Articles de la-haut
James Lovelock, docteur catastrophe
Je pense avoir tout lu de cet auteur, ce qui a été traduit, et maintenant, je lis la thèse d'un chercheur du CNRS le concernant et principalement sur l'hypothèse GAÏA.
Gaïa, Terre vivante
Histoire d'une nouvelle conception de la Terre
Sébastien Dutreuil
Qui est Gaïa ? Une proposition scientifique ou un nouveau rapport spirituel, philosophique et politique à la nature ? Gaïa est la divinité grecque qui a surgi après Chaos pour engendrer le monde. Mais c'est aussi le nom que James Lovelock, chimiste et ingénieur anglais, et Lynn Margulis, microbiologiste américaine, ont donné dans les années 1970 à l'hypothèse d'une régulation de l'habitabilité de la Terre par les êtres vivants. Cette figure clivante a généré des débats passionnés dans les sciences, en philosophie, dans la littérature écologiste.
Les critiques la résument à l'idée d'un altruisme biologique global, invalidé par la sélection naturelle et dont il ne resterait que de vaines élucubrations New Age. Lovelock estime quant à lui que l'ensemble de ses réflexions spéculatives sur la Vie et la Terre, élaborées depuis le laboratoire construit dans son garage au fond de la campagne anglaise, est à même de transformer les sciences et la conception moderne de la Nature.
Aucun de ces récits n'est satisfaisant. Ils ne permettent pas de restituer l'immense influence de Gaïa sur les sciences de l'environnement, de la constitution des sciences du système terre au concept d'Anthropocène. Ils masquent les enjeux philosophiques et politiques les plus importants de Gaïa. Cette enquête historique et philosophique cartographie les controverses et propose un nouveau récit. Gaïa est une nouvelle conception de la Terre, un cadre pour penser les pollutions de l'environnement global (climat, ozone, insecticides, pluies acides, etc.). Malgré les réticences qui subsistent à l'évocation du nom de Gaïa, nous pouvons enfin saisir l'influence profonde qu'elle a eue sur les savoirs, les philosophies et les politiques contemporaines de la Terre.
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James Lovelock, docteur catastrophe
La civilisation va disparaître en raison du réchauffement climatique. C'est un scientifique de très haut niveau qui le dit. Dans son dernier livre, "La Revanche de Gaia", il pourfend les illusions du développement durable.
Publié le 10 février 2006 à 13h41, modifié le 10 février 2006 à 13h41
Vraiment, des milliards de gens vont mourir du fait du changement climatique ?" "Oui. Avec le réchauffement, la plus grande partie de la surface du globe va se transformer en désert. Les survivants se grouperont autour de l'Arctique. Mais la place manquera pour tout le monde, alors il y aura des guerres, des populaces déchaînées, des seigneurs de la guerre. Ce n'est pas la Terre qui est menacée, mais la civilisation."
Le ton est des plus tranquilles, et l'on converse dans l'ambiance sereine d'un cabinet de travail au coeur d'un cottage du Devon plus britannique que nature. D'ailleurs, l'aimable grand-père s'étonne lui-même de sa prophétie : "Je suis un homme joyeux, je n'aime pas les histoires de catastrophes. C'est ce qui rend celle-ci si étrange." Il n'en doute pas : un seuil a été franchi, une machine irréversible est en marche, le réchauffement va s'emballer, atteignant 8 °C en un siècle — un niveau insupportable pour la planète et les hommes qui y vivent. Quand aura lieu la crise ? Avant 2050.
On voudrait bien ne pas l'entendre, se complaire dans l'idée que les choses sont en train de s'arranger, que Kyoto avance, que le développement durable modifie peu à peu la donne, que le vilain Bush va quitter la scène. Sauf qu'il est difficile de négliger un des savants les plus rayonnants des dernières décennies : James Lovelock a peut-être des idées fantaisistes, mais c'est une fantaisie qui a fait de lui, au minimum un très grand scientifique, et peut-être l'inventeur d'une théorie qui pourrait le placer dans la lignée des Newton, Maxwell ou Darwin...
Mais qui est-il ? Surprise : en France, il est totalement ignoré. Au mieux aura-t-on entendu parler de l'hypothèse Gaia, une théorie bizarre et un peu suspecte. En Angleterre, c'est un chéri des médias. Il est célèbre en Allemagne, populaire au Japon, traduit en Espagne. La France est-elle trop étroitement cartésienne ou, plus simplement, provinciale ? Peu importe. Sir Lovelock, qui a inventé divers instruments toujours utilisés aujourd'hui, compte plus de 200 articles scientifiques à son actif, est membre de la Royal Society (l'équivalent de l'Académie des sciences française, en plus chic), a accumulé distinctions et titres dont l'énumération remplirait la moitié de cette page. A 86 ans, tout en contemplant avec sérénité la perspective de la mort — "à notre époque, il est immoral de vouloir vivre au-delà de cent ans" —, il parle comme s'il lui restait sa vie à vivre.
D'ailleurs, il aime bien les tournants. Vers 40 ans, raconte-t-il, "j'avais un job très sûr, presque aucune contrainte, un très bon salaire selon les standards de l'époque. Je me voyais aller tranquillement vers la retraite — ça m'horrifiait. Heureusement, j'ai reçu une lettre de la Nasa qui m'invitait à venir concevoir des instruments qui seraient posés sur Mars ou Vénus. Cela m'a donné une excuse honorable pour quitter un employeur parfait."
Le docteur en médecine travaillait depuis 1941 au Medical Research Council de Londres, côtoyant des hommes comme Archer Martin, Prix Nobel de chimie en 1952. James avait notamment étudié le rhume et inventé divers dispositifs, dont l'un, le détecteur par capture d'électrons, s'est imposé comme un classique des instruments de laboratoire. Il n'hésitait pas à payer de sa personne : étudiant les brûlures pendant la guerre, il se brûlait le bras, avec des collègues, plutôt que de sacrifier des lapins innocents. "Au bout d'une semaine, je pouvais mettre une cigarette sur mon bras sans rien sentir. Mais j'étais quand même trop malade, j'ai arrêté ça."
Le voilà donc en 1961 entre Houston et Los Angeles. Il étudie des dispositifs permettant de prélever du sol de Mars afin d'observer si l'on y trouve des traces de vie. Mais le biologiste ingénieur propose une solution différente : "Il fallait analyser la composition de l'atmosphère sur Mars. Mon argument était que, s'il y avait de la vie sur Mars, elle influerait sur l'atmosphère, celle-ci étant à la fois matériau de la vie et réceptacle de ses rejets. L'atmosphère serait transformée, ce que révélerait l'analyse."
Il conçoit des expériences à cette fin, et commence à faire germer l'idée qui va le rendre célèbre : "Il est apparu que l'atmosphère de Mars était complètement équilibrée, et qu'il n'y avait pas de vie. Or, sur la Terre, il y a une atmosphère extraordinaire, avec un gaz très réactif, l'oxygène : elle devrait être très instable, mais elle reste pourtant toujours au même niveau, favorable à la vie. Vous pouvez en déduire que quelque chose doit la réguler pour qu'il reste constant." L'hypothèse que la Terre constitue un ensemble vivant autorégulé naît. Elle prend le nom de "Gaia" — la Terre mère, dans la mythologie grecque —, suggéré par son ami William Golding, qui recevra le prix Nobel de littérature en 1983.
Après ces années 1960, le développement de la théorie Gaia va occuper l'essentiel de la vie de Lovelock, qui subsiste confortablement en tant que scientifique indépendant, consultant pour des organisations comme la Nasa ou la société Shell. En 2001, plusieurs sociétés savantes internationales (Diversitas, IGBP, etc.) endossent la théorie, déclarant que "le système Terre se comporte comme un système unitaire autorégulé constitué des composants physiques, chimiques, biologiques et humains". L'ancien quaker — il a abandonné la foi en 1951, devenant agnostique — prend bien garde à ne pas se laisser entraîner dans une interprétation spiritualiste de sa théorie. Mais il précise qu'"en privé" il considère "l'espèce humaine comme le système nerveux de Gaia".
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Ce système nerveux se transforme en empoisonneur, affirme Lovelock dans The Revenge of Gaia (La Revanche de Gaia), qui paraît en Grande-Bretagne ces jours-ci chez Penguin. "Cela me rappelle 1938 : les gens, les politiciens, tout le monde savait que la guerre arrivait, mais personne n'agissait de manière sensée. Notre situation est similaire : le désastre peut survenir soudainement."
Il pourfend les illusions du développement durable ou des éoliennes, appelle à la décroissance des consommations matérielles, à une "retraite" de l'économisme — et constate l'inertie des sociétés industrielles. La catastrophe est à la porte et nous ne faisons rien. Mais, au fond, on dirait que cet homme gai et dont le parcours est un tissu d'imagination et d'indépendance peine à croire à sa prophétie. "La vie est si excitante."
Hervé Kempf
Les leaders de la pensée verte.
Et pan... Ils me fatiguent tous ces "leaders" de la pensée verte qui au final se révèlent de sacrés hypocrites. Et ils sont nombreux.
Une lette de Nicolas Casaux à Cyril Dion.
Nicolas Casaux
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LETTRE À CYRIL DION
Cher Cyril, dans une interview parue hier sur le site de Libération, au sujet de l’écologie, tu déplores le fait que le système « intègre les critiques sans réellement poser le problème en disant qu’on va faire de la croissance verte, du développement durable, de l’écologie “pragmatique”. Qu’on va trouver des solutions technologiques et faire de l’hydrogène vert. Et que cela va nous permettre de continuer comme si de rien n’était. Sans se poser la bonne question. Celle du modèle économique. De la remise en cause de la croissance. Produire moins. »
D’un côté, cher Cyril, tu as bien raison. La « croissance verte », le « développement durable », les solutions technologiques, tout ça relève de la mystification. Il n’existe pas de version « verte » ou « durable » du capitalisme industriel. Toutes les industries, y compris les industries de production de technologies ou d’énergies dites « vertes », « propres », impliquent des dégradations du monde naturel. L’alternative qui se présente à nous consiste à sortir du mode de vie industriel ou à continuer de ravager la planète jusqu’à une catastrophe ultime, pour nous comme pour toute la vie sur Terre.
Mais d’un autre côté, cher Cyril, cela me pose question. Je m’explique :
1. Ton amie Isabelle Delannoy, qui a publié, dans la collection que tu gères chez Actes Sud, un livre (L’Économie symbiotique) que tu as élogieusement préfacé et que tu cites souvent, y compris dans tes propres livres, s’est spécialisée dans la promotion du « développement durable », d’une « nouvelle croissance économique » et de « solutions technologiques ». Une interview qu’elle a accordée à Salesforce France est même intitulée « Comment concilier DÉVELOPPEMENT durable et RENTABILITÉ économique ? » Delannoy fait aussi, dans tout ça, la promotion de « l’hydrogène vert » et de « flottes de véhicules à hydrogène ».
Dans la même collection, chez Actes Sud, tu as fait publier une traduction du livre Drawdown : Comment inverser le cours du réchauffement planétaire de l’états-unien Paul Hawken. Ce livre, tu l’as aussi préfacé, là encore élogieusement. Je me permets de te citer : « J’espère donc que cet ouvrage constituera une véritable feuille de route dont se saisiront les élus, les chefs d’entreprise et chacun d’entre nous. »
Hawken est pourtant célèbre pour sa promotion de ce qu’il appelle un « capitalisme naturel » et de la « croissance verte ». Il est mondialement connu comme un des principaux théoriciens du capitalisme vert. Son livre est un concentré de « solutions technologiques », qu’il présente comme susceptibles de « contribuer à la croissance économique ». Évidemment, parmi celles-ci, on retrouve l’hydrogène vert, mais aussi la géo-ingénierie (« épandre de la poussière de silicate sur la terre (et les mers) pour capter le dioxyde de carbone », « reproduire la photosynthèse naturelle dans une feuille artificielle » ou mettre en place « une nouvelle industrie durable de captage et de stockage de milliards de tonnes de dioxyde de carbone prélevés directement dans l’atmosphère », etc.), les « autoroutes intelligentes », les avions alimentés par des biocarburants, les camions tout électriques, un « système d’automatisation des bâtiments (BAS) », qui constituerait « le cerveau d’un bâtiment » : « équipés de capteurs, les bâtiments BAS scrutent et rééquilibrent en permanence pour une efficacité et une efficience maximales. Les lumières s’éteignent lorsqu’il n’y a personne, par exemple, et les fenêtres s’ouvrent pour améliorer la qualité et la température de l’air. Un système classique indique aux gestionnaires de bâtiments les mesures à prendre, comme le tableau de bord d’une voiture ; les bâtiments dotés de systèmes automatisés agissent eux-mêmes, comme une voiture autonome. » Et puis la « téléprésence » : « la téléprésence prend désormais vie de diverses manières et dans des contextes variés. Des entreprises et des écoles aux hôpitaux et aux musées, l’interaction virtuelle ouvre de nouvelles possibilités. À l’aide d’un robot de téléprésence mobile, un chirurgien peut donner son avis sur une intervention rare en temps réel, sans se déplacer d’Austin à Amman. Réunis dans des salles de conférence de téléprésence à Sydney et à Singapour, des cadres peuvent débattre d’une éventuelle acquisition sans prendre le moindre vol. Les entreprises qui ont adopté la téléprésence avec enthousiasme constatent qu’il n’est pas possible de réduire tous les déplacements, mais que beaucoup le peuvent. Au-delà de la réduction des émissions de carbone, la téléprésence offre de nombreux autres avantages : des économies de coûts grâce aux voyages évités, bien sûr, mais aussi des horaires moins éprouvants pour les employés, des réunions à distance plus productives, la possibilité de prendre des décisions plus rapidement et une meilleure connexion interpersonnelle entre les pays. » Etc.
Hawken figure en outre dans la dernière série de documentaires que tu as réalisée, intitulée Un monde nouveau, coproduite par Arte, le fonds d’investissement Mirova, l’entreprise Akuo Energy (qui développe des projets industriels de production d’énergies dites « renouvelables » dans de nombreux pays), Ushuaïa TV, France info, etc.
Autrement dit, tes ami·es et toi faites inlassablement, et depuis des années, la promotion de tout ce que tu prétends déplorer dans l’interview que tu as donnée à Libé.
J’aimerais donc comprendre : réalises-tu à quel point tu es hypocrite ? Fais-tu exprès de promouvoir tout et son contraire ? Te moques-tu de nous délibérément ?
2. Dans l’interview susmentionnée, comme à ton habitude, ces temps-ci, tu te plains. Tu laisses entendre que tu en as marre, que tu es fatigué, que la vie est dure. Que ta vie est dure. Tu te plains aussi du fait - ô monde cruel - que malgré tous les documentaires que tu réalises, malgré tous tes discours, le monde ne va toujours pas bien. Mais, bon sang, comment que ça se fait ?! Tu prétends que cela fait « cinquante ans » que des gens comme toi disent ce qui ne va pas et ce qu’il faudrait faire dans les médias.
Seulement, vois-tu, ainsi que cette lettre en témoigne, cela fait au moins aussi longtemps que des gens comme moi s’efforcent de souligner les erreurs (pour rester poli) et les contradictions qui minent les perspectives comme la tienne. Mais pour diverses raisons relativement faciles à deviner, et contrairement à toi, les nôtres n’ont pas voix au chapitre, ne sont pas invité·es sur les plateaux télé ou à la radio, leurs travaux ne sont pas financés par France Télévisions, sponsorisés par l’AFD, Orange, Konbini, L’OBS, la Banque postale, UGC ou Mirova.
J’en viens à ma question : t’arrive-t-il de te demander si, si rien ne change malgré la diffusion mass-médiatique, depuis plusieurs décennies déjà, de discours comme le tien, c’est peut-être parce que vos idées sont largement à côté de la plaque ? (Face à l’immuabilité de la trajectoire du capitalisme industriel et à son incapacité à se verdir, à devenir écologique, propre, les gens comme toi, l’air exaspéré, paraissent décontenancés, surpris. Comme si, au vu de la situation, nous aurions pu ou dû nous attendre à autre chose. Alors qu’en fait, non.)
(N'hésitez pas à m'aider à partager cette lettre. Avec un peu de chance, il tombera dessus, et, qui sait, y répondra.)
Article 122-1 du code pénal

Article 122-1 du code pénal sur l'irresponsabilité : "N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes."
Nous en sommes là.
Combien d'individus sont encore pourvus de discernement au regard de l'impact humain sur la planète?
Combien sont encore capables de s'extraire du fonctionnement matérialiste et individualiste ?
Combien sont conscients que la continuité de l'exploitation immodérée des ressources pour rassasier des besoins secondaires conduit l'humanité toute entière à une situation qui relèvera de l'invivable ?
Combien sont suffisamment empathiques pour prendre en considération les générations à venir ?
Combien sont donc encore pourvus d'un discernement compatible avec la vie ?
La révolution industrielle suit son cours, nourrie par une folie collective.
Crise climatique : la Chine a connu son mois d'août le plus chaud de l'histoire dans plusieurs provinces
"La plupart des régions de Chine ont connu un été plus chaud que les années précédentes", a souligné le service météorologique national dans un article publié dimanche.

Article rédigé parfranceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié le 02/09/2024 14:41Mis à jour le 02/09/2024 15:20
Temps de lecture : 2 min
A Shanghai, en Chine, des personnes se protègent du soleil avec des parapluies, le 6 août 2024, en pleine canicule. (CFOTO / NURPHOTO / AFP)
Une grande partie de l'hémisphère nord est frappée en cette fin d'été par des vagues de chaleur particulièrement fortes, de l'Europe à l'Asie. Comme au Japon, où les services météorologiques ont annoncé que le mois d'août avait été le plus chaud enregistré dans le pays, les autorités chinoises font état, lundi 2 septembre, de températures exceptionnelles. En août, les températures moyennes de l'air ont été les plus élevées depuis le début des relevés à Shanghai, ainsi que dans six provinces (le Jiangsu et le Shandong à l'est du pays, le Hebei (nord), le Hainan (sud), le Jilin et le Liaoning (nord-est), ainsi que dans la région du Xinjiang (nord-ouest), liste le portail d'information du service météorologique national.
Cinq autres provinces ont connu le deuxième plus chaud mois d'août de leur histoire, et sept autres le troisième plus chaud. "La plupart des régions de Chine ont connu un été plus chaud que les années précédentes", a souligné le service météorologique national dans son article publié dimanche.
En juillet, la température moyenne au niveau national avait connu son niveau le plus élevé, 23,21°C, contre 23,17°C lors du précédent record de 2017.
Des extrêmes climatiques plus fréquents et intenses
Plusieurs grandes villes, comme Shanghai, Hangzhou (est) et Chongqing (sud-ouest), ont également connu un plus grand nombre de "journées à fortes températures" (généralement lorsque le mercure dépasse les 35°C) qu'au cours de n'importe quel autre mois d'août depuis le début des relevés.
La Chine connaît un été marqué par des événements climatiques extrêmes et des températures localement inhabituelles, des types de phénomènes exacerbés par le changement climatique selon des scientifiques.
Le géant asiatique est le plus important émetteur mondial, en valeur absolue, de gaz à effet de serre contribuant à ce changement climatique. Il a promis d'arriver à un pic d'émissions d'ici 2030 et d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2060.
Depuis le XIXe siècle, la température moyenne de la Terre s'est réchauffée de 1,1°C. Les scientifiques ont établi avec certitude que cette hausse est due aux activités humaines, consommatrices d'énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Ce réchauffement, inédit par sa rapidité, menace l'avenir de nos sociétés et la biodiversité. Mais des solutions – énergies renouvelables, sobriété, diminution de la consommation de viande – existent. Découvrez nos réponses à vos questions sur la crise climatique.
Pour nous, les hommes.
Un mois bien, bien pourri médicalement parlant. Trois passages aux urgences et un final en apothéose avec une intervention chirurgicale. Et je suis admiratif de la technologie au laser qui a été utilisée. Et tout autant des hommes et femmes qui un jour ont décidé de se lancer dans la médecine de ce niveau. Il ne me reste plus qu'à récupérer et à imaginer le bonheur de ce jour à venir où je remonterai sur le vélo ou que j'irai marcher ou nager, ce jour où je pourrai de nouveau user pleinement de mon corps.
Je me suis dit en tout cas que cette expérience méritait d'être détaillée parce qu'elle pourrait servir à d'autres hommes. Et si je précise que ça concerne les hommes, c'est parce qu'il s'agit de la prostate.
Il y a six ans ma prostate (à 56 ans) a commencé à montrer des signes de faiblesse. Un jet moins puissant et surtout une vidange incomplète de la vessie. L'obligation de me lever au moins une fois la nuit ce qui ne m'arrivait jamais. Je m'en suis accommodé. Et je n'aurais pas dû car depuis ce temps, le grossissement de la prostate n'a cessé de s'amplifier et le 28 juillet, j'ai passé une sale journée et une nuit très pénible : fièvre, tremblements, suées. Le lendemain, je suis allé voir ma médecin généraliste et elle m'a diagnostiqué une probable prostatite. Prise de sang et traitement antibio de choc. L'idée, c'était d'éviter la rétention urinaire qui peut avoir des effets très néfastes sur la vessie et même sur les reins.
Le résultat de la prise de sang a été sans appel : prostatite aigue et je me suis retrouvé en blocage complet, plus une goutte. Un taux de PSA très élevé, une infection majeure de la sphère urinaire. La médecin a essayé de m'installer une sonde urinaire et elle n'a jamais réussi à passer l'obstacle de la prostate. Direction les urgences. Je suis passé devant tous les gens qui attendaient. Situation d'urgence immédiate.
Je ne souhaite à personne de connaître la mise en place d'une sonde urinaire quand la prostate a la taille d'une boule de pétanque. C'est en tout cas l'impression que j'en avais puisque je la sentais jusque contre la paroi du rectum. L'infirmière a été obligée de "passer en force"... Neuf cent millilitres d'urine se sont vidés et ça a été un très gros soulagement... Retour à la maison, rdv avec l'infirmière à domicile pour le suivi et la mise en place de la poche de nuit, surveillance d'éventuelles surinfection. Je dormais donc avec une large poche en complèment de la poche de jour sur laquelle j'étais branché. Mais on ne dort pas bien du tout avec une sonde urinaire...
Huit jours plus tard, la médecin généraliste a considéré que c'était suffisant, que le traitement antibio avait fait son efffet, le taux de PSA était bien redescendu, je n'avais plus de traces d'infection. Elle a enlevé la sonde et je suis rentré.
Deux heures plus tard, j'étais de nouveau en rétention. Retour aux urgences.
Je n'avais toujours pas vu d'urologues, les trois de l'hôpital avaient pris leurs congés en même temps mais un urgentiste m'a expliqué que ça prenait fortement la direction d'une intervention chirurgicale, que cette fois, j'allais garder la sonde jusqu'au 22 août et qu'on l'enlèverait. Pour une dernière tentative.
Le 22 au matin, l'infirmière est passée à la maison et a retiré la sonde. J'avais enfin obtenu un RDV avec un urologue de l'hôpital à 14 heures. A midi trente, j'étais dans la salle d'attente et je prévenais une infirmère que j'étais de nouveau en rétention et que je ne tiendrai pas. Vu ma tête, elle a appelé le chirurgien sur son portable et je l'ai entendu dire : "Vous le sondez immédiatement".
Troisième sonde... Depuis la deuxième, j'avais déjà des filaments de sang qui s'évacuaient. Grosse, grosse fatigue, je n'en voyais pas le bout de cette galère...
Le chirurgien est arrivé et il m'a expliqué deux, trois choses que je savais déjà (j'avais lu tous les sites hospitaliers spécialisés en urologie). Il m'a fait un toucher rectal.
"Prostate à 90, on opère, plus le choix, vous ne vous en sortirez pas, même avec des mois de sonde et de toute façon, ça n'est pas envisageable. J'opère avec la méthode HOLEP, au laser."
De toute façon, pour moi, c'était le laser ou rien et j'étais prêt à aller à Limoges où le laser est utilisé. La chirurgie "classique" n'est pas du tout conseillée pour une opération de la prostate. Le laser découpe, rabote, allège, il passe par le canal de l'urêtre, par les voies naturelles comme disent les médecins. Et c'est sous anesthésie générale. Le chirurgien me donne la date de l'opération : le 16 octobre. Je le regarde, sidéré.
"La liste d'attente est énorme, il n'y a pas assez d'appareils, pas assez d'urologues, pas de place, le service est surchargé et c'est partout pareil. Mais je vous mets en tête de liste en cas de désistement, j'ai bien conscience que vous n'en pouvez plus."
En 20 jours, j'avais perdu trois kilos et ça se voyait sur mon visage émacié, les traits tirés.
Deux jours plus tard, je reçois un appel de l'hôpital.
"Il y a eu un désistement, le docteur vous opère mercredi matin. Vous avez un RDV avec l'anesthésiste lundi matin. Il faut une prise de sang et une analyse d'urine, vous ferez tout ça à notre laboratoire et on aura les résultats pour l'opération."
J'en aurais sauté de joie si je n'avais pas eu une sonde et une poche à urine. Je suis donc rentré le mercredi matin à 7 heures, le lendemain de mon anniversaire, et j'ai été opéré à 14 heures. Une heure trente d'anesthésie. Une nouvelle sonde pour évacuer le sang et les copeaux restants. Branché sur du sérum qui passait directement dans la verge et ressortait avec le liquide rosé...Antalgiques contre la douleur. le laser est plus gros qu'une sonde...Et son usage est très, très irritant.
Etonnamment, je suis sorti le lendemain soir. L'évacuation du sang a été rapide et l'éclaircissement des urines était rassurant. Et merveille absolue, je n'avais plus de sonde pour la première fois depuis le 31 juillet. J'urine du sang en début et en fin de miction mais ça n'est presque plus douloureux. Et c'est un jet puissant, ce qui ne m'était pas arrivé depuis six ans.
Je n'ai pas de fuites urinaires comme ça se produit habituellement. Le chirurgien l'explique par mon bon état musculaire, périnée et sphincter. Le sport, le sport...Ces éventuelles fuites sont de toute façon provisoires et peuvent même être traitées par une rééducation chez un kiné.
Donc, ce que je retire de cette expérience médicale, c'est qu'il n'est pas bon de s'accommoder d'une prostate faiblissante et qu'il vaut bien mieux anticiper une opération avant de se retrouver en rétention urinaire.
Si j'avais su...
A vous de voir chers collèges masculins.
Sanctuaire pour animaux d'élevage.
La fin de l'article est juste stupéfiante. Les surfaces dédiées à l'élevage et donc au pâturage sont si importantes qu'il ne reste pas de disponibilté intéressante pour le maraîchage ?... C'est fou, complètement fou. Et encore une fois, la solution ne peut venir que des consommateurs...
"C'est fini, je ne peux plus" : une association suisse propose d'accompagner les éleveurs qui ne veulent plus exploiter des animaux
En Suisse, Virginia Markus a créé une association et un sanctuaire pour accueillir les animaux d'éleveurs volontaires lorsque ceux-ci perdent le sens de leur métier ou veulent arrêter d'élever des animaux pour des raisons éthiques.

Article rédigé parfranceinfo
Radio France
Publié le 25/08/2024 17:05
Temps de lecture : 2 min
Paysage de campagne en Suisse. Illustration. (VINCENT ISORE / MAXPPP)
On connaît les refuges pour animaux abandonnés, mais on connaît moins les refuges pour animaux d’élevage, quand leurs propriétaires abandonnent leur profession. En Suisse, Virginia Markus a créé un sanctuaire pour recueillir veaux, vaches et cochons initialement destinés à l’abattoir. Sa mission consiste aussi à proposer une reconversion aux éleveurs qui ne veulent plus exploiter des animaux pour des raisons éthiques. Un phénomène marginal encore, mais qui prend de l'ampleur.
"Quand tu vois ces petits cochons, tu ne peux pas dire 'voilà une pointe, hop le rôti', tu ne peux pas ! Regarde ça, ils viennent même dire bonjour", pointe cet ancien éleveur. Dans une autre vie, Stéphane Baud avait des bovins et des cochons, pour leur viande, jusqu’au jour où les emmener à l’abattoir ne lui était plus humainement possible : "Une fois, j'ai dû aller dans un abattoir industriel. J'avais mis trois cochons et quand je suis parti, j'ai claqué la bétaillère, et je les entendais m'appeler derrière..." Il raconte s'être alors installé dans son tracteur, avoir fondu en larmes et quand il est rentré chez lui, la décision était prise : "Maintenant c'est fini, je ne peux plus."
Une démarche volontaire
C’est à ce moment que Stéphane entend parler de l’association Coexister de Virginia Markus. Il lui confie deux de ses vaches et discute avec elle des possibilités de reconversion. "Tous les animaux qui sont ici le sont parce que leurs anciens éleveurs ont été d'accord de les céder, gratuitement parce qu'on ne les rachète pas, explique Virginia Markus. Des éleveurs qui étaient très attachés à telle ou telle vache et qui préféraient la voir au sanctuaire plutôt qu'à l'abattoir."
Elle raconte sa démarche et la façon dont elle est contactée par les paysans : "Je ne vais pas frapper à la porte des éleveurs, sinon je me ferais rembarrer. Non, l'idée c'est que ce soit une démarche volontaire, que ce soit uniquement pour replacer un ou deux animaux ou que ce soit pour entamer une démarche de reconversion, ce sont eux qui m'approchent et ensuite une discussion découle, qui va déboucher sur des solutions."
"Je pars du principe que chaque projet est unique, donc je vais m'adapter aux besoins de la personne et aussi à la capacité de la ferme."
Virginia Markus, fondatrice de l'association Coexister
franceinfo
Pour Stéphane, ce sera la boulangerie végétale, c’est-à-dire sans viande ni lait. Un virage à 180 degrés, même si d’autres solutions existent pour les éleveurs en rupture de ban. Virginie Markus reprend : "Il peut y avoir des éleveurs, des éleveuses, qui veulent garder la ferme, la transformer pour faire autre chose : du lait d'avoine, de la culture céréalière, du maraîchage, etc. Certains veulent garder des animaux, donc en fait ça dépend du projet."
Elle rappelle aussi qu'un "certain nombre d'agriculteurs" veulent complètement "quitter l'agriculture tellement ils ont été dégoûtés du métier". Dans ces cas-là, l'associative essaye de les aider à se "reformer". Sur la quinzaine d’éleveurs accompagnés, peu sont restés agriculteurs, faute d’envie ou de terres adaptés à la culture céréalière ou maraîchère. Car si les surfaces agricoles représentent un quart du territoire suisse, la moitié est dédiée à l’élevage et au pâturage.
"La fertilité vient des arbres"
Il y a ceux qui anticipent, qui réfléchissent, qui observent, qui comprennent, qui adaptent, qui usent de leur bons sens et sortent des filières d'exploitations brutales et puis il y a "les autres".
"La fertilité vient des arbres" : l'agroforesterie, une solution face au réchauffement climatique
L'agroforesterie se développe en Alsace. • © Vincent Roy / France Télévisions
Écrit par Isabelle Michel
Publié le 13/08/2024 à 06h55partager cet article :
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L'agroforesterie est une pratique agricole. Elle donne de bons résultats et se développe en Alsace où les expérimentations se multiplient. Utiliser les arbres pour limiter les effets du réchauffement climatique est une solution d'avenir. Certains agriculteurs n'ont pas hésité à se lancer dans l'aventure.
Des arbres en plein milieu d'un champ de maïs, l'image est encore rare. Pour beaucoup, cela signifie encore une perte de rendement mais c'est peut-être le début d'une révolution. En Alsace, l'agroforesterie progresse lentement mais sûrement. À Pfettisheim, dans le Bas-Rhin, Dominique Daul a fait un pari sur l'avenir. Et c'est d'abord pour préserver les sols que cet agriculteur s'est lancé dans l'aventure.
"Ici, nous sommes sur une parcelle relativement érosive, explique Dominique Daul. Cela signifie que lorsqu'il y a des orages, un gros capital terre s'en va. Les bandes de culture en agroforesterie vont justement nous aider à préserver la terre. J'en suis convaincu. Et après, à terme, il y aura aussi un capital bois pour nos générations futures" précise l'agriculteur.
L'agroforesterie, c'est l'intégration des arbres en agriculture. Elle recouvre l'ensemble des pratiques agricoles qui associent, sur une même parcelle, des arbres (haies, alignement, bosquets...) à une culture agricole ou à de l'élevage. Elle permet d'augmenter la production tout en assurant la préservation et le renouvellement des ressources naturelles.
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De plus en plus d'agriculteurs alsaciens décident de planter des arbres sur leurs parcelles. • © Vincent Roy / France Télévisions
Du chêne, du noyer, de l’orme... Sur les parcelles de Dominique Daul, en tout, cinq rangées d’arbres sont plantées dans un vaste champ de maïs. Une expérimentation sur dix ans. Tout sera répertorié : la fertilité du sol, les rendements, les données microclimatiques. De manière à servir de référence pour le monde agricole local, "Bien sûr qu'il existe déjà des références scientifiques sur l'agroforesterie, indique Mathilde Aresi, responsable de la branche agroforesterie à la chambre d'agriculture, notamment sur l'interaction entre les arbres et les cultures. Mais elles viennent souvent du Sud-Ouest. Ici, à Pfettisheim, on a voulu créer un cahier de référence qui parle aux agriculteurs alsaciens... avec des références alsaciennes !"
Favoriser la biodiversité
À Duppigheim, dans le Bas-Rhin, Paul Heckmann a lui choisi d'emprunter cette voie. Il a planté des arbres à proximité de ses parcelles d'asperges. Le résultat ne s'est pas fait attendre, "On constate le retour de la petite faune, des oiseaux, qui nous sont très utiles dans la culture des asperges, notamment pour attraper les cryosphères. Ces insectes pondent des larves sur les tiges et les grignotent."
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Ici, à Duppigheim, des arbres sont plantés en bordure de champs d'asperges. • © Vincent Roy / France Télévisions
Des expérimentations concluantes
Au lycée agricole d’Obernai, cela fait aussi quelques années que l'agroforesterie est rentrée dans les mœurs. Des expériences sont menées sur la culture du houblon : des arbres, il y en a derrière, sur les côtés... et même dans la houblonnière. Et là où il n’y en a pas, un goutte-à-goutte et des filets paragrêles pour faire de l’ombre sont installés. Un modèle clé en main d’adaptation au changement climatique, "Il y a deux systèmes : le système à court terme et le système à long terme", développe Véronique Stangret, du service expérimentation et développement au lycée agricole d'Obernai. "La partie artificialisée avec l'irrigation et les paragrêles, c'est pour trouver des réponses à court terme au dérèglement climatique. En revanche, quand il s'agit de réguler le microclimat avec des arbres, là, nous sommes sur des réponses à long terme. Ces dernières vont prendre du temps à se mettre en place. Elles nécessitent de l'anticipation."
"J'utilise les arbres pour générer un peu d'ombre, ce qui va limiter l'évaporation, et pour créer de la matière organique."
Sébastien Schwach, vigneron à Ribeauvillé
Il y a encore beaucoup de chemin à faire. L’agroforesterie a besoin d’être documentée pour casser les idées reçues, notamment celle-là : les arbres feraient perdre du rendement. Chez Sébastien Schwach, vigneron à Ribeauvillé, dans le Haut-Rhin, qui a planté des arbres sur ses terres, le maximum de production viticole autorisée est quasi atteint,"J'utilise les arbres pour générer un peu d'ombre, ce qui va limiter l'évaporation, et pour créer de la matière organique. La fertilité vient des arbres".
Moins de maladies dans les cultures, moins de recours aux pesticides, moins d’érosion des sols, plus de fraîcheur, l’agroforesterie concentre beaucoup d’atouts, mais elle nécessite de l’anticipation. Il faut laisser aux arbres le temps de pousser, c’est-à-dire entre dix et quinze ans.
Les végétariens
Si le coeur vous en dit, allez lire les commentaires... Il y en a plus de 1400 ce qui montre à quel point le sujet fait réagir.
"On se fait chambrer alors qu'on fait ça pour la planète" : devenir végétarien, un choix qui reste difficile à assumer à l'heure du barbecue
Article rédigé parZoé Aucaigne
France Télévisions
Publié le 18/08/2024 07:05Mis à jour le 20/08/2024 09:18
Temps de lecture : 8 min
En 2020, 2,2% des Français déclaraient avoir arrêté de manger de la viande, et 24% disaient avoir limité leur consommation, selon un sondage Ifop. (PAULINE LE NOURS / FRANCEINFO)
Préoccupés par l'environnement ou la souffrance animale, ceux qui ont renoncé à la viande font encore face à la pression sociale, et à l'inquiétude ou l'agacement de certains proches. Qui peuvent cependant se laisser convaincre.
Tout de rouge et blanc vêtus, une trentaine de festayres s'attable dans un restaurant qui borde l'Adour. Raphaëlle et ses collègues participent au déjeuner de leur entreprise à l'occasion des Fêtes de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). La guinguette propose un menu unique avec comme plat principal du poisson. "Je n'ai pas osé dire quoi que ce soit...", regrette celle qui a rejoint la société il y a peu de temps. Raphaëlle est végétarienne depuis 2016, mais à ce moment-là, elle "a eu la pression" et a choisi de se forcer.
Lors des vacances entre amis ou des réunions de famille, le sujet du régime alimentaire s'invite régulièrement à la table des végétariens – d'autant plus en été, saison propice aux barbecues. Ces repas-débat autour de la consommation de viande, Raphaëlle les a vécus il y a sept ans. A l'époque, cette Vendéenne décide de bannir merguez et côtelettes de son assiette après avoir visionné une vidéo de L214, l'association de défense animale, connue pour ses reportages choc. "Mais au début, je me sentais obligée de continuer à consommer de la viande pour faire plaisir", se souvient la jeune femme de 28 ans. Ses parents, omnivores, avaient du mal à comprendre. Pendant les fêtes de famille, "ils me demandaient de manger le chapon ou le rôti préparé par mes grands-parents pour ne pas les vexer."
En 2020, 2,2% des Français affirmaient avoir arrêté de manger de la viande, selon un sondage de l'institut Ifop, et 24% se déclaraient flexitariens, un terme sans définition très stricte mais qui traduit une volonté de limiter la place des produits carnés. Une tendance qui a très peu évolué depuis, selon les spécialistes interrogés par franceinfo. Souffrance animale, conséquences de l'élevage sur l'environnement, raisons médicales... Les motivations pour adopter un régime végétalien (sans produits d'origine animale), végétarien (sans viande), ou tout simplement de consommer moins de viande, sont multiples.
Mais davantage que le goût du poulet-frites du dimanche, ce qui freine parfois le passage à l'acte, c'est la peur de la réaction des autres, selon Christophe Terrien, enseignant-chercheur à l'université de Picardie Jules-Verne, spécialiste du comportement des consommateurs de viande : "Les difficultés liées à la réduction de sa consommation de viande sont surtout psychosociales, car l'alimentation est un marqueur social, comme l'habillement par exemple. Elle fait partie de l'identité."
"Je ne voulais pas blesser mes parents"
C'est pourquoi Coralie, 21 ans, a attendu de partir faire ses études à Paris pour adopter un régime végétarien. Elle y pensait déjà au lycée, mais ses parents étant éleveurs, "je sais que ça aurait créé des disputes dont je me serais bien passée. Et puis je ne voulais pas les blesser, ça touche au cœur même de leur travail". L'étudiante vient d'une famille où l'agriculture se transmet de génération en génération. "Ils ont grandi dans l'autosuffisance, je me voyais mal leur dire : 'Passez-vous de tout ce que vous avez produit'", explique-t-elle.
Installés en Isère, son père et sa mère sont engagés dans l'élevage biologique depuis quatre ans et gèrent un troupeau de 80 vaches, nourries avec leur propre fourrage. Loin des "fermes-usines" dénoncées par les militants pour l'environnement. "C'est en ayant grandi à la ferme, en voyant en quoi consistait leur travail et le modèle de leur exploitation, que j'ai compris qu'il ne représentait qu'une minorité dans les élevages en France", expose la jeune étudiante pour justifier son choix du végétarisme.
à lire aussiSalon de l'agriculture : quel est l'impact de l'alimentation sur l'environnement (et comment le réduire) ?
Malgré tout, quand Coralie a annoncé à ses parents ce changement de régime, ils y ont vu une "lubie", associée dans leur esprit à sa nouvelle vie dans la capitale et à l'influence de ses "camarades végétariens", raconte-t-elle. "Se déclarer végétalien dans une famille, c'est comme se dire pro-RN dans une famille de socialistes ou encore faire son coming-out", caricature Christophe Terrien. "La consommation alimentaire, et notamment de viande en France, fait partie de l'héritage culturel, c'est très important."
"Choisir un régime végétalien, c'est se mettre en rupture avec le groupe social. Pour les autres, c'est un peu l'ado qui fait sa crise."
Christophe Terrien, chercheur spécialiste des consommateurs de viande
à franceinfo
Coralie continue de manger du poisson quand elle rentre dans sa famille. Mais elle a le sentiment d'avoir brisé le tabou sur le sujet : "Ma sœur aînée se posait déjà la question. Maintenant que je suis devenue végé, c'est comme si j'avais ouvert la porte pour elle."
"Les vrais hommes, ils mangent de la viande"
Martin (dont le prénom a été modifié à sa demande) a, lui aussi, dû s'armer de patience. Ce jeune diplômé en ingénierie de 25 ans a été sensibilisé, pendant ses études, aux conséquences de l'élevage sur l'environnement. C'est à ce moment-là qu'il décide de devenir végétarien. Mais, Covid oblige, il se voit contraint de suivre les cours à distance et retourne vivre chez ses parents, dans l'Aveyron. Au-delà de l'organisation des repas à revoir, les moqueries vont bon train. "C'est mon frère qui me chambrait le plus. Il me disait : 'Les vrais hommes, ils mangent de la viande. Toi, tu ne manges que des graines'", raconte-t-il.
Ce stéréotype a la peau dure : en 2022, un peu plus d'un Français sur deux estimaient que "manger de la viande rouge donne de la force et de l'énergie à un homme", d'après un autre sondage Ifop. "La viande rouge est l'aliment le plus chargé symboliquement d'un statut viriliste", analysait la journaliste Nora Bouazzouni dans une interview à Reporterre. "Si on mange un animal, on absorbe sa vitalité. La viande est associée à la force, au muscle. Elle permet de réaffirmer une domination de l'homme sur tout le reste", décrypte l'autrice de Steaksisme. En finir avec le mythe de la végé et du viandard.
Dans son cercle amical aussi, Martin reçoit des réflexions de la sorte. Dans son village d'origine, où l'activité agricole domine, "presque tous mes amis d'enfance sont devenus agriculteurs, certains éleveurs. Alors, au début, je n'ai pas osé leur dire que j'étais devenu végétarien, car j'avais peur qu'ils m'insultent", confie le jeune ingénieur. "Quand je leur ai annoncé, certains s'en fichaient. D'autres m'ont dit que j'étais faible, trop sensible, que les animaux étaient faits pour être mangés."
"Le plus dur, c'était pas vraiment d'arrêter la viande, c’était les remarques des autres. On se fait chambrer alors qu'on fait ça pour la planète."
Martin, végétarien
à franceinfo
Cette croyance, parfois défendue par les consommateurs de viande, s'explique par notre héritage religieux, estime l'essayiste Renan Larue, spécialiste de l'histoire du véganism à l’Université de Californie à Santa Barbara. "La vision du monde dominante est l'anthropocentrisme, validée par le christianisme : l'être humain est au milieu, nous avons toujours fait comme ça, on a le droit d'exploiter les animaux, de les tuer…" explique-t-il. Dans l'Antiquité, cette question taraudait déjà les érudits. "On trouve des philosophes au début de l'histoire grecque, comme Pythagore, qui prônaient le végétarisme pour ne pas faire souffrir les animaux. En face, des écoles philosophiques leur répondaient qu'ils avaient été créés par les dieux pour nous, car nous sommes l'espèce supérieure", raconte Renan Larue.
"Ma mère a, à son tour, arrêté la viande"
Damien, 41 ans, a lui arrêté de manger tout produit d'origine animale. Il est végétalien depuis une dizaine d'années. "Maintenant, ce n'est plus un sujet", assure ce Strasbourgeois. Mais à l'époque, sa décision désarçonne ses proches : "Ils m'ont posé des questions, pour savoir si je ne m'étais pas fait endoctriner dans un truc louche."
"Ma grand-mère m'a avoué avoir demandé à son médecin traitant si je n'étais pas tombé dans une secte."
Damien, végétalien depuis 10 ans
à franceinfo
Damien n'a pas toujours vécu en ville. Il a grandi dans la campagne alsacienne, entouré de bêtes. "Mon père avait ce rêve de gosse d'avoir des chevaux. Un jour, on a récupéré deux poneys. Ça m'a fait cogiter : si on ne mange pas de poneys parce qu'on en a, qu'est-ce qu'on ferait si on avait un cochon ?" C'est ce raisonnement qui, progressivement, le pousse à abandonner la viande. Ses parents tiennent un restaurant, alors les repas, chez lui, "c'est important", et une popote sans viande, pour son père surtout, "ça n'a pas sens". "Il comprend ma démarche parce qu'elle est éthique", souligne cependant Damien. Mais au départ, les conséquences d'un tel régime sur sa santé interrogent : "Des gens s'inquiétaient pour moi. Ils pensaient que j'allais devenir un squelette en trois mois".
Martin aussi a été confronté aux craintes de ses proches pour sa santé. La viande étant riche en protéines, "mes parents avaient peur que je sois en carence alimentaire". Pourtant, l'Académie de nutrition et de diététique américaine assurait dès 2009, dans le journal scientifique qu'elle édite, que "les régimes végétariens bien planifiés, y compris les régimes végétaliens, sont sains, adéquats sur le plan nutritionnel et peuvent apporter des bienfaits pour la santé dans la prévention et le traitement de certaines maladies".
Deux ans après avoir renoncé à la viande, l'ingénieur aveyronnais a fait des prises de sang. "Elles ont révélé que je n'avais aucune carence. Ça a rassuré ma mère, qui à son tour a arrêté la viande", dit-il. Car même si tous se défendent de faire du prosélytisme auprès de leurs proches, les végétariens interrogés par franceinfo voient les attitudes évoluer autour d'eux. Le père de Damien "est très fier quand il prépare un plat sur mesure pour des clients végétariens", se réjouit son fils. Des amis de Raphaëlle "ont diminué leur consommation de viande", assure-t-elle. Et le frère de Martin, celui pour qui un "vrai homme" ne mange pas de graines ? Deux ans plus tard, lui aussi est devenu végétarien.
A l'origine des zoonoses.
Je lis le site de l'OMS sur le sujet des pandémies. L'idée principale, c'est de mettre au point des vaccins. Donc, il s'agit de prendre le problème par son extrémité finale et non de chercher à établir la raison principale de l'émergence de ces nouveaux virus et donc d'identifier le point de départ. On est dans le même registre que la médecine allopathique : on intervient pour guérir mais on n'anticipe pas en établissant un mode de vie le plus sain possible.
Je ne conteste pas l'intérêt des vaccins. Je critique le raisonnement et le mode d'action.
Le premier coronavirus identifié fut celui de la bronchite infectieuse aviaire en 1931 aux États-Unis. On était donc en 1931 confronté à la première situation de zoonose. Quatre-vingt-treize ans plus tard, le nombre de virus connus est très important, certains potentiellement mortels. A-t-on vu émerger une réflexion sérieuse et mondiale sur l'exploitation de la nature et le conflit entre la faune sauvage et l'humain ?
Non.
Voilà la carte de Bornéo, une île gigantesque où est exploitée la forêt primaire pour la transformer par la plantation d'arbres pour l'huile de palme. Cette huile qu'on retrouve partout dans notre alimentation. Ce qui revient à dire que notre mode alimentaire tue la planète.

« L’histoire nous montre que la question n’est pas de savoir s’il y aura une prochaine pandémie, mais de savoir quand elle surviendra. Elle nous enseigne également que la science et la détermination politique sont importantes pour atténuer l’impact de cette prochaine pandémie », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. « Nous avons encore besoin à la fois de science et de détermination politique pour nous unir alors que nous nous préparons à la prochaine pandémie. Mieux connaître les nombreux agents pathogènes qui nous entourent est un projet mondial auquel les scientifiques de tous les pays doivent participer », a-t-il ajouté.
https://www.who.int/fr/news/item/01-08-2024-cepi-and-who-urge-broader-research-strategy-for-countries-to-prepare-for-the-next-pandemic
L’origine de la zoonose et les modes de contamination
Publié en ligne le 13 avril 2020 - Covid-19 -

Ce texte est une adaptation par l’auteur d’un article publié initialement sur le site de la Fondation droit animal éthique et sciences (LFDA) [1] et à paraître dans la revue Droit Animal, Éthique & Sciences n° 105, avril 2020). Nous remercions la Fondation qui a autorisé cette reprise.
1 | Brugère-Picoux J, « Covid-19 : origine de la zoonose et modes de contamination », 17 mars 2020, sur www.fondation-droit-animal.org
La nouvelle maladie émergente Covid-19 (Coronavirus disease 2019) est due à un coronavirus (Sars-CoV-2) dont la chauve-souris est un réservoir naturel. Non affecté, ce mammifère volant peut transmettre de nombreux virus à d’autres espèces, dont l’espèce humaine.
Les chauves-souris, réservoirs de virus émergents
Les chiroptères, plus communément appelés chauves-souris, seuls mammifères volants, constituent environ 20 % de la diversité des mammifères et sont largement distribués dans le monde. Ils présentent une longévité de plusieurs dizaines d’années, inhabituelle pour des animaux de petite taille au métabolisme élevé [1]. Depuis quelques décennies, on découvre que ces chauves-souris peuvent héberger de nombreux virus dont certains sont à l’origine de maladies émergentes chez l’Homme ou l’animal. Ces réservoirs naturels de virus présentent aussi la particularité de ne pas être affectés par les agents infectieux qu’ils hébergent [2]. On a pu montrer que les chauves-souris étaient résistantes à des charges virales, mortelles pour d’autres mammifères, d’Henipavirus et de Lyssavirus [3,4]. Cependant on connaît mal les mécanismes responsables de cette capacité des chauves-souris à coexister avec les virus [5]. Leur adaptation au vol favoriserait une élévation de leur température corporelle permettant d’accroître l’efficacité de la réponse immunitaire [6,7]. Cette coexistence entre virus et chauves-souris serait aussi liée à une réponse atténuée en interférons [8] qui permettrait le maintien d’une certaine charge virale en permanence dans l’organisme.
Lors de l’émergence d’une maladie virale impliquant des chauves-souris, le franchissement occasionnel de la barrière d’espèce de la chauve-souris à l’Homme ou à l’animal est souvent lié à une modification des écosystèmes largement due à des activités humaines. Alors qu’il n’existait que peu de contacts auparavant, les nouvelles conditions permettent la mise en relation des espèces animales sauvages (chauve-souris ou hôtes intermédiaires) avec l’Homme ou certaines espèces animales domestiques.
C’est ainsi que les chauves-souris ont été les pourvoyeuses de maladies zoonotiques émergentes redoutables déclenchées par divers agents viraux dont les Lyssavirus, les Henipavirus, les Filovirus et certains coronavirus (voir encadré).
Les chauves-souris pourvoyeuses de redoutables maladies zoologiques émergentes
Les chauves-souris ont été les pourvoyeuses de maladies zoonotiques émergentes redoutables déclenchées par divers agents viraux dont :
les Lyssavirus, groupe auquel appartient le virus de la rage : les réservoirs animaux sont actuellement les chauves-souris et les carnivores, les chauves-souris constituant probablement le réservoir originel [1] ;
les Henipavirus, parmi lesquels : le virus Hendra rencontré en Australie depuis 1994 [2], responsable d’une affection heureusement rare car souvent mortelle chez l’Homme et le cheval ; le virus Nipah, identifié en 1998 lors d’une épidémie affectant des fermes porcines en Malaisie dont les porcs présentaient des troubles respiratoires mais aussi les personnes en contact avec les porcs (265 malades dont 105 décès à la suite d’une encéphalite) [3]. C’est un peu plus tard que l’on a découvert que des chauves-souris frugivores (Pteropus sp.) étaient à l’origine de cette épidémie qui s’est étendue au Bangladesh et en Inde, notamment par la consommation du jus de palme contaminé [4] ;
les Filovirus, parmi lesquels : le virus de Marburg décrit tout d’abord en Allemagne en 1967 à la suite de contaminations de laborantins travaillant sur des cellules rénales de singes verts [5], puis découvert chez les chauves-souris [6-8] suite à des contaminations humaines mortelles consécutives à la visite en 1980 de grottes qui en hébergeaient [9] ; le virus Ebola pour lequel le rôle réservoir de la chauve-souris fut démontré en 2005 [10-12] ;
certains coronavirus et plus spécifiquement des Betacoronavirus, comme le virus du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), celui du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), ou celui du Coronavirus disease 2019 (Covid-19).
1 | Bourhy H, « De la négligence à la réémergence de la rage », in Brugère-Picoux J, Rey M, Les maladies infectieuses exotiques. Risques d’importation et d’implantation en Europe, Rapports de l’Académie nationale de Médecine. Éditions Lavoisier, 2010, p. 117-32.
2 | Selvey LA et al., “Infection of humans and horses by a newly described morbillivirus”, Medical Journal of Australia,1995,162 : 642-5.
3 | Chua KB et al., “Fatal encephalitis due to Nipah virus among pig-farmers in Malaysia”, Lancet, 1999, 354:1257-9.
4 | Luby SP et al., “Foodborne transmission of Nipah virus, Bangladesh”, Emerg. Infect. Dis., 2006, 12:1888-94.
5 | Smith CE et al., “Fatal human disease from vervet monkeys”, Lancet, 1967, 2:1119-21.
6 | Towner JS et al., “Marburg Virus Infection Detected in a Common African Bat”, PLoS ONE, 2007, 2 : e764.
7 | Towner JS et al., “Isolation of Genetically Diverse Marburg Viruses from Egyptian Fruit Bats”, PLoS Pathos., 2009, 5:e1000536.
8 | Maganga GD et al., “Is Marburg Virus Enzootic in Gabon ?”, J. Inf. Dis., 2011 ;204:S800-3.
9 | Smith DH et al., “Marburg-virus disease in Kenya”, Lancet, 1982, 1:816-20.
10 | Leroy EM et al., “Fruit bats as reservoirs of Ebola virus”, Nature, 2005, 438:575-6.
11 | Leroy EM et al., “Human Ebola Outbreak Resulting from Direct Exposure to Fruit Bats in Luebo, Democratic Republic of Congo”, Vector-Borne and Zoonotic Diseases, 2009, 9:723-8.
12 | Pourrut X et al., “Large serological survey showing cocirculation of Ebola and Marburg viruses in Gabonese bat populations, and a high seroprevalence of both viruses in Rousettus aegyptiacus”, BMC Infectious Diseases, 2009, 9:159.
L’origine des coronavirus
Les coronavirus sont des virus à ARN classés en Alphacoronavirus, Betacoronavirus, Gammacoronavirus et Deltacoronavirus. Leur nom vient de l’observation de petites excroissances (ou spicules) à leur surface, formant une sorte de couronne.
Les coronavirus semblent provenir des chauves-souris, et plus particulièrement les Alphacoronavirus et les Betacoronavirus (genres pour lesquels on constate des zoonoses), ce qui explique le grand nombre de virus isolés dans ces espèces alors que les oiseaux seraient à l’origine des Gammacoronavirus et des Deltacoronavirus (cf. figure 1) [9].

Figure 1 : Évolution des coronavirus [9].
Le premier coronavirus identifié fut celui de la bronchite infectieuse aviaire en 1931 aux États-Unis alors que ce n’est que dans les années 1960 que les premiers coronavirus ont été décrits chez l’Homme, responsables de rhumes souvent banals. Depuis, de nombreux coronavirus ont été isolés chez les Mammifères et les Oiseaux.
La plupart des Alphacoronavirus sont spécifiques d’espèces. Ils peuvent être responsables de maladies graves comme la péritonite infectieuse féline chez le chat ou la gastroentérite transmissible (GET) chez le porcelet. L’émergence en 1984 du coronavirus respiratoire porcin semble avoir pour origine une modification du virus de la GET [10]. La GET est devenue plus rare, parallèlement à l’émergence d’un autre coronavirus (Swine acute diarrhea syndrome coronavirus ou Sads-CoV), responsable de la diarrhée épidémique porcine (DEP) surtout importante dans le Sud-Est asiatique depuis 2010 [11]. En 2017, une importante épidémie chez les porcelets a permis de démontrer que le réservoir animal de cette diarrhée épidémique porcine était vraisemblablement la chauve-souris [12].
Le Sars-CoV-1 est un Betacoronavirus responsable du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) qui fut une importante épidémie de février à mai 2003, avec un taux de mortalité de 10 %, tuant 774 personnes sur 8096 malades, surtout en Chine mais le Canada fut aussi très touché (avec 43 décès sur 251 malades) [13]. Il a fallu mettre en place d’importantes mesures de biosécurité pour assister à la fin de l’épidémie. Quand le Sras a émergé à la mi-novembre 2002 dans la province du Guangdong, les cas n’ont pas été officiellement notifiés par crainte d’éventuelles retombées sociales ou économiques, permettant ainsi une large diffusion du virus. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a été prévenue que le 11 février 2003…
Le Mers est apparu plus tard en septembre 2012 et concerne principalement le Moyen-Orient, l’animal réservoir étant le dromadaire. À la fin de novembre 2019, 2 494 cas ont été confirmés dont 858 sont décédés (soit un taux de mortalité de 34,4 %) [14]. L’Arabie Saoudite a été le pays le plus touché avec 2102 cas dont 780 sont décédés, soit un taux de mortalité de 37,1 %.
Alors que les premiers cas de Sras ont été observés en 2002 dans la province du Guangdong, il s’avère que la source géographique du virus semble être la province de Yunnan ou le sud-ouest de la Chine, le principal réservoir animal étant vraisemblablement des chauves-souris fer à cheval (Rhinolophus sinicus) [2],[15],[16]. Une surveillance de ces chauves-souris réalisée sur plus de cinq années dans une grotte de la province de Yunnan a permis de démontrer l’importante quantité de coronavirus pouvant être hébergés par ces chiroptères dont certains proches du virus du Sras (Sars-CoV-1) et dénommés Sars-related coronavirus (Sarsr-CoV). Les scientifiques chinois soulignèrent même en 2017 que ces nouvelles informations sur l’origine et l’évolution du Sars-CoV-1 mettaient en évidence la nécessité de se préparer à l’émergence future de maladies comme le Sras [17]…
D’autres scientifiques américains [18] et chinois [19] avaient signalé (en 2015 et 2019 respectivement) le potentiel d’émergence des coronavirus présents dans les populations de chauves-souris, en particulier le coronavirus Shco14-CoV circulant couramment chez les chauves-souris fer à cheval du fait de sa réplication identique au Sars-CoV-1 dans des cellules primaires de poumon humain. Ainsi, les scientifiques chinois concluaient : « Il est très probable que les futures épidémies de coronaviroses comme le Sras ou le Mers proviendront de chauves-souris, et il y a une probabilité accrue que cela se produise en Chine. Par conséquent, l’enquête sur les coronavirus de chauve-souris devient un problème urgent pour la détection des signes d’alerte précoce pour minimiser alors l’impact de ces futures épidémies en Chine »… Il était surtout évident pour ces scientifiques que la Chine représentait la zone à haut risque (le point chaud) d’où partirait l’épidémie.
Ces alertes scientifiques américaines et chinoises de 2015 et de 2019 n’ont pas permis d’éviter l’apparition en décembre 2019 d’une pneumonie d’origine inconnue touchant 59 personnes dans la ville chinoise de Wuhan. Les personnes atteintes avaient surtout fréquenté le marché de la ville où l’on vendait divers animaux domestiques et sauvages le plus souvent vivants. Le 2 janvier 2020, ce marché fut immédiatement fermé sans que l’on ait recherché l’origine de la contamination parmi les espèces animales vendues. Cette maladie émergente (dénommée Coronavirus disease 2019 ou Covid-19) est due à un coronavirus (Sars-CoV-2) où une autre chauve-souris fer à cheval (Rhinolophus affinis) est de nouveau incriminée en tant que réservoir. L’étude du génome du Sars-CoV-2 [20] confirme qu’il s’agit d’un virus proche à 96,2 % d’un coronavirus présent chez la chauve-souris (Sars-CoV ; RaTG13), ce virus étant plus éloigné du virus du Sras (79 %) ou de celui du Mers (50 %).
L’origine de la contamination par les coronavirus
On ne connaît pas l’origine exacte de la contamination humaine par le Sars-CoV-2 alors que l’on connaît le lien épidémiologique avec un marché aux animaux vivants sauvages ou domestiques qui n’est pas sans rappeler l’origine du Sras également liée à un marché d’animaux vivants en Chine. La question n’est actuellement pas résolue et l’on ne peut que se baser sur les études réalisées sur le Sars-CoV-1. On peut regretter que des prélèvements n’aient pas été réalisés sur les animaux (en particulier les animaux sauvages) vendus vivants dans une grande proximité sur le marché de Wuhan, malgré l’illégalité de leur vente, avant la fermeture de ce dernier.
On peut retenir trois hypothèses à l’origine du franchissement d’un coronavirus de la barrière d’espèce de la chauve-souris vers l’Homme (figure 2).

Figure 2. Hypothèses sur l’émergence des épidémies dues aux coronavirus (d’après [1]).
Comme tous les virus à ARN de manière générale, les coronavirus sont connus pour avoir un taux de mutation élevé pendant la réplication et sont sujets à la recombinaison si différents virus infectent le même individu. Les populations de chauves-souris hébergent plusieurs types de coronavirus (cercle bleu foncé à contour bleu clair). Le Sars-CoV serait la conséquence d’une mutation au sein de l’hôte (cercle orange) ayant permis de façon aléatoire et rare l’émergence d’une souche chez un nouvel hôte.
La première hypothèse (a) concerne un hôte intermédiaire comme la civette (souche civette) ayant permis ultérieurement la contamination humaine. Cependant les premières souches humaines du Sars-CoV-1 étant plus étroitement liées aux souches chauves-souris qu’aux souches civettes, il est possible que la contamination humaine ait été directe à partir de la chauve-souris (hypothèse b), les civettes masquées ayant joué un rôle réservoir secondaire favorisant le maintien de l’infection animale et humaine dans les marchés d’animaux vivants. Une troisième hypothèse (c) est la présence de multiples virus proches du Sras n’ayant pas subi de mutation et hébergés par les chauves-souris. Une adaptation secondaire ou une recombinaison avec une protéine de pointe lui permettant de se lier aux récepteurs cellulaires humains (cercle de contour jaune) peut favoriser une contamination directe de l’Homme.
[1] Menachery VD et al., “A SARS-like cluster of circulating bat coronaviruses shows potential for human emergence”, Nature Medicine, 2015, 21:1508-13.
Virus mutant avec nécessité d’un hôte intermédiaire pour infecter l’Homme
Si l’on se rappelle l’épidémie du Sras, des civettes palmistes masquées (Paguma larvata) d’origine sauvage ou provenant de fermes d’élevage, vendues vivantes sur les marchés, furent rapidement incriminées en tant que réservoirs de l’agent pathogène et il s’ensuivit un abattage massif de ces petits Viverridae par mesure de précaution avant que l’on ne découvre que la chauve-souris était le réservoir principal du Sars-CoV-1. A alors émergé l’hypothèse selon laquelle la civette, contaminée par la chauve-souris, avait été l’hôte intermédiaire qui a ultérieurement contaminé l’Homme.
D’autres espèces présentes sur les marchés d’animaux vivants se sont révélées porteuses du Sars-CoV-1 sans être retenues en tant qu’hôtes intermédiaires à l’origine du Sras [21] : le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides) surtout recherché pour sa fourrure et le blaireau furet (Melogale moschata) [22,23], ainsi que les renards roux, les chats domestiques et les rats [24], ces espèces ayant pu avoir été contaminées par les civettes palmistes masquées, voire l’Homme sur les marchés (ou inversement).
Rappelons que d’autres animaux ont pu être infectés expérimentalement par le Sars-CoV-1 : singes, chats et furets [25], souris[26-29], cobayes [29], hamsters [30].

Manis pentadactyla (pangolin de Chine) ©Ms. Sarita Jnawali of NTNC (CC BY 2.0)
Dans le cas du Covid-19, le seul animal actuellement suspecté en tant qu’hôte intermédiaire potentiel entre la chauve-souris et l’Homme est le pangolin (Manis pentadactyla et Manis javanica en Asie). Le pangolin, de l’ordre des Pholidotes, vit dans les forêts en se nourrissant de termites et de fourmis. Cet animal sauvage est apprécié en Asie pour sa viande mais aussi pour ses écailles qui auraient des propriétés thérapeutiques en médecine traditionnelle asiatique. Il est très braconné dans le monde alors que la Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction (Cites) a voté en 2017 l’interdiction totale du commerce international des pangolins (voir sur le site de l’International Union for Conservation of Nature (IUCN) [31]). L’avantage de la suspicion concernant le pangolin dans le Covid-19 sera un contrôle plus strict de son commerce permettant de le protéger.
La possibilité d’un éventuel portage du Sars-CoV-2 par les animaux de compagnie a été évoquée lorsque l’on a découvert à Hong Kong fin février un chien positif dont la propriétaire était malade. Le suivi de ce chien a permis de noter un très faible taux de virus dans les voies respiratoires supérieures et l’absence d’anticorps sériques (un autre examen sera réalisé après quatorze jours d’observation) permettant de penser que l’infection a été modérée et que la contamination s’est effectuée de la propriétaire vers le chien [32]. Jusqu’à présent, il n’a jamais été observé que le Sars-CoV-1 pouvait être transmis d’un animal de compagnie (chien ou chat) vers l’Homme.
Virus mutant infectant directement l’Homme
Le rôle d’hôte intermédiaire de la civette palmiste masquée reste cependant hypothétique : si plusieurs cas de contamination humaine semblent avérés à partir de civettes palmistes masquées [23,33,34] dont certains cas bénins de Sras réapparus en 2004 [22,23,28,35], il s’avère que des civettes palmistes masquées d’origine sauvage pouvaient être négatives [36] comme d’autres civettes dans des fermes d’élevage [23,37]. Certaines civettes ont pu être contaminées dans le marché d’animaux vivants [23] ou dans les élevages souvent en surdensité animale avec un mélange de diverses espèces animales [37].
Il s’agirait alors de la deuxième hypothèse, à savoir une contamination directe de l’Homme à partir de la chauve-souris, les civettes masquées ayant joué un rôle réservoir secondaire favorisant le maintien de l’infection animale et humaine dans les marchés d’animaux vivants. Cette hypothèse est plausible car une analyse phylogénétique [38] a montré que les premières souches humaines du Sars-CoV-1 étaient plus étroitement liées aux souches chauves-souris qu’aux souches civettes.
En Chine, les animaux sauvages et domestiques sont souvent vendus vivants sur les marchés (ils sont parfois abattus au moment de la vente). La promiscuité de ces différentes espèces peut favoriser des transferts inter-espèces et parfois une contamination de l’Homme. Cela a été démontré pour une autre maladie virale rencontrée en Chine : les cas humains dus au virus aviaire influenza H7N9 observés ont pu diminuer drastiquement en 2013 avec l’interdiction des marchés de volailles vivantes à l’origine des contaminations [39].
Adaptation ou recombinaison du virus permettant d’infecter directement l’Homme
La troisième hypothèse permet de suspecter une contamination directe de l’Homme à partir de la chauve-souris à la suite d’une recombinaison d’un Sarsr-CoV présent chez l’animal. La recombinaison pourrait avoir eu lieu au niveau de la protéine S (dénommée « spike » du fait de sa forme en pointe).
En Chine, la plupart des chauves-souris hébergeant les Sarsr-CoV se retrouvent surtout dans certaines zones rurales du sud de la Chine (province de Yunnan) où les habitations sont proches de grottes abritant des Chiroptères. Une étude sérologique montrant 2,7 % de séropositivité chez 218 personnes vivant à proximité de ces grottes permet de suggérer la possibilité d’une contamination directe [40].
Les chauves-souris, consommées régulièrement, peuvent être vendues vivantes sur des marchés, favorisant ainsi les franchissements des barrières d’espèce, notamment vers l’Homme. Le risque est cependant plus élevé pour le chasseur, manipulant les animaux avec le risque de morsure ou de contact avec leur sang, que pour l’acheteur. Les contacts fréquents entre l’Homme et des chauves-souris vivantes peuvent être aussi la conséquence d’un changement dans leurs écosystèmes naturels (changement climatique, déforestation, urbanisation…).
Une contamination par des animaux vendus sur le marché de Wuhan ayant été fortement suspectée dès le début de l’épidémie, ce marché a été fermé rapidement sans que des prélèvements aient été effectués sur les animaux vivants vendus alors que l’on connaissait le rôle important joué par ces marchés dans l’épidémie du Sras.
Les premières mesures chinoises
Au début de l’apparition de la maladie en Chine, les symptômes observés, rappelant ceux d’une affection grippale avec de la toux et une hyperthermie, n’étaient pas identiques à ceux du Sras et les premiers cas de mortalité rapportés concernaient des personnes âgées ou atteintes d’autres affections sévères. Ceci peut expliquer les premiers propos rassurants de l’OMS alors que les autorités chinoises mettaient en place des mesures de biosécurité particulièrement exceptionnelles (56 millions de personnes confinées dans la province de Hubei, interdiction du commerce d’animaux sauvages, interdiction de voyager, fermeture de la Cité interdite, de la Grande Muraille et des parcs Disney, importantes restrictions de circulation, construction d’hôpitaux dédiés en quelques jours, prolongement du congé du nouvel an chinois, etc.). Ce n’est que le 11 mars 2020 que l’OMS a déclaré qu’il s’agissait d’une pandémie (il s’agit de la première pandémie causée par un coronavirus) [41].
Cependant le virus a pu se propager pendant plus de deux mois en Chine, voire dans d’autres pays, avant la mise en place des mesures de biosécurité drastiques décidées après le 23 janvier 2020, de nombreux déplacements de personnes ayant pu se faire, en particulier avec les préparatifs du nouvel an chinois.
Conclusion
Selon une étude chinoise récente, qui reste à confirmer, portant sur 103 échantillons de virus Sars-CoV-2, il existerait deux souches circulantes, L et S. La souche S (30 % des échantillons) serait plus ancienne que la souche L (70 % des échantillons), celle-ci pouvant être plus agressive et se propager rapidement [42].
Il y aura toujours des maladies émergentes. Une étude effectuée sur 335 maladies ayant émergé entre 1940 et 2008 a permis de noter que 60 % d’entre elles étaient des zoonoses, c’est-à-dire des maladies pouvant infecter l’Homme et l’animal, et parmi celles-ci, 72 % seraient dues à la faune sauvage [43]. C’est pourquoi le concept « une seule santé » est mis en avant par de nombreuses organisations internationales reconnaissant les liens entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement [44].
Lors d’une zoonose émergente, il importe aussi de connaître rapidement l’espèce animale qui en est à l’origine ainsi que les autres espèces pouvant jouer le rôle de réservoirs potentiels ou d’hôtes intermédiaires en collectant le plus rapidement possible des prélèvements appropriés avant de pouvoir mettre en place rapidement des mesures efficaces de biosécurité.
La mise en évidence chez les chiroptères de coronavirus pouvant provoquer deux épidémies comme le Sras à partir de 2002 puis le Covid-19 en 2019-2020 doit nous amener à reconsidérer nos stratégies de prévention de ces endémies en évitant le risque de contamination par une cohabitation trop étroite avec les chauves-souris, que ce soit du fait d’une modification de leur écosystème ou de leur consommation.
Il faut aussi éviter les possibilités de transfert de certains virus émergents vers l’Homme par le mélange de plusieurs espèces d’animaux sauvages ou domestiques vendus vivants ou non sur les marchés asiatiques, véritables chaudrons réservoirs de virus et centres d’amplification pour les infections émergentes. Il faut espérer que l’interdiction des marchés d’animaux vivants et plus particulièrement d’animaux sauvages sera maintenue avec rigueur en Chine. Cela impliquera une importante modification des habitudes alimentaires dans plusieurs régions chinoises.
Enfin, les répercussions médicales, économiques et médiatiques de la pandémie due à la maladie Covid-19 démontrent l’intérêt à accorder à l’étude des coronavirus chez les chiroptères mais aussi l’intérêt à protéger ces espèces dont certaines sont insectivores et fort utiles dans la lutte contre les moustiques. L’important est de maintenir un écosystème favorable à tous, animaux sauvages ou domestiques et Homme.
Références
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31 | Le site de l’International Union for Conservation of Nature (IUCN) : https://www.iucnredlist.org/
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41 | WHO Director-General’s opening remarks at the media briefing on COVID-19 – 11 March 2020. Sur www.who.int
42 | Tang X et al., “On the origin and continuing evolution of SARS-CoV-2”, National Science Review, nwaa036,
43 | Jones KE et al., “Global trends in emerging infectious diseases”, Nature, 2008, 451:990-3.
44 | OMS, « L’approche multisectorielle de l’OMS “Un monde, une santé” », septembre 2017. Sur www.who.int
Les zoonoses, une mécanique implacable.
En dehors de ceux et celles qui vivraient dans une grotte ou refuseraient de se tenir informés et banniraient tous les sites d'informations, il est impossible de ne pas avoir entendu parler du MPOX ou "variole du singe". Tout autant de la menace de grippe aviaire en France. Et on en revient toujours au même problème : le régime alimentaire carné...
Donc, non seulement, la plupart des individus sont dans le déni au regard de la souffrance animale mais ils le sont également pour les risques que leur mode de vie alimentaire fait courir à l'ensemble de la population mondiale. Le covid a montré à quel point la propagation d'une maladie est dans le monde actuel absolument stupéfiante. Il ne s'agit pas d'avoir peur mais d'agir avant que la peur ne devienne justifiée.

https://www.santemagazine.fr/sante/fiche-maladie/grippe-aviaire-177303
Selon l’OMS, « le risque d’infection pour l’homme reste faible » (source 2). Pour autant, selon Santé publique France « la fréquence accrue de transmission de ces virus à des mammifères d’espèces variées augmente le risque d’émergence d’un nouveau virus influenza mieux adapté à l’Homme et capable de transmission interhumaine ».
Quelles mesures pour prévenir la transmission du virus en France ?
Lorsqu’un foyer est détecté, plusieurs mesures sanitaires sont prises : abattage des foyers voire abattage préventif des animaux dans un périmètre défini, désinfection des foyers.
Le virus de la grippe aviaire peut-il se transmettre à l'Homme ?
La grippe aviaire se transmet très rarement à l’Homme. Cependant, la menace est toujours réelle : la propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de l’apparition d’un nouveau virus grippal dans la population humaine.
Jusqu’alors, sur 144 souches de virus grippaux de type A, seuls quatre sous-types de virus étaient parvenus parfois à franchir la barrière des espèces : H5N1, H7N3, H7N7 et H9N2. Le plus fréquent est le virus de la grippe aviaire H5N1, repéré pour la première fois en 1997, lors d’une épidémie à Hongkong. Il est réapparu plusieurs fois depuis fin 2003 dans plusieurs pays d’Asie. Les trois autres sous-types de virus ont frappé sporadiquement, principalement en Asie et au Moyen-Orient. Certains, comme le H5N8, parviennent de façon exceptionnelle à contaminer l’Homme. « Les cas humains sont principalement des cas primaires, suite à une exposition à des oiseaux infectés ou à un environnement contaminé », explique Santé publique France.
Contamination : comment le virus se transmet-il ?
La plupart des contaminations surviennent à la suite de contacts directs, étroits et fréquents avec des oiseaux infectés, ou avec leur environnement. Les virus se transmettent principalement à l’Homme par contamination aérienne, notamment quand la fiente des oiseaux sèche et se transforment en poussière avant d’être inhalée.
Elle peut aussi se transmettre par un contact direct et prolongé avec les matières fécales des animaux malades ou de manière indirecte via des matières contaminées (matériel, vêtements, eau).
À noter : la maladie n’est pas transmissible par l’alimentation.

Quels sont les symptômes de la grippe aviaire chez l'Homme ?
Les symptômes de la grippe aviaire sont les mêmes que ceux de la grippe saisonnière :
une toux ;
un mal de gorge ;
une forte fièvre ;
des courbatures ;
des frissons ;
parfois une simple conjonctivite.
La gravité de la maladie et sa létalité tendent à être plus élevées mais varient en fonction de la souche virale. Dans certains cas, la maladie peut se compliquer en pneumonie.
La période d’incubation se situe entre cinq et quinze jours.
Qui sont les plus à risque de contracter la maladie ?
Les éleveurs et leurs familles, les techniciens et vétérinaires avicoles.
Les équipes d’intervention pour euthanasie, nettoyage, désinfection, ramassage des cadavres, équarrisseurs.
Le personnel des parcs zoologiques ou des animaleries hébergeant des oiseaux.
Le personnel technique de laboratoire.
Quelles sont les personnes à risque de développer une forme grave ?
Comme pour les autres maladies infectieuses, les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes présentant certaines pathologies (cancer, asthme, etc) sont plus vulnérables et peuvent présenter des complications plus sévères.
En cas de symptômes grippaux après un contact étroit avec des oiseaux ou des volailles infectées, ou avec un environnement souillé, consulter rapidement un & nbsp ; médecin.
Conseils de prévention
L’une des principales mesures de sécurité pour endiguer la maladie consiste à observer de bonnes pratiques d’hygiène (lavage régulier des mains, utilisation de gel hydroalcoolique, port d’un masque).
Santé publique France recommande plusieurs mesures en cas de contact ou d’exposition à risque :
ne pas toucher des animaux morts ou blessés ;
appliquer des mesures barrières (se laver les mains, porter des gants et un masque) en cas de contact avec des animaux sauvages ;
pour les professionnels exposés, se vacciner contre la grippe chaque année. (le vaccin est pour moi la phase ultime, celle qui survient lorsque rien d'utile n'a été engagé avant...)
Lors d’un voyage dans un pays infecté par la grippe aviaire, il est recommandé de ne pas s’approcher de volatiles sauvages, d’éviter le contact avec les volailles sur les marchés, d’éviter les surfaces contaminées par des excréments ou des sécrétions d’oiseaux.
En tout état de cause il faut entre 6 et 8 mois pour développer un vaccin pandémique, d’où l’importance des traitements antiviraux pour combattre la pandémie dans un premier temps. Ces antiviraux inhibent l’activité d’une enzyme du virus, la neuraminidase. Ils peuvent être utilisés en traitement curatif, et l’un d’eux en préventif.
Comment savoir si on a la grippe aviaire ?
La possibilité d’une infection doit être envisagée chez tout individu présentant des symptômes alors qu’il est exposé à des oiseaux en période épidémique. De même si une personne revient d’une région où la transmission du virus est importante, ou a été en contact avec des personnes infectées.
Des tests spécifiques peuvent être réalisés sur demande d’un médecin. Un écouvillon (une sorte de long coton-tige) servira à prélever des cellules potentiellement infectieuses dans le nez d’un malade. Il sera déposé dans un milieu liquide afin de préserver le virus, puis testé en laboratoire. Les analyses peuvent aussi être réalisées sur des crachats, via une aspiration endotrachéale ou un liquide de lavage bronchoalvéolaire.
Comment traiter la grippe aviaire ?
Le traitement proposé aux malades est dit symptomatique (il permet de lutter contre les symptômes). On propose par exemple du paracétamol contre la fièvre.
Deux traitements antiviraux peuvent être efficaces contre la grippe aviaire : le Tamiflu® (oséltamivir) et le Relanza® (zanamivir). Pour être efficaces, ils doivent être administrés au plus tard dans les quarante-huit heures après l’apparition des premiers symptômes.
Les antibiotiques ne sont pas utilisés pour soigner la grippe aviaire car ils sont inactifs contre les virus. Leur utilisation n’est conseillée qu’en cas de surinfection bactérienne.
À ce jour, aucun vaccin n’est autorisé contre la grippe aviaire. Et le vaccin contre la grippe saisonnière n’est pas efficace.
Sources
Source 1 : « Grippe aviaire : quelle est la situation en France et dans le Monde ? », Santé publique France, 1 mars 2023.
Source 2 : « Évaluation du risque associé à la grippe récente A (H5N1) virus du clade 2.3.4.4b » OMS, 21 décembre 2022.
Grippe aviaire, Institut Pasteur
Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
Grippe aviaire chez l’homme, Organisation mondiale de la santé (OMS)
Pour aller plus loin
Cet article vient du site du muséum d'histoire naturelle. On ne peut pas parler de site "complotiste"...
https://www.mnhn.fr/fr/l-emergence-des-zoonoses-une-mecanique-implacable
CHANGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX ET PROMISCUITÉ
TRANSPORTS EN TOUS SENS ET ANIMAUX DOMESTIQUES
LES ZOONOSES, BOMBES À RETARDEMENT
L’ÉMERGENCE DES ZOONOSES, UNE MÉCANIQUE IMPLACABLE
Durant ces dernières décennies, les écologues de la santé humaine se sont alarmés d’une accélération dans l’émergence de nouvelles zoonoses ou de nouveaux pics épidémiques. La pandémie de Covid n’en est pas la seule expression. Même si on tient compte de notre meilleure capacité scientifique de détection, cette accélération est considérable. Il convient d’en comprendre les raisons afin de mieux y faire face.
Jusqu’à l’émergence récente de la pandémie de Covid-19, peu de personnes connaissaient le mot de zoonose, qui désigne les maladies humaines dont l’agent infectieux est originaire d’une autre espèce animale dite « espèce réservoir ». Pourtant, plus de la moitié des maladies infectieuses humaines sont d’origine zoonotique, qu’il s’agisse par exemple de la grippe, de la peste, de la rougeole, de la borréliose (maladie de Lyme), de la maladie de Chagas ou de la rage, etc.
L’origine de certaines d’entre elles se perd dans les origines millénaires des sociétés humaines, à la suite de la fréquentation ou de la domestication d’espèces animales sauvages. D’autres zoonoses en revanche ont émergé très récemment, comme, par exemple, le sida, Ebola en Afrique, l’infection à virus Nipah en Asie, le mers au Moyen-Orient ou le sras en Asie. Face à l’accélération de ces zoonoses, l’initiative internationale One Health (Une santé) a vu le jour sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, au début des années 2000.
D'UNE ESPÈCE À L'AUTRE

Particule du virus SARS-CoV-2, image obtenue par un microscope électronique en transmission (MET) et colorisée
CC NIAID
Bien évidemment, la plupart des agents pathogènes (virus, bactéries, protozoaires) ne peuvent pas vivre indifféremment dans n’importe quelle espèce animale, voire provoquer chez les unes et les autres les mêmes maladies. À l’échelle d’un parasite, un organisme hôte est un immense écosystème avec bien des particularités écologiques, métaboliques ou chimiques. Un changement d’hôte d’un animal à l’homme suppose donc un processus évolutif, qu’il s’agisse de préadaptation ou d’adaptation. Le pathogène peut avoir d’emblée une certaine capacité à infecter le corps humain et à parasiter des tissus ou des cellules humaines.
Un virus issu d’une autre espèce animale réservoir peut ainsi trouver une porte d’entrée dans les cellules humaines grâce à une des protéines de leur paroi, sur laquelle il est apte à se fixer, parce qu’elle est malencontreusement similaire à l’une de celles des cellules de son hôte animal originel et à laquelle il est adapté. Pour mémoire, nous avons environ 5 000 protéines différentes dans chacune de nos 30 000 milliards de cellules, ce qui occasionne bien des éventualités de cette sorte. Ainsi, certains coronavirus parasiteront assez spontanément des carnivores (civette, vison) ou des humains, de même un virus Nipah, des porcs ou des humains.
Dans d’autres cas, le passage d’un animal à l’homme suppose une évolution plus significative, par exemple par l’entremise d’un hôte intermédiaire plus semblable aux humains, sélectionnant le pathogène et lui permettant d’acquérir certaines caractéristiques biologiques compatibles avec les humains.
Lire aussi —
CHANGEMENTS ENVIRONNEMENTAUX ET PROMISCUITÉ
Dans tous les cas, on le voit, l’émergence d’une nouvelle zoonose ou d’un nouveau pic épidémique suppose le même mécanisme de base. Plus les humains sont en promiscuité constante ou répétée avec d’autres animaux, plus les occasions d’acquérir des pathogènes et de les faire évoluer par sélection involontaire seront importantes.
Ce mécanisme semble trivial mais, précisément pour cette raison, il est implacable. Les humains ne peuvent pas vivre dans une bulle protectrice en permanence mais ils n’ont pas non plus tiré les conclusions qui s’imposaient de leur histoire en termes de maladies infectieuses. Ainsi, très inopportunément, la promiscuité entre animaux réservoirs de pathogènes et humains a significativement augmenté depuis plusieurs décennies.
Tout d’abord, les humains investissent les milieux de manière croissante, parce qu’ils sont plus nombreux mais aussi parce qu’ils disposent de moyens techniques considérablement plus puissants. Deux cents millions d’hectares de forêt tropicale ont ainsi disparus en quarante ans. Cette disparition procède non pas de la table rase immédiate mais plutôt d’une fragmentation et d’un morcellement démesuré des milieux forestiers. Il en résulte un paysage ressemblant à un patchwork, dont la particularité est d’augmenter de manière exponentielle la surface de contact entre la faune sauvage et les humains. De part et d’autre des lisières ainsi augmentées à l’infini, les animaux sauvages et les humains voyagent beaucoup à la recherche de ressources (approvisionnement alimentaire extra-forestier pour les animaux, chasse ou braconnage en forêt pour les humains). Les animaux résidant dans cette forêt fragmentée et amoindrie ont en outre des populations en moins bonne santé, moins régulées par leurs ennemis naturels. Leur charge en parasites et en pathogènes peut donc être plus élevée.

Morphologie d’un virion (particule infectieuse) du virus Ebola, image obtenue par un microscope électronique en transmission (MET) et colorisée
CC CDC Global, Frederick A. Murphy
Ce type de situation est assez bien connu en ce qui concerne le virus Ebola et la fièvre hémorragique qui porte son nom : les pics épidémiques de cette maladie sont beaucoup plus souvent localisés en zone de déforestation récente, où les chauves-souris réservoirs sont en contact direct avec les humains. Une situation analogue est également bien connue pour la maladie de Chagas. Là encore, la promiscuité entre humains, réservoirs opossums et tatous et les punaises hématophages vectrices est la clé de la dynamique de cette maladie humaine. Chacune de ces situations peut néanmoins être extrêmement complexe. Il a récemment été montré que certains pathogènes comme le virus Ebola peuvent rester en dormance chez un individu et permettre le redémarrage ultérieur d’une épidémie, longtemps après la première contamination par la faune sauvage.
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TRANSPORTS EN TOUS SENS ET ANIMAUX DOMESTIQUES
Un autre élément d’accélération des zoonoses provient évidemment de la rapidité et de l’ubiquité de nos transports. Autrefois, des villageois infectés seraient restés isolés par la force des choses et leur maladie se serait peu (ou pas) transmise, voire serait passée inaperçue des autorités. Nos moyens de transport accélèrent non seulement la diffusion des maladies d’humains à humains mais aussi d’animaux sauvages à humains quand les premiers sont eux-mêmes passagers de nos moyens de transport, en tant qu’animaux braconnés ou transportés involontairement.
Certaines zoonoses (infection à virus Zika, dengue) ont ainsi pour vecteurs des espèces exotiques envahissantes comme le moustique tigre, Aedes albopictus, passager clandestin de bien des transports humains. Enfin, la crise de l’environnement a également d’autres effets, notamment à la suite du changement climatique, qui permet à certains réservoirs ou vecteurs d’augmenter ou de changer leur aire de répartition, y compris dans les milieux convertis et déséquilibrés par les humains.

Groupe de jeunes cochons
© Barbara C - stock.adobe.com
L’élevage d’animaux domestiques est un dernier facteur d’influence dans l’évolution des zoonoses. Ces élevages représentent aujourd’hui une biomasse colossale de mammifères et d’oiseaux, plus importante que tous les grands animaux terrestres sauvages et même plus importante que la biomasse humaine elle-même.
Rassemblés (voire entassés) en grand nombre dans les élevages industriels, les animaux voient baisser leur diversité génétique et augmenter leur vulnérabilité, au gré des circuits commerciaux qui les distribuent dans le monde entier sans discontinuer. La promiscuité entre animaux et humains comme moteur des zoonoses trouve donc là une occasion supplémentaire de transmission d’agents infectieux. Trois exemples significatifs peuvent être donnés à titre d’illustration de ce problème.
Le virus Nipah en Asie est passé des chauves-souris aux humains via les porcs élevés en promiscuité avec les uns et les autres.
La grippe aviaire a une déjà longue histoire d’interaction entre oiseaux sauvages et oiseaux d’élevage mais aussi avec les populations humaines au contact d’élevages de porcs.
Enfin, on connaît aujourd’hui la capacité des coronavirus (sras, Covid-19) à infecter les civettes et les visons (entre autres carnivores entassés dans des élevages) et à réinfecter les humains.
Les élevages d’animaux constituent donc de véritables réacteurs à pathogènes et leur danger pour la santé humaine n’est pas le moindre des problèmes environnementaux qu’ils causent en ce moment.
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LES ZOONOSES, BOMBES À RETARDEMENT
Autant la tendance à l’augmentation des zoonoses et ses causes sont avérées, comme le montrent les conclusions des expertises collégiales française (FRB) et internationale (IPBES) en 2020, autant il est parfois difficile de reconstruire les évènements précis qui ont présidé à l’émergence d’une nouvelle maladie. On le voit dans le cas de la Covid-19, où les conjectures sur l’origine de la maladie frisent parfois les théories du complot, à la mesure de l’intérêt pour une pandémie qui affecte le monde entier.
Il faut se rappeler que les connaissances nécessaires à la compréhension d’un tel phénomène sont rarement disponibles de manière instantanée. Les pathogènes et les animaux réservoirs sont toujours trop mal connus et l’effort d’échantillonnage de la biodiversité est au ralenti depuis des décennies. Il faut souvent plusieurs années, voire plus d’une ou de plusieurs décennies, pour que l’origine d’une maladie soit à peu près élucidée.
Ainsi le sida, apparu chez les humains au début du XXe siècle par transmission depuis d’autres primates, est-il déclaré épidémie seulement en 1981 avec un virus identifié en 1983. Le premier syndrome du sras est apparu en Asie en 2002 mais c’est seulement en 2017 que des populations précises de chauves-souris porteuses de virus sont proposées comme possibles réservoirs d’origine. Chaque semestre depuis le début de l’épidémie de Covid-19 nous amène la découverte d’un nouveau coronavirus apparenté au sars-Cov-2 (en Thaïlande, au Cambodge et récemment au Laos) et permettant de mieux comprendre l’évolution de ces virus et l’origine de celui qui cause la pandémie actuelle.
En définitive, nous devons envisager les solutions pour empêcher la multiplication des zoonoses. On sait que cela revient à agir sur les causes de leur apparition, qui sont d’ailleurs autant de déterminants de la crise du climat et de la biodiversité : diminuer la conversion des milieux et l’interfaçage qui en résulte entre animaux réservoirs et humains, l’introduction d’espèces exotiques vectrices, les élevages industriels ou le braconnage d’animaux, qui augmentent également les transmissions d’agents infectieux. Continuer à explorer la biodiversité permettra aussi de se tenir prêt à agir en cas de problème et de pouvoir identifier au plus vite pathogènes et réservoirs.
Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS et au Muséum national d'Histoire naturelle (UMR 7205, Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité). Extrait de l'ouvrage La Terre, le vivant, les humains (Coédition MNHN / La Découverte), 2022.

La Terre, le vivant, les humains
Coédition Muséum national d'Histoire naturelle / La Découverte
2022
Sous la direction de Jean-Denis Vigne et Bruno David
196 × 249 mm
420 pages
45 €
De l'ignorance.
Ce qui explique parfaitement l'état du monde.
Il m'arrive, parfois, d'être étourdi par la somme de mon ignorance, jusqu'à la nausée. Et je sais que le seul moyen de m'en libérer, c'est d'apprendre. Tout en sachant que je ne parviendrai jamais à en être guéri.

Spinoza : Dieu et la nature
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Personnellement, je n'en connais pas d'aussi claire et passionnante.
Et j'aime infiniment Spinoza.
"Personne n'y croyait"
"Personne n'y croyait. Pas avant de l'avoir vu."
Les paroles d'un pompier.
C'est très représentatif de ce déni d'une grande partie de la population. Un déni parfois agrémenté de complotisme.
"Tout ça, ce sont des fadaises inventées par les dirigeants pour créer la peur et nous imposer tout ce qui les enrichit."
Il m'arrive d'intervenir sur des forums de discussion liés au réchauffement climatique et c'est parfois hallucinant de lire certains commentaires.
Ce reportage montre également l'impéritie des gouvernants, à tous les étages.
On est en droit également de se demander pour quelles raisons des permis de construire ont été délivrés dans une zone ayant déjà été frappée par des crues dévastatrices.
On sait de quoi il s'agissait quand on connaît l'histoire de la tempête Xynthia. Des lotissements construits en zone inondable, sous le niveau de la mer... Toujours le même problème. Le développement des villages, des villes, des zones commerciales, la bétonisation... Et ne comptons pas sur nos dirigeants pour freiner cette folie... Les industriels et les financiers tiennent les rênes et la vie des individus n'a que peu d'importance.
Bétonisation des sols : ces 424 projets qui échapperont à l’objectif zéro artificialisation nette.
Par Léa Farges
Le 11 avril 2024 à 20h04

La loi ZAN vise à atteindre en 2050, la zéro artificialisation nette, c'est-dire ne plus goudronner de nouveaux espaces à moins de « renaturer » des surfaces équivalentes (Illustration). LP/Arnaud Dumontier
Projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, extension de l’aéroport de Nantes, agrandissement du port de Dunkerque, liaison ferroviaire entre Lyon et Turin. Tous ces dossiers souvent dénoncés par les écologistes font partie des 424 projets considérés « d’envergure nationale et européenne présentant un intérêt général » qui échapperont au dispositif de zéro artificialisation nette (ZAN) visant à limiter la bétonisation des sols, et dont la liste a été dévoilée par le ministère de la Transition écologique cette semaine.
La loi Climat et Résilience de 2021 vise à réduire de moitié la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers entre 2021 et 2031 par rapport à la décennie précédente, avant d’atteindre en 2050 l’objectif de zéro artificialisation nette, c’est-à-dire ne plus du tout goudronner le pays, à moins de « renaturer » des surfaces équivalentes. Lorsque la loi ZAN qui précise le dispositif a été adoptée en juillet 2023, le gouvernement avait déjà prévu d’exclure du texte les projets « d’envergure nationale et européenne présentant un intérêt général majeur ».
Tous les projets industriels retenus
Parmi les 424 projets retenus, 167 sont immédiatement éligibles et leur calendrier est « relativement certain ». Ils se feront sans être soumis à cette loi. La moitié sont des infrastructures routières ou ferroviaires et 30 % de nouvelles usines. Les 257 restants doivent encore être confirmés. Tous les projets industriels présentés ont été retenus, a précisé le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, dans un entretien aux Échos.

Où en sont les objectifs fixés par la loi Climat et Résilience sur l’artificialisation des sols ? « Si finalement on ne réduit pas les surfaces artificialisées de 50 % sur la décennie, mais de 47 % ou 48 %, et bien, j’assume », livre Christophe Béchu aux Échos.
Pour Me Arnaud Gossement, avocat spécialiste du droit de l’environnement, « pour sauver le dispositif, le ministre envoie un message de souplesse ». Car la ZAN est « impopulaire » auprès des élus locaux. Certains « estiment que leur commune ne devrait pas être traitée comme les autres. Qu’eux ont fait des efforts pour limiter le béton et qu’ils sont logés à la même enseigne que ceux qui n’ont pas fait d’efforts. »

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En septembre 2023, le président de la région Auvergne - Rhône-Alpes Laurent Wauquiez (LR) avait d’ailleurs annoncé se retirer du dispositif, se sentant empêché par « le pouvoir central », avant de se rétracter en février 2024.
Un objectif non contraignant
Mais pour Arnaud Gossement, « la loi de juillet 2023 a été votée de manière que cet objectif ne soit vraiment qu’un objectif et, donc, qu’il ne soit pas contraignant. Il n’y a pas de sanctions si cet objectif n’est pas réalisé. » Pourtant, limiter la bétonisation reste « fondamental si on veut lutter contre le réchauffement climatique ». « C’est un objectif indispensable, ne serait-ce que pour préserver nos surfaces agricoles », insiste l’avocat.
Selon l’Office français de la biodiversité, les conséquences de l’artificialisation des sols sont multiples : augmentation du risque d’inondation, accélération du réchauffement climatique, réduction du potentiel agronomique des sols. Le ministre a d’ailleurs rappelé mercredi que « l’artificialisation est la première cause de perte de biodiversité, elle prend sur des espaces vierges qui sont eux-mêmes des puits de carbone, elle crée des îlots de chaleur alors qu’on veut justement les éliminer et elle provoque du ruissellement favorisant les inondations ».
Des questions et des réponses (3)
Les solutions à apporter à la crise climatique
https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/changement-climatique-nos-reponses-a-toutes-les-questions-que-vous-vous-posez.html
Quelles sont les solutions pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Le Giec n'y va pas par quatre chemins. "Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5ºC, il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société", préconise le groupe international d’experts sur le climat. L’objectif est de réduire les émissions de CO2 de 45% d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010, puis d’atteindre vers 2050 la neutralité carbone, c'est-à-dire le point où les émissions sont compensées par l'élimination du CO2 présent dans l'atmosphère.
Pour ce faire, des actions sont à entreprendre à tous les niveaux. D'abord, par les décideurs politiques et les entreprises, en remplaçant la production d'électricité d'origine fossile par des énergies renouvelables, par exemple. Puis, dans une moindre mesure, par les individus, comme le montre le cabinet Carbone 4.
"Il faut à la fois faire des actions individuelles, même si elles sont parfois symboliques, parce que cela nous met en mouvement et il faut que du point de vue des pouvoirs publics, les bonnes décisions soient prises", estime le climatologue Gilles Ramstein. "C'est sûr que des citoyens bien informés, qui font déjà ce qu'ils peuvent à leur niveau, seront plus à même de pousser sur le politique."
Pour entamer cette démarche, vous pouvez calculer votre "empreinte carbone" – vos gestes du quotidien et vos habitudes de vie qui émettent le plus de gaz à effet de serre (les transports, l'alimentation, le chauffage...) – et envisager des moyens de la réduire.
Où en est la France en termes de politique climatique ?
La France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. "D'après les résultats publiés (...) pour l'année 2021, le niveau d’émissions de gaz à effet de serre (418 Mt CO2e) respecte la trajectoire" fixée, se félicitait.) le gouvernement en juin 2022. Cette trajectoire a toutefois été revue à la baisse en 2020. L'initiale, datant de 2015, n'était pas respectée. Par ailleurs, ces émissions n'incluent pas celles générées dans d'autres pays pour la production des biens que nous importons. Ce calcul "diminue aussi depuis au moins 2010, mais [il] est 1,4 fois plus élevé que les émissions produites sur le territoire français", note le Haut Conseil pour le climat (HCC).
A l'échelle de l'Europe, le planning est encore plus serré : d’ici 2030, l'objectif est de réduire les émissions du Vieux Continent de 55% par rapport à 1990. Cela impliquera "une accélération sans précédent de la baisse des émissions en France dans tous les secteurs", alerte le HCC. Pour atteindre ses objectifs, la France doit donc passer à la vitesse supérieure. "Si on ne change pas les choses, on n'y arrivera pas", admettait Emmanuel Macron début 2023, appelant à "doubler le taux d'effort par rapport à ce qu'on a fait ces cinq dernières années".
Les énergies renouvelables sont-elles la solution ?
Une chose est sûre : il faut sortir de notre dépendance aux énergies fossiles que sont le pétrole, le charbon et le gaz pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter efficacement contre le changement climatique. Par quoi remplacer ces combustibles ? Les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique ou encore géothermique) sont peu émettrices de gaz à effet de serre et considérées comme inépuisables à l'échelle du temps humain. Elles sont donc citées dans le panel de solutions.
Le Giec, le groupe international d’experts sur le climat, distingue d'ailleurs les énergies solaire et éolienne parmi les solutions les plus à même de participer à l'effort de réduction des émissions. Avantage supplémentaire cité par le Giec : leur coût a continuellement chuté, de 85% pour l'énergie solaire entre 2010 et 2019, et de 55% pour l'énergie éolienne.
A l'échelle de la France, le basculement vers les énergies renouvelables n'est pas seulement souhaitable, il est nécessaire. Atteindre la neutralité carbone "est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables", rappelle le gestionnaire du réseau de transport électrique français (RTE). D'autres leviers sont bien sûr à actionner, tels que la sobriété, la reforestation ou encore la transition de nos modes de transport ou d'alimentation.
Qu'est-ce que la "compensation carbone" ?
Si vous réservez un billet d'avion Paris-New York et que la compagnie aérienne vous assure qu'en contrepartie, elle plantera des arbres au Brésil, elle fait ce qu'on appelle de la "compensation carbone". Le principe consiste à continuer d'émettre du CO2 tout en préparant les conditions d'absorption de ces émissions.
Mais cette stratégie – qui peut passer par de la reforestation, un changement de pratiques des sols ou des solutions artificielles de stockage – est controversée. "Il ne s'agit pas de dire qu'on peut continuer d'émettre des gaz à effet de serre. Plus les émissions résiduelles sont faibles, moins on a besoin d'émissions négatives pour les compenser", souligne Céline Guivarch, co-autrice du Giec, le groupe international d’experts sur le climat.
Par ailleurs, les solutions artificielles sont encore peu développées et il est périlleux d'annoncer à l'avance que tel ou tel projet portera ses fruits. Si la forêt plantée par la compagnie aérienne est mal gérée ou qu'elle part en fumée dans un incendie, la compensation aussi.
Les écogestes servent-ils vraiment ?
Ils ne font pas tout (loin de là), mais ne sont pas non plus inutiles. Selon une étude du cabinet de conseil Carbone 4, les changements de comportement individuels et "significatifs" - comme devenir végétarien, privilégier le vélo ou ne plus prendre l'avion - permettraient de réduire de 20 à 45% l’empreinte carbone de la France. Le reste relève de décisions politiques et collectives. "Il faut à la fois faire des actions individuelles, même si elles sont parfois symboliques, parce que cela nous met en mouvement (…) et il faut que du point de vue des pouvoirs publics, les bonnes décisions soient prises, commente le climatologue Gilles Ramstein. Des citoyens bien informés, qui font déjà ce qu'ils peuvent à leur niveau, seront plus à même de pousser sur le politique."
Certains gestes ont aussi davantage d'impact que d'autres. Transports, alimentation, logement... Si vous vous demandez sur quel secteur agir en priorité, vous pouvez calculer votre empreinte carbone personnelle. Cet outil donne des pistes pour passer d'une empreinte carbone moyenne en France de 9,5 tonnes de CO2 par an et par personne à une empreinte située "entre 1,6 tonne (hypothèse basse) et 2,8 tonnes (hypothèse haute)". Selon le ministère de la Transition écologique, c’est ce qu’il faudrait viser pour tenir l’objectif fixé par l'accord de Paris, à savoir un réchauffement global limité à +2 degrés d’ici la fin du XXIe siècle.
La technologie peut-elle nous sauver ?
Avions bas-carbone, voitures électriques, robotisation de l'agriculture, usine de captation du CO2, hydrogène vert… Le refrain revient souvent dans les discours politiques : l'innovation technologique serait la réponse principale au réchauffement climatique. Ce techno-optimisme n'est pourtant pas réaliste. Il se base sur des solutions encore incertaines et qui ne sont pas arrivées à maturité. Il intervient à une échelle de temps trop lointaine pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Enfin, certaines des solutions qu’il propose nécessiteraient une très grande quantité d'énergie pour fonctionner. Dans le cas de la capture de CO2 par exemple*, "si nous voulions reprendre dans l'air la totalité de nos émissions de CO2, il faudrait y consacrer toute la production d'électricité mondiale et que celle-ci soit décarbonée"*, calcule Jean-Marc Jancovici, membre du Haut Conseil pour le climat. Par ailleurs, gare à “l'effet rebond”. Par le passé, les économies d'énergie réalisées ont aussi, souvent, provoqué l'augmentation des usages et donc de la consommation d'énergie.
Dans son sixième rapport, le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations unies), cite toutefois bel et bien l'utilisation de technologies dans la palette des solutions. Mais il s'agit, par exemple, de capter les émissions qu'on ne peut pas réduire en étant plus sobres. Les technologies ne pourront donc servir qu'à parcourir les derniers mètres de la longue marche vers la neutralité carbone.
Que signifient les mots "atténuation" et "adaptation" ?
Ces deux termes se retrouvent souvent dans les discussions autour de la lutte contre le changement climatique. L'atténuation renvoie à tout ce que l'on met en œuvre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L'adaptation, en revanche, consiste à se préparer à faire face aux effets déjà inévitables du changement climatique. Par exemple, préparer les villes aux températures extrêmes ou modifier les côtes pour faire face à la montée des eaux.
Le fait de planter des arbres est-il utile ?
Lors de vos achats, vous avez peut-être déjà été invités à "compenser vos émissions" en plantant des arbres. On vous promet alors, moyennant finance, de préparer l’absorption future des gaz à effet de serre que vous émettez. Comment ? Lorsqu'il pousse, un arbre capte le CO2 présent dans l'atmosphère et le stocke. C’est ce qu’on appelle un "puits de carbone". Chaque année, les forêts absorbent près de 30% des émissions de CO2 d'origine humaine. La reforestation fait ainsi partie des solutions pour limiter le réchauffement climatique. Le dernier rapport du Giec signale d'ailleurs que c'est l'une des options d'atténuation de nos émissions les plus efficaces.
Néanmoins, les experts du climat n’envisagent cette solution que pour "compenser les émissions résiduelles, difficiles à éliminer", comme celles liées à des secteurs dépendant des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon). "Il faudrait 4,5 planètes pour absorber la totalité de nos émissions annuelles en plantant des arbres", relativise le média spécialisé Vert. Ce n'est donc pas suffisant pour régler le problème. Mieux vaut voir ces initiatives comme un complément de tout un panel de solutions à mettre en œuvre, à commencer par la sobriété.
Qu'est-ce qui a déjà été fait pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Des actions sont menées à tous les niveaux. Des entreprises, des villes et de plus larges territoires agissent pour tenter de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, plusieurs pays ou institutions ont annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Au niveau mondial, l'accord de Paris, signé en décembre 2015, a embarqué la quasi-totalité des pays du monde dans une réduction de leurs émissions afin de contenir le réchauffement de la planète à +2°C, voire +1,5°C.
Mais ces engagements ne sont pas assez ambitieux. "Les politiques actuellement en place devraient entraîner un réchauffement planétaire de 2,8°C au cours du XXIe siècle", alerte un rapport de l'ONU publié en 2022. Et même si les pays suivent les feuilles de route qu'ils se sont fixées, le réchauffement atteindrait 2,4 voire 2,6°C. Des fractions de degré en plus qui impliquent nombre de conséquences désastreuses pour les sociétés humaines et la biodiversité.
Qu'est-ce que le GIEC ?
C'est la source privilégiée quand on parle de climat. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) est un organe scientifique créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l’environnement. Il regroupe des centaines des chercheurs, répartis sur les cinq continents, qui épluchent les recherches menées dans les laboratoires du monde entier, afin de faire le point sur les connaissances scientifiques "sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade", explique le site de l'organisation.
Depuis sa création, le Giec a publié six rapports, disponibles en ligne, ainsi que plusieurs synthèses thématiques. Ses résumés, destinés aux décideurs politiques, sont lus et approuvés ligne par ligne par les représentants de tous les pays membres, sous le contrôle des scientifiques.
Le travail du Giec sert de socle commun de connaissances sur le réchauffement climatique et a été récompensé, avec l'ex-vice-président américain Al Gore, d'un prix Nobel de la paix en 2007.
Qu'est-ce que la "neutralité carbone"?
Etats, entreprises... Depuis quelques années, chacun y va de son annonce pour viser la "neutralité carbone" à horizon plus ou moins lointain. Mais que veut dire ce concept, censé tous nous sauver ? Il s'agit de mettre à l'équilibre les émissions brutes d'un acteur (un pays, une société...) et les puits de carbone, qui absorbent le CO2 de l'atmosphère pour le stocker. La Terre dispose de puits naturels (les forêts et les océans notamment). Mais ce qu'ils peuvent emmagasiner ne suffit plus, face à l'explosion des émissions d'origine humaine. Pour atteindre la "neutralité carbone" rêvée, il faudrait donc à la fois réduire nos émissions et trouver le moyen d'absorber le surplus de gaz à effet de serre. Une étape nécessaire, car sans cet équilibre, le CO2 continuera de s'accumuler dans l'atmosphère et fera encore grimper le thermomètre.
Qu'est-ce que l'accord de Paris ?
L'accord de Paris est un traité international rédigé à l'occasion de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris. Il a été adopté le 12 décembre 2015 puis signé par 195 parties, soit la quasi-totalité des pays du monde.
Il énonce des objectifs globaux pour lutter contre le réchauffement climatique : réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C au cours du siècle, publier des plans d'action nationaux mis à jour tous les cinq ans et fournir aux pays en développement des ressources financières pour s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique.
Peut-on arrêter le réchauffement climatique ?
Arrêter le réchauffement climatique du jour au lendemain est impossible. Les gaz à effet de serre émis aujourd'hui ont une durée de vie de plusieurs années dans l'atmosphère (12 ans pour le méthane, 100 ans pour le gaz carbonique, 120 ans pour le protoxyde d'azote).
Le sixième rapport du Giec (document PDF), le groupe international d’experts sur le climat, a cependant étudié l’évolution de la température à la surface du globe en fonction de divers seuils de réduction de nos émissions. Il a montré qu'en réduisant massivement nos émissions dans les prochaines années, la hausse des températures peut se stabiliser très rapidement, et même s'infléchir à partir du milieu du XXIe siècle.
Mais ce scénario nous échappe de plus en plus. Le réchauffement climatique est une conséquence de l'activité de nos sociétés, et celles-ci dépendent actuellement, et très largement, des énergies fossiles. Il faudrait donc bouleverser nos modes de vie pour y parvenir.
Qu'est-ce que la sobriété ?
La sobriété est "un ensemble de politiques, mesures et pratiques du quotidien permettant d'éviter des demandes d'énergie, de matériaux, de biens et de terre", définit le Haut Conseil pour le climat. Cette démarche, qui consiste à réduire la consommation, peut permettre une réduction de 40 à 70% des émissions globales de gaz à effet de serre, selon le dernier rapport du Giec. "Il faut exploiter ces leviers et réfléchir à ce que cela induirait en termes de changements de comportements et de modes de vie", invite Nadia Maïzi, co-autrice du groupe d'experts sur le climat.
Des questions et des réponses (2)
Les conséquences du réchauffement climatique
Quelles sont les premières conséquences du réchauffement climatique ?
La première est évidente : la température moyenne sur Terre va augmenter. Elle a déjà commencé (+1,1°C par rapport à 1850) et pourrait atteindre +5,7°C d'ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre continuent leur escalade. Mais ce n'est pas tout, car la chaleur de l'air accélère l'évaporation des étendues d'eau. Et tout le régime des pluies en est bouleversé, causant l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes extrêmes tels qu'on en connaît déjà : canicules, sécheresses, inondations, cyclones, fonte des glaciers… Autant d'épisodes qui menacent le vivant dans les zones touchées, de plus en plus nombreuses.
Ces bouleversements affectent aussi les océans. Comme l'explique l'Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son bulletin sur les gaz à effet de serre (en anglais), ils absorbent 26% des émissions de CO2 – elles aussi grandissantes – liées à l'activité humaine. Par réaction chimique, ce phénomène participe à la montée des eaux et à l'acidification des océans. Ce qui provoque la destruction d'écosystèmes vitaux pour la biodiversité.
Quel est lien entre météo et climat ?
La météo correspond aux conditions quotidiennes de l'atmosphère (température, nuages, vent, précipitations). Elle s'inscrit dans le climat, qui décrit les conditions atmosphériques sur le long terme. Lorsque les scientifiques évoquent une augmentation de 2°C d'ici 2100, c'est une moyenne annuelle à l'échelle de la Terre, qu'il ne faut pas directement transposer à la température d'un jour donné à un endroit précis. L'augmentation sera bien plus forte certains jours et dans certaines régions. "Si le climat est un film, la météo est l'une de ses scènes. L'un n'est pas compréhensible sans l'autre", résume le climatologue Christophe Cassou, co-auteur des rapports du Giec.
Où vivre en France avec le réchauffement climatique ?
Difficile à dire, tant les territoires, où qu’ils se trouvent, ont ou vont subir des conséquences diverses. Les littoraux sont menacés par la montée du niveau de la mer, les villes par les vagues de chaleur, l’outre-mer par les tempêtes… "En l'état, la France n'est pas prête à faire face aux évolutions climatiques actuelles ou à venir. Tous les territoires doivent évoluer pour identifier et réduire leurs risques climatiques", dresse tristement le Haut Conseil pour le climat.
Si, toutefois, vous souhaitez échapper (le plus possible) aux fortes chaleurs, le sud de la France ne semble pas la destination idéale. Tous les scénarios d'émissions de gaz à effet de serre futures montrent une augmentation du nombre de journées particulièrement chaudes en dessous de Bordeaux et Lyon, et une baisse des précipitations, favorisant le risque de feux de forêts, de canicules et de sécheresses, comme le montre le Drias. Les territoires allant de la Bretagne aux Hauts-de-France ne sont pas épargnés, mais semblent être moins rapidement touchés.
Où en est le réchauffement climatique aujourd'hui ?
Sur la période 2011–2020, la température moyenne sur Terre était plus élevée de 1,09°C par rapport à celle entre 1850 et 1900, avant la combustion massive d'énergies fossiles par l'homme, expose le sixième rapport du Giec. Pour la montée des eaux, le niveau moyen de la mer s'est élevé de 20 centimètres entre 1901 et 2018, sur l'ensemble du globe. Les conséquences se font déjà largement ressentir, comme en 2022, où les sécheresses, incendies ou orages de grêle se sont multipliés en France.
La France est-elle déjà touchée par le réchauffement climatique ?
Oui, souvenez-vous de la canicule de l’été 2003, des inondations meurtrières de 2018, de l'ouragan dévastateur Irma dans les Antilles en 2017 ou de la sécheresse de 2022… Autant de phénomènes extrêmes liés au réchauffement des températures (+1,7°C en France). Le niveau de la mer a déjà grimpé, grignotant les littoraux et affectant les populations des côtes. Les agriculteurs sont déjà victimes du manque d'eau. Quant aux forêts, elles sont chaque année brûlées par des incendies favorisés par le réchauffement climatique.
Ces phénomènes dramatiques pourraient devenir plus fréquents, si ce n'est la norme. Par exemple, sous un climat à +4°C par rapport aux températures de l’ère préindustrielle, les chaleurs extrêmes qui frappaient une fois tous les dix ans surviendraient neuf années sur dix, selon le Giec, le groupe international d’experts sur le climat.
Comment le réchauffement climatique menace-t-il la biodiversité ?
Un million d'espèces sont déjà menacées d'extinction dans le monde, selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), l'organisme scientifique de référence sur le sujet. L'une des causes de ce déclin massif de la biodiversité est le changement climatique d'origine humaine (ainsi que l'expansion des terres agricoles, l'exploitation des ressources, les pollutions ou les espèces invasives). En cause : la dégradation des écosystèmes vitaux aux espèces en raison de l'assèchement des sols, la multiplication et l'intensification des incendies ou encore des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les tempêtes et les inondations. Le réchauffement climatique pousse par ailleurs les espèces à chercher de nouvelles zones où les températures leur seront plus adaptées, en laissant parfois derrière elles celles qui ne se déplacent pas assez vite.
Quant aux espèces marines, elles sont confrontées à un problème supplémentaire : en absorbant une partie du CO2 que nous émettons, l'océan s'acidifie, ce qui empêche ou fragilise la formation de coquilles chez certains organismes (les planctons, les huîtres...).
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Pourquoi le niveau de la mer monte-t-il ?
Plusieurs éléments participent à la hausse du niveau de la mer. Tout d'abord, la fonte des réservoirs terrestres de glace que sont les glaciers et les calottes polaires du Groenland et de l'Antarctique, provoquée par le réchauffement des températures en surface. L'eau s'écoule jusqu'à la mer, remplissant plus encore les étendues bleues de la planète. Ensuite, les océans absorbent une partie de la chaleur atmosphérique, causée par nos émissions de gaz à effet de serre. En se réchauffant, l'eau se dilate : elle prend donc davantage de place. Entre 1901 et 2018, le niveau de la mer a déjà grimpé de 20 centimètres en moyenne dans le monde, d'après le Giec. "Le niveau moyen de la mer à l'échelle du globe s'est élevé plus rapidement depuis 1900 qu’au cours de tout autre siècle lors des trois derniers millénaires", s’alarme le groupe d'experts. Il va continuer d’augmenter d'au moins 28 centimètres d’ici 2100 si nous réduisons nettement et rapidement nos émissions de gaz à effet de serre. En continuant sur la trajectoire actuelle, l’élévation pourrait atteindre de 63 cm à 1,01 m, avec des conséquences catastrophiques pour les populations côtières.
La France est-elle menacée par la montée des eaux ?
La montée des eaux affecte déjà la France, au bord de la Manche, de l’Atlantique ou dans les Caraïbes. Des communes comme Gouville-sur-Mer (Manche), Dolus-d'Oléron (Charente-Maritime), Biscarrosse (Landes), Etretat (Seine-Maritime) ou Le Prêcheur (Martinique) font déjà face à un recul de leur littoral sous l'effet de l'érosion et des tempêtes. Des bâtiments sont d'ores et déjà inhabitables et détruits, à l’image de l’immeuble Signal à Soulac-sur-Mer (Gironde).
La situation pourrait encore s'aggraver. Selon le Giec, le groupe international d’experts sur le climat, le niveau de la mer pourrait grimper d'un peu plus d'un mètre en 2100, si nos émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas, comme c'est le cas actuellement. De nombreuses régions et leurs habitants seraient affectés, comme le montrent des simulations : l'estuaire de la Gironde, les marais du Cotentin, les boucles de la Seine normande, la Camargue ou encore la Côte d'Azur. Dans le monde, jusqu’àun milliard de personnes pourraient se trouver sous le niveau de la mer à la fin du siècle.
Le changement climatique est-il responsable des phénomènes météorolgiques extrêmes ?
Le changement climatique engendre une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes. Le Giec note ainsi : ”Le changement climatique affecte déjà toutes les régions habitées de la planète, l'influence humaine contribuant à de nombreux changements observés des extrêmes météorologiques et climatiques."
La France ne fait pas exception. L'Hexagone connaît déjà une augmentation des chaleurs extrêmes, des très fortes précipitations et des épisodes de sécheresse. Et la situation devrait empirer. Par exemple, sous un climat à +4°C par rapport aux températures de l’ère préindustrielle, les vagues de chaleur qui survenaient d'ordinaire une fois tous les dix ans seraient amenées à frapper neuf années sur 10.
Après les phénomènes météorologiques extrêmes, les scientifiques, notamment ceux du World Weather Attribution (en anglais) réalisent ce qu'on appelle des "études d'attribution", pour établir ou non le lien entre un événement météo et le changement climatique. Ils ont ainsi démontré (en anglais) le lien de causalité entre le réchauffement climatique et les inondations dévastatrices survenues au Pakistan en 2022.
Des questions et des réponses
Oui, bien entendu, c'est de la vulgarisation et il faudrait un document de cent pages pour répondre à chaque question.
Disons que c'est une entrée en matière et à chacun et chacune d'approfondir selon sa motivation.
Article rédigé par Camille Adaoust
https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/changement-climatique-nos-reponses-a-toutes-les-questions-que-vous-vous-posez.html
France Télévisions
Publié le 13/03/2023 11:05
Quelles sont les causes principales du changement climatique ? Les différents pays du monde en sont-ils tous équitablement responsables ? Est-ce la première fois que le climat se réchauffe sur Terre ? Des solutions existent-elles ? Alors que le réchauffement climatique influe de plus en plus directement notre vie quotidienne et fait régulièrement la une de l'actualité en raison de l'arrivée précoce de la sécheresse ou de catastrophes naturelles plus fréquentes, il suscite aussi de nombreuses interrogations. Franceinfo s'efforce ici d'y répondre. Vous trouverez ci-dessous nos réponses à vos questions les plus fréquentes sur le changement climatique et ses effets sur votre quotidien.
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Les causes du réchauffement climatique
Quelles sont les principales causes du réchauffement climatique ?
C'est "indiscutable", assure la climatologue Valérie Masson-Delmotte : les activités humaines sont à l'origine du réchauffement climatique. Elles nécessitent la combustion d'énergies fossiles et émettent des gaz à effet de serre (ces gaz qui retiennent une partie de l'énergie solaire). Dans le monde, le secteur qui y participe le plus est la production d'électricité (34%), suivi des secteurs de l'industrie (24%), de l'agriculture, des forêts et de l'utilisation des terres (22%), des transports (15%) et de la construction (6%), d'après les experts du Giec.
La concentration de ces gaz dans l'atmosphère est en constante augmentation depuis des décennies. Au 8 mars 2023, elle atteignait 421 parties par million (ppm), selon l'Institut de recherche Scripps (en anglais). C'est son plus haut niveau "depuis au moins deux millions d'années", déplorait le Giec dans son dernier rapport.
Quels sont les pays les plus responsables du réchauffement climatique ?
Deux classements permettent de donner des éléments de réponse. D’abord, celui des plus gros émetteurs annuels. Il s'agit de la Chine, qui participe à 27% des émissions mondiales, suivie des Etats-Unis (15%) et de l'Union européenne (9,8%). Rappelons toutefois que ces émissions sont basées sur la production des biens et services et non sur leur consommation. Ainsi, le téléphone avec lequel vous nous lisez a été fabriqué pour vous, mais les émissions liées à sa fabrication sont comptabilisées pour le pays dans lequel il a été fabriqué (la Chine très souvent).
L’autre classement, celui des plus gros émetteurs historiques, prend en compte les émissions cumulées depuis le début de l'ère industrielle. Un choix pertinent, puisque le réchauffement climatique est dû à la concentration de gaz à effet de serre cumulés, eux aussi, depuis des décennies dans l'atmosphère. Là, le podium n’est plus le même. Les Etats-Unis passent en tête avec 25% des émissions, suivis de l'Union européenne (22%). Dans les deux cas, un des pays les moins émetteurs au monde est l'archipel polynésien des Tuvalu : il n'est responsable que de 0,0002% des émissions historiques, mais il est voué à disparaître sous la montée des eaux engendrée par le changement climatique.
Quels sont les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre ? Dans le monde et en France
Dans le monde, c'est la production d'électricité, issue principalement des énergies fossiles, qui génère le plus d'émissions de gaz à effet de serre. Elle représente 34% des émissions mondiales, d'après le Giec. Suivent les secteurs de l'industrie (24%), de l'agriculture, des forêts et de l'utilisation des terres (22%), des transports (15%) et de la construction (6%).
En France, le nucléaire étant une source d'énergie peu carbonée, le classement change. Les transports sont responsables de la plus grande part (41%) des émissions nationales, suivis par l'agriculture (19%), l'industrie (19%) et le bâtiment (18%).
La Chine est-elle le pays qui doit produire le plus d'efforts ?
La Chine est aujourd'hui le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre au monde. En 2021, elle a relâché dans l'atmosphère 11,47 milliards de tonnes de CO2, du fait notamment de son utilisation massive du charbon. Dans le classement, la France arrive loin derrière (à la 22e place) avec 305,96 millions de tonnes, une bonne performance qui s'explique par l'importance du nucléaire dans le mix énergétique français. En effet, cette source d'énergie produit peu de gaz à effet de serre. Nuançons toutefois ce constat : ces dernières décennies, les pays occidentaux ont délocalisé en Chine leurs industries les plus polluantes. Le téléphone sur lequel vous nous lisez a ainsi très probablement été fabriqué là-bas. Il a été produit pour vous, vous l'utilisez en France, mais les gaz à effet de serre émis pendant sa fabrication sont comptabilisés dans son pays d’origine. Lorsqu'on transfère les émissions des biens dans leur lieux de consommation, "elles ont tendance à augmenter dans les pays à hauts revenus comme les Etats-Unis et l'Union européenne (respectivement de 6% et 14%) et à baisser dans les pays tels que l'Inde ou la Chine (respectivement de 9% et de 10%)", note l'ONU dans son rapport d'octobre 2022.
Quels sont les principaux gaz à effet de serre ?
On parle souvent de CO2. Le dioxyde de carbone représente en effet 75% des gaz à effet de serre émis par nos activités. Il provient de la combustion d'énergies fossiles, de procédés industriels et de la déforestation. Mais c'est oublier d'autres gaz que l'homme fait fluctuer, aux causes et conséquences diverses.
Le méthane d'abord (ou CH4). Il représente 18% de nos émissions et provient notamment du secteur agricole, des énergies fossiles et de la gestion des déchets. Sa réduction est un enjeu majeur, puisque son pouvoir réchauffant est bien plus fort que celui du CO2. Concrètement, "1 kg de méthane réchauffera autant l’atmosphère que 27 à 30 kg de CO2 au cours du siècle qui suit leur émission", explique le rapport des Chiffres clés du climat. Toutefois, sa durée de vie dans l'atmosphère est seulement d'une dizaine d'années, contre des centaines pour le CO2.
Le protoxyde d'azote (N2O) arrive ensuite, avec 4% de nos émissions. Il est émis lors de l'utilisation d'engrais et la gestion des déjections animales. Il a un pouvoir réchauffant 310 fois plus élevé que le CO2.
Dans l'atmosphère, ce trio piège de manière croissante une partie des rayonnements solaires et fait ainsi monter la température.
Qui émet le plus de gaz à effet de serre : l'avion ou la voiture ?
S'intéresser à nos modes de déplacement est essentiel : en France, c'est le secteur qui émet le plus de gaz à effet de serre, une grande partie étant due à l'utilisation de la voiture par les particuliers. Si l'on compare la quantité de CO2 émise par passager et par kilomètre, l'avion et la voiture arrivent loin devant les autres moyens de transport : 230 grammes pour l'avion, 223 g pour la voiture à moteur thermique contre seulement 2,36 g pour le TGV.
A titre de comparaison, vous émettez plus de 80 fois moins de CO2 en parcourant la distance Paris-Marseille en train qu'en avion et 90 fois moins en train qu'en voiture, selon l'outil personnalisable développé par l'Ademe.
Est-ce la première fois que le climat se réchauffe sur Terre ?
Non. Depuis toujours, le climat de la Terre alterne entre des périodes de glaciation et de réchauffement, avec des pics. Citons l'exemple du Paleocene-Eocene Thermal Maximum (PETM), il y a 56 millions d'années. La température terrestre avait alors soudainement augmenté de 6°C en 10 000 à 20 000 ans. Cela n’a rien à voir avec la fulgurance de la hausse que l’on observe actuellement.
A cause des activités humaines, la température a déjà augmenté de plus d’un degré, mais cette fois-ci en seulement 100 ans. C'est donc 100 fois plus rapide. "L'influence humaine a réchauffé le climat à un rythme sans précédent depuis au moins 2000 ans", alerte le Giec. Et cela ne laisse pas le temps aux écosystèmes de s'adapter.
Quel est l'aliment qui a le plus d'impact sur le climat ?
L'alimentation est un enjeu majeur de la lutte contre le réchauffement climatique. L'agriculture est en effet le deuxième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France, selon le Haut Conseil pour le climat. En cause notamment : le méthane, émis par les ruminants au cours de leur digestion. C'est la raison pour laquelle la viande est, de loin, l'aliment qui a le plus d'impact sur le climat.
Si l'on compare la quantité de CO2 émise, de la fourche à la fourchette, pour un kilo de produit consommé, l'agneau est l’aliment le plus émetteur (41,3 kilos d’équivalent CO2). A titre de comparaison, un kilo de viande de bœuf pèse 27,8 kg éqCO2. La culture du riz est certes elle aussi émettrice de méthane. Mais la production d'un kilo de basmati ne provoque l'émission que de 4,1 kg éqCO2.
Quel est mon impact sur le climat ?
De par nos déplacements, notre alimentation, notre mode de chauffage ou encore nos achats, nous participons aux émissions de gaz à effet de serre. En France, l'empreinte carbone moyenne d'un habitant avoisine les 10 tonnes de CO2 par an. Ce chiffre comprend, pour 50%, les émissions liées aux importations des produits que nous consommons, mais qui ne sont pas produits sur le territoire français. Pour maintenir le réchauffement en dessous des 2°C, comme s'y sont engagés les Etats dans l'Accord de Paris, il faudrait faire baisser ce chiffre à 2 tonnes. Pour y parvenir, les transformations sont à faire à tous les niveaux. Entre 20 à 45% des efforts à fournir sont à l'échelle individuelle (manger végétarien, se déplacer à vélo, isoler son logement…), selon des estimations du cabinet Carbone 4, le reste dépend de choix politiques et collectifs.
Que sont les énergies fossiles et pourquoi posent-elles problème ?
Machines, transports, chauffages, industries… Pour que tout ceci fonctionne, nos sociétés sont largement dépendantes des énergies fossiles que sont le pétrole, le charbon et le gaz. Elles représentent même 80% de la consommation énergétique dans le monde. Or, elles contribuent à 88% des émissions de gaz à effet de serre (hors émissions liées à l'usage des sols), responsables du changement climatique.
On les appelle "fossiles" car elles sont issues de la décomposition, dans les sols, d'éléments vivants. Un processus qui prend des centaines de millions d'années et que l'homme a bouleversé en quelques décennies, les extrayant à un rythme sans précédent pour en faire des combustibles. Les scientifiques du Giec alertent sur le fait que les infrastructures d'extraction déjà construites produiront davantage de gaz à effet de serre que ce qu'il faudrait pour limiter le réchauffement : "Tenir ces objectifs suppose donc de fermer de façon prématurée ces centrales. A fortiori, toute construction nouvelle rend encore plus difficile l'atteinte de cet objectif", détaille ainsi Franck Lecocq, le directeur du Cired (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement), à franceinfo.
Qu'est-ce qu'un bilan carbone ?
Ce calcul est aujourd'hui obligatoire pour certaines entreprises, collectivités ou services publics. Il consiste à comptabiliser les gaz à effet serre émis dans l'atmosphère sur une année par les activités de l'acteur scruté. A l'échelle d'un pays, on parle d'inventaire national. Il mesure les émissions émises à l'intérieur d'un territoire, par les ménages (voitures et logements) et les activités économiques (consommation d'énergies fossiles, procédés industriels et émissions de l'agriculture).
Il ne faut pas confondre le bilan carbone avec l'empreinte carbone, qui prend en compte les émissions associées à l'ensemble des biens et services consommés dans le pays ou par une personne (qu'ils soient produits sur son territoire ou à l'étranger). Votre empreinte carbone personnelle, par exemple, comptabilise donc les gaz à effet de serre induits par votre consommation, en incluant la fabrication de votre téléphone ou de vos vêtements, même s'ils sont made in China ou made in India.
Prendre plus que sa part
L'obésité, qui n'a aucune cause médicale, est devenue très représentative de l'état d'esprit d'une très, très grande part de l'humanité, à un point tel que les plus grands laboratoires pharmaceutiques en font un eldorado financier.
En quoi est-ce représentatif d'un fonctionnement capitaliste puisqu'il s'agit bien de cela ?
Prendre plus que sa part sur le plan alimentaire contribue à la continuité de l'exploitation immodérée des ressources de la planète et tout, absolument tout, dans le capitalisme est porté par cette idée de pillage.
L'obésité qui est la conséquence d'une sur-alimentation, carnée bien évidemment, sucrée bien entendu et dans laquelle les végétaux ont une place infime. L'obésité qui contribue par conséquent à l'élevage intensif et à la déforestation puisqu'il faut de la place pour les animaux et des cultures pour les nourrir. On connaît très bien les causes de la déforestation en Amazonie.
Si je vais plus loin, l'obésité est le reflet de cet éloignement de la population envers la nature, la propre nature des individus qui se détruisent et la nature qui est censée assouvir leur appétit, quelles qu'en soient les conséquences. C'est une destruction double.
Je sais très bien que des problèmes médicaux et les traitements associés peuvent générer une prise de poids importante.
Lorsque j'avais trois ans, j'ai commencé à avoir des crises d'asthme. À l'époque, la cortisone était très fortement utilisée. Et on connaît ses effets sur le métabolisme. À douze ans, je pesais 60 kilos... Et j'étais bien évidemment devenu une cible rêvée pour le harcèlement scolaire. J'en ai redoublé ma 5 ème de collège. Mes parents m'ont changé de collège et ça a recommencé dès mon arrivée. Jusqu'au jour où j'ai envoyé à l'hôpital le meneur de ce harcèlement. De là, j'ai décidé d'arrêter la cortisone. Et de commencer à faire du vélo. Je n'ai plus jamais arrêté.
Donc, je sais très bien que l'obésité peut advenir pour des raisons indépendantes de la volonté des personnes. Mais la maladie ne doit pas devenir une "excuse" et lorsque j'en parlais avec mon ancien médecin généraliste, c'est ce qu'il me disait. Lui-même était consterné par l'évolution de la population au regard du surpoids et notamment chez les plus jeunes. Et il n'était pas question qu'il s'autorise à en parler. Les patients changeaient de médecin et c'est tout. Il m'avait d'ailleurs expliqué que l'IMC avait été modifié et était beaucoup plus indulgent que l'orsqu'il avait commencé. Au point d'ailleurs, qu'avec mon poids de 55 kilos pour 1m76, j'étais considéré comme "très maigre".
Qui avait décidé de cet adoucissement de l'IMC ? Pour quelles raisons ? Un soutien à l'industrie alimentaire ?
Qu'en est-il par conséquent de ces nouveaux traitements contre l'obésité ? La recherche scientifique a mis au point des traitements pour les diabétiques et les laboratoires se sont aperçus que les patients perdaient du poids. Les médecins se sont emparés de ces nouveaux médicaments et se sont mis à les distribuer à leurs patients obèses. Et ça a été le jackpot. Au risque même d'entraîner des difficultés d'approvisonnement pour les personnes diabétiques...
Consommer, toujours plus, quel que soit le prix, sans se préoccuper des conséquences.
Je mange ce que je veux, je prends une pilule bleue et je maigris...
Il y a des jours où l'humanité me révulse.
Traitements contre l'obésité : "une nouvelle ère" mais des questions
Publié le 26/11/2023 à 20h01 , mis à jour le 26/11/2023 à 20h01
Lecture 3 min.
https://www.doctissimo.fr/nutrition/obesite/medicaments-anti-obesite-et-coupe-faim/traitements-contre-lobesite-une-nouvelle-ere-mais-des-questions/e8bd24_ar.html
Un engouement qui peut déraper
Ces médicaments miment une hormone secrétée par les intestins (GLP-1) qui agit sur le pancréas pour favoriser la sécrétion d'insuline et qui envoie au cerveau un signal de satiété après avoir ingéré de la nourriture.
Plusieurs médicaments à base de GLP-1 sont ainsi indiqués dans le traitement de l'obésité ou de surcharge pondérale avec facteurs de comorbidité.
"On voit des effets en termes de perte de poids qu'on n'avait jamais vus avant par rapport à d'autres médicaments et qui peuvent se rapprocher de la chirurgie de l'obésité", déclare à l'AFP Karine Clément, professeure en nutrition à l’Hôpital de la Pitié-Salpétrière et directrice de l’unité de recherche sur Nutrition et Obésité à l'Inserm.
"C'est un vrai changement dans la prise en charge" mais "en aucun cas, cela ne guérit la maladie" : l'arrêt du traitement fait reprendre du poids, souligne-t-elle.
"Une vraie petite révolution pharmaceutique et sociétale", abonde l'économiste de la santé Frédéric Bizard, enjoignant cependant à la prudence, comme pour tout nouveau traitement.
Ces propriétés amaigrissantes sont affichées par des célébrités et des influenceurs sur les réseaux sociaux, créant un véritable engouement pour ces médicaments vus par le public comme le moyen le plus efficace de perdre quelques kilos.
Un engouement qui peut déraper
On a donc un détournement d'usage de certaines molécules de GLP-1, comme la semaglutide utilisée dans l'antidiabétique Ozempic du laboratoire Novo Nordisk --qui a annoncé jeudi un nouvel investissement de 2,1 milliards d'euros sur un site de production d'antidiabétiques au sud-ouest de Paris.
Les autorités sanitaires tirent régulièrement la sonnette d'alarme car le médicament, indispensable aux diabétiques, peut venir à manquer.
L'engouement est tel que des stylos injecteurs faussement étiquetés Ozempic circulent, ont mis en garde le mois dernier les autorités sanitaires européenne et française.
Ce type de médicaments, baptisés analogues GLP-1, peut par ailleurs avoir des effets secondaires tels que des nausées, vomissements, troubles gastro-intestinaux.
Ils "doivent être prescrit à bon escient, de façon encadrée car c'est un domaine sensible où il y a eu beaucoup d'échecs par le passé", insiste le Pr Karine Clément. "La vraie question, c'est le très long terme", dit-elle. "Et puis, il y a des gens qui répondent à ces traitements, d'autres pas. On ne comprend pas pourquoi".
Autre bémol : le mode d'administration est encore exclusivement injectable, mais surtout, le prix de ce médicament et ses conséquences sur le budget de la santé (le traitement coûte un millier de dollars par mois pour un patient aux Etats-Unis).
Efficacité confirmée pour un nouveau traitement contre l'obésité
Par Sciences et Avenir avec AFP le 27.04.2023 à 17h54, mis à jour le 28.04.2023 à 11h52 Lecture 3 min.
L'antidiabétique tirzepatide (Mounjaro) a montré son efficacité dans la perte de poids des personnes obèses et en surpoids. Dans l'étude qui devrait lui permettre d'obtenir une indication contre l'obésité, les participants de l'étude ont perdu 15,6 kg en un an et demi.

Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly indique que sa molécule tirzepatide aide à la perte de poids
AFP/Archives - PHILIPPE HUGUEN
Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly a publié jeudi 28 avril 2023 les résultats d'un nouvel essai clinique confirmant que sa molécule tirzepatide, pour le moment approuvée aux Etats-Unis contre le diabète uniquement, aide à la perte de poids. Ces résultats ouvrent la voie à une possible autorisation prochaine de ce médicament par l'Agence américaine des médicaments (FDA) pour les personnes obèses spécifiquement.
Presque 16 kg en moins en un an et demi avec le tirzepatide
L'étude a été menée sur un peu plus de 900 participants en surpoids ou obèses et atteint de diabète de type 2 (le plus courant). Le médicament se prend une fois par semaine sous la forme d'une injection. Les personnes ayant reçu le plus haut dosage ont en moyenne perdu 15,6 kilos (réduction de masse corporelle de 15,7%) sur environ un an et demi (72 semaines). Les effets secondaires étaient généralement des problèmes gastro-intestinaux (nausée, diarrhée, vomissements...).
Grâce à ces résultats, Eli Lilly prévoit de finaliser sa demande d'autorisation pour les patients obèses ou en surpoids "dans les prochaines semaines", et "s'attend à une action réglementaire dès la fin 2023". Un premier essai clinique, dont les résultats avaient été publiés dans une revue scientifique en juin 2021 et qui portaient cette fois sur des personnes obèses ou en surpoids mais ne souffrant pas de diabète, avait démontré une perte de poids encore plus importante, de l'ordre de 21%.
Lire aussiLes risques et espoirs soulevés par les nouveaux médicaments contre l'obésité
La dérive des antidiabétiques prescrits pour perdre du poids
La tirzepatide imite une hormone gastro-intestinale (GLP-1) qui active des récepteurs dans le cerveau jouant un rôle dans la régulation de l'appétit. Elle est déjà commercialisée sous le nom de Mounjaro pour les personnes souffrant de diabète de type 2, depuis une autorisation de la FDA en mai 2022. Mais certains médecins américains la prescrivent déjà hors de son autorisation de mise sur le marché aux personnes souhaitant perdre du poids, même si elles n'ont pas de diabète. Aux Etats-Unis, environ 40% des adultes souffrent d'obésité, contre 17% en France (47% en surpoids et plus).
Les traitements utilisant des analogues du GLP-1 représentent pour beaucoup de spécialistes un véritable espoir, car ils entraînent des pertes de poids bien plus importantes que les médicaments disponibles jusqu'à présent. Il s'agit d'un enjeu commercial considérable pour les entreprises pharmaceutiques : selon Morgan Stanley, le marché mondial des traitements contre l'obésité pourrait représenter 54 milliards de dollars d'ici 2030.
Le laboratoire Novo Nordisk commercialise déjà aux Etats-Unis un nouveau traitement de ce type, appelé Wegovy, et autorisé par la FDA contre l'obésité depuis juin 2021. Son pendant autorisé contre le diabète, appelé Ozempic et utilisant la même molécule (semaglutide), a récemment connu des ruptures de stocks périodiques, après avoir fait fureur sur les réseaux sociaux pour ses propriétés amaigrissantes. Les experts s'inquiètent que des personnes n'étant pas clairement en surpoids en fassent un usage détourné pour perdre quelques kilos. Aux Etats-Unis, il existe en outre un problème d'accès à ces nouveaux médicaments très onéreux (autour de $1.000 dollars par mois), ceux-ci n'étant fréquemment pas remboursés par les assurances santé. Ils doivent être pris sur le très long terme, au risque de reprendre du poids lorsque le traitement est arrêté.
Kōhei Saitō: Le Capital dans l’Anthropocène
La vidéo est en Anglais mais aisément compréhensible avec quelques notions du lycée ^^
.
Et cet article, bien que long, est passionnant et donne une idée de l'immense chantier qu'il faudrait engager, un chantier philosophique avant même d'être politique. On y retouve une idée fondamentale, celle des "Communs", c'est à dire, les biens naturels puis les biens créés pour l'égalité, l'équité, la justice...

Entretien avec Kōhei Saitō: Le Capital dans l’Anthropocène (Hitoshinsei no ‘Shihonron’)
18 mai 2023
https://lesmondesdutravail.net/entretien-avec-kohei-saito-le-capital-dans-lanthropocene-hitoshinsei-no-shihonron/
Nous republions un long entretien avec Kōhei Saitō réalisé le 12 janvier 2023 par Emilie Letouzey et Jean-Michel Hupé de l’Atelier d’Écologie Politique . En remerciant vivement Emilie Letouze, Jean-Michel Hupé et la rédaction de Terrestres.org pour l’autorisation de cette republication.
Lorsqu’en 1867 Marx publie à Hambourg le livre I du Capital, cinq longues années sont nécessaires pour écouler le tirage de 1 000 exemplaires. Cent-cinquante ans plus tard, un universitaire japonais publie « Le Capital dans l’Anthropocène » qui se vend à 500 000 exemplaires en quelques mois… Kōhei Saitō y propose une relecture écologiste du philosophe allemand, alliant décroissance et communisme. Le « redoutable missile » que Marx croyait avoir « lancé à la tête de la bourgeoisie » vient-il d’être à nouveau mis en orbite depuis le Japon ? Éléments de réponse dans cet entretien avec l’auteur. Kōhei Saitō
En 2020, l’universitaire Japonais Kōhei Saitō, spécialiste de Karl Marx, publie Le Capital dans l’Anthropocène (Hitoshinsei no ‘Shihonron’), un essai dense et radical sur la catastrophe en cours et à venir, véritable manuel d’écologie politique. Succès inattendu, le livre se vend à un demi-million d’exemplaires. Saitō est invité partout et débat volontiers dans les journaux, à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Dans un langage clair et concis, il expose sa position anticapitaliste et assume un engagement citoyen peu commun pour un chercheur au Japon.
Au centre de son analyse : Marx, dont Saitō a décortiqué les carnets tardifs, dans lesquels il voit une inflexion majeure de la pensée de l’auteur du Capital par rapport à l’environnement. Un Marx écologiste avant l’heure, tel que dépeint par les éco-socialistes ? Oui, mais l’analyse de Saitō va plus loin puisqu’il place la décroissance au centre de son propos. Car en plus d’avoir fait ses classes parmi les éco-socialistes, Saitō s’inscrit dans le renouveau de la pensée décroissante, parfois appelé « la voie catalane1 ». Au Japon, qui vit dans la nostalgie de la Haute croissance (1955-1973) et a pour programme gouvernemental le « Nouveau capitalisme » (Atarashii shihonshugi), il est peu dire que cela ne va pas de soi.
Que contient donc ce livre à succès, dont une version anglaise remaniée, plus académique, est parue en février 20232 ? Saitō y dresse le constat du désastre social et écologique du capitalisme, expliquant les mécanismes d’externalisation d’une charge devenue monumentale sur les humains et la nature. Démontant le solutionnisme technologique et réfutant le Green New Deal, il esquisse quatre scénarios possibles pour le futur : fascisme climatique, maoïsme climatique, barbarie, et un quatrième scénario d’abord nommé « X » et dévoilé plus avant, au terme d’une partie centrale sur la question des communs. Ce scénario, qui constitue la proposition centrale de l’ouvrage, c’est le communisme décroissant – seul à même, selon Saitō, de parer au pire et d’assurer équité, justice et abondance. « Pour ne pas terminer l’Histoire », il appelle enfin à la mobilisation, même minoritaire.
Le Capital dans l’anthropocène recourt donc à Marx pour lutter contre la catastrophe socio-climatique en cours ; de la même manière, Le Capital depuis zéro, dernier ouvrage de Saitō sorti au Japon en janvier 20233, utilise Le Capital pour parler aux gens de leurs problèmes au travail, de la précarité au Japon ou des raisons qui nous poussent à consommer sans relâche. Une posture qui peut sembler paradoxale puisque la spécificité de Saitō est de s’appuyer sur ce qui n’est justement pas dans Le Capital4, et qui lui vaut d’être en désaccord avec de nombreux marxistes.
Dans son bureau de l’université de Tōkyō avec vue sur le mont Fuji, Kōhei Saitō revient sur le succès du Capital dans l’anthropocène et nous explique comment il dépasse l’apparente contradiction entre décroissance et communisme : en partant des communs, tout simplement.
Terrestres : Dans votre livre Le Capital dans l’Anthropocène vous défendez le communisme décroissant comme solution politique (voire civilisationnelle) à l’effondrement prochain des sociétés et de la vie dans l’Anthropocène. Votre proposition converge avec les tendances récentes du mouvement de la décroissance, mais elle est originale pour au moins trois raisons. La première est que vous êtes un spécialiste de Marx ; la deuxième est que vous poussez clairement la décroissance vers la gauche en remettant la notion de communisme au goût du jour ; la troisième est que vous écrivez depuis le Japon, où vous rencontrez un succès important. Le terme « décroissance » est déjà considéré comme une provocation volontaire, celui de « communisme » ressemble à une provocation supplémentaire. Comment les définissez-vous ?
Kōhei Saitō : En effet, la décroissance et le communisme ont tous deux une très mauvaise image, et ces termes peuvent être compris de différentes façons. Je les combine intentionnellement car j’espère que le négatif multiplié par le négatif sera quelque chose de positif qui ouvrira une nouvelle façon de penser. Mais mon point de départ était relativement simple. La décroissance est incompatible avec le capitalisme car, par définition, le capitalisme est un système de valorisation constante du capital : le capital s’accroît lui-même à l’infini. Dans le monde d’aujourd’hui, cela est représenté par l’augmentation du PIB et la croissance économique comme impératif principal de notre société. Donc si nous prônons la décroissance, nous devons être anticapitalistes : la décroissance sous le capitalisme est impossible, ce sont deux choses qui sont tout simplement incompatibles.
« La décroissance est incompatible avec le capitalisme car, par définition, le capitalisme est un système de valorisation constante du capital. » (Saitō Kōhei)
C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai pensé que mon parcours de spécialiste du marxisme serait en quelque sorte utile. D’une part parce que je pense que le marxisme, ou Marx en tant que philosophe, est l’un des rares penseurs qui analyse de manière très critique et systématique le mode de production capitaliste. D’autre part parce que des gens qui appellent à la décroissance, comme Serge Latouche – qui est célèbre même au Japon, puisque trois ou quatre de ses livres sont traduits en japonais – plaident pour une troisième voie par rapport au capitalisme et au socialisme. Latouche n’a jamais dit clairement que, pour sa proposition de décroissance, il serait nécessaire que le socialisme surmonte le capitalisme. C’est pourquoi j’étais un peu méfiant à propos de la décroissance alors que je connaissais le concept depuis longtemps. De même au Japon, Yoshinori Hiroi 広井良典 ou Keishi Saeki 佐伯啓思 sont connus pour avoir utilisé le concept de décroissance, mais ils n’ont jamais dit que l’alternative serait le socialisme ou le communisme. En raison de l’expérience du passé, ils hésitent à utiliser ces termes ou même à revenir à Marx.
Mon approche est différente. Ma génération aussi est différente. Je suis né en 1987 : quand j’ai grandi, l’Union Soviétique avait déjà disparu et je n’ai pas eu ces mauvaises expériences avec le parti communiste. Mais cela ne veut pas dire que je veux revenir au communisme soviétique ou au socialisme à la chinoise. Quand j’utilise Marx, je travaille à partir de divers carnets non publiés dans le cadre du « projet MEGA5 », où nous découvrons beaucoup de nouvelles idées. L’une de ces idées est que Marx était un penseur très écologique, et j’ai découvert que sa critique écologique du capitalisme pouvait être très utile.
« Dans le sillage de Marx, je redéfinis le communisme comme une forme d’association et non un capitalisme d’État bureaucratique. » (Saitō Kōhei)
Par exemple, Marx n’a pas plaidé pour une planification hiérarchique de la société à la soviétique : il met en avant le concept d’association, qui est beaucoup plus du genre bottom-up. Je me suis basé sur ce type de compréhension très largement partagée parmi les marxistes japonais, qui ont montré que la vision du socialisme de Marx est très différente de celle de l’Union Soviétique6. L’Union Soviétique est souvent caractérisée comme un capitalisme d’État – et je suis d’accord avec cela. Ce que j’essaie donc de faire, c’est de redéfinir le communisme comme une forme d’association et non un capitalisme d’État bureaucratique. Il s’agit plutôt de la façon dont diverses formes d’associations gèrent les communs de manière démocratique.
Ma définition du communisme est donc très simple : le communisme est une société basée sur les communs. Le capitalisme a détruit les communs avec l’accumulation primitive, la marchandisation7 des terres, de l’eau et de tout le reste. C’est un système dominé par la logique de la marchandisation. Ma vision du communisme est la négation de la négation des communs : nous pouvons dé-marchandiser les services de transport public, le logement public, tout ce que vous voulez, mais nous pouvons aussi les gérer d’une manière plus démocratique – pas à la façon de quelques bureaucrates qui régulent et contrôlent tout. Nous pouvons avoir un système de gestion plus bottom-up.
J’accepte généralement ce que les adeptes de la décroissance disent, mais j’essaie de combiner deux courants dans le « communisme décroissant ». Je pense même que, à la fin de sa vie dans les années 1880, Marx avait de la sympathie pour ce genre d’idée que j’appelle communisme décroissant.
Il y a quelque chose qui n’apparaît pas dans les traductions, c’est qu’en japonais vous écrivez komyunizumu (コミュニズム) et non kyōsanshugi (共産主義, qui signifie « communisme »). Vous avez aussi mentionné le terme komonizumu (コモニズム, « commonisme ») : est-ce un terme que vous utilisez également ?
Au Japon en effet, « communisme » écrit avec les caractères chinois 共産主義 est généralement associé à l’Union Soviétique, à la Chine, ou au parti communiste japonais. C’est donc intentionnellement que j’utilise le terme komyunizumu コミュニズム pour différencier ma compréhension du terme conventionnel. Mais comme il y a des gens qui ne saisissent pas la nuance, j’ai dit dans une interview que « la société basée sur les communs est le communisme, donc on pourrait même dire commonisme ». Ce terme est en fait proche de ce que je veux exprimer.
Le communisme est généralement associé à la notion de révolution, qui n’est pas mentionnée dans votre livre. Dès lors, quel est le processus pour aller vers ce communisme décroissant si ce n’est pas la révolution ? Comment voyez-vous cette transition ?
C’est une question très importante. Ma vision du communisme est très différente de la révolution prolétarienne, de la dictature du prolétariat et de ce genre de choses. Ce que j’essaie de défendre, c’est l’expansion graduelle des communs.
Le capitalisme est le processus d’expansion constante de la marchandisation de tout. Le processus à suivre devrait donc être la démarchandisation progressive de ce qui a été marchandisé. Cela me semble plus réaliste et plus proche de ce à quoi Marx pensait, surtout dans ses dernières années. Par exemple, si vous lisez le volume 1 du Capital, il explique pourquoi la réduction de la journée de travail est une stratégie très importante pour le mouvement ouvrier. Ce n’est pas révolutionnaire, d’accord, car ce n’est pas en raccourcissant la journée de travail que nous détruirons le capitalisme. Mais Marx pense que c’est une condition préalable. Parce que lorsque les travailleurs et travailleuses travaillent douze heures par jour, ils et elles n’ont pas de temps pour les mouvements sociaux ou pour étudier. Regardez les travailleurs et travailleuses japonaises, qui travaillent tellement qu’ils et elles sont épuisé·es et ne font rien d’autre que regarder Youtube. Je pense donc qu’il est essentiel de raccourcir la journée de travail.
« Contre l’expansion constante de la marchandisation, le processus vers le communisme devrait être la démarchandisation progressive de ce qui a été marchandisé. » (Saitō Kōhei)
De même, il est très important que les gens ne dépendent pas autant des échanges monétaires et marchands. L’État-providence en Europe occidentale me paraît donc plus proche de la vision du socialisme de Marx que l’Union Soviétique. Parce que l’Europe occidentale a démarchandisé l’éducation, une partie du secteur médical et des soins, et même du logement8. Parce que les gens peuvent vivre – ou du moins peuvent sentir qu’ils peuvent vivre – sans dépendre entièrement du travail salarié, ils ont plus de liberté pour s’engager dans d’autres activités non commerciales, non capitalistes. Il peut s’agir d’art, d’activités culturelles, de sport, d’activités politiques, de n’importe quoi. Au Japon, il n’y a pas beaucoup d’endroits où les gens peuvent se réunir sans payer, alors nous allons toujours à l’izakaya9 pour nous réunir – cela reste une activité très marchandisée, je trouve.
Plus nous arriverons à étendre les communs, plus nous aurons de liberté, plus nous aurons d’espaces pour des activités non-capitalistes ou même anticapitalistes. Et cela changera notre façon de penser et notre comportement, ce qui aidera à construire un mouvement social plus large et plus radical. Je pense que ce processus va s’étendre, s’étendre, s’étendre, et qu’il y aura un moment où la logique de cette valorisation constante du capital ne sera plus la force organisatrice centrale ou principale de la société.
Donc, ce n’est pas du communisme pur : ma définition est très différente dans le sens où j’admets que les échanges monétaires et marchands peuvent encore exister dans une société future, mais de façon limitée. Il s’agit d’un autre type de société.
Les deux ouvrages de Kōhei Saitō dans une librairie : « Le Capital dans l’anthropocène » et « Le Capital depuis zéro ». La recommandation des libraires dit : « Tout le monde connait Le Capital, mais à cause de sa difficulté et de sa longueur, personne ne parvient vraiment à poursuivre la lecture…Mais Kōhei Saitō vient renverser cet état de fait ! Avec son approche depuis le point de vue du “métabolisme”, il explique avec soin l’essence du capitalisme et sa signification actuelle…»
Votre proposition pour étendre les communs semble très proche de ce que la communauté de la décroissance10 appelle des « réformes non réformistes ». En ce sens, « commonisme » serait moins ambigu en Europe que « communisme ». Mais, d’un autre côté, vous appelez de vos vœux une alliance rouge-verte, et parler de « communisme » est clairement un appel à la gauche. Avec les traductions de vos livres, qu’attendez-vous de la gauche en Europe, où la gauche et les syndicats sont encore très attachés à la croissance, au pacte fordiste, etc. ? L’utilisation du terme communisme est-elle une tentative pour construire une stratégie de contre-hégémonie à la croissance en favorisant une alliance rouge-verte ?
Oui, le premier point est très important : j’ai été influencé par Joachim Hirsch, le marxiste allemand, qui prône quelque chose de similaire : le « réformisme radical ». C’est une réforme, mais c’est radical parce que nous voulons aller au-delà du capitalisme.
Le deuxième point concernant l’alliance rouge et verte est aussi très important. Ce que j’essaie de faire en mettant en avant ce concept de communisme, c’est de souligner que nous devons aspirer à un post-capitalisme. Les adeptes de la décroissance ont parfois été ambivalents sur ce point. Cela a changé récemment, avec par exemple Jason Hickel et d’autres, plus anticapitalistes, mais dans la génération de Serge Latouche et même André Gorz, les concepts de socialisme et de communisme n’étaient pas mis en avant.
« Alors que j’adhérais partiellement au Green New Deal, j’ai changé d’avis il y a trois ans : la décroissance est la seule solution. » (Saitō Kōhei)
En même temps, je suis un universitaire marxiste et je veux donc aussi influencer mes amis éco-marxistes comme John Bellamy Foster ou Paul Burkett. Michael Löwy, dont je suis proche, a souvent dit par le passé que la décroissance était une mauvaise stratégie politique – même Foster n’a jamais vraiment dit que nous avions besoin de la décroissance ou d’une économie stationnaire. Je voulais les faire changer d’avis. Je pense qu’ils sont toujours prisonniers d’une vieille façon de penser, sans doute parce que le marxisme est favorable aux technologies, et aussi parce qu’ils considèrent que l’idée de décroissance n’est pas une idée attractive pour la classe ouvrière et ne deviendra jamais une force politique de contre-hégémonie.
Mais la situation a changé, la crise climatique s’aggrave vraiment. J’ai d’ailleurs moi-même évolué – surtout après Greta Thunberg, que beaucoup de gens ont soutenu, notamment les jeunes. Alors que j’adhérais partiellement au Green New Deal, j’ai changé d’avis il y a trois ans : la décroissance est la seule solution.
Ainsi, dans mon premier livre11, j’ai essayé de surmonter le clivage entre verts et rouges. Dans mon deuxième livre12, j’essaie de surmonter l’antagonisme entre le marxisme et la décroissance.
Est-ce que ça marche ? Est-ce que les marxistes évoluent vers la décroissance ? Et qu’en est-il du parti communiste, qui est encore assez fort au Japon ?
Le parti communiste ignore mon travail. Tout en profitant du succès de mon livre puisque les gens parlent de Marx. Il prône la croissance et continue d’affirmer que la décroissance est irréaliste. Quant aux marxistes japonais, des hommes âgés pour la plupart, ils ne comprennent pas la gravité de la crise climatique, il est donc très difficile de dialoguer.
Mais si vous regardez en dehors du Japon, l’année dernière, Michael Löwy a écrit un article14 avec Giorgos Kallis dans la Monthly Review où il appelle explicitement à une décroissance éco-socialiste13. C’est un très grand changement. Je lui ai demandé : « Vous avez changé de position ? », il a répondu : « Oui ». Et le fait que la Monthly Review publie cet article signifie que Foster14 change aussi de position. Il a lu mes interviews et il apprécie ma proposition de communisme décroissant. Foster prend donc aussi clairement position pour la décroissance.
La stratégie de la décroissance en Europe, telle que développée notamment à Barcelone par Giorgos Kallis et d’autres, a beaucoup plus appelé à des alliances avec l’éco-féminisme qu’avec le communisme. Nous n’avons pas vu beaucoup de références à l’écoféminisme dans votre livre. Est-ce un choix conscient de votre part de ne pas le faire ?
Je pense que c’est l’une des faiblesses centrales de ce livre (Le Capital dans l’anthropocène) parce que je me suis concentré sur ma nouvelle interprétation de Marx. Je suis également un universitaire homme et j’ai un peu hésité à mettre en avant l’éco-féminisme comme pilier central de mon argumentation. Mais j’aurais quand même dû intégrer davantage ce type d’argument dans mon livre. Dans Marx in the Anthropocene : Towards the Idea of Degrowth Communism (2023), je fais intervenir des autrices comme Stefania Barca, Ariel Salleh, Sylvia Federici et d’autres15. Mais ce que je voulais établir, c’est une interprétation entièrement nouvelle du Marx tardif, qui est ma spécialité, et c’est ce que je peux apporter de plus à la division entre le marxisme et la décroissance.
« Par opposition au socialisme d’État du XXe siècle, le communisme du XXIe siècle devrait être anarchiste, l’utopie que nous recherchons devrait être anarchiste. » (Kōhei Saitō)
Vous ne mentionnez également l’anarchisme qu’une seule fois, pour l’écarter, alors que vous parlez beaucoup des expériences actuelles à Barcelone. L’anarchisme espagnol qui a culminé à Barcelone dans les années 30 et toutes les initiatives d’organisation horizontale et d’autonomie qui en sont issues sont en fait très similaires à ce que vous décrivez à travers le communisme décroissant. Vous citez également David Graeber. L’anarchisme n’est-il donc pas pertinent pour vous, d’une manière ou d’une autre ?
En fait, je viens d’écrire un nouveau livre (en japonais) dans lequel il y a un chapitre sur la Commune de Paris, et j’y écris dans un sens clairement positif que la position du Marx tardif est en fait un « communisme anarchiste » (anākisuto-komyunizumu). Par opposition au communisme ou au socialisme du XXe siècle, c’est-à-dire le socialisme d’État, je soutiens que le socialisme ou le communisme du XXIe siècle devrait être anarchiste, que l’utopie que nous recherchons devrait être anarchiste. Et c’est très proche de ce que Marx préconisait pendant la guerre civile en France dans son analyse de la Commune de Paris.
Et pas seulement de Marx, mais aussi de gens comme Peter Kropotkine, Élisée Reclus et William Morris. Ces auteurs sont également favorables à un post-capitalisme de type décroissance. Mais ils ont été marginalisés au XXème siècle et le récit du socialisme est devenu le marxisme-léninisme, centré sur l’État et sur le développement constant des technologies et de la bureaucratie. C’est totalement à l’opposé de ce qui était tout à fait central au XIXème siècle. Il y a donc eu une déformation du socialisme et du communisme à cause de l’Union Soviétique. Nous devons redécouvrir ce qui a été perdu, dont cette idée de communisme décroissant.
Vous avez eu beaucoup de succès au Japon avec des concepts a priori peu populaires. Comment expliquez-vous ce succès japonais ? Vous mentionnez souvent le jeune public comme une des clés de ce succès, mais avez-vous été lu également par des précaires ou par les milieux d’affaires ?
Oui, beaucoup par les milieux d’affaires ! La première phrase, qui dit que les Objectifs du Développement Durable (ODD) sont le nouvel opium du peuple, a été assez populaire parce qu’au Japon tout le monde parle des ODD : les gens portent des badges « ODD » sans savoir ce que cela signifie. Je pense que mon livre est devenu quelque chose que les milieux d’affaires doivent connaître, mais je ne suis pas sûr qu’ils comprennent vraiment ce que signifie le communisme décroissant, et je ne pense pas qu’ils soient d’accord.
Mon livre se compose de deux parties. La première partie est sur les limites du capitalisme, qui est incapable de résoudre la crise climatique. Je pense que les gens ont lu attentivement cette partie. Mais en ce qui concerne la deuxième partie, sur la solution, ils ne sont pas d’accord. Dans d’autres pays comme l’Amérique avec la génération Z, ou dans la mouvance de Greta Thunberg, la jeune génération a davantage de sympathie envers les idées socialistes. Des mouvements radicaux émergent. Je dis toujours aux hommes d’affaires16 : « Vous allez travailler avec ces jeunes générations pendant les dix ou vingt prochaines années, alors vous devriez savoir quelles sont les tendances générales dans les autres pays. » Alors ils s’intéressent à mes idées sur le socialisme et le communisme, ainsi qu’à la discussion générale sur la décroissance à l’ère de la crise climatique. J’ai l’impression que ça marche.
Et quelle est la réception par les travailleurs et travailleuses précaires ? Sachant qu’il y a eu une forte augmentation de la précarité et de la pauvreté au Japon au cours des trente dernières années ?
Il y a en effet une génération un peu plus âgée que moi qu’on appelle la « génération de l’âge de glace de l’emploi17 » qui était étudiante à l’université au début des années 1990 quand la bulle japonaise a éclaté et qui n’a pas pu trouver d’emploi. Aujourd’hui encore, cette génération précaire est souvent très pauvre. Son avis est que la stagnation de l’économie japonaise est due à l’austérité. Elle plaide donc en faveur d’une augmentation des dépenses gouvernementales, de l’« assouplissement quantitatif » suivant la Théorie Monétaire Moderne18, afin que l’économie japonaise croisse davantage, qu’il y ait plus d’emplois, que les salaires augmentent. Donc, souvent, les précaires n’aiment pas mes idées, ni l’idée de décroissance.
Il existe un clivage malheureux dont la cause profonde est le capitalisme. Au Japon, il y a ce groupe appelé Hankinshukuha, « groupe anti-austérité », qui combat la décroissance. Ce groupe soutient que le Green New Deal est important, qu’il faut plus d’emplois verts, et que le capitalisme est bien alors que la décroissance va créer plus de pauvreté, de chômage : « le communisme de Saitō est trop extrême ». Je suis critiqué par des figures populaires parmi les travailleurs et travailleuses précaires, comme le parti populiste de gauche Reiwa shinsen-gumi de l’acteur devenu politicien Tarō Yamamoto 山本太郎.
Vous débattez volontiers avec des adeptes du capitalisme, qui peuvent admettre que le capitalisme est peut-être allé trop loin mais qui pensent que nous pouvons le réformer et que tout ira bien. Vous vivez également dans le pays du « Nouveau Capitalisme », nom du programme gouvernemental actuel. Qu’en est-il de cette tendance réformiste ?
Je pense que le « Nouveau Capitalisme » (Atarashii shihonshugi) du premier ministre Kishida a été partiellement influencé par le succès de mon livre, où je critique le capitalisme. À l’époque, les journaux et magazines économiques en parlaient et j’ai été beaucoup lu dans les milieux politiques, y compris au Parti Libéral Démocrate [droite nationaliste, NDLR] au pouvoir. Le ministre de l’environnement, Shinjirō Koizumi (qui est le fils de Junichirō Koizumi19 ) a même été interpellé lors d’une discussion au parlement : « Avez-vous lu le livre de Saitō ? Il critique la politique actuelle et dit que l’économie verte n’est pas possible ! ». Le « Nouveau Capitalisme » de Kishida est donc une sorte de réponse.
Une réponse de type Greenwashing ?
Oui, mais intéressante.
En tant que contre-hégémonie ?
Oui. Mais il n’y a eu aucun changement substantiel depuis que cette politique a été lancée il y a deux ans. L’idée de redistribution de Kishida a disparu, il ne parle plus de corriger l’inégalité des richesses. À la place, il nous recommande d’investir dans le marché boursier ! C’est devenu le contraire, c’est devenu un non-sens.
Lorsque je discute de ce type de tentative de réforme du capitalisme, mon principal argument est simple : lorsque l’économie se développe, historiquement, l’utilisation de l’énergie et des ressources augmente également. Donc, à moins que ce découplage entre la croissance économique et l’utilisation des ressources et de l’énergie ne devienne possible, si nous essayons de continuer à croître, cela conduira à un désastre écologique – or ce découplage n’a pas lieu.
Nous devons donc renoncer à la croissance économique : cela ne signifie pas que nous devons vivre dans la pauvreté, n’est-ce pas ? Je ne dis pas que nous devrions réduire l’éducation, les transports publics ou les services médicaux. Je dis simplement que nous n’avons pas besoin d’autant de supérettes, de McDonald’s ou de gyūdon20, ou de fast fashion Uniclo ou Muji, ces choses peuvent être réduites sans réduire notre bien-être social. Nous vivons dans une société de production et de consommation excessive.
Dans Le Capital dans l’Anthropocène, vous mentionnez souvent que nous avons un mode de vie impérial. Dans la première partie de votre livre, on voit que le Japon est très dépendant et vulnérable, et peut s’effondrer très facilement s’il y a une crise majeure (par exemple la majorité de la nourriture est importée). De même qu’avec la guerre en Ukraine, les gens en Europe ont soudain réalisé à quel point nous sommes dépendants de l’économie mondiale. Avez-vous réussi à faire prendre conscience de cette vulnérabilité ?
Ce qui s’est passé au Japon après le déclenchement de la guerre en Ukraine est plutôt réactionnaire. Les gens se sont focalisés sur des réalités économiques à court terme, par exemple comment obtenir plus de gaz ou plus de pétrole, et nous parlons maintenant de prolonger l’utilisation des centrales nucléaires – qui ont maintenant 40 ans mais que nous essayons de prolonger à 60 ans. Beaucoup attribuent l’inflation à la guerre ou à l’énergie verte, et réclament davantage d’énergie nucléaire ou de charbon.
Les gens ont tendance à oublier la crise à long terme du changement climatique. Bien sûr, certaines et certains – dont je fais partie – disent que c’est un problème et que nous devons avoir une plus grande autosuffisance énergétique et alimentaire parce que nous sommes trop dépendants de la Chine, de la Russie et d’autres pays, et que si quelque chose arrive avec la Chine, nous serons toutes et tous morts. Mais je pense que l’opinion publique générale penche plutôt de nouveau vers le nucléaire et estime que nous avons besoin d’autres moyens pour obtenir de l’énergie et la sécurité alimentaire.
Vous employez dans votre livre une expression très forte : l’« état de barbarie » (yaban jōtai), qui en japonais renvoie à une image horrible de ce que le changement climatique peut produire si nous ne faisons rien. Cette image a-t-elle choqué les gens ?
J’utilise ce terme pour que les gens se rendent compte de la gravité de cette crise. Vous êtes au Japon depuis un certain temps : vous avez vu que l’intérêt général pour la crise climatique est très faible. Il n’y a pas de parti vert, nous n’avons pas de discussion sérieuse sur le Green New Deal, des entreprises comme Toyota ne fabriquent même pas de voitures électriques, Kishida parle de centrales à charbon de haute technologie… Ce retard est choquant, même pour moi !
Suite à la popularité de mon livre, je pensais que les gens s’intéresseraient davantage à la crise climatique. C’est tout l’intérêt d’écrire ce genre de livre grand public. Mais dans la société japonaise, la crise climatique est marginalisée. C’est très différent de la France, de l’Allemagne, des États-Unis. Je ne comprends pas et j’ai besoin de trouver une explication !
Parmi les collègues avec lesquel·les j’en parle, personne n’en a. Certain·es disent que c’est parce que le Japon a beaucoup de catastrophes naturelles, comme des tremblements de terre, et que les Japonais·es penseraient donc que la nature est quelque chose que nous ne pouvons pas contrôler. Ils ou elles considéreraient le changement climatique comme quelque chose auquel il faut s’adapter, et non pas contre lequel lutter. Au contraire, les Européen·nes penseraient que l’être humain peut dominer la nature : très contrariés que la nature se révolte, ils et elles essaient de faire quelque chose. Mais c’est une explication très culturelle. En tant que marxiste, je recherche des explications plus socio-économiques. Mais je n’en ai pas encore trouvé.
Vous faites un travail théorique, mais vous participez aussi à des manifestations. Quelle est votre position en tant que chercheur, et surtout en tant que penseur radical ?
Le Japon est une société plutôt conservatrice. Ainsi, simplement participer à une manifestation est considéré comme quelque chose de très dangereux. Beaucoup de gens détestent ce genre d’activités, et même s’ils sont intéressés, ils ne participent pas parce qu’ils ont peur d’être considérés comme des fous furieux. En tant que professeur qui enseigne à l’université j’ai davantage de liberté de m’exprimer en public. Je considère cela comme une sorte de responsabilité sociale que je dois toujours assumer. C’est pourquoi je vais aux manifestations et aux rassemblements chaque fois que je le peux. En même temps, je ressens souvent les limites d’une approche purement théorique : je pourrais me contenter de lire les carnets de Marx dans ce bureau, mais cela ne créera pas une théorie utile au monde d’aujourd’hui !
Je pense que le changement émerge vraiment des pratiques, des mouvements sociaux. C’est pourquoi j’ai écrit un autre livre pour lequel je me suis rendu dans de nombreux endroits au Japon et j’ai essayé d’apprendre des actions locales ou des activistes LGBTQ, par exemple. Comme vous l’avez remarqué, mon approche manque de perspective éco-féministe, notamment. Bien sûr, je peux apprendre en lisant des livres écrits par des universitaires féministes, mais je dois aussi me rendre dans les endroits où les problèmes se posent, où les gens manifestent et protestent, où je peux en apprendre davantage. Je suis souvent en position d’enseigner, et les occasions d’apprendre se font de plus en plus rares. Alors qu’il y a tant de choses que je dois apprendre sur le féminisme, l’anti-impérialisme… Je suis un universitaire masculin vivant à Tokyo, plutôt aisé. En tant que membre privilégié de la société, j’ai besoin d’autres perspectives.
L'intelligence de la nature

La question de l’intelligence de la Nature ne se pose plus pour moi. C’est une évidence. Mais je n’en ai aucune preuve. Je n’ai pas un niveau de connaissances suffisant. C’est juste une intuition.
Est-ce que la Nature elle-même éveille cette intuition en moi ou est-ce juste une imagination débridée, un désir qui prendrait forme, qui se persuaderait lui-même d’avoir raison. La raison… Dans ce simple exemple, on voit bien à quel point, il est déraisonnable de se croire maître de la raison.
La Nature a une intention, une capacité d’intervention. Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs ? De quel droit pourrions-nous considérer que l’entité créatrice n’a pas de pouvoir d’intervention ? La source de Tout n’aurait aucun pouvoir sur elle-même ? Elle ne serait qu'une puissance sans contrôle ?
C’est absurde.
Je ne crois pas que nous soyons nous-mêmes lancés dans la vie sans intention. Il y a quelque chose à comprendre. La nature de la Nature.
Quel est son projet ?
Je sais bien que de tels questionnements peuvent être perçus comme une dérive religieuse, la validation d'un Dieu inévitable, une intelligence créatrice.
C'est tout le problème des données insérées par les générations précédentes et qu'elles nous ont transmises.
Non, le Dieu des religions monothéistes me laisse indifférent. Il ne m'est rien.
Je parle d'une intelligence d'univers, de la nature de la Nature. De cette possibilité qu'elle soit elle-même à l'origine d'elle-même. Et non du hasard.
Et se pose dès lors le problème de ce que nous sommes. Issus d'elle et désormais sa plus grande menace, un adversaire inconscient.
Les scientifiques parlent d'une sixième extinction de masse. Ils oublient de mentionner que nous risquons fort d'en faire partie.
Est-ce là le projet initial ? Sûrement pas. Et pourtant, c'est bien vers ça que nous nous dirigeons.
La Nature s'en remettra. Même d'une guerre nucléaire planétaire, elle s'en remettrait. Ça serait long mais elle a le temps devant elle.
Nous, par contre, le temps qui nous reste se réduit considérablement vite. Quelques siècles encore et notre affaire sera réglée. Ne surtout pas croire que ça se fera en douceur.
Voilà dix ans que je lis des études scientifiques, venues de tous les coins du monde. Si je devais partager ici tout ce que j'ai compilé, il n'y aurait pas 4000 articles mais cinq fois plus.
Il ne s'agit plus d'une intuition mais d'un constat raisonné.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Je n'ai qu'une explication, toute simple, évidente, imparable.
Nous sommes amoureux de nous-mêmes, d'une façon si puissante que nous en avons oublié d'aimer la Nature. Puisque nous avions l'intelligence suffisante pour nous en servir, nous avons oublié de l'honorer et nous avons puisé, encore et encore et nous continuons alors même que l'épuisement des ressources est une évidence.
Nous sommes fondamentalement amoureux de nous-mêmes jusqu'à détruire ce qui nous donne vie.
Il est faux de dire que nous aimons le confort, les voyages, la technologie, les divertissements, l'argent, la consommation, le matérialisme. Tout cela ne serait pas s'il ne s'agissait pas avant tout de nous aimer encore davantage. C'est nous que nous aimons à travers ces comportements, c'est le plaisir que nous nous offrons et personne ne cherche à faire plaisir à une personne qu'il n'aime pas.
Alors, nous devrions apprendre à ne plus nous aimer ou plutôt à transférer cet amour à la nature, à tout ce qui vit et nous permet d'exister. Il est vain de croire que l'humanité y parviendra. La quête de l'amour de soi est inscrit dans nos gênes. Il faudrait éduquer l'humanité à l'amour de la nature et elle ne le souhaite absolument pas.
Il m'arrive d'espérer que la nature ne prendra pas trop de temps pour régler ce problème. Afin que lorsque l'humanité sera moribonde, il reste encore des libellules et des ours polaires et des orchidées, des papillons et des baleines.
La nuit dernière, il y avait deux vers luisants dans les plantes grasses au bord de la terrasse.
Combien étions-nous dans le monde, au même instant, à regarder béatement la magie de la nature, d'un amour si grand, qu'il en arrive à effacer tout le reste?
La sixième extinction
La sixième extinction massive a déjà commencé
Les espèces disparaissent à un rythme alarmant selon une nouvelle étude. L’auteur Elizabeth Kolbert estime que cela soulève des questions quant à notre propre survie.
https://www.nationalgeographic.fr/environnement/la-sixieme-extinction-massive-a-deja-commence
De Nadia Drake

Les lions sont classés comme espèce vulnérable à l’échelle mondiale. La disparition de leur habitat naturel, le déclin du gibier et les conflits directs avec l’Homme sont autant de raisons qui les mettent en danger critique dans certaines régions où ils vivent.
Photo de Michael Nichols, National Geographic Creative
Au cours des dernières 500 millions d'années, la vie sur Terre a presque totalement disparu à cinq reprises, à cause de changements climatiques : une intense période glaciaire, le réveil de volcans et la fameuse météorite qui s’est écrasée dans le Golfe du Mexique il y a 65 millions d’années, rayant de la carte des espèces entières comme celle des dinosaures. Ces événements sont communément appelés les cinq extinctions massives ; or tout semble indiquer que nous sommes aux portes de la sixième du nom.
À la différence que, cette fois, nous sommes seuls responsables de ce qui se produit. D’après une étude publiée en juin 2013 dans Science Advances, le taux d’extinction des espèces pourrait être 100 fois plus élevé que lors des précédentes extinctions massives – et encore, ne sont pris en compte que les animaux dont nous avons une bonne connaissance. Les océans et les forêts de notre planète cachent un nombre indéterminé d’espèces, qui disparaîtront pour la plupart avant même que nous n’en ayons entendu parler.
Le livre de la journaliste Elizabeth Kolbert, La Sixième Extinction, a remporté le Prix Pulitzer de cette année dans la catégorie non-fiction. Nous avons évoqué avec elle ces nouveaux constats et leur impact potentiel sur l’avenir de la vie sur Terre. Peut-on encore éviter ces disparitions massives ? Les hommes sont-ils condamnés à devenir les victimes de leur propre négligence en matière environnementale ?
La nouvelle étude qui a tant fait parler d’elle estime à 75% le taux d’espèces animales vouées à disparaître durant les siècles à venir, ce qui semble extrêmement alarmant.
Oui, certaines familles d’animaux ont fait l’objet d’observations approfondies dans cette étude. Limitée aux vertébrés – comme les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les amphibiens – elle s’intéresse à ce qu'il se passe vraiment aujourd’hui. Selon des données très sérieuses, les taux d’extinction, déjà très élevés dans [les années] 1 500, ne font qu’empirer.
Il s’agit de chiffres significatifs, auxquels les gens deviennent pourtant assez insensibles. Les enfants nés au cours des 20 dernières années ont grandi avec ces données et ne les considèrent pas comme particulièrement inhabituelles.

Cueillies à outrance et victimes de la disparition de leur milieu naturel, 99 % des Cypripedioideae asiatiques (comme la Paphiopedilum appletonianum ci-dessus) sont menacées d’extinction.
Photo de Karl Gehring, The Denver Post, Getty
Les gens s’interrogent : sommes-nous vraiment au beau milieu d’une sixième extinction massive ?
Pour être honnête, je crois qu’il s’agit là d’un de ces débats où nous ne nous prenons pas le problème dans le bon sens. Lorsque nous aurons la réponse à cette question, il est possible que les trois quarts des espèces présentes sur Terre aient déjà disparu. Croyez-moi, nous n’avons pas envie d’attendre ce jour.
Mais nous vivons indéniablement dans une époque où les taux d’extinctions sont très, très élevés, de l’ordre de ceux constatés lors d’extinctions massives. Toutefois, une telle extinction pourrait prendre des milliers d’années.
Existe-t-il des habitats naturels ou des espèces animales particulièrement vulnérables aux changements en cours ?
Les populations des îles sont très vulnérables aux extinctions, et ce pour plusieurs raisons. Elles ont toujours plus ou moins vécu de manière retirée ; or l’Homme lève actuellement toutes les barrières qui maintenaient ces espèces iliennes isolées jusqu’à présent. Ainsi, en Nouvelle-Zélande, il n’y avait pas de mammifères terrestres ; les espèces ayant évolué en l’absence de tels prédateurs s’avèrent donc incroyablement vulnérables aujourd’hui. Vous seriez stupéfiés par le nombre d’espèces d’oiseaux qui ont déjà disparu là-bas. Sans oublier celles qui subsistent encore, maintenant en grand danger.
Les régions longtemps isolées sont donc plus fragiles. De la même manière, les espèces disposant d’un habitat naturel très restreint, qui n’existent qu’à un seul endroit du monde, ont tendance à être extrêmement vulnérables aux changements en cours. Si leur habitat devait être détruit, elles n’auraient nulle part où aller et seraient vouées à disparaître.
Qu’est-ce qui prouve indiscutablement l’implication de l’Homme dans cette histoire – le fait que nous soyons a priori responsables de la sixième extinction ?
Je ne vois pas ce qui pourrait venir contredire le fait que nous sommes responsables des taux d’extinction élevés constatés. Très peu, voire aucune des extinctions d’espèces des 100 dernières années n’auraient eu lieu sans l'implication de l’Homme. Je n’ai jamais entendu personne dire : « Les taux d’extinctions ? Oh, rien de plus naturel, cela se serait produit avec ou sans les humains ! » Il n’y a pas vraiment de place pour le débat ici.
Si nous sommes en train d’appuyer sur la gâchette, avec quoi avons-nous donc chargé l’arme ?
Des milliers et des milliers d’articles scientifiques se sont penchés sur cette question. Ces munitions ne sont autres que la chasse, l’introduction d’espèces invasives, les évolutions climatiques. Nous touchons à nos standards géologiques. Nous modifions le fonctionnement de tous les océans. Nous changeons la surface de la planète. Nous détruisons des forêts entières et basons notre agriculture sur de la monoculture, néfaste pour de nombreuses espèces. Nous pêchons à outrance. Et la liste est encore longue.
Nous ne serons jamais à cours de munitions, avec l’arsenal dont nous disposons actuellement.

Un groupe de Lions de mer de Nouvelle-Zélande (Phocarctos hookeri) s’ébat dans les eaux près de la colonie de reproduction d’Enderby Island, en Nouvelle-Zélande.
Photo de Tui De Roy, Minden, National Geographic
Est-il encore possible de ralentir ce désastre qui cause la perte des espèces ?
Nous avons autant d’occasions de changer la planète dans le bon sens que d’occasions de la détruire ; pour chaque cas évoqué précédemment, je pourrais vous fournir une bibliothèque entière de rapports expliquant ce que nous pouvons faire pour améliorer les choses. Prenons juste pour exemple les zones mortes découvertes dans les océans. Nous pourrions changer notre utilisation des fertilisants de bien des manières, au lieu de répandre du nitrogène dans les champs du Midwest américain, fertilisant qui se retrouve ensuite dans le fleuve Mississippi, qui l’amène jusque dans le Golfe du Mexique, où il est ensuite responsable de la formation de ces zones mortes.
En fait, la question que chacun devrait se poser est plutôt la suivante : les 7,3 milliards – qui passeront bientôt le seuil de 8, puis de 9 milliards – de gens peuplant cette planète auront-ils assez de place et de ressources pour cohabiter avec toutes les autres espèces ? N’allons-nous pas droit dans le mur en consommant quantités de ressources dont de nombreuses autres créatures ont aussi besoin ? Je n’ai pas de réponse à apporter à cela.
Combien de temps a-t-il fallu à la planète pour se remettre des cinq extinctions massives ?
Pour revenir aux niveaux de biodiversité d’avant-crise, il faut compter plusieurs millions d’années.
Il n’est donc pas impossible qu’à partir de maintenant, les êtres humains ne connaissent qu’un monde essayant de se remettre d’une crise d’extinction majeure, voire un monde plongé dans une de ces fameuses crises.
En effet, en sachant que les espèces vertébrées (et nous en faisons partie) ont une durée de vie moyenne d’un million d’années et que l’Homme a vécu 200 000 ans, soit 1/5 de ce million d’années, si vous précipitez une nouvelle extinction massive, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que ces espèces actuelles soient encore représentées sur Terre lorsque la planète se sera rétablie. Et je n’évoque même pas la possibilité que les humains soient victimes de leur propre crise d’extinction massive.
Voilà une question intéressante : l’Homme pâtira-t-il de l’extinction massive qu’il provoque ?
Je n’irais pas jusqu’à avancer que l’on ne peut survivre à la disparition de très nombreuses espèces. Nous avons déjà prouvé que nous en étions capables. L’Homme a en effet une forte capacité d’adaptation. Mais au bout du compte, je pense que nous n’avons pas envie de connaître la réponse à cette question.
Deux grandes interrogations sont nées. La première : simplement parce que nous avons survécu à la disparition de X espèces, sommes-nous capables de garder cette trajectoire ? Ou bien mettons-nous finalement en péril les systèmes qui ont jusqu’à présent gardé l’Homme en vie ? Une bien grande question, au sérieux indiscutable.
Une autre question se pose : même si nous arrivons à survivre, est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre ? Est-ce le monde que nous voulons léguer à nos enfants ? La portée de cette question est différente, mais toutes deux sont très sérieuses. Je dirais même qu’il n’y aurait pas de sujet plus sérieux.
De l'absurdité

Pour Albert Camus, la compréhension de l'absurdité de la vie est le seul chemin viable.
Je n'y adhère pas.
On me dira que c'est très prétentieux de m'opposer à un tel penseur.
J'apporte donc une précision.
La vie est au-delà de notre compréhension humaine. Son foisonnement, son extraordinaire diversité, sa capacité d'adaptation et d'évolution font de la vie elle-même un impossible saisissement. On ne peut en percevoir qu'une infime parcelle. Des formes, des noms, des études scientifiques, des catalogues, tout cela est utile mais insignifiant dès lors qu'il ne s'agit que d'une forme d'appropriation, de domination, d'encadrement. De la vie, nous ne devrions garder que sa magnificience ou en tout cas ne jamais la délaisser au profit d'une connaissance qui ne peut être que partielle.
C'est l'existence que nous pouvons autopsier. Notre existence. C'est elle qu'il est possible de disséquer pour tenter d'en extraire un sens. Car nous en sommes conscients. Ou tout du moins, nous disposons d'une conscience pour en être l'observateur. Non pas dans sa forme matérielle, familiale, sociale, professionnelle, amoureuse, émotionnelle, affective mais dans sa profondeur. Et c'est là que pointe l'absurdité. Car nous ne voulons pas de cette conscience, nous la fuyons, nous la rejettons et nous nous illusionnons d'artifices.
L'accélération du processus est d'ailleurs effrayant et il n'est pas sain d'essayer de se projeter sur les décennies à venir. C'est même dangereux. Psychologiquement. Il y a longtemps déjà que je sentais poindre une sorte de dégénérescence, un effondrement lent et pernicieux dans le saisissement et l'usage de la conscience mais je n'en ai plus aucun doute.
La masse est inconsciente, la masse a sa propre inertie et comme une avalanche sur la pente, elle entraîne tout avec elle, grossissant inexorablement.
J'ai pris le risque de lire des écrivains "feelgood", j'ai parcouru ces pages dans lesquelles ils parlent de l'élévation de la conscience au regard de l'existence. J'ai juste envie de leur dire de se taire et d'arrêter de mentir. Cette littérature est un paravent de la misère existentielle et de l'affadissement des consciences, juste un entracte qui entretient le désastre. Qu'on me cite une seule personne dont la vie a été littéralement transformée par un de ces ouvrages...Je souhaite qu'il y en ait au moins une. Peut-être même deux.
Lorsque je parle de transformation radicale, il ne s'agit pas d'envisager une personne qui aurait trouvé sa voie professionnelle, qui aurait réglé ses difficultés relationnelles, qui aurait compris la complexité de l'amour, qui aurait trouvé sa place dans son environnement sociétal, qui aurait appris à moins souffrir des autres ou même à ne plus souffrir du tout.
Grand bien leur fasse. Il est toujours préférable de se sentir mieux.
Je parle de la transformation radicale de conscience au regard de la vie, du phénomène vivant, de l'incommensurable mystère et de notre place ou de notre insignifiance dans ce gigantesque maelstrom. Et je parle surtout des actes qui suivent cette prise de conscience. Car s'il ne s'agit que d'une posture intellectuelle, elle n'est jamais que l'étendard de l'absurdité et de l'intellectualisme.
N'est-ce pas cela d'ailleurs le sens de notre présence ? Ne sommes-nous pas dotés de cette conscience auto-réflexive pour être les porteurs de flamme, non pas une flamme olympique tournée vers la compétition mais une flamme d'appartenance, de reconnaissance cellulaire, de bienveillance, d'amour, de respect, et une volonté farouche et inexpugnable de protéger tout ce qui est ?...
Si c'était cela le projet, nous avons tout faux et il y a longtemps que la flamme est éteinte. Albert Camus considérait d'ailleurs qu'il était vain de chercher un sens à la vie dans un univers qui n'en a pas. Et chercher un sens n'est jamais qu'un moyen de repousser l'angoisse du néant.
Alors, oui, il est tout à fait possible que nous n'ayons aucun sens et qu'il est totalement vain et absurde de vouloir extraire un diamant de la boue. Mais je ne peux pas pour autant admettre que mon insignifiance m'autorise à nier l'existence de tout ce qui m'entoure, de cette vie qui me fascine et me réjouit.
L'humanité manque cruellement d'amour envers la vie. Et n'aimant pas cette vie, elle ne s'aime pas non plus.
Plus les années passent et plus je m'éloigne de mes congénères. Je ne supporte plus la futilité. Le temps de l'insouciance est révolu.
J'aime le vélo et j'ai donc regardé la course olympique et encore une fois, je suis effaré par cette ferveur populaire pour un évènement aussi dérisoire. Disons que la ferveur est disproportionnée si on la compare avec la dévastation de la biodiversité, par exemple ou du réchauffement des océans, ou de l'abattage quotidien de millions d'animaux, de cette abominable souffrance, des déforestations, du pillage des mers, de la fonte des glaces, de la mort des ours polaires, de la disparition des zones humides et des libellules, etc etc, de ce massacre constant et planétaire du vivant. Là, on peut parler d'absurdité.
J'imagine les rires moqueurs... À moins que ceux et celles qui viennent me lire en pensent tout autant.
Paul Watson est en prison parce qu'il cherche à protéger les grands mammifères marins. J'ai lu qu'une banderole pendant la cérémonie d'ouverture des JO avait été tendue sur une péniche et qu'elle avait été arrachée par "les forces de l'ordre"... Du pain et des jeux.
Oui, tout cela est absurde mais le phénomène vivant ne l'est pas.
Et d'ailleurs, encore une fois, je vais manquer de respect envers Albert Camus. La philosophie est une exploration de l'esprit humain et elle ne peut aucunement s'abroger le droit de la moindre conclusion envers l'ensemble du vivant. À moins de continuer à considérer encore et toujours que nous sommes supérieurs à tout ce qui vit.
Je rêve d'un jour où les animaux, de l'ours polaire à la libellule, parviendraient à nous faire connaître leur point de vue sur nous, les humains.


