaucoup la poésie. Pour reprendre ta remarque Marine, je pense que la connaissance de l’Histoire de l’Humanité est indispensable pour parvenir à établir une voie différente. Il est indiscutable que cette Histoire est désespérante à bien des égards mais faites l’effort de vous concentrer aussi sur les aspects positifs de mes histoires, sur tout ce que mes voyages contiennent, pas uniquement les éléments destructeurs mais également les attitudes respectueuses de la Vie. Elles existent et il ne faut surtout pas les négliger.
-Pourquoi est-ce que l’Humanité n’est pas tournée vers ces exemples bénéfiques ? Pourquoi est-ce que les hommes restent fascinés par les destructions ? Pourquoi la Vie a-t-elle placé dans le cœur des hommes des désirs de puissance et de pouvoir ? Pourquoi est-ce que depuis le début de l’Humanité, les hommes ne sont pas devenus des êtres humains ? »
Un sourire ému dans les yeux du lutin.
« J’ai encore beaucoup d’histoires à vous raconter Marine. Quelques réponses s’y trouvent. »
Ils savaient tous les trois qu’il y aurait d’autres rencontres, ils savaient qu’ils ne pourraient les refuser malgré les troubles en eux, malgré les peurs que ce monde humain propageait.
« Cette histoire, les enfants, montre que toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, adoré. Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. J’ai compris en ayant perdu provisoirement la mémoire que ce moi est ce qui m'appartient le moins, c’est une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, comme Jackmor par exemple, je suis en quelque sorte relié à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'appliquer à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquels je pourrais sculpter l'identification dont ce moi a besoin pour se prolonger. On devine le piège. Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces éparpillées ? Juste un amalgame hétéroclite. C’est cela que j’ai compris. J’essayais d’exister alors que je n’avais aucune idée de l’image initiale.
-Ça me fait penser à un puzzle que je voudrais reconstituer alors que je n’aurais même pas eu l’image finie en modèle, expliqua Marine.
-Qu’est-ce que c’est ce puzzle ? demanda Jarwal.
-C’est un jeu de patience, on a des petites pièces avec un morceau d’image et quand on les assemble, ça donne une grande image complète.
-Je comprends, c’est important d’apprendre la patience et effectivement, c’est un très bon exemple pour expliquer la façon dont nous voyons la Vie. On croit que parce que nous avons dans les mains quelques petites images, on a saisi l’ensemble. On essaie de construire quelque chose dont on ne possède même pas la vue générale.
-On dirait un ouvrier qui voudrait construire une maison alors qu’il n’a même pas idée de ce que ça va donner à la fin, ajouta Rémi.
-Oui, c’est exactement ça, s’enthousiasma le lutin. Vous voyez, vous comprenez très bien de quoi je parle. L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger mes objets, mes relations, mes connaissances, mes passions, mes projets...Tout cela crée un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, toutes ces possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. J’abandonnerai certainement une partie de mes convictions pour être bien vu, bien accueilli et pouvoir bénéficier de la force de ce groupe.
-Ah, oui, on voit ça à l’école. Tous ces enfants qui veulent absolument suivre un chef et faire comme lui ou qui s’habillent comme leurs idoles de télévision. Ça m’énerve ! lança Rémi.
-Ils ont peur Rémi, tout simplement. C'est inévitable. Beaucoup de gens fonctionnent de cette façon. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris, que mes choix de vie soient bafoués. J'entre en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrit de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine. C’est un chaos immense. Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments répétés. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin.
-C’est ce qui t’est arrivé chez les Kogis ?
-Oui Léo. Mais il y a un autre risque. Si j’attribue cette révélation à moi-même sans comprendre qu’elle vient de la Vie elle-même, j'aurai l'impression d'être supérieur aux autres, d’être plus puissant qu’eux. Je détournerai la révélation pour m’en glorifier.
-Et le moi sera toujours le Maître.
-Tout à fait Marine. Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres empilements. Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions narcissiques. Je me prendrai pour un Sage ou un grand Maître. J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées.
-En ayant été incapable de voir l’image originale.
-Oui Marine. Cette quête n'aura été qu'une illusion, une machination du moi qui se sera finalement révélé le plus malin... Il sera toujours le maître des lieux.
-Mais quelle est cette image originale Jarwal ?
-Il faut comprendre avant tout qu’il n’y a rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Tout le problème vient de ce remplissage inconsidéré de l’existence. On ne voit plus rien quand on a entassé des gravats.
Le Soi, c’est la fusion de ce moi, du je et de la conscience de la Vie.
-Je ne comprends plus rien, avoua Léo.
-Tu ne comprends pas les mots Léo mais ton âme sait de quoi je parle parce que tu es déjà dans cette vie intérieure. Sinon, tu ne serais pas là à m’écouter.
-Il ne s’agit pas de constituer l’image originelle parce qu’elle est nécessairement déjà là mais de parvenir à enlever tout ce qui la couvre. C’est ça Jarwal ?
-Oui Marine.
-Et cette image originelle, c’est la conscience de la Vie qui la détient. C’est lorsque nous avons abandonné notre appartenance à ce chaos humain.
-Pas exactement Rémi. Il ne s’agit pas de l’abandonner parce que sinon il faudrait aller vivre sur une île déserte. Il s’agit de ne pas lui appartenir. De faire la distinction entre la participation lucide et la disparition dans le flot. Imagine une molécule d’eau de l’Océan. Elle n’est pas dans l’Océan puisqu’elle fait partie de l’Océan. Je dis par conséquent qu’elle est de l’Océan. Sans toutes ces molécules d’eau, l’Océan n’existe pas. Mais sans l’unité de l'Océan, les molécules ne seraient que des individualités esseulées. La fusion des molécules crée l’Océan. Il y a plusieurs menaces ensuite. Soit certaines molécules regroupées considèrent qu’elles ont un pouvoir plus grand que celui de l’Océan et elles finissent par l’oublier, le contester, le combattre même, soit certaines molécules refusent de se voir assemblées dans un Tout et considèrent qu’elles doivent préserver une liberté de décisions, une autonomie qui leur paraît plus importante que le Tout. Dans les deux cas, ces molécules sont dans l’erreur. Celles qui s’imaginent obtenir un pouvoir parce qu’elles pensent avoir une ressemblance, une particularité, des idées communes, des intentions autres que la participation à l’Océan, celles-là participent au désordre. Elles fabriquent une rupture dans la cohésion des molécules. D’autres molécules vont prendre peur et vont vouloir assembler leurs peurs pour fonder d’autres groupes contre les premières. La confrontation prend une ampleur inéluctable et incontrôlable. De leur côté, celles qui pensent bénéficier d’une autonomie vont s’efforcer de s’isoler ou de lutter individuellement contre ces groupes. Elles ne participent pas pour autant à la cohésion perdue mais elles l’entretiennent en réagissant contre un désordre qu’elles condamnent. Elles utilisent le même fonctionnement que les groupes qu’elles critiquent. Des entités rebelles entêtées dans une distinction qu’elles vénèrent ne participent aucunement à la réhabilitation de l’Unité. Elles se voient comme plus importantes que l’Océan lui-même et succombent à la peur de disparaître. C’est toujours la peur qui crée le chaos. Cette incapacité à dépasser la vision restrictive de l’individu est une condamnation de l’Unité.
-Mais comment doit-on se comporter alors Jarwal ?
-C’est là qu’intervient cet apprentissage de l'observation consciente. Il ne s’agit pas de se nier en tant qu’individu ni de rejeter l’appartenance à l’Océan mais de parvenir à observer les deux phénomènes. Juste les observer, sans leur apporter la moindre émotion. C’est ce qu’on appelle « agir dans le non-agir ». Je suis une molécule animée par l’Océan. J’agis dans le champ de mes expériences mais sans jamais être dissocié d’une dimension bien plus grande. L’Amour est à la source de cette paix intérieure. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. Cette phrase est essentielle pour moi. On pourrait penser que c’est une invitation à l’abandon et à la lâcheté, comme un bâton qui flotte sur l’Océan. Mais nous ne sommes justement pas des bâtons. Nous sommes animés par la Vie et c’est en son cœur que nous devons apprendre à agir. Non pas agir contre elle en nous dressant fièrement devant elle mais agir dans la dimension qu’elle nous propose. C’est un équilibre extraordinaire à trouver. »
Le silence.
L’écho de tous les mots, la nécessité d’aller au plus profond de la compréhension. Chacun animé par la volonté d’explorer les horizons proposés, au regard de son propre potentiel, sans se soucier de l’avancée des compagnons, juste dans l’acceptation de ses limites et de l’énergie disponible.
« Il faut que vous rentriez les enfants. Vous avez une longue descente et le jour va tomber. »
Cette difficulté à quitter les espaces intérieurs. Comme si les mouvements de l’Océan participaient au bonheur des voyages.
« Tu sais Jarwal, c’est très à la mode depuis quelques temps de parler de l’environnement. La pollution, les destructions de la planète et tout ça. Mais j’ai un peu l’impression que cette façon de voir cet environnement est totalement fausse et en plus je me dis que notre façon de nous voir est également fausse. Ce que nous voyons de nous n’est qu’un environnement mais c’est au cœur de cet environnement que se trouve la réalité. Enfin, j’ai du mal à l’expliquer. Tu vois, c’est comme si nous, les humains, on voyait la Terre comme quelque chose de séparée de nous mais en fait, c’est pareil pour nous. Nous sommes séparés de nous-mêmes parce que nous ne percevons que ce qui est visible ou identifiable, tout ce sur quoi on sait mettre un nom. Ah, ça m’énerve, je ne sais pas comment l’expliquer !
-J’ai parfaitement compris ce que tu veux dire Marine. Notre identité, tout ce que sur quoi nous avons-nous-mêmes apportés une reconnaissance que nous transmettons aux autres, toute cette fabrication est artificielle. Elle n’est qu’un environnement. Mais ce qui importe et qui est réel est caché en nous-mêmes. Nous portons un trésor et nous nous occupons follement du coffre qui le contient. De la même façon que les hommes s’inquiètent de l’environnement ou y sont totalement indifférents sans comprendre qu’ils ne s’intéressent qu’à des formes matérielles en ignorant le flux vital qui les anime. Mais il n’en reste pas moins que je préfère les voir s’inquiéter de la préservation de cet environnement plutôt que de le délaisser. Il existe au moins la possibilité qu’un jour ils parviennent à établir un vrai regard et qu’ils cessent de jouer des rôles de sauveur, juste pour leur gloire personnelle.
-Tout ça, c’est de l’espoir Jarwal et cet espoir est une illusion. Tu l’as dit toi-même.
-C’est vrai Rémi. C’est pour cela qu’il faut juste agir dans le non-agir, faire ce qui te semble juste sans te préoccuper des résultats éventuels. Faire ce que tu es sans vouloir que les choses soient ce que tu aimerais. Puisque les choses ne peuvent pas être ce que tu n’es pas.
-Tu veux dire que les choses sont ce que je suis ?
-Oui Rémi. Tu crées la réalité qui te correspond. Tu vis ce que tu es et tes actes influent sur la réalité de ton environnement mais ils ne changent rien à la réalité de la Vie que tu portes. La Vie que tu portes, je l’appelle le réel. L’environnement n’est que la réalité. Mais il faut arrêter nos discussions les enfants, vous allez vous mettre en retard et je m’en voudrais que vos parents s’inquiètent. Filez vite. Nous nous reverrons.
-C’est difficile de te laisser Jarwal. J’aimerais tellement ne plus te quitter, avoua Marine en baissant les yeux. La vie quotidienne ne sera jamais aussi belle qu’avec toi.
-Ta vie quotidienne sera ce que tu es Marine. Ne l’accuse pas d’être d’une quelconque responsabilité.
-Tu as raison Jarwal. Je m’en souviendrai. Allez les garçons, on y va. »
Ils s’enlacèrent tous les quatre, comme unifiés par leur amour commun de la Vie puis Jarwal prit son bâton de marche, ajusta sa besace, remit son chapeau et regarda intensément les trois enfants.
Trois des dix affiches de la campagne de Médecins du Monde
L’ONG Médecins du Monde aurait dû lancer une campagne choc, ce lundi 13 juin choc contre le prix de certains médicaments. Mais il n’en sera rien, elle a été “bloquée” par l’Autorité professionnelle de régulation de la publicité (ARPP) qui juge qu’elle pourrait nuire aux laboratoires pharmaceutiques.
Et si dans un futur très proche, les laboratoires pharmaceutiques n’avaient plus besoin de faire pression ou d’exercer un lobbying assidu pour éviter que l’on ne plonge le nez dans leurs bilans financiers ? Eh bien ce futur est peut-être encore plus proche qu’on le croit. L’ONG Médecins du Monde (MDM) aurait dû, en théorie, lancer une grande campagne d’affichage, ce lundi 13 juin, pour dénoncer le prix prohibitifs de certains médicaments contre des maladies comme l’hépatite C, le mélanome ou la leucémie. Une campagne “choc” comme l’ont signalé plusieurs médias lundi matin.
Mais il n’en sera rien. Tout simplement car aucun diffuseur n’a voulu prendre le risque de l’afficher – et par extension de se fâcher éventuellement avec un grand laboratoire. Tel est l’extrait du “conseil” transmis par l’ l’Autorité professionnelle de régulation de la publicité(ARPP) à la société Médiatransports, que nous nous sommes procuré.
Le zèle de l’ARPP
MDM et Médiatransports ont pourtant travaillé ensemble à plusieurs reprises. Ils ont même remporté un prix ensemble, il y a moins d’un an. Comme de coutume, pour cette campagne, l’ONG a envoyé les visuels de sa nouvelle campagne à la régie commerciale du “leader de l’affichage transport”. Ces derniers vont étonnamment demander conseil à l’ARPP qui n’a qu’un avis consultatif, en aucun cas contraignant, comme dans le domaine audiovisuel.
L’ARPP pointe trois raisons : la “référence a des maladies graves” qui“pourrait être perçue comme choquante par le public”, des “allégations chiffrés” qui ne sont pas sourcées sur les affiches et , surtout, l’ARPP écrit en première justification :
“Nous attirons tout particulièrement votre attention sur le risque de réactions négatives que pourrait susciter l’axe de communication choisi, de la part des représentants de l’industrie pharmaceutique. En effet les entreprises ainsi mises en causes pourraient estimer qu’une telle campagne porte atteinte à leur image et leur cause un grave préjudice et décider d’agir en ce sens.”
Suite à l’avis défavorable de l’ARPP, Médiatransports renvoie un avis négatif à Médecins du Monde. Mais cela ne s’arrête pas là. L’ONG va alors solliciter d’autres afficheurs, parmi lesquels JC Decaux ou le réseau d’affichage Insert. Aucun ne donnera suite et pour cause: le “conseil” de l’ARPP a été “circularisé”, c’est-à-dire envoyé à toutes les sociétés. Une pratique habituelle, mais qui aurait pu être bloquée par Médiatransports.
“Le prix de la vie”
Pour sa campagne intitulée “Le prix de la vie”, MDM voulait, au travers de dix affiches, alerter sur les prix prohibitifs de certains médicaments et mettre l’accent sur la méthode des laboratoires pour en fixer les prix.
Selon MDM, les prix des médicaments sont fixés en fonction de la capacité maximale des Etats à payer pour avoir accès au traitement. En gros, plus un Etat est riche, plus le prix du médicament sera élevé. Pour justifier ces tarifs parfois hallucinants (le Glivec, utilisé pour soigner la leucémie est vendu 40 000 euros par an et par patient), les laboratoires avancent trois explications : la recherche coûte cher, le bénéfice thérapeutique est grand, et les coûts de production sont importants.
Or, pour MDM, aucun de ces arguments ne tient la route.
”Les coûts de recherche et développement sont surestimés et les montants réels restent confidentiels et une grande partie est de toute façon financée par l’argent public à travers des bourses ou des crédits d’impôt de recherche.”
Concernant le deuxième argument, MDM explique que 74 % des médicaments mis sur le marché lors des 20 dernières années n’apportaient que peu de bénéfices thérapeutiques et ironise en expliquant qu'”un airbag vaudrait dans ce cas le prix d’une vie“. Enfin pour le troisième argument, MDM s’appuie sur une équipe de chercheurs de Liverpool qui a estimé que le coût de production du sofosbuvir (traitement contre l’hépatite C) s’élevait à 75 euros pour 3 mois avec un prix de revente de 41 000 euros annuel, soit 400 fois plus cher.
Cette situation fait que les médecins sont parfois obligés de confier aux malades qu’il existe des médicaments pour les soigner mais que les traitements coûtent trop cher. L’Etat est donc obligé de “sélectionner” à partir de quel stade il peut prendre en compte un traitement, souvent lorsque la maladie est presque trop avancée. A cet égard, le 25 mai dernier, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les hépatites, le ministère de la Santé à annoncé l’accès prochain à un traitement pour tous.
Une pétition adressée à Marisol Touraine
Une pétition va être adressée au même moment par l’ONG, à la ministre de la Santé Marisol Touraine, disponible ici.
« La Vie est une pensée qui a ensemencé la Terre. C'est la pensée originelle. Les êtres humains imaginent que leurs pensées leur appartiennent, qu’ils en disposent librement. Ils ont oublié la première pensée, ils ne savent plus la ressentir. Toutes les pensées qui parcourent l’espace sont les enfants de la pensée créatrice. Ici, nous pouvons remonter à la source.
-Nasta veut-il dire que la Vie est une pensée ?
-Oui, c’est bien cela Jarwal. Cette pensée s’est matérialisée sous des formes innombrables. Les Kogis écoutent les pensées des arbres, des nuages, des montagnes, de toutes les formes créées par la Vie. Les hommes imaginent qu’ils existent parce qu’ils pensent alors que c’est la pensée de la Vie qui vibre en eux et leur donne vie. Les hommes ont oublié l’humilité.
-Kalén, pour qu’il y ait une pensée, il faut un émetteur. Qui est à la source de la pensée de la Vie ?
-La Vie elle-même. Les Conquistadors qui nous ont maltraités disaient qu’ils étaient en mission, qu’un Dieu tout puissant les guidait. Aucun Dieu n’existe. Pas les Dieux des hommes. Ces Dieux-là ne sont que des mensonges.
-La Vie est divine, c’est cela ?
-Exactement Jarwal. Et le reste n’est qu’invention des esprits manipulateurs. La Vie est la pensée de la Vie qui se pense et toutes les formes de vies créées sont à l'image de l'infinité de ses pensées.
-Et alors les hommes qui se sont coupé des pensées diffusées par la Nature ne seront plus jamais des êtres humains ?
-Cela dépendra d’eux, Jarwal. Les Kogis sont des êtres humains mais les Conquistadors sont des hommes. Ils vivent pour les biens matériels, la puissance, le pouvoir, l’exploitation, l’asservissement. Nasta dit que l’avenir de ces hommes est très sombre. Et qu’ils jetteront sur la Vie toute entière un voile d’ombre. Leur intelligence est au service du Mal parce qu’ils ignorent la pensée de la Vie. Ils sont soumis à des pensées d’hommes.
-Quel est l’avenir de ce monde d’hommes Kalén ?
-Il n’a pas plus d’avenir que l’homme qui s’est coupé de la source. Il ne vit que dans le fardeau du passé et des erreurs commises sans pour autant prendre conscience qu’il répète à l’infini les mêmes erreurs en les habillant simplement de nouveaux apparats. Ce monde-là continuera à vouloir construire l’avenir qui correspond à son errance. Il est empoisonné par le poids de son histoire. Le voile d’ombre finira par s’étendre jusqu’à cacher la lumière du Monde et de la Vie. »
Ils parlèrent longuement.
Gwendoline s’était retirée dans un coin de la hutte.
Des larmes qui auraient aimé s’épandre. Une telle détresse aux paroles de Kalén.
Comme si la Vie elle-même pleurait dans son âme. Cette peur immense de ce monde à venir, cette dégénérescence inéluctable, cet oubli de la source, comment était-ce possible ? Pourquoi la Vie laissait-elle s’étendre ce désastre, pourquoi la Vie offrait-elle aux hommes cette pensée insoumise qui les menait à la destruction d’eux-mêmes ?
Elle ne comprenait pas.
« C’est le défi qu’ils doivent relever, murmura tendrement Léontine à son oreille. Apprendre à s’élever au-dessus de leurs pensées sombres.
-Et crois-tu qu’ils en seront capables un jour ?
-Il ne me servirait à rien de me torturer avec de telles interrogations. Étant donné que je n’y peux rien.
-C’est de l’abandon.
-Non, Gwendoline, c’est de la lucidité. Apprends à te consacrer aux choses sur lesquelles tu as une incidence possible. Le sage n’est pas celui qui donne des leçons aux autres mais celui qui écoute la voix de la Vie. Si tu écoutes les tourments des hommes, tu ne peux plus entendre la Vie et si tu ne l’entends plus, tu ne peux rien apprendre et si tu n'apprends plus tu n'as rien à montrer. Tu dois être ce que tu portes et ne pas t’alourdir.
-En quoi cela peut-il améliorer les situations néfastes ?
-Tu n’agis pas pour améliorer les situations néfastes mais pour appliquer éventuellement à ces situations ce qui te semble juste. Si tu as une intention, tu fabriques toi-même la possibilité d’une désillusion et tu n'es plus dans l'instant. Tu essaies d'aller plus loin, là où il n'y a rien encore. Contentes-toi de faire ce que tu penses être juste. Et quand tu décides de le faire, ne fais que ça. Le reste ne t’appartient pas.
-Tu veux dire qu’en venant ici, la seule chose importante était de tenter d’aider les Kogis mais qu’il n’y a rien d’autre à vouloir ou à espérer.
-Exactement. À quoi cela servirait-il que tu t’inquiètes pour l’avenir de ce monde humain ou de celui des Kogis ? As-tu une solution à apporter ?
-Non et c’est ce qui me ronge.
-C’est toi alors qui as choisi d’être rongé, ça n’est pas l’état de ce monde qui agit sur toi mais l’émotion que tu entretiens. Et non seulement, elle ne sert à rien mais elle te prive de l’énergie dont tu pourrais user pour être ce que tu portes. Et par conséquent, tu prives ceux qui pourraient te voir vivre dans ce qui est juste. Tu te condamnes deux fois : une fois par la détresse que tu génères toi-même et ensuite par la détresse de ceux qui vivent près de toi et qui souffrent de te voir dans cet état. Est-ce que c’est ainsi que tu penses agir de façon juste ? »
Quand j'ai commencé à parler de ce cahier n 13 il y a plus de deux ans maintenant, les "collègues" ont dit que j'étais "parano".
Quand j'ai dit à l'institution que je refusais de participer à ce démantèlement de l'école, on m'a dit que j'étais dans une "grande confusion mentale".
Et demain, après deux ans de refus d'obéissance et une plongée dans les grands fonds, je suis de nouveau "convoqué" en hôpital psychiatrique.
Mais c'est normal, je suis "parano", "complotiste" et "psychiatriquement" instable.
Tout va bien. Le système a raison et je suis juste un esprit malade....
Une dizaine de milliers de postes supprimés à la rentrée prochaine ! Des établissements scolaires sont entrés en ébullition. Cette révolte qui couve va-t-elle ressembler aux autres ? Car on en avait bien le soupçon. Mais on ne pouvait pas le croire. Le respect de l’adversaire conduit à garder un peu de retenue à son égard. Le suspecter de tant de noirceur et de cynisme suppose qu’on le retranche de la communauté humaine. Alors on ne veut pas s’y résigner jusqu’au jour où on tient la preuve entre ses mains.
Mais, jusque-là, les faits ont beau s’accumuler, on se refuse à franchir le cap. On prend des précautions. On emprunte leur formule aux astrophysiciens confrontés à une série de phénomènes dont ils ne perçoivent pas l’origine ou la cause : la course erratique de cette planète est incompréhensible ? On émet alors l’hypothèse : tout se passe comme si...
Il en est de même avec l’Éducation nationale depuis une dizaine d’années au moins : tout se passe comme si... Un esprit raisonnable ne cesse, en effet, d’aller de stupéfaction en stupéfaction devant tant de conduites extravagantes. Mais les faits, qu’on le veuille ou non, s’enchaînent avec une logique qui atterre : elle va tellement à l’encontre de ce qui serait attendu.
1- Le savoir méprisé
On dirait ainsi que, paradoxalement, dans l’institution chargée de sa diffusion, le savoir est méprisé. Les élèves passent en classe supérieure sans avoir le minimum de connaissance requis. Les examens sont donnés en fonction non d’un seuil minimal de savoir, mais d’un pourcentage de candidats décidés en haut lieu qui prouve d’abord le bon fonctionnement de l’institution.
Les socles de savoir minimal sont revus à la baisse : des disciplines, comme les Lettres classiques sont délibérément éliminées, parfois au profit du sport. D’astucieuses incompatibilités sont instituées, soit entre les disciplines, soit entre les horaires : si tu fais natation, tu ne peux faire du latin ; si tu choisis allemand, tu dois renoncer au latin qui est enseigné à la même heure. Des erreurs sont sciemment glissées dans les programmes : on veille, par exemple, depuis vingt-cinq ans à ce qu’un élève ne puisse comprendre quoi que ce soit à l’information et aux médias.
2- Les conditions de travail méprisées
Au savoir méprisé paraît correspondre un égal mépris pour les conditions de travail elles-mêmes. Les fins d’années scolaires commencent dès la fin mai, parfois avant. Les conseils de classe sont précoces ou alors les examens organisés obligent à fermer l’établissement. Le mois de juin est la plupart du temps un mois qui compte pour du beurre.
Mais il en est de même dans l’année quand les conseils de classe sont fixés en novembre pour le premier trimestre, en mars pour le second. Sous prétexte d’attribuer un nombre égal de jours entre les trois trimestres, il arrive que le second trimestre commence au début décembre et le second à la mi-mars. On ignore le fonctionnement psychologique de l’élève qui après le conseil de classe qui vient de faire le bilan de son trimestre, éprouve fort normalement le besoin de souffler : les trois semaines avant les vacances de Noël ou de Printemps connaissent donc un relâchement. On ne court pas 5 km de plus après un marathon. L’élève attend le retour de janvier ou d’avril pour repartir.
Que dire de l’examen de certification d’allemand en troisième qu’on fixe un 27 mars quand il reste trois mois de travail ? Pourquoi priver les élèves de tout ce temps qui pourrait être si utile à l’assimilation ? Après l’examen, vont-ils continuer à fournir l’effort attendu ?
Le silence autour des classes n’est pas assuré : on travaille dans le bruit. Ça braille dans les couloirs ou sous les fenêtres dans la cour : des cours ne commencent pas à l’heure et le vacarme de la récréation continue. Ou alors le bruit vient de la salle voisine où un prof s’égosille dans un charivari empêchant toute attention. Et le comble, ce sont les élèves qui se plaignent en conseil de classe des « bavardages » que des professeurs ne savent pas contenir !
3- La règle méprisée
Il faut dire que le mépris de la règle peut être aussi la règle. Il suffit d’un élève dans un cours pour le perturber si toute sanction est interdite. Or le droit d’ « exclusion ponctuelle de la classe » prévu par la circulaire du 11 juillet 2000 peut être arbitrairement interdit localement aux professeurs. Une petite frappe peut se sentir soutenu par le bureau de la vie scolaire et même le chef d’établissement, et jouer l’indicateur ou le provocateur.
Mais il arrive aussi que ce soient les professeurs eux-mêmes qui ne souhaitent pas rédiger de rapport écrit sur les conduites inacceptables dont ils souffrent dans leur classe. Ils ont peur de se voir reprocher de ne pas « tenir leur classe » ou, au contraire, par compensation, ils pratiquent la surenchère dans l’humanitarisme dévoyé pour se faire valoir tant auprès de l’administration qu’à leurs propres yeux. C’est ainsi que l’on mélange voyous et élèves méritants sous la même appellation d’origine non contrôlée d’ « élèves en difficulté ».
Il n’existe, en général, dans un établissement, qu’une infime minorité d’élèves récalcitrants. Mais on les laisse prendre leurs aises et empoisonner la vie de tous. Le conseil de discipline tombe en désuétude, on préfère réunir un comité informel appelé par exemple "conseil de remédiation" : ça ne laisse pas de trace réglementaire au-dehors qui risquerait de ternir l’image de l’établissement et surtout celle de son chef soupçonné par le rectorat de ne pas savoir « tenir son établissement ».
On ne remédie donc à rien du tout. La violence s’installe durablement. Il reste à courir après les euphémismes et à appeler les agressions quotidiennes des « incivilités » pour en dissimuler la gravité. Quand on apprend qu’un professeur a giflé un élève pour avoir été injurié, c’est le professeur que son administration lynche en public et que le père de l’élève fautif traîne en justice. Et quand une professeur échappe de peu à la mort dans une tentative d’assassinat après avoir alerté sa hiérarchie comme elle l’a pu, l’administration est exonérée de toute responsabilité.
4- Le professeur méprisé
Ainsi, l’administration donne-t-elle l’exemple au besoin. Elle viole allègrement le règlement en refusant toute protection statutaire à celui qui est attaqué à l’occasion de ses fonctions, quand la loi lui en fait un devoir. Recrutés parfois sans avoir un niveau culturel décent, certains chefs d’établissement montrent par reconnaissance sans doute envers l’institution qui les a reconnus, de réelles dispositions en matière de brutalité.
Pour parvenir à leurs fins, la falsification n’est pas un problème pour eux, pas plus que la calomnie. Une sanction peut même être infligée sans raison à un professeur qui s’oppose à cette débâcle pour le faire taire. Tout paraît permis à ces responsables puisqu’ils peuvent agir en toute impunité. Ils ont l’appui non seulement de leur hiérarchie, mais même de la justice qui, par les temps qui courent, court à leur secours si d’aventure ils ont à répondre de leurs agressions devant un tribunal. Mais, même en cas de condamnation, ils restent à leur poste pour poursuivre leur triste besogne.
La stratégie machiavélique de l’OCDE
On a beau être ingénu, tant de continuité dans l’effort pour provoquer et accroître le chaos au cœur du service public d’Éducation finit par laisser supposer une stratégie délibérée de destruction. Mais l’idée paraît si folle. En fait, elle ne l’est pas. Un lecteur a laissé en commentaire d’un article précédent (1) les références d’un rapport de Christian Morrisson, expert de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, daté de... 1996, intitulé « La faisabilité politique de l’ajustement » (2).
Peut-être l’a-t-on remarqué, le mot « ajustement » est aujourd’hui dans toutes les bouches gouvernementales et patronales, comme le dogme d’un catéchisme. Ce mot modeste et inoffensif est, en réalité, un leurre. Il appartient à une tradition de langage politique par euphémismecompréhensible des seuls initiés, comme l’était l’expression « solution finale » de sinistre mémoire. Ce titre apparemment anodin désigne en fait une destruction en douceur du service public d’Éducation. Il vise à masquer la violence de l’objectif : « ajustement » veut dire ici destruction et « faisabilité politique » signifie prévention des révoltes susceptibles d’être provoquées par cette destruction.
En somme, ce titre mystérieux désigne tout simplement la stratégie astucieuse conçue pour opérer dans les pays de l’OCDE des contre-réformes structurelles et désengager le budget de l’État des services publics sans provoquer de révoltes populaires. Ainsi est-il recommandé non « la baisse de la quantité » qui déclencherait des révoltes, mais « la baisse de la qualité » dans certains établissements et pas dans d’autres pour rendre insensible aux familles la destruction programmée du service public d’Éducation. Voici un extrait éloquent de la page 30 du rapport que le lecteur avait cité :
« [...] Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »
Si l’on avait encore quelques doutes sur les raisons du chaos qui s’est installé durablement dans l’Éducation nationale depuis dix ans, ils sont levés. Il s’agit bien, comme le conseille cet expert de l’OCDE, de ruiner progressivement la qualité de l’École publique pour introduire peu à peu une privatisation qui s’imposera comme la seule planche de salut quand la vie dans les établissements ne deviendra plus supportable. À bon entendeur salut ! La casse du service public que laissaient supposer toutes ces conduites irrationnelles est bien programmée à terme selon un plan méthodiquement réfléchi depuis 1996. Les défenseurs du service public d’Éducation ont quelques raisons de s’émouvoir. Paul Villach
La symbolique est redoutable. Des milliards d'humains sont coupés de l'Univers...Coupés de leur matrice.
Mais ce brouillard est une extension de la pollution mentale et de l'effacement de toute forme réelle de spiritualité. Des humains victimes et responsables. Et tant que la conscience de cette responsabilité ne s'installera pas, le désastre continuera. Nous sommes complices par indifférence et ignorance, par lâcheté devant les décisions individuelles à prendre et il est pourtant du devoir de tous d'observer chaque comportement, pensée, émotion au regard de la Terre.
Les individus qui considèrent que la situation n'est pas encore si grave qu'ils ne puissent profiter des biens mis à disposition et de l'opulence qu'ils réclament et à laquelle ils sont si bien habitués, ces individus-là sont aussi responsables que les gouvernants qui s'obstinent à penser que la "croissance" doit être préservée et renforcée si possible, que l'exploitation de la planète est une nécessité, que l'extension de l'humanité est un droit.
Juridiquement, nous sommes aujourd'hui dans la situation d'une victime disposant du droit de porter plainte pour "non assistance à personne en danger".
Mais qui va recevoir la plainte ?
SCIENCES
Un tiers de la population mondiale ne voit plus la Voie lactée
Plus une région est rouge, plus le ciel y est pollué par la lumière artificielle. Image Science Advances, CC BY NC
La revue «Science» vient de publier le tout nouvel «Atlas mondial de la clarté artificielle du ciel nocturne», qui montre que la pollution lumineuse augmente chaque année. La transition de l'éclairage public vers des ampoules LED va aggraver la situation.
Un tiers de la population mondiale ne voit plus la Voie lactée
Les nuages qui se traînent au-dessus de Paris n’aident pas à la contemplation des astres. Mais même s’il faisait beau en cette mi-juin, on n’y verrait rien. Outre la Lune et les planètes – Mars, Jupiter et Saturne –, peut-on encore déceler plus de cinq ou six étoiles à l’œil nu depuis la capitale ? Le ciel nocturne est vide et jaune, baigné de pollution lumineuse émise par l’éclairage public, les vitrines, les bureaux restés allumés et autres panneaux publicitaires. Le phénomène prend de l’ampleur, au point que 80 % de la population mondiale vit désormais sous un ciel artificiellement lumineux. Aux Etats-Unis et en Europe, le taux monte à 99 %.
La revue Science vient de publier le tout nouvel Atlas mondial de la clarté artificielle du ciel nocturne, signé par une équipe italo-germano-israélo-américaine, qui suit la qualité du ciel depuis 2001. Les chercheurs s’appuient sur les plus récentes images satellites en haute définition et sur des mesures de clarté du ciel à différents endroits du monde, avant de compiler les résultats dans un logiciel de leur cru qui calcule la propagation de la pollution lumineuse.
- Les zones sombres ont un ciel d’un noir absolu, clair comme de l’eau de roche ;
- En bleu, le ciel commence à s’éclaircir vers l’horizon ;
- En vert, la pollution lumineuse monte jusqu’au zénith et le ciel est 8 à 50 % plus lumineux que dans son état naturel ;
- En jaune, le ciel naturel est «perdu» avec 50 % à 400 % de luminosité supplémentaire. Au seuil supérieur, on n’arrive plus à distinguer la grande traînée laiteuse de la Voie lactée : 35,9 % de la population mondiale est concernée ;
- En rouge, c’est pire. Les étoiles qui peuplent le ciel disparaissent. La luminosité devient si forte qu’à la limite supérieure, l’œil humain passe en mode diurne et voit avec ses cônes au lieu des bâtonnets ;
- En blanc, l’œil humain est en mode diurne. Il n’a même plus besoin de lancer son processus d’adaptation à l’obscurité, tant l’environnement est lumineux.
L’Amérique du Nord et l’Asie
Vision photopique et scotopique
La pollution lumineuse s’est intensifiée depuis un demi-siècle, avec une augmentation moyenne de 6 % chaque année en Europe et en Amérique du Nord. Et ce n’est pas près de s’arranger. L’installation progressive d’ampoules LED dans l’éclairage public des villes est aussi bénéfique pour leur facture d’électricité que néfaste à l’environnement nocturne.«En postulant que le flux photopique s’échappant vers le ciel restera égal, une LED blanche de 4 000 kelvins est environ 2,5 fois plus polluante dans la bande scotopique du spectre que l’éclairage au sodium.»
Pour comprendre cette analyse publiée dans Science, il faut se souvenir que l’œil humain a deux modes de fonctionnement. De jour, il voit en couleurs avec ses photorécepteurs appelés cônes – c’est la vision photopique. Et quand il y a peu de lumière, il utilise plutôt ses bâtonnetsqui ne permettent qu’une vision en nuances de gris, la vision scotopique. Si les ampoules LED nous permettent donc de voir aussi bien notre chemin que les vieilles lampes au sodium, elles nous gêneront bien davantage quand nous voudrons adapter nos yeux à l’obscurité pour, par exemple, observer les étoiles.
Pollution lumineuse en Europe. A gauche, la situation en 2016. A droite, prédiction dans quelques années, après la transition aux ampoules LED.
A Singapour, au Koweït et au Qatar, vision diurne 24 h/24
«La pollution lumineuse est l’une des formes les plus envahissantes d’altération environnementale, estime l’étude. Durant la nuit, elle est facilement observable à des centaines de kilomètres de sa source dans des paysages qui semblent, de jour, préservés de toute présence humaine, même dans des espaces protégés comme les parcs nationaux (les dômes lumineux de Las Vegas et Los Angeles sont par exemple visibles dans le Parc national de la vallée de la Mort en Californie).» Les chercheurs déplorent que le sujet soit encore souvent ignoré de la communauté scientifique, alors que de nombreux domaines sont touchés, de l’astronomie à l’écologie. Trompés par une lumière forte et blanche en pleine nuit, de nombreux oiseaux ont par exemple du mal à compter le temps qui passe et migrent à la mauvaise saison. Les chauves-souris sont tout autant déstabilisées, sans parler des écosystèmes sous-marins et de la santé humaine (cycles de sommeil perturbés, baisse de production de mélatonine, risques accrus de cancer…).
Si l’on regarde le pourcentage de population concernée et non le territoire, les pays les plus pollués du monde sont Singapour, le Koweït et le Qatar, où près de 100 % des habitants sont en zone blanche (vision diurne vingt-quatre heures sur vingt-quatre). En Europe, la Grèce, l’Espagne et l’Islande ne s’en sortent pas très bien. A l’inverse, les paradis du ciel nocturne s’appellent Tchad, République centrafricaine, Madagascar… et la majorité des autres pays africains.
La pollution lumineuse dans les pays du G20, en pourcentage de la population touchée.
Mesurer la qualité du ciel
Pour mesurer la qualité du ciel, le principe est simple : il suffit de recenser quelques étoiles visibles à l’œil nu. Chaque étoile du ciel a une caractéristique que l’on appelle magnitude apparente – c’est sa luminosité vue depuis la Terre. Plus elle est basse, plus l’étoile est brillante. Arcturus, que l’on voit encore à Paris, a une magnitude apparente de -0,04, tandis que la petite étoile bleue d’Albiréo culmine à 5,1. L’œil humain atteint la limite de ses capacités autour d’une magnitude de 6 ou 7… mais seulement quand le ciel est pur comme du cristal. En centre-ville, on tourne plutôt vers 4.
L’échelle de Bortle permet d’évaluer la qualité du ciel noir à l’œil nu. Tableau fourni pour l’enquête «Insectes et ciel étoilé» en 2014.
Et voilà comment, avec une liste d’étoiles sous la main accompagnées de leur magnitude théorique, on peut les chercher dans le ciel, les trouver… ou non, et estimer ainsi sa pureté. L’équipe italienne de l’atlas de la pollution lumineuse a procédé de la même façon mais en s’appuyant sur des appareils photo à capteur CCD, ainsi qu’un appareil nommé Sky Quality Meter.
"Lorsqu'on dit d'un sage qu'il est mort à lui-même, peut-on assimiler cette expérience de la sagesse à celle de la mort ?
- En effet, c'est la mort du moi. Elle fait d'ailleurs partie du langage mystique chrétien et de l'expérience spirituelle bouddhiste. Pour un bouddhiste, la mort du moi est nécessaire dans la mesure où ce dernier constitue une réalité empirique qui est prise pour ce qu'elle n'est pas, c'est à dire une réalité autonome, existant par elle-même et formant le centre du monde. Cette identification au moi fait croire à l'individu qu'il est quelque chose d'autonome et aussi solide qu'un roc. C'est la pire des illusions mais aussi la source des passions, des conflits et le garant de tous les fantasmes. La mort de ce moi est une délivrance, une libération, la source de la béatitude puisque la disparition de quelque chose de négatif ne peut engendrer que quelque chose de positif.
Quelqu'un qui suit une pratique spirituelle durant sa vie lorsqu'il accède après la mort à cette vision de "Claire Lumière" peut-il connaître l'état de béatitude découvert par le sage de son vivant ?
-Tout à fait ! la mort est un instant favorable si l'on n'en a pas peur et qu'on l'aborde avec un état d'esprit contemplatif, en étant suffisamment préparé. Si ce moment est extrêmement propice, c'est aprce que nous sommes débarassés du poids du corps et des scories du mental. Il est évident que si l'individu aborde la mort dans l'angoisse et la panique, le mental constituera un obstacle majeur rendant impossible toute reconnaissance de la "Claire Lumière"
Le travail qui doit être réalisé avant la mort, c'est avant tout de pacifier les conflits, abandonner tous les attachements qui subsistent et se réconcilier avec ses ennemis. Il s'agit surtout de se réconcilier avec soi-même pour aborder le passage de la mort dans la paix et la lucidité de l'esprit.
En cela, on rejoint aussi le point de vue du Docteur Kübler-Ross selon laquelle les conflits psychologiques qui ont agité l'esprit des personnes, durant leur vie, sont loin d'être atténués au moment de la mort, mais au contraire amplifiés.
-Oui et la description mythologique des conditions d'existence peut s'appliquer à nous-mêmes ici bas. Lorsque nous sommes en colère, haineux, submergés par les méotions, nous savons ce qu'est "l'enfer". Tout cela correspond à une réalité incarnée mais aussi à une structure de conscience. Je pense qu'il est important de souligner qu'elle existe dans le Bardo sur un mode de mental pur. Je sais bien que les scientistes disent qu'en dehors du cerveau point de manifestations mentales. Cette proposition est, dans l'optique traditionnelle, erronée. Le cerveau est simplement l'organe du mental, c'est lui qui permet au mental d'embrayer sur la manifestation corporelle. Cependant, ce mental existe également sans son organe..."
par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.
Le Bardo Thodol est un texte - trésor du bouddhisme tibétain, un ouvrage unique en son genre.
Il est en réalité beaucoup plus large qu’un livre pour les morts, car BARDOsignifie tout état intermédiaire ; donc état entre la mort et la renaissance mais de manière beaucoup plus générale, tout état de conscience intermédiaire entre deux états ( veille et rêve, veille et libération, entre deux pensées discontinues ….)
C’est donc un guide pour les VIVANTS axé sur la notion de LIBÉRATION et d'EVEIL SPIRITUEL. Son fondement philosophique est la loi du KARMA.
Le Bardo Thodol raconte la pérégrination de l’âme ou principe conscient dans l’au-delà. Il décrit de manière très précise trois bardos, qui durent au total 49 jours :
Chikhai Bardo : du moment de la mort
Chonyid Bardo : état transitoire de la réalité
Sidpa Bardo : de la renaissance
Ainsi que les rituels funéraires adéquats pour chaque étape.
La provenance de ce livre n’est pas réellement connue car il s’agit vraisemblablement d’une adaptation bouddhiste d’une tradition tibétaine antérieure. Compilé au temps de Padmasambhava au VIIIème siècle. Perdu pendant plusieurs siècles, puis retrouvé
Bardo Thodöl signifie, en tibétain, Libération par ENTENDEMENT dans le plan suivant la mort. Il s’agit donc de savoir ce qu’il nous faut entendre/comprendre pour atteindre la libération.
Le Bardo Thödol décrit avec précision les états par lesquels passe le Principe Conscient de l’homme après la mort, lorsqu’il traverse les 3 états « intermédiaires ou d’incertitude ». Chacun de ces états intermédiaires est à son tour subdivsé en 2 parties très distinctes, ce qui nous fait 6 étapes, comme les 6 mondes ou lokas déjà étudiés.
* Chikkhai Bardo : état intermédiaire ou d’incertitude au moment de la mort :
1. le moment de la mort (environ 40')
2. la vision de la Claire Lumière primordiale, suivie de la Claire Lumière secondaire.
* Chönyid Bardo : état intermédiaire ou d’incertitude de Réalité : le mandala des Divinités Paisibles et le mandala des Divinités courroucées ;
* Sidpa Bardo : état intermédiaire ou d’incertitude de la remontée du courant de l’existence samsarique lorsque le « Connaisseur » ou Principe Conscient cherche la renaissance : le jugement de l'âme et la recherche d'une matrice pour retourner dans le monde samsarique.
Les visions du Bardo ne sont que la manifestation des « formes-pensées » nées dans le mental de celui qui les perçoit. Ce sont les formes que prennent les impulsions intellectuelles et émotionelles humaines sur le plan psychologique. Ce que les hommes pensent ils le deviennent : les pensées sont la source de toute action. Ce qui a été semé sera récolté. Ces formes pensées sont illusoires et ne sont que notre propre reflet. Il n'y a pas lieu d'en être effrayés ni fascinés.
Dans cet état intermédiaire du Bardo, tout progrès est impossible : les actions s’accomplissent sur terre et donnent leurs fruits dans le Bardo, pour celles qui n’ont pas eu le temps de les donner du temps du vivant. Dans le Bardo, le défunt passe en revue tout ce qu’il a ressenti et pensé.
Les formes-pensées donneront, en fonction de la culture, la vision des déités bouddhistes, hindoues, du paradis de Mahomet, du ciel chrétien ou de Yahvé et le matérialiste athée aura des visions aussi vides de déités que dans sa conception terrestre.
Selon le Bardo Thödol, les expériences post-mortem sont entièrement dépendantes du contenu mental de chaque personne. L’état bardique ressemble à un état de rêve, enfantés par la mentalité du rêveur. Le Bardo Thödol explique que toute vision, sans aucune exception, est purement illusoire. Il faut comprendre cela pour atteindre la Libération. Tout l’enseignement du Bardo tend à éveiller le Connaisseur, le Principe Conscient à la Réalité. S’il y parvient, à n’importe quel moment, dans n’importe lequel des deux premiers Bardo, le Principe conscient peut connaître la Libération.
« Il est suffisant pour toi (le défunt qui les perçoit) de savoir que ces apparitions sont les réflexions de tes propres formes-pensées ». La reconnaissance complète de cette vérité par le défunt le libère et le fait entrer dans la Réalité.
Entretien sur « Le livre des morts tibétain » (Bardo Thödol) avec le Docteur Jean-Pierre Schnetzler dans la revue Nouvelles Clés de décembre 1992.
Comment expliquer clairement le Bardo Thödol ?
-C’est compliqué simplement parce que cela se rapporte à des processus subtils, liés au passage d’un état d’être à un autre, tout aussi transitoire (le Bardo) lequel sera la « sanction » de ce qui a précédé et le début de ce qui va advenir. Le texte décrit l’abandon d’un mode de manifestation corporelle au travers du processus de la mort qui est suivi par un bref contact avec la réalité fondamentale, que les Tibétains appellent « la Claire Lumière ». cette apparition précède un mode d’existence non corporel, uniquement mental, dans lequel la conscience de l’individu va expérimenter un certain nombre des possibilités qu’elle porte en elle. Celles-ci vont s’extérioriser sous formes d’expériences, qui seront attribuées ou non à une cause extérieure. Cependant, il faut savoir qu’en réalité ces manifestations sont les propres pensées et tendances conscientes et inconscientes du défunt. De tout cela, la conscience ne se rend pas toujours compte car elle est encore chargée d’illusions. A cette zone du bardo, font suite les préliminaires de la renaissance, lorsque les désirs et les passions non résolues de l’individu l’entraînent vers un autre état de manifestation, corporelle ou non corporelle selon les cas. C’est donc un processus compliqué, quis e réfère à un mode d’existence sur lequel nous n’avons pas beaucoup de données et de compréhension, à moins de le comparer au rêve, état qui se rapproche le plus de l’expérience du Bardo.
Le Bardo Thödol, c’est donc d’abord le Bardo de la mort. C’est la dissolution de l’être corporel et la résorption de la conscience dans sa modalité fondamentale. Quand cette résorption est opérée, la mort survient et l’individu est ramené à sa manifestation uniquement spirituelle. C’est un moment crucial. Si l’individu a pratiqué la méditation au cours de sa vie, il sera peut-être capable de saisir la chance qui se présente. Car à ce moment, il est libre du corps qui le limite et des activités mentales qui sont en train de se résorber, il est alors capable de saisir même de l’esprit qui est appelé de façon imagée « la Claire Lumière ».
C’est dans la mesure où il va reconnaître l’esprit qui est aussi le sien, comme étant la réalité fondamentale, qu’il peut réaliser le nirvana. Mais s’il laisse passer cette occasion unique, au bout d’un certain temps d’inconscience, il va réapparaître en tant que manifestation purement mentale. Et là, il peut être le jouet des forces du psychisme. Il existe alors sous un mode purement psychique pendant un certain temps, confronté au meilleur et au pire. Généralement, le meilleur vient en premier avec des manifestations lumineuses ou sonores représentant les différents modes de la sagesse. Mais pour celui qui s’isole dans une identification, la sagesse peut être ressentie comme terrifiante car elle menace de dissoudre cette identification à notre ego et nous « tuer ». C’est ce qui explique la panique qui peut saisir certains êtres, devant la merveilleuse splendeur mais aussi la toute-puissance qui se révèle à leurs yeux. Bien souvent, ils ressentent ces manifestations comme épouvantables. Au lieu de saisir l’occasion de s’identifier à cette lumière ils s’en écartent et retombent dans les manifestations inférieures de leur psychisme. Ils sont ainsi les jouets des reliquats de leur inconscient : peurs, jalousies, insatisfactions…En retrouvant ce qui a influencé et déterminé les vies précédentes, ils seront conduits vers la renaissance par le déterminisme et la contrainte. Ils retomberont dans ce que les Grecs appelaient « le cycle de de la nécessité » et que les Orientaux appellent le « samsara ».
Le Bardo Thodol est un ouvrage fondamental du bouddhisme tibétain traitant de la possibilité de libération spirituelle dans l'état intermédiaire entre la mort et la renaissance.
Le nom de l’ouvrage, ou plutôt celui de sa partie principale, composé de bardo (état intermédiaire), de thö (entendre) et de dol (libérer), signifie libération par l’audition pendant les stades intermédiaires [entre la mort et la renaissance].
Le Bardo Thödol ou Livre tibétain des morts est un texte décrivant les états de conscience et les perceptions se succédant pendant la période qui s’étend de la mort à la renaissance. L’étude du texte ou la récitation du principal chapitre par un lama lors de l’agonie ou après la mort est censée aider à la libération du cycle des réincarnations, ou du moins à obtenir une meilleure réincarnation.
Quelques mots sur l'ouvrage dans sa première édition par Jacques Bacot directeur d'études de tibétain à l'École pratique des hautes études :
Le Bardo Thodol est un traité de la mort reposant sur un fond d'animisme extrême oriental. La description, non extérieure, mais interne et vécue de l'agonie est si précise qu'on pourrait croire cette science eschatologique acquise par des humains revenus du seuil même de la mort. Le traducteur anglais, le Dr W.Y. Evans-Wentz, la croit plutôt dictée par de grands maîtres, agonisants, attentifs, qui eurent la force d'enseigner à leurs disciples le processus de leur propre fin.
Mais les enseignements vont plus loin. Après s'être adressés au mourant, ils dirigent l'esprit du mort à travers les visions infernales qui l'épouvantent et l'égarent. Dans l'état intermédiaire — le Bardo — entre la mort et la renaissance, se développent selon un déterminisme rigoureux, les effets dont les causes furent les oeuvres durant la vie. Car, enfers, dieux infernaux et tourments sont créés par l'esprit lui-même, ils n'existent pas en dehors de lui. Ils ne sont que phantasmes, pareils aux mauvais rêves des mauvaises consciences.
Extrait de la préface à la seconde version (nouvelle traduction) préfacée par Anagarika Govinda, moine et pratiquant de la tradition tibétaine (auteur du Chemin des nuages blancs) :
Dans le titre du Bardo-Thodol, le mot de mort n'apparait nullement. Ce mot dévie le sens de l'oeuvre qui réside dans l'idée de libération, c'est-à-dire libération des illusions de notre conscience égocentrique qui oscille perpétuellement entre naissance et mort, être et ne pas être, espoir et doute, sans parvenir à l'éveil, à la paix du nirvana, cet état stable, loin des illusions du samsara et des états intermédiaires.(..)
Pour qui met sa confiance dans la métaphysique bouddhique, il est clair que naissance et mort ne sont pas les phénomènes uniques de la vie et de la mort, mais qu'ils interviennent en nous d'une manière ininterrompue. A chaque instant quelque chose meurt en nous et quelque chose vient à naitre. Les différents Bardos ne sont autres que les différents états de conscience de notre vie : l'état de la conscience éveillée, de la conscience de rêve, de la conscience d'agonie, de la conscience de mort et l'état de la conscience de renaissance.
Ainsi ce traité n'est pas un guide des morts, mais un guide pour tous ceux qui veulent dépasser la mort en métamorphosant son processus en un acte de libération.
L'emploi du mot "inconscient" est très révélateur.
Et ça m'interpelle grandement.
"Inconscient ":
1 ) Qui n'a plus conscience de son existence et de la réalité qui l'entoure, qui a perdu connaissance ; évanoui : Demeurer plusieurs minutes inconscient après une commotion.
Bon, ça n'est pas le cas.
2) Qui n'a pas conscience de quelque chose, qui ne s'en rend pas compte, par insouciance, légèreté d'esprit, etc. : Enfant inconscient de ses actes.
Bon, ça n'est pas le cas. Ils savent ce qu'ils font, où ils vont, ils sont préparés, équipés et ont clairement l'attitude de bons nageurs.
3) Se dit d'un acte qui se produit sans que celui qui le fait en ait conscience : Mouvement inconscient.
Bon, ça n'est pas le cas non plus. On ne rentre pas dans une eau à 15 degrés dans un mouvement inconscient.
4) Relatif à l'inconscient ; dans la seconde topique freudienne, se dit aussi bien du ça, du moi, que du surmoi.
Bon, ça n'est pas le cas non plus étant donné que les trois nagent avec la même vigueur : le ça, le moi et le surmoi (et les fraises tagada. )
On a affaire ici à un jugement de valeurs portés par un journaliste qui ne sait peut-être pas nager et se balade au bord de la Seine en crue sans sa bouée. Quel inconscient !
Si on en croit cet article, il serait donc inconscient de la même façon d'aller skier un lendemain de chute de neige, d'aller faire de la voile un jour de grand vent, d'aller faire du vélo sous la pluie, d'escalader une falaise alors qu'il y a un chemin forestier qui mène en haut, de traverser la route quand le petit bonhomme est rouge, de grimper sur un muret quand il est si simple de suivre le trottoir, etc etc etc....
Parlons-en de l'inconscience :
Des millions d'humains se nourrissent d'aliments industriels qui détruisent la planète de par l'exploitation outrancière des ressources naturelles et des dégâts occassionnés par cette exploitation. D'où d'ailleurs l'ampleur des inondations actuelles. Totale inconscience et déni des responsabilités personnelles de chacun.
Des millions de personnes sur la planète pensent encore que le vote est le pilier de la démocratie (j'ai éclaté de rire en l'écrivant celle-là, c'est tellement gros...) Totale inconscience et obstination dans des schémas archaïques. La peur les entrave.
Des millionss de personnes s'imaginent "faire l'amour" alors qu'elles sont essentiellement emportées par une excitation sensorielle et agissent mécaniquement. Inconscience partielle et éminemment néfaste.
Des millionss d'humains pensent encore que l'industrie pharmaceutique oeuvre au bien de tous. Inconscience formatée et pérénisée par les laboratoires et leurs serviteurs.
Des millions d'individus s'attachent encore à la notion de patrie dans la dimension sportive et sont excités à l'idée de supporter leur équipe. Pitoyable chauvinisme communautaire. Inconscience des flux guerriers du "ça".
Etc etc etc....
J'entends bien qu'en cas d'inondations les services de secours sont fortement sollicités et qu'il est inapproprié d'aller leur rajouter du travail.
Mais on a affaire à des nageurs qui ont prémédité leurs actes (à moins qu'ils se baladent systématiquement avec un maillot de bain et des lunettes de nage...) Il s'agit d'une prise de risque modérée et nullement d'une inconscience mais dans un contexte de peur générale qui amène l'individu lambda à s'ériger en censeur quand il voit quelqu'un agir à l'inverse de ses propres peurs.
Et si moi, je décide que sa peur ne me concerne pas ? Je suis un inconscient ?
Qu'en est-il par contre des propriétaires de voitures qui vont tout tenter pour sauver leur bien ? Inconscience totale qui leur fait penser que leur vie vaut moins qu'une voiture. Qu'en est-il de ces gens qui ralentissent sur la route pour "regarder" de l'autre côté les pompiers intervenir au risque du fameux "sur accident" si fréquent ?
Des situations d'inconscience réelle, les actualités nous en déversent constamment.
Alors, utiliser l'expression pour qualifier des nageurs dans la Seine, je dois dire que c'est d'une incongruité totale et que si ce journaliste n'a que ça à écrire, il ferait bien d'ouvrir les yeux...Si tant est qu'il ne soit pas collés par son inconscience. (manque flagrant de réflexion au-delà du formatage de pensées)
Il nous est arrivé une fois de nous mettre dans une situation très critique par inconscience. Nous n'étions pas compétents, insuffisamment équipés, et surtout trompés par une connaissance de l'escalade qui nous laissait penser que le canyoning ne nous poserait pas de problème.
L'expérience nous a montré à quel point le potentiel physique et mental nous est partiellement inconnu et à quel point nos ressources sont immenses.
Il en a été de même des milliards de fois dans l'Histoire de l'Humanité.
Je pense que l'être humain est une entité appelée à "grandir", c'est à dire à explorer toujours plus loin, dans une totale lucidité, le champ des possibles.
Les nageurs de la Seine ont désormais un vécu enrichissant et formateur.
Le journaliste, pour sa part, est allé ensuite s'asseoir dans le McDo du coin, il a commandé une tranche d'animal mort glissée dans une brioche industrielle, remplie de conservateurs, il a bu une canette de coca, il est rentré chez lui en taxi parce qu'il n'aime pas marcher, il a puni son fils qui a sauté les trois marches d'escalier en bas de l'immeuble au lieu de descendre en tenant la rampe, il a "baisé" sa femme en pensant que son article ferait peut-être un buzz le lendemain. Et puis au milieu de la nuit, comme il avait mal au ventre, il a pris un médicament...
Un constat identique au mien, à tous points de vue : sur l'institution, sur certains parents, sur certains collègues, sur le réseau d'aide aux enseignants , sur le comportement de la hiérarchie et de l'institution, sur la vocation brisée, l'abandon de la classe, le mal-être, la culpabilité, la rage...
Quand l’Éducation Nationale étouffe les vocations : témoignage d’une enseignante effondrée
Elle y croyait. Elle s’est investie à fond dans son métier, a monté des projets originaux, a accompagné les élèves en difficulté, a aidé des enseignants fragilisés, a assumé des responsabilités en dehors de son temps de travail... Pour rien. Absence de moyens, mépris de la hiérarchie, mutations absurdes, surcharge de travail... Une jeune enseignante raconte son combat et sa souffrance croissante dans l’enseignement secondaire, où la gestion bureaucratique et les coups de com’ ont pris le pas sur la pédagogie, l’engagement des enseignants et les réalités sociales. Et ce, malgré les grands principes affichés par la réforme des collèges.
« Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire. »
J. Derrida, La carte postale, 2004.
Être et vouloir
Encore enfant, à l’âge de onze ans, je décidai que je deviendrais professeure de français. C’était une décision profonde et arrêtée qui ne changea plus, sauf pour choisir d’enseigner aussi le latin et le grec. En première, je rencontrai le professeur qui marqua ma vie : Monsieur D. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, originaire du Togo, agrégé de lettres classiques et ancien attaquant du PSG. Il était très exigeant, drôle, cultivé. Il possédait un goût réel pour la littérature française, latine et grecque. Je fus tellement passionnée par ses cours, tellement subjuguée par son travail que mon désir s’habilla d’un rêve : arriver à faire, un peu, aussi bien que lui...
Je suis devenue enseignante de lettres classiques, j’ai atteint la destination que je m’étais fixée treize ans auparavant. J’ai enseigné pendant cinq ans dans le Nord de la France. Aujourd’hui, je doute encore parfois, mais une chose est certaine : je n’enseignerai plus jamais dans l’Éducation nationale.
Monsieur D. et l’institution qu’il représentait m’ont trahie.
Année 0 : vocation
Étudiante appliquée, fraîchement sortie du concours et revenue de vacances, je fus assignée à un lycée de Lille, de bonne réputation. La réforme de l’enseignement impliquait qu’on ne me formât pas avant de m’envoyer en classe, mais plutôt au cours de l’année, le mercredi, en plus des d’un temps plein ordinaire. Je reçus l’aide d’une enseignante formidable, mais qui était affectée en collège quand je devais enseigner à des lycéens, et uniquement formée en lettres modernes, ce qui fit de mon cours de latin aux classes de premières un mystère à percer de mon côté.
Étudiante appliquée, fraîchement sortie du concours et revenue de vacances, je dus préparer, enseigner et corriger le résultat de dix-huit heures de cours par semaine en lycée, et ce sans aucun outil pédagogique ou didactique. Le travail que me demanda mon année de stage fut énorme, j’y consacrai des morceaux de nuits, mes week-ends et mes temps libres.
Malgré tous ces obstacles, je garde ancré en moi ce souvenir de certitude : j’avais trouvé ma voie. Malgré mes pleurs, ma fatigue, le surmenage et la forte impression d’indifférence de mon entourage professionnel à ce qui me pesait, j’avais en moi ce bastion de force, ce secret impérissable d’avoir confirmé ma vocation. J’aimais mes élèves, j’aimais leur envie d’apprendre, leurs remarques, leurs blagues, leur scepticisme parfois, leur enthousiasme pour nos projets. Ils me rendaient mon investissement au-delà de toute espérance. Je me sentais faite pour ce que je faisais, dans mon élément. Ma tutrice et l’inspectrice qui me visita en fin d’année furent unanimes : c’était ma vocation !
La vocation, de la même famille que vocal, est un appel : quelle joie de se sentir appartenir si fortement, être et vouloir profondément, quel terrible bonheur ! Une chance incommensurable, qui vaut bien des débuts difficiles, pensais-je.
Année 1 : désenchantement
Rentrée de septembre. Je suis mutée en collège. Aucun de mes cours de lycée n’aura d’utilité. Tout est à refaire, les programmes à découvrir, les cours à fabriquer, la pédagogie à adapter. Le collège est à 80 kilomètres de Lille, je dois prendre un métro, un train et un bus pour l’atteindre. C’est un collège en périphérie, classé sensible et violent. J’apprends que l’année précédente, une jeune fille de 6ème s’est suicidée avec le fusil de chasse de son père. Je découvre à 23 ans la misère du bassin minier, son désespoir, ses impasses culturelles et sociales. Ici, les familles ne croient plus en l’école, les élèves encore moins. Ici, des parents demandent à payer en deux fois un carnet de correspondance à 4 euros. Je prends conscience de la bulle de sécurité dans laquelle j’ai été élevée, je déchante. Mes élèves de 6ème ne savent pas ce qu’est un verbe, ils déchiffrent à peine lorsque je les fais lire.
Quelle solitude. Au gré d’un algorithme automatique, je passe d’un lycée de centre ville de Lille à un collège sensible de Lens. Je m’agrippe à la très bonne ambiance entre collègues, à la solidarité, au travail intellectuel que je peux faire, non plus sur le contenu des cours mais sur leur forme, l’aspect purement pédagogique. Comment accrocher la classe, comment mettre les élèves au travail, comment les aider à apprendre, eux qui n’ont jamais appris ?
C’est intéressant et complexe, mais ce n’est pas ce que j’aime. Les cours sont essentiellement de la grammaire, de l’orthographe, de la lecture laborieuse. Il faut faire la police, gérer les perturbateurs, cibler les grandes difficultés pour essayer de les combattre. Je revois très vite mes exigences à la baisse. Je repense à mes anciens lycéens écrivant le réquisitoire de l’Étranger, créant le procès de Médée, s’amusant à l’écriture automatique ou récitant des phrases de Cicéron en toge.
Je n’ai jamais eu d’élèves en collège, je n’ai jamais fait de cours de ce niveau, mais personne ne sera là pour m’aider ou pour me guider : ça y est, je suis « validée », je suis « à l’abri », je suis « titulaire »... Je suis seule.
Année 2 : apnée
L’avantage de connaître mon établissement, c’est que la rentrée est moins impressionnante. Cette année nous changeons de principal adjoint. Le précédent était humain, drôle et très investi dans son travail. Il est un des éléments qui a contribué à ce que l’année se passe sans que j’abandonne le combat. La nouvelle principale adjointe est une stagiaire : après 20 ans dans la grande distribution et un an d’enseignement à des BTS vente, elle a passé le concours de chef. Elle nous accueille tous le jour de la rentrée avec un diaporama : Justin Bieber, les anges de la télé-réalité, Miley Cyrus, un extrait vidéo de LOL, un film sur des adolescents. Son but : nous faire comprendre les élèves de notre collège (qu’elle n’a encore jamais vus). J’ai l’impression de rêver.
Nous lui laissons une chance, puis deux, puis dix… Rien n’y fait. L’organisation est catastrophique, la communication avec les parents est un fiasco. Elle dit être « au taquet » ou avoir « fait une couille », elle est à la mode, elle est « dans le coup »mais elle est tout sauf compétente pour gérer notre établissement, qui cumule des problématiques humaines très complexes. Néanmoins, cette principale adjointe sera titularisée sans problème car elle aura fait un travail formidable d’organisation de projets pour faire « rayonner » l’établissement : faire venir des entreprises auprès des élèves, proposer une journée portes ouvertes. Les compétences en ressources humaines passent bien après celles en communication quand il s’agit de valider un chef d’établissement…
Pour aider une de mes collègues revenant de dépression et qui ne se sent plus capable de le faire le jour de la rentrée, j’ai accepté une nouvelle mission : professeur principal. C’est une mission bien peu valorisée et très complexe. Je passe des récréations à surveiller la classe pour la punir de son comportement en arts-plastiques — et moi avec, puisque je n’ai par conséquent pas de pause. Je convoque les parents des élèves difficiles, je reçois ces mêmes élèves avec la CPE (conseillère principale d’éducation) ou l’assistante sociale, je décide avec elle entre deux bouchées à la cantine d’un plan pour essayer une énième fois de remettre H. sur la voie du travail, pour aider L. qui dort avec son beau-père, pour punir G. et que cela fasse enfin effet. Je reste tard au collège, ma semaine est une apnée de 5 jours.
Le climat en salle des profs se dégrade. Les élèves perturbateurs ou violents ont une immunité dangereuse car rien n’est fait par les chefs pour les punir lorsqu’ils vont trop loin. Deux petites de 6ème rentrent pleines de bleus d’une récréation car elles révisaient sur un banc. Un élève donne une claque derrière la tête à l’une de mes collègues, pour rire.
Je me lève à 5h15 tous les matins pour arriver à l’heure avec le métro, le train, le bus. Je rentre épuisée. Je pleure sans arrêt. Je rêve du travail toutes les nuits. Je n’ai plus goût à rien. Je ne respire plus. Je prends l’avion et me surprends à espérer de toutes mes forces qu’il s’écrase. Je décide de demander ma mutation avant de sombrer complètement. J’obtiens un établissement tout aussi difficile mais bien plus proche, l’espoir se rallume au fond de moi : peut-être n’est-il pas trop tard pour faire mon travail dans de bonnes conditions...
Année 3 : pas de responsable
La rentrée et son lot de nouveautés. J’arrive pleine d’entrain, revigorée par le changement. Je suis à presque une heure de chez moi, mais l’essentiel du trajet est en tramway : c’est le luxe ! Mon nouvel établissement est « mixte », il est composé d’élèves de milieu très modeste et très aisé à la fois. La plupart de mes latinistes sont de classe bourgeoise, inscrits au conservatoire où ils vont deux après-midi par semaine suivre des cours d’instrument et de solfège au lieu de faire arts-plastiques ou technologie. Ce sont des jeunes polis, curieux, intéressés. Ils participent, posent des questions, argumentent, s’enthousiasment. À 13 ans, ils ne se voient pas ailleurs qu’à l’école : on leur a transmis l’importance de l’instruction. Leurs parents ont le temps de s’intéresser à eux, de les suivre dans leurs résultats, d’assister aux conseils de classe et aux réunions parents-professeurs. C’est un réel bonheur de les avoir en cours. Je respire enfin.
En tant que représentante élue du personnel, je participe à de nombreuses réunions, au conseil d’administration et au conseil de discipline notamment. J’y vois dans l’un les incohérences d’une institution qui vacille, dans l’autre l’impuissance de l’école à vaincre le déterminisme social. Car, au-delà de mes cours de latin, groupe privilégié, c’est la même cour de récréation qu’à Lens, la même violence physique et verbale omniprésente, les mêmes hurlements, humiliations, bagarres. Dans les conseils de discipline où je siège, les parents semblent tristes, dépassés par leurs enfants, épuisés par leur travail quand ils en ont un, désespérés par leur quotidien quand ils n’en ont pas. Parfois, une cousine ou une sœur est là pour traduire, parfois, une cousine ou une soeur est là, à défaut d’autre chose.
Le Département crée à cette époque un programme pour financer des projets visant à combattre les difficultés scolaires. On nous propose de penser « hors des cases », on nous donne une grande liberté de budget : enfin quelque chose de possible, je me sens pousser des ailes !
Je crée un projet dans lequel je m’investis énormément : sortir les élèves les plus perturbateurs de classe une fois par semaine et les mettre tous ensemble dans un groupe dont j’aurais la charge le vendredi après-midi sur mon temps libre. Le profil de ces élèves a souvent quelques similitudes : ils ont de la répartie, ils cherchent à se distinguer, à être reconnus d’une façon ou d’une autre, ils aiment, ou prétendent aimer, le rap. Je voudrais leur faire découvrir des chansons de rap de qualité, les analyser avec eux et les aider à en écrire. Je voudrais changer un peu leur rapport au savoir, leur dégoût du savoir. Leur montrer que la langue ne sert pas qu’à faire des dictées, mais aussi à s’exprimer pour se faire entendre. Que le langage permet de maîtriser le monde dans lequel ils vont évoluer. Je rêve qu’ils apprennent à penser, qu’ils apprennent à dire plutôt qu’à parler. Je remplis des tas de papiers et j’attends, impatiente. Je me projette et cela m’aide à tenir, à dépasser la colère, la frustration quotidienne, les rappels à l’ordre constants dans la cour de récréation, les insultes, les incivilités, les bousculades auxquelles j’assiste sans cesse. Les mois passent : à chaque fois que je demande, on me dit que la sélection des dossiers prend du temps.
Conseil d’administration du mois de juin : au détour d’une phrase et devant les vingt-cinq personnes réunies, la principale déclare que tous les projets présentés sont annulés, que le Département n’a finalement pas les fonds. Assise à la table, entourée de vingt-cinq personnes qui ne savent pas ce qui se brise alors en moi, je ravale mes larmes pour pouvoir affronter les deux heures de réunion qui nous attendent.
Une phrase.
Elles m’ont vue aux réunions préparatoires, plus enthousiaste que le reste de mes collègues, investie, motivée, en pleine ébullition. Elles m’ont vu accepter de ne pas être payée les vendredis après-midi pour que le projet ne coûte pas trop cher. Elles ont vu mon espoir, elles ont vu mon attente. Mais je ne mérite pas plus que ça, une phrase au détour de l’ordre du jour de la réunion. Je ne mérite pas deux minutes en tête à tête pour reconnaître mon investissement et regretter avec moi le projet qui n’aboutira pas. La faute est au Département qui n’a pas les fonds. Mes chefs refusent de prendre la responsabilité de cet échec, et je me retrouve sans personne à blâmer, sans personne à qui exprimer ma déception, mon regret, ma frustration. La faute à personne... tant pis pour moi.
Réunion de l’équipe de lettres, début juillet. Chaque matière a besoin d’un coordinateur de discipline, tâche aussi contraignante que bénévole. En fin d’année, N. nous annonce qu’après 15 ans de coordination, elle a besoin de souffler et que quelqu’un prenne la relève. Quelqu’un accepterait-il de la remplacer ? Je vois le silence répondre à N., je vois tous mes collègues plus âgés que moi baisser les yeux, sans rien dire. Je vois tout le monde attendre, gêné, que quelqu’un d’autre réponde. Et je sens la colère monter. La colère face à tous ces responsables qui ne veulent pas accepter de l’être, qui n’osent même pas dire non à voix haute. Par provocation, par colère, par dépit, j’accepte de reprendre le poste. Grossière erreur, car je le fais pour les mauvaises raisons. Par besoin de reconnaissance, mais surtout pour leur faire honte, à eux qui ne font rien, à eux qui n’assument rien. Quelle naïveté ! Sitôt que le problème a trouvé sa solution, tout le monde s’en fout...
Année 4 : effondrement
La réforme des collèges est annoncée depuis l’année précédente mais elle se concrétise en début d’année. Changement radical du collège vendu sur tous les médias par la ministre. Aussi douée en communication qu’incompétente en pédagogie, cette jeune femme explique à qui veut l’entendre que le modèle du collège est dépassé, que les élèves s’ennuient, que les enseignants restent affiliés à d’anciennes méthodes, que les options élitistes empêchent l’apprentissage pour tous. Le latin, le grec, les classes européennes et bilangues sont supprimées. Les classes de musiciens déchargés deux après-midi par semaine pour aller au conservatoire sont maintenues, ne semblant pas faire partie de l’élitisme visé...
J’entends partout combien les disciplines que j’ai choisies, qui me passionnent, qui je le crois sincèrement sont porteuses d’émancipation pour les élèves d’origine populaire, sont ennuyeuses et dépassées. J’entends partout que nos cours sont pleins de grammaire aride et de déclinaisons obscures. Je vois mon métier voué aux gémonies, ridiculisé, méprisé.
Moi qui n’ai jamais fait de cours magistral, qui ai traduit du rap et Pharell Williams en latin, qui ai monté une pièce de théâtre en toge avec surtitrage powerpoint, je m’entends dire que je suis élitiste, ennuyeuse et dépassée. Il faut changer, faire des projets, du concret, du ludique... Ah bon ? Quelle nouveauté ! Je m’engage syndicalement pour combattre ces mensonges éhontés, pour organiser la résistance au sein du collège et auprès des parents. Je sens un nouveau souffle s’emparer de moi, je me dis que je trouverai peut-être mon épanouissement dans le travail par ce biais là, à défaut de le trouver dans l’enseignement de la littérature.
Je décide de préparer un voyage cette année : devant le danger de disparition de ma matière, devant l’envie et la gentillesse de mes élèves, je me lance dans ce projet chronophage et compliqué d’une visite de la Provence romaine.
Exposée en tant que syndicaliste, je me retrouve convoquée chez la principale pour différents motifs, je reçois des remarques déplacées et des regards désapprobateurs. J’organise une réunion syndicale qui se déroule tant bien que mal : je fais de mon mieux pour qu’on laisse parler les collègues qui défendent cette réforme que j’abhorre, afin qu’ils ne se sentent pas acculés. Le lendemain, une collègue m’agresse devant mes élèves, dans la cour, me reprochant ce que d’autres ont dit à la réunion. Elle m’impose l’entière responsabilité de tout ce qui s’y est dit.
Au bout de quelques mois, tous les voyages prévus sont annulés faute de moyens. La principale ne souhaite pas financer les voyages sur les fonds du collège, assumant sa gestion « en bon père de famille » nous dira-t-elle. Les élèves et les parents sont déçus, quant à moi...
Trop de choses s’accumulent.
J’ai trop donné, pour rien.
J’ai trop espéré, pour rien.
J’ai trop combattu, pour rien.
Je m’effondre.
Je prends rendez-vous chez la psychologue du travail pour lui exprimer mon mal-être. Pendant une heure, elle prend des notes en me demandant ce qui ne va pas. À chaque réponse que je lui donne, elle me dit ne pas comprendre. « Qu’est-ce qui ne va pas ? En quoi est-ce si grave tout ça ? Pourquoi ne pas voir le verre à moitié plein ? » Je me sens illégitime dans ma souffrance, j’ai l’impression d’être une enfant qui fait des manières. Je suis choquée par son manque de bienveillance, je pars encore plus déboussolée qu’à mon arrivée.
Il n’y a pas de réponse, il n’y a pas de solution, il n’y a pas d’écoute.
Je suis entrée dans ce métier pour faire des choses concrètes, prise d’une passion vraie, d’un désir profond. Je me suis fait abattre, année après année, jusqu’à ce qu’il ne reste en moi ni confiance, ni espoir, ni désir. Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que je veux. C’est fini.
Nous sommes en avril et je ne retournerai plus au collège.
Comment se reconstruire, comment être et vouloir à nouveau ?
Une 2ème histoire extraite de la BD « Emotions, enquête et mode d’emploi » qui sort en Juin !
Il y a bien sûr plein d’autres méthodes pour accueillir ses émotions.
Celle-ci a la mérite d’être HYPER simple et de marcher sur les petites comme sur les GROOOOSSES émotions.
Ce truc tout simple m’a aidé sur… des angoisses, colères, déprimes, paniques, sentiments d’insécurité ou de rejet, compulsions… etc Ouaip ! Rien que ça !
Ce sont nos confrères des "Échos" qui révèlent cette incroyable information : les sociétés qui organisent l'Euro 2016 en France seront exonérées d'impôts. Une sorte de cadeau concédé par la France aux chantres du "foot business". Et tant pis si les contribuables français ont mis, eux, très généreusement la main à la poche pour accueillir la compétition.
ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA
Au pays merveilleux du foot business, on n'aime pas trop l'impôt. On se souvient par exemple comment la taxe à 75 % avait fait trembler — pauvres chéris — les clubs de Ligue 1 (en réalité seulement 14 des 20 clubs étaient concernés, principalement le PSG, allez savoir pourquoi). Maintenant, ce sont Les Échos qui viennent nous apporter une nouvelle preuve de la « fiscalophobie » ambiante dans le milieu : « Les sociétés organisatrices (de l’Euro 2016) seront exonérées de tout impôt, hors TVA ».
On savait déjà que la TVA serait réduite pour la vente de billets, mais là, ça va beaucoup plus loin. L'UEFA et ses filiales françaises ne verseront donc pas un euro d'impôt à l'Etat grâce à la création d'une « structure juridique ad hoc, baptisée "Euro 2016 SAS" et détenue à 95 % par l’UEFA et à 5 % par la Fédération française de football », nous dit le quotidien de l'économie ! Ou comment cette instance du foot européen a réussi à mettre la main sur tout : le beurre, l'argent du beurre, la crémerie, la crémière et ses descendants sur trois générations !
Car, à la limite, si cette fameuse SAS s’occupait de tout, peut-être y aurait-il moins à redire, mais elle ne fait qu’organiser l’événement. La construction des stades (Bordeaux, Lyon, Nice, Lille), c’est pour qui ? Bibi ! Et la remise aux normes des « vieilles » enceintes sportives (Marseille, Saint-Etienne, Toulouse, Lens, Paris) ? Bibi, toujours lui ! Sans compter le développement d'infrastructures permettant le transport des supporteurs jusque sur les sites sportifs. Au total, ce sont 2 milliards d’euros que la République va investir. Et l’UEFA ? 20 millions seulement...
Pour le site Hexagones.fr, cette « gabegie financière » sous couvert de PPP pourrait d'ailleurs coûter bien plus cher que prévu au contribuable. On peut par exemple se pencher sur le cas de Bordeaux. Déjà, dans le contrat de base, la municipalité dirigée par Alain Juppé s'est engagée à verser 4 millions d'euros annuelle à la société SBA pour l'exploitation et la maintenance du stade, et ce pour trente années... Alors bien sûr, la mairie va louer au Girondins de Bordeaux l'accès au stade pour 3,85 millions par an. Reste tout de même 150 000 euros annuels à sortir du porte-monnaie du contribuable. Et l'air de rien, ce cher Juppé vient d'annoncer des hausses d'impôts, sans faire mention aucune du nouveau stade. Et ce n'est là que l'exemple bordelais...
Quoi qu'il en soit, partout en France, après l'Euro 2016, on bénéficiera de 100 000 places de plus pour aller voir la Ligue 1 en famille le dimanche. Etaient-elles vraiment nécessaires ? La saison dernière, le taux moyen de remplissage des stades étaient de 72,2 %, la honte de l’Europe… Quant aux retombées économiques (évaluées à 900 millions d’euros), comme elles ne concernent quasiment que la vente de billets et les droits de retransmission (faut-il rappeler à qui appartient BeIn Sport ?), le pays peut s'assoir dessus !
Mais pourquoi tant de soumission envers l'UEFA ? En 2010, en présentant sa candidature, la France a juré qu’elle serait fiscalement clémente en cas d’élection. Et, à l’inverse des élections démocratiques, là, les promesses sont tenues ! On pouvait toujours sourire gentiment aux revendications populaires des Brésiliens, lors de la Coupe du monde, l'été dernier... Car maintenant, c'est notre tour de casser la tirelire pour que l’Allemagne vienne nous apprendre à jouer au foot. A domicile, en plus...