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Simplification de la vie

Par Le 30/06/2022

"Pour que naisse le sentiment du Maître intérieur, le disciple doit veiller à ne pas dissiper son attention, afin qu'elle puisse demeurer fixée sur l'essentiel. C'est pourquoi une simplification de la vie se révèle très utile.

Il faut que le mental se taise de jour en jour et cela n'est possible qu'en éliminant les soucis superflus et les informations de tous ordres qui ne font qu'encombrer et agiter l'esprit. "

Gilles FARCET

 

Je sais que ce texte est déjà quelque part sur le blog mais je ne sais pas où :) 

Peu importe. 

Comment faire pour simplifier et trouver cette paix intérieure dans un monde chaotique ?

Ne rien lire, ne rien écouter, ne pas chercher à comprendre, ne rien anticiper ?

Assurément pas. C'est en tout cas inconcevable pour moi. Par contre, il est toujours possible de ne pas ajouter d'émotions aux faits. Ce sont les émotions insoumises qui troublent la quiétude et même la rendent impossible.

Il convient donc de comprendre les faits sans se les approprier, sans faire en sorte qu'ils s'insèrent dans l'existence. Facile à dire quand on n'est pas directement concerné...C'est là que devient nécessaire le texte de Marc-Aurèle.

"Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre."

Quand je lis des informations sur le monde, sur la planète, sur l'humanité, je fais l'effort d'identifier ce que je peux éventuellment changer de ce qui n'est pas de mon ressort. Je ne saurais dire quel est le pourcentage exact des faits sur lesquels j'ai une intervention possible mais ce qui est certain, c'est que ce pourcentage est très faible. Très, très faible.

Dès lors, une fois que ce constat est fait, je peux réinitialiser la quiétude. Et il s'agit d'un "reset" très fréquent car le monde n'est pas celui dont je rêve. Et mes rêves n'ont aucun impact sur lui. Alors, je prends mon vélo ou ja travaille au jardin, je bricole, je lis, j'écris, j'écoute de la musique et j'arrête de penser.

Le problème est là finalement : les pensées. Et le cortège d'émotions qu'elles génèrent. Et j'utilise volontairement le terme de "cortège"...

J'ai lu dernièrement une étude écrite par une sociologue et une psychiatre et leur bilan est particulièrement sombre. Une frange importante de la population française va mal, toutes générations confondues. Le milieu social est un critère considérablement important. La misère psychologique accompagne la misère sociale. L'incertitude des jours à venir nourrit la détresse.

Tout le monde n'est pas à la même enseigne. Le travail intérieur à mener dépend beaucoup de l'étoile sous laquelle on est né.

 

"Nés Sous La Même Etoile"

 

IAM Lyrics


 

La vie est belle le destin s'en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile

Pourquoi fortune et infortune ? Pourquoi suis-je né
Les poches vides pourquoi les siennes sont-elles pleines de thunes ?
Pourquoi j'ai vu mon père en cyclo partir travailler ?
Juste avant le sien en trois pièces gris BMW
La monnaie est une belle femme qui n'épouse pas les pauvres
Sinon pourquoi suis-je là tout seul marié sans dot
Pourquoi pour lui c'est crèche et vacances
Pour moi c'est stade de foot sans cage, sans filet, sans même une ligne blanche
Pourquoi pour lui c'est l'équitation, pour moi les bastons
Pour lui la coke, pour moi les flics en faction ?
Je dois me débrouiller pour manger certains soirs
Pourquoi lui se gave de saumon sur lit de caviar ?
Certains naissent dans les choux, d'autres dans la merde
Pourquoi ça pue autour de moi, quoi ? Pourquoi tu m'cherches ?
Pourquoi chez lui c'est des Noël ensoleillés ?
Pourquoi chez moi le rêve est évincé par une réalité glacée ?
Et lui a droit à des études poussées
Pourquoi j'ai pas assez d'argent pour acheter leurs livres et leurs cahiers ?
Pourquoi j'ai du stopper les cours ?
Pourquoi lui n'avait pas de frère à nourrir ? Pourquoi j'ai dealé chaque jour ?
Pourquoi quand moi je plonge, lui passe sa thèse ?
Pourquoi les cages d'acier, les cages dorées agissent à leur aise ?
Son astre brillait plus que le mien sous la grande toile
Pourquoi ne suis-je pas né sous la même étoile ?

La vie est belle le destin s'en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile
La vie est belle le destin s'en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile

Je peux rien faire...
Je peux rien faire, spectateur du désespoir...
Je peux rien faire...
Je peux rien faire, spectateur du désespoir...

Comme Issa, pourquoi je suis pas né sous la bonne étoile
Veillant sur moi ? Couloir plein de toiles, crachats
Tchatche à deux francs, courbettes des tapettes devant
Supporter de grandir sans 1 franc, c'est trop décevant
Simplement en culotte courte
Ne pas faire la pelle mécanique plate avec des pots de yaourt
C'est pas grave, je n'en veux à personne, et si mon heure sonne
Je m'en irai comme je suis venu
Adolescent incandescent chiant à tour de bras sur le fruit défendu
Innocents, témoins de types abattus dans la rue
C'est une enfance ? De la pourriture, ouais !
Je ne draguais pas, mais filait des tartes aux petites avec les couettes
Pâle de peur devant mon père, ma sœur portait le voile
Je revois, à l'école les gosses qui la croisent, se poilent
C'est rien Léa, si on était moins scrupuleux
Un peu de jeu du feu on serait comme eux
Mais j'ai pleuré pour avoir un job, comme un crevard sans boire
Les "je t'aime" à mes parents, seul dans mon lit le soir
Chacun son boulet, sans ambition la vie c'est trop long
Écrire des poèmes, pisser violent dans un violon
Tu te fixes sur le wagon, c'est la locomotive que tu manques
C'est pas la couleur, c'est le compte en banque
J'exprime mon avis, même si tout le monde s'en fiche
Je ne serais pas comme ça si j'avais vu la vie riche

La vie est belle le destin s'en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile
La vie est belle le destin s'en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu'il dévoile
Tant pis on n'est pas nés sous la même étoile

Pourquoi ne puis-je vivre comme n'importe quel être humain ?
Pourquoi mon destin est-il de ne pouvoir cesser de me battre ?

 

 

Plan de résilience

Par Le 30/06/2022

 

"Cette semaine je vous propose que de réfléchir ensemble à la résilience pour pouvoir faire, fabriquer, construire, son propre plan de résilience individuel. L'objectif? Réduire les impacts des différentes crises auxquelles nous sommes tous confrontés. Crise géopolitique, sanitaire, économique, mais aussi alimentaire ou climatique... Prendre conscience de la possibilité de faire son propre plan de résilience c'est prendre conscience tout simplement de nos possibilités de faire. De faire face. Nous avons une marge de manœuvre nettement plus importante que ce que l'on peut penser et c'est une excellent nouvelle, car cela veut dire que vos actions et votre préparation peuvent faire toute la différence. Ici, encore une fois, aucune vérité absolue, mais des pistes de réflexions pour prendre de la hauteur et anticiper ce qui pourrait arriver. Prenez bien soin de vous. Amicalement. A bientôt. Charles.

Pour vous abonner gratuitement: https://insolentiae.com/

Charles Sannat

Par Le 30/06/2022

Rationnements, confinements, interdictions, les plans secrets des états pour gérer les pénuries

 

122 115 vues 19 juin 2022 Un habitant du grenier s'appelle un grenésien !! Alors mes chères grenésiennes, mes chers grenésiens c'est avec plaisir que je vous retrouve pour cette nouvelle édition du JT du grenier!! Cette semaine je vous propose de réfléchir aux réflexions que mènent les gouvernements depuis quelques temps maintenant sur la gestion nécessaire des pénuries! Aucune surprise à attendre. Depuis la nuit des temps, en temps de pénuries, c'est les rationnements, les interdictions, les réquisitions et autres saisies !. Nous allons vers une période de très forts changements, une période qui a déjà commencé, et notamment nos mobilités vont radicalement se réduire, et nos horizons se réduire. Plus que jamais, le choix de votre localisation fera l'agrément de votre vie et votre pouvoir d'achat. Enfin, une économie de guerre, car c'est de cela que parle le président, c'est avant tout une économie de la pénurie. Je n'ai qu'une suggestion à vous faire. Préparez-vous à des temps difficiles et très changeants. Ici, encore une fois, aucune vérité absolue, mais des pistes de réflexions pour prendre de la hauteur et anticiper ce qui pourrait arriver. Prenez bien soin de vous. Amicalement. A bientôt. Charles.

Pour vous abonner gratuitement: https://insolentiae.com/ POUR VOUS ABONNER A LA LETTRE STRATEGIES c'est ici: https://insolentiae.com/produit/abonn...

 

"The alpinist"

Par Le 27/06/2022

 

Le film est ici en entier mais il faut copier le lien pour l'ouvrir. Si le lien ne fonctionne pas pour vous, vous pouvez le rechercher sur le site : 

https://www.documentarymania.com/

https://www.documentarymania.com/player.php?title=The%20Alpinist&fbclid=IwAR3DN3k5n8ABHCNfUfc7DnIi-ziJPnBHTeecYvPQq0CLkEnSFZI04l3NgbM

Beaucoup diront que lui et sa compagne sont fous de grimper sans corde, beaucoup diront même que c'est irresponsable d'obliger des secouristes à risquer leur vie pour essayer de les retrouver.

D'autres diront qu'il est impossible de les comprendre parce que notre vie est à mille lieues plus bas que la leur et donc ils ne porteront aucun jugement. Ils se contenteront de vibrer et de se réjouir de la vie totale, entière, extrême de ces "conquérants de l'inutile".

Quant à savoir si la vie "moderne" n'est pas l'exemple même de la folie, je laisse chacun y réfléchir. 

 

 

 

 

The Alpinist

 

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Dans The Alpinist, le réalisateur américain Peter Mortimer fait le portrait de Marc-André Leclerc, un jeune alpiniste talentueux de Colombie-Britannique qui a accompli dans la plus grande discrétion des ascensions qui ont redéfini l’alpinisme. Son parcours remarquable s’est terminé tragiquement dans une avalanche en Alaska. Nous avons échangé avec le père de Marc-André, Serge Leclerc.

Publié le 4 nov. 2021

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Marie Tison

MARIE TISONLA PRESSE

Marc-André Leclerc préférait passer sous le radar. Pour lui, réaliser une ascension audacieuse devait être une expérience authentique, personnelle, pas un coup de publicité. « Marc-André, il était comme ça, se rappelle son père, Serge Leclerc, un Montréalais d'origine. Ce n’était pas une personne qui se vantait de ses affaires. Je n’avais pas vraiment réalisé la grandeur de ce qu’il faisait. »

Le monde de l’alpinisme, lui, commençait à porter attention. Au point de soulever l’intérêt de Peter Mortimer, réalisateur du film The Dawn Wall, qui chroniquait l’ascension d’une paroi vierge d’El Capitan, en Californie.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’ARC’TÉRYX

C’est lorsque Marc-André Leclerc a commencé à obtenir des commandites que son père, Serge Leclerc, a compris qu’il faisait des ascensions remarquables.

Peter Mortimer a suivi Marc-André Leclerc pendant deux ans, multipliant les entrevues avec le jeune homme, avec ses proches et avec des grands du monde de l’escalade pour réaliser le film The Alpinist, offert ce jeudi sur Amazon Prime Video.

Dans ses conversations avec son père, Marc-André Leclerc avait minimisé l’importance du projet, parlant d’une « petite compagnie », d’un « petit film ».

Lorsqu’il a rencontré l’équipe de tournage pour une entrevue, Serge Leclerc a réalisé que le projet avait une portée beaucoup plus grande que ce que laissait entendre son fils. Et il est devenu nerveux. « Je leur ai dit que Marc-André est jeune, impressionnable, relate-t-il, en entrevue avec La Presse. Je ne veux pas qu’il se sente sous pression de faire des trucs qu’il n’est pas prêt à faire. Je ne veux pas perdre mon fils à cause d’une connerie de film. »

Le réalisateur a voulu rassurer M. Leclerc, expliquant qu’il s’agissait simplement de suivre Marc-André, et non pas de lui suggérer quoi que ce soit.

Mais ce qui a rassuré quelque peu Serge Leclerc, c’est l’attitude même de Marc-André. Lorsque celui-ci a voulu réaliser une ascension d’envergure, dangereuse, la face Emperor du mont Robson, il n’a rien dit à l’équipe de tournage et s’est rendu seul dans les Rocheuses canadiennes pour réaliser son projet. « Il m’a dit qu’il ne voulait pas avoir une équipe de film qui le suive, parce que cela allait tout changer la façon dont il faisait les choses, se rappelle Serge Leclerc. J’étais content qu’il me dise ça. »

Peter Mortimer a trouvé la situation un peu plus frustrante, mais Marc-André Leclerc s’est montré beau joueur : il a répété son audacieuse ascension pour l’équipe de tournage, ce qui donne lieu à des images à la fois magnifiques et terrifiantes.

L’amour du plein air

Serge Leclerc était allé en Colombie-Britannique en 1978 pour « juste une job d’été ». « Je suis arrivé ici, j’ai vu les montagnes, j’ai vu la mer, je suis tombé en amour, raconte-t-il depuis son domicile à Vancouver. Je ne suis pas revenu. »

Il s’est marié avec une anglophone, a eu trois enfants, dont Marc-André. Ce dernier n’a jamais maîtrisé le français. Diagnostiqué d'un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, il a eu un parcours scolaire pour le moins difficile. Le plein air a été une planche de salut.

Son amour pour être à l’extérieur, ça vient de notre famille. C’est quelque chose qu’on faisait tout le temps. Il a grandi avec tout ça. Pour nous, c’était une progression naturelle de le voir faire ce qu’il faisait.

 Serge Leclerc

Triste ironie, ce n’est pas pendant le tournage, ce n’est pas lors d’une dangereuse ascension en solo, sans corde, sans protection, que Marc-André Leclerc a trouvé la mort, en mars 2018, à l’âge de 25 ans. Il a été emporté par une avalanche avec un autre alpiniste d’expérience, Ryan Johnson, sur une montagne d’Alaska.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE THE ALPINIST

Marc-André Leclerc a parcouru les Rocheuses canadiennes, la Patagonie et la terre de Baffin pour réaliser ses ascensions.

Serge Leclerc se rappelle avec émotion les jours qui ont suivi la disparition des deux hommes, son départ précipité vers l’Alaska. Il raconte qu’il était dans l’hélicoptère de recherche lorsque l’équipage a repéré une station de rappel, au sommet de la montagne, puis une corde un peu plus bas, à moitié enfouie dans des débris d’avalanche

« J’ai dit que c’était la corde de Marc-André. Je l’avais vue, il était venu chez moi avant de partir pour l’Alaska. C’est à ce moment-là qu’on a su qu’ils étaient en dessous de la neige. »

Peter Mortimer et son équipe étaient dévastés. Le documentaire, qui se voulait un portrait d’un jeune alpiniste enthousiaste, a pris une tournure tragique. Il offre des moments particulièrement émouvants avec le témoignage des amis de Marc-André Leclerc et, surtout, de sa copine, Brette Harrington, elle-même une alpiniste d’exception.

« Je ne savais pas que la vie pouvait être si douloureuse », laisse tomber cette toute jeune femme qui, jusque-là, s’était montrée invariablement radieuse.

Plus de trois ans plus tard, les deux corps sont toujours sur place. À moins qu’un mouvement de la neige ne les découvre, il n’est pas question d’aller à leur recherche.

« Pour faire quoi ? On va ramener le corps ici, on va le faire incinérer, on va prendre les cendres pour aller les mettre sur une montagne à quelque part ? Il est déjà dans une montagne. Il est gelé solide, il va être jeune à tout jamais. »

Serge Leclerc est reconnaissant de voir la vie de son fils représentée dans un film.

« C’est un bel hommage. Ce que j’aime du film, c’est qu’il démontre non seulement qu’il était bon en escalade, en alpinisme, mais que c’était une bonne personne. Ce qu’il a fait dans les montagnes, c’est sûr que j’en suis fier, mais ce dont je suis le plus fier, c’est la personne qu’il est devenu comme adulte. »

Offert sur Amazon Prime Vidéo

The Alpinist

The Alpinist

Peter Mortimer

Avec Marc-André Leclerc

Documentaire

En anglais

90 minutes

ouvoir.ca

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Numéro vert

Par Le 18/06/2022

C'est un parfait résumé de la situation. Non pas juste aujourd'hui mais depuis des décennies. Il s'agit de donner l'air d'agir, dans l'immédiateté, c'est à dire en fait pendant un mandat politique. Tout le problème est là. Je rappelle que plusieurs scientifiques avaient alerté dans les années 2000 sur le risque de pandémie lié aux zoonoses. Mais c'était trop flou, trop lointain, trop imprécis et surtout sans aucune donnée temporelle précise pour que ça soit pris en compte. Le risque est toujours là d'ailleurs. J'ai déjà parlé ici du problème nommé "plastisphère". Mais les restrictions sur l'usage du plastique prennent des décennies avant d'être appliquées. Tout comme le problème du dyoxide rejeté dans l'atmosphère. Et lorsque la situation bascule dans l'urgence, les reponsables politiques créent un numéro vert. Dans quelques années, il faudra un répertoire dédié uniquement aux numéros verts. 

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Plastisphère : des bactéries colonisent le plastique dans les océans

 

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15 février 2019

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Les bactéries colonisent tous les déchets plastiques, quelle que soit leur taille – des macro-déchets aux microplastiques. Et ils sont nombreux ! Des bactéries pathogènes, notamment celles du genre Vibrio pourraient entraîner des maladies chez l’homme et les espèces aquatiques. Quels risques fait peser cette plastisphère?

Dans l’eau, une faune diverse de bactéries et d’autres micro-organismes colonise les plastiques. Ces petits organismes vivant sur le plastique constituent la plastisphère. Et c’est la spécialité des chercheurs Linda Amaral-Zettler et Erik Zettler depuis leur découverte de la plastisphère en 2003 dans l’Océan Atlantique.

La chose est troublante : les communautés vivant sur ces « récifs » ne sont pas les mêmes que dans l’eau environnante. Le couple Zettler a déjà identifié plus de 1.000 bactéries qui prolifèrent sur le plastique dans le Pacifique et l’Atlantique. En fonction de la taille des supports, une vie diverse s’installe à leur surface. « Il peut y avoir de tout, des microbes aux invertébrés plus grands, comme de petits crustacés, explique Erik Zettler, chercheur NIOZ-Institut royal néerlandais pour la recherche sur la mer. La vie sur le plastique est une riche communauté de bactéries, de micro-animaux avec des producteurs primaires, des herbivores, des prédateurs, des organismes qui peuvent parasiter d’autres organismes et même des symbioses. » Un vrai micro-écosystème !

La plastisphère : des radeaux pour les microorganismes

Les plus de 5.250 milliards de fragments flottant à la surface des océans constituent autant d’embarcations potentielles pour les bactéries. Une fois colonisés, les plastiques continuent leur chemin dans la mer et les océans. Ils servent de radeau à cette faune qui peut être envahissante pour les écosystèmes marins et pathogènes pour l’homme ou les animaux. Ces radeaux permettraient la dispersion, la dissémination et le développement de certaines espèces. En devenant des espèces envahissantes dans des régions non originelles, elles pourraient perturber les fragiles équilibres marins et terrestres.

Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement aux bactéries du genre « vibrio »présentes dans l’océan. Leur version la plus connue est vectrice du choléra et d’autres maladies gastro-intestinales chez l’homme. Elles peuvent aussi s’attaquer au système digestif des poissons. « Nous avons en effet découvert en 2013 que la communauté microbienne sur un morceau de plastique de l’Atlantique était constituée à près de 25 % de Vibrio », relate Erik Zettler. Il n’est pas encore établi que les Vibrio pathogènes sont transportées par le plastique. Toutefois, « cette éventualité est loin d’être négligeable », estime le chercheur.

Lire aussi : Les microplastiques contaminent fruits de mer, poissons et sels

Un risque de contamination planétaire ou la solution à la pollution ?

S’il s’avérait que les plastiques transportent bien des pathogènes, il se pourrait que les microplastiques et les microfibres les transmettent aux bactéries dans les stations d’épuration. Étant donné que ces usines dépolluent l’eau grâce à des bactéries bien définies, cela pourrait effectivement poser de graves problèmes localement. Les chercheurs craignent aussi le risque de contamination des poissons en pisciculture, vu que ces élevages utilisent beaucoup de plastique. Au regard des densités élevées, un bout de plastique transportant un pathogène qui se détacherait pourrait contaminer l’ensemble des poissons. En d’autres termes, un seul fragment de plastique contaminé pourrait engendrer un risque épidémique.

Selon d’autres chercheur, les microbes sur terre peuvent dégrader certaines résines de plastique. Par ailleurs, on sait que des microbes dégradent les hydrocarbures dans les océans. « Je pense qu’à long terme, presque tous les composés organiques, y compris le plastique, seront dégradés par les microbes, mais ce n’est pas une solution, insiste Erik Zettler. Car aux températures relativement basses et aux concentrations de nutriments faibles dans l’océan, la dégradation microbienne du plastique se produira très très lentement. » Selon le chercheur, il ne faut pas considérer les bactéries comme faisant partie de la solution à la pollution plastique dans l’environnement.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com

15 février 2019

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La vie des sols

Par Le 17/06/2022

Pour comprendre et voir à quel point, un champ labouré est un champ mort.

Dans notre potager, le paillage, l'utilisation du broyat, le compost et le fait de ne jamais retourner le sol, a permis de créer une couverture de vie d'une richesse merveilleuse. Ça grouille de vie. Et cette vie favorise la croissance des plantes.

Il n'y a pas vraiment de zones de cultures mais un vaste mélange et c'est cela qui limite les "plantes indésirables" et les "insectes nuisibles". Un de nos voisins a son champ de pommes de terre envahi par les doryphores. Tous les plants sont alignés et regroupés sur la même surface. Nous n'avons pas un seul doryphore. Nos plants de pommes de terre sont tous éparpillés parmi les autres plantes. Les doryphores vont là où ils ont le moins d'énergie à dépenser pour se nourrir... La biodiversité, c'est le mélange. 

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L'agroécologie.

Par Le 17/06/2022

Clair et net, c'est la seule solution et elle n'est suivie que par 5% des agriculteurs...La volonté doit donc être imposée par le gouvernement. Mais cela signifie que les grands groupes de l'industrie chimique pétrolière cessent leur matraquage. Et donc que les gouvernements les renient. Aïe...

L'agroécologie, c'est ce qu'on appelle la permaculture. Celle qui est tant décriée et moquée depuis des décennies. Celle qui pour la FNSEA est incompatible avec une alimentation de masse. Et c'est aberrant. 

Personne ne veut prendre Cuba pour exemple, régime communiste banni, l'ennemi des USA.

Et pourtant...

21 déc. 2021 Le mode de production agricole actuel ne nourrit pas la planète,  60 % des sols sont fortement dégradés et le constat est dramatique pour l'agriculture à l'échelle planétaire. Mais des hommes et des femmes relèvent le défi et démontrent que l'on peut se passer des pesticides et des intrants chimiques pour toute notre alimentation. Un autre monde est possible !  Des fermes pour cultiver l'agroécologie On a 20 ans pour changer le monde Disponible jusqu'au 31/07/2022

"Y'a le feu"

Par Le 16/06/2022

Une chaîne d'informations. Désolé, mais je n'ai rien d'autre à présenter.

Je pourrais vous mettre des photos de nos récoltes de fraises, les salades, les courges, les arbres fruitiers qu'on a protégés des gelées tardives avec succès, le développement merveilleux du potager, l'installation des citernes de récupération d'eau de pluie, le creusement de la mare et son remplissage, toutes les greffes de fruitiers qui ont réussies, les framboises, les groseilles à maquereaux, les cassis, les pêches, les pommes, les poires, les kiwis et le pommes de terre et les topinambours, les tomates, les concombres, les aubergines, les poivrons etc etc mais tout ça, c'est ma petite vie et ça n'a donc aucun intérêt. Alors je parle du monde et je m'efforce de l'oublier quand je suis au jardin ou que je manie la pioche et la pelle...

Je vous souhaite un "joyeux" visionnage. Et si vous avez des enfants, ne leur montrez pas. 

 

"Quel beau temps!"

Par Le 16/06/2022

 

Enfin...Depuis le temps que je trouve totalement aberrant les bulletins météo "réjouissants" parce qu'il fait grand soleil, qu'il fait chaud pour le week end, que les baignades vont être très agréables...Sans parler des images utilisées par les médias, des enfants qui jouent dans des bassins ou des adultes qui s'aspergent aux fontaines, des visages rieurs parce que c'est drôle de s'arroser...Il n'y a rien de drôle dans le réchauffement climatique. Et il est grand temps que les médias jouent un rôle utile, qu'ils deviennent des lanceurs d'alerte vers le grand public. Je lis encore des gens qui commentent sur les articles de France info en disant qu'il y a toujours des canicules, qu'il faut arrêter de faire peur, d'être catastrophiste, de faire le jeu des vendeurs de climatiseurs...(climatiseurs qui participent au réchauffement d'ailleurs...) 

Les climatiseurs devraient être autorisés à la vente uniquement dans les lieux où c'est vital.

Ouh, le vilain écolo qui veut restreindre la liberté individuelle...

Oui, mais la liberté individuelle de faire tourner sa clim, de prendre l'avion pour aller en vacances, de manger de la viande, de prendre sa bagnole pour aller à la boulangerie qui est à un kilomètre, de manger du nutella et tous les produits gavés d'huile de palme, etc etc, c'est à ma liberté de survivre que ça porte atteinte. Quand les gens comprendront que la notion de liberté individuelle est une notion dangereuse, on commencera à avancer. D'ici là, je serai mort. 

 

Canicule : quand la fausse carte météo alarmiste d'Evelyne Dhéliat pour 2050 devient réelle... aujourd'hui

 

Evelyne Dhéliat a présenté un faux bulletin météo en 2014.

Evelyne Dhéliat a présenté un faux bulletin météo en 2014. CAPTURE ÉCRAN TWITTER

MétéoIntempériesEnvironnement

Publié le 16/06/2022 à 12:14 , mis à jour à 20:04

Météo France a annoncé un épisode de canicule, qui doit durer jusqu'au dimanche 19 juin. Ce jeudi 16 juin, le mercure pourrait atteindre 40 degrés localement. Des températures très similaires aux prédictions d'Évelyne Dhéliat il y a huit ans, qui présentait sur TF1 un faux bulletin météo mais daté... de 2050.

Il fait chaud, très chaud cette semaine. Et cette nouvelle n'a pas de quoi réjouir. Mercredi 15 juin, Météo France a placé 23 départements en vigilance orange caniculeUne canicule pour le moins précoce, qui doit nous alerter, comme le souligne Christophe Cassou, directeur de recherches au CNRS, climatologue et principal auteur du 6e rapport du Giec sur Twitter. 

La France va cramer

Ce n'est pas le seul à tirer la sonnette d'alarme. En effet, ces derniers jours, les journalistes météo ont changé de ton. C'est le cas d'Evelyne Dhéliat, précurseuse, qui présentait en 2014 sur TF1 un bulletin météo "du futur" daté de 2050 et basé sur des prévisions scientifiques liées au réchauffement climatique.

Une canicule un été sur quatre

À la fin de son bulletin météo finalement pas si faux que ça, Évelyne Dhéliat rappelle qu’en 2003, lors de la dernière canicule, une température de 44° avait déjà été enregistrée dans le Gard. A l'époque, elle prévient qu’un tel épisode pourrait désormais intervenir un été sur quatre. Et rappelle que la température de la Méditerranée, qui était de deux degrés au-dessus des normales de saison en septembre dernier, a été source de phénomènes pluvieux extrêmes qui pourraient s’intensifier si rien n’était entrepris.

Or problème, comme le souligne Marc Hay, journaliste météo pour BFMTV chez nos confrères de RMC : "Les projections qu'on montrait pour 2050, ça s'est déjà produit !"

Quand est-ce qu'on ouvre les yeux ?

Cette "fausse" carte, pas si fictive que ça finalement, a ressurgi sur les réseaux sociaux ces derniers jours, provoquant de nombreuses réactions et inquiétudes. 

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A lire aussi : Nîmes, il fera 43°C le 18 août 2050 !

De passage dans C à Vous sur France 5, la célèbre journaliste météo a réagi à ces fortes chaleurs : "Ces records de chaleur sont de plus en plus fréquents, surtout ces fortes chaleurs et ces canicules. Ce dont on s'aperçoit, c'est que ces canicules sont de plus en plus précoces, juin, et sont de plus en plus tardives aussi. On a souvent des canicules jusqu'en septembre", a-t-elle dit, ajoutant qu'on "vit quelque chose d'exceptionnel". 

Mardi soir, Marc Hay, le journaliste météo de la chaîne d’information BFMTV, a rompu avec les codes habituels pour évoquer la canicule qui s’abat sur la France. "Il faut changer notre manière de parler de ça, parce que ça n’imprime pas", justifie-t-il.

"La France va clairement cramer cette semaine", avertit-il également. 

"Le beau temps des uns c'est le mauvais temps des autres", a ainsi résumé, philosophiquement, Laurent Romejko, journaliste et présentateur de "Météo à la carte" sur France 3, à BFMTV en mai dernier.

Pour Jean Jouzel, paléoclimatologue français interrogé par BFMTV, les journalistes météo ont un rôle important à jouer dans "l’éducation des citoyens par rapport à l’urgence d’agir pour préserver la santé de notre planète". 

 

Canicule : face au réchauffement climatique, les présentateurs météo "ne savent plus comment présenter les choses"

 

Article rédigé par

Marie-Adélaïde Scigacz - Thomas Baïetto

France Télévisions

Publié le 16/06/2022 11:15Mis à jour le 16/06/2022 14:54

 Temps de lecture : 8 min.

Des ouvriers s'hydratent sur un chantier à Toulouse (Haute-Garonne) lors d'une vague de chaleur, le 15 juin 2022. (FREDERIC SCHEIBER / HANS LUCAS / AFP)

Des ouvriers s'hydratent sur un chantier à Toulouse (Haute-Garonne) lors d'une vague de chaleur, le 15 juin 2022. (FREDERIC SCHEIBER / HANS LUCAS / AFP)

La France est plongée depuis mercredi dans une vague de chaleur intense et précoce. La dernière manifestation d'un dérèglement du climat auquel les présentateurs météos sont confrontés au quotidien.

"La France va cramer". Marc Hay, journaliste météo à BFMTV, a poussé, mardi 14 juin, un coup de gueule remarqué à l'antenne à propos de la vague de chaleur qui frappe la France, sous l'effet du réchauffement climatique. "Je pense qu'il faut qu'on change notre manière de parler de ça, parce que ça n'imprime pas. (...) Tout ceci va aller en s'aggravant", a alerté le présentateur. 

>> DIRECT. Canicule : une vague de chaleur précoce s'abat sur une très large partie de la France

Sa prise de parole met en lumière un questionnement qui ronge toute une profession. Comment présenter la météo dans un climat qui change ? Que faire pour alerter sur les dangers du réchauffement climatique ? Franceinfo a posé la question à plusieurs présentateurs et présentatrices météos.

"Nous sommes à un tournant" : Christine Peña, franceinfo

"Dans le fond, il a raison. Face au réchauffement climatique, nous sommes tous concernés. L'affaire est trop grave. Dès que je peux faire un lien avec le climat, je le fais, même si on manque souvent de temps à la radio. Nous nous voyons régulièrement avec mes consœurs et confrères lors de forums météo [le prochain est organisé le 21 juin à Paris] et ce sujet revient à chaque fois : comment faire, dans nos bulletins météo, le lien avec les problématiques climatiques ?

Nous sommes tous les jours confrontés à ces événements. Ces trente dernières années, il y a eu trois fois plus de canicules qu'en cent-cinquante ans d'observations météo. On voit le réchauffement climatique, on ne cesse de le répéter – je pense à des gens comme le climatologue Jean Jouzel, qui alertent depuis des années – et rien n'est fait. Tout le monde doit s'y mettre : les pouvoirs publics, les grandes entreprises...

Quand j'ai débuté, il y a fort longtemps, on annonçait le beau temps en se réjouissant, la pluie en le regrettant. Aujourd'hui, avec la sécheresse, de plus en plus d'auditeurs m'envoient des messages pour dire : 'Réjouissez-vous qu'on ait de la pluie', même s'ils restent une minorité. Nous sommes à un tournant. 

"Nous devons changer nos façons de présenter les événements, sans être alarmistes."

Christine Peña, présentatrice météo 

à franceinfo

Des canicules comme celle que nous connaissons, nous en aurons de plus en plus et, oui, c'est dramatique. Des agriculteurs vont perdre le fruit de leur travail. Les gens qui travaillent dehors, comme ceux qui posent des pavés près de chez moi, vont souffrir. On ne peut pas se réjouir de 40 °C à Paris."

"Je n'ai pas la sensation d'un je-m'en-foutisme général" : Sébastien Léas, Radio France

"J'ai une casquette différente : je suis aussi ingénieur prévisionniste chez Météo France. Je ne viens pas du sérail journalistique. Nous suivons la ligne directrice de l'institution. Il y a des expressions que nous n'utilisons pas.

"Par exemple, nous ne parlons pas de 'beau' ou de 'mauvais temps'."

Sébastien Léas, présentateur et prévisionniste météo 

à franceinfo

Nous sommes avant le solstice d'été et on attend déjà 40 °C dans plusieurs régions. Ce sont des valeurs très peu observées, même en règle générale. À Paris, il n'y a eu que deux fois une température supérieure à 40 °C.

Mais je n'ai pas le même ressenti que Marc Hay : quand les gens voient les valeurs attendues, ils sont inquiets. Dans les médias, depuis dimanche, nous sommes sur toutes les chaînes, il y a des reportages partout. Je n'ai pas la sensation d'un je-m'en-foutisme général. Aujourd'hui, on parle davantage de réchauffement climatique et c'est très bien. Quand on en parlait il y a quinze ou vingt ans, il y avait un peu plus de scepticisme."

"On ne sait plus comment présenter les choses pour que les gens réagissent" : Géraldine de Mori, RMC

"J'ai trouvé l'intervention de Marc Hay très bien. Il y a quelques années, si vous m'aviez parlé d'une canicule en juin, je vous aurais répondu que c'était de la science-fiction. Nous voyons ces événements extrêmes qui se multiplient. Et nous avons beau essayer d'alerter, nous avons l'impression qu'on en parle un peu sur le moment, et qu'ensuite les gens s'en moquent. On ne sait plus comment présenter les choses pour qu'ils réagissent. Je reçois pas mal de messages de personnes qui disent 'oui, il va faire chaud, mais on ne va pas pleurer'. Si, il faut pleurer.

Cela fait plus de quinze ans que je fais ce travail et j'ai vu les choses changer. Nous ne parlons plus du tout de la météo comme avant. La difficulté est de le faire sans être alarmiste. Si on l'est trop, les gens vont se braquer.

"Moi, je ne trouve plus les mots. C'est dingue d'avoir des températures pareilles un 15 juin. Et ce n'est pas normal d'avoir des canicules tous les ans."

Géraldine de Mori, présentatrice météo 

à franceinfo

Il y a quinze ans, la météo, c'était superficiel, rigolo et sympa. Aujourd'hui, on a pris conscience qu'il y avait un enjeu et que le climat changeait. C'est devenu un sujet important et beaucoup plus sérieux. Ce n'est plus un truc qu'on met en fin de journal.

Je ne vais plus parler de 'beau temps' quand il y a un plein soleil, mais que ça dure depuis des jours et qu'il y a une sécheresse terrible. Quand la pluie va arriver, je ne vais plus parler de 'dégradation pluvieuse', mais d'une 'amélioration pluvieuse'. Ce n'est plus la mauvaise nouvelle, plutôt 'ouf, la pluie arrive'. Les vacanciers ne sont peut-être pas contents, mais il faut penser à la planète. Nous aimerions que les gens en prennent conscience. Il y a de moins en moins de climatosceptiques. Mais le problème est qu'on leur donne une place beaucoup plus importante que ce qu'ils représentent."

"Personne ne trouve que 40 °C, c'est agréable" : Karine Durand, CNews

"Je partage les sentiments de Marc Hay. Cela fait déjà plusieurs années que les présentateurs météo de la plupart des chaînes d'info alertent sur les effets du réchauffement climatique. Là, c'est mis en lumière par cette canicule exceptionnelle, mais ce n'est pas forcément nouveau. En revanche, quelques années en arrière, on aurait pu reprocher à Marc d'avoir été trop alarmiste ou pessimiste. Cela arrive encore que des téléspectateurs me le reprochent, y compris ces derniers jours. Mais comme c'est un discours réaliste et corroboré par d'innombrables études scientifiques, c'est mieux accepté aujourd'hui. La réalité du réchauffement climatique et de son origine humaine n'est pas quelque chose que l'on peut remettre en question.

Le problème, quand on est présentateur météo à la télévision, est qu'on a très peu de temps : une minute pour donner l'info et ajouter quelque chose de plus. Le défi est de résumer ce qui est important. Dans des situations de beau temps chaud, comme ce qu'on a connus au printemps, on ne retient pas forcément que cela aggrave une situation de sécheresse déjà extrême sur le sud-est du pays. Mais lors d'une vague de chaleur comme celle-ci, personne ne trouve que 40 °C, c'est agréable.

Je suis spécialiste des événements extrêmes et aux Etats-Unis, où j'ai étudié, on prend très au sérieux la météo. J'ai été un peu 'élevée' dans cette conception. En France, on a encore un peu cette vision de la 'météo loisir' : 'Est-ce qu'il fera beau pour mon pique-nique ou pour mon match de foot ?' Mais le rôle du présentateur météo, c'est aussi un rôle de conseil et de sécurité. On n'échappera pas à cette évolution.

"La notion de danger va apparaître de plus en plus, tout comme la question de la santé."

Karine Durand, présentatrice météo 

à franceinfo

Il y a dix ans, on subissait déjà les effets du réchauffement climatique, mais on ne savait pas nécessairement attribuer certains phénomènes. Aujourd'hui, des organismes font des modélisations, avec ou sans les gaz à effet de serre, et des études capables établir un lien avec ces événements extrêmes. 

Il y a quelques années, on pointait du doigt les présentateurs qui parlaient du réchauffement climatique. Aujourd'hui, c'est l'inverse : on pointe les discours climatosceptiques. C'est bien le signe que ça évolue."

"Il ne faut pas banaliser ces événements" : Loïc Rousval, France 3 et CNews

 

"Au vu du changement climatique observé, il faut modifier notre façon de présenter les alertes météo, être un peu moins lisses. Quand on a une vigilance orange, c'est-à-dire un danger, et plus de 40 °C prévu pour une mi-juin, c'est très précoce et intense. Et donc inquiétant pour la végétation, les agriculteurs touchés par la sécheresse, la santé des personnes... 

"En France, contrairement à d'autres pays, les gens ne tiennent pas assez compte des vigilances oranges ou rouges, et ne se protègent pas assez. Et quand il y a une catastrophe, c'est trop tard."

Loïc Rousval, présentateur météo 

à franceinfo

Ces phénomènes sont de plus en plus précoces, intenses et réguliers. Et de plus en plus de personnes banalisent cela et les vivent comme une fatalité. Le problème, c'est que c'est une vraie crise, un détraquement du climat, en France et au niveau planétaire. Comment l'aborder pour ne pas le banaliser ? Ce n'est pas toujours évident : on peut avoir l'impression d'en faire trop aux yeux du public. Sur les chaînes d'info en continu, on ne veut pas toujours faire peur, ni rajouter de la panique dans une ambiance déjà anxiogène, entre le Covid-19, la crise économique et l'Ukraine. On a envie d'apporter un peu d'évasion et de légèreté.

La solution est peut-être d'utiliser des termes moins conventionnels. D'être un peu moins sur la retenue, avec un langage un peu plus familier. Dire 'ça va chauffer' et 'ça va tomber' plutôt que 'on va avoir des températures au-dessus des normales' et 'de forts cumuls'. Hors-antenne, on mène énormément d'actions contre le changement climatique. Avec Laurent Romejko, j'ai lancé le premier jeu sur le climat, le grand quiz 'Préservons la planète'."

 

Le jardin et le reste du monde

Par Le 15/06/2022

 

Il y a :

la guerre en Ukraine et dans bien d'autres endroits du monde.

les vagues de chaleur qui se succèdent 

la sécheresse

les premiers feux de forêt

l'inflation et le "coût" de la vie (expression qui mériterait un article entier)

une nouvelle crise économique de grande ampleur à venir (déjà en cours mais pas grand-monde ne s'y intéresse).

et je pourrais énumérer tous les désastres écologiques qui s'accumulent. 

Et puis, il y a le jardin. Et le monde s'efface.

 

Réchauffement climatique en graphiques

Par Le 12/06/2022

Visualisez le réchauffement climatique dans votre ville

 

Guillaume JOLY

Le 27 janvier 2022

6 minutes pour apprendre quelque chose

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hausse des températures nantes

Le réchauffement climatique ne touche pas toutes les villes et les territoires de France de manière unilatérale. À Rennes, par exemple, la hausse est moins marquée qu'à Paris ou Strasbourg. De la même manière, l'élévation de la température à Orléans est plus forte qu'à Bordeaux. En quelques graphes, visualisez le réchauffement climatique dans 12 villes françaises.

Mesurer et visualiser le changement climatique est un processus essentiel pour prendre conscience du problème et réagir. C’est l’un des objectifs poursuivis par la startup Callendar, créée par Thibault Laconde, spécialisée dans l’évaluation des risques climatiques. Comme elle le précise sur sont site Internet : « le changement climatique est en cours et observable partout en France ».

Elle a donc développé un outil qui permet de visualiser la température moyenne annuel à l’échelle locale ; et que nous avons reproduit à l’échelle de 12 grandes villes françaises, comme vous pouvez le voir avec les résultats ci-dessous.
 

Nantes

courbe températures Nantes

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,03°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,18°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 6 ont eu lieu après 2010

Paris

courbe températures Paris

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,33°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,66°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010

Lyon

Courbe températures Lyon

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,53°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,81°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010

Lille

Courbes températures Lille

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,17°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,35°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010

Marseille

Courbe températures Marseille

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,30°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,07°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 8 ont eu lieu après 2010

Bordeaux

Courbe températures Bordeaux

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,04°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,12°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 5 ont eu lieu après 2010

Toulouse

Courbe température Toulouse

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,29°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,36°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 6 ont eu lieu après 2010

Rennes

Courbe températures Rennes

Source : Callendar

Élévation de la température : +0,97°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,05°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010

Orléans

courbe températures Orléans

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,34°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,61°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010

Strasbourg

Courbe températures Strasbourg

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,55°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,93°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010

Montpellier

Courbe températures Montpellier

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,27°C depuis 1991
Année la plus chaude : +1,97°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 8 ont eu lieu après 2010

Rouen

Courbe températures Rouen

Source : Callendar

Élévation de la température : +1,14°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,46°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010


En moyenne, ces 12 villes françaises enregistrent une hausse de température de +1,33°C depuis 1991. Mais toutes ont subies leurs années les plus chaudes dans un passé récent, c’est-à-dire après 2010. S’il est de plus en plus visible sur les courbes, le changement climatique commence aussi à se mesurer sur le terrain, via une hausse en fréquence et intensité des épisodes météorologiques extrêmes.

En France, ce sont les épisodes de fortes chaleurs et canicules (exacerbées par l’effet d’ilot de chaleur urbain), les incendies et les inondations qui se sont manifestées ces dernières années. Trois sujets sur lesquels nos territoires ont besoin de gagner en résilience. La gestion de l’eau, conséquence directe du premier risque, est également un sujet qu’il ne faut pas oublier.

Covid : à la recherche de l'origine

Par Le 09/06/2022

C'est vraiment très, très surprenant que cette information soit diffusée sur une chaîne d'état et tout autant par un de ses "dignes" représentants, le sieur Cohen.

Ce que j'en conclue, c'est qu'au regard des révélations en cours et de celles à venir, tous les représentants de la sainte parole gouvernementale commencent à avoir le cul qui gratte, comme disait ma grand-mère pour désigner ceux qui n'ont pas la conscience tranquille. 

"En thérapie" (3)

Par Le 08/06/2022

 

"En thérapie"

"En thérapie" (2)

Bien souvent, les suites de films ou de séries n'ont pas la puissance du modèle original. Disons, que pour ma part, je me méfie au regard de certaines déconvenues.

Ici, la saison 2 est, pour moi, tout aussi remarquable que la saison 1.

Tout est absolument juste, magnifique, émouvant, très émouvant même. 

Les acteurs sont remarquables, la mise en scène, le montage. Les dialogues sont ciselés, les silences eux-mêmes parlent. Les regards sont des passerelles. Les postures sont des armures ou des ouvertures. Rien n'est laissé au hasard.

Il y a bien longtemps, vraiment longtemps que je n'ai pas été touché à ce point. Dans l'intégralité, pour chaque personnage.

Alors, je sais bien que, tout comme dans la saison 1, certaines histoires qui sont racontées dans la saison 2 me touchent profondément parce qu'elles me renvoient à ma propre histoire. Et que, encore une fois, je prends conscience de l'immense intérêt que j'aurais eu à suivre une thérapie au sortir de certains événements. La question est d'ailleurs de savoir si une thérapie n'est à envisager qu'au sortir de drames ou même vingt, trente ou quarante ans après. Je n'ai pas besoin de me poser la question plus de deux secondes. J'ai la réponse. Les drames, vingt, trente ou quarante ans après sont toujours là. Ils ont juste changé de forme. D'une matière malléable, ils sont devenus fossiles. Ils ne courent plus dans les veines des pensées mais parfois les pensées viennent buter contre eux. 

Un plan parfaitement réussi

Par Le 06/06/2022

 

 

C'est en 1956 que le philosophe juif Allemand Günther Anders écrivit cette réflexion prémonitoire.

 

« L’Obsolescence de l’homme »

 

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.


L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.

Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.


Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.


L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau.

Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »
Günther Anders, « L’Obsolescence de l’homme », 1956

Jean-Marc Jancovici

Par Le 05/06/2022

 

Voilà à quoi je passe mon temps libre. J'écoute et je lis tout ce qui vient de Jean-Marc Jancovici. 

Hier, dans le département de la Creuse, comme dans beaucoup d'autres endroits, les orages ont été très puissants et dévastateurss. J'ai lu que plusieurs maires demandent à ce que leur commune soit déclarée en "catastrophe naturelle".

Elle commence à m'irriter sérieusement cette demande...Voilà plus de trente ans que des scientifiques annoncent des événements majeurs liés à l'activité humaine et au déréglement climatique que ça induit. Trente ans que ces scientifiques sont ignorés, voire moqués. Trente ans que les responsables politiques et financiers continuent à vivre avec pour seul objectif le maintien de leurs privilèges. Trente ans également qu'une très grande partie de la population n'a pour seule ambition que de participer à la croissance et donc à péréniser un système politique et financier totalement suicidaire. Alors, l'usage de "catastrophe naturelle" me hérisse parce qu'à mon sens, il s'agit d'abord de catastrophe humaine, celle de l'ignorance et du bonheur béat qu'elle procure.

Je sens poindre de plus en plus également en moi une profonde colère envers tous ces gens qui refusent catégoriquement de changer de mode de vie et qui considèrent que ça n'est pas à eux de faire quoi que ce soit mais aux gouvernants. Quand devant moi, dans une file à une caisse de supermarché, je vois des consommateurs étaler sur le tapis roulant des monceaux de viande, des bouteilles de coca cola, des kilos de marchandises emballées dans des kilomètres de film plastique, quand j'entends certains se réjouir de leur prochain voyage en avion pour des vacances exotiques, se réjouir de leur dernier écran plat, smartphone, véhicule etc etc etc etc etc, j'ai parfois envie de leur demander à quelle heure ils ont l'intention de mourir. Qu'on en soit débarrassé. 

 

 

 

Jean-Marc Jancovici

 

 

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Une interview dans Ouest France en mai 2022

Interview parue dans Ouest France le 21 mai 2022.

Comme d’habitude, le chapô précédent l’interview, que je reproduis ci-dessous, est de la rédaction du journal et non soumis à relecture, tout comme le titre. Le texte de l’interview ci-dessous est la version relue et amendée par mes soins qui a été envoyée au journal. Entretien réalisé par Patrice Moyon.

Au Pakistan, les températures viennent de dépasser 50 °C et même 51 °C à Jacobabad. En Inde, à New Delhi, la capitale, on annonce 46 °C. L’urgence climatique est là. Pour Jean-Marc Jancovici, le passage à une économie décarbonée nous oblige à repenser nos modes de vie. Cette transformation en profondeur nécessite une planification écologique qui s’apparente à une économie de guerre, estime cet ingénieur polytechnicien, créateur du bilan carbone au sein de l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). « Avant, les ennuis étaient pour plus tard. Maintenant, ils sont pour tout de suite. C’est donc le calendrier qui va peut-être nous pousser en fin à agir », explique-t-il dans l’avant-propos de l’ouvrage collectif Climat, crises, le plan de transformation de l’économie française, réalisé par le groupe de réflexion The Shift Project et publié aux éditions Odile Jacob. Le changement, c’est maintenant car du retard a été pris. Pour être au rendez-vous des objectifs fixés par l’Accord de Paris et l’Union européenne, la France doit doubler l’effort entamé ces dernières années et passer d’une baisse annuelle de 2 % des émissions de gaz à effet de serre à 4 %. Entretien.

Le climat est devenu le sujet majeur pour toute une génération. Vous comprenez cette angoisse?

Dans une étude publiée par The Lancet, 40% de la jeune génération, tous pays confondus se dit préoccupée par la question du changement climatique. Ce phénomène entraîne de multiples conséquences. De nombreux jeunes affirment qu’ils n’auront pas d’enfants. Il y a quelque chose de très triste dans cette histoire et qui fait porter une responsabilité sur les épaules de ma génération.

Est-ce que Greta Thunberg n’a pas aussi une responsabilité en dessinant les traits d’un monde apocalyptique?

Ce qui porte Greta Thunberg, ce n’est pas de l’apocalypse mais de l’angoisse. Sa caractéristique (autiste asperger) lui confère probablement une perception plus vive de la réalité. C’est une adolescente avec une intelligence d’adulte qui crie son angoisse. Les gens qui pensent qu’elle est manipulée se trompent. Elle a parfaitement compris la partie analytique de ce dossier.

Avec Jean-Luc Mélenchon d’abord puis avec Emmanuel Macron, le concept de planification écologique a fait irruption sur la scène politique. Qu’est-ce qui doit changer?

C’est l’exploitation des énergies fossiles (pétrolegaz et charbon) qui a permis le développement que nous connaissons depuis deux siècles. Un monde qui se décarbone volontairement ou involontairement est un monde en contraction physique. Le pétrole a permis de faire plus vite, plus loin, moins cher. La contraction de l’énergie nous obligera à faire moins vite, moins loin, plus cher. Quand on regarde ce que coûte non pas en euros mais en heures de temps de travail un objet, son coût a été divisé entre 50 et 100 au cours du dernier siècle. Et ceci est dû à l’effet de l’énergie abondante.

Justement cette énergie abondante, nous allons la retrouver grâce aux énergies renouvelables.

Je n’y crois pas.

Pourquoi ?

Un monde 100% renouvelable, c’est ce que nous avons connu il y a deux siècles.

Oui mais c’était avant toutes les avancées technologiques consacrées aux énergies renouvelables.

Et comment fait-on des panneaux solaires ? Avec du pétrole (engins de mine, chimie amont, transport depuis la Chine), du gaz (industrie) et du charbon (métallurgie, électricité, industrie). Le jour où vous n’avez plus de combustibles fossiles, comment faites vous ?

On aura donc encore besoin du pétrole ?

Ceux qui font les scénarios actuels sur le passage à une économie décarbonée ne se posent pas la question de savoir si les conditions de production – et donc les couts – seront les mêmes dans un monde dépourvu de combustibles fossiles. Il a fallu les énergies fossiles pour offrir les grandes commodités sur lesquelles sont basées les sociétés industrielles. On produit aujourd’hui 2 milliards de tonnes d’acier par an et 4 milliards de tonnes de ciment. Les fibres synthétiques des vêtements que vous portez sont faits avec du pétrole et du gaz. Toute notre société d’abondance vient des énergies fossiles. Et aujourd’hui, personne n’a la moindre idée de la façon de garantir la moitié de cette abondance avec des énergies 100% renouvelables.

Qu’est-ce qui va changer ?

Je ne crois pas un seul instant que nous pourrons conserver ce qu’on continue d’appeler notre niveau de vie dans un monde 100% renouvelable. C’est la raison pour laquelle je suis un grand défenseur du nucléaire. C’est la seule énergie pilotable, compacte et décarbonée dont nous disposons. Les énergies renouvelables sont certes décarbonées mais souvent diffuses et pas toujours pilotables. Le peu de civilisation industrielle qu’on arrivera à préserver dépendra de notre recours ou pas au nucléaire.

Pourquoi est-ce si difficile d’appréhender la profondeur des transformations qui nous attendent?

Nous sommes câblés pour réagir à l’immédiat. C’est ce qui nous a permis de survivre avec une violente poussée d’adrénaline quand un tigre à dents de sabre se présentait devant nous. Prioriser le long terme suppose de donner la priorité à des événements qui se passeront plus tard. Et c’est encore plus compliqué quand le but de l’action aujourd’hui est d’éviter plus tard un événement que nous avons du mal à définir précisément. Il faut accepter qu’éviter le chaos c’est gagner en liberté à l’avenir. Ainsi nous pourrons accepter la planification écologique, qui signifie en pratique se contraindre aujourd’hui au profit d’un surplus de liberté pour plus tard.

C’est faire face à de nouvelles contraintes ?

Oui bien sur. Le défi est d’arriver à rendre cela désirable et au minimum acceptable. La science éclaire notre choix mais ce dernier est fondamentalement de nature politique. Il faut décider collectivement sur à quoi nous sommes prêts à renoncer pour préserver la démocratie et la paix, qu’on n’internalise jamais dans les coûts.

Avec le Shift Project vous voulez montrer qu’on peut y arriver ?

Nous voulons proposer un chemin, ou plus exactement un plan, pour aider les décideurs. Depuis l’origine, nous discutons avec les entreprises parce qu’elles vont devoir faire. Désormais, nous dialoguons aussi avec les organisations syndicales. Il y a un terme que j’utilise parfois, c’est celui d’économie de guerre. Je pense que ce n’est pas surfait. Si on veut sortir des griffes qui commencent à se serrer autour de notre cou, il faut rentrer peu ou prou dans une économie de guerre et aller beaucoup plus vite. Il faut avoir des idées très claires d’entrée de jeu car on n’aura pas trois essais.

Qu’est-ce qui est le plus urgent ?

La coordination des politiques publiques est essentielle. Il faut surtout savoir traiter les futurs perdants très en amont. Un bon cas d’école, c’est ce qu’il s’est passé entre 1942 et 1945 dans la reconversion de l’économie américaine. En quelques années, ils ont réorienté un tiers du PIB. Ceci devrait être le rôle de l’Union européenne. Mais ses deux jambes ne sont pas coordonnées. Elle a d’une part des compétences réglementaires qui lui permettent de planifier et d’autre part un affichage très net en faveur d’une libéralisation des marchés qui est parfaitement antagoniste. Ces contradictions s’expriment par exemple sur le marché de l’électricité tel qu’il est organisé aujourd’hui.

Comment faire mieux ?

C’est la mise en commun de ressources essentielles (charbon, acier) qui est à l’origine de l’Europe. Aujourd’hui le pétrole et le gaz devraient être gérés de façon collective tout comme ses filières de production d’énergie dont le nucléaire. Un article du traité de Lisbonne fixe un objectif de croissance à l’Europe. Ce n’est plus d’actualité. Nous sommes dans un monde fini.

A quoi peut ressembler un monde en décroissance sur le plan économique ?

Le discours public a tellement associé croissance et emploi que je n’aime pas parler de décroissance, car tout le monde pense immédiatement « chômage ». Je préfère parler d’un monde en contraction ou plus sobre. Il n’y aura pas de solution passe-partout pour vivre différemment, car tous les usages ne vont pas se modifier à la même vitesse. Mais nous allons devoir investir massivement et de façon planifiée dans les compétences.

Comment faire, concrètement ?

Ce que nous décrivons dans notre livre : placer la physique avant l’économie, et les gens et leurs emplois avant les contraintes budgétaires. D’ailleurs, dans notre Plan de transformation économique de la France, à aucun moment on ne parle d’argent, sauf un peu du monde financier à la fin. C’est délibéré : nous sommes partis de ce qui se mesure en mètres carrés, comme le logement, en tonnes, comme le ciment, en kilowattheures, comme l’énergie… Et le temps, qui est une grandeur physique, est aussi nécessaire pour discuter de quelque chose d’essentiel : les compétences. Un travail massif d’anticipation des besoins dans ce domaine nous attend.

Qu’est-ce que ça change dans l’automobile par exemple ?

Il y a aujourd’hui 40 millions de voitures dans le pays. Ce n’est pas compatible avec un monde décarboné. Il doit y en avoir beaucoup moins. Pourtant, on ne va pas empêcher les gens de se déplacer. Nous sommes des animaux et les animaux se déplacent. Il faut donc basculer toute cette mobilité vers des modes plus doux, avec des portées moins grandes, et donc délaisser progressivement la voiture et l’avion, qui sont les plus néfastes pour l’environnement, au profit de tout le reste : marche, vélo, vélo électrique, bus, train et la combinaison de tout ça. Les voitures qui restent sont petites et électriques. Cela entraîne 300 000 emplois en moins dans la construction automobile, mais des gens en plus pour conduire des bus et des trains, pour fabriquer des vélos, les vendre, les entretenir…

Et au final ?

Pour les transports, comme pour les trois autres secteurs, dont l’agriculture et l’agroalimentaire, pour lesquels nous avons fait ce travail, le solde d’emplois peut être globalement positif. Nous n’avons pas pris la question des salaires comme le premier point d’entrée, car dans cette histoire-là, l’argent vient en deuxième niveau, une fois qu’on est collectivement d’accord sur la façon de rebâtir « physiquement » la société. Pour l’agriculture, la bonne réorganisation « physique » implique de déspécialiser partiellement les zones pour diminuer la dépendance aval au pétrole parce qu’ensuite tout circule loin : en France, un camion sur trois transporte quelque chose qui se mange ! Il faut aussi transformer plus dans les exploitations, ce qui crée des emplois dans le secteur, qui doivent être désirables pour attirer les bras nécessaires. Quand on réorganise, il faut toujours arriver à faire comprendre aux gens quelle serait leur place dans ce nouveau monde.

Et dans l’urbanisme ?

Il y a une voie que nous n’avons pas eu le temps d’explorer pour ce livre, mais qui va s’imposer : il faudra dégonfler les grandes villes au profit des villages et des villes moyennes. Avant l’énergie abondante, les ressources rares étaient la terre, la forêt et la pierre. Aujourd’hui, nous l’avons oublié. Le monde réel n’est ni virtuel, ni financier. Il est toujours physique. Et ce qui a vraiment de la valeur, c’est la ressource physique. En France il n’y a plus de mines, donc ce qui nous reste, ce sont les cours d’eau, la terre et la forêt. Et ça ne se trouve pas en ville. Nous devrons aussi repenser le logement. On est passé en 40 ans de 20 à 40 m2 habitables par personne. Il va falloir innover dans un monde qui se contracte : on peut imaginer des appartements avec des cloisons amovibles !
Notre livre, finalement, dit quelque chose d’un peu effrayant : c’est que vous ne pouvez pas vous improviser grand architecte de tout ça – contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire – sans avoir énormément bossé avant. Ce n’est pas possible.

Rendre cet avenir désirable ?

Ce dont nous nous sommes rendu compte dans les débats que nous avons eus avec la société civile, c’est que le plus difficile pour les gens, quand on leur parle d’une société différente, est d’imaginer quelle sera leur place. Et en particulier, leur place en tant qu’acteurs, davantage qu’en tant que consommateurs : je fais quel job ? J’habite où ? Mon environnement ressemble à quoi ? C’est la préoccupation majeure. Il ne suffit pas de dire aux gens d’arrêter d’acheter des voitures. Il faut expliquer ce qui se passera pour ceux qui fabriquent des voitures. C’est pour ça qu’on a un chapitre « emploi » extrêmement nourri dans le Plan de transformation, et c’est pour ça aussi que dès le début de ce travail, nous sommes allés voir les syndicats, des entreprises… On a cherché avec eux comment surmonter les obstacles. Sachant que, même sans climat, la décarbonation de l’économie va nous être imposée par la géologie, parce que les hydrocarbures sont épuisables, et que si on ne prend pas la peine de s’y préparer, on la subira. Avec des crises comme celle liée à l’Ukraine, actuellement.

Pourquoi ?

Parce qu’à défaut de transition organisée, l’évolution se fait par à-coups, en « marches d’escalier ». À partir du moment où on sait qu’il va y avoir une décrue des approvisionnements fossiles, la seule question est de savoir quel sera le déclencheur de la prochaine crise.

Mais, pour l’Ukraine, le déclencheur n’est-il pas politique ?

En apparence il l’est toujours. De toute façon, il y aura des déclencheurs. Avant celui-là, il y a eu la crise des subprimes. Le pic de production du pétrole conventionnel est passé entre 2006 et 2008, entraînant un ralentissement de la croissance américaine et transformant la dette des ménages en déclencheur. Le prochain révélateur sera peut-être le coût de l’énergie trop élevé pour les économies italienne et espagnole, cumulé à une remontée des taux d’intérêt, qui rendront ces pays incapables de rembourser leur dette et les mettront en défaut de paiement.

Des déclencheurs, on va en voir arriver de partout et, comme les tremblements de terre, il sera extrêmement difficile de prévoir où, quand, et avec quelle intensité. Mais ce qui est sûr, c’est que si on ne gère pas le problème, celui-ci va se gérer tout seul par des marches d’escalier plus difficiles à vivre que si on anticipe.

À ce propos, ne seriez-vous pas intéressé par la politique ?

Je fais déjà de la politique : le Shift Project est un objet politique. Pour moi, faire de la politique, c’est juste intervenir dans le débat public. En prenant position comme nous le faisons, en proposant ce plan de transformation et en répondant à vos questions, je fais de la politique.

Donc pas de poste ministériel en vue ?

Serais-je intéressé par un poste ministériel dans le gouvernement d’un président qui, pour le moment, se paie de mots et n’en fait pas beaucoup plus ? Non, ça n’a aucun intérêt. C’est juste un job à devenir malheureux. Sans compter qu’être ministre c’est aussi être patron d’une administration : ce n’est pas mon métier. J’ai choisi une voie : je suis président d’une association, et cette voie donne des résultats. Pas assez vite peut-être, mais je préfère rester sur ce que je sais faire le mieux. Le Shift Project n’est pas au bout de son histoire et nous avons encore beaucoup à apporter. Notre priorité aujourd’hui, c’est de fédérer les gens qui ont envie de réfléchir – ce que les politiques n’ont pas le temps de faire parce qu’ils sont dans la lessiveuse – pour proposer des constructions à la société civile. Et quand la société civile dira « cette construction nous semble intéressante, voire appétissante », il sera temps d’aller dire aux politiques que s’ils ne font pas ça, ils vont perdre leurs électeurs.

En plus, pensez-vous qu’un seul ministre, de l’environnement ou autre, puisse tenir les rênes du changement ? Il faut une action totalement transversale. Certes, Emmanuel Macron a annoncé qu’il confiera le pilotage de la transition écologique au futur Premier ministre. Mais avec qui a-t-il travaillé ces dernières années ? Avec Jean Castex, qui ne semblait pas très concerné par les limites planétaires… Avec un secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, son principal collaborateur direct, qui était très très loin de ce sujet. M. Macron n’a donné aucun gage, jusqu’à maintenant, de sa capacité à mettre la question écologique au cœur de son projet. Il est évident que l’écologie, pour lui, a été jusqu’à maintenant un sujet de communication avant tout.

Enfin, je n’ai aucune proximité particulière avec le personnel politique : je n’ai rencontré que deux fois le président de la République : le jour de l’installation du Haut conseil pour le climat, et le 5 mai dernier. Castex, je ne l’ai jamais vu. Barbara Pompili, je ne l’ai jamais vue quand elle était ministre…

Cette fois le Président de la République semble persuadé de la nécessité de changer de modèle. Vous y croyez ?

Avec Christophe Blain (qui le connaît), nous avons envoyé notre BD [Un monde sans fin, N.D.L.R.] dédicacée au président. Nous avons reçu une réponse polie du service du courrier de l’Élysée. Je vous retourne donc la question !

La transformation passe-t-elle aussi par les entreprises ?

Bien sûr. Comme le dit Brice Lalonde, les entités qui consomment la nature sont les entreprises. Elles sont donc concernées et il faut les impliquer dans le mouvement. D’autant qu’il va y avoir des perdantes, par exemple celles qui fabriquent des voitures à pétrole, et des gagnantes, par exemple celles qui proposent des vélos.

Ce qui est intéressant, c’est que le monde économique est, de loin, celui qui est le plus demandeur de mes interventions et de mes conférences. C’est un signe. Un autre signal est le comportement des jeunes face à l’emploi. Ils sont de plus en plus nombreux à essayer de se choisir une voie compatible avec la décarbonation de l’économie. Il y a une appétence générationnelle pour l’action.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'eau

Par Le 28/05/2022

Je ne poste plus beaucoup ici. Ni ailleurs.

Non pas que je n'aurais rien à dire mais juste parce qu'il n'y a rien de réjouissant dans ce qui tourne dans ma tête.

Alors je le garde pour moi.

Je continue à travailler sur l'installation de citernes de 1000 litres pour la récupération d'eau de pluie. Quatre sont en place, cinq autres à venir.

L'eau.

Faudra-t-il donc que plus rien ne coule des robinets pour que le problème soit pris en considération ? 

Non pas juste dans les périodes électorales mais comme le problème numéro 1, permanent, constant et de façon universelle. 

Parce que si ce problème-là n'est pas résolu tout le reste n'aura plus aucune importance.

 

Emma Haziza

Hydrologue, Emma Haziza débute une thèse en Sciences du risque et gestion des crises à l’Ecole doctorale des Mines de Paris en 2003. Elle oriente alors ses recherches scientifiques vers l’optimisation de la gestion du risque inondation en France et développe une lecture pluridisciplinaire.

De l’hydro-météorologie des phénomènes diluviens jusqu’à l’organisation humaine dans la conduite de gestion de crise, Emma développe des stratégies préventives et analyse les leviers d’optimisation possible pour mieux faire face.

Ses travaux la conduisent à se retrouver à l’interface entre différents groupes d’acteurs qui concourent à la gestion du risque inondation en France (chercheurs, opérationnels, décisionnaires et acteurs du territoire en charge de mettre en œuvre le plan d’action).

Elle prend alors conscience de la nécessité d’intégrer les savoirs de la recherche à des actions concrètes sur le territoire visant à réduire la vulnérabilité des zones exposées et accroître la résilience des populations.

Dès 2003, elle enseigne sur les risques naturels et plus particulièrement sur la vulnérabilité au risque inondation dans de nombreuses écoles d’ingénieurs et universités (Université Montpellier 2, Université de Nîmes, ENPTE, ENGREF, Ecole des Mines, Ecole Polytechnique, etc.). Elle réalise également de nombreuses conférences internationales sur la thématique.

En 2005, elle assure le suivi opérationnel en cellule de crise préfectorale auprès du préfet de l’Hérault et mesure alors l’importance des décisions stratégiques prises en phase de crise, concourant à la sauvegarde des populations. Elle rentre alors au sein du collège d’Expert de la Sécurité Civile de l’Hérault et appuiera par sa lecture pluridisciplinaire le pilotage de nombreuses crises durant 10 ans.

Diplômée de son Doctorat de l’Ecole des Mines de Paris en 2007, elle débute une collaboration avec de grands groupes français et internationaux en tant que consultante. Elle crée pour eux des méthodologies de réduction de la vulnérabilité ou des outils de gestions de crises novateurs, au regard des grands enjeux que présente le risque inondation en France.

En 2008, elle fait partie des 5 grands conférenciers au XIIIème Congrès Mondial de l’Eau et débute une série de conférences en France et en Europe.

Passionnée par la pédagogie, elle est consciente de la nécessité de mettre en place des actions fortes de sensibilisation des enfants dans les écoles. Elle réunit ainsi un ensemble de professeurs et de chercheurs et décide de fonder une association pour réaliser des animations pédagogiques en milieu scolaire.

En 2010, elle décide alors de mettre en œuvre son projet d’entrepreneuriat et crée Mayane, un centre de recherche sur la gestion du risque inondation. Au fur et à mesure des années, il s’enrichit de différents départements et obtient l’agrément en tant que Centre de recherche par le Ministère de la recherche.

Entre 2015 et 2017, Emma Haziza crée 4 départements supplémentaires de recherche et ouvre 5 nouveaux centres en France.

En 2016, elle est sollicitée à l’Assemblée Nationale dans le cadre d’une table ronde devant la commission du développement durable sur le thème : « Comprendre les inondations de juin 2016 en Île-de-France » au côté du directeur général de la prévention des risques et du Président de Météo France.

2018 est le signe d’un développement à l’international avec deux ouvertures en Asie et au Canada. Le groupe Mayane oriente ses problématiques de recherche sur la résilience des territoires, en intégrant les conséquences du réchauffement climatique et ses répercussions probables.

 

Champ agriculture – Image d’illustration – Unsplash

Sécheresse : "on est dans une anormalité qui devient la norme", alarme l'hydrologue Emma Haziza à Lyon Capitale

 

24 MAI 2022 A 17:59

PAR GRÉGOIRE GINDRE

2 Commentaires

Comme une quinzaine de départements en France, le Rhône est en vigilance sécheresse depuis fin avril. Une conséquence d'une faible tombée des pluies à Lyon ces dernières semaines. Cette anomalie va-t-elle devenir normale dans ces prochaines années ? On a posé la question à Emma Haziza, hydrologue et fondatrice de Mayane, un centre de recherches dédié à l’adaptation climatique.

 

Emma Haziza est fondatrice de Mayane, un centre de recherches appliqué dédié à l'adaptation climatique. Hydrologue de renom, elle fait partie des cinq grands conférenciers au XIIIème Congrès Mondial de l’Eau en 2008. Celle qui a fait l'École des Mines a déjà été sollicitée à l'Assemblée nationale dans le cadre de tables rondes et possède désormais la double casquette de spécialistes : l’hydro-météorologie des phénomènes diluviens et l’organisation humaine dans la conduite de gestion de crise. Finalement, Emma Haziza "développe des stratégies préventives et analyse les leviers d’optimisation possible pour mieux faire face", indique le site Mayane. 

LYON CAPITALE. Tout l'enjeu de la période de pic de chaleur actuelle, c'est sa précocité, mais également sa durabilité. Plus de 30 degrés pendant autant de jours lors d'un mois de mai, est-ce que c'est normal ? 

EMMA HAZIZA. On est dans la normalité à partir du moment où l'on dépasse des records de températures historiques pendant 38 jours consécutifs d'anomalies. On l'a retrouvé en 2020 donc on a déjà vécu cela mais ça reste une année anormale. C'était d'ailleurs l'année la plus chaude jamais recensée en France. On est dans une anormalité qui devient la norme.

Ce qui doit donc nous inquiéter, c'est que d'habitude quand on plongeait dans des états de sécheresse historique - en 2017, 2018, 2019 et 2020 - nous sortions de l'hiver plutôt avec des surcharges de recharges de nappes. C'est-à-dire que l'on est plutôt dans un climat tempéré : en France, il pleut plus de 500 milliards de m3 d'eau par an. On avait quand même des capacités pour recharger nos nappes phréatiques. Maintenant, ce qu'il se passe, c'est qu'on a eu des périodes anticycloniques - donc de très beau temps - qui ont empêché l'arrivée de pluie dans la période où des nappes se rechargent pour pouvoir tenir l'été.

Si vous rajoutez à cela, un printemps assez chaud, et potentiellement, d'après les prévisions saisonnières de Météo France, un été qui va être plus chaud et plus sec, on concourt forcément directement vers encore une nouvelle sécheresse historique. Sauf que chaque année, à chaque que vous allez avoir une sécheresse historique, vous allez accroître la vulnérabilité de tout le milieu, de tout le système qui souffre. On a une biodiversité qui est complètement à l'agonie avec tout le milieu autour de la rivière, mais pas que. C'est vrai que l'on est surtout concentré sur nos usages, "est-ce que l'on aura de l'eau dans nos robinets ?". Mais en réalité, ce sont tous les usages de l'eau qui sont atteints et d'année en année, c'est un territoire qui devient plus fragile.

La situation est de plus en plus fragile, de plus en plus alarmante, comme vous l'avez expliqué. La question est la suivante : quelle(s) solution(s) possède l'homme aujourd'hui ? 

EH : D'abord, les solutions, c'est de permettre à l'eau de retourner dans les terres, dans les nappes. Aujourd'hui, c'est fait de manière artificielle. On permet de réalimenter les nappes phréatiques de manière artificielle, à partir de l'eau des fleuves parce que justement on a des déficits importants et que l'on a des risques pour notre robinet. C'est plutôt bien fait en France, contrairement, par exemple, aux États-Unis, où en Californie on injecte dans les nappes phréatiques les eaux usées sans les traiter. Nous, en France, on a quand même des filtres. On prend l'eau des fleuves, on la filtre et on essaye de faire en sorte que cette eau pénètre.

C'est une question de la manière dont on a couvert l'intégralité de la France. On l'a couvert de ville, d'artificialisation, mais aussi de champs directement exposés au soleil. Ce sont des champs qui ne savent plus conserver l'eau parce que les méthodes utilisées pendant plusieurs décennies étaient plutôt des méthodes productivistes et absolument pas des méthodes de conservation de la ressource en eau. On se retrouve maintenant confronté au fait que l'on a oublié que l'on avait besoin d'eau dans nos sols, dans nos terres, dans nos nappes. On arrive devant un mur. La solution est donc de refondre complètement le modèle agricole français et la manière dont on a construit nos villes.

La chaleur précoce de ce mois de mai laisse-t-elle envisager un été particulièrement chaud ? Sera-t-on, tout simplement, dans le rouge lors de la prochaine période estivale ? 

©Mayane - Emma Haziza, hydrologue

EH : Ce n'est pas parce que l'on a une vague de chaleur au printemps que l'on va avoir une canicule en été. Par contre, on sait que l'on est sur des masses d'air toujours plus chaudes, des anomalies thermiques d'air très chaud. Elles se confrontent d'ailleurs à des airs beaucoup plus froids qui sont positionnés ces dernières semaines plutôt sur les Balkans et la Russie. On a ces confrontations de masses d'air qui sont, dans le gradient de température, toujours plus élevées. En d'autres termes, les masses d'air chaudes sont toujours plus chaudes et les masses d'air froides sont toujours plus froides. Cet air-là essaye de se placer là où il peut et comme il peut.

En fait, même s'il n'y a pas de corrélation directe, on est dans une logique d'anormalité où tout devient normal. Les chaleurs historiques que l'on a eu en Inde ont trente fois plus de chance de se produire dans un contexte en lien avec le changement climatique. On voit très bien que ces anormalités que l'on vit depuis maintenant cinq ans en France font partie du fait que l'on vit le changement climatique. Est-ce que cet été sera dans le rouge ? Il y a de très fortes probabilités. Il pourrait avoir, comme on l'a eu la semaine dernière, l'arrivée d'une nouvelle goutte froide qui nous amène de pluie, des orages violents ou même des tempêtes comme on a eu en Allemagne avec un mort et soixante blessés.

Cet air chaud déstabilise les masses d'air, génère plus facilement la provocation de gouttes froides. Et l'arrivée de ces gouttes froides est toujours derrière le signe d'une catastrophe potentielle. Du coup, à moins que l'on ait plusieurs gouttes froides comme on a déjà eu en juin 2016, particulièrement pluvieux sur le bassin parisien avec la crue de la Seine, ça sera, certes plus sec, mais trop mouillé donc pour les cultures. Ainsi cela sera moins bon et générera des inondations. Et dans les zones qui n'auront pas été touchées : la sécheresse continuera à perdurer.

On est en train de perdre notre équilibre. Perdre le fait d'avoir des pluies, du soleil par alternance, des saisons très marquées. On a des hivers qui ne ressemblent plus à des hivers, des printemps qui ressemblent plus à des débuts d'été. On a des sécheresses des sols depuis 2 et 3 mois qui ressemblent beaucoup plus à ce que l'on a plutôt fin juin, puis fin juillet, puis fin août. Je crois que l'on est dans un basculement, un nouveau monde avec des nouvelles donnes avec lesquelles il va falloir faire avec. Il va falloir agir très vite. Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais la seule chose dont on est sûr, c'est qu'à l'échelle territoriale, on peut mener énormément d'actions pour réussir à conserver nos eaux. À la protéger, à la respecter parce que cette eau on en a besoin et ça n'est pas qu'un bien à monnayer, à utiliser, à partager entre les utilisateurs de l'eau. Il ne faut jamais oublier que le milieu naturel en a besoin avant tout, et que nous faisons aussi partie de ce milieu-là.

Lire aussi : "On n'a pas de solution", le secteur de l'agriculture inquiet de la sécheresse et du manque d'eau

 

 

 

"C'est pas grave, l'Inde et le Pakistan, c'est loin"

Par Le 18/05/2022

C'est loin de notre belle France, avec nos rivières, nos fleuves, nos nappes phréatiques, notre climat tempéré, notre réseau d'eau potable qui remplit nos chasse d'eaux.

Mais oui, bien sûr. Tout va bien. 

 

Cédric Rouleau

 

 

"Un dôme de chaleur va avoir lieu cette semaine dans le sud de la France, et plus globalement dans le sud de l'Europe.

Nous devrions atteindre 37°C, un record historiquement pour un mois de mai en France. Cela vient s'ajouter à une sécheresse dramatique qui a lieu depuis des mois dans notre pays, avec des agriculteurs et agricultrices à bout de nerfs.

Je me suis fait une frayeur ce midi, j'ai regardé les infos et les chaînes d'info en continu... Devinez quels étaient les sujets ?

- Est-ce que l'Eurovision va faire du bien aux Ukrainiens ?

- La hausse du carburant rend les billets d'avion plus cher, c'est terrible

- Est-ce qu'MBappé part au Réal ?

- Le Festival de Cannes (avec ses stars qui ont une empreinte carbone 100x supérieure à ce qu'il faut qui vont vous expliquer comment respecter la planète).

Je viens également de voir passer 3 pub différentes qui disent "qu'il faut profiter de ce super temps pour voyager en avion, avec un superbe voyage en avion pour Séville à 9€.

Répétons-le à nouveau : les médias ne sont pas au niveau sur les enjeux écologiques. Ils continuent de la jouer #dontlookup alors que nous battons des records de chaleur partout dans le monde et que les catastrophes climatiques s'accumulent.

le GIEC l'a rappelé dans son dernier rapport : les médias mainstream ont un rôle à jouer. Et ils ne l'assurent pas.

Si vous voulez que cela change, soutenez les médias indépendants qui travaillent à alerter sur le sujet tous les jours et oubliez les médias traditionnaux."

 

Canicules mortelles en Inde et au Pakistan : ce n’est que le début

 

Bon Pote

mai 15, 2022

Mis à jour le 16 mai 2022

5 commentaires

Canicule Inde et Pakistan

Depuis plus d’un mois maintenant, l’Inde et le Pakistan subissent des vagues de chaleur à répétition. L’Inde a enregistré la pire canicule au mois de mars depuis 122 ans, le Pakistan a atteint 51°C le 14 mai, soit la température la plus élevée enregistrée pour l’année 2022.

Alors que plus d’un milliard de personnes sont concernées, cela n’a pas l’air de choquer grand monde en Occident, où la majorité des médias continuent d’adopter une posture Don’t Look up. Comme si le changement climatique ne concernait que ces pays lointains et qu’il n’avait aucune conséquence en France. Pis, lorsque ces canicules sont évoquées, c’est bien souvent avec des images de personnes s’amusant à la mer ou d’enfants courant dans des fontaines, tout sourire. Malheureusement, la réalité est tout autre et les conséquences sont d’ores et déjà catastrophiques.

Canicules en Inde et au Pakistan : que se passe-t-il ?

Qu’il fasse chaud en Inde n’a rien d’extraordinaire. Qu’il fasse très chaud et sur plusieurs semaines est une tout autre histoire. Les très fortes chaleurs ont commencé dès le 11 mars dans la partie nord de l’Inde, en raison de conditions anticycloniques sur les parties occidentales du Rajasthan et en raison de l’absence de pluie. Ce fut non seulement le mois de mars le plus chaud depuis 122 ans (selon l’IMD, le département météorologique indien), mais il fait très chaud depuis maintenant plus d’un mois, quasiment sans aucun répit.

La vague de chaleur s’est prolongée en avril et a même été plus intense en ce début de mois de mai, avec des écarts de 4.5 à 8.5°C au-dessus de la normale. Rappelons que la définition d’une canicule change selon les pays, et les régions. L’IMD considère qu’une zone connaît une vague de chaleur si les températures maximales dépassent 40°C dans les régions de plaine, ou au moins 30°C dans les régions de montagne, pendant au moins deux jours consécutifs.

Pour mieux comprendre l’intensité de cette vague de chaleur, voici les températures moyennes par mois en Inde depuis 1986 :

Température moyenne haute et basse en Inde depuis 1986

Température moyenne haute et basse en Inde depuis 1986
Source : 
WeatherSpark.com

Est-ce significatif ? Sans aucun doute possible. Si cela avait été en Antarctique, 5 ou 7°C de plus est plutôt banal. Mais en Inde, de telles valeurs représentent le premier centile de la distribution. Ces vagues de chaleur sont donc exceptionnelles pour deux raisons : leur intensité, mais aussi et surtout leur durée.

Une situation similaire au Pakistan

Les épisodes caniculaires sont tout aussi extraordinaires au Pakistan. Le mois d’avril a été extrêmement chaud et sec, le plus chaud depuis 61 ans. D’après le Pakistan Meteorological Department, la température moyenne nationale a été de 28,36°C, soit 4,05°C de plus que la norme 1961-1990 (plus de 3°C de plus que la norme 1991-2020). C’est le mois d’avril le plus chaud jamais enregistré, avec une marge énorme : presque 1°C de plus qu’en avril 2010, le deuxième plus chaud.

Les 12, 13 et 14 mai, la température a atteint 50 degrés à Jacobabad et des températures très proches à plusieurs endroits dans le pays. Lorsque l’on sait que dans le nord-ouest de l’Inde comme au Pakistan, la phase humide de la mousson n’arrive généralement pas avant fin juin ou mi-juillet, on ne peut qu’espérer que la température baisse dans les prochains jours…

50 degrés au Pakistan

Source : Scott Duncan

Mais quelles sont exactement les conséquences de telles vagues de chaleur ?

Conséquence 1 : le « thermomètre mouillé » (wet bulb temperature)

Le plus redouté n’est pas la chaleur indiquée, mais la température thermomètre mouillé maximale. Elle combine la chaleur et l’humidité pour indiquer la quantité d’évaporation dans l’air. Lorsque la température au thermomètre mouillé dépasse environ 30°C, nous sommes incapables de réduire notre température par la transpiration et nous souffrons d’un coup de chaleur mortel au bout de quelques heures (généralement entre 4 et 6 heures). Que vous ayez de l’eau avec vous ne changera rien au résultat.

Attention : c’est une notion compliquée, hétérogène, qui n’a pas la même définition selon la région dans laquelle vous l’utilisez. De plus, depuis au moins un mois, le chiffre de 35°C est avancé un peu partout dans la presse française, alors que les dernières études montrent que la létalité adviendrait plutôt autour de 31°C.

Bien sûr, ce qui vient d’être dit est le cas pour les personnes en bonne santé. Vous pouvez avoir de graves problèmes de santé ou mourir avec une température humide moins importante. En effet, 28 degrés peuvent suffire, comme lors des canicules européennes et russes de 2003 et 2010 qui firent des dizaines de milliers de morts.

NB1 : L’humidex est également un calcul intéressant (à ne pas confondre avec le thermomètre humide qui est une mesure via un psychromètre.)

Le rôle de l'humidité sur l'inconfort lié à la chaleur.

Le rôle de l’humidité sur l’inconfort lié à la chaleur.
L’indice humidex ne prend pas en compte l’exposition de la peau au soleil ni les vents qui pourraient aider à l’évaporation. Attention : c’est un calcul, et non une mesure.
Source : 
Méteo-Paris.com

NB2 : le GIEC utilise la notion de « Heat Index » (HI). Comme pour les canicules, le Heat Index diffère selon les zones géographiques (donc n’a pas une valeur internationale qui s’appliquerait partout). On retrouve dans le chapitre 12 du dernier rapport du GIEC une illustration des zones à risque, où nous retrouvons l’Inde et le Pakistan :

(d-f) Nombre moyen de jours par an où l'indice de chaleur NOAA (HI) dépasse 41°C.
On y retrouve l'Inde et le Pakistan

(a-c) Nombre moyen de jours par an où la température maximale dépasse 35°C ;
(d-f) Nombre moyen de jours par an où l’indice de chaleur 
NOAA (HI) dépasse 41°C.
Source : Chapitre 12, AR6 WG1

Conséquence 2 : le travail… et la santé

Le marché du travail indien est très loin d’être adapté aux aléas climatiques présents et à venir. Sophie Landrin, correspondante pour le Monde en Inde, apporte quelques précisions sur les travailleurs lors de la canicule :

« Au contraire, les gens continuent de travailler, malgré les conditions extrêmes, car la majorité des travailleurs ne sont pas salariés. Ils appartiennent à ce qu’on appelle le « secteur informel », sans assurance, sans contrat de travail. S’ils ne travaillent pas, ils ne sont pas indemnisés. Lors des première et deuxième vagues de Covid-19, ils avaient dû regagner leur village, malgré l’arrêt des transports, car ils ne pouvaient plus travailler, ni se loger ou se nourrir ».

Traduisez : travaillez, ou vous n’aurez pas d’argent pour acheter votre nourriture. Travaillez, ou mourrez. Ce sont dans ces conditions que des dizaines de millions d’indiens vont travailler dans les usines, dans le bâtiment, dans les champs, etc. Ils ne peuvent pas non plus compter sur la climatisation : environ 12% de la population a accès à la climatisation, en très grande majorité les plus aisés.

Deux conséquences majeures à cela. La première, c’est que l’Inde perd plus de 100 milliards d’heures de travail par an à cause des vagues de chaleur. C’est de très loin le pays le plus concerné par le sujet, et les chiffres anticipés par un réchauffement de +2°C ou +4°C sont vertigineux.

L'Inde perd plus de 100 milliards d'heures de travail par an à cause des vagues de chaleur

Les dix pays présentant les pertes de main-d’œuvre les plus importantes au cours de la journée de travail de 12 heures en raison de l’exposition à la chaleur, pondérées par la population en âge de travailler dans les industries de travaux lourds en plein air dans le présent (a moyenne 2001-2020), et avec +1 °C, +2 °C et +4 °C de réchauffement climatique supplémentaire (b-d, ΔT global).
La somme globale de la main-d’œuvre perdue (somme des 163 pays dont les données sont disponibles) est indiquée au-dessus de chaque graphique, les chiffres autour du centre du cercle indiquent les pertes individuelles par pays, et l’épaisseur du cercle augmente à mesure que la somme globale de la main-d’œuvre perdue augmente avec le réchauffement.
Toutes les unités sont exprimées en milliards d’heures/an.
Source : 
Increased labor losses and decreased adaptation potential in a warmer world

La deuxième conséquence est bien sûr la santé des travailleurs et travailleuses. Quand vous êtes obligé(e) de travailler sous 45°C car vous n’avez pas le choix, cela vient irrémédiablement avec des effets sanitaires immédiats multiples : hyperthermie, coups de chaleur, déshydratation, diminution de la capacité cognitive, accidents, troubles psychiatriques, etc. Pour les personnes qui auront la chance de pouvoir aller à l’hôpital, il faudra ensuite espérer que les hôpitaux puissent anticiper et supporter le recours accru aux soins.

Conséquence 3 : l’agriculture

L’agriculture est l’un des secteurs les plus directement touchés par les canicules et les sécheresses39% de la population pakistanaise travaille dans le secteur, pour 18.5% du PIB. En Inde, plus de la moitié de la population y travaille, pour environ 23% du PIB. Outre les conséquences que ces canicules peuvent avoir sur le PIB, ce sont surtout les effets sur les cultures qui sont à craindre, dans une région du monde où beaucoup dépendent de la récolte de blé pour se nourrir. Selon les témoignages, nous trouvons des agriculteurs qui ont perdu entre 10 et 50% de leur récolte à cause de la canicule.

Alors que les autorités indiennes avait déclaré lors du mois d’avril que le pays n’était pas au bord de l’insécurité alimentaire, le discours a totalement changé ce samedi 14 mai : « l’Inde a interdit les exportations de blé sur lesquelles le monde comptait pour atténuer les contraintes d’approvisionnement provoquées par la guerre en Ukraine, affirmant que la sécurité alimentaire du pays est menacée ».

Javier Blas, spécialiste des matières premières chez Bloomberg, anticipe une forte inflation : « avant l’interdiction d’exporter, l’Inde devait figurer parmi les 10 premiers exportateurs de blé pour la saison 2022-23. La suppression de tout (ou partie) des exportations de blé prévues par l’Inde crée un trou massif dans l’offre et la demande mondiales. Les prix du blé vont encore augmenter, et rapidement« 

L'Inde figure parmi les 10 plus gros exportateurs de blé au monde pour la saison à venir.

L’Inde figure parmi les 10 plus gros exportateurs de blé au monde pour la saison à venir.
Crédit : 
Javier Blas

Ces annonces, bien que soumises à conditions, rappellent qu’une décision politique peut mettre un terme à des exportations… et donc des importations d’autres pays. Des décennies de mondialisation n’ont pas préparé les pays à supporter les aléas climatiques et leurs conséquences. Que se passera-t-il si aucune décision n’est prise pour renforcer la sécurité alimentaire des pays et que le monde se réchauffe à +1.5°C, 2°C, voire 3°C ?

Conséquence 4 : relance de la production de charbon ou blackout

L’une des solutions les plus courantes pour supporter la chaleur de la canicule est d’allumer la climatisation. Mais cela n’est pas sans conséquences, surtout dans un pays comme l’Inde. Presque 80% du mix électrique vient d’énergies fossiles, et un peu plus de 70% du charbon. Les autorités n’ayant pas anticipé que les vagues de chaleur allaient durer aussi longtemps, la forte demande d’électricité a épuisé les stocks de charbon et les coupures de courant sont très fréquentes depuis deux mois dans le pays, parfois pour plusieurs heures. Nous ne parlons pas de quelques foyers, mais de deux tiers des foyers, soit des centaines de millions de personnes.

A gauche, la production électrique annuelle en Inde (en TWh). A droite, le mix électrique par énergie en %.
Source : 
OurWorldInData.org

Pour répondre à l’explosion de la demande d’électricité, Coal India a relancé la production à des niveaux records. Si vous avez l’image d’un serpent qui se mort la queue en tête, c’est tout à fait normal. C’est ce qu’il se passe quand on gère en catastrophe et sans planification un système électrique et plus globalement un système énergétique. On prend des décisions en urgence qui peuvent potentiellement venir aggraver le changement climatique et donc amplifier les aléas et les catastrophes climatiques.

Conséquence 5 : les effets combinés

L’un des risques identifié de la poursuite du réchauffement climatique, c’est que chaque région pourrait subir de façon différenciée plus d’évènements climatiques extrêmes, parfois combinés, et avec des conséquences multiples. Cela a plus de chance d’arriver avec un réchauffement à +2°C que 1,5°C (et d’autant plus avec des niveaux de réchauffement supplémentaires). Traduisez « combinés » par ‘plusieurs en même temps’ (canicule, suivi de mégafeux par exemple, comme au Canada en juin 2021).

Il est arrivé plusieurs cas similaires au Pakistan depuis deux mois. Avec la canicule, les glaciers fondent beaucoup plus vite que prévu et peuvent mener à des effets en cascade. C’est ce qu’il s’est passé avec plusieurs ruptures de lacs glaciaires, dont celui qui était sur le glacier Shisper.

C’est une zone surveillée par les scientifiques car ces inondations brutales peuvent non seulement avoir des conséquences économiques et sociales, mais aussi mortelles, avec des milliers de personnes risquant d’être prises dans des crues.

L’une des autres conséquences est l’augmentation du nombre de mégafeux. Selon le Forest Survey of India, les dernières années ont observé une augmentation du nombre de mégafeux, et 2022 ne fera pas exception. Ces feux ont provoqué des dizaines d’incendies agricoles, où les cultures de blé ont été détruites. Une partie des forêts de la fameuse « compensation carbone » sont également parties en fumée dans le nord du pays. Un bon rappel pour les entreprises et Etats qui souhaitent ne rien changer et planter des arbres pour compenser : cela ne suffira pas.

Est-ce que c’est de la faute du changement climatique ?

La question qui revient toujours : est-ce la faute du changement climatique ? En lisant les réactions depuis plus d’un mois, la mauvaise nouvelle c’est qu’il y a des climatosceptiques dans tous les pays qui viennent vous expliquer que cela n’a rien à voir et que des canicules et des sécheresses, il y en a toujours eu.

L’équipe du World Weather Attribution (WWA) devrait rendre son rapport définitif dans les deux semaines pour savoir si les canicules sont bien la conséquence du changement climatique anthropique. Mais que cela soit attribué de façon certaine ou non, nous savons qu’il y a déjà un réchauffement climatique d’origine humaine qui rend les canicules plus fréquentes et plus intenses. Cela ne fait aucun doute, c’est documenté dans plusieurs rapports, dont le dernier rapport du GIEC.

A quel point ces canicules ont été mortelles ?

C’est la question la plus difficile qui soit sur le sujet des canicules : à quel point sont-elles mortelles. Tout d’abord, il est important de se rappeler que la météorologie d’une vague de chaleur ne détermine pas son impact. De nombreux facteurs socio-économiques influenceront les perturbations causées par une canicule, notamment la densité de population, les conditions de logement et les systèmes d’alerte précoce.

A l’instar de la canicule de 2003 en France, cela peut prendre des années avant d’avoir une estimation finale et fiable. C’est d’autant plus le cas pour des pays comme l’Inde et le Pakistan, où nous manquons de chiffres officiels pour évaluer le nombre de morts. Concernant la fiabilité des annonces du gouvernement indien, je n’ai personnellement pas une très grande confiance. Un exemple ? L’Organisation mondiale de la santé estime qu’au moins 4 millions d’Indiens sont morts de la Covid, bien au-delà du chiffre officiel d’un peu moins de 524 000 morts. Sans surprise, le gouvernement de Modi conteste ces chiffres…

Dans le cas des canicules actuelles, il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres fiables. Le gouvernement indien a officiellement reconnu une dizaine de morts, certains journaux indiens des dizaines, la presse internationale entre quelques dizaines et centaines… et parfois sans aucune source !

Autre difficulté à prendre compte : l’Inde ne compte parmi les décès dus aux coups de chaleur que les décès médicalement certifiés.

Morts directement causées par une canicule en Inde, de 1970 à 2019
Source : Factly, 
Envistats 2022

Même si la dernière décennie a enregistré un nombre records de morts à cause des canicules, il y a tout de même une meilleure gestion des canicules depuis 2015 (plus de 2000 morts), ce qui vient atténuer le nombre potentiels de morts. Mais cela ne veut absolument rien dire de l’avenir, et le nombre de morts dépendra grandement des actions prises par le gouvernement indien en termes de prévention et d’adaptation aux canicules.

L’Inde pourra-t-elle toujours s’adapter aux canicules à venir ?

Avant de conclure, il est intéressant de voir ce à quoi l’Inde peut s’attendre, en fonction du réchauffement mondial à venir.

Premièrement, l’Inde n’est qu’à +1 degré de réchauffement aujourd’hui (+1.1°C à l’échelle mondiale, +1.8°C pour la France). Sur la trajectoire actuelle de nos émissions (SSP2-4.5), l’Inde se dirige vers un réchauffement d’environ 3,5°C d’ici la fin du siècle, et environ +2°C d’ici 2040.

Source : BerkeleyEarth.org

Sauf miracle, la Terre va continuer à se réchauffer lors des (au moins) deux prochaines décennies. Dans la mesure où les canicules actuelles testent déjà les limites physiologiques des Indiens et Pakistanais, il sera important de suivre les décisions politiques d’atténuation et d’adaptation aux aléas climatiques. Les décisions prises aujourd’hui par les deux gouvernements ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Il est cependant important de se souvenir que l’Inde et le Pakistan payent les décisions égoïstes des pays du Nord, qui sont historiquement responsables du changement climatique. Le GIEC l’a rappelé dans le 2e volet sur l’adaptation : « Les limites « strictes » de l’adaptation ont été atteintes dans certains écosystèmes (confiance élevée). Avec l’augmentation du réchauffement climatique, les pertes et les dommages vont augmenter et d’autres systèmes humains et naturels atteindront les limites de l’adaptation (confiance élevée)« . En d’autres termes : des populations ne pourront plus s’adapter, et devront migrer, ou mourir.

Carte exprimant les différentes vulnérabilités, basées sur les moyennes nationales. Cette carte ne montre pas les différences à l’échelle locale. C’est pourquoi vous retrouvez sous la carte quelques exemples de populations vulnérables.
Source : Figure TS.7 du 6eme rapport du GIEC, groupe 2

Le mot de la fin

On ne peut être plus clair que Christophe Cassou, auteur principal du dernier rapport du GIEC, lorsqu’il déclare que « nous vivons un avant-goût de notre futur climatique. Pour que l’exceptionnel ne devienne pas la norme, il faut réduire nos émissions de gaz a effet de serre de manière immédiate, soutenue dans le temps et dans tous les secteurs… Pas dans 3 ans, maintenant !« 

En plus de la baisse des émissions, l’adaptation jouera un rôle absolument central lors des prochaines années et décennies à venir. Il est trop tard pour penser que l’atténuation des émissions puisse suffire. Mais cela ne doit pas faire oublier le très fort sentiment d’injustice climatique de ce qui arrive actuellement en Inde et au Pakistan. C’est ce que rappelle Chandni Singh , autrice principale du dernier rapport du GIEC : « les émetteurs historiques de gaz à effet de serre doivent redoubler d’efforts car, dans des pays comme l’Inde et le Pakistan, nous atteignons réellement les limites de l’adaptation à la chaleur« . Rappelons que l’Inde représente à peine 3% des émissions historiques, et le Pakistan moins d’1%. Ces pays payent et paieront entre autres les excès des pays du Nord, ainsi que les décisions égoïstes et socialement injustes de leurs dirigeants respectifs.

J’aimerais conclure cet article par une question. Je n’ai pas l’impression qu’une majorité de Françaises et Français se rendent compte que nous sommes en train de rendre des régions du monde d’ores et déjà inhabitables, alors que nous ne sommes qu’à +1.1°C de réchauffement mondial. Voulez-vous vraiment voir à quoi ressemble un monde à +2°C ?

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La Matrice

Par Le 09/05/2022

 

 

"La Matrice, Elle est le Monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité."

Oui, ok, mais combien sont-ils à être ravis que ce "on" prenne soin d'entretenir la Matrice et de leur y laisser une place. Tout le problème est là. Nous ne pouvons pas grand-chose dès lors que la masse contribue par son adhésion volontaire à la Matrice. Il n'est même pas nécessaire que le "on" fasse preuve de contraintes violentes puisque l'adhésion est déjà considérablement puissante. C'est la masse elle-même qui donne son pouvoir au "on". Il faudrait donc comprendre pour quelle raison la masse est heureuse de contribuer au maintien de la Matrice. A mon sens la raison essentielle, c'est que la Matrice use de l'identification de chacun à l'ego. "Je suis" blanc, noir, riche, pauvre, célèbre, inconnu, je suis, je suis..." Et l'objectif est d'être toujours mieux que ce "je suis" et d'atteindre un "je suis" plus puissant, plus heureux, plus comblé. Et la Matrice est là pour donner à croire que c'est possible, que le travail est récompensé, que la consommation est un critère de valeur, que la compétition est une donnée naturelle, le fameux "struggle for life", le combat que la Matrice légifère. Alan Watson parlait de "l'ego encapsulé". Voilà ce dont la Matrice se sert. Le "je suis". Alors que dans la vérité, dans le monde réel, "je" n'est rien d'autre qu'une particule du Tout. Si la planète est dans cet état, c'est parce que la notion du Tout a été effacé de l'esprit des "je". L'humanité est une utopie. Elle n'est qu'un conglomérat d'individus. Au grand bonheur de la Matrice. 

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Morpheus : Te voilà enfin. Bienvenue, Néo. Comme tu as du le deviner, je suis Morpheus.
Neo : Très honoré de te voir enfin.
Morpheus : Non, tout l'honneur est pour moi. Par ici, viens, assieds-toi..
Je suppose que pour l'instant tu te sens un peu comme Alice, tombée dans le terrier du lapin blanc.
Neo : On pourrait dire ça.
Morpheus : Je le lis dans ton regard..
Tu as le regard d'un homme prêt à croire ce qu'il voit parce qu'il s'attend à s'éveiller à tout moment.
Et paradoxalement, ce n'est pas tout à fait faux..
Crois-tu en la destinée Néo ?
Neo : Non.
Morpheus : Et pourquoi ?
Neo : Parce que je n'aime pas l'idée de ne pas être aux commandes de ma vie.
Morpheus : Bien sur, et je suis fait pour te comprendre..
Je vais te dire pourquoi tu es là.
Tu es là parce que tu as un savoir.
Un savoir que tu ne t'expliques pas, qui t'habites.
Un savoir que tu as ressenti toute ta vie.
Tu sais que le monde ne tourne pas rond sans comprendre pourquoi, mais tu le sais.
Comme un implant dans ton esprit.
De quoi te rendre malade. C'est ce sentiment qui t'a amené jusqu'à moi..
Sais-tu exactement de quoi je parle ?
Neo : De la Matrice ?
Morpheus : Est-ce que tu veux également savoir ce qu'elle est ?
Neo : Oui.
Morpheus : La Matrice est universelle, elle est omniprésente.
Elle est avec nous, ici, en ce moment même.
Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre ou lorsque tu allumes la télévision.
Tu ressens sa présence quand tu pars au travail, quand tu vas à l'église, ou quand tu paies tes factures.
Elle est le Monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité.
Neo : Quelle vérité ?
Morpheus : Le fait que tu es un esclave, Néo.
Comme tous les autres, tu es né enchaîné.
Le monde est une prison où il n'y a ni espoir, ni saveur, ni odeur.
Une prison pour ton esprit..
Et il faut que tu saches que malheureusement, si tu veux découvrir ce qu'est la Matrice.. tu devras l'explorer toi-même..
C'est là ta dernière chance, tu ne pourras plus faire marche arrière.
Choisis la pilule bleue, et tout s'arrête.
Après tu pourras faire de beaux rêves, et penser ce que tu veux.
Choisis la pilule rouge, et tu restes au Pays des Merveilles.. et on descend avec le Lapin Blanc au fond du gouffre..
N'oublies pas, je ne t'offres que la vérité, rien de plus.

Les lynx

Par Le 07/05/2022

Une rencontre magnifique. 

 

RÉCIT. "En compagnie de six lynx, dans les secrets des bois, j'ai vécu cinq jours exceptionnels"

 

Publié le 07/05/2022 à 08h00

Écrit par Jean-Stéphane Maurice

Ce cliché restera pour la photographe un moment absolument bouleversant d'émotion. Le père de famille est venu présenter ses trois petits très curieux. Totalement immobile, ce sont eux qui sont venus vers elle, preuve d'une totale acceptation de sa discrète présence.

Ce cliché restera pour la photographe un moment absolument bouleversant d'émotion. Le père de famille est venu présenter ses trois petits très curieux. Totalement immobile, ce sont eux qui sont venus vers elle, preuve d'une totale acceptation de sa discrète présence. • © Véronique Frochot

Haut-Jura

Jura

Haut-Doubs

Doubs

Franche-Comté

Bourgogne-Franche-Comté

C'est une histoire magnifique qu'a vécu Véronique Frochot, photographe naturaliste en Franche-Comté. Lors d'une de ses balades matinales en forêt, elle est tombée par le plus grand des hasards sur une famille de lynx. Après avoir rencontré un couple totalement paisible, elle était loin d'imaginer qu'elle pourrait les revoir durant près d'une semaine. Le moment le plus intense en émotion a été pour elle la présentation de trois jeunes par les adultes. Un moment rarissime réalisé dans le plus grand respect de l'animal.

Durant plusieurs semaines, Véronique Frochot n'a pas voulu évoquer cette magnifique rencontre qui l'a marqué à jamais. Une partie d'elle avait besoin de savourer l'instant, de le comprendre, de redescendre de sa forêt qui était devenue pour elle comme un lieu enchanté. Sa crainte a aussi été qu'on ne la croit pas, malgré ses nombreux clichés, ou qu'elle soit jugée par des gens qui ne connaissent pas l'animal mais qui pensent savoir. Finalement, pour tous les amoureux de la nature qui sont fiers d'avoir le lynx comme symbole de notre région, elle a accepté de confier son récit à Naturae, la page dédiée à la nature et à la faune sauvage de France 3 Franche-Comté.

Pour cette photographe très discrète, se confondre avec la nature environnante est primordial pour observer la faune sauvage.

Pour cette photographe très discrète, se confondre avec la nature environnante est primordial pour observer la faune sauvage. • © Jean-Stéphane Maurice - Naturae France Télévisions

Originaire de Dijon, Véronique Frochot a toujours vécu en communion avec la nature. Dès son plus jeune âge, ses parents lui ont inculqué ce respect de la forêt et de ses habitants comme les majestueux cervidés. Après avoir pratiqué la peinture, elle découvre la photographie qui lui permet de sortir de son atelier. Une passion qui ne la quitte plus.

Jour 1 : la rencontre avec un couple de lynx dans le massif du Jura

L'hiver est encore bien présent dans le massif du Jura perdu dans les lueurs de brume. Comme la plupart des matins du monde, Véronique part à la rencontre d'une nature encore endormie dans la pénombre d'une fine pluie. Comme à chacune de ses sorties, la photographe ne cherche rien. Elle espère juste une rencontre. Une biche, un renard, une chouette chevêchette feraient son bonheur. Forcément, elle a conscience qu'elle pourrait comme l'an dernier rencontrer un lynx, mais elle se refuse à ce que cela devienne pour elle une quête, ou un objet de convoitise. Elle laisse une place au hasard et à la découverte. Pourtant, elle ne se doute pas que ce matin-là, sa vie de photographe naturaliste va être bouleversée, au détour d'un chemin.

La première vision de la photographe est un lynx qui se tient dos à elle.

La première vision de la photographe est un lynx qui se tient dos à elle. • © Véronique Frochot

Alors que je monte tranquillement par un sentier l'esprit perdu à contempler cette beauté, je relève la tête et j'aperçois une silhouette de dos qui se glisse derrière un rocher. La vision fut très furtive, mais je sens mon cœur s'accélérer.

Véronique Frochot, photographe naturaliste

"À pas feutrés, je contourne la butte afin de voir si je n'ai pas rêvé. Dans le plus grand silence, mon regard croise celui d'un lynx. Mes yeux ne m'avaient pas trahi et une profonde émotion m'envahit. Je réalise alors que ce n'est pas un lynx, mais deux qui se tiennent tranquillement devant moi. Un mâle et une femelle en aucun cas dérangés par ma présence" raconte avec encore beaucoup d'émotion la photographe. 

Le couple de lynx reste une trentaine de minutes avec la photographe. Un moment fort en émotions.

Le couple de lynx reste une trentaine de minutes avec la photographe. Un moment fort en émotions. • © Véronique Frochot

Rencontrer un lynx reste une émotion indescriptible pour une amoureuse de la nature.  Alors, lorsque deux adultes se tiennent devant elle, ce sont beaucoup de larmes de joie qui coulent le long du tissu qui camoufle son visage.

" Après une trentaine de minutes en leur compagnie, le mâle se lève pour quitter la scène où m'a été offert un magnifique spectacle.  La lynxette me regarde, mais entre lui et moi, son choix est vite fait. Je sais que je suis très chanceuse, mais j'ai tout de même un peu de frustration. J'aurais aimé que cela dure plus longtemps, et même si je sais que je ne les ai pas dérangés, je préfère toujours partir que de les regarder partir".  Véronique est radieuse en finissant le récit de cette première journée. Elle est certaine que c'est la femelle qu'elle a déjà observée l'an passé. C'était pour elle comme des retrouvailles, mais elle ne se doutait pas à ce moment-là, qu'il y aurait une suite.  

Jour 2 : "Des petites têtes me regardent avec curiosité sur leur rocher"

Le lendemain de cette merveilleuse rencontre, Véronique décide, sans trop y croire, de retourner au même endroit. Quoiqu'il arrive, elle revivra en souvenir cet instant partagé. Car croiser le seigneur de nos forêts n'arrive pas tous les jours, surtout s'ils sont deux.  

"Après 30 minutes de marche, je retrouve cet endroit qui m'est devenu familier. Je scrute la scène où s'est joué le premier acte. C'est à peine croyable ! Je réalise que deux petites têtes me regardent avec curiosité sur leur rocher. Ce sont à nouveau des larmes d'émotion qui m'envahissent. Délicatement, je m'allonge au sol et sans les déranger, je commence à prendre quelques clichés. Tout à coup, une silhouette allongée dans les feuilles bouge la tête. Naturellement camouflée, je n'avais même pas remarqué ce lynx adulte tellement il était discret à dormir sans aucune crainte" souligne Véronique.

Aucunement dérangé par la présence de la photographe, le lynx se repose en toute quiétude.

Aucunement dérangé par la présence de la photographe, le lynx se repose en toute quiétude. • © Véronique Frochot

Je découvre avec étonnement que les petits lynx sont accompagnés de leur père.

Véronique Frochot, photographe naturaliste

Les gestes affectueux et les frottements de tête ne laissent que peu de doutes sur les liens familiaux qui les unissent. Mais pourtant, les surprises ne s'arrêtent pas là. Tapis dans la végétation, avec son appareil photo, elle n'ose plus bouger de peur de déranger les petits. "Et là, à ma très grande surprise, je réalise qu'il y a un troisième petit lynx qui me regarde tout aussi intrigué. Le spectacle est d'une grande simplicité, mais il reste pour moi fascinant".

Les trois jeunes lynx regardent avec curiosité la photographe. Aucune crainte n'est perceptible chez eux.

Les trois jeunes lynx regardent avec curiosité la photographe. Aucune crainte n'est perceptible chez eux. • © Véronique Frochot

Cette fratrie de trois petits accompagnés de leur papa a totalement accepté la photographe dans leur environnement. "Je les observe vivre tranquillement leur vie. Les jeunes s'amusent à jouer à cache-cache avec moi. Ils me regardent, disparaissent derrière un rocher et par magie, réapparaissent à coté d'un arbre. À chaque fois, je distingue ce même regard d'ambre fascinant et maquillé d'un liseré blanc qui en accentue l'intensité" se remémore Véronique.

Le lynx adulte observe la tranquillement la photographe après sa sieste. En aucun cas, il ne montre d'inquiétude. Véronique a le sentiment d'avoir été adoptée et de ne jamais les avoir dérangés.

Le lynx adulte observe la tranquillement la photographe après sa sieste. En aucun cas, il ne montre d'inquiétude. Véronique a le sentiment d'avoir été adoptée et de ne jamais les avoir dérangés. • © Véronique Frochot

Mis en confiance par le réveil de leur père, les trois jeunes lynx se montrent alors plus entreprenants. Ils décident de s'approcher de la photographe. À la très grande surprise de Véronique, loin de les en dissuader, le père accompagne ses petits dans ce rapprochement absolument bouleversant. "Les quatre lynx se retrouvent face à moi, sur une magnifique dalle rocheuse recouverte d'une mousse épaisse. Le cadre est sublime, et ils ne sont qu'à une vingtaine de mètres de moi. Ils m'observent et je n'ose plus bouger. Je réalise au bout d'une dizaine de minutes que je fais partie de leur décor et que je ne les dérange absolument pas. Les petits curieux m'ignorent rapidement et retournent à leur vie. Je peux reprendre quelques clichés de cet instant absolument unique" m'explique Véronique, la voix encore pleine d'émotions.

Tranquillement, les jeunes lynx reprennent leurs occupations. Cependant, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder régulièrement en direction de la photographe comme pour s'assurer qu'elle était toujours bien là.

Tranquillement, les jeunes lynx reprennent leurs occupations. Cependant, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder régulièrement en direction de la photographe comme pour s'assurer qu'elle était toujours bien là. • © Véronique Frochot

Après sept heures au milieu de cette famille, il est temps pour moi de partir.

Véronique Frochot, photographe naturaliste

Véronique a déjà rencontré le félin, symbole du massif jurassien. Mais elle n'aurait jamais imaginé vivre ainsi en communion avec quatre individus alors qu'il est si rare d'en croiser, ne serait-ce qu'un seul. "Ces instants partagés ensemble sans aucun soupçon de dérangement ou d'inquiétude de leur part, dépassent très largement ce que j'aurais pu espérer vivre un jour avec un lynx. Je réalise alors que nous sommes ensemble depuis près de sept heures et qu'il est temps pour moi de m'en aller. 

Je me lève avec d'infinies précautions et leur tourne immédiatement le dos. Je ne veux pas qu'ils croient que je cherche à m'approcher, mais que je quitte la scène de ce spectacle qui restera unique pour moi. Ce choix de les quitter et le plus grand respect que je puisse avoir pour eux après ce qu'ils m'ont donné.

Durant cette rencontre incroyable, Véronique en profite également pour faire quelques vidéos.

La photographe entame sa redescente dans la plus grande discrétion. A bonne distance, elle décide de doucement tourner la tête pour s'assurer que son départ se passe bien. Quelle surprise alors pour elle. Les quatre lynx l'observent... comme s'ils étaient déçus de la voir partir. 

Jour 3 : Une nouvelle journée avec eux, est-ce trop en demander ?

Après une journée de travail, rien de tel pour Véronique Frochot que de retrouver la nature pour se détendre. Inconsciemment, elle espère une nouvelle rencontre mais elle ne veut pas trop en demander à sa bonne étoile qui l'a déjà très largement gâtée.  Faut-il croire aux miracles lorsqu'on est photographe naturaliste ? Véronique n'est pas loin de le croire. Après 30 minutes de marche, il est là, seul cette fois, à l'attendre sur son rocher. 

La photographe retrouve le lynx adulte sur son rocher. Il est seul cette fois car le reste de la famille est resté un peu à l'écart.

La photographe retrouve le lynx adulte sur son rocher. Il est seul cette fois car le reste de la famille est resté un peu à l'écart. • © Véronique Frochot

Comme à chaque rencontre, Véronique se fige, immobile et s'allonge très lentement au sol afin de se montrer la plus discrète possible. Fondue dans le paysage environnant, elle a ce sentiment étonnant d'invisibilité. Mais le félin, avec son œil de lynx, sait depuis longtemps qu'elle est là. 

Allongée dans la végétation, la photographe peut se confondre avec une souche d'arbre.

Allongée dans la végétation, la photographe peut se confondre avec une souche d'arbre. • © Jean-Stéphane Maurice - Naturae France Télévisions

"La montée de larmes a toujours fait partie de mes rencontres avec les lynx. Je ne veux pas chercher à contrôler ces émotions très fortes. Je réalise alors en photographiant ce magnifique mâle adulte que je ne pleure plus comme les deux premiers jours. Il ne faudrait pas que je m'habitue à ces rencontres qui doivent rester exceptionnelles" explique la photographe.

Jour 4 : Juste observer et profiter de l'instant

Pour la quatrième journée de suite, Véronique Frochot reprend la direction de ses lieux d'affûts devenus si exceptionnels pour elle. Elle travaille dans le domaine du bien-être à mi-temps en Suisse. Elle sait combien il est vital pour elle de communier avec la nature chaque jour pour avancer et se sentir équilibrée. Cette sortie en forêt est très agréable, mais elle ne croise aucun animal. Peu importe, la photographe retrouve finalement le chemin d'une certaine normalité et se réjouit de cet instant de sérénité qu'elle vient de vivre après sa journée de travail. Elle se remémore alors tous les instants passés en compagnie de cette famille de lynx.

Le lynx observe la photographe. Un sentiment de sérénité et de plénitude se dégage de son attitude.

Le lynx observe la photographe. Un sentiment de sérénité et de plénitude se dégage de son attitude. • © Véronique Frochot

Sur le chemin du retour, elle aperçoit au loin des silhouettes dans un pierrier. Elle reconnaît immédiatement les trois jeunes lynx. "Cette fois-là, je vais juste profiter des lynx. Les photos n'auraient pas grand intérêt à cause de la distance. Je vais donc me contenter de simplement les regarder et de profiter de l'instant" se souvient la photographe.

Jour 5 : Un regard avant de partir sans savoir que cela sera le dernier

De nouveau en balade avec son appareil reflex, la photographe ne veut plus imaginer qu'une rencontre est encore possible. Certes, la veille, elle les a plutôt regardés que photographiés, mais ils étaient bien là, encore une fois. La situation est devenue tellement exceptionnelle pour elle. "Je ne le sais pas encore, mais ce cinquième jour sera celui de la dernière rencontre avec cette famille de lynx. Je retourne en direction du pierrier où, la veille, j'avais vu les jeunes au loin. Stupéfaction ! Cette fois, ils sont beaucoup plus près et accompagnés de leur mère. Celle-ci a les pattes croisées. Mélange d'élégance et de noblesse, elle semble me toiser, pauvre humain que je suis" me raconte Véronique en souriant.

La mère et ses trois petits (un seul visible sur la photo) profitent des rayons du soleil.

La mère et ses trois petits (un seul visible sur la photo) profitent des rayons du soleil. • © Véronique Frochot

Il est maintenant temps pour Véronique Frochot de quitter cette famille qui l'a adoptée. "Un regard avant de partir sans savoir que cela le dernier, mais j'ai vécu des émotions tellement fortes avec ses six lynx durant cinq jours qu'il me semble à peine croyable de pouvoir le raconter. Et si je vous dis six lynx et non pas cinq, c'est parce que j'ai réalisé en observant mes clichés que le mâle rencontré le premier jour avec la femelle n'était pas le même que celui avec les petits" m'explique la photographe. Peut-être un amant égaré dans cette forêt pleine de secrets…

Une centaine de lynx boréal dans le massif du Jura

Le massif du Jura est le territoire du lynx boréal. Les spécialistes estiment sa population à une centaine d'individus en France (prés de 200 individus avec la Suisse). C'est le secteur où il est le plus présent en France. On retrouve également quelques lynx dans les Vosges et les Alpes. 

Le lynx vous voit toujours avant que vous ne le voyiez. Mais rassurez-vous, il n'y a aucun risque d'attaque si vous le croisez lors de vos promenades.

Le lynx vous voit toujours avant que vous ne le voyiez. Mais rassurez-vous, il n'y a aucun risque d'attaque si vous le croisez lors de vos promenades. • © Véronique Frochot

Un félin menacé d'extinction en France

Le premier plan national pour protéger le lynx boréal, disparu en France au début du XXe siècle avant d'être réintroduit, a été publié mi-mars. Il vise à "rétablir l'espèce dans un bon état de conservation". Ce plan national porte sur la période 2022-2026 et vise à mieux protéger le plus grand félin sauvage présent en Europe et qui reste menacé d'extinction en France.

Saurez-vous retrouver tous les lynx sur cette photo ? Elle illustre parfaitement combien il peut être parfois difficile de les apercevoir.

Saurez-vous retrouver tous les lynx sur cette photo ? Elle illustre parfaitement combien il peut être parfois difficile de les apercevoir. • © Véronique Frochot

Le lynx n'est pas un animal farouche quand il croise la route de l'homme. C'est lui qui va décider s'il vous tolère ou non en fonction de son humeur. Il est finalement assez proche du chat dans son caractère. Les lynx sont régulièrement victimes de collision routière, parfois de braconnage. Certains voient dans le prédateur un concurrent simplement parce qu'il se nourrit d'un chevreuil par semaine. Si la population semble stabilisée, elle reste néanmoins très fragile. Le lynx fait la fierté des Jurassiens et il convient à chacun de nous de le protéger. 

Jon Hopkins et Ram Dass

Par Le 05/05/2022

 

J'aime infiniment les compositions de Jon Hopkins et j'aime tout autant les écrits de Ram Dass. 

 

 

Sit Around The Fire

 

Beyond all polarities, I am
Let the judgments and opinions of the mind
Be judgments and opinions of the mind
And you exist behind that

Ah so, ah so
It's really time for you to see through
The absurdity of your own predicament
You aren't who you thought you were
You just aren't that person

And in this very lifetime
You can know it
Right now
The real work you have to do
Is in the privacy of your own heart

All of the external forms are lovely
But the real work
Is your inner connection

If you're quiet when you meditate
If you truly open your heart
Just quiet your mind
Open your heart
Quite the mind, open the heart

How do you quiet the mind? You meditate
How do you open the heart?
You start to love that which you can love
And just keep expanding it

You love a tree
You love a river
You love a leaf
You love a flower
You love a cat
You love a human

But go deeper and deeper into that love
'Til you love that
Which is the source of the light behind all of it
Behind all of it
You don't worship the gate
You go into the inner temple

Everything in you that you don't need
You can let go of
You don't need loneliness
For you couldn't possibly be alone
You don't need greed
Because you already have it all
You don't need doubt
Because you already know

The confusion is saying
"I don't know"
But the minute you are quiet
You find out that in truth you do know
For in you, you know
Plane after plane will open to you
I want to know who I really am

As if in each of us
There once was a fire
And for some of us
There seem as if there are only ashes now
But when we dig in the ashes
We find one ember

And very gently we fan that ember
Blow on it, it gets brighter
And from that ember we rebuild the fire
Only thing that's important is that ember

That's what you and I are here to celebrate
That though we've lived our life totally involved in the world
We know
We know that we're of the spirit

The ember gets stronger
Flame starts to flicker a bit
And pretty soon you realize that all we're going to do for eternity
Is sit around the fire

 

 

 

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