Là-Haut

Articles de la-haut

Cancer

Par Le 29/11/2016

Cancer : le nombre de malades a explosé en France

A LA UNE / POLITIQUE / SANTÉ  /  Publié Mis à jour à par SudOuest.fr

S'ABONNER À PARTIR DE 1€     115 COMMENTAIRES

Les médecins tentent de trouver les causes de ces augmentations.
Les médecins tentent de trouver les causes de ces augmentations. © 

CC - PEXELS

Entre 1980 et aujourd'hui, le nombre de patients atteints de cancer a doublé. Certains types de tumeurs ont même vu leurs cas multipliés par 5

Selon des projections publiées en novembre 2015 par l'Institut de veille sanitaire (InVS), on estime à 385 000 le nombre de nouveaux cas de cancer survenus l'an dernier en France. C'est deux fois plus qu'il y a trente ans. 

Et si,  grâce à l'avancée de la médecine, la mortalité est en baisse (-34% depuis 1980), les cas de certains cancers ont triplé, quadruplé, voire quintuplé en quelques décennies. A partir des données de l'InVS, Le Monde a passé en revue l'évolution de tous les types de cancers. 

Quels sont les cancers en plus forte augmentation ? Pourquoi une telle évolution ?On fait le point.

La rédaction vous conseille

NB : les chiffres présentant l'augmentation du nombre de chaque type de cancer sont calculés à partir des données de l'InVS, entre 1980 et 2012.

  • Prostate

+400% chez les hommes

Le cancer de la prostate est le cancer le plus courant en France, tous sexes confondus (il devance le cancer du sein, premier cancer chez les femmes). Avec 49 000 nouveaux cas détectés chaque année, son augmentation fulgurante serait principalement due à un surdiagnostic. 

En effet, l'amélioration des tests de dépistages a permis d'améliorer la prise en charge de nombreux patients, mais a également amené les médecins à considérer comme des cancers des affections bénignes ou sans danger immédiat. 

Plusieurs équipes de chercheurs n'excluent cependant pas les facteurs environnementaux et le mode de vie comme causes de l'augmentation du nombre de malades.

  • Sein

+56,3% chez les femmes

La fréquence des cancers du sein en France stagne ou continue à augmenter chez les femmes de moins de 50 ans, alors qu'elle recule chez les femmes plus âgées.

Cette tendance peut s'expliquer par le recul de l'âge de la maternité, le surpoids, la sédentarité et le tabac, ainsi que par l'exposition à certains polluants et par le dépistage individuel, qui conduit à détecter des tumeurs qui ne l'auraient pas été auparavant, selon les spécialistes interrogés par le Monde. 

L'incidence globale du cancer du sein en France - le taux de nouveaux cas par an et par tranche de 100 000 habitants - diminue légèrement depuis 2005, après trente ans de forte augmentation. Cette date correspond à la publication d'une étude qui mettait en cause l'utilisation de traitements contre la ménopause, soupçonnés de favoriser les cancers du sein. 


Un lien de causalité entre les déodorants et le... par ITELE

  • Poumon

+431% chez les femmes ; stable chez les hommes

Auparavant cancer majoritairement masculin, le cancer du poumon augmente de manière exponentielle chez les femmes depuis des années. L'une des causes évoquées : la consommation de tabac, qui a augmenté chez les femmes plus tardivement que chez les hommes. Les jeunes filles fument même désormais davantage que les garçons.

  • Lèvres/bouche/pharynx

+60% chez les femmes ; en baisse chez les hommes

Le cancer de la zone buccale a longtemps été considéré comme essentiellement masculin (7 600 cas par an chez les hommes contre 3 100 chez les femmes) et causé par la consommation d'alcool et de tabac.

Mais depuis 1980, le nombre de cas a diminué de 60% chez les hommes tandis qu'il a grimpé de 60% chez les femmes. Si une partie de ces résultats peut s'expliquer par une évolution de la consommation de tabac et alcool chez ces dernières (comme pour le cancer du poumon), des scientifiques ont également pointé la responsabilité probable du papillomavirus humain, un virus sexuellement transmissible.

L'augmentation des cas de cancers de la bouche pourrait donc également être liée à l'augmentation des pratiques de sexe oral.

  • Rein

+70,59% chez les femmes ; +88% chez les hommes

Le cancer du rein, qui touche 11 000 personnes chaque année en France, est en augmentation constante. Comme pour les cancers de la prostate, l'une des causes de cette augmentation des cas est l'amélioration du diagnostic : les examens d'imagerie médicale permettent aujourd'hui de diagnostiquer des tumeurs invisibles ou indécelables à l'œil nu.

Mais l'augmentation de ce cancer pourrait également être causée par le surpoids (et une alimentation riche en graisses), le tabac, l'hypertension artérielle. L'exposition à certains produits chimiques (utilisés dans la sidérurgie et l'industrie du pétrole notamment) pourraient être un facteur aggravant.

  • Mélanome

+175% chez les femmes ; +332% chez les hommes

Le mélanome, ou cancer de la peau, est en nette augmentation depuis trente ans. Causé essentiellement par une exposition au soleil ou aux rayons UV trop importante, il peut également être favorisé par l'hérédité.

Plusieurs chercheurs estiment que la hausse du nombre de cancers de la peau est due à la prolifération des cabines de bronzage et l'exposition au soleil dès la petite enfance. 


Comment dépister le cancer de la peau ? par ITELE

  • Thyroïde

+392% chez les femmes ; +400% chez les hommes

Le cancer de la thyroïde touche majoritairement les femmes (avec 5 000 nouveaux cas par an contre 1 600 chez les hommes). En forte augmentation chez les deux sexes, ce cancer reste l'un de ceux les mieux soignés aujourd'hui.

A l'origine de l'augmentation du nombre de cas, deux causes sont principalement évoquées par les scientifiques. D'une part, un surdiagnostic peut conduire les médecins à considérer comme "cancéreuses" des thyroïde dont l'état ne se serait peut-être pas dégradé, et donc, gonflerait les statistiques de manière importante.

D'autre part, l'exposition à des perturbateurs endocriniens pourrait jouer un rôle non négligeable dans l'apparition de cancers. Ces substances chimiques influent sur les hormones et touchent donc particulièrement la thyroïde, "centre de contrôle" du corps humain.

  • Pancréas

+245% chez les femmes ; +118,18% chez les hommes

L'augmentation du nombre de cas de cancer du pancréas, particulièrement agressif, (environ 10 000 personnes sont diagnostiquées chaque année), reste un mystère pour les médecins à l'heure actuelle. Si certains facteurs (diabète, obésité) semblent jouer un rôle dans le développement de cette tumeur, particulièrement difficile à déceler, ils ne peuvent expliquer à eux seuls l'augmentation si rapide.

Selon Norbert Ifrah, président de l'Institut national du cancer, cette difficulté à diagnostiquer un cancer du pancréas pourrait aussi expliquer l'augmentation récente des cas : avant les derniers progrès de la médecine, cette pathologie n'était pas enregistrée avec la même rigueur dans les registres car elle était méconnue.


Santé - Prévenir le cancer du pancréas - 2015... par telematin

  • Foie

+200% chez les femmes ; +175% chez les hommes

Le cancer du foie est également l'un des cancers les plus agressifs et au plus faible taux de survie. Plus de 8 000 personnes sont atteintes chaque année en France (dont une majorité d'hommes). 

Longtemps considéré comme une maladie due à la consommation d'alcool, le cancer du foie peut être causé par de nombreux autres facteurs, notamment une maladie pré-existante du foie. Comme pour le cancer du pancréas, l'augmentation importante du nombre de malades est encore mal comprise par le monde médical. 

  • Testicule

+118% chez les hommes

Le cancer du testicule, même s'il est plus rare (environ 2 300 cas par an) et se soigne de mieux en mieux, est lui aussi en forte augmentation. L'hypothèse principale des médecins pour expliquer cette évolution est l'impact environnemental.

De plus en plus exposés, même in utero, à des perturbateurs endocriniens(notamment les pesticides), les enfants nés depuis les années 80 ont plus de risques de développer un cancer génital que leurs parents. 

Perturbateurs endocriniens (1)

Par Le 29/11/2016

Perturbateurs endocriniens : des scientifiques dénoncent la position de l'Europe

A LA UNE / POLITIQUE / SANTÉ  /  Publié Mis à jour à par Marine Ditta

S'ABONNER À PARTIR DE 1€     10 COMMENTAIRES

Pourquoi une telle frilosité à réglementer l'utilisation de ces substances ?
Pourquoi une telle frilosité à réglementer l'utilisation de ces substances ? © 

AFP EMMANUEL DUNAND

Près de 100 scientifiques réputés ont signé une tribune dénonçant la stratégie des industriels, qui orientent la politique de Bruxelles en matière de santé publique et d'environnement

Jusqu'à quand la dangerosité des perturbateurs endocriniens sera-t-elle minimisée par les instances politiques ? Jusqu'à quand les industriels parviendront-ils à imposer leur calendriers et leurs choix en matière de réglementation européenne sur des substances pourtant décriées depuis des années par la communauté scientifique ? C'est en matière ce que dénonce une tribune, publiée mardi dans Le Monde, en français et en anglais, et signée par près de 100 scientifiques internationaux renommés, spécialistes des troubles hormonaux ou des évolutions climatiques. 

Selon eux, le lobbying des industriels (qui fabriquent et vendent les substances considérées comme des perturbateurs endocriniens) est tel que depuis des années, l'Europe reste incapable de légiférer pour encadrer correctement l'utilisation de ces produits, pourtant jugés dangereux pour la santé humaine.

Les perturbateurs endocriniens, substances chimiques capables d'interférer avec notre système hormonal et de le contaminer, sont présentes dans de très nombreux produits de notre quotidien (alimentation, cosmétiques, ameublement, matériaux de construction...)

La rédaction vous conseille

D'un côté, des études qui dénoncent le danger

Les études démontrant leur dangerosité même à très petite dose, se sont multipliées ces dernières années. Selon les scientifiques, l'exposition à ces polluants est particulièrement critique lors de "certaines périodes du développement, pendant la grossesse ou la puberté, lorsque notre organisme est particulièrement vulnérable".Leur effet est souvent irréversible.

Résultat : leur prolifération est une véritable "menace mondiale pour la santé", alertent les signataires de la tribune.

"Jamais l'humanité n'a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l'ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non-descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique."

Selon eux, une seule solution existe pour enrayer cette hausse des maladies hormonales : limiter l'exposition de la population aux substances nocives en réglementant strictement leur utilisation. 

 

 

De l'autre, des industriels qui veulent gagner du temps

Face à ces études alarmantes, la première réaction aurait pu être la décision d'appliquer le "principe de précaution" et de stopper l'utilisation des substances mises en cause.

Mais c'était sans compter sur les enjeux financiers d'une telle décision, beaucoup trop importants pour être ignorés par les industriels. 

Aussi, selon les signataires de la tribune, la stratégie des fabricants est souvent la même : 

  1. Nier en bloc les accusations
  2. Si une étude vient confirmer les risques, sortir une contre-étude pour maintenir le doute
  3. Créer une controverse scientifique pour laisser les politiques dans le flou, afin de gagner du temps sur les législations

Et ces industriels ne se battent pas seuls : ils peuvent compter sur certains États hors Europe, précieux alliés de leurs intérêts économiques. 

Car au-delà des enjeux financiers pour les fabricants de substances chimiques, c'est une partie du système de libre-échange mondial qui pourrait être remise en cause si l'Europe venait à légiférer strictement sur les perturbateurs endocriniens et donc à limiter leur utilisation et leur importation sur le territoire.

En tête de file de la fronde anti-législation, les États-Unis, qui alertent à plusieurs reprises l'Organisation mondiale du commerce (OMC) du risque de "perturbation des marchés" en cas de limitation des perturbateurs endocriniens. 

Selon Le Monde, les Américains font aussi savoir ouvertement aux commissaires européens leur désaccord sur une éventuelle législation et les menacent à demi-mots de poursuites en cas de prise de décision trop radicale. 

Face à ces études contradictoires et ces pressions, comment réagissent les responsables gouvernementaux chargés de mettre en place les politiques de santé publique ?

Au milieu, l'Europe incapable de légiférer

Le dossier sur les perturbateurs endocriniens traîne dans les bureaux européens depuis 2009. Sans cesse repoussée, la définition même de ce qu'est un perturbateur endocrinien a finalement été timidement adoptée en juin dernier par Bruxelles, mais son contenu scandalise scientifiques et ONG. 

Parmi les critiques faites à cette définition : 

  • Le fait qu'elle ne prenne en compte que les effets sur la santé humaine. Une substance testée sur les animaux et présentant des risques avérés pourrait ne pas être considérée comme un perturbateur endocrinien par l'Europe, car non confirmée sur l'homme. 
  • Le fait qu'elle ne classe les substances qu'en deux catégories : perturbateur endocrinien avéré, ou non. Impossible donc d'émettre un doute ou d'appliquer un principe de précaution, comme c'est le cas pour les substances cancérogènes, classées en quatre catégories (avéré, probable, inclassable, inoffensif). 

Pourquoi une telle frilosité à réglementer l'utilisation de ces substances ?

Selon les signataires de la tribune parue dans Le Monde, les financements privésgangrènent la prétendue impartialité des études européennes sur lesquelles se basent les législations.

"Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse."

Le Monde s'est procuré une série de documents internes à la Commission, détaillant comment les conclusions scientifiques sur les perturbateurs endocriniens étaient écrites à l'avance pour faire correspondre les études de l'EFSA (l'autorité européenne de sécurité des aliments) à la volonté politique. Les "recommandations/conclusions" sont édifiantes.

L'omniprésence des lobbys et conflits d'intérêts au sein des institutions européennes n'est pas une découverte nouvelle. Depuis des années, des ONG dénoncent le manque d'impartialité des commissaires européens.

Ces derniers, responsables de l'initiation, de la négociation et du vote de lois qui affectent le quotidien de 500 millions de citoyens, dans des domaines aussi essentiels que le climat, l'agriculture, l'alimentation, la finance, occupent parallèlement des postes dans de grands groupes financiers ou industriels, dans les domaines qu'ils sont censés encadrer législativement. 

L'an dernier, l'ONG Corporate Europe Observatory (CEO) dévoilait des chiffres accablants : un tiers des anciens commissaires - soit 9 sur 27 - auraient pris des fonctions dans de grandes entreprises privées issues de secteurs souvent proches de leurs affectations politiques. 

Comment changer la donne ?

Pour les scientifiques signataires de la tribune, le principal enjeu est de garantir l'indépendance des études, nécessaire à une prise de décision impartiale et efficace.

"Un moyen efficace pourrait être la création, sous les auspices de l'Organisation des Nations unies, d'un groupe (indépendant, ndlr) chargé d'évaluer les connaissances scientifiques destinées aux responsables politiques dans l'intérêt général et mettrait la science à l'abri de l'influence des intérêts privés."

Ils appellent également leurs confrères à revendiquer leur indépendance et à défendre leurs études face à la volonté de "désinformation" des industriels.

"La plupart des scientifiques pensent qu'exprimer publiquement leur point de vue sur des questions politiques et participer aux débats de société pourrait compromettre leur objectivité et leur neutralité (...) Mais ce sont ceux qui nient la science qui laissent leurs opinions politiques obscurcir leur jugement. Avec, pour conséquence, des dommages irréparables."

Mario Beauregard

Par Le 27/11/2016

"DOCTEUR MARIO BEAUREGARD: LE POUVOIR GUERISSEUR DE LA CONSCIENCE"

 

Chercheur en neuroscience affilié au département de psychologie de l’Université de l’Arizona, Mario Beauregard est l’auteur de plus de 100 publications en neuroscience, psychologie et psychiatrie. Il a publié deux livres : Du cerveau à Dieu et Les pouvoirs de la conscience. Ses recherches sur la conscience lui ont valu d’être choisi par le groupe World Media Net comme l’un des « Cent pionniers du 21e siècle » (2000).

Réalisée en mai 2013, l’entrevue a été publiée en septembre 2013 dans le n°26 de la revue Néosanté.

Mario Beauregard, dans votre livre Les pouvoirs de la conscience, quel message principal souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs ?

Je souhaite éveiller un maximum de personnes au pouvoir d’influence de la psyché, qui inclut l’esprit et la conscience, sur l’organisme. Contrairement à la vision matérialiste réductionniste dominante dans les sciences, particulièrement dans les neurosciences, nous ne sommes pas des machines biologiques complètement déterminées par les neurones, par les messagers chimiques du cerveau, par les gènes, et par l’environnement. L’esprit est doté d’une très grande capacité d’influence sur le cerveau et sur les autres systèmes physiologiques qui sont en lien avec cet organe. La limite de ce pouvoir est encore inconnue. Nier cette capacité a de graves conséquences sur la santé. Pour une personne qui souffre de dépression, qui croit que sa souffrance est déterminée biochimiquement, qu’elle manque de sérotonine et que l’unique solution est de prendre des pilules pour modifier le fonctionnement de son cerveau, c’est extraordinaire de réaliser que tout cela est faux, qu’elle peut agir sur son cerveau et sur son corps. Les implications sont énormes aux plans individuel et collectif.

Vos détracteurs vous accusent de promouvoir la pensée magique et de donner de faux espoirs aux malades. Que leur répondez-vous ?

Je ne fais pas la promotion de la pensée magique puisque je dis que les émotions et la conscience font partie des paramètres impliqués dans une dynamique psychologique et physiologique complexe. Si j’étais médecin, je n’affirmerais pas à un patient atteint de cancer qu’il va guérir s’il change sa façon de manger, de penser, s’il fait de la méditation, etc… Dans l’état actuel de nos connaissances, nous n’avons aucune certitude en matière de guérison, d’autant que les individus sont différents. Néanmoins, nier le pouvoir d’auto-guérison porte préjudice aux patients.

Il est possible qu’avec l’évolution de l’espèce humaine, plus nous devenons conscients, plus notre capacité d’influence sur notre organisme s’accroît. Nous faisons probablement des sauts quantiques. Cela expliquerait pourquoi les êtres humains n’ont pas tous les mêmes capacités. Tout à coup, on voit apparaître des individus capables de se guérir grâce à un type d’attitude mentale alors que du point de vue de la médecine conventionnelle, c’est impossible.

Est-ce à dire que les êtres humains ne seraient pas tous au même stade d’évolution psychique ?

Exactement. De même que nous n’avons pas tous les mêmes prédispositions pour jouer d’un instrument de musique, les dispositions et les aptitudes psychiques varient d’une personne à l’autre. Le fait que certaines personnes ne parviennent pas à maîtriser leurs émotions, leurs croyances, à influencer leur physiologie par leur conscience, ne signifie pas que c’est impossible pour tout le monde. D’ailleurs, nous en avons la preuve par la manifestation spectaculaire de certaines guérisons.

Quelle information devrait recevoir toute personne qui reçoit un diagnostic de maladie grave aujourd’hui ?

Une des clés de la santé semble être la gestion des émotions. Même dans le cas de maladies graves comme certains cancers, plusieurs études montrent que le fait de rester serein et d’entretenir des émotions positives, en pratiquant la méditation, la respiration consciente, la visualisation, permet de ralentir la progression de la maladie, voire même de la stopper dans certains cas. Il peut y avoir des rémissions. On ne peut pas affirmer à une personne en particulier qu’elle va guérir, mais cela met toutes les chances de son côté. Il est important également de réaliser qu’on n’est pas une victime, qu’on a une responsabilité. Les personnes qui entretiennent des émotions négatives produisent beaucoup de cortisol qui est très toxique pour l’hippocampe, une structure cérébrale impliquée dans la mémoire. Il y a de fortes corrélations entre ce type d’attitudes négatives et le développement de démences de type Alzheimer. Les gens qui sont déprimés pendant plusieurs décennies ont beaucoup plus de risque de développer une démence. Si une attitude mentale est maintenue pendant des mois, des années, c’est certain qu’à plus ou moins long terme elle aura un impact sur la physiologie. Chaque attitude qui est maintenue dans l’espace mental, bien que non matérielle, est couplée de façon informationnelle avec des processus physiologiques dans le cerveau, qui lui-même est connecté avec les autres systèmes physiologiques de l’organisme. Donc tout ce qui se passe au niveau mental a un impact partout dans l’organisme.

Si les croyances positives favorisent la guérison, les croyances négatives peuvent-elles aggraver l’état de santé d’une personne ?

Bien sûr, c’est ce qu’on appelle l’effet nocebo. Par exemple, lors des essais cliniques de médicaments, les formulaires de consentements mentionnent une liste d’effets secondaires possibles du médicament. Il y a toujours des personnes qui subissent ces effets secondaires alors qu’ils ont reçu le placebo, une substance sans aucun effet en soi. Cela se produit également pour des personnes qui suivent un traitement dont elles connaissent les effets secondaires possibles. Notre esprit est extrêmement malléable, suggestible, pour le meilleur et pour le pire. Alors mieux vaut le savoir et s’en servir de façon constructive.

L’effet nocebo peut être terriblement puissant. Dans les cas extrêmes, un individu peut mourir parce qu’il croit être malade. Il y a des cas bien documentés de personnes ayant reçu un diagnostic de cancer par erreur, alors qu’elles étaient bien portantes. Ces personnes décédaient à l’échéance annoncée par le médecin.  À l’autopsie, il n’y avait aucune cellule cancéreuse, ce qui confirmait l’erreur de diagnostic.

Comment les émotions peuvent-elles nous tuer ou nous sauver ?

C’est un processus de transduction. Ce qui se passe au niveau mental, qui est immatériel, se traduit au niveau physique. Or, les émotions positives et les émotions négatives sont traduites très différemment dans l’organisme, en termes des messagers chimiques libérés. Par conséquent, elles n’ont pas les mêmes effets immédiats sur l’organisme, ni les mêmes conséquences à long terme.

Il y a maintenant des personnes qui veulent tout mesurer pour faire de la médecine préventive. Cela a un effet très pervers. Beaucoup de foyers cancéreux dans l’organisme se résorbent spontanément ; peu de gens sont au courant de ce fait. Le dépistage précoce crée la peur de mourir qui est toxique pour l’organisme. On sécrète plus de cortisol, d’adrénaline, etc. C’est sûr que c’est nocif.

Dans votre livre vous expliquez que la guérison dépend du traitement perçu et non pas du traitement reçu.

C’est là qu’on voit comment l’aspect mental joue un rôle énorme dans la guérison. Je vais vous donner un exemple. Une étude a été faite à Vancouver avec des patients atteints de la maladie de Parkinson traités avec un placebo. Leurs neurones à dopamine étaient détruits à 70% environ, ce qui est un stade assez sévère. Ceux qui ont cru le plus dans le placebo se sont mis à libérer de la dopamine de façon comparable à des individus normaux. Ils ont eu une rémission au niveau de la motricité et de la rigidité. Les 30% de neurones restant ont compensé pour le déficit, parce que les patients ont cru qu’ils prenaient un traitement efficace alors qu’il s’agissait d’eau saline. C’est pareil en cas de lésion ou d’accident vasculaire cérébral. Il y a beaucoup de redondance dans le système nerveux. Lorsqu’un circuit est endommagé, la fonction peut être prise en charge par un circuit alternatif. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. En réadaptation, c’est une hypothèse que les gens font de plus en plus.

Si les médecins disaient cela à leurs patients, qu’est-ce que cela changerait ?

Les taux de rémission et de guérison seraient plus élevés, l’efficacité des traitements serait nettement augmentée. Les patients se porteraient mieux sur le plan émotionnel. Ce n’est pas encore installé dans les pratiques médicales, mais de plus en plus de médecins sont au courant de ces choses-là. Cependant, c’est la population qui va amener le changement. Historiquement, cela s’est toujours déroulé ainsi : à partir du moment où les gens ont compris qu’il y a autre chose de meilleur, ils exigent le changement.

Vous étudiez énormément le neurofeedback. En quoi cela consiste ?

Nous enregistrons l’activité cérébrale d’un individu tout en lui donnant un feedback auditif et visuel. L’activité cérébrale est enregistrée par électro-encéphalogramme ou par résonance magnétique fonctionnelle. La personne voit en temps réel l’activité électrique de son cortex cérébral ou les changements hémodynamiques (c’est-à-dire l’oxygénation de son sang) dans son cerveau. C’est visualisé sur un écran sous forme de courbe ou de jeu vidéo rudimentaire. Dans la plupart des cas, les gens sont capables d’exercer un contrôle volontaire sur leur activité mentale, qu’il s’agisse de l’activité électrique ou de l’oxygénation du sang. Il y a des différences individuelles, comme pour les aptitudes musicales : il y a les virtuoses et il y a les personnes “normales”. Ce qui est intéressant, c’est ce qui se passe avec les personnes qui souffrent de pathologies telles que la dépression ou les troubles anxieux : plusieurs de ces personnes arrivent à inverser leur pathologie grâce au neurofeedback. Nous avons réalisé une étude avec des personnes qui souffraient de dépression sévère, qui étaient en marge du système, qui ne travaillaient plus. Certaines étaient suicidaires. Nous avons réussi à sortir de leur état dépressif plus de 70% de ces personnes, ce qui est un taux de réussite supérieur à celui des médicaments antidépresseurs.

Ma conjointe, la Docteure Johanne Lévesque, est l’une des expertes mondiales du neurofeedback avec les enfants. Elle travaille beaucoup avec des enfants qui souffrent de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité. Son équipe obtient des résultats extraordinaires. Certains enfants ont été expulsés de l’école à cause de la sévérité de leurs symptômes, malgré la prise de psychostimulants. Ces médicaments ont des effets très néfastes au niveau du développement. Au bout de quelques mois de neurofeedback, ces enfants n’ont souvent plus besoin de médication. L’amélioration concerne la cognition, l’attention, et la mémoire de travail. Au niveau de la régulation des émotions, l’équipe utilise le biofeedback, avec des paramètres tels que la respiration, la conductance électrodermale, ou le rythme cardiaque. Là  aussi, le feedback permet de contrôler assez rapidement ces fonctions-là. C’est très important de permettre à la personne de prendre le contrôle de sa propre activité physiologique. La personne ne se sent plus victime. Elle se rend compte que ces symptômes ne sont pas des processus complètement déterminés. Au contraire, elle voit qu’elle exerce une influence sur son état.

C’est cette compréhension qui aide les gens à aller mieux et à se passer de médication ?

Oui, très souvent. Ce qui nous apparaît, c’est qu’à chaque fois que nous recevons un feedback par rapport à une tâche, nous sommes capables d’influencer le processus physiologique. Toute intention consciente est couplée à des processus physiologiques inconscients, non-perçus. Le fait d’avoir un feedback sur ce qui se passe au niveau inconscient en temps réel permet de le modifier par l’intention, parce que certains aspects de l’inconscient humain sont associés à la physiologie, au corps. Lorsque nous posons une intention, l’inconscient est capable de se réguler au niveau de la biologie. C’est ce que les études en neurofeedback suggèrent, et c’est très puissant.

Le neurofeedback redonnerait à l’individu le pouvoir sur sa physiologie, sur sa biologie, sur ses émotions ?

Oui tout à fait. C’est exactement ce que découvrent les gens qui font quelques sessions de neurofeedback. Au tout début, quand ils commencent, les résultats sont aléatoires parce qu’il faut un temps d’apprentissage. La plupart des gens parviennent à exercer un contrôle mental sur des processus physiologiques au bout de 15 à 20 minutes. Cela dure quelques secondes puis ils retombent dans leur état normal. Au fil du temps, ils apprennent à rester dans l’état mental qui leur permet de contrôler les variables physiologiques. C’est une forme de d’auto-conditionnement.

Chez les sujets entraînés, est-ce que cette maîtrise se maintient en dehors des séances de neurofeedback, dans la vie courante ?

Chez les enfants souffrant d’hyperactivité et de déficits d’attention, nous avons une douzaine d’années de recul dans nos études. C’est un phénomène de neuroplasticité où le cerveau se transforme à long terme. Aussi, l’année dernière, nous avons fait une étude avec des étudiants à l’Université de Montréal. Nous voulions évaluer l’impact d’un entraînement attentionnel sur la plasticité cérébrale. Nous avons mesuré la matière grise et la matière blanche avec des techniques de morphométrie et de tractographie en résonance magnétique. Au bout de deux mois d’entraînement, nous avons observé des augmentations significatives d’épaisseur et de volume cortical dans les régions impliquées dans l’attention. Puisqu’il s’agissait d’étudiants universitaires, leurs performances cognitives étaient déjà très élevées au départ. Néanmoins, nous avons réussi à démontrer une amélioration de leurs performances. Avec des études cliniques où les gens présentent des déficits au départ, l’effet est encore plus visible. Malheureusement, le neurofeedback reste peu connu.

Aujourd’hui, avons-nous des preuves que notre esprit ou notre état d’esprit peut influencer l’expression de nos gènes ?

Pas de manière directe. Mais de manière indirecte, oui. Les études qui ont été faites concernent l’épigénétique, c’est-à-dire la capacité à modifier le fonctionnement des gènes. Quelques études ont mesuré l’effet de la relaxation et de la méditation sur l’expression de gènes impliqués dans le stress, les émotions négatives et la sécrétion de cortisol. Un entraînement par des méthodes de relaxation ou de méditation pendant quelques mois peut activer ou désactiver les gènes qui régulent le stress. Lorsqu’on parle d’un réseau psychosomatique, il n’y a pas que le système immunitaire, le système endocrinien ou le système cardio-vasculaire qui sont influencés par la psyché. Nous savons aujourd’hui qu’il faut aussi inclure l’aspect génétique, et plus particulièrement génomique. En d’autres termes, l’esprit influence aussi l’activité des gènes.

C’est ce qui explique l’effet de la visualisation mentale sur la guérison du cancer ?

Carl et Stéphanie Simonton ont été les premiers à utiliser la visualisation mentale pour le traitement du cancer. Ils proposaient d’imaginer les cellules cancéreuses en train d’être éliminées de l’organisme. La plupart des gens réussissaient à prolonger leur durée de vie. Ils ont eu plusieurs cas de rémission. Il semble y avoir un lien entre la vie émotionnelle et le développement de certaines maladies. Beaucoup d’oncologues et d’immunologues l’observent, comme mon ami et collègue Christian Boukaram.

Nous ne devons pas présupposer des limites de l’esprit. Je soupçonne que ce soit comme pour toute autre fonction. Il y a les virtuoses qui ont une énorme capacité d’influencer leur corps par leur esprit et il y a ceux qui en sont incapables. Nous pouvons apprendre à développer ces aptitudes en utilisant des outils comme certains types de méditation, de visualisation. Il y a des gens qui sont moins doués a priori mais avec de la persévérance et de l’entraînement, ceux-ci peuvent obtenir des résultats bénéfiques.

Vous décrivez une activité mentale chez des personnes cliniquement mortes, ayant un électroencéphalogramme plat, signe que l’esprit continue de vivre en dehors du corps. Généralement, les scientifiques réfutent les phénomènes qu’ils sont incapables de mesurer avec des appareils ou qui contredisent les théories communément admises. Devrons-nous attendre de nouvelles avancées technologiques pour que les scientifiques reconnaissent l’existence de ces phénomènes ?

Je ne crois pas. Il s’agit plutôt d’un changement de vision du monde. Lorsque nous parlons de pensées, d’émotions, il s’agit de processus non physiques, non matériels, sans volume ni poids. C’est immatériel, mais cela exerce un effet sur la matière. C’est un peu comme les forces fondamentales de la physique. Nous ne pouvons voir ni mesurer la force de gravité. Mais nous mesurons ses effets sur la matière. En physique, il est commun de faire certaines inférences concernant les forces fondamentales. Je propose de faire la même chose par rapport à l’esprit. Il est tout aussi fondamental que la force de gravité dans l’univers, même s’il est immatériel. C’est la condition de l’appréhension du monde, de la perception. Sans esprit, il n’y a pas de Science, pas de Physique, pas de forces fondamentales, pas de notion de réalité. Comme toute force fondamentale, l’esprit exerce une influence dans la vie de tous les jours, plus ou moins grande selon les individus.

Le cerveau humain est une interface, comme un poste de télévision. Si vous jouez avec les composantes électroniques, vous altérez la réception du signal. Mais cela ne change en rien le programme lui-même ni la station émettrice. Une lésion dans une région du cerveau ou l’absorption de drogues altèrent les fonctions psychiques. Pour autant, conclure que ces fonctions psychiques sont produites par le cerveau est aussi ridicule que de croire qu’une émission de télévision est générée par le téléviseur.

Autrement dit, on ne peut prétendre que la conscience est produite par le cerveau comme la bile est sécrétée par le foie ?

Absolument pas. L’esprit est non localisé. De plus en plus de chercheurs osent l’affirmer. William James, le père de la psychologie américaine, le disait déjà il y a un siècle. Il proposait plusieurs hypothèses pour expliquer l’origine de l’esprit. L’hypothèse de production, c’est-à-dire que l’esprit serait produit par le cerveau, mais aussi l’hypothèse de transmission ou de permission. Il comparait le cerveau à une valve de réduction, à un filtre. Henri Bergson et Aldous Huxley disaient la même chose. Évidemment, si vous modifiez le fonctionnement du filtre, vous modifiez vos perceptions. C’est ce qui arrive sous l’effet de substances psychédéliques. C’est comme de changer de fréquence sur votre poste radio : vous captez une information différente. Cela ne signifie pas que cette information est créée par l’organe lui-même. Le cerveau focalise sur le monde externe et sur le monde interne, qu’il s’agisse d’activité physiologique ou mentale. Mais c’est une petite frange de la réalité. Notre potentiel est beaucoup plus vaste, comme certaines traditions nous le disent depuis des millénaires.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Je vais étudier l’effet d’états émotionnels positifs sur l’expression des gènes, ce qui n’a pas encore été fait. À l’Université d’Arizona, nous avons un projet sur l’amour-compassion, la spiritualité-compassion. Il existe dans le bouddhisme des méditations dites de “loving kindness”, que l’on pourrait traduire par méditations de bienveillance. Nous allons faire des mesures avant et après ces pratiques pour voir dans quelle mesure elles modulent les hormones du bonheur, la dopamine, la sérotonine, et les endorphines.

Par ailleurs, je souhaite regrouper tous les chercheurs visionnaires qui ont une perspective post-matérialiste. En physique quantique, cela fait un siècle qu’on a fait la transition. Mais en biologie et en neuroscience, cela reste marginal. Nous voulons montrer que la conscience est non-locale, non-physique. La prochaine révolution scientifique va se faire à ce niveau-là. Ce sera aussi important que la révolution quantique en physique, amorcée au début du XXe siècle. Et plus important que la révolution copernicienne parce qu’on redonne un pouvoir énorme aux individus. On les reconnecte. Ils prennent conscience de leur unité avec l’Univers. Il existe plein de donnés qui le démontrent. J’en parle beaucoup dans mon livre. Il s’agit de rendre l’information accessible. Évidemment, il y aura beaucoup de résistance au niveau de l’establishment, qui opère encore selon le modèle de la physique mécanique classique.

N’est-ce pas difficile à appréhender pour qui n’a jamais vécu d’expériences “extraordinaires” ?

C’est certain que tant que les personnes n’ont pas fait l’expérience d’un esprit non-local, c’est difficile à comprendre. Par exemple, le neurochirurgien Eben Alexander a radicalement changé de perspective sur la nature de la conscience et du réel, suite à une expérience de mort imminente. C’était une personne très carrée qui a changé d’état d’esprit du jour au lendemain. Le fait d’avoir vécu personnellement l’expérience lui a permis de sortir d’un système de croyances dans lequel il était enfermé. C’est vrai qu’en bout de ligne, c’est une question de vécu. Quelqu’un qui n’en a pas fait l’expérience peut avoir du mal à comprendre tout cela. Il faut dire que le système scientifique dominant est basé sur une vision matérialiste. Tout est à transformer. Cependant, il n’est pas nécessaire de vivre une expérience de mort imminente pour changer de plan de conscience. Certaines pratiques méditatives peuvent permettre d’y accéder également, en plus d’avoir un impact positif sur la santé physique et psychique.


http://cyrinne.com/docteur-mario-beauregard-le-pouvoir-guerisseur-de-la-conscience/

Entre invalidité et handicap

Par Le 22/11/2016

Image 6 article de fond 1 c4eb8

Invalidité et handicap

Je fais une différence entre les deux termes.

L’invalidité relève à mes yeux de l’état d’une personne possédant l’intégralité de son potentiel physique et intellectuel mais qui ne cherche pas à l’explorer au-delà des obligations quotidiennes. L’état d’une personne qui vit en mode « pause », une personne qui instaure d’elle-même des limites étanches, comme une carapace et qui espère que rien ne viendra briser cette quiétude inerte.

Quand on dit qu’un projet est validé, cela signifie qu’il a abouti, que le travail mené a permis d’appliquer intégralement ce que ce projet contenait. Mais alors qu’en est-il de ces gens « valides » qui n’explorent pas au-delà du nécessaire vital le potentiel dont ils disposent ? Peut-on considérer que le projet est validé ? Quels sont les critères qui permettent d’établir la continuité du travail mené pour tendre vers les horizons les plus lointains ?

Se contenter du territoire connu est-il un gage de validité du projet ?

Personnellement, je pense que l’individu qui se satisfait des limites atteintes n’entre pas dans la catégorie des gens valides. Il est devenu, à un moment de son existence, une personne « invalide », c'est-à-dire à l’arrêt. Rien dans son existence ne parvient à l’extraire de ce qu’il juge être son confort, sa plénitude, comme un aboutissement alors que cette immobilité relève de la négation du potentiel disponible.

Qu’en est-il maintenant des personnes en situation de handicap ?

Elles ne possèdent pas, ou plus, ce potentiel commun à la majorité des individus et cette différence impose à leurs existences une difficulté constante. Il ne peut y avoir de contentement confortable qu’au prix d’une grande force morale.

Cette « lutte » constante pour atteindre des objectifs considérés comme évidents pour des personnes valides instaure une dépense d’énergie physique et psychologique qui au lieu d’éveiller un regard compatissant devrait nourrir une réelle admiration.

Je pense que les gens qui sont admirés pour leur physique ou leur statut de star, pour leur fortune ou leur succès sont en fait la représentation des rêves de ces individus « invalides » qui se contentent du seuil d’exploitation interne le plus accessible, celui qui ne réclame pas d’intenses efforts. L’admiration des stars est aisée. Alors, chacun divague à s’imaginer identiques à elles et se réjouissent quelques instants, comme une évasion au-delà des limites habituelles, un rêve délicieux...

Pour ma part, je considère que la personne en situation de handicap ne devrait pas être regardée avec compassion mais bien avant tout avec admiration car elle sait combien, à chaque instant, il est vital d’explorer le potentiel disponible et l’énergie qu’elle doit déployer pour y parvenir, au regard de celle bien souvent gaspillée inutilement par les personnes valides, ne peut être ignorée et rejetée dans une simple pensée empathique.

Lorsqu’ils m’arrivent de ne pas avoir l’énergie pour aller marcher en montagne ou pour m’astreindre à une réflexion, pour fendre du bois ou entretenir le jardin ou la maison, il m’arrive de penser à cette force morale de la personne handicapée, de l’acceptation inévitable de la difficulté, même si peut s’y joindre de la colère ou de la tristesse ou du désespoir.

Il faut réaliser pourtant ce qui doit être fait. Coûte que coûte.

Cette validation de l’existence, par l’énergie intérieure nécessaire,  se fait à travers le handicap et il existe dans cette vie qui se gagne à chaque instant, une forme d’exemplarité.

Je ne suis pas très enclin à l’exaltation envers le genre humain. Quelques aventuriers, montagnards, explorateurs, marins et quelques écrivains, philosophes ou artistes et quelques personnes qui ne font rien de particulier mais qui le font très bien. Mais j’éprouve un profond respect pour les personnes en situation de handicap, non pas par compassion mais parce qu’elles sont à mes yeux admirables.    

Priscilla Telmon

Par Le 15/11/2016

Son film, "Voyage au Tibet interdit" est magnifique. 

"Tout est possible, je fais, c’est tout"

PORTRAIT

Priscilla Telmon

"Tout est possible, je fais, c’est tout"

 

par Djénane Kareh Tager

Photo : Priscilla Telmon. En 2004, lors de sa traversée de l’Himalaya en solo et à pied.

2K48

A 18 ans, elle a quitté les bancs de la fac pour l’école de la vie. Depuis, rien ne l’arrête. Journaliste, photographe, peintre, cavalière… cette aventurière sillonne la planète seule et à pied. Son secret pour tout oser et tenir quand elle est rongée par la fatigue et les ampoules ? La passion qui la pousse sur les routes et la guide dans sa quête intérieure.

Je n’ai jamais eu de problèmes d’impossibilité, parce que je pense que tout est possible. » Quand elle prononce cette phrase, Priscilla Telmon ne cherche pas à vous narguer. Elle ne se rengorge pas, n’en tire aucune fierté : à vrai dire, elle est persuadée que cette « évidence » est unanimement partagée. Au « comment faites-vous ? », elle répond systématiquement : « Je fais, c’est tout. » Comment fait-elle pour être aventurière ? Ben… elle part à l’aventure. Et pour être à la fois journaliste et photographe, peintre et cavalière, cinéaste et apprentie chamane, polyglotte et grande sportive ? Facile, dit-elle : « Je ne fais que ce qui me passionne. Et puis, nous avons tous plusieurs identités. Pourquoi vouloir nous réduire à une seule case, un seul tiroir ? »

Mais commençons par le commencement. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Priscilla Telmon a toujours eu envie de savoir « ce qui se passe de l’autre côté de la montagne, de l’océan ». Toute petite, elle se passionnait pour les atlas qui étaient ses livres de chevet. D’ailleurs, quand elle vous en parle, des étincelles plein les yeux, vous avez juste envie de vous précipiter sur une carte du monde pour rêver, à votre tour, de tout ce que vous pourrez encore voir – parce que vous en avez le temps, oui, oui, il suffit de le prendre.

Des jeannettes aux steppes d’Asie centrale

Un père éditeur, une maison pleine de livres. Une famille agnostique, mais des cours de catéchisme. La fillette qui n’aime que « les contes, les mythes et les étoiles » est inscrite chez les jeannettes, les « filles scouts ». Elle y apprend à se servir d’une boussole, à lire des cartes et à décrypter la Bible, tout ce qui la passionne, mais finit par décrocher : « C’était trop carré. » Pour rassurer ses parents, elle s’inscrit en psycho, à la fac, mais elle est prise d’un vertige : « L’école de la vie m’appelait. Je ne pouvais pas, à 18 ans, m’engouffrer dans un métier pour toujours. Choisir une voie est une question tellement philosophique ! Comment peut-on l’infliger aux gamins ? » Elle quitte la fac pour les Philippines où elle s’investit dans un dispensaire de sœur Emmanuelle, se nourrit l’esprit en s’inscrivant à l’université libre du Dr Willem et suit par correspondance ses cours d’ethnomédecine où se mêlent acupuncture, cabale et médecines « ethniques » – chinoise, africaine, tibétaine…

Comment fait-elle ? Elle n’en fait qu’à sa tête. En 1999, elle a 23 ans et un coup de foudre pour le grand voyageur Sylvain Tesson. Il a déjà parcouru le monde à pied et à vélo, il l’embarque à cheval pour « un grand sourire » à travers les steppes d’Asie centrale – un parcours en demi-cercle à travers le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. 3 000 kilomètres, « avec trois chevaux merveilleux », sur des pistes de traverse, dans des contrées où l’on ne croise que quelques nomades, intrigués par cette Blanche libre et indépendante qu’ils appellent « chto », « la chose », « le truc ». Elle en rit encore, de ce rire cristallin qui s’écoule en cascades et lui est si particulier. « Nous n’allions pas à la rencontre des nomades, nous étions des nomades. Nous vivions, mangions comme eux, avions les mêmes souffrances, les mêmes joies, les mêmes plaisirs. Nous empruntions leur identité, comme des buvards. Je découvrais le sentiment de pouvoir vivre plusieurs vies en une seule. » 


En 2004, au bord du lac Namtso, au Tibet, à 4 700 mètres d’altitude

« Chto », qui a été biberonnée aux livres des grands voyageurs – les Ibn Battouta, Ella Maillart, et surtout Alexandra David-Néel qu’elle appelle « Alexandra » – se met en tête de partir sur les pas de cette dernière. A pied, toute seule, à travers jungles et montagnes, du Nord-Vietnam à l’Inde, en passant par le Yunnan, le Sikkim et le Tibet. Soit six mois, dont des semaines entières sans croiser âme qui vive, avec pour seul compagnon de route ce « comité angélique » qui, assure-t-elle, veille sur elle et la soutient.
 
Un sac à l’essentiel

Sur son dos : un sac de 15 kilos, pas plus – « le poids est l’ennemi du marcheur ». Elle y met le minimum, qu’elle décline dans cet ordre : « Du papier de riz pour écrire, c’est ce qu’il y a de plus léger, un stylo et une tenue de rechange. Une caméra et cinq batteries, soit cinq heures d’autonomie, ce qui m’oblige à filmer l’essentiel : il m’arrive de ne pas croiser de point d’électricité pendant des semaines. Des pellicules pour mon appareil photo – un appareil numérique impliquerait aussi un ordinateur, des chargeurs, donc du poids inutile. Une brosse à dents, un bout de savon pour tout laver – moi et mes habits – dans les rivières. Un couteau, une minipharmacie, un duvet. Et puis une boussole et surtout des cartes, celles des armées russe et chinoise : quand je suis au milieu de nulle part, je les compare pour être au plus près de la vérité, par exemple pour trouver un puits. En voiture, 50 kilomètres, ce n’est rien. A pied, tu as intérêt à ne pas te tromper. » 

Ceci dit, l’idée de se perdre ne l’effraye pas. « Cela amène toujours à se remettre en question, à découvrir l’inattendu. Tu t’orientes vers une ville, tu atterris dans un campement, tu passes une soirée géniale avec des personnes qui deviennent ta famille. C’est un cadeau ! Je ne me fixe pas de but quotidien. J’ai un point d’arrivée, 4 000 ou 5 000 kilomètres plus loin, et j’essaye chaque jour d’accomplir une petite étape, d’avancer. Mon idée n’est pas de me dépêcher, mais d’être dans la durée, dans une lenteur qui enrichit la vie. Ce voyage-là te dépouille de tes habits, de tes habitudes. Tu t’explores toi-même, tu plonges très fort et tu aiguises tes sens. L’aventure devient une excuse pour entreprendre une quête personnelle et intérieure. Au fond, c’est ce qui m’intéresse : il y a tellement à apprendre sur soi… » 

Nourrie d’énergie céleste

A Paris, Priscilla Telmon a les cheveux qui brillent, une peau de bébé et des mains bien soignées. Sur les routes, c’est une autre affaire. « La vie y est extrême et il faut mettre en pratique l’enseignement des stoïciens », dit-elle, pudique. Elle ne s’apitoie pas sur ses pieds en sang, rongés par les ampoules : « A force, une bonne corne se forme et procure des semelles naturelles. Il suffit de ne pas y penser. » Elle ne pense pas non plus à la faim, elle en rit : « Je reviens avec une ligne mannequin. Sur place, je mange ce que je trouve, puis l’appétit diminue. On mange trop, en Occident ! » Elle se tait, reprend d’une voix plus basse : « Seule sur les chemins, ton énergie ne vient plus de la nourriture, mais de l’extérieur, de l’ailleurs. C’est une énergie cosmique, céleste, celle que l’on retrouve dans tous les grands enseignements et qui existe vraiment. J’ai appris que la nourriture peut être autre… »

Croyante, elle l’est profondément. Chez elle, à Paris, trône un beau Bouddha, entouré d’images de maîtres tibétains et devant lequel elle renouvelle chaque matin les offrandes. C’est pourtant de l’animisme et du panthéisme qu’elle se revendique. Sa pratique, ce sont ses voyages : « Quand tu marches, tu es dans le moment présent absolu. Tu martèles la terre, tu rééquilibres les trois dimensions de l’être que sont l’esprit, l’âme et le corps, et tout s’harmonise. Tu es reconnectée, tu es dans le vrai. Tu perçois la fourmi qui marche sur une pierre, tu es en symbiose avec le caillou sur le chemin. Dans ces moments-là, tu n’as pas assez de tes bras, de ton cœur, pour étreindre la Terre. »

Il y a cinq ans, une rencontre lui a ouvert une nouvelle voie. C’était au hasard d’un documentaire pour Canal +. Elle a hésité, cette fois, elle qui n’a peur de rien, pas même des brigands qui un jour l’attaquèrent dans l’Himalaya, ni des CRS qui la cernent quand, avec son complice Sylvain Tesson, elle escalade Notre-Dame de Paris ou la tour Eiffel « pour attirer l’attention sur le Tibet ». « Je savais que je m’engageais pour vingt ans au moins… » Avec « son regard qui regarde ailleurs, si loin, au-delà », Justina l’a adoptée. Elle vit au Pérou, à cinq jours de pirogue de la ville la plus proche, dans un village où aucun Occidental n’était entré. Priscilla a appris le shipibo, la langue de la tribu de Justina. Depuis cinq ans, elle retourne régulièrement à ses côtés. Pour poursuivre son initiation de chamane, « désapprendre tout ce que j’ai appris et pénétrer ce monde mystérieux, irrationnel ». La vie n’est-elle pas magique ? 


Au cœur de la forêt amazonienne, au Pérou, avec Justina Serano qui l’initie au chamanisme. 

Site : www.priscillatelmon.com

Mots-Clés : Voyage

Ses dates-clés

1976 Naissance à Paris. 
1999 Renversée par une voiture, à Paris, elle est donnée pour morte, connaît une NDE (Near death experience). Six mois plus tard, elle entreprend sa première expédition, en Asie centrale, avec Sylvain Tesson. Elle la raconte dans“La Chevauchée des steppes” (Pocket, 2013). 
2005 Elle présente sur France 5, avec Yves Paccalet, la série documentaire “Le Sens de la marche”. 
2010 Elle publie “Himalayas, sur les pas d’Alexandra David-Néel” (Actes Sud) qui fait suite au DVD “Voyage au Tibet interdit” (MK2) relatant son voyage.


 

Comme mes pensées

Par Le 13/11/2016

Comme un flash en écoutant pour la millième fois ce morceau.

Cette musique, elle vit comme mes pensées. 

Une idée qui jaillit, une mélodie qui s'emballe, des instruments qui s'ajoutent comme autant d'arborescences, des pensées qui se connectent au flux majeur, des pensées qui viennent nourrir l'élan vital de la pensée première, c'est euphorique parfois, comme une joie physique, une course intérieure, un parcours d'obstacles et mes pensées les franchissent avec le plaisir de l'effort accompli, c'est comme une montée en altitude, chaque élément, chaque son, chaque couleur, un parfum, un regard, le tempo du souffle, c'est une vie qui bouillonne et la musique de mes pensées s'emballent, le tohu bohu s'accorde au leit motiv, une pensée comme un Guide sur la pente, elle est la force qui entraîne, elle est le courant qui emporte, elle appelle par sa puissance tous les cours d'eaux des montagnes, et dans son lit se déversent des milliers de mots, c'est comme une crue salvatrice, tous les instruments jouent dans un chaos magnifique une partition commune, tous entraînés dans le lit du fleuve vers le déversement dans l'océan, dans la jungle des mots, des sentes se dessinent et je les emprunte sans jamais perdre de vue la voie originelle, la quête de la première idée, la réponse à la première question, le prolongement jusqu'à l'horizon du dernier mot, lorsqu'il n'y a plus rien à dire, lorsque la pensée retourne au silence de la terre la plus profonde, dans l'humus du cerveau. Que le fleuve des mots s'abandonnent à l'immensité de l'Océan de la paix intérieure. 

 

L'espoir et le sens.

Par Le 13/11/2016

« L'espoir ce n'est pas de croire que tout ira bien, mais de croire que les choses auront un sens ... » ~ Vaclav Havel


Personnellement, je préfère ne pas attendre que les choses aient un sens mais à m'attacher principalement aux choses auxquelles je peux donner un sens.

Celles sur lesquelles je ne peux avoir aucune action n'ont donc à mes yeux aucun sens. 

Mais les pensées sont-elles une action ? Lorsque je pense à un sujet précis, s'agit-il d'une action ?

Oui, si cette réflexion a un sens.

Mais alors, s'il survient des pensées insoumises, récurrentes, incontrôlables, des obsessions ou des angoisses, des espoirs infantiles, s'agit-il d'une action puisque ça n'a aucune direction intentionnelle, ni même aucun raison d'être et par conséquent aucun sens ?

Il existerait donc des états de conscience si faibles qu'ils réduiraient l'existence à un non-sens...

Comment est-ce possible ?  

Et plus intriguant encore...Pourquoi ? 

Pourquoi est-ce qu'un être doté de vie et d'un cerveau plus performant que tout ce qui est connu peut-il se contenter d'espoir ou de croyances ?  

C'est possible quand l'humain ne donne pas de sens aux choses et "croit" que "quelqu'un" leur en donnera.

C'est la question de la responsabilité de soi. 

"Quel est le sens que je donne à ma vie ?

La formulation a son importance. C'est dans cet engagement que l'espoir ou les croyances deviennent inutiles. 

"L'avenir n'est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire."
Henri Bergson

 

Un oasis français.

Par Le 13/11/2016

Déserté, un petit village de Dordogne reprend vie en misant tout sur le bio !

 

La transition écologique : une arme redoutable contre l'exode rural. La preuve avec l'exemple spectaculaire de Saint-Pierre-de-Frugie en Dordogne.

Par Axel Leclercq -

 

En 2008, Saint-Pierre-de-Frugie était encore l’un de ces innombrables villages français victimes de la désertification, de l’exode rural et du vieillissement de sa population. On n’y croisait pas un chat. Pourtant, moins de 10 ans plus tard, les gens s’y pressent par dizaines dans l’espoir d’y trouver une maison à vendre ! Que s’est-il passé entre temps ? Il s’est passé que le nouveau maire a tout misé sur le bio et l’écologie ! Gros plan sur un retour à la vie qui ne doit rien à la magie !

Gilbert Chabaud a été élu maire de Saint-Pierre-de-Frugies en 2008. Seulement voilà, ce petit village de Dordogne n’avait plus rien à voir avec celui de son enfance. Tous les jeunes étaient partis s’installer en ville pour y trouver du travail et le rectorat avait fermé l’école un an plus tôt, provoquant ainsi la fermeture du dernier commerce du village : le bistro qui préparait les repas de la cantine scolaire…

Source : Wikipedia
Source : Wikipedia

En résumé, à Saint-Pierre-de-Frugies, à de rares exceptions près, on n’y trouvait plus que des anciens. En conséquence, le village était appelé à mourir à plus à moins long terme.

Mais Gilbert Chabaud ne pouvait pas se résigner à un tel sort. Élu à la tête de sa commune, cet ancien concessionnaire automobile s’est donc creusé la tête et a décidé de tenter le tout pour le tout en misant sur le bio et l’écologie !

Dans un premier temps, son conseil municipal a voté la fin de l’usage des pesticides et des traitements phytosanitaires. Résultat : on a rapidement vu revenir les papillons et autres insectes pollinisateurs oeuvrer sur le moindre bosquet.

Source : Saint-Pierre de Frugie
Source : Saint-Pierre de Frugie

Ensuite, la municipalité a décidé la création d’un « jardin partagé ». Une sorte de potager collectif ouvert à tous où chaque habitant est invité à s’initier à la permaculture et à se fournir en fruits et légumes. Résultat : une animation solidaire, écologique et inattendue qui a fini par se faire connaître au delà des frontières de la commune.

Dans un troisième temps, Gilbert Chabaud a voulu profiter du potentiel touristique de sa commune. À ce sujet, voici ce qu’il a confié à l’AFP :

« En améliorant l’environnement, en rachetant les zones humides tout autour de la commune, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire pour l’écotourisme »

Aussitôt dit, aussitôt fait : neuf sentiers de randonnée ont été aménagés dans les environs et tout le petit patrimoine du village a été restauré grâce à des matériaux écologiques !

Résultat ? Eh bien les touristes sont venus ! Il a donc été possible de réaliser la quatrième étape du projet : la construction d’un gîte rural et écologique destiné à accueillir les visiteurs !

Source : Saint-Pierre de Frugie
Source : Saint-Pierre de Frugie

Mais ça ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin. Les touristes, aussi écolos soient-ils, ont besoin de se rafraîchir et de se nourrir. En 2013, le village a donc rouvert les portes de son bistro dont la gestion a été confiée à un gérant venu de l’extérieur.

Dans la foulée, le village a même eu droit à l’ouverture d’une épicerie bio alimentée par les agriculteurs de la région !

Retour de l’animation, retour des commerces, arrivée de nouveaux habitants… Il ne restait plus qu’à rouvrir l’école. Et, vu que l’éducation nationale y restait opposée, le maire a soutenu une institutrice qui souhaitait ouvrir une école Montessori. Bonne pioche : non seulement ça  a marché mais, en plus, en une année scolaire seulement, les effectifs ont déjà doublé (l’établissement accueillant désormais 20 élèves) !

Source : Saint-Pierre de Frugie
Source : Saint-Pierre de Frugie

Que de chemin parcouru en à peine 8 ans ! Et ça n’est pas terminé !

Véronique Friconnet, elle aussi secrétaire de mairie, s’est également confiée à l’AFP :

« C’est un cercle vertueux. Désormais il ne se passe pas un jour sans que des gens appellent pour nous demander s’il y a des maisons à vendre à Saint-Pierre ».

Le succès de cette transition écologique est tel que le maire entend désormais ouvrir un musée d’un genre original : un musée à l’envers qui envisagera l’avenir plutôt que de raconter le passé !

L’avenir, justement, Gilbert Chabaud l’envisage déjà. Son nouvel objectif ? Un village autonome en énergie !

Cette belle histoire souligne une chose : la transition écologique ne doit pas être vue comme une contrainte à trainer comme un boulet mais bien comme une formidable opportunité d’avenir. La trajectoire étonnante de Saint-Pierre-de-Frugies en est la preuve : les gens sont prêts pour l’écologie. Mieux que ça : ils la plébiscitent !

Trump : mise au point

Par Le 12/11/2016

Rien à ajouter. Tout est dit pour moi. 

Revenu universel de base

Par Le 11/11/2016

Quelques économistes prédisent dans les décennies à venir la disparition de 30 à 40% des professions. Elles seront remplacées par des algorithmes et des "robots". 

Se posent dès lors bien évidemment notre rapport au travail comme étant une nécessité vitale et le moyen de pallier à sa disparition. 

Le revenu universel de base est une idée de plus en plus évoquée.

Son Histoire est déjà ancienne. Thomas Paine l'avait longuement détaillée dans un de ses livres.

 

http://www.revenudebase.info/2016/03/02/lire-paine-gauche/ 

Agrarian Justice (« La Justice Agraire »), écrit en 1795-1796, fut son dernier grand pamphlet et marqua l’achèvement du projet de protection sociale qu’il avait proposé à Philadelphie en 1775. Ce pamphlet réitère dans un langage simple la théorie de Paine selon laquelle les inégalités et la pauvreté ne sont pas naturelles mais issues de la société. De manière plus nette que dans Rights of Man tome II, et largement inspiré des Babouvistes, il lie les origines des inégalités à la propriété privée. La cause des inégalités dans Agrarian Justice n’est plus désormais liée au système des privilèges aristocratiques, comme dans ses précédents travaux, mais à la propriété.

L’auteur déclare : « Il y a deux types de propriété. Premièrement, la propriété naturelle, la terre, l’air, et l’eau de la Terre, que le Créateur a données à l’humanité d’une manière équitable. Deuxièmement, la propriété artificielle ou acquise, les produits du labeur pour lesquels l’égalité est impossible, puisque cela nécessiterait que tout le monde ait contribué dans les mêmes proportions, ce qui ne saurait jamais être le cas. L’égalité de la propriété naturelle est le sujet de ce petit essai. Chaque individu de ce monde est à cet égard né avec un droit légitime à réclamer ce type de propriété, ou un équivalent. »

Il poursuit en arguant, comme John Locke avant lui, qu’à l’état de nature la Terre et toutes ses ressources sont « la propriété commune de l’espèce humaine ». Mais contrairement à Locke, Paine insiste sur le fait que ce droit n’est pas perdu quand la terre est revendiquée comme propriété privée pour le but de l’agriculture — « c’est seulement le mérite de l’amélioration, et non la terre elle-même, qui est une propriété individuelle. »

Il explique que ce système de propriété privée est justifié parce que la culture de la terre augmente très fortement la productivité du sol, mais que « tous ceux qui ont été chassés de leur patrimoine naturel par l’introduction du système de la propriété foncière » ont droit à une compensation pour cette perte.

« Tout propriétaire de terre cultivée, doit à la communauté une rente agricole… du fait de la terre qu’il possède », dont les fonds doivent être orientés  vers un nouveau projet de sécurité sociale. Une fois encore, Paine insiste : « c’est un droit et non de la charité que je défends. »

L’argent recueilli par cette rente foncière serait distribué sous forme de paiement égal à « chaque personne, riche ou pauvre » dès l’âge de 21 ans, ce qui garantirait à chaque citoyen un modeste héritage, « un moyen de ne pas tomber dans la pauvreté ». Cette proposition a souvent été interprétée comme la première suggestion pour un revenu de base universel, mais cela ne semble pas être exactement ce que Paine avait à l’esprit.

Alors que le revenu de base est généralement considéré comme une mesure anti-pauvreté conçue pour aider les pauvres à assumer leurs frais de subsistance avec des paiements réguliers en espèces, la proposition de Paine prend la forme d’une unique subvention forfaitaire accordée à chaque individu quand il atteint l’âge adulte. Il poursuit en disant : « Avec cette aide, ils pourraient acheter une vache, et l’utiliser pour cultiver quelques acres de terre ; et [travailler pour eux-mêmes] au lieu de devenir des fardeaux pour la société ». Paine espère que les bénéficiaires utiliseront leur héritage social non pas pour acheter des biens de consommation, mais pour s’acheter des moyens de production, et sortir complètement de la vie précaire et misérable du salariat.

Il s’agit d’une subvention universelle en capital, non pas d’un revenu de base. Paine veut rendre tout le monde propriétaire des biens produits. La liberté républicaine, après tout, exige l’indépendance économique et la sécurité matérielle pour tout le monde."


 

"Toutes ses ressources (la terre) sont « la propriété commune de l’espèce humaine ».

Cette phrase porte à mon sens les raisons actuelles (et à venir) du désastre écologique sur la planète. Les Amérindiens ne considéraient pas que la terre leur appartenait mais que eux, appartenaient à la terre. Les êtres humains, n'étant que des "locataires".

Un propriétaire fait ce qu'il veut de sa propriété. Un locataire, moralement intègre, ne se l'accorde pas. Nous ne reviendrons sans doute jamais à une vision aussi respectueuse et durable envers la planète.

Il est par contre envisageable, à défaut de devenir humbles, de faire entendre, comme l'écrivait Paine, que le droit à la terre lorsqu'il a été retiré par la propriété territoriale encadrée par l'Etat, aboutisse à une rente compensatoire. Je sais très bien, que même en étant "propriétaire" de la maison où nous vivons, l'Etat par les impôts qu'il prélève, reste le propriétaire réel de l'endroit. Jusqu'à la saisie si ma situation financière sombrait. Il en a le droit.

Nous ne sommes "propriétaires" pour notre part que du droit, moyennant finances, à nous installer sur le territoire de la Nation, "propriété de l'Etat"... 

Bon, tout ça n'est que de la rhétorique. Il reste le problème majeur du financement de cette "rente compensatoire" et, plus difficile encore, de la prise de conscience par l'ensemble de la population que le "travail"  dans l'ancien français désignait une souffrance et que plus loin encore, son étymologie remonte aux Romains : "tripalium" qui signifie "supplice"...

Tripalium :

(Antiquité) Instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles.

(Antiquité) (Maréchalerie) Instrument servant à ferrer de force les chevaux rétifs.

 

C'est assez parlant comme étymologie...

Combien de gens sont totalement "dépendants" de leur travail, existentiellement ? 

Combien de gens sont persuadés que cette rente conduirait au chaos, à la paresse, au désoeuvrement ? 

Il faudra du temps...

 

"Prince of Texas"

Par Le 11/11/2016

C'est un film dans lequel il ne se passe rien. Rien de ce qui ressemble à une action ou une intrigue ou à l'once d'un "suspens". 

Et c'est un film empli de silences, de regards, d'attitudes, de non-dits et de paroles profondes, une confrontation entre deux individus que tout oppose, celui qui est là pour "se retrouver" et celui qui est là alors qu'il voudrait être ailleurs. 

Au coeur d'une nature blessée, une forêt qui a flambé et dont la route doit être remise en état. 

La difficulté existentielle comme fil conducteur, les relations humaines, la quête de l'amour, (mais de quel amour?), la mise à nu de tous les manques et de toutes les faiblesses humaines, l'importance de la parole qui relie quand les egos se taisent et que les âmes se révèlent, la fragilité du couple quand les lignes de vie ne visent pas le même horizon, l'insignifiance de l'amour quand il n'est que l'apaisement des fièvres corporelles.

Et cette nature, neutre et pourtant présente, comme un "personnage" qui les observe, silencieusement, sans parti-pris, sans jugement et qui dispense gracieusement l'apaisement à celui qui s'ouvre à la paix.

 

 

Et puis, il y a cette musique, magique, intense, prenante, envoûtante...

Je l'écoute en boucle depuis deux jours. 

Que du bonheur...

Burn out des soignants

Par Le 10/11/2016

Le problème existe dans toutes les secteurs professionnels mais il est clair que le milieu médical et particulièrement hospitalier va très mal. 

 

Burn-out : les soignants désemparés

par Bruno Martrette

Plus des trois quarts des professionnels de santé chercheraient de l’aide s’ils se retrouvaient dans une situation de burn-out. Toutefois, près de la moitié ne saurait à qui s’adresser. 

Burn-out : les soignants désemparésCLOSON/ISOPIX/SIPA

Publié le 

 

Mots-clés :

burn-out

SPS

CNPS

professionnels de santé

A force d'être au chevet des autres, les professionnels de santé s'oublient souvent. En effet, qu'ils soient médecins, infirmiers, ou encore pharmaciens, le mal-être semble généralisé, notamment la souffrance psychologique, omniprésente dans ces professions. 
D’après les résultats d'une enquête menée en 2015, près de la moitié des soignants estimait avoir été en situation de souffrance dans leur carrière (50 % étaient ou avaient été concernés par le burn-out, 14 % par des conduites addictives). 

Face à ces résultats préoccupants, l’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) a mandaté l’agence Stethos pour répondre à une question : quelles sont les attentes des professionnels de santé en cas de souffrance psychologique ? Et cette seconde enquête n'est guère plus rassurante. 

Les professionnels de santé, tant en libéral qu’à l’hôpital, confient à plus de 75 % qu'ils chercheraient de l’aide s’ils se retrouvaient un jour dans une situation de souffrance psychologique (syndrome d’épuisement professionnel ou burn out, comportement(s) addictif(s)…). Les femmes seraient, en outre, plus enclines à se faire aider, par rapport aux hommes (79 % contre 69 %).
 

Les structures d'aide mal identifiées 

Mais ces derniers sont démunis lorsque la maladie arrive. S’ils se trouvaient dans une situation de souffrance psychologique, près de la moitié avouent qu'ils ne sauraient pas à qui s’adresser. Il semble donc logique qu'à la question plus précise : « Connaissez-vous une association engagée contre la souffrance psychologique des professionnels de santé ? Un numéro d’écoute à appeler dans le cadre de ce type de souffrance et dédié aux professionnels de santé ? », les soignants répondent « non », à 95 % (association) et 97 % (numéro d’écoute).

Il est à noter que les médecins sont un peu plus nombreux que les autres professionnels à connaître une association engagée contre la souffrance psychologie, mais ce pourcentage reste toutefois très faible (14 %).
 

Un impact majeur sur la qualité des soins ?

Et cette souffrance psychologique a l'effet d'une onde de choc. Avec un impact potentiellement majeur sur la qualité des soins. C’est ce qu’affirment en tout cas près de la moitié des répondants (et jusqu’à 65 % des médecins). Pour eux, la qualité des soins prodigués par des professionnels de santé en souffrance psychologique pourrait être affectée au point de mettre un danger la vie du patient.

Enfin, lorsqu'on les interroge sur les raisons pour lesquelles ils ne se font pas aider, les professionnels de santé sont catégoriques. Pour 71 % d'entre eux, c’est parce qu’ils ne peuvent pas s’offrir le « luxe économique » d’être en arrêt maladie. Il faut dire que les soignants ayant répondu ne sont pas tous couverts par un contrat de prévoyance (20 % n’en n’ont pas) et ils sont nombreux à ne pas savoir s’ils sont bien assurés.
La deuxième raison qui pousse ces professionnels à ne pas demander d'aide est leur désir de discrétion (69 %). La preuve que le tabou d'être malade quand on est soignant n'est pas encore totalement levé.
 

Ecoutez...

Eric Henry, président de l'association de l'association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) : « Le tabou ne tombe pas, car la sanction pour les professionnels de santé est très grave (...), il faut rassurer tout le monde. »

 

(1) L’enquête a été menée par internet du 19 septembre au 10 octobre 2016. Plus de 4 000 professionnels de santé y ont répondu. Parmi eux, 25 % sont kinésithérapeutes et un peu plus de 20 % sont médecins. Viennent ensuite les orthophonistes, les infirmiers, les podologues, les pharmaciens, les chirurgiens-dentistes. 

LIENS SUR LE MÊME THÈME

 

 

 

Principes du Karma yoga

Par Le 09/11/2016

PRINCIPES DU KARMA YOGA
Rechercher toujours la perfectiondans l'action.
  • Il s'agit de faire chaque action de son mieux, mais ce n'est pas du perfectionnisme à tout prix.
  • Chacun fera selon ses propres compétences et s'efforcera de faire de son mieux.
  • Les résultats varient d'un individu à l'autre, mais l'intention va vers le même but.
Savoir se détacher des résultats de l'action. Cela signifie qu'il ne faut pas avoir d'attente particulière quant au résultat d'une action :
  • ni d'attente pour son profit personnel : égoïsme,
  • ni d'appréhension quant au résultat : angoisse, peur quant au résultat, etc.
Savoir rester centré sur l'action en cours d'accomplissement. C'est la conscience permanente qui concerne l'objet et le sujet :
  • objet : on reste centré sur ce que l'on fait immédiatement,
  • sujet : on agit en conscience, toute pensée vagabonde est donc à exclure pendant l'action si elle n'a pas de rapport avec l'action même.

Yoga sutra

Yogas sutras : les 5 principes fondateurs du yoga

5 grands principes découlent des yogas sutras. S'ils sont observés lors de la pratique, ces principes amènent le pratiquant à une harmonie globale :

YOGA SUTRAS : LES PRINCIPES DU YOGA

Principes Explications
Le choix de l'exercice.
  • L'exercice doit être approprié.
  • Il n'est pas question de maltraiter son corps en faisant un exercice de façon inadéquate ou en pratiquant un exercice contre-indiqué à notre état de santé.
La respiration correcte.
  • La respiration tient une place primordiale dans le yoga.
  • Chaque mouvement est rythmé par la respiration.
  • Faire un exercice sans savoir respirer de façon correcte ne servirait à rien.
La relaxation correcte.
  • L'exercice pratiqué avec une respiration correcte doit aussi se faire avec la présence correcte du pratiquant.
  • La pensée ne doit pas vagabonder pendant la pratique.
  • Ceci amène une certaine concentration sur le moment présent, mais en même temps le vide mental de tout ce qui ne concerne pas l'action présente et la relaxation.
L'alimentation.
  • Moins répandu en Occident, ce principe est toutefois essentiel dans le yoga de l'Inde.
  • Entrent également en compte la notion de végétarisme et d'une alimentation saine pour la bonne santé du corps.
  • On retrouve également ce principe dans l'Ayurvédisme.
La concentration/méditation. Ce principe est à la fois lié au mental et à la spiritualité.

Méditation et yoga

Yogas sutras : les 5 principes fondateurs du yogaThinkstock

"La belle vie" de Marion Gervais

Par Le 07/11/2016

GLISSE

http://kubweb.media/project/la-belle-vie/

La belle vie

Être libre c’est quand personne ne t’oblige à faire quelque chose. Quand t’es soumis à quelqu’un, c’est la mort !

scroller pour voir plus de contenu

Marion Gervais nous avait déjà impressionnés avec Anaïs s’en va-t-en guerre ; son nouvel opus, La belle vie, confirme qu’elle est une authentique cinéaste.

la belle vie kub marion gervais

Le film démarre par un de ces intenses moments d’ennui, pour quatre pré-ados en rase campagne (au propre comme au figuré), à se plaindre de leur sort, et de la maréchaussée qui s’en prend à leur seule raison d’être : le SKATE. À part s’ennuyer… ils peuvent rêver des villes dont les skateurs sont des princes : Saint Malo ! Rennes !! Barcelone !!!

Lointains petits frères de Tao Astier [Collections – La voie de Tao], ces gosses aux marges du système, en mal de reconnaissance, font finalement de leur déshérence un atout, se construisant un monde autarcique, où ils jouissent de liberté. LA BELLE VIE quoi !

LA BELLE VIE : LE FILM

de Marion Gervais (58’ – 2016, Quark productions)

Quatre garçons. 13 ans à tout casser.
Quatre garçons et leur bande, qui dévalent en skate les routes de leur village, entre la mer, la campagne et la ville. Skater toujours plus vite pour s’échapper. Échapper à la vie ennuyeuse, à l’école qui rapetisse les rêves, aux adultes qui ne rient plus. S’enivrer de sensations fortes en dévalant les pentes, soleil couchant d’un côté, océan de l’autre. Faire crisser les roulements à billes sur le bitume pour pousser la vie plus haut. Libérer la joie et les peines, partager les peurs et les batailles : aimer des filles, conquérir les pères, oublier le collège.
La vie est rude quand on a 13 ans mais c’est la vie ensemble. Celle qui sauve de tout. Et ensemble ils décident d’aller au bout de leur promesse, partir skater à Barcelone.

Voici dans un premier temps la version 52′ du film pour France 3 Bretagne, la version originale de 58′ sortira en décembre.

INTENTIONS DE LA RÉALISATRICE

Extraits du dossier artistique de La belle vie

Je connais la plupart de ces garçons depuis qu’ils sont tout petits. Nous vivons dans le même village. J’ai suivi chaque étape de leur enfance en observatrice attentive. Ils m’ont toujours ému et malgré les carences affectives, les pères absents, ils vivent leur vie avec fougue et passion dans ce village, leur domaine qui recèle leurs secrets et leurs peines d’enfants.

Je les ai vus se cogner contre les adultes, contourner les obstacles et trouver leurs solutions, rire de tout et de rien, pleurer aussi. Je les ai vus partir dans les bois comme on part à la guerre, le sac rempli de pioches et de couteaux. Je les ai vus partir dans les marécages, enfoncés dans la boue jusqu’aux cuisses, à la recherche de « plantes rares ». Et je n’ai jamais cessé de m’interroger sur ce qu’ils sont et sur les hommes qu’ils deviendront demain.

lire la suite...

PRESSE

Les petits princes de Marion Gervais

Mon fil conducteur, c’était d’arriver à accéder à l’intériorité de ces jeunes qui quittent l’enfance et qui arrivent dans l’adolescence, qui ont une puissance de vie phénoménale et qui en même temps traversent les rudesses de l’existence comme les adultes.

Chloé Batissou pour ARMEN

Devenir grand, c’est glisser vers l’inconnu

Dès les premières minutes de La belle vie, le spectateur se laisse embarquer par cette bande d’adolescents, filmés par Marion Gervais. Avec tendresse et délicatesse, elle les amène à se confier. L’un parle avec pudeur de l’absence de son père, l’autre de l’école où II ne trouve pas sa place. Je les trouve très courageux. Ils me touchent car ils cherchent plus grand que leur vie. 

Karin Cherloneix pour Ouest France

lire la suite...

MARION GERVAIS, BIO

La réalisatrice par elle-même : Je suis une autodidacte. Ce sont les voyages, les expériences, les rencontres, et ma quête de liberté qui m’ont construites. L’ambition sociale et une vie dans les clous me sont apparues très jeune comme vaines. Faire ce que je voulais et inventer ma vie, c’était tout ce que je cherchais. À 18 ans, par une rencontre fortuite avec Michel Denisot, je suis devenue son assistante pour son émission La grande famille. J’ai construit le zapping pendant deux ans. Puis j’ai tout largué pour partir sur les traces de Jack Kerouac aux USA… Pendant quinze ans, toujours entre deux voyages, j’ai été directrice de casting sauvage, c’est-à-dire que je cherchais les personnages des films dans la rue. J’ai travaillé entre autres pour Bruno Podalydés, Manuel Pradal, Chantal Ackerman, Julian Schnabel, Bernie Bonvoisin.

Il y a quelques années, filmer le réel est devenu une obsession. J’ai appris les bases aux Ateliers Varan, où j’ai réalisé un 26 minutes La bougie n’est pas faite de cire mais de flammes, le portrait de Cassandra, une enfant Rom qui navigue avec sa famille entre squat et rue, entre poésie de l’enfance et cauchemar. Puis j’ai réalisé un film d’une heure Anaïs s’en-va-t-en guerrequi a connu un grand succès sur le web. Et puis une websérie La bande du skate park et avec les mêmes personnages, un 52 minutes La belle vie. Ces trois films sont produits par Juliette Guigon et Patrick Winocour de Quark productions, mes allliés."

Handicapé volontaire à déficience acquise.

Par Le 06/11/2016

 

En écrivant le roman « Là-Haut », je me suis bien entendu interrogé sur la notion de handicap, sur l’existence de catégories englobant les personnes valides et celles considérées comme invalides.

Sur quels critères ces cadres sont-ils conçus ?

Valide : Qui est en bonne santé, capable de travail.

 

Handicapé : Infirmité ou déficience, congénitale ou acquise.

 

Invalide : Se dit de quelqu'un qu'une infirmité rend incapable d'activité. (En droit, est invalide celui dont la capacité de travail est réduite au moins des deux tiers.)

Invalidité :  État d'une personne rendue invalide de façon plus ou moins durable, inapte à mener une vie active, en particulier une vie professionnelle normale, du fait d'une blessure, d'un accident, d'une maladie ou de l'âge. 

 

On voit dans les définitions à quel point le rapport à l’intégration professionnelle a une importance considérable. C’est la difficulté à assumer une tâche destinée à l’obtention d’un salaire qui contribue à la hiérarchisation de l’invalidité.

C’est effrayant parce que cela signifie que cette intégration à la dimension économique de l’existence représente la base même de l’individu, son importance, sa valeur aux yeux de la société marchande. Par conséquent, un individu dont les difficultés physiques ou intellectuelles rendent cette intégration impossible ou partielle sera considéré comme « inexistant » ou « en dehors » du cadre social.

Personnellement, je considère que les chimistes de Monsanto ou les ingénieurs œuvrant à la mise au point d’armes de destruction sont totalement invalides dans le sens où leur tâche, pourtant fortement rémunérée, va à l’encontre même de la vie. De la même façon, je considère qu’un individu amputé des deux bras et peignant avec les pieds représente pour l’humanité un apport considérable et cela même si ces œuvres n’ont aucune valeur marchande. Un individu limité physiquement par une déficience de naissance ou acquise mais cherchant à exploiter au mieux le potentiel disponible a bien plus de valeur à mes yeux que le supporter de foot imbibé de bière et qui beugle son fanatisme dans les tribunes.

Il est absurde, inconvenant, irrespectueux et même parfaitement paradoxal d’identifier le statut d’un individu valide ou invalide en fonction d’un critère professionnel et même en fonction de la capacité qu’il a à assumer des tâches sociales.

Il existe pour moi un nombre élevé d’individus considérés comme « valides » et qui sont pourtant dans leur vie quotidienne parfaitement « invalides ». Le critère d’intégration professionnelle n’est que le reflet d’une société matérialiste qui n’a pas d’autres valeurs que celui de la monétisation des individus.

"Tu fais quoi dans la vie ?" « Combien gagnes-tu ? » et « Quel est ton apport économique à la société ? » sont les  constantes à partir desquelles la valeur apportée de l’individu sera établie.

 

Quel devrait-être dès lors le cadre identifiant la « validité » de l’individu :

*l’usage du potentiel humain : physique, intellectuel, émotionnel, philosophique, existentiel, c'est-à-dire dans les actes, dans les paroles et dans les pensées et non uniquement dans un cadre « financier »

* l’analyse individuelle des effets de cette exploitation du potentiel

*l’analyse commune des effets de cette exploitation du potentiel et les impacts sur l’ensemble du Vivant et non uniquement au regard de la valeur marchande.

 

Bien évidemment que la problématique matérielle doit être prise en compte et que l’accompagnement de la personne en situation de handicap mérite toute l’attention de la société dans sa dimension financière mais il convient dès lors de ne pas catégoriser l’individu dans une hiérarchisation fondée sur son « utilité » ou son "poids" envers la société.

La notion « d’assistance » porte en elle une connotation négative et impacte psychologiquement les personnes concernées. Il est douloureux de sentir sur soi des regards indifférents, tout autant que discriminatoires ou compatissants.

Il n’y a que l’empathie qui doive être appliquée, c'est-à-dire l’accueil intégral de la personne, non pas comme un individu handicapé mais portant une singularité qui n’est en rien une forme identitaire.

C’est là que la notion de personne valide ou invalide prend forme à mes yeux.

Un individu possédant l’intégralité de son potentiel physique et intellectuel et ne cherchant pas en user au mieux et non seulement selon les besoins dictés par la vie sociale est à mes yeux une personne « invalide ». Il ne s’agit pas pour autant de vouloir atteindre les performances physiques d’athlètes de haut niveau ni de vouloir contredire les thèses des scientifiques les plus pointus mais juste de prendre conscience que l’habitude sociale (métro, boulot, dodo…) et que toutes les contingences liées à notre intégration  en tant que « citoyen » ne représentent pas l’intégralité de l’individu mais juste un rôle octroyé par la société tenue par des individus à la morale déficiente et qui usent de leur pouvoir pour s’octroyer des privilèges.  

Tout le problème vient par conséquent des « valeurs éducatives » transmises par cette « société » qu’elles soient familiales, historiques, politiques, économiques, philosophiques, médiatiques.

On voit donc que nos sociétés occidentales et en général matérialistes placent la valeur de l’individu dans un registre économique et que par conséquent les personnes dites en situation de handicap et ayant besoin d’une « assistance »   n’ont pas les mêmes reconnaissances sociales.

 

J’ai connu provisoirement la perte de l’intégrité physique. Je sais à quel point tout est rendu compliqué et combien des actes a priori anodins deviennent redoutablement complexes.  

Je sais aussi combien la force morale relève dès lors de son altitude la plus élevée… La désespérance souffle comme une brise qui ne prévient pas. Elle s’évapore ou rejaillit comme une entité totalement insoumise.

Sachant cela et dans l’impossibilité salvatrice d’oublier les épreuves traversées, je sais à quel point une personne en situation de handicap doit concentrer son énergie pour parvenir à ses fins.

Les personnes dites « valides » se contentent d’espérer que rien d’inattendu ne viendra se mettre en travers de leurs projets mais la personne qui doit porter le fardeau de limites ajoutées sait pour sa part qu’avant même de commencer, elle devra dépasser le souffle de cette désespérance.

C’est là que je vois dans les actes de la personne dite « invalide » ou « handicapée » une forme de performance morale qui relève, non pas du handicap mais bien de l’exemplarité.

A contrario, l’habitude flasque et délétère de l’individu valide qui se contente d’exister dans une attitude repue et inerte relève à mes yeux d’un abandon de soi lui conférant un statut « d’handicapé volontaire par déficience acquise. »

Et le nombre d’individus pouvant être assimilés à ce statut « d’handicapé volontaire » dépasse l’entendement…

Abandon alimentaire, abandon de l’entretien physique, abandon intellectuel, abandon émotionnel, philosophique, culturel, abandon à toutes les formes reconnues d’activités sociales sans aucune réflexion réelle sur leurs valeurs, instauration d’une bulle égotique éliminant toute conscience de responsabilités envers l’ensemble du Vivant, absence de conscience empathique, l’altruisme n’ayant plus d’autre objectif que la reconnaissance identitaire, l’activisme social relevant de l’addiction et non d’un enrichissement partagé, l’inculture relevant de la norme et les résistants se voyant qualifiés d’intellectuels ou même de « complotistes »…

Toutes ces personnes « valides » qui s’agitent communément sur une scène sociale ne sont plus que des entités vidées de leur substance spirituelle et gavées en retour de produits à valeur ajoutée… Tous ces « handicapés volontaires par déficience acquise» qui regardent avec pitié ou mépris ou ignorent la personne « invalide » et qui ne réaliseront peut-être jamais à quel point leur engagement dans l’exploitation réelle du potentiel offert relève de l’insignifiance, que faudrait-il finalement pour qu’ils sortent de leur état de dépendance ?  

Car il s’agit bien d’une dépendance. C'est-à-dire une forme d’existence qui pour eux ne saurait être changée. N’y a-t-il pas dans cette fossilisation l’inverse de la notion de personne « valide » ?

Au regard de l’effort physique et moral, de la force d'acceptation, de l'abnégation, de la lutte constante entre la désespérance et la volonté, la personne, par exemple, qui ne peut marcher et se déplace en fauteuil roulant est à mes yeux bien plus valide que celui qui dispose de l’usage de ses jambes et prend l’ascenseur pour monter d’un étage. Des millions d’exemples sont envisageables. Ces usagers des super marchés qui vont chercher pendant dix minutes une place de parking aux abords de l'entrée du magasin quand il y en a des dizaines disponibles un peu plus loin...Ou même se garer sur la place réservée aux personnes à mobilité réduite... Comme s'ils allaient porter leur caddy sur leur dos...Comme s'ils n'avaient plus la posibilité de marcher avec un sac de courses.

Des handicapés par abandon, par lâcheté, par imitation, par molesse, des individus qui ne savent même pas qu'ils jouissent à chaque instant d'un miracle, d'une offrande qui ne s'explique même pas, que la métaphysique explore, que la science décortique : la vie.   

Il convient donc de chercher la cause de cet abandon de soi et de l’acceptation du statut d’handicapé volontaire. Et de trouver ensuite le moyen d’inverser ce phénomène dégénératif.

Premier constat :

*Chacun est responsable de cette quête. Il ne convient pas de chercher un gourou, une méthode, une école, une recette mais d’entrer uniquement dans l’observation constante des actes, des paroles et des pensées.

Deuxième constat :

*Prendre conscience qu’il vaut bien mieux s’engager dans une exploitation volontaire, réfléchie, lucide et générale que d’exploser en vol sous l’effet d’un missile…Et les cieux se remplissent...

Aujourd’hui, personne n’est capable, objectivement, de présager des années à venir. Sur un plan social, économique, conflictuel, écologique, environnemental, politique, rien, aucune analyse, aucune projection ne peut s’attribuer l’étendard de la vérité.  

Et ce que j’en dis n’est d’ailleurs en soi que l’élucubration de mon esprit.

 

"La longue route" du Vendée globe

Par Le 06/11/2016

La Longue Route

 

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir La Longue Route (homonymie).

La Longue Route
Image illustrative de l'article La Longue Route
Joshua, sous voile.

Auteur Bernard Moitessier
Pays France
Genre Récit vécu
Éditeur Arthaud
Lieu de parution Paris
Date de parution 1971
Nombre de pages 315
ISBN 2-700-39654-5
 
modifier Consultez la documentation du modèle

La Longue Route de Bernard Moitessier est le récit autobiographique de son périple pendant la première course autour du monde en solitaire du Golden Globe, en 1968. C'est son troisième livre, après Vagabond des Mers du Sud et Cap Horn à la voile.

 

Sommaire

  [masquer] 

 

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Alors qu'il ne se remet pas d'avoir bâclé son dernier récit, relatant son voyage de noces en Polynésie et le retour par le Cap Horn, le navigateur et écrivain Bernard Moitessier décide, après avoir d'abord sérieusement pensé au suicide, pour se racheter, d'écrire un autre livre. Un livre qui raconterait un voyage encore plus fabuleux1. Il décide alors de ce tour du monde en solitaire sans escale.

Apprenant qu'un anglais, Bill King, prépare le même voyage, un quotidien anglais, le Sunday Times, organise une course au règlement simplifié : chacun partira entre le 1er juin et le 31 octobre du port anglais de son choix ; il suffira ensuite de boucler le tour du monde par les trois caps, sans toucher terre et sans assistance. Deux récompenses à la clé : un chèque de 5 000 livres sterling pour le plus rapide, et un trophée (le Golden Globe), au premier arrivé.

Le Golden Globe Challenge est créé.

Après un premier refus, Bernard Moitessier finit par accepter de participer à cette course. Il rejoint alors l'Angleterre, afin de finir de préparer son voilier. Il part le 22 août 1968 de Plymouth, à bord de Joshua, son ketch en acier de douze mètres, dont les mâts sont de simples poteaux télégraphiques. Deux autres partent dans la même période : Loïck Fougeron et Bill King, avec qui il avait partagé énormément pendant toute cette période de préparatif.

Un long périple[modifier | modifier le code]

Voyage du Joshua - La Longue Route

Très vite, La Longue route prend une tournure toute autre que les précédents livres de Moitessier. Il y explique sa vision de la mer, du monde actuel et de ses dérives. Il raconte les calmes de l'Océan Indien où il passe ses journées à nourrir les oiseaux. Moitessier n'est plus en course. Il avait dit avant de partir qu'il courrait la course à sa façon, et c'est effectivement ce qu'il fait. Quand il pousse son bateau au maximum, rajoutant des bonnettes sous la trinquette, c'est pour voir Joshua avaler les milles et ne pas rester trop longtemps sous les hautes latitudes, où il ne fait pas bon de traîner. Quand il s'inquiète de savoir où sont les autres, c'est par peur qu'il leur soit arrivé quelque chose. Et le marin passe le Cap Leeuwin, au large de l'Australie, puis le Cap Horn. Il commence alors à remonter vers le nord, pour s'éloigner de la zone des icebergs, se reposer et décide, comme il l'avait décidé quelque temps après Leeuwin, de continuer vers le Pacifique, sans escale.

« Je continue sans escale vers les îles du pacifique »[modifier | modifier le code]

Alors que tout le monde l'attend en vainqueur (au train où il avance, il dépassera bientôt Robin Knox-Johnston, parti bien avant lui), Bernard, passant pour la seconde fois le Cap de Bonne-Espérance, catapulte à l'aide d'un lance-pierre un message sur un cargo : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. » Pour lui, partir d'Europe pour revenir en Europe, c'était comme partir de nulle part pour revenir nulle part.

Le 21 juin 1969, 3 mois et 3 jours après ce message, après avoir traversé une nouvelle fois l'océan Indien, passé le Cap Leeuwin une deuxième fois, mis quatre fois les mâts dans l'eau au cours d'une tempête, Joshua tire des bords pour rejoindre le port de Papeete. Les plaisanciers voient passer la longue carène aux traînées de rouille. Bernard Moitessier jette une ancre, lance les amarres. Parmi ceux qui les saisissent, Pierre Deshumeurs, avec qui, 18 ans plus tôt, il avait tenté de rejoindre l'Australie en partant d'Indochine sur un bateau pourri de la quille jusqu'à la pomme du mât. Après 300 jours de mer, le périple est fini. Il pulvérise également le record de la plus longue traversée en solitaire sans escale, avec quelque 37 455 milles parcourus, soit 69 367 kilomètres.

Une course teintée de malheurs[modifier | modifier le code]

Les positions des concurrents au 10 avril 1969

Knox-Johnston, quant à lui, est arrivé le 12 avril à Falmouth, après 313 jours de mer. Il remporte les deux trophées, puisqu'il est le seul à boucler la course. En effet, sur neuf partants, il n'y a que lui qui rentrera. Fougeron et Bill King abandonnent. Quant à Donald Crowhurst, parti juste avant la date limite, son bateau est retrouvé, le 10 juillet 1969, à la dérive. À bord, on y retrouve deux journaux de bord. Le premier dévoile une navigation imaginaire autour du globe, l'autre un parcours réel qui n'a pas quitté l'Atlantique.

En effet, Crowhurst, voyant sa progression laborieuse, a très vite eu l'idée de bouchonner dans l'Atlantique Sud, tout en envoyant de fausses positions. Il fait même escale pendant deux jours près de Río Salado en Argentine, pour réparer un flotteur endommagé.

C'est se croyant rattrapé par Crowhusrt, qu'un autre concurrent, Nigel Tetley, désagrège son trimaran en remontant l'Atlantique. Il se suicidera lui aussi, quelques années plus tard2.

Mais l'abandon de Bernard Moitessier et la désagrégation du trimaran de Tetley font que Crowhurst pourrait arriver en Angleterre en réalisant le tour autour du monde le plus rapide. Il comprend alors que sa navigation va être décortiquée, et la supercherie découverte. Il décide donc de mettre fin à ses jours.

On retrouve également un recueil de 25 000 mots, sorte de long testament philosophique, que Crowhurst a écrit en sept jours, avant de se suicider. Knox-Johnston laissera la bourse de 5000 livres sterling à la famille endeuillée de Crowhurst.

Rédaction du livre[modifier | modifier le code]

Il faudra plus de deux ans, alors que son éditeur ne lui en donnait qu'un, pour que Bernard Moitessier écrive les dix mois passés seul en mer. Deux années pour recréer « le fidèle reflet du fabuleux sillage ». Alors qu'il va remettre le manuscrit à son éditeur, Bernard rajoute un ultime chapitre. Puisqu'il a tourné le dos à l'Europe et son progrès en continuant vers le Pacifique, il ne peut se renier en acceptant les droits d'auteur. Il lègue alors tous les droits, français et étrangers, au pape, pour « aider à la reconstruction du monde ». Et si le Vatican ne veut pas de cet argent, la somme ira aux Amis de la Terre. Cette opération fut un coup d'épée dans l'eau, personne ne s'intéressa réellement à cette somme pourtant rondelette, et deux ans après la parution de La Longue Route, l'argent dort encore sur le compte de l'éditeur3. En moins de trois ans, les ventes dépassent les cent mille exemplaires, et, comme son Vagabond des Mers du Sud, le troisième livre de Bernard Moitessier devient rapidement une référence dans le domaine de la littérature maritime.

Plusieurs années après, il montera un film à partir des rushs tournés pendant la traversée, avec une caméra Beaulieu

"L'alimentation sensorielle"

Par Le 06/11/2016

L'alimentation sensorielle

 

Manger cru avec du sens

Pourquoi l’alimentation sensorielle?

Le poids des maux vous pèse ? La sérénité physiologique vous tente ?

Alors lisez la suite et entrez dans votre intimité sensorielle, allez à la rencontre de vous-même dans la profondeur temporelle de votre histoire évolutive, et ses millions d’années durant lesquels vos ancêtres ont co-évolué avec les ressources de la vie.

Un si grand cru, qui l’eut cru ?

Lire la suite …

Des références scientifiques solides…

Des années de recherches…
Pour les besoins de mon mémoire de fin d’étude (EPHE) j’ai cherché toutes les publications scientifiques ayant un rapport avec le « manger cru » et la santé. J’en ai recensé plusieurs dizaines qui démontrent preuves à l’appui combien les aliments crus sont bénéfiques pour la santé.

Lire la suite …

Les nombreuses façons de manger cru…

Toutes les pratiques alimentaires qui conduisent à augmenter la part de cru dans son alimentation sont à encourager compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui…

Lire la suite …

Une multitude de témoignages

Les acteurs de la révolution alimentaire qui est aujourd’hui en marche sont nombreux et variés…

Lire la suite …

A chaque situation sa solution

Connaître, se connaître, se reconnaître…

Lire la suite …

Comment en parler avec… ?

Votre médecin, votre famille, vos amis et le professeur des écoles de votre enfant ?

Lire la suite …

 

La première vidéo que j’ai tournée avec Thierry Casasnovas a été mise en ligne sur sa chaîne YouTube fin juin 2016. J’y raconte comment, suite à la découverte d’une sclérose en plaques à 30 ans, je me suis mis en orbite du monde en partant en solitaire sur un petit catamaran errer dans les Caraïbes en vivant de pêche et de cueillette. J’y raconte aussi pourquoi et comment  cette toute première expérience du cru a bouleversé ma vie. Le roman autobiographique que j’en ai tiré, publié en 1994 par TF1 Editions, pourrait être republié bientôt par Dervy Médicis, l’éditeur de mon dernier livre « L’éloge du cru ».

"Osons causer" (vidéos)

Par Le 04/11/2016

On trouve ce site sur you tube ou sur leur page Facebook. 

Leurs vidéos sont excellentes, percutantes, concises, documentées. 

Je ne m'en lasse pas et c'est toujours une porte d'entrée pour en chercher davantage ensuite. 

https://www.youtube.com/channel/UCVeMw72tepFl1Zt5fvf9QKQ

https://www.facebook.com/pg/osonscauser/videos/?ref=page_internal

 

Un travail sur le scandale des autoroutes :

"GOUTTE D'EAU"

Par Le 04/11/2016

 

Goutted4eau2 1

"GOUTTE D'EAU" est en concours ici : 

AccueilLe concours nolimLes nouvellesGOUTTE D’EAU

http://www.jedeviensecrivain.com/nouvelles-concours/goutte-deau/

 

Facebook Twitter

Epub Imprimer

J'AI VOTÉ

thierryledru

 

GOUTTE D’EAU

 

J’étais une goutte d’eau vivant dans les grands fonds. J’avais fait dix mille fois le tour de tous les océans. J’avais frôlé les baleines et les calmars géants, j’avais erré longuement dans les chevelures des laminaires, j’avais vu des milliers de poissons, je m’étais mirée dans leurs pupilles. J’avais entendu parler de la lumière, celle de la surface, celle qui était réservée aux Grands Sages. J’avais même entendu dire que des êtres à deux jambes possédaient un pouvoir redoutable et que les eaux de surface étaient de plus en plus souillées mais que la lumière des cieux restait malgré tout un paradis flamboyant, que le voyage de l’eau pouvait prendre la forme d’un cycle merveilleux, un éblouissement de chaque instant. J’ai rêvé longuement, au gré des courants les plus lents, au gré des obscurités les plus effroyables, j’ai rêvé pendant des siècles à cette accession à la lumière.
Me parvenaient parfois des échos de la surface, des paroles qui descendaient jusqu’aux profondeurs insondables par d’interminables commérages. Je ne parvenais pas à savoir si les distances parcourues et le nombre incalculable de congénères concernés falsifiaient le message originel. Tout ce que j’entendais paraissait si irréel. Un astre lumineux diffusant des chaleurs, des cieux infinis, des couleurs, des montagnes, et des fleuves, des forêts tropicales, la pluie, la neige, le vent et les nuages, j’écoutais pour construire des images, j’ai même entendu parler d’un Dieu tant l’éblouissement permanent semblait contenir une intelligence infinie.
Je voulais explorer la vie au-delà des limites de ma condition.
J’ai passé des siècles d’errance dans le flux des courants à essayer de comprendre. Dans le noir le plus opaque, la seule lumière disponible ne peut s’éveiller qu’à l’intérieur. Elle ne me comblait plus.
J’ai pleuré, parfois, ajoutant au corps océanique une infime parcelle mais je n’ai jamais abandonné. Il y avait nécessairement un projet qui m’était attribué.

Et puis les Grands Sages m’ont convoquée. Le Conseil avait lieu dans une fosse immense, un abysse que les plus jeunes d’entre nous habitaient. Il en était ainsi dans le monde de l’eau. Pour s’élever, il fallait accepter les millénaires d’errance.
J’avais tout supporté, jusqu’aux mers polaires dans lesquelles je m’étais retrouvée figée pendant des saisons interminables. Cette pression exercée par mes compagnes au-dessus de moi, je l’avais acceptée, sans aucune rébellion.
Les Grands Sages.
Ils avaient le pouvoir de redescendre se mêler au peuple d’en bas. Et de remonter vers la surface tout aussi facilement.
Je me suis présentée, craintive et enthousiaste, euphorique et apeurée. Qu’allais-je donc apprendre ?
Les Grands Sages m’ont parlé. Ils m’ont expliqué. Je les ai écoutés sans jamais les interrompre, fascinée par l’incroyable luminosité qui émanait de leurs molécules.
Les Sages aimaient mon respect de la patience, ils aimaient mon abnégation à tenir mon rôle de goutte d’eau, ils aimaient également en moi ce désir de lumière. J’ai été surprise et ils m’ont expliqué que beaucoup de gouttes d’eau après des millénaires dans les noirceurs délaissent à tout jamais le désir de lumière, que l’abandon les comble et qu’elles se satisfont de leurs conditions soumises. Jusqu’à parvenir à s’en réjouir.
Je ne comprenais pas. J’aurais préféré mourir dans les déserts dont j’avais entendu parler.
C’est ce désir de lumière en moi qui avait donc convaincu les Grands Sages de m’accorder le voyage. Je devenais une Exploratrice.
Ils m’ont prévenue que le choc serait à la mesure des étendues océaniques.
Tout ce que j’avais entendu était-il vrai ?
L’ascension a débuté. Une remontée verticale absolument stupéfiante. J’ai rapidement senti l’allègement de la pression et j’ai eu l’impression de grandir. Je devinais sur mon passage des regards réjouis, des saluts amicaux, comme si mon ascension venait offrir à mes compagnes une fenêtre vers le haut, comme si mon élévation venait insuffler en elles le goût de la lumière.
J’espérais les voir suivre mon sillage.
« Tu n’as pas à espérer pour les autres, avait dit une voix monocorde en moi. Ce que les autres décideront ne t’appartient pas. Enseigne-toi et laisse aux autres le choix de s’enseigner eux-mêmes. »
Un Grand Sage, une voix insérée en moi.

J’avais écouté et retenu. N’avoir aucun autre espoir qui ne soit à moi, être seulement la preuve vivante que tout est possible.
Lorsque j’ai aperçu la première coulée de lumière, j’ai cru défaillir. Je n’avais jamais connu un tel éblouissement.
Cent mille ans de patience sur le point d’éclore.
J’allais naître à la lumière.
Tout s’est accéléré.
J’ai vu s’étendre autour de moi l’azur bleuté et les scintillements de rayons fragmentés.
J’ai percé la surface avec une énergie folle, au point que je suis restée suspendue en l’air avant de retomber dans les flots.
J’ai vu le ciel ! Un océan immobile, auréolé d’écume et les nuages, des vaisseaux sculptés qui tendaient leurs voiles.
Je ne sais pas d’où sont venus tous les mots. Il a suffi que la lumière m’environne pour que jaillisse en moi une mémoire euphorique.
La lumière avait déclenché le rappel immédiat de tous les savoirs. Les mots sont remontés des abysses intérieurs plus rapidement qu’un espadon en chasse. J’ai réalisé alors tout ce que je portais.
Je bénissais à l’instant ma persévérance.
J’ai vu le soleil. Mais je n’ai pas pu soutenir son regard. Il m’a transpercée. Je m’en suis voulu d’avoir été aussi impatiente. Incroyable comme la prétention pouvait surgir sans prévenir. À peine émergée que je cherchais à englober la source de tout. Je craignis un instant que les Grands Sages ne reviennent sur leur décision.
« Rien de tout cela, entendis-je en moi. Tu apprendras que la compréhension est un long cheminement. Laisse vivre la vie en toi et saisis tout ce qu’elle te donne. »
Je n’eus pas le temps de remercier. Ils avaient disparu.
Je flottais désormais à la surface d’une houle longue.
La chaleur du soleil était délicieuse.
J’ai longtemps navigué sur des crêtes ourlées de dentelles, j’ai plongé en riant sur des toboggans réjouissants, j’ai côtoyé des gouttes anciennes, de celles qui avaient déjà réalisé le Grand Voyage.
C’est au zénith du soleil que j’ai senti les premiers frémissements. La chaleur pétillait en moi et j’avais l’impression d’être remplie de bulles, comme agitée par une énergie inconnue. Je ne savais rien des expériences à venir.
J’ai vu alors dans les regards de mes congénères des bénédictions salutaires et cette empathie m’a rassurée et convaincue. Je n’étais en danger qu’au centre de mes inquiétudes.
Je me suis abandonné, j’ai lâché toutes les résistances, j’ai cessé d’avoir peur.

L’agitation de mes atomes a pris alors une tournure indescriptible.
Le corps de l’Océan semblait se dilater et je devinais autour de moi des poches liquides qui se rompaient, des myriades de particules microscopiques qui s’arrachaient à la masse.
Évaporation. Le mot m’est revenu. Je l’avais entendu dans les nasses sombres et je n’avais pas compris. Comment concevoir qu’on puisse s’élever quand on souffre d’être écrasée ? Je n’avais pu fabriquer aucune image.
J’avais passé cent mille ans dans les abysses et maintenant, je volais.
Sans aucune peur.
Pour quelles raisons aurais-je laissé ma peur gâcher l’expérience ? Était-elle justifiée ? Avais-je besoin d’être sauvée ?
Rien de tout ça.

Compréhension.
Libération.
Il n’y a pas pires entraves que l’amour qu’on porte aux prisons intérieures.
J’entendis parler autour de moi de cette évaporation et les plus anciennes parmi nous se réjouissaient d’aborder un nouveau cycle.
Je vis s’éloigner à une vitesse vertigineuse le grand corps de ma mère, je pris la mesure de son immensité et je ressentis un amour infini pour elle.
Les cieux nous aimantaient.
Je perçus peu à peu un changement de températures. Sans comprendre le phénomène, je vis se souder à moi des contingents de gouttes, toutes aussi surprises de la tournure des évènements. J’aperçus heureusement, encore une fois, quelques anciennes âmes et ces airs impassibles qui les caractérisaient.
« Condensation, » m’annonça l’une d’entre elles. Sans doute mon air interloqué. Elle avait senti que j’avais besoin de données claires.
Je compris alors la structure de ces grands navires gris et blancs qui tapissaient les cieux.
La pluie.
C’est un Grand Sage qui me rappela le nom.
« La pluie est une expérience éblouissante, imagine une mer fragmentée qui se déverse. Mais il nous faut d’abord rejoindre les terres émergées. »

Des souffles d’altitude nous ont poussés vers les rivages. Je ne saurais raconter ce que j’ai vu, il me faudrait des milliers d’années. J’ai deviné tant de vie que mon imagination me paraissait ridicule.

Les montagnes.
Je les vis se dresser telles des murailles, des pentes aussi imposantes que des fosses abyssales.
Nous continuions à monter.
C’est là que je sentis germer en moi des cristaux solides et je ne compris pas dans les premiers instants. Comme un fluide qui courait au plus profond et gelait mes atomes.
« Il pourrait bien neiger, m’annonça une ancienne voyageuse. C’est assez inquiétant quand on ne connaît pas. La première fois, j’ai vraiment cru mourir. »
L’inconnu, l’impensable. La peur qui jaillit.
J’ai aperçu dans le chaos des particules le sourire confiant d’un Grand Sage. Il m’observait.
J’ai compris alors que nous étions veillés, que nous n’étions jamais abandonnés mais qu’il ne fallait rien attendre, rien espérer. Les Grands sages observaient avec bienveillance.
Mes pensées m’avaient détaché de mon état physique.
J’étais flocon, j’étais de glace, je sentais mes atomes dessiner des dendrites et des cristaux.
Des convois de nuages s’accrochèrent aux sommets les plus hauts et ce fut le début du déluge. De chaque déchirure s’échappèrent des avalanches silencieuses. Je me laissais tomber avec une curiosité insatiable.

Nous nous sommes toutes posées, dans un silence d’abysses.
La branche d’un arbre m’avait servi de zone d’atterrissage. Et la nuit est tombée.
J’étais épuisée, j’ai dormi comme un fossile. J’ai rêvé des grands fonds et de toutes ces gouttes diluées dans la masse, comblées de misère et heureuses d’être informes. J’ai pleuré pour ce gâchis des vies perdues.

C’est la lumière du soleil qui m’a sortie de ma torpeur, un voile blanchâtre qui ourlait l’horizon.
Un premier rayon vint me câliner et je sentis rapidement l’agitation de mes molécules.
Je vis goûter autour de moi des congénères, ils tombaient des faîtes déjà réchauffés. Je n’eus pas à attendre longtemps pour les rejoindre. Le tapis moelleux ruisselait en surface.
Des rigoles s’étaient dessinées dans la pente, un vide qui aurait pu se révéler inquiétant si je n’avais connu la fosse des Mariannes.
Les tapis de flocons tassés se fissuraient et j’entrais pour la première fois en contact avec l’herbe et la terre.
Son parfum. La terre et l’eau. Comme deux partenaires qui s’étreignent. Je découvrais la puissance émotionnelle de l’élan amoureux. L’élan vital avait donc été jusqu’à créer des parfums d’amour pour inviter les êtres vivants à l’union.
Je continuais à dévaler les pentes, alternance de parterres verdoyants et de champs de pierres.
Les ruissellements me conduisirent à un entrelacs de failles creusées par des déluges anciens.
« Un lapiaz », me dit une compagne expérimentée. Nous sommes, toutes unies, un redoutable creuseur de failles. »
Je n’eus pas le temps de comprendre l’allusion que nous plongions ensembles dans un gouffre immense. Je découvris vraiment ce que signifiait la vitesse. J’en fus retournée dans tous les sens et tombais dans une nuit totale. La sensation d’effondrement alors que vous n’y voyez goutte est absolument terrifiante et je ne pus retenir un cri d’effroi. Je n’étais pas seule au vu de la puissance du grondement lorsque la cascade s’immergea dans un bouillonnement ardent au cœur du réseau souterrain.
Nuit noire.

Nous avons suivi, impuissantes, un courant puissant généré par la pente. J’ai heurté, je ne sais combien de roches figées.
Puis, le flot s’est calmé.
Un lac. Je devinais une eau apaisée, quelques murmures encore, comme des cauchemars finis qui résonnent et puis, peu à peu, le silence s’est fait. Un silence de fosses marines. Une totale absence de vie.
J’ai eu peur. Et j’ai maudit le sort. Se réjouir à chaque instant de la beauté du monde jusqu’à en oublier cent mille ans d’errance puis tomber soudainement dans des noirceurs inimaginables.
Je n’aurais jamais envisagé un tel acharnement.
Y avait-il une intelligence suprême capable d’une telle abomination ?
Je ne comprenais pas.
J’ai mis longtemps à retrouver un semblant de calme. Je me suis accrochée à cette plénitude naissante et c’est là que j’ai fini par deviner un courant infime. J’ai maudit le sort. Je n’étais qu’une goutte d’eau et je rêvais de nageoires.
C’était fini. J’allais me morfondre pour cent mille ans au cœur de la terre dans un antre clos.
« Tu n’as pas connu les déserts, ma belle, annonça une douce voix. Là, tu aurais eu raison de te plaindre réellement. Crois-moi. Tu falsifies la réalité. Apprends donc à te libérer de tes jugements quand ils ne sont que des interdictions à aimer.
-Aimer quoi ? » demandai-je en colère.
J’en avais assez de ces Grands Sages qui me poursuivaient.
« Ta colère t’empêche de comprendre. On te l’a déjà dit pourtant. Tu ne peux rien savoir si tu ne comprends pas qui tu es. Observe ta colère et une fois observée, observe l’esprit qui observe. Tu verras ta colère s’évanouir et là, tu pourras apprendre.
-Je n’ai rien compris, répliquai-je.
-Évidemment puisque tu es en colère.
-Avec vous, ça a toujours l’air facile mais moi, je ne suis pas un Grand Sage.
-Mais moi non plus. C’est toi qui as décidé de nous voir comme des Grands Sages. C’est encore ta façon de concevoir la réalité mais ta réalité n’est pas le réel. Ta réalité n’est qu’une interprétation. Le réel est empli de sagesse puisque l’énergie vitale a eu la sagesse de le concevoir. Comprends-tu ? La vie en toi est la Sagesse ultime.
-La Sagesse de la vie ?
-Te voilà plus calme, tu commences à comprendre. C’est bien.
-Et qu’est-ce que je dois faire maintenant ? »
Silence. Plus rien. Aucune réponse.

L’immobilité du lieu coula en moi. Je restais ainsi, concentrée sur l’image de cette Sagesse créatrice et je m’aperçus, en sortant subrepticement de mes pensées, que toute colère avait disparu…
Serions-nous donc tous des Grands Sages ?
La Sagesse créatrice de la vie. Tout ce qui vit porterait donc en son sein une Sagesse immuable ? Il ne s’agissait pas de chercher à devenir sage mais de comprendre que nous l’étions déjà.

Stupéfaction.
J’avais cherché pendant cent mille ans à obtenir les conditions favorables à une quête existentielle et je m’étais donc empêchée de jouir déjà de la Sagesse en moi.
Consternation.
J’étais la victime consentante de mon erreur de jugement, j’étais le bourreau et sa proie.
« Observe celui qui observe. »
L’immobilité était propice à cette introspection et c’est là que j’ai réalisé que le sort que je maudissais s’était en fait montré particulièrement perspicace.
Ma découverte du monde nourrissait une euphorie hallucinogène, je sautais d’expérience en expérience, juste animée par un feu insatiable, jusqu’à en tuer la contemplation des horizons intérieurs. Combien de fois déjà j’avais envisagé d’autres expériences alors que je n’avais pas encore fini de vivre l’instant ?
La vie s’était chargée de me rappeler à l’ordre.
« Arrête tout et observe l’observateur des expériences. »
Le message était clair.
Je me suis évaporée. Intérieurement. Une enveloppe évanouie, effacée, toute identification suspendue dans l’absence et c’est là que j’ai senti la Sagesse, elle était là, pétillante, réjouie, bondissante. Tout s’est accéléré. Toutes les vies en moi, toutes les âmes unifiées. J’ai entendu battre les cœurs.
Je n’étais rien. Sans que cela ne vienne troubler l’observateur puisque plus rien de figé ne risquait de disparaître, j’étais la vie, j’étais la Sagesse de la création.
Et donc, je n’étais rien.
C’est là que l’impensable devenait douloureux et que l’agitation prenait sa source. Il était insupportable de n’être rien, rien qu’un support à la Sagesse et de devoir s’en contenter.
L’agitation étouffait le drame, l’agitation donnait une contenance mais à vouloir emplir un récipient sans parois, on se condamne à l’épuisement.
Tout allait trop vite, trop de révélations, j’eus peur soudainement de perdre le fil de ces pensées qui m’emplissaient, peur de manquer l’essentiel, peur de m’égarer. Et la peur couvrit de son voile les révélations à naître.
Je devais me reprendre.
Non, pas me reprendre. Laisser la vie me guider, la Sagesse en moi tenait les rênes, je n’étais pas le cocher. L’humilité. Voilà, c’était ça la solution.
« Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. »

J’ai tout accepté dès lors. Je n’ai entendu de ma vie que la Sagesse créatrice en moi.
Je suis restée contre la pierre froide et lisse et j’ai aimé ce support. J’ai écouté contre sa peau murmurer le cœur de la planète. Puisque la Sagesse de la vie considérait que mon parcours se devait d’être suspendu dans un gouffre, j’ai appris à recevoir cet instant figé comme une avancée et non comme une sentence. Cette vitesse que j’avais adorée n’était qu’un jeu et il ne s’agissait pas de lui octroyer une importance inconsidérée. La hiérarchie des bonheurs contient en elle-même les déceptions et je me désespérais toute seule.
Combien de Temps suis-je restée là ? Le Temps…Cette perception de la vie n’avait encore aucune réalité. Je le comprenais maintenant. S’interroger sur le Temps générait irrémédiablement une projection sur un passé inexistant et un avenir illusoire. Au détriment de tout puisque l’instant contenait l’essence. Je ne pouvais pas être ailleurs que maintenant.
Cent mille ans à me morfondre et à espérer parce que je comptais le Temps. Une abomination. Je n’avais rien compris. Rien. Et je me demandais désormais pour quelles raisons les Grands Sages m’avaient lancée dans ce voyage. Je n’avais rien réalisé et je ne vivais que dans cette volonté folle de m’élever, d’être une Exploratrice. D’où venait ce terme d’ailleurs ? N’était-ce pas finalement une pure invention façonnée par des messages falsifiés ? Comme une décoration artificielle qui entretenait des hiérarchies inutiles. De croire que des esprits possédaient davantage souillait l’idée même de Sagesse. Le trésor existait en nous mais nous restions assis obstinément sur le couvercle du coffre à scruter les horizons en imaginant des conquêtes fabuleuses.

Je ne pensais à rien lorsque le vacarme a empli le gouffre, j’étais dans une torpeur bienfaitrice.
Une vague a déferlé sur le lac, courant comme une bourrasque et soulevant des murs liquides. J’ai été saisie et projetée dans un courant inimaginable, j’ai heurté des roches en gardant en moi l’impression de les avoir brisés, le grondement était aussi puissant que cette éruption volcanique sous-marine à laquelle j’avais assistée, il y a longtemps
« Un orage dehors, des pluies diluviennes et… » m’expliqua une compagne chevronnée.
Je n’entendis pas la suite de ses paroles. Une chute verticale, le plongeon tonitruant, puis de nouveau une interminable descente dans un grondement de création du monde.
Jusqu’où pouvions-nous descendre ainsi ?
Un vide immense. La montagne nous expulsa par une bouche béante, une excavation creusée par des millénaires d’érosion au milieu d’une paroi verticale. La vitesse du flot nous projeta à plusieurs mètres de la roche et je vis sous moi des paysages balayés par des bourrasques tonitruantes, noyés sous des mers de pluies hachées.
Le déluge. Des trombes d’eau comme si l’Océan entier se déversait sur le monde.
Les montagnes ensoleillées que j’avais connues avaient disparu et j’eus le temps, en tournoyant dans l’espace, de juger de l’incroyable changement des lieux. La surface de la Terre semblait avoir été remodelée, balayée par un architecte insatisfait et refaçonnée par un esprit coléreux.
Je plongeai finalement dans un bassin aux eaux sombres, encadré par des nuées d’éclaboussures.
À peine remise de mes émotions, je basculais dans un toboggan aux roches grises, des amas de blocs et de galets, de graviers condamnés par les flots à se rompre jusqu’à la disparition. J’étais troublée par ce brassage des pierres emportées par le torrent, ce roulement incessant qui ajoutait au vacarme un fond sonore impressionnant. J’imaginais dans l’éclatement des roches des plages en devenir. Rien ne disparaissait finalement. Il ne servait donc à rien de se croire immuable et de s’inventer des peurs. Tout serait un jour brisé, tout serait un jour transformé mais rien ne s’effacerait. L’élan vital avait conçu pour toute la création des cycles infinis, des boucles millénaires.
J’avais été goutte et vapeur, pluie, neige, eau stagnante, cascade et torrent et je n’avais aucune idée du projet inséré.
Rien ni personne ne connaissait la suite de sa propre histoire. Y avait-il une histoire personnelle d’ailleurs ? N’était-ce pas une illusion créée par la perception d’un Temps limité ? Ces montagnes titanesques qui se croyaient inébranlables et qui pourtant finissaient inexorablement par céder sous les assauts du vent, des pluies, du gel, du soleil, une érosion inaltérable, patiente et obstinée, indifférente au Temps nécessaire. Une montagne inexpugnable ?
Revenir dans cinq cent mille ans voir le tas de sable et rire de ses certitudes.
Rien n’est figé, rien ne disparaît, rien n’est éternel. L’élan vital est la seule force constante et son imagination est incommensurable. Il se joue du Temps, il s’amuse des siècles comme on écoute passer les secondes, il collectionne les millénaires, égrène les époques, enfile les ères comme s’il jouait avec des coquillages.
Les roches que j’entendais dévaler n’avaient aucune idée de la suite de l’histoire.
Si les montagnes passaient leur temps à pleurer les roches arrachées, si elles passaient leur temps à craindre les saisons comme des outrages, elles en oublieraient de profiter du paysage. Et elles se morfondraient de ne pas s’en être réjouies une fois réduites en plages.
Nous avons quitté les étendues minérales pour traverser les forêts. Notre hôte puissant débordait d’enthousiasme.
Vagues et remous, éclaboussures et ruissellements, nous avons connu l’euphorie des voyages chaotiques. J’ai gardé en mémoire des regards de roches admiratives, nous avions une telle puissance, nous possédions une telle furie.
Je n’ai jamais oublié pour autant, à aucun instant, l’immobilité du temps passé dans la grotte, la fixité de l’étendue dans laquelle j’avais été mêlée.
Rien ne m’appartenait. Je n’étais que l’élément d’une masse et il aurait été inconvenant que je m’attribue cette force.

…

Plus jamais ça…
J’ai rejoint les grands fonds et je ne souhaite plus aucune élévation.
Ce cauchemar ne me quittera jamais. Je comprends désormais le silence de mes compagnes, leur attachement aux noirceurs apaisées. Je n’avais rien compris. Je me croyais supérieure parce que les Grands Sages m’avaient choisie.
Je me laisse porter par les courants.
Ici, il n’y a aucun danger.
Là-haut, j’ai failli mourir.
Le torrent, l’euphorie du flot, la beauté des paysages, la lumière, les nuages, les forêts, le soleil et le vent, la pluie et les arcs-en-ciel.
J’étais heureuse, si heureuse. L’appel des horizons, des sensations si fortes, des ressentis si profonds.
Et puis, le torrent s’est jeté dans une rivière.
C’est là que tout a basculé.
Huit saisons de souffrances infinies. Le désespoir le plus effroyable.

Je n’oublierai jamais tout ça.
La rivière serpentait dans des paysages de vallées, des champs à perte de vue, des arbres fruitiers, des grands épis blonds ou des têtes de soleil qui se balançaient mollement.
J’ai vu mes premiers humains. Ils tenaient une canne avec un fil qui plongeait dans l’eau. Ils avaient l’air bien calme. Je me souvenais de paroles entendues dans les abysses. « Les humains étaient des destructeurs, il fallait les éviter. »
Ceux-là, assis sur la berge, me semblaient tout à fait respectables. J’ai même pensé que ces commérages dans les grands fonds n’étaient que des racontars distillés par les âmes anciennes pour impressionner les petits jeunes.
Oh, combien, j’ai compris qu’elles étaient encore bien loin de la réalité. Connaissaient-ils la vérité d’ailleurs ? Et les Grands Sages ? Savaient-ils réellement les risques encourus ? Agissaient-ils en pleine conscience ? Je ne parvenais pas à comprendre. Quelles étaient leurs intentions ? Qu’attendaient-ils des Explorateurs ?
J’ai été aspirée. Je passais au bord des herbes suspendues au-dessus de l’eau et je n’ai pas vu le tuyau, une bouche noire dans laquelle j’ai disparu, avalée dans une inspiration diabolique. Un bruit inconnu, comme un ronflement qui se rapprochait. J’ai rapidement compris que la situation n’avait rien de naturel.
Un assemblage métallique, une sorte de cylindre par lequel nous avons été projetées.
Je suis tombée au sol. Une terre poussiéreuse et desséchée. Des grandes tiges portaient ces têtes de soleil que j’avais vues alors que je descendais la rivière. La pluie dispersée par le mécanisme qui ronflait humidifia le sol et je me sentis disparaître.
Je n’ai pas compris lorsque j’ai été aspirée de nouveau. J’ai mis quelques moments à réaliser que j’avais été bue.
J’ai vu les fibres de la plante et j’ai senti rapidement tous les poisons qui s’y trouvaient.
« Des engrais, m’a expliqué une compagne de malheur. C’est la troisième fois que je me fais prendre. Je ne le supporterai pas. C’est trop dur. »
Des brûlures dans mes atomes, comme un déchirement, l’impression effroyable d’être désintégrée. Je revis rapidement quelques regards terrifiés d’animaux que j’avais vus disparaître dans la gueule d’un prédateur. Cette certitude de la mort. Ces derniers instants auxquels on s’accroche comme s’il était possible de repousser l’inéluctable.
Du poison liquide m’asphyxiait. J’ai tenté de me hisser vers le soleil. J’espérais que les poisons ne parviendraient pas aux extrémités de la plante.
Je n’ai jamais dépensé une telle énergie. Je n’ai jamais tant espéré, avec cette volonté de transformer mon espoir en reptations effrénées.
Je me suis concentrée, intérieurement, j’ai cherché à m’extraire de tout.
J’étais en moi comme dans une bulle, j’ai senti cette légèreté divine, non pas cette simple évaporation ancienne mais une plénitude sans masse, sans atome, comme si ne survivait en moi que l’énergie créatrice.

Je n’étais rien de ce que je croyais être.

J’ai été broyée, dans ma tige, une machine infernale qui nous découpa en lamelles. J’ai vu les têtes de soleil basculer dans des mâchoires et le pied dru où je résidais tomber au sol. J’ai été écrasé par une masse ronde, dure, impitoyable. J’ai pleuré en sentant le corps de mon hôte mourir dans d’atroces douleurs.
J’ai été éjecté de mon enceinte brisée et j’ai coulé dans la terre.
J’ai craché les poisons qui me restaient et je m’en suis voulu d’empoisonner le sol.
Je n’avais encore rien vu.
Le pire n’est jamais loin mais une fois qu’il est là, regarde devant…Il en reste encore.

Une nappe phréatique. Des tuyaux métalliques qui plongeaient dans le corps liquide. J’ai été aspirée. J’ai coulé dans des tubes froids, j’ai brûlé dans des citernes, j’ai été rejetée dans des conduits immondes, aspirée de nouveau, jetée dans une cuvette sale où flottaient des excréments, j’ai cru mourir dans la puanteur des égouts, j’ai vu des compagnes mortes, des gouttes éteintes, noires jusqu’au cœur.
J’ai coulé dans des villes sales, j’ai été balayée sur des trottoirs englués de vapeurs toxiques. J’ai connu aussi les affres des piscines et la brûlure des désinfectants et même les rires des enfants ne calmaient pas mes douleurs.
J’ai été rejetée sans remerciement dans une rivière aux eaux tièdes.
Des poissons erraient dans des herbes acides et leurs peaux s’écaillaient.

J’ai été bue, une nouvelle fois. Par un humain.
C’est certainement ce que j’ai vécu de plus troublant. Ce chaos intérieur m’a glacée d’effroi, cette alternance constante entre les élans euphoriques et les détresses insoumises, des tremplins amoureux et des trahisons infâmes. Une folie dévastatrice.
J’ai prié pour échapper à ce calvaire.
Il m’a pissée.
Contre une haie d’acacias, au bord d’une route, « une envie pressante. » Une soirée entre amis d’après ce que j’ai compris. Des alcools qui m’avaient souillée jusqu’à l’outrage. Il m’a pissée et j’ai eu la chance de trouver une faille dans la terre meuble.
J’ai rêvé aussitôt des noirceurs océaniques.
J’ai vu passer les saisons, pris dans le gel de la terre ou brûlée par les rayons solaires, des épreuves adorées au regard des violences humaines.
J’ai imploré les cieux de m’oublier.
J’ai souffert le martyre, j’ai espéré mourir.
J’ai maudit les hommes et j’ai rêvé de leur fin.
C’est un égout qui m’a rejetée à l’Océan.

J’ai plongé furieusement sans aucun remords. Plus jamais ça.
Je n’aimerai désormais que les noirceurs opaques. C’est là que se trouve la lumière intérieure.
J’ignorais tout de moi-même.
J’ai compris enfin les intentions des Grands Sages. Puisque je n’entendais rien, je devais connaître les affres les plus impitoyables pour taire en moi les pensées mensongères.
J’étais une goutte d’eau. Il n’en reste qu’un souvenir. Aussi transparent que ma structure. Aussi fragile que cette enveloppe polluée, agressée, envahie, asphyxiée. Tout cela n’était rien qu’un support dérisoire qu’il convenait de déchirer.
Pour lire le message.
Je n’étais rien de ce que je croyais être. J’étais bien plus lorsqu’il ne resta plus rien.


 

Daniel Mermet : le chemin et le but

Par Le 04/11/2016

Daniel Mermet : « dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. »
Publié le 4 novembre 2016 | Écrire un commentaire
« … Un de mes professeurs de dessin aux Arts appliqués donnait un superbe enseignement qui se ramassait en une seule phrase : « À chaque instant votre dessin est fini. »

En règle générale, dans un cours de dessin, on vous indique le temps dont vous disposez. Cinq minutes, une heure, quatre heures, ou plusieurs séances. Avec lui, non. Il fallait commencer par l’essentiel et rester sur l’essentiel. Dès que le fusain touchait le papier, et à chaque trait, l’urgent était l’essentiel. Un « essentiel » qu’il appartenait à chacun de découvrir. Puis de s’y maintenir. Sur la brèche, sur la ligne de crête, première ligne, ligne de feu, ligne de partage des eaux. Ainsi, à chaque instant, le dessin peut s’arrêter. L’important est dans chaque instant de la ligne. Pas dans la fin. Ni dans le début. Mais dans le trait, dans le chemin.

Quel sage pourrait ainsi dessiner sa vie ? Qu’à chaque instant la vie puisse être interrompue et qu’à chaque instant elle soit « essentielle » ? Toujours prête à la halte et prête à s’en aller.

Nous croyons poursuivre un but, nous croyons que le trait, comme un chemin, nous conduit vers un but.

Or il n’y a pas de but. Le but c’est le chemin.

Le but n’est rien, le chemin est tout.

Dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but.

Être en chemin, voilà le but.

Être n’est pas le but. Il n’y a pas d’Être que d’être en chemin… »

Daniel Mermet



Daniel est un homme important pour moi : depuis 2004, à travers Là-bas si j’y suis et aussi à travers quelques conversations, il me transforme profondément, en bien je crois.

C’est vrai qu’on n’est pas (encore) très nombreux, à défendre un processus constituant populaire, ouvert à vraiment tous les êtres humains ; c’est vrai qu’on n’arrive pas encore à rendre le monde meilleur ; mais on est en marche, on est ensemble, autant que possible, autour d’une idée originale et radicale, on se transforme ensemble, on apprend ensemble qu’on est capables d’écrire nous-mêmes notre constitution, et on progresse, malgré les calomnies et les difficultés, on fait de notre mieux pour être de plus en plus nombreux à chercher à servir nous-mêmes le bien commun, sans accepter les caricatures des politiciens qui font de celui qui n’est pas d’accord un adversaire à vaincre.

Ne désespérez pas d’être petit. Tout ce qui est grand a commencé par être petit.

Fais ce que tu dois, et advienne que pourra.

Étienne Chouard

Daniel Mermet : « dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. »

« … Un de mes professeurs de dessin aux Arts appliqués donnait un superbe enseignement qui se…

CHOUARD.ORG

  • 133
  • 134
  • 135
  • 136
  • 137
  • 138
  • 139
  • 140