"Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c'est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et nous gagnons.
Warren Buffet (milliardaire américain)
Sur les marchés financiers, les entreprises du secteur de la défense profitent du contexte géopolitique actuel. Lundi, les investisseurs se sont en effet rués à la bourse sur les actions des entreprises européennes d’armement.
Publié le 18/02/2025 08:27 Mis à jour le 18/02/2025 08:28
Temps de lecture : 2min
Dassault Aviation, avec son célèbre avion de combat Rafale, a gagné 6%. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)
Le souhait de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de lever les contraintes budgétaires pour permettre aux États-membres de financer la Défense a été entendue par les investisseurs. Ces derniers se sont en effet rués, à la bourse, sur les actions des entreprises européennes d’armement. Les indices boursiers en ont eux-mêmes profité : lundi 17 février, la bourse de Paris a gagné un peu plus de 0,13% avec un indice CAC40 arrimé au-dessus de 8 000 points. Progression proche de 0,1% de l’indice DAX à Francfort. Londres a gagné 0,2% grâce à cet appétit pour les valeurs de la Défense.
En France le groupe de hautes technologies Thales a gagné près de 6%, Safran (spécialisé dans l’aéronautique et le militaire) : +2%, Dassault Aviation (avec son célèbre avion de combat Rafale) a gagné 6%. Ces valeurs ont même atteint leur plus haut historique. La musique est la même ailleurs en Europe. L’action du constructeur aéronautique suédois Saab a flambé de 11%, l’allemand Rheinmetall de 9% à la Bourse de Francfort, etc.
Nouvel effet Donald Trump
Les déclarations d’Ursula von der Leyen en faveur d’une plus grande liberté budgétaire au niveau européen s’ajoutent aux positions exprimées très clairement par le président américain. Donald Trump met la pression sur les pays de l’Alliance atlantique pour qu’ils augmentent leur participation financière à l’effort de Défense de l’Otan jusqu’à 5% de leur PIB, leur richesse nationale. Quelque 5% pour l’heure, seule la Pologne en est la plus proche. Les autres tournent entre 2 et 3% de leur PIB.
Une perspective de hausse des budgets publics pour la Défense sous-entend une montée en puissance de la production industrielle d’armements et d’équipements militaire. Et il n’y a pas que la bourse. Une autre idée est de créer des obligations communes, des titres de dette émis par les États, pour financer nos efforts de Défense. L’équivalent des obligations vertes pour l’environnement. Nous sommes là dans un autre genre de beauté, mais les investissements nécessaires sont estimés à 3 000 milliards de dollars supplémentaires sur les dix prochaines années pour les puissances européennes.
Je sais que ce roman, écrit, il y a plus de dix ans, contenait les idées que je développe dans la dystopie en cours.
"Les héros sont tous morts", "Tous, sauf elle", "Le désert des Barbares", "Terre sans hommes", sont la continuité de ces lignes, mais poussées à l'extrême.
L'humanité est mortifère.
Quelques individus sont portés par l'amour de la vie.
Il serpenta entre les arbres, hors de tout objectif et de toute conscience réelle. Ce fut une fuite sans but. La douleur était en lui, les terreurs l’habitaient. Et il souffrait davantage encore de ne pas maîtriser ces assauts morbides, de ne pas parvenir au contrôle de soi et de devoir, pour trouver une certaine paix, consumer ses forces dans des défis déraisonnés.
Il atteignit un nouveau sommet, simple colline déboisée, ouverte sur les horizons. Dans la dernière montée, un vertige l’avait ébloui. Il décida de manger. Espérant surtout y trouver l’absence de pensées dont il avait besoin.
Face à lui s’étendaient des pentes boisées, vastes mers de couleurs superbes sur lesquelles les rayons solaires, variant leurs inclinaisons et leurs intensités, jouaient pendant des heures. Il devina, sous le secret des frondaisons, les itinéraires répétés des animaux, leurs parcours ancestraux, incessamment agressés par des hommes envahisseurs. Il sentit l’angoisse pesante des espèces encerclées, les cris suppliants des arbres abattus, les râles étouffés d’une terre labourée, toutes ces souffrances quotidiennes qui resserraient impitoyablement sur des êtres fragiles leurs étreintes mortelles. Il aperçut au loin une brume étrange, surplombant une vallée invisible. Était-ce une vapeur échappée d’un lac ou la pollution d’une ville ? Embryon de pluie ou haleine putride. C’est de nos âmes que s’élevait ce poison. L’empreinte des hommes sur la Terre. Le cerf, au fond des bois, percevait le parfum pestilentiel des fumées d’usine, le ronflement des moteurs, le vacarme des avions, le hurlement aigu des tronçonneuses, les appels des chasseurs vers les meutes excitées des chiens. Même le parfum âcre de sa sueur agressait les narines des animaux aux abois. L’homme n’était toujours qu’une menace, que le complice cynique de la mort. Le dégoût. Il n’était qu’un humain. Les fumées de son fourgon, les routes dont il profitait, les champs sulfatés pour les récoltes forcées dont il se nourrissait, les bétails engraissés pour des populations obèses, les mers vidées par les filets dérivants, les centrales nucléaires pour des électricités gaspillées, les forêts vierges rasées pour des meubles coûteux, les fleuves agonisants sous les rejets nitratés, les décharges sauvages et les dépotoirs engorgés. On immergeait dans les fosses marines des containers de déchets radioactifs comme on jetait par les fenêtres des voitures un paquet de cigarettes. Le geste était le même. C’est la mort qu’on propageait.
Le dégoût.
Il ne voyait pas d’issue et sentait combien ses réflexions le conduisaient à une impasse. Si les animaux vivaient dans la peur permanente, la planète elle-même ressentait-elle cette angoisse ? Représentions-nous désormais le mal absolu ?
Sa simple présence éveillait dans les arbres des frissons inquiets et les gens incrédules mettaient cela sur le compte du vent. Un pigeon passa devant lui. Son vol était puissant et rapide. Était-ce une fuite, la recherche désespérée d’un dernier refuge ? On trouvait jusque dans les mers australes des traces de dérivés chimiques. Où pouvait-il aller ? Les feuilles des arbres, autour de lui, le regardaient avec des yeux terrifiés, des hordes d’insectes affolés fuyaient devant ses pas aveugles, les nuages empoisonnés pleuraient des larmes acides.
Les hommes avaient propagé la mort. Ils étaient son plus fidèle allié. L’humanité comme l’étendard de la grande faucheuse.
Le dégoût.
La violence du dégoût.
Il se leva et prit le chemin du retour. Un court instant, des désirs de suicide. Il en gardait sur les lèvres un goût sucré, presque bon, l’anéantissement salvateur de la culpabilité et l’impression d’un geste enfin à soi.
Il ne devait pas rester seul. Il en mourrait. C’était certain.
Tête baissée, il parcourut les bois, la mort aux trousses et c’est ce sentiment effroyable de la fin à venir que les hommes étouffaient sous des agitations frénétiques. Ne pas savoir, ne pas écouter ni sentir. Rien. Vivre dans l’aveuglement, juste pour se supporter. Nous étions la mort et nous le savions. Mais nous maintenions avec obstination l’interdiction de le dire.
Il finit par courir espérant que la violence de l’effort empêcherait toute intrusion raisonnée.
Arrêter de penser et ne penser qu’à cela.
C’était donc cela le rôle du sport. Juste le complice d’une dictature complexe. L’opium du peuple, un de plus.
Ne pas penser. Courir. Etouffer le dégoût sous des épuisements musculaires.
« Arrête de penser ! » cria-t-il dans le silence craintif des bois. Des sanglots échappés bloquaient ses souffles dans la gorge serrée.
« Arrête de penser, gémit-il, arrête. »
A l’orée d’une clairière, il se figea. Il ne se souvenait pas de cet espace dégagé. Il regarda autour de lui et ne reconnut rien. Au premier instant, il se dit qu’il était perdu mais l’absurdité de cette conclusion le frappa. Parmi les hommes, il était perdu. C’est ici qu’il était quelque part mais il n’y trouvait pas les repères inculqués et se sentait totalement égaré.
Avant de s’effondrer, il fonça, droit devant.
Ce n’est pas le temps qui s’égrena mais la répétition mécanique de ses foulées, la force de ses respirations, l’usure de ses muscles, le choc dans son crâne des pas retombés, les crachats de salive qui suintaient aux coins des lèvres et les larmes salées qui coulaient de son corps comme un pus honteux.
Honteux.
C’est ainsi qu’il déboucha sur une route. Il reconnut l’accès au lac. Il était descendu trop bas. Il remonta le ruban goudronné sans diminuer la longueur de ses foulées, comme poursuivi par l’horreur du monde humain et il songea à ces milliards de kilomètres balafrant la planète, cicatrices sans cesse entretenues, élargies, renforcées, reliées entre elles par des réseaux de plus en plus étendus. Il crut devenir fou et comprit qu’il découvrait la vraie raison. Les fous, de leurs côtés, traçaient de nouvelles routes pour rejoindre plus rapidement leurs semblables.
Le parking, le fourgon. Il courut encore, s’engouffra, ferma la porte et sauta fébrilement sur la boîte de cannabis. Anesthésier les flots de pensées sous des brouillards parfumés, étouffer fébrilement des consciences insupportables."
Personnellement, malgré tout ce qui se passe sur le plan guerrier, économique, politique, sanitaire, les Trump, Poutine, Zelensky et autres combats des chefs, rien n'y fait.
Il n'y a que les "limites planétaires" qui me motivent à lire, lire, écouter, écouter, réfléchir.
"ll y a 50 ans paraissait un rapport scientifique qui fit l’effet d’une bombe. Le rapport Meadows évaluait pour la première fois l’impact de l’activité humaine sur notre planète. Sa conclusion : continuer la croissance, qui va de paire avec une consommation toujours plus grande des ressources planétaires, aboutirait inévitablement à un “crash” au cours du XXIème siècle.
Dans ce podcast, la journaliste Audrey Boehly mène l’enquête 50 ans après en interrogeant des experts et des scientifiques : a-t-on dépassé les limites planétaires ? Quelles sont les solutions pour bâtir un avenir où l’activité humaine n’épuiserait pas les ressources de notre seule planète ?
50 ans après la parution du rapport Meadows, la journaliste Audrey Boehly mène l’enquête en interrogeant des experts et des scientifiques : a-t-on dépassé les limites planétaires ? Quelles sont les solutions pour bâtir un avenir où l’activité humaine n’épuiserait pas les ressources de notre seule planète ?
Dernières Limites est un podcast pensé et écrit par Audrey Boehly. La réalisation et la musique sont d’Emma Chevallier, l’illustration de Chloé Nicolay et la production Saga sounds, avec le soutien de la Fondation Madeleine abritée par la Fondation de l’Université Paris Dauphine - PSL.
Retrouvez tous les épisodes de notre série :
PROLOGUE : 50 ANS APRÈS | DENNIS MEADOWS
Dennis Meadows, coauteur du rapport Les limites à la croissance. Version doublée en français.
#1 MEADOWS : UN RAPPORT EXPLOSIF | GAËL GIRAUD
Gaël Giraud est économiste, directeur du programme Justice environnementale de Georgetown University, directeur de recherche au CNRS et ancien chef économiste de l'AFD.
#2 COMMENT NOURRIR LE MONDE | MARC DUFUMIER
Marc Dufumier est agronome, professeur honoraire à AgroParisTech, et expert auprès de la FAO (organisation des nations unis pour l’alimentation et l’agriculture).
#3 DE L’EAU DOUCE POUR TOUS ? | FLORENCE HABETS
Florence Habets est hydrogéologue et hydroclimatologue, directrice de recherche et enseignante à l’Ecole Normale Supérieure.
#4 LA MER DANS NOS FILETS | PHILIPPE CURY
Philippe Cury est directeur de recherche à l'IRD, directeur du Consortium européen Euromarine et spécialiste de l'approche écosystémique des pêches.
#5 POUR UN CHÂTEAU DE SABLE | ERIC CHAUMILLON
Eric Chaumillon est professeur à l'université de La Rochelle en géologie littorale et spécialiste des littoraux et des ressources en sable.
#6 BIODIVERSITÉ EN DANGER | SANDRA LAVOREL
Sandra Lavorel est écologue, directrice de recherche, membre de l'Académie des sciences, présidente de l'Évaluation nationale des écosystèmes français et contributrice à l’IPBES.
#7 ENERGIE : L'OVERDOSE | MATTHIEU AUZANNEAU
Matthieu Auzanneau est directeur de The Shift Project, groupe de réflexion sur la transition énergétique, auteur de Pétrole : le déclin est proche et du blog du Monde Oil Man.
#8 MINERAIS : CREUSER, MAIS JUSQU'OÙ ? | PHILIPPE BIHOUIX
Philippe Bihouix est ingénieur centralien, auteur de Quel futur pour les métaux ? Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la société et de L'âge des low-tech.
#9 LE CLIMAT EN SURCHAUFFE | VALÉRIE MASSON DELMOTTE
Valérie Masson Delmotte est paléoclimatologue, chercheuse senior au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) au sein du CEA et co-présidente du GIEC.
#10 A-T-ON DÉPASSÉ LES LIMITES ? | AURÉLIEN BOUTAUD
Aurélien Boutaud est docteur en sciences de la Terre et de l’environnement, chercheur associé au CNRS et co-auteur des ouvrages Les limites planétaires et L’empreinte écologique.
#11 MIGRATIONS ET GÉOPOLITIQUE | FRANÇOIS GEMENNE
François Gemenne est spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement, professeur à Sciences Po Paris et Grenoble, et à l’Université libre de Bruxelles.
#12 VIVRE AUTREMENT | DOMINIQUE MÉDA
Dominique Méda est philosophe et sociologue, directrice de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales de Paris Dauphine et présidente de l’Institut Veblen.
""Si la théorie officielle sur le réchauffement climatique d’origine anthropique est correcte, alors la priorité la plus urgente est de protéger et de restaurer le sol, l'eau et les écosystèmes dans le monde entier.
Si la théorie officielle sur le réchauffement climatique d’origine anthropique est erronée, alors la priorité la plus urgente est de protéger et de restaurer le sol, l'eau et les écosystèmes dans le monde entier.""
Éveiller notre conscience pour préserver la planète
de Charles Eisenstein
Préface d'Olivier Clerc
Traduit de l’anglais par Isabelle Wynn
Encore un livre sur l’écologie ?… Détrompez-vous ! Celui-ci n’est comparable à aucun autre : il est véritablement unique en son genre, parce qu’il met en évidence la cause profonde du dérèglement climatique et de la destruction de la nature, qui n’est probablement pas celle que vous imaginez… Charles Eisenstein propose en effet une approche novatrice face au changement climatique et à la disparition de la biodiversité. Il préconise une refonte totale de notre vision, de nos stratégies et de nos buts dans notre démarche pour restaurer l’équilibre écologique de la Terre. Son approche remet en question les paradigmes traditionnels et invite à repenser fondamentalement notre relation avec l’environnement. Et notamment, passer de l’histoire de la séparation à celle de l’inter-être…
En éclairant les dimensions culturelles, spirituelles et sociales de la crise écologique, l’auteur nous pousse à reconsidérer notre relation avec la nature et à envisager des solutions systémiques et holistiques. Il traite le changement climatique non seulement comme un problème scientifique ou technologique, mais aussi comme une crise de notre relation avec la Terre et avec nous-mêmes.
Selon lui, la vision dominante, focalisée sur la réduction des émissions de carbone, est insuffisante pour résoudre les crises environnementales actuelles. Le livre démontre qu’il ne faut pas réduire le développement durable à l’environnement, l’environnement au climat, et le climat au carbone. Il soutient une approche holistique qui intègre les défis sociaux, éthiques et physiques, tout en tenant compte des impacts sur la biodiversité.
Il plaide pour que nous ayons une vision plus large de la situation, au-delà de notre approche incomplète et à courte vue. Les rivières, les forêts et les créatures du monde naturel et matériel sont sacrées et précieuses en tant que telles, et pas seulement pour les crédits carbone ou la prévention de l’extinction d’une espèce par rapport à une autre. Après tout, lorsqu’on demande à quelqu’un pourquoi il est devenu écologiste, il est probable qu’il mentionne la rivière dans laquelle il jouait, l’océan qu’il découvrait, les animaux sauvages qu’il observait ou les arbres auxquels il grimpait lorsqu’il était enfant.
Ce recentrage sur une catastrophe imminente et sur notre destin inévitable permet de cultiver des liens émotionnels et psychologiques significatifs et de proposer des mesures concrètes et réalisables pour prendre soin de la Terre. En nous libérant d’une mentalité de guerre et en ayant une vue d’ensemble de la façon dont tout, de la réforme des prisons à la sauvegarde des baleines, peut contribuer à la santé écologique de notre planète, nous résistons aux postures réflexes de solutions faciles et de blâme et nous tournons vers le lieu profond de l’engagement éclairé.
Cette sensation, parfois, que rien ne nous appartient, que notre vie n'est qu'une succession de hasards quand on imagine une succession de décisions rationnelles, lucides, préméditées et que nous n'avons pour seul pouvoir que celui de gérer au mieux les montagnes russes que ce hasard diffuse.
Les jours suivants, il fut frappé par la célérité avec laquelle tout s’enchaîna. Comme un dénouement en accéléré. Une barque dans un courant puissant, sans rame, sans gouvernail, juste emportée dans une direction inconnue. Il avait descendu l’embarcation jusqu’à l’eau, croyant dès lors être maître du parcours à venir. Incroyable cette prétention humaine. Il se promit d’être plus vigilant, plus honnête avec lui-même. Il sentait bien, lorsque la clairvoyance l’envahissait, que rien ne lui appartenait vraiment. La vie n’était qu’une succession de réactions en chaîne et comme une boule de flipper constamment renvoyée aux quatre coins du jeu, l’individu, pour ne pas sombrer dans la folie se persuadait que le chemin était choisi. Espérant simplement que le maître de la partie aurait suffisamment de classe et d’adresse pour que les coups s’éternisent. Que ce maître s’assoupisse un instant et c’était la catastrophe. Tilt, game over et le tour était passé. Au suivant. Quelle dérision ! Naître dans un beau jeu, bien décoré, offrant de multiples épreuves, vibrer follement à chaque accélération, s’efforcer de toute son énergie à éviter la sortie, voilà les seuls bonheurs de cette existence. Il trouva qu’il avait eu la chance d’être tombé dans une belle partie, que son parcours jusqu’ici lui avait offert quelques satisfactions, puis la grande découverte, le grand amour et qu’il lui restait à sortir le grand jeu, usant pleinement de ses expériences pour atteindre le jackpot ! Il n’en était pas loin. Tout s’accélérait. Il faudrait rester lucide. Le meneur de jeu ne supporterait aucune faiblesse. Mais est-ce qu’il y avait réellement un meneur de jeu ? Ce n’était pas lui en tout cas, trop de paramètres lui échappaient. Alors qui ? Dieu ? Il n’y croyait pas. Celui-là n’avait été inventé que pour combler l’absence d’explication et permettre surtout aux instigateurs du mensonge de s’enrichir. Il suffisait de regarder le Vatican. Le hasard alors ? Oui, peut-être, juste le hasard. À chaque décision, plusieurs directions se dessinaient et selon la météo, l’humeur du moment, les rencontres sur le chemin, autant de circonstances incontrôlées, l’une ou l’autre de ces possibilités seraient mises en avant et les autres délaissées. Cette solution appellerait d’autres dénouements, d’autres options à venir et dans ce perpétuel imbroglio, l’individu s’efforcerait de se rassurer en affirmant jour après jour, que telle décision était la bonne ! Vaste supercherie. Rien ne nous appartenait et rien n’était écrit. Dieu n’y était pour rien et l’homme non plus. L’homme peut-être un peu plus, tout de même. Parfois, ne prenait-il pas certaines décisions, totalement inattendues, bousculant l’ordre logique des choses en cours, des décisions laissant les proches ou même la communauté entière totalement abasourdis ? Il chercha un exemple et pensa à Bernard Moitessier dans la course en solitaire autour du monde, qui décide de continuer, alors qu’il était en tête, et de ne pas rentrer au port, « pour sauver son âme ». Ça, c’était grand ! Il ne devait cette décision à personne d’autre que lui. Il n’y avait pas eu de hasard. C’était un acte pleinement volontaire, au-delà de la raison, quelque chose qu’il avait construit en réaction à une vie en société qu’il rejetait, à des valeurs qu’il ne reconnaissait pas. Oui, mais alors, il n’avait fait que réagir à une situation qui ne lui convenait pas. Tous ses actes avaient été déterminés par une mise en scène extrêmement compliquée dans laquelle il avait essayé de glisser une petite part de volonté, sa décision n’était pas neutre, elle lui avait été imposée, ses actes avaient été déterminés par la lutte qu’il avait engagée contre des concepts qu’il haïssait.
C’était effrayant.
Il se sentit comme une plume aux vents. Les réflexions s’enchaînaient à une vitesse étourdissante.
Notre vie ne nous appartenait pas et elle n’appartenait d’ailleurs à personne, l’essentiel, finalement, étant d’en être conscient et de gérer ce drame du mieux possible. Ni dieu, ni maître, ni rien du tout. Qu’une boule de flipper lancée, par hasard, dans une partie que personne ne contrôle, et où chaque péripétie entraînera d’autres péripéties, nullement choisies, justes subies, et dont la boule essayera de se sortir du mieux possible ou plutôt, avec le moins de mal possible, et avec parfois le sentiment prétentieux d’avoir pris une décision supérieure, d’avoir atteint le plus haut degré de conscience. Non, c’était affreux, un cauchemar. Il devait essayer de contrôler le jeu ! Au moins une fois, dans une circonstance, juste une, quelles qu’en soient les conséquences, mais qu’il puisse se dire, avant la fin, « ça c’est à moi. » Même s’il ne s’agissait que d’une réaction contre un système, qu’une révolte contre la dictature permanente des jours qui défilent hors de toute maîtrise, il devait au moins une fois montrer son opposition. Ce serait certainement dérisoire par rapport à toutes les années de soumission mais ce serait enfin un acte relativement personnel.
Il songea à sa rencontre avec Birgitt et Yolanda. Tout était du hasard. Depuis son départ de l’école, le passage au lac Charpal, l’arrivée dans les Landes. Pourquoi là et pas un peu plus loin ? Seul l’instant où il était parvenu à leur adresser la parole, à leur donner envie de s’arrêter, avait marqué le sceau de sa volonté. Quelques secondes. Il lui avait fallu pratiquement un an de dérives pour y parvenir.
Le cancer du sein est une terrible épreuve et le parcours de cette femme est porteur de vie.
Je sais à quel point le sport est salvateur. Aussi difficile que soit la reprise, aussi laborieuse que soit chaque séance quand on a dû tout arrêter, il est tellement puissant de ressentir cette vie en soi que la pratique d'un sport relève de la thérapie.
Rescapée d'un cancer, aide-soignante de nuit et championne de France de marathon, Anaïs Quemener est la star d'un docu génial
Article mis à jour le 10/10/23 15:09
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Depuis le 10 octobre 2023, le documentaire "Anaïs" est disponible sur SalomonTV. Un film inspirant et émouvant, qui retrace le parcours de la marathonienne Anaïs Quemener
Tout juste deux semaines après avoir réalisé 2h29'01 au marathon de Berlin, Anaïs Quemener est montée sur la troisième marche du podium des 20 kilomètres de Paris le dimanche 8 octobre 2023. Mais où est-ce que cette coureuse aux paillettes aux coins des yeux et au sourire contagieux va-t-elle puiser son énergie ? Dans Anaïs, un documentaire disponible gratuitement sur la chaîne YouTube de son sponsor Salomon depuis le 10 octobre, la talentueuse réalisatrice Hélène Hadjiyianni tente de nous apporter une réponse. Elle a suivi cette athlète le jour et aide-soignante la nuit durant trois mois, lors de sa préparation pour le marathon de Paris 2023. Une plongée intime, émouvante et passionnante au cœur de la vie d'Anaïs Quemener et de sa "meute", son club de cœur mais aussi sa famille, et qui retrace le parcours d'une passionnée que même un cancer du sein découvert à l'âge de 23 ans n'aura pas empêché de chausser ses baskets pour aller courir. Interview.
Journal des Femmes : Comment votre passion pour l'athlétisme a commencé ?
Anaïs Quemener : J'ai toujours vu ma famille courir : mon père, mes grands-pères avant lui... J'ai baigné dans cette culture du sport, du dépassement de soi. C'était naturel de me diriger vers la course à pied. J'ai intégré un club à 9 ans. À cet âge, on fait tout : du lancer de balles, du saut en longueur, du 1000 m, du cross. Mon père était déjà entraîneur et cette passion a perduré parce qu'on ne m'a jamais forcée. J'allais courir pour m'amuser, retrouver mes copain-ine-s. Il n'y avait aucune contrainte. À l'adolescence, j'en ai aussi fait un peu. Mais j'en avais un peu marre de me lever tôt le dimanche matin pour m'entraîner ou faire des compétitions. Pourtant, au final, ça m'a jamais vraiment lâché.
Pourquoi avoir décidé de vous lancer sur marathon ?
Ça s'est fait naturellement : j'ai commencé par le cross, le 1000 m, le 3000 m, le 10 km… La distance m'a toujours fait rêver. Quand j'étais plus jeune, on regardait les marathons à la télévision, les championnats du monde, d'Europe. Malgré le décalage horaire, on se levait à 2 ou 3 heures du matin pour suivre les courses. C'était presque un passage obligatoire, je savais que j'allais y venir. J'ai fait mon premier marathon à 21 ans et j'ai adoré. Dès que j'ai passé la ligne d'arrivée, j'ai eu envie de recommencer. Et pourtant, au départ, c'était un pari avec mes copain-ine-s du club. Nous nous étions inscrits un mois plus tôt pour participer au marathon de Rotterdam.
Que ressentez-vous lorsque vous courez ?
C'est compliqué à expliquer, parce que c'est un sentiment qui me prend aux tripes. C'est le feu. C'est le feu dans tout mon corps. J'adore courir, je n'attends que ça. Quand je prends le départ d'une course, quand j'accroche un dossard, je me mets dans ma bulle et je n'ai qu'une hâte : courir.
À quoi ressemble l'une de vos semaines d'entrainements en période de préparation marathon ?
Je cours beaucoup. Le mois précédent le marathon de Berlin, je parcourais entre 180 et 190 kilomètres par semaine. Ce qui correspond à 20 heures d'entraînement environ. Si mon emploi du temps me le permettais, j'essayais de faire du bi-quotidien : un footing le matin et une séance le soir. Et si ce n'était pas possible, j'allais au travail et j'en revenais en courant pour augmenter mon kilométrage un peu plus facilement. Je suis très heureuse, car tout s'est bien passé, je ne me suis pas blessée, ce n'était que du plaisir.
Avec une telle intensité, vous devez avoir une très bonne hygiène de vie ?
On ne peut pas vraiment dire ça (rires). Le sommeil, je peux m'améliorer, l'alimentation aussi même si j'ai fait des efforts depuis le marathon de Paris. Je vois une nutritionniste désormais, mais avant c'était pizza à gogo. J'en ai encore mangé une l'avant-veille du marathon de Berlin. Quand tu cours 190 kilomètres par semaine, il faut aussi savoir se faire plaisir. Mais je sais que la nutrition a son importance, je l'ai appris par la force des choses sur mes courses. Je mets des choses en place petit à petit avec ma nutritionniste. Ce sont des petits détails qui peuvent faire toute la différence.
Vous avez eu un cancer du sein à l'âge de 23 ans. Comment l'avez-vous découvert ?
Tout bêtement, en prenant ma douche. J'ai senti une boule dans mon sein. Je n'ai pas réagi tout de suite. J'avais 23 ans, je faisais du sport, je me sentais en forme. Il n'y avait pas de raison ! J'ai quand même pris rendez-vous avec ma gynécologue, qui m'a dit que c'était hormonal après un examen assez expéditif. Environ six mois plus tard, alors que je travaillais aux urgences, j'ai demandé à une autre médecin de regarder. Elle m'a prescrit un bilan qui est revenu parfait. Mais un an plus tard, la boule était toujours là et elle commençait à grossir et déformer mon sein. Si c'était un kyste, je voulais le faire enlever. On m'a prescrit une ponction, une biopsie et une échographie mammaire au mois de juin. Les résultats ont mis du temps à arriver. Ils sont tombés début août, la veille de l'anniversaire de mon père. J'ai compris tout de suite en voyant la tête du médecin. Je lui ai demandé si c'était un cancer, il m'a répondu "Oui" ,mais il m'a dit qu'il n'allait pas me laisser comme ça. Et j'ai tout de suite rencontré l'oncologue qui m'a suivi. Je me dis souvent que si je n'étais pas tombé sur lui, je n'aurais pas vécu les choses de la même manière. Il me faisait rire. Quand j'arrivais dans son cabinet, il me disait "Mais qu'est-ce que tu fais là toi, tu pourrais être ma petite fille !" Je répondais que je n'avais rien demandé à personne. Quoi qu'il arrive, ces rendez-vous étaient toujours des bons moments.
Combien de temps a duré le traitement ?
J'ai fait huit mois de chimiothérapie, puis deux mois de radiothérapie et ensuite je me suis fait opérer avec une ablation du premier sein, puis le deuxième car mon cancer était génétique. J'ai eu plusieurs opérations de reconstruction qui n'ont pas fonctionnées et j'ai finalement tout retiré en 2019. Je me sens beaucoup mieux comme ça, je n'ai pas de douleurs et je peux dormir sur le ventre ! Et mentalement, c'est important de ne plus avoir de corps étranger en moi. J'étais une jeune adulte lorsque j'ai eu ce cancer. Aujourd'hui, j'ai 32 ans et ce qui est marrant, c'est que je me sens beaucoup plus féminine aujourd'hui que lorsque j'avais mes seins.
Comment le sport vous a aidé dans cette période compliquée ? Votre oncologue vous a-t-il toujours soutenu dans votre pratique ?
À moitié. Il m'a toujours encouragé à courir, mais pas forcément en compétition. Et moi, je voulais faire de la compétition. On a un peu filouté avec mon père, en allant voir un autre médecin qui me connaissait bien et qui a accepté de me rédiger un certificat médical pour pratiquer la course en compétition, tout en me disant de faire très attention, d'être à l'écoute de mon corps. En sortant du cabinet, je voulais déjà m'inscrire à un 10 km. Je faisais déjà beaucoup de sport avant la maladie. Je ne pouvais imaginer ne pas en faire pendant le traitement. Je ne pouvais déjà plus travailler ! Lorsque je me rendais au club, pendant une heure, j'oubliais que j'étais malade.
Vous êtes aujourd'hui marraine de l'association Cassiopeea qui soutient la pratique sportive pour les malades du cancer...
Quand je suis tombée malade, j'ai voulu rencontrer des gens comme moi, qui étaient malades mais qui avaient aussi envie de faire du sport. Plusieurs associations proposaient du yoga, du stretching… Ce sont de supers activités, mais ce n'est pas mon truc, je voulais me dépasser. J'ai alors fait la rencontre de la présidente de l'association Cassiopeea. Elle avait déjà participé au Marathon des sables. Son profil m'a parlé. J'étais encore sous chimiothérapie lorsqu'on a fait connaissance. J'ai pu discuter avec elle des traitements, elle a répondu à toute mes questions dans une grande bienveillance. Et lorsque j'ai gagné le titre de championne de France de marathon en 2016, elle m'a proposé de devenir marraine. J'ai évidemment accepté. On accompagne les malades mais aussi les aidants qui sont trop souvent oubliés.
Vous êtes aujourd'hui encore aide-soignante de nuit. N'avez-vous eu jamais envie de vous lancer dans une carrière d'athlète à temps plein ?
Mon métier de soignante est clairement une vocation. J'adore ce que je fais. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, j'aimerai avoir un peu plus de temps à consacrer au sport. Je ne me posais pas la question avant. La course à pied n'est pas vraiment un sport qui paye. Mais depuis le marathon de Berlin, j'ai des opportunités qui se présentent et je me sens plus légitime. J'ai demandé un aménagement de temps à mon employeur. Je ne sais pas si cela va être accepté, mais ma demande a été entendue. C'est le moment ou jamais. Mais je me pose aussi des questions : est-ce que le plaisir que j'éprouve à courir restera le même ? J'ai trouvé un équilibre aujourd'hui. Si j'augmente ma charge d'entraînement, est-ce que je ne risque pas de me blesser ? C'est un vrai cheminement.
Vous venez de réaliser 2h 29min01' au marathon de Berlin. Comment s'est passée votre course ?
Je suis hyper chanceuse, car j'ai couru avec Ricardo et Mustapha, deux garçons de mon club qui ont à peu près le même niveau que moi et pendant 36 km, on était ensemble. C'est précieux, parce qu'on a pu partager la préparation ensemble, les entraînements mais aussi le quotidien. Je n'ai pas réussi à avoir de dossard élite, ce qui m'aurait permis de partir dans un sas préférentiel et de m'échauffer jusqu'au dernier moment. Donc les cinq premiers kilomètres, on a un peu slalomé entre les gens. Au 10ème kilomètre, on avait 20 secondes d'avance, puis 30 secondes au semi et ça a commencé à m’inquiéter. C'est devenu difficile pour moi au 35ème kilomètre, mais j'ai serré les dents, le plus dur était fait. Je me suis laissé distancer par les garçons, mais nous sommes tous les trois arrivés en une minute de temps.
Vous vous retrouvez à un peu plus de deux minutes des minimas olympiques. Est-ce un objectif pour vous ?
Oui, mais pas forcément pour ceux de Paris. C'est dans moins d'un an, ça me paraît compliqué. Et je ne veux pas faire que du marathon. Je veux continuer le cross, la piste, les 10 km, le semi-marathon. Pour moi, c'est le plaisir avant tout, je ne suis pas une athlète professionnelle. Je vais tout de même tenter de faire descendre mon record personnel sur marathon à Valence. Les minimas seront durs à aller chercher mais je n'ai rien à perdre à essayer.
Qu'est-ce que représentent les Jeux olympiques pour vous ?
Un rêve de petite fille. C'est un graal de pouvoir y participer, même en tant que spectatrice. Mais mon plus grand rêve, c'est de rester en bonne santé et de continuer à prendre du plaisir dans ce que je fais. Et ça, ça n'a pas de prix.
« Cette histoire, les enfants, montre que toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, adoré. Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. J’ai compris en ayant perdu provisoirement la mémoire que ce moi est ce qui m'appartient le moins, c’est une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, comme Jackmor par exemple, je suis en quelque sorte relié à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'appliquer à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquels je pourrais sculpter l'identification dont ce moi a besoin pour se prolonger. On devine le piège. Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces éparpillées ? Juste un amalgame hétéroclite. C’est cela que j’ai compris. J’essayais d’exister alors que je n’avais aucune idée de l’image initiale.
-Ça me fait penser à un puzzle que je voudrais reconstituer alors que je n’aurais même pas eu l’image finie en modèle, expliqua Nolwen.
-Qu’est-ce que c’est ce puzzle ? demanda Jarwal.
-C’est un jeu de patience, on a des petites pièces avec un morceau d’image et quand on les assemble, ça donne une grande image complète.
-Je comprends, c’est important d’apprendre la patience et effectivement, c’est un très bon exemple pour expliquer la façon dont nous voyons la Vie. On croit que parce que nous avons dans les mains quelques petites images, on a saisi l’ensemble. On essaie de construire quelque chose dont on ne possède même pas la vue générale.
-On dirait un ouvrier qui voudrait construire une maison alors qu’il n’a même pas idée de ce que ça va donner à la fin, ajouta Zack.
-Oui, c’est exactement ça, s’enthousiasma le lutin. Vous voyez, vous comprenez très bien de quoi je parle. L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger mes objets, mes relations, mes connaissances, mes passions, mes projets...Tout cela crée un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, toutes mes possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. J’abandonnerai certainement une partie de mes convictions pour être bien vu, bien accueilli et pouvoir bénéficier de la force de ce groupe.
-Ah, oui, on voit ça à l’école. Tous ces enfants qui veulent absolument suivre un chef et faire comme lui ou qui s’habillent comme leurs idoles de télévision. Ça m’énerve ! lança Zack.
-Ils ont peur Zack, tout simplement. C'est inévitable. Beaucoup de gens fonctionnent de cette façon. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris, que mes choix de vie soient bafoués. J'entre en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrit de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine. C’est un chaos immense. Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments répétés. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin.
-C’est ce qui t’est arrivé chez les Kogis ?
-Oui Tom. Mais il y a un autre risque. Si j’attribue cette révélation à moi-même sans comprendre qu’elle vient de la Vie elle-même, j'aurai l'impression d'être supérieur aux autres, d’être plus puissant qu’eux. Je détournerai la révélation pour m’en glorifier.
-Et le moi sera toujours le Maître.
-Tout à fait Nolwen. Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres empilements. Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions narcissiques. Je me prendrai pour un Sage ou un grand Maître. J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées.
-En ayant été incapable de voir l’image originale.
-Oui Nolwen. Cette quête n'aura été qu'une illusion, une machination du moi qui se sera finalement révélé le plus malin... Il sera toujours le maître des lieux.
-Mais quelle est cette image originale Jarwal ?
-Il faut comprendre avant tout qu’il n’y a rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Tout le problème vient de ce remplissage inconsidéré de l’existence. On ne voit plus rien quand on a entassé des gravats.
Le Soi, c’est la fusion de ce moi, du je et de la conscience de la Vie.
-Je ne comprends plus rien, avoua Tom.
-Tu ne comprends pas les mots Tom mais ton âme sait de quoi je parle parce que tu es déjà dans cette vie intérieure. Sinon, tu ne serais pas là à m’écouter.
-Il ne s’agit pas de constituer l’image originelle parce qu’elle est nécessairement déjà là mais de parvenir à enlever tout ce qui la couvre. C’est ça Jarwal ?
-Oui Nolwen.
-Et cette image originelle, c’est la conscience de la Vie qui la détient. C’est lorsque nous avons abandonné notre appartenance à ce chaos humain.
-Pas exactement Zack. Il ne s’agit pas de l’abandonner parce que sinon il faudrait aller vivre sur une île déserte. Il s’agit de ne pas lui appartenir. De faire la distinction entre la participation lucide et la disparition dans le flot. Imagine une molécule d’eau de l’Océan. Elle n’est pas dans l’Océan puisqu’elle fait partie de l’Océan. Je dis par conséquent qu’elle est de l’Océan. Sans toutes ces molécules d’eau, l’Océan n’existe pas. Mais sans l’Océan, les molécules ne seraient que des individualités esseulées. La fusion des molécules crée l’Océan. Il y a plusieurs menaces ensuite. Soit certaines molécules regroupées considèrent qu’elles ont un pouvoir plus grand que celui de l’Océan et elles finissent par l’oublier, le contester, le combattre même, soit certaines molécules refusent de se voir assemblées dans un Tout et considèrent qu’elles doivent préserver une liberté de décisions, une autonomie qui leur paraît plus importante que le Tout. Dans les deux cas, ces molécules sont dans l’erreur. Celles qui s’imaginent obtenir un pouvoir parce qu’elles pensent avoir une ressemblance, une particularité, des idées communes, des intentions autres que la participation à l’Océan, celles-là participent au désordre. Elles fabriquent une rupture dans la cohésion des molécules. D’autres molécules vont prendre peur et vont vouloir assembler leurs peurs pour fonder d’autres groupes contre les premières. La confrontation prend une ampleur inéluctable et incontrôlable. De leur côté, celles qui pensent bénéficier d’une autonomie vont s’efforcer de s’isoler ou de lutter individuellement contre ces groupes. Elles ne participent pas pour autant à la cohésion perdue mais elles l’entretiennent en réagissant contre un désordre qu’elles condamnent. Elles utilisent le même fonctionnement que les groupes qu’elles critiquent. Des entités rebelles entêtées dans une distinction qu’elles vénèrent ne participent aucunement à la réhabilitation de l’Unité. Elles se voient comme plus importantes que l’Océan lui-même et succombent à la peur de disparaître. C’est toujours la peur qui crée le chaos. Cette incapacité à dépasser la vision restrictive de l’individu est une condamnation de l’Unité.
-Mais comment doit-on se comporter alors Jarwal ?
-C’est là qu’intervient cet apprentissage de l’observation consciente. Il ne s’agit pas de se nier en tant qu’individu ni de rejeter l’appartenance à l’Océan mais de parvenir à observer les deux phénomènes. Juste les observer, sans leur apporter la moindre émotion. C’est ce qu’on appelle « agir dans le non-agir ». Je suis une molécule animée par l’Océan. J’agis dans le champ de mes expériences mais sans jamais être dissocié d’une dimension bien plus grande. L’Amour est à la source de cette paix intérieure. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. Cette phrase est essentielle pour moi. On pourrait penser que c’est une invitation à l’abandon et à la lâcheté, comme un bâton qui flotte sur l’Océan. Mais nous ne sommes justement pas des bâtons. Nous sommes animés par la Vie et c’est en son cœur que nous devons apprendre à agir. Non pas agir contre elle en nous dressant fièrement devant elle mais agir dans la dimension qu’elle nous propose. C’est un équilibre extraordinaire à trouver. »
Le silence.
L’écho de tous les mots, la nécessité d’aller au plus profond de la compréhension. Chacun animé par la volonté d’explorer les horizons proposés, au regard de son propre potentiel, sans se soucier de l’avancée des compagnons, juste dans l’acceptation de ses limites et de l’énergie disponible.
« Il faut que vous rentriez les enfants. Vous avez une longue descente et le jour va tomber. »
Cette difficulté à quitter les espaces intérieurs. Comme si les mouvements de l’Océan participaient au bonheur des voyages.
« Tu sais Jarwal, c’est très à la mode depuis quelques temps de parler de l’environnement. La pollution, les destructions de la planète et tout ça. Mais j’ai un peu l’impression que cette façon de voir cet environnement est totalement fausse et en plus je me dis que notre façon de nous voir est également fausse. Ce que nous voyons de nous n’est qu’un environnement mais c’est au cœur de cet environnement que se trouve la réalité. Enfin, j’ai du mal à l’expliquer. Tu vois, c’est comme si nous, les humains, on voyait la Terre comme quelque chose de séparée de nous mais en fait, c’est pareil pour nous. Nous sommes séparés de nous-mêmes parce que nous ne percevons que ce qui est visible ou identifiable, tout ce sur quoi on sait mettre un nom. Ah, ça m’énerve, je ne sais pas comment l’expliquer !
-J’ai parfaitement compris ce que tu veux dire Nolwen. Notre identité, tout ce que sur quoi nous avons-nous-mêmes apportés une reconnaissance que nous transmettons aux autres, toute cette fabrication est artificielle. Elle n’est qu’un environnement. Mais ce qui importe et qui est réel est caché en nous-mêmes. Nous portons un trésor et nous nous occupons du coffre qui le contient. De la même façon que les hommes s’inquiètent de l’environnement ou y sont totalement indifférents sans comprendre qu’ils ne s’intéressent qu’à des formes matérielles en ignorant le flux vital qui les anime. Mais il n’en reste pas moins que je préfère les voir s’inquiéter de la préservation de cet environnement plutôt que de le délaisser. Il existe au moins la possibilité qu’un jour ils parviennent à établir un vrai regard et qu’ils cessent de jouer des rôles de sauveur, juste pour leur gloire personnelle.
-Tout ça, c’est de l’espoir Jarwal et cet espoir est une illusion. Tu l’as dit toi-même.
-C’est vrai Zack. C’est pour cela qu’il faut juste agir dans le non-agir, faire ce qui te semble juste sans te préoccuper des résultats éventuels. Faire ce que tu es sans vouloir que les choses soient ce que tu aimerais. Puisque les choses ne peuvent pas être ce que tu n’es pas.
-Tu veux dire que les choses sont ce que je suis ?
-Oui Zack. Tu crées la réalité qui te correspond. Tu vis ce que tu es et tes actes influent sur la réalité de ton environnement mais ils ne changent rien à la réalité de la Vie que tu portes. La Vie que tu portes, je l’appelle le réel. L’environnement n’est que la réalité. Mais il faut arrêter nos discussions les enfants, vous allez vous mettre en retard et je m’en voudrais que vos parents s’inquiètent. Filez vite. Nous nous reverrons.
-C’est difficile de te laisser Jarwal. J’aimerais tellement ne plus te quitter, avoua Nolwen en baissant les yeux. La vie quotidienne ne sera jamais aussi belle qu’avec toi.
-Ta vie quotidienne sera ce que tu es Nolwen. Ne l’accuse pas d’être d’une quelconque responsabilité.
-Tu as raison Jarwal. Je m’en souviendrai. Allez les garçons, on y va. »
Ils s’enlacèrent tous les quatre, comme unifiés par leur amour commun de la Vie puis Jarwal prit son bâton de marche, ajusta sa besace, remit son chapeau et regarda intensément les trois enfants.
Il explique ci-dessous son travail et l'adhésion au service proposé par la plateforme tepeee. Vous pouvez partager, participer, commenter sur les vidéos, Léo en sera enchanté.
Alors que j'aimais les mathématiques au Lycée je m'en éloigne pour des études d'Écologie. Heureusement, on me fait découvrir que les mathématiques peuvent servir à faire de l'Écologie, c'est la découverte de la modélisation !
Cela me mène à obtenir un doctorat en Biodiversité, Écologie, Environnement. Mon titre de thèse était "Modélisation des interactions tout-partie en écologie et évolution : structures spatiale et sélection multi-niveaux".
Les motivations de cette chaîne sont multiples : éclaircir la confusion sur ce qu'est l'écologie scientifique, en particulier les approches théoriques en écologie, s'amuser à coder et explorer des modèles sans forcément savoir où cela va nous mener, et espérer avoir un impact en terme de partage de connaissances en écologie et de développement de la curiosité scientifique plus important en faisant de la vulgarisation plutôt qu'en publiant des papiers.
Pourquoi suis-je sur Tipeee ?
Produire des vidéos basées sur de la modélisation, s'appuyant sur des papiers scientifiques et avec un rendu visuel le plus didactique possible, prend du temps. Si je veux pouvoir attribuer plus de temps à cette activité il faut irrémédiablement qu'elle puisse participer à mes revenus.
Le système de youtube basé sur le nombre de vues demande des publications très régulières, ce qui ne convient pas avec le contenu de cette chaîne.
C'est pourquoi le système de donation par la communauté de personnes directement intéressées proposé par Tipeee me semble la meilleure alternative.
Quels sont mes objectifs ?
Actuellement le soutien de la communauté me permettrait essentiellement d'attribuer plus de temps à la production de contenu pour la chaîne. Ce n'est pas un soutien en vue de l'achat de matériel ou autre, mais un soutien montrant que cette chaîne a du sens.
Quelles sont les contreparties ?
Ma sincère reconnaissance, des remerciements dédiés à chaque fin de vidéo, et l'assurance de contenus futurs.
Dans une lecture, je suis tombé sur un récit racontant le Dust Bowl, une période sombre aux USA. Et je me suis mis à chercher d'autres situations dans lesquelles l'activité humaine, associée parfois à des phénomènes climatiques, a contribué à des désastres écologiques et à des périodes provisoires ou parfois définitives dans lesquelles les dégâts relevaient de catastrophes générales. Et les exemples sont nombreux et ne concernent pas que l'époque contemporaine. La liste ci-dessous est loin d'être exhaustive.
Ce qui me consterne, c'est que ces différentes catastrophes, même si elles ont été suivies, parfois, de rectifications, ne servent toujours pas à anticiper ce qui se produit actuellement à l'échelle de la planète : la surexploitation. Le dust bowl a été rendu possible par la conjonction de période de sécheresse et une agriculture intensive qui a dévasté le sol.
Si on s'intéresse un tant soi peu à l'état des terres agricoles en France, on ne peut que s'interroger de l'avenir si nous venions à connaître des périodes de sécheresse intense. La mise à nu des sols est une mise à mort. La déforestation est une mise à mort, l'empoisonnement des rivières est une mise à mort, l'emploi de produits chimiques de façon outrancière, la mécanisation sans cesse augmentée, les monocultures, l'atteinte à le biodiversité etc etc...
Quand l'homme fragilise la nature, il se met en danger. Nos visions productivistes de court-terme sont des visions mortifères.
Les récoltes ont commencé à échouer avec le début de la sécheresse en 1931, exposant les terres agricoles nues et sur-labourées. Sans herbes de prairie profondément enracinées pour maintenir le sol en place, il a commencé à s’envoler. L’érosion du sol a entraîné des tempêtes de poussière massives et une dévastation économique, en particulier dans les plaines du sud.
Quels sont les 3 effets du Dust Bowl ?
Comment le Dust Bowl a-t-il affecté l’environnement ? Le Dust Bowl est sans doute l’une des pires catastrophes environnementales du XXe siècle. Il a dégradé la productivité des sols, réduit la qualité de l’air et ravagé la flore et la faune locales. Les tempêtes de poussière ont également provoqué une pneumonie due à la poussière chez les résidents qui n’ont pas migré.
Quelles sont les 3 causes du Dust Bowl ?
La dépression économique associée à une sécheresse prolongée, des températures anormalement élevées, de mauvaises pratiques agricoles et l’érosion éolienne qui en a résulté ont tous contribué à la création du Dust Bowl.
Quel a été l’impact de Dust Bowl ?
Cela a dévasté des États comme le Texas, le Kansas, le Nebraska, l’Oklahoma et d’autres. Les tempêtes de poussière sont accompagnées de pneumonie due à la poussière, une affection pulmonaire résultant de l’inhalation excessive de poussière. Cela a entraîné de nombreux décès, en particulier chez les enfants. Le Dust Bowl a provoqué un exode massif hors des Grandes Plaines.
Comment le Dust Bowl a-t-il affecté l’économie ?
Les gens ont commencé à perdre leur emploi et, par conséquent, à ne plus rembourser leurs prêts. Les banques ont commencé à faire faillite à grande échelle et comme les dépôts n’étaient pas assurés, de nombreuses personnes ont perdu toutes leurs économies. En 1931, un total de 28 285 entreprises ont échoué à un taux de 133 pour 10 000 entreprises.
Quelles ont été les causes et les effets du Dust Bowl ?
Les récoltes ont commencé à échouer avec le début de la sécheresse en 1931, exposant les terres agricoles nues et sur-labourées. Sans herbes de prairie profondément enracinées pour maintenir le sol en place, il a commencé à s’envoler. L’érosion du sol a entraîné des tempêtes de poussière massives et une dévastation économique, en particulier dans les plaines du sud.
Comment Dust Bowl a-t-il affecté les agriculteurs?
Et comment le Dust Bowl a-t-il affecté les agriculteurs ? Les récoltes ont flétri et sont mortes. Les agriculteurs qui avaient labouré sous l’herbe indigène des prairies qui maintenait le sol en place ont vu des tonnes de terre végétale – qui avaient mis des milliers d’années à s’accumuler – s’élever dans les airs et s’envoler en quelques minutes. Cela ne s’est pas arrêté là; le Dust Bowl a touché tout le monde.
Qu’est-ce qui a causé le Dust Bowl?
L’une des principales causes de ce Dust Bowl a été les graves sécheresses des années 1930. L’autre cause était le capitalisme. La surexploitation et le pâturage dans le but de réaliser des profits élevés ont tué une grande partie des prairies de la plaine et lorsque les vents se sont approchés, rien n’était là pour retenir le sol dévasté sur le sol.
Qu’est-ce qui a causé le Dust Bowl Dbq ?
Les trois principales causes du Dust Bowl étaient la sécheresse (Doc E), la quantité de terres récoltées (Doc D) et la mort des prairies à herbes courtes (Doc C).
Qu’est-ce qui a causé le quizlet Dust Bowl?
le bol de poussière a été causé par des agriculteurs qui gèrent mal leurs rotations de cultures, provoquant l’assèchement du sol et sa transformation en poussière. le bol de poussière a poussé de nombreuses personnes vivant en Amérique rurale à se déplacer vers les zones urbaines à la recherche de travail. la sécheresse qui a contribué à provoquer le bol de poussière a duré sept ans, de 1933 à 1940.
Quels ont été les effets à court terme du Dust Bowl ?
L’érosion du Dust Bowl a été un choc majeur qui a réduit les rentes agricoles à court et à long terme. Dans ce modèle simple, les valeurs des terres agricoles diminuent immédiatement pour refléter la valeur actuelle actualisée des rentes agricoles perdues.
Quels ont été les effets du quizlet Dust Bowl ?
Quels ont été les effets du bol de poussière ? Les gens ont perdu des récoltes, des maisons, des emplois, des animaux de ferme. Ils ont été forcés de déménager dans un autre endroit.
Quels effets le Dust Bowl a-t-il eu sur l’environnement ?
Les vents violents qui ont accompagné la sécheresse des années 1930 ont emporté 480 tonnes de terre végétale par acre, enlevant en moyenne cinq pouces de terre végétale sur plus de 10 millions d’acres. Les tempêtes de poussière et de sable ont dégradé la productivité des sols, nui à la santé humaine et endommagé la qualité de l’air.
La déforestation de l'île de Pâques (13e-17e siècles)
Activité humaine : Abattage excessif des arbres pour le transport des Moaïs (statues), l’agriculture et le chauffage.
Conséquence : Écroulement de l’écosystème insulaire, famines, effondrement de la société.
La disparition des forêts des Highlands (18e-19e siècles, Écosse)
Activité humaine : Exploitation forestière intensive pour l’agriculture et les industries navales.
Conséquence : Perte massive des forêts indigènes, érosion des sols, et transformation radicale du paysage.
La crise du lac Owens (1900s, Californie, USA)
Activité humaine : Détournement des eaux pour alimenter Los Angeles.
Conséquence : Assèchement complet du lac, libération de poussières toxiques dans l’air, et destruction de l’écosystème.
Le Dust Bowl (1930s, USA)
Activité humaine : Labour intensif des Grandes Plaines et absence de pratiques agricoles durables.
Conséquence : Érosion massive des sols et tempêtes de poussière dévastatrices, ruinant l'agriculture et provoquant des migrations massives.
L’assèchement de la mer d'Aral (1950s à aujourd’hui, Asie centrale)
Activité humaine : Détournement des rivières Amou-Daria et Syr-Daria pour l'irrigation du coton.
Conséquence : Réduction de 90 % de la superficie de la mer d'Aral, destruction des écosystèmes, augmentation des tempêtes de sel toxique, et impact grave sur la santé des populations locales.
La pollution de la rivière Cuyahoga (1969, USA)
Activité humaine : Déversements industriels incontrôlés dans la rivière.
Conséquence : La rivière prit feu, illustrant le niveau de pollution extrême et menant à des réformes environnementales aux États-Unis.
La déforestation et les incendies en Indonésie (1990s à aujourd’hui)
Activité humaine : Déforestation pour les plantations de palmiers à huile, associée à des brûlis incontrôlés.
Conséquence : Destruction des forêts tropicales, perte de biodiversité (orangs-outans notamment) et émissions massives de CO₂.
La disparition des grands bancs de morue (1992, Canada)
Activité humaine : Surpêche massive et absence de gestion durable des stocks halieutiques.
Conséquence : Effondrement de la population de morues dans l’Atlantique Nord, crise économique pour les pêcheurs, et impacts écosystémiques durables.
Oui, il nous reste la joie mais je ne veux plus d'une joie inconsciente, je veux construire ma joie en totale lucidité, ne plus être emporté par le courant, ne plus suivre des mouvements de masse, ne plus prendre conscience a postériori que cette joie a eu une conséquence néfaste sur la vie et la tâche est rude car il ne faut pas céder à l'envie, ne pas céder à la faiblesse, ne pas céder à cette inertie de la paresse.
Je veux une joie physique qui soit nourrie par une joie intellectuelle.
Je sais depuis longtemps que les gouvernants aiment l'ignorance des peuples, les peurs de la masse, l'incertitude matérielle, le désir d'un confort plus grand, la peur de perdre celui déjà acquis, je sais que les gouvernants favorisent des joies qui les servent et des peurs qui les maintiennent en place, qu'ils bénissent les corps faibles qui ne peuvent se révolter, les corps engraissés et les esprits mal nourris.
Je veux que mes joies soient les miennes et qu'elles ne doivent rien à personne, autant que faire se peut.
Je veux mourir en paix. Et ne pas partir chargé de joies coupables.
Le livre précédent, Cabane" d'Abel Quentin et celui-ci sont mes deux dernières lectures. Et le constat que j'en retire, c'est que nous sommes véritablement et définitivement une espèce toxique, néfaste, destructrice et que nous sommes incapables de prendre conscience des problèmes les plus profonds et les plus dramatiques parce que nous sommes pris dans un courant planétaire, une forme d'embrigadement auquel nous adhérons, quoi qu'il en coûte.
J'ai au moins la satisfaction de lire les commentaires écrits par les lecteurs et lectrices de ces deux ouvrages et il est apaisant de se sentir moins seul. Bien que nous ne soyons qu'une minorité impuissante.
Ce livre a été écrit en 1962, mon année de naissance et le rapport Meadows est paru en 1972. Bien évidemment, je n'avais aucune connaissance de ces écrits. Mais plus tard, j'aurais pu et j'aurais dû m'y intéresser. J'ai attendu d'avoir quarante ans pour vraiment commencer à m'instruire.Ce sont nos trois enfants qui ont été le maillon manquant, celui qui manquait à ma motivation, à cette prise de conscience. Quel monde allais-je leur léguer ?
Lorsque j'ai eu mon permis de conduire et ma première voiture, l'été de mes 18 ans, je suis tout de suite parti à Chamonix, pour les sommets. Je traversais la France de nuit, Quimper-Chamonix, non-stop et je vidais le ballon de liquide de nettoyant de pare-brise tellement l'hécatombe d'insectes était volumineux. Aujourd'hui, pour chaque long trajet, nous roulons toujours de nuit et des insectes de nuit, il n'y en a quasiment plus. Ça peut paraître anecdotique mais c'est en réalité symptomatique de cette dévastation et de la vitesse à laquelle elle se réalise.
Un autre exemple : quand j'étais à l'école primaire puis au collège, j'aimais aller à la pêche à la ligne sur une digue, au Cap-Coz. J'avais un équipement rudimentaire et je n'étais aucunement un spécialiste et pourtant je ramenais toujours du poisson à la maison, au grand plaisir de mes parents. Il y avait toujours d'autres pêcheurs, dix, vingt, parfois il fallait être attentif pour ne pas mélanger les lignes sur cette digue, c'était un coin réputé. On y est retourné il y a deux ans, en plein juillet et il n'y avait plus un seul pêcheur. Il n'y a plus de poissons. Dévastation.
Le bois où je passais tous mes jours de congé était habité par des vols de pigeons et de tourterelles, j'aimais leurs roucoulements. Il n'y en a plus, le silence dans les arbres est complet. De la même façon, au printemps, alors que j'ai toujours dormi avec la fenêtre ouverte, j'aimais être réveillé par le chant des oiseaux, une cacophonie qui honorait le lever du soleil, je sautais dans mes habits des bois et je filais. Aujourd'hui, c'est le silence ou le chant de quelques oiseaux que j'entends comme des plaintes.
J'ai 62 ans et j'ai l'impression d'assister à une mise à mort constante, une nature qui s'éteint, qui tombe dans le silence, un dépeuplement de tout.
Nous sommes tous responsables, à différents niveaux. Responsables de notre indifférence, de notre ignorance, de cette adoration de la futilité, du déni de la mort propagée. Nous avons écouté les gouvernements, nous avons amassé des biens confortables, nous avons rejeté les lanceurs d'alerte, ignoré les scientifiques, nous nous sommes amusés et nous nous sommes contentés de gérer nos existences, au mieux. Quoi qu'il en coûte.
Moi, comme tous les autres.
Je n'ai plus aucun espoir de voir se produire, volontairement, une inversion du processus. J'espère par contre vivre assez vieux pour être encore là lorsque l'inversion surviendra parce qu'il ne pourra en être autrement.
Je n'adhère pas aux arguments de ceux qui disent que nous n'allons pas vers la fin du monde mais vers la fin de l'humanité car il est trop facile de balayer d'un revers de main méprisant les milliards d'animaux, les milliards de plantes, toute cette vie que nous entraînons dans notre chute. Oui, la Terre s'en remettra mais il faut bien admettre qu'elle se reconstruira sur un épouvantable charnier. Que la planète ait déjà connu des dévastations totales, c'est certain mais celle vers laquelle nous allons sera de notre faute.
Voilà les trois citations en exergue du tome 3 de ma quadrilogie, "Le désert des Barbares"
Actuellement, l'humain mène une guerre contre la nature. S'il gagne, il est perdu. »
Hubert REEVES
« L’enfer est vide, tous les démons sont ici. »
William SHAKESPEARE
Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.
Premier ouvrage sur le scandale des pesticides, Printemps silencieux a entraîné l'interdiction du DDT aux États-Unis.
Cette victoire historique d un individu contre les lobbies de l'industrie chimique a déclenché au début des années 1960 la naissance du mouvement écologiste.
Printemps silencieux est aussi l'essai d'une écologue et d'une vulgarisatrice hors pair. En étudiant l'impact des pesticides sur le monde vivant, du sol aux rivières, des plantes aux animaux, et jusqu à l'ADN, ce livre constitue l'exposition limpide, abordable par tous, d'une vision écologique du monde.
50 ans après sa conception, on redécouvre Printemps silencieux au moment où l'on commence à s'intéresser, en France, à la philosophie de l'écologie.
« Ce n est pas moi, c est Rachel Carson qui a inventé l'écologie profonde », affirme en effet le philosophe norvégien Arne Næss.
Vendu à plus de 2 000 000 exemplaires, traduit en 16 langues, Printemps silencieux n'est pas seulement un best-seller : c'est un monument de l histoire culturelle et sociale du XXe siècle. Point de référence difficilement contournable de l'histoire de l'écologie, cet ouvrage fait partie de la bibliothèque de l'honnête homme.
C’est le livre-symbole du mouvement écologiste et un modèle de contre-lobbying (Rachel Carson est la première des « lanceurs d’alerte »).
« Printemps silencieux est l’acte de naissance du mouvement écologiste. » Al Gore.
"Les générations à venir nous reprocherons probablement de ne pas nous être souciés davantage du sort futur du monde naturel, duquel dépend toute vie." (p.38)
En lisant l'ouvrage de Rachel Carson, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette génération, celle de mes parents, celle de ces hommes politiques, qui se dédouane de l'enjeu climatique que nous vivons aujourd'hui en disant "Mais euh! Faut pas nous faire de reproches, on n'était pas au courant!" Et bien si... ils étaient au courant... depuis près de 60 ans, depuis 1962, depuis cette recherche, si bien documentée et qui fait froid dans le dos...
C'est toute l'histoire de la biodiversité en péril que nous raconte Rachel Carson dans "Printemps silencieux" : eaux polluées qui deviennent meurtrières pour la faune qui s'y développe, disparition d'espèces animales et végétales, conséquence directe de l'empoissonnement aux pesticides mais aussi par destruction de leur habitat naturel ou de leur nourriture. Et que dire des cas de mutations génétiques, de cancers et leucémies, qui augmentent depuis que les pesticides sont utilisés ?
Dans ce texte, très abordable même pour un non-scientifique, Rachel Carson accumule les exemples, les cas, les études, les points de vue et on ne peut rester insensible aux catastrophes écologiques qu'elle étale sous nos yeux. Elle nous rappelle que les insectes, les oiseaux, la flore sont des parties d'un tout, d'un cycle que l'homme et son désir de contrôle de la nature viennent perturber alors que l'homme lui aussi fait partie de ce cycle...
Les solutions biologiques pour lutter contre ce que l'homme juge "indésirable" existent, Rachel Carson en donne de nombreux exemples dans son ouvrage. Nul besoin de produits chimiques : le respect de chaque être vivant, l'observation et la compréhension de la nature offrent tout un tas de possibilités de trouver des solutions autre que la destruction d'une espèce pour le confort d'une autre...
Si "Printemps silencieux" a suscité une réelle prise de conscience dans les années 60, interdisant l'emploi du DDT et provoquant la naissance du mouvement écologiste, où en est-on aujourd'hui ? L'homme continue à utiliser des produits chimiques dangereux, en agriculture intensive, dans les jardins... Les populations d'insectes, d'oiseaux continuent de régresser, les abeilles sont en danger, de nombreuses espèces sont en disparues ou en voie d'extinction...
Incompréhension, tristesse, révolte, colère et dégoût pour la race humaine qui se croit supérieure à la nature sont les sentiments qui m'ont accompagnée tout au long de ma lecture et je me dis une fois encore qu'il y a beaucoup de travail à faire pour que l'homme moderne cesse de se croire le maître d'un monde dont il n'est qu'une infime partie et encore plus de travail pour qu'il comprenne qu'il provoque lui-même à sa propre autodestruction...
"Deux routes s'offrent à nous (...). Celle qui prolonge la voie que nous avons suivie est facile, trompeusement aisée ; c'est une autoroute, où toutes les vitesses sont permises, mais qui mène droit au désastre. L'autre, "le chemin moins battu", nous offre notre dernière, notre unique chance d'atteindre une destination qui garantit la préservation de notre terre." (p.258)
Berkeley, 1973. Département de dynamique des systèmes. Quatre jeunes chercheurs mettent les dernières touches au rapport qui va changer leur vie. Les résultats de l'IBM 360, alias « Gros Bébé », sont sans appel : si la croissance industrielle et démographique ne ralentit pas, le monde tel qu'on le connaît s'effondrera au cours du XXIe siècle.
Au sein de l'équipe, chacun réagit selon son tempérament ; le couple d'Américains, Mildred et Eugene Dundee, décide de monter sur le ring pour alerter l'opinion ; le Français Paul Quérillot songe à sa carrière et rêve de vivre vite ; et l'énigmatique Johannes Gudsonn, le Norvégien, surdoué des maths ? Gudsonn, on ne sait pas trop. Certains disent qu'il est devenu fou.
De la tiède insouciance des seventies à la gueule de bois des années 2020, Cabane est le récit d'une traque, et la satire féroce d'une humanité qui danse au bord de l'abime.
Après Soeur (sélection prix Goncourt 2019) et Le Voyant d'étampes (prix de Flore, finaliste Renaudot et sélection Goncourt 2021), Cabane est le troisième roman d'Abel Quentin.
Abel Quentin s'est inspiré du rapport Meadows, Les Limites de la croissance, dans lequel des scientifiques du MIT prédisaient en 1972 la fin du monde tel que nous le connaissons, un effondrement économique et démographique total si la croissance continue de façon exponentielle. Il a conservé le nombre d'auteurs pour inventer quatre personnages et leurs trajectoires sur cinquante années.
« Ils étaient quatre, comme les Beatles ou les évangélistes »
L'auteur aurait pu opter pour un roman camouflé en essai politique moralisateur pour évoquer ces cinquante années où on savait mais rien fait, cinquante ans perdus, gâchés à cause de l'indifférence, l'hybris ou l'aveuglement des sociétés. Il fait au contraire le choix d'appréhender l'angoisse existentielle qui a saisi ces quatre jeunes gens, âgés d'une vingtaine d'années, pour raconter, avec des accents quasi balzaciens, comment on vit après ça, après fait la découverte terrifiante d'un effondrement futur inéluctable.
C'est l'aventure humaine qui intéresse Abel Quentin. Chacun des personnages incarne une réaction possible face au déni collectif. Les Américains Mildred et Eugene Dundee sont ceux qui partent au combat, ceux qui durant toute leur vie portent le fardeau/ flambeau et prêchent en Cassandre dans le désert. le Français Paul Quérillot, c'est le cynique, celui qui ne veut pas se faire emporter par le rapport et décide de profiter, épousant son temps en travaillant pour une industrie pétrolière tout en étant travaillé par sa mauvaise conscience. Et il y a le Norvégien, Johannes Gudsonn, le génie des maths, celui qui ne supporte par la réalité d'une croissance exponentielle inarrêtable et disparaît des radars.
« le rapport 21 a mis au jour un mal sans visage, un crime collectif dénué d'intention criminelle : la croissance. Des milliards d'individus qui, pris isolément, ne poursuivent aucune intention malveillante : ils vont pourtant entraîner la mort de millions d'autres, provoquer des famines et noyer des deltas. »
Cabane est construit avec une précision d'horloger. Une courte partie pour contextualiser la rédaction du rapport. Une deuxième partie consacrée aux trois premiers scientifiques, à tour de rôle. Je me suis régalée de la plume malicieuse de l'auteur qui par mille détails d'entomologiste raconte leurs parcours à travers l'angle des faiblesses et des vanités humaines. Même si ces personnages relèvent de l'archétype, la façon dont Abel Quentin a de coller à eux fait que leur évolution physique et leur rapport à leur corps dit tout de leur psyché, de leurs tourments et de leurs failles.
Et puis, changement -génial- de braquet avec la troisième partie. Totalement inattendu alors que le récit commençait à ronronner dans cette succession de portraits. Un nouveau personnage fait irruption, Rudy, un journaliste français qui est né après le rapport de 1972 et part enquêter sur le plus énigmatique du quatuor : le Norvégien qui a disparu, dont on ne sait même pas s'il est toujours vivant. Un coup de fouet romanesque qui transforme le récit en quasi thriller pour savoir ce qu'il est devenu.
« Je ne vois plus que les famines, les pénuries, les monstruosités que préparent nos orgies présentes. San Francisco, où je me suis aventuré hier, me débecte : l'atmosphère paresseuse de la fête est partout, les gens boivent et rotent, l'air ahuri, satisfaits. »
Johannes Gudsonn est LE personnage du roman. C'est vers lui que converge tout le récit. La mue de ce prodige des maths ayant soif d'absolu en Saint-Just hanté par la fin du monde, décrit à travers le regard des autres, est absolument passionnante de complexité et radicalité, jusqu'aux confins de la folie.
Plus le roman avance, plus il se teinte de réflexions philosophico-existentielles qui résonnent forcément avec notre époque. Car comment ne pas devenir fou lorsqu'on sait ce que va devenir l'Humanité et que le déni collectif est un mur ? Johannes est la première victime de la solastalgie, cette détresse psychologique lié à la prise de conscience d'une urgence écologique.
Derrière ses tonalités volontiers sarcastiques et ironiques, c'est finalement la sincérité de l'auteur, sa colère, son effroi, son désenchantement, qui affleurent. Derrière les portraits de ces quatre scientifiques, c'est la solitude de l'Homme face à sa conscience qui émerge.
Le titre est impeccablement choisi. La cabane, il nous en faudrait toute une, matérielle ou mentale. Pour fuir, s'isoler, se protéger, penser l'action, vivre sans compromis dans une intégrité radicale. En écho à d'autres cabanes : celle du philosophe naturaliste Thoreau qui s'est retiré à Walden pour critiquer la société américaine moderne ? Celle de Theodore Kaczynski, dit Unabomber, dans le Montana, mathématicien devenu le premier éco-terroriste ?
Mildred Dundee souhaitait comme épitaphe : « On vous avait prévenus, abrutis ». La fin du roman est toute aussi abrupte. Sur le coup, elle ne m'a pas convaincue avec son nihilisme à la Houellebecq, mais elle est totalement cohérente. C'est juste que j'aurais bien continué d'avancer dans le récit. Reste que ce roman, érudit et intelligent, est d'une virtuosité absolument remarquable et rare.
Nolwen (12 ans), Zack (10 ans) et Tom (8 ans) sont trois enfants amoureux de la nature. Nolwen, organisatrice et chef incontesté du trio est leur guide, celle qui connaît les mystères de la forêt, les lieux enchantés, les chemins secrets, les légendes du monde.
Alors qu'ils sont partis tous les trois en montagne, Jarwal le lutin se présente à eux comme le Gardien du Livre du Petit Peuple. Il explique que les pages du Livre s'effacent sous le pouvoir maléfique du progrès. Les enfants, fascinés et envoûtés par le monde moderne, ne lisent plus assez et les compagnons de vie de Jarwal tombent dans l'Oubli. Le lutin doit trouver des êtres capables d'écouter puis de transmettre la mémoire du monde pour que ses compagnons reprennent vie, que l'équilibre avec l'énergie vitale soit rétabli, que l'amour de la Nature soit à la source des existences. Les trois enfants ont été désignés par le conseil des Sages comme les Elus parce qu'ils résistent aux illusions technologiques et qu'ils aiment la Terre.
Les trois enfants vont-ils accepter cette mission ?
« Ce qu'il faut faire quand on est triste, répondit Merlin en soufflant et en soupirant, c'est apprendre quelque chose. C'est la seule chose qui ne faillit jamais. Peu importe que tu sois vieux, le corps tremblant et affaibli, que tes nuits soient peuplées d'insomnies à écouter la maladie qui s'insinue dans tes veines. Peu importe que tu aies perdu ton seul amour, que tu voies le monde autour de toi ravagé par le mal, ou que ton honneur soit foulé aux pieds dans les égouts des esprits les plus vils. Il n'y a qu'une seule chose que tu puisses faire : apprendre. Apprends pourquoi le monde tourne et ce qui le fait avancer. C'est la seule chose qui ne lasse jamais l'esprit, qui ne l'aliène jamais, qui ne peut être torturée, ni effrayée, ni intimidée, ni regretter. Apprendre est tout ce dont tu as besoin. Regarde toutes ces choses qu'il y a à découvrir. »
– L'Épée dans la pierre, T. H. White.
Le problème est donc d'identifier ce qu'il est bon d'apprendre, ce qui aura une utilité, un sens, un apport réel et donc d'identifier ce qui ne relève que de l'encombrement.
Là, je suis en mode "vie intérieure" parce qu'il arrive un moment où la réalité de ce monde matériel et égotique me révulse. Donc, j'opte pour la voie de l'ours, l'ermite, le retraité qui bat en retraite.
Il n'en reste pas moins que j'ai trop longtemps vécu dans la sphère du "moi" qui se fichait royalement du monde matériel et qui par conséquent le subissait en croyant en profiter, puis au regard de mon histoire personnelle, j'ai basculé dans la sphère spirituelle, par obligation, en mode de survie et lorsque j'ai rétabli le contact avec la "réalité" du monde extérieur, j'ai réalisé à quel point ça n'était qu'un chaos, une dévastation et dès lors j'ai voulu comprendre et ne plus subir béatement.
Et depuis, j'alterne entre les phases de compréhension de cette réalité et la dimension du réel, c'est à dire la spiritualité. Je me demande de plus en plus souvent si je ne vais pas finir par me retirer totalement et définitivement et laisser ce monde chaotique continuer son chemin, un chemin dans lequel il m'entraînera inévitablement au regard de l'impact sur la nature mais qui ne m'atteindra plus à travers les phases de colère ou de dégoût. D'autant que je sais très bien que le mal se nourrit également de ma colère et que cette colère est une porte pour qu'il m'envahisse. La difficulté que je rencontre au regard de ce désir de retrait, c'est que nous avons trois enfants et bientôt trois petits-enfants et que ce monde sera le leur encore pour longtemps. Je ne changerai pas le monde mais je peux au moins m'appliquer à en comprendre les rouages pour accompagner ceux que j'aime, s'ils m'en font la demande.
Tant que le coût des dégâts et des reconstructions ne sera pas pharaonique, les dirigeants, où qu'ils soient, resteront figés et obnubilés par un seul critère, un seul objectif, une seule cible : les points de croissance.
Les assureurs l'ont déjà compris d'ailleurs en augmentant considérablement les contrats où même désormais en les refusant. Ils savent bien qu'à un moment, ils ne pourront plus suivre au risque de déposer le bilan. Il va être intéressant dans les prochaines années de lister les zones géographiques où il ne sera plus possible d'être assuré. Une carte appelée à évoluer rapidement.
Climat: l'adaptation au dérèglement pourrait entraîner un ralentissement "transitoire et modéré" de la croissance, selon un rapport
AFP •27/01/2025 à 20:39
Les adaptations au changement climatique pourraient entraîner un "ralentissement transitoire et modéré" de la croissance économique et coûter près d'un point de PIB en 2030, selon un rapport de la Direction générale du Trésor diffusé lundi.
Les agents de la Direction générale du Trésor se sont penchés sur les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone en fonction de différents scénarios.
La France s'est fixé l'objectif de réduire de 50% ses émissions brutes de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990, et vise à réduire fortement la part d'énergies fossiles dans sa consommation finale d'ici 2030.
Et "la transition qui est réalisée de manière ordonnée et coordonnée représenterait un coût économique (…) qui resterait modéré et transitoire", a indiqué Nathalie Georges, cheffe du service des politiques macroéconomiques et des affaires européennes à la Direction générale du Trésor.
Les auteurs du rapport relèvent qu'une augmentation de la tarification carbone et des coûts liés aux émissions de gaz à effet de serre --par la fiscalité carbone, des subventions ou des réglementations-- pourrait entraîner un double choc négatif, de demande pour les ménages, et d'offre pour les entreprises.
Cela pourrait se traduire par une baisse du niveau d'activité qui pourrait coûter un peu moins d'un point de PIB à la France en 2030 (-0,9 en 2030), par rapport à un scénario sans mesures de décarbonation supplémentaires.
La perte se résorberait partiellement à partir de 2040 et la France pourrait atteindre "-0,6 point de PIB en 2050", a détaillé Nathalie Georges.
Décarboner nécessitera d'importants investissements privés et publics qui pourraient atteindre 110 milliards d'euros en 2030 en France, peut-on lire dans le document de la Direction générale du Trésor, "et dépendront au-delà de cet horizon de l'évolution des technologies".
Mais ces coûts sont "bien inférieurs aux coûts des dommages des changements climatiques", relève Nathalie Georges. Selon une estimation du réseau des banques centrales, l'inaction pourrait coûter "environ 6 points de PIB pour la France et l'Union Européenne", et "9 points de PIB au niveau mondial" en 2050, a-t-elle indiqué.
Je suis quelque peu dépité de lire nombre d'articles, de commentaires et de visionner des vidéos sur le duo Trump/Musk et de constater qu'un certain nombre de ces commentaires écrits ou audio mettent en avant le fait qu'il n'y a rien de nouveau, que des personnalités extrêmes, il y en a toujours eu, de tous côtés, qu'on peut trouver aussi agressifs dans bien d'autres coins du monde et même ici, en France et qu'il est donc inadéquat, voire injustifié de faire un "procès public" à Musk pour ce salut aux connotations quelque peu "étranges" ou aux frasques de Trump et ces propos glaçants et qu'on ferait mieux de regarder tout ce qui se passe ailleurs etc...etc... Et on en revient donc toujours au fait, qu'effectivement, le pire n'est jamais certain et que dès qu'on se lance dans une critique, on se place dans la situation d'être mis face à d'autres comportements tout aussi discutables.
Mais le problème n'est pas là. Le vrai problème, pour moi, c'est qu'on discute sur des faits et des personnalités qui posent problème, des tas de problèmes et pendant ce temps-là, on ne parle pas des gens honorables, des gens qui œuvrent pour le bien, des gens dont les valeurs ne mettent aucunement en péril celles des autres, des gens qui ne demandent qu'à vivre en paix, en osmose, en harmonie, dans la plénitude, loin des conflits.
Non, il ne s'agit pas d'une vision édulcorée, de rêves enfantins, d'immaturité, il s'agit de mettre juste en avant le fait que le monde qu'on nous montre, à travers les vitrines médiatiques, c'est un monde de confits. Et que les discussions qui émanent de ce monde génèrent d'autres conflits, d'autres prises de positions, d'autres arguments aussitôt contrés par les arguments des autres.
Et au final, nous nous retrouvons tous, les uns contre les autres, cherchant à savoir si le clan des uns est plus important que celui des autres, si l'équipe 1 est plus honorable que la 2 ou si la 1 est juste plus manipulatrice que la 2. Il n'y a plus de vérité, il n'y a que des oppositions qui détiennent leurs vérités, des vérités d'ailleurs modulables en fonction des alliances, des arrangements entre amis, des conflits d'intérêts ou des intérêts communs.
Et j'en arrive à me dire que le mieux à faire est de fuir, de me terrer dans un trou, de me boucher les oreilles, de ne plus dire un mot, de ne regarder que mes pieds et là où je les pose. Et d'écouter les oiseaux.
"“Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre.” Marc Aurèle.
Si je m'en tiens à cette maxime et que je tente d'identifier les situations sur lesquelles j'ai un réel pouvoir, c'est à dire celui de changer ce qui ne répond pas à mes valeurs, il est clair qu'il n'y a pas grand-chose et certainement pas les luttes qui ont lieu au niveau mondial par l'entremise de personnalités dont la puissance dépasse l'entendement.
Mais se pose aussi le problème de ma responsabilité envers des agissements contraires à mes valeurs car on peut considérer que la fuite renforce le pouvoir des malfaisants. Cette lutte intestine est devenue un leitmotiv désespérant, assommant, une rumeur de fond aussi prégnante qu'une respiration. Mais si je me lance dans un état des lieux au regard de mes prises de position et que je tente d'établir un constat sous la forme d'un pourcentage de réussite et d'échecs quant aux résultats de mes engagements, il n'y a aucun doute quant au fait que mes actes se sont révélés dérisoires, insignifiants, inexistants au regard de l'ampleur du désastre actuel.
Rien de bon n'est advenu dans le constat que je fais de l'état du monde, de l'humanité, de la nature, de la préservation de la vie. On s'enfonce, on s'enfonce...
Alors, j'en suis là, encore une fois, avec le même questionnement, celui qui revient systématiquement lorsque cette fatigue dans l'observation du monde devient plus forte, plus lourde, plus dévorante. Dois-je continuer à chercher à comprendre au détriment de mon bien-être ou la quête du maintien de mon bien-être est-elle une fuite inacceptable ?
Il me reste malgré tout un point d'ancrage dans ma propre histoire, celle de "la désobéissance civique" que j'ai choisie pour m'opposer à la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon. Je l'ai payé cher, je ne vais pas revenir en détail là-dessus mais il y a un élément qui est resté considérablement important dans cette épreuve, c'est que j'ai toujours eu la possibilité de me regarder dans un miroir sans avoir honte de moi-même. Si j'avais collaboré à cette réforme alors qu'elle s'opposait totalement à mes valeurs, les dégâts existentiels auraient été plus profonds que les dégâts physiques et psychologiques. Je n'ai pas collaboré et ça reste un tuteur qui m'a tenu debout.
Alors, aujourd'hui, dans la multitude de conflits et de dégradations de toutes sortes au niveau social et écologique, quels sont les comportements, les attitudes, les actes, les prises de positions qui peuvent concourir à ce que je puisse marcher "droit dans mes bottes" ? Tout ce qui concerne ma vie quotidienne. Rien d'autre.
Ce qui relève de la démarche intellectuelle ne doit être considéré qu'à travers le filtre de son inutilité réelle. Il reste ensuite à supporter ce constat.
Vous voyez de qui il s'agit, ces deux personnages qui occupent la scène. Voilà deux ans déjà que je me demande si la quadrilogie que j'écris est bien de l'anticipation ou bien une série de romans contemporains avant de devenir une série historique. Très clairement, ces deux individus et Musk, particulièrement me font penser à cette phrase taguée sur un mur :" Le fond de l'ère m'effraie".
Ce que je crains par dessus tout, c'est que Musk, après le deuxième passage de Trump ne vienne à se présenter aux présidentielles ou pire encore, qu'il devienne le Walter Zorn de mes romans. Ce Walter Zorn, plus grande fortune jamais connue sur Terre qui élabore un projet démentiel.
« Toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité. »
BALZAC
TOUS, SAUF ELLE
CHAPITRE 3
L'hélicoptère survolait des forêts immenses. Au loin se dressaient les sommets partiellement enneigés du parc national d'Arthur's Pass.
Début mai. L'hiver posait les premiers manteaux.
L'appareil effectua une rotation au-dessus de vastes forêts puis se dirigea vers un immense assemblage de bâtiments rectilignes. Des routes goudronnées reliaient les différents éléments du complexe militaire disséminés sur plusieurs centaines d'hectares. Les bâtiments où vivaient les militaires, une serre de cent mètres carrés, des champs cultivés, un verger avec des dizaines d'arbres, un parc arboré de plusieurs hectares, un terrain d'entraînement pour les soldats, un gymnase, une salle pour le tir et un stade extérieur. Deux rangées de grillages ceinturaient l'ensemble sur quatre mètres de haut.
L'engin se posa sur l'hélisurface.
Protégé par quatre hommes en arme, un couple descendit de l'hélicoptère et monta dans une Cadillac blanche.
Le véhicule emprunta une voie rectiligne menant à une vaste demeure, à travers d'immenses étendues de pelouses soignées, ornées de bassins aux fontaines majestueuses.
Domaine de Walter Zorn, Nouvelle-Zélande.
Une architecture moderne, un bâtiment colossal, à la blancheur éclatante, une immense façade agrémentée d'étranges fenêtres, des hublots opaques comme des judas scrutateurs. L'ensemble figurant une citadelle redoutable mais dégageant pourtant une beauté stupéfiante.
Une construction récente dont la magnificence contrastait si fortement avec l'ensemble militaire qu'un diamant au milieu de galets aurait eu le même effet.
Une Maison-Blanche, bunkérisée, solidement implantée dans l'hémisphère sud, au milieu de nulle part.
Arrivé à destination, le couple descendit du véhicule, accompagné jusqu'au perron par deux militaires en armes.
Ils empruntèrent une allée couverte, un entablement soutenu par des colonnades de pierre blanche.
Un majordome accueillit le couple et les salua.
« Bienvenue, Monsieur Zorn. Bienvenue, Madame.
– Bonjour Zack. »
L'homme prit les manteaux du couple qui emprunta immédiatement le hall en marbre blanc.
Treize hommes et une femme réunis dans une salle ovale, une coquille d’œuf éclairée par des hublots dépolis, une bulle insonorisée, isolée du monde extérieur.
Aucune décoration. Des murs nus, lisses, couleur crème, un sol marbré, une immense table en verre translucide, des sièges noirs à accoudoirs.
« Combien avez-vous dit, cher Helmut ?
–Douze milliards.
–Quelle échéance ?
–David, ce sont de simples prévisions avec leur contingent d’erreurs mais avant la fin de ce siècle, cette population mondiale semble tout à fait probable. Nous en avons déjà parlé et rien aujourd’hui ne vient contredire nos prédictions.
–J'ai toujours du mal à enregistrer ce nombre tellement il semble fou.
–Vous connaissez tous les problèmes planétaires que nous rencontrerons,» intervint Walter Zorn, fondateur de l’Ordre des Immortels.
Carrure de rugbyman, quarante-deux ans, adepte du régime végétarien, cheveux courts taillés à la tondeuse, un visage imperturbable ciselé au cordeau, une large mâchoire, des yeux si marron qu’ils en paraissaient noirs, une profondeur de gouffre et simultanément une puissance de pénétration redoutable. Personne ne soutenait son regard.
Les quelques femmes de la haute société qui avaient entendu parler de lui en rêvaient secrètement. Les rumeurs les plus exaltées se diffusaient inévitablement sur cet homme insaisissable. Les rares individus qui se permettaient d’évoquer son existence usaient de la déférence accordée habituellement à un saint : le saint le plus fortuné de toute la planète.
« Je me permets de vous en brosser un petit descriptif afin que tout soit clair pour les trois jours à venir, continua-t-il. Je vous rappelle également que nous accueillons aujourd’hui la première femme de notre communauté. C’est un honneur, un privilège, une très grande satisfaction que notre projet corresponde à une personnalité aussi charismatique que Fabiola Mesretti et je me réjouis de sa venue. Vous connaissez tous le parcours exceptionnel de Fabiola et ses extraordinaires compétences. Elle tient à ce que ses talents nous servent et je l’en remercie, au nom de l’Ordre des Immortels.»
Tous les visages se tournèrent vers la beauté fatale, assise aux côtés du maître des lieux. La trentaine, tailleur clair vantant des formes parfaites, une longue chevelure brune couvrant les épaules, un visage fin, la femme hispanique dans toute sa grâce et son mystère. Présidente de la principale banque espagnole, un réseau de plus de cent vingt agences sur la péninsule et trente-deux succursales en Amérique du Sud. Une femme d’affaires de haut vol. Tous les hommes qui avaient tenté de s’opposer à ses projets avaient fini par abandonner. La détermination psychologique de Fabiola était à l’égal de sa flamboyance.
Walter inclina la tête, un geste empreint d’un profond respect et un plaisir évident.
Elle lui répondit en posant délicatement une main sur son avant-bras.
L’assemblée observa silencieusement la scène. Walter et Fabiola. Dix ans d’écart, le couple dont rêve la presse people. La classe, la fortune, la beauté, la réussite. Tout le monde savait que la venue de la banquière ne pouvait souffrir de la moindre contestation. Et d’ailleurs, contempler une aussi belle femme ne déplaisait à aucun des hommes présents.
« Avec cette densité planétaire, reprit Walter, l’approvisionnement alimentaire sera un problème majeur. L’accès à l’eau potable tout autant. Aux environs de 2050, selon nos modélisations, les deux tiers de la population mondiale, c'est-à-dire de nos fameux douze milliards, seront affectés par une pénurie d’eau. Entre quatre et cinq milliards de personnes déjà vers 2030. Dans un avenir très proche, quelques années, il faudra compter sur un milliard de réfugiés climatiques avec toutes les tensions que cela va générer et qui ne pourront que s'étendre. Nous entrerons par conséquent dans une période très troublée. Un peuple qui meurt de faim et de soif se révolte parfois avant d’être trop faible et il est toujours possible de le ramener au silence. Nous en avons une longue expérience. Mais si dix peuples se révoltent, cela s'apparente à une contagion beaucoup plus difficile à enrayer. Nous pourrions évidemment trouver quelques moyens pour circonscrire ces mouvements de masse durant quelque temps. Nous pouvons toujours fomenter des guerres pour obtenir des traités qui nous servent, profiter des marchés issus de la reconstruction des pays ravagés par la vente de nos armes, bénéficier de la faiblesse des États pour nous accaparer leurs matières premières. Nous pouvons propager des virus pour réduire les populations et nous saisir de leurs territoires, nous pouvons soumettre des peuples par la force et instaurer une illusoire démocratie. Nous pouvons produire une alimentation suffisante pour les pays développés en pillant les pays pauvres. Mais il est un élément contre lequel nous sommes impuissants et dont nous aurons, nous aussi, à souffrir, un élément qui nous contraint à changer radicalement de modes d'intervention : le ré-chauf-fe-ment cli-ma-ti-que. »
Chaque mot minutieusement articulé, un découpage syllabique qui intensifiait la portée.
« Vous le savez, désormais, nous ne pouvons plus nous contenter d’inventer des procédés technologiques ou des lois qui nous avantagent sans nous préoccuper des dégâts que l’humanité entière a provoqués et amplifie encore, jour après jour, en utilisant ce que nous lui vendons. »
Walter adressa un regard aimant à Fabiola qui versait de l'eau dans sa flûte de cristal puis il reprit son allocution.
« D'un milliard d’individus en 1830, nous sommes passés à deux milliards en 1930. Désormais, nous dépassons les huit milliards et la population mondiale augmente de quatre-vingt-dix millions d'individus par an. La consommation d’énergie a été multipliée par dix sur un siècle et elle ne cesse d'augmenter. La quasi-totalité de la planète court après le mode de vie occidental. On peut dire aujourd'hui que le matérialisme fait partie de l'ADN des humains. Vous savez également qu’aucune des restrictions énergétiques ou des technologies d’énergies renouvelables ne parviendront à stopper le processus du réchauffement climatique renforcé par les paramètres précédents. Tout au plus sera-t-il ralenti mais les phénomènes naturels ont pris déjà une ampleur considérable : inondations, cyclones, tornades, sécheresse, canicules et incendies gigantesques, atteinte générale à la biodiversité, épuisement des sols par surexploitation et empoisonnement, augmentation constante des températures, jusque dans les zones polaires, fonte des banquises et de l'inlandsis, réchauffement et élévation du niveau des océans auxquels il faut ajouter une pollution exponentielle par des millions de tonnes de plastique, épuisement des ressources halieutiques, affaiblissement considérable du corail à l'échelle mondiale, épuisement des nappes phréatiques et de l'eau potable, pollution de l'air dans toutes les mégalopoles, disparition des insectes et hyménoptères pollinisateurs et d’autres constats encore sur toute la biodiversité. Vous avez tous entendu parler de la sixième extinction de masse. Il serait absurde de croire que tout cela ne peut pas porter préjudice à l'Ordre des Immortels. »
Walter balaya l'assemblée attentive et pensa soudainement à ce bref échange avec le jardinier en chef du domaine, au printemps dernier. L'homme, attristé, avait évoqué la disparition des abeilles dans le parc. « Des fleurs qui ne sont plus aimées, c'est à pleurer, » avait-il dit. Walter avait répondu qu'il allait très prochainement s'occuper du problème et qu'entre-temps, il invitait le jardinier à installer des ruches dans l'enceinte du domaine et à récolter le miel produit.
Il considéra enfin, avec un certain amusement, que le projet Némésis contribuerait au retour des abeilles et que l'enjeu valait bien la disparition partielle de l'humanité.
« Ces phénomènes, une fois enclenchés, poursuivit-il, deviennent exponentiels. Il serait ridicule de compter sur un retour à des données acceptables mais il faut surtout comprendre que l’inertie de ces courbes dépasse l’entendement. Très peu d’humains ont conscience de l’avenir parce qu’ils n’ont pas la volonté intellectuelle de s’y confronter. Nous ne sommes donc pas dans des délires apocalyptiques. Vous connaissez tous désormais la réalité indéniable de ce désastre. Pour résumer en une phrase, nous allons droit au bûcher. L’humanité se condamne mais condamne avec elle l’Ordre des Immortels et cela, nous ne pouvons l'accepter. »
Walter laissa le silence inscrire dans les esprits les images que ses paroles provoquaient. Que chacun, encore une fois, prenne l’exacte mesure de la situation.
« Nous savons également, Walter, qu’il n’est plus temps d’attendre et c’est bien pour cela que nous sommes tous réunis ici, intervint Fernando.
–Et que nous devons tous nous entendre pour agir communément et définitivement, reprit Walter, sans qu’aucun intérêt personnel ne vienne entraver notre mission. Six ans que nous travaillons à élaborer ce projet. Le temps est venu de l’appliquer sur le terrain et cette dernière rencontre marquera le début d’un nouveau monde. Nous avons tous hérité de la sueur et de la détermination de nos pairs et ceux ou celles qui nous rejoignent sans être issus de cette lignée, adhèrent intégralement à nos idées. Nous devons donc nous montrer dignes de nos prédécesseurs et implacables pour le bien de nos descendants. Le plan que nous allons finir d’élaborer ici devra entrer en vigueur le plus efficacement possible. Nous possédons toutes les connaissances pour cela. Némésis entre dans sa phase finale, messieurs et chère madame, et nous ne pouvions l’appeler autrement.
Walter accentua l’hommage en plongeant ses yeux dans ceux de Fabiola puis il invita l’assemblée à se lever. Chacun croisa les mains sur la poitrine. Comme des récitants respectueux, des prêtres antiques invoquant leurs dieux.
La voix de Walter s’imposa :
« Némésis est notre salut, Némésis nous libérera de l’humanité. »
Tous les hommes et Fabiola répétèrent la sentence d’une même voix puis le silence retomba. Quelques secondes de réflexions ciblées, le scénario à venir.
Les treize hommes se dispersèrent par petits groupes. Fabiola se joignit à l’un d’eux. Quatre salles furent investies puis les portes fermées.
Trois jours pour finaliser le plan « Némésis. »
Trois jours pour modifier à tout jamais la face du monde.
Jarwal le lutin, c’est qui, c’est quoi, de quoi s’agit-il ? J’ai créé ce personnage pour nos trois enfants quand on sortait pour marcher en montagne. Marine avait sept ans, Rémi, six ans et Léo quatre ans.
Je racontais une nouvelle aventure à chaque sortie et je leur disais que Jarwal ne pouvait me les transmettre qu’une fois dehors, à marcher vers les sommets. Pour eux, c'était une motivation très forte pour se lever de bonne heure et sortir par tous les temps, à toutes les saisons.
Et puis, les enfants ont grandi et ils n’ont plus eu besoin d’histoires pour les entraîner à marcher pendant des heures. C’est Nathalie et moi qui avions du mal à les suivre.:)
Mais Jarwal n’a pas disparu de ma tête. Je l’aimais beaucoup en fait car à travers ces années à parler de sa vie et des innombrables aventures, je me suis retrouvé à réfléchir à ce qu’il disait. Oui, je sais, c’est curieux. Je faisais parler un personnage et ce qu’il racontait m’invitait à approfondir ce qu’il disait. Mais je pense qu’un écrivain ne maîtrise pas tout ce qu’il invente et qu’il se crée en lui des arborescences dont il n’a pas conscience a priori. Et de ces histoires pour nos jeunes enfants, je suis parti vers des histoires à plusieurs niveaux de lecture.
De jeunes enfants peuvent lire Jarwal le lutin et des adultes tout autant car les situations amènent des réflexions qui vont au-delà du simple événement.
On peut trouver par exemple une réflexion sur l’embrigadement des enfants par les adultes pour extraire de leurs esprits tout ce qui peut être utile à la puissance, à l’enrichissement, à la pérennité de systèmes de pensées qui ne cherchent pas prioritairement le bien-être de l’individu mais son exploitation par les maîtres, les dirigeants, les financiers.
On peut trouver des réflexions sur l’imagination et la peur et l’apprentissage émotionnel,sur la colère, l'amitié, la tendresse, l'amour, la solidarité afin de parvenir à distinguer en soi de ce qui relève du réel et non d’une réalité conçue par un mental insoumis.
On peut trouver des réflexions sur l’émergence de l’identité, ce qui la constitue au fil du temps, l’établissement du moi et toutes les défenses qui s’instaurent pour en préserver ce qui semble être une intégrité quant il ne s’agit que d’une enceinte auto-programmée.
Quel est le rôle de la mémoire dans l’identité ? Son pouvoir nous échappe-t-il au point de nous priver de l’accès au réel quand nous ne voyons plus qu’à travers les filtres de cette mémoire ? Et quel est donc ce réel alors que nous nous limitons à notre réalité ? Le réel est universel quand la réalité est individuelle. Comment le découvrir, comment l’explorer, comment se libérer de nous-mêmes alors que nous nous considérons la plupart du temps comme des individus libres ? La nature y trouve une place prépondérante également, une nature pillée ou préservée, le problème majeur de son exploitation, de l'extraction, de l'indifférence envers la vie pour répondre aux besoins exacerbés de nos existences.
Alors, bien sûr que des lecteurs de dix ans s’intéresseront au lutin et à ses amis, aux elfes et aux korrigans, aux fées, aux être magiques comme les Maruamaquas et aux trois enfants qui rencontrent Jarwal et écoutent ses aventures, à sa compagne Gwendoline, à ce terrible Jackmor, l'esprit du mal, à la mouche bleue qui accompagne Jarwal et se révèle un compagnon inestimable, aux savoirs des Indiens Kogis, à cet autre monde que les enfants découvrent avec eux, bien sûr que les enfants se laisseront entraîner dans les aventures, les dangers, les traquenards et les ressources du lutin pour s’en échapper mais tout le reste, je l’espère, s’inscrira en eux, comme des graines à germer et qu’ils reviendront, au fil des années, puiser dans un passage du livre, un enseignement qui leur avait échappé mais qui s’était malgré tout glissé en eux, dans un recoin, jusqu’à ce qu’il devienne incontournable.
J’ai écrit Jarwal en imaginant un livre pour tous les âges.
Mathilde DUFOUR est aquarelliste naturaliste. Son pseudo d'artiste est MEUCHTILDE.
Je viens de découvrir son travail et je suis fasciné par la beauté de ses dessins.
Des oiseaux peints à l'aquarelle et qui semblent vivants, prêts à s'envoler et qu'on entend chanter.
C'est d'une précision magnifique.
Comme j'aime les individus talentueux et qui ont décidé d'aller au bout de leur rêve, je partage les quelques dessins que vous pouvez trouver aussi sur sa page Facebook: