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Abel Quentin : Cabane

Par Le 13/02/2025

Cabane par Abel Quentin

Cabane

 

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des Libraires de Nancy et des journalistes du Point - 2024


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EAN : 9791032925430
477 pages

L'Observatoire (21/08/2024) AUTRES EDITIONS
 
Existe en édition audio

3.84/5   689 notes

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Berkeley, 1973. Département de dynamique des systèmes. Quatre jeunes chercheurs mettent les dernières touches au rapport qui va changer leur vie. Les résultats de l'IBM 360, alias « Gros Bébé », sont sans appel : si la croissance industrielle et démographique ne ralentit pas, le monde tel qu'on le connaît s'effondrera au cours du XXIe siècle.
Au sein de l'équipe, chacun réagit selon son tempérament ; le couple d'Américains, Mildred et Eugene Dundee, décide de monter sur le ring pour alerter l'opinion ; le Français Paul Quérillot songe à sa carrière et rêve de vivre vite ; et l'énigmatique Johannes Gudsonn, le Norvégien, surdoué des maths ? Gudsonn, on ne sait pas trop. Certains disent qu'il est devenu fou.
De la tiède insouciance des seventies à la gueule de bois des années 2020, Cabane est le récit d'une traque, et la satire féroce d'une humanité qui danse au bord de l'abime.
Après Soeur (sélection prix Goncourt 2019) et Le Voyant d'étampes (prix de Flore, finaliste Renaudot et sélection Goncourt 2021), Cabane est le troisième roman d'Abel Quentin.

 

 

3,84 sur 689 notes

5★48 avis

4★38 avis

3★28 avis

2★5 avis

1★5 avis

Kirzy

Kirzy

23 novembre 2024

°°° Rentrée littéraire 2024 # 41 °°°

Abel Quentin s'est inspiré du rapport Meadows, Les Limites de la croissance, dans lequel des scientifiques du MIT prédisaient en 1972 la fin du monde tel que nous le connaissons, un effondrement économique et démographique total si la croissance continue de façon exponentielle. Il a conservé le nombre d'auteurs pour inventer quatre personnages et leurs trajectoires sur cinquante années.

« Ils étaient quatre, comme les Beatles ou les évangélistes »

L'auteur aurait pu opter pour un roman camouflé en essai politique moralisateur pour évoquer ces cinquante années où on savait mais rien fait, cinquante ans perdus, gâchés à cause de l'indifférence, l'hybris ou l'aveuglement des sociétés. Il fait au contraire le choix d'appréhender l'angoisse existentielle qui a saisi ces quatre jeunes gens, âgés d'une vingtaine d'années, pour raconter, avec des accents quasi balzaciens, comment on vit après ça, après fait la découverte terrifiante d'un effondrement futur inéluctable.

C'est l'aventure humaine qui intéresse
Abel Quentin. Chacun des personnages incarne une réaction possible face au déni collectif. Les Américains Mildred et Eugene Dundee sont ceux qui partent au combat, ceux qui durant toute leur vie portent le fardeau/ flambeau et prêchent en Cassandre dans le désert. le Français Paul Quérillot, c'est le cynique, celui qui ne veut pas se faire emporter par le rapport et décide de profiter, épousant son temps en travaillant pour une industrie pétrolière tout en étant travaillé par sa mauvaise conscience. Et il y a le Norvégien, Johannes Gudsonn, le génie des maths, celui qui ne supporte par la réalité d'une croissance exponentielle inarrêtable et disparaît des radars.

«  le rapport 21 a mis au jour un mal sans visage, un crime collectif dénué d'intention criminelle : la croissance. Des milliards d'individus qui, pris isolément, ne poursuivent aucune intention malveillante : ils vont pourtant entraîner la mort de millions d'autres, provoquer des famines et noyer des deltas. »


Cabane est construit avec une précision d'horloger. Une courte partie pour contextualiser la rédaction du rapport. Une deuxième partie consacrée aux trois premiers scientifiques, à tour de rôle. Je me suis régalée de la plume malicieuse de l'auteur qui par mille détails d'entomologiste raconte leurs parcours à travers l'angle des faiblesses et des vanités humaines. Même si ces personnages relèvent de l'archétype, la façon dont Abel Quentin a de coller à eux fait que leur évolution physique et leur rapport à leur corps dit tout de leur psyché, de leurs tourments et de leurs failles.

Et puis, changement -génial- de braquet avec la troisième partie. Totalement inattendu alors que le récit commençait à ronronner dans cette succession de portraits. Un nouveau personnage fait irruption, Rudy, un journaliste français qui est né après le rapport de 1972 et part enquêter sur le plus énigmatique du quatuor : le Norvégien qui a disparu, dont on ne sait même pas s'il est toujours vivant. Un coup de fouet romanesque qui transforme le récit en quasi thriller pour savoir ce qu'il est devenu.

« Je ne vois plus que les famines, les pénuries, les monstruosités que préparent nos orgies présentes. San Francisco, où je me suis aventuré hier, me débecte : l'atmosphère paresseuse de la fête est partout, les gens boivent et rotent, l'air ahuri, satisfaits. »

Johannes Gudsonn est LE personnage du roman. C'est vers lui que converge tout le récit. La mue de ce prodige des maths ayant soif d'absolu en
Saint-Just hanté par la fin du monde, décrit à travers le regard des autres, est absolument passionnante de complexité et radicalité, jusqu'aux confins de la folie.

Plus le roman avance, plus il se teinte de réflexions philosophico-existentielles qui résonnent forcément avec notre époque. Car comment ne pas devenir fou lorsqu'on sait ce que va devenir l'Humanité et que le déni collectif est un mur ? Johannes est la première victime de la solastalgie, cette détresse psychologique lié à la prise de conscience d'une urgence écologique.

Derrière ses tonalités volontiers sarcastiques et ironiques, c'est finalement la sincérité de l'auteur, sa colère, son effroi, son désenchantement, qui affleurent. Derrière les portraits de ces quatre scientifiques, c'est la solitude de l'Homme face à sa conscience qui émerge.

Le titre est impeccablement choisi. La
cabane, il nous en faudrait toute une, matérielle ou mentale. Pour fuir, s'isoler, se protéger, penser l'action, vivre sans compromis dans une intégrité radicale. En écho à d'autres cabanes : celle du philosophe naturaliste Thoreau qui s'est retiré à Walden pour critiquer la société américaine moderne ? Celle de Theodore Kaczynski, dit Unabomber, dans le Montana, mathématicien devenu le premier éco-terroriste ?

Mildred Dundee souhaitait comme épitaphe : « On vous avait prévenus, abrutis ». La fin du roman est toute aussi abrupte. Sur le coup, elle ne m'a pas convaincue avec son nihilisme à la
Houellebecq, mais elle est totalement cohérente. C'est juste que j'aurais bien continué d'avancer dans le récit. Reste que ce roman, érudit et intelligent, est d'une virtuosité absolument remarquable et rare.

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JARWAL : Le gardien du livre

Par Le 03/02/2025

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Il est arrivé !

Mon huitième roman. Le sixième aux édtions du 38.

475 pages de lecture pour tout le monde.

Peu importe l'âge.

 

Jarwall - Le gardien du livre

 

Nolwen (12 ans), Zack (10 ans) et Tom (8 ans) sont trois enfants amoureux de la nature. Nolwen, organisatrice et chef incontesté du trio est leur guide, celle qui connaît les mystères de la forêt, les lieux enchantés, les chemins secrets, les légendes du monde.
Alors qu'ils sont partis tous les trois en montagne, Jarwal le lutin se présente à eux comme le Gardien du Livre du Petit Peuple. Il explique que les pages du Livre s'effacent sous le pouvoir maléfique du progrès. Les enfants, fascinés et envoûtés par le monde moderne, ne lisent plus assez et les compagnons de vie de Jarwal tombent dans l'Oubli. Le lutin doit trouver des êtres capables d'écouter puis de transmettre la mémoire du monde pour que ses compagnons reprennent vie, que l'équilibre avec l'énergie vitale soit rétabli, que l'amour de la Nature soit à la source des existences. Les trois enfants ont été désignés par le conseil des Sages comme les Elus parce qu'ils résistent aux illusions technologiques et qu'ils aiment la Terre.
Les trois enfants vont-ils accepter cette mission ?

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Caractéristiques
Date de publication 07/02/2025
ISBN 9782384832231

Livre broché

26,00 €
TTC

Version numérique

FORMAT epub

Prix TTC : 6,99 €
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Apprendre pour vivre.

Par Le 28/01/2025

« Ce qu'il faut faire quand on est triste, répondit Merlin en soufflant et en soupirant, c'est apprendre quelque chose. C'est la seule chose qui ne faillit jamais. Peu importe que tu sois vieux, le corps tremblant et affaibli, que tes nuits soient peuplées d'insomnies à écouter la maladie qui s'insinue dans tes veines. Peu importe que tu aies perdu ton seul amour, que tu voies le monde autour de toi ravagé par le mal, ou que ton honneur soit foulé aux pieds dans les égouts des esprits les plus vils. Il n'y a qu'une seule chose que tu puisses faire : apprendre. Apprends pourquoi le monde tourne et ce qui le fait avancer. C'est la seule chose qui ne lasse jamais l'esprit, qui ne l'aliène jamais, qui ne peut être torturée, ni effrayée, ni intimidée, ni regretter. Apprendre est tout ce dont tu as besoin. Regarde toutes ces choses qu'il y a à découvrir. »

– L'Épée dans la pierre, T. H. White.

 

Le problème est donc d'identifier ce qu'il est bon d'apprendre, ce qui aura une utilité, un sens, un apport réel et donc d'identifier ce qui ne relève que de l'encombrement.

Là, je suis en mode "vie intérieure" parce qu'il arrive un moment où la réalité de ce monde matériel et égotique me révulse. Donc, j'opte pour la voie de l'ours, l'ermite, le retraité qui bat en retraite.

Il n'en reste pas moins que j'ai trop longtemps vécu dans la sphère du "moi" qui se fichait royalement du monde matériel et qui par conséquent le subissait en croyant en profiter, puis au regard de mon histoire personnelle, j'ai basculé dans la sphère spirituelle, par obligation, en mode de survie et lorsque j'ai rétabli le contact avec la "réalité" du monde extérieur, j'ai réalisé à quel point ça n'était qu'un chaos, une dévastation et dès lors j'ai voulu comprendre et ne plus subir béatement.

Et depuis, j'alterne entre les phases de compréhension de cette réalité et la dimension du réel, c'est à dire la spiritualité. Je me demande de plus en plus souvent si je ne vais pas finir par me retirer totalement et définitivement et laisser ce monde chaotique continuer son chemin, un chemin dans lequel il m'entraînera inévitablement au regard de l'impact sur la nature mais qui ne m'atteindra plus à travers les phases de colère ou de dégoût. D'autant que je sais très bien que le mal se nourrit également de ma colère et que cette colère est une porte pour qu'il m'envahisse. La difficulté que je rencontre au regard de ce désir de retrait, c'est que nous avons trois enfants et bientôt trois petits-enfants et que ce monde sera le leur encore pour longtemps. Je ne changerai pas le monde mais je peux au moins m'appliquer à en comprendre les rouages pour accompagner ceux que j'aime, s'ils m'en font la demande.

La cause de tout

Par Le 27/01/2025

Tant que le coût des dégâts et des reconstructions ne sera pas pharaonique, les dirigeants, où qu'ils soient, resteront figés et obnubilés par un seul critère, un seul objectif, une seule cible : les points de croissance.

Les assureurs l'ont déjà compris d'ailleurs en augmentant considérablement les contrats où même désormais en les refusant. Ils savent bien qu'à un moment, ils ne pourront plus suivre au risque de déposer le bilan. Il va être intéressant dans les prochaines années de lister les zones géographiques où il ne sera plus possible d'être assuré. Une carte appelée à évoluer rapidement.

 

Climat: l'adaptation au dérèglement pourrait entraîner un ralentissement "transitoire et modéré" de la croissance, selon un rapport

 

AFP •27/01/2025 à 20:39

Les adaptations au changement climatique pourraient entraîner un "ralentissement transitoire et modéré" de la croissance économique et coûter près d'un point de PIB en 2030, selon un rapport de la Direction générale du Trésor diffusé lundi.

Les agents de la Direction générale du Trésor se sont penchés sur les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone en fonction de différents scénarios.

La France s'est fixé l'objectif de réduire de 50% ses émissions brutes de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990, et vise à réduire fortement la part d'énergies fossiles dans sa consommation finale d'ici 2030.

Et "la transition qui est réalisée de manière ordonnée et coordonnée représenterait un coût économique (…) qui resterait modéré et transitoire", a indiqué Nathalie Georges, cheffe du service des politiques macroéconomiques et des affaires européennes à la Direction générale du Trésor.

Les auteurs du rapport relèvent qu'une augmentation de la tarification carbone et des coûts liés aux émissions de gaz à effet de serre --par la fiscalité carbone, des subventions ou des réglementations-- pourrait entraîner un double choc négatif, de demande pour les ménages, et d'offre pour les entreprises.

Cela pourrait se traduire par une baisse du niveau d'activité qui pourrait coûter un peu moins d'un point de PIB à la France en 2030 (-0,9 en 2030), par rapport à un scénario sans mesures de décarbonation supplémentaires.

La perte se résorberait partiellement à partir de 2040 et la France pourrait atteindre "-0,6 point de PIB en 2050", a détaillé Nathalie Georges.

Décarboner nécessitera d'importants investissements privés et publics qui pourraient atteindre 110 milliards d'euros en 2030 en France, peut-on lire dans le document de la Direction générale du Trésor, "et dépendront au-delà de cet horizon de l'évolution des technologies".

Mais ces coûts sont "bien inférieurs aux coûts des dommages des changements climatiques", relève Nathalie Georges. Selon une estimation du réseau des banques centrales, l'inaction pourrait coûter "environ 6 points de PIB pour la France et l'Union Européenne", et "9 points de PIB au niveau mondial" en 2050, a-t-elle indiqué.

Supporter le constat de notre insignifiance.

Par Le 27/01/2025

 

 

Je suis quelque peu dépité de lire nombre d'articles, de commentaires et de visionner des vidéos sur le duo Trump/Musk et de constater qu'un certain nombre de ces commentaires écrits ou audio mettent en avant le fait qu'il n'y a rien de nouveau, que des personnalités extrêmes, il y en a toujours eu, de tous côtés, qu'on peut trouver aussi agressifs dans bien d'autres coins du monde et même ici, en France et qu'il est donc inadéquat, voire injustifié de faire un "procès public" à Musk pour ce salut aux connotations quelque peu "étranges" ou aux frasques de Trump et ces propos glaçants et qu'on ferait mieux de regarder tout ce qui se passe ailleurs etc...etc... Et on en revient donc toujours au fait, qu'effectivement, le pire n'est jamais certain et que dès qu'on se lance dans une critique, on se place dans la situation d'être mis face à d'autres comportements tout aussi discutables.

Mais le problème n'est pas là. Le vrai problème, pour moi, c'est qu'on discute sur des faits et des personnalités qui posent problème, des tas de problèmes et pendant ce temps-là, on ne parle pas des gens honorables, des gens qui œuvrent pour le bien, des gens dont les valeurs ne mettent aucunement en péril celles des autres, des gens qui ne demandent qu'à vivre en paix, en osmose, en harmonie, dans la plénitude, loin des conflits.

Non, il ne s'agit pas d'une vision édulcorée, de rêves enfantins, d'immaturité, il s'agit de mettre juste en avant le fait que le monde qu'on nous montre, à travers les vitrines médiatiques, c'est un monde de confits. Et que les discussions qui émanent de ce monde génèrent d'autres conflits, d'autres prises de positions, d'autres arguments aussitôt contrés par les arguments des autres.

Et au final, nous nous retrouvons tous, les uns contre les autres, cherchant à savoir si le clan des uns est plus important que celui des autres, si l'équipe 1 est plus honorable que la 2 ou si la 1 est juste plus manipulatrice que la 2. Il n'y a plus de vérité, il n'y a que des oppositions qui détiennent leurs vérités, des vérités d'ailleurs modulables en fonction des alliances, des arrangements entre amis, des conflits d'intérêts ou des intérêts communs.

Et j'en arrive à me dire que le mieux à faire est de fuir, de me terrer dans un trou, de me boucher les oreilles, de ne plus dire un mot, de ne regarder que mes pieds et là où je les pose. Et d'écouter les oiseaux.

"“Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre.” Marc Aurèle.

Si je m'en tiens à cette maxime et que je tente d'identifier les situations sur lesquelles j'ai un réel pouvoir, c'est à dire celui de changer ce qui ne répond pas à mes valeurs, il est clair qu'il n'y a pas grand-chose et certainement pas les luttes qui ont lieu au niveau mondial par l'entremise de personnalités dont la puissance dépasse l'entendement.

Mais se pose aussi le problème de ma responsabilité envers des agissements contraires à mes valeurs car on peut considérer que la fuite renforce le pouvoir des malfaisants. Cette lutte intestine est devenue un leitmotiv désespérant, assommant, une rumeur de fond aussi prégnante qu'une respiration. Mais si je me lance dans un état des lieux au regard de mes prises de position et que je tente d'établir un constat sous la forme d'un pourcentage de réussite et d'échecs quant aux résultats de mes engagements, il n'y a aucun doute quant au fait que mes actes se sont révélés dérisoires, insignifiants, inexistants au regard de l'ampleur du désastre actuel.

Rien de bon n'est advenu dans le constat que je fais de l'état du monde, de l'humanité, de la nature, de la préservation de la vie. On s'enfonce, on s'enfonce...

Alors, j'en suis là, encore une fois, avec le même questionnement, celui qui revient systématiquement lorsque cette fatigue dans l'observation du monde devient plus forte, plus lourde, plus dévorante. Dois-je continuer à chercher à comprendre au détriment de mon bien-être ou la quête du maintien de mon bien-être est-elle une fuite inacceptable ?

Il me reste malgré tout un point d'ancrage dans ma propre histoire, celle de "la désobéissance civique" que j'ai choisie pour m'opposer à la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon. Je l'ai payé cher, je ne vais pas revenir en détail là-dessus mais il y a un élément qui est resté considérablement important dans cette épreuve, c'est que j'ai toujours eu la possibilité de me regarder dans un miroir sans avoir honte de moi-même. Si j'avais collaboré à cette réforme alors qu'elle s'opposait totalement à mes valeurs, les dégâts existentiels auraient été plus profonds que les dégâts physiques et psychologiques. Je n'ai pas collaboré et ça reste un tuteur qui m'a tenu debout.

Alors, aujourd'hui, dans la multitude de conflits et de dégradations de toutes sortes au niveau social et écologique, quels sont les comportements, les attitudes, les actes, les prises de positions qui peuvent concourir à ce que je puisse marcher "droit dans mes bottes" ? Tout ce qui concerne ma vie quotidienne. Rien d'autre.

Ce qui relève de la démarche intellectuelle ne doit être considéré qu'à travers le filtre de son inutilité réelle. Il reste ensuite à supporter ce constat.

Trumpusk

Par Le 25/01/2025

Vous voyez de qui il s'agit, ces deux personnages qui occupent la scène. Voilà deux ans déjà que je me demande si la quadrilogie que j'écris est bien de l'anticipation ou bien une série de romans contemporains avant de devenir une série historique. Très clairement, ces deux individus et Musk, particulièrement me font penser à cette phrase taguée sur un mur :" Le fond de l'ère m'effraie".

Ce que je crains par dessus tout, c'est que Musk, après le deuxième passage de Trump ne vienne à se présenter aux présidentielles ou pire encore, qu'il devienne le Walter Zorn de mes romans. Ce Walter Zorn, plus grande fortune jamais connue sur Terre qui élabore un projet démentiel.

« Toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité. »

BALZAC

 

 

 

TOUS, SAUF ELLE

 

CHAPITRE 3

L'hélicoptère survolait des forêts immenses. Au loin se dressaient les sommets partiellement enneigés du parc national d'Arthur's Pass.

Début mai. L'hiver posait les premiers manteaux.

L'appareil effectua une rotation au-dessus de vastes forêts puis se dirigea vers un immense assemblage de bâtiments rectilignes. Des routes goudronnées reliaient les différents éléments du complexe militaire disséminés sur plusieurs centaines d'hectares. Les bâtiments où vivaient les militaires, une serre de cent mètres carrés, des champs cultivés, un verger avec des dizaines d'arbres, un parc arboré de plusieurs hectares, un terrain d'entraînement pour les soldats, un gymnase, une salle pour le tir et un stade extérieur. Deux rangées de grillages ceinturaient l'ensemble sur quatre mètres de haut.

L'engin se posa sur l'hélisurface.

Protégé par quatre hommes en arme, un couple descendit de l'hélicoptère et monta dans une Cadillac blanche.

Le véhicule emprunta une voie rectiligne menant à une vaste demeure, à travers d'immenses étendues de pelouses soignées, ornées de bassins aux fontaines majestueuses.

Domaine de Walter Zorn, Nouvelle-Zélande.

Une architecture moderne, un bâtiment colossal, à la blancheur éclatante, une immense façade agrémentée d'étranges fenêtres, des hublots opaques comme des judas scrutateurs. L'ensemble figurant une citadelle redoutable mais dégageant pourtant une beauté stupéfiante.

Une construction récente dont la magnificence contrastait si fortement avec l'ensemble militaire qu'un diamant au milieu de galets aurait eu le même effet.

Une Maison-Blanche, bunkérisée, solidement implantée dans l'hémisphère sud, au milieu de nulle part.

Arrivé à destination, le couple descendit du véhicule, accompagné jusqu'au perron par deux militaires en armes.

Ils empruntèrent une allée couverte, un entablement soutenu par des colonnades de pierre blanche.

Un majordome accueillit le couple et les salua.

« Bienvenue, Monsieur Zorn. Bienvenue, Madame. 

– Bonjour Zack. »

L'homme prit les manteaux du couple qui emprunta immédiatement le hall en marbre blanc.

Treize hommes et une femme réunis dans une salle ovale, une coquille d’œuf éclairée par des hublots dépolis, une bulle insonorisée, isolée du monde extérieur.

Aucune décoration. Des murs nus, lisses, couleur crème, un sol marbré, une immense table en verre translucide, des sièges noirs à accoudoirs.

« Combien avez-vous dit, cher Helmut ?

–Douze milliards.

–Quelle échéance ?

–David, ce sont de simples prévisions avec leur contingent d’erreurs mais avant la fin de ce siècle, cette population mondiale semble tout à fait probable. Nous en avons déjà parlé et rien aujourd’hui ne vient contredire nos prédictions.

–J'ai toujours du mal à enregistrer ce nombre tellement il semble fou.

–Vous connaissez tous les problèmes planétaires que nous rencontrerons,» intervint Walter Zorn, fondateur de l’Ordre des Immortels. 

Carrure de rugbyman, quarante-deux ans, adepte du régime végétarien, cheveux courts taillés à la tondeuse, un visage imperturbable ciselé au cordeau, une large mâchoire, des yeux si marron qu’ils en paraissaient noirs, une profondeur de gouffre et simultanément une puissance de pénétration redoutable. Personne ne soutenait son regard.

Les quelques femmes de la haute société qui avaient entendu parler de lui en rêvaient secrètement. Les rumeurs les plus exaltées se diffusaient inévitablement sur cet homme insaisissable. Les rares individus qui se permettaient d’évoquer son existence usaient de la déférence accordée habituellement à un saint : le saint le plus fortuné de toute la planète.

« Je me permets de vous en brosser un petit descriptif afin que tout soit clair pour les trois jours à venir, continua-t-il. Je vous rappelle également que nous accueillons aujourd’hui la première femme de notre communauté. C’est un honneur, un privilège, une très grande satisfaction que notre projet corresponde à une personnalité aussi charismatique que Fabiola Mesretti et je me réjouis de sa venue. Vous connaissez tous le parcours exceptionnel de Fabiola et ses extraordinaires compétences. Elle tient à ce que ses talents nous servent et je l’en remercie, au nom de l’Ordre des Immortels.»

Tous les visages se tournèrent vers la beauté fatale, assise aux côtés du maître des lieux. La trentaine, tailleur clair vantant des formes parfaites, une longue chevelure brune couvrant les épaules, un visage fin, la femme hispanique dans toute sa grâce et son mystère. Présidente de la principale banque espagnole, un réseau de plus de cent vingt agences sur la péninsule et trente-deux succursales en Amérique du Sud. Une femme d’affaires de haut vol. Tous les hommes qui avaient tenté de s’opposer à ses projets avaient fini par abandonner. La détermination psychologique de Fabiola était à l’égal de sa flamboyance.

Walter inclina la tête, un geste empreint d’un profond respect et un plaisir évident.

Elle lui répondit en posant délicatement une main sur son avant-bras.

L’assemblée observa silencieusement la scène. Walter et Fabiola. Dix ans d’écart, le couple dont rêve la presse people. La classe, la fortune, la beauté, la réussite. Tout le monde savait que la venue de la banquière ne pouvait souffrir de la moindre contestation. Et d’ailleurs, contempler une aussi belle femme ne déplaisait à aucun des hommes présents.

« Avec cette densité planétaire, reprit Walter, l’approvisionnement alimentaire sera un problème majeur. L’accès à l’eau potable tout autant. Aux environs de 2050, selon nos modélisations, les deux tiers de la population mondiale, c'est-à-dire de nos fameux douze milliards, seront affectés par une pénurie d’eau. Entre quatre et cinq milliards de personnes déjà vers 2030. Dans un avenir très proche, quelques années, il faudra compter sur un milliard de réfugiés climatiques avec toutes les tensions que cela va générer et qui ne pourront que s'étendre. Nous entrerons par conséquent dans une période très troublée. Un peuple qui meurt de faim et de soif se révolte parfois avant d’être trop faible et il est toujours possible de le ramener au silence. Nous en avons une longue expérience. Mais si dix peuples se révoltent, cela s'apparente à une contagion beaucoup plus difficile à enrayer. Nous pourrions évidemment trouver quelques moyens pour circonscrire ces mouvements de masse durant quelque temps. Nous pouvons toujours fomenter des guerres pour obtenir des traités qui nous servent, profiter des marchés issus de la reconstruction des pays ravagés par la vente de nos armes, bénéficier de la faiblesse des États pour nous accaparer leurs matières premières. Nous pouvons propager des virus pour réduire les populations et nous saisir de leurs territoires, nous pouvons soumettre des peuples par la force et instaurer une illusoire démocratie. Nous pouvons produire une alimentation suffisante pour les pays développés en pillant les pays pauvres. Mais il est un élément contre lequel nous sommes impuissants et dont nous aurons, nous aussi, à souffrir, un élément qui nous contraint à changer radicalement de modes d'intervention : le ré-chauf-fe-ment cli-ma-ti-que. »

Chaque mot minutieusement articulé, un découpage syllabique qui intensifiait la portée.

« Vous le savez, désormais, nous ne pouvons plus nous contenter d’inventer des procédés technologiques ou des lois qui nous avantagent sans nous préoccuper des dégâts que l’humanité entière a provoqués et amplifie encore, jour après jour, en utilisant ce que nous lui vendons. »

Walter adressa un regard aimant à Fabiola qui versait de l'eau dans sa flûte de cristal puis il reprit son allocution.

« D'un milliard d’individus en 1830, nous sommes passés à deux milliards en 1930. Désormais, nous dépassons les huit milliards et la population mondiale augmente de quatre-vingt-dix millions d'individus par an. La consommation d’énergie a été multipliée par dix sur un siècle et elle ne cesse d'augmenter. La quasi-totalité de la planète court après le mode de vie occidental. On peut dire aujourd'hui que le matérialisme fait partie de l'ADN des humains. Vous savez également qu’aucune des restrictions énergétiques ou des technologies d’énergies renouvelables ne parviendront à stopper le processus du réchauffement climatique renforcé par les paramètres précédents. Tout au plus sera-t-il ralenti mais les phénomènes naturels ont pris déjà une ampleur considérable : inondations, cyclones, tornades, sécheresse, canicules et incendies gigantesques, atteinte générale à la biodiversité, épuisement des sols par surexploitation et empoisonnement, augmentation constante des températures, jusque dans les zones polaires, fonte des banquises et de l'inlandsis, réchauffement et élévation du niveau des océans auxquels il faut ajouter une pollution exponentielle par des millions de tonnes de plastique, épuisement des ressources halieutiques, affaiblissement considérable du corail à l'échelle mondiale, épuisement des nappes phréatiques et de l'eau potable, pollution de l'air dans toutes les mégalopoles, disparition des insectes et hyménoptères pollinisateurs et d’autres constats encore sur toute la biodiversité. Vous avez tous entendu parler de la sixième extinction de masse. Il serait absurde de croire que tout cela ne peut pas porter préjudice à l'Ordre des Immortels. »

Walter balaya l'assemblée attentive et pensa soudainement à ce bref échange avec le jardinier en chef du domaine, au printemps dernier. L'homme, attristé, avait évoqué la disparition des abeilles dans le parc. « Des fleurs qui ne sont plus aimées, c'est à pleurer, » avait-il dit. Walter avait répondu qu'il allait très prochainement s'occuper du problème et qu'entre-temps, il invitait le jardinier à installer des ruches dans l'enceinte du domaine et à récolter le miel produit.

Il considéra enfin, avec un certain amusement, que le projet Némésis contribuerait au retour des abeilles et que l'enjeu valait bien la disparition partielle de l'humanité.

« Ces phénomènes, une fois enclenchés, poursuivit-il, deviennent exponentiels. Il serait ridicule de compter sur un retour à des données acceptables mais il faut surtout comprendre que l’inertie de ces courbes dépasse l’entendement. Très peu d’humains ont conscience de l’avenir parce qu’ils n’ont pas la volonté intellectuelle de s’y confronter. Nous ne sommes donc pas dans des délires apocalyptiques. Vous connaissez tous désormais la réalité indéniable de ce désastre. Pour résumer en une phrase, nous allons droit au bûcher. L’humanité se condamne mais condamne avec elle l’Ordre des Immortels et cela, nous ne pouvons l'accepter. »

Walter laissa le silence inscrire dans les esprits les images que ses paroles provoquaient. Que chacun, encore une fois, prenne l’exacte mesure de la situation.

« Nous savons également, Walter, qu’il n’est plus temps d’attendre et c’est bien pour cela que nous sommes tous réunis ici, intervint Fernando.

–Et que nous devons tous nous entendre pour agir communément et définitivement, reprit Walter, sans qu’aucun intérêt personnel ne vienne entraver notre mission. Six ans que nous travaillons à élaborer ce projet. Le temps est venu de l’appliquer sur le terrain et cette dernière rencontre marquera le début d’un nouveau monde. Nous avons tous hérité de la sueur et de la détermination de nos pairs et ceux ou celles qui nous rejoignent sans être issus de cette lignée, adhèrent intégralement à nos idées. Nous devons donc nous montrer dignes de nos prédécesseurs et implacables pour le bien de nos descendants. Le plan que nous allons finir d’élaborer ici devra entrer en vigueur le plus efficacement possible. Nous possédons toutes les connaissances pour cela. Némésis entre dans sa phase finale, messieurs et chère madame, et nous ne pouvions l’appeler autrement.

Walter accentua l’hommage en plongeant ses yeux dans ceux de Fabiola puis il invita l’assemblée à se lever. Chacun croisa les mains sur la poitrine. Comme des récitants respectueux, des prêtres antiques invoquant leurs dieux.

La voix de Walter s’imposa :

« Némésis est notre salut, Némésis nous libérera de l’humanité. »

Tous les hommes et Fabiola répétèrent la sentence d’une même voix puis le silence retomba. Quelques secondes de réflexions ciblées, le scénario à venir.

Les treize hommes se dispersèrent par petits groupes. Fabiola se joignit à l’un d’eux. Quatre salles furent investies puis les portes fermées.

Trois jours pour finaliser le plan « Némésis. »

Trois jours pour modifier à tout jamais la face du monde.

 

Jarwal : de l'origine à la publication

Par Le 22/01/2025

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Jarwal le lutin, c’est qui, c’est quoi, de quoi s’agit-il ? J’ai créé ce personnage pour nos trois enfants quand on sortait pour marcher en montagne. Marine avait sept ans, Rémi, six ans et Léo quatre ans.

Je racontais une nouvelle aventure à chaque sortie et je leur disais que Jarwal ne pouvait me les transmettre qu’une fois dehors, à marcher vers les sommets. Pour eux, c'était une motivation très forte pour se lever de bonne heure et sortir par tous les temps, à toutes les saisons.

Et puis, les enfants ont grandi et ils n’ont plus eu besoin d’histoires pour les entraîner à marcher pendant des heures. C’est Nathalie et moi qui avions du mal à les suivre.:)

Mais Jarwal n’a pas disparu de ma tête. Je l’aimais beaucoup en fait car à travers ces années à parler de sa vie et des innombrables aventures, je me suis retrouvé à réfléchir à ce qu’il disait. Oui, je sais, c’est curieux. Je faisais parler un personnage et ce qu’il racontait m’invitait à approfondir ce qu’il disait. Mais je pense qu’un écrivain ne maîtrise pas tout ce qu’il invente et qu’il se crée en lui des arborescences dont il n’a pas conscience a priori. Et de ces histoires pour nos jeunes enfants, je suis parti vers des histoires à plusieurs niveaux de lecture.

De jeunes enfants peuvent lire Jarwal le lutin et des adultes tout autant car les situations amènent des réflexions qui vont au-delà du simple événement.

On peut trouver par exemple une réflexion sur l’embrigadement des enfants par les adultes pour extraire de leurs esprits tout ce qui peut être utile à la puissance, à l’enrichissement, à la pérennité de systèmes de pensées qui ne cherchent pas prioritairement le bien-être de l’individu mais son exploitation par les maîtres, les dirigeants, les financiers.

On peut trouver des réflexions sur l’imagination et la peur et l’apprentissage émotionnel,sur la colère, l'amitié, la tendresse, l'amour, la solidarité afin de parvenir à distinguer en soi de ce qui relève du réel et non d’une réalité conçue par un mental insoumis.

On peut trouver des réflexions sur l’émergence de l’identité, ce qui la constitue au fil du temps, l’établissement du moi et toutes les défenses qui s’instaurent pour en préserver ce qui semble être une intégrité quant il ne s’agit que d’une enceinte auto-programmée.

Quel est le rôle de la mémoire dans l’identité ? Son pouvoir nous échappe-t-il au point de nous priver de l’accès au réel quand nous ne voyons plus qu’à travers les filtres de cette mémoire ? Et quel est donc ce réel alors que nous nous limitons à notre réalité ? Le réel est universel quand la réalité est individuelle. Comment le découvrir, comment l’explorer, comment se libérer de nous-mêmes alors que nous nous considérons la plupart du temps comme des individus libres ? La nature y trouve une place prépondérante également, une nature pillée ou préservée, le problème majeur de son exploitation, de l'extraction, de l'indifférence envers la vie pour répondre aux besoins exacerbés de nos existences.

Alors, bien sûr que des lecteurs de dix ans s’intéresseront au lutin et à ses amis, aux elfes et aux korrigans, aux fées, aux être magiques comme les Maruamaquas et aux trois enfants qui rencontrent Jarwal et écoutent ses aventures, à sa compagne Gwendoline, à ce terrible Jackmor, l'esprit du mal, à la mouche bleue qui accompagne Jarwal et se révèle un compagnon inestimable, aux savoirs des Indiens Kogis, à cet autre monde que les enfants découvrent avec eux, bien sûr que les enfants se laisseront entraîner dans les aventures, les dangers, les traquenards et les ressources du lutin pour s’en échapper mais tout le reste, je l’espère, s’inscrira en eux, comme des graines à germer et qu’ils reviendront, au fil des années, puiser dans un passage du livre, un enseignement qui leur avait échappé mais qui s’était malgré tout glissé en eux, dans un recoin, jusqu’à ce qu’il devienne incontournable.

J’ai écrit Jarwal en imaginant un livre pour tous les âges.

La sortie est prévue pour le 7 février.

Pour l'amour des oiseaux.

Par Le 19/01/2025

Mathilde DUFOUR est aquarelliste naturaliste. Son pseudo d'artiste est MEUCHTILDE.

Je viens de découvrir son travail et je suis fasciné par la beauté de ses dessins.

Des oiseaux peints à l'aquarelle et qui semblent vivants, prêts à s'envoler et qu'on entend chanter.

C'est d'une précision magnifique.

Comme j'aime les individus talentueux et qui ont décidé d'aller au bout de leur rêve, je partage les quelques dessins que vous pouvez trouver aussi sur sa page Facebook:

https://www.facebook.com/profile.php?id=61553241788601

 

 

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KUNDALINI : un grand bonheur

Par Le 14/01/2025

KUNDALINI a passé le cap des 400 lecteurs et lectrices et j'en suis très heureux.

 

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Tous, reporters du désastre.

Par Le 13/01/2025

«Le changement climatique se manifestera sous la forme d'une série de catastrophes vues par des smartphones dont les images se rapprocheront de plus en plus de l'endroit où vous vivez, jusqu'à ce que ce soit vous qui les filmiez"

"Alors que les flammes ravagent Los Angeles, c’est ainsi qu’un tweet devenu viral commentait de manière quasi prophétique une précédente catastrophe. La destruction n’arrive désormais plus par le biais de reportages solennels, mais dans un barrage de bribes numériques, des vues à la première personne de ce à quoi ressemble le bouleversement du monde.

Soudain, une expérience qui semblait auparavant lointaine ou impossible devient quelque chose que nous avons vu se produire, non pas avec distance ou solennité, mais mélangé au fouillis d’images de la vie quotidienne qui défilent sur nos fils d’actualité."

 

Nous sommes appelés, tous, à devenir les témoins et reporters des phénomènes d'ampleur.

Aucun lieu de la planète n'est à l'abri.

Et nous serons, tous, de plus en plus, reliés par les effets de ces catastrophes.

C'est sans doute l'aspect positif. Solidaires dans le désastre, riches et pauvres. Il n'en reste pas moins que les pauvres seront encore plus miséreux et les riches juste désabusés quelque temps.

Ecologie, mathématiques et modélisation

Par Le 12/01/2025

Léo, le benjamin de la famille, a un doctorat en écologie.

Une chose surprenante pour moi, c'est le lien entre les sciences et les mathématiques, lorsque celles-ci viennent théoriser la nature. Et je trouve ça fascinant. On sait très bien que la complexité du vivant est phénoménale et qu'il est "ambitieux" de prétendre en "mathématiser" les processus mais il est clair pourtant que ce travail apporte un cadre, une structure au coeur de laquelle il est plus aisé d'envisager l'improbable et peut-être même de l'anticiper.

J'aurais vraiment aimé pouvoir appréhender les sciences et les mathématiques de cette façon lorsque j'étais élève. Quelles que soient les classes, de la primaire au lycée. Montrer les passerelles entre les différents espaces, recréer le lien qui n'aurait jamais dû disparaître. Toutes les connaissances sont reliées. Ce Tout ne doit pas être morcelé au point que plus aucune liaison n'existe. 

Les technologies actuelles envoient les enseignements protocolaires au grenier des vieilles choses et proposent un monde d'animation formidablement aidant dans la compréhension des données.

Ici, il s'agit d'une première partie expliquant en quoi consiste "l'écologie théorique" et ce qu'elle se propose de modéliser. 

 

 

 

Écologie Théorique

45 abonnés

9 vues 12 janv. 2025

Première vidéo d'une série qui cherche à présenter ce qu'est l'écologie théorique de manière ludique.

Rejoignez les burluks et la planète Gould-J60 pour découvrir ce que représente l'écologie au sens scientifique du terme.

Pour soutenir la chaîne : https://fr.tipeee.com/chaine-youtube-...

Réalisation : Blender 2.93 ManimCE (https://www.manim.community/)

Musique : Music for Manatees by Kevin MacLeod (https://incompetech.com/)

Les animaux et les incendies

Par Le 12/01/2025

Eux, ils n'y sont pour rien, ils n'y comprennent rien, ils tentent juste de sauver leurs vies. Beaucoup, beaucoup trop n'y parviendront pas.

 

Animaux sauvages tués par les incendies à Los Angeles : des espèces menacées en danger

 

par 10 janvier 2025, 21h57

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Les récents incendies ravageant la région de Los Angeles menacent gravement la faune et la flore, y compris des espèces en danger d’extinction. Entre la destruction massive d’habitations et les pertes économiques considérables, la situation est catastrophique, soulevant des inquiétudes sur la survie des animaux et plantes endémiques déjà vulnérables.

La région de Los Angeles est notoire pour sa vulnérabilité aux incendies de forêt, causés par les célèbres et chauds vents de Santa Ana – surnommés “vents du diable” – qui soufflent sur la Californie du Sud, apportant cycle après cycle mort et détruction. Cependant, ce qui se passe au début de 2025, en plein hiver, est considéré comme l’événement le plus catastrophique jamais enregistré dans la région de la “Cité des Anges”. Actuellement, on dénombre 10 victimes et environ 120 kilomètres carrés de territoire consumés par les flammes, soit l’équivalent de la ville de San Francisco. Plus de 5.000 maisons détruites – de nombreuses demeures d’acteurs et d’autres célébrités – et des dommages dépassant 50 milliards de dollars sont recensés. Toutefois, les pertes économiques dues à cette catastrophe naturelle pourraient atteindre 150 milliards de dollars, faisant de celle-ci l’une des plus “coûteuses” de l’histoire des États-Unis.

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Les zones les plus touchées se situent principalement au nord et à l’ouest de Los Angeles, avec des quartiers entiers brûlés à Palisades – entre Santa Monica et Malibu – ainsi qu’à Pasadena, avec 7.000 hectares réduits en cendres. Les pompiers luttent contre les vents de Santa Ana avec des moyens limités; bon nombre des bornes fontaines sont à sec en raison d’une demande extrême en eau, causant une baisse significative de la pression dans le réseau d’approvisionnement en eau, déjà éprouvé par les mois précédents de siccité exacerbée par le changement climatique. Ce mélange de circonstances rend la maîtrise des flammes, poussées par les vents de Santa Ana, extrêmement difficile – lorsque cela n’est pas impossible.

Cela a déclenché une course contre la montre pour sauver les personnes piégées dans leurs maisons entourées par les flammes. Mais ce ne sont pas les seules préoccupations. Les autorités ont également mis en place des grands centres de secours comme le Westwood Recreation Center et le Los Angeles Equestrian Center pour accueillir les évacués, y compris leurs animaux de compagnie, de toutes tailles. De nombreuses images de sauvetage de chiens, chats, chevaux, porcs, vaches et autres animaux circulent sur le net. Certains ont été laissés à l’abandon parce que leur transfert était impossible, tandis que d’autres, malheureusement, ont péri dans les maisons détruites par le feu. Beaucoup de propriétaires étaient au travail lorsque les autorités ont ordonné l’évacuation et n’ont pas pu revenir pour récupérer leurs compagnons avant que les quartiers ne soient engloutis par les flammes.

La maison de Paris Hilton, d’une valeur de 8 millions, a été détruite par les incendies à Los Angeles : à quoi ressemblait-elle

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Dans cette situation dramatique et tragique, on n’a pas beaucoup parlé de la faune sauvage, c’est-à-dire des animaux vivant librement dans les zones naturelles ravagées par le feu. Comme l’explique à Newsweek Stephanie Eyes, biologiste spécialisée dans la faune sauvage au Fish and Wildlife de Sacramento auprès du Service des poissons et de la faune américain (FWS), la Californie “a une longue histoire d’incendies de forêt”, et par conséquent, de nombreuses espèces se sont adaptées et ont évolué pour survivre aux incendies, en s’éloignant de la fumée et des flammes pour retourner ensuite dans leurs zones de nourrissage et de reproduction. Les amphibiens et les poissons peuvent nager dans des eaux profondes en attendant que la chaleur de surface se dissipe, tout comme les petits mammifères, reptiles et invertébrés peuvent se glisser dans des tunnels et des terriers souterrains pour échapper aux flammes et se protéger de la chaleur. Les oiseaux adultes s’envolent, tandis que les grands mammifères – comme les cerfs – se déplacent dans les bois pour éviter fumée et feu. Il est évident que les jeunes, ainsi que les animaux blessés et malades, succombent souvent aux incendies. Toutefois, l’incendie en cours n’est pas un incendie ordinaire, et il peut également être impossible pour des adultes en bonne santé de trouver refuge. Rappelons ce qui s’est passé en 2020 en Australie, où des incendies dévastateurs ont causé la mort de plus d’un milliard d’animaux. Parmi les images les plus émouvantes en provenance de Californie, on trouve celle d’un jeune cerf effrayé et confus cherchant refuge sur une route, alors que les flammes dévorent les zones boisées environnantes.

Les experts en faune sauvage s’inquiètent particulièrement pour certaines espèces endémiques – c’est-à-dire qui ne vivent que là – déjà menacées d’extinction (ou proches de l’être) pour diverses raisons, principalement d’origine humaine, telles que la détruction de l’habitat naturel, la pollution et le changement climatique causé par les activités humaines. Parmi elles se trouve la grenouille à pattes rouges de Californie, une sous-espèce de grenouille rouge du Nord, classée comme “quasi menacée” dans la Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) depuis 2021. La population subit une baisse significative et la sous-espèce est strictement protégée par la loi fédérale américaine. Les experts expliquent qu’elle peut trouver refuge dans l’eau ou dans les terriers de mammifères, mais l’ampleur et la rapidité des incendies en cours pourraient décimer un grand nombre d’individus.

Un attrape-mouches des saules. Crédit : Jim Rorabaugh/USFWS

Un attrape-mouches des saules. Crédit : Jim Rorabaugh/USFWS

Trois espèces d’oiseaux sont également en danger : le vireo de Bell (Vireo bellii pusillus), une sous-espèce vivant dans la Californie du Sud, qui est classée comme en danger d’extinction; le pigliamosche du sud-ouest (Empidonax traillii extimus), dont on ne dénombre que quelques centaines de couples reproducteurs et qui est également en danger d’extinction ; et le pigliamosche côtier de Californie (Polioptila californica californica), qui se retrouve dans une situation similaire à celle de la précédente espèce. Il ne s’agit pas seulement d’animaux menacés par les terribles incendies californiens, mais également de nombreuses plantes rares déjà à risque d’extinction en raison de l’impact humain. Parmi elles, on trouve la Pentachaeta de Lyon, l’Astragale de Braunton et plusieurs espèces de Dudleya, telles que celles de Santa Monica, du Conejo et la “marcescente”. Toutes ces espèces, comme l’indique le Service de la faune et des poissons des États-Unis, “sont considérées comme menacées ou en danger d’extinction sous l’Endangered Species Act”.

La grenouille à pattes rouges de Californie. Crédit : Wikipedia

La grenouille à pattes rouges de Californie. Crédit : Wikipedia

Actuellement, deux espèces d’oiseaux menacées sont heureusement dans des situs de migration en Amérique centrale ou du Sud, donc loin de la zone touchée par les incendies. Néanmoins, les experts estiment qu’à leur retour, beaucoup d’entre eux ne retrouveront pas leurs sites de nidification habituels, les obligeant ainsi à se déplacer ailleurs. Probablement dans des conditions encore plus difficiles qui pourraient compromettre le potentiel de récupération des populations, déjà en grave diminution.

De la Bérarde à Los Angeles

Par Le 11/01/2025

Il se pose désormais un problème fondamental. Celui de l'empathie.

Peut-elle s'adresser à tous, uniformément ?

Non, je ne me réjouis pas de la dévastation de ces centaines de maisons en Californie. Je me doute bien qu'il y a parmi tous ces gens des individus qui ont conscience du problème planétaire. Mais ont-ils pour autant opté pour une vie en accord avec cette conscience écologique ?

En même temps, est-ce que le fait de ne pas me sentir solidaire de ceux qui ont perdu leurs biens (je ne parle pas des personnes décédées où là, le drame est total), fait de moi un individu peu recommandable ou détestable?

Nous savons tous que l'impact écologique du mode de vie américain est gigantesque.

La question qui se pose désormais est de savoir si nous pouvons continuer à vivre dans un déni de la situation climatique, sans rien changer à nos modes de vie et à se contenter de plaindre "ces pauvres gens qui ont tout perdu" (en espérant surtout ne jamais connaître la même chose) alors que jusque-là, ces gens faisaient partie dans leur très grande majorité de ceux qui n'éprouvaient aucun intérêt pour la biodiversité, la nature, la souffrance animale, la pollution de l'atmosphère et des océans, l'extinction de masse en cours.

Surconsommateurs, gros SUV, adeptes de l'avion pour des voyages exotiques, mangeurs de viande et gros (dans le sens plein du terme) client de la malbouffe, climatiseurs et pelouses copieusement entretenues avec les réserves d'eau potable (cette eau qui a fini par manquer aux pompiers).

Est-il donc possible de continuer à vivre en s'obstinant à ignorer que nos comportements ont désormais des effets planétaires et que les catastrophes à Valence en Espagne, la disparition quasi complète du hameau de la Bérarde, et toutes les catastrophes les plus vastes comme les plus localisées ne sont plus que les effets du comportement de tous ?

J'éprouve de l'empathie et une solidarité totale envers les habitants du hameau de la Bérarde qui ont vu disparaître des maisons entretenues depuis des générations dans le paysage magique (et dangereux) des montagnes qu'ils adorent.

Je n'éprouve rien envers les habitants de Los Angeles.

 

Une aberration qui rapporte

Par Le 11/01/2025

 

 

Sports

22 000 km pour un seul match : le non-sens écologique du rugby européen

https://reporterre.net/22-000-km-pour-un-seul-match-le-non-sens-ecologique-du-rugby-europeen

22 000 km pour un seul match : le non-sens écologique du rugby européen

Depuis 2022, plusieurs clubs sud-africains ont intégré la Coupe d’Europe de rugby. Casse-tête logistique et sportif, ce choix effectué pour des raisons financières est un non-sens écologique.

Huit avions, 22 000 kilomètres et 31 heures de vol étalées sur une semaine pour jouer un match de 80 minutes. Le Stade toulousain a entrepris un véritable périple pour se rendre à Durban, en Afrique du Sud, où il affronte, samedi 11 janvier, les Sharks dans le cadre de la troisième journée de la Champions Cup, l’ancienne Coupe d’Europe de rugby. Depuis 2022, l’instance dirigeante du rugby européen, l’European Professional Club Rugby (EPCR), a décidé d’ouvrir la compétition aux franchises sud-africaines pour générer de nouveaux revenus, notamment à travers les droits de diffusion.

Cette saison, comme les deux précédentes, les Sharks de Durban, les Stormers du Cap ou les Bulls de Pretoria peuvent ainsi affronter le Rugby club toulonnais, les Saracens de Londres, les clubs franciliens du Racing 92 et du Stade français, l’équipe écossaise de Glasgow, ou encore les Italiens de Trévise.

Casse-tête logistique et aberration écologique

Cette décision d’étendre la compétition européenne à d’autres continents est « une étape cruciale pour concrétiser notre vision du développement du rugby et de nos propres tournois, en continuant d’offrir des revenus commerciaux solides à nos ligues et en créant un niveau toujours plus élevé de matchs passionnants pour nos fans », justifiait il y a deux ans Dominic McKay, président de l’EPCR.

Dans les faits, cette décision se révèle être un véritable casse-tête logistique pour les clubs et une aberration écologique. Pour arriver à temps en Afrique du Sud, le Stade toulousain, qui jouait un match de championnat de France samedi 4 janvier à La Rochelle, a dû rentrer en avion privé jusqu’à Toulouse dès la fin de la rencontre. Arrivée dans la nuit, la délégation toulousaine a pris un avion dimanche direction l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, puis un autre pour Johannesburg. Arrivés en Afrique du Sud lundi matin après 11 h 30 de vol, les quarante-neuf joueurs et membres du staff sont remontés dans un avion pour Le Cap, sur la côte ouest du pays.

Un détour de 1 300 km pour rendre hommage à un jeune joueur du club, Medhi Narjissi, disparu en mer l’été dernier. Les champions d’Europe ont terminé leur périple mardi, avec un nouvel avion pour Durban, sur la côte est, pour préparer leur match de samedi contre les Sharks.

« Il faut réduire l’empreinte carbone et responsabiliser les clubs, mais les instances dirigeantes font tout le contraire »

Au total, selon le calculateur de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, ce périple va générer près de 4 tonnes de CO2 par personne, soit la moitié de la consommation annuelle d’un Français, et deux fois plus que les préconisations pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C selon le GIEC.

Ce déplacement n’est pas un cas isolé puisqu’avec trois équipes sud-africaines engagées, au moins douze déplacements intercontinentaux auront lieu cette saison. « Je trouve que la décision d’intégrer des équipes sud-africaines est totalement absurde », lance l’ancien joueur professionnel de rugby Julien Pierre.

Mauvais exemple

« Il faut qu’on réduise l’empreinte carbone de ces compétitions et qu’on responsabilise les clubs, mais les instances dirigeantes font tout le contraire », poursuit celui qui a fondé le label Fair Play For Planet en 2020, un outil qui sert à accompagner des clubs ou des organismes sportifs dans l’identification et la mise en place d’actions écoresponsables. « On est dans une période où on parle beaucoup de réchauffement climatique, de CO2, et je ne suis pas sûr que le rugby soit un bel exemple en ayant invité l’Afrique du Sud », réagissait en décembre 2023 l’ancien sélectionneur du XV de France Philippe Saint-André sur RMC.

L’élargissement de la Coupe d’Europe à l’Afrique du Sud doit permettre de gonfler les droits de diffusion télé. Wikimedia Commons / CC BY 2.0 / palmipode

Julien Pierre, ancien deuxième ligne de Clermont-Ferrand et de l’équipe de France, souligne également à Reporterre que « 80 % de l’impact carbone d’un événement sportif est lié aux déplacements des supporters, et bien évidemment ces matchs sur plusieurs continents incitent les fans de rugby à voyager partout dans le monde. Ce n’est pas le déplacement de quelques joueurs qui pèse lourd dans la balance, mais surtout le message et le symbole qui sont véhiculés. Quand on a vu les All Blacks prendre le train en France lors de la Coupe du Monde en 2023, c’est le genre d’image qui change les mentalités et qui inspire les jeunes », souligne le vice-champion du monde 2011.

« Si on continue sur cette voie, on va droit dans le mur »

Lenaïg Corson, ancienne joueuse professionnelle qui a disputé 35 matches avec le XV de France, fustige « une décision de l’EPCR motivée par l’argent. Aujourd’hui, nos organes dirigeants ne voient pas la préservation de la planète comme prioritaire », dit-elle à Reporterre.

« Si on continue sur cette voie, avec toujours plus de compétitions, toujours plus de matches, toujours plus de déplacements, on va droit dans le mur. Il n’y aura plus de rugby ni de sport sur une planète invivable. Plus de Tour de France quand il fera 50 °C et que le goudron sera en train de fondre, plus de football ou de rugby quand les terrains seront inondés ou trop secs, plus de ski quand il n’y aura plus aucune neige », raconte celle qui multiplie les prises de positions en faveur de l’écologie.

Lire aussi : Mondial, JO, Tour de France… L’overdose de compétitions climaticides

Contacté, l’EPCR n’a pas répondu aux questions de Reporterre. En 2022, l’ancien directeur général de l’instance, Anthony Lepage, expliquait que cette nouvelle formule de la Coupe d’Europe était un « investissement », et qu’il fallait suivre le modèle du football, notamment en étant « plus ouvert avec le terme européen. Dans le football, en Ligue des champions, il n’y a pas de débat sur les équipes de l’Est », argumentait-il, alors que les compétitions européennes de football s’étendent jusqu’à Israël et au Kazakhstan.

Le spectre d’une compétition mondiale

Dans une interview au média spécialisé Rugbyrama, l’ancien international français Clément Poitrenaud, désormais membre du staff d’entraîneurs du Stade toulousain, avouait quant à lui sa crainte que cette nouvelle compétition soit « une première étape. Les instances dirigeantes ont une idée en tête et finiront par créer un tournoi mondial. Il verra le jour prochainement, à mon sens ».

Dans le monde du rugby, rares sont les joueurs en activité qui s’expriment publiquement sur la question environnementale, notamment liée à la multiplication des matchs internationaux. « Je ne me rendais pas compte à quel point je détruisais la planète en tant que sportive. Pour moi, c’était formidable de jouer des grands matches », se rappelle Lenaïg Corson, retraitée depuis 2023.

« Des solutions existent, il faut juste la volonté de nos instances dirigeantes »

« Honnêtement, en tant que joueur, je ne pense pas que j’aurais été capable de dire que je n’allais pas jouer en Afrique du Sud », admet Julien Pierre, « mais je pense que ces prises de position vont arriver, et si demain un Antoine Dupont ou un joueur de ce calibre déclare qu’il ne va pas en Afrique du Sud pour ne pas alourdir son bilan carbone, je pense que les organisateurs devront se plier, tout simplement », poursuit-il.

Pour l’ancien deuxième ligne, « il faudrait au moins revenir à une compétition qui se déroule sur le continent et réfléchir à des solutions pour alléger les déplacements. Quand une équipe française se déplace en Angleterre, on pourrait faire un match dix jours plus tard en Écosse, par exemple, pour compenser le voyage et éviter un aller-retour en France. Des solutions existent, il faut juste la volonté de nos instances dirigeantes. »

Jeux Olympiques de Los Angeles

Par Le 11/01/2025

 

Autant, je compatis à la douleur des habitants de Mayotte, autant la situation de la population de Los Angeles me laisse froid. (oui, j'utilise cet adjectif volontairement).

Je pense par contre avec une infinie douleur aux milliers d'animaux qui ont péri carbonisés et aux millions d'arbres calcinés.

Et je me contrefiche totalement que les souvenirs de Johnny Hallyday aient brûlé avec la maison de sa femme et jen pense tout autant de toutes les maisons des milliardaires qui ont fini en cendres.

Quant aux Jeux Olympiques, j'ai déjà dit ce que j'en pense : c'est devenu une aberration écologique, une de plus et s'ils ont toujours lieu, c'est principalement pour la manne financière que ça représente pour les sponsors et les constructeurs du BTP, les avionneurs, les agences de voyage, les hôtels et tous ceux qui gravitent dans le secteur du tourisme. Et j'en pense tout autant de la coupe du monde de foot ou de rugby et des jeux olympiques d'hiver.

Il n'y a plus que le sport amateur qui trouve grâce à mes yeux.

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Resilience Montagne

 

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JEUX OLYMPIQUES ET CLIMAT

de #climatosportifs

« Los Angeles est ravagé par des incendies massifs depuis plusieurs jours.

Au moins 11 personnes sont mortes, des milliers de familles sont déplacées, les infrastructures détruites et la biodiversité décimée. Les conséquences sont dramatiques et touchent particulièrement les communautés vulnérables.

Accentués par le réchauffement climatique, ces mégafeux sont plus fréquents et intenses en Californie (+320% de surfaces brulées entre 1996 et 2021, NOOA).

Le GIEC rappelle que ces événements climatiques extrêmes sont et seront de plus en plus fréquents et violents en raison du changement climatique provoqué par les activités humaines.

2024 a été l'année la plus chaude de l'histoire de l'humanité.

Pour la première fois, nous avons dépassé le seuil de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle (Copernicus).

Nous nous devons de replacer cet événement dans le contexte politique du pays.

Dans quelques jours, Donald Trump sera à nouveau investi président des États-Unis.

Les flammes de LA ne semblent pourtant pas ébranler son discours climatosceptique (il a déclaré en novembre que "nous n'avions pas de problème avec le changement climatique"), ni son programme orienté vers la désinformation et la désorganisation des agences de protection de l'environnement.

À l'heure où Los Angeles se prépare à accueillir les Jeux Olympiques de 2028, nous ne pouvons que rappeler que les événements sportifs internationaux contribuent à alimenter un modèle irréconciliable avec nos limites planétaires.

Ces incendies nous montrent aussi que le sport est intrinsèquement vulnérable au changement climatique.

Nos pratiques sportives doivent s'adapter pour limiter l'impact environnemental qu'elles provoquent. Plusieurs organisations sensibilisent, alertent, accompagnent les acteurs du sport et les sportifs.

Informez-vous, engagez-vous

C'est encore et toujours là

Par Le 06/01/2025

 

On regarde une série sur l'ordinateur : "RIVAGES"

Dans un épisode, le personnage principal, une scientifique, vient à l'hôpital pour voir une personne qui lui est chère et qui est dans le coma. Elle lui prend la main et lui parle.

"Je ne peux pas pleurer parce que si je me laisse aller, si je laisse les émotions m'emporter, je vais sombrer."

J'ai eu une montée d'émotions, énormes, les larmes aux yeux, une brûlure dans le ventre. J'étais là, au bord du lit, à veiller mon frère.

J'avais 16 ans, j'en ai 62

Il en avait 19.

C'est là, encore une fois, que je réalise à quel point cette partie de ma vie s'est ancrée au plus profond, à quel point j'ai grandi avec elle. On n'oublie rien. C'est quelque part en nous.

LES ÉGARÉS : réécriture

Nouvel an

Par Le 31/12/2024

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Que celui qui a l'aplomb de souhaiter une bonne année réfléchisse deux secondes. Pas plus.

Nous ne savons aucunement où nous allons.

Je n'ai aucun espoir et ne suis aucunement désespéré. Je suis neutre.

Je n'aime pas cette convenance qui voudrait qu'on souhaite une bonne année à quelqu'un qui sera peut-être mort demain. Je considère que c'est un mensonge.

Un lundi soir, mon frère était vivant et le mardi matin, il était mort. Il avait 39 ans.

Non, je n'ai aucune peur de la mort étant donné qu'elle n'a aucune réalité tant que je suis vivant.

Je veux bien souhaiter à tout  le monde de profiter de chaque instant mais je ne me projetterai pas plus loin.

Advienne que pourra et on fera au mieux.

Bonne nuit.

Le champ profond de Hubble

Par Le 31/12/2024

Hubble deep field

Le champ profond de HUBBLE

 

Le 30 décembre 1924, Edwin Hubble (1889-1953), après une série d’observations réalisées quelques mois plus tôt, annonçait officiellement une découverte qui allait changer radicalement notre connaissance de l’univers : des nébuleuses, que l'on croyait situées à l’intérieur de notre Galaxie (le terme s’écrit avec une majuscule quand il s’agit de la nôtre, appelée aussi la Voie lactée), s’avéraient être d’autres galaxies indépendantes et beaucoup plus éloignées qu’on ne le pensait.

La Voie lactée, n’était donc pas l’univers, mais juste une partie infinitésimale, une galaxie parmi des milliards d’autres. Quelques précurseurs, tels Emmanuel Kant ou William Herschel soupçonnaient déjà cette réalité, les travaux d’Edwin Hubble la confirmèrent de manière irréfutable. Troublant de penser qu’à l’époque où les relativités restreintes et générales d’Einstein avaient déjà révolutionné notre vision de l’univers, la tendance majoritaire était de croire que la Galaxie (la nôtre donc, c’est bien de le repréciser) représentait en quelque sorte l’univers tout entier !

Un télescope spatial, lancé en 1990 et toujours en activité, fut baptisé Hubble en hommage aux travaux d’Edwin.

Belle intuition car en 1995, ce télescope réalisera le fameux « champ profond de Hubble » sur une minuscule zone du ciel assez sombre où seules 4 étoiles de faible luminosité sont visibles (et serviront de guides).

Quand j’écris « minuscule zone du ciel » c’est plus qu’un euphémisme : la zone représente un 30 millionième du ciel. En gros, imaginez vous, dans un champ, tendre une épingle à bout de bras ; la tête de cette épingle représentera la zone photographiée. On peut aussi opter pour un bouton de chemise à 25 mètres, un ballon de foot à 900 mètres etc. Dans cette minuscule zone du ciel, totalement sombre hormis les 4 étoiles à faible luminosité citées plus haut, après des durées d’exposition de plusieurs dizaines d’heures (pour capter un maximum de lumière) sur quatre longueurs d’onde différentes, le télescope spatial produira une image devenue légendaire où l’on dénombrera pas moins de 3000 galaxies.

C’est peu dire que, face à l'immensité, nous sommes bien peu de chose...

Robert Loï

Les droits des "êtres non-humains"

Par Le 29/12/2024

 

 

Il me semble que c'est Albert Einstein qui a écrit : " Le chaînon manquant entre le singe et l'homme, c'est nous. "

Si nous n'accordons pas de droits aux être non humains, sommes-nous réellement humains ou pas encore ?

Zoologie

"Mais peuvent-ils souffrir ?" : 5 textes philosophiques sur la sensibilité animale

 

Par

Publié le vendredi 26 mars 2021 à 17h50

12 min

"La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ?, ni peuvent-ils parler ?, mais peuvent-ils souffrir ?", Jeremy Bentham."La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ?, ni peuvent-ils parler ?, mais peuvent-ils souffrir ?", Jeremy Bentham.

© Getty - Frans Lemmens

De la reconnaissance de la souffrance animale à la question de l'extension des droits aux "êtres non-humains" : parcours à travers quelques essais philosophiques qui ont durablement marqué la réflexion sur l'éthique animale, de Porphyre à Tom Regan en passant par Jean-Jacques Rousseau.

Ni véritable frère humain comme il peut apparaître sous la plume de La Fontaine, parlant et s'affairant à divers métiers, ni simple objet aux facultés automatiques comme le suggérait Descartes, l'animal est considéré comme un être vivant doué de sensibilité. C'est en raison de la reconnaissance, progressive, des capacités qu'ont les animaux à ressentir de la douleur que la question de leurs droits a évolué.

En janvier dernier, la proposition de loi contre la maltraitance animale a été adoptée à l'Assemblée nationale. Elle prescrit, entre autres, le durcissement des sanctions pour mauvais traitement, l'interdiction progressive de la détention d'animaux dans les cirques et des élevages destinés à la production de fourrure. Majoritairement saluées, ces mesures reflètent un souci grandissant du respect des animaux. Depuis 2015 en France, ceux-ci sont en effet définis par le Code civil (art. 515-14) comme : "Des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens."

À écouter

En quoi le bien-être animal est-il une question politique ?

Le Temps du débat

39 min

Mais aux yeux de certains philosophes et juristes, ce statut soulève au moins une contradiction. Définis par leur sensibilité, qui les distingue des biens et des choses, les animaux demeurent pourtant "soumis au régime des biens" là où les lois n'encadrent pas leur protection. Si cette ambivalence nous frappe, c'est que la question de la sensibilité des animaux nous taraude depuis des siècles : comment la définir ? Est-elle différente de celle des êtres humains (l'animal éprouverait de la douleur comme une simple sensation tandis que l'homme souffrirait de façon consciente et vécue) ? Qu'implique-t-elle du point de vue de nos comportements envers ces êtres avec lesquels nous partageons le monde ?

Ces questions, aux implications philosophiques, éthiques et même politiques, ont été traitées dans nombre d'essais. Au cours de l'histoire, il s'est toujours trouvé des philosophes appelant à une reconception de la condition animale. Ce sont les penseurs antiques qui prônent le régime végétarien pour des raisons éthiques, les savants des Lumières qui remettent en cause la "chaîne des êtres" classique selon laquelle l'espèce animale se trouve soumise à celle des humains, ou encore les philosophes moraux anglo-saxons qui avancent l'idée de droits pour les "êtres non-humains". Retour sur quelques-uns de ces grands textes philosophiques qui ont marqué la réflexion éthique sur la sensibilité animale.

À lire

Et l'animal devint sensible

La diète-éthique de Porphyre : tu ne mangeras pas ton semblable souffrant

Parmi les motivations invoquées par les défenseurs des animaux, un point fait consensus : la souffrance animale existe. "Si les animaux ne souffraient pas, dit-on, la question de leur statut moral, celle de notre responsabilité à leur égard, ne se poserait pas davantage que pour les arbres, les légumes, les roches ou les rivières", constate le philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dans Éthique animale (PUF, 2008). Et les carottes, ne souffrent-elles pas quand on les déterre en tirant sur leurs fanes ? La question, un brin moqueuse, parfois opposée aux défenseurs du bien-être animal révèle le soupçon porté sur la véracité, ou au moins le degré, de cette souffrance. Tuer une bête pour la manger ne serait pas plus problématique que de cueillir une salade.

L'argument est loin d'être nouveau. Porphyre de Tyr, philosophe néo-platonicien connu pour avoir été le disciple de Plotin, y répondait déjà au IIIe siècle dans son traité sur l’abstinence de la chair des animaux :

"Mettre sur le même pied plantes et animaux, voilà qui est tout à fait forcé. La nature des uns en effet est de sentir, de souffrir, de craindre, de subir un dommage et donc aussi l’injustice. Les autres n’ont aucune sensation et donc rien qui leur soit inapproprié ou mauvais, un dommage ou une injustice." Porphyre, De l'abstinence, III (vers 271)

À lire

Aux origines du végétarisme

Dans ce traité en trois volumes, le philosophe énumère diverses raisons de ne pas mettre de chair animale dans assiette. Il s'adresse à un ami, Firmus Castricius, lequel, apprend-il avec déception, s'est remis à consommer de la "pâture carnée" et a même condamné publiquement le végétarisme ! En s'appuyant sur des observations des comportements animaux, Porphyre montre qu'ils raisonnent, communiquent avec leurs semblables comme avec les hommes, souffrent… Bref, que les animaux ont une intelligence et que celle-ci doit nous empêcher d'établir une séparation ontologique entre notre espèce et la leur, au nom de laquelle on aurait le droit de les tuer pour notre simple plaisir gustatif. Selon Porphyre, c'est "par gloutonnerie que les hommes refusent la raison aux animaux."

On connaît d'autres végétariens illustres : Pythagore défend ce régime parce qu'il croit en la métempsycose : maltraiter un animal ou le tuer, c'est peut-être faire du mal à un proche réincarné. Quant à Plutarque, il considère que manger des animaux n'est tout simplement pas un besoin. Cette question, loin d'être marginale, a été diversement traitée selon les écoles philosophiques antiques, comme l'explique le professeur de littérature Renan Larue :

"Les uns proclament que l’espèce humaine est la finalité de l’univers, que les autres créatures ne sont que des moyens et qu’il faut honorer la divinité en lui offrant des sacrifices. Les autres assurent au contraire que l’homme est une partie du monde créé, que nous devons considérer les animaux comme nos parents, et que les dieux, qui sont bons, interdisent qu’on verse en leur nom le sang de victimes innocentes. Ceux-là considèrent que nous perdrions notre humanité à accorder des droits aux bêtes ; ceux-ci que nous la perdons à chaque fois que nous les maltraitons, que nous les mettons à mort et que nous mangeons leur chair . Renan Larue, Le Végétarisme et ses ennemis (PUF, 2015)

À écouter

Depuis quand défend-on les animaux?

La Fabrique de l'Histoire

53 min

Pitié pour les animaux : Jean-Jacques Rousseau contre l'animal-machine

Au XVIIe siècle, dans la lignée de Descartes, une certaine lecture mécaniste de l'animal se développe en Occident. Si on s'intéresse à l'animal, c'est surtout pour mettre en lumière ce qui fait la spécificité de l'être humain. Selon Descartes, tous deux sont comparables à des machines. Mais l'être humain, contrairement à l'animal, échappe au statut de pur automate en cela qu'il possède une âme - c'est le dualisme cartésien de l'âme et du corps.

L'hypothèse de l'animal-machine principalement théorisée par les successeurs de Descartes a amené certains d'entre eux à considérer l'animal comme un être dont les réactions sont automatisées et non pleinement senties et vécues. Malebranche, rapporte-t-on, aurait déclaré après avoir battu son chien qui répondait à l'attaque par des aboiements : "Regardez, c'est exactement comme une horloge qui sonne l'heure !" On en convient désormais, la scène relève de la maltraitance. Pour autant, l'idée selon laquelle les animaux seraient, à l'instar d'objets, dénués de sensibilité consciente (ou alors sous une forme minimale) n'a pas disparu. En quelque sorte, elle se trouve transposée dans le droit avec la soumission de l'animal au régime des biens, et se manifeste dans la conception d'un animal-marchandise selon laquelle on accepte, par exemple, que des animaux atteints de maladie contagieuse soient abattus plutôt que vaccinés.

À écouter

Vers un nouveau pacte Homme/Animal (4/4) : L’animal est-il une personne comme les autres ?

Cultures Monde

58 min

Cette fable de l'animal-machine est cependant remise en cause au XVIIIe siècle. Le développement de la classification du vivant permet une meilleure connaissance des espèces animales et de leurs spécificités biologiques et comportementales. Le Traité des animaux (1755) de Condillac ou encore les Lettres philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des animaux (1768) de l'éthologiste Georges Leroy qui décrivent le caractère finalisé du comportement animal, contribuent à faire entendre que la condition de l'animal et celle l'homme ne sont pas si éloignées. Dépassant l'opposition entre l'instinct animal versus la raison humaine pour aller sur le terrain de la morale, Jean-Jacques Rousseau fait de la sensibilité commune aux deux espèces la raison pour laquelle l'homme doit respecter les bêtes :

"On termine aussi les anciennes disputes sur la participation des animaux à la loi naturelle. Car il est clair que, dépourvus de lumières et de liberté, ils ne peuvent reconnaître cette loi ; mais, tenant en quelque chose à notre nature par la sensibilité dont ils sont doués, on jugera qu'ils doivent aussi participer au droit naturel, et que l'homme est assujetti envers eux à quelque espèce de devoirs. Il semble, en effet, que si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c'est moins parce qu'il est un être raisonnable que parce qu'il est un être sensible ; qualité qui, étant commune à la bête et à l'homme, doit au moins donner à l'une le droit de n'être point maltraitée inutilement par l'autre." Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755)

En faisant de la sensibilité la condition par laquelle les êtres vivants, humains comme animaux, ont des droits naturels, le philosophe inclut tous les êtres souffrants au sein d'une communauté morale. S'il n'est pas "libre", l'animal a néanmoins des droits en vertu de la sensibilité qu'il partage avec l'homme et celui-ci, des devoirs envers lui : "Il ne fera jamais du mal à un autre homme ni même à aucun être sensible, excepté dans le cas légitime où sa conservation se trouvant intéressée, il est obligé de se donner la préférence à lui-même."

À écouter

Rousseau et le chien danois

Radiographies du coronavirus, la chronique

5 min

Jeremy Bentham, la souffrance est la seule question qui vaille

Quelques années après son confrère genevois, le philosophe et juriste britannique Jeremy Bentham fait de la sensibilité des animaux le fondement de la relation éthique entre humains et animaux. L'année de la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, énoncé des droits naturels et imprescriptibles communs à tous les êtres humains, Bentham publie son Introduction aux principes de Morale et de Législation. Il y présente sa doctrine utilitariste et propose d’intégrer les animaux à la communauté de droit, dont ils sont exclus en tant qu'êtres non doués de raison, en vertu de leur capacité à souffrir :

"Le jour arrivera peut-être où le reste de la création animale acquerra les droits que seule une main tyrannique a pu leur retirer. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n'était pas une raison pour abandonner un homme au caprice de ses persécuteurs sans lui laisser aucun recours. Peut-être admettra-t-on un jour que le nombre de pattes, la pilosité ou la terminaison de l'os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner un être sentant à ce même sort. Quel autre critère doit permettre d'établir une distinction tranchée ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de parler ? Mais un cheval ou un chien adulte est un être incomparablement plus rationnel qu'un nourrisson âgé d'un jour, d'une semaine ou même d'un mois - il a aussi plus de conversation. Mais à supposer qu'il n'en soit pas ainsi, qu'en résulterait-il ? La question n'est pas : 'peuvent-ils raisonner ?', ni 'peuvent-ils parler ?', mais 'peuvent-ils souffrir ?'" Jeremy Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation, chap. XVII (1789)

Le passage se trouve dans un essai qui, par ailleurs, traite de tous autres sujets. Il est cependant devenu incontournable de la littérature sur l'éthique animale, en vertu de ce déplacement : la considération morale envers les animaux ne tourne plus autour de la raison, mais de la sensibilité. Bentham emploie ce qu'on appelle aujourd'hui "l'argument des cas marginaux". Si une capacité comme la parole, par exemple, était un critère pertinent sur lequel fonder la considération morale, nous n'en aurions pas pour les nourrissons dont on ne comprend pourtant pas - ou mal - le babillage. Comme l'écrira Henry Sidgwick, philosophe britannique du XIXe siècle qui s'inscrit dans la pensée utilitariste de Bentham, "la différence de rationalité entre deux espèces d’êtres sensibles ne permet pas d’établir une distinction éthique fondamentale entre leurs douleurs respectives" (The Establishment of Ethical First Principles, Mind, 1879).

À écouter

L'économie du bonheur (1/4) : Dans la peau de Jeremy Bentham

Entendez-vous l'éco ?

59 min

Peter Singer, considérer les intérêts des animaux non-humains

Si l'on suit l'utilitarisme de Bentham, et que l'on considère avec lui que le bonheur est un bien et la souffrance un mal à minimiser, la sensibilité entre dans le champ de la morale. Au XXe siècle, Peter Singer, un philosophe australien et professeur de bioéthique à l'université de Princeton, va appliquer cette théorie pour proposer une véritable "libération des animaux". En tant qu'êtres sensibles, ceux-ci devraient bénéficier d'une égale considération de leurs intérêts :

"Si un être souffre, il n’y a aucune justification morale qui permette de refuser de prendre en considération cette souffrance. Quelle que soit la nature d’un être, le principe d’égalité exige que sa souffrance soit prise en compte de façon égale avec toute souffrance semblable — dans la mesure où des comparaisons approximatives sont possibles — de n’importe quel autre être. Si un être n’a pas la capacité de souffrir, ni de ressentir du plaisir ou du bonheur, alors il n’existe rien à prendre en compte." Peter Singer, La Libération animale (1975)

Pour Peter Singer, les animaux subissent des "discriminations" de la part des êtres humains au nom de la différence des espèces. L'ouvrage décrit de nombreuses situations dans lesquelles la souffrance des "animaux non-humains" n'est pas considérée : expériences en laboratoire où l'on verse du décapant pour four dans les yeux de lapins, élevages intensifs où des veaux sont maintenus malades afin que leur viande reste blanche, etc. Pour le philosophe, cette souffrance infligée est d'autant plus injustifiable qu'elle n'est pas nécessaire : puisque la survie de l'être humain ne dépend pas d'une alimentation carnée, Singer en appelle par exemple au boycott de l'industrie de la viande.

À écouter

L’antispécisme, retour sur une révolution philosophique

La Grande table (2ème partie)

33 min

L'essai est devenu un incontournable de la littérature sur l'exploitation animale. Mais il valut aussi à son auteur antispéciste d'être qualifié par le magazine The New Yorker de "philosophe vivant le plus controversé", d'"homme le plus dangereux du monde" par The Guardian, ou encore le titre de "Professeur de la mort" par The Wall Street Journal, en raison de certaines propositions comme : "S’il faut choisir entre la vie d’un être humain et celle d’un autre animal, nous devons sauver celle de l’humain ; mais il peut y avoir des cas particuliers où l’inverse sera vrai, quand l’être humain en question ne possède pas les capacités d’un humain normal".

Ce n'est pas que le philosophe préfère le chien au bébé - ou si c'est le cas, cela ne guide pas son raisonnement -, mais que, suivant une logique utilitariste et antispéciste, il conteste le caractère sacré de la vie humaine par rapport à celle d'une autre espèce, appelant dès lors à l'égale considération des intérêts des êtres concernés par des décisions éthiques… ce qui n'équivaut pas à une égalité des vies. En quelque sorte, le "droit" de l'être vivant à ne pas souffrir prévaut sur celui de ne pas être tué, comme l'explique le philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer :

Singer est un utilitariste qui distribue la considération morale en fonction du critère de la souffrance : il suffit de souffrir pour être patient moral. De ce point de vue, il est également un welfariste, c'est-à-dire que le principe qui est à l'origine de son système est la minimisation de la souffrance, donc la maximisation du bien-être animal (...). Singer n'a pas d'objection de principe d'élever un animal pour le tuer, tant que son bien-être est maximisé, c'est-à-dire s'il est élevé de manière humaine et tué sans douleur - mais il doute que ce soit réalisable et économiquement viable dans nos sociétés. C'est donc par pragmatisme et non par principe qu'il défend le végétarisme. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Éthique animale (préface de Peter Singer PUF, 2008)

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Tom Regan, abolir l'exploitation des "sujets-d'une vie"

Mais peut-être Peter Singer ne va-t-il pas encore assez loin. C'est en tout cas ce que pensent les abolitionnistes dont fait partie le professeur américain de philosophie morale Tom Regan, partisan d'une théorie du droit des animaux qui ne viserait pas simplement à améliorer leur sort, mais à abolir, tout bonnement, leur exploitation. Le but n'est pas d'élargir les cages, mais de les vider ! Dans un ouvrage également devenu un classique de l'éthique animale, Les Droits des animaux (1983), Regan dénonce l'insuffisance de la position réformiste qui vise seulement à améliorer le bien-être animal, même considérée comme une étape intermédiaire. "Les pratiques qui ont été abolies, comme l'esclavage, écrit-il, n'ont pas d'abord été réformées."

Alors que Peter Singer veut maximiser le bien-être des animaux en considérant leurs intérêts, Tom Regan veut abolir leur exploitation en leur reconnaissant des droits moraux. S'ils en ont, ce n'est pas en raison de critères comme la rationalité, le langage ou la conscience (critères également écartés par Singer, Bentham et Rousseau), ni même uniquement la capacité de souffrir (Singer), mais parce qu'ils sont des "sujets-d'une-vie" ("subject-of-a-life") :

"[Les animaux] portent au monde le mystère d'une présence psychologique unifiée. Comme nous, ils possèdent différentes capacités sensorielles, cognitives, conatives et volitives. Ils voient et entendent, croient et désirent, se rappellent et anticipent, dressent des plans et ont des intentions. De plus ce qui leur arrive leur importe (…). Pris collectivement, ces états psychologiques et ces dispositions, et bien d'autres encore, nous aident à définir la vie mentale et le bien-être corrélatif de ces sujets-d'une-vie (selon ma terminologie) que nous connaissons mieux sous le nom de ratons laveurs et lapins, castors et bisons, écureuils et chimpanzés, vous et moi." Tom Regan, Les Droits des animaux (1983)

À écouter

Comment ajuster le droit à la condition animale ?

Esprit de justice

58 min

Alors que "Peter Singer dit : avoir une considération morale pour un être implique de reconnaître qu'il a des intérêts selon le critère de la sensibilité, Tom Regan dit : attribuer des droits moraux à un être implique de reconnaître qu'il a une valeur inhérente selon le critère du fait d'être sujet-d'une-vie", synthétise Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, toujours dans Ethique animale.

Partant d'un même constat - l'indignation face à la souffrance animale - ces grands textes sont loin de recouvrir toutes les positions philosophiques en matière d'éthique animale. Ils ouvrent cependant la voix aux grandes questions qui l'animent, comme celle de l'outil le plus adapté pour défendre les animaux (la compassion ou la justice), l'utilité d'une réforme pour leur bien-être ou la nécessité de l'abolition pure et simple de l'exploitation animale, ou encore celle du spécisme et de l'antispécisme.

À écouter

Protéger les animaux pour se protéger soi-même ?

La Transition

4 min

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