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Pour commenter le désastre (école)

Par Le 01/06/2016

S'il y a des parents d'enfants à l'école élémentaire, je mets ici une enquête menée par le seul syndicat ayant dès le début marqué son opposition à la réforme des rythmes scolaires. Les commentaires sont explicites...A vous de prendre la plume.

 

ECOLE

LA FIN ANNONCÉE DE LA SEMAINE DES 4,5 JOURS ?

  13 COMMENTAIRES

« Non ! On découvre aujourd’hui le bilan négatif des rythmes scolaires? »

Ces mêmes syndicats, ces mêmes associations qui défendaient la semaine de 4,5 jours, comme solution à tous les problèmes de l’école, comme une avancée pour le bien de tous les enfants crient aujourd’hui à l’hallali !

Le SNALC et son partenaire le SNE se retiennent de rire ! Devrions-nous leur rappeler après ces deux années que nous leur devons ce résultat accablant ?

Aucun problème de conscience pour le SNALC et le SNE qui dès la mise en place des rythmes scolaires ont alerté le ministère sur les conséquences évidentes de ce choix : fatigabilité des élèves, impact sur leur santé et sur leurs résultats scolaires, effets sur la vie associative, coût budgétaire sur les communes sans oublier bien évidemment les conséquences sur nos vies d’enseignants et nos vies de parents.

Aucun bilan, aucune enquête sérieuse n’ont été menés par le ministère. Au mieux de la poudre aux yeux via les médias pour faire croire au succès d’une réforme ratée. Aussi nous vous proposons de nous donner votre avis sur la question de façon anonyme ou non par le biais de ce très court questionnaire en ligne qui ne vous prendra que 20 secondes.

CLIQUEZ ICI POUR RÉPONDRE

13 RÉFLEXIONS SUR “ LA FIN ANNONCÉE DE LA SEMAINE DES 4,5 JOURS ? ”

  1. Comment́ des pseudo-spécialistes de l’éducation ont pu décider qu’il fallait ajouter une matinée et jeter les élèves en pâture au gré de chaque municipalité? Cette réforme des rythmes est un scandale, on a embauché Rufo pour la propagande, avec sa fille qui travaille à l’Élysée, tout va bien! Les élèves sont fatigués, beaucoup plus fragiles donc plus souvent malades. Certains explosent de nervosité et de surmenage. (Explosion des burn out d’enfants depuis deux ans, cherchez l’erreur). Sous mes yeux, après la classe et le mercredi au centre, les élèves deviennent des anti-citoyens. Quant aux fruits pédagogiques de cette merveille, on les cherche encore, quoiqu’en disent Mme le ministre et ses sbires. Il serait grand temps d’avoir le courage de revenir en arrière…mais trop d’impératifs économiques là-dedans, l’intérêt de l’enfant…c’est quoi déjà? C’est ce sur quoi on s’assoit-aussi-quand on modifie le calendrier scolaire pour envoyer les petits bobos au ski à Pâques.
    Les enfants ont besoin de la pause du mercredi et ils ont aussi besoin de voir leur parent divorcé/séparé le week-end. Laissons-les grandir, ils auront bien le temps de tenir des rythmes de fous…

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    1. Je suis d accord ma fille de 10 ans n a jamais ete aussi malade que cette annee de plus artisans commercant, nous n avons que le mercredi de conge donc plus de jours avec notre fille elle part tous les vendredi soir chez sa tante merci l education nationale

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    2. Mes élèves de petite section font beaucoup plus de collectivité qu’avant. Comme ils sont à la garderie à 16h30, pourquoi venir les chercher? Ils y sont, ils y restent. Avant la reforme la majorité des enfants rentraient chez eux à cette heure là.
      Certains sont saturés d’école et ils sont tous fatigués.
      En ce qui me concerne, depuis les nouveaux rythmes, je ne suis pas fatiguée mais épuisée.
      J’ai 37 ans de carrière et c’est la 1ére réforme qui impacte ma santé. Merci l’Education Nationale

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  2. Avec quelques collègues, nos classes ont été  » choisies » pour participer à une batterie de tests, très sérieux, sur l’impact des rythmes sur les résultats scolaires et sur le niveau de fatigue et d’énervement des enfants.
    A priori, ça n’est pas fameux! On nous assure que tout sera publié… Mais j’ai un sérieux doute là-dessus. On en reparlera dans quelques mois, ou pas!

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  3. Ces rythmes sont une vraie catastrophe.
    Élèves fatigués, énervés, incapables de se concentrer des le jeudi matin.
    D’avantage de bagarres dans la cour surtout le vendredi.
    Aucun progrès en ce qui concerne les apprentissages, on va plutôt moins vite !
    Pour moi, je suis épuisée et j’ai l’impression de ne plus avoir de temps ni d’énergie.

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  4. Fatigue incontestable de mes enfants (6 et 8 ans) qui sont dans un état de sur-excitation le soir comme je n’ai jamais vu. Les maîtresses ont toutes constatées dès le jeudi matin que les enfants étaient épuisés et qu’on ne pouvait rien en faire (je précise que les miens se couchent à 8h30 pour se lever à 7h15 (quand ils y arrivent) donc non, ce n’est pas la faute d’un coucher tardif, de la télé le soir ou de je ne sais quoi d’autre). En début d’année, la directrice et maîtresse de mon ce2 avait d’ores et déjà annoncé qu’il y aurait un retard dans le programme scolaire en fin d’année (comme ça au moins on est fixé), et le retard on le constate à l’heure actuelle bien sûr. Plus de sorties culturelles, la seule qui a été faite nous a ramené à l’école à 16h15 (ben oui, le matin c’est fait pour les apprentissages et l’après-midi, c’est trop court pour les sorties, voire même pour finir les leçons puisqu’ils sortent à 16h alors que l’heure officielle est 15h45, mais il faut bien terminer la leçon commencée). Un vrai bazar cette réforme qui ne sert qu’à épuiser les enfants, créer des fossés qui, à terme, seront irréparables et irrémédiables. Une réforme coûteuse faite par les riches, pour les riches. ABROGATION !!!

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  5. Pour nous : bilan déplorable!!! Cette matinée de plus et ces après midi raccourcis ont juste apporté plus de fatigue chez les enfants, plusmalade) de nervosité, moins de concentration, moins la possibilité de faire des activités extra scolaires qu’auparavant… (on a du effectivement supprimer les activités du mercredi après midi car ma fille était tout le temps fatiguée et tombait trop souvent malade)… Je suis assistante maternelle… J’accueille des enfants jusqu’à l’âge de 8 ans… Ils sont tous fatigués, certains s’endorment sur le trajet de l’école (1 km en voiture), d’autres sont intenables car sur les nerfs… Bref, du grand n’importe quoi!!

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  6. Maman de 2 enfants(maternelle et primaire) je ne peux que constater la fatigue de mes enfants. Les TAP sont pitoyables car aucun moyen financier et humain pour le donner sens. Ce qui aurait pu être enrichissant pour les enfants est devenu la foire au grand n’ importe quoi et à la violence. Retirez cette réforme pour que nous ,famille ,nous puissions nous retrouver!

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  7. Ma fille de 10ans en CM2 n’a jamais était autant fatigué par l’école depuis cette mise en place.De plus ils devaient faire des matières générales car plus réceptif le matin , résultats ils fond art visuels ou Dance.Moi qui travaille le mercredi j’ai toujours mis ma fille au centre aérée ou ils avaient le temps de faire des sorties cinéma ou piscine balade en forêt vélo alors que maintenant ils ne font rien jeux de sociétés ou activités plein air.

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  8. Les élèves sont épuisés! Certains s’endorment sur les bancs lors de la lecture d’albums!!! Les enseignants aussi sont fatigués et tirent sur la corde pour tenir le cap pendant 5 journées d’affilées sachant notamment qu’il en faut de l’énergie pour préparer, gérer et stimuler une classe … Les NAP se passent de façon catastrophique : c’est quasiment de la garderie ! Resultats ; des journées rallongées pour les enfants dont les parents travaillent, des enfants et enseignants épuisés , une inégalité de la qualité des NAP , des activités périscolaires qui du coup viennent se greffer le week-end au détriments de vies de famille déjà bien lésées … Jusqu’où irons-nous avant de dire stop???

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  9. Bilan de ces deux annees avec deux enfants un en moyenne section de maternelle l’autre en CM2 : pour les deux une fatigue en fin,de journee qui se traduit par un endormissement reel pour celui de maternelle au retour du domicile, pour les deux une irritabilite. Aucune amélioration dans les apprentissages. Concernant les activites periscolaires, la commune s’est retranchee derriere l’excuses du manque de financement pour ne rien proposer d’autre qu’un élargissement de l’accueil. Nos enfants passent donc plus de temps en cours de récréation ou devant une tele les jours de pluie au lieu d’optimiser leur temps scolaire.
    Les enseignants ont pu nous confier leur impossibilité de mener a bien leur mission a cause d’une mauvaise repartition du temps de travail qui entraine entre autre un manque de concentration des eleves.
    Non seulement inefficace cette reforme contraint les eleves, les enseignants, et les familles a plus de difficultés.

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  10. Je ne vois pas comment cette réforme peut être positive. Il a été dit que les élèves pourraient ainsi finir leur journée plus tôt, mais nous sommes en 2016 et en 2016, beaucoup de parents travaillent tous les 2, donc de toute manière ils restent en collectivité jusqu’à fin d’après-midi, avec d’autres enfants et donc un énervement supérieur.
    De plus, je pense que les instituteurs pourront acquiescer, on demande le même programme sur 4,5 jours. OK sur le papier on a le même temps, mais dans les faits, comme les journées sont plus courtes, les enfants ont à peine ne temps de commencer une leçon, qu’il faut déjà s’arrêter.
    Bref, on augmente le stresse, le « vite vite dépêche toi de finir, » dans une société où tout va déjà en accéléré !

    Arrêtez de faire créer des réformes par des gens de 70 ans qui n’ont pas d’enfants en bas âges, et arrêtons de comparer avec les années 1980/1990, la vie est différente !!!
    Oui nos enfants auront à travailler dur, à suivre des rythmes instances, alors si on pouvait juste les épargner 7 ans…

    J’ai une question pour le gouvernement qui ferme des classes et des écoles et qui oblige donc les enfants à faire beaucoup de trajet en bus (presque 1h de plus par jour pour certains entre le matin et le soir). Pourriez-vous demander à vos spécialistes de se pencher sur la question suivante : est-il plus fatiguant pour les enfants de finir 45 min plus tard sur 4 jours dans la semaine, OU aller 5 jours dans la semaine et faire 2 fois plus de route (donc se lever plus tôt et rentrer plus tard)?
    Je vous laisse méditer !

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Sans vergogne. (politique)

Par Le 01/06/2016

vergogne , nom féminin

Lorsque je vois le comportement des politiciens, je réalise à quel point ces gens sont dénués de toute vergogne.

Rien ne les arrête, aucun mensonge, aucune attitude, ils n'ont aucun état d'âme, aucune conscience morale, aucune empathie, aucune autre intention que leur propre pouvoir, l'assise de leur avidité, le prolongement de leurs privilèges, coûte que coûte.

Les marionnettes agitées de l'assemblée nationale ou du sénat, les ministres qui passent du portefeuille de l'agriculture à celui de la culture, de l'armée à l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports aux anciens combattants, du ministère des casseroles à celui des langues de belle-mère, sans aucune compétence, sans aucune connaissance réelle, sans aucun vécu.

Une ministre de l'éducation nationale qui n'a jamais enseigné, un ministre de l'agriculture qui ne connaît de la nature que le salon de la viande à Paris, un ministre de la guerre qui a pris le poste pour se croire plus fort que tous les autres dans la cour de récré, une ministre de la culture qui pense que Lamartine, c'est la petite fille des albums de son enfance...

 

Ils n'ont aucune vergogne.

Mais ils proclament que nous devrions avoir honte de participer à des mouvements de contestation.

Que savent-ils de la vie du Peuple ? 

Macron est-il un représentant de la réalité de nos vies ?

S'il est là, et tous les autres, également, c'est que la place est belle. 

Ayant étouffé toute vergogne depuis les années d'hypokhâgne, il se hisse sur le piédestal de son ego et se proclame empereur, il lance son cri de ralliement "en marche". (puis il murmure pour lui-même : "mais tous derrière moi")

Les fans le voient Président.

Tout le monde devrait lire ne serait-ce que la page wikipedia qui lui est consacrée...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Macron

   

Emmanuel Macron, né le  à Amiens, est un haut fonctionnaire, banquier d'affaires et homme politique français.

Énarque, inspecteur des finances, il a été banquier d'affaires chez Rothschild & Cie avant d'être nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de François Hollandede mai 2012 à juin 2014.

Depuis le , il est ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique dans le gouvernement Manuel Valls II. Après avoir été membre du Parti socialiste entre 2006 et 2009, il fonde en 2016 le mouvement politique « En marche ! ».

 

Il est de la sixième à la première élève du lycée La Providence, un établissement privé catholique d'Amiens fondé par la congrégation des jésuites17. Il poursuit ses études à Paris au lycée Henri-IV, où il obtient le bac S avec la mention très bien2. Il est également lauréat du concours général de français en 199418.

Admis en hypokhâgne et khâgne au lycée Henri-IV (classes préparatoires de lettres CPGE B/L - filière lettres et sciences sociales), il échoue au concours d’entrée à l’École normale supérieure19,20. Il obtient par la suite un DEA de philosophie à l'Université de Paris-X - Nanterre21. Diplômé à 24 ans de l'Institut d'études politiques de Paris (2001), il intègre l'ENA à Strasbourg de 2002 à 2004 dans la promotion Léopold Sédar Senghor où le classement final est annulé par le Conseil d'Etatà la suite d'un vice de forme22 (Emmanuel Macron fait partie des requérants ayant saisi le Conseil d'Etat)23, sans que cela n'ait d'influence sur l'affectation d'Emmanuel Macron à l'Inspection des finances24.

Plusieurs éléments de sa biographie ont fait l'objet d'incertitudes et de contradictions. Ainsi, il a prétendu avoir réalisé un mémoire sur l'intérêt général, en rapport avec la philosophie du droit de Hegel, sous la direction d'Étienne Balibar, mais ce dernier indique ne pas avoir de souvenir ni de trace de cet épisode25. De même, plusieurs articles biographiques indiquaient sa condition de normalien, qui s'est avérée inexistante26.

 


 

Il est bien connu que l'ambition politique ne peut s'accorder avec l'honnêteté, l'intégrité morale, l'altruisme.

 

Et pour que les choses soient bien claires et que mes propos ne soient pas perçus comme partisans, j'invite ensuite à aller lire la page wikipedia consacrée à Alain Juppé, futur Président de l'oligarchie française.

Rendez-vous en 2017, un nouveau spectacle sera présenté. Le théâtre de Guignols aura juste changé la couleur du rideau. 



 

La dépendance (spiritualité)

Par Le 31/05/2016

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SUR LA VOIE DE LA SAGESSE. - SIDDHARTHA·MARDI 31 MAI 2016

LA DÉPENDANCE

Croire que la dépendance est de l’amour, voilà un autre malentendu très courant auquel les psychothérapeutes sont confrontés quotidiennement.

L’un de ses effets les plus spectaculaires apparaît chez l’individu qui menace ou tente de se suicider, ou qui fait de la dépression à la suite du rejet ou de la séparation d’un amant ou d’un époux. Une telle personne dira : -Je ne peux pas vivre sans mon mari (ma femme, mon amie), je l’aime tellement ! Et je répond : – Vous faites erreur, vous ne l’aimez pas. – Mais, reprend-elle en colère, je viens de vous dire que je ne pouvais pas vivre sans lui (elle).

Alors j’essaie d’expliquer : – Ce que vous décrivez, c’est du parasitisme, pas de l’amour. Lorsqu’on a besoin d’un autre individu pour survivre, on parasite cet individu. Il n’y a pas de liberté dans votre relation. Il s’agit de besoin plutôt que d’amour. L’amour est un choix délibéré. Deux personnes ne s’aiment vraiment que lorsqu’elles sont capables de vivre l’une sans l’autre mais choisissent de vivre ensemble. Je définis la dépendance comme l’incapacité de se reconnaître comme un tout et de fonctionner correctement sans avoir la certitude qu’on est pris en charge par quelqu’un. La dépendance chez les adultes physiquement sains relève de la pathologie ; elle est malsaine et toujours la manifestation d’une déficience ou d’une maladie mentale. Il faut la distinguer de ce qu’on appelle communément les besoins ou sentiments de dépendance que nous avons tous, même si nous affirmons – à nous-mêmes et aux autres – le contraire.

Nous avons tous le désir que quelqu’un s’occupe de nous, de recevoir sans effort, d’être choyé par quelqu’un de plus fort que nous. Même si nous sommes des adultes responsables, en regardant au fond de nous-mêmes avec lucidité, nous trouverons toujours un désir d’être chouchoutés de temps en temps. Chacun de nous aimerait avoir et recherche dans sa vie une figure maternelle et une figure paternelle satisfaisante. Mais ces sentiments et ces désirs ne régissent pas notre vie, ils ne sont pas le thème prédominant de notre existence. Lorsqu’ils en deviennent le pilier, alors nous sommes vraiment dépendant. En fait, ceux dont la vie est régie et dictée par les besoins de dépendance souffrent d’un trouble psychique auquel nous pouvons donner le nom-diagnostic de »trouble de la personnalité passive-dépendante ». C’est probablement l’un des troubles les plus courants en psy. Amour Les passifs-dépendants, ceux qui en souffrent, dépensent tant d’énergie à se faire aimer qu’ils n’en ont plus pour aimer. Ils sont comme des affamés, grappillant de la nourriture partout ou ils le peuvent, sans rien avoir à offrir aux autres. C’est comme s’ils avaient en eux un vide, un puits sans fond hurlant pour qu’on le remplisse mais qui ne peut jamais l’être totalement.

LA DÉPENDANCE Les passifs-dépendants ne peuvent jamais être comblés ni éprouver la plénitude. Ils ont toujours le sentiment qu’il leur manque quelque chose. Ils tolèrent mal la solitude. À cause de leur sentiment de manque permanent, ils n’ont pas de véritable sens de l’identité, et ils ne se définissent que par leurs relations avec les autres. Une aptitude à changer si rapidement l’objet de son intérêt est caractéristique des individus passifs-dépendants. Peu importe de qui ils sont dépendants, du moment qu’ils ont quelqu’un. Peu importe leur identité, du moment qu’il y a quelqu’un pour leur en donner une. En conséquence, leurs relations avec les autres sont extrêmement superficielles, bien que spectaculaires par leur apparente intensité. À cause de la force de leur sentiment de vide intérieur et de leur désir de le combler, ils ne supportent aucun retard dans l’assouvissement de leur besoin des autres. Dans le diagnostic, le mot »passif » est associé ao mot »dépendant » parce que ces individus s’intéressent à ce que les autres peuvent faire pour eux, sans se soucier de ce qu’ils pourraient faire eux-mêmes. Un jour, en travaillant avec un groupe de cinq patients célibataires, tous des passifs-dépendants, je leur ai demandé de me raconter la situation dans laquelle ils voudraient se cinq ans plus tard. Chacun, à sa façon, répondit : – Je voudrais être marié avec quelqu’un qui m’aime vraiment.

Pas un seul ne parla d’avoir un travail épanouissant, de faire de la création artistique, de contribuer à la vie de la communauté, d’être dans une situation ou il ou elle pourrait aimer, ou même d’avoir des enfants. La notion d’effort n’apparaissait pas dans leurs aspirations ; ils n’envisageaient qu’un état passif, ou ils ne feraient que recevoir. Je leur dis, comme à beaucoup d’autres : – Si votre but dans la vie est de vous faire aimer, vous échouerez. La seule façon de s’assurer l’amour, c’est d’être digne d’amour, ce que vous ne pourrez pas être tant que votre seul but sera d’être aimé passivement. Cela ne veut pas dire que les passifs-dépendants ne font jamais rien pour les autres, mais plutôt que le motif de leurs actions est de forcer l’attachement des autres afin de s’assurer leur attention. Et ils ont du mal à agir sans réciprocité immédiate. Par de tels comportements, une relation entre passifs-dépendants est peut-être durable et sécurisant, mais on ne peut pas dire qu’il soit sain ni tenu par l’amour ; la sécurité est en effet obtenue au prix de la liberté et de relations qui ne servent qu’à retarder ou à empêcher l’évolution personnelle des deux personnes en relation. Il nous faut toujours dire et répéter aux couples qu’une bonne relation ne peut exister qu’entre deux personnes matures, fortes et indépendante. Ce que l'homme peut de moins en moins satisfaire aujourd'hui

S’accepter comme nous sommes. La dépendance passive prend sa source dans le manque d’amour. Le sentiment de vide intérieur dont souffrent les passifs-dépendants est la conséquence directe de l’incapacité manifestée par leurs parents à assouvir leurs besoins d’affection et d’attention pendant l’enfance. Nous l’avons vu, les enfants aimés et choyés avec constance entrent dans l’âge adulte avec le sentiment d’avoir de la valeur et d’être dignes d’amour. Cela leur vaudra d’être aimés tant qu’ils resterons honnêtes avec eux-mêmes. Tandis que les enfants qui grandissent dans une famille ou l’amour et l’attention sont rare ou totalement absents deviennent des adultes manquant de sécurité intérieure : ils ne sont pas sûrs d’eux, doutent de leur valeur, ils ont le sentiment de ne jamais avoir asses, que le monde est imprévisible et peu généreux. Rien d’étonnant à ce qu’ils se précipitent pour grappiller un peu d’amour et d’attention partout ou ils peuvent en trouver.

Ils s’y accrochent alors avec désespoir et manifestent un comportement peu affectueux, manipulateur, machiavélique, détruisant le lien qu’ils cherchaient à préserver. Nous avons également indiqué que l’amour et la discipline vont de pair. Cela implique que des parents non affectueux et non attentionnés manques de discipline et, lorsqu’ils ne réussissent pas à donner à leurs enfants le sentiment d’être aimés, ils échouent par là même à leur apprendre la discipline.

La dépendance excessive dont souffrent les passifs-dépendants n’est donc qu’une des principales manifestations de leur trouble de la personnalité ; ils manquent aussi de discipline. Ils ne veulent pas ou ne peuvent pas retarder l’assouvissement de leur soif d’attention. Dans leur recherche désespérée de liens à créer et à conserver, l’honnêteté ne compte plus.

Ils s’accrochent à des relations moribondes au lieu d’y mettre fin. Et le plus grave, c’est qu’ils n’ont aucun sens des responsabilités. Passivement, ils voient les autres – souvent leurs propres enfants – comme étant leur seule source de bonheur et d’épanouissement, les considérant comme responsable de leur vide intérieur. En conséquence, ils sont perpétuellement en colère, en réaction se sentant abandonnés par les autres, qui ne peuvent jamais combler réellement leurs désirs ou les rendre heureux. Un de mes collègues dit souvent :

– Écoute, devenir dépendant de quelqu’un est le pire mal que tu puisses te faire. Tu serais même mieux si tu étais dépendant de l’héroïne car, tant que tu pourrais t’en procurer, elle ne te laisserait jamais tomber et pourrait te rendre heureux. Mais si tu attends le bonheur de quelqu’un d’autre, alors tu seras toujours déçu. D’ailleurs, ce n’est certainement pas un hasard si le plus courant des problèmes qu’ont les passifs-dépendants – outre leurs relations avec les autres – est la dépendance vis-à-vis de l’alcool ou de la drogue. Ils ont une mentalité de »drogués ». Ils sont dépendants des autres dont ils pompent la substance, et quand ceux-ci ne sont pas (ou plus) disposés à se laisser pomper, ils se tournent vers la bouteille, la seringue ou la pilules.

En résumé, la dépendance peut apparaître comme de l’amour parce que c’est une force qui oblige des gens à s’attacher farouchement l’un à l’autre. Mais, en fait, c’est une forme d’anti-amour qui prend sa source dans le manque d’amour parental et perpétue celui-ci. Il incite à recevoir plutôt qu’à donner. Il nourrit l’infantilisme plutôt que l’évolution. Il oeuvre pour piéger es restreindre plutôt que pour libérer. Et enfin, il détruit, plutôt qu’il ne construit, des relations aussi bien que des êtres humains.

Scott Peck

https://coachesf.com/la-dependance/

Etre en amour. (spiritualité/sexualité)

Par Le 31/05/2016

86 amore 2

 

L’union sexuelle ne peut pas se limiter à une répétition mécanique et appliquée des enseignements, des expériences communes, des apprentissages achevés.

Il ne s’agirait sinon que d’une machinerie organique.

Et aussi performante soit-elle, elle ne peut soutenir l’extension de l’amour.

 

Le Kâma-Sûtra est une gymnastique s’il n’est que postures.

Le Tantra n’est qu’une philosophie exotique quand il n’est que récitations.

Le Tao n’est qu’une excroissance intellectuelle quand il n’est qu’adoration des enseignements.

 

Hors de l’amour, rien de bon ne peut advenir.

Il s’agira immanquablement d’une course poursuite à travers le temps, une alternance de leçons apprises et d’objectifs à atteindre.

Du passé au futur en croyant jouir du présent.

 

Il est faux de se croire aimant sous l’emprise du temps.

 

Celui ou celle qui fait l’amour n’est pas dans l’amour.

C’est là que l’observation en soi devient indispensable.

 

Faire :

-Faire la vaisselle.

-Faire les courses

-Faire le ménage

-Faire la gueule

-Faire la guerre 

-Faire l’amour

 

Être :

-Être en retard

-Être en avance

-Être en colère

-Être en joie

-Être en vie

-Être en amour

 

Il s’agit à mes yeux d’être et non seulement de faire. L’usage de l’auxiliaire est à mon coeur incontournable au regard de l’importance considérable de l’engagement nécessaire.

 

Si je « fais l’amour », je construis mes actes sur les expériences connues, sur les anciennes émotions, sur les jouissances passées ou les déceptions enkystées, sur les fantasmes et les illusions temporelles, sur le rejet de telle sensation ou le désir de telle autre.

Et je ne suis finalement pas dans l’amour puisque j’impose à l’instant le chaos de ma mémoire, le réseau infini de mes pensées, de mes attentes, de mes espoirs, de mes craintes, de mes peurs, de mes rejets, de mes volontés, de mes intentions.

 

Qui est là lorsque je « fais l’amour » ? Un être présent ou une machinerie à faire ?

Est-il respectueux d’insérer dans l’amour des schémas anciens ?

Est-ce que les parfums évaporés rendent la fleur nostalgique ? Est-ce que le printemps à venir rend les arbres impatients ?

 

Être dans l’amour. Comment y parvenir ?

Se présenter, l’âme nue, vierge de tout et pourtant nourri des expériences.

Aimer l’autre sans rien projeter de connu et savoir pourtant ce qui le réjouit.

 

Il existe par conséquent une hiérarchie, un canal de lumière, comme un cône infini qui descend des Cieux. L’Amour est le soleil à son zénith et les rayons lumineux qui ruissellent sont des nourritures à saisir pour l’éveil des corps.

Le cheminement inverse est impossible.

Il se peut que les âmes soient dans l’amour pendant que les corps s’étreignent mais des corps qui s’unissent sans que les âmes ne soient conviées sont des machines qui frémissent. Nullement des âmes qui jouissent.

 

On peut faire brûler des bougies, réciter des mantras, masser les corps avec des huiles parfumées, danser nus sous les étoiles, expérimenter de nouvelles postures, s’unir sur le sable chaud ou dans les herbes hautes et être malgré tout en dehors de l’amour.

 

Il est de ces textes littéraires qui vous font pleurer tant ils vous envahissent. Vous les connaissez pourtant jusqu’au plus profond des fibres, on pourrait penser qu’ils en perdront un jour leur puissance. Et pourtant, il suffit d’en dire la première phrase pour que l’émotion vous étreigne.

Il est de ces musiques qui vous retournent le cœur et c’est comme s’il se vidait à l’intérieur, un nectar solaire qui vous embrase et vous offre des ailes d’ange.

Il est de ces paysages qui vous obligent à vous asseoir tant vos jambes y perdent leurs forces, tant les bourrasques qui vous bousculent effacent toute idée d’équilibre.

Il est de ces regards qui plongent en vous comme des révélateurs, des alchimies qui éclairent les noirceurs, comme des fibres tissées qui s’unissent et s’emmêlent.

 

J’ai pleuré ainsi de bonheur des milliers de fois. Quelques larmes ou des marées entières, une intensité de soleil levant, comme au premier jour du monde.

Le temps qui passe n’y fait rien. Tout est là, comme une naissance qui revient.

Et rien pourtant n’est jamais identique.

 

Être devant le corps de la femme que j’aime et me réjouir, accueillir l’offrande comme un trésor inconnu, comme une poésie éternelle, une mélodie divine, un horizon sans frontières.

Ne jamais croire que la cartographie d’un corps est achevée. C’est l’intensité aimant du regard qu’on y pose qui en dessinera l’éternelle beauté, la virginité à redécouvrir, par-delà le temps et les voiles fluctuants des pensées. Le corps qui a été n’existe plus et le corps à venir n’existe pas. Il n’est que celui qui est là et que j’aime.

Ne jamais croire que le plaisir éprouvé peut se retrouver. Celui-là n’existe plus, il est d’un autre temps et l’amour éternel se vit dans l’instant. La mémoire l’encombrerait tant qu’il se retirerait devant l’outrage. Le plaisir s’invente et se vit à chaque étreinte, à chaque regard, caresse et mot tendre, à chaque parole, chaque effleurement, chaque baiser et chaque pensée. Chercher à reproduire un plaisir ancien condamnerait l’amour à l’entrave.

 

Être dans l’amour des âmes, hors du temps.

Apprendre à ne plus faire l’amour, se libérer des schémas répétés, s’engager dans l’espace sans aucune balise, pénétrer l’âme aimée par les battants ouverts de ses yeux, glisser en elle avant même de toucher sa peau.

Tout est là, fulgurant, flamboyant, spontané.

Rien d’ancien n’existe et rien de nouveau n’est à créer. Il s’agit uniquement d’être là, impliqué, vierge de tout et maître de sa conscience, agir dans le non agir, sans aucune intention et nourri de toutes les attentions.

 

Je suis en amour comme je suis en vie.

Et parce que je suis en amour, je pourrai appliquer dans un deuxième temps ce que j’ai appris.

Le cheminement inverse est une limitation programmée.

Les rayons du Soleil ne remontent pas vers la source.

Le plaisir ne nourrira jamais l’Amour. Seul l’inverse est possible.

 

C’est la vibration des âmes qui emplit les individus, c’est la pénétration des âmes qui comble les êtres, la jouissance de la vie qui rayonne, le courant de la Création qui enflamme, le brasier de la sève qui inonde.

Être en amour pour que les âmes réjouissent les corps.

 

Nous y sommes. (école)

Par Le 28/05/2016

L'impuissance apprise. Il ne s'agit pas que d'un problème d'ordre scolaire mais bien également à l'échelle de toute une vie puisque le conditionnement carcéral perdure.

Survient parfois la révolte. Nous y sommes. 


JUSQU'AU BOUT

EXTRAIT

"Dans la soirée, il se plongea dans la lecture. Il était consterné de voir le retard général que l’école avait accumulé dans ses méthodes alors que depuis 1920, une femme avait découvert qu’il était tout à fait possible de travailler différemment. Pour les auteurs de ces ouvrages, notre système scolaire était le plus efficace pourvoyeur de cas « d’impuissance apprise. »

L’expérience du brochet l’effraya au plus haut point : Un chercheur avait plongé un brochet dans un aquarium divisé en deux parties par une vitre invisible pour le prédateur. De l’autre côté de la vitre, il avait placé un petit poisson. Lorsque le prédateur eut faim, il se précipita sur la petite proie et se heurta violemment à l’obstacle. Il revint à la charge et s’assomma de nouveau. Toutes ses tentatives s’avérèrent évidemment infructueuses. Il finit par abandonner et resta prostré, piteusement, dans son coin. Lorsque le chercheur retira la vitre, le brochet ne fit aucun essai pour manger le petit poisson. Il avait appris l’impuissance.

Le chercheur, après d’autres expériences du même type, avait défini exactement ce que ces termes impliquaient chez l’enfant. Lorsqu’il subissait plusieurs échecs consécutifs dans une matière ou dans plusieurs, l’enfant finissait par ne plus manifester le moindre désir de maîtriser la situation, il devenait incapable d’établir un lien entre ses actions et ses résultats et il pouvait même tomber dans un état dépressif. L’écrivain insistait sur l’extrême gravité de cette situation. Par l’intermédiaire de ce conditionnement, vécu pendant des années, répété de façon identique par des enseignants stéréotypés, tous persuadés de détenir la bonne méthode, assimilant les uns après les autres les conclusions de leurs prédécesseurs, l’enfant finissait par penser qu’il était non seulement nul en mathématiques ou en français, mais qu’il n’avait même aucune aptitude en rien. Il enfilait alors le costume de cancre, ce costume que le système scolaire n’avait cessé de lui imposer. L’écrivain finissait en condamnant les pédagogies coercitives qui établissaient leur fonctionnement sur la comparaison entre élèves. « Un tel a le niveau que j’espérais, un tel ne l’a pas, un tel a réussi mes évaluations, un tel les a ratées. » Et les enseignants se réjouissaient de « leurs » réussites avec certains élèves et se plaignaient du manque de travail et de volonté des autres. Et ils condamnaient, sans aucune arrière-pensée, sans le moindre doute, ceux qu’ils avaient eux-mêmes détruit, à petit feu, justifiant toujours, avec une fierté évidente, la qualité de leurs enseignements devant les excellents résultats des élèves les plus malléables, ou les plus soumis."

Nathalie.

Par Le 21/05/2016

Le diamant de ma vie dans l'écrin des montagnes.

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Les âmes enlacées

 

Corps à corps, cœur à cœur, les âmes enlacées, ils connaissaient parfaitement le protocole, des mois de pratique, des heures à en parler.

 

Nus, sous les draps, les mains posées sur les peaux huilées, la douceur du patchouli embaumait le cocon de leurs corps accolés.

 

Il aimait poser une main sur le creux de sa colonne, juste à l’orée des collines, il y devinait un bassin aux eaux claires, un petit lac de montagne nourri par des ruissellements de neige… Il sentait vibrer dans cette cavité des énergies cristallines. Parfois, le flux libéré cascadait entre les deux versants, dans l’ombre d’une faille… Aimanté par la Source intérieure…

 

L’autre main naviguait quelques instants sur les reliefs. Des effleurements délicats mêlés de pressions ou de rotations, dans cette dimension du don, cette réjouissance infinie du bonheur partagé.

 

Elle aimait poser sa tête sur sa poitrine, sentir la douceur de sa peau, le moelleux de sa musculature, rien de trop dur, rien de trop mou, un coussinet qui l’apaisait et l’invitait aux pensées suspendues.

 

Les mains se laissaient entraîner par des désirs silencieux. Les lèvres qui se touchent, les souffles qui se mélangent, effleurements délicats comme une reconnaissance cellulaire.

Accolés, corps à corps, cœur à cœur, nus, les âmes enlacées.

Respiration abdominale synchronisée.

Elle inspirait profondément et gonflait son ventre. Il expirait profondément et vidait le sien. Un mouvement parfaitement orchestré. Ventre plein, ventre vide, ventre plein, ventre vide, l’un poussant l’autre, peau contre peau, l’autre repoussant l’un, dans une symbiose attentive, un accompagnement bienveillant, un regard tourné vers l’intérieur et l’intérieur tourné vers l’autre, une alternance hypnotique, une contemplation bienheureuse, juste cet émerveillement envers la vie qui coulait en eux dans la danse du souffle…

 

Longue expiration et la sensation profonde du ventre aimé qui entre en soi, comme une présence qui s'installe, un visiteur ébloui, un sourire qui s'épanouit, un corps qui se réjouit. 

Ils sentaient battre les cœurs dans un tempo unifié et le rythme apaisé effaçait en eux toutes les pensées intrusives. Comme une bulle translucide qui les enveloppait. Deux chrysalides reliées par des étincelles vivaces, un placenta englobant leurs entités fusionnées.

Ils devinaient au bout de leurs doigts des particules agitées, comme des flux euphoriques, les retrouvailles joyeuses des âmes dévoilées, sans identité, sans intention inavouée, juste cette plongée dans la Source de vie.

 

Longue descente intérieure… Une exploration commune nourrie par la plénitude de leurs âmes dénudées.

 

Il sentit dans la profondeur de la respiration de sa compagne l’orée d’un sommeil qui s’installe, comme l’ombre des montagnes qui avancent sur la Terre lorsque le Soleil bascule de l’autre côté, un drap de soie qui se pose sur les reliefs et l’agitation de la vie qui se calme, un abandon délicieux et confiant, le sourire intérieur du bébé contre les seins de sa mère, le bien-être et la pesanteur du corps qui se délie, s’ouvre au sommeil et à la paix, une citadelle métamorphosée, une terre d’accueil.

La Vie en Soi dans le calice lumineux de leurs énergies combinées, les arabesques pétillantes des flux mélangés.

Les cœurs nus de leur corps enlacés, les âmes aimantées.

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L'enfant et "les troubles modernes" (spiritualité)

Par Le 20/05/2016

http://www.huffingtonpost.fr/tracy-gillett/education-enfants-extra-scolaire_b_9658158.html

 

Quand il était petit, mon père avait un pull-over pour tout l'hiver. Vous avez bien lu, un seul.

S'il s'usait au niveau des coudes, ma grand-mère le reprisait. Si mon père le perdait, il revenait sur ses pas jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvé. Il se souvient encore à quel point il en prenait soin.

Il avait tout ce dont il avait besoin, mais pas grand-chose de plus. La seule règle à suivre était d'être rentré à l'heure pour le dîner. Il était rare que ma grand-mère sache exactement où se trouvaient ses enfants.

Ils partaient bâtir des forteresses, fabriquaient des arcs et des flèches. Ils collectionnaient les bleus et les genoux écorchés, et ils passaient des moments extraordinaires, plongés dans le monde de l'enfance.

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Depuis, le monde a beaucoup évolué. Nous avons gagné en raffinement, et nous sommes entrés dans une période inédite: au lieu de s'user à la tâche pour donner à leurs enfants ce dont ils ont besoin, les parents sont désormais incapables de ne pas les gâter. Ce faisant, nous créons sans le vouloir un environnement propice aux troubles psychiques.

Quand j'ai lu le livre Simplicity Parenting de Kim John Payne, un passage m'a vraiment marquée. Le stress lié au "trop-plein", associé aux particularités de la personnalité de chacun, peut générer des troubles psychiques chez l'enfant. Un enfant un peu maniaque peut devenir obsessionnel; un rêveur, perdre ses facultés de concentration.

M. Payne a mené une étude consistant à simplifier la vie d'enfants souffrant d'un trouble du déficit de l'attention. En seulement quatre mois, ces symptômes disparaissaient chez 68% des jeunes sujets. Les aptitudes scolaires et cognitives de ces enfants augmentaient aussi de 37%, ce que l'on ne constate pas avec les médicaments généralement prescrits comme la Ritaline.

En tant que jeune mère, je trouve cela à la fois encourageant et terrifiant. C'est officiel: nous avons la possibilité et la responsabilité immenses d'offrir à nos enfants un environnement où ils pourront s'épanouir physiquement, affectivement et mentalement.

Alors quelles sont nos erreurs, et comment y remédier?

Le poids du trop-plein

Au début de sa carrière, Kim John Payne a été bénévole dans des camps de réfugiés où les enfants souffraient de stress post-traumatique. Il les décrit comme "nerveux, prompts à sursauter et hypervigilants, se méfiant de tout ce qui est nouveau ou inhabituel."

Des années plus tard, quand il travaillait en libéral en Angleterre, il a reconnu chez de nombreux enfants issus de familles aisées les mêmes tendances comportementales que chez ceux qui vivaient en zone de guerre. Pourquoi ces enfants, qui vivaient dans une parfaite sécurité, présentaient-ils des troubles similaires?

Les enfants d'aujourd'hui sont exposés à des informations en flux continu, qu'ils sont incapables de gérer ou de rationnaliser.

Même si leur intégrité physique était assurée, ils évoluaient mentalement dans une sorte de zone de guerre, explique-t-il.

"Conscients des peurs, des désirs, des ambitions et de la vie effrénée de leurs parents, les enfants s'efforçaient de se bâtir leur territoire, leur espace protégé, par le biais de comportements qui, au final, ne leur étaient pas bénéfiques."

Atteints de "stress cumulatif" en raison de ce trop-plein, les enfants créent leurs propres stratégies d'ajustement afin de se donner un sentiment de sécurité. Les parents, comme la société, sont conscients de la nécessité de protéger physiquement leurs enfants, mais ont du mal à savoir comment préserver leur santé mentale.

Les enfants d'aujourd'hui sont exposés à des informations en flux continu, qu'ils sont incapables de gérer ou de rationnaliser. Placés dans des rôles d'adultes et soumis à des attentes plus importantes, ils grandissent de plus en plus vite. Ils s'attachent donc aux aspects de leur vie qu'ils sont en mesure de contrôler.

Les quatre grands piliers de l'excès

Tout naturellement, en tant que parents, nous voulons offrir à nos enfants le meilleur pour bien démarrer dans la vie. Nous considérons que si un peu, c'est bien, alors plus, c'est forcément mieux. Ce qui n'est pas nécessairement le cas.

Nous les inscrivons donc à une multitude d'activités, remplissons leurs chambres de livres, d'appareils et de jouets éducatifs, du sol au plafond (un enfant occidental possède en moyenne plus de 150 jouets!). Devant une telle quantité de choses, les enfants sont aveuglés et submergés par la variété des choix.

Ils jouent de manière superficielle au lieu de se plonger dans leurs activités et de se perdre dans leur imagination débordante.

Simplicity Parenting vous encourage à acquérir moins de jouets afin que les enfants se consacrent pleinement à ceux qu'ils ont déjà. Payne définit ainsi les quatre grands piliers de l'excès: trop d'affaires, trop de choix, trop d'informations et trop de rapidité.

Quand ils se sentent submergés, ils perdent les précieux moments de loisir dont ils ont besoin pour explorer, réfléchir et évacuer la tension. Un excès de choix compromet le bonheur, car il réduit les moments d'ennui qui stimulent la créativité et l'apprentissage autonome.

Protéger l'enfance

Un peu comme dans l'anecdote de la grenouille qui se laisse ébouillanter quand on augmente graduellement la température de l'eau, la société a lentement sapé le charme merveilleux et unique de l'enfance, qu'elle a redéfinie de sorte que leurs cerveaux immatures s'épuisent à tenir le rythme. On parle souvent, à ce propos, de "guerre contre l'enfance".

David Elkins, psychologue du développement, rapporte que les enfants ont perdu plus de douze heures de temps libre par semaine ces vingt dernières années, ce qui ne leur laisse que très peu de temps pour jouer sans contraintes. Même les écoles maternelles sont à présent plus tournées vers les activités intellectuelles, et nombre d'écoles ont supprimé les récréations afin qu'ils aient davantage de temps pour apprendre.

Des études ont démontré que le temps consacré dans l'enfance aux sports organisés provoquait une baisse significative de la créativité chez les jeunes adultes, alors que les sports plus libres étaient clairement associés à une plus grande créativité. Ce ne sont pas les sports organisés en eux-mêmes qui détruisent la créativité, mais le manque de loisirs. Deux heures par semaine de jeu sans cadre prédéfini suffisent à stimuler la créativité des enfants au-delà de la moyenne.

Aux parents de prendre les choses en main

Alors comment les parents peuvent-ils protéger leurs enfants de ces nouvelles "normes" sociétales?

C'est très simple: en disant non, pour leur laisser le temps d'être des enfants. Non, Sam ne pourra pas venir à la fête d'anniversaire samedi. Non, Sophie ne sera pas à l'entraînement de foot cette semaine.

En recréant des pauses régulières, en apportant du calme et du réconfort dans leurs mondes chaotiques. Ces soupapes, sur lesquelles ils savent pouvoir compter et qui leur permettent de récupérer et de grandir, soulageront leur tension nerveuse, ce qui est vital pour le développement.

Faisons le tri des occupations inutiles, et simplifions leurs vies. Ne parlons pas du réchauffement climatique à table avec un enfant de sept ans. Regardons les informations une fois que les enfants sont couchés. Vidons la chambre de notre tout-petit de son excès de jeux et de jouets pendant qu'il dort. Récréons et honorons l'enfance.

Nos enfants ont toute la vie devant eux pour être des adultes et faire face à la complexité de la vie, mais ils n'ont qu'une période très courte et fugitive pour être des gosses - des gosses qui aiment faire les idiots et s'amuser.

L'enfance a un rôle essentiel. Ce n'est pas "qu'une phase à traverser". Elle est là pour protéger et permettre aux jeunes esprits de se développer afin d'en faire des adultes heureux et en bonne santé. Quand la société s'en prend à l'enfance, les jeunes cerveaux réagissent. En leur offrant un équilibre et en prenant l'initiative, nous faisons à nos enfants le plus beau des cadeaux.

Cet article, publié à l'origine sur raisedgood.com et repris sur le Huffington Post canadien, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast for Word. Vous pouvez aussi retrouver Tracy sur Facebook et Instagram.

Collaborateurs ou réfractaires ? (humanisme et nature)

Par Le 19/05/2016

 

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IL VA BIEN FALLOIR QUE CHAQUE HUMAIN SE POSITIONNE... Il n'est plus question de dire aujourd'hui :" Ah, mince, je ne savais pas..."

Alors : collaborateurs ou réfractaires ?

Il y a des mots dont l'usage relève de la salubrité morale.  


Les révélations, pour le journal Libération, d'un technicien supérieur ayant travaillé 12 ans dans les abattoirs sont effroyables.

Voici deux extraits:

"Dans tous les abattoirs que j’ai connus, presque systématiquement, les animaux reprennent conscience avant d’être saignés car trop de temps s’est écoulé depuis le choc électrique. L’électronarcose, ce procédé franchement archaïque, provoque ainsi une souffrance supplémentaire et inutile à l’animal avant d’être tué…"

"Même si les métiers dans un abattoir restent durs, depuis vingt ans les conditions de travail se sont beaucoup améliorées, les étapes se sont mécanisées, les salariés sont davantage protégés, moins mis à l’épreuve. En revanche, rien n’a bougé pour les animaux. Rien n’est pensé pour leur éviter de souffrir. Mais ni les éleveurs ni les consommateurs ne veulent voir l’horreur, et au final, nous sommes tous complices de cette barbarie."


Lisez et partagez ce dossier complet avec : 


- un éditorial qui spécifie que les vidéos d'abattoirs diffusées ces derniers mois ne sont en rien des exceptions
- un dossier très fourni de 5 pages sur les techniques d'abattage étape par étape, les fameux supposés contrôles, la position/posture du Ministère de l'Agriculture et la présentation de L214.

Retrouvez le tout ici :
-L'éditorial : 

http://www.liberation.fr/france/2016/05/16/illegal_1453031
- L'interview du témoin ex-inspecteur vétérinaire : 
http://www.liberation.fr/…/l-objectif-n-est-pas-d-eviter-de…
- Problématique du contrôle de l'abattage : 
http://www.liberation.fr/…/controle-de-l-abattage-pourquoi-…
- Position du Ministère : 
http://www.liberation.fr/…/stephane-le-foll-au-rapport_1453…
- L214 et ses enquêtes : 
http://www.liberation.fr/…/l214-l-association-qui-a-revele-…

Bravo aux journalistes, au témoin ex-inspecteur des services vétérinaires et à L214 Ethique et Animaux bien sûr !

Pouvons-nous continuer à manger les animaux ?

 

De l'élevage à l'abattage, en passant par le transport, l’existence infernale des animaux destinés à la consommation n'a aujourd'hui plus de secret pour personne. Alors pourquoi, alors que nous savons, fermons-nous les yeux sur leur souffrance et continuons-nous à nous délecter de leur chair ?

Isabelle Taubes

 

Sommaire

 



 

Dans ses Confessions d’une mangeuse de viande, Marcela Iacub, juriste spécialiste des questions de bioéthique, avoue que, longtemps, elle a été carnivore. Jusqu’au jour où elle a entendu bêler les côtelettes… « Une bête crie dans notre assiette et, pour qu’elle y arrive, il a fallu lui ôter la vie. Par le fait même de mettre ce morceau de viande dans votre bouche, vous participez à ce meurtre. » L’Américain Jonathan Safran Foer, auteur de Faut-il manger les animaux ?, le livre événement qui a relancé le débat sur les horreurs de l’industrie agroalimentaire, est lui aussi devenu végétarien, tout en plaidant pour un élevage responsable, soucieux du bien-être des animaux et de l’environnement.

 

A DÉCOUVRIR

 

À lire

 

Confessions d'une mangeuse de viande de Marcela Iacub (Fayard, 2011).

Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer (Éditions de l’Olivier, 2011).

Dictionnaire horrifié de la souffrance animale d’Alexandrine Civard-Racinais (Fayard, 2010).

Actuellement, la réalité est terrifiante : poussins hachés menu, poulets ébouillantés vivants, porcs mutilés, poissons d’élevage dévorés vivants par les poux de mer… Tous sont malades, gavés d’antibiotiques nocifs pour notre propre santé. Dans un souci de rentabilité, les éleveurs créent des races dégénérées, plus sensibles au stress – donc qui souffrent plus. Aux États-Unis, 99 % des bêtes vivent de leur premier à leur dernier jour un véritable enfer, confinées dans des espaces exigus, irrespirables, traitées et abattues d’une manière parfois ouvertement sadique. Les éleveurs qui aiment leurs bêtes finissent quand même, presque toujours, par les conduire dans des abattoirs, où leur bien-être n’est pas respecté. Faute de structure plus humaine.

Sommes-nous mieux lotis ? Pas vraiment, à lire leDictionnaire horrifié de la souffrance animale de la journaliste Alexandrine Civard-Racinais. Selon un rapport de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de 2009, 97 % des carcasses de gros bovins présentent des meurtrissures provoquées par des bâtons, preuves qu’ils ont été frappés avant d’être tués. Conclusion de l’auteure : « Dans l’élevage et l’abattage industriels, en dépit de quelques avancées, impossible d’assurer le bien-être des animaux. » Dans ce domaine, indiscutablement, nous sommes inhumains.

Nous sommes aveugles

 

Comment pouvons-nous continuer à manger de la viande sans en être horrifiés ? Parce que nous sommes carnivores ? En fait, en dépit de ce goût de la chair qui nous rapproche des fauves, être mangeur de viande n’est pas si simple, psychiquement parlant. Nous devons nous aveugler. Déjà, le mot « viande » nous sert à refouler – à oublier, à ne pas voir – que c’est un être vivant, un gentil petit lapin ou un cochon rose que nous dévorons. Ensuite, le mécanisme psychique du clivage nous permet d’opérer une coupure radicale entre le veau abstrait, chair rosâtre posée sur l’étal du boucher, et l’image du veau concret, mignon petit être sensible.

Cliver, séparer le « veau viande » du petit veau de la ferme, être vivant, est d’autant plus facile que ces animaux que nous mangeons demeurent invisibles et anonymes. Nous ne voyons ni le couteau ni le sang, nous n’entendons pas les cris de terreur et de douleur. Selon Marcela Iacub, le but premier des abattoirs est d’ailleurs « de rendre opaques les supplices que l’on inflige aux animaux, d’empêcher de comprendre ce que signifie pour un animal ne pas vouloir mourir […] ».

Nous sommes coupables

 

Pour nous donner bonne conscience, nous nous racontons des histoires : « Si la viande est si tendre, c’est que la bête n’a pas souffert. » Pour être acceptable, la mort de l’animal doit nous apparaître comme « nécessaire » à notre survie, à notre santé : « Manger de la viande rend fort, si vous n’en mangez pas, vous allez tomber malades », nous dit-on. Alors que l’élevage et l’abattage industriels sont justement incapables d’assurer une certaine hygiène à la viande que nous consommons…

Nous tentons de nous rassurer en nous disant que, après tout, la nature est cruelle. Seulement voilà, « les fauves ne font pas naître et n’élèvent pas les proies dont ils se nourrissent », rappelle Marcela Iacub. Selon elle, nous développons ces mécanismes de défense car, au fond de nous, nous savons que tuer et manger les animaux est mal. Nous savons que nous commettons un acte immoral.

Nous sommes responsables

 

En dépit de la culpabilité ou de la méfiance grandissante envers les nourritures carnées, il est souvent difficile de ne pas saliver quand le doux fumet de la côtelette parvient à nos narines. C’est que le goût de la viande n’est pas seulement lié à notre nature de carnivores. Il fait partie de nos histoires, des traditions culturelles dont nous sommes issus, il s’ancre dans nos souvenirs d’enfance – ah ! le poulet de grand-mère, l’oie rôtie des Noël d’autrefois… Y renoncer n’a rien de facile pour la plupart d’entre nous.

En fait, pour y parvenir, nous devons entendre couiner le jambon, bêler les côtelettes, mugir le faux-filet. À ce moment, ce n’est plus de la viande dans l’assiette, mais un agneau, un être vivant, sensible. Alors, devons-nous tous devenir végétariens ? Disons que chacun devrait être conscient des souffrances, des mauvais traitements subis par les animaux destinés à la consommation. Et que chacun devrait pouvoir choisir en toute connaissance de cause. Car, comme l’écrit Jonathan Safran Foer : « Nos choix de tous les jours façonnent le monde. »

 


 

L'homme qui fertilise les déserts (nature)

Par Le 18/05/2016

ARTICLE

Philippe Ouaki Di Giorno

L'homme qui fertilise les déserts

par Patrice van Eersel

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http://www.cles.com/debats-entretiens/article/l-homme-qui-fertilise-les-deserts

Elles font rêver, les fabuleuses visions et découvertes de l'horticulteur Philippe Ouaki Di Giorno, qui a “compris le monde végétal depuis l'intérieur” et pourrait littéralement faire reverdir les déserts. Mais il refuse de céder ses extraordinaires inventions à la seule logique du profit. Rencontre avec un visionnaire concret.

On sait qu'“ avoir la main verte ” correspond à une réalité. Certaines personnes sentent le végétal avec suffisamment de finesse pour entrer en contact avec la vie des plantes et, pourrait-on dire, avec la logique chlorophyllienne elle-même. Chez Philippe Ouaki Di Giorno, cette affinité a atteint un stade tel qu'il a non seulement la main verte, mais tout le corps, et sans doute l'esprit, et peut-être même l'âme ! Cet homme comprend les processus végétaux “de l'intérieur” et, du coup, il réussit à modeler cet état de la matière comme un magicien. Avec lui, les plantes s'avèrent d'une plasticité étonnante, outrepassant toutes les formes que nous leur connaissons habituellement. Ce qui est drôle, c'est qu'au départ, Philippe Ouaki n'a vraiment ni le calme du jardinier, ni le look de l'horticulteur : c'est un électron fou, un inventeur-né, un bourreau de travail à la curiosité insatiable. Si nous l'avons rencontré, c'est qu'à son génie scrutateur et inventif, PODG (comme l'appellent ses amis et les businessmen) allie une terrible exigence éthique... qui lui vaut quelques problèmes.

Une exigence de Don Quichotte têtu, pensent certains, déçus et même parfois fâchés de constater qu'après des années de fignolage - et une réputation certes mondiale, mais ponctuelle -, ses produits ne soient pas encore massivement utilisés dans les zones arides, les déserts et toutes les régions de la planète où l'humus fait tragiquement défaut par manque d'eau. Au cours de sa trajectoire, PODG est en effet parvenu à mettre au point, entre autres inventions, un étonnant “hydrorétenteur/fertilisant” biophile, c'est-à-dire un produit retenant l'eau, par exemple dans des conditions climatiques arides, et qui non seulement ne fait pas pourrir les racines, mais décuple leur développement. Ce produit est déjà connu dans le monde entier : par exemple dans les jardins du Luxembourg, à Paris, sur les greens de golf des émirs d'Arabie, dans les jardins royaux du Maroc ou sur les balcons des jardiniers japonais.

Mais l'affaire reste artisanale. Philippe Ouaki continue à fabriquer son produit lui-même, secrètement, dans sa mini-usine, refusant de céder ses brevets aux grosses compagnies agroalimentaires dont certaines ont pourtant proposé des sommes considérables... Pourquoi ? C'est ce que nous sommes allés lui demander.

Nouvelles Clés : Comment tout cela a-t-il commencé ?

Philippe Ouaki Di Giorno : Je me suis toujours intéressé au végétal. C'est une passion que j'avais en naissant. Par ailleurs, j'ai toujours aimé inventer, ne pas m'arrêter à ce qui existe. À l'intersection de ces deux motivations, une frustration me poursuivait depuis longtemps : la mort des grands arbres. Un chêne millénaire que vous coupez, à échelle humaine c'est fini. Fini à jamais !

Le facteur temps nous écrase. Moi, très jeune, j'ai cherché comment faire pousser des géants, sans être contraint d'attendre que la nature fasse lentement son œuvre. Et j'y suis arrivé ! Ça a l'air orgueilleux de le dire comme ça, mais ce n'est pas si compliqué. Ce sont les hommes qui sont compliqués.

Je suis un fan de science-fiction. Et mon métier de chercheur dans une industrie agroalimentaire spécialisée en horticulture m'a permis de faire toutes sortes d'expériences, où je passais de l'étude du fumier de bovins africains et de la méthanisation à des concepts comme l'empreinte moléculaire, l'amplification des éléments, l'homéopathie végétale, la photoluminescence... Un des concepts que je défends est celui de “potentiel génétique latent” : moi, je ne transforme pas le génétique, je l'optimalise, je transcende son potentiel qui, dans la majorité des cas, n'a pas dit le principal de ce qu'il a dans le ventre. D'une certaine façon tout existe déjà, il faut être humble, mais aussi avoir un œil différent des autres !

J'ai ainsi pu vérifier que le végétal était d'une malléabilité extraordinaire et qu'il savait prendre des tas de formes que nous ne connaissons pas. Le problème (que je n'avais pas prévu), c'est que mes congénères ont tendance à prendre peur devant toute forme nouvelle, qu'ils qualifient très facilement de “monstrueuses”. Il a donc fallu que je rabatte mes inventions vers les formes connues, notamment vers les arbres. J'ai appelé ma première invention plantoïde, en référence aux humanoïdes de la SF. C'est grâce à elle que j'ai pu “fabriquer” des arbres centenaires.

En fait, il s'agit d'une alliance entre matière de synthèse et matière organique. Je remplace le bois du tronc et des grosses branches par du polyuréthane, qui a la consistance et la masse du bois et qui reproduit le vrai bois des troncs (au micron près grâce à des mesures au laser). Tout le reste, c'est-à-dire les feuilles et les racines, est d'abord cultivé dans des serres, ou plus exactement dans des tubes et dans des micro-tubes, à partir de boutures ou de cultures cellulaires. L'une des particularités de ces tubes est leur longueur : un, deux, parfois trois mètres de long ! Je développe ainsi d'immenses racines qui sont introduites dans le corps artificiel de l'arbre.

N. C. : Ce sont donc de faux arbres.

P.O.D.G. : Mi-vrais, mi-faux, mais la symbiose entre l'artificiel et le naturel s'établit vite, et elle persiste à long terme. Mes plantoïdes peuvent vivre aussi longtemps que les vrais arbres, peut-être même plus ! C'est comme avec les matériaux bioniques utilisés dans le corps humain pour remplacer, par exemple, certains os : les tendons s'y agrippent ensuite et intègrent le matériau synthétique à tous leurs processus biologiques naturels. Les plantoïdes font la même chose : leurs faux troncs et leurs fausses branches sont bientôt pris dans la biomasse qui les intègre littéralement. Le faux arbre devient vrai - même des professionnels s'y laissent prendre !

N. C. : Avec du vrai bois qui prolonge le faux ?

P.O.D.G. : Absolument, le processus de production ligneuse (le bois) accepte de prendre le relais de notre fabrication synthétique de départ. Toute la question était de trouver comment suffisamment stimuler, au départ, les cultures de plantes in vitro pour démultiplier le développement de leurs racines - avec des racines trop courtes, les feuilles dépassant du tronc artificiel se retrouvaient en quelques sortes les pieds dans le vide et se desséchaient. J'ai donc réussi à mettre au point une méthode utilisant de très longs tubes très fins, et je suis parvenu à développer une masse racinaire vingt fois supérieure à la masse traditionnelle ! C'est à dire qu'en un mois j'obtiens par exemple un ficus développant un mètre de racines en tube ! (Quand plus tard, j'ai travaillé à l'application agricole de cette exubérance racinaire, j'ai dû mettre plusieurs bémol à la clé, pour ne multiplier cette croissance que par cinq, sinon j'aboutissais à des croissances absurdes et même néfastes du point de vue du rendement).

Les longs tubes sont en suites supprimés et on canalise les plantes dans le tronc final où, par un système de cautérisation, on crée des bourrelets au niveau de la masse ligneuse qui se développe et qui s'associe avec la partie synthétique en polyuréthane, ce qui conduit à une véritable association naturel/artificiel.

Le polyuréthane se lie aux bases solides et le développement végétal se poursuit sur lui et en lui. On obtient ainsi des arbres d'un genre radicalement nouveau, qui permettent évidemment d'aller très loin dans le délire !

N. C. : Quand cette invention de la plantoïde est sortie, vous avez eu droit à des articles dans beaucoup de revues professionnelles, en particulier dans Le Lien Horticole qui est la grande revue de votre corporation. Au salon de l'horticulture de 1991, on vous a d'ailleurs remis un prix “Coup de chapeau du jury”, que vous avez reçu des mains de madame Élisabeth Guigou...

P.O.D.G. : Mon truc décoiffait complètement. Je créais des plantes pour les siècles futurs !

Du coup, Eurodisney m'a demandé de participer le Festival des fleurs - où je me suis complètement éclaté, parce que là, il n'y avait pas de problème de budget, seulement des problèmes de technique et ça, je m'en chargeais. J'avais le sentiment de sentir la physiologie végétale jusqu'au bout de mes doigts ! J'ai ainsi pu produire en quelques mois des arbres que l'on met parfois trente ans à obtenir. Un palmier de quarante centimètres de diamètre, normalement, il faut quarante ans.

Quant aux taupières (les sortes de statues végétales, souvent en buis, que l'on voit dans les jardins des châteaux), qui exigent pour les plus belles d'entre elles entre trente et cinquante ans de travail, j'ai pu en créer de magnifiques en trois mois - par exemple une taupière de trois mètres et demi de long, en thuya, représentant un hippopotame en tutu, avec les oreilles, le nez, tout. En trois mois : chez Disney, ils n'en revenaient pas ! C'est ainsi que se sont joyeusement déroulés les festivals de 1997 et 1998.

N. C. : Au-delà du plaisir de créer de nouvelles formes, quels progrès offre cette première invention ?

P.O.D.G. : Outre la rapidité de sa croissance, la plantoïde a plusieurs avantages. Si elle aide à créer des plantes ex nihilo, elle permet aussi d'associer des plantes qui jusqu'ici ne pouvaient pas se greffer ensemble - je pense par exemple aux bocarnea à gros tronc...

Un autre avantage, qui me tient particulièrement à cœur, est que cette technique permet de ne plus prélever abusivement dans la nature sauvage.

Vous savez d'ailleurs que la convention de Washington (C.I.T.E.S.) interdit désormais de nombreux prélèvements d'espèces protégées, notamment sous les tropiques - c'est justement le cas du bocarnea du Costa-Rica. La plantoïde protège donc le patrimoine végétal et la biodiversité.

N. C. : Dans de nombreux domaines bioniques, c'est-à-dire ceux où la technologie imite et remplace la nature, on finit par découvrir qu'une harmonie subtile s'est brisée, par exemple la lumière n'y est plus déviée à gauche mais à droite, ou bien les suites mathématiques de Fibonnaci (équation de la fameuse spirale du tournesol ou du nautile ) n'y sont plus tout à fait respectées - c'est vrai semble-t-il dans certains organismes génétiquement modifiés.

Vos plantoïdes ne courent-elles pas ce risque ?

P.O.D.G. : Je ne pense pas. Nous jouons sur trois lois : celle de la gravité, celle du développement cellulaire, celle du tropisme photonique. Sans oublier cette règle fascinante du végétal : des plantes de même genre finissent par se souder au niveau de leurs racines. Vous mettez deux plantes sœurs côte à côte, au bout d'un moment, elles n'en forment plus qu'une, par les racines. Prenez une futaie d'ormes : vous croyez voir une vingtaine d'arbres indépendants, alors qu'en réalité, dans le sous-sol, toute cette futaie ne forme qu'un seul orme souterrain (qui, lorsqu'il pleut, se répartit l'eau de façon homogène).

Une forêt forme un seul être. C'est ce principe que j'ai utilisé pour les taupières d'Eurodisney. Pour comprendre la logique végétale, il faut souvent dépasser les apparences visuelles. Autre exemple : un tronc d'arbre vous paraît naturellement bien vivant ; en réalité l'essentiel de sa masse est morte ; seuls son limbe et son parenchyme vivent. Mes plantoïdes, avec leurs troncs synthétiques et leurs “ réseaux veineux ” vivants, ne font que reproduire cette loi de la nature. C'est du travail sérieux (rire), même si mes interlocuteurs ne s'en étaient pas tout de suite rendu compte quand j'ai exposé la première fois dans un salon, parce qu'un immense panneau surplombait mon stand, où j'avais écrit : “ Les extraterrestres existent, ils nous ont laissé plantoïde ! ”

Dès cette première fois pourtant, des Hollandais ont voulu m'acheter mon brevet.

N. C. : Est-ce pour vos plantoïdes que vous avez reçu la distinction “ Produit du 21ème siècle ” au salon de l'agriculture de Tunisie ?

P.O.D.G. : Non, ça c'était pour l'hydrorétenteur / fertilisant que j'ai baptisé Polyter. Mais tout est lié. Pour faire correctement pousser mes plantoïdes, j'ai eu rapidement besoin d'un bon hydrorétenteur, c'est-à-dire d'une matière capable de retenir suffisamment d'eau à n'importe quelle hauteur, dans n'importe quelle situation, pour que les plantes puissent boire.

Le problème de la plupart des hydrorétenteurs que vous trouvez dans le commerce, c'est qu'ils offrent au végétal une interface léthale : les racines s'y enroulent pour y trouver de l'eau, mais celle-ci, directement en contact avec les cellules végétales, les fait pourrir. Cette caractéristique n'a aucune importance pour l'un des plus gros marchés actuels d'hydrorétenteurs, celui des “polymères santé” : les couches-culottes ! Mais pour mes plantoïdes, ça n'allait pas du tout. C'est alors que j'ai découvert un procédé nouveau pour polymériser (= créer des molécules géantes, en chaîne) la cellulose. Le produit ainsi obtenu s'est avéré miraculeux. C'est lui que j'ai baptisé Polyter. Presque trop beau pour être vrai ! Et pourtant, après dix années d'expériences sur tous les continents et sous toutes les latitudes, je peux vous affirmer que ça marche !

N. C. : C'est la rumeur de l'existence de ce polymère de cellulose qui nous a fait venir jusqu'à vous. On dit que vous refusez obstinément de le vendre à une industrie capable de le répandre sur toute la planète, alors qu'il semble pouvoir rendre d'immenses services. Expliquez-nous...

P.O.D.G. : Laissez-moi d'abord vous décrire la chose. Du point de vue de sa fabrication, je ne peux vous dire grand chose : c'est un peu comme le fameux secret de Michelin en matière de vulcanisation sauf que là, il s'agit de mettre en œuvre une polymérisation associée à une matière active, grâce à un nouveau concept qui décoiffe et qui ne peut pas être compris de la plupart des grands groupes. Parlons plutôt des propriétés du produit que l'on obtient ainsi. D'abord cet hydrorétenteur/fertilisant est biodégradable (ce qui est loin d'être le cas de la plupart des polymères basiques). Ensuite, il se trouve qu'il réussit à établir entre l'eau et les racines le même rapport que l'humus ou que la terre arable : ce n'est pas un contact direct (qui pourrirait le végétal), mais un rapport osmotique. Entre l'eau et la cellule se dresse comme une membrane de cellulose, qui rend l'irrigation optimale. Les racines le sentent bien : elles raffolent de ces nodules et viennent se lover à eux de manière quasiment frénétique. C'est de cette façon-là, en particulier, que j'ai réussi à démultiplier par vingt la croissance racinaire des plantoïdes.

Au départ, ça se présente comme des sortes de petits cristaux translucides. Jetez-les dans la flotte, ils accueilliront jusqu'à cinq cent fois leur masse en eau et la conserveront dans leurs filets de cellulose, quasiment sous tous les climats et à toutes les profondeurs de sol. Quelques grammes de ce produit, semés en même temps que la graine ou que le plant, vous permettront d'économiser d'immenses quantités d'eau, vous le comprenez bien - en particulier, dans les zones arides. En associant cet hydrorétenteur à une irrigation au goutte-à-goutte, à la limite, on pourrait ne plus perdre un seul gramme d'H2O ! Cela dit, jusque-là, j'avais à peu près calculé mon coup et visualisé à l'avance les caractéristiques de cet hydrorétenteur. Ce que je n'avais pas prévu et qui s'est présenté à moi comme vraiment “ miraculeux ”, c'est que les nodules de Polyter ont révélé bien d'autres qualités. Par exemple, ils maintiennent l'eau à une température plus basse que le milieu (particularité du polyter est que plus on le met au chaud plus c'est frais : c'est le principe dit de l'osmose inverse), ce qui est excellent pour “déstresser” les plantes. Voilà une notion essentielle en agronomie du 21ème siècle : le végétal peut souffrir de stress par manque d'eau, par choc de température, par empoisonnement ; or toute racine qui a pénétré dans un nodule de Polyter se trouve à l'abri des variation de température, de la soif et de certains parasites. Mieux encore : les nodules de Polyter retiennent les nitrates et les phosphates, qui du coup ne s'en vont plus polluer les nappes phréatiques - et d'une façon telle que les plantes s'en nourrissent correctement. Or c'est une surprise totale, car sur le plan physico-chimique, il y a pratiquement antinomie entre matières fertilisantes et polymères : ordinairement un phosphate ou un nitrate dissout tout polymère... mais pas le mien !

Les fertislisants font partie intégralement de la masse polymérique de Polyter selon mon mode de fabrication.

N. C. : Il s'agit donc d'un outil écologique multidimensionnel... dont les vertus ne sont plus à démontrer ?

P.O.D.G. : Les mises en pratique sur le terrain, parfois à grande échelle, ont démarré au début des années 90. En France, les recherches les plus intéressantes ont été menées dans les sables des Landes, en particulier sur la dune du Pilat, où nous avons réussi à reboiser une zone considérée comme impossible.

Donc on va pouvoir faire du reboisement, gérer en Afrique les surfaces agricoles en faisant comprendre aux agriculteurs que planter un arbre n'est pas une perte de place. Plusieurs grands jardiniers du domaine public français ont adopté le Polyter - par exemple les, jardiniers du Sénat. À l'étranger, j'ai déjà travaillé avec des Égyptiens, des Jordaniens, des Norvégiens, des Marocains, des Koweïtiens, des Américains, des Burkinabés, des Japonais... Partout, nous avons obtenu des résultats mirobolants, faisant pousser des plantes maraîchères aussi bien que des arbres fruitiers, des herbages ou des céréales (voir légendes des photos), quelle que soit l'hydrométrie et avec un rendement explosif, certaines plantes atteignant des tailles impressionnantes ! Notre dernière opération sur la culture des haricots verts au Sénégal a fait passer la production de 9 à 15 tonnes à l'hectare - et ce, en ne mettant que deux grammes d'hydrorétenteur /fert. par poquées de haricots verts. En même temps nous avons raccourci le cycle cultural, qui est souvent très long en particulier à cause du stress hydrique et de différents paramètres que notre méthode supprime.

N. C. : Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes !

P.O.D.G. : Malheureusement non. À chaque fois, le scénario a été le même : une fois convaincu de la validité de mon produit, mon interlocuteur s'intéresse à son prix, découvre qu'il faut créer une filière industrielle pour le produire en masse (au moins par centaines de tonnes) afin qu'il soit vendable et exige alors le rachat de mes brevets ou l'exclusivité de la production - moyennant bien sûr un joli pactole pour moi. Et chaque fois, je refuse, car je comprends trop bien qu'il va s'agir, pour cet interlocuteur, de tirer le maximum de profit de mon invention, et pas du tout d'aider au rétablissement des grands équilibres écologiques - dont il se fiche généralement comme de sa première chemise !

Mon refus a plusieurs fois failli me coûter la vie. Les gars étaient furieux et lançaient leurs sbires à mes trousses ! Une année, j'ai même dû prendre des garde du corps... Je dois dire hélas que ce scénario est le même au sud comme à l'ouest. Espionnage industriel, arrogance, mensonge et compagnie. Un grand groupe international a récemment achevé une étude approfondie de ma méthode, essentiellement en Afrique. Ils sont d'accord... mais pour quoi ? Pour m'absorber et faire leur toute cette technologie avec leurs propres intérêts et leurs façons de faire. Je m'oppose à cette logique géo-industrielle, qui fait que les pays du Nord continuent à s'enrichir et que les pays du Sud continuent à délirer.

N. C. : Quelle sont vos prochains objectifs ?

P.O.D.G. : Il faut être raisonnable et je ne suis pas marxiste, loin de là, plutôt favorable à un capitalisme à vision humaine et raisonnée, dans la perspective d'un développement de potentiel optimal à long terme - un développement soutenable comme on dirait aujourd'hui. Je pourrais produire en grande quantité. Mais je ne veux pas le faire à n'importe quel prix.

Mon but est d'obtenir un développement harmonieux pour tous... et ce n'est pas une mince affaire. Il s'agit notamment d'associer dans les mêmes programmes : les industriels, les agriculteurs (les gros et surtout les petits paysans regroupés en coopératives), les offices gouvernementaux de reforestation, les ONG... il faut associer les programmes humanitaires aux programmes de développement agricole et de reboisement. Or tout ce monde-là travaille actuellement dans le plus grand désordre - un chaos que les grands groupes (vendeurs de fertilisants par exemple) savent évidemment entretenir pour en tirer un maximum de profit, à court terme. C'est de la folie ! Cela dit, je vois aussi des signes d'espoir. De grands groupes sont prêts à positionner le Polyter comme un élément de garantie - ils financeraient des campagnes de développement, à condition que le produit soit utilisé, parce qu'à l'échelle où ces groupes travaillent, ils ont absolument besoin de contrats d'assurance. Disons que, globalement, j'aurais besoin d'une entité socio-économique internationale qui n'existe pas encore. Il faut créer tout un véhicule, toute une articulation...

N. C. : Si l'on pense, comme le fameux géologue russe du début du siècle Vladimir Vernadsky, inventeur des notions de lithosphère (la planète minérale), de biosphère (la vie qui a poussé à la surface du globe, tout en modelant celle-ci), de technosphère (les productions humaines, en contradiction avec la biosphère, qu'elles appauvrissent et empoisonnent) et de noosphère (la conscience humaine collective qui réussit finalement à concilier biosphère et technosphère), eh bien, vous semblez être un acteur de la noosphère ! Espérons que vous allez franchir le prochain obstacle - d'autant que vous travaillez sur le front de l'eau, dont on dit qu'il pourrait susciter les pires guerres du 21éme siècle.

P.O.D.G. : Nous avons les moyens techniques de résoudre même les problèmes en eau du Kazakhstan, dont on sait que les champs de coton ont pompé tant d'eau que la mer d'Aral s'est asséchée ! En trois ans de stimulation racinaire sur des acacias, nous pouvons créer des microclimats, arrêter l'avancée du sable, freiner celle du vent. Les écoles d'agronomie enseignent qu'en dessous de 100 millimètres d'eau de pluie par an, rien ne peut pousser. C'est faux. Si vous stockez l'essentiel de cette eau en sous-sol, grâce à des injections d'hydrorétenteur, ce sera comme s'il avait plu 300 à 500 millimètres !

Je pense qu'à long terme, nous pourrions faire reverdir le Sahara. C'est l'idée de “ barrage interne ”. Vous savez que sur une bonne partie des bordures du Sahara, il peut pleuvoir une quantité incroyable pendant une semaine et ensuite plus rien pendant des mois. Le sol étant sableux, c'est comme s'il ne pleuvait jamais. Le chantier du “ barrage interne ” commence par une étude de la pluviométrie d'un endroit donné pendant cinq ans. À partir de là, on calcule mathématiquement la profondeur des carottages d'hydrorétenteur qu'il faudrait injecter dans le sol pour pouvoir y retenir l'eau des rares pluies annuelles. Ces carottages s'effectuent avec des machines très au point, qui vous font des millions de trous de cinquante centimètres, un mètre ou de deux mètres. Le sol se trouverait en quelque sorte pacifiquement miné.

À chaque pluie, l'eau entrerait dans le sol, gonflerait un peu plus l'hydrorétenteur... et en quelques décennies, vous pourriez avoir toute une région du désert dont le sous-sol se trouverait en quelque sorte inondé par des centaines, des milliers de mètres cube d'“ eau solide ”.

Et rappelez-vous que plus on met le Polyter au chaud, plus l'eau qu'il conserve est fraîche !

À partir de là, on peut imaginer toutes sortes de végétalisations du sol, par exemple avec des associations légumineuses/arbres qui recréent littéralement le cycle de vie.

L'expérience pilote est simple : je pars d'un sol caillouteux ou sablonneux, que je fertilise avec trois bidons contenant : le premier du polyter, le deuxième des semences à haut pouvoir de fertilisation d'engrais organique et le troisième une sélection bactérienne qui va créer la vie.

A partir de ce socle, en trois cycles de culture, on obtient une matière organique sur les vingt premiers centimètres du sol, et la vie renaît dans le désert. L'ancienne mémoire des bédoins ne leur dit-elle pas que jadis le Sahara était vert ?

Pour en savoir plus sur le POLYTER : [->www.polyter.org]

Oracle chinois (politique)

Par Le 18/05/2016

 Confucius oracle

 

"Si vous voulez détruire un pays ennemi, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en pertes humaines.

Il suffit de lui détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption.

Ensuite, il faut attendre vingt ans, et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs.

Il vous sera alors très facile de les vaincre.»

 


 

La problématique de l'écriture

Par Le 17/05/2016

 

 

La perception et la pensée.

Toute la difficulté de l'écriture tient dans cette problématique.

Si je pense à ce que les personnages perçoivent, je ne suis pas dans la perception mais dans la pensée de la perception.

Si je cherche à percevoir sans la pensée, je perds la possibilité de traduire la perception puisque seule la pensée verbalise.

Il existe pourtant un espace dans lequel les deux dimensions fusionnent. Et c'est là qu'il faut être pour écrire.

Il ne faut sans doute pas tenter de décrire cet espace finalement au risque qu'il ne soit plus qu'une pensée...

Il faut juste le vivre, en percevoir l'étrangeté, s'en nourrir.

Percevoir sans que ça ne soit qu'une pensée et verbaliser cette pensée sans s'éloigner de la perception, sans que l'écrit ne souille par une pensée dominatrice la beauté du saisissement.

C'est là que l'intuition se révèle. L'intuition devenant, à mes yeux, la capacité à s'extraire de la pensée réfléchie ou rationnelle pour vibrer dans l'espace épuré de la perception.

Le danger du mental qui traduit la perception par la pensée, c'est de s'ériger en censeur ou en affabulateur, selon le manque de clairvoyance de l'auteur au regard de son existence.

Est-il par conséquent possible de saisir intégralement la perception sans la couvrir des oripeaux de la pensée ?
 

C'est ce que je cherche.


 

VERTIGES : un commentaire inoubliable

Par Le 16/05/2016

 

Vertiges2

 

Laura est une amie. Nous ne nous sommes jamais rencontés pourtant. Elle est auteure et je connais ses qualités littéraires. J'ai commenté ici un de ses romans jeunesse : "La marque des Soyeux". (que je recommande chaleureusement à tous les enfants)

Je m'autorise par conséquent le droit de penser que son avis est totalement objectif. Et j'en suis infiniment heureux.

 

 

« VERTIGES » de Thierry LEDRU aux éditions La Fontaine de Siloé

« VERTIGES » de Thierry LEDRU aux éditions La Fontaine de Siloé

Je n’aime pas vraiment marcher. Je n’aime pas vraiment la montagne. Je n’aime pas le froid.  Malgré tout, je viens de terminer un livre qui est le récit de l’ascension d’une montagne !  Paroi serait peut-être le mot adéquat ?

Jamais je n’aurais acheté un livre sur ce sujet. Et pourtant … quand au bout du stylo, il y a un tel talent, c’est possible !

Max & Jonathan.

Max, de taille moyenne, un taiseux, « toujours enfermé dans ses silences ». Son but ultime : Ouvrir le 1er une voie où jusqu’à présent ils ont tous échoué.

Jonathan : Grand, doux, le seul qui accepte les silences de Max sans se plaindre.

Ils grimpent. Pendant tout le livre, ils grimpent.

Le poids des sacs à dos.

Effrayants les « relais » où ils se reposent, les « plates-formes » où ils passent la nuit ! « Ils s’installèrent pour la nuit à 200 m du sol », je ne l’imagine même pas !

À chaque pas, le danger est là, omniprésent.

Max et Jonathan vont au bout de leurs forces, d’eux-mêmes.

Bien sûr, les amoureux de la montagne comprendront bien mieux tout ce qu’ils peuvent éprouver durant cette ascension.

Nous entendons les pensées de l’un et de l’autre et surtout nous assistons aux difficultés grandissantes, aux douleurs physiques, psychologiques.

Ce n’est pas un polar mais il y a un suspens très fort qui vous incite à tourner les pages encore et encore. J’ai souffert avec eux.

Juste deux personnages qui emplissent totalement votre esprit. Les deux sont très attachants, chacun à sa façon.

Pas de femme ? Si, il y a Julie. À priori personnage très secondaire qui prend une place majeure dans la 2eme partie du livre.

Au-delà de la montagne, la psychologie des personnages est très fouillée. Chacun porte en lui sa complexité, ses contradictions, ses peurs, ses espoirs.

Arrivée aux dernières pages, j’étais impatiente de connaître la fin et pourtant je ne voulais pas y arriver. Je ne voulais pas refermer ce livre.

Vais-je pouvoir lire un autre auteur ?

C’est le 3ème livre de Thierry .LEDRU que je lis (le 2eme je ne peux pas en parler pour l’instant) et je crois que j’ai trouvé l’écriture  qui me correspond. Je m’y glisse et je m’y sens si bien !

Ses livres sont un univers à chaque fois, un monde qu’il a construit et qui vous avale. Il y a avant et après ses livres.

Heureusement que Thierry .LEDRU écrit beaucoup, je sais qu’il me reste des livres de lui à déguster !

 

 

Yuka, un an après.

Par Le 15/05/2016

Il y a un an, jour pour jour, je roulais, avec le camion, sur Yuka ,le chien de Marine...

Le premier chirurgien qu'on a vu pensait qu'il valait mieux l'euthanasier, qu'il ne marcherait plus, qu'il resterait incontinent, vessie et sphincters. On a immédiatement refusé.

C'est vers Annecy qu'un centre vétérinaire a accepté de prendre Yuka en charge et de l'opérer.

Ce fut une longue période...Marine ne le quittait pas. Yuka ne tenait pas debout. Infections, escarres, opérations, broches, fièvres, anémie. On lui a donné tout notre amour. Yuka n'abandonnait pas.

Opérations encore, des complications, des peurs, des larmes, des douleurs.

De longues, longues semaines. Se lever chaque nuit pour aider Yuka à uriner. Faire les pansements, surveiller les fils, nettoyer les plaies ouvertes... Tout ce que Marine a fait...Les nuits entières, couchée avec Yuka, sur la paille, dans le garage. Elle lui parlait, elle surveillait sa respiration. Son coeur battait pour lui.

L'aider à se mettre debout, à faire un pas, puis deux, le masser pendant des heures, lui parler, l'aimer, l'aimer, l'aimer....

C'est Yuka qui m'a montré la force d'amour du massage.

C'est Yuka qui m'a appris qu'un coeur de chien ne connaissait pas la rancoeur, ne garde aucune colère, aucune soif de vengeance. C'est Yuka qui m'a appris la force de l'amour inconditionnel.

Aujourd'hui, Yuka court, saute, joue, nage, se roule dans la neige...L'incontinence a disparu. Il lui reste parfois des difficultés à uriner. Marine a adapté son alimentation avec des croquettes médicalisées.

 


Les yeux de Yuka aujourd'hui quand il vient jouer avec moi ou quand je le masse. Cette lumière et cet amour, cette joie de vivre, des cadeaux dont personne ne peut comprendre l'importance.


Ces heures passées avec Marine, toute l'énergie qu'elle déployait, cette rage à sauver ce chien qu'elle avait trouvé dans la forêt, affamé, perdu. Et le sauver encore. Et trouver en soi cette force d'amour qui nourrit la vie.

Je sais ce dont ma fille est capable, ce qu'elle-même n'aurait pas pu imaginer.

Je sais aussi l'amour qu'elle a pour moi, son père qui avait écrasé son chien.


Je sais combien l'amour est le seul à pouvoir faire ployer la mort.

 

Yuka. Le jour où...

Yuka...Une semaine après...

Yuka. Un mois après...

Yuka et Marine

Yuka...Noël 2015

 

 


 

 

 

Les paradigmes scientifiques de Thomas Kuhn

Par Le 11/05/2016

 

Les expériences de mort provisoire et les débats qu'elles suscitent dans le milieu scientifique apportent un exemple très clair. 

 


 

Les paradigmes scientifiques selon Thomas KUHN

 

http://www.philosciences.com/Pss/philosophie-et-science/methode-scientifique-paradigme-scientifique/113-paradigme-scientifique-selon-thomas-kuhn

Le terme de « paradigme », mis en avant par Thomas Samuel Kuhn en 1962 dans La structure des révolutions scientifiques, est maintenant couramment employé pour désigner une vision partagée de la réalité ou encore une méthode à suivre. Pour Kuhn, il s'agit de l’ensemble des principes et méthodes partagés par une communauté scientifique. C'est un modèle à suivre, qui pour un temps fait autorité, puis sera remplacé par un autre.

Pour citer cet article :

JUIGNET Patrick. Les paradigmes scientifiques selon Thomas Kuhn. Philosophie, science et société [en ligne]. 2015. http://www.philosciences.com


  • PLAN
    • 1/ Le concept de paradigme
    • 2/ Les révolutions scientifiques
    • 3/ Le concpet de matrice disciplinaire
    • 4/ Une révolution kuhnienne ?


1/ La notion de paradigme

 

Le terme de paradigme est devenu synonyme de conception du monde mais, tel qu'employé par Kuhn, il concerne d'abord les sciences. Un paradigme naît "d’une découverte scientifique universellement reconnue qui, pour un temps, fournit à la communauté de chercheurs des problèmes type et des solutions" ( La structure des révolutions scientifiques, p.11). Les paradigmes ont des fonctions normatives, qui façonnent la vie scientifique.

"L'utilité d'un paradigme est de renseigner les scientifiques sur les entités que la nature contient ou ne contient pas et sur la façon dont elles se comportent. Ces renseignements fournissent une carte dont les détails seront élucidés par les travaux scientifiques plus avancés. En apprenant un paradigme, l'homme de science acquiert à la fois une théorie, des méthodes et des critères de jugement, généralement en un mélange inextricable". Un paradigme "détermine la légitimité des problèmes et aussi des solutions proposées" (La structure des révolutions scientifiques, p.155).

Le mot paradigme, qui donne l’idée d’un modèle à suivre, est bien adapté pour décrire ce qui se passe dans les sciences, car la force normative y est aussi importante qu’ailleurs. "L'étude historique minutieuse d'une spécialité scientifique donnée, à un moment donné, révèle un ensemble d'illustrations répétées et presque standardisées de différentes théories, dans leurs applications conceptuelles, instrumentales et dans celles qui relèvent de l'observation. Ce sont les paradigmes du groupe, exposés dans ces manuels, son enseignement et ses exercices de laboratoire. En les étudiant et en les mettant en pratique, les membres du groupe apprennent leur spécialité" (La structure des révolutions scientifiques, p.71).

De plus, on constate que les doctrines sont reprises collectivement et institutionnellement, ce qui conduit le plus souvent à les  dogmatiser.

"C'est l'étude des paradigmes ... qui prépare l'étudiant à devenir membre d'un communauté scientifique [...] (La structure des révolutions scientifiques. p. 30). Il se constitue donc une tradition.

"La recherche de la science normale est dirigée vers l'articulation des phénomènes et théories que le paradigme fournit déjà" (Ibid. p. 47).

La science "normale" a tendance à se figer en un savoir constitué. Le travail scientifique devient un travail d'ajustement, de mise au point et de précision du paradigme.

"C'est à des opérations de nettoyage que se consacrent la plupart des scientifiques durant toute leur carrière. Elles constituent ce que j'appelle la science normale [...]" (Ibid. p. 46).

Bien qu'ils ne soient pas indiqués par Kuhn, nous signalerons certains inconvénients de cette situation. Sur le plan de l'apprentissage, la transformation de la science en un savoir admis présente un risque. L'exigence démonstrative peut facilement être mise de côté.  Or, la science n'est pas un savoir constitué à reproduire, c'est une connaissance qui exige d'être démontrée. 

L'argument d'autorité, l'érudition et la tradition ne devraient pas intervenir, chaque scientifique doit être capable de démontrer ce qu'il soutient.

Dans la science normale, les difficultés de la découverte, les élaborations successives, sont oubliées au profit d’une expression collective simplifiée. C’est cette expression collective qui produit des effets pratiques dans la conduite des recherches et dans la gestion institutionnelle. Il est donc important de rendre compte de ce modèle collectif de la science normale que désigne le terme de paradigme. Dans toutes les disciplines, l’histoire montre une volonté de poursuivre et de répéter le paradigme qui a été jugé valide à un moment donné. C'est légitime et utile, mais cela a pour inconvénient une dogmatisation qui, à un certain moment, devient préjudiciable à l'avancée des recherches.

2/ Les révolutions scientifiques

 

"Sans adhésion à un paradigme, il ne pourrait y avoir de science normale " (La structure des révolutions scientifiques, p. 144).

Lorsqu'un paradigme est établi on entre dans un régime de science normale, selon le terme de Thomas Kuhn. La communauté scientifique adhère au paradigme et les recherches se meuvent à l'intérieur du cadre épistémologique formé par ce paradigme.

Un préalable est nécessaire pour comprendre le lien entre paradigme et révolution scientifique. Kuhn ne croit pas à la réfutation simple et directe des théories comme l'a suggéré Karl Popper. En effet, une observation qui contreviendrait radicalement à la théorique est peu probable, car la production des faits (par l'expérimentation) tout comme leur interprétation dépend de la théorie. Il suppose donc que l'affaire est plus complexe car, si on fait une expérience qui dément le paradigme en place, cela suppose qu'il y a déjà eu une évolution (qui va amener un changement radical, une révolution). Le changement est progressif mais aboutit à un moment de bascule où la transformation est radicale.

Pour Thomas Kuhn les paradigmes se succèdent et l'on passe de l'un à l'autre par une "révolution", car ils sont inconciliables.

À un moment de l'histoire d'une science, le paradigme qui modèle la science normale rencontre des difficultés. Des énigmes apparaissent. Il s'ensuit une crise qui dure un certain temps et peut provoquer un malaise et des dissensions dans une partie de la communauté scientifique. Une ou plusieurs nouvelles théories permettant de résoudre les énigmes se proposent. Un nouveau paradigme se forme et l'on abandonne le précédent. Le nouveau paradigme, à son tour,  rencontrera des anomalies qui provoqueront une crise, et ainsi de suite.

Les changements qui se produisent  sont radicaux. Les concepts changent, les vérités admises ne le sont plus, les méthodes évoluent, les conceptions ontologiques sous-jacentes se modifient, le travail des étudiants et des chercheurs se modifie et, finalement, c'est une nouvelle manière de voir le monde qui apparaît.

Il y a une disjonction et une incompatibilité (une "incommensurabilité") entre l'ancien et le nouveau paradigme. Plus largement, les changements de paradigme aboutissent à des "révolutions dans la vision du monde" (La structure des révolutions scientifiques, p. 157).

Comme exemple de changement de paradigme on peut donner le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme. Avec cet exemple on comprend pourquoi l'extension donnée par Kuhn au concept de  paradigme a tendance à s'élargir considérablement : la controverse scientifique sur le système solaire (fondée sur des calculs mathématiques et l'observation d'irrégularités inexplicables dans la trajectoire des planètes) déborde sur notre manière de percevoir l'univers.

Il vaudrait peut-être mieux dire, pour être plus précis, que les changements de paradigme s'accompagnent d'un changement dans le "grand récit" sur le monde qui irrigue la société. Ce récit dépasse le paradigme scientifique car il a une dimension philosophique. Pour les scientifiques eux-mêmes la manière de voir le monde change aussi.

Kuhn insiste sur le fait que la manière de percevoir et de comprendre la réalité se modifie profondément. Ce n'est pas une simple réinterprétation des données  : "bien que le monde ne change pas après un changement de paradigme, l'homme de science travaille désormais dans un monde différent"  (La structure des révolutions scientifiques, p. 170).

Avec le concept de paradigme, science et philosophie sont reliées et l'ensemble est inclus dans la société.

À l'origine du changement on trouve des anomalies, c'est-à-dire des faits qui ne vérifient pas la théorie.  Mais une réfutation, même nette, ne produit pas un abandon immédiat de la théorie (ce qu'une vraie science devrait faire, selon Karl Popper). "Très souvent les scientifiques acceptent d'attendre" (Ibid, p. 119).

Il faut plutôt une accumulation d'anomalies et qu'un autre paradigme apparaisse.

"Décider de rejeter un paradigme est toujours simultanément décider d'en accepter un autre, et le jugement qui aboutit à cette décision implique une comparaison des deux paradigmes par rapport à la nature et aussi de l'un par rapport à l'autre" (Ibid, p. 115). Thomas Kuhn insiste sur le fait que les paradigmes se succèdent et qu'il n'y a pas de réfutation "sèche" qui laisserait un vide, car "rejeter un paradigme sans lui en substituer simultanément un autre, c'est rejeter la science elle même" (Ibid, p. 117) .

 

3/ Le concept de matrice disciplinaire

 

Le concept de paradigme a été précisé par Thomas Kuhn sept ans après la première édition de son ouvrage. Il a proposé alors un nouveau terme, celui de matrice disciplinaire, pour dénommer ce qui fait l’objet d’une adhésion du groupe scientifique, alors que celui de paradigme désignerait plutôt les aspects exemplaires présents au sein de cette matrice.

Il lui parait souhaitable de dégager le concept de paradigme de celui de communauté scientifique dont le sens est sociologique. Ce que partage une communauté scientifique et qui explique la communication entre ses membres c'est leur "matrice disciplinaire", dont les divers composant forment un tout.

Thomas Kuhn distingue quatre composants dans la matrice disciplinaire :

  1. Les lois scientifiques et leur formalisation.
  2. La conception du monde et les procédés heuristiques.
  3. Les valeurs qui soudent le groupe des chercheurs.
  4. Le modèle de résolution des problèmes.

 

C'est au point 4 que devrait être attribué l'appellation de « paradigme »  : c’est le rôle joué par les solutions et les méthodes de travail scientifique déjà trouvées, considérées comme valides et qui servent de modèle pour l'enseignement et la poursuite des travaux. Ce sont les accomplissements passés qui servent d'exemple. Pour Kuhn, c'est l'aspect le plus novateur et le moins bien compris de son livre La structure des révolutions scientifiques.

Détaillons un peu le concept de matrice disciplinaire.  

Le terme de matrice disciplinaire, "implique une possession commune de la part des spécialistes d'une discipline particulière ; matrice, parce que cet ensemble se compose d'éléments ordonnés de diverses sortes, dont chacun demande une étude détaillée. La totalité ou la plupart des éléments faisant l'objet de l'adhésion du groupe [...] en tant que tel, ils forment un tout et fonctionnent ensemble". ( La structure des révolutions scientifiques, p. 248)

Une matrice disciplinaire comporte plusieurs aspects.

- Des généralisations symboliques. Il s'agit des expressions employées unanimement par les membres du groupe, et qui peuvent facilement revêtir une forme logique (des lois physiques reconnues mises sous une forme mathématique par exemple).

- Des principes que Kuhn appelle métaphysiques. Le fait d'adhérer collectivement à certaines croyances comme l'équivalence entre chaleur et énergie, ou à l'élasticité des molécules. C'est une manière de concevoir le réel.

- Des valeurs concernant la science. Ce sont des opinions sur les conditions de validité, l'exactitude, la qualité des prévisions, la place de la science dans la société. Elles sont en général largement partagées par les différents spécialistes des sciences de la nature et leur donne le sentiment d'appartenir à un groupe social. (La structure des révolutions scientifiques, p. 248-251)

- Des exemples types qui apportent des solutions aux problèmes que les étudiants rencontrent dès le début de leur formation scientifique, ainsi que des solutions techniques aux problèmes exposés. C'est plutôt cela qu'il faudrait nommer paradigme. 

Thomas Kuhn repère ici un aspect important de la science, la partie constituée par la "connaissance tacite, qui s'acquiert en faisant de la science plutôt qu'en apprenant des règles pour en faire" (La structure des révolutions scientifiques, p. 260).

La science se pratique, elle n'est pas réductible à un savoir et, si tant est que l'on veuille que la recherche perdure, il faut que la pratique se transmette.

Cette pratique renvoie à des aspect basiques tels que la perception. La perception implique un apprentissage complexe qui transforme les sensations par un jugement et une interprétation adéquate. Kuhn donne l'exemple des physiciens qui doivent être capable de reconnaître en les différenciant les traces des particules alpha de celles des électrons. Ceci est valable pour toutes les disciplines scientifiques. Il ajoute "il y a si peu de manières de voir qui conviennent, que celles qui ont subi l'épreuve de l'usage du groupe valent la peine d'être transmises de génération en génération" (La structure des révolutions scientifiques, p. 266) . L'expérience scientifique est très complexe. Elle demande non seulement des dispositifs d'observation et d'expérimentation liés à la théorie, mais aussi un apprentissage de la perception pour utiliser ces dispositifs correctement. Ceci fait partie de ce que, finalement, Thomas Kuhn nomme paradigme au sens précis du terme.

Né après six ans de réflexion, le concept de matrice disciplinaire, qui inclut et permet de préciser celui de paradigme, est plus élaboré que ce dernier, mais c'est lui qui a fait fortune et reste le plus connu.

4/ Une révolution Kuhnienne ?

 

Kuhn a-t-il provoqué une révolution dans l'épistémologie et la philosophie des sciences ?

Par son travail, il a changé la façon de voir la science dans les années 1960. Il a montré que les sciences ont une histoire, qu'elles ne sont pas isolées de la société et même de la sociabilité humaine (au sens des relations entre les personnes, des effets de groupe au sein des institutions). La science, c'est aussi la "communauté des scientifiques".

La Structure des révolutions scientifiques a brisé le clivage entre science et société imaginé par l'épistémologie précédente.  Il n'y a pas d'autonomie complète de la science eu égard à la culture et à la société. 

Kuhn est-il relativiste ?

Pour Alan F. Chalmers "le choc entre les thèses de Kuhn, d'une part , et celles de Lakatos, ainsi que de Popper, de l'autre, a engendré une polarisation du débat entre rationalisme et relativisme (Qu'est-ce que la science, p. 167).

D'un côté Thomas Kuhn affirme qu'il n'y a pas de réflexion neutre, purement rationnelle et universellement démontrable dans le choix des théories.  Mais, Kuhn ne défend pas pour autant un relativisme. "Les théories scientifiques de date récente sont meilleures que celles qui les ont précédées, sous l'aspect de la solution des énigmes [...]" (La structure des révolutions scientifiques, p. 279). Sa position est donc nuancée.

D'un côté, il admet que les valeurs de la communauté scientifique influent dans le choix des décisions et que ces valeurs dépendent de la société et l'idéologie. De l'autre, il considère qu'il y a également des critères intrinsèques de décision (précision des prévisions, rationalité de la présentation, résolution des problèmes). Kuhn amène une complexification dans la vision de la science qui contraste avec les tendances un peu rigides et simplificatrices de l'épistémologie traditionnelle.

À la question qu'est-ce que la science, Thomas Kuhn répond que c'est une connaissance qui se confronte à la nature. Elle évolue par saccades : elle prend une forme normale, subit des crises, change puis se stabilise, et ainsi de suite. Kuhn utilise une approche d'allure structurale, à la fois épistémologique, sociologique et historique. Cette combinaison permet de montrer la manière particulière dont la science se constitue et évolue.

Au-delà de l'amélioration de la connaissance, les conceptions de l'univers  se modifient profondément lors des changements de paradigme. Cette historicisation structurale met en évidence ce qui passe souvent inaperçu du fait de la tendance à réécrire l'histoire des sciences  de manière linéaire et idéaliste :  d'une époque à l'autre la science change profondément.

 

Bibliographie

The structure of scientific révolutions, 1962. Traduction : Kuhn Th., La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970.

Second edition enlarged, 1969. Traduction : Kuhn Th., "Postface" in La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970.

 

L'externalité et le risque systémique.

Par Le 11/05/2016

 

 

Sablesbitumineux avantapres

Deep cuts: Sand excavations at Fort McMurray, Alberta

"Dans les systèmes de marché, on ne tient pas compte de ce que les économistes appellent externalités.

Par exemple, imaginons que vous me vendiez une voiture. Dans un système de marché, nous sommes censés nous préoccuper de nos propres intérêts donc vous et moi tenterons de faire la meilleure affaire chacun pour soi. Nous ne tiendrons pas compte de l’impact que cela aura sur « lui ». Cela ne fait pas partie d’une transaction sur le marché. Et pourtant, il y aura bien un impact sur « lui ». Ce sera la présence d’une voiture supplémentaire sur la route et donc une plus forte probabilié d’accidents, davantage de pollution et davantage d’embouteillages. Pour lui en tant qu’individu, il ne s’agira sans doute que d’une légère augmentation de ces probabilités. Mais cet impact va s’étendre à toute la population.

Maintenant, si on examine d’autres sortes de transactions, les externalités prennent beaucoup plus d’ampleur. Prenez par exemple la crise financière. L’une de ses raisons — il y en a plusieurs, mais l’une d’entre elles — disons si le groupe Goldman Sachs effectue une transaction risquée, il — s’il fait attention — couvre ses propres pertes potentielles. Il ne prend pas en compte le risque systémique, c’est-à-dire la possibilité que tout le système s’effondre si une de ses transactions risquées tourne mal. Cela a failli se produire avec l’immense compagnie d’assurance AIG. Elle s’est trouvée impliquée dans des transactions risquées qu’elle ne pouvait pas couvrir. Le système entier était vraiment sur le point de s’effondrer, mais bien sûr le pouvoir étatique est venu à sa rescousse.

La tâche de l’état consiste à secourir les riches et les puissants et à les protéger, peu importe si cela viole les principes de marché, on se fiche pas mal des principes de marché. Les principes de marché sont essentiellement destinés aux pauvres.

Mais le risque systémique est une externalité qui n’est pas prise en considération, ce qui mettrait à mal le système de façon répétitive, s’il n’y a pas intervention de la puissance étatique. Eh bien, il en existe une autre, bien plus importante — c’est la destruction de l’environnement.

La destruction de l’environnement est une externalité : dans les interactions de marché, vous n’y prêtez pas attention.

Prenez par exemple les sables bitumeux, vous ne tenez tout simplement pas compte du fait que vos petits-enfants pourraient ne pas y survivre — ça c’est une externalité.

Et dans le calcul "moral" du capitalisme, de plus grands profits dans le quart d’heure qui suit ont davantage de poids que le destin de vos petits-enfants — et bien sûr il ne s’agit pas de vos petits-enfants mais de ceux de tout le monde."

Noam CHOMSKY


 

On assiste en Alberta aux effets de l'externalité et des risques systémiques qu'elle contient en germe...

 


 

Un travail monumental. (année 2009-2010)

Mémoire de fin d'études présenté par
BANDELIER Claude
En vue de l'obtention du grade académique de
Master en Sciences et Gestion de l'Environnement

Année Académique : 200912010

http://www.memoireonline.com/09/10/3922/Problematique-environnementale-de-lexploitation-des-sables-bitumineux-en-Alberta-Canada.html

Les sables bitumineux sont constitués de sables, d'argile, d'eau et de bitume. Le bitume est une forme extrêmement dense, lourde et visqueuse de pétrole qui se trouve à l'état naturel sous forme de dépôts, mais peut aussi être obtenu à partir du raffinage du pétrole. Le bitume naturel se forme par la biodégradation bactérienne de pétrole lorsqu'il s'approche de la surface pendant la phase de migration. Il en résulte un hydrocarbure dégradé, riche en souffre et en métaux lourds. Les plus grandes réserves de sables bitumineux mondiales se situent au Venezuela et au Canada dans la province de l'Alberta. Les réserves initiales canadiennes sont estimées à 1700 milliards de barils, ce qui propulse le pays en seconde position derrière l'Arabie saoudite sur le plan des réserves de pétrole à l'échelle mondiale. Jusqu'au milieu des années 1990, l'exploitation des sables bitumineux canadiens est considérée comme risquée et peu rentable. L'introduction d'un régime de redevances généreux et des allégements fiscaux fédéraux par les gouvernements de l'Alberta et du Canada, pour rendre cette ressource économiquement viable, provoque un changement de la situation. Soutenue par la croissance de la demande, l'augmentation du prix du baril et une diminution des coûts de production, due aux progrès technologiques, la croissance des opérations d'exploitation et de la production explose pour atteindre 1.1 millions de barils par jour en 2004. Actuellement la production est de 1.5 millions de barils par jour et le chiffre de 5 millions est avancé pour 2030. L'exploitation des sables bitumineux débute par une phase d'extraction qui peut être réalisée à l'aide deux méthodes différentes (exploitation minière de surface ou opération in situ) selon la profondeur du gisement. Le bitume est ensuite extrait et peut être valorisé ou non, par l'ajout d'hydrogène et le retrait de carbone, en pétrole brut synthétique plus léger. Les produits résultant sont ensuite exportés via un réseau de pipelines vers des raffineries canadiennes ou américaines. Les Etats-Unis représentent les premiers importateurs des produits pétroliers canadiens alors que l'Asie constitue un marché potentiel pour le futur.

Toutefois, d'importants impacts sociaux et environnementaux sont générés par l'exploitation des sables bitumineux. De vastes étendues au sein de la forêt boréale sont déboisées, les cours d'eau sont déviés et le sol est retiré sur une importante épaisseur pour permettre l'accès aux gisements. L'extraction de bitume est effectuée par des techniques qui consomment des quantités excessives d'eau, prélevée des rivières et aquifères de la région, et de gaz naturel, dont la combustion est responsable d'émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre. En outre, des fuites et des infiltrations de polluants à partir des gigantesques bassins de rétention des eaux contaminées et des résidus représentent un risque élevé. Selon la loi, les industries ont l'obligation de remettre les terrains en état au terme de l'exploitation. En pratique, les méthodes de restauration, basées sur une revégétalisation approximative et la transformation des bassins de résidus en gigantesques lacs, sont incertaines et ne semblent pas être en mesure de restaurer l'ensemble des écosystèmes atteints. Les effets sociaux dans la région où le développement des sables bitumineux a engendré un afflux massif de main-d'oeuvre sont également à déplorer. La capacité de la municipalité à répondre aux besoins de base en infrastructures et en services est largement dépassée et le coût du loyer y est exorbitant.

Malgré tous ces impacts importants, le gouvernement de l'Alberta, soutenu par celui du Canada continuent à approuver des licences d'exploitation pour des nouveaux projets et des projets d'expansion. Les impacts négatifs potentiels sont négligés dans les processus d'approbation et rendent absolument nécessaires l'établissement de politiques environnementales et d'instruments de gestion visant à établir un cadre pour un développement industriel respectueux de l'environnement."

 

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CANADA. Incendie à Fort McMurray : "les mots me manquent pour parler de cet enfer"

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Avatar de Yves Paccalet

Par 
philosophe écologiste

LE PLUS. La "Bête" ne semble pas prête de s'éteindre.

Depuis une semaine, Fort McMurray,  région canadienne de l'Alberta, est victime d'un incendie gigantesque.

Environ 200.000 kilomètres carrés de forêts, de broussailles ou d'habitations ont été calcinés.

Yves Paccalet, écologiste, est atterré par l'ampleur de ce désastre.

Édité par Louise Auvitu  Auteur parrainé par Guillaume Malaurie

 

Un incendie colossal, hors normes, gigantesque, inimaginable, presque sans égal dans l’histoire de l’humanité. Les mots manquent pour qualifier cet enfer. Les chiffres font défaut pour mesurer l’ampleur d’un tel désastre…

 

Des milliers de maisons sont en cendres, dévorées par des flammes de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, qui s’entretiennent et se renforcent les unes les autres dans un maelström de brindilles crépitantes, de tisons qui s’éparpillent et d’étincelles rouge et or, semblables à de funestes feux d’artifice… Des légions de sapinettes noires, de sapins baumiers, de pins gris, de bouleaux partent en nuées noires.

 

Une fumée âcre et angoissante asphyxie les êtres vivants et obscurcit la lumière du soleil. Des arbres géants se volatilisent ainsi que des fétus de paille. Rien de végétal ou d’animal ne survit à ce brasier d’apocalypse.

 

Une localité meurt dans cet holocauste

 

Les humains sont terrorisés. Au désespoir, ils désertent leurs habitations. Ils fuient leur cité vouée à la folie du feu. Cela se passe au Canada, dans la province d’Alberta. La localité qui meurt dans cet holocauste s’appelle Fort McMurray. C’est l’une des capitales du "nouvel or noir" d’Amérique : les schistes ou sables bitumineux. Le "pétrole de terre". Lourd, très lourd, à tous les sens du terme. 

 

Plus de 150.000 sinistrés des flammes sont contraints de s’exiler dans la panique, sans rien emporter ou presque de leurs biens, de leurs documents, de leurs souvenirs, des précieuses images de leur vie personnelle.

 

Des milliers de réfugiés s’éloignent dans d’interminables cortèges de voitures, jetés sur l’unique route qui permet d’échapper à la contrée maudite, et qui mène au sud, vers les grandes villes d’Edmonton et Calgary.

 

"Je n’ai jamais rien vu, ni même imaginé de tel"

 

Ces enfants, ces femmes, ces hommes ont tout perdu, presque jusqu’à leur âme. "Je n’ai jamais rien vu, ni même imaginé de tel", raconte une mère de famille. "J’ai pensé à Hiroshima : désormais, tout est en cendres, notre maison comme notre existence…"

 

Un homme lui répond : "Ces derniers jours, j’avais regardé à la télévision les images d’Alep ravagée par la guerre, en Syrie : notre guerre à nous s’appelle l’incendie de forêt."

 

Les victimes ne reviendront pas voir leur habitation détruite par les flammes avant des semaines. Ils ne la reconstruiront pas avant des années.

 

Impossible d'éteindre la "Bête"

 

Les pompiers, qui en ont pourtant vu beaucoup, surnomment le feu de Fort McMurray "la Bête" ou "le Monstre". Ils sont des centaines à s’escrimer au péril de leur santé et de leur vie, avec des Canadairs, des hélicoptères, des camions-citernes, etc. Mais ils n’y parviennent pas !

 

Les responsables administratifs et politiques de la province et du pays le reconnaissent : le sinistre est "totalement hors de contrôle". Impossible de le circonscrire, encore plus de l'éteindre.

 

Le samedi 7 mai, les flammes ont déjà ravagé plus de 100.000 hectares d’arbres, de broussailles et d’habitations : 1.000 kilomètres carrés, presque la superficie du Val-d’Oise, dix fois celle de Paris ! Le dimanche 8 mai, le sinistre a doublé son aire de destruction : 200.000 hectares se sont envolés en fumée ; 2.000 kilomètres carrés, quasiment la surface des Yvelines, vingt fois celle de Paris !

 

À l’heure où ces lignes sont écrites, on en est là, mais la météo n’est pas favorable. On espère voir tomber l’eau du ciel, mais il ne pleuvra pas avant plusieurs jours, et les vents resteront soutenus. Une responsable du ministère canadien des Ressources naturelles, et spécialiste des feux de forêt, déclare en soupirant : "Essayer d’éteindre un tel incendie à la saison sèche, c’est comme tenter d’arrêter un ouragan."

 

Imprudence ou saison sèche ?

 

L’une des questions qui se posent, dès à présent, consiste à déterminer les raisons du sinistre, afin (dit la langue de bois) qu’"un tel drame ne se reproduise jamais plus".

 

On ergote sur la cause immédiate des départs de feu. On évoque plusieurs hypothèses : une imprudence, un mégot jeté, un barbecue mal éteint, un geste criminel, etc.

 

On accuse plus globalement la saison sèche, avec un printemps déficitaire en eau, qui succède à un hiver avare en neige. La contrée n’a pas été arrosée depuis trois semaines : le sol de la taïga, les broussailles, les arbres eux-mêmes souffrent du défaut d’humidité. Le moindre craquement d’allumette se change en catastrophe.

 

Un or noir qui fait beaucoup de dégâts 

 

Mais comment ne pas s’interroger plus avant ? Au fond ? Fort McMurray incarne l’une des capitales du "nouvel or noir" canadien : les gisements de schistes bitumineux commencent à proximité.

 

Les compagnies pétrolières déboisent des millions d’hectares et éventrent de gigantesques surfaces forestières. Ces saccages leur permettent d’extraire du sous-sol (à grands coups de pelles mécaniques) des roches imprégnées d’hydrocarbures lourds, qu’il faut ensuite cracker et distiller afin d’en extraire des combustibles.

 

L’Alberta recèle des milliards de barils de ces composés chimiques qui font sa fortune et celle du Canada, mais qui meurtrissent le Grand Nord, polluent l’atmosphère, tuent les lacs et les rivières, et achèvent de provoquer le malheur des peuples amérindiens.

 

Or, c’est ce même or noir, ce même pétrole, ces mêmes hydrocarbures que l’humanité brûle dans ses chaudières à fuel, ses moteurs de bateaux, de camions ou de voitures, ou dans ses centrales thermiques à mazout. De telles combustions produisent du gaz carbonique, lequel s’accumule dans l’atmosphère et y détermine un effet de serre dévastateur.

 

Les schistes bitumineux font la fortune de l’Alberta, mais ils sont la cause, dès aujourd’hui, de l’anéantissement de Fort McMurray et des forêts voisines. Le réchauffement climatique planétaire est beaucoup plus rapide dans les zones polaires et subpolaires que partout ailleurs. En Alberta, la saison sèche menace de devenir de plus en plus déficitaire en eau, et la taïga de se retrouver de plus en plus souvent la proie des flammes.

 

Tout le monde espère une météo favorable

 

On redoute, en ce moment même, que le feu de Fort McMurray ne se montre à ce point rebelle, qu’il aille affecter les champs d’exploitation des schistes bitumineux.

 

Si les hydrocarbures de la terre s’enflammaient à leur tour, il pourrait s’ensuivre des incendies inextinguibles, qui se propageraient à l’intérieur même de la terre et excéderaient de façon définitive les capacités humaines d’intervention. De telles catastrophes se sont déjà produites dans des tourbières, en Russie…

 

En Alberta, les rois du pétrole jouent les apprentis sorciers. Afin d’éteindre l’énorme incendie dont leur avidité en énergie constitue la cause numéro un, ils n’ont d’autre recours que l’espoir en une météo favorable.

 

Ils prient pour que les nuages crèvent en averses. Ils subissent la malédiction du dieu pétrole, mais, pour conjurer celle-ci, ils en sont réduits à implorer le dieu de la pluie.

 

Je doute que la danse qu’ils entament à l’appui de leur requête console les Amérindiens des forêts du Grand Nord, dont la maison brûle sur un bûcher de pétrodollars."

 


 

8 janvier 2013

Une étude confirme que les sables bitumineux polluent les lacs

 

 

sables-bitumineux.jpgDe nouvelles recherches ont apporté les preuves les plus concluantes jusqu'à maintenant que l'exploitation des sables bitumineux dans le nord de l'Alberta pollue les lacs environnants.

Une étude publiée dans une prestigieuse revue scientifique de l'Académie américaine des sciences conclut que six lacs de la région contiennent entre deux et 23 fois plus d'hydrocarbures toxiques qu'avant l'exploitation des sables bitumineux.
L'étude, qui a été financée par le gouvernement fédéral, a également analysé ces produits chimiques, et a conclu qu'ils proviennent de l'industrie.

Le biologiste John Smol, coauteur de l'étude, a estimé que ces résultats devraient prouver une fois pour toutes que la présence d'hydrocarbures dans les lacs et rivières provient de l'exploitation des sables bitumineux, et non de l'érosion naturelle des dépôts de bitume.

L'étude a par ailleurs révélé que les niveaux de toxines demeurent faibles en général, mais que cette pollution s'aggrave, et que certains lacs s'approchent du seuil d'alerte, a ajouté le professeur Smol.

Certains des plus éminents scientifiques du pays ont participé à l'étude.


Sources: la presse canadienne/ Nature alerte


 

Problematique environnementale de lexploitation des sables bitumineux en alberta canada15

 

Les sables bitumineux d'Alberta constituent l'une des plus importantes réserves au monde. Le Canada entend produire 3 % du pétrole mondial d'ici 2020. Mais cette production entraîne une pollution aux HAP des lacs et rivières environnantes. Avant l'installation des mines, la région était couverte d'arbres. Actuellement, seuls 4.800 km2de réserves sont exploitables par la technique minière, ce qui représente 0,1 % de la forêt boréale canadienne. L’exploitation minière actuelle en Athabasca s’étend sur environ 600 km2 soit près de 0,02 % de la forêt boréale canadienne. © Greenpeace, Rezac

 

Le sable bitumineux est-il une énergie d’avenir ? L'enjeu est immense : les réserves potentielles pourraient fournir entre 500 et 1.000 milliards de barils de pétrole, selon Total, fortement impliqué dans les exploitations canadiennes. Grâce à ce procédé, le Canada est actuellement le principal fournisseur de pétrole des États-Unis, devançant l'Arabie saoudite. L’une des plus grandes réserves mondiales est située dans l’Alberta, une province dans l’ouest du Canada.

Les gisements de sable bitumineux d’Alberta se décomposent en trois zones : la Peace River, le Cold Lake et la plus grande, l’Athabasca. Elles s’étendent sur 140.000 km2 et 80 % des réserves sont enfouies à plus de 100 m de profondeur. L’extraction du bitume se fait selon deux méthodes : la technique in situ et la technique minière. Pour les dépôts enfouis à plus de 100 m de profondeur, un puits vertical permet d’injecter de la vapeur et de pomper le bitume, c’est la méthode dite in situ. Pour les dépôts proches de la surface, l’exploitation minière est favorisée. Une fois séparé de l’eau et du sable, le bitume est traité dans une raffinerie comme tous les hydrocarbures.

En 2011, la production canadienne s’élevait à 1,6 million de barils par jour, ce qui représente 1,5 % de la production mondiale de pétrole. Pour 2020, les exploitations prévoient de doubler la production totale et fournir ainsi 3 % de la production mondiale de pétrole brut. Si les réserves desable bitumineux sont clairement une alternative aux gisements d’autres énergies fossiles, une étude montre que la pollution liée à l’exploitation s’accroît dans l’environnement. Commandée par le gouvernement canadien, l’étude révèle en particulier l’effet polluant des sables bitumineux sur les lacs et rivières environnants.

Les zones de sable bitumineux proches de la surface sont exploitées via des mines à ciel ouvert. Pour atteindre le sable, il faut retirer la couche superficielle de terre, qui sera stockée et réutilisée pour la réhabilitation du site. Des trous sont réalisés et les mottes prélevées sont mélangées à de l'eau pour être transportées par pipeline vers une usine où le bitume est séparé du sable. © Colin O'Connor, Greenpeace 
Les zones de sable bitumineux proches de la surface sont exploitées via des mines à ciel ouvert. Pour atteindre le sable, il faut retirer la couche superficielle de terre, qui sera stockée et réutilisée pour la réhabilitation du site. Des trous sont réalisés et les mottes prélevées sont mélangées à de l'eau pour être transportées par pipeline vers une usine où le bitume est séparé du sable. © Colin O'Connor, Greenpeace

Les sédiments, marqueurs de la pollution des sables bitumineux

 

Des scientifiques de l’organisme Environnement Canada et de la Queen’s University de Kingston, dans l’Ontario, ont étudié cinq lacs proches de l’exploitation minière d’Athabasca, ainsi qu’un lac à 90 km au nord-ouest. Dans les six lacs, les taux d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les sédiments étaient 2,5 à 23 fois supérieurs à ceux des années 1960, c’est-à-dire avant le début de l’exploitation du sable bitumineux.

Les chercheurs ont par ailleurs comparé les HAP des lacs à ceux du bitume de l’exploitation d’Athabasca pour déterminer la source des hydrocarbures retrouvés dans les sédiments. En effet, les incendies de forêt ou simplement l’érosion naturelle des dépôts de bitume pourraient être des sources de rejet d’HAP dans les eaux. « La concordance entre l’augmentation des taux d’HAP et la période d’exploitation des mines suggère fortement que l’extraction et le raffinage des sables bitumineux jouent un rôle dans l’augmentation des taux d’HAP dans ces lacs », affirme Joshua Kurek, l’un des auteurs du rapport. Leurs résultats sont publiés dans les Pnas.

Hydrocarbures et métaux lourds sous surveillance

D’autres publications, indépendantes de la requête du gouvernement, avaient déjà fait état de la présence de taux élevés d’HAP et de métaux lourds dans les rivières à proximité de l’exploitation d’Athabasca. Avant l’arrivée de la mine, les taux d’HAP étaient nuls dans les rivières. « Les sédiments lacustres s’accumulent 24 heures par jour et 365 jours par an. Ils deviennent peu à peu une sorte de moniteur de surveillance de l'environnement, car ils collectent les polluants »,explique John Smol, coauteur.

Les niveaux croissants d’HAP n'ont pas affecté les algues et les petits invertébrés. Au contraire même, ils ont prospéré. Cet essor est attribué à une augmentation de la température de l’air. À Fort McMurray, près de la mine, elle a augmenté en moyenne de 1,65 °C depuis 1960. Mais prolifération des algues ou pas, la pollution liée à l’exploitation du sable bitumineux est toxique. Le gouvernement de l’Alberta a annoncé qu’un réseau de surveillance des polluants serait mis en place dans la région.


 

 

 

02.04.2011
Gaz de schiste, sables bitumineux: le capitalisme de destruction totale



Les ressources naturelles s'épuisent, alors que la demande ne cesse d'augmenter, du fait de la mondialisation et des délocalisations qui augmentent la consommation des "pays émergents".

Plutôt qu'une reconversion coûteuse dans les énergies propres, l'industrie pétrolière a choisi d'exploiter jusqu'à la dernière goutte le pétrole et le gaz, où qu'ils se trouvent et quels que soient les dégâts pour l'environnement.



Cela a commencé avec l'exploitation des sables bitumineux au Canada. Dans l'état de l'Alberta, des engins mécaniques monstrueux rasent les forêts et dévorent la terre. De vastes espaces naturels magnifiques sont transformées en un paysage lunaire agrémenté de marres de pétrole et de produits chimiques utilisés pour récupérer le pétrole mélangé au sable. Quant aux habitants, beaucoup meurent de cancers ou d'autres maladies causées par la pollution.


L'autre "innovation" est l'exploitation du gaz de schiste. Dans de nombreuses régions du monde, du gaz naturel est présent dans de multiples fissures de la roche. La technique d'extraction a été inventée par la multinationale américaine Halliburton (dont Dick Cheney était le président avant de devenir le vice président de George W.Bush). Elle consiste a faire un forage horizontal à 2000 mètres de profondeur. Puis la roche est fragmentée avec des explosifs qui peuvent provoquer des séismes en surface jusqu'à une magnitude 4. De grandes quantités d'eau sous pression m&am

Le placebo de l'argent

Par Le 11/05/2016

C'est EFFRAYANT de lire les conclusions de cette expérience.

Et on prend conscience de l'impact considérable de la notion d'argent dans nos esprits.


EFFET PLACEBO: PLUS UN TRAITEMENT EST CHER, PLUS IL EST EFFICACE

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publié le 16/02/2015

 

De deux médicaments placebo (sans principe actif), le plus cher sera le plus efficace (Ph.  Bill Brooks via Flickr CC BY 2.0)

De deux médicaments placebo (sans principe actif), le plus cher sera le plus efficace (Ph. Bill Brooks via Flickr CC BY 2.0)

Dans une expérience avec des patients atteints de la maladie de Parkinson, des chercheurs ont montré que l’effet placebo est d’autant plus efficace que les patients croient que le produit actif administré est cher. Un résultat qui vient rappeler tout le mystère qui entoure encore ce phénomène biologique.

L’étude, réalisée par l’Institut de neurosciences de l’université de Cincinnati (États-Unis) et parue dans la revue Neurology, a concerné 12 patients atteints d’une forme modérée à sévère de Parkinson, avec des atteintes motrices (rigidité, tremblements). Les chercheurs les ont préalablement informés qu’ils recevraient chacun une des deux versions d’une nouvelle drogue injectable anti-parkinsonienne, un “agoniste de la dopamine” (molécule qui active les récepteurs de dopamine dans la membrane des neurones).

 UNE EFFICACITÉ MULTIPLIÉE PAR 2 POUR LE PLACEBO CHER

Les chercheurs ont fait croire aux patients que la substance active était la même dans les deux médicaments, mais que l’un coûtait 15 fois plus que l’autre, pour des raisons diverses (conditionnement, transport, etc.). En réalité les seringues étaient remplies de la même solution saline. En prenant soin d’informer les patients du coût (supposé) de leur injection – une dose à 100 dollars ou une dose à 1500 dollars – , les chercheurs ont ensuite menée une batterie de tests-types sur la maladie de Parkinson : questionnaires sur le ressenti des patients, Impression clinique globale (CGI),  Échelle de notation unifiée de la maladie de Parkinson (Unified Parkinson’s Disease Rating Scale ou UPDRS) comprenant notamment des mesures d’activité cérébrale par IRM.

UN EFFET VISIBLE SUR LA MOTRICITÉ ET L’ACTIVITÉ CÉRÉBRALE

L’aspect le plus parlant des résultats obtenus concerne la fonction motrice et l’activation cérébrale des patients : l’injection du placebo présenté comme une substance active chère a entrainé une amélioration deux fois plus importante qu’avec la “substance” présentée comme la moins chère. Comparée à l’efficacité d’un véritable agoniste de la dopamine, ici la levodopa, l’efficacité du placebo cher se trouve à mi-chemin entre cette dernière et celle du placebo bon marché.

Des résultats qui viennent valider une multitude d’autres études sur l’effet placebo, prouvant que l’esprit contribue à la guérison du corps, dans des proportions et selon des mécanismes qu’on commence à peine à dévoiler.

Roman Ikonicoff

 

> Lire également dans les Grandes Archives de Science & Vie :

  • Guérir par la pensée : la preuve en 15 expériences – S&V n°1153 – 2013 – Même si l’effet placebo garde encore son mystère, la science avance dans l’étude de l’action de la pensée, ou du cerveau, sur le corps. C’est le cas notamment pour la douleur, l’épilepsie, les déficiences immunitaires…

1153

  • Psycho-médecine : quand le mental sauve le corps – S&V n°1046 – 2004 – L’hypnose à la place de l’anesthésie,  la méditation pour combattre l’hypertension, un bon moral pour doper le système immunitaire, la réalité virtuelle pour soulager les grands brulés…

1046

  • L’effet placebo filmé dans le cerveau – S&V n°1018 – 2002 – L’effet placebo se voit dans le cerveau : quand une personne croit prendre un médicament, son cerveau peut secréter des substances qui aident à la guérison !

1018

 

 

L'anarchisme (Humanisme)

Par Le 10/05/2016

 

Un travail très complet et passionnant

 


 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme

 

Anarchisme

 

Le A cerclé, symbole de l'anarchisme.

 

 

Black Bloc : « Peu importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008).


L'anarchisme est un courant de philosophie politique développé depuis le xixe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques anti-autoritaires1 d'égalité sociale.

Le terme libertaire, souvent utilisé comme synonyme d'anarchisme, est un néologisme créé en 1857 par Joseph Déjacque pour renforcer le caractère égalitaire.

Fondé sur la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et le refus de toute contrainte découlant des institutions basées sur ce principe2, l'anarchisme a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion3 et de fédéralisme.

Contre l'oppression, l'anarchisme propose une société basée sur la solidarité comme solution aux antagonismes, la complémentarité de la liberté de chacun et celle de la collectivité, l'égalité des conditions de vie et la propriété commune autogérée. Il s'agit donc d'un mode politique qui cherche non pas à résoudre les différences opposant les membres constituants de la société mais à associer des forces autonomes et contradictoires4.

Le terme « anarchisme » et ses dérivés sont employés tantôt péjorativement, comme synonymes de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie, tantôt comme un but pratique, car l'anarchisme défend l'idée que l'absence d'une structure de pouvoir n'est pas synonyme de désorganisation sociale5.

Les anarchistes rejettent en général la conception courante de l'anarchie (utilisée par les médias et les pouvoirs politiques). Pour eux, l'ordre naît de la liberté, tandis que les pouvoirs engendrent le désordre. Certains anarchistes useront du terme « acratie » (du grec « kratos », le pouvoir), donc littéralement « absence de pouvoir », plutôt que du terme « anarchie » qui leur semble devenu ambigu. De même, certains anarchistes auront plutôt tendance à utiliser le terme de « libertaires »6.

Pour ses partisans, l'anarchie n'est justement pas le désordre social. C’est plutôt le contraire, soit l'ordre social absolu, grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste. Ce collectivisme, contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l'accumulation de biens non utilisés7. En outre, ce collectivisme s’exprime par une liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l'autogestion, du fédéralisme et de la démocratie directe. L'anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir.

L'anarchisme est un mouvement pluriel qui embrasse l'ensemble des secteurs de la vie et de la société. Concept philosophique, c’est également « une idée pratique et matérielle, un mode d’être de la vie et des relations entre les êtres qui naît tout autant de la pratique que de la philosophie ; ou pour être plus précis qui naît toujours de la pratique, la philosophie n’étant elle-même qu’une pratique, importante mais parmi d’autres »8.

En 1928, Sébastien Faure, dans La Synthèse anarchiste, définit quatre grands courants qui cohabitent tout au long de l'histoire du mouvement :

Depuis, de nouvelles sensibilités se sont affirmées, telles l'anarcha-féminisme ou l'écologie sociale.

La pertinence de cette section est remise en cause, considérez son contenu avec précaution. En discuter ?

Pour Vivien Garcia dans L'Anarchisme aujourd'hui (2007), l'anarchisme « ne peut être conçu comme un monument théorique achevé. La réflexion anarchiste n'a rien du système. […] L'anarchisme se constitue comme une nébuleuse de pensées qui peuvent se renvoyer de façon contingente les unes aux autres plutôt que comme une doctrine close »10

Selon l'historien américain Paul Avrich : « Les anarchistes ont exercé et continuent d'exercer une grande influence. Leur internationalisme rigoureux et leur antimilitarisme, leurs expériences d'autogestion ouvrière, leur lutte pour la libération de la femme et pour l'émancipation sexuelle, leurs écoles et universités libres, leur aspiration écologique à un équilibre entre la ville et la campagne, entre l'homme et la nature, tout cela est d'une actualité criante. »11

 

Sommaire

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Étymologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Étymologie du terme anarchie.

Le terme anarchie est un dérivé du grec ἀναρχία, anarkhia12. Composé du préfixe privatif an- (en grec αν, « sans », « privé de ») et du radical arkhê, (en grec αρχn, « origine », « principe », « pouvoir » ou « commandement »)13,14. L'étymologie du terme désigne donc, d'une manière générale, ce qui est dénué de principe directeur et d'origine. Cela se traduit par « absence de principe15 », « absence de règle15 », « absence de chef16 », « absence d'autorité2 » ou « absence de gouvernement14 ».

Dans un sens négatif, l'anarchie évoque le chaos et le désordre, l'anomie17. Et dans un sens positif, un système où les individus sont dégagés de toute autorité17. Ce dernier sens apparaît en 1840 sous la plume du théoricien, socialiste libertaire, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Dans Qu'est-ce que la propriété ?, l'auteur se déclare « anarchiste » et précise ce qu'il entend par « anarchie » : « une forme de gouvernement sans maître ni souverain »17.

Précurseurs de l'anarchisme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Précurseurs de l'anarchisme et Histoire de l'anarchisme.

Diogène par John William Waterhouse.

Pour de nombreux théoriciens de l'anarchisme, l'esprit libertaire remonte aux origines de l'humanité18. À l'image des Inuits, des Pygmées, des Santals, des Tivs, des Piaroa ou des Merina, de nombreuses sociétés fonctionnent, parfois depuis des millénaires, sans autorité politique (État ou police)19 ou suivant des pratiques revendiquées par l'anarchisme comme l'autonomie, l'association volontaire, l'auto-organisation, l'aide mutuelle ou la démocratie directe20.

Les premières expressions d'une philosophie libertaire peuvent être trouvées dans le taoïsme et le bouddhisme21. Au taoïsme, l'anarchisme emprunte le principe de non-interférence avec les flux des choses et de la nature, un idéal collectiviste et une critique de l'État ; au bouddhisme, l'individualisme libertaire, la recherche de l'accomplissement personnel et le rejet de la propriété privée22.

Une forme d’individualisme libertaire est aussi identifiable dans certains courants philosophiques de la Grèce antique, en particulier dans les écrits épicuriens, cyniques et stoïciens23.

Certains éléments libertaires du christianisme ont influencé le développement de l'anarchisme24, en particulier de l'anarchisme chrétien25. À partir du Moyen Âge, certaines hérésies et révoltes paysannes attendent l'avènement sur terre d'un nouvel âge de liberté22. Des mouvements religieux, à l'exemple des hussites ou des anabaptistes s'inspirèrent souvent de principes libertaires26.

Plusieurs idées et tendances libertaires émergent dans les utopies françaises et anglaises de la Renaissance et du siècle des Lumières27. Pendant la Révolution française, le mouvement des Enragés s'oppose au principe jacobin du pouvoir de l'État et propose une forme de communisme28. En France, en Allemagne, en Angleterre ou aux États-Unis, les idées anarchistes se diffusent par la défense de la liberté individuelle, les attaques contre l'État et la religion, les critiques du libéralisme et du socialisme22. Certains penseurs libertaires américains comme Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Walt Whitman, préfigurent l’anarchisme contemporain de la contre-culture, de l'écologie, ou de la désobéissance civile29.

Remonter si loin dans l'histoire de l'humanité n'est pas sans risque d'anachronisme ou d'idéologie30. C'est donner une définition extrêmement vague de l'anarchisme sans tenir compte des conditions historiques et sociales de l'époque des faits30. Il faudra attendre la Révolution française pour découvrir des aspirations ouvertement libertaires chez des auteurs comme Jean-François Varlet, Jacques Rouxou Sylvain Maréchal30. William Godwin (1793) apparaît comme l'un des précurseurs de l'anarchisme. Pierre-Joseph Proudhon est le premier théoricien social à s'en réclamer explicitement en 184031.

Principes généraux[modifier | modifier le code]

Être gouverné

« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »

Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851.

L'anarchisme est une philosophie politique qui présente une vision d'une société humaine sans hiérarchie, et qui propose des stratégies pour y arriver, en renversant le système social autoritaire.

L'objectif principal de l'anarchisme est d'établir un ordre social sans dirigeants ni dirigés. Un ordre fondé sur la coopération volontaire d'hommes et de femmes libres et conscients, qui ont pour but de favoriser un double épanouissement : celui de la société et celui de l'individu qui participe à celle-ci. Selon l'essayiste Hem Day : « On ne le dira jamais assez, l’anarchisme, c’est l’ordre sans le gouvernement ; c’est la paix sans la violence. C’est le contraire précisément de tout ce qu’on lui reproche, soit par ignorance, soit par mauvaise foi. »32

La pensée anarchiste s’oppose par conséquent à toutes les formes d’organisation sociale qui oppriment des individus, les asservissent, les exploitent au bénéfice d’un petit nombre, les contraignent, les empêchent de réaliser toutes leurs potentialités33.

À la source de toute philosophie anarchiste, on retrouve une volonté d'émancipation individuelle ou collective. L'amour de la liberté, profondément ancré chez les anarchistes, les conduit à lutter pour l'avènement d'une société plus juste, dans laquelle les libertés individuelles pourraient se développer harmonieusement et formeraient la base de l'organisation sociale et des relations économiques et politiques.

L'anarchisme est opposé à l'idée que le pouvoir coercitif et la domination soient nécessaires à la société et se bat pour une forme d'organisation sociale et économique libertaire, c'est-à-dire fondée sur la collaboration ou la coopération plutôt que la coercition.

L'ennemi commun de tous les anarchistes est l'autorité, sous quelque forme que ce soit, l'État étant leur principal ennemi : l'institution qui s'attribue le monopole de la violence légale (guerres, violences policières), le droit de voler (impôt) et de s'approprier l'individu (conscription, service militaire)34.

SUITE SUR WIKIPEDIA


 

Lever l'omerta (politique)

Par Le 10/05/2016

Nouvelles révélations, prise de conscience... L'affaire Baupin fait boule de neige

 

Nouvelles révélations, prise de conscience... L'affaire Baupin fait boule de neige
Sandrine Rousseau est une des élues EELV qui ont dénoncé les harcèlements et agressions de Denis Baupin. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Après que des femmes ont accusé le député écologiste Denis Baupin d'agressions et de harcèlement sexuels, de nouveaux témoignages se multiplient.

L'Obs
  •  

Huit femmes dénoncent les harcèlements et les agressions sexuels qu’elles ont subis de la part du député écologiste Denis Baupin, dont des collaboratrices et des élues Europe Ecologie-Les Verts. Sur Twitter, dans les tribunes ou dans les médias, les soutiens et les réactions se multiplient, en espérant que la parole se libère. 

L'une des victimes, Sandrine Rousseau, appelle d’autres femmes à témoigner contre le vice-président démissionnaire de l’Assemblée nationale. "On sera là en soutien, nous pour lesquelles les faits sont prescrits." La porte parole du parti écologiste affirme avoir reçu "des contacts de personnes qui me disent qu’elles veulent parler".

"Merci à elles" 

L'initiative décide d'autres femmes à prendre la parole."Depuis hier, six ou sept témoignages ont été adressés, à nous ou aux journalistes de France Inter et Mediapart concernant Denis Baupin", explique Maryse Oudjaoudi, cadre EELV. Avec Sandrine Rousseau et d'autres élus, l'écologiste avait monté un site pour recueillir les témoignages d'harcèlements et d'agressions en mai 2015. "J'espère que ce n'est que le début."

Encouragée par l'affaire Baupin, l'ancienne ministre Monique Pelletier révèle l'agression dont elle a été victime de la part d'un sénateur.

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Monique Pelletier ‎@pelletiermoniqu

D.Baupin...les victimes parlent..enfin..bravo! ministre des femmes en 1979,j'ai été agressée par un sénateur..honte à moi de mon silence!

Aurore Bergé, élue Les Républicains, relate aussi les propos sidérants qu'elle a entendus après la révélation du scandale, une "scène de la vie politique ordinaire".

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Aurore Bergé ‎@auroreberge

Ce soir. Scène de la vie politique (encore trop) ordinaire. Ils ne changeront que si l'on parle.  

Le jour même de l’affaire Baupin, la femme politique se voit adresser un : "Quand je te vois, j’ai envie de te faire une Baupin" ou encore "Quand on voit Aurore, on a le bâton de Berger". L'élue remercie les femmes qui ont permis ces révélations. "Je mesure le courage qu’il a fallu à ces femmes pour prendre la parole. Ils ne changeront peut-être pas, mais nous oui. On parlera. Merci à elles." 

"Lever l'omerta" 

Une tribune dans "Libération", parue ce matin, et unepétition appellent à "lever l'omerta" et à mettre fin à l'impunité. "Il n’y a manifestement qu’en dénonçant publiquement les personnes que les choses sont susceptibles d’avancer", signent 500 militant(e)s et élu(e)s. Pour faire sortir les femmes victimes de leur silence.

Dans les médias, les femmes politiques rappellent le machisme bien connu du milieu. Sur France Info,Clémentine Autain, du Front de gauche, souligne ainsi que "le monde politique est une sorte de terrain de chasse dans lequel les femmes essaient de survivre". La candidate à la primaire de la droite, Nathalie Kosciusko-Morizet, assure que le sexisme est omniprésent en politique et appelle à la mise en place d'un dispositif d'alerte. 

L'ancienne ministre Delphine Batho réclame, elle, un grand ménage. "Il y a un ministre qui doit s'expliquer, présenter des excuses pour le moins", lance la député PS en direction de Michel Sapin, accusé d'un geste déplacé envers une journaliste. Pendant ce temps, sur Twitter, le hashtag "omerta" bat son plein. 

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Illana Attali ‎@illanaattali

Parlez,parlez, parlez. La honte et la culpabilité doivent changer de camp   

Sirine Azouaoui

"L'avènement d'une humanité...inhumaine"

Par Le 10/05/2016

En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine »

21 mai 2015 / Entretien avec Nancy Huston 
 

  

    
 

En Alberta, «<small class="fine"> </small>l'avènement d'une humanité... inhumaine<small class="fine"> </small>»

A Fort McMurray, en Alberta, Canada, se déroule un des désastres écologiques de la planète : de monstrueux chantiers à ciel ouvert exploitent les immenses réserves de sables bitumineux. La romancière Nancy Huston, originaire de la région, s’y est rendue et témoigne. « C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. »


Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir, chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.

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Nancy Huston, lors de la soirée de présentation du livre « Brut, la ruée vers l’or noir », le 27 avril 2015.

Reporterre - Vous êtes revenue en Alberta. Qu’avez-vous découvert ?

Nancy Huston -

- Ecouter Nancy Huston :

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Dire « revenir en Alberta », c’est très vague parce que l’Alberta est immense, plus grand que la France. Moi, je suis née au sud de l’Alberta et les installations pétrolifères sont dans le nord. Je n’étais jamais allée dans cette région. Mes grands-parents maternels habitaient la rivière de la Paix qui n’est pas très loin. C’est dans la région de l’Athabasca. Mais je ne connaissais pas la région même de Fort McMurray.

Et donc, je loue une voiture avec des amis. On roule pendant cinq heures et l’on découvre cette ville champignon qui a décuplé de population depuis le début des années 2000 en raison de l’extraction du pétrole. Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20esiècle. C’est des hommes... uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.

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Vue aérienne d’un chantier pétrolier au nord de Fort McMurray. Source : Google Earth

Fort McMurray est constituée essentiellement de centres commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.

Donc, les gens jouent au billard ou ils boivent. Mais il est extrêmement difficile de se parler. De tous les lieux que j’ai visités sur Terre - et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique.

Que manque-t-il à Fort McMurray ?

- Ecouter Nancy Huston :

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04:34

La dimension spirituelle. Il y a des églises partout. Mais des églises qui ont le même type de publicité que les magasins, des affiches clignotantes proclament qu’il vaut mieux sauver son âme que réparer son toit. Des choses comme ça. Tout est pensé en termes de rentabilité.

Ensuite, il y a cette immense population : 100 000 personnes à Fort McMurray même et 30 000 autres qui habitent les camps de travail alentour, travaillant pour les quelque 55 compagnies pétrolières qui exploitent les sites d’extraction du pétrole. Au centre touristique de Fort McMurray, on peut, moyennant paiement, faire le tour d’un de ces sites en car. Nous l’avons fait.

Rouler trois-quarts d’heure et visiter le site modèle qui est celui de la compagnie Syncrude, ce qui veut dire « synthetic crude » : le brut synthétique. C’est ça qui est extrait de ces terres. C’est aussi apparemment lié à la Chine. Quand je dis que c’est un site modèle, ça veut dire qu’ils vont nous montrer une image merveilleuse et souriante de l’extraction du pétrole selon « syncrude ». Pendant quatre heures, on a fait le tour de ce site. On voit les forêts qu’ils essaient de replanter.

Moi, ça m’a fait froid dans le dos parce que je suis Canadienne et j’ai senti que j’étais en face d’une propagande exactement du même type que la propagande des pays de l’Est. Dans ma jeunesse, j’ai visité beaucoup de pays derrière le rideau de fer : depuis la Russie jusqu’à la Pologne en passant par la Bulgarie. Donc, je reconnais cette sorte de discours optimiste cynique qui dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils nous montrent les soi-disant « étangs », « tailings ponds », c’est-à-dire « étangs de rétention », remplis d’eaux complètement empoisonnées, résultant de l’exploitation des sables bitumineux. On nous montre que c’est vraiment bien contenu, ce n’est pas si grave que ça et qu’il y a toutes sortes de sons qu’on émet régulièrement pour effrayer les oiseaux, pour qu’ils ne se posent pas sur ces lacs et qu’ils ne meurent pas.

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Lac de stockage de produits toxiques dans le nord de l’Alberta, le 06 avril 2014. © Guy Oberson

Ce qui m’a le plus choqué dans cette visite était le discours sur les forêts. C’est comme si l’on disait en achetant un aquarium et en mettant trois poissons rouges, qu’on a reconstitué la mer détruite ! Une forêt est un écosystème extrêmement complexe. Ils ont arraché tous les niveaux de la terre, ils ont arraché les arbres, ils ont empoisonné les cours d’eau. Ils font comme si tout allait bien, que les oiseaux allaient revenir, que les animaux allaient revenir et vivre à nouveau là dedans. J’ai été effarée... j’étais glacée par le cynisme et la violence de mon propre pays.

Au travers de votre récit, vous rendez compte d’un changement de vocabulaire. Y a-t-il l’émergence d’une nouvelle langue ?

- Ecouter Nancy Huston :

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Il y a l’émergence d’une nouvelle langue. On dit « sables pétroliers » parce qu’on est censé être très fier d’avoir beaucoup de pétrole. Ce bitume sera raffiné et transformé en pétrole à terme. Mais pas chez nous, au Texas ou en Chine ou ailleurs. Le Canada exporte traditionnellement les matières premières non traitées, non retravaillées et c’est encore le cas ici. C’est le brut... vraiment très brut.

Mais cela rapporte énormément d’argent. On est très fier de ça. Mais le produit que nous extrayons de ces terres est incroyablement sale. Le mélange entre le bitume et le sable est une substance indiciblement complexe et qu’il faut traiter avec la vapeur sous pression pour séparer sable et pétrole. Cela relâche dans les eaux et dans nappes phréatiques des poisons qui vont avoir des effets meurtriers sur la faune et les humains, en aval de la rivière.

Quand des gens viennent de différents pays et différentes langues, il faut bien sûr inventer une novlangue. Donc, il y a une sorte de simplification à outrance de la langue anglaise. Et ce qui m’a aussi le plus sidéré là-bas, c’est des affiches, littéralement des panneaux d’affichage, qui disent« BE » : soyez. C’est le premier verbe, le verbe être, le dénominateur commun. Tout le monde peut connaitre ce mot-là en apprenant l’anglais. Et les gens, on les incite, on les encourage à juste« être ». Ça dit aussi « BE YOURSELF » : soyez vous-même... « BE, BE, BE, BE YOURSELF, BEUNIQUE » : soyez unique.

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Nancy Huston, romancière et essayiste, lisant le texte de Rudy Wiebe le 27 avril 2015.

Et bien sûr, le problème des hommes qui vont travailler là-bas, c’est exactement une difficulté d’être, parce que l’être humain devient soi-même par contact et interaction avec autrui. Notre cerveau à la naissance est incomplet et ne se développe que grâce à l’interaction linguistique et sensorielle avec d’autres êtres humains. Donc, si vous plongez des êtres humains à l’âge adulte dans un endroit complètement inconnu et très hostile… c’est un milieu où il fait froid, la température moyenne doit être de deux degrés. Il fait très froid en hiver et les hivers sont longs. Que devient un être humain dans ces conditions ?

On travaille souvent 12 à 15 heures par jour, 7 jours par semaine pendant 2 ou 3 semaines d’affilée et ensuite on a une semaine de repos. Si l’on n’habite pas trop loin, si l’on habite seulement au Texas ou à l’est du Canada, on peut rentrer pendant une semaine. Si l’on habite à l’autre bout de la terre, on reste sur place et on regarde la télévision. Les hommes sont drogués. Pendant qu’ils travaillent, ils ont des casques pour se protéger du bruit épouvantable des machines qu’ils sont en train de manipuler. Ils écoutent de la musique, j’imagine, tonitruante dans leurs casques du matin au soir. Ensuite, ils vont boire un verre et reçoivent encore des bruits des écrans. Dans leur chambre, ils ont une télévision et ont accès à internet. Ça devient une vie virtuelle de A à Z.

C’est comme si la réalité pouvait être mise entre parenthèses pendant des années. Ils restent deux ans, trois ans. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ça coûte très cher aussi de vivre à Fort McMurray donc ils ont tendance à prolonger leurs séjours. Ils se déconnectent complètement de leur vie là-bas. Leur corps de jeune homme avec ses besoins de jeune homme, que devient-il ? Et bien, il y a des boites de strip-tease,des prostituées. J’ai entendu dire qu’on faisait venir, pour des occasions spéciales, des prostituées depuis Edmonton en avion pour assouvir les besoins des... peut-être pour les boss et non pas pour les travailleurs, je ne sais pas.

« Be » est inscrit partout. Mais finalement, « être » renvoie à « posséder » ?

- Ecouter Nancy Huston :

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Ça se confond, être et avoir. C’est comme si l’on ne pouvait pas imaginer qu’il y ait une autre fonction dans la vie que d’avoir de plus en plus d’argent, d’être sûr de gagner assez d’argent pour envoyer ses enfants à l’école, à l’université. La vie devient entièrement un calcul de fric et rien d’autre. Les galeries d’art... bon, je veux bien que ce soit impossible dans une ville aussi récente et dans une région aussi ingrate de donner naissance à de grands artistes. Je ne suis pas naïve. Mais ce qu’on appelle des galeries d’art, c’est très comique. Ils ont des crochets, des ouvrages de crochets et de broderies qui montrent des camions. Ces camions gigantesques qui sont grands comme des immeubles de deux étages et dont ils sont très fiers.

C’est une sorte d’appauvrissement, d’abêtissement, je n’ai pas envie de dire bestialité parce que j’ai trop de respect pour les animaux. C’est une mécanisation de l’être humain. C’est comme si l’homme était en train de se transformer volontairement en machine, de faire partie de ces camions et de ces excavateurs qui arrachent la surface de la Terre. Quand on les regarde, c’est comme si l’on voyait des dinosaures. Et l’on voit les hommes qui se mélangent à ces corps mécaniques de dinosaures et qui détruisent leur propre maison, leur propre terre.

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Site minier du nord de l’Alberta, le 06 avril 2015. © Guy Oberson

Les gens ont-ils conscience de cette destruction, de la catastrophe écologique ?

- Ecouter Nancy Huston :

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Je ne peux pas généraliser sur les Albertains parce que j’en connais peu. Les gens avec qui j’ai discuté là-bas n’avaient pas l’air plus inquiets que ça. Je sais qu’il y a de plus en plus de mouvements écologistes, notamment les communautés autochtones, mais pas seulement, qui protestent.

Mais autour de moi, c’est vrai, à Calgary, à Edmonton, les gens avec qui j’ai discuté prenaient ça à la légère. Ils avaient l’impression... on aurait dit… que les écolos, c’étaient : ou des doux dingues ou des manipulés par les gauchistes, voire par les pays arabes. Le but de l’opération est de remplacer l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur de pétrole des États-Unis. Donc, on est très fier de cette mission, nous les Albertains, et l’on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez.

- Propos recueillis par Lucas Mascarello


- Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00 €


Lire aussi : Sables bitumineux : pétrole ou environnement ? A vous de décider… en jouant


Source : Lucas Mascarello pour Reporterre

Photos :
. Nancy Huston : © Lucas Mascarello pour Reporterre
. Lac de stockage et site minier : © Guy Oberson

Retour de flammes.

Par Le 10/05/2016

L’incendie de l’Alberta, parabole de l’époque

6 mai 2016 / par Hervé Kempf (Reporterre) 
 


 

L'incendie de l'Alberta, parabole de l'époque

L’incendie gigantesque qui sévit en Alberta, effet du réchauffement climatique, a frappé la ville qui n’y croyait pas.

Il était une fois un monde très riche, qui ne voulait pas cesser d’accumuler des richesses, quel qu’en soit le prix pour la nature.

Dans un pays parmi les plus riches, le Canada, on avait trouvé des sables bitumineux, une source de pétrole qui semblait inépuisable. Mais pour extraire le pétrole de ces sables, il fallait utiliser beaucoup d’eau, beaucoup de produits chimiques, beaucoup d’énergie, couper des forêts, entasser des déchets toxiques... Les écologistes et les autochtones de la région concernée, l’Alberta, avaient beau dire que c’était un désastre pour la nature, que cela émettait énormément de gaz à effet de serre, les exploitants n’en avaient cure. La cupidité était leur guide.

A Fort McMurray, autrefois un poste perdu dans la taïga, une ville a commencé à grandir démesurément, l’exploitation de sables à se développer au moyen de machines gigantesques, des lacs de déchets toxiques à se multiplier, les maladies à se développer chez les autochtones vivant en aval, les émissions de gaz à effet de serre du pays à augmenter sans cesse.

Le gouvernement s’en moquait : pour accroitre encore la richesse apparente du pays, il soutenait sans faillir l’exploitation des sables bitumineux, allant même jusqu’à se retirer du traité international sur le changement climatique.

Mais ignorer la réalité ne suffit pas à la faire disparaitre. Le changement climatique se déploie sur la planète, et les régions les plus proches du pôle Nord sont les plus affectées par le réchauffement. Ainsi, au printemps 2016, la température moyenne dans l’Alberta était bien plus élevée que la normale saisonnière : 30°C au lieu de 15°C ! Des conditions idéales pour que se déclenchent des feux de forêts.

Ceux-ci ont rugi, créant un brasier d’enfer autour de la ville des sables bitumineux, la ville qui croyait pouvoir ignorer le changement climatique, la ville qui croyait que l’on pouvait détruire la nature impunément.

Cent mille personnes ont fui, une ville est détruite. Comme Pripiat près de Tchernobyl, abandonnée après l’accident qui ne devait jamais arriver, voici Fort McMurray, brasier fumant, maisons calcinées, torche irradiante, symbole de la folie de la cupidité et de l’aveuglement.

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