Articles de la-haut
L'inconscient qui écrit.
Ce que j'écoute quand j'écris.
Rien ne nous appartient dans la création littéraire.
Ni l’inspiration, ni le talent, ni la maîtrise, ni l’euphorie, ni le moindre mot.
Il n’y a pas de liberté quand on s’aventure dans ce territoire.
C’est lui qui dicte ses lois.
Nous sommes les jouets de son humeur et de son immensité.
Qu’il devienne indifférent à notre présence et nous nous égarerons, comme des âmes littéraires en peine, qu’il devienne attentionné et nous nous envolerons dans les hautes sphères.
J’ai longtemps cogné contre les murs de la geôle quand « l’encrier » s’asséchait. Je ne le fais plus.
Maintenant, je sais que les mots continuent à manigancer des histoires en secret, dans ma tête, sans se faire entendre, je sais qu’ils attendent d’être prêts pour jaillir. Je les laisse monter leur spectacle. J’attends que le rideau s’ouvre. Il finit toujours par s’ouvrir. L'inconscient est un faiseur d'histoires, un ajusteur de mots, c'est dans ce gouffre insondable que tout se crée.
L'écrivain prend forme lorsque son humilité laisse l'inconscient remonter à la surface. On ne doit pas "vouloir écrire" mais juste "aimer écrire".
La volonté est un étouffoir de l'inconscient littéraire. L'amour en est le tuteur.
Quand on aime vraiment, on ne s'octroie pas la liberté de l'être aimé. Il en est de même avec les mots. Ils ne nous appartiennent pas. Ils sont comme ces chats de la maison qui passent près de vous sans vous accorder le moindre intérêt et qui parfois viendront se blottir sur vos genoux. On n'oblige pas un chat à s'asseoir sur ses genoux. On n'oblige pas les mots à se coucher sur une feuille.
Ils n'auraient rien de beau à dire.
Et donc, j'écris le quatrième tome d'une histoire qui ne m'appartient pas. Je ne sais pas où elle m'entraîne, je ne connais rien de la suite et j'avance à petits pas, sans aucune inquiétude malgré l'incertitude. je suis entré dans cette confiance absolue parce que je n'ai pas le choix et que j'ai abandonné toute volonté d'écrire.
Il y a vingt ans, je m'obligeais à écrire tous les jours ou toutes les nuits et si je n'écrivais pas, je m'attelais à corriger, à relire, à m'imprégner et avec les années, j'ai pris conscience que ce travail venait d'une inquiétude, d'une tension, d'un doute. Celui de ne pas aller au bout. Celui de perdre le fil, celui d'oublier ce que j'avais construit, celui de ne pas retrouver la trame et tous les détails, celui de trahir mes personnages.
"Mes" personnages. Mais ils ne sont pas à moi. C'est juste qu'ils reprennent vie. Oui, je sais, ça peut paraître absurde, voire totalement ridicule. Mais c'est ainsi que je vis avec eux. Je les accompagne et je ne sais pas où ils vont. Bien sûr que c'est moi qui pose les mots sur l'écran mais je n'ai plus cette prétention de dire que toute leur vie m'appartient. Ils me la racontent. Ce tome 4, je l'ai commencé il y a un an et je ne sais pas ce que les personnages vont devenir. Et si je raconte ça aujourd'hui, c'est parce que les rêves occupent une partie de mes nuits et qu'ils me racontent des événements dont je n'imaginais pas la direction. Et lorsqu'ils surviennent, je réalise que c'est une évidence. Une évidence qui ne m'était pourtant pas venue.
Que se passe-t-il dans cet inconscient ? D'où viennent ces images alors que je ne les ai même pas conçues en phase d'éveil ?
Un jour, il faudra que j'écrive un roman sur ces phénomènes.
Onfray et l'ignorance des climatosceptiques.
Oui, je sais, j'avais dit que je ne posterai plus rien sur les chiffres liés au climat. Alors, disons que cette fois, c'est uniquement pour montrer à quel point les climatosceptiques, dont Michel Onfray fait partie, sont à des années lumière du début d'un raisonnement objectif.
“ L'ennui en ce monde, c'est que les imbéciles sont sûr d'eux et les gens censés pleins de doutes…” Bertrand RUSSELL
Proudhon
Ces esprits étaient entendus, écoutés,acclamés ou critiqués et conspués mais ils existaient dans la sphère sociale. Aujourd'hui, à l'ère du divertissement, Proudhon, n'aurait strictement aucune chance d'être entendu.

L’hydrologie régénérative
On a vendu notre maison et on part dans trois mois pour le nord de l'Ardèche. Neuf mille mètres carrés de terrain.

On va pouvoir implanter une petite forêt et comme une source traverse le terrain, on va creuser des canaux en espalier sur la partie en pente et une mare en bas. Tant qu'on aura l'énergie et la force de creuser des trous, on plantera des arbres.
On laisse ici quelques deux-cents arbres qui continueront à grandir.
Charlène Descollonges répare le cycle de l’eau grâce à l’hydrologie régénérative
L’hydrologie régénérative est constituée de deux principes clés. Le premier est le quatuor : ralentir, répartir, infiltrer et stocker l’eau dans le sol, et, le second, de densifier la végétation.
https://lareleveetlapeste.fr/charlene-descollonges-repare-le-cycle-de-leau-grace-a-lhydrologie-regenerative/
Texte: Liza Tourman Photographie: Yannick Perrin 4 décembre 2024
Repenser la gestion des rivières, des eaux pluviales en ville par l’aménagement du territoire, l’activité agricole et/ou forestière afin de réparer les cycles de l’eau. Telle est l’ambition de l’hydrologie régénérative. Charlène Descollonges, ingénieure hydrologue, nous raconte l’histoire d’un cycle de l’eau régénéré.
Pour une hydrologie régénérative
Charlène Descollonges est ingénieure hydrologue indépendante, co-fondatrice et co-présidente de l’association “Pour une hydrologie régénérative » qu’elle a créée en 2022 avec Simon Ricard et Samuel Bonvoisin, deux ingénieurs spécialisés sur la gestion de l’eau en contexte agricole. Son objectif est de régénérer massivement les cycles de l’eau à l’échelle des bassins versants et des continents.
« On se base sur le recyclage continental de l’eau verte qui est l’eau évapotranspirée par le végétal et qui est recyclée en eau bleue par ce dernier à l’intérieur des continents » précise-t-elle pour La Relève et La Peste.
L’hydrologie régénérative est constituée de deux principes clés. Le premier est le quatuor : ralentir, répartir, infiltrer et stocker l’eau dans le sol, et, le second, de densifier la végétation.
« Ralentir l’eau de pluie qui arrive à la parcelle en l’infiltrant dans les sols pour qu’elle puisse bénéficier à la végétation qui va la recycler en eau bleue. Le tout autour du triptyque : eau, sol, arbre » détaille Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste.
« On a largement dégradé ce cycle des eaux verte, bleue et grise. L’eau verte a été profondément perturbée par le changement de la couverture et l’usage des sols causés par la déforestation, l’artificialisation, la transformation de prairies en monocultures. Tout cela affecte la trajectoire de la goutte de pluie qui ne va plus pouvoir s’infiltrer. » prévient Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste
La notion d’eau verte est récente et commence à peine à être documentée. Si l’on fait la somme de l’empreinte des eaux verte, bleue et grise, on obtient ce que l’on appelle l’empreinte eau. En France, cette dernière est dominée à 80% par notre empreinte eau verte. Nous nous l’approprions démesurément à travers nos activités agricoles et forestières. Ensuite, nous avons l’empreinte eau bleue, associée à la consommation de l’eau que nous allons prélever et consommer à travers l’irrigation agricole ou l’évaporation des centrales nucléaires en circuit fermé.
« Il y a les impacts des hydrosystèmes : stocker l’eau dans des grands barrages ou des grands ouvrages comme les méga-bassines. Les rivières sont perturbées lorsqu’on les dévie, les canalise ou les enterre, ce qui accélère les flux d’eau en surface, quand on ne les supprime pas. Pour finir, il y a les impacts de l’empreinte eau grise qui sont tous les flux de polluants que l’on émet dans l’environnement et qui terminent dans les hydrosystèmes.
Quand on fait la somme de l’empreinte des eaux bleue, verte et grise à l’année, on est, à l’échelle de l’humanité, à 24 000 milliards de mètres cubes d’eau. C’est comme si on détournait la moitié de tous les fleuves ceux du monde pour notre usage »

Charlène Descollonges – Crédit : Thierry Mesnard
Un autre cycle est possible
Un cycle qui allierait activités humaines et ce bien commun si précieux qu’est l’eau. Ce dernier contribuerait à sa régénération plutôt qu’à sa destruction. Certains pays sont des précurseurs en la matière.
« La Slovaquie est le premier pays européen à avoir largement déployé l’hydrologie régénérative sur son territoire. Ils ont axé leur gestion de l’eau en milieu forestier mais aussi agricole et fluvial. Il y a un ouvrage qui nous intéresse beaucoup en France que l’on appelle les “check dams”. Ce sont de petits barrages assez rustiques qui permettent de ralentir les flux d’eau dans les ruisseaux forestiers et la gardent dans des talwegs (ligne de plus grande pente d’une vallée secs, ndlr). Ces ruisseaux ne sont à la base pas considérés comme des cours d’eau puisqu’ils sont intermittents. Ils les réhydratent et créent ainsi des cours d’eau. » explique Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste
D’autres ouvrages ont montré leur efficacité et n’attendent qu’à être répliqués à grande échelle. Comme les bassins d’infiltration, des petites cuvettes creusées pour optimiser l’infiltration des eaux de pluie en contexte agricole et forestier. Du côté de l’Australie, de l’Inde ou encore du Mexique, il y a les baissières, des fossés creusés perpendiculairement à la pente pour ralentir les eaux de ruissellement sur les courbes de niveau et où derrière chacune d’entre elles se trouve un bourrelet de terre dans lequel on plante des haies. Des alliances avec le Vivant sont possibles notamment avec une espèce ingénieure bien connue.
« Le castor, 8 millions d’années d’expérience ! Il cohabite avec tout un écosystème que ce soit les végétaux, les zones humides, les truites, les saumons et ses prédateurs. Il s’adapte dans un contexte rivière qui est foisonnant. Ils sont capables de recréer des zones humides, de ré-inonder des plaines et de faire remonter le niveau du cours d’eau, réhydrater la nappe d’accompagnement et d’aggrader le lit de la rivière pour qu’elle puisse s’écouler latéralement. Cela crée ainsi des nouveaux chenaux diversifiés et complexifiant la rivière. » se réjouit Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste

Lire aussi : Ces paysagistes drômois réparent le cycle de l’eau grâce à l’hydrologie régénérative
Des solutions à portée de mains
Aujourd’hui, l’agroécologie intègre l’approche hydrologie régénérative avec les couverts permanents, les inter-cultures, les engrais verts, les amendements organiques ou encore le biochar. Tout ce qui augmente le taux de matière organique dans un sol permet de mieux stocker l’eau.
Les associations de cultures et les champignons nourrissent les sols et les structures. L’agroforesterie ou l’agriculture syntropique permettent d’optimiser sur des petites surfaces la production autour des arbres. Enfin, on peut citer l’agriculture biologique de conservation des sols qui est l’alliance à priori impossible entre l’agriculture biologique et l’agriculture de conservation.
« Dans mon livre « Agir pour l’eau », j’essaie de faire le lien entre le ralentissement de nos modes de vie et celui du cycle de l’eau. Pomper, consommer, rejeter, canaliser les rivières pour le transport fluvial et artificialiser les sols pour construire des routes pour aller toujours plus vite contribue à son accélération. Pour le ralentir, on doit mettre un frein à nos modes de vie, de consommation, de mobilité. C’est la sobriété. » décrypte Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste
Il est possible de s’informer et de se sensibiliser avec le mouvement d’alliance pour le peuple castor (MAPCA) et de prendre soin de nos cours d’eau. Cette association préconise de se mettre en lien avec les services compétents sur la gestion des rivières. Il y a aujourd’hui 1600 techniciens de rivière en France montés en association (ARRA, association rivière Rhône-Alpes Auvergne) qui apprennent ces nouvelles techniques. Pour aller plus loin et sur un plan juridique, le mouvement de reconnaissance des droits des rivières et des fleuves agit afin de les intégrer aux documents d’urbanisme.

Charlène Descollonges – Crédit : Yannick Perrin
Des mesures phares pour opérer le basculement
Selon Charlène, il y a aujourd’hui des actions et des solutions possibles afin de réhydrater nos paysages. A l’échelle nationale, il est possible de réformer la PAC, notamment en interdisant l’usage des pesticides. Dans un premier temps sur les périmètres de captage d’eau potable puis de les étendre par la suite. Toujours selon Charlène, développer massivement les paiements pour services environnementaux (PSE) permettraient des rémunérations intéressantes pour les agriculteurs.
Aux yeux de l’hydrologue, d’autres problématiques sont à prendre en compte pour préserver le cycle de l’eau. « Les questions du nucléaire et de la réouverture des mines de lithium pour assouvir nos besoins en énergie doivent être repensées sous le prisme de la sobriété en passant par la décarbonation de notre mobilité ainsi que de notre industrie » précise-t-elle pour La Relève et La Peste.
Pour Charlène, d’autres pistes accessibles se passent à l’échelle locale. Là où nous créons du lien avec les habitants et les politiques de proximité et aussi où nous avons le pouvoir d’agir sur le terrain de manière efficace et immédiate. Dans ses préconisations : les barrages (parfois mimétiques) de castors, les ouvrages d’hydrologie régénérative cités plus haut. Quant au niveau national, elle préconise l’arrêt de projets comme les méga-bassines ou les grandes infrastructures routières pour aménager le territoire via la mise en œuvre de la loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette).
« Il faut aussi désimperméabiliser les sols en contexte urbain : les parkings, les cours d’école, tous les espaces qui peuvent être re-végétalisés » détaille Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste.
Enfin, Charlène Descollonges plaide pour l’éducation des enfants. Certaines associations, comme la Water Family dont l’hydrologue est ambassadrice, font de la sensibilisation dans les écoles autour de l’eau, des rivières ou des zones humides afin d’apprendre à les observer, les comprendre et les protéger.
« Dès le plus jeune âge, ils parlent de l’empreinte eau. C’est génial car quand les enfants rentrent à la maison, ils demandent aux parents de mettre en place des potagers et de choisir une viande issue d’une agriculture locale et biologique par exemple » s’enthousiasme Charlène Descollonges pour La Relève et La Peste.
Sensibiliser les enfants, mais les adultes aussi. Charlène nous confie que même dans des grandes entreprises qu’elle est amenée à côtoyer et qui n’ont pas de modèle régénératif, les lignes bougent. Notamment dans certaines institutions financières avec des personnes qui emploient des termes comme décroître ou décroissance économique. Cela lui donne une note d’espoir malgré un climat ambiant délétère.
« Il y a un proverbe Africain qui dit : on entend l’arbre qui tombe, mais pas la forêt qui pousse. Je pense vraiment qu’une forêt est en train de pousser » conclut-elle d’un ton optimiste.
Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.
"Se distraire à en mourir"
"La perversion de la cité commence par la fraude des mots."
Platon
Et lorsque l'usage des mots s'appauvrit, les pensées se fanent, la justesse des propos se dégrade et dans l'esprit de la masse, il ne reste que "l'opinion" ou pire encore la "rumeur".
Se contenter du divertissement, de la futilité, de l'amusement, c'est fermer sur soi le cadenas de l'esprit limité. Et il ne reste qu'une masse manipulable qui se réjouit de l'accumulation de son inconscience.
Neil Postman
Thérèse de Chérisey (Traducteur)Michel Rocard (Préfacier, etc.)
EAN : 9782360150144
254 pages
NOVA Editions (15/09/2010)
3.89/5 44 notes
Résumé :
L'esprit d'une culture peut se flétrir de deux manières. Dans la première - celle d'Orwell -, la culture devient une prison. Dans la seconde, celle de Huxley la culture devient une caricature. (...) Huxley nous enseigne qu'à une époque de technologie avancée, la dévastation spirituelle risque davantage de venir d'un ennemi au visage souriant que d'un ennemi qui inspire les soupçons et la haine. C'est nous qui avons les yeux sur lui, de notre plein gré. Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministre de la Vérité. Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d'une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace.
"Mayotte, à qui la faute ? "
Au-delà du drame humain, les catastrophes naturelles ou autres, les phénomènes de grande ampleur, m'intéressent de par l'analyse des manques qui se révèlent et l'analyse des réactions. Ici, encore, il y a beaucoup d'enseignements à retirer.
https://bonpote.com/mayotte-a-qui-la-faute/
Mayotte, à qui la faute?
Publication :
22/12/2024
Mis à jour :
22/12/2024
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©Crédit Photographie : TWA
Alors que l’on ne connaît toujours pas le nombre de décès consécutifs au passage du Cyclone Chido, qui a ravagé Mayotte le vendredi 13 décembre 2024, la France semble plongée dans un état de sidération.
Il n’a pas fallu longtemps pour que la classe politique et les piliers de comptoir médiatiques nous gratifient de leurs éléments de langage sur les causes du drame. La recherche des responsabilités, qui devient très vite une chasse au bouc-émissaire, est désespérément banale.
S’il est parfaitement normal de chercher à comprendre les causes du désastre, qu’on veuille donner un sens à l’inacceptable ou qu’on souhaite empêcher qu’une telle catastrophe se reproduise, encore faut-il prendre le temps de mettre à distance l’émotion et la politique politicienne pour regarder ce que les recherches sur la prévention des risques de catastrophes ont produit depuis plus de … 60 ans.
La faute au réchauffement climatique
Le 6e rapport d’évaluation du GIEC indique que le réchauffement climatique intensifie les cyclones, sans pour autant augmenter leur fréquence. Ce fait scientifiquement établi a conduit des activistes du climat à nommer les cyclones du nom des compagnies pétrolières, le réchauffement climatique résultant à 90% des émissions liées à la combustion des énergies fossiles.
Au lendemain de la catastrophe, et avant même la parution des études d’attribution, des voix se sont élevées pour faire de Chido un effet du changement climatique. Au-delà des questions de méthode qui font débat chez les scientifiques, il est faux de poser un lien causal direct entre le réchauffement global et le désastre à Mayotte.
Une catastrophe “naturelle” résulte toujours de la combinaison entre un phénomène physique, appelé aléa, et une situation d’exposition et de vulnérabilité. La vulnérabilité réside conjointement dans la fragilité physique qui rend sensible aux effets de l’aléa et la capacité à lui opposer une réponse appropriée (comportement préventif, mise en sécurité, etc.).
La vulnérabilité et l’exposition résultent d’un système de causes imbriquées, qui interagissent entre elles:
des facteurs conjoncturels comme l’état physique des personnes, la période (jour ou nuit, vacances scolaires, élection), l’existence de crises concomitantes.
des facteurs intermédiaires plus structurels : état du bâti, organisation des secours, état des services de soins, inégalités de développement, exclusion, etc.
des causes profondes qui ne sont pas forcément perçues par les acteurs sociaux et économiques, mais déterminent pourtant les cadres de pensée, d’organisation et d’action : héritages de l’histoire, valeurs et croyances, régimes politiques, système économique.
Depuis la fin du du XIXe siècle, les sciences sociales ont entrepris de “dénaturaliser les catastrophes” en mettant en lumière leurs dimensions sociales et territoriales. C’est ce qui explique par exemple que les conséquences des ouragans Chido et Irma en 2017 soient différentes : 11 morts aux Antilles françaises pour potentiellement plusieurs milliers à Mayotte. Pourtant, comparé à Irma Chido est un “petit” cyclone : 220 km/h contre 320 km/h pour Irma.
Concernant le bâti, Saint-Barthélémy, l’île des milliardaires, n’a subi que des dommages matériels superficiels, alors que Saint-Martin et Mayotte ont été dévastés.
L’aléa n’explique jamais à lui seul la catastrophe : même dans un climat non réchauffé par l’Homme, Chido aurait ravagé l’île. En revanche, dans ce contexte d’extrême vulnérabilité, tout incrément de réchauffement supplémentaire, parce qu’il augmente l’intensité de l’aléa, aggrave le risque, car il accroît la pression sur un système social et territorial déjà très fragile.
La faute aux prévisions et aux prévisionnistes
À chaque catastrophe climatique ressurgit l’idée “qu’on ne pouvait pas prévoir”, ce qui est doublement faux.
Les cyclones ont ceci de particulier que leur trajectoire est difficile à prévoir. Les prévisions ont fortement progressé, grâce aux modèles numériques : la position d’un cyclone peut être prévue 24 heures à l’avance avec une erreur moyenne inférieure à 100 km. Ce temps reste court pour procéder à des évacuations, mais suffisant pour mettre à l’abri les personnes. En outre, c’est la position de l’œil (donc du “mur”) qui compte, sachant que les îles sont petites. Ainsi, le cyclone peut très bien passer au large ou la vitesse des vents être moins forte que dans le pire scénario.
Depuis plus de vingt ans, la quasi-totalité des catastrophes climatiques qui ont affecté les pays développés, qu’on soit en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie, ont été correctement prévues. Le problème vient généralement du moment où les autorités décident de donner l’alerte, des messages qui sont transmis aux populations et des moyens qui sont déployés (évacuation, confinement, etc.).
Pour autant, le “qui aurait pu prédire” ne relève pas forcément du pur cynisme. Dans les pays riches, l’absence de catastrophes meurtrières, la confiance dans le progrès technique et la qualité de la gestion de crise, qui ont drastiquement réduit le nombre de morts et des dommages matériels, ont créé une illusion de sécurité absolue, si bien que la catastrophe reste du domaine de l’inimaginable, quand bien même le risque est connu. D’ailleurs, le dernier rapport sur la vulnérabilité de Mayotte en cas de catastrophe naturelle a été produit sous la houlette de l’ex-député LR de Mayotte en mars 2024.
Comme pour le changement climatique, le risque était connu de longue date. La question n’a jamais été de savoir si, mais quand. Mais le désastre est resté inconcevable, car il crée une situation de dissonance cognitive entre la réalité de la menace et les croyances collectives attachées à une modernité qui repose sur le projet cartésien de se rendre “comme maître et possesseur de la nature”.
La faute aux victimes
Depuis plusieurs années monte un discours qui impute aux victimes la responsabilité de leur sort. Certains commentateurs médiatiques l’ont poussé jusqu’à l’abjection en expliquant que certaines l’avaient bien cherché, et ouvrir ainsi la fenêtre d’Overton sur la hiérarchisation des morts.
Le transfert de la culpabilité sur les victimes s’est nourri de la relecture de la notion de résilience par l’idéologie néolibérale, qui met en avant la liberté de choix et d’action des individus. L’autonomie, les capacités d’auto-organisation, l’accent porté sur l’action individuelle sont inhérents à la notion de résilience qui entre ainsi en écho avec les valeurs portées par le néolibéralisme. Ce dernier s’est ainsi réapproprié la résilience, pour transférer sur les individus le coût et la responsabilité morale et juridique de leur sécurité.
L’identification de la vulnérabilité comme composante du risque a conduit à revoir la place des comportements individuels qui concourent, en amont des crises, à la prévention des risques de catastrophes. La recherche a montré qu’il était indispensable de développer des capacités de réponse des individus en cas de crise. Les politiques de réduction des catastrophes naturelles ont alors promu la “culture du risque”, fondée sur la mémoire, la sensibilisation, la connaissance des comportements appropriés et la préparation aux situations d’urgence. Cette dernière est d’autant plus importante dans les territoires insulaires que l’éloignement et l’isolement empêchent l’arrivée immédiate des secours. Aux Antilles françaises par exemple, la Croix-Rouge déploie le plan “72h autonomie” en cas de séismes pour augmenter la résilience des populations.
Selon la loi française, chaque citoyen doit être acteur de sa sécurité. Cela ne signifie pas que chaque citoyen peut être acteur. En effet, la capacité de réponse dépend de la combinaison singulière entre les caractéristiques de la personne, du groupe, du bien matériel ou de la fonction qu’on considère, des ressources, moyens et capitaux à sa disposition et des structures et modes d’organisation collectifs. Elle ne relève donc pas des seuls individus et fluctue dans le temps.
Comme pour le climat, l’action individuelle n’est possible que si les structures collectives garantissent l’existence, l’accès et le maintien dans le temps des ressources nécessaires à cette action. À cet égard, le discours qui assigne les vulnérables à leur condition et en fait des victimes passives, en niant leur liberté de choix et leurs capacités d’apprentissage, ne vaut pas mieux que celui qui occulte les dimensions collectives indispensables à l’action individuelle.
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La faute à l’immigration
Au cours des quarante dernières années, Mayotte a connu une très forte croissance démographique, alimentée par une immigration clandestine massive et incontrôlée, comme le rappelle Fahad Idaroussi Tsimanda dans sa thèse qui étudie la vulnérabilité des migrants comoriens. Les migrants viennent, pour l’essentiel, des îles voisines, Comores et Madagascar et de la région des grands lacs africain. Souvent en situation irrégulière et sans ressources économiques viables, ils rejoignent les bidonvilles, formes d’habitat précaire informel et souvent illégal, qui s’étalent sur des collines fortement exposées aux aléas naturels (cyclones, mouvements de terrains, séismes).
L’immigration clandestine est à l’origine de fortes tensions sociales au sein de l’archipel. Malgré la départementalisation, qui a fait en 2011 de Mayotte le 101e département français, et les promesses des gouvernements successifs, et bien que Mayotte ait l’un des PIB par habitant les plus élevés de la région, la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois, soit 6 fois moins que dans l’hexagone et 3 fois moins qu’en Guyane. Parmi les plus pauvres, une majorité est née à l’étranger et est en situation irrégulière.
Comme le soulignait en 2023 FI Tsimanda, la croissance démographique rapide, qui se nourrit de l’immigration, a des conséquences lourdes pour les Mahorais : insécurité liées à la présence de gangs et de bandes rivales, situation sanitaire dégradée avec une épidémie de choléra qui s’est déclarée au printemps 2024, services publics saturés et insuffisants, habitat dégradé, pressions sur la ressource en eau avec des pénuries accrues par des sécheresses qui augmentent et s’intensifient avec le réchauffement climatique. Les tensions intercommunautaires s’expriment dans des mouvements comme les « coupeurs de route » initiés par des Comoriens et les décasages initiés par des Mahorais.
Les migrants en situation irrégulière cumulent les facteurs de vulnérabilité. La grande pauvreté, aggravée par l’absence de travail formel et l’irrégularité de leurs revenus, les contraint à gagner les bidonvilles. Cette population est jeune, avec des taux élevés de fécondité. Elle compte beaucoup d’enfants en bas âge et de jeunes nés à Mayotte de parents étrangers. On compte aussi beaucoup de mineurs isolés. La barrière de la langue et la peur d’être expulsé fragilisent les migrants sans papiers en cas d’alerte : les messages en français n’ont pas été reçus et de nombreux clandestins ont craint de rejoindre les abris.
En comparaison, l’île de Saint-Martin accueille aussi des migrants sans papiers, notamment Haïtiens, qui rejoignent les bidonvilles littoraux. Ces derniers ont été totalement détruits par Irma en 2017, sans que le nombre de victimes n’y soit analogue. Bien mieux intégrés car indispensables aux activités touristiques de l’Île, ces migrants ont en effet pu se réfugier sans crainte dans les abris.
Occulter le poids de l’immigration clandestine dans la trajectoire démographique et socio-économique de l’île est une erreur d’analyse et une faute politique, qui nourrit le ressentiment des Mahorais. Mais faire de l’immigration une cause de la catastrophe est tout aussi infondé. Ce n’est pas la migration en soi qui est un facteur de vulnérabilité, mais l’incapacité à accueillir dignement les migrants et à réduire les inégalités de développement régionales à l’origine des migrations.
La faute au racisme
En 2005, lorsque l’ouragan Katrina frappe la Nouvelle-Orléans, beaucoup d’observateurs font du racisme la clé d’explication du désastre. Les travaux de recherche de Julie Hernandez ont pourtant produit des analyses bien plus nuancée. En Louisiane, le racisme à l’encontre des populations afro-américaines s’exprime encore aujourd’hui de façon structurelle et systémique. Au moment de Katrina, le racisme a joué au niveau de l’État fédéral, notamment dans les prises de parole de Georges Bush et son épouse à propos des réfugiés noirs qui avaient réussi à fuir au Texas. Il a également été très présent dans le récit que les médias ont produit, y compris de manière inconsciente, sur la catastrophe. Ainsi, les photographies montrant des Noirs qui allaient chercher de la nourriture dans la ville inondée étaient légendées par les termes de voleurs ou de pillards, alors que lorsqu’ils s’agissaient de Blancs, elles parlaient de personnes tentant d’assurer la survie de leur famille.
Il ne s’agit donc pas de nier le racisme. Mais la catastrophe elle-même ne résiste pas à une lecture raciale. Quelle que soit l’origine ethnique des victimes, c’est d’abord la pauvreté qui a joué : les riches, qu’ils soient noirs, blancs ou latinos ont évacué la ville, alors que les pauvres, y compris les Blancs, y sont restés prisonniers. De même, alors que les quartiers riches, situés en bordure du Lac Ponchartrain, ont été les plus inondés, la plupart des victimes se trouvent dans les quartiers pauvres. Ces quartiers pauvres sont majoritairement noirs, du fait de la composition ethno-raciale de la ville et parce qu’il existe une corrélation forte entre pauvreté et couleur de la peau, du fait des discriminations historiques à l’encontre des populations afro-américaines, mais ils abritaient aussi des Blancs, des Latinos et des minorités issues des diasporas asiatiques.
Ainsi, en faisant du racisme le déterminant de la catastrophe, on confond la cause et la conséquence. La vulnérabilité s’enracine dans les inégalités de développement, qui découlent en partie des discriminations attachées au racisme, mais en partie seulement. Il ne s’agit pas de nier le racisme plus ou moins conscient et volontaire de certains discours, mais d’analyser correctement la fabrique de la vulnérabilité pour espérer la réduire.
La faute à la colonisation
La compréhension de la vulnérabilité s’est enrichie des apports des courants post-coloniaux, qui ont montré la construction historique de certains mécanismes générateurs d’inégalités. La prise en compte des héritages de la colonisation ont été particulièrement éclairants pour comprendre les sous-jacents des organisations sociales, politiques et territoriales à l’origine de l’extrême vulnérabilité, dans le cas des catastrophes qui ont frappé Haïti ou la Caraïbe ces deux dernières décennies.
Pour autant, nier le rôle des héritages historiques est tout aussi absurde que d’en faire l’alpha et l’oméga de la situation à Mayotte. Le processus de décolonisation de l’archipel est complexe. Il s’inscrit dans un contexte géopolitique particulier, qui s’accommode mal des raccourcis et des anachronismes. C’est justement parce que Mayotte a connu un développement socio-économique rapide, après l’indépendance des Comores de 1975, que s’est instauré un déséquilibre à l’échelle régionale, alors même que l’écart de développement avec les autres régions françaises n’a pas été comblé.
En particulier, le chantier de « rattrapage des autres départements français » mis en place au tournant des années 2000 afin de préparer la départementalisation, reposait sur un processus politique, administratif et technique de transformation des institutions mahoraises. Des efforts importants ont été déployés pour moderniser les infrastructures, de santé ou d’enseignement. Cette politique de développement exogène a évidemment eu des conséquences sur les structures socio-territoriales mahoraises, accentuées par la rapidité du processus, du fait du déséquilibre socio-économique régional créé. Il est à l’origine de la trajectoire démographique et du creusement des inégalités au sein de l’archipel, ces deux facteurs ayant contribué à exacerber les vulnérabilités.
Par conséquent, lire la trajectoire de vulnérabilité de l’archipel au seul prisme de la colonisation revient à nier les choix des Mahorais et les étapes qui ont accompagné l’indépendance du territoire. C’est aussi détourner le regard des acteurs politiques du reste de la région.
Alors, à qui la faute ?
Chaque désastre est devenu une opportunité pour faire triompher ses valeurs, son idéologie et ses convictions, quitte à se livrer parfois à une instrumentalisation écœurante.
S’appuyer sur les résultats de la recherche est essentiel pour prévenir les catastrophes. Et la recherche montre qu’il est faux de retenir un facteur explicatif unique pour expliquer les désastres. Ceux-ci s’enracinent dans un système de causalité complexe.
Plaquer coûte que coûte des cadres interprétatifs théoriques sur des situations singulières est la meilleure façon de s’interdire de comprendre la fabrique des vulnérabilités et d’agir efficacement. C’est assigner les vulnérables à leur condition de victimes et les condamner à subir encore et encore des crises. C’est remplacer les injonctions normatives et moralisatrices contre lesquelles on prétend lutter, par d’autres formes de normativité tout aussi délétères. Paresse intellectuelle, cynisme ou naïveté, peu importe. Les victimes n’ont pas besoin de ça.
Un résumé dans un schéma

Un résumé dans un schéma.
Mais qu'en est-il exactement des "réactions" ? D'où viennent-elles ? Qu'expriment-elles ? Est-il concevable de les contrôler ? Est-il juste, en toutes circonstances, de vouloir les contrôler ? Peut-on associer le terme de "réactions" à celui "d'émotions" ?
Pour ma part, je dirais que l'émotion précède la réaction. Et que la réaction sera proportionnelle à l'émotion. Il est même possible que les deux soient si proches qu'elles en paraissent indivisibles. Dans le cas de la peur par exemple.
Un éclair qui traverse le ciel si près de nous qu'on se ratatine, le corps empli de frissons, tétanisé par la proximité du danger, dans un réflexe qui provient du cerveau limbique. On ne pourra pas dissocier l'émotion de la réaction.
Mais s'il s'agit d'une rencontre amoureuse, de ce "fameux coup de foudre", l'intensité ne sera pas la même, l'envahissement ne sera pas aussi immédiat, l'effet ne sera pas instantané même s'il peut nous sembler a postériori avoir été saisi d'amour. L'émotion aura été puissante et la réaction aura grandi au fil des secondes ou des minutes ou des heures ou de toute une vie.
Les neurosciences ont considérablement exploré le cerveau pour cartographier les zones concernées et expliquer, chimiquement, la raison de ce qui nous fait parfois perdre raison. Pour notre bien ou pour notre mal. Est-il utile de connaître les phénomènes chimiques pour gérer au mieux les méotions et leurs réactions ? Je pense que Spinoza aurait été très intéressé, lui qui cherchait systématiquement les causes des conséquences.
Parvenir à se distancer des effets en l'observant à travers le prisme des données chimiques, physiques, de la cartographie de notre corps, je pense que ça peut s'avérer utile. On le voit dans le sport de haut niveau, dans des interviews de sportifs. Alex Honnold, par exemple, à travers la méditation. Ou Novack Djokovic.
Alors c'est que nous pouvons devenir des sportifs de haut niveau spirituels, en nous-mêmes, puisque nous sommes tous constitués de la même façon.
https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/sentiments-cerveau-chimie-guide-t-elle-nos-emotions-7505/
Joie, colère, tristesse… Toutes ces émotions que nous ressentons résultent d’un équilibre subtil de substances dans diverses parties de notre cerveau.
au sommaire
Colère : que se passe-t-il dans le cerveau ?
La tristesse expliquée par la chimie
L’amour, un sentiment complexe
À lire aussi
Les émotions sont les réactions de notre corps provoquées par une stimulation venue de notre environnement. Elles sont traitées dans le système limbique de notre cerveau.
Joie et dopamine
Pour mieux comprendre comment fonctionne la joie par exemple, partons d'abord de la question suivante : à quoi la sensation de plaisir est-elle due ? Les chercheurs Olds et Milner ont découvert, en 1952, que le noyau accumbens gérait la récompense et le bien-être : il reçoit des informations venues, entre autres, de l'aire tegmentale ventrale via un neurotransmetteur, la dopamine. Une fois activé, le noyau accumbens communique avec diverses parties du cerveau en libérant trois neurotransmetteurs :
la sérotonine pour l'euphorie ;
les endorphines contre la douleur ;
les endocannabinoïdes contre l'anxiété.
Colère : que se passe-t-il dans le cerveau ?
Lorsque nous ressentons de la colère, notre cœur s'accélère, notre respiration devient ample, nos muscles se contractent... Dans le cerveau, l'aire septale (noyau basal de Meynert, noyau antérieur du thalamus et corps mamillaires) s'active.
Un message est envoyé à l'hypothalamus médian qui va donner l'ordre de déverser dans l'organisme adrénaline, cortisol et testostérone. Hennig a montré, en 2004, qu'un faible taux de sérotonine est également lié à un comportement agressif.
La tristesse expliquée par la chimie
La tristesse est un moment de pause, d'analyse d'un moment difficile. Chimiquement, elle correspond à une baisse des enképhalines au niveau de l'amygdale. Un message est envoyé à l'hypothalamus qui déclenche une double action :
via le système sympathique, une libération d'adrénaline entraînant ventre noué et respiration accélérée ;
en parallèle, via le système parasympathique, l'acétylcholine et la noradrénaline sont déversées dans l'organisme, ce qui provoque larmes et prostration.
Le cœur, à la fois accéléré et ralenti, semble pris dans un étau...
L’amour, un sentiment complexe
L'amour n'est pas une émotion mais un sentiment complexe, qui met en jeu un large cocktail de substances. Lors d'un coup de foudre, un pic d'adrénaline survient, ce qui provoque un sentiment d'éveil et une accélération du rythme cardiaque. Parallèlement, un pic de dopamine engendre du plaisir.
Si l'amour dure, une activité accrue apparaît dans une région liée au sentiment d'attachement, le globus pallidus, et dans des structures riches en récepteurs à l'ocytocine, l'hormone de l'attachement.
L'amnésie environnementale
J'ai des souvenirs merveilleux de mon enfance dans les bois. Je pouvais parcourir des kilomètres sans rencontrer de traces humaines comme celles que je vois aujourd'hui : coupes rases qui se multiplient, constructions de lotissements et de zones commerciales. Les bois où j'ai vécu enfant n'existent plus. Ils ont été rasés et à la place, il y a un périphérique et des zones urbaines, lotissements et zones commerciales. Il y avait une zone humide, vaste, emplie de vie. Tout a été asséché, remblayé, bétonné. C'était dans le secteur de Quimper. Puis, plus tard, mes parents ont fait construire une maison près de la mer et de la même façon, tout le littoral est devenu aujourd'hui une enfilade de maisons et de magasins. Ce sont des centaines d'hectares qui ont été transformés.
On a quitté la Savoie pour fuir cette urbanisation frénétique et on est venu dans la Creuse. Et depuis quatre ans, ici, on voit s'étendre les coupes rases, des massacres effroyables. Le relief s'y prête aisément. Pas de grosses pentes, les forêts sont très accessibles, il y a beaucoup de chemins et de pistes forestières. L'avenir des forêts creusoises est très sombre.
Et on a décidé de partir. La maison est vendue.
Méthode
Type
Fiche posture et repère
L'amnésie environnementale : comprendre pour agir
Mots clés
L'amnésie environnementale touche de plus en plus et constitue une clé d'analyse dans l'inaction face au réchauffement climatique. Mais qu'entend-on par amnésie environnementale, et comment y remédier ? C'est l'objet de cette fiche repères qui fait le point sur cette notion émergente et des notions connexes telles que l'extinction de l'expérience de nature ou le syndrome de la référence changeante. Si les conséquences sont connues, des pistes d'actions existent également.
1. De quoi parle-t-on ?
Extinction de l'expérience de nature
Des chercheurs ont récemment montré une diminution voire une extinction de l'expérience de nature dans une revue de la littérature (A global synthesis of trends in human experience of nature) [1]. Cela se traduit par une diminution des contacts avec la nature, comme les balades en forêt, mais aussi par le fait que l'humain vit de plus en plus en milieu urbain, loin des espaces naturels et des forêts (2/3 des français vivent en ville en 2021 selon l'INSEE). Aujourd'hui, nous passons ainsi en moyenne plus de 80% de notre temps à l'intérieur (selon Santé Publique France). Or « un haut niveau d'“expérience de la nature” dans l'enfance détermine fortement la connaissance, les valeurs associées et l'attachement émotionnel à la nature des humains », précise une équipe de chercheurs dans le cadre d'une étude publiée en 2022 dans Frontiers in Ecology and the Environment.
Cette extinction d'expérience de nature va de pair avec l'extinction de l'expérience de la biodiversité. Ainsi, R.M. Pyle, dans L'extinction de l'expérience, précise que « la perte d'espèces locales menace notre expérience de la nature. Si une espèce s'éteint dans notre environnement accessible - qui est d'autant plus restreint que nous sommes très âgés, très jeune, handicapé ou pauvre, en un sens c'est comme si elle disparaissait totalement ».
Les bienfaits de la nature sur la santé et sur la projection dans l'avenir
De nombreuses recherches soulignent les bienfaits de la nature sur la santé physique et psychologique : diminution du stress, augmentation de l'immunité, de la vue, de la concentration, de la créativité… Les espaces de nature en ville constituent également des lieux de répit et de réduction des effets des aléas climatiques (canicule notamment) et favorisent la pratique de l'activité physique, les rencontres…
De plus, du point de vue de la psychologie du développement, le rapport à la nature est essentiel car participe à la construction de l'imaginaire de l'enfant, élément déterminant pour transformer ses sensations en représentations. Le jeu dans la nature participe à l'intégration de la personnalité et à la compréhension des autres et du monde. Plus le monde imaginaire de l'enfant est développé, plus il lui sera facile d'imaginer plusieurs issues à une situation négative et de se projeter dans l'avenir.
Cette extinction d'expérience de la nature interroge également l'organisation de nos sociétés modernes où les enfants jouent de moins en moins à l'extérieur et passent plusieurs heures par jour devant les écrans. Ils n'ont ainsi pas ou peu l'occasion d'explorer la nature par eux-mêmes. En outre, lorsqu'ils fréquentent des espaces verts dans les villes, ces lieux de nature sont souvent fortement réglementés dans leur accès public, ce qui contribue à la mise à distance de la nature voire à sa dégradation. Selon un rapport de l'Institut de veille sanitaire 2015, quatre enfants sur dix ne jouent jamais dehors pendant la semaine. La rationalisation et l'uniformisation de nos imaginaires et de nos activités causées par l'explosion de la consommation de contenus à travers nos écrans dégrade grandement nos expériences de nature : les enfants (comme les d'adultes) ont le sentiment de trouver davantage de stimulation dans un écran qu'à travers une expérience de balade en forêt, de randonnée en montagne ou de construction d'une cabane dans un arbre. La biologiste A.C. Prévot illustre pleinement l'enjeu : « quand un enfant grandit loin de la nature, il aura moins tendance à vouloir la protéger ensuite, car elle ne fait pas partie de son cadre de référence. Elle n'existe pas dans sa mémoire » [3].
L'éloignement de la nature et le syndrome de manque de nature
Notre mode de vie actuel, sédentaire et citadin, pousse les humains, notamment les plus jeunes à s'éloigner de la nature voire à en avoir peur. Face à ces constats, corroborés par l'augmentation de l'hyperactivité, de la prise de poids ou encore de la myopie et de l'asthme, le journaliste R. Louv a popularisé le concept de « syndrome de manque de nature » (ou nature-deficit disorder) [4]. Il part du postulat que pour réduire ces symptômes et signes cliniques, le remède est simple : rapprocher de la nature les êtres humains de tout âge.
Aller plus loin en consultant la synthèse réalisée par le FRENE.
L'amnésie environnementale générationnelle et individuelle
Ce sont ces réflexions qui ont nourri l'hypothèse d'une « amnésie environnementale générationnelle ». Selon le psychologue de l'environnement P. H. Kahn, à l'origine de ce concept, l'amnésie environnementale se produit alors que « nous considérons l'environnement naturel dans lequel nous grandissons comme une référence qui nous servira à mesurer les dégradations environnementales plus tard dans nos vies. De génération en génération, les dégradations de l'environnement augmentent. Mais chaque génération considère le niveau dégradé dans lequel elle grandit comme le niveau non dégradé, comme un niveau normal. […On] appelle ce phénomène psychologique l'amnésie environnementale générationnelle » [5].
Sur le plan psychologique, chaque individu construit sa vision du monde en fonction de ses expériences passées, notamment durant son enfance. Cependant, avec l'ampleur et le rythme soutenu de la perte de la biodiversité, les générations successives développent des représentations différentes de ce qu'est l'état originel de la nature. C'est pourquoi S.K. Papworth et d'autres chercheurs [7] ont identifié deux formes d'amnésie environnementale : la générationnelle, où les nouvelles générations perdent le référentiel des conditions environnementales passées, et l'individuelle, où les individus oublient leurs propres expériences passées de l'environnement.
Pour P.J. Dubois, ornithologue et auteur de « La grande amnésie écologique » [8], l'amnésie tient avant tout au manque de transmission de la mémoire environnementale. Selon lui, les individus ayant un contact intime avec le vivant sont parfois trop accablés par les changements qu'ils observent : ils oublient alors d'en parler à leurs enfants. Résultat : les éléments constitutifs de l'environnement sont effacés de la mémoire familiale et intergénérationnelle.
Le syndrome de la référence changeante
Cette notion renvoie au « syndrome de la référence changeante » (shifting baseline syndrome) forgé par le biologiste marin D. Pauly qui déclare lors d'une conférence « nous transformons le monde, mais nous ne nous en souvenons pas » [6]. Il a élaboré ce concept en 1995 après avoir constaté que les chercheurs spécialistes de la pêche prenaient comme référence scientifique la taille et la composition du stock de poissons du début de leur carrière. « Chaque génération de chercheurs oubliait que cet état qu'elle considérait comme normal était déjà dégradé par rapport aux générations précédentes, ce qui avait comme conséquence d'empêcher une prise de conscience globale de l'érosion de la biodiversité marine », précise A.C. Prévot, directrice de recherche au CNRS.
En résumé, l'amnésie environnementale est un mécanisme psychologique où les individus oublient ou sous-estiment les changements négatifs survenus dans leur environnement naturel au fil du temps, accélérant sa destruction. Ce concept souligne que face à des processus denses mais lents et diffus, tels que le réchauffement climatique ou la perte de biodiversité, l'habituation conduit à ce que l'amplitude du changement passe presque inaperçue, de la même manière qu'un parent ne remarque pas forcément le développement pourtant quotidien de son enfant. Ainsi, ce phénomène nous fait accepter comme normal le monde dans lequel nous évoluons même s'il est très différent et plus dégradé que celui que nous avons connu enfant ou dans lequel nos parents ont grandi.
2. Quels sont les risques liés à l’amnésie environnementale ?
Les conséquences de l'amnésie environnementale sont problématiques puisqu'à l'ère de l'Anthropocène, l'action de l'humain sur son environnement transforme le monde sans que nous n'ayons toujours souvenir de l'état antérieur. Or, la transmission du savoir passe principalement par la mémoire. C'est aussi la mémoire des catastrophes naturelles -et des meilleures façons de s'y adapter- qui se perdent. Cela déclenche finalement une conséquence « fataliste » qui nous entraînerait contre notre volonté dans une chute vers l'oubli et nous rendrait inapte à tout changement. P.J. Dubois corrobore cette théorie en précisant que le cerveau met constamment à jour sa perception du monde en écrasant les versions antérieures. Cette hypothèse est approuvée par A.C. Prévot, qui soutient que la nature ne fait plus partie du cadre de référence des enfants et n'est donc plus ancrée dans leur mémoire : en conséquence ils auront moins d'opportunités de vouloir la préserver.
On dénombre alors trois risques sous-jacent liés à cette perte de mémoire et de souvenir, tous accélérant le phénomène :
L'inaction : En s'accoutumant à des situations jadis anormales et en cessant de les percevoir comme telles, nous perdons toute impulsion à agir.
La perte de repères : Au fil du temps, ce qui était autrefois anormal devient la norme. Certaines générations ne perçoivent plus l'état dégradé de leur environnement car n'ont jamais connu de réalité antérieure. Et si la connaissance théorique de cette dégradation peut pousser à agir pour améliorer la situation, elle ne remplace pas l'expérience, moteur de changement et facteur de résilience individuelle et collective. Par exemple, avec le changement climatique les événements météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents. Les populations côtières, habituées pendant des siècles à se prémunir contre les inondations et les tempêtes, se retrouvent aujourd'hui démunies face à ce dérèglement car elles ont perdu le savoir et les repères que leurs ainés avaient acquis par l'expérience.
La perte de sensibilité : Nous observons une diminution progressive de notre connexion avec la nature dans nos vies. Dans ces conditions, comment pouvons-nous être sensibles à la destruction d'une forêt ou à l'extinction d'une espèce animale si nous n'avons que rarement, voire jamais, été en contact direct avec elles ? Sans ressentir d'affection pour ces éléments, il devient extrêmement difficile de se mobiliser pour les préserver - moteur fondamentalement humain.
3. Comment agir face à l’amnésie environnementale ?
Pour limiter l'amnésie environnementale et ses conséquences (l'inaction environnementale notamment), le levier majeur est de renforcer les connexions avec la nature, les expériences de nature en favorisant les expériences collectives qui renforcent le sentiment du pouvoir d'agir. Cela passe aussi par un autre rapport à la nature dont nous faisons partie.
En pratique
De nombreux acteurs développent des actions afin d'agir en faveur du vivant et limiter les effets de l'amnésie environnementale. Il n'existe pas encore de revue de la littérature pour identifier formellement les leviers d'actions efficaces sur l'amnésie environnementale mais les expériences de terrain et une étude de la littérature sur les effets des interventions en éducation relative à l'environnement [9] du Réseau Idée permettent d'identifier des pistes :
Renforcement de la mémoire collective : encourager la préservation de notre mémoire collective des changements environnementaux à travers des initiatives communautaires, des récits historiques et des archives environnementales… Favoriser également le partage des expériences et souvenirs de nature.
Education dehors, multiplication des expériences de nature : encourager les pratiques éducatives dehors, afin d'entretenir le lien avec la nature de manière très régulière.
Education au vivant : renforcer l'éducation à l'environnement pour ouvrir les yeux sur la biodiversité, la richesse du vivant.
Education à la régulation émotionnelle : déployer des actions qui permettent de développer l'empathie envers le vivant et plus globalement qui s'appuient sur la prise en compte des émotions. Certaines émotions peuvent constituer un obstacle à l'action quand d'autres sont de réels leviers donc l'accompagnement dans l'identification et la régulation émotionnelle apparait comme nécessaire.
Création de zones protégées ou débitumisation d'espaces pour favoriser la biodiversité : soutenir la création de parcs naturels, d'aires marines protégées où l'activité humaine est limitée et la débitumisation pour faire revenir des espèces et favoriser ainsi les contacts entre l'humain et la nature.
D'autres formes d'action restent à inventer pour renforcer ce lien au vivant. Travailler avec d'autres acteurs pour sortir des approches morcelées, croiser des approches, créer des nouvelles manières d'agir sont autant de pistes pour réensauvager notre relation au monde comme nous y invite B. Morizot dans « L'Europe réensauvagée ». Cette relation vise à adopter un humanisme qui nous relie intrinsèquement au vivant plutôt que de nous en distinguer. Nous ne devons pas perdre ces liens essentiels avec la vie qui nous entoure : nous sommes façonnés par elle autant qu'elle l'est par nous.
Notes de bas de page
[1] A global synthesis of trends in human experience of nature Frontiers in Ecology and the Environment (Volume 21, Issue 2 Mar 2023).
[2] R. Pyle, L'extinction de l'expérience dans Ecologie et politique N°53
[3] A-C. Prévot, La nature à l'œil nu, Edition CNRS, 2021
[4] Le syndrome de manque de nature, du besoin vital de nature à la prescription de sortie. Dynamique sortir, FRENE.
[5] P.H. KAHN, Children's affiliations with nature: structure, development and problem of environmental generational amnesia, dans: Children and nature: psychological, sociocultural and evolutionary investigations, MIT Press, p. 93-116.
[6] https://www.ted.com/talks/daniel_pauly_the_ocean_s_shifting_baseline/transcript.?subtitle=en
[7] S.K. Papworth, J Rist, L. Coad and E.J. Milner-Gulland (2009), Evidence for shifting baseline syndrome in conservation. Conservation Letters
[8] P.J. Dubois, La grande amnésie écologique ; Delachaux & Niestle, 2012.
[9] C. Préat, Quels sont les effets éducatifs des interventions en éducation relative à l'environnement ? Réseau Idée, 2024.
Gisèle Pelicot
Qui sommes-nous ?
Qui sommes-nous ?
Positions est une revue trimestrielle thématique présentant une lecture matérialiste du monde et s’ouvrant à des contributeurs extérieurs.
https://positions-revue.fr/a-lassaut-de-lempire-masculin/
Le premier jour du procès des viols de Mazan, Gisèle Pélicot apparait. Le monde entier découvre cette femme sexagénaire, derrière ses lunettes de soleil rondes. Des milliers de fichiers vidéo témoignent des viols qu’elle a subi par des dizaines d’hommes alors que son mari l’avait plongée dans le coma en lui administrant des médicaments à son insu. Le choix de Gisèle Pélicot de rendre le procès public est assumé comme un acte politique. Un acte pour elle-même et pour toutes les autres. Elle sait que cela lui apportera une forme de protection, elle qui s’apprête à vivre des mois de face à face avec la cinquantaine d’hommes accusés de l’avoir violée ; avec leurs avocats qui voudront montrer qu’elle était à l’origine des violences qu’elle a subies ; avec les experts qui vont décortiquer sa vie et sa psyché pour estimer sa vertu et sa fiabilité. Ses avocats l’ont prévenue, elle sait que la violence n’est pas terminée, elle sait qu’elle ne fait peut-être que commencer. Elle sait aussi que des millions de victimes la regardent, debout face à ces hommes qui se sont servi de son corps comme d’un objet, lui prenant tout jusqu’à ses souvenirs. Face à l’ouragan judiciaire, aussi. Elle vient dire tête haute ce que des millions de victimes et de militant.es crient depuis des années : la honte et la peur doivent changer de camp. En ce premier jour du procès des viols de Mazan, nous sommes des millions à avoir le ventre noué par l’écho que cette histoire a dans nos propres vies, par ce qu’elle dit de nos propres histoires, par ce qu’elle dit de notre société tout entière.
Ce procès a été décrit dans les médias comme « hors norme ». Les actes sont pourtant d’une normalité confondante. On se dépêche de parler de monstres, de fous, de dénier leur humanité à ces hommes qui sont pourtant un panel parfaitement représentatif de la société française. Tous âges, toutes classes sociales, toutes origines, toutes situations familiales. Ils ne sont que le visage tristement commun de la banalité de la violence sexuelle. On aimerait croire qu’il n’y a pas de ça chez nous et qu’ils ne sont pas comme nous. Et il faut alors le répéter : M. Tout-le-monde peut tout à fait être un violeur dans une société qui fabrique des agresseurs. Ils sont les fils sains de la société patriarcale, si on entend par là une société androcentrée où l’explosion progressive de la famille traditionnelle n’a pas mis fin à la hiérarchisation entre les genres et à la violence masculine qui en découle. Ainsi Dominique Pélicot ne se contente pas des viols conjugaux, il livre le corps de sa femme, il a le pouvoir de l’échanger, de le prêter, il reste pendant les abus pour choisir ce qu’on fera de cet objet qui est sa propriété. Il sait qu’elle n’aurait pas été consentante et cela fait partie du plaisir. Outrepasser. Contraindre. Asseoir le pouvoir par la violence. C’est la version spectaculaire de la banalité du viol qui est une affaire de domination bien plus que de pulsion. Un enjeu de hiérarchie plutôt que de biologie. Celui qui viole est celui qui a le pouvoir.
Refuser le qualificatif de monstre pour les violeurs est une nécessité politique absolue. Parler de monstre est une manière d’essentialiser la violence, et ainsi de la rendre immuable. On ne peut combattre notre essence. Acter que la violence se génère, c’est aussi acter qu’on peut ne pas la générer, qu’on peut penser une société moins violente. C’est accepter de penser le sujet révolutionnaire que contient la lutte contre les violences sexistes et sexuelles : nous ne voulons plus de cet ordre social, et nous en avons un nouveau à proposer.
L’ordre bourgeois se précipite sur « l’affaire Mazan » pour ne surtout pas en dire quoi que ce soit d’intéressant. On s’attelle à décrire les faits, les détails, on constate le sordide, on le décortique, sans ne jamais se poser la question de son origine. Ils félicitent la victime car elle est une bonne victime. Elle est mariée, a eu peu d’hommes dans sa vie qu’on a attentivement scrutée. Ce n’est pas une « marginale ». C’est une bonne mère et une bonne grand-mère. Elle ne présente pas de trouble psychique. La bonne victime ne doit pas pleurer trop fort, parler trop fort, ne doit pas exploser de colère. Sa vie doit correspondre aux normes de la bonne morale et son attitude se doit d’être contenue et mesurée. De temps en temps, on s’émeut de la violence que cette femme subit de la part des avocats de la défense. On semble découvrir ce que toutes les victimes rapportent depuis des décennies : leur parcours judiciaire est une seconde violence, la cour d’assise en est l’acmé, la structure même du procès d’assise par l’approche uniquement punitiviste met la victime en position d’accusé. Jamais ces questions ne seront vraiment soulevées. Pour les commentateurs et les médias bourgeois, le plus important reste que chacun soit à sa place et que l’ordre soit préservé. Malgré les très nombreuses mobilisations de mouvements féministes, malgré la volonté de la victime et de ses proches d’en faire un sujet politique et l’occasion de sensibiliser notamment sur la soumission chimique avec l’association #MendorsPas, le mieux que nous pourrons espérer d’eux sera leur mine contrite et une petite tape sur l’épaule : « C’est bien dommage tout ça, ça ne doit pas être facile, rentrez chez vous maintenant ».
En septembre 2024, en même temps que le début de ce procès, sort le livre de Caroline Fourest : Le vertige MeToo. Comme à son habitude, elle se rend sur tous les plateaux pour défendre ceux qui sont déjà défendus partout, parle dans toutes les radios pour dire qu’on ne peut plus rien dire, et remplit à la perfection son rôle de chien de garde de l’ordre établi en se pensant incroyablement subversive. Elle a senti la nécessité d’alerter sur l’urgence du moment : MeToo n’irait-il pas un peu trop loin ? Dans un pays où 10 % des enfants subissent de la violence sexuelle en grande majorité dans leur famille, où les centres de prise en charge du psycho traumatisme affichent des délais d’attente de plus d’un an, où 94% des plaintes pour viols sont classées sans suite alors qu’une condamnation pénale semble être la seule réparation qu’on envisage pour les victimes, Caroline Fourest enfourche son cheval et part à l’assaut des terribles dérives de MeToo. Dans son grand courage, elle choisit comme adversaire principal un magnifique homme de paille : on ne ferait plus de gradation entre les différents types de violences sexistes et sexuelles. On cherche encore qui a bien pu dire, ne serait-ce qu’une fois, qu’une injure sexiste équivaudrait à un viol et qu’une main sur la cuisse équivaudrait à un féminicide. Qu’importe, Caroline Fourest mène son combat d’arrache-pied, soutenue dans l’adversité par la totalité du système médiatique et notamment sa frange la plus droitière.
Presque au même moment, Nicolas Bedos est mis en cause par plusieurs femmes qui l’accusent de leur avoir imposé des contacts intimes et sexuels non consentis. Il est condamné en octobre au tribunal correctionnel à porter un bracelet électronique pendant 6 mois. Bien sûr, l’armée des grands et courageux défenseurs de l’ordre bourgeois est en première ligne pour s’en émouvoir. Le dégout et le mépris que nous inspire cet homme bien né, riche, connu, qui, alcoolisé, saisit une travailleuse par la taille pour lui coller sa bouche sur le cou ne sont pas partagés par ces chevaliers de la vraie justice. Elisabeth Lévy est terrassée par sa condamnation et lance un appel vibrant : « Réveillons-nous de ce cauchemar ! ». Nul doute que si un homme noir ou arabe avait saisi Mme Lévy par la taille alors qu’elle était en train de travailler pour coller ses lèvres sur son cou, elle aurait été tout aussi effrayée que ce dernier puisse être condamné. Dans ce système où ce qui compte n’est pas le respect des êtres humains mais la préservation de l’ordre, au même titre qu’il y a les bonnes et les mauvaises victimes, il y a les bons et les mauvais agresseurs. On redouble d’empathie pour ce pauvre petit Nicolas qui passera six terribles mois dans son appartement cossu et bien chauffé. On s’inquiète de l’impact de cette scandaleuse condamnation sur sa carrière de réalisateur. Jamais on ne parlera des conditions de travail des serveuses, de leurs horaires, de leurs rémunérations, de leur exposition à la violence de clients libidineux qui s’octroient des droits sur leurs corps alors qu’elles sont à leur 8ème heure de travail tard dans la nuit. Jamais on ne s’interrogera sur le traitement des travailleuses du milieu du cinéma, précaires, possiblement exposées à des réalisateurs laissant trainer leurs bouches sur les corps des femmes qui passent à leur portée, quelques mois seulement après qu’on apprenne que notre plus « grand acteur » avait pour habitude de mettre ses mains dans les culottes de celles, figurantes, maquilleuses, habilleuses, qui étaient les plus subordonnées sur les plateaux de tournage.
Des livres, beaucoup de livres, sortent en cet automne 2024 où le sujet des violences sexistes et sexuelles s’invite sur la place publique chaque jour, et sous tous ses aspects. François Bégaudeau, écrivain de gauche, nous fait grâce d’un livre faisant suite à son procès l’opposant à l’historienne Ludivine Bantigny. Des années plus tôt, une conversation avec ses admirateurs sur son blog était rendue publique. Il y avait fait ce qu’il expliquera ensuite être un trait d’humour. Dans les multiples ressorts de blagues sexistes, il n’a pas choisi l’injonction à retourner à la cuisine ou la supposée stupidité de la femme visée, à notre grand regret. Il a choisi de dévaloriser son travail tout en lui prêtant de multiples partenaires sexuels au sein d’une maison d’édition. Le summum de l’humour étant de mettre dans le lot de ces partenaires un homme notoirement homosexuel. La tranche de rigolade est délicieusement sublimée par l’utilisation de l’expression « passer dessus » pour décrire un rapport hétérosexuel. Cela aurait pu rester une phrase minable dans les tréfonds d’internet, mais l’intéressée en a eu connaissance, et a eu l’outrecuidance de ne pas l’apprécier. Il n’a pas jugé utile de s’en excuser, n’a pas été condamné, puis a écrit un livre de plus de 400 pages où il nous partage ses réflexions sur l’art, le féminisme, l’humour, la morale… Dans le cadre de la promotion, il donne de nombreuses interviews assez consternantes où il s’émeut du traitement dont il souffre dans la majorité des milieux de gauche. L’agacement qu’on ressent est à la hauteur de la nullité de toute la séquence. Personne n’est surpris par le fait que, dans une société profondément sexiste, un homme en position de coq dans la bassecour fasse des remarques sexistes et dégradantes. On est en revanche assez atterré par son incapacité à simplement présenter des excuses à l’intéressée. Tout le monde serait passé à autre chose.
Bégaudeau se compare à un enfant qui aurait frappé son camarade de classe et à qui l’institutrice intimerait de demander pardon. Il explique refuser de s’abaisser à ce genre de chose, ses fans en seraient fort déçus. A aucun moment il n’est question de la dimension réparatrice pour la personne visée. Encore moins de la portée politique du fait de reconnaitre qu’on a posé un étron inutile sur la montagne de déjections des violences masculines, de la plus minable comme ici, à la plus sordide comme avec Gisèle Pélicot. Se mettant dans la roue de notre chère Caroline Fourest, il questionne la notion de continuum en ne la comprenant pas. Accordons-lui que, sur l’échelle de la stupidité, il se situe un tout petit peu plus bas. Elle accuse le monde de ne plus faire de gradation au sein des violences. Lui explique que le concept de continuum entre les différentes violences sexistes et sexuelles lui semble fumeux car nous n’avons pas de preuves scientifiques pour affirmer que dire des insanités sur un blog amène au féminicide. Heureusement que nous avons de grands artistes pour nous permettre d’accéder à des informations aussi capitales. Or le continuum ne se joue pas à l’échelle individuelle, ce qui n’est pas aisé à saisir quand on est obsédé par la sienne propre. Le continuum se joue à l’échelle collective. C’est parce que nous sommes des femmes que nous subissons les injures sexistes, le harcèlement sexuel, les viols. C’est parce que nous sommes le genre subalterne qu’on se permet de nous faire subir ça. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui en sont auteurs, mais ils participent tous à faire perdurer la structure. Les structures sociales ne sont pas immuables, elles ne lévitent pas au-dessus du monde. Elles s’incarnent dans des personnes et leurs pratiques. Il n’y a aucun doute sur le fait que Bégaudeau qui s’excuse ne soit pas un meilleur homme que Bégaudeau qui ne s’excuse pas. Et l’homme Bégaudeau n’est pas le sujet. C’est en tant que figure publique de la gauche que nous le regardons, et ça lui déplait beaucoup car il est avant tout un immense écrivain. Nous séparons l’homme du jouteur, et lui aimerait qu’on sépare le jouteur de l’artiste. Nous voulons parler des conséquences concrètes de ses paroles, lui aimerait qu’on parle d’art, qu’on s’extraie de la « morale ». Considérer l’art comme au-dessus des basses considérations éthiques et politiques est une morale en soi. Une morale d’homme au ventre plein et à l’existence tranquille. La parole est matérielle, elle est concrète. Les violences que nous subissons le sont aussi. Là où il voit des excités, un homme de gauche conséquent devrait voir la lutte, les violences et les rapports de force qui les sous-tendent. Les évoquer longuement n’a aucun intérêt si c’est pour les faire perdurer ensuite. En définitive, on peut y voir une réaction de petit bourgeois conservateur, bien heureux d’en appeler à la révolution tant qu’il ne s’agit pas d’interroger sur sa propre place dans le système. Une fois confronté au vacillement de sa position, il fait une grosse colère intimant de faire une exégèse complète de son œuvre avant de pouvoir adresser une critique sur la portée politique de ses paroles. Il n’est évidemment ni Pélicot, ni Depardieu, ni Matzneff. En tant qu’homme, il est parfaitement banal dans sa violence, la quotidienne, celle qui se gratte les gonades en forçant un rire bruyant. En tant qu’écrivain, il est un bavard peu consistant qui pense que l’art peut être extrait de sa dimension profondément politique et se permet donc d’extraire les militants de toute possibilité critique artistique par la politique. En tant que figure de gauche, il est un contre-révolutionnaire et il est donc licite de le cantonner à être un excellent écraseur de cloporte de droite.
L’extrême droite, elle, se tortille en cet automne 2024. Que va-t-elle bien pouvoir raconter de nauséabond ? Après une vaine tentative de faire passer le fétichisme de Dominique Pélicot pour du militantisme anti-raciste, elle a finalement jeté son dévolu sur l’horrible meurtre de Philippine. Une jeune fille de 19 ans, violée et assassinée par un homme qui abandonnera son corps dans le bois de Boulogne. L’atrocité des faits coupe le souffle. Elle, comme 104 autres femmes plus tôt dans l’année, a été tuée parce qu’elle elle est une femme. Au même moment, une travailleuse du sexe d’origine camerounaise est retrouvée massacrée à son domicile. Personne n’en parlera. L’extrême droite se repait de la tragédie de Philippine avec une gourmandise de vautour qui soulève le cœur. Car il s’agit d’une bonne victime, avec la bonne couleur de peau et la bonne classe sociale. Et surtout il s’agit du mauvais agresseur. Il n’est pas de nationalité française. Encore mieux pour leur agenda politique, il est marocain. Les charognards redoublent d’énergie pour instrumentaliser le crime et soigneusement éviter de soulever les questions qu’il pose sur notre système judiciaire et carcéral. Le fond de leur discours puant est toujours le même : ce sont nos femmes et nous sommes les seuls à avoir des droits sur elles. Elles seront massivement violées et tuées, c’est dans l’ordre naturel et biologique des choses, mais l’important et qu’elles le soient par ceux qui nous ressemblent.
L’année 2024 s’achève comme toutes les autres avec un gout de sang et de larmes. Comme toujours nous allons compter les mortes et les détruites. Elles sont le moteur de notre révolte. Nous refusons de regarder les cadavres avec résignation. Nous travaillons à disséquer les entrailles de cette violence omniprésente pour savoir par quels bouts l’annihiler. Nous écoutons ce qui en est dit, nous nommons nos ennemis pour mieux les combattre, nous reconnaissons nos amis pour mieux nous unir. Dans ce numéro, nous voulons nous donner des armes pour combattre. Nous pensons notre lutte comme une lutte collective, globale et totale contre l’ordre bourgeois patriarcal, et nous la menons car elle est une nécessité absolue et car nous croyons plus que jamais à ses chances de victoire.
Philippe BIHOUIX : interview
Le titre est nul, juste un "put a click" comme ont dit dans le milieu.
Mais pour le reste, c'est bien évidemment très intéressant.
126 641 vues 12 nov. 2024 ÉNERGIE
Deux écologies qui s'opposent
Il y a deux sortes d'écologie : l'écologie réelle et l'écologie politique. La première est utile, la seconde est néfaste. Ou plutôt, elle l'est devenue par l'arrivisme de certains cadres politiques qui par leurs comportements ont donné à l'écologie une image punitive. L'écologie ne doit pas être politique, elle doit être sociale, existentielle, émotionnelle, affective, c'est à dire essentiellement tournée vers les actes bons, mesurés, conscients, utiles, protecteurs envers la nature. Et non envers un mouvement politique et ses leaders.
L'écologie sociale, c'est celle que nous pratiquons par des gestes respectueux, le tri, la consommation mesurée, le recyclage, une alimentation dé-carnée, la pratique du potager, l'entraide, le troc, la solidarité. L'écologie ne concerne pas que la nature ou l'environnement mais les humains entre eux, le respect de l'autre et si nécessaire sa protection.
D'ailleurs, il est étrange de parler « d'environnement » comme si nous étions séparés de la nature, des êtres à part avec une nature qui nous entoure alors que nous sommes des êtres naturels et totalement insérés dans cette nature. Sans elle, nous ne serions plus là.
L'écologie politique est devenue une écologie punitive parce qu'elle fonctionne par des injonctions alors que des millions de personnes sont déjà dans leur vie quotidienne soumis à des injonctions de survie. Et lorsque ces injonctions politiques sont proclamées par des gens qui vivent dans le luxe et le confort et prennent l'avion pour aller se dorer la pilule dans des pays exotiques pour les vacances de Noël, ça ne peut pas passer. D'autant plus qu'ils sont payés par l'argent public, c'est à dire justement celui dont nous aurions besoin pour vivre un peu mieux.
Il est donc urgent de ne pas mélanger ces deux faces de l'écologie au risque de délaisser la première alors que la situation planétaire tourne au cauchemar.
Personnellement, je pense que les voitures électriques, c'est une aberration et que les lobbies industriels ont encore réussi à imposer leurs visions. Si on regarde les dégâts dans les pays qui fournissent les métaux nécessaires pour la fabrication des batteries, il ne faut pas parler d'écologie. Quand je vois que les cartons qu'on rapporte à la déchetterie pour être recyclés partent au Vietnam par cargos parce que ni en France, ni en Europe on a d'usines capables de les recycler à grande échelle, c'est juste du foutage de gueule. Et des exemples comme ceux-là, il y en a des centaines. Qu'on a arrêté la consigne des bouteilles en verre pour favoriser l'usage du plastique, que la SNCF ait été autorisée à démanteler le réseau qui permettait de couvir la totalité du territoire, condamnant les habitants des régions de la "diagonale du vide" à utiliser les voitures puisque mêmes les transports en commun ont disparu, que les gouvernements successifs aient laissé s'étendre le transport routier en abandonnant le fret ferroviaire, que les lobbies de l'aviation aient été subventionnés alors que le tourisme aérien aurait depuis longtemps dû être surtaxé, que l'éolien soit subventionné mais que jamais on ne parle de décroissance, que les usines à charbon soient remises en service... etc... etc...
etc... etc... etc...
Nous avons le devoir d'être écologistes tout autant que le devoir de résister aux injonctions de l'écologie politique. Nous devons être exemplaires et ne pas suivre l'exemple falsifié des élites. Ces élites qui ont juste réussi à donner à l'écologie une image désastreuse.
Indignation populaire
Publié le 06/12/2024 à 23h38 • Mis à jour le 07/12/2024 à 12h42
L'essentiel
Mercredi matin, en plein centre de Manhattan à New York, Brian Thompson, 50 ans, dirigeant de UnitedHealthcare, a été abattu de plusieurs balles devant un hôtel Hilton. Ce crime a été qualifié de « prémédité, planifié et ciblé » par le NYPD, la police de la ville. Alors que l’enquête progresse, les réactions publiques témoignent d’un profond malaise autour du secteur de l’assurance santé aux Etats-Unis.
Cet assassinat intervient en effet dans un climat de tensions croissantes autour des assurances santé aux Etats-Unis. UnitedHealthcare, filiale du géant UnitedHealth Group, assure 51 millions de personnes et collabore avec des programmes publics comme Medicare. L’entreprise est souvent critiquée pour des pratiques jugées abusives.
Des dizaines de milliers d’émojis « rire »
Et, depuis l’annonce de la mort de Brian Thompson, le Network Contagion Research Institute, centre de recherche sur le numérique et réseaux sociaux, a observé une explosion de publications en ligne glorifiant le meurtre, certaines appelant même à de nouvelles violences. Le Network Contagion Research Institute a ainsi recensé « un bond de publications très engagées […] glorifiant l’événement » voire « appelant à des actes de violence supplémentaires, suscitant des dizaines de millions de vues ».
Sur Facebook, UnitedHealth Group, maison mère de UnitedHealthcare, a bloqué la possibilité de commenter son message de condoléances, après des dizaines de milliers de réactions sous forme d’émojis « rire ».
Une colère profonde contre les assurances santé
Plus généralement, les réseaux sociaux ont été inondés de remarques acerbes voire haineuses. « J’ai soumis une demande de prise en charge pour mes condoléances mais elle a été refusée, trop triste », assène, plein d’ironie, un internaute sur TikTok. « Pensées et prières pour tous les patients à qui l’on a refusé une prise en charge », commente un autre.
Retrouvez notre dossier sur les Etats-Unis
Pour des experts, cela témoigne d’une colère profonde aux Etats-Unis contre les assurances santé, secteur privé très lucratif dans un pays aux inégalités abyssales. Ces messages, partagés des millions de fois, reflètent effectivement une colère latente contre les inégalités du système américain, accusé de négliger les patients pour maximiser les profits.
Imaginons une mise en scène (très macabre).
Si on pouvait aligner tous les cercueils de ceux et celles qui sont morts des effets de ces assurances privées de santé, ça serait bien plus terrifiant que la mort de cet homme. Mais c'est justement parce que ça n'est pas visible que certains ne gardent en tête et ne s'offusquent que de la mort violente de ce patron. Et c'est bien ça qui est injuste. Il faudrait un cimetière national comme les cimetières militaires, avec ces milliers de croix blanches alignées.
Non, je ne cautionne pas cet assassinat mais je comprends le mouvement populaire qui le suit et la révolte verbale des gens qui applaudissent le geste du tueur. Il s'agit avant tout d'une indignation, d'une colère larvée qui éclate. Combien d'Américains connaissent personnellement une personne décédée par manque de soins ? Des millions certainement.
Une compagnie d'assurance a déjà annoncé avoir renoncé à raccourcir les durées de couverture des anesthésies. Faut-il donc que la révolte aille jusqu'au meurtre pour que les consciences s'éveillent ? Mais peut-on parler de conscience dans ces grands groupes financiers ? Conscience de leurs bénéfices, assûrément, mais conscience morale, certainement pas.
Maintenant, était-il raisonnable de confier la prise en charge financière de la santé par le secteur privé ? Non, bien évidemment. Et on ne peut qu'espérer que ça n'arrivera jamais ici.
Tous les acquis sociaux dont nous profitons maintenant ont été pris à la classe bourgeoise par la violence, "la classe des riches" comme le dit Warren Buffet. Rien n'a été donné par empathie et solidarité...
Petit rappel utile :
Les trois violences
« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
Dom Helder
Hélder Pessoa Câmara, ou plus couramment, Helder Camara
Citation de Warren Buffet (célèbre milliardaire américain)
"Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner."
(en) There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.
dans une interview de CNN, le 19 juin 2005, cité par le New York Times, le 26 novembre 2006
Les animaux du monde
Quand j'étais petit, je regardais à la télévision tout ce que je pouvais sur les animaux et cette émission-là, je l'adorais. Un générique inoubliable.
Un gang de manchots, un écureuil fou, des chouettes amoureuses : découvrez les lauréats des Comedy Wildlife Photography Awards 2024
Cette année encore, des milliers de photographies humoristiques d'animaux sauvages, venues des quatre coins du monde, ont été soumises au jury des Comedy Wildlife Photography Awards. Les clichés qui ont retenu leur attention sont à admirer ci-dessous.

Article rédigé par Laure Narlian
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 13/12/2024 06:00
Temps de lecture : 1min 
"Gang of Four" (Le Gang des quatre) du Britannique Ralph Robinson a remporté les félicitations du Comedy Wildlife Photography Award 2024 avec cette photo de manchots sauteurs prise sur les Îles Falkland, aux Malouines. (RALPH ROBINSON)
En montrant avec humour la beauté et l'incroyable diversité des animaux sauvages, les Nikon Comedy Wildlife Photography Award(Nouvelle fenêtre) sensibilisent et rappellent chaque année la nécessité de préserver la nature. Créée par des photographes professionnels et des spécialistes de la conservation animale, cette compétition récompense chaque année des clichés d'animaux saisis dans des positions insolites, cocasses et toujours drôles. Le jury a dévoilé jeudi 12 décembre son palmarès 2024.
Les lauréats par catégories

"Stuck Squirrel" (Écureuil coincé), une photo prise par Milko Marchetti, le 23 avril 2022, dans un parc de Ravenne en Italie, a remporté le Comedy Wildlife Photography Award 2024. (MILKO MARCHETTI)

"Mantis Flamenca" de l'Espagnol Jose Miguel Gallego Molina a remporté le Insect Award. Cette photo d'une mante religieuse qui semble danser, a été prise sur la route près d'un marais espagnol. (JOSE MIGUEL GALLEGO MOLINA)

"Frog in a Balloon" (Grenouille dans un ballon) de l'Allemand Eberhard Ehmke, a remporté le Reptiles and Amphibians Award 2024. (EBERHARD EHMKE)

"Whiskered Tern Crash on Landing" (Guifette Moustac s'écrasant à l'atterrissage) du Bulgare Damyan Petkov a remporté le Photo Birds Award 2024. (DAMYAN PETKOV)

"Smooching Owlets" (Le bécot des petites chouettes) de l'Indien Sarthak Ranganadhan a remporté le Junior Category Award 2024, réservé aux moins de 16 ans. (SARTHAK RANGANADHAN)

"Unexpected Role Swap" (Inversion de rôles inattendue) du Polonais Przemyslaw Jakubczyk a remporté le Fish and Other Aquatic Species Award 2024. (PRZEMYSLAW JACUBCZYK)

"Awkward Smiley Frog" (Étrange grenouille souriante) du Hongkongais Kingston Tam a remporté le Young Photographer Category Award 2024, réservé aux moins de 25 ans. "Mon but avec mes images est d'attirer l'attention sur nos amis humides et à écailles, et de montrer que les animaux non duveteux sont aussi beaux et adorables", a commenté l'auteur. (KINGSTON TAM)

"Shake Ruffle Rattle and Roll" (jeu de mots à partir de la chanson "Shake, Rattle and Roll" de Bill Haley & His Comets) du Finlandais Tapani Linnanmaki a remporté le People's Choice Award 2024. Il s'agit d'un pygargue à queue blanche ébouriffant ses plumes. (TAPANI LINNANMAKI)
Le prix de l'incroyable portfolio (4 photos)

"Dancing to the Music, Rock Guitar, Roly Poly, Weight Lifting", une série de quatre photos du Britannique âgé de 10 ans (!!!) Flynn Thaitanunde-Lobb a remporté le prix de l'incroyable portfolio au Comedy Wildlife Photography Award 2024. Elle montre un écureuil jouant et dansant avec une branche. (FLYNN THAITANUNDE-LOBB)

"Dancing to the Music, Rock Guitar, Roly Poly, Weight Lifting", une série de quatre photos du Britannique âgé de 10 ans (!!!) Flynn Thaitanunde-Lobb a remporté le prix de l'incroyable portfolio au Comedy Wildlife Photography Award 2024. Sur celle-ci, l'écureuil semble jouer de la guitare comme une rock star. (FLYNN THAITANUNDE-LOBB)

"Dancing to the Music, Rock Guitar, Roly Poly, Weight Lifting", une série de quatre photos du Britannique âgé de 10 ans (!!!) Flynn Thaitanunde-Lobb a remporté le prix de l'incroyable portfolio au Comedy Wildlife Photography Award 2024. Sur celle-ci, l'écureuil effectue d'impeccables roulades athlétiques. (FLYNN THAITANUNDE-LOBB)

"Dancing to the Music, Rock Guitar, Roly Poly, Weight Lifting", une série de quatre photos du Britannique âgé de 10 ans (!!!) Flynn Thaitanunde-Lobb a remporté le prix de l'incroyable portfolio au Comedy Wildlife Photography Award 2024. Sur celle-ci, l'écureuil semble faire de l'haltérophilie... (FLYNN THAITANUNDE-LOBB)
Le prix de la vidéo
Elle a été attribuée à l'Américain Kevin Lohman pour cette vidéo d'un renard roux se roulant et glissant avec délices de bon matin dans l'herbe givrée.
Avec les félicitations du jury

"Alright Mate Back Off-This is my Bird" (Dis donc, mec, dégage, c'est ma poule) du Britannique Andy Rouse, fait partie des clichés repartis avec les félicitations du Comedy Wildlife Photography Award 2024. (ANDY ROUSE)

"Mafia Boss" (Le Boss de la mafia) du Japonais Takashi Kubo a remporté, lui aussi, les félicitations du Comedy Wildlife Photography Award 2024. "On aurait dit qu'il mâchait un cigare et il ressemblait à un parrain de la mafia", a commenté l'auteur. (TAKASHI KUBO)

"Gang of Four" (Le Gang des quatre) du Britannique Ralph Robinson a remporté les félicitations du Comedy Wildlife Photography Award 2024 avec cette photo de manchots sauteurs prise sur les Îles Falkland, aux Malouines. (RALPH ROBINSON)

"Hide and Seek" (Cache-cache) du Canadien Leslie McLeod a obtenu les félicitations du Comedy Wildlife Award 2024 avec cette photo prise au Kenya. (LESLIE MCLEOD)

"I'm Too Sexy for my Love" (Je suis trop sexy pour mon chéri) du Polonais Artur Stankiewicz a remporté les félicitations du Comedy Wildlife Photography Award 2024. "On aurait dit qu'il sortait de chez le coiffeur avec un grand sourire", a commenté l'auteur. (ARTUR STANKIEWICZ)
Une anticipation dépassée par l'Histoire
J'espère que mon éditrice ira au bout de la publication de ma quadrilogie parce que plus on avance et plus ce que je raconte prend une tournure réaliste.
Je l'ai déjà écrit ici : ces quatre romans qui au départ sont rangés dans la catégorie "anticipation" finiront par devenir un récit historique.
En Suède, payer par carte ou via mobile est la norme. Mais avec le risque de guerre et de cyberattaques venues de l’Est, la Banque de Suède souhaite faire marche arrière en réintégrant l’argent en espèce dans le quotidien des Suédois.
Article rédigé par franceinfo - Ottilia Ferey
Radio France
Publié le 12/12/2024 16:20
Temps de lecture : 3min 
La Suède aspirait encore récemment à devenir totalement "cashless" d'ici à 2030. Illustration. (OLASER / ISTOCK UNRELEASED/ GETTY)
La Suède est un eldorado de l’argent dématérialisé et pour trouver un distributeur, il faut s'armer de patience. On peut tout payer digitalement, sans minimum d’achat, que ce soit un paquet de chewing-gum, un ticket de bus ou même pour verser son obole à l’église. Quatre transactions sur cinq se font de façon électronique. Et la carte bleue est presque devenue "has been". Les Suédois utilisent Swish depuis 2012, un service de paiement instantané électronique mis en place par les banques du pays.
Le pays compte 10 millions d'habitants, technophiles et connectés pour la plupart, à l’image d’Anika qui fait ses courses au supermarché. "Je ne sais pas la dernière fois que j’ai eu de l’espèce sur moi, s'exclame-t-elle. J’y suis si peu familière que je ne sais même plus à quoi certaines pièces ressemblent." Même si on arrive à mettre la main sur des billets, encore faut-il pouvoir s’en servir, parce qu’en Suède, de nombreux commerces n’acceptent tout simplement pas le liquide. Même dans des cafés, bars, restaurants et magasins du centre de Stockholm, les commerçants répondent le plus souvent : "Swish ou carte, personne ne prend de l’espèce ici."
Une force transformée en talon d'Achille
Alors que la Banque de Suède est la plus ancienne banque centrale du monde - elle a été la première à imprimer des billets en Europe au XVIIe siècle - le royaume, connu comme précurseur, aspirait encore récemment à devenir totalement "cashless" d'ici à 2030. Mais la paix s’est fragilisée et les menaces en provenance de la Russie ont changé la donne. Dans le climat de tension actuel, la force digitale de la Suède et sa dépendance au numérique est un peu devenue son talon d’Achille.
: à lire aussi En Suède, la crainte de l'extension du conflit ukrainien est de plus en plus palpable
Si le système bancaire est attaqué, qu’Internet et l’électricité sont coupés, il faut avoir de l’espèce car les téléphones et autres cartes bancaires ne serviraient plus à rien. C’est d’ailleurs ce qui est recommandé dans la brochure envoyée en novembre 2024 à tous les Suédois. Ce petit guide explique quoi faire en cas de crise ou de guerre. Il faut bien se rendre compte que dans la région, la menace n'en est plus au stade de scénarios fictifs. En mars 2024, une cyberattaque d’ampleur(Nouvelle fenêtre) menée par un groupe de hackers russes sur un data center suédois a fortement perturbé les systèmes de paiement en ligne.
Pour lutter sur ce front-là, la Riksbank souhaite faire changer la loi pour que les commerçants qui vendent des biens essentiels, comme de la nourriture, des médicaments ou du carburant, soient obligés d'accepter les espèces. C'est déjà le cas de la Norvège, qui, depuis le 1er octobre, a introduit des amendes pour les magasins physiques qui refusent d'accepter les espèces.
Une dernière fois sur le climat
Avec cet article, je mets un terme aux partages de données chiffrées sur la situation climatique.
Ceux et celles qui pensent que ce sont des fadaises, un complot, une manipulation, qu'ils passent leur chemin.
Quant aux autres, je leur souhaite le meilleur pour la suite, c'est à dire le moins pire.

https://reporterre.net/Pourquoi-le-seuil-de-1-5-oC-de-rechauffement-est-crucial
On a dépassé le seuil de 1,5 °C de réchauffement : pourquoi c’est grave

2024 sera la première année où le réchauffement de la Terre dépassera les 1,5 °C. Le franchissement durable de ce seuil décuplerait les dégâts du changement climatique et le risque de franchir d’irréversibles points de bascule.
C’est désormais officiel : 2024 va avec certitude devenir la première année calendaire à voir la Terre dépasser le seuil des 1,5 °C de réchauffement global par rapport à l’ère préindustrielle. C’est le service changement climatique de l’observatoire européen Copernicus qui en a fait l’annonce, lundi 9 décembre.
L’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C — sur lequel se sont engagés les États en signant l’accord de Paris — n’est toutefois pas encore factuellement dépassé. Car le climat connaît des variations naturelles d’une année à l’autre. Pour être officiellement atteint, le seuil de 1,5 °C devra être mesuré en moyenne sur plusieurs décennies. Copernicus mesure par exemple le réchauffement actuel à 1,3 °C, en prenant en compte la moyenne des cinq dernières années.
Même si les chances de tenir l’objectif de 1,5 °C paraissent aujourd’hui quasi-nulles, le chiffre est loin d’être seulement symbolique. Reporterre revient sur quelques-unes des raisons qui rendaient ce seuil crucial.

Le réchauffement annuel moyen par rapport au seuil préindustriel depuis 1940. Copernicus Climate Change Service / ECMWF
Les climatologues ont coutume de rappeler que « chaque dixième de degré compte ». Il n’est en ce sens jamais trop tard pour agir car toute hausse de la température ne fait qu’augmenter les risques d’emballement climatique et la survenue de catastrophes toujours plus intenses. Le seuil de 1,5 °C demeure cependant important car il a beaucoup été étudié par la science : les recherches montrent à quel point s’aventurer au-delà pourrait être dramatique pour de nombreux êtres, humains et non-humains.
10 millions de personnes en plus touchées par la montée des eaux
En 2018, le Giec publiait ainsi un rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. D’ici 2100, notaient les auteurs, un réchauffement limité à 1,5 °C, par rapport à un réchauffement de 2 °C, permettrait par exemple de réduire de 10 cm la montée du niveau des océans, exposant 10 millions de personnes en moins aux risques liés à la montée des eaux.
Pluies torrentielles, vagues de chaleur, baisses de rendements céréaliers, perte de biodiversité… Tous les dégâts sont bien plus forts à 2 °C qu’à 1,5 °C. Un cas emblématique est celui des coraux, très vulnérables aux vagues de chaleur marines et qui abritent 25 % des espèces océaniques connues : les pertes pourraient aller de 70 à 90 % à 1,5 °C de réchauffement, contre 99 % à 2 °C.

Les anomalies mois par mois de la température moyenne de l’air sur Terre depuis 1940. En orange l’année 2023, en rouge 2024. Copernicus Climate Change Service / ECMWF
Le seuil de 1,5 °C est particulièrement important pour les petits États insulaires en développement (PEID). Une étude publiée en 2023 dans la revue Nature Sustainability conclut que, même limité à 1,5 °C, le réchauffement menacera les PEID de dégâts majeurs, « conduisant probablement à des migrations forcées ». Et les choses empirent dès que l’on dépasse 1,5 °C.
C’est ce que soulignent aussi des chercheurs de l’Institut allemand Climate Analytics dans un rapport publié en avril : « À titre d’exemple, le montant des préjudices annuels dus aux cyclones tropicaux à Antigua-et- Barbuda augmenterait de près de moitié si le réchauffement climatique atteignait 1,7 °C en 2050 au lieu de 1,5 °C, et de plus de trois quarts avec un réchauffement climatique de 1,8 °C en 2050 par rapport à 1,5 °C. »
« De même, poursuivent les scientifiques, le nombre de personnes exposées chaque année à des canicules au Sénégal augmenterait de près d’un tiers avec un réchauffement de la planète de 1,7 °C en 2050 par rapport à 1,5 °C, et de moitié si le réchauffement atteignait 1,8 °C à la même date. »
D’irréversibles points de bascule dans la balance
L’autre argument majeur pour tenir l’objectif de 1,5 °C, c’est la crainte que le climat terrestre soit sur le point de franchir plusieurs points de bascule. C’est-à-dire des transformations drastiques dans les écosystèmes, déclenchés par un certain seuil de température, et irréversibles. La disparition des récifs coralliens évoquée précédemment, ou la fonte de la calotte glaciaire au Groenland, font partie de ces points de bascule à éviter.
Une étude internationale parue dans Science en 2022 estimait que plusieurs de ces points de bascule risquaient d’être franchis, même à 1,5 °C de réchauffement. Et plus la température monte, plus le nombre de points de bascule et la probabilité qu’ils soient franchis augmente.
Sur la péninsule ouest de l’Antarctique, de nombreux glaciers fondent à une vitesse alarmante : les glaciologues ne savent pas si, pour certains d’entre eux, les points de bascule ne sont pas d’ores et déjà franchis, ou sont sur le point de l’être. L’objectif de limitation du réchauffement à 2 °C est, quoi qu’il en soit, jugé là-bas largement trop haut.

Les anomalies de température dans les océans non-glacés en novembre 2024. En rouge, les chaleurs anormalement élevées ; en bleu les zones anormalement froides. Copernicus Climate Change Service / ECMWF
Pour les États insulaires et les populations côtières notamment, la montée des eaux ne s’arrêtera pas en 2100 dans tous les cas, souligne le rapport du Giec sur le réchauffement à 1,5 °C. Si les calottes glaciaires franchissent ces points de bascule, elles pourraient continuer à fondre sur une échelle allant « du siècle au millénaire » écrivent les scientifiques, provoquant une montée des eaux de plusieurs mètres (contre quelques dizaines de centimètres anticipés en 2100). Ces instabilités glaciaires pourraient être déclenchées quelque part entre 1,5 °C et 2 °C de réchauffement.
« Il n’existe pas un unique point de bascule pour notre système climatique mais, résume à Reporterre la climatologue Kristina Dahl, vice-présidente de l’ONG Climate Central, chaque dixième de degré de réchauffement au-dessus de 1,5 °C nous rapproche du déclenchement de dégâts irréversibles, comme l’extinction d’espèces ou le relâchement du méthane très réchauffant contenu dans le pergélisol en Arctique. »
Il est de retour.
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Un milliardaire, pour qui le réchauffement climatique est « un canular », sera à la tête de la plus grande puissance mondiale.
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TOUS, SAUF ELLE : au-delà du connu
J'ai vécu ce voyage et je ne l'oublierai jamais, il est en moi, il n'en partira plus et il m'arrive d'éprouver cette impatience inexplicable des retrouvailles, de cette osmose avec l'éthéré, l'insondable, l'immensité.
Sommes-nous essentiellement ce que nous pensons être ou bien autre chose ?
TOUS SAUF ELLE
CHAPITRE 2
Des visages sans relief. Des peaux lisses qui l’observaient scrupuleusement, la détaillaient intérieurement. Elle sentait leurs regards sur son âme, comme des brises tièdes qui l’enveloppaient. Elle ne savait dire ce qu’elle était malgré le flot puissant de ressentis. Elle avançait sans aucun mouvement, elle n’était plus qu’un souffle d’air, un rayon de lune, l’éclat tremblotant d’une étoile naine et pourtant, chacune de ces âmes rencontrées la parcourait comme le flux sanguin de la vie. Elle les voyait et simultanément elle les sentait en elle.
Elle ne possédait pourtant plus aucune enveloppe. C’était une certitude. Mais tout était là. L’air sur sa peau, le son du silence, le toucher des parois circulaires qui crépitaient et tous ces visages lisses qu’elle croisait. Où que se pose son regard, elle ne discernait qu’une myriade de présences.
Elle avançait à des vitesses stupéfiantes dans une immobilité absolue. Une aimantation vers le fond de l’univers. Un plongeon intemporel vers les étoiles. Elle était subjuguée par ce puits vertical et elle aurait été incapable de préciser le sens de son déplacement. Comme s’il n’y avait plus d’espace, pas plus que de temps.
C’est là que Figueras s’était interposé et avait stoppé sa progression. Elle avait reconnu le sourire flamboyant de ses prunelles. Les mots avaient résonné quelque part en elle.
« Tu n’as pas fini ton parcours. Retourne d’où tu viens. Réintègre ta matière. Tu te souviendras de ce que tu es quand tu ne seras plus ce que tu crois être. »
Tout était là sans qu’elle n’y comprenne rien.
Marine CALMET dans REPORTERRE
https://reporterre.net/Marine-Calmet-Les-actions-criminelles-pour-notre-avenir-sont-legales-aujourd-hui
Marine Calmet : « Les actions criminelles pour notre avenir sont légales aujourd’hui »

La nature doit être protégée par des droits fondamentaux, comme les humains, plaide la juriste en droit de l’environnement Marine Calmet. En ce sens, inspirons-nous des peuples autochtones, appelle-t-elle.
Marine Calmet est juriste et spécialiste des droits de la nature. Elle préside l’association Wild Legal et vient de publier Décoloniser le droit (éd. Wild Project).
Lisez ce grand entretien ci-dessous, ou écoutez-le sur une plateforme d’écoute de votre choix ou en vidéo.
Reporterre — Vous êtes engagée pour la reconnaissance des droits de la nature. Comment définissez-vous ce mouvement ?
Marine Calmet — C’est un mouvement juridique mondial qui allie une nouvelle perspective en termes d’éthique environnementale et un nouveau concept de hiérarchie juridique. Il s’agit de faire reconnaître que la nature est l’ensemble des entités qui composent une communauté de vie. Elle est sujet de droit, mais aussi titulaire de droits fondamentaux qui lui sont propres. Il s’agit donc de reconstruire un édifice juridique sur la base d’une coexistence avec les autres êtres vivants et de faire en sorte que nos droits et nos libertés cessent d’écraser le monde vivant.
Nos droits à nous, les humains ?
Oui, puisqu’aujourd’hui nous sommes les seuls êtres titulaires de droits fondamentaux. D’ailleurs, cela a pris énormément de temps pour que tous les êtres humains puissent bénéficier de la qualité de sujet. Christopher Stone, un des fondateurs du mouvement des droits de la nature, rappelle que le statut des esclaves noirs a longtemps été celui de bien possédé, que dans le droit romain les enfants étaient la propriété du père, et qu’il a fallu un temps extrêmement long pour reconnaître des droits aux femmes.
Dans Décoloniser le droit, vous rappelez la grande division dans le droit romain entre les êtres humains et les choses.
C’est la summa divisio. Il y a d’un côté la catégorie des personnes : les êtres humains, les personnes physiques et, ce qui est venu bien plus tard, les fictions juridiques que sont les personnes morales, les entreprises, les associations. Et il y a l’ensemble du reste du vivant, les objets, les choses, les services écosystémiques, la marchandise, les ressources dont nous avons banalisé l’usage, l’exploitation et la destruction.
C’est un regard binaire sur le monde : soit les personnes, soit les choses. En parlant de « choses », nous les objectivons et leur enlevons la qualité de sujet. Je tire un parallèle avec la colonisation française, parce qu’elle est une négation de l’autre. Les colons sont arrivés dans les pays colonisés, notamment en Guyane française, avec l’idée qu’il n’y avait personne, et ils se sont approprié la terre. Le lien avec les droits de la nature est évident parce que nous, êtres humains, nions l’existence des autres et pourtant nous habitons cette terre avec eux.
Les droits de la nature sont le droit des non-humains. Que signifie par exemple le droit d’un fleuve ?
La reconnaissance de personnalité juridique des fleuves, des forêts ou des montagnes prend des formes très diverses. Il y a une richesse et une profondeur d’analyse, une adaptation du droit qu’on ne retrouve pas dans le droit occidental. Dans les droits de la nature, on se place dans la position subjective d’un fleuve dont il faut connaître l’histoire. En Nouvelle-Zélande, par exemple, le fleuve Whanganui a certains droits qui sont protégés par les peuples maoris. Là où, en Colombie, le fleuve Atrato a été reconnu sujet de droit, titulaire de droits différents et défendus différemment par d’autres cultures.
Un fleuve est une communauté de vie. Il est composé d’eau, mais aussi de berges, de ripisylve, de tout un tas d’êtres qui vivent avec et dans lui. Cette communauté de vie est une personne morale, juridique, un groupement d’êtres. Et celui-ci est titulaire de droits à l’existence, à la santé, à la régénération de ses cycles de vie. De la même manière qu’on pense une entreprise non pas comme une personne unique mais comme un ensemble de personnes agissant dans un intérêt commun, partageant les dettes, les avantages, les bénéfices et les pertes. La nature, c’est pareil. Nous partageons les pertes et les bénéfices, mais sans nous en rendre compte, parce que cette interdépendance avec le vivant a été invisibilisée. Pourtant, elle est là.
Cette société que nous formons avec le vivant doit désormais être titulaire d’une personnalité propre et bénéficier d’une protection de droits fondamentaux. Le mouvement des droits de la nature ne fait pas de distinction entre droits humains et droits de la nature.
En quoi certains usages d’un fleuve, comme l’extraction de l’or pour fabriquer des bijoux, sont-ils moins légitimes que ceux qu’en ont les communautés qui vivent directement du fleuve ?
En Équateur, premier pays à reconnaître officiellement les droits de la nature dans sa Constitution en 2008, le juge apprécie les activités au regard de la légitimité. Celle-ci est définie comme ce qui est fondamentalement utile à l’être humain pour sa survie, pour la couverture de ses besoins essentiels, l’alimentation notamment, et qui entre en concurrence avec les droits de la communauté. Il peut effectivement y avoir violation des droits de la nature, mais pour un intérêt légitime. C’est une histoire de compromis.

Marine Calmet : « C’est parce que la bataille politique est en train d’être perdue que je crois au mouvement des droits de la nature. » © Mathieu Génon / Reporterre
En revanche, lorsqu’il s’agit d’un besoin non essentiel, non vital, purement spéculatif et qui a pour conséquence une destruction massive de la nature, le juge dit qu’il y a incompatibilité sur le plan constitutionnel.
Les juges ont ainsi la capacité d’apprécier la légitimité de l’intrusion dans les droits d’une communauté vivante pour des besoins qui sont souvent des intérêts corporatistes, capitalistes, industrialisés et qui n’ont, au regard des besoins propres des communautés locales, aucune légitimité. Pour chaque cas, il y a une recherche d’un modèle de gouvernance au plus proche de l’histoire des besoins de l’identité locale.
N’y a-t-il pas une contradiction entre l’approche de l’anthropologue Philippe Descola, pour qui la nature est une invention de la modernité occidentale au XVIIᵉ siècle, et la vôtre, qui insiste sur le concept de nature à laquelle il faut donner un droit ?
Le mouvement des droits de la nature est extrêmement divers. À tel point qu’il y a beaucoup de territoires où les initiatives de ce qu’on appelle le « mouvement des droits de la nature » ne prennent pas cette dénomination. En Équateur, on parle des droits de la Terre-Mère, de la Pachamama. Cela incarne quelque chose de radicalement différent, à la fois d’un point de vue de la culture occidentale, mais aussi d’un point de vue de la cosmovision.
« L’idée n’est pas de séparer l’humain et la nature, mais de penser les milieux »
En Inde par exemple, Vandana Shiva utilise le terme de « Mother Earth » et parle de familles vivantes et de communautés vivantes. Cette pensée irrigue le mouvement des droits à la nature. En Europe, nous avons fait le pari de continuer à utiliser le terme de « nature » parce que nous n’avons pas de référentiel qui nous amènerait à sortir par un autre mot de la question de la « nature » versus la « culture ».
Est-ce que Gaïa pourrait être ce référentiel, comme le suggère le sociologue Bruno Latour ?
C’est peut-être une question générationnelle, mais j’utilise peu ce terme. En revanche, je suis très friande de la pensée de Glenn Albrecht [un philosophe de l’environnement] et de sa théorie selon laquelle il faut inventer de nouveaux mots. À défaut d’avoir un mot, nous utilisons celui de « nature » dans le mouvement des droits de la nature.
En tant que juriste, nous nous demandons quelle sera la stratégie. Les droits de la nature ont connu deux chemins stratégiques : soit une reconnaissance globale, comme les droits de la Terre-Mère, la Pachamama en Équateur, soit une représentation et une reconnaissance locale, tels que les droits du Whanganui, de la rivière Yamuna et du glacier Gangotri en Inde. En France, la question est de savoir si la nature sera reconnue comme un sujet de droit titulaire des droits fondamentaux dans la Constitution. Ou cela se fera-t-il par paliers ? Pour l’instant dans notre pays, le mouvement se matérialise par la reconnaissance des droits de certaines forêts, de certains fleuves. Il y a des collectifs sur la Durance, la Garonne, la Seine.
Stratégiquement, cela commencera probablement par ces tentatives locales. L’idée n’est pas de séparer l’humain de son milieu ou de séparer l’humain et la nature, mais de penser les milieux. C’est ce que font la plupart des activistes et des militants sur le terrain, ils pensent à partir de leur milieu.
Chez les peuples autochtones, il y a souvent des chamanes qui sont des intermédiaires entre la communauté des humains et celle des autres êtres vivants. Nos chamanes à nous, ce sont les scientifiques, celles et ceux qui, en s’appuyant sur une méthode, expriment de façon occidentale les besoins de la nature et nous permettent de comprendre le fonctionnement, les interactions des écosystèmes et des entités qui nous entourent. Sauf que nous, nous n’écoutons pas nos chamanes…
Non, pas du tout. Enfin, certains ne veulent pas les écouter. Parce que beaucoup de gens ont besoin de science et sont alertés par les faits scientifiques. Mais ceux qui nous gouvernent n’en tirent pas l’application qu’ils devraient. La place des chamanes dans un village traditionnel autochtone est très importante, il fait cohabiter les humains avec les autres humains, que ce soient les générations passées, les morts, les générations à venir, mais aussi les humains et les non-humains.

Pour Marine Calmet, il faut « s’inspirer des droits des peuples autochtones pour en faire une transition radicale au service de ce que l’on appelle la “transition écologique” ». © Mathieu Génon / Reporterre
Dans notre société, les scientifiques alertent et essayent de faire le lien entre ce qu’ils observent, ce qu’ils calculent, comme les modifications de notre climat, l’effondrement de la biodiversité, et nous. Or, les alertes des scientifiques ne sont pas écoutées et les représentants politiques font le choix du scénario catastrophe. Il y a une réelle urgence à revoir notre modèle juridique. Parce que les actions qui sont criminelles pour notre avenir sont parfaitement légales aujourd’hui. Nous n’avons pas les outils juridiques pour faire face.
Ne sommes-nous pas démunis face à cette puissance destructrice de gens qui n’entendent rien et n’écoutent pas les scientifiques ?
Effectivement, nous perdons une bataille. Aussi parce qu’il y a une remise en question de nos modèles démocratiques, une montée des extrêmes, une banalisation de la violence et de plus en plus de phénomènes politiques qui vont à l’encontre de nos intérêts humains et de la protection du vivant. C’est parce que la bataille politique est en train d’être perdue que je crois au mouvement des droits de la nature. Au lieu de vouloir fournir une réponse globale, les initiatives locales vont montrer de nouvelles voies et construire des alternatives. Je suis très inspirée de Vandana Shiva qui dit que plus nous pensons à l’échelle globale, plus nous nous démunissons de notre capacité d’action.
Sur le plan juridique, quel changement faut-il opérer ?
Le droit actuel conçoit un modèle dans lequel il est possible de détruire encore et encore. Il faut chercher à concevoir un modèle dans lequel tuer, détruire et piller n’est plus tolérable, dans lequel l’existence est protégée et garantie. Transmettre aux générations futures est l’alpha et l’oméga. Non seulement nous savons le faire juridiquement, puisque cela a déjà été fait par des générations de peuples autochtones, et, en plus, c’est notre seul outil concevable pour protéger nos droits fondamentaux. Il ne s’agit pas de penser un retour à d’autres droits qui seraient totalement différents du nôtre, mais de s’inspirer des droits des peuples autochtones pour en faire une transition radicale au service de ce que l’on appelle la « transition écologique ».
Il est de retour.
Dans quelques semaines, Donald Trump se ré-installera à la Maison Blanche.
Un milliardaire, pour qui le réchauffement climatique est « un canular », sera à la tête de la plus grande puissance mondiale.
Dans une décennie cruciale pour l’écologie, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre plus de temps.
La société civile doit continuer de se soulever, de se mobiliser et de faire pression sur les puissants.
Mais pour agir, il faut savoir.
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Nous avons la conviction que l’urgence écologique est l’enjeu majeur de notre époque.
Et comme plus de 2 millions de lectrices et lecteurs chaque mois, vous partagez sans doute cette conviction...
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Encore et toujours les KOGIS
Un remarquable travail sur les Indiens KOGIS
Kogis Colombie : Article complet + photos et vidéos
https://tristanphotos.com/fr/kogis-colombie/#:~:


Héritiers d'une culture ancestrale, les Indiens Kogi sont les derniers descendants de l'une des plus grandes civilisations d'Amérique latine. Photographe vivant près de la Sierra Nevada de Santa Marta depuis 4 ans, j'ai eu le privilège de partager des moments extraordinaires avec cette culture unique. Je partage ici avec vous tout ce que j'ai pu apprendre aux côtés des Kogis ces dernières années : culture, tradition, croyances, etc...
Qui sont les Kogis ?
La communauté Kogi est un peuple autochtone qui vit dans la région de l'Océan Indien. Sierra Nevada de Santa Marta La Colombie. Ils s'appellent eux-mêmes "frères aînés" et pensent avoir une connaissance et une perception mystiques supérieures à celles des autres. Ils se réfèrent aux autres communautés en tant que "petits frères" (hermanos menores).

kogis sierra nevada santa marta colombia
D'où vient le mot Kogi ?
Les Kogis sont également connus sous les noms de Kogis, kouguian, kogi, cogui, cogui et kággabba. Le mot Kággabba signifierait, selon les anthropologues, "Personnes réelles". D'autres disent "Fils du jaguar".
Histoire des Kogis
L'ère précolombienne
Dans les contreforts de la Sierra Nevada, il existait une culture représentée par plusieurs groupes ou tribus apparemment exogames, à savoir les Kogis, les Tayrona (ou Tairo) et les Matúna. Selon Reichel-Dolmatoff, après la conquête espagnole, les groupes côtiers ont été partiellement acculturés, mais d'autres, comme les Guanebucán, et les Matúna (kurcha-túxe) ont également fui vers les montagnes de la Sierra. L'actuelle tribu Kogi est constituée de l'ancien noyau Kogi et de membres des Guanebucán, Tairo, Matuna et même Sanka (ou Wiwa), intégrés à l'ancienne organisation sociale.
Les Taironas
Les Taironas étaient organisés sous la forme de royaumes caciques. Ces groupes étaient situés autour de 3 villes principales qui étaient Pocigüeica, Bonda et Taironaka. Chacune de ces villes avait un cacique principal qui dirigeait les caciques mineurs des villages environnants.

taironas sierra nevada santa marta colombia

Tairona sierra nevada santa marta colombia
L'organisation sociale était déjà très développée, et chaque communauté jouait un rôle différent dans la société. De nombreuses routes et chemins de pierre dédiés au commerce tissaient la Sierra Nevada depuis plusieurs siècles.

familias taironas
Le fait qu'ils disposaient déjà d'un vaste réseau de communication leur a donné le titre de "civilisation" selon les critères espagnols, au même titre que les Muiscas, les Incas et les Mayas.
Origine du mot Tayrona
Le mot Tairona viendrait de Tairo qui signifie "orfèvre" ou "fonderie" dans la langue indigène. En effet, au musée de l'or de Santa Marta, on peut voir de magnifiques statuettes d'une grande finesse réalisées par les taironas. Ces pièces comptent parmi les plus belles de Colombie.
L'arrivée des Espagnols
S'élevant à 5775 m au-dessus du niveau de la mer, ce sont les sommets enneigés de la Sierra Nevada qui auraient attiré l'équipage de Rodrigo de Bastidas en 1501 sur la côte caraïbe de la Colombie.

Frederic Edwin Church Sierra Nevada de Santa Marta .
À leur arrivée, les indigènes vivaient à peu près de la même manière qu'aujourd'hui.

"Metate" : outil traditionnel pour moudre le grain.
D'abord installé dans les eaux calmes de Gaira, Rodrigo de Bastidas a fondé 24 ans plus tard l'une des premières villes d'Amérique latine : Santa Marta. Il n'avait qu'un seul objectif : construire la ville de ses rêves et faire une conquête civilisée sans massacres ni persécutions.
Rodrigo de Bastidas qui, malgré ce que l'on dit, était tombé amoureux de la culture et entretenait des relations amicales avec la population locale.
Les relations étaient plutôt amicales au cours des premières années.
Ils demandaient de l'or et du sang, c'est pour cela qu'ils sont venus. Une épée à la main, ils sont rapidement partis à la chasse aux indigènes et ont assassiné Rodrigo de Bastidas peu après. (Voir article "un Gran related de Amor“).

taironas sierra nevada santa marta colombia
La nuit :
Dès lors, ce que les Kogis ont surnommé "La Noche" a commencé, le côté obscur s'est emparé de la Colombie. Face aux hommes en armure de métal avec leurs chevaux et leurs chiens dressés, et face aux arquebuses qui crachent le feu, les indigènes ne peuvent pas lutter. Les "aborigènes" cessent alors leur résistance armée et s'inclinent devant les nouveaux maîtres qui parlent une langue étrange et vénèrent un autre Dieu lointain mais non moins implacable. La grande ville "Teyuna" fut rapidement pillée, brûlée, et les femmes violées. Malgré leur résistance - Santa Marta fut brûlée 20 fois en 150 ans - en quelques générations, leur culture fut totalement détruite.

taironas sierra nevada santa marta colombia
Cependant, une poignée d'entre eux ont trouvé refuge dans les vallées inaccessibles de la Sierra Nevada, vers les sommets brumeux. Ce domaine sacré était alors presque inhabité. Avant l'arrivée des Espagnols, les Taironas avaient déjà été contraints de se réfugier sur les hauteurs de la Sierra Nevada vers l'an 1000, envahis par les Indiens Caribes. Avec le temps, ce repli s'est avéré salvateur et a permis aux Kogis de vivre coupés du monde jusque dans les années 1950.
Origine des Kogis
Voici une très belle vidéo qui représente le mythe de l'origine des Kogis : Cashinducua et la création des Kogis
Où vivent les Kogi ?
Les Kogis vivent sur une chaîne de montagnes isolée, en forme de pyramide, appelée la Sierra Nevada de Santa Marta.
Il s'agit de la plus haute montagne côtière du monde : 40 km à peine séparent la mer de ses sommets enneigés, qui culminent à 5 775 mètres.
Si nous prenons l'Everest depuis la base de son plateau, la Sierra Nevada est plus haute.
De nombreux géologues la décrivent comme "une copie miniature de la planète entière".
La Sierra Nevada aurait fait surface il y a plus de 300 millions d'années, alors que la Cordillère des Andes, beaucoup plus jeune, aurait eu à peine 15 millions d'années. La Sierra était donc une île avant que le plateau colombien ne fasse surface. Elle possède donc une incroyable variété d'espèces endémiques, et abrite 7% de la biodiversité mondiale. Sur ses 4 étages thermiques, on trouve des plages, des forêts tropicales, la jungle, la forêt de brouillard, puis les Paramos à 4000m.

sierra nevada de santa marta colombia
territoires autochtones
Dans la vision de Kággabba, le territoire est délimité par les sites sacrés qui entourent la Sierra Nevada et forment une "ligne noire" invisible qui les sépare du territoire civil. Dans ces lieux, on procède à des offrandes, des consultations et des collectes de matériaux à usage rituel. Sur les 1 700 000 hectares de la Sierra Nevada, seuls 364 390 hectares constituent le territoire indigène. Les plus grands villages Kogi de la Sierra s'appellent : Marwámake, Surumuke, Chendúcva, Surachuí, Avingue, Seyuyaku, Kasakumake, Gumake, Umandita, Kuisis, Nimaysi, Taminaca, Mamarongo et Jiwatá.

Palomino Sierra Nevada De Santa Marta colombie
Officiellement, la loi colombienne n'a aucun effet dans cette zone. Ce sont des "resguardos Indigenas", et là, c'est la loi indigène qui prévaut. Ainsi, si quelqu'un commet un délit sur leur territoire, il ne sera pas soumis aux lois colombiennes et ils peuvent décider de l'enfermer pendant plusieurs mois s'ils le souhaitent.
Accès limité aux territoires indigènes
Aucun civil n'a le droit de franchir cette ligne noire sans autorisation. Il faut une autorisation spéciale pour y aller, sans laquelle il est impossible d'entrer. C'est ce qui protège les Kogis. Seuls les La ville perdue et quelques villages proches Palomino sont accessibles aux civils et de manière contrôlée.
Population
Les chiffres officiels du DIAN en 2005 montrent que seuls quelque 9 000 autochtones Kogis vivent encore dans les montagnes. Mais ces chiffres sont imprécis et se contredisent. D'autres recensements vont jusqu'à 25 000. À l'arrivée des Espagnols, ils étaient près d'un million. Les Kogis représentent actuellement 0,66% de la population indigène de Colombie.
Les quatre communautés de la Sierra Nevada
Les Kogis ont également d'autres grands frères qui vivent sur d'autres versants de la Sierra Nevada : les Arhuacos, les Wiwas et les Kankuamos.

arhuaco nabusimake colombie
Langue
Le kággaba appartient à la famille linguistique chibcha que l'on trouve plus au sud sur les plateaux andins, mais on pense qu'il a été mélangé avec la langue arhuaca. Parmi les 4 communautés que l'on trouve aujourd'hui, chacune parle une langue différente.

Kogis Sierra Nevada de Santa Marta colombie
Bien que les langues de la Sierra appartiennent à la même famille linguistique, les indigènes ont du mal à se comprendre. Un Kogi comprend à peine un Ika pour parler, cependant ils parviennent à assimiler le Damana (langue Wiwa). La langue Kankuama s'est éteinte il y a quelques décennies.
Les Kággabas n'apprennent l'espagnol qu'à l'école, et beaucoup ne le parlent que très peu. En fait, plus on monte dans la Sierra, moins ils le parlent. 84% des Kogis parlent encore leur langue maternelle, ce qui montre un haut niveau de conservation culturelle Les Mamos parlent les 3 langues de la Sierra Nevada. Les Mamus peuvent également réciter dans la langue ancestrale, le Teijua (ancienne langue Tairona), qu'aucun Kogi ordinaire ne peut comprendre. Sur le petit territoire de la Sierra Nevada, il existe déjà des différences d'accents et de mots entre certaines vallées.
Dictionnaire Kogi
AnglaisKággaba
BonjourMoun zekh
Bonne nuit.Kun ze khue / Toun zekh
Bienvenue surEnchibe nakh
Une femmeEzua munzhi
Un hommeEzua Sigi
Un enfantSoma
Comment allez-vous ?Saki minoje
Mon nom estNes nakh juka
Quel est votre nom ?Semi khajuka
Bon / excellent !Entchive
Croyances des Kogis
L'origine de la vie
Au début, il n'y avait rien. Sé. Il n'y avait que l'obscurité. Il n'y avait que la mère alun, une pensée pure sans forme. Elle a commencé à penser, et elle a conçu le monde dans l'obscurité. Elle nous a conçus comme des idées. Elle nous a conçus comme des idées. Comme si nous pensions à une maison avant de la construire. Elle a tourné le fil. Nous faisant tourner dans l'histoire. Nous créant dans la pensée. Puis vint la lumière. Et le monde est devenu réel.
Extrait du film "Aluna".
Jate Sezhankwa : Le premier étant
Cette pensée était à l'origine de tout être. Et de là sont venus tous les premiers êtres spirituels, créateurs du monde Kogi : Sukui, Seyankua, Kajantana, Seinekun, Duguenavi et Seraira.
Cosmo-vision
La croyance des Kogi est très proche de celle de la structure cosmique de l'univers. Ils pensent que tout est dualité. D'un point de vue cosmique, le soleil sépare l'univers en 2 hémisphères, il y a l'homme et la femme, le chaud et le froid, la lumière et l'obscurité, etc... Chaque groupe a sa paire opposée. Dans chaque paire, l'un ne peut survivre sans l'autre. Ces oppositions naturelles sont un moyen de maintenir l'équilibre de la société, ou l'"harmonie" (Yuluka).
Les neuf mondes
L'univers pour les Kogis est conçu de manière symétrique comme une bobine de fil, dont le disque central délimite les 2 parties cosmiques. La partie supérieure est celle qui correspond aux parties éclairées, visibles et bénéfiques. Son opposé, le monde inférieur, représente la contrepartie sombre, en échelle de valeur jusqu'au monde inférieur.
Dans celle-ci existeraient 9 mondes, chacun avec sa propre terre et ses habitants. La terre est située au milieu, sur le 5ème parallèle.thplancher.

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Que signifie la Sierra Nevada pour les Kogis ?
La Sierra Nevada est considérée comme un corps humain, où les sommets enneigés représentent la tête, les lagunes et les hautes plaines (paramos) forment le cœur, les rivières représentent les veines, les couches de sol représentent les muscles et les hautes herbes représentent les cheveux. À partir de cette base, toute la Sierra est un espace sacré.
Sur toute la planète et dans toutes les cultures, il existe des lieux sacrés. Ces lieux relient les êtres humains à tous les êtres vivants de la planète, jusqu'au cosmos. C'est là que l'énergie vitale de la planète circule avec le plus de force. En effet, pour le peuple Kággabba, la Sierra est Sé Nenulang - l'univers physique et spirituel avec tous ses composants. En eux se trouvent les codes du reste de la planète. Les indigènes de la Sierra croient que la Sierra Nevada de Santa Marta est reliée à la planète entière par ses lieux sacrés.
Leur relation avec la Terre Mère
Le fait que les Indiens Kogi aient des comportements hautement ritualisés est intrinsèquement lié à leur territoire. Ainsi, un Kogi ne plantera pas de graines, ne coupera pas un arbre, ne détournera pas un cours d'eau pour l'irrigation, ne construira pas une maison, ne récoltera pas de fruits et ne chassera pas un animal sans consulter le Mamo, qui lui indiquera non seulement l'esprit auquel il faut demander l'autorisation, mais aussi le lieu précis où le rite de paiement doit être effectué, afin d'obtenir l'autorisation. Nous devons rendre ce que nous prenons à la terre mère Pour les Kogis, couper un arbre, c'est "prendre un membre de la mère", chasser un animal, "prendre un fils au propriétaire des animaux". Actions pour lesquelles il est nécessaire de "rendre dans le spirituel" ce qui est pris à la mère et aux esprits

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L'eau
L'eau représente tout pour les Kogi, un véritable être vivant, le sang qui circule dans les veines. Emprisonner l'eau dans des barrages semble inconcevable, c'est comme faire un garrot. La relation des Kogi avec la mer est totalement différente : ils la comparent au liquide amniotique de la terre mère et considèrent qu'elle n'est pas faite pour la baignade. Lorsqu'ils marchent vers la mer, ils tournent sur eux-mêmes en guise de salut.

Kogi Sierra Nevada De Santa Marta colombie
L'équilibre
L'équilibre Pour les Kogis, tout est équilibre et harmonie. Si nous rompons cet équilibre sur la planète, des catastrophes écologiques s'ensuivent, comme des tremblements de terre, des sécheresses, des inondations, des ouragans, etc... Ils craignent, et ils n'ont pas tort, que nous, les petits frères, ne détruisions tout sur la planète. Nos frères aînés pensent qu'il est de leur responsabilité de veiller à l'équilibre de la planète. Lorsque des catastrophes écologiques frappent le monde, les autorités spirituelles effectuent de grandes marches de "Pagamento" (offrandes), dans le but de rétablir l'équilibre et de rendre à la planète ce qui lui a été pris.
Les offres
Bien que de nombreux sites d'offrandes soient maintenant connus du monde civil (comme le site de Piscina dans le parc Tayrona), une grande partie reste connue uniquement des Mamos. Des points spécifiques existent pour chaque type d'événement. Le type d'offrande peut aller du coton naturel aux coquillages, en passant par le quartz, une pierre très riche en énergie selon la culture Kogi.

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Organisation sociale des Kogis
Selon la Cosmo-vision et la mythologie Kággabba, le schéma social du village est fondé sur la loi originelle, qui est la norme du comportement de l'homme envers la nature. A l'origine, chez les Indiens Kogi, il n'existe pas d'organisation socio-politique impliquant une autorité centralisée, ni d'organisation supra-communautaire sur un territoire donné. C'est très différent du sentiment d'appartenir tous à une même ethnie qui partage la même langue, les mêmes coutumes et la même religion ancienne. Il s'agit plutôt d'une mosaïque de communautés agricoles, organisées autour de villages et de centres cérémoniels, chacun dirigé par la figure dominante d'un prêtre indigène. Chaque peuple, avec son Mamo et ses habitants respectifs, crée une unité autonome.
Hiérarchie au sein du village
Le Mamo, un chef spirituel doté d'une conscience surnaturelle, est la figure représentative de la vie sociale du village. Il est assisté d'un secrétaire ( Takina, qui est généralement le Mamo lui-même). Après le Mamo, on trouve les commissaires majeurs et mineurs (Makotama) qui sont chargés de faire respecter les lois et de gérer les dépenses du village. Viennent ensuite les cabos majeurs et mineurs (Seishua) qui veillent également à ce que le village reste attentif aux demandes des supérieurs. Le reste du village est constitué des "Guás", et effectue les travaux de la vie quotidienne pour faire vivre le village.

hiérarchie sociale du kogi
Le Mamo
Le Mamo ou Mama, représente la figure centrale de la culture Kogi et incarne la loi sacrée. Il est la clé entre les puissances célestes et les hommes.

mamo kogi colombia
Amené à un haut niveau de conscience, son rôle est de maintenir l'équilibre des pouvoirs dans le village mais aussi dans le monde, par des chants, des méditations et des offrandes rituelles. Pour le village, il joue le rôle de conseiller, d'enseignant, de médecin et de prêtre. Un bon Mamo écoute les Guas en confession pour déterminer quelle offense à la Mère est à l'origine des mauvaises récoltes. Le Mamo, enfin, est le seul à pouvoir décider de la date des nombreuses fêtes religieuses, car il est un astronome accompli. Dans son isolement et son éloignement, le Mamo est craint et respecté. Il a l'autorité et le pouvoir surnaturel pour l'affirmer, et les Guás lui obéissent quand il parle car c'est un bon Mamo, leur protecteur. Lorsque le Mamo arrive, tout le monde se lève et le salue avec le mot "Haté".
Comment sont choisis les Mamos ?
Les Mamos sont sélectionnés dès le plus jeune âge. Le Mamo en place choisira généralement le plus sage des enfants, et le plus "concentré". Dès l'âge de 5 ans, l'enfant est emmené sur les sites sacrés de la Haute Sierra Nevada, où il apprend à méditer sur le monde naturel et spirituel. La mère de l'élu a le droit de lui rendre visite le soir et de lui chanter des chansons. L'enfant commence alors à danser. Elle doit alors repartir et le laisser. Il s'agit d'une formation d'une durée minimale de 18 ans. Selon la légende, on raconte que l'apprenti est enfermé dans une grotte pendant toute la durée de son apprentissage. Ainsi, un Moro (apprenti Mamo) ne sait rien de rien. Il ne voit jamais d'arbres ou d'oiseaux, il ne connaît rien du monde en dehors de sa grotte. Il ne sera pas autorisé à voir la lumière pendant toutes ses années et consacrera son temps à élever sa conscience à un niveau supérieur. Pour le rendre plus fort, ils le frottent, le massent avec une sorte de tissu fait de Watta. Il doit suivre un régime alimentaire très spécial. On lui donne une sorte de pomme de terre et du maïs blanc, le tout accompagné d'une larve blanche. Il ne boit que de l'eau purifiée provenant des mortiers en pierre de la maison, de l'eau bénite. Puis l'enfant apprend en écoutant, en écoutant spirituellement, la connaissance lui vient d'Aluna.

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Le village des Kogis
Les Kággabbas vivent dans de petits villages appelés Kuibulos. En moyenne, les villages comptent entre 20 et 40 huttes. Chaque famille possède 2 ou plusieurs parcelles de terre dans la région, l'agriculture étant la principale activité économique. Ils ne reviennent au village que pour les jours de réunion, à la demande de Mamu.

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La Cabane du Séminaire : Nunkhue
Chaque Kuibulo possède également 2 "Nunkhue" ou "Cansamarías", qui sont les cabanes principales dédiées aux réunions. Son architecture est différente de celle des autres cabanes. Beaucoup plus grande que les autres, elle possède deux entrées opposées. Seuls les hommes peuvent entrer dans le Nunkhue - c'est ici que l'on discute des affaires du village et que l'on transmet la tradition. Les femmes ont également leur propre Nunkhue. Pendant les cérémonies, les hommes et les femmes sont alors séparés et les discussions varient. Les femmes sont souvent responsables de la transmission de la tradition à leurs enfants. L'architecture du Nunkhue est hautement symbolique et représente en fait les neuf mondes qui composent le cosmos.

nuhue kogi
On peut distinguer que ses murs sont différents des autres maisons, car ils sont faits de fibres de roseau, alors que les maisons sont faites de "kelp", un mélange de paille et de terre d'eau, afin de mieux retenir la chaleur.
Selon la tradition, les hommes entrent par une entrée et sortent par l'autre. Lorsque des réunions officielles sont prévues, les Kogis apportent une branche de bois en guise d'offrande, qui servira à alimenter le feu pendant les longues nuits de réunion. Cette tradition est toujours d'actualité, même à l'école les enfants apportent une petite branche pour alimenter le feu lors du déjeuner.

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La Maison
Lorsque l'on observe de plus près leur mode de vie, on constate qu'ils ne génèrent pratiquement aucune pollution. Leurs maisons sont construites uniquement avec les matériaux naturels qui les entourent : principalement du torchis, du bois et de la palma seca (une variété de palmier). À l'intérieur, on ne trouve que le strict minimum. La cheminée centrale, et éventuellement une petite étagère, un petit hamac et rien de plus. Les Kogis dorment à même le sol, sans matelas ni couverture, se réchauffant à la chaleur du feu. Et pourtant, je peux vous dire qu'il peut faire frais dans les hauteurs de la Sierra Nevada. De vrais guerriers ! Un guide m'a dit un jour que cette maison était une sorte de métaphore de la terre. Sa forme circulaire évoquerait la planète, dont le foyer serait son magma gestatif, et les murs sont en écorce. Les hommes se réunissent et s'entraident pour construire les maisons. Une cérémonie est souvent menée par les Mamo lors de l'inauguration de celle-ci.

construction d'une maison au kogi
Les 2 extrémités visibles sur le toit sont également une métaphore des 2 pics sacrés de la Sierra Nevada de Santa Marta. Cela permettrait également de se connecter avec les énergies du cosmos.

Cabane de Kogis
La famille
L'organisation sociale est également soutenue par la cellule familiale, conformée par le mari, la femme, les enfants non mariés et les filles mariées avec leurs maris respectifs. Ils sont organisés en lignes patri-linéaire et matri-linéaire, la première étant appelée "Tuxedo" et la seconde "Dake". Les enfants appartiennent à la lignée paternelle et les filles à la lignée maternelle. Chaque segment de la lignée est lié à un village et à une maison de cérémonie. En général, le fils reçoit l'héritage de son père et la fille de sa mère. Ainsi, les hommes sont les propriétaires des terres et du bétail, et les femmes sont les propriétaires des maisons.

famille kogi
Économie des Kogis
Les Kogis vivent pratiquement en autarcie dans la Sierra, et ont donc des revenus financiers minimes. L'argent du village est géré par le commissaire et est utilisé principalement pour les déplacements, lorsqu'ils doivent se rencontrer entre communautés, ou pour des travaux collectifs tels que l'entretien des sentiers et la construction de ponts.
Travail communautaire
Dans les villages les plus traditionnels, les récoltes de fruits et légumes se font en famille ou entre hommes. Les récoltes seront redistribuées équitablement en fonction du travail effectué par chacun. L'un des seuls apports financiers que j'ai vu est le travail des femmes et la conception de mochilas fiqué. L'une des seules contributions financières que j'ai vues est le travail des femmes et la conception de mochilas fiquées. Une mochila tissée par un savoir-faire ancestral, en fibre entièrement naturelle, devrait valoir une fortune !
Le concept de Zhigoneshi
Zhigoneshi : C'est l'échange de travail sans rémunération. Les beaux-frères et les frères sont préférés, mais il peut se faire avec des voisins. Il se mesure en jours ouvrables, qui doivent être payés au moment de la demande de la contrepartie. Le non-respect de l'obligation de prestation de services peut être porté à l'attention du commissaire, qui soulèvera le cas à Nunhué, sous le regard du reste des hommes de la communauté. En aucun cas, ce non-respect n'est signalé à Mamo.
Alimentation
L'alimentation des Kogis repose principalement sur une agriculture de subsistance.
Par le passé, ils avaient accès aux quatre étages thermaux de la Sierra Nevada, mais la réduction de leur territoire par les fermes de colons les a limités à une parcelle par famille.
L'arrivée des colons dans les 15th siècle a bouleversé leur régime alimentaire. Ils ont connu une grande perte de qualité de leur nourriture avec l'introduction de nouvelles plantes riches en amidon. Cela aurait grandement affecté leur métabolisme. La pêche Avant l'arrivée des Espagnols, il semble que les Taironas pratiquaient un peu la pêche. Certains disent que le site de la piscine du parc Tayrona a été créé par les indigènes pour créer un bassin et pêcher plus facilement. Agriculture La perte de l'accès à la mer a également coupé les flux d'échanges et de troc entre les différents niveaux de la Sierra, ce qui leur permettait d'avoir une alimentation plus variée. En effet, sur la côte, tout se paie... Cependant, les Indiens Kogi savent utiliser habilement les différences d'altitude pour obtenir des récoltes à différentes périodes de l'année. Sur le dessin ci-dessous, on peut bien imaginer leur régime alimentaire :

alimentation kogis
Ancestralement, ils cultivaient les pommes de terre, le manioc, le malanga, les patates douces, le maïs, les haricots, les fèves, etc... Sans oublier la feuille de Coca, un aliment énergétique et spirituel. Depuis leur retour près des terres de la colonie, ils ont commencé à cultiver des plantes mûres et le Lulo, qui sont endémiques à la Colombie. Le café, la banane plantain, la banane douce, la mangue, l'ananas, la canne à sucre font désormais partie de leur agriculture, mais ce sont des plantes introduites par les colons. Ils élèvent également des animaux domestiques pour compléter leur alimentation, et ne chassent plus comme avant.

agriculture kogis sierra nevada santa marta colombia
des techniques agricoles contradictoires Bien que les Kogis vivent en parfaite harmonie avec la nature, ils pratiquent une méthode de culture quelque peu contradictoire : le brûlage. Souvent, lors de mes promenades, je les ai vus mettre le feu aux flancs des montagnes sans aucun contrôle sur son étendue. C'est en effet beaucoup plus rapide que la taille à la main, et cela permet d'obtenir de bonnes récoltes les premières années. Cependant, cette technique a de graves conséquences écologiques sur les micro-organismes et bactéries nécessaires à la montagne.
La santé des Kogis
Le système médical est un aspect important de l'usage quotidien. Dans le système de santé Kággaba, ce sont les Mamu qui maîtrisent la science des plantes. Ils pratiquent des oraisons sacrées en appliquant divers mélanges de plantes, résines, minéraux, pierres et autres éléments naturels de leur environnement.

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Dans les étages inférieurs de la Sierra, le gouvernement colombien a fourni des infirmeries. Malheureusement, cela perturbe le système de santé kogi et la connaissance des plantes est en déclin. Pour les villages les plus traditionnels, les maladies attrapées dans la Sierra ne seront traitées que par les plantes. Cependant, pour les types de maladies provenant du monde civil, ils se permettent d'utiliser la médecine occidentale en cas d'extrême urgence. Les enfants souffrent souvent de bronchites car il n'y a pas d'évacuation de la fumée dans les huttes. Pendant la saison des pluies, lorsque le bois est humide, la maison se transforme rapidement en un bain de fumée dense. Malgré un mode de vie très sain, c'est l'une des choses qui affecte le plus les jeunes enfants. On se souvient d'un cas d'épidémie grave dans le village de Taminaka qui a malheureusement tué 11 personnes avant que les Kogis ne puissent demander de l'aide au gouvernement. Situés à 3 jours de marche de la première ville, ils n'avaient plus la force de marcher et ont dû être évacués par hélicoptère.
L'éducation des Kogis
Selon un recensement effectué par le DANE en 2005, le pourcentage de la population de Kággabba qui ne sait ni lire ni écrire est de 81,66%.
Ceci est relatif car une plus grande proportion de la population pense avoir un certain niveau d'éducation.

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Depuis quelques années, les villages sont désormais dotés d'une école. Celle-ci n'est pas d'une architecture typique, mais ils le permettent car ce système vient d'en bas.
Dans les hauts plateaux, les enseignants sont généralement des autochtones et enseignent en kággabba et en espagnol, mais dans les parties basses de la Sierra, les enseignants sont mixtes civils / kogis.
Cependant, après l'avoir vu en action, le niveau d'étude reste superficiel et de courte durée.
Les cours durent environ 6 heures par jour et la plupart des enfants étudient jusqu'à l'âge de 13-14 ans avant de passer au travail agricole.
Certains enfants vivent parfois à 4 heures de marche de l'école et restent à l'internat avant de retourner à la ferme le week-end.
Les parents et les enfants aiment l'école pour une chose : des repas gratuits et variés.
Cela les change du malanga et du yuca quotidiens de la maison.
L'école est-elle bénéfique pour les enfants de Kogi ?
On peut s'interroger sur le droit à l'éducation imposé à ces communautés, dont le savoir est transmis oralement depuis des siècles.
L'apprentissage de l'histoire et des sciences du monde civil influence sans doute le comportement de cette nouvelle génération qui se trouve aujourd'hui face à un certain dilemme : celui de rester dans la tradition de son village, et la tentation d'aller voir ce qui se passe ailleurs.

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Coutumes et traditions des Kogis
Le passé et les traditions
Les Kogis sont l'un des peuples qui ont le mieux préservé leurs traditions au fil du temps. Le respect des traditions est au cœur de la culture. Lors des réunions, où les traditions orales sont la base de l'enseignement. Ils se racontent des anecdotes, dont certaines remontent à des siècles ! Un facteur à prendre en compte est que pour se protéger des atrocités des conquistadors espagnols, les Kogis se sont réfugiés dans les hauteurs impénétrables de la Sierra Nevada. Ils ont ainsi vécu quelques siècles de plus sans avoir de contact avec la civilisation. Cet isolement leur a permis d'être moins influencés par le monde civil que d'autres cultures. Une fois, alors que je dormais dans un village indigène de la Sierra, j'ai été impressionné par le confort de notre hutte : il n'y avait presque rien en termes de confort, à part le feu au centre et quelques bûches de bois pour s'asseoir. Je demande alors à mon hôte : " Mais puisque vous avez déjà vu des chaises, des tables, des lits, pourquoi ne pas en construire pour vos maisons ? ". Sa réponse est simple. Elle m'a répondu : " C'est contre la tradition.
La meilleure façon de communiquer avec nos ancêtres et de faire de nos traditions ancestrales une réalité.
La pensée de Kogi
Le mariage de Kogi
Les Kogis sont principalement exogames, et doivent trouver leurs épouses en dehors du groupe. Avant de se marier, un homme doit présenter sa dulcinée à Mamo. C'est lui qui autorisera ou non cette union. Pour célébrer leur union, le Mamo lui donnera 2 quartz auxquels il transmettra de bonnes énergies par des oraisons et des chants spirituels. Il existe de nombreux couples Kogi et Wiwa. Généralement la femme est Kogi et parle les deux langues : Kággabba et Damana. Les enfants de ces couples parlent le Kogi, mais dans certains cas, le père enseigne le Damana à ses enfants.

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Les funérailles
Pour les Taironas, le passage vers la mort était également considéré comme un grand voyage, au cours duquel il devait passer plusieurs péages. C'est pourquoi ils lui donnaient ses objets préférés et certains de ses trésors pour ce voyage. Selon l'anthropologue autrichien Gerardo Reichel-Dolmatoff, l'enterrement kogi est encore proche du rite pratiqué par les Taironas. Une métaphore de la période de gestation, mais dans le sens inverse. Un retour dans le ventre de la Terre Mère. Les Mamo participent à différents rituels pour célébrer les cycles de la vie, de la naissance à la mort. Bien que chaque cycle de vie soit célébré, la cérémonie funéraire est très importante pour la culture Kogi. Dans cette communauté, la mort n'est pas considérée comme un événement tragique mais comme un accomplissement de la vie. Les funérailles durent environ 2 heures et sont célébrées sans prières ni chants, ce qui peut sembler simple. En réalité, il s'agit d'un rite de "cosmification". En effet, lorsqu'une personne meurt, les Mamos la renvoient dans l'utérus de la Mama Pacha.

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Le défunt est ainsi ramené dans le ventre de la terre-mère dans la position d'un fœtus. Les funérailles se déroulent en plusieurs étapes. L'âme du défunt étant encore présente pendant plusieurs mois, le corps est enterré au centre de la maison dans une urne funéraire jusqu'à ce qu'il quitte son enveloppe charnelle. Ce n'est que 9 mois plus tard, après que le défunt ait connu ses secondes funérailles, que la dépouille est rendue à la nature.
La feuille de coca
La feuille de coca appelée "Ayu" par les Kogis est une plante sacrée. Elle joue un rôle central dans la vie quotidienne, et constitue un moyen de socialisation. Pour les Taironas, la Coca est un aliment, en raison de sa haute teneur en vitamines et minéraux, mais c'est aussi un aliment spirituel.

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Ses vertus énergisantes leur permettent également de garder leurs forces lors de longues marches dans la Sierra Nevada, tout en coupant leur faim. Pendant les longues cérémonies, il leur permettra de rester éveillés jusqu'à 3 nuits d'affilée. Dans la tradition, seuls les hommes ont le droit de mâcher du coca. Cependant, c'est la femme qui ramasse les feuilles. Au cours de ce processus, l'homme sera plus préoccupé par la préparation de la terre. Préparation de la feuille de Coca Une fois la récolte terminée, les hommes font sécher la feuille de Coca de manière accélérée. Pour cela, il met une pierre ronde sur le feu pendant quelques minutes jusqu'à ce qu'elle devienne chaude. Ensuite, il la place dans un mochila dans lequel se trouvent les feuilles et secoue le sac pour ne pas brûler les feuilles.

préparation feuille de coca
Chaque homme porte sur lui une petite mochila avec des feuilles de coca, qu'il mâche pour obtenir un effet légèrement stimulant. Lorsque deux hommes se rencontrent, une poignée de feuilles est échangée en signe de respect mutuel.
Le Poporo
Poporo est la carte d'identité de chaque homme. Il est composé de 2 accessoires : une sorte de calebasse évidée qui contient des coquillages écrasés et représente la féminité. Le second accessoire est une tige de bois, qui représente la masculinité. Elle est utilisée pour porter la poudre de coquillages à la bouche, pendant que l'on mâche le Coca. La forte alcalinité des coquilles réagit au contact de la coca et libère ses principes actifs.

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Ces coquillages se trouvent dans des zones spécifiques de la côte caraïbe, et ne sont en aucun cas récoltés. La mer les dépose la nuit, et il faut les ramasser avant qu'elle ne les reprenne le matin. C'est lors de pèlerinages familiaux ou de cérémonies en bord de mer que les Kogis vont les ramasser. Les coquillages sont bouillis pendant de longues heures jusqu'à ce qu'ils deviennent tout blancs. Elles sont ensuite broyées pour obtenir la poudre du poporo Après mastication, la poussière de coquille restante, mélangée à la salive, se dépose sur le col du poporo et finit par devenir un col épais avec le temps. La forme de chaque poporo étant entièrement unique, elle représente en quelque sorte la carte d'identité de chaque homme. Avec le temps, l'orifice du poporo se recouvre d'une fine couche de calcium durci par la friction répétée du bâton.
La valeur spirituelle de Poporo
On voit souvent les indigènes frotter leurs bâtons sur le Poporo, machinalement, alors que le bâton est déjà sec... En réalité, il s'agit d'un geste hautement symbolique : ils enregistrent ou "écrivent" leurs pensées sur leur Poporo. Ainsi, lorsque nous voyons la taille de certaines embouchures, nous pouvons estimer le niveau de sagesse de la personne, et imaginer le niveau de conscience qu'elle a acquis. Par respect pour les aînés, les jeunes doivent veiller à ce que l'orifice de leur Poporo ne soit pas plus large que celui de leurs aînés.

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Pour un garçon, le don du premier poporo marque son rite de passage à l'âge adulte. C'est le Mamo qui décidera quand l'enfant est prêt pour le Poporo, en fonction de son niveau de maturité. Il devra alors passer 3 nuits sans dormir et écouter les histoires du chef spirituel qui lui apprend la vie et comment devenir un homme.
La conscience de Coca et de Kogi
C'est comme le Wifi pour les Kogis et cela leur permet de rester concentrés et connectés avec la Pasha Mama. Ils sont ainsi en permanence dans un état de conscience avancé. Ils mâchent parfois pendant plusieurs jours sans dormir, c'est cet état de haute concentration qui les aiderait à prendre une distance suffisante avec le monde, à savoir ce qui est vraiment nécessaire dans la vie pour toujours et ce qui est vital pour la planète.
Le dilemme du coca pendant la guérilla
Mais la coca est également cultivée par des colons non autochtones comme matière première pour la cocaïne. La Colombie est depuis longtemps la capitale mondiale de cette drogue et sa production a eu des conséquences dévastatrices pour la population indigène. Malgré la nature pacifique des Indiens, ils ont souvent été pris dans les feux croisés entre l'armée et les groupes armés illégaux. En conséquence, beaucoup sont morts assassinés, d'autres ont été contraints de la cultiver et d'autres encore ont dû fuir à cause de ce type de guerre civile qui ravage leurs terres. Les colons cultivent la coca pour le trafic de drogue, principalement financé par le conflit armé entre les groupes de guérilla et les groupes paramilitaires, qui ont occupé les sommets inférieurs de la Sierra pendant la longue guerre civile du pays.
Que signifie la marche
Pour les Kogis L'action de marcher dans la Sierra est aussi une métaphore de l'acte de tisser. Maintenir les chemins de la Sierra en marchant serait considéré comme l'acte de tisser un mochila.
Art et culture
Les Mochilas
L'activité de tissage est un rôle répandu et apprécié au sein du peuple kággabba et fait purement partie de la tradition kággabba. Ce sont les femmes qui pratiquent le tissage. Le Mochila est un sac utilisé pour le transport des effets personnels. Les femmes fabriquent leur première Mochila dès leur plus jeune âge. Les petites filles apportent leur première Mochila au Mamo qui va la bénir. Très vite, le geste devient inné, à tel point qu'elles pratiquent cette activité lors de randonnées dans la Sierra Nevada.

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Les fibres qu'elles utilisent sont 100% naturelles, telles que le fiqué et le coton. Celle en fiqué est d'usage courant, tandis que celle en coton, sera portée en signe d'élégance ou par les personnes importantes. Les teintures utilisées sont des racines, feuilles et écorces d'arbres. Il faut entre 1 et 2 mois pour réaliser une mochila. Quand on se rend compte qu'elles sont vendues 40.000 Peso (13 euros) pour autant de travail cela fait mal au coeur... Chaque ethnie de la Sierra à ses propres motifs et techniques de tissage, et chaque motifs ont leur propre signification. Les Arhuacos ont une technique totalement différente et utilisent beaucoup la laine.

mochila arhuaca
Utilisation de la Mochila Il existe 2 types de Mochilas, l'une dédiée au transport des aliments en général en grandes fibres, et l'autre pour les provisions. L'utilisation de la mochila n'est pas la même entre les hommes et les femmes. En effet, on ne verra jamais les femmes porter la mochila autour du cou sauf en bandeau autour de la tête, notamment pour porter les bébés. Les hommes portent 2 voire 3 mochilas. L'une d'entre elles sert à porter le Poporo, et elle possède également une mochila plus petite à l'intérieur de la première qui servira à stocker ses feuilles de coca. J'ai aussi entendu dire que lorsque les hommes portent la mochila en croix, c'est un signe de retraite spirituelle. Cette Mochila est aussi très pratique pour distinguer les enfants. Quand ils sont petits, ils ont déjà tous les cheveux longs et la même toge. La mochila permet donc de reconnaître les garçons des filles car les garçons portent la mochila et les filles des colliers.

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La musique
La musique est un moyen de transmettre des histoires et des visions. On l'appelle Chicote, comme chez les Wiwa. La musique Kogi est caractérisée par un son monotone et répétitif, un chant à la nature. Seuls les Mamos peuvent jouer d'un instrument appelé kuiguma, fabriqué avec une coquille de morrocoyo. J'ai même vu une fois un instrument inhabituel chez les Kogis : la tortue. Ils frottent leurs mains sur l'ouverture de la carapace vide, ce qui produit une vibration dont le son est proche des bols tibétains. Pour les autres instruments, ils utilisent des éléments comme des coquillages, des morceaux de bois et des instruments comme les Gaitas (flûtes en roseau).

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Par la musique, ils simulent les sons produits par la mer, les rivières et les animaux. Traditionnellement, les hommes jouent de la Gaita, des maracas et des tambours, tandis que les femmes dansent avec des kumuna et des kuckui, des sortes de hochets attachés aux chevilles.
La danse
Il y a 2 mots en espagnol pour le mot danse : Bailar et Zapatear. Le mot zapatear vient du mot zapatos (chaussures), et prend tout son sens avec les cultures indigènes. En effet, l'acte de danser est souvent un lien entre la terre et le cosmos. Les motifs des pas sont des hommages aux éléments de la terre, et les bras sont souvent utilisés pour remercier les éléments célestes.

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J'ai eu la chance d'assister à certaines cérémonies où ce sont les femmes qui jouaient la musique, et l'enseignaient aux enfants, tandis que les hommes étaient réunis dans le Nuhue. La cérémonie peut durer jusqu'à minuit ou même plus tard, que ce soit dans la hutte ou en plein air. Les enfants apprennent la tradition avec la danse de l'eau, la danse du colibri, etc... La répétition du rythme et des pas entraîne les danseurs dans une certaine transe après plusieurs heures.
Vêtements Kogi
Les vêtements des Kogi sont appelés Yakna, des tissus blancs qu'ils fabriquent eux-mêmes.

Crédit photo : Wikimedia
Les femmes portent une tunique blanche avec une épaule dégagée, et portent de jolis colliers de perles multicolores.

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Les hommes portent un long pantalon blanc appelé Kalasuna, ainsi qu'une chemise à manches longues, toujours avec leur mochilas sur la poitrine.

kogis sierra nevada santa marta colombia - Crédit photo @TristanQuevilly
Les vêtements sont fabriqués sur un Telar (métier à tisser) dont la forme représenterait les 4 groupes ethniques par ses 4 extrémités. Les croisements des barres du milieu représentent les sommets enneigés.

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Les hommes fabriquent leurs propres vêtements. Les vêtements sont fabriqués à partir d'une variété de coton endémique de la Sierra Nevada, dont les fleurs sont légèrement plus petites que le coton que nous connaissons. Le coton aurait la capacité de stocker les pensées comme une clé USB Il arrive que si un homme se comporte mal ou a perdu ses valeurs, le Mamo lui demandera de défaire tous ses vêtements et de les refaire entièrement, afin de méditer, et de re-consigner des pensées positives dans sa nouvelle tunique. les colliers ont des significations : selon les couleurs des pierres. Certaines couleurs sont pour l'eau, la coca, etc...
Je vais tisser la toile de ma vie Je vais la tisser blanche comme un nuage Je vais y tisser quelque chose de noir Je vais tisser des marques sombres de maïs, Je vais tisser des marques de maïs dans le tissu blanc Je vais obéir à la loi divine Chaque son dans la montagne est un élément du langage de l'esprit. Chaque objet est un symbole d'autres possibilités
La pensée de Kogi
Les Pierres

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L'or
Les Taironas réalisaient des statuettes en utilisant la technique de la cire perdue, ce qui permettait d'avoir des reliques en volume avec une grande finesse dans les détails. La plupart des pièces ont été réalisées dans les siècles précédant la conquête, et certaines remonteraient au VIe siècle.

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Malheureusement, suite à l'anéantissement de la culture par les colons, ces techniques artisanales ont complètement disparu de la culture indigène actuelle. Leur vision de l'or était totalement différente de la nôtre. Il était considéré comme une offrande à améliorer par l'homme. Les pièces d'or étaient accrochées aux arbres en guise d'offrandes, portées autour du cou comme bijou, ou nariguera (bijou porté sur le nez). L'or portait en lui le mystère de la vie, de l'Aluna à la matière. Pour eux, ce métal précieux n'était pas un signe de richesse, et pouvait être échangé contre d'autres matières premières comme le sel produit par les Muiscas.
Les grands sites archéologiques de Taironas
Ignorée du monde civil jusqu'aux années 70, la Cité perdue ou Ciudad Perdida est le plus beau vestige de la culture Tairona.
Un complexe de plus de 250 terrasses au cœur de la Sierra Nevada. A l'époque, elles abritaient un grand centre commercial (mais pas comme le nôtre !).
C'était probablement le centre nerveux de toute la Sierra Nevada, et on estime qu'au moins 3000 personnes y vivaient.
Les terrasses étaient alors occupées par les maisons Taironas.
C'est sans doute la raison pour laquelle on trouve tant d'or à ces endroits et que les guaqueros (pilleurs de tombes) ont complètement perdu la tête lorsqu'ils l'ont découvert. Ils ont fini par s'entretuer (bien fait pour eux...).

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Le message de Kogi
Si nous abusons trop des ressources de la terre, un déséquilibre commence à se former et le chaos et les catastrophes écologiques s'ensuivent. Depuis les années 1990, lorsqu'il est devenu évident que le réchauffement climatique commençait à affecter le monde, les Kogis ont envoyé un message au monde par l'intermédiaire d'archéologues de l'Université de Lampester, dans un film sponsorisé par la BBC. Les Kogis ont envoyé un avertissement aux "petits frères". Ce beau reportage d'1h30 réalisé par l'Irlandais Alan Ereira a récemment été mis en ligne. Vous en découvrirez davantage sur la culture des Kogis et leur message :
Comment les Kogis nous voient-ils ?
Les petits frères ou "hermanitos menores" sont toutes les personnes qui ne font pas partie des villages de la Sierra Nevada et qui ne connaissent ou ne pratiquent plus le droit d'origine. Ils nous considèrent comme des enfants. Pour les Kággabba, la violence fait partie de ces petits frères qui ne connaissent aucune limite lorsqu'il s'agit d'exploiter les ressources de la planète, ils ne cherchent qu'à accumuler, ainsi qu'à s'approprier tout ce que la nature peut offrir.

message kogi
Il ne faut pas croire que les Kogis vont nous accueillir à bras ouverts dans leur société, bien au contraire, moins ils nous voient, mieux ils se portent. Ils ont toujours une certaine méfiance lorsqu'ils nous rencontrent, et gardent toujours en tête les atrocités que les civils leur ont infligées. Bien qu'ils nous considèrent comme différents, ils n'enferment pas leur société loin de nous car il n'y a qu'un seul monde et une seule mère. Une seule mère pour tous les humains et donc pour les grands et les petits frères. Certains Kogis pensent que nous allons devoir passer par l'apocalypse, notre folie de destruction ne s'arrêtera pas. Nous devrons donc passer par une destruction totale, pour qu'il ne reste rien. Pour reconstruire sur de nouvelles bases.
Les Arhuacos sont également de fervents défenseurs de la nature. Je vous invite également à regarder cette magnifique vidéo "La voix des montagnes sacrées" réalisée en 2018 à l'occasion des luttes contre les projets miniers dans la Sierra Nevada.
Comment aider les Kogis ?
1. Protéger la nature Pour aider les Kogi, c'est très simple : commencez par vous aider vous-même, autrement dit, aidez la planète ! Leur message est clair et c'est tout ce qu'ils demandent. Nous pensons tous être un peu verts, conscients et nous disons souvent que ce sont les autres qui détruisent la planète. Mais quand on se plaint qu'au Brésil, ils rasent la forêt amazonienne pour l'élevage et l'huile de palme, alors que nous mangeons de la viande tous les jours, il ne faut pas chercher plus loin.....
Si nous comparons notre mode de vie à celui des Kogis, le simple fait d'ouvrir le robinet pendant 5 secondes constitue une destruction. Nous ne nous rendons même pas compte que capter l'eau met la nature en danger, tant ce geste quotidien de boire l'eau du robinet nous semble innocent et naturel. En bref, nous avons un long chemin à parcourir...
Les fondations qui aident les Kogis
Thekendukua : La fameuse association d'Eric Julien leur a permis de restituer plus de 1500 hectares. C'est la meilleure façon pour moi de les aider car nous savons qu'ils laisseront la nature reprendre ses droits sur ces terres. Le retour des arbres, de l'ombre, de l'eau et de la faune leur offrirait également plus de possibilités de se nourrir. Shibldulda Une fondation récemment créée et gérée par les Kogis eux-mêmes. TaironaTrust : Fondation anglaise créée à la suite du film "Aluna" réalisé par Alan Ereira.
"La route" Manu Larcenet
Attention, chef d'oeuvre.
Je l'ai lu trois fois d'affilée. Et je pourrais recommencer en découvrant de nouveaux détails, tous aussi importants, précis, minutieux. Et totalement indispensables. C'est juste fascinant. Chaque case est un tableau et je suis considérablement admiratif de la puissance du dessin, de la mise en page, du découpage et des nuances de couleurs car même si on a l'impression de se trouver plongé dans un récit en noir et blanc, il n'en est rien.
Un commentaire sur Babelio correspond parfaitement à ce que j'ai éprouvé à cette lecture et quand les choses sont bien dites, il n'est pas la peine d'en faire sa propre version.
61 notes
5★144 avis
12 mai 2024
Noir, c'est noir, et il n'y a plus du tout, mais alors plus aucun espoir. Vous pouvez d'ailleurs aller vous pendre direct, ou vous tirer une balle (ça vous épargnera bien des souffrances) ; enfin sous réserve de pas se louper, par ce qu'il n'y en a plus qu'une seule dans le barillet (mais ne vous inquiétez pas, vous aurez le mode d'emploi de toute façon après avoir lu La Route).
Vous pensiez avoir déjà tout vu en termes de romans graphiques sombres, noirs, comme venus d'outre-tombe ?
Ben, je vous le dis tout de suite, là vous risquez tout de même d'avoir un petit choc (même si dans votre tendre enfance vous aviez l'habitude de faire des expériences médicales sur vos Bisounours ou faisiez rôtir Oui-Oui).
Dans un monde postapocalyptique, le soleil a disparu, la terre est recouverte de cendres. Les hommes luttent pour leur survie, jusqu'à en perdre la raison, leur humanité.
Il n'y a presque plus rien à boire, à manger, les hommes sont devenus loups et s'entretuent.
Surgies de nulle part, deux silhouettes progressent sur la route, un homme et son fils d'une douzaine d'années, ils marchent vers le sud, espérant y trouver un hypothétique salut. Devant lui, l'homme pousse un caddie qui contient de maigres provisions glanées avec difficulté dans les décombres.
Tout n'est que désolation, destructions, putréfaction de corps, pendus. Asservissement d'hommes par d'autres hommes.
Pétrifiés, hallucinés, nous contemplons ce désastre, cette débâcle, d'un futur peut-être proche.
Une tension terrible s'accroit au fil des pages dans ce cauchemar éveillé, comme un tunnel sans fin.
À moins d'être un zombi sous anti-dépresseur, je ne vois pas très bien qui pourrait dire que cette lecture a été une lecture plaisir. Elle happe, matraque, cogne. C'est douloureux, l'impuissance de ce père et son fils devient la nôtre. Ils subissent, se cachent, dans une lutte incessante pour leur survie.
Parfois un éclat, un éclair de couleur dans cette mer de cendres, de neige sale, mais vite ravalé, noyé sous la terreur et l'horreur.
Rien de superflu, chaque vignette pourrait être encadrée en format poster, j'ai parfois même regretté les quelques dialogues qui venaient mordre le dessin.
J'ai eu froid tout au long de cette lecture, d'un froid qui ronge jusqu'à la moelle.
Un roman graphique majeur, un choc impossible à oublier, qu'on le veuille ou non…
Bravo à Manu Larcenet, du grand art !



De la connaissance au pouvoir
La connaissance est au service du progrès,
le progrès amène le confort,
le confort favorise l’asservissement,
l’asservissement est le fondement du pouvoir.
Jarwal le lutin


