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Global warning et climatosceptiques

Par Le 23/09/2024

 

 

Tribune — Climat

Déni de réalité : pourquoi le climatoscepticisme progresse

 

Déni de réalité : pourquoi le climatoscepticisme progresse

Les discours niant le dérèglement climatique foisonnent. À force d’outils efficaces, les climatosceptiques prospèrent et sont loin de vouloir s’arrêter, explique le chercheur Albin Wagener.

Albin Wagener est chercheur associé à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco, Plidam) et au laboratoire Prefics de l’université Rennes 2.

C’est un paradoxe de notre époque : alors que les effets du changement climatique sont de plus en plus couverts par les médias et n’ont jamais été aussi saillants pour les populations, le climatoscepticisme reprend lui des forces au gré de l’actualité climatique. D’après un sondage mené par Ipsos et le Cevipof en 2023, ce sont 43 % de Français qui refusent de « croire » au réchauffement du climat.

Plusieurs fois annoncé comme dépassé ou cantonné à des sphères complotistes, le climatoscepticisme n’en finit pas de se régénérer. Si les origines de ce courant remontent aux États-Unis, il prospère chez nous aujourd’hui via des incarnations bien françaises, comme l’a montré le récent documentaire La Fabrique du mensonge sur le sujet. Tâchons donc de revenir un peu en arrière pour comprendre le succès actuel de ces discours niant le dérèglement climatique.

Une narration efficace

Dans les années 1980, aux États-Unis, l’émergence et la propagation d’une « contre-science » du climat ont résulté de la mobilisation de think tanks liés au parti républicain et au lobbying de grandes entreprises, principalement dans le secteur de la production pétrolière, en s’inspirant par ailleurs des pratiques de l’industrie du tabac.

Le terme de « climatoscepticisme » est, à cet égard, lui-même aussi trompeur que révélateur : en liant « climat » et « scepticisme », le terme donne l’impression d’une posture philosophique vertueuse (notamment la remise en question critique et informée), et induit en erreur. Car il s’agit ici bien moins de scepticisme que de déni, voire de cécité absolue vis-à-vis de faits scientifiques et de leurs conséquences, comme le rappelle le philosophe Gilles Barroux.

Mais qu’importe : au moment de l’Accord de Paris et du consensus de plus en plus large sur le climat, le climatoscepticisme semblait réduit à portion congrue : en France, en 2019, la Convention citoyenne pour le climat montrait que le sujet pouvait être pris au sérieux tout en donnant lieu à des expérimentations démocratiques. Puis en août 2021, la loi Climat et Résilience semblait ancrer un acte politique symbolique important, bien qu’insuffisant.

« Je ne crois pas au changement climatique », a écrit l’artiste Banksy sur une façade d’un immeuble de Londres, près d’une eau stagnante rappelant une inondation. Flickr/CC BY-NC 2.0 Deed/Dunk

Pourtant, malgré ces évolutions politiques, le climatoscepticisme prospère aujourd’hui en s’éloignant de son incarnation et champ originel, puisqu’il constitue désormais une forme de discours, avec ses codes, ses représentations et ses récits. C’est précisément en cela qu’il est si dangereux : du point de vue linguistique, narratif et sémantique, il utilise des ressorts hélas efficaces, qui ont pour objectif d’instiller le doute (a minima) ou l’inaction (a maxima).

« Préserver la domination de l’Homme sur ce que l’on appelle abusivement la « Nature » »

Plus clairement, les sphères climatosceptiques vont par exemple utiliser des termes aux charges sémantiques équivoques (climatorassurisme, climatoréalisme, etc.), remettre en question la véracité des travaux du Giec [1], mettre en exergue les variations du climat à l’échelle du temps géologique (la Terre ayant toujours connu des périodes plus ou moins chaudes ou froides), ou bien encore expliquer que toute action mise en œuvre pour lutter contre le changement climatique relèverait en fait de l’autoritarisme liberticide. En d’autres termes, le doute est jeté sur tous les domaines, sans distinction.

De ce point de vue, il est important de noter que le climatoscepticisme peut prendre plusieurs formes : déni de l’origine anthropique du réchauffement, mise en exergue de prétendus cycles climatiques, remise en cause du rôle du CO2 ou technosolutionnisme chevronné sont autant de variables qui donnent sa redoutable vitalité au climatoscepticisme.

Lire aussi : Christophe Cassou : « Le climatoscepticisme a la couleur de l’extrême droite »

Mais que cachent les discours climatosceptiques ? Outre les intérêts économiques, on retrouve également la préservation d’un ordre social et de systèmes de domination spécifiques : domination de l’Homme sur ce que l’on appelle abusivement la « Nature » (incluant les autres espèces, l’intégralité de la biodiversité et les ressources), exploitation des ressources nécessaires à l’activité industrielle et économique, mais aussi domination de certaines communautés sur d’autres — notamment parce que les femmes ou les populations indigènes sont plus vulnérables au changement climatique, tout en représentant également les populations les plus promptes à proposer des innovations pour contrer ses impacts.

Des cibles et intérêts marqués

Au-delà de sa pérennité, les recherches ont montré à quel point le climatoscepticisme restait efficace pour retarder l’action politique. Il ne s’agit pas ici de dire que la classe politique est climatosceptique, mais qu’un certain nombre d’acteurs climatosceptiques finissent par diffuser des discours qui font hésiter les décideurs, retardent leurs actions ou font douter quant aux solutions ou alternatives à mettre en place.

La France n’échappe pas à cette tendance : entre les coups médiatiques de Claude Allègre, l’accueil de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale ou encore les incursions de divers acteurs climatosceptiques (se désignant eux-mêmes comme climatoréalistes ou climatorassuristes), le paysage médiatique, politique et citoyen se retrouve régulièrement pollué par ce type de discours.

Doté de solides ressources financières, ce mouvement a pu contester les résultats scientifiques dans la sphère publique, afin de maintenir ses objectifs économiques et financiers.

Le Giec en a, par ailleurs, fait les frais de manière assez importante — et encore aujourd’hui ; régulièrement en effet, des scientifiques du Giec comme Jean Jouzel ou Valérie Masson-Delmotte, qui se sont engagés pour porter de manière pédagogique les travaux collectifs dans l’espace médiatique, se sont retrouvés la cible de critiques, notamment sur la véracité des données traitées, ou la raison d’être financière du groupement scientifique mondial. Cela est notamment régulièrement le cas sur les réseaux sociaux, comme le montrent les travaux de David Chavalarias.

Prôner les certitudes d’un « vieux monde inadapté »

Au-delà de ces constats informatifs, une question émerge : pourquoi sommes-nous si prompts à embrasser, de près ou de loin, certaines thèses climatosceptiques ? Pourquoi cette forme de déni, souvent mâtinée de relents complotistes, parvient-elle à se frayer un chemin dans les sphères médiatiques et politiques ?

Pour mieux comprendre cet impact, il faut prendre en considération les enjeux sociaux liés au réchauffement climatique. En effet, cette dimension sociale, voire anthropologique est capitale pour comprendre les freins de résistance au changement ; si la réaction au changement climatique n’était qu’affaire de chiffres et de solutions techniques, il y a longtemps que certaines décisions auraient été prises.

En réalité, nous avons ici affaire à une difficulté d’ordre culturel, puisque c’est toute notre vie qui doit être réorganisée : habitudes de consommation ou pratiques quotidiennes sont concernées dans leur grande diversité, qu’il s’agisse de l’utilisation du plastique, de la production de gaz à effet de serre, du transport, du logement ou de l’alimentation, pour ne citer que ces exemples.

« Il est le symptôme d’autodéfense d’un vieux monde qui refuse de mourir »

Le changement est immense, et nous n’avons pas toujours les ressources collectives pour pouvoir y répondre. De plus, comme le rappelle le philosophe Paul B. Preciado, nous sommes dans une situation d’addiction vis-à-vis du système économique et industriel qui alimente le changement climatique ; et pour faire une analogie avec l’addiction au tabac, ce ne sont jamais la conscience des chiffres qui mettent fin à une addiction, mais des expériences ou des récits qui font prendre conscience de la nécessité d’arrêter, pour aller vite. Cela étant, le problème est ici beaucoup plus structurel : s’il est aisé de se passer du tabac à titre individuel, il est beaucoup plus compliqué de faire une croix sur le pétrole, à tous les niveaux.

Paradoxalement, c’est au moment où les effets du changement climatique sont de plus en plus couverts par les médias que le climatoscepticisme reprend des forces, avec une population de plus en plus dubitative. Ce qui paraît paradoxal pourrait en réalité être assez compréhensible : c’est peut-être précisément parce que les effets sont de plus en plus visibles, et que l’ensemble paraît de plus en plus insurmontable, que le déni devient une valeur refuge de plus en plus commode. Il s’agirait alors d’une forme d’instinct de protection, qui permettrait d’éviter de regarder les choses en face et de préserver un mode de vie que l’on refuse de perdre.

Si le climatoscepticisme nous informe sur nos propres peurs et fragilités, il est aussi symptomatique du manque de récits alternatifs qui permettraient d’envisager l’avenir d’une tout autre manière. En effet, pour le moment, nous semblons penser la question du changement climatique avec le logiciel politique et économique du XXe siècle. Résultat : des récits comme le climatoscepticisme, le greenwashing, le technosolutionnisme (le fait de croire que le progrès technique règlera le problème climatique), la collapsologie ou encore le colibrisme (le fait de tout faire reposer sur l’individu) nous piègent dans un archipel narratif confus, qui repose plus sur nos croyances et notre besoin d’être rassurés, que sur un avenir à bâtir.

De fait, le climatoscepticisme prospère encore, car il est le symptôme d’autodéfense d’un vieux monde qui refuse de mourir. Sans alternative désirable ou réaliste, alors que nos sociétés et nos économies sont pieds et poings liés par la dépendance aux énergies fossiles, nos récits sont condamnés à tourner en rond entre déni, faux espoirs et évidences trompeuses.

C’est bien là tout le problème : si les chiffres sont importants pour se rendre compte de l’importance du changement et de ses conséquences (y compris pour mesurer les fameux franchissements des limites planétaires), ce n’est pas avec des chiffres seuls que l’on met en mouvement les sociétés et les politiques. Les tenants du climatoscepticisme ont parfaitement compris cette limite, en nous proposant les certitudes confortables d’un vieux monde inadapté, face aux incertitudes paralysantes d’un avenir qui sera radicalement différent du monde que nous connaissons, mais que nous avons le choix de pouvoir écrire.

Cette tribune a été initialement publiée sur le site The Conversation.

 

 

The Conversation

Solastalgie

Par Le 21/09/2024

Non, je ne suis pas anxieux, je ne suis pas dépressif, je n'ai peur de rien au regard des années à venir. Pour une seule raison : je n'y peux rien.

La haute montagne m'a enseigné le contrôle. Si je décide d'aller risquer ma vie sur un sommet, je dois être dans le contrôle. Il n'y a pas d'anxiété car je suis dans l'action. 

Dans le cas de la dégradation continuelle du Vivant, je pourrais être anxieux puisque je ne peux pas agir sur le réchauffement climatique planétaire. Oui, mais je peux agir dans mes choix de vie. Et c'est ce qui me maintient dans un état d'esprit qui ne laisse pas de place à l'éco-anxiété ou à la solastalgie. Il m'arrive par contre d'être en colère ou d'être triste mais ça ne dure pas. Ma colère contre certains, elle ne les changera pas et ma tristesse envers le Vivant ne le soignera pas. Ce sont des émotions qui n'ont pas d'intérêt et par conséquent, je les laisse s'éteindre en ne leur accordant pas mon attention. Elles passent doucement et s'éteignent.

Il n'empêche que lorsque j'avais 17 ans, je n'aurais jamais imaginé que des années plus tard, je sois en train de m'interroger sur la pérénnité du Vivant.

J'étais insousciant et surtout considérablement naïf au regard de la confiance que j'accordais a priori à l'espèce humaine.

Mais, ça, c'est  fini. 

PC230091

 

Qu’est-ce que la solastalgie ?

 

Le terme solastalgie, ou « dépression verte », provient du mot latin solacium qui signifie « réconfort » et du suffixe grec algia relatif à la douleur. La solastalgie renvoie à la douleur liée à la perte de ce qui nous réconforte, en l'occurrence, notre environnement.

 

En effet, les personnes atteintes de solastalgie sont dans un processus de prise de conscience par rapport à l’état de la planète en raison de différents maux :

dérèglement climatique ;

migration de populations ;

perte de la biodiversité ;

coût d’extraction grandissant des énergies fossiles ;

système interdépendant ;

effondrement ;

etc.

La solastalgie est une expérience immédiate s’illustrant par des émotions négatives intenses telles que :

la tristesse ;

l’impuissance ;

la dépression.

À l’inverse, l’éco-anxiété est une peur par anticipation qui renvoie à une réaction émotionnelle et ne peut pas donner lieu à une pathologie telle que la solastalgie. Ainsi, toute personne ayant conscience de l’ampleur de l’enjeu écologique actuel, présente de l’inquiétude quant à l’état de la planète et souffre donc d’éco-anxiété. L’incertitude, c’est-à-dire le fait de ne pas réussir à se projeter, ni à imaginer son avenir, fait également partie des symptômes de l’éco-anxiété.

Quels sont les symptômes de la solastalgie ?

La solastalgie, qui touche des millions de gens, impacte psychologiquement et physiquement les personnes qui en sont atteintes.

Différentes émotions, troubles et questionnements sont rattachés à l’état de solastalgie, tels que :

le sentiment d’impuissance ;

le sentiment de perte de contrôle ;

le sentiment de perte de sens ;

le sentiment d’injustice ;

le sentiment de frustration ;

la colère ;

la peur de l’avenir ;

la tristesse ;

le regret ;

l’anorexie ;

l’angoisse ;

le pessimisme ;

les troubles anxieux allant d’une anxiété chronique à des attaques de panique ;

l’insomnie ;

le questionnement autour du projet d’enfant ;

la dépression.

Cette multitude d’émotions et de questionnements peuvent apparaître de façon progressive ou soudaine. Le développement des symptômes de la solastalgie sont liés à un stress dit pré-traumatique.

Qui est touché par la solastalgie ?

La solastalgie peut concerner tout un chacun. Néanmoins, certaines personnes sont plus susceptibles d’être touchées, telles que :

les personnes ayant été directement exposées aux répercussions du réchauffement climatique : inondation, incendie, canicule, etc. ;

les personnes ayant vécu un choc tel qu’un paysage complètement différent comparé à ses souvenirs ;

les climatologues, qui côtoient quotidiennement les catastrophes écologiques et qui sont à l’origine d’un vaste mouvement sur Twitter avec le hashtag #solastalgie en vue de sensibiliser la population ;

la jeune génération qui se montre particulièrement inquiète quant à son avenir.

Il apparaît aujourd’hui que 85 % des Français sont inquiets face au réchauffement climatique et, parmi eux,  29 % se montrent très inquiets. Un chiffre qui monte à 93 % parmi les jeunes âgés de 18 à 24 ans.

Comment faire face à la solastalgie ?

Dans tous les cas, la solastalgie n'est pas à minimiser. Si le besoin s'en fait sentir, elle peut faire l'objet d'un suivi psychologique.

Voici quelques conseils pour faire face à la solastalgie :

Prendre du recul sur la situation

La première chose à faire lorsque les symptômes de la solastalgie se font ressentir est de prendre du recul sur cette situation que nous ne maîtrisons pas. Il est essentiel de ne pas tout prendre à cœur et d’accepter le fait qu’il est impossible d’endosser l’entière responsabilité de la lutte contre le réchauffement climatique. Agir à son échelle constitue déjà un premier pas de taille que ce soit par des actions concrètes ou en sensibilisant son entourage.

S’engager pour l’environnement

Chaque individu préoccupé par la situation climatique peut s’engager en rejoignant une ONG environnementale par exemple. Cette solution permet, non seulement de sensibiliser le plus grand nombre pour faire avancer la cause environnementale, mais aussi de vivre en cohérence avec ses valeurs.

Adopter des écogestes

Que ce soit au sein de sa vie quotidienne, comme sur son lieu de travail. Par exemple : se déplacer via des transports vertueux tels que le bus, le train, le vélo, la trottinette, la marche à pied ou encore le covoiturage ; réduire le gaspillage et diminuer la production de déchets ; maîtriser son impact numérique ; consommer mieux et moins en refusant, réduisant, réutilisant, recyclant et rendant à la terre, c'est-à-dire en compostant ; changer sa manière de voyager notamment en réduisant les vols en avion.

Réduire son empreinte carbone

En s’informant sur les causes du réchauffement climatique, à savoir une trop forte émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, afin de mieux les limiter en adoptant notamment les écogestes précédemment évoqués.

Valérie Dollé

Valérie Dollé
Journaliste scientifique

Anticipation ou roman historique ?

Par Le 20/09/2024

 

 

Je l'ai déjà écrit ici : je n'écris pas assez vite au regard de l'évolution et de l'accroissement effrayant des phénomènes climatiques d'ampleur. 

On a tous entendu parler de la tempête Boris, vaste comme la France mais les medias ne s'y intéressent déjà plus. Elles n'ont d'ailleurs quasiment pas relayé les informations sur les déluges qui se sont abatuus sur le Sahara et les centaines de morts, et les dégâts considérables.

Il est clair de toute façon que si les médias voulaient détailler les phénomènes météorologiques et le dérèglement climatique sur l'ensemble de la planète, elles ne feraient quasiment plus que ça. Il faudrait créer une chaîne dédiée...

Il n'en reste pas moins qu'à la vitesse où ça va, cette quadrilogie en cours d'écriture pourrait bien à la place d'une anticipation devenir une fresque historique. Par contre, il est certain que dans ce cas-là, elle ne serait pas publiée étant donné qu'il n'y aurait plus grand-monde et certainement pas les structures éditoriales et que les lecteurs survivants auraient bien autre chose à aire que de prendre un livre...

Comme je connais bien la vallée du Grésivaudan, j'ai imaginé une tempête Boris s'abattant sur les Alpes :

 

LE DESERT DES BARBARES

 

 

Le soleil avait réchauffé l'atmosphère quand ils aperçurent la croix du sommet, le plateau sommital en pente douce, des nuées évanescentes dérivaient en altitude, une brise légère jouait à animer les dentelles, les sommets de Belledonne flamboyaient, les neiges automnales comme des parures scintillantes.

Dans les derniers mètres avant d'atteindre le bord de la falaise et de découvrir la vallée entière, Théo s'arrêta. Laure dans ses pas.

« Sur cet itinéraire, avant que le monde ne parte en vrille, je rencontrais toujours des randonneurs. Pas des dizaines mais quelques-uns. Aujourd'hui, j'ai l'impression de vivre dans un monde parallèle, une autre dimension, le monde d'en bas et le monde d'en haut.

- Oui, Théo, mais ce ressenti est influencé par notre statut d'être humain.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Les phénomènes naturels nous impressionnent par rapport aux dégâts qu'ils provoquent sur l'humanité mais est-ce que nous réagissions réellement lorsque la beauté de la création ne nous portait pas préjudice, lorsque la quiétude nous entourait ? On se pâmait devant un beau paysage, un beau coucher de soleil, un champ de fleurs mais sans en être bouleversés, sans que ces spectacles ne déclenchent une rupture radicale dans le simple ébahissement épisodique. On a vécu comme des enfants gâtés, incapables de réellement prendre conscience … je ne sais pas comment l'exprimer ... On vivait à côté de la nature et maintenant qu'elle nous secoue, on ne voit d'elle que sa puissance destructrice. Parce que c'est notre monde parallèle qu'elle bouleverse … Désolé. Je ne sais pas comment l'expliquer.

- Si, je comprends, Laure. Nous n'avons pas témoigné de notre reconnaissance, pas à la hauteur du cadeau inestimable de la création et maintenant, nous ne voyons que les dérèglements qu'elle nous impose.

- Il m'est arrivé de me demander quelle était la probabilité que la vie se développe sur la Terre. Je ne sais pas si un scientifique a déjà répondu à cette question mais j'imagine que c'est absolument bluffant, déconcertant, au-delà du concevable. Et il en est de même avec moi. Pourquoi moi et pas une autre combinaison entre l'ovule et le spermatozoïde ? Je suis une miraculée et nous le sommes tous. Sur une planète qui est elle-même une énigme scientifique et pour l'instant la seule connue. Et il faudrait pourtant que je sois atterrée, dévastée, désespérée, par les événements dramatiques auxquels nous assistons ? Non, je m'y refuse, non par obstination ou par déni mais parce que la vie est infiniment plus puissante que tous les désastres.

- C'est le monde humain qui est parti en vrille, Laure, pas la nature. Ou alors, il faudrait accepter l'idée que la nature accompagne le mouvement, qu'elle nous imite, peut-être même qu'elle pense nous aider, qu'elle participe délibérément au nettoyage.

- Oui, Théo, on l'a déjà évoqué et l'enchaînement des phénomènes plaide pour cette hypothèse.

- Alors, si c'est bien le cas, nous devons changer de regard. Nous devons changer, intérieurement. Le problème, ça n'est pas la nature, c'est nous. »

Il lui tendit la main, la paume vers le ciel.

"L'homme est capable du meilleur comme du pire, mais c'est vraiment dans le pire qu'il est le meilleur.  C'est Grégoire Lacroix qui a écrit ça, il y a longtemps. Il nous reste donc à inverser la tendance. »

Elle serra la main de Théo et ils avancèrent jusqu'au bord de la falaise.

La vallée du Grésivaudan, noyée sous les eaux. D'une extrémité à l'autre. Des flots immobiles, terreux, marrons, gorgés de dépôts, les toits des maisons comme des écueils éparpillés, l'autoroute invisible, le lit de l'Isère totalement effacé.

Théo posa son sac et sortit les jumelles. Sidéré. Un lac immense. Les immeubles de Meylan, Grenoble, Saint Martin d'Hères, émergeant des flots comme des amas de phares éteints. Domène, Le Versoud, Villard-Bonnot, englouties. Lorsqu'il porta son observation vers le sud-est, il atteignit Vizille. Il n'en restait rien. Une immense traînée de roches titanesques à l'entrée de la vallée de la Romanche, un mur gigantesque, plusieurs mètres de haut, des blocs colossaux, comme une montagne réduite en miettes, fragmentée, broyée, le déversoir d'une lame de fond s'étendant sur plusieurs centaines de mètres. Il comprit immédiatement. Le barrage de Gavet avait cédé, l'eau avait ravagé les gorges, Séchilienne, Livet, tous les villages balayés. Un tsunami dans les montagnes. Des millions de mètres cubes d'eau déboulant dans le couloir étroit des gorges. Le cours de l'Isère désormais barré par cette digue, un amas de roches, de blocs de béton, les maisons, les usines, les routes, les forêts, des centaines de milliers d'arbres, un conglomérat empli de cadavres. L'eau s'accumulait. Il distinguait le courant boueux de la Romanche descendant des montagnes et alimentant cette mer intérieure. La quantité de débris flottant n'était pas dénombrable. De chaque côté de la vallée, l'eau s'était établie sur les flancs, ligne horizontale au bord de laquelle, quelques hameaux perchés surplombaient les flots.

Jamais, il n'aurait imaginé pareille catastrophe.

Il baissa les jumelles et se tourna vers Laure.

Elle était debout, immobile, le visage impassible.

Le regard lointain.

Levé vers les cimes.

Elle tendit un bras pour désigner un point précis.

Théo balaya le ciel, scruta l'horizon et ses yeux le trouvèrent.

Un rapace tournoyait. De longues arabesques, sans aucun battement d'ailes, léger comme une plume dans le vent mais avec une parfaite maîtrise de son vol. Des cris aigus, prolongés et qui emplissaient le silence.

Théo regarda Laure.

Elle souriait.

« S'aligner sur la résonance. »

Elle se souvenait de cette expression qui l'avait troublée. Elle en comprenait désormais le sens.

L'incohérence

Par Le 19/09/2024

 

J'avais conseillé une personne de ma connaissance dans une histoire de coupe rase illégale, à laquelle le Maire de la ville s'opposait mais qu'il ne parvenait pas à empêcher. 

Il s'agissait d'une très belle forêt que beaucoup de personnes parcouraient sur de jolis chemins. 

Cette personne était vraiment remontée et elle avait pris contact avec un journaliste local. 

Je ne connais pas la fin de l'histoire car je n'ai plus de contact avec cette personne. J'ai "coupé le fil" le jour où j'ai vu sur FB qu'elle faisait un voyage au Népal...

L'incohérence m'est insupportable. 

Défendre une forêt près de chez soi et prendre l'avion pour du tourisme, c'est inconcevable mais c'est très révélateur de la très petite conscience du problème planétaire et c'est tout aussi révélateur quant au fait que beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes ne regardent la nature qu'à travers le filtre de leur propre intérêt. 

Tout comme les gens qui critiquent les chasseurs parce qu'ils se sentent en danger quand ils vont en forêt mais qui achètent du poulet d'élevage ou de la viande dont ils ne connaissent aucunement l'effroyable histoire. 
Les chasseurs, au moins, mangent ce qu'ils tuent. Non, je ne cautionne pas la chasse. Je dis juste qu'on ne peut pas les critiquer quand on mange de la viande industrielle. On marche beaucoup et on court dans les forêts et dans la Creuse, ça chasse fort. On n'a jamais eu de problèmes de comportement avec les chasseurs et on les a toujours trouvés très prudents. Ils se téléphonent entre eux pour signaler notre présence et on se salue cordialement. Qu'il y ait des "abrutis", c'est certain mais on en trouve partout, dans tous les secteurs de la société... Pas plus, pas moins...

Environ 3,2 millions d’animaux issus d’élevages sont, chaque jour, abattus en France pour l’alimentation humaine. Parmi eux, 68 % sont des poulets. Je n'ai pas vérifié si le calcul était juste mais ça représente environ 400 animaux abattus à chaque battement de notre coeur.

Il arrive un moment où l'incohérence est tellement gigantesque qu'on ne la voit plus. L'éducation nous y habitue dès l'enfance.

 

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"Don't look up" (2)

Par Le 18/09/2024

 

On vit vraiment le scénario du film  "Don't look up"

Oui, je sais, ce blog est devenu une toute petite vitrine d'un immense désastre. 

"Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais, c'est peut-être la fin du commencement." Winston Churchill

 

De quoi d'autre pourrais-je bien parler ?

Aujourd'hui, je considère ce blog comme des archives. Je ne sais pas combien d'années il me reste à vivre mais je tiens à compiler les données sur l'évolution des phénomènes extrêmes. Je paye 40 euros par an pour que rien ne se perde et que le moteur de recherche me permette de retrouver ce que je veux. Il m'arrive, parfois, de ressortir un ancien article lorsque, dans un échange sur les réseaux sociaux, un interlocuteur me dit "qu'on ne savait pas"...

Nous savons ce qui se passe et nous savons même vers quoi nous allons. Il n'empêche que des millions de gens continuent à prendre l'avion pour des voyages touristiques, à s'offrir des croisières, à rouler en SUV, à consommer à outrance, à manger des animaux d'élevage, à consommer de l'huile de palme parce qu'ils s'en fichent de la déforestation et des orangs-outans.

"Don't look up". Ne levez pas la tête.

Les négationnistes, ne sortez pas de votre déni. Profitez du temps qu'il vous reste et de tout ce qui vous est accessible. Ne pensez pas aux enfants qui ne savent rien encore du monde qu'on leur laisse. Ne vous remettez pas en question, continuez à crier au complot, à cracher sur les scientifiques, à huer les climatologues, à médire sur les lanceurs d'alerte. De toute façon, comme vous le dites, c'est trop tard, il faut se servir avant que ça s'arrête. 

Je ne crois aucunement à la transition verte, aux voitures  électriques, au nucléaire décarbonné, au tri sélectif, etc etc...

Il n'y a qu'une seule solution et elle ne sera jamais appliquée : la décroissance à marche forcée, une décroissance planétaire. Je rêve au final de ce que j'écris dans la quadrilogie en cours : l'effondrement. Plusieurs scénarios sont envisageables. Il suffirait d'un élément déclencheur et les dominos tomberaient les uns après les autres. Bien sûr que tout le monde en souffrirait. Sauf la planète.

Le covid a été un échec. J'en arrive désormais à le regretter. 

 

Sortie le 4 sept. 2024 #climat #canicule #giec

16 143 vues • Sortie le 4 sept. 2024 • #climat #canicule #giec

Tout au long des derniers mois, ce fut une véritable litanie : des records de température battus aux quatre coins du monde. L'Espagne, l'Australie, le Japon ou certaines provinces de Chine ont tous connu en 2024 le mois d'août le plus chaud de leur histoire. Et la liste continue de s'allonger, avec une nouvelle alerte à la canicule en Californie, sans oublier les vagues de chaleur exceptionnellement sévères qui ont frappé ces derniers mois de nombreuses régions d'Afrique, notamment l'ouest et le centre du continent. Pour en parler, notre invité Jean Jouzel, climatologue et ancien membre du Giec.

 

 

Les catastrophes naturelles se sont multipliées durant les douze mois les plus chauds jamais enregistrés

 

Article rédigé parfranceinfo

France Télévisions

Publié le 05/06/2024 16:30

Temps de lecture : 7 minUn berger est assis sur une terre aride à Ouled Essi Masseoud, au Maroc, le 6 mars 2024. (FADEL SENNA / AFP)

Un berger est assis sur une terre aride à Ouled Essi Masseoud, au Maroc, le 6 mars 2024. (FADEL SENNA / AFP)

Sous l'effet des émissions de gaz à effet de serre dues à l'activité humaine, les températures n'ont jamais été aussi élevées sur Terre. Sécheresses, feux de forêt, pluies torrentielles... Les conséquences ont été nombreuses.

En publiant son dernier rapport, mercredi 5 juin, l'observatoire européen Copernicus confirme que le mois de mai qui s'achève a été le mois de mai le plus chaud jamais enregistré à l'échelle mondiale, depuis le début des mesures. C'est aussi le douzième mois consécutif à établir un nouveau record des températures moyennes sur le globe. La série de records témoigne d'une année rythmée par une fuite en avant climatique, expliquée par la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines, ainsi que par l'influence passagère du phénomène naturel El Niño. Les douze mois écoulés ont ainsi vu s'aggraver des phénomènes de sécheresses, d'inondations ou de chaleurs en plusieurs régions du monde. 

Des incendies dévastateurs

Dès le 1er juin 2023, la saison des feux de forêt au Canada s'ouvre dans un contexte de températures records et de sécheresse généralisée. Ce jour-là, la foudre allume 120 incendies, selon les autorités canadiennes.

Des images aériennes d'un incendie au Québec (Canada), le 29 juin 2023. (GENEVIEVE POIRIER / SOCIETE DE PROTECTION DES FORETS / AFP)

Des images aériennes d'un incendie au Québec (Canada), le 29 juin 2023. (GENEVIEVE POIRIER / SOCIETE DE PROTECTION DES FORETS / AFP)

Sur la côté est des Etats-Unis, les New-Yorkais suffoquent dans le brouillard de fumée en provenance du voisin québécois.

La fumée des incendies canadiens a atteint les Etats-Unis, et enveloppe l'Empire State Building, à New York, le 7 juin 2023. (DAVID DEE DELGADO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

La fumée des incendies canadiens a atteint les Etats-Unis, et enveloppe l'Empire State Building, à New York, le 7 juin 2023. (DAVID DEE DELGADO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Trois mois plus tard, plus de 6 132 incendies ont ravagé 16,5 millions d'hectares, soit plus du double du précédent record établi en 1989. Car "contrairement aux années précédentes", les feux de cette saison, "la plus destructrice jamais enregistrée", "s'étendaient de la côte ouest aux provinces atlantiques, en passant par le nord", résument les autorités.

Ce même été, des feux ravagent aussi le pourtour méditerranéen, soumis à des températures caniculaires, jusqu'à 47,6°C le 24 juillet à Catane, en Sicile. Italie, Grèce, Espagne, France, Algérie, Tunisie, Croatie... Les flammes font des dizaines de victimes. 

Des témoins impuissants assistent à la destruction par les flammes du village de Gennadi, sur l'île de Rhodes (Grèce), le 25 juillet 2023. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Des témoins impuissants assistent à la destruction par les flammes du village de Gennadi, sur l'île de Rhodes (Grèce), le 25 juillet 2023. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Dans l'hémisphère sud, l'été austral s'accompagne aussi de canicules et de sécheresses. Dès le mois de novembre, le Brésil et la Bolivie suffoquent sous des températures meurtrières, qui entraînent incendies de forêts et des fermetures d'écoles. En février, près de 3 000 feux brûlent toujours à travers l'Amazonie, marquant un nouveau record pour la région. Après la Colombie et l'Argentine, le Chili connaît début février sa "plus grande tragédie" depuis le tremblement de terre de 2010, quand un incendie titanesque provoque la mort de 122 personnes dans la région touristique de Valparaiso.

Des maisons ravagées par les feux de forêt au Chili, le 8 février 2024. (JAVIER TORRES / AFP)

Des maisons ravagées par les feux de forêt au Chili, le 8 février 2024. (JAVIER TORRES / AFP)

Sans attendre le printemps, sécheresse et chaleur menacent à nouveau dans l'hémisphère nord, comme aux Etats-Unis, où un incendie précoce se déclare en février dans le Texas, ou en Espagne, où ce mois d'avril affiche des températures autour de 30°C, propices à un premier départ de feu.

Des chaleurs extrêmes

La chaleur a pesé sur le quotidien de nombreux habitants de la planète au cours de ces douze derniers mois. Dans l'hémisphère nord, l'Inde, la Chine, le Vietnam et la Thaïlande sont les premiers pays à enregistrer des centaines de décès liés à la canicule, à l'orée de l'été 2023. "Depuis 1951, Pékin a connu onze jours où les températures ont été supérieures à 40°C, dont cinq au cours des deux dernières semaines", écrit CNN le 7 juillet.

Une femme s'abrite sous un masque pour se protéger des fortes températures, à Pékin (Chine), le 16 juin 2023. (WANG ZHAO / AFP)

Une femme s'abrite sous un masque pour se protéger des fortes températures, à Pékin (Chine), le 16 juin 2023. (WANG ZHAO / AFP)

Dans la capitale chinoise, la chaleur et le recours massif à la climatisation mettent à mal les installations électriques, tandis qu'à l'autre bout du monde, une partie du sud des Etats-Unis, du sud de l'Europe et de l'Afrique du Nord dépassent déjà régulièrement les 40°C.

En Europe, les records absolus de températures tombent les uns après les autres, tandis qu'il faut monter à 5 298 mètres d'altitude, dans les Alpes suisses, pour trouver la limite du "0°C" : un record. En octobre, des arbres fleurissent, s'étonnent des agriculteurs, mais dans le même temps, les coraux se meurent dans presque tous les océans de la planète, touchés par une canicule sous-marine hors norme.

Une biologiste marine documente le blanchiment de la Grande Barrière de corail, au large de l'Australie, le 5 avril 2024. (DAVID GRAY / AFP)

Une biologiste marine documente le blanchiment de la Grande Barrière de corail, au large de l'Australie, le 5 avril 2024. (DAVID GRAY / AFP)

Mer ou montagne, le réchauffement climatique n'a guère de préférence. L'absence de neige entraîne l'annulation d'épreuves et l'aménagement d'une piste sur un glacier, à Zermatt (Suisse), où se déroule en novembre une étape de la Coupe du monde de ski alpin. Pour les Mondiaux de biathlon, quelques mois plus tard, en République tchèque, la neige naturelle est, là encore, portée disparue. Nous sommes en février et les Alpes battent un nouveau record : leur plus faible surface d'enneigement en cette saison (moins de 40%).

Installation de mousse isolante pour éviter que le glacier du Rhône ne fonde davantage, le 24 août 2023. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Installation de mousse isolante pour éviter que le glacier du Rhône ne fonde davantage, le 24 août 2023. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Et alors que l'hémisphère nord fond, les pays du sud étouffent. Des canicules meurtrières s'abattent à nouveau sur le Brésil et sur le nord du continent africain, le Sahel et une partie de l'ouest du continent. 

Un berger est assis sur une terre aride à Ouled Essi Masseoud, au Maroc, le 6 mars 2024. (FADEL SENNA / AFP)

Un berger est assis sur une terre aride à Ouled Essi Masseoud, au Maroc, le 6 mars 2024. (FADEL SENNA / AFP)

Enfin, en Asie, les chaleurs qui précèdent habituellement la mousson, au printemps, atteignent des valeurs inédites. A Bangkok, les Thaïlandais décrivent "l'agonie" de ces mois d'avril et de mai, marqués par des fermetures d'écoles et autres confinements climatiques. En Inde, une vague de chaleur humide fait grimper le mercure à plus de 45°C dans plusieurs grandes villes et entraîne la mort de dizaines de personnes.

Des inondations meurtrières

Le réchauffement climatique n'entraîne pas que la sécheresse. Dans plusieurs régions du monde, les épisodes de chaleurs exceptionnels de ces derniers mois ont été suivis d'inondations dévastatrices. Ainsi, fin juillet, Pékin se relève à peine d'une canicule inédite que le printemps lui apporte un typhon en provenance des Philippines. En 40 heures, 170 mm de précipitations tombent sur la capitale, qui vit son plus fort déluge depuis 140 ans. Les intempéries provoquent l'évacuation d'environ 127 000 personnes (et 847 400 autres dans le Hebei voisin) et font au moins 147 morts.

La rivière Yongding déborde à Pékin (Chine), le 3 août 2023. (STRINGER / IMAGINECHINA / AFP)

La rivière Yongding déborde à Pékin (Chine), le 3 août 2023. (STRINGER / IMAGINECHINA / AFP)

Espagne, Grèce, Turquie... Les pays du pourtour méditerranéen, malmenés tout l'été par la chaleur, voient aussi arriver, en septembre, des pluies torrentielles et des inondations sur une partie de l'Europe. La tempête Daniel s'abat sur la ville côtière de Derna, en Libye. Sous la pression de l'eau, deux barrages cèdent, provoquant la destruction immédiate d'une partie de la ville de 100 000 habitants, dont 30 000 sont contraints d'évacuer.

La ville de Derna (Libye) après les inondations provoquées par la tempête Daniel, le 18 septembre 2023. (HALIL FIDAN / ANADOLU AGENCY / AFP)

La ville de Derna (Libye) après les inondations provoquées par la tempête Daniel, le 18 septembre 2023. (HALIL FIDAN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Tandis qu'à l'automne, une partie de l'Amazone est à sec et que, par manque d'eau, le canal de Panama doit revoir à la baisse le nombre de bateaux qui y transite, l'ouragan Otis apporte des pluies diluviennes sur le Mexique, plusieurs milliers de km plus au nord. "Imprévisible", le monstre balaie la station balnéaire d'Acapulco, tandis qu'en Europe, les tempêtes se multiplient. Ciaran, Domingos... Les alertes orange et rouge aux risques de pluie-inondation et vagues-submersion rythment le quotidien de milliers de Français.

Une place inondée à Arques, dans le Pas-de-Calais, le 4 janvier 2024. (AMEER ALHALBI / ANADOLU / AFP)

Une place inondée à Arques, dans le Pas-de-Calais, le 4 janvier 2024. (AMEER ALHALBI / ANADOLU / AFP)

Dans le Pas-de-Calais, où les sols sont gorgés d'eau, les précipitations ininterrompues causent des inondations historiques et paralysent des villes entières pendant de longues semaines. Plus au nord, les îles britanniques connaissent l'hiver le plus pluvieux jamais enregistré. 

La corne de l'Afrique et le Moyen-Orient, régions volontiers associées aux fortes chaleurs et aux conditions sèches, souffrent elles aussi de précipitations exceptionnelles. En Tanzanie, où la saison des pluies est boostée par le phénomène El Niño, des glissements de terrain font au moins 155 morts. Quarante-cinq autres personnes meurent au Kenya.

Les inondations en Somalie, le 15 novembre 2023. (ABUUKAR MOHAMED MUHIDIN / ANADOLU)

Les inondations en Somalie, le 15 novembre 2023. (ABUUKAR MOHAMED MUHIDIN / ANADOLU)

En avril, des pluies torrentielles font une victime à Dubaï et détruisent des infrastructures routières. A Oman, le bilan s'élève à 18 morts.

Au Brésil, les inondations succèdent aussi à la sécheresse dans l'Etat du Rio Grande del Sul, au cœur de l'Amazonie. Les crues, rendues deux fois plus probables par le réchauffement climatique, poussent 600 000 personnes à quitter leur domicile.

Les rues inondées de Porto Alegre au Brésil, à la suite d'inondations, le 6 mai 2024. (CARLOS FABAL / AFP)

Les rues inondées de Porto Alegre au Brésil, à la suite d'inondations, le 6 mai 2024. (CARLOS FABAL / AFP)

Le Bangladesh est frappé par le cyclone Remal, l'un des plus longs de l'histoire du pays. Accompagné de vents violents et de fortes vagues, il provoque inondations et glissements de terrain.

 

Points de bascule et boucles de rétroaction

Par Le 16/09/2024

 

 

L'amnésie environnementale

Points de bascule et boucles de rétroaction

 

https://www.rivaje.fr/blog/points-de-bascule-et-boucles-de-retroaction?

 

Feb 2023

“Il est indéniable que le système terrestre semble à bout de forces, il semble perdre son aptitude physique à encaisser et à atténuer les pressions, le stress et la pollution que nous lui imposons.” 

C’est le propos terrible que fait Johan Rockström dans Le Grand Livre du Climat (Kero, Calmann Levy).

L’aptitude physique que le système terrestre a désormais de plus en plus de mal à encaisser et dont Johan Rockström parle, c’est en d’autres termes ce qu’on appelle les points de bascule, ou points de non-retour. 

Selon la définition du Giec, un point de bascule est un seuil “au-delà duquel un système se réorganise, souvent brutalement et/ou de manière irréversible"

Lorsqu’ils sont franchis, ce sont des systèmes entiers qui sont bouleversés, et des réactions en chaîne qui s’orchestrent en modifiant toujours plus rapidement les conditions du climat. Ce sont les boucles de rétroaction. 

Zoom sur ces phénomènes qui emballent le climat. 

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Des points de non retour à ne pas dépasser

Les points de bascule du système terrestre sont des points d’équilibre qui régulent le climat et la biodiversité, nécessaires aux conditions d’habitabilité de la Terre telles que nous les connaissons. Si leurs seuils sont franchis, ce sont des systèmes entiers qui disparaissent.   

Ces points d’équilibres joue un rôle majeur sur le bon fonctionnement du système Terre puisqu’ils nous rendent, à nous êtres humains, des services nécessaires à nos conditions d’existence (en nous permettant de nous alimenter ou d’avoir accès à de l’eau potable), mais aussi grâce à leur forte capacité à absorber les tensions faites sur le système Terre (comme le réchauffement climatique conséquence de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ou la déforestation).

Mais tout a des limites. Ces systèmes ne peuvent pas tout encaisser indéfiniment, et au bout d’un moment, comme n’importe quelle pression exercée sur quelque chose, ça pète. 

Et c’est exactement ce qu’il risque de se passer si on ne stoppe pas nos pressions sur les systèmes terrestres en tension, ils basculeront définitivement vers des états nouveaux dont leurs propriétés changeront radicalement. 

Mais concrètement, comment ça fonctionne ?

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Comment se représenter un point de bascule ?

Prenons une autre définition pour tenter de mieux comprendre comment ces équilibres fonctionnent. 

Toujours dans Le Grand Livre du Climat, Johan Rockström définit un seuil de rupture comme “un stade à partir duquel une petite altération suffit à faire brutalement basculer certains éléments du climat et des écosystèmes dans un état radicalement et irréversiblement modifié”.

C’est par exemple, lorsqu’une faible hausse des températures à l’échelle du monde entraîne la transformation d’une forêt tropicale en savane aride (c’est d’ailleurs exactement le scénario qui est en train de se dessiner pour la forêt amazonienne). 

Et ces transformations, lorsqu'elles ont lieu, entraînent ce que l’on appelle des boucles de rétroaction. On y revient juste après. 

Pour bien comprendre ce qu’on entend par franchissement d’un point de bascule, on peut se référer à un schéma très bien expliqué issu du Grand Livre du Climat. 

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Le Grand Livre du Climat, Johan Rockström, page 36

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Sur les schémas de 1 à 2, tout va bien, on voit que le système absorbe les tensions exercées sur lui-même, il ne change pas d'État.  

Sur les schémas de 2 à 3, les tensions sur les systèmes commencent à s’intensifier, ils tiennent le coup, mais il ne faut pas aller plus loin.

Sur les schémas 4 à 5b, le point de bascule est atteint. Les systèmes ont trop été mis sous pression, et on cédé, on assiste alors à un changement irréversible de ce système.

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Comme le souligne Carbon Brief dans une analogie, “un point de basculement, c'est un peu comme lorsque vous finissez par retirer la mauvaise brique d'une tour au Jenga. Tout s'effondre !”

Pour résumer, deux choses sont à retenir 

Atteindre un point de non-retour revient à enclencher une nouvelle machinerie biophysique, qui pousse un système vers un nouvel état. 

Les points de bascule ne sont pas forcément brusques. Si on franchit un point de bascule aujourd’hui ou demain, le plein impact pourrait n’être visible que des centaines ou des milliers d’années plus tard.

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16 points de bascule aujourd'hui identifiés

En 2008, une série de points de bascule climatiques potentiels étaient identifiés. 

Alors que les politiciens et même certains scientifiques avaient du mal à croire que ces seuils puissent un jour être atteints, c’est avec effroi que même pas 15 années plus tard, de nombreux chercheurs publient dans la revue Science un bien triste constat : cinq points de bascule pourraient être franchis au niveau de réchauffement actuel, et rendraient possible la disparition des glaciers de montagne, le déplacement des forêts boréales et la perte de glace dans la mer de Barents. 

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Les points de bascule du climat, Reporterre

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Les chercheurs du Stockholm Resilience Centre poussent un cri d’alerte à travers cette étude.

“Cette étude fournit un solide soutien scientifique à l’objectif plus ambitieux de 1,5 °C de l’Accord de Paris, qui minimiserait la probabilité de déclencher des points de bascule climatique. Cependant, plusieurs points de bascule sont encore possibles ou même probables à ce niveau, faisant probablement de 1 °C une limite plus sûre. Sachant que les politiques actuelles nous placent sur la trajectoire dangereuse de 2,6 °C.”

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Les interactions entre les points de bascule, Les Echos Planète

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Le dépassement des seuils de ces points de bascule entraînera des conséquences encore plus néfastes pour le climat, illustrées par les boucles de rétroaction, dont le rôle ne permettrait plus d’atténuer et rafraîchir le climat, mais bien d’accélérer son emballement. 

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Boucles de rétroaction et emballement du climat

Parfois conséquences du dépassement des seuils des points de ruptures, on définit une boucle de rétroaction comme des phénomènes climatiques entraînant des réactions en chaînes qui s’autoalimentent et s’amplifient au fur et à mesure qu’elles évoluent.

On considère qu’une boucle de rétroaction climatique peut alors soit dérégler le climat et amplifier les perturbations induites par le changement climatique, on parlera alors de boucle de rétroaction positive, soit équilibrer ou atténuer l’effet du changement climatique, on parlera alors de boucle de rétroaction négative. 

Pour vulgariser, on parle de boucle de rétroaction lorsque les conséquences du changement climatique sur un système entraînent des conséquences encore plus importantes sur celui-ci. 

Bon dis comme ça, ça peut sembler assez flou, c’est vrai. 

Prenons quelques exemples pour y voir plus clair ! 

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NB : Dans un esprit de rigueur sur les informations apportées, les scientifiques des différentes études et articles que nous avons stipulent que les dynamiques complexes détaillées ci-dessous et leurs fonctionnements précis sont à l’avant-garde scientifique et ne sont pas encore tous attestés. Mais suscitant l’inquiétude, ils est nécessaire de les évoquer.

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La fonte de la banquise

Au niveau des pôles, le réchauffement climatique accélère la fonte de la banquise. Jusque là rien de nouveau. 

Sauf que la banquise joue un rôle immense dans l’atténuation du réchauffement climatique grâce à son albédo très élevé.

L’albéQUOI ? 

La banquise est blanche et réfléchit l’énergie solaire (de 80% à 90% des rayons solaires). C’est un peu comme quand vous portez un t-shirt blanc en été à la place d’un t-shirt noir, normalement vous avez moins chaud. Pour la banquise c’est pareil, elle réfléchit l’énergie solaire et inhibe donc le réchauffement au sol. C’est ça que l’on appelle l’albédo. 

Revenons à notre boucle de rétroaction. 

Si la banquise fond à cause de l’augmentation des températures, sa surface va rétrécir, et donc les rayons du soleil seront moins réfléchis. 

S’ils sont moins réfléchis, ils pénètrent directement dans les océans, et les océans, c’est sombre ! Repensez à votre t-shirt de tout à l’heure, si vous portez un t-shirt noir en plein soleil, vous avez plus chaud !

Et si la chaleur n'est pas renvoyée, elle est plus captée, donc le réchauffement au sol augmente. 

On est sur une belle boucle de rétroaction :  

Augmentation des températures → Fonte de la banquise → Les rayons du soleil sont moins réfléchis → Les températures augmentent encore plus. 

La boucle est bouclée. 

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Les feux de forêts : l'exemple de la forêt amazonienne

On l’a vu, le réchauffement mondial accélère la fonte des glaces aux pôles (la calotte du Groenland et les glaces de mer arctiques). 

Ce phénomène de fonte entraîne un ralentissement de la circulation méridienne de retournement Atlantique qui se répercute sur la mousson en Amérique du Sud.

La circulation méridienne de retournement Atlantique c’est ce qu’on appelle la circulation thermohaline (dont le Gulf Stream fait partie), il s’agit des grands courants marins de profondeurs, on y reviendra dans un prochain article. 

La mousson étant perturbée, cela entraîne une augmentation des sécheresses en Amazonie et donc des incendies dont les émissions brutales de CO2 viennent se réinjecter dans l’atmosphère. 

En brûlant, les arbres relâchent d’énormes quantités de CO2 dans l’atmosphère qui viendra s’accumuler dans celle-ci. Cette accumulation de CO2 viendra augmenter l’effet de serre et l’augmentation des températures qui causera l’assèchement croissant des zones, qui aura pour conséquence l’augmentation des incendies. Et ainsi de suite. 

La boucle est bouclée, une nouvelle fois, c’est effrayant. 

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La fonte du pergélisol (ou Permafrost)

Les sols de Sibérie et du Nord du Canada sont des sols qui restent gelés en permanence tout au long de l’année, et ça depuis des centaines de milliers d’années. 

Avec le réchauffement climatique, ces sols que l’on connaît sous le nom de pergélisol (ou permafrost), sont soumis à rudes épreuves et menaces de dégeler. 

Sauf que dans ces sols, un gaz à effet de serre réside, un gaz dont le potentiel de réchauffement global est d’environ 30 fois supérieur à celui du CO2 : le méthane. 

En fondant à cause du réchauffement climatique, ce gaz serait alors libéré. 

Sa libération viendrait charger l’atmosphère de nouveaux gaz au pouvoir réchauffant dévastateur, accélérant alors le réchauffement climatique global. 

La boucle est de nouveau bouclée, et ça fait froid dans le dos.

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Les points de bascule et les boucles de rétroaction sont des phénomènes et des états très complexes largement étudiés par la sphère scientifique.

Plus les recherches avancent, plus on se rend compte qu’il est absolument fondamental de comprendre les interactions entre les systèmes terrestres et leurs boucles de rétroaction, et ceci afin d'évaluer les risques qui se manifesteront si nous poussons la planète trop loin.

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Pour aller plus loin

Le Grand Livre du Climat, Greta Thunberg, Éditions Calmann Levy, 2022

Allas de l'Anthropocène, François Gemenne, Aleksandar Rankovic et Atelier de cartographie de Sciences Po, Éditions Presses de Sciences Po, 2021

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Feb 2023

Thibaut Gabrillargues

Goutte froide

Par Le 16/09/2024

Actualités Météo

Goutte froide : qu'est-ce que ce phénomène, responsable du mauvais temps ?

La Chaîne Météo

Par La Chaîne Météo
mis à jour le 21/05/24 à 18h02

La goutte froide désigne une situation spécifique, dans laquelle une bulle d'air frais vient s'isoler (en se décrochant comme une « goutte » de sa base) au sein d'une masse d'air plus chaude. Cette situation génère des conflits de masses d'air aboutissant à de fortes précipitations, des orages, et à un temps très changeant. Comment ce phénomène fait-il pour perturber la météo ?

Consulter la météo de votre ville

Qu'est-ce qu'une goutte froide ?

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Quand nous nous trouvons sous l’influence ou à proximité d’une goutte froide ou dans son champ d’action, la météo se dégrade et amène des conditions fortement pluvieuses, très orageuses et parfois durables. Elles compliquent également la prévision des météorologues en raison de leur évolution souvent assez aléatoire.

Explication de la goutte froide

© La Chaîne Météo

Notre météorologie est conditionnée par ce qui se passe au niveau moyen de la mer, avec les centres d'action : dépressions et anticyclones. La présence d'une dépression apporte un temps dégradé, pluvieux, orageux et parfois venteux. À l’inverse, l’anticyclone nous apporte généralement le beau temps et nous protège de ces conditions agitées.

© La Chaîne Météo

Mais notre météo est aussi conditionnée par ce qui se passe dans les couches verticales de notre atmosphère, c’est-à-dire en altitude. La goutte froide appartient à ces phénomènes météo d’altitude qui influencent le temps. C'est une poche d’air froid à environ 5 400 mètres au-dessus de nos têtes. Sa présence entraîne généralement un conflit de masses d’air entre la surface du sol et ce qu’il se passe en altitude. Cette situation se traduit par une instabilité importante avec des pluies et des orages sur la zone concernée. Dans l'illustration ci-dessus, la température de la goutte froide en altitude est d'environ -18°C, ce qui est suffisamment froid pour entrainer une forte instabilité et des orages de grêle. Ses dimensions sont très variables : elle peut couvrir de larges zones (un millier de kilomètres) ou, au contraire, une zone très réduite.

Elle rend les prévisions météo difficiles en raison de son déplacement très chaotique. Elle peut parfois stagner plusieurs jours sur une même zone, provoquant des orages à répétition, des pluies continues, des inondations et des crues, avec parfois le passage de certaines cours d'eau en alerte orange ou rouge.

De violentes chutes de grêle, des précipitations potentiellement intenses

Grêle © La Chaîne Météo

Les orages qui se développent et sont provoqués par la proximité d'une goutte froide sont souvent porteurs de grêle. L'air froid en altitude produit la formation de cristaux de glace qui s'agglomèrent et forment ainsi les grêlons qui retombent au sol sous leur propre poids. Bien que les orages restent souvent isolés, ils provoquent des phénomènes localement dévastateurs comme des chutes de grêle, accompagnées également de puissantes rafales liées à l'orage lui-même.

Dans d'autres cas, le blocage d'une goutte froide peut entraîner la persistance de fortes précipitations sur plusieurs heures et augmenter le risque d'intempéries et inondations, comme ce fut le cas en juillet 2021 en Belgique et en Allemagne.

On voit ce que ça donne en ce moment dans l'Europe de l'Est : 

 

La dépression Boris sème la dévastation en Europe centrale et orientale

 

Article rédigé parfranceinfo

France Télévisions

Publié le 15/09/2024 12:47Mis à jour le 16/09/2024 16:10

Temps de lecture : 1 min

Les images impressionnantes montrent des quartiers entiers inondés, des rues submergées, ainsi que des habitants avec de l'eau jusqu'aux aisselles, en Roumanie ou encore en République tchèque.

Pluies torrentielles, inondations spectaculaires et meurtrières, évacuations par milliers... La dépression Boris continue de frapper l'Europe centrale et orientale, lundi 16 septembre. En Pologne, "nous avons quatre décès sur les terrains touchés par la catastrophe", a déclaré la police locale. En République tchèque, la police a compté un mort et sept disparus. En Roumanie, sept personnes ont péri, selon les secours. En Autriche, un pompier a perdu la vie lors d'une intervention.

Face à cette situation critique, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a annulé lundi ses "obligations internationales", "en raison des conditions météorologiques extrêmes", alors qu'il est attendu mercredi devant le Parlement européen. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a pour sa part annoncé une aide immédiate d'un milliard de zlotys, soit 235 millions d'euros, aux régions polonaises sinistrées par la tempête Boris.

Le niveau de l'eau sous ce panneau de basket, à Bad Schandau (Saxe, Allemagne) donne une idée de l'impressionnante montée de l'Elbe, le 16 septembre 2024. (JAN WOITAS / DPA / AFP)

Le niveau de l'eau sous ce panneau de basket, à Bad Schandau (Saxe, Allemagne) donne une idée de l'impressionnante montée de l'Elbe, le 16 septembre 2024.(JAN WOITAS / DPA / AFP)

"Fermé aujourd'hui à cause des préparatifs face aux inondations", est-il écrit sur ce panneau d'un restaurant à Rathen (Saxe, Allemagne). Dans cette localité, le niveau de l'eau continue à monter, le 16 septembre 2024. (JAN WOITAS / AP / SIPA)

"Fermé aujourd'hui à cause des préparatifs face aux inondations", est-il écrit sur ce panneau d'un restaurant à Rathen (Saxe, Allemagne). Dans cette localité, le niveau de l'eau continue à monter, le 16 septembre 2024.(JAN WOITAS / AP / SIPA)

Vue du pont Carola à Dresde (Saxe, Allemagne) qui s'est partiellement effondré, à cause des pluies torrentielles de la dépression Boris, le 16 septembre 2024. (ROBERT MICHAEL / DPA / AFP)

Vue du pont Carola à Dresde (Saxe, Allemagne) qui s'est partiellement effondré, à cause des pluies torrentielles de la dépression Boris, le 16 septembre 2024.(ROBERT MICHAEL / DPA / AFP)

Les quais de l'Elbe sous l'eau, à Dresde (Saxe, Allemagne), le 16 septembre 2024. (ROBERT MICHAEL / DPA / AFP)

Les quais de l'Elbe sous l'eau, à Dresde (Saxe, Allemagne), le 16 septembre 2024.(ROBERT MICHAEL / DPA / AFP)

Un homme face à une rue transformée en torrent par les pluies extrêmes de la dépression Boris, à Opava (République tchèque), le 15 septembre 2024. (MICHAL CIZEK / AFP)

Un homme face à une rue transformée en torrent par les pluies extrêmes de la dépression Boris, à Opava (République tchèque), le 15 septembre 2024.(MICHAL CIZEK / AFP)

Un homme s'aventurant dans l'eau après les inondations à Opava (République tchèque) se retrouve avec de l'eau jusqu'à la poitrine, le 15 septembre 2024. (JAROSLAV OZANA / AP / SIPA)

Un homme s'aventurant dans l'eau après les inondations à Opava (République tchèque) se retrouve avec de l'eau jusqu'à la poitrine, le 15 septembre 2024.(JAROSLAV OZANA / AP / SIPA)

Un camion municipal bloqué par l'eau au milieu de la chaussée, à Jelenia Gora (Pologne), le 15 septembre 2024. (KACPER LOCH / EAST NEWS / SIPA)

Un camion municipal bloqué par l'eau au milieu de la chaussée, à Jelenia Gora (Pologne), le 15 septembre 2024.(KACPER LOCH / EAST NEWS / SIPA)

Des personnes face à des débris et des déchets charriés par les inondations, à Jesenik (République tchèque), le 15 septembre 2024. (LUKAS KABON / ANADOLU / AFP)

Des personnes face à des débris et des déchets charriés par les inondations, à Jesenik (République tchèque), le 15 septembre 2024.(LUKAS KABON / ANADOLU / AFP)

Ces membres des équipes de secours ont sauvé un chien des eaux, à Jesenik (République tchèque), le 15 septembre 2024. (LUKAS KABON / ANADOLU / AFP)

Ces membres des équipes de secours ont sauvé un chien des eaux, à Jesenik (République tchèque), le 15 septembre 2024.(LUKAS KABON / ANADOLU / AFP)

Dans la région de Galati, dans le sud-est de la Roumanie, 5 000 foyers sont touchés par les inondations, comme ici le 14 septembre, dans le village de Slobozia Conachi. (DANIEL MIHAILESCU / AFP)

Dans la région de Galati, dans le sud-est de la Roumanie, 5 000 foyers sont touchés par les inondations, comme ici le 14 septembre, dans le village de Slobozia Conachi.(DANIEL MIHAILESCU / AFP)

A Pechea (Roumanie), des habitants nettoient le sol de l'église du village, touchée par les inondations, le 15 septembre 2024. (DANIEL MIHAILESCU / AFP)

A Pechea (Roumanie), des habitants nettoient le sol de l'église du village, touchée par les inondations, le 15 septembre 2024.(DANIEL MIHAILESCU / AFP)

Les pompiers tentent de limiter les dégâts causés par les inondations qui touchent la ville de Glucholazy (Pologne), en distribuant des sacs de sable, le 14 septembre 2024. (SERGEI GAPON / AFP)

Les pompiers tentent de limiter les dégâts causés par les inondations qui touchent la ville de Glucholazy (Pologne), en distribuant des sacs de sable, le 14 septembre 2024.(SERGEI GAPON / AFP)

Le centre-ville de Glucholazy (Pologne) est inondé, le 15 septembre 2024. (SERGEI GAPON / AFP)

Le centre-ville de Glucholazy (Pologne) est inondé, le 15 septembre 2024.(SERGEI GAPON / AFP)

Des passants dans une rue de Klodzko, dans le sud-est de la Pologne, le 15 septembre 2024. (MACIEJ KULCZYNSKI / EPA / MAXPPP)

Des passants dans une rue de Klodzko, dans le sud-est de la Pologne, le 15 septembre 2024.(MACIEJ KULCZYNSKI / EPA / MAXPPP)

Les champs de Neukirchen an der Enknach (Autriche) sont envahis par les eaux, le 14 septembre 2024. (DANIEL SCHARINGER / APA / AFP)

Les champs de Neukirchen an der Enknach (Autriche) sont envahis par les eaux, le 14 septembre 2024.(DANIEL SCHARINGER / APA / AFP)

Le village de Lipova-lazne (République tchèque) subit une crue de sa rivière gonflée par les pluies qui s'abattent sur le pays, le 15 septembre 2024. (MARTIN DIVISEK / MAXPPP)

Le village de Lipova-lazne (République tchèque) subit une crue de sa rivière gonflée par les pluies qui s'abattent sur le pays, le 15 septembre 2024.(MARTIN DIVISEK / MAXPPP)

A Prague, les pompiers tchèques ont installé des barrières anti-inondation le long de la Vltava, le 13 septembre 2024, en prévision des intempéries. (MARTIN DIVISEK / EPA / MAXPPP)

A Prague, les pompiers tchèques ont installé des barrières anti-inondation le long de la Vltava, le 13 septembre 2024, en prévision des intempéries.(MARTIN DIVISEK / EPA / MAXPPP)

Une ligne du métro de Vienne, la capitale autrichienne, a été partiellement fermée le 15 septembre 2024, le réseau étant menacé par la crue de la rivière Vienne et du canal du Danube. (TOBIAS STEINMAURER / APA / AFP)

Une ligne du métro de Vienne, la capitale autrichienne, a été partiellement fermée le 15 septembre 2024, le réseau étant menacé par la crue de la rivière Vienne et du canal du Danube.(TOBIAS STEINMAURER / APA / AFP)

En Bavière (Allemagne), la rivière Inn menace la commune de Passau, le 14 septembre 2024. (ARMIN WEIGEL / DPA / AFP)

En Bavière (Allemagne), la rivière Inn menace la commune de Passau, le 14 septembre 2024.(ARMIN WEIGEL / DPA / AFP)

Un déluge

Par Le 12/09/2024

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A ceux qui pensent que tout va bien et que le froid de ces jours prouvent que nous ne vivons pas de réchauffement climatique :

« Tous les éléments convergent vers une catastrophe climatique majeure ce week-end sur une surface incroyablement étendue de la Pologne à la Croatie sur 7 pays. Les potentiels dégâts agricoles sont vastes : maïs, tournesol, vigne, arboriculture, sorgho, bâtiments d'élevage inondés (...) et risquent d'être incroyablement étendus dans les basses plaines agricoles et reliefs de Prague à Bratislava en passant par Vienne.

Il devrait tomber entre 100 et 300+mm de pluie sur ces zones densément peuplées entourées d'importantes plaines agricoles.

Pourquoi ? Une goutte froide va puiser son énergie dans la méditerranée surchauffée avant de remonter et stationner sur l'Europe Centrale. Les valeurs d'eau précipitable sont folles.

Une catastrophe est imminente. Elle fera sûrement la une des infos ces prochains jours ». Serge ZAKA

"Anaïs" sur France Info

Par Le 11/09/2024

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Deux anciens articles : (cliquez sur le titre)

 

"Anaïs s'en va-t-en guerre" (cinéma)

Anaïs et Marion

 

 

"Anaïs, 2 chapitres" : l'histoire d'une jeune agricultrice prête à tout pour lancer son exploitation de plantes aromatiques

 

Avec ce documentaire, la réalisatrice Marion Gervais saisit une tranche de vie et dresse un beau portrait de femme.

Article rédigé parLaurence Houot

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 11/09/2024 06:00

Temps de lecture : 5 min"Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

"Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

En 2012, Marion Gervais avait filmé Anaïs, une jeune agricultrice de 24 ans, pleine de passion et de détermination. Dans ce premier documentaire de 46 minutes, Anaïs s'en va-t-en guerre, sorti en 2014, la réalisatrice suivait la jeune femme dans son combat pour s'installer en Bretagne, contre vents et marées, entre une administration tatillonne et un milieu agricole misogyne. Dix ans plus tard, la réalisatrice revient nous donner des nouvelles de cette jeune femme passionnée par son métier, la culture des plantes aromatiques, qui cette fois "s'en va-t-aimer". Ces deux temps forts sont rassemblés dans Anaïs, 2 chapitres, à voir au cinéma le 11 septembre 2024.

Quand le film s'ouvre, Anaïs est accroupie dans ses plantations et elle arrache rageusement les mauvaises herbes en pestant contre l'administration. "Désherber", comme elle le dira plus tard, ça la "détend". La jeune femme vit dans une caravane, sans eau et sans électricité. Elle rêve de lancer sa production de plantes aromatiques. Et pour ça, elle va devoir faire avec les contraintes administratives, les remarques sexistes du monde agricole ("une jolie fille n'a rien à faire dans les champs") et le climat breton. "Aussi, quelle idée de vouloir faire des tisanes en Bretagne...", s'amuse la jeune femme. 

Anaïs a besoin d'une réserve d'eau et de financement pour investir dans un séchoir pour ses plantes, mais elle se heurte à la bureaucratie. Pleine de doutes mais jamais complètement découragée, la jeune femme écoute patiemment (même si elle n'en pense pas moins) les conseils des uns et des autres. Puis elle trouve une petite maison et un bout de terre où faire pousser ses plantes. L'aventure peut commencer.

"Je suis sûre que j'irai au bout"

"Ce qui me fait peur, c'est de ne pas y arriver, déclare la jeune femme, toujours en action, parce que si je n'y arrive pas, je ne sais pas ce que je ferai de ma vie". Anaïs travaille 12 heures par jour, et ne tire quasiment pas de salaire de son travail. Qu'à cela ne tienne, elle ne lâche rien :"Je préfère bosser 60 heures par semaine dans mon champ que 35 heures à l'usine", déclare-t-elle en souriant.

Elle laboure, sème, cueille, tout ça seule, et à la main. Et elle s'accroche, les mots de certains lui apportant parfois du réconfort, notamment ceux du chef étoilé Roellinger installé à Cancale, connu pour sa cuisine herbacée. "Si vos plantes sont belles, c'est peut-être parce que vous y avez apporté un soin particulier", lui dit-il.

Avec son corps filiforme de danseuse et ses mains de paysanne, Anaïs travaille inlassablement sur ses terres, comme dans une chorégraphie, portée par un mélange de force et de grâce.

Quand le premier chapitre se referme, il reste encore du travail mais rien ne semble pouvoir arrêter la jeune femme, qui au fil des semaines et des rencontres a trouvé une forme de confiance. "Je ne suis pas du tout sûre que ça va marcher, mais je suis sûre que j'irai au bout", assure-t-elle.

"À deux, ça change tout"

Dix ans plus tard, chapitre 2, on retrouve Anaïs, même fougue, même langage fleuri, une pointe de gravité en plus dans le regard, elle est toujours près du sol, à arracher de l'herbe avec une main pendant que l'autre tient le téléphone. Au bout du fil, les services de la préfecture. Elle a trouvé une nouvelle raison de pester contre l'administration : il lui faut obtenir un visa pour son mari Seydou, originaire du Sénégal, avec qui elle désire ardemment partager son petit paradis de plantes odoriférantes, qu'elle "traite comme des princesses".

Ce second chapitre est exclusivement consacré à l'amour. On aura très peu de détails sur l'évolution de l'exploitation et la vente des tisanes d'Anaïs, si ce n'est par ce qui est montré à l'image, et tout indique que le projet a bien prospéré.

"Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

"Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

Sur cette question de l'amour, en revanche, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Une fois les tracasseries administratives réglées et Seydou installé avec Anaïs, les choses ne vont pas de soi. Si Seydou fait sa part du travail dans les champs et à la maison, il a du mal à s'adapter, et la tension monte entre Anaïs et son mari.

Mais comme dans le chapitre 1, Anaïs n'est pas prête à lâcher. Peu à peu Seydou s'acclimate et le couple trouve ses marques. "Le quotidien est le même, mais à deux, et ça change tout", lâche Anaïs, pendant qu'une nouvelle pousse grandit dans son ventre.

Le temps qui passe

Construit en deux parties, comme l'indique le titre, le film dresse avant tout le portrait d'une femme qui, comme elle le dit elle-même, "ne fait rien comme les autres gens". Une femme déterminée, à fleur de peau, intransigeante, capable de transformer sa colère en énergie pour faire vivre ses rêves.

Dans une mise en scène sobre et pudique, la caméra reste accrochée à son personnage, le film scandé par des plans qui reviennent à intervalles réguliers, comme pour marquer le temps qui passe : les pas d'Anaïs dans les herbes, ou encore ce plan fixe de la jeune agricultrice, de dos, le regard tourné vers l'horizon, qui peu à peu s'élargit.

"Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

"Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

Témoin d'une belle tranche de vie, ce film est traversé par toutes sortes de questionnements sur la société, du travail à la féminité, en passant par l'amour, l'immigration et la tolérance.

Anaïs, 2 chapitres est aussi pénétré par des questions plus intimes, propres à la personnalité extraordinaire d'Anaïs, qui nous fait partager aussi bien sa passion que ses convictions, ses doutes et son extraordinaire force de vie, et aussi celle de Seydou, son amoureux avec son parcours chaotique, et ses silences qui en disent long.

Affiche du film "Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

Affiche du film "Anaïs, 2 chapitres", de Marion Gervais, sortie le 11 septembre 2024. (LA VINGT-CINQUIEME HEURE)

La Fiche

Genre : Documentaire
Réalisateur : Marion Gervais
Pays : France
Durée : 1h 44min
Sortie : 11 septembre 2024
Distributeur : La Vingt-Cinquième Heure Distribution
Synopsis : Anaïs, 24 ans, s'installe comme agricultrice en Bretagne. Rien ne l'arrête. Ni l'administration, ni les professeurs misogynes, ni le tracteur en panne, ni les caprices du temps... 10 ans plus tard, Anaïs est maintenant mariée avec un jeune Sénégalais, Seydou. La dure loi des frontières compliquant tout, ils vont devoir se relever les manches... Ensemble.

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Une justice à deux vitesses

Par Le 11/09/2024

 

Deux millions d'amende, c'est sans doute la somme engrangée par Nestlé dans une matinée... C'est juste lamentable au regard de la tromperie et des conséquences sur l'environnement.

Nestlé Waters va payer une amende de 2 millions d'euros et échapper à un procès

 

L'entreprise possède les marques Vittel, Perrier, Contrex, Hépar et San Pellegrino.

Article rédigé parfranceinfo avec AFP

France Télévisions

Publié le 10/09/2024 21:11Mis à jour le 10/09/2024 21:13

Temps de lecture : 1 minL’usine d’embouteillage de Nestlé Waters, à Contrexéville (Vosges), en France, le 23 mai 2023. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

L’usine d’embouteillage de Nestlé Waters, à Contrexéville (Vosges), en France, le 23 mai 2023. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Nestlé Waters n'ira pas devant les tribunaux. Le groupe, qui était visée par deux enquêtes préliminaires pour des forages illégaux et pour tromperie, va payer une amende de 2 millions d'euros après avoir conclu mardi 10 septembre une convention judiciaire d'intérêt public (CJIP) avec le parquet d'Epinal.

à lire aussi : Scandale des eaux Nestlé : pourquoi le groupe pourrait échapper à un procès

L'entreprise qui possède les marques Vittel, Perrier, Contrex, Hépar et San Pellegrino doit s'acquitter de cette amende dans un délai de trois mois, a précisé le procureur d'Epinal Frédéric Nahon dans un communiqué, en annonçant la conclusion de cette CJIP, "la plus importante en matière environnementale signée à ce jour en France".

Quelque 516 800 euros pour des associations de défense de l'environnement

La filiale du groupe suisse Nestlé s'est également engagée à "la réparation de l'impact écologique par la mise en place d'un ambitieux plan de renaturation et de restauration" de deux cours d'eau, le Petit-Vair et le Vair, et à la restauration de zones humides situées sur le territoire de Vittel et de Contrexéville. Ce plan représente un investissement de 1,1 million d'euros, et doit être mis en oeuvre sous la supervision de l'Office français de la biodiversité pendant deux ans.

La société va en outre indemniser plusieurs associations de défense de l'environnement à hauteur de 516 800 euros au total. La conclusion de cette CJIP intervient à la suite de deux enquêtes préliminaires. La première portait sur des forages exploités sans autorisation et la seconde pour tromperie, en raison de l'utilisation de traitements non autorisés - reconnue par Nestlé - pour ses eaux minérales, en l'occurrence le traitement par ultraviolets et des filtres à charbon actif.

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James Lovelock, docteur catastrophe

Par Le 07/09/2024

Je pense avoir tout lu de cet auteur, ce qui a été traduit, et maintenant, je lis la thèse d'un chercheur du CNRS le concernant et principalement sur l'hypothèse GAÏA. 

 

Gaïa, Terre vivante - Sébastien DutreuilLire un extrait

Gaïa, Terre vivante
Histoire d'une nouvelle conception de la Terre

 

Sébastien Dutreuil

 

Qui est Gaïa ? Une proposition scientifique ou un nouveau rapport spirituel, philosophique et politique à la nature ? Gaïa est la divinité grecque qui a surgi après Chaos pour engendrer le monde. Mais c'est aussi le nom que James Lovelock, chimiste et ingénieur anglais, et Lynn Margulis, microbiologiste américaine, ont donné dans les années 1970 à l'hypothèse d'une régulation de l'habitabilité de la Terre par les êtres vivants. Cette figure clivante a généré des débats passionnés dans les sciences, en philosophie, dans la littérature écologiste.
Les critiques la résument à l'idée d'un altruisme biologique global, invalidé par la sélection naturelle et dont il ne resterait que de vaines élucubrations New Age. Lovelock estime quant à lui que l'ensemble de ses réflexions spéculatives sur la Vie et la Terre, élaborées depuis le laboratoire construit dans son garage au fond de la campagne anglaise, est à même de transformer les sciences et la conception moderne de la Nature.
Aucun de ces récits n'est satisfaisant. Ils ne permettent pas de restituer l'immense influence de Gaïa sur les sciences de l'environnement, de la constitution des sciences du système terre au concept d'Anthropocène. Ils masquent les enjeux philosophiques et politiques les plus importants de Gaïa. Cette enquête historique et philosophique cartographie les controverses et propose un nouveau récit. Gaïa est une nouvelle conception de la Terre, un cadre pour penser les pollutions de l'environnement global (climat, ozone, insecticides, pluies acides, etc.). Malgré les réticences qui subsistent à l'évocation du nom de Gaïa, nous pouvons enfin saisir l'influence profonde qu'elle a eue sur les savoirs, les philosophies et les politiques contemporaines de la Terre.

Version papier : 25.00 €

Version numérique : 18.99 €

 



https://www.lemonde.fr/planete/article/2006/02/10/james-lovelock-docteur-catastrophe_739990_3244.html?fbclid=IwY2xjawFJLmlleHRuA2FlbQIxMQABHVyFdFi0raAvoW1f5ROKGiHowkNW2xCBsgOYv1b7rug_IIjT7voei1Fywg_aem_hayjUgqWRY21_WxIqnNmEg

James Lovelock, docteur catastrophe

La civilisation va disparaître en raison du réchauffement climatique. C'est un scientifique de très haut niveau qui le dit. Dans son dernier livre, "La Revanche de Gaia", il pourfend les illusions du développement durable.

Par Hervé Kempf

Publié le 10 février 2006 à 13h41, modifié le 10 février 2006 à 13h41

Vraiment, des milliards de gens vont mourir du fait du changement climatique ?" "Oui. Avec le réchauffement, la plus grande partie de la surface du globe va se transformer en désert. Les survivants se grouperont autour de l'Arctique. Mais la place manquera pour tout le monde, alors il y aura des guerres, des populaces déchaînées, des seigneurs de la guerre. Ce n'est pas la Terre qui est menacée, mais la civilisation."

Le ton est des plus tranquilles, et l'on converse dans l'ambiance sereine d'un cabinet de travail au coeur d'un cottage du Devon plus britannique que nature. D'ailleurs, l'aimable grand-père s'étonne lui-même de sa prophétie : "Je suis un homme joyeux, je n'aime pas les histoires de catastrophes. C'est ce qui rend celle-ci si étrange." Il n'en doute pas : un seuil a été franchi, une machine irréversible est en marche, le réchauffement va s'emballer, atteignant 8 °C en un siècle — un niveau insupportable pour la planète et les hommes qui y vivent. Quand aura lieu la crise ? Avant 2050.

On voudrait bien ne pas l'entendre, se complaire dans l'idée que les choses sont en train de s'arranger, que Kyoto avance, que le développement durable modifie peu à peu la donne, que le vilain Bush va quitter la scène. Sauf qu'il est difficile de négliger un des savants les plus rayonnants des dernières décennies : James Lovelock a peut-être des idées fantaisistes, mais c'est une fantaisie qui a fait de lui, au minimum un très grand scientifique, et peut-être l'inventeur d'une théorie qui pourrait le placer dans la lignée des Newton, Maxwell ou Darwin...

Mais qui est-il ? Surprise : en France, il est totalement ignoré. Au mieux aura-t-on entendu parler de l'hypothèse Gaia, une théorie bizarre et un peu suspecte. En Angleterre, c'est un chéri des médias. Il est célèbre en Allemagne, populaire au Japon, traduit en Espagne. La France est-elle trop étroitement cartésienne ou, plus simplement, provinciale ? Peu importe. Sir Lovelock, qui a inventé divers instruments toujours utilisés aujourd'hui, compte plus de 200 articles scientifiques à son actif, est membre de la Royal Society (l'équivalent de l'Académie des sciences française, en plus chic), a accumulé distinctions et titres dont l'énumération remplirait la moitié de cette page. A 86 ans, tout en contemplant avec sérénité la perspective de la mort — "à notre époque, il est immoral de vouloir vivre au-delà de cent ans" —, il parle comme s'il lui restait sa vie à vivre.

D'ailleurs, il aime bien les tournants. Vers 40 ans, raconte-t-il, "j'avais un job très sûr, presque aucune contrainte, un très bon salaire selon les standards de l'époque. Je me voyais aller tranquillement vers la retraite — ça m'horrifiait. Heureusement, j'ai reçu une lettre de la Nasa qui m'invitait à venir concevoir des instruments qui seraient posés sur Mars ou Vénus. Cela m'a donné une excuse honorable pour quitter un employeur parfait."

Le docteur en médecine travaillait depuis 1941 au Medical Research Council de Londres, côtoyant des hommes comme Archer Martin, Prix Nobel de chimie en 1952. James avait notamment étudié le rhume et inventé divers dispositifs, dont l'un, le détecteur par capture d'électrons, s'est imposé comme un classique des instruments de laboratoire. Il n'hésitait pas à payer de sa personne : étudiant les brûlures pendant la guerre, il se brûlait le bras, avec des collègues, plutôt que de sacrifier des lapins innocents. "Au bout d'une semaine, je pouvais mettre une cigarette sur mon bras sans rien sentir. Mais j'étais quand même trop malade, j'ai arrêté ça."

Le voilà donc en 1961 entre Houston et Los Angeles. Il étudie des dispositifs permettant de prélever du sol de Mars afin d'observer si l'on y trouve des traces de vie. Mais le biologiste ingénieur propose une solution différente : "Il fallait analyser la composition de l'atmosphère sur Mars. Mon argument était que, s'il y avait de la vie sur Mars, elle influerait sur l'atmosphère, celle-ci étant à la fois matériau de la vie et réceptacle de ses rejets. L'atmosphère serait transformée, ce que révélerait l'analyse."

Il conçoit des expériences à cette fin, et commence à faire germer l'idée qui va le rendre célèbre : "Il est apparu que l'atmosphère de Mars était complètement équilibrée, et qu'il n'y avait pas de vie. Or, sur la Terre, il y a une atmosphère extraordinaire, avec un gaz très réactif, l'oxygène : elle devrait être très instable, mais elle reste pourtant toujours au même niveau, favorable à la vie. Vous pouvez en déduire que quelque chose doit la réguler pour qu'il reste constant." L'hypothèse que la Terre constitue un ensemble vivant autorégulé naît. Elle prend le nom de "Gaia" — la Terre mère, dans la mythologie grecque —, suggéré par son ami William Golding, qui recevra le prix Nobel de littérature en 1983.

Après ces années 1960, le développement de la théorie Gaia va occuper l'essentiel de la vie de Lovelock, qui subsiste confortablement en tant que scientifique indépendant, consultant pour des organisations comme la Nasa ou la société Shell. En 2001, plusieurs sociétés savantes internationales (Diversitas, IGBP, etc.) endossent la théorie, déclarant que "le système Terre se comporte comme un système unitaire autorégulé constitué des composants physiques, chimiques, biologiques et humains". L'ancien quaker — il a abandonné la foi en 1951, devenant agnostique — prend bien garde à ne pas se laisser entraîner dans une interprétation spiritualiste de sa théorie. Mais il précise qu'"en privé" il considère "l'espèce humaine comme le système nerveux de Gaia".

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Ce système nerveux se transforme en empoisonneur, affirme Lovelock dans The Revenge of Gaia (La Revanche de Gaia), qui paraît en Grande-Bretagne ces jours-ci chez Penguin. "Cela me rappelle 1938 : les gens, les politiciens, tout le monde savait que la guerre arrivait, mais personne n'agissait de manière sensée. Notre situation est similaire : le désastre peut survenir soudainement."

Il pourfend les illusions du développement durable ou des éoliennes, appelle à la décroissance des consommations matérielles, à une "retraite" de l'économisme — et constate l'inertie des sociétés industrielles. La catastrophe est à la porte et nous ne faisons rien. Mais, au fond, on dirait que cet homme gai et dont le parcours est un tissu d'imagination et d'indépendance peine à croire à sa prophétie. "La vie est si excitante."

Hervé Kempf

Les leaders de la pensée verte.

Par Le 04/09/2024

 

 

Et pan... Ils me fatiguent tous ces "leaders" de la pensée verte qui au final se révèlent de sacrés hypocrites. Et ils sont nombreux.

Une lette de Nicolas Casaux à Cyril Dion.

 

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Nicolas Casaux

 

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LETTRE À CYRIL DION

Cher Cyril, dans une interview parue hier sur le site de Libération, au sujet de l’écologie, tu déplores le fait que le système « intègre les critiques sans réellement poser le problème en disant qu’on va faire de la croissance verte, du développement durable, de l’écologie “pragmatique”. Qu’on va trouver des solutions technologiques et faire de l’hydrogène vert. Et que cela va nous permettre de continuer comme si de rien n’était. Sans se poser la bonne question. Celle du modèle économique. De la remise en cause de la croissance. Produire moins. »

D’un côté, cher Cyril, tu as bien raison. La « croissance verte », le « développement durable », les solutions technologiques, tout ça relève de la mystification. Il n’existe pas de version « verte » ou « durable » du capitalisme industriel. Toutes les industries, y compris les industries de production de technologies ou d’énergies dites « vertes », « propres », impliquent des dégradations du monde naturel. L’alternative qui se présente à nous consiste à sortir du mode de vie industriel ou à continuer de ravager la planète jusqu’à une catastrophe ultime, pour nous comme pour toute la vie sur Terre.

Mais d’un autre côté, cher Cyril, cela me pose question. Je m’explique :

1. Ton amie Isabelle Delannoy, qui a publié, dans la collection que tu gères chez Actes Sud, un livre (L’Économie symbiotique) que tu as élogieusement préfacé et que tu cites souvent, y compris dans tes propres livres, s’est spécialisée dans la promotion du « développement durable », d’une « nouvelle croissance économique » et de « solutions technologiques ». Une interview qu’elle a accordée à Salesforce France est même intitulée « Comment concilier DÉVELOPPEMENT durable et RENTABILITÉ économique ? » Delannoy fait aussi, dans tout ça, la promotion de « l’hydrogène vert » et de « flottes de véhicules à hydrogène ».

Dans la même collection, chez Actes Sud, tu as fait publier une traduction du livre Drawdown : Comment inverser le cours du réchauffement planétaire de l’états-unien Paul Hawken. Ce livre, tu l’as aussi préfacé, là encore élogieusement. Je me permets de te citer : « J’espère donc que cet ouvrage constituera une véritable feuille de route dont se saisiront les élus, les chefs d’entreprise et chacun d’entre nous. »

Hawken est pourtant célèbre pour sa promotion de ce qu’il appelle un « capitalisme naturel » et de la « croissance verte ». Il est mondialement connu comme un des principaux théoriciens du capitalisme vert. Son livre est un concentré de « solutions technologiques », qu’il présente comme susceptibles de « contribuer à la croissance économique ». Évidemment, parmi celles-ci, on retrouve l’hydrogène vert, mais aussi la géo-ingénierie (« épandre de la poussière de silicate sur la terre (et les mers) pour capter le dioxyde de carbone », « reproduire la photosynthèse naturelle dans une feuille artificielle » ou mettre en place « une nouvelle industrie durable de captage et de stockage de milliards de tonnes de dioxyde de carbone prélevés directement dans l’atmosphère », etc.), les « autoroutes intelligentes », les avions alimentés par des biocarburants, les camions tout électriques, un « système d’automatisation des bâtiments (BAS) », qui constituerait « le cerveau d’un bâtiment » : « équipés de capteurs, les bâtiments BAS scrutent et rééquilibrent en permanence pour une efficacité et une efficience maximales. Les lumières s’éteignent lorsqu’il n’y a personne, par exemple, et les fenêtres s’ouvrent pour améliorer la qualité et la température de l’air. Un système classique indique aux gestionnaires de bâtiments les mesures à prendre, comme le tableau de bord d’une voiture ; les bâtiments dotés de systèmes automatisés agissent eux-mêmes, comme une voiture autonome. » Et puis la « téléprésence » : « la téléprésence prend désormais vie de diverses manières et dans des contextes variés. Des entreprises et des écoles aux hôpitaux et aux musées, l’interaction virtuelle ouvre de nouvelles possibilités. À l’aide d’un robot de téléprésence mobile, un chirurgien peut donner son avis sur une intervention rare en temps réel, sans se déplacer d’Austin à Amman. Réunis dans des salles de conférence de téléprésence à Sydney et à Singapour, des cadres peuvent débattre d’une éventuelle acquisition sans prendre le moindre vol. Les entreprises qui ont adopté la téléprésence avec enthousiasme constatent qu’il n’est pas possible de réduire tous les déplacements, mais que beaucoup le peuvent. Au-delà de la réduction des émissions de carbone, la téléprésence offre de nombreux autres avantages : des économies de coûts grâce aux voyages évités, bien sûr, mais aussi des horaires moins éprouvants pour les employés, des réunions à distance plus productives, la possibilité de prendre des décisions plus rapidement et une meilleure connexion interpersonnelle entre les pays. » Etc.

Hawken figure en outre dans la dernière série de documentaires que tu as réalisée, intitulée Un monde nouveau, coproduite par Arte, le fonds d’investissement Mirova, l’entreprise Akuo Energy (qui développe des projets industriels de production d’énergies dites « renouvelables » dans de nombreux pays), Ushuaïa TV, France info, etc.

Autrement dit, tes ami·es et toi faites inlassablement, et depuis des années, la promotion de tout ce que tu prétends déplorer dans l’interview que tu as donnée à Libé.

J’aimerais donc comprendre : réalises-tu à quel point tu es hypocrite ? Fais-tu exprès de promouvoir tout et son contraire ? Te moques-tu de nous délibérément ?

2. Dans l’interview susmentionnée, comme à ton habitude, ces temps-ci, tu te plains. Tu laisses entendre que tu en as marre, que tu es fatigué, que la vie est dure. Que ta vie est dure. Tu te plains aussi du fait - ô monde cruel - que malgré tous les documentaires que tu réalises, malgré tous tes discours, le monde ne va toujours pas bien. Mais, bon sang, comment que ça se fait ?! Tu prétends que cela fait « cinquante ans » que des gens comme toi disent ce qui ne va pas et ce qu’il faudrait faire dans les médias.

Seulement, vois-tu, ainsi que cette lettre en témoigne, cela fait au moins aussi longtemps que des gens comme moi s’efforcent de souligner les erreurs (pour rester poli) et les contradictions qui minent les perspectives comme la tienne. Mais pour diverses raisons relativement faciles à deviner, et contrairement à toi, les nôtres n’ont pas voix au chapitre, ne sont pas invité·es sur les plateaux télé ou à la radio, leurs travaux ne sont pas financés par France Télévisions, sponsorisés par l’AFD, Orange, Konbini, L’OBS, la Banque postale, UGC ou Mirova.

J’en viens à ma question : t’arrive-t-il de te demander si, si rien ne change malgré la diffusion mass-médiatique, depuis plusieurs décennies déjà, de discours comme le tien, c’est peut-être parce que vos idées sont largement à côté de la plaque ? (Face à l’immuabilité de la trajectoire du capitalisme industriel et à son incapacité à se verdir, à devenir écologique, propre, les gens comme toi, l’air exaspéré, paraissent décontenancés, surpris. Comme si, au vu de la situation, nous aurions pu ou dû nous attendre à autre chose. Alors qu’en fait, non.)

(N'hésitez pas à m'aider à partager cette lettre. Avec un peu de chance, il tombera dessus, et, qui sait, y répondra.)



Article 122-1 du code pénal

Par Le 02/09/2024

 

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Article 122-1 du code pénal sur l'irresponsabilité : "N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes."

 

Nous en sommes là.

Combien d'individus sont encore pourvus de discernement au regard de l'impact humain sur la planète?

Combien sont encore capables de s'extraire du fonctionnement matérialiste et individualiste ?

Combien sont conscients que la continuité de l'exploitation immodérée des ressources pour rassasier des besoins secondaires conduit l'humanité toute entière à une situation qui relèvera de l'invivable ?

Combien sont suffisamment empathiques pour prendre en considération les générations à venir ? 

Combien sont donc encore pourvus d'un discernement compatible avec la vie ?

La révolution industrielle suit son cours, nourrie par une folie collective. 

 

Crise climatique : la Chine a connu son mois d'août le plus chaud de l'histoire dans plusieurs provinces

 

"La plupart des régions de Chine ont connu un été plus chaud que les années précédentes", a souligné le service météorologique national dans un article publié dimanche.

Article rédigé parfranceinfo avec AFP

France Télévisions

Publié le 02/09/2024 14:41Mis à jour le 02/09/2024 15:20

Temps de lecture : 2 minA Shanghai, en Chine, des personnes se protègent du soleil avec des parapluies, le 6 août 2024, en pleine canicule. (CFOTO / NURPHOTO / AFP)

A Shanghai, en Chine, des personnes se protègent du soleil avec des parapluies, le 6 août 2024, en pleine canicule. (CFOTO / NURPHOTO / AFP)

Une grande partie de l'hémisphère nord est frappée en cette fin d'été par des vagues de chaleur particulièrement fortes, de l'Europe à l'Asie. Comme au Japon, où les services météorologiques ont annoncé que le mois d'août avait été le plus chaud enregistré dans le pays, les autorités chinoises font état, lundi 2 septembre, de températures exceptionnelles. En août, les températures moyennes de l'air ont été les plus élevées depuis le début des relevés à Shanghai, ainsi que dans six provinces (le Jiangsu et le Shandong à l'est du pays, le Hebei (nord), le Hainan (sud), le Jilin et le Liaoning (nord-est), ainsi que dans la région du Xinjiang (nord-ouest), liste le portail d'information du service météorologique national.

Cinq autres provinces ont connu le deuxième plus chaud mois d'août de leur histoire, et sept autres le troisième plus chaud. "La plupart des régions de Chine ont connu un été plus chaud que les années précédentes", a souligné le service météorologique national dans son article publié dimanche.

En juillet, la température moyenne au niveau national avait connu son niveau le plus élevé, 23,21°C, contre 23,17°C lors du précédent record de 2017.

Des extrêmes climatiques plus fréquents et intenses 

Plusieurs grandes villes, comme Shanghai, Hangzhou (est) et Chongqing (sud-ouest), ont également connu un plus grand nombre de "journées à fortes températures" (généralement lorsque le mercure dépasse les 35°C) qu'au cours de n'importe quel autre mois d'août depuis le début des relevés.

La Chine connaît un été marqué par des événements climatiques extrêmes et des températures localement inhabituelles, des types de phénomènes exacerbés par le changement climatique selon des scientifiques.

Le géant asiatique est le plus important émetteur mondial, en valeur absolue, de gaz à effet de serre contribuant à ce changement climatique. Il a promis d'arriver à un pic d'émissions d'ici 2030 et d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2060.

Depuis le XIXe siècle, la température moyenne de la Terre s'est réchauffée de 1,1°C. Les scientifiques ont établi avec certitude que cette hausse est due aux activités humaines, consommatrices d'énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Ce réchauffement, inédit par sa rapidité, menace l'avenir de nos sociétés et la biodiversité. Mais des solutions – énergies renouvelables, sobriété, diminution de la consommation de viande – existent. Découvrez nos réponses à vos questions sur la crise climatique.

Pour nous, les hommes.

Par Le 31/08/2024

 

Un mois bien, bien pourri médicalement parlant. Trois passages aux urgences et un final en apothéose avec une intervention chirurgicale. Et je suis admiratif de la technologie au laser qui a été utilisée. Et tout autant des hommes et femmes qui un jour ont décidé de se lancer dans la médecine de ce niveau. Il ne me reste plus qu'à récupérer et à imaginer le bonheur de ce jour à venir où je remonterai sur le vélo ou que j'irai marcher ou nager, ce jour où je pourrai de nouveau user pleinement de mon corps.

Je me suis dit en tout cas que cette expérience méritait d'être détaillée parce qu'elle pourrait servir à d'autres hommes. Et si je précise que ça concerne les hommes, c'est parce qu'il s'agit de la prostate.

Il y a six ans ma prostate (à 56 ans) a commencé à montrer des signes de faiblesse. Un jet moins puissant et surtout une vidange incomplète de la vessie. L'obligation de me lever au moins une fois la nuit ce qui ne m'arrivait jamais. Je m'en suis accommodé. Et  je n'aurais pas dû car depuis ce temps, le grossissement de la prostate n'a cessé de s'amplifier et le 28 juillet, j'ai passé une sale journée et une nuit très pénible : fièvre, tremblements, suées. Le lendemain, je suis allé voir ma médecin généraliste et elle m'a diagnostiqué une probable prostatite. Prise de sang et traitement antibio de choc. L'idée, c'était d'éviter la rétention urinaire qui peut avoir des effets très néfastes sur la vessie et même sur les reins. 

Le résultat de la prise de sang a été sans appel : prostatite aigue et je me suis retrouvé en blocage complet, plus une goutte. Un taux de PSA très élevé, une infection majeure de la sphère urinaire. La médecin a essayé de m'installer une sonde urinaire et elle n'a jamais réussi à passer l'obstacle de la prostate. Direction les urgences. Je suis passé devant tous les gens qui attendaient. Situation d'urgence immédiate. 
Je ne souhaite à personne de connaître la mise en place d'une sonde urinaire quand la prostate a la taille d'une boule de pétanque. C'est en tout cas l'impression que j'en avais puisque je la sentais jusque contre la paroi du rectum. L'infirmière a été obligée de "passer en force"... Neuf cent millilitres d'urine se sont vidés et ça a été un très gros soulagement... Retour à la maison, rdv avec l'infirmière à domicile pour le suivi et la mise en place de la poche de nuit, surveillance d'éventuelles surinfection. Je dormais donc avec une large poche en complèment de la poche de jour sur laquelle j'étais branché. Mais on ne dort pas bien du tout avec une sonde urinaire...

Huit jours plus tard, la médecin généraliste a considéré que c'était suffisant, que le traitement antibio avait fait son efffet, le taux de PSA était bien redescendu, je n'avais plus de traces d'infection. Elle a enlevé la sonde et je suis rentré.

Deux heures plus tard, j'étais de nouveau en rétention. Retour aux urgences.

Je n'avais toujours pas vu d'urologues, les trois de l'hôpital avaient pris leurs congés en même temps mais un urgentiste m'a expliqué que ça prenait fortement la direction d'une intervention chirurgicale, que cette fois, j'allais garder la sonde jusqu'au 22 août et qu'on l'enlèverait. Pour une dernière tentative. 

Le 22 au matin, l'infirmière est passée à la maison et a retiré la sonde. J'avais enfin obtenu un RDV avec un urologue de l'hôpital à 14 heures. A midi trente, j'étais dans la salle d'attente et je prévenais une infirmère que j'étais de nouveau en rétention et que je ne tiendrai pas. Vu ma tête, elle a appelé le chirurgien sur son portable et je l'ai entendu dire : "Vous le sondez immédiatement". 

Troisième sonde... Depuis la deuxième, j'avais déjà des filaments de sang qui s'évacuaient. Grosse, grosse fatigue, je n'en voyais pas le bout de cette galère...

Le chirurgien est arrivé et il m'a expliqué deux, trois choses que je savais déjà (j'avais lu tous les sites hospitaliers spécialisés en urologie). Il m'a fait un toucher rectal.

 "Prostate à 90, on opère, plus le choix, vous ne vous en sortirez pas, même avec des mois de sonde et de toute façon, ça n'est pas envisageable. J'opère avec la méthode HOLEP, au laser."

De toute façon, pour moi, c'était le laser ou rien et j'étais prêt à aller à Limoges où le laser est utilisé. La chirurgie "classique" n'est pas du tout conseillée pour une opération de la prostate. Le laser découpe, rabote, allège, il passe par le canal de l'urêtre, par les voies naturelles comme disent les médecins. Et c'est sous anesthésie générale. Le chirurgien me donne la date de l'opération : le 16 octobre. Je le regarde, sidéré. 

"La liste d'attente est énorme, il n'y a pas assez d'appareils, pas assez d'urologues, pas de place, le service est surchargé et c'est partout pareil. Mais je vous  mets en tête de liste en cas de désistement, j'ai bien conscience que vous n'en pouvez plus."

En 20 jours, j'avais perdu trois kilos et ça se voyait sur mon visage émacié, les traits tirés.

Deux jours plus tard, je reçois un appel de l'hôpital.

"Il y a eu un désistement, le docteur vous opère mercredi matin. Vous avez un RDV avec l'anesthésiste lundi matin. Il faut une prise de sang et une analyse d'urine, vous ferez tout ça à notre laboratoire et on aura les résultats pour l'opération."

J'en aurais sauté de joie si je n'avais pas eu une sonde et une poche à urine. Je suis donc rentré le mercredi matin à 7 heures, le lendemain de mon anniversaire, et j'ai été opéré à 14 heures. Une heure trente d'anesthésie. Une nouvelle sonde pour évacuer le sang et les copeaux restants. Branché sur du sérum qui passait directement dans la verge et ressortait avec le liquide rosé...Antalgiques contre la douleur. le laser est plus gros qu'une sonde...Et son usage est très, très irritant. 

Etonnamment, je suis sorti le lendemain soir. L'évacuation du sang a été rapide et l'éclaircissement des urines était rassurant. Et merveille absolue, je n'avais plus de sonde pour la première fois depuis le 31 juillet. J'urine du sang en début et en fin de miction mais ça n'est presque plus douloureux. Et c'est un jet puissant, ce qui ne m'était pas arrivé depuis six ans. 

Je n'ai pas de fuites urinaires comme ça se produit habituellement. Le chirurgien l'explique par mon bon état musculaire, périnée et sphincter. Le sport, le sport...Ces éventuelles fuites sont de toute façon provisoires et peuvent même être traitées par une rééducation chez un kiné.

 

Donc, ce que je retire de cette expérience médicale, c'est qu'il n'est pas bon de s'accommoder d'une prostate faiblissante et qu'il vaut bien mieux anticiper une opération avant de se retrouver en rétention urinaire.

Si j'avais su...

A vous de voir chers collèges masculins.  

Sanctuaire pour animaux d'élevage.

Par Le 25/08/2024

 

 

La fin de l'article est juste stupéfiante. Les surfaces dédiées à l'élevage et donc au pâturage sont si importantes qu'il ne reste pas de disponibilté intéressante pour le maraîchage ?... C'est fou, complètement fou. Et encore une fois, la solution ne peut venir que des consommateurs...

"C'est fini, je ne peux plus" : une association suisse propose d'accompagner les éleveurs qui ne veulent plus exploiter des animaux

 

En Suisse, Virginia Markus a créé une association et un sanctuaire pour accueillir les animaux d'éleveurs volontaires lorsque ceux-ci perdent le sens de leur métier ou veulent arrêter d'élever des animaux pour des raisons éthiques.

Article rédigé parfranceinfo

Radio France

Publié le 25/08/2024 17:05

Temps de lecture : 2 minPaysage de campagne en Suisse. Illustration. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Paysage de campagne en Suisse. Illustration. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

On connaît les refuges pour animaux abandonnés, mais on connaît moins les refuges pour animaux d’élevage, quand leurs propriétaires abandonnent leur profession. En Suisse, Virginia Markus a créé un sanctuaire pour recueillir veaux, vaches et cochons initialement destinés à l’abattoir. Sa mission consiste aussi à proposer une reconversion aux éleveurs qui ne veulent plus exploiter des animaux pour des raisons éthiques. Un phénomène marginal encore, mais qui prend de l'ampleur.

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"Quand tu vois ces petits cochons, tu ne peux pas dire 'voilà une pointe, hop le rôti', tu ne peux pas ! Regarde ça, ils viennent même dire bonjour", pointe cet ancien éleveur. Dans une autre vie, Stéphane Baud avait des bovins et des cochons, pour leur viande, jusqu’au jour où les emmener à l’abattoir ne lui était plus humainement possible : "Une fois, j'ai dû aller dans un abattoir industriel. J'avais mis trois cochons et quand je suis parti, j'ai claqué la bétaillère, et je les entendais m'appeler derrière..." Il raconte s'être alors installé dans son tracteur, avoir fondu en larmes et quand il est rentré chez lui, la décision était prise : "Maintenant c'est fini, je ne peux plus."

Une démarche volontaire

C’est à ce moment que Stéphane entend parler de l’association Coexister de Virginia Markus. Il lui confie deux de ses vaches et discute avec elle des possibilités de reconversion. "Tous les animaux qui sont ici le sont parce que leurs anciens éleveurs ont été d'accord de les céder, gratuitement parce qu'on ne les rachète pas, explique Virginia Markus. Des éleveurs qui étaient très attachés à telle ou telle vache et qui préféraient la voir au sanctuaire plutôt qu'à l'abattoir."

Elle raconte sa démarche et la façon dont elle est contactée par les paysans : "Je ne vais pas frapper à la porte des éleveurs, sinon je me ferais rembarrer. Non, l'idée c'est que ce soit une démarche volontaire, que ce soit uniquement pour replacer un ou deux animaux ou que ce soit pour entamer une démarche de reconversion, ce sont eux qui m'approchent et ensuite une discussion découle, qui va déboucher sur des solutions."

"Je pars du principe que chaque projet est unique, donc je vais m'adapter aux besoins de la personne et aussi à la capacité de la ferme."

Virginia Markus, fondatrice de l'association Coexister

franceinfo

Pour Stéphane, ce sera la boulangerie végétale, c’est-à-dire sans viande ni lait. Un virage à 180 degrés, même si d’autres solutions existent pour les éleveurs en rupture de ban. Virginie Markus reprend : "Il peut y avoir des éleveurs, des éleveuses, qui veulent garder la ferme, la transformer pour faire autre chose : du lait d'avoine, de la culture céréalière, du maraîchage, etc. Certains veulent garder des animaux, donc en fait ça dépend du projet."

Elle rappelle aussi qu'un "certain nombre d'agriculteurs" veulent complètement "quitter l'agriculture tellement ils ont été dégoûtés du métier". Dans ces cas-là, l'associative essaye de les aider à se "reformer". Sur la quinzaine d’éleveurs accompagnés, peu sont restés agriculteurs, faute d’envie ou de terres adaptés à la culture céréalière ou maraîchère. Car si les surfaces agricoles représentent un quart du territoire suisse, la moitié est dédiée à l’élevage et au pâturage.

"La fertilité vient des arbres"

Par Le 25/08/2024

Il y a ceux qui anticipent, qui réfléchissent, qui observent, qui comprennent, qui adaptent, qui usent de leur bons sens et sortent des filières d'exploitations brutales et puis il y a "les autres".

 

"La fertilité vient des arbres" : l'agroforesterie, une solution face au réchauffement climatique

 

L'agroforesterie se développe en Alsace.

L'agroforesterie se développe en Alsace. • © Vincent Roy / France Télévisions

Écrit par Isabelle Michel

Publié le 13/08/2024 à 06h55partager cet article :

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L'agroforesterie est une pratique agricole. Elle donne de bons résultats et se développe en Alsace où les expérimentations se multiplient. Utiliser les arbres pour limiter les effets du réchauffement climatique est une solution d'avenir. Certains agriculteurs n'ont pas hésité à se lancer dans l'aventure.

Des arbres en plein milieu d'un champ de maïs, l'image est encore rare. Pour beaucoup, cela signifie encore une perte de rendement mais c'est peut-être le début d'une révolution. En Alsace, l'agroforesterie progresse lentement mais sûrement. À Pfettisheim, dans le Bas-Rhin, Dominique Daul a fait un pari sur l'avenir. Et c'est d'abord pour préserver les sols que cet agriculteur s'est lancé dans l'aventure. 

"Ici, nous sommes sur une parcelle relativement érosive, explique Dominique Daul. Cela signifie que lorsqu'il y a des orages, un gros capital terre s'en va. Les bandes de culture en agroforesterie vont justement nous aider à préserver la terre. J'en suis convaincu. Et après, à terme, il y aura aussi un capital bois pour nos générations futures" précise l'agriculteur.

L'agroforesterie, c'est l'intégration des arbres en agriculture. Elle recouvre l'ensemble des pratiques agricoles qui associent, sur une même parcelle, des arbres (haies, alignement, bosquets...) à une culture agricole ou à de l'élevage. Elle permet d'augmenter la production tout en assurant la préservation et le renouvellement des ressources naturelles.

De plus en plus d'agriculteurs alsaciens décident de planter des arbres sur leurs parcelles.

De plus en plus d'agriculteurs alsaciens décident de planter des arbres sur leurs parcelles. • © Vincent Roy / France Télévisions

Du chêne, du noyer, de l’orme... Sur les parcelles de Dominique Daul, en tout, cinq rangées d’arbres sont plantées dans un vaste champ de maïs. Une expérimentation sur dix ans. Tout sera répertorié : la fertilité du sol, les rendements, les données microclimatiques. De manière à servir de référence pour le monde agricole local, "Bien sûr qu'il existe déjà des références scientifiques sur l'agroforesterie, indique Mathilde Aresi, responsable de la branche agroforesterie à la chambre d'agriculture, notamment sur l'interaction entre les arbres et les cultures. Mais elles viennent souvent du Sud-Ouest. Ici, à Pfettisheim, on a voulu créer un cahier de référence qui parle aux agriculteurs alsaciens... avec des références alsaciennes !"

Favoriser la biodiversité

À Duppigheim, dans le Bas-Rhin, Paul Heckmann a lui choisi d'emprunter cette voie. Il a planté des arbres à proximité de ses parcelles d'asperges. Le résultat ne s'est pas fait attendre, "On constate le retour de la petite faune, des oiseaux, qui nous sont très utiles dans la culture des asperges, notamment pour attraper les cryosphères. Ces insectes pondent des larves sur les tiges et les grignotent."

Ici, à Duppigheim, des arbres sont plantés en bordure de champs d'asperges.

Ici, à Duppigheim, des arbres sont plantés en bordure de champs d'asperges. • © Vincent Roy / France Télévisions

Des expérimentations concluantes

Au lycée agricole d’Obernai, cela fait aussi quelques années que l'agroforesterie est rentrée dans les mœurs. Des expériences sont menées sur la culture du houblon : des arbres, il y en a derrière, sur les côtés... et même dans la houblonnière. Et là où il n’y en a pas, un goutte-à-goutte et des filets paragrêles pour faire de l’ombre sont installés. Un modèle clé en main d’adaptation au changement climatique, "Il y a deux systèmes : le système à court terme et le système à long terme", développe Véronique Stangret, du service expérimentation et développement au lycée agricole d'Obernai. "La partie artificialisée avec l'irrigation et les paragrêles, c'est pour trouver des réponses à court terme au dérèglement climatique. En revanche, quand il s'agit de réguler le microclimat avec des arbres, là, nous sommes sur des réponses à long terme. Ces dernières vont prendre du temps à se mettre en place. Elles nécessitent de l'anticipation."

"J'utilise les arbres pour générer un peu d'ombre, ce qui va limiter l'évaporation, et pour créer de la matière organique."

Sébastien Schwach, vigneron à Ribeauvillé

Il y a encore beaucoup de chemin à faire. L’agroforesterie a besoin d’être documentée pour casser les idées reçues, notamment celle-là : les arbres feraient perdre du rendement. Chez Sébastien Schwach, vigneron à Ribeauvillé, dans le Haut-Rhin, qui a planté des arbres sur ses terres, le maximum de production viticole autorisée est quasi atteint,"J'utilise les arbres pour générer un peu d'ombre, ce qui va limiter l'évaporation, et pour créer de la matière organique. La fertilité vient des arbres".

Moins de maladies dans les cultures, moins de recours aux pesticides, moins d’érosion des sols, plus de fraîcheur, l’agroforesterie concentre beaucoup d’atouts, mais elle nécessite de l’anticipation. Il faut laisser aux arbres le temps de pousser, c’est-à-dire entre dix et quinze ans. 

Les végétariens

Par Le 21/08/2024

 

Si le coeur vous en dit, allez lire les commentaires... Il y en a plus de 1400 ce qui montre à quel point le sujet fait réagir. 

"On se fait chambrer alors qu'on fait ça pour la planète" : devenir végétarien, un choix qui reste difficile à assumer à l'heure du barbecue

Article rédigé parZoé Aucaigne

France Télévisions

Publié le 18/08/2024 07:05Mis à jour le 20/08/2024 09:18

Temps de lecture : 8 minEn 2020, 2,2% des Français déclaraient avoir arrêté de manger de la viande, et 24% disaient avoir limité leur consommation, selon un sondage Ifop. (PAULINE LE NOURS / FRANCEINFO)

En 2020, 2,2% des Français déclaraient avoir arrêté de manger de la viande, et 24% disaient avoir limité leur consommation, selon un sondage Ifop. (PAULINE LE NOURS / FRANCEINFO)

Préoccupés par l'environnement ou la souffrance animale, ceux qui ont renoncé à la viande font encore face à la pression sociale, et à l'inquiétude ou l'agacement de certains proches. Qui peuvent cependant se laisser convaincre.

Tout de rouge et blanc vêtus, une trentaine de festayres s'attable dans un restaurant qui borde l'Adour. Raphaëlle et ses collègues participent au déjeuner de leur entreprise à l'occasion des Fêtes de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). La guinguette propose un menu unique avec comme plat principal du poisson. "Je n'ai pas osé dire quoi que ce soit...", regrette celle qui a rejoint la société il y a peu de temps. Raphaëlle est végétarienne depuis 2016, mais à ce moment-là, elle "a eu la pression" et a choisi de se forcer.

Lors des vacances entre amis ou des réunions de famille, le sujet du régime alimentaire s'invite régulièrement à la table des végétariens – d'autant plus en été, saison propice aux barbecues. Ces repas-débat autour de la consommation de viande, Raphaëlle les a vécus il y a sept ans. A l'époque, cette Vendéenne décide de bannir merguez et côtelettes de son assiette après avoir visionné une vidéo de L214, l'association de défense animale, connue pour ses reportages choc. "Mais au début, je me sentais obligée de continuer à consommer de la viande pour faire plaisir", se souvient la jeune femme de 28 ans. Ses parents, omnivores, avaient du mal à comprendre. Pendant les fêtes de famille, "ils me demandaient de manger le chapon ou le rôti préparé par mes grands-parents pour ne pas les vexer."

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En 2020, 2,2% des Français affirmaient avoir arrêté de manger de la viande, selon un sondage de l'institut Ifop, et 24% se déclaraient flexitariens, un terme sans définition très stricte mais qui traduit une volonté de limiter la place des produits carnés. Une tendance qui a très peu évolué depuis, selon les spécialistes interrogés par franceinfo. Souffrance animale, conséquences de l'élevage sur l'environnement, raisons médicales... Les motivations pour adopter un régime végétalien (sans produits d'origine animale), végétarien (sans viande), ou tout simplement de consommer moins de viande, sont multiples.

Mais davantage que le goût du poulet-frites du dimanche, ce qui freine parfois le passage à l'acte, c'est la peur de la réaction des autres, selon Christophe Terrien, enseignant-chercheur à l'université de Picardie Jules-Verne, spécialiste du comportement des consommateurs de viande : "Les difficultés liées à la réduction de sa consommation de viande sont surtout psychosociales, car l'alimentation est un marqueur social, comme l'habillement par exemple. Elle fait partie de l'identité."

"Je ne voulais pas blesser mes parents"

C'est pourquoi Coralie, 21 ans, a attendu de partir faire ses études à Paris pour adopter un régime végétarien. Elle y pensait déjà au lycée, mais ses parents étant éleveurs, "je sais que ça aurait créé des disputes dont je me serais bien passée. Et puis je ne voulais pas les blesser, ça touche au cœur même de leur travail". L'étudiante vient d'une famille où l'agriculture se transmet de génération en génération. "Ils ont grandi dans l'autosuffisance, je me voyais mal leur dire : 'Passez-vous de tout ce que vous avez produit'", explique-t-elle.

Installés en Isère, son père et sa mère sont engagés dans l'élevage biologique depuis quatre ans et gèrent un troupeau de 80 vaches, nourries avec leur propre fourrage. Loin des "fermes-usines" dénoncées par les militants pour l'environnement. "C'est en ayant grandi à la ferme, en voyant en quoi consistait leur travail et le modèle de leur exploitation, que j'ai compris qu'il ne représentait qu'une minorité dans les élevages en France", expose la jeune étudiante pour justifier son choix du végétarisme.

à lire aussiSalon de l'agriculture : quel est l'impact de l'alimentation sur l'environnement (et comment le réduire) ?

Malgré tout, quand Coralie a annoncé à ses parents ce changement de régime, ils y ont vu une "lubie", associée dans leur esprit à sa nouvelle vie dans la capitale et à l'influence de ses "camarades végétariens", raconte-t-elle. "Se déclarer végétalien dans une famille, c'est comme se dire pro-RN dans une famille de socialistes ou encore faire son coming-out", caricature Christophe Terrien. "La consommation alimentaire, et notamment de viande en France, fait partie de l'héritage culturel, c'est très important."

"Choisir un régime végétalien, c'est se mettre en rupture avec le groupe social. Pour les autres, c'est un peu l'ado qui fait sa crise."

Christophe Terrien, chercheur spécialiste des consommateurs de viande

à franceinfo

Coralie continue de manger du poisson quand elle rentre dans sa famille. Mais elle a le sentiment d'avoir brisé le tabou sur le sujet : "Ma sœur aînée se posait déjà la question. Maintenant que je suis devenue végé, c'est comme si j'avais ouvert la porte pour elle."

"Les vrais hommes, ils mangent de la viande"

Martin (dont le prénom a été modifié à sa demande) a, lui aussi, dû s'armer de patience. Ce jeune diplômé en ingénierie de 25 ans a été sensibilisé, pendant ses études, aux conséquences de l'élevage sur l'environnement. C'est à ce moment-là qu'il décide de devenir végétarien. Mais, Covid oblige, il se voit contraint de suivre les cours à distance et retourne vivre chez ses parents, dans l'Aveyron. Au-delà de l'organisation des repas à revoir, les moqueries vont bon train. "C'est mon frère qui me chambrait le plus. Il me disait : 'Les vrais hommes, ils mangent de la viande. Toi, tu ne manges que des graines'", raconte-t-il.

Ce stéréotype a la peau dure : en 2022, un peu plus d'un Français sur deux estimaient que "manger de la viande rouge donne de la force et de l'énergie à un homme", d'après un autre sondage Ifop. "La viande rouge est l'aliment le plus chargé symboliquement d'un statut viriliste", analysait la journaliste Nora Bouazzouni dans une interview à Reporterre. "Si on mange un animal, on absorbe sa vitalité. La viande est associée à la force, au muscle. Elle permet de réaffirmer une domination de l'homme sur tout le reste", décrypte l'autrice de Steaksisme. En finir avec le mythe de la végé et du viandard.

Dans son cercle amical aussi, Martin reçoit des réflexions de la sorte. Dans son village d'origine, où l'activité agricole domine, "presque tous mes amis d'enfance sont devenus agriculteurs, certains éleveurs. Alors, au début, je n'ai pas osé leur dire que j'étais devenu végétarien, car j'avais peur qu'ils m'insultent", confie le jeune ingénieur. "Quand je leur ai annoncé, certains s'en fichaient. D'autres m'ont dit que j'étais faible, trop sensible, que les animaux étaient faits pour être mangés."

"Le plus dur, c'était pas vraiment d'arrêter la viande, c’était les remarques des autres. On se fait chambrer alors qu'on fait ça pour la planète."

Martin, végétarien

à franceinfo

Cette croyance, parfois défendue par les consommateurs de viande, s'explique par notre héritage religieux, estime l'essayiste Renan Larue, spécialiste de l'histoire du véganism à l’Université de Californie à Santa Barbara. "La vision du monde dominante est l'anthropocentrisme, validée par le christianisme : l'être humain est au milieu, nous avons toujours fait comme ça, on a le droit d'exploiter les animaux, de les tuer…" explique-t-il. Dans l'Antiquité, cette question taraudait déjà les érudits. "On trouve des philosophes au début de l'histoire grecque, comme Pythagore, qui prônaient le végétarisme pour ne pas faire souffrir les animaux. En face, des écoles philosophiques leur répondaient qu'ils avaient été créés par les dieux pour nous, car nous sommes l'espèce supérieure", raconte Renan Larue.

"Ma mère a, à son tour, arrêté la viande"

Damien, 41 ans, a lui arrêté de manger tout produit d'origine animale. Il est végétalien depuis une dizaine d'années. "Maintenant, ce n'est plus un sujet", assure ce Strasbourgeois. Mais à l'époque, sa décision désarçonne ses proches : "Ils m'ont posé des questions, pour savoir si je ne m'étais pas fait endoctriner dans un truc louche."

"Ma grand-mère m'a avoué avoir demandé à son médecin traitant si je n'étais pas tombé dans une secte."

Damien, végétalien depuis 10 ans

à franceinfo

Damien n'a pas toujours vécu en ville. Il a grandi dans la campagne alsacienne, entouré de bêtes. "Mon père avait ce rêve de gosse d'avoir des chevaux. Un jour, on a récupéré deux poneys. Ça m'a fait cogiter : si on ne mange pas de poneys parce qu'on en a, qu'est-ce qu'on ferait si on avait un cochon ?" C'est ce raisonnement qui, progressivement, le pousse à abandonner la viande. Ses parents tiennent un restaurant, alors les repas, chez lui, "c'est important", et une popote sans viande, pour son père surtout, "ça n'a pas sens". "Il comprend ma démarche parce qu'elle est éthique", souligne cependant Damien. Mais au départ, les conséquences d'un tel régime sur sa santé interrogent : "Des gens s'inquiétaient pour moi. Ils pensaient que j'allais devenir un squelette en trois mois".

Martin aussi a été confronté aux craintes de ses proches pour sa santé. La viande étant riche en protéines, "mes parents avaient peur que je sois en carence alimentaire". Pourtant, l'Académie de nutrition et de diététique américaine assurait dès 2009, dans le journal scientifique qu'elle édite, que "les régimes végétariens bien planifiés, y compris les régimes végétaliens, sont sains, adéquats sur le plan nutritionnel et peuvent apporter des bienfaits pour la santé dans la prévention et le traitement de certaines maladies".

Deux ans après avoir renoncé à la viande, l'ingénieur aveyronnais a fait des prises de sang. "Elles ont révélé que je n'avais aucune carence. Ça a rassuré ma mère, qui à son tour a arrêté la viande", dit-il. Car même si tous se défendent de faire du prosélytisme auprès de leurs proches, les végétariens interrogés par franceinfo voient les attitudes évoluer autour d'eux. Le père de Damien "est très fier quand il prépare un plat sur mesure pour des clients végétariens", se réjouit son fils. Des amis de Raphaëlle "ont diminué leur consommation de viande", assure-t-elle. Et le frère de Martin, celui pour qui un "vrai homme" ne mange pas de graines ? Deux ans plus tard, lui aussi est devenu végétarien.

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A l'origine des zoonoses.

Par Le 21/08/2024

Je lis le site de l'OMS sur le sujet des pandémies. L'idée principale, c'est de mettre au point des vaccins. Donc, il s'agit de prendre le problème par son extrémité finale et non de chercher à établir la raison principale de l'émergence de ces nouveaux virus et donc d'identifier le point de départ. On est dans le même registre que la médecine allopathique : on intervient pour guérir mais on n'anticipe pas en établissant un mode de vie le plus sain possible.

Je ne conteste pas l'intérêt des vaccins. Je critique le raisonnement et le mode d'action. 

 

Le premier coronavirus identifié fut celui de la bronchite infectieuse aviaire en 1931 aux États-Unis. On était donc en 1931 confronté à la première situation de zoonose. Quatre-vingt-treize ans plus tard, le nombre de virus connus est très important, certains potentiellement mortels. A-t-on vu émerger une réflexion sérieuse et mondiale sur l'exploitation de la nature et le conflit entre la faune sauvage et l'humain ?

Non.

Voilà la carte de Bornéo, une île gigantesque où est exploitée la forêt primaire pour la transformer par la plantation d'arbres pour l'huile de palme.  Cette huile qu'on retrouve partout dans notre alimentation. Ce qui revient à dire que notre mode alimentaire tue la planète. 

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« L’histoire nous montre que la question n’est pas de savoir s’il y aura une prochaine pandémie, mais de savoir quand elle surviendra. Elle nous enseigne également que la science et la détermination politique sont importantes pour atténuer l’impact de cette prochaine pandémie », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. « Nous avons encore besoin à la fois de science et de détermination politique pour nous unir alors que nous nous préparons à la prochaine pandémie. Mieux connaître les nombreux agents pathogènes qui nous entourent est un projet mondial auquel les scientifiques de tous les pays doivent participer », a-t-il ajouté. 

https://www.who.int/fr/news/item/01-08-2024-cepi-and-who-urge-broader-research-strategy-for-countries-to-prepare-for-the-next-pandemic

 

L’origine de la zoonose et les modes de contamination

 

Publié en ligne le 13 avril 2020 - Covid-19 -

L'origine de la zoonose et les modes de contamination

Ce texte est une adaptation par l’auteur d’un article publié initialement sur le site de la Fondation droit animal éthique et sciences (LFDA) [1] et à paraître dans la revue Droit Animal, Éthique & Sciences n° 105, avril 2020). Nous remercions la Fondation qui a autorisé cette reprise.

1 | Brugère-Picoux J, « Covid-19 : origine de la zoonose et modes de contamination », 17 mars 2020, sur www.fondation-droit-animal.org

La nouvelle maladie émergente Covid-19 (Coronavirus disease 2019) est due à un coronavirus (Sars-CoV-2) dont la chauve-souris est un réservoir naturel. Non affecté, ce mammifère volant peut transmettre de nombreux virus à d’autres espèces, dont l’espèce humaine.

Les chauves-souris, réservoirs de virus émergents

Les chiroptères, plus communément appelés chauves-souris, seuls mammifères volants, constituent environ 20 % de la diversité des mammifères et sont largement distribués dans le monde. Ils présentent une longévité de plusieurs dizaines d’années, inhabituelle pour des animaux de petite taille au métabolisme élevé [1]. Depuis quelques décennies, on découvre que ces chauves-souris peuvent héberger de nombreux virus dont certains sont à l’origine de maladies émergentes chez l’Homme ou l’animal. Ces réservoirs naturels de virus présentent aussi la particularité de ne pas être affectés par les agents infectieux qu’ils hébergent [2]. On a pu montrer que les chauves-souris étaient résistantes à des charges virales, mortelles pour d’autres mammifères, d’Henipavirus et de Lyssavirus [3,4]. Cependant on connaît mal les mécanismes responsables de cette capacité des chauves-souris à coexister avec les virus [5]. Leur adaptation au vol favoriserait une élévation de leur température corporelle permettant d’accroître l’efficacité de la réponse immunitaire [6,7]. Cette coexistence entre virus et chauves-souris serait aussi liée à une réponse atténuée en interférons [8] qui permettrait le maintien d’une certaine charge virale en permanence dans l’organisme.

Lors de l’émergence d’une maladie virale impliquant des chauves-souris, le franchissement occasionnel de la barrière d’espèce de la chauve-souris à l’Homme ou à l’animal est souvent lié à une modification des écosystèmes largement due à des activités humaines. Alors qu’il n’existait que peu de contacts auparavant, les nouvelles conditions permettent la mise en relation des espèces animales sauvages (chauve-souris ou hôtes intermédiaires) avec l’Homme ou certaines espèces animales domestiques.

C’est ainsi que les chauves-souris ont été les pourvoyeuses de maladies zoonotiques émergentes redoutables déclenchées par divers agents viraux dont les Lyssavirus, les Henipavirus, les Filovirus et certains coronavirus (voir encadré).

Les chauves-souris pourvoyeuses de redoutables maladies zoologiques émergentes

Les chauves-souris ont été les pourvoyeuses de maladies zoonotiques émergentes redoutables déclenchées par divers agents viraux dont :

 les Lyssavirus, groupe auquel appartient le virus de la rage : les réservoirs animaux sont actuellement les chauves-souris et les carnivores, les chauves-souris constituant probablement le réservoir originel [1] ;

les Henipavirus, parmi lesquels : le virus Hendra rencontré en Australie depuis 1994 [2], responsable d’une affection heureusement rare car souvent mortelle chez l’Homme et le cheval ; le virus Nipah, identifié en 1998 lors d’une épidémie affectant des fermes porcines en Malaisie dont les porcs présentaient des troubles respiratoires mais aussi les personnes en contact avec les porcs (265 malades dont 105 décès à la suite d’une encéphalite) [3]. C’est un peu plus tard que l’on a découvert que des chauves-souris frugivores (Pteropus sp.) étaient à l’origine de cette épidémie qui s’est étendue au Bangladesh et en Inde, notamment par la consommation du jus de palme contaminé [4] ;

les Filovirus, parmi lesquels : le virus de Marburg décrit tout d’abord en Allemagne en 1967 à la suite de contaminations de laborantins travaillant sur des cellules rénales de singes verts [5], puis découvert chez les chauves-souris [6-8] suite à des contaminations humaines mortelles consécutives à la visite en 1980 de grottes qui en hébergeaient [9] ; le virus Ebola pour lequel le rôle réservoir de la chauve-souris fut démontré en 2005 [10-12] ;

certains coronavirus et plus spécifiquement des Betacoronavirus, comme le virus du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), celui du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), ou celui du Coronavirus disease 2019 (Covid-19).

1 | Bourhy H, « De la négligence à la réémergence de la rage », in Brugère-Picoux J, Rey M, Les maladies infectieuses exotiques. Risques d’importation et d’implantation en Europe, Rapports de l’Académie nationale de Médecine. Éditions Lavoisier, 2010, p. 117-32.
2 | Selvey LA et al., “Infection of humans and horses by a newly described morbillivirus”, Medical Journal of Australia,1995,162 : 642-5.
3 | Chua KB et al., “Fatal encephalitis due to Nipah virus among pig-farmers in Malaysia”, Lancet, 1999, 354:1257-9.
4 | Luby SP et al., “Foodborne transmission of Nipah virus, Bangladesh”, Emerg. Infect. Dis., 2006, 12:1888-94.
5 | Smith CE et al., “Fatal human disease from vervet monkeys”, Lancet, 1967, 2:1119-21.
6 | Towner JS et al., 
“Marburg Virus Infection Detected in a Common African Bat”, PLoS ONE, 2007, 2 : e764.
7 | Towner JS et al., 
“Isolation of Genetically Diverse Marburg Viruses from Egyptian Fruit Bats”, PLoS Pathos., 2009, 5:e1000536.
8 | Maganga GD et al., “Is Marburg Virus Enzootic in Gabon ?”, J. Inf. Dis., 2011 ;204:S800-3.
9 | Smith DH et al., “Marburg-virus disease in Kenya”, Lancet, 1982, 1:816-20.
10 | Leroy EM et al., “Fruit bats as reservoirs of Ebola virus”, Nature, 2005, 438:575-6.
11 | Leroy EM et al., 
“Human Ebola Outbreak Resulting from Direct Exposure to Fruit Bats in Luebo, Democratic Republic of Congo”, Vector-Borne and Zoonotic Diseases, 2009, 9:723-8.
12 | Pourrut X et al., 
“Large serological survey showing cocirculation of Ebola and Marburg viruses in Gabonese bat populations, and a high seroprevalence of both viruses in Rousettus aegyptiacus”, BMC Infectious Diseases, 2009, 9:159.

L’origine des coronavirus

Les coronavirus sont des virus à ARN classés en Alphacoronavirus, Betacoronavirus, Gammacoronavirus et Deltacoronavirus. Leur nom vient de l’observation de petites excroissances (ou spicules) à leur surface, formant une sorte de couronne.

Les coronavirus semblent provenir des chauves-souris, et plus particulièrement les Alphacoronavirus et les Betacoronavirus (genres pour lesquels on constate des zoonoses), ce qui explique le grand nombre de virus isolés dans ces espèces alors que les oiseaux seraient à l’origine des Gammacoronavirus et des Deltacoronavirus (cf. figure 1) [9].

Figure 1 : Évolution des coronavirus [9].

Le premier coronavirus identifié fut celui de la bronchite infectieuse aviaire en 1931 aux États-Unis alors que ce n’est que dans les années 1960 que les premiers coronavirus ont été décrits chez l’Homme, responsables de rhumes souvent banals. Depuis, de nombreux coronavirus ont été isolés chez les Mammifères et les Oiseaux.

La plupart des Alphacoronavirus sont spécifiques d’espèces. Ils peuvent être responsables de maladies graves comme la péritonite infectieuse féline chez le chat ou la gastroentérite transmissible (GET) chez le porcelet. L’émergence en 1984 du coronavirus respiratoire porcin semble avoir pour origine une modification du virus de la GET [10]. La GET est devenue plus rare, parallèlement à l’émergence d’un autre coronavirus (Swine acute diarrhea syndrome coronavirus ou Sads-CoV), responsable de la diarrhée épidémique porcine (DEP) surtout importante dans le Sud-Est asiatique depuis 2010 [11]. En 2017, une importante épidémie chez les porcelets a permis de démontrer que le réservoir animal de cette diarrhée épidémique porcine était vraisemblablement la chauve-souris [12].

Le Sars-CoV-1 est un Betacoronavirus responsable du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) qui fut une importante épidémie de février à mai 2003, avec un taux de mortalité de 10 %, tuant 774 personnes sur 8096 malades, surtout en Chine mais le Canada fut aussi très touché (avec 43 décès sur 251 malades) [13]. Il a fallu mettre en place d’importantes mesures de biosécurité pour assister à la fin de l’épidémie. Quand le Sras a émergé à la mi-novembre 2002 dans la province du Guangdong, les cas n’ont pas été officiellement notifiés par crainte d’éventuelles retombées sociales ou économiques, permettant ainsi une large diffusion du virus. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a été prévenue que le 11 février 2003…

Le Mers est apparu plus tard en septembre 2012 et concerne principalement le Moyen-Orient, l’animal réservoir étant le dromadaire. À la fin de novembre 2019, 2 494 cas ont été confirmés dont 858 sont décédés (soit un taux de mortalité de 34,4 %) [14]. L’Arabie Saoudite a été le pays le plus touché avec 2102 cas dont 780 sont décédés, soit un taux de mortalité de 37,1 %.

Alors que les premiers cas de Sras ont été observés en 2002 dans la province du Guangdong, il s’avère que la source géographique du virus semble être la province de Yunnan ou le sud-ouest de la Chine, le principal réservoir animal étant vraisemblablement des chauves-souris fer à cheval (Rhinolophus sinicus) [2],[15],[16]. Une surveillance de ces chauves-souris réalisée sur plus de cinq années dans une grotte de la province de Yunnan a permis de démontrer l’importante quantité de coronavirus pouvant être hébergés par ces chiroptères dont certains proches du virus du Sras (Sars-CoV-1) et dénommés Sars-related coronavirus (Sarsr-CoV). Les scientifiques chinois soulignèrent même en 2017 que ces nouvelles informations sur l’origine et l’évolution du Sars-CoV-1 mettaient en évidence la nécessité de se préparer à l’émergence future de maladies comme le Sras [17]…

D’autres scientifiques américains [18] et chinois [19] avaient signalé (en 2015 et 2019 respectivement) le potentiel d’émergence des coronavirus présents dans les populations de chauves-souris, en particulier le coronavirus Shco14-CoV circulant couramment chez les chauves-souris fer à cheval du fait de sa réplication identique au Sars-CoV-1 dans des cellules primaires de poumon humain. Ainsi, les scientifiques chinois concluaient : « Il est très probable que les futures épidémies de coronaviroses comme le Sras ou le Mers proviendront de chauves-souris, et il y a une probabilité accrue que cela se produise en Chine. Par conséquent, l’enquête sur les coronavirus de chauve-souris devient un problème urgent pour la détection des signes d’alerte précoce pour minimiser alors l’impact de ces futures épidémies en Chine »… Il était surtout évident pour ces scientifiques que la Chine représentait la zone à haut risque (le point chaud) d’où partirait l’épidémie.

Ces alertes scientifiques américaines et chinoises de 2015 et de 2019 n’ont pas permis d’éviter l’apparition en décembre 2019 d’une pneumonie d’origine inconnue touchant 59 personnes dans la ville chinoise de Wuhan. Les personnes atteintes avaient surtout fréquenté le marché de la ville où l’on vendait divers animaux domestiques et sauvages le plus souvent vivants. Le 2 janvier 2020, ce marché fut immédiatement fermé sans que l’on ait recherché l’origine de la contamination parmi les espèces animales vendues. Cette maladie émergente (dénommée Coronavirus disease 2019 ou Covid-19) est due à un coronavirus (Sars-CoV-2) où une autre chauve-souris fer à cheval (Rhinolophus affinis) est de nouveau incriminée en tant que réservoir. L’étude du génome du Sars-CoV-2 [20] confirme qu’il s’agit d’un virus proche à 96,2 % d’un coronavirus présent chez la chauve-souris (Sars-CoV ; RaTG13), ce virus étant plus éloigné du virus du Sras (79 %) ou de celui du Mers (50 %).

L’origine de la contamination par les coronavirus

On ne connaît pas l’origine exacte de la contamination humaine par le Sars-CoV-2 alors que l’on connaît le lien épidémiologique avec un marché aux animaux vivants sauvages ou domestiques qui n’est pas sans rappeler l’origine du Sras également liée à un marché d’animaux vivants en Chine. La question n’est actuellement pas résolue et l’on ne peut que se baser sur les études réalisées sur le Sars-CoV-1. On peut regretter que des prélèvements n’aient pas été réalisés sur les animaux (en particulier les animaux sauvages) vendus vivants dans une grande proximité sur le marché de Wuhan, malgré l’illégalité de leur vente, avant la fermeture de ce dernier.

On peut retenir trois hypothèses à l’origine du franchissement d’un coronavirus de la barrière d’espèce de la chauve-souris vers l’Homme (figure 2).

Figure 2. Hypothèses sur l’émergence des épidémies dues aux coronavirus (d’après [1]).

Comme tous les virus à ARN de manière générale, les coronavirus sont connus pour avoir un taux de mutation élevé pendant la réplication et sont sujets à la recombinaison si différents virus infectent le même individu. Les populations de chauves-souris hébergent plusieurs types de coronavirus (cercle bleu foncé à contour bleu clair). Le Sars-CoV serait la conséquence d’une mutation au sein de l’hôte (cercle orange) ayant permis de façon aléatoire et rare l’émergence d’une souche chez un nouvel hôte.

La première hypothèse (a) concerne un hôte intermédiaire comme la civette (souche civette) ayant permis ultérieurement la contamination humaine. Cependant les premières souches humaines du Sars-CoV-1 étant plus étroitement liées aux souches chauves-souris qu’aux souches civettes, il est possible que la contamination humaine ait été directe à partir de la chauve-souris (hypothèse b), les civettes masquées ayant joué un rôle réservoir secondaire favorisant le maintien de l’infection animale et humaine dans les marchés d’animaux vivants. Une troisième hypothèse (c) est la présence de multiples virus proches du Sras n’ayant pas subi de mutation et hébergés par les chauves-souris. Une adaptation secondaire ou une recombinaison avec une protéine de pointe lui permettant de se lier aux récepteurs cellulaires humains (cercle de contour jaune) peut favoriser une contamination directe de l’Homme.

[1] Menachery VD et al., “A SARS-like cluster of circulating bat coronaviruses shows potential for human emergence”, Nature Medicine, 2015, 21:1508-13.

Virus mutant avec nécessité d’un hôte intermédiaire pour infecter l’Homme

Si l’on se rappelle l’épidémie du Sras, des civettes palmistes masquées (Paguma larvata) d’origine sauvage ou provenant de fermes d’élevage, vendues vivantes sur les marchés, furent rapidement incriminées en tant que réservoirs de l’agent pathogène et il s’ensuivit un abattage massif de ces petits Viverridae par mesure de précaution avant que l’on ne découvre que la chauve-souris était le réservoir principal du Sars-CoV-1. A alors émergé l’hypothèse selon laquelle la civette, contaminée par la chauve-souris, avait été l’hôte intermédiaire qui a ultérieurement contaminé l’Homme.

D’autres espèces présentes sur les marchés d’animaux vivants se sont révélées porteuses du Sars-CoV-1 sans être retenues en tant qu’hôtes intermédiaires à l’origine du Sras [21] : le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides) surtout recherché pour sa fourrure et le blaireau furet (Melogale moschata) [22,23], ainsi que les renards roux, les chats domestiques et les rats [24], ces espèces ayant pu avoir été contaminées par les civettes palmistes masquées, voire l’Homme sur les marchés (ou inversement).

Rappelons que d’autres animaux ont pu être infectés expérimentalement par le Sars-CoV-1 : singes, chats et furets [25], souris[26-29], cobayes [29], hamsters [30].

Manis pentadactyla (pangolin de Chine) ©Ms. Sarita Jnawali of NTNC (CC BY 2.0)

Dans le cas du Covid-19, le seul animal actuellement suspecté en tant qu’hôte intermédiaire potentiel entre la chauve-souris et l’Homme est le pangolin (Manis pentadactyla et Manis javanica en Asie). Le pangolin, de l’ordre des Pholidotes, vit dans les forêts en se nourrissant de termites et de fourmis. Cet animal sauvage est apprécié en Asie pour sa viande mais aussi pour ses écailles qui auraient des propriétés thérapeutiques en médecine traditionnelle asiatique. Il est très braconné dans le monde alors que la Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction (Cites) a voté en 2017 l’interdiction totale du commerce international des pangolins (voir sur le site de l’International Union for Conservation of Nature (IUCN) [31]). L’avantage de la suspicion concernant le pangolin dans le Covid-19 sera un contrôle plus strict de son commerce permettant de le protéger.

La possibilité d’un éventuel portage du Sars-CoV-2 par les animaux de compagnie a été évoquée lorsque l’on a découvert à Hong Kong fin février un chien positif dont la propriétaire était malade. Le suivi de ce chien a permis de noter un très faible taux de virus dans les voies respiratoires supérieures et l’absence d’anticorps sériques (un autre examen sera réalisé après quatorze jours d’observation) permettant de penser que l’infection a été modérée et que la contamination s’est effectuée de la propriétaire vers le chien [32]. Jusqu’à présent, il n’a jamais été observé que le Sars-CoV-1 pouvait être transmis d’un animal de compagnie (chien ou chat) vers l’Homme.

Virus mutant infectant directement l’Homme

Le rôle d’hôte intermédiaire de la civette palmiste masquée reste cependant hypothétique : si plusieurs cas de contamination humaine semblent avérés à partir de civettes palmistes masquées [23,33,34] dont certains cas bénins de Sras réapparus en 2004 [22,23,28,35], il s’avère que des civettes palmistes masquées d’origine sauvage pouvaient être négatives [36] comme d’autres civettes dans des fermes d’élevage [23,37]. Certaines civettes ont pu être contaminées dans le marché d’animaux vivants [23] ou dans les élevages souvent en surdensité animale avec un mélange de diverses espèces animales [37].

Il s’agirait alors de la deuxième hypothèse, à savoir une contamination directe de l’Homme à partir de la chauve-souris, les civettes masquées ayant joué un rôle réservoir secondaire favorisant le maintien de l’infection animale et humaine dans les marchés d’animaux vivants. Cette hypothèse est plausible car une analyse phylogénétique [38] a montré que les premières souches humaines du Sars-CoV-1 étaient plus étroitement liées aux souches chauves-souris qu’aux souches civettes.

En Chine, les animaux sauvages et domestiques sont souvent vendus vivants sur les marchés (ils sont parfois abattus au moment de la vente). La promiscuité de ces différentes espèces peut favoriser des transferts inter-espèces et parfois une contamination de l’Homme. Cela a été démontré pour une autre maladie virale rencontrée en Chine : les cas humains dus au virus aviaire influenza H7N9 observés ont pu diminuer drastiquement en 2013 avec l’interdiction des marchés de volailles vivantes à l’origine des contaminations [39].

Adaptation ou recombinaison du virus permettant d’infecter directement l’Homme

La troisième hypothèse permet de suspecter une contamination directe de l’Homme à partir de la chauve-souris à la suite d’une recombinaison d’un Sarsr-CoV présent chez l’animal. La recombinaison pourrait avoir eu lieu au niveau de la protéine S (dénommée « spike » du fait de sa forme en pointe).

En Chine, la plupart des chauves-souris hébergeant les Sarsr-CoV se retrouvent surtout dans certaines zones rurales du sud de la Chine (province de Yunnan) où les habitations sont proches de grottes abritant des Chiroptères. Une étude sérologique montrant 2,7 % de séropositivité chez 218 personnes vivant à proximité de ces grottes permet de suggérer la possibilité d’une contamination directe [40].

Les chauves-souris, consommées régulièrement, peuvent être vendues vivantes sur des marchés, favorisant ainsi les franchissements des barrières d’espèce, notamment vers l’Homme. Le risque est cependant plus élevé pour le chasseur, manipulant les animaux avec le risque de morsure ou de contact avec leur sang, que pour l’acheteur. Les contacts fréquents entre l’Homme et des chauves-souris vivantes peuvent être aussi la conséquence d’un changement dans leurs écosystèmes naturels (changement climatique, déforestation, urbanisation…).

Une contamination par des animaux vendus sur le marché de Wuhan ayant été fortement suspectée dès le début de l’épidémie, ce marché a été fermé rapidement sans que des prélèvements aient été effectués sur les animaux vivants vendus alors que l’on connaissait le rôle important joué par ces marchés dans l’épidémie du Sras.

Les premières mesures chinoises

Au début de l’apparition de la maladie en Chine, les symptômes observés, rappelant ceux d’une affection grippale avec de la toux et une hyperthermie, n’étaient pas identiques à ceux du Sras et les premiers cas de mortalité rapportés concernaient des personnes âgées ou atteintes d’autres affections sévères. Ceci peut expliquer les premiers propos rassurants de l’OMS alors que les autorités chinoises mettaient en place des mesures de biosécurité particulièrement exceptionnelles (56 millions de personnes confinées dans la province de Hubei, interdiction du commerce d’animaux sauvages, interdiction de voyager, fermeture de la Cité interdite, de la Grande Muraille et des parcs Disney, importantes restrictions de circulation, construction d’hôpitaux dédiés en quelques jours, prolongement du congé du nouvel an chinois, etc.). Ce n’est que le 11 mars 2020 que l’OMS a déclaré qu’il s’agissait d’une pandémie (il s’agit de la première pandémie causée par un coronavirus) [41].

Cependant le virus a pu se propager pendant plus de deux mois en Chine, voire dans d’autres pays, avant la mise en place des mesures de biosécurité drastiques décidées après le 23 janvier 2020, de nombreux déplacements de personnes ayant pu se faire, en particulier avec les préparatifs du nouvel an chinois.

Conclusion

Selon une étude chinoise récente, qui reste à confirmer, portant sur 103 échantillons de virus Sars-CoV-2, il existerait deux souches circulantes, L et S. La souche S (30 % des échantillons) serait plus ancienne que la souche L (70 % des échantillons), celle-ci pouvant être plus agressive et se propager rapidement [42].

Il y aura toujours des maladies émergentes. Une étude effectuée sur 335 maladies ayant émergé entre 1940 et 2008 a permis de noter que 60 % d’entre elles étaient des zoonoses, c’est-à-dire des maladies pouvant infecter l’Homme et l’animal, et parmi celles-ci, 72 % seraient dues à la faune sauvage [43]. C’est pourquoi le concept « une seule santé » est mis en avant par de nombreuses organisations internationales reconnaissant les liens entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement [44].

Lors d’une zoonose émergente, il importe aussi de connaître rapidement l’espèce animale qui en est à l’origine ainsi que les autres espèces pouvant jouer le rôle de réservoirs potentiels ou d’hôtes intermédiaires en collectant le plus rapidement possible des prélèvements appropriés avant de pouvoir mettre en place rapidement des mesures efficaces de biosécurité.

La mise en évidence chez les chiroptères de coronavirus pouvant provoquer deux épidémies comme le Sras à partir de 2002 puis le Covid-19 en 2019-2020 doit nous amener à reconsidérer nos stratégies de prévention de ces endémies en évitant le risque de contamination par une cohabitation trop étroite avec les chauves-souris, que ce soit du fait d’une modification de leur écosystème ou de leur consommation.

Il faut aussi éviter les possibilités de transfert de certains virus émergents vers l’Homme par le mélange de plusieurs espèces d’animaux sauvages ou domestiques vendus vivants ou non sur les marchés asiatiques, véritables chaudrons réservoirs de virus et centres d’amplification pour les infections émergentes. Il faut espérer que l’interdiction des marchés d’animaux vivants et plus particulièrement d’animaux sauvages sera maintenue avec rigueur en Chine. Cela impliquera une importante modification des habitudes alimentaires dans plusieurs régions chinoises.

Enfin, les répercussions médicales, économiques et médiatiques de la pandémie due à la maladie Covid-19 démontrent l’intérêt à accorder à l’étude des coronavirus chez les chiroptères mais aussi l’intérêt à protéger ces espèces dont certaines sont insectivores et fort utiles dans la lutte contre les moustiques. L’important est de maintenir un écosystème favorable à tous, animaux sauvages ou domestiques et Homme.

Références

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41 | WHO Director-General’s opening remarks at the media briefing on COVID-19 – 11 March 2020. Sur www.who.int
42 | Tang X et al., “On the origin and continuing evolution of SARS-CoV-2”, National Science Review, nwaa036,
43 | Jones KE et al., “Global trends in emerging infectious diseases”, Nature, 2008, 451:990-3.
44 | OMS, « L’approche multisectorielle de l’OMS “Un monde, une santé” », septembre 2017. Sur www.who.int

Les zoonoses, une mécanique implacable.

Par Le 21/08/2024

 

En dehors de ceux et celles qui vivraient dans une grotte ou refuseraient de se tenir informés et banniraient tous les sites d'informations, il est impossible de ne pas avoir entendu parler du MPOX ou "variole du singe". Tout autant de la menace de grippe aviaire en France. Et on en revient toujours au même problème : le régime alimentaire carné...

Donc, non seulement, la plupart des individus sont dans le déni au regard de la souffrance animale mais ils le sont également pour les risques que leur mode de vie alimentaire fait courir à l'ensemble de la population mondiale. Le covid a montré à quel point la propagation d'une maladie est dans le monde actuel absolument stupéfiante. Il ne s'agit pas d'avoir peur mais d'agir avant que la peur ne devienne justifiée. 

 

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https://www.santemagazine.fr/sante/fiche-maladie/grippe-aviaire-177303

Selon l’OMS, « le risque d’infection pour l’homme reste faible » (source 2). Pour autant, selon Santé publique France « la fréquence accrue de transmission de ces virus à des mammifères d’espèces variées augmente le risque d’émergence d’un nouveau virus influenza mieux adapté à l’Homme et capable de transmission interhumaine ».

Quelles mesures pour prévenir la transmission du virus en France ?

Lorsqu’un foyer est détecté, plusieurs mesures sanitaires sont prises : abattage des foyers voire abattage préventif des animaux dans un périmètre défini, désinfection des foyers.

Le virus de la grippe aviaire peut-il se transmettre à l'Homme ?

La grippe aviaire se transmet très rarement à l’Homme. Cependant, la menace est toujours réelle : la propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de l’apparition d’un nouveau virus grippal dans la population humaine.

Jusqu’alors, sur 144 souches de virus grippaux de type A, seuls quatre sous-types de virus étaient parvenus parfois à franchir la barrière des espèces : H5N1, H7N3, H7N7 et H9N2. Le plus fréquent est le virus de la grippe aviaire H5N1, repéré pour la première fois en 1997, lors d’une épidémie à Hongkong. Il est réapparu plusieurs fois depuis fin 2003 dans plusieurs pays d’Asie. Les trois autres sous-types de virus ont frappé sporadiquement, principalement en Asie et au Moyen-Orient. Certains, comme le H5N8, parviennent de façon exceptionnelle à contaminer l’Homme. « Les cas humains sont principalement des cas primaires, suite à une exposition à des oiseaux infectés ou à un environnement contaminé », explique Santé publique France.

Contamination : comment le virus se transmet-il ?

La plupart des contaminations surviennent à la suite de contacts directs, étroits et fréquents avec des oiseaux infectés, ou avec leur environnement. Les virus se transmettent principalement à l’Homme par contamination aérienne, notamment quand la fiente des oiseaux sèche et se transforment en poussière avant d’être inhalée.

Elle peut aussi se transmettre par un contact direct et prolongé avec les matières fécales des animaux malades ou de manière indirecte via des matières contaminées (matériel, vêtements, eau).

À noter : la maladie n’est pas transmissible par l’alimentation.

Comment se transmet la grippe aviaire ?

Comment se transmet la grippe aviaire ?

Quels sont les symptômes de la grippe aviaire chez l'Homme ?

Les symptômes de la grippe aviaire sont les mêmes que ceux de la grippe saisonnière :

une toux ;

un mal de gorge ;

une forte fièvre ;

des courbatures ;

des frissons ;

parfois une simple conjonctivite.

La gravité de la maladie et sa létalité tendent à être plus élevées mais varient en fonction de la souche virale. Dans certains cas, la maladie peut se compliquer en pneumonie.

La période d’incubation se situe entre cinq et quinze jours.

Qui sont les plus à risque de contracter la maladie ?

Les éleveurs et leurs familles, les techniciens et vétérinaires avicoles.

Les équipes d’intervention pour euthanasie, nettoyage, désinfection, ramassage des cadavres, équarrisseurs.

Le personnel des parcs zoologiques ou des animaleries hébergeant des oiseaux.

Le personnel technique de laboratoire.

Quelles sont les personnes à risque de développer une forme grave ?

Comme pour les autres maladies infectieuses, les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes présentant certaines pathologies (cancer, asthme, etc) sont plus vulnérables et peuvent présenter des complications plus sévères.

En cas de symptômes grippaux après un contact étroit avec des oiseaux ou des volailles infectées, ou avec un environnement souillé, consulter rapidement un & nbsp ; médecin.

Conseils de prévention

L’une des principales mesures de sécurité pour endiguer la maladie consiste à observer de bonnes pratiques d’hygiène (lavage régulier des mains, utilisation de gel hydroalcoolique, port d’un masque).

Santé publique France recommande plusieurs mesures en cas de contact ou d’exposition à risque :

ne pas toucher des animaux morts ou blessés ;

appliquer des mesures barrières (se laver les mains, porter des gants et un masque) en cas de contact avec des animaux sauvages ;

pour les professionnels exposés, se vacciner contre la grippe chaque année. (le vaccin est pour moi la phase ultime, celle qui survient lorsque rien d'utile n'a été engagé avant...)

Lors d’un voyage dans un pays infecté par la grippe aviaire, il est recommandé de ne pas s’approcher de volatiles sauvages, d’éviter le contact avec les volailles sur les marchés, d’éviter les surfaces contaminées par des excréments ou des sécrétions d’oiseaux.

En tout état de cause il faut entre 6 et 8 mois pour développer un vaccin pandémique, d’où l’importance des traitements antiviraux pour combattre la pandémie dans un premier temps. Ces antiviraux inhibent l’activité d’une enzyme du virus, la neuraminidase. Ils peuvent être utilisés en traitement curatif, et l’un d’eux en préventif.

Comment savoir si on a la grippe aviaire ?

La possibilité d’une infection doit être envisagée chez tout individu présentant des symptômes alors qu’il est exposé à des oiseaux en période épidémique. De même si une personne revient d’une région où la transmission du virus est importante, ou a été en contact avec des personnes infectées.

Des tests spécifiques peuvent être réalisés sur demande d’un médecin. Un écouvillon (une sorte de long coton-tige) servira à prélever des cellules potentiellement infectieuses dans le nez d’un malade. Il sera déposé dans un milieu liquide afin de préserver le virus, puis testé en laboratoire. Les analyses peuvent aussi être réalisées sur des crachats, via une aspiration endotrachéale ou un liquide de lavage bronchoalvéolaire.

Comment traiter la grippe aviaire ?

Le traitement proposé aux malades est dit symptomatique (il permet de lutter contre les symptômes). On propose par exemple du paracétamol contre la fièvre.

Deux traitements antiviraux peuvent être efficaces contre la grippe aviaire : le Tamiflu® (oséltamivir) et le Relanza® (zanamivir). Pour être efficaces, ils doivent être administrés au plus tard dans les quarante-huit heures après l’apparition des premiers symptômes.

Les antibiotiques ne sont pas utilisés pour soigner la grippe aviaire car ils sont inactifs contre les virus. Leur utilisation n’est conseillée qu’en cas de surinfection bactérienne.

À ce jour, aucun vaccin n’est autorisé contre la grippe aviaire. Et le vaccin contre la grippe saisonnière n’est pas efficace.

Sources

Source 1 : « Grippe aviaire : quelle est la situation en France et dans le Monde ? », Santé publique France, 1 mars 2023.

Source 2 : « Évaluation du risque associé à la grippe récente A (H5N1) virus du clade 2.3.4.4b » OMS, 21 décembre 2022.

Grippe aviaire, Institut Pasteur

Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation

Grippe aviaire chez l’homme, Organisation mondiale de la santé (OMS)

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'une zoonose ?

 

 

 

Cet article vient du site du muséum d'histoire naturelle. On ne peut pas parler de site "complotiste"...

https://www.mnhn.fr/fr/l-emergence-des-zoonoses-une-mecanique-implacable

D'UNE ESPÈCE À L'AUTRE

CHANGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX ET PROMISCUITÉ

TRANSPORTS EN TOUS SENS ET ANIMAUX DOMESTIQUES

LES ZOONOSES, BOMBES À RETARDEMENT

L’ÉMERGENCE DES ZOONOSES, UNE MÉCANIQUE IMPLACABLE

Durant ces dernières décennies, les écologues de la santé humaine se sont alarmés d’une accélération dans l’émergence de nouvelles zoonoses ou de nouveaux pics épidémiques. La pandémie de Covid n’en est pas la seule expression. Même si on tient compte de notre meilleure capacité scientifique de détection, cette accélération est considérable. Il convient d’en comprendre les raisons afin de mieux y faire face.

Jusqu’à l’émergence récente de la pandémie de Covid-19, peu de personnes connaissaient le mot de zoonose, qui désigne les maladies humaines dont l’agent infectieux est originaire d’une autre espèce animale dite « espèce réservoir ». Pourtant, plus de la moitié des maladies infectieuses humaines sont d’origine zoonotique, qu’il s’agisse par exemple de la grippe, de la peste, de la rougeole, de la borréliose (maladie de Lyme), de la maladie de Chagas ou de la rage, etc.

L’origine de certaines d’entre elles se perd dans les origines millénaires des sociétés humaines, à la suite de la fréquentation ou de la domestication d’espèces animales sauvages. D’autres zoonoses en revanche ont émergé très récemment, comme, par exemple, le sida, Ebola en Afrique, l’infection à virus Nipah en Asie, le mers au Moyen-Orient ou le sras en Asie. Face à l’accélération de ces zoonoses, l’initiative internationale One Health (Une santé) a vu le jour sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, au début des années 2000.

D'UNE ESPÈCE À L'AUTRE

SARS-CoV-2 Covid

Particule du virus SARS-CoV-2, image obtenue par un microscope électronique en transmission (MET) et colorisée

 CC NIAID

Bien évidemment, la plupart des agents pathogènes (virus, bactéries, protozoaires) ne peuvent pas vivre indifféremment dans n’importe quelle espèce animale, voire provoquer chez les unes et les autres les mêmes maladies. À l’échelle d’un parasite, un organisme hôte est un immense écosystème avec bien des particularités écologiques, métaboliques ou chimiques. Un changement d’hôte d’un animal à l’homme suppose donc un processus évolutif, qu’il s’agisse de préadaptation ou d’adaptation. Le pathogène peut avoir d’emblée une certaine capacité à infecter le corps humain et à parasiter des tissus ou des cellules humaines.

Un virus issu d’une autre espèce animale réservoir peut ainsi trouver une porte d’entrée dans les cellules humaines grâce à une des protéines de leur paroi, sur laquelle il est apte à se fixer, parce qu’elle est malencontreusement similaire à l’une de celles des cellules de son hôte animal originel et à laquelle il est adapté. Pour mémoire, nous avons environ 5 000 protéines différentes dans chacune de nos 30 000 milliards de cellules, ce qui occasionne bien des éventualités de cette sorte. Ainsi, certains coronavirus parasiteront assez spontanément des carnivores (civette, vison) ou des humains, de même un virus Nipah, des porcs ou des humains.

Dans d’autres cas, le passage d’un animal à l’homme suppose une évolution plus significative, par exemple par l’entremise d’un hôte intermédiaire plus semblable aux humains, sélectionnant le pathogène et lui permettant d’acquérir certaines caractéristiques biologiques compatibles avec les humains.

Lire aussi — 

Qu'est-ce qu'un parasite ?

CHANGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX ET PROMISCUITÉ

Dans tous les cas, on le voit, l’émergence d’une nouvelle zoonose ou d’un nouveau pic épidémique suppose le même mécanisme de base. Plus les humains sont en promiscuité constante ou répétée avec d’autres animaux, plus les occasions d’acquérir des pathogènes et de les faire évoluer par sélection involontaire seront importantes.

Ce mécanisme semble trivial mais, précisément pour cette raison, il est implacable. Les humains ne peuvent pas vivre dans une bulle protectrice en permanence mais ils n’ont pas non plus tiré les conclusions qui s’imposaient de leur histoire en termes de maladies infectieuses. Ainsi, très inopportunément, la promiscuité entre animaux réservoirs de pathogènes et humains a significativement augmenté depuis plusieurs décennies.

Tout d’abord, les humains investissent les milieux de manière croissante, parce qu’ils sont plus nombreux mais aussi parce qu’ils disposent de moyens techniques considérablement plus puissants. Deux cents millions d’hectares de forêt tropicale ont ainsi disparus en quarante ans. Cette disparition procède non pas de la table rase immédiate mais plutôt d’une fragmentation et d’un morcellement démesuré des milieux forestiers. Il en résulte un paysage ressemblant à un patchwork, dont la particularité est d’augmenter de manière exponentielle la surface de contact entre la faune sauvage et les humains. De part et d’autre des lisières ainsi augmentées à l’infini, les animaux sauvages et les humains voyagent beaucoup à la recherche de ressources (approvisionnement alimentaire extra-forestier pour les animaux, chasse ou braconnage en forêt pour les humains). Les animaux résidant dans cette forêt fragmentée et amoindrie ont en outre des populations en moins bonne santé, moins régulées par leurs ennemis naturels. Leur charge en parasites et en pathogènes peut donc être plus élevée.

Virus Ebola

Morphologie d’un virion (particule infectieuse) du virus Ebola, image obtenue par un microscope électronique en transmission (MET) et colorisée

 CC CDC Global, Frederick A. Murphy

Ce type de situation est assez bien connu en ce qui concerne le virus Ebola et la fièvre hémorragique qui porte son nom : les pics épidémiques de cette maladie sont beaucoup plus souvent localisés en zone de déforestation récente, où les chauves-souris réservoirs sont en contact direct avec les humains. Une situation analogue est également bien connue pour la maladie de Chagas. Là encore, la promiscuité entre humains, réservoirs opossums et tatous et les punaises hématophages vectrices est la clé de la dynamique de cette maladie humaine. Chacune de ces situations peut néanmoins être extrêmement complexe. Il a récemment été montré que certains pathogènes comme le virus Ebola peuvent rester en dormance chez un individu et permettre le redémarrage ultérieur d’une épidémie, longtemps après la première contamination par la faune sauvage.

Voir aussi — 

La web-série "Virus"

TRANSPORTS EN TOUS SENS ET ANIMAUX DOMESTIQUES

Un autre élément d’accélération des zoonoses provient évidemment de la rapidité et de l’ubiquité de nos transports. Autrefois, des villageois infectés seraient restés isolés par la force des choses et leur maladie se serait peu (ou pas) transmise, voire serait passée inaperçue des autorités. Nos moyens de transport accélèrent non seulement la diffusion des maladies d’humains à humains mais aussi d’animaux sauvages à humains quand les premiers sont eux-mêmes passagers de nos moyens de transport, en tant qu’animaux braconnés ou transportés involontairement.

Certaines zoonoses (infection à virus Zika, dengue) ont ainsi pour vecteurs des espèces exotiques envahissantes comme le moustique tigre, Aedes albopictus, passager clandestin de bien des transports humains. Enfin, la crise de l’environnement a également d’autres effets, notamment à la suite du changement climatique, qui permet à certains réservoirs ou vecteurs d’augmenter ou de changer leur aire de répartition, y compris dans les milieux convertis et déséquilibrés par les humains.

Six jeunes cochons à la montagne

Groupe de jeunes cochons

 © Barbara C - stock.adobe.com

L’élevage d’animaux domestiques est un dernier facteur d’influence dans l’évolution des zoonoses. Ces élevages représentent aujourd’hui une biomasse colossale de mammifères et d’oiseaux, plus importante que tous les grands animaux terrestres sauvages et même plus importante que la biomasse humaine elle-même.

Rassemblés (voire entassés) en grand nombre dans les élevages industriels, les animaux voient baisser leur diversité génétique et augmenter leur vulnérabilité, au gré des circuits commerciaux qui les distribuent dans le monde entier sans discontinuer. La promiscuité entre animaux et humains comme moteur des zoonoses trouve donc là une occasion supplémentaire de transmission d’agents infectieux. Trois exemples significatifs peuvent être donnés à titre d’illustration de ce problème.

Le virus Nipah en Asie est passé des chauves-souris aux humains via les porcs élevés en promiscuité avec les uns et les autres.

La grippe aviaire a une déjà longue histoire d’interaction entre oiseaux sauvages et oiseaux d’élevage mais aussi avec les populations humaines au contact d’élevages de porcs.

Enfin, on connaît aujourd’hui la capacité des coronavirus (sras, Covid-19) à infecter les civettes et les visons (entre autres carnivores entassés dans des élevages) et à réinfecter les humains.

Les élevages d’animaux constituent donc de véritables réacteurs à pathogènes et leur danger pour la santé humaine n’est pas le moindre des problèmes environnementaux qu’ils causent en ce moment.

Lire aussi — 

One Health : une seule santé animale, humaine et environnementale

LES ZOONOSES, BOMBES À RETARDEMENT

Autant la tendance à l’augmentation des zoonoses et ses causes sont avérées, comme le montrent les conclusions des expertises collégiales française (FRB) et internationale (IPBES) en 2020, autant il est parfois difficile de reconstruire les évènements précis qui ont présidé à l’émergence d’une nouvelle maladie. On le voit dans le cas de la Covid-19, où les conjectures sur l’origine de la maladie frisent parfois les théories du complot, à la mesure de l’intérêt pour une pandémie qui affecte le monde entier.

Il faut se rappeler que les connaissances nécessaires à la compréhension d’un tel phénomène sont rarement disponibles de manière instantanée. Les pathogènes et les animaux réservoirs sont toujours trop mal connus et l’effort d’échantillonnage de la biodiversité est au ralenti depuis des décennies. Il faut souvent plusieurs années, voire plus d’une ou de plusieurs décennies, pour que l’origine d’une maladie soit à peu près élucidée.

Ainsi le sida, apparu chez les humains au début du XXe siècle par transmission depuis d’autres primates, est-il déclaré épidémie seulement en 1981 avec un virus identifié en 1983. Le premier syndrome du sras est apparu en Asie en 2002 mais c’est seulement en 2017 que des populations précises de chauves-souris porteuses de virus sont proposées comme possibles réservoirs d’origine. Chaque semestre depuis le début de l’épidémie de Covid-19 nous amène la découverte d’un nouveau coronavirus apparenté au sars-Cov-2 (en Thaïlande, au Cambodge et récemment au Laos) et permettant de mieux comprendre l’évolution de ces virus et l’origine de celui qui cause la pandémie actuelle.

En définitive, nous devons envisager les solutions pour empêcher la multiplication des zoonoses. On sait que cela revient à agir sur les causes de leur apparition, qui sont d’ailleurs autant de déterminants de la crise du climat et de la biodiversité : diminuer la conversion des milieux et l’interfaçage qui en résulte entre animaux réservoirs et humains, l’introduction d’espèces exotiques vectrices, les élevages industriels ou le braconnage d’animaux, qui augmentent également les transmissions d’agents infectieux. Continuer à explorer la biodiversité permettra aussi de se tenir prêt à agir en cas de problème et de pouvoir identifier au plus vite pathogènes et réservoirs.

Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS et au Muséum national d'Histoire naturelle (UMR 7205, Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité). Extrait de l'ouvrage La Terre, le vivant, les humains (Coédition MNHN / La Découverte), 2022. 

La Terre, le vivant, les humains

Coédition Muséum national d'Histoire naturelle / La Découverte

2022

Sous la direction de Jean-Denis Vigne et Bruno David

196 × 249 mm

420 pages

45 €

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De l'ignorance.

Par Le 14/08/2024

 

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Il m'arrive, parfois, d'être étourdi par la somme de mon ignorance, jusqu'à la nausée. Et  je sais que le seul moyen de m'en libérer, c'est d'apprendre. Tout en sachant que je ne parviendrai jamais à en être guéri.

 

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