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Rapport du GIEC

Par Le 09/08/2021

Diminution de la part des énergies fossiles. 

Oui, mais quoi d'autre à la place ? 

Tout ce temps perdu...Trente ans que les scientifiques alertent. 

Nous sommes dans la même problématique que la crise sanitaire. Les épidémiologistes le prédisaient depuis vingt ans. 

Il faut toujours que nous soyons dans la situation d'urgence pour que la réalité soit comprise.

L'immaturité de cette humanité est effroyable, consternante, désespérante.

 

 

Rapport du Giec : les experts du climat "sonnent le glas" des énergies fossiles, selon le secrétaire général des Nations unies

 

"Il n'y a pas le temps d'attendre et pas de place pour les excuses", a commenté Antonio Guterres après la publication d'un rapport édifiant sur les conséquences des activités humaines sur le climat.

Article rédigé par

franceinfo avec AFP

France Télévisions

Publié le 09/08/2021 10:50Mis à jour le 09/08/2021 11:00

 Temps de lecture : 1 min.

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, lors d'une conférence de presse à Madrid (Espagne), le 2 juillet 2021. (JAVIER SORIANO / AFP)

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, lors d'une conférence de presse à Madrid (Espagne), le 2 juillet 2021. (JAVIER SORIANO / AFP)

Le sixième rapport des experts climat de l'ONU (Giec) est une véritable "alerte rouge" pour l'humanité, a réagi le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lundi 9 août. Ce rapport d'évaluation scientifique, le premier complet depuis sept ans, "doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles, avant qu'ils ne détruisent la planète", a-t-il ajouté dans un communiqué, plaidant pour qu'aucune centrale à charbon ne soit construite après 2021. Les émissions de gaz à effet de serre, à l'origine du changement climatique, sont toujours en hausse, selon les études internationales.

Le rapport du Giec estime notamment que le seuil de +1,5 °C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle sera atteint autour de 2030, dix ans plus tôt que dans les précédentes projections, menaçant l'humanité de nouveaux désastres "sans précédent". "Les pays devraient également mettre un terme aux nouvelles explorations et productions d'énergies fossiles et déplacer les subventions aux énergies fossiles vers les renouvelables", a ajouté le secrétaire général, qui s'en prend encore plus frontalement qu'à l'habitude à ces industries.

"Les émissions de gaz à effet de serre créées par les énergies fossiles et la déforestation sont en train d'étouffer notre planète."

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies 

dans un communiqué

Le secrétaire général de l'ONU a également appelé les dirigeants du monde à s'assurer que la conférence climat COP26 de Glasgow (Ecosse) en novembre soit un "succès" pour conduire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. "Si nous unissons nos forces maintenant, nous pouvons éviter la catastrophe climatique. Mais comme le rapport d'aujourd'hui le dit clairement, il n'y a pas le temps d'attendre et pas de place pour les excuses."

Juste des images

Par Le 07/08/2021

 

 

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Des milliards dépensés pour lutter contre un virus, des dissensions dans les populations.

 

"Diviser, c'est régner". Tous les gouvernants le savent.

 

Pendant ce temps-là, des régions immenses sont la proie des flammes et des régions immenses sont noyées sous les eaux.

 

Rien d'efficace ne se produit au niveau des gouvernants parce que ça ne remet pas en cause le système économique. C'est la seule raison de leur inaction.

 

Il arrivera pourtant un moment où le système économique sera impacté. C'est inévitable. 

 

 

 

 

Le sud de la Turquie ravagé par des incendies meurtriers

 

Des dizaines de villages et hôtels ont été évacués dimanche dans le sud touristique de la Turquie face à la progression des incendies qui sévissent depuis cinq jours et ont déjà fait huit morts.

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franceinfoFrance Télévisions

 

La Turquie subit actuellement les pires incendies qu'elle ait connus depuis au moins une décennie. Près de 95 000 hectares ont brûlé jusqu'à présent en 2021, contre une moyenne de 13 516 à ce stade de l'année entre 2008 et 2020. Face à l'impressionnante progression des flammes qui ravagent le sud du pays depuis cinq jours et qui ont fait huit morts, habitants et touristes ont été évacués de leurs hôtels et domiciles dimanche 1er août.

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Des personnes regardent les incendies de forêt qui ravagent la zone autour de la ville de Marmaris, en Turquie, le 1er août 2021. YASIN AKGUL / AFP

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Des riverains participent, à mains nues, à la lutte contre les incendies de forêt qui ont éclaté à Antalya, en Turquie, alors que les opérations terrestres et aériennes se poursuivent le 1er août 2021. SULEYMAN ELCIN / ANADOLU AGENCY / AFP

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Un hélicoptère traverse un nuage de fumée causé par des incendies de fôret, en repandant de l'eau au-dessus d'Antalya, en Turquie, le 1er août 2021.  SULEYMAN ELCIN / ANADOLU AGENCY / AFP

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Un hélicoptère déverse de l'eau au-dessus du village de Sirtkoy en Turquie, le 1er août 2021. AP

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Des personnes patientent, alors que des feux de forêt font rage dans la zone rurale de Marmaris, en Turquie, le 1er août 2021. YASIN AKGUL / AFP

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De nombreuses habitations ont été endommagées par les incendies de forêt en Turquie, comme ici à Antalya, le 31 juillet 2021. MUSTAFA CIFTCI / ANADOLU AGENCY / AFP

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Une habitante, qui a perdu sa maison dans un incendie de forêt à Adana, en Turquie, le 30 juillet 2021, vient constater les dégâts. EREN BOZKURT / ANADOLU AGENCY / AFP

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Des tortues sont sauvées par un habitant de Mugla, en Turquie, alors que des incendies de forêt font rage, le 30 juillet 2021.  MAHMUT SERDAR ALAKUS / ANADOLU AGENCY / AFP

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Un habitant de Manavgat, en Turquie, porte une chèvre née pendant des incendies de forêt. L'animal se prénomme "Mucize", ce qui signifie "miracle" en turc. ORHAN CICEK / ANADOLU AGENCY / AFP

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De la fumée noire s'échappe d'un complexe hôtelier après qu'un incendie de forêt a ravagé une région balnéaire, près de Manavgat, en Turquie, le 29 juillet 2021. ILYAS AKENGIN / AFP

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Des touristes observent les ravages causés par un incendie de forêt alors qu'ils attendent d'être évacués à Bodrum, en Turquie, le 1er août 2021. EMRE TAZEGUL/AP/SIPA / SIPA

Relire le passé

Par Le 04/08/2021

Je ne m'intéresse pas exclusivement aux phénomènes actuels.

Je lis et je regarde tout autant les événements passés. Particulièrement, les écrits ou les documents qui cherchaient à anticiper, à prédire, à prévoir, à alerter. 

Le problème des medias, c'est cette course à l'événement, à l'état des lieux, et bien souvent à une course à l'audimat, dont nous sommes les victimes dès lors que nous ne faisons plus l'effort d'en sortir. 

Les inondations en Allemagne, par exemple. Plus personne n'en parle aujourd'hui. Pourtant, les gens là-bas n'en sont toujours pas remis. Et plus personne ne parle des causes, des raisons, des explications et de tout ce que ça pourrait engendrer comme réflexions au regard des catastrophes à venir. Car bien évidemment, il y en aura d'autres.

Il n'est plus temps de se contenter d'établir un état des lieux. Il est temps de sauver ce qui peut l'être. Et pour cela, c'est un changement radical de mode de pensées qui est nécessaire. Car le mode de pensées engendre le mode d'actions.

Mais pour identifier le mode de pensées qui nous gouverne, il faut parvenir à prendre du recul. Et le fonctionnement des medias va à l'encontre de cette prise de recul. Les medias sont des acteurs du chaos. Elles s'en servent et au final, elles le nourrissent.

Il faut se retirer de la cacophonie du monde pour entendre ce que nous n'entendons plus. Les scientifiques qui parlent dans le vide depuis des décennies sont des victimes collatérales du chaos médiatique. Pour autant, il ne faut pas nier le fait que nous sommes des victimes consentantes. Ce chaos nous convient et nous le trouvons "normal" puisqu'il est le mode de vie général. 

Quand je pense à la façon dont j'ai vécu pendant quarante ans, je suis consterné. 

Je vais avoir 59 ans dans quelques jours. Je sens parfois peser sur moi ces quarante années d'égarement, cette participation folle à cette dévastation planétaire. Il m'arrive d'en avoir mal au ventre, de ne pas pouvoir m'endormir. Je relis mon passé.

C'est là que je prends conscience de la puissance phénoménale du formatage sociétal et de l'immense difficulté d'en sortir. On ne peut comprendre ce que l'on vit qu'à travers le plongeon abyssal dans les noirceurs, qu'à travers le refus des flash aveuglants des projecteurs médiatiques.

Il faut tout fermer autour de soi, se couper du présent, ressortir les vieux livres, consulter les archives, de soi et du monde, arracher les vieilles peaux et chercher le noyau. 

 

Le conditionnement (spiritualité)

"La crise est un piège politique" : Etienne Chouard

Par Le 04/08/2021

Une vidéo qui date de 2015.

Le piège est toujours le même sauf que la dette a considérablement augmenté. Bien avant le Covid. Il faudrait savoir ce qu'il en est aujourd'hui de cette dette.

Les chiffres nous donneraient le tournis. 

Il arrivera un moment où ça ne fonctionnera plus. Quand ? Est-ce que quelqu'un le sait ? Pour l'instant, les marchés financiers savent qu'ils ne peuvent pus faire demi-tour sans déclencher un cataclysme économique. Donc, ils continuent à creuser.

"Jusqu'ici, tout va bien". 

On peut imaginer que c'est leur repère, leur leit-motiv. 

C'est effrayant et la crise sanitaire, c'est un épiphénomène au regard de la gravité de cet état de fait.

Oui, je sais, il y a des miliiers de morts à travers le monde avec la pandémie actuelle.

Il faut juste imaginer le chaos que représenterait une crise systémique financière à l'échelle de la planète. Peu de personnes dans le "grand public" ont conscience de ce que ça donnerait. 

Nous avons laissé faire et tout ça date de l'après-guerre. Nous sommes donc conditionnés, persuadés que rien d'autre n'est possible et c'est pour cette raison que nous allons droit dans le mur. 

 

Assurance et menaces climatiques

Par Le 02/08/2021

Il faut toujours avoir en tête que les marchés financiers anticipent. C'est même sur ce principe qu'ils construsient leurs fortunes ou leurs faillites...J'avais déjà parlé ici du fait que l'eau est désormais côtée à Wall Street. Pour quelles raisons ? C'est très simple/Les marchés financiers anticipent le fait que l'eau va se raréfier. 

Cotation de l'eau en bourse

 

On a ici un autre exemple de ce système qui se construit sur l'anticipation : les assureurs au regard des menaces climatiques. Qu'est-ce que ça signifie ? Que les sociétés d'assurance disposent des données scientifiques que nous ne prenons pas le temps de lire ou auxquelles nous ne croyons pas et qu'elles décident d'agir avant que la menace ne devienne une réalité trop lourde pour elles.

Que peut-on en déduire pour l'avenir ? Que les maraîchers, les agriculteurs, les viticulteurs, les éleveurs vont payer de plus en plus cher la protection de leurs productions, que nous allons payer de plus en cher la protection de nos véhicules et de nos habitations, que des constructions bâties sur des zones inondables ne seront plus assurées, que toutes les zones urbaines côtières verront leurs tarifs grimper année après année.

Tout ça ne se fera pas en une année. Je parle d'anticipation et par conséquent des décennies à venir. On peut donc ne pas s'en faire si on a le projet de mourir avant...On peut aussi se demander si l'héritage que recevront nos descendants est un cadeau ou une malédiction. 

 

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE : UN MONDE À +2°C N’EST DÉJÀ PLUS ASSURABLE

 

Notre monde subit un réchauffement de +1,2 °C et déjà, des assureurs se désengagent de certaines zones qu’ils considèrent trop à risques. En Floride, région particulièrement touchée par les catastrophes climatiques, certains particuliers ne trouvent ainsi plus d’assureurs privés. En Allemagne, après les inondations historiques, les assureurs ont prévenu : si rien n’est fait pour limiter un réchauffement à +2 °C, l’assurance ne sera plus possible. 

Fumee incendies Californie DAVID MCNEW GETTY IMAGES NORTH AMERICA Getty Images via AFP 01

La Californie a compté 9600 incendies en 2020, selon Munich Re.
@DavidMcnew/GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

C’était à la veille de la COP21 en 2015. Henri de Castries alors président d’Axa, premier assureur mondial, expliquait qu’un "monde à +2 °C pourrait encore être assurable, un monde à 4 °C ne le serait certainement plus". Cette déclaration, qui a eu un fort retentissement à l’époque, était-elle trop optimiste ? Alors que le monde enregistre déjà un réchauffement de 1,2 °C par rapport à 1900 et que la barre des + 1,5 °C pourrait être franchie d’ici trois ans, les assureurs commencent déjà à se désengager de certaines zones particulièrement à risque.

Il y a un mois, dans la ville de Surfside en Floride, l’effondrement spectaculaire d’un immeuble résidentiel a tué une centaine de personnes, provoquant une vive émotion. Si l’enquête est toujours en cours pour trouver l’origine de cet effondrement, la piste de mauvais entretiens et d’une structure détériorée sont en cause. Mais cette région, particulièrement sous pression du changement climatique, est de plus en plus fragile. Depuis les années quatre-vingt, date de construction de l’immeuble, le niveau de la mer a augmenté de plus de 20 centimètres dans le sud de la Floride.

En accélérant la dégradation des bâtiments, la crise climatique fait fuir les assureurs. "Quelques jours après l'effondrement, les compagnies d'assurance ont envoyé des lettres menaçant de ne plus couvrir les vieux bâtiments qui n'avaient pas passé les inspections de sécurité obligatoires. En Californie, les assureurs ont commencé à fuir les zones exposées aux incendies ; dans d'autres régions de l'Ouest, les responsables disent qu'ils reçoivent des rapports similaires d'assureurs refusant de renouveler les polices", rapporte ainsi le New York Times. Avec des incendies de plus en plus fréquents et intenses, des ouragans dont Irma en 2017 et Michael en 2018, les compagnies d’assurance accusent des pertes sans précédent. À tel point que certains particuliers ne peuvent même plus renouveler leur assurance. Et cette situation n’est pas isolée.

Une explosion des primes d'assurance

En Allemagne, le secteur a déjà prévenu : "Si rien n’est fait pour maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C, nous devrons arrêter l’assurance contre les risques de catastrophe naturelle". Les assureurs affirment que 2021 pourrait être une des années les plus importantes en termes de pertes financières alors que le pays a subi des inondations historiques à la mi-juillet. Et la France n’est pas épargnée. 200 millions d’euros pour la tempête Alex qui a dévasté la vallée de la Roya, un milliard d’euros de dommages en raison des épisodes de gel dans les vignes, 550 millions d’euros concernant les inondations dans plusieurs départements en juin... Au total, la facture des sinistres climatiques a triplé depuis les années quatre-vingt, passée de 1,2 milliard d'euros par an à 3,6 milliards.

Face à la hausse des impacts du changement climatique, le monde de l’assurance appelle tous les acteurs à ne plus négliger "l’adaptation". En attendant, le secteur ne peut plus supporter seul le surcoût de la crise climatique. Même les réassureurs sont de plus en plus frileux de sorte que'ils cherchent de nouveaux outils de financement et certains font appel au marché des "cat bond", des "obligations catastrophe".

Concrètement, ces instruments financiers permettent de faire supporter le risque d’indemnisation des désastres naturels aux marchés financiers. Reste que les surcoûts liés au changement climatique vont inévitablement se répercuter sur les primes d’assurances. L’Autorité de contrôle prudentiel et de supervision (ACPR), qui dépend de la Banque de France, prévoit une explosion des primes de 130 à 200 % sur trente ans. 

Marina Fabre, @fabre_marina

L'éco-efficience

Par Le 01/08/2021

ÉCOEFFICIENCE

 

L'écoefficience est l’équation entre la valeur d'un produit ou d'un service et son impact sur l'environnement. Par exemple, les lampes fluo compactes sont plus éco-efficientes que les lampes à incandescence, car elles consomment moins d'énergie pour fournir la même lumière.

Pour s’inscrire dans une logique de développement durable, l’écoefficience doit répondre à un certain nombre de critères :

La dématérialisation des produits

La réduction de l’intensité énergétique des biens et des services

La diminution des rejets « toxiques » en milieu naturel

L’utilisation restreinte de territoires biologiquement productifs

Prédilection pour les modes et moyens les moins polluants

L’augmentation de la recyclabilité des matériaux

La maximisation de l’usage durable des ressources renouvelables

L’extension de la viabilité des produits

L’écoefficience est définie par le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) comme «la production de produits et services à des prix concurrentiels qui satisfont les besoins humains et procurent une qualité de vie, tout en réduisant progressivement les conséquences écologiques et le recours à de nombreuses ressources pendant le cycle de vie, à un niveau équivalent au moins à celui de la capacité estimée de la planète».

En 1996, Schaltegger fait évoluer la définition de l’écoefficience en distinguant deux sous-ensembles : l’écoefficience « produit » et l’écoefficience « fonction ». Distinction importante puisqu’à travers une vision plus élargie, on se focalise sur la fonction qui remplit la demande. Par exemple, une voiture peut être éco-efficiente en tant que produit, mais le sera beaucoup moins qu’un vélo si on s’attache à une fonction spécifique comme transporter une personne sur 3 kilomètres.

 

Un article qui date de 2003...Il est clair que l'idée que nous sommes dans une situation d'urgence est loin d'être adoptée...

Absurdité du productivisme et des gaspillages

Pour une société de décroissance

 

Mot d’ordre des gouvernements de gauche comme de droite, objectif affiché de la plupart des mouvements altermondialistes, la croissance constitue-t-elle un piège ? Fondée sur l’accumulation des richesses, elle est destructrice de la nature et génératrice d’inégalités sociales. « Durable » ou « soutenable », elle demeure dévoreuse du bien-être. C’est donc à la décroissance qu’il faut travailler : à une société fondée sur la qualité plutôt que sur la quantité, sur la coopération plutôt que la compétition, à une humanité libérée de l’économisme se donnant la justice sociale comme objectif.

par Serge Latouche Professeur émérite d’économie à l’université d’Orsay, objecteur de croissance.

 

« Car ce sera une satisfaction parfaitement positive que de manger des aliments sains, d’avoir moins de bruit, d’être dans un environnement équilibré, de ne plus subir de contraintes de circulation, etc. »

Jacques Ellul (1).

Le 14 février 2002, à Silver Spring, devant les responsables américains de la météorologie, M. George W. Bush déclarait : « Parce qu’elle est la clef du progrès environnemental, parce qu’elle fournit les ressources permettant d’investir dans les technologies propres, la croissance est la solution, non le problème.  (2) » Dans le fond, cette position est largement partagée par la gauche, y compris par de nombreux altermondialistes qui considèrent que la croissance est aussi la solution du problème social en créant des emplois et en favorisant une répartition plus équitable.

Ainsi, par exemple, Fabrice Nicolino, chroniqueur écologique de l’hebdomadaire parisien Politis, proche de la mouvance altermondialiste, a récemment quitté ce journal au terme d’un conflit interne provoqué par... la réforme des retraites. Le débat qui s’en est suivi est révélateur du malaise de la gauche (3). La raison du conflit, estime un lecteur, est sans doute d’« oser aller à l’encontre d’une sorte de pensée unique, commune à presque toute la classe politique française, qui affirme que notre bonheur doit impérativement passer par plus de croissance, plus de productivité, plus de pouvoir d’achat, et donc plus de consommation (4) ».

Après quelques décennies de gaspillage frénétique, il semble que nous soyons entrés dans la zone des tempêtes au propre et au figuré... Le dérèglement climatique s’accompagne des guerres du pétrole, qui seront suivis de guerres de l’eau (5), mais aussi de possibles pandémies, de disparitions d’espèces végétales et animales essentielles du fait de catastrophes biogénétiques prévisibles.

Dans ces conditions, la société de croissance n’est ni soutenable ni souhaitable. Il est donc urgent de penser une société de « décroissance » si possible sereine et conviviale.

La société de croissance peut être définie comme une société dominée par une économie de croissance, précisément, et qui tend à s’y laisser absorber. La croissance pour la croissance devient ainsi l’objectif primordial, sinon le seul, de la vie. Une telle société n’est pas soutenable parce qu’elle se heurte aux limites de la biosphère. Si l’on prend comme indice du « poids » environnemental de notre mode de vie l’« empreinte » écologique de celui-ci en superficie terrestre nécessaire, on obtient des résultats insoutenables tant du point de vue de l’équité dans les droits de tirage sur la nature que du point de vue de la capacité de régénération de la biosphère. Un citoyen des Etats-Unis consomme en moyenne 9,6 hectares, un Canadien 7,2, un Européen moyen 4,5. On est donc très loin de l’égalité planétaire, et plus encore d’un mode de civilisation durable qui nécessiterait de se limiter à 1,4 hectare, en admettant que la population actuelle reste stable (6).

Pour concilier les deux impératifs contradictoires de la croissance et du respect de l’environnement, les experts pensent trouver la potion magique dans l’écoefficience, pièce centrale et à vrai dire seule base sérieuse du « développement durable ». Il s’agit de réduire progressivement l’impact écologique et l’intensité du prélèvement des ressources naturelles pour atteindre un niveau compatible avec la capacité reconnue de charge de la planète (7).

Que l’efficience écologique se soit accrue de manière notable est incontestable, mais dans le même temps la perpétuation de la croissance forcenée entraîne une dégradation globale. Les baisses d’impact et de pollution par unité de marchandise produite se trouvent systématiquement anéanties par la multiplication du nombre d’unités vendues (phénomène auquel on a donné le nom d’« effet rebond »). La « nouvelle économie » est certes relativement immatérielle ou moins matérielle, mais elle remplace moins l’ancienne qu’elle ne la complète. Au final, tous les indices montrent que les prélèvements continuent de croître (8).

Enfin, il faut la foi inébranlable des économistes orthodoxes pour penser que la science de l’avenir résoudra tous les problèmes et que la substituabilité illimitée de la nature par l’artifice est concevable.

Si l’on suit Ivan Illich, la disparition programmée de la société de croissance n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. « La bonne nouvelle est que ce n’est pas d’abord pour éviter les effets secondaires négatifs d’une chose qui serait bonne en soi qu’il nous faut renoncer à notre mode de vie — comme si nous avions à arbitrer entre le plaisir d’un mets exquis et les risques afférents. Non, c’est que le mets est intrinsèquement mauvais, et que nous serions bien plus heureux à nous détourner de lui. Vivre autrement pour vivre mieux (9). »

La société de croissance n’est pas souhaitable pour au moins trois raisons : elle engendre une montée des inégalités et des injustices, elle crée un bien-être largement illusoire ; elle ne suscite pas pour les « nantis » eux-mêmes une société conviviale, mais une anti-société malade de sa richesse.

L’élévation du niveau de vie dont pensent bénéficier la plupart des citoyens du Nord est de plus en plus une illusion. Ils dépensent certes plus en termes d’achat de biens et services marchands, mais ils oublient d’en déduire l’élévation supérieure des coûts. Celle-ci prend des formes diverses, marchandes et non marchandes : dégradation de la qualité de vie non quantifiée mais subie (air, eau, environnement), dépenses de « compensation » et de réparation (médicaments, transports, loisirs) rendues nécessaires par la vie moderne, élévation des prix des denrées raréfiées (eau en bouteilles, énergie, espaces verts...).

Herman Daly a mis sur pied un indice synthétique, le Genuine Progress Indicator, indicateur de progrès authentique (IPA), qui corrige ainsi le produit intérieur brut (PIB) des pertes dues à la pollution et à la dégradation de l’environnement. A partir des années 1970, pour les Etats-Unis, cet indicateur stagne et même régresse, tandis que celui du PIB ne cesse d’augmenter  (10). Il est regrettable que personne en France ne se soit encore chargé de faire ces calculs. On a toutes les raisons de penser que le résultat serait comparable. Autant dire que, dans ces conditions, la croissance est un mythe, même à l’intérieur de l’imaginaire de l’économie de bien-être, sinon de la société de consommation ! Car ce qui croît d’un côté décroît plus fortement de l’autre.

Tout cela ne suffit malheureusement pas pour nous amener à quitter le bolide qui nous mène droit dans le mur et à embarquer dans la direction opposée.

Entendons-nous bien. La décroissance est une nécessité ; ce n’est pas au départ un idéal, ni l’unique objectif d’une société de l’après-développement et d’un autre monde possible. Mais faisons de nécessité vertu, et concevons, pour les sociétés du Nord, la décroissance comme un objectif dont on peut tirer des avantages (11). Le mot d’ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l’abandon de l’objectif insensé de la croissance pour la croissance. En particulier, la décroissance n’est pas la croissance négative, expression antinomique et absurde qui voudrait dire à la lettre : « avancer en reculant ». La difficulté où l’on se trouve de traduire « décroissance » en anglais est très révélatrice de cette domination mentale de l’économisme, et symétrique en quelque sorte de l’impossibilité de traduire croissance ou développement (mais aussi, naturellement, décroissance...) dans les langues africaines.

On sait que le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi en raison du chômage et de l’abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux, qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelle catastrophe serait un taux de croissance négatif ! De même qu’il n’y a rien de pire qu’une société du travail sans travail, il n’y a rien de pire qu’une société de croissance sans croissance. C’est ce qui condamne la gauche institutionnelle, faute d’oser la décolonisation de l’imaginaire, au social-libéralisme. La décroissance n’est donc envisageable que dans une « société de décroissance » dont il convient de préciser les contours.

Une politique de décroissance pourrait consister d’abord à réduire voire à supprimer le poids sur l’environnement des charges qui n’apportent aucune satisfaction. La remise en question du volume considérable des déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, avec l’impact négatif correspondant (donc une « relocalisation » de l’économie) ; celle non moins considérable de la publicité tapageuse et souvent néfaste ; celle enfin de l’obsolescence accélérée des produits et des appareils jetables sans autre justification que de faire tourner toujours plus vite la mégamachine infernale : autant de réserves importantes de décroissance dans la consommation matérielle.

Ainsi comprise, la décroissance ne signifie pas nécessairement une régression de bien-être. En 1848, pour Karl Marx, les temps étaient venus de la révolution sociale et le système était mûr pour le passage à la société communiste d’abondance. L’incroyable surproduction matérielle de cotonnades et de biens manufacturés lui semblait plus que suffisante, une fois aboli le monopole du capital, pour nourrir, loger et vêtir correctement la population (au moins occidentale). Et pourtant, la « richesse » matérielle était infiniment moins grande qu’aujourd’hui. Il n’y avait ni voitures, ni avions, ni plastique, ni machines à laver, ni réfrigérateur, ni ordinateur, ni biotechnologies, pas plus que les pesticides, les engrais chimiques ou l’énergie atomique ! En dépit des bouleversements inouïs de l’industrialisation, les besoins restaient encore modestes et leur satisfaction possible. Le bonheur, quant à sa base matérielle, semblait à portée de la main.

Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause sa domination sur le reste de la vie, en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes. Une réduction massive du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable. En 1981 déjà, Jacques Ellul, l’un des premiers penseurs d’une société de décroissance, fixait comme objectif pour le travail pas plus de deux heures par jour (12). On peut, s’inspirant de la charte « consommations et styles de vie » proposée au Forum des organisations non gouvernementales (ONG) de Rio lors de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement de 1992, synthétiser tout cela dans un programme en six « r » : réévaluer, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler. Ces six objectifs interdépendants enclenchent un cercle vertueux de décroissance sereine, conviviale et soutenable. On pourrait même allonger la liste des « r » avec : rééduquer, reconvertir, redéfinir, remodeler, repenser, etc., et bien sûr relocaliser, mais tous ces « r » sont plus ou moins inclus dans les six premiers.

On voit tout de suite quelles sont les valeurs qu’il faut mettre en avant et qui devraient prendre le dessus par rapport aux valeurs dominantes actuelles. L’altruisme devrait prendre le pas sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir sur l’obsession du travail, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le goût de la belle ouvrage sur l’efficience productiviste, le raisonnable sur le rationnel, etc. Le problème, c’est que les valeurs actuelles sont systémiques : elles sont suscitées et stimulées par le système et, en retour, elles contribuent à le renforcer. Certes, le choix d’une éthique personnelle différente, comme la simplicité volontaire, peut infléchir la tendance et saper les bases imaginaires du système, mais, sans une remise en cause radicale de celui-ci, le changement risque d’être limité.

Vaste et utopique programme, dira-t-on ? La transition est-elle possible sans révolution violente, ou, plus exactement, la révolution mentale nécessaire peut-elle se faire sans violence sociale ? La limitation drastique des atteintes à l’environnement, et donc de la production de valeurs d’échange incorporées dans des supports matériels physiques, n’implique pas nécessairement une limitation de la production de valeurs d’usage à travers des produits immatériels. Ceux-ci, au moins pour partie, peuvent conserver une forme marchande.

Toutefois, si le marché et le profit peuvent persister comme incitateurs, ils ne peuvent plus être les fondements du système. On peut concevoir des mesures progressives constituant des étapes, mais il est impossible de dire si elles seront acceptées passivement par les « privilégiés » qui en seraient victimes, ni par les actuelles victimes du système, qui sont mentalement ou physiquement droguées par lui. Cependant, l’inquiétante canicule de 2003 en Europe du Sud-Ouest a fait beaucoup plus que tous nos arguments pour convaincre de la nécessité de s’orienter vers une société de décroissance. Ainsi, pour réaliser la nécessaire décolonisation de l’imaginaire, on peut à l’avenir très largement compter sur la pédagogie des catastrophes.

Serge Latouche

Professeur émérite d’économie à l’université d’Orsay, objecteur de croissance.

(1) Entretiens avec Jacques Ellul, Patrick Chastenet, La Table ronde, Paris, 1994, page 342.

(2) Le Monde, 16 février 2002.

(3) Fabrice Nicolino, « Retraite ou déroute ? », Politis, 8 mai 2003. La crise a en fait été déclenchée par des formules contestables de Fabrice Nicolino qualifiant le mouvement social de « festival de criailleries corporatistes », ou évoquant « le monsieur qui veut continuer à partir à 50 ans à la retraite — pardi, il conduit des trains, c’est la mine, c’estGerminal ! ».

(4) Politis n° 755,12 juin 2003.

(5) Vandana Shiva, La Guerre de l’eau, Parangon, Paris, 2003.

(6) Gianfranco Bologna (sous la direction de), Italia capace di futur, WWF-EMI, Bologne, 2001, pp. 86-88.

(7) The Business Case for Sustanable Development, document du World Business Council for Sustanable Development diffusé au Sommet de la terre de Johannesburg (août-septembre 2002).

(8) Mauro Bonaiuti, « Nicholas Georgescu-Roegen. Bioeconomia. Verso un’altra economia ecologicamente e socialmente sostenible », Bollati Boringhieri, Torino, 2003. En particulier pp. 38-40.

(9) Le Monde, 27 décembre 2002.

(10) C. Cobb, T. Halstead, J. Rowe, « The Genuine Progress Indicator : Summary of Data and Methodology, Redefining Progress », 1995, et des mêmes, « If the GDP is Up, Why is America Down ? », in Atlantic Monthly, n° 276, San Francisco, octobre 1995.

(11) En ce qui concerne les sociétés du Sud, cet objectif n’est pas vraiment à l’ordre du jour : même si elles sont traversées par l’idéologie de la croissance, ce ne sont pas vraiment pour la plupart des « sociétés de croissance ».

(12) Voir « Changer de révolution », cité par Jean-Luc Porquet in Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu, Le Cherche-Midi, 2003, pp. 212 -213.

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Idées Écologie Politique Décroissance

Le temps précieux de la maturité

Par Le 27/07/2021

 

 

LE TEMPS PRÉCIEUX DE LA MATURITÉ

"J’ai compté mes années et j'ai découvert qu’à partir de maintenant, j’ai moins de temps à vivre que ce que j’ai vécu jusqu’à présent…

Je me sens comme ce petit garçon qui a gagné un paquet de friandises: la première il la mangea avec plaisir, mais quand il s’aperçut qu’il lui en restait peu, il commença réellement à les savourer profondément.

Je n’ai plus de temps pour des réunions sans fin où nous discutons de lois, des règles, des procédures et des règlements, en sachant que cela n’aboutira à rien.

Je n’ai plus de temps pour supporter des gens stupides qui, malgré leur âge chronologique n’ont pas grandi.

Je n’ai plus de temps pour faire face à la médiocrité.

Je ne veux plus assister à des réunions où défilent des égos démesurés.

Je ne tolère plus les manipulateurs et opportunistes.

Je suis mal à l´aise avec les jaloux, qui cherchent à nuire aux plus capables, d’usurper leurs places, leurs talents et leurs réalisations.

Je déteste assister aux effets pervers qu’engendre la lutte pour un poste de haut rang.

Les gens ne discutent pas du contenu, seulement les titres.

Moi, mon temps est trop précieux pour discuter des titres.

Je veux l’essentiel, mon âme est dans l’urgence… il y a de moins en moins de friandises dans le paquet…

Je veux vivre à côté de gens humains, très humains, qui savent rire de leurs erreurs, qui ne se gonflent pas de leurs triomphes, qui ne se sentent pas élu avant l’heure, qui ne fuient pas leurs responsabilités, qui défendent la dignité humaine, et qui veulent marcher à côté de la vérité et l’honnêteté.

L’essentiel est ce que tu fais pour que la vie en vaille la peine.

Je veux m'entourer de gens qui peuvent toucher le cœur des autres… des gens à qui les coups durs de la vie leurs ont appris à grandir avec de la douceur dans l’âme.

Oui… je suis pressé de vivre avec l’intensité que la maturité peut m'apporter.

J’ai l’intention de ne pas perdre une seule partie des friandises qu´il me reste…

Je suis sûr qu’elles seront plus exquises que toutes celles que j´ai mangées jusqu’à présent.

Mon objectif est d’être enfin satisfait et en paix avec mes proches et ma conscience.

J’espère que la vôtre sera la même, parce que de toute façon, vous y arriverez…"

Mário Raul de Morais Andrade

(1893 – 1945) Poète, Romancier, Musicologue Brésilien.

 

 

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Relire les "Anciens"

Par Le 24/07/2021

L'Histoire contient toutes les leçons de vie. Surtout celles que nous avons oubliées.

 

« Je pense depuis longtemps que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles et la vengeance qu’elle s’attire, mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public.

Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister, ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles. »

Georges BERNANOS.

Le rôle de la finance dans le désastre écologique

Par Le 23/07/2021

« Nous avons besoin de rien de moins que du démantèlement complet de la société industrielle mondialisée, de l’État, du capitalisme. Nous avons besoin d’une décroissance radicale, d’une dissolution de la société de masse au profit d’une multitude de sociétés véritablement démocratiques – fondées, donc, sur des technologies démocratiques. Ce que ni l’État ni son système judiciaire ne permettront ni n’encourageront jamais. Il va falloir se battre. »

 

 

 

 

"FAIRE SAUTER LA BANQUE " - JÉRÉMY DÉSIR-WEBER

 

Le rôle de la finance dans le désastre écologique

paru dans lundimatin#256, le 29 septembre 2020

APPEL À DONS

Après dix années passées entre grandes écoles et trading à haute fréquence, Jérémy Désir-Weber démissionne avec fracas de son poste de cadre, dans le département des risques du marché, au siège mondiale de HSBC, au coeur de la City de Londres. Il livre son témoignage pour raconter la « genèse d’une révolte », son parcours, sa prise de conscience graduelle, notamment écologique, à notre époque « où s’abstenir de choisir, c’est encore choisir ». Il refuse désormais de contribuer à « ce que Riesel et Semprun appelaient l’administration du désastre et la soumission durable ». Radicalement. [1]

[1] Cette note de lecture nous a été transmise par la...

Il vient d’avoir 15 ans, en septembre 2008, lors de la faillite de Lehman Brothers. Ses amitiés suscitent « cette critique paradigmatique qui manque tant » à ses camarades de prépa, en « Maths sup », « futures élites scientifiques du pays dont les ébauches de conscience politique semblent sévèrement atrophiées », au point de projeter d’infiltrer la finance pour opérer un changement de l’intérieur, l’améliorer, l’humaniser.

Après le lycée Massena de Nice, il intègre l’École des Mines de Saint-Etienne, puis l’Impérial College de Londres, avec un premier stage à la Direction des risques du Crédit Mutuel, puis un second dans la filiale européenne de Tudor Investment Corporation, un Master de Probabilités et Finances et un premier poste d’analyste quantitatif pour la supervision des modèles de trading algorithmique au siège londonien d’HSBC de Canary Wharf.

Son récit personnel s’inscrit dans une série d’analyses, techniques mais parfaitement accessibles, de la crise grecque, du scandale des subprime, de l’affaire Kerviel, de celle des SwissLeaks qui met en lumière le financement du terrorisme par les clients saoudiens de HSBC, celle des Panama Papers avec la révélation de 11,5 millions de documents confidentiels…

Ses explications sont souvent glaçantes et justifient amplement sa révolte. L’argent de la City a financé l’expansion coloniale du Royaume Uni, ses guerres contre Napoléon et sa révolution industrielle. Les anciens « confettis » de l’Empire (Bahamas, Gibraltar, Jersey et Guernesey, îles Vierges britanniques et Caïman) sont devenus des paradis fiscaux, qui pratiquent l’évasion et la fraude fiscales en quantité industrielle, grâce à une large « cécité complaisante ».

Une loi sur la « séparation et la régulation des activités bancaires » a été adoptée en France en 2013, guère contraignante, d’autant qu’une part non négligeable des décrets d’application n’est toujours pas publiée.

La Hong Kong and Shanghai Banking Corporation (HSBC) est née il y a plus de 150 ans, lorsque les colons anglais choisirent le port de Hong Kong comme base pour conquérir le marché chinois. Ils se lancèrent dans le commerce de l’opium, déclenchant une guerre que les Britanniques remportèrent, obtenant la possession de la ville pour 99 ans. La banque fut créée par des commerçants impliqués dans le trafic de drogue. Elle aurait du fermer en 2012, suite aux révélations sur son implication dans le blanchiment d’argent des cartels mexicains et colombiens, mais s’en sortira avec une amende de 2 milliards de dollars, l’équivalent d’un mois de profit, inaugurant l’ère des entreprises « too big to jail » (trop grosses pour aller en prison), c’est-à-dire, au-dessus des lois.

Gérant 3 000 milliards de dollars, elle serait la cinquième puissance économique mondiale si elle était un pays. En 1997, alors que la Grande Bretagne restitue Hong Kong à la Chine, la banque déménage son siège à Londres mais décide de jouer sur les deux tableaux, en conservant le siège de ses affaires en Asie.

Jérémy Désir-Weber détaille les limites des contrôles mis en place sur le trading haute fréquence. Il faut vingt pages de descriptions à un enquêteur de l’AMF, « le gendarme de la bourse », pour décrire 20 millisecondes d’échanges et son tableur Excel est limité à un million de lignes alors qu’il doit gérer un milliard et demi d’ordres. Le droit suisse limite les amendes pour blanchiment à 5 millions de francs suisses.

« Les autorités délèguent aux banques le pouvoir de se contrôler toutes seules. »

Lors de son intégration chez HSBC, il est surtout invité « à surveiller toute attitude suspecte d’un potentiel lanceur d’alerte ! » Chargé de vérifier un algorithme avant sa mise sur le marché, il signale un nombre important de problèmes graves, un score prédictif si bas que jeter une pièce en l’air aurait été plus sûr, et refuse de donner un accord favorable. Cependant, sa hiérarchie l’obligera à modifier son rapport et d’affirmer que l’algorithme a besoin d’être en conditions réelles pour s’améliorer.

En clair, les banques sont trop grandes pour être contrôlées.

La découverte de son inutilité face à l’inertie et à l’impunité, s’effectue alors que démarre, fin 2018, le mouvement des Gilets jaunes, au départ mobilisés contre une taxe carbone qui se révélera avoir été conçue pour compenser l’allègement des cotisations patronales, et la campagne de Greta Thunberg, puis les actions du mouvement Extinction Rebellion en avril 2019, qui alimenteront sa prise de conscience écologique.

Participant, avec sa compagne, au blocage de Parliament Square, il entend pour la première fois parler du GIEC et découvre la gravité de la situation climatique. Il s’engage dans des associations désireuses « d’exploiter la puissance des données au service de l’humanité », puis décide de décortiquer toute la documentation disponible chez HSBC relative à ses engagements en matière de sustainable finance, la finance soutenable, ou finance verte, afin de rédiger un rapport, d’une cinquantaine de pages, à destination de sa hiérarchie, dont il livre ici une longue synthèse qui mérite amplement qu’on s’y attarde.

Il rappelle tout d’abord les multiples effets destructeurs de notre civilisation industrielle basée sur la croissance et les nombreuses mises en garde à ce sujet depuis le rapport Meadows en 1972, l’immense part de responsabilité des énergies d’origine fossile dans le dérèglement climatique et leur corrélation inévitable à la croissance, même lorsque celle-ci est (prétendument) verte.

Sur la base des objectifs de l’accord de Paris de la COP21, il prévient qu’un désinvestissement rapide et coordonné dans les énergies fossiles de la part des banques, s’accompagnerait d’une croissance faible, voire négative, à laquelle finance n’est pas du tout préparée, entrainant des faillites bancaires à moyen terme. L’inaction et la poursuite d’une croissance économique rapide jusqu’à l’épuisement des réserves actuelles, alors que les premiers impacts d’un pic pétroliers pourraient se faire sentir dès 2025, feraient courir le risque d’un effondrement systémique qui emporterait, à plus long terme, le secteur financier dans son ensemble.

« L’industrie financière navigue à l’aveugle concernant la crise climatique, l’intégralité de ses produits et instruments ayant été structurés sans prendre en compte leur influence sur un facteur conditionnant pourtant leur propre viabilité et, plus largement, celle des organisations économiques et sociales. »

Il démontre à ses supérieurs pourquoi les engagements de HSBC en matière de finance durable sont fragiles et comment leurs obligations vertes peuvent financer des énergies fossiles, listant les multiples faiblesses des contraintes, des évaluations, de l’ensemble des indicateurs et des méthodologies dans ce domaine.

Suite au rapport Charney, commandé par le gouvernement du président Jimmy Carter en 1979, qui confirmait le scénario du réchauffement climatique, la communauté internationale parvint, à la fin des années 1980, à un accord contraignant pour les États, contrairement à l’accord de Paris, afin de geler les émissions mondiales de GES au niveau de 1990, suivi d’une réduction de 20% en 2005, malgré les tentatives de blocage de l’industrie des combustibles fossiles. Ronald Reagan annonça ensuite un changement de paradigme et les lobbies industriels s’organisèrent contre le mouvement écologiste et la réglementation environnementale, mettant en doute la science et finançant les lobbies climatosceptiques.

Pourtant, depuis quarante ans, rien n’est venu contredire ces conclusions. Pour finir, il suggère aux dirigeants d’HSBC la mise en place d’une formation pour tous les employés sur ces sujets, la prise en compte systématique du coût énergétique à tous niveaux, esquisser des stratégies coopératives totales pour appliquer des politiques radicales de décroissance à l’échelle des groupes bancaires systémiques.

Face à l’absence de réaction de sa hiérarchie, il décide de donner sa démission et, espérant en amplifier l’écho, de la rendre public dans une lettre ouverte qui commence par ces mots : « Le capitalisme est mort. Et bien que ces terres encore vierges sur le point d’être broyées, que ces vies encore fragiles sur le point d’être noyées, ne verront peut-être jamais éclore leur lendemain, le capitalisme est bel et bien mort dans son essence, en tant que concept et force structurante de nos affects. Plus vite nous rendrons les armes avec humilité devant cette incontournable réalité, plus la vie dans sa diversité aura de chances de se régénérer. »

Seul un site internet acceptera de la publier. De désillusion en désillusion, il poursuit sa conscientisation. Si son rapport, puisqu’il espérait réformer le système, s’inscrit dans la tendance de plus en plus populaire de la colapsologie, il découvre sur le site animé par Nicolas Cazeaux, Le Partage, un article de celui-ci qui lui permet de comprendre que la catastrophe est la civilisation industrielle, que son effondrement constituerait la fin du désastre : « La collapsologie renforce l’identification toxique de la plupart des gens qui vivent au sein de la civilisation industrielle à cette culture mortifère, au lieu d’encourager leur identification au monde naturel. » Il regrette de n’avoir pas suffisamment insisté sur les énergies dites « renouvelables » qui ne font qu’alimenter la fuite en avant, ouvrant surtout de nouveaux marchés pour alimenter la croissance, et sont inefficaces à stopper le ravage.

Il comprend également le rôle central de l’État, avec ses lectures de oeuvres de James C. Scott, Marshall Sahlins et David Graeber, ainsi que d’un livre signé Désobéissance Écologie Paris, Écologie sans transition, dans lequel il lit que « L’écologie ne peut pas être un ensemble de mesures que l’on exige de l’État, puisque celui-ci a pour fonction de garantir une économie de croissance : il ne peut rien pour nous, mais peut tout contre nous. »

Dans un autre article à propos de L’Affaire du siècle, un procès climatique contre l’État, Nicolas Cazeaux explique : « Nous avons besoin de rien de moins que du démantèlement complet de la société industrielle mondialisée, de l’État, du capitalisme. Nous avons besoin d’une décroissance radicale, d’une dissolution de la société de masse au profit d’une multitude de sociétés véritablement démocratiques – fondées, donc, sur des technologies démocratiques. Ce que ni l’État ni son système judiciaire ne permettront ni n’encourageront jamais. Il va falloir se battre. »

Toujours animé par sa volonté réformiste, il rencontre, avec d’autres anciens élèves, la direction de l’École des Mines de Saint-Etienne et participe pendant un an à l’élaboration d’un module qui sera finalement rejeté. Puis il accepte de comparaitre comme expert au procès d’une douzaine d’activistes suisses poursuivis pour avoir occupé les locaux du Crédit Suisse dans le cadre d’une manifestation non-violente et festive. Une fois déconstruits les éléments de langage de la banque, il affirme que l’action directe et la désobéissance civile sont les seules solutions pour alerter l’opinion publique et que la seule façon pour les banques d’infléchir positivement leur politique écologique serait « un auto-démantèlement ».

Le juge acquittera les activistes, considérant que leur action se justifiait au vue de l’urgence climatique, invoquant l’état de « nécessité licite ».

En conclusion, il invite à « se réapproprier les conditions de sa propre subsistance en réunissant les savoir-faire permettant de s’émanciper de ce système », « d’intensifier et relier entre elles les alternatives citoyennes et réseaux d’entraides », « adopter, développer, enrichir, en complément, une approche offensive, en s’attaquant au coeur du système », « identifier les fragilités des institutions et infrastructures – énergétiques, industrielles, pétrochimiques, financières, etc – responsables du désastre écologique et humain en cours, impossibles à réformer, puis encourager, voire participer à leur démantèlement ».

Évidement son cheminement intellectuel est un peu plus complexe et s’il nous en livre toutes les étapes, nous n’avons pu les rapporter en détail. Nous espérons toutefois être parvenu à en restituer les grandes lignes sans trop les dénaturer.

Jérémy Désir-Weber réalise une excellente synthèse des enjeux écologiques actuelles, ainsi qu’un brillant et glaçant exposé sur l’emprise des institutions financières sur notre système économique et industriel, vulgarisant des mécanismes financiers particulièrement complexes. Tout est dit. Ce livre aidera les personnes « souffrant de dissonance cognitive entre leur travail et leurs valeurs » à « résister aux fausses solutions ».

« Que ce soit par la parole, par l’écrit, par le blocage, par l’autonomie, par l’entraide, par la démission, par le sabotage : faisons sauter la banque. »

FAIRE SAUTER LA BANQUE
Le rôle de la finance dans le désastre écologique
Jérémy Désir-Weber
250 pages – 15 euros
Éditions Divergences – Paris – Septembre 2020

www.editionsdivergences.com

Jérémy Désir-Weber a aussi fondé, avec sa compagne Mathilde, l’association « Vous n’êtes pas seul », pour conseiller et soutenir toutes celles et ceux qui souhaiteraient « participer à l’offensive écologique depuis leur position professionnelle ».

[1] Cette note de lecture nous a été transmise par la Bibliothèque Fahrenheit 451.

Positions

Note de lecture

Intelligence artificielle : l'illusion d'un monde meilleur

Par Le 23/07/2021

Vraiment pour moi, cet article est une merveille. J'y retrouve beaucoup des thèmes que j'ai évoqués ici au sujet de l'écomodernisme mais dans cette interview, on y trouve des exemples concrets, vécus par une personne qui y a cru et qui en est sorti. Qui en est sorti pour se servir de ces compétences dans une lutte indispensable. 

Remarquable. 

 

« Pour constater que l’Intelligence Artificielle est très dangereuse, il suffit de regarder dans le passé »

 

En 2019 et 2020, on a été amené à entrainer des modèles de détection d'occupation illégales des sols à partir d'images satellites pour des collectivités territoriales puis l’État. Ce qui pourrait typiquement servir à détecter et traquer par exemple des ZAD pour les évacuer... Entre la surveillance et la rationalisation j'ai perdu la foi dans l'utilisation de mes connaissances scientifiques pour l'amélioration des services publics. On peut penser que cela concerne des politiques récentes, la vérité c'est qu’on utilise rarement la technique pour faire plaisir au « bas peuple ».

7 avril 2021 - Matthieu Delaunay

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

 

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Après 3 ans de missions dans l’énergie et le secteur public, Romain Boucher, ingénieur, mathématicien et statisticien a démissionné de son poste très bien rémunéré de Data Scientist dans une entreprise de conseil, pour alerter sur les ravages écologiques et sociaux des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle. Diplômé de l’École des Mines et d’un master en maths appliquées et statistiques, il est devenu membre de la jeune association « Vous n’êtes pas seuls » afin d’accompagner les lanceurs d’alerte et prévenir la population sur la façon dont la technologie est utilisée pour traquer les citoyens et réduire les moyens du Service public. Aujourd’hui, il nous explique son parcours, de la fast Track du Consulting for good aux potagers corses. Propos recueillis par Matthieu Delaunay.

LR&LP : Qu’est-ce qui vous a amené à exercer le métier de data scientist, « job le plus sexy du 21ème siècle » d’après l’illustre Harvard Business Review ?

Comme j’étais bon étudiant en mathématiques, après une classe préparatoire à Louis le Grand, je suis rentré à l’école des Mines de Saint-Étienne où j’ai fait une spécialisation en maths appliquées et en statistiques et sciences des données. Toutes les branches de l’industrie sont de plus en plus demandeuses de data scientists pour implémenter des modèles statistiques et rationaliser.

J’étais emballé par cette possibilité d’utiliser les maths pour prévoir ce qui va se passer dans l’avenir, détecter automatiquement des évènements etc. Pour un étudiant qui a toujours vu les maths de façon abstraite, lui dire que son métier sera utile pour améliorer des choses dans le secteur public, servir l’intérêt général et autre, c’est séduisant.

Ce mythe était déjà bien installé à mon arrivée en école d’ingénieur et je n’avais pas le recul que j’ai aujourd’hui sur la publicité qui est faite autour de la réappropriation de la technique. Après un Master pour approfondir le côté maths et statistiques dont je suis sorti en 2017, j’ai foncé vers le métier de consultant, comme beaucoup d’autres étudiants avec moi.

Romain Boucher

LR&LP : Qui recrute des ingénieurs mathématiciens et statisticiens ?

Je ne voulais pas m’enfermer dans un secteur en particulier, ni aller dans un grand groupe, ni faire de l’argent dans la finance ou l’assurance qui proposent des salaires exorbitants en 3-4 ans.

Je voulais faire des choses techniquement satisfaisantes et qui amélioraient les transports, la santé, le monde de l’énergie via les smart grids (réseau électrique intelligent pour améliorer la consommation et la production électrique, ndlr) …

Je suis donc allé chez Sia Partners, un cabinet de conseil à l’organisation matricielle comprenant différentes unités de compétences avec parmi elles des consultants data scientists. Après 18 mois dans l’énergie et la distribution d’électricité, je me suis tourné vers l’administration publique qui commençait à lancer des appels d’offres très techniques pour mettre en place des modèles écologiques, de transport, de détection des fraudes, etc.

En quelques mois, je suis devenu un des responsables pour répondre aux appels d’offres de data sciences dans le secteur public et mener à bien les missions gagnées. Techniquement, c’était à la pointe, donc c’était très satisfaisant. Nous travaillions à « l’état de l’art », c’est-à-dire qu’on utilisait les modèles les plus performants d’après le consensus scientifique.

LR&LP : Qui vous fournit ces modèles ? Pouvez-vous nous dire un mot sur votre métier ?

Un consultant data scientist passe 50 % de son temps à « mettre les mains » dans le code et l’autre 50 % à l’expliquer au client. Pour résumer : tous les mois, un nouveau modèle est mis au point par la recherche, publique ou privée.

Le data scientist a pour rôle de faire de la veille sur ces nouveaux modèles établis par la recherche, notamment par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Apple, Microsoft, ndlr). Ensuite, il décortique ces modèles dont il utilise le canevas.

Une fois le modèle choisi et agencé, il récupère les données du client, les nettoie, les traite et les utilise pour ré-entrainer le modèle. Si le modèle du client est de détecter des chats siamois en France alors que le modèle de Google que le consultant a identifié a été entrainé pour détecter des rottweilers aux États-Unis, il va falloir le refaçonner.

LR&LP : Donc vous voilà un ingénieur heureux, qui fait des choses très gratifiantes intellectuellement, mais aussi financièrement. Quels sont les salaires dans ce milieu ?

C’est très bien payé. Je suis rentré à 44 000 € la première année et au bout de trois ans je gagnais 60 000 €. Dans la finance, au bout de trois ou quatre ans, un analyste quantitatif peut même toucher jusqu’à 200 000 € par an.

LR&LP : Que s’est-il passé ensuite ?

J’ai réalisé différentes missions passionnantes intellectuellement. Pour le compte de la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, NDLR). Nous avons élaboré un modèle de détection des faux avis sur le web.

Je pensais que la DGCCRF avait l’objectif de montrer que les GAFAM ne faisaient pas bien leur travail de surveillance afin de leur infliger une amende, mais non : c’était simplement pour dire qu’ils faisaient de la détection de fraude.

Au bout d’un moment on se rend compte que les types de mission qui reviennent sont des missions de surveillance et de rationalisation d’effectifs.

Pour l’Agence française de la biodiversité, dont une des fonctions est de contrôler les cours d’eaux, 2 000 agents sont sur le terrain pour faire des contrôles. Comme l’Agence trouvait que, 2 000, c’était trop, elle a lancé un appel d’offre pour un modèle statistique destiné à mieux cibler ces contrôles.

Le modèle n’était pas là pour dépolluer plus ou éviter des pollutions, il avait juste vocation à rationaliser l’effectif ! L’objectif n’était pas de trouver plus de pollution, mais autant, avec moins d’inspections !

Ma conscience commençait à s’éveiller. Même quand on pense mettre la technique au profit de ce qui nous tient à cœur, on voit que, derrière, se cache souvent quelque chose d’ignoble. Et ça se répète. La moitié des missions sont à l’avenant.

La plus technique que j’ai faite était pour un organisme de la Sécurité sociale qui a des téléconseillers qui répondent tous les jours au téléphone à des associations. La Sécurité sociale souhaitait qu’on entraine leur propre modèle de reconnaissance vocale et de compréhension des intentions au téléphone.

En d’autres termes, concevoir un robot qui répondra aux questions de bénévoles, souvent âgés, qui appellent pour demander une aide ou un renseignement. On nous a demandé de tout faire en open source, donc c’était très technique et intéressant.

On a réussi, et avons créé ce robot répondant aux questions les plus récurrentes pour soulager les pics d’appels de janvier et septembre pendant lesquels la Sécurité sociale faisait habituellement appel à des CDD de 3 mois.

LR&LP : Est-ce que vos missions coûtent cher ?

De façon générale, un consultant coûte environ 1000 € la journée. Pour le secteur public, les missions sont peu chères, mais pour les cabinets qui les réalisent, c’est une image de marque incroyable. Donc indirectement c’est très rentable.

Nous ne sommes pas dans les ordres de grandeurs scandaleux de missions comme celle de McKinsey qui a organisé la campagne de vaccination. Les enveloppes excédant rarement 100 000 €, c’est vite rentable pour l’Administration publique. La Direction de la Transformation Publique fait des appels à projets dans de nombreuses administrations, qui en retour proposent des idées, que la Direction sélectionne ou pas.

Globalement, ce sont souvent les projets de rationalisation qui sont retenus et financés, ce qui permet de préparer le terrain des coupes budgétaires. Techniquement, c’est passionnant, et j’étais bluffé de ce qu’on arrivait à faire, mais en voyant le résultat on se rend compte que ça supprime avant tout les moyens du Service public.

On nous demandait de réaliser de belles présentations pour montrer à la Transformation publique combien on économisait. La logique d’amélioration du service public n’existait plus.

Et puis, en 2019 et 2020, on a été amené à entrainer des modèles de détection d’occupation illégales des sols à partir d’images satellites pour des collectivités territoriales puis l’État. Ce qui pourrait typiquement servir à détecter et traquer par exemple des ZAD pour les évacuer… 

Entre la surveillance et la rationalisation j’ai perdu la foi dans l’utilisation de mes connaissances scientifiques pour l’amélioration des services publics. On peut penser que cela concerne des politiques récentes, la vérité c’est qu’on utilise rarement la technique pour faire plaisir au « bas peuple ».

LR&LP : Et puis vous vous retrouvez en septembre 2019, sur une île de Venise privatisée pour un séminaire qui regroupe tous les consultants du monde. Là on vous fait une annonce importante…

Ça a été la goutte de trop. Le PDG, Matthieu Courtecuisse, libéral jusqu’au bout des ongles, nous a annoncé qu’après avoir pensé uniquement au profit pendant 20 ans, l’heure était venue d’avoir un but et une nouvelle campagne marketing autour du concept du Consulting for good.

1 500 personnes sortent enthousiasmées de ce séminaire, ravis à l’idée de faire du green washing. Je me doute que ça va être du vent jusqu’à ce qu’on trouve de quoi remplir cette coquille vide, mais au bout de quatre mois, il n’y avait toujours rien. Pourtant les signatures, la charte graphique et les présentations avaient été modifiées pour valoriser cette nouvelle démarche. J’étais sidéré.

Des collègues commençaient à être convaincus eux même : « De l’argent va pouvoir se faire sur la transition écologique, il va nous falloir prendre une part du gâteau, autant que ce soit nous plutôt que les autres… »

À cette époque, je travaillais beaucoup avec le Directeur général adjoint, David Martineau, et ne manquais pas de lui parler de mes doutes. Il me répondait : « Je sais qu’il n’y a rien, mais on a besoin de gens comme toi, rebelles et proactifs, pour que cette démarche porte ses fruits. ».

Concrètement, Consulting for good, c’est faire des bilans carbones, pousser le chemin vers l’hydrogène et les voitures électriques, un point c’est tout. Donc rien de radical pour lutter contre la crise écologique ! Quelques-uns se sont fait avoir, la plupart sont partis en silence.

An open pit lithium mine – Credit: UNC Chapel Hill

Lire aussi : Le plus vieux désert du monde meurt pour les batteries de nos voitures « vertes »

LR&LP : Vous décidez de partir en alertant davantage, c’est d’ailleurs l’objet du rapport que vous rendez public.

Je ne voulais pas rester plus de trois ans, sinon la machine aurait été inarrêtable. Très vite on peut gagner 100 000 € et ne plus toucher le sol. J’avais beaucoup d’argent de côté et aucune raison d’en vouloir plus.

Je voulais écrire une longue lettre à tous les gens de Sia Partners pour qu’ils comprennent pourquoi ce départ, assez inopiné pour quelqu’un en fast track, sur la voie royale pour monter très haut, très vite.

Quand, en janvier 2020, j’ai annoncé ma démission à David Martineau, celui-ci a d’ailleurs cru à une plaisanterie, ne voulant pas y croire. Et puis, on a parlé de l’hypocrisie du consulting for good et du fait que je ne voulais plus être en désaccord avec mes valeurs.

Je n’ai finalement pas écrit cette lettre, car le temps m’a manqué avant de quitter mon poste en mars, mais me suis remis à lire beaucoup et ce projet de lettre est devenu un début de rapport.

J’en ai achevé la rédaction fin 2020, après avoir pris quelques mois de vacances et passé notamment plusieurs semaines en Corse dans une ferme pour mettre les mains dans la terre. J’ai découvert là un autre rythme de vie qui m’a fait beaucoup de bien.

LR&LP : Comment expliquez-vous la fascination qu’exerce vos métiers, la technique et la technologie sur le public en général ?

Qui est encore fasciné et qui commence à ne plus l’être ? Les gens d’une vingtaine d’années qui se posent des questions sur ce qui se passe sur le plan écologique commencent à comprendre que le confort ne va pas aller en s’augmentant.

Quant à ceux qui ne sont pas politisés, ils vont le devenir par la force des choses. Pour répondre à votre question, il y a ce matraquage depuis l’enfance, cette propagande qui nous dit que « le progrès, c’est bon parce que ça permet de lutter contre la mort ».

C’est l’argument numéro 1 qui ne remet jamais en question ce que le progrès technique génère comme syndromes, comme maladies de civilisation (cancer, stress et dépression, pollution). On dit toujours qu’avec le Progrès, on sauve plus de vies qu’on en supprime, comme Amazon qui est supposé créer plus d’emplois qu’il n’en détruit. Sauf qu’il faudrait commencer par mesurer tout ça !

Cette propagande marche bien, tout simplement parce qu’elle est au service des intérêts financiers. Même par rapport aux enjeux écologiques, on arrive à faire passer le message que c’est avec plus de technologie qu’on va résoudre le problème.

Les puissances d’argent n’ont donc aucun souci à se faire ! Sauf que cet horizon dessiné par la technique se fissure lentement. Les 15-20-25 ans commencent à le comprendre.

LR&LP : Vous semblez très optimiste sur cette politisation des masses.

Il faut qu’il y ait des conséquences concrètes sur la vie des gens pour que cette politisation accélérée se produise. Or, je pense que c’est ce qui va arriver. On le voit au niveau mondial : il y a rarement eu autant d’insurrections simultanément, je pense par exemple aux mouvements sociaux actuels en Inde, dont l’ampleur semble inégalée.

En France, beaucoup d’étudiant.es n’ont plus à manger, et ne peuvent pas retrouver de travail. Certain.es se jettent par les fenêtres… Ce qu’on vit est impensable ! Dès qu’il y aura de nouveau des espaces de régénérescence de la puissance collective, cette bouffée d’oxygène que le gouvernement fait en sorte de retarder au maximum, les gens vont se politiser.

La crise actuelle va laisser évidemment des séquelles. L’espoir, il n’y a guère de raisons d’en avoir sur quoi que ce soit. Je pense que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir conscience que ce qui est arrivé avec le COVID-19 n’est pas grand-chose par rapport à ce qui aurait pu se passer, et ce qui risque de se passer dans un avenir proche.

La tournure que prennent les choses sur le plan sécuritaire et autoritaire n’est pas réjouissante. Et puis avec les élections qui vont arriver en 2022 en France, le gouvernement a tout intérêt à garder « ça » le plus calme possible, même si ça va être très difficile pour lui.

Pour revenir sur la politisation accélérée, l’exemple des Gilets Jaunes a été ahurissant. Voilà des centaines de milliers de personnes désabusées qui ont en quelques semaines, pris à bras-le corps leur destin politique.

LR&LP : Puisque vous parlez politique, pensez-vous que le monde politique et scientifique soit volontairement aveugle ?

Pour les scientifiques, je pense que c’est partagé car j’en ai vu de différentes sortes. Ce qui est sûr, c’est qu’on peut arriver à haut niveau sans nécessairement remettre les méfaits de la technique en question.

Des pontes de l’IA dans les instituts de recherches sont convaincus de l’intérêt qu’elle représente. Sont-ce des partisans du Trans humanisme ou du progrès technique à l’infini pour autant, je ne le pense pas. Ils ne prennent pas de recul car ils sont les meilleurs dans ce qu’ils font et donc n’ont pas besoin de remettre ça en question.

Pour les responsables politiques, je pense que cette cécité est volontaire. Ils savent ce qui se passe depuis des années.

Emmanuel Macron qui dit qu’on a besoin « de jeunes qui veulent devenir milliardaires », sert tout ce qui a de plus capitaliste dans l’État. C’est ce qui lui a permis d’arriver là où il est semble-t-il.

Est-ce que, quand il se couche, il se dit que le projet de croissance verte est une belle manœuvre ou en est-il convaincu ? Au fond, la différence importe peu puisque les faits, dramatiques, sont là.

LR&LP : Peut-on réellement changer le système de l’intérieur ?

Il y a ce discours récurrent, et que j’ai pu tenir un temps : « Si je n’y vais pas, quelqu’un d’autre va y aller, et je sais que je vais faire mieux car, moi, je suis de gauche ». Je me suis confronté aux limites du réel, et ce que j’essaie de dire dans ce rapport c’est que, malgré toute la bonne volonté qu’on y met, structurellement, ça ne changera pas.

Ce n’est ni un problème d’idées ni d’individus, puisqu’il y a des limites structurelles à ce qu’on peut faire à l’intérieur d’un système comme le capitalisme.

Je n’ai pas eu la démarche de faire monter le rapport en interne (contrairement à Jérémy Désir qui a démissionné de HSBC) parce que je voulais démissionner rapidement et aussi parce que Sia Partners n’est pas une entreprise d’importance systémique qu’il faut absolument pointer du doigt, même si elle grossit de plus en plus.

Ce que je montre, c’est l’envers du solutionnisme technologique et le fonctionnement des cabinets de conseil. Dans les deux cas, nous voulions montrer que ce n’est pas en restant indéfiniment à son poste qu’on peut faire changer les choses.

Lire aussi : « La démission publique d’un cadre d’HSBC expliquée dans une lettre ouverte à l’humanité »

LR&LP : Puisqu’on ne peut rester à l’intérieur pour avoir une vie décente et changer le système, et que dehors le chômage gronde, que fait-on ?

Il y a l’association VPNS, Vous n’êtes pas seul (rires, ndlr) ! Plus prosaïquement, on peut aussi trainer des pieds et garder son salaire sans travailler. Ce n’est pas facile à faire mais c’est possible. Un ami l’a fait dans une grande banque et a négocié finalement une rupture conventionnelle.

Chez VNPS nous souhaitons utiliser la situation professionnelle d’une personne, qui pensait pouvoir changer le système mais qui s’est heurtée à un plafond de verre, pour lui dire de faire imploser les choses par une démarche de lanceur d’alerte.

Pour l’heure, nous touchons des salariés de grands groupes, des consultants comme des personnes en ONG. Si demain quelqu’un nous contacte parce qu’il travaille dans une usine de LBD, on va réfléchir à ce qui peut être fait sans mettre la personne en danger.

Mais on ne va pas se battre qu’avec des idées, il nous faut passer à des stratégies structurelles plus importantes. Je ne crois pas non plus qu’il faille sortir du système pour le détruire. À mon sens, il faut rester dans l’adhérence pour attirer des éléments du système et construire des choses qui vont le corroder. 

La question qui se pose, c’est combien de personnes, et comment ? Nous poussons un mode d’organisation basé sur l’« archipélisation », comptant sur l’entraide pour faire avancer les luttes que nous portons avec nos proches. On réfléchit en faisant et on fait en réfléchissant. La question d’échelle sera fondamentale.

LR&LP : 1,4 milliards de smartphones sont vendus chaque année. Que dire à une personne qui pense, et je caricature volontairement, qu’on va planter des arbres grâce à des applis ?

Puisqu’on les gave avec la « décarbonation » et « la lutte contre le réchauffement », notions parfaitement intégrées dans la démarche néolibérale, les gens n’ont pas conscience que les ravages écologiques sont déjà derrière nous.

En intégrant ça, on comprend que ces catastrophes sont concomitantes avec l’essor des sociétés industrielles et la complexification des sociétés dites développées. On a beau dire que la technique nous fait vivre un peu plus longtemps en bonne santé, on ne se penche pas sur les conséquences que cette technique et cette technologie produisent au niveau écologique.

L’artificialisation des sols, l’extractivisme, l’exploitation du vivant et des populations humaines n’ont été possibles que par une chose : le développement et l’utilisation de la technique.

Nous avons construit des sociétés hiérarchisées, verticales et complexes techniquement. On n’a plus besoin de la prospective pour dire que la technologie, l’Intelligence Artificielle, tout cela est très dangereux : il suffit juste de regarder dans le passé. Tout simplement.

LR&LP : Comment démystifier les promesses technologiques, par exemple sur le volet médical, agricole et en termes de transport ?

On nous dit que la médecine nous permet de vivre un peu mieux, un peu plus longtemps. Mais vivons-nous plus heureux ? La question mérite d’être posée. Il y a 10 000 ans, il y avait certes beaucoup de mort-nés, mais ceux qui survivaient à la deuxième année vivaient au-delà de 60 ans d’après les récentes recherches anthropologiques.

Ils avaient sans doute moins de culture et de bijoux technologiques mais n’ont pas développé d’outils leur permettant de détruire le vivant comme nous le faisons. Je suis convaincu qu’il y a davantage d’entraide que de compétition pour la survie de l’espèce. C’est d’ailleurs tout l’objet du livre de Pierre Kropotkine.

Sur un plan agricole, avec l’IA, les OGM ou autre, le fantasme de faire émerger une technologie qui nous permettra de toujours trouver des moyens de nous alimenter, passe moins bien il me semble.

Alors bien sûr, une start up qui fait des steaks d’insectes, a levé 300 millions d’euros récemment. Les gens sont contents, puisque ça va rapporter beaucoup d’argent, mais ça ne me semble pas toucher la personne moyenne qui volontairement choisirait de s’alimenter avec des produits ultra transformés et technicisés plutôt que naturels.

Et puis il y a le forçage génétique, qui est le fait d’imposer des gênes dominantes chez certaines espèces de butineurs et autres, mais dont les gens ignorent tout, alors que cela me paraît effrayant.

Lire aussi : La technologie de l’extinction : le forçage génétique

On ne fera pas mieux que ce qui existe déjà. Le vivant a des centaines de millions d’années d’évolution. Un système ultra rationalisé balisé par l’être humain ne pourra le dépasser.

Quant à l’argument des 8 milliards d’humains qui ne peuvent être nourris que grâce aux OGM, à l’IA et au forçage génétique, même si nous sommes une espèce extrêmement invasive – avec quelques-uns plus destructeurs que d’autres -, il est aujourd’hui reconnu qu’une agriculture raisonnée permettrait de nourrir ces personnes.

On nous promet une agriculture 4.0 avec des drones pour nous dire où arroser, récolter ou soigner, mais la plus efficace, c’est la plus petite parcelle sans monoculture et qui se rapproche le plus du milieu naturel.

Lire aussi : « On n’arrivera pas à éradiquer la faim dans le monde si on ne prend pas la crise climatique au sérieux. »

Enfin, concernant le transports et l’énergie, quelle est la question ? Est-ce qu’on a envie de continuer à se déplacer autant ? D’avoir des avions, des TGV, d’aller à l’autre bout du monde en aussi peu de temps ?

Les gens vont sans doute dire oui, parce que ça aura fait partie du confort qu’on aura eu pendant une brève période de l’humanité, de la même façon qu’avoir accès à internet a été fabuleux.

Mais je crois qu’il faut se rendre compte que certaines choses ne sont pas durables et qu’il vaut mieux réagir maintenant. Sinon, je pense envisageable que cette prise de conscience se fasse suite à des drames humains indicibles.

La période me semble donc propice pour tirer à l’échelle locale les conséquences d’une fausse croyance : celle d’avoir cru pendant des siècles que le temps, c’était la technique.

Propos recueillis par Matthieu Delaunay. Journaliste, auteur, voyageur au long cours, Matthieu Delaunay contribue régulièrement à La Relève et La Peste à travers des entretiens passionnants, vous pourrez le retrouver ici.

7 avril 2021 - Matthieu Delaunay

La relève et la peste : recueil

Par Le 23/07/2021

Hors-série – Recueil

« Recueil » est le titre de notre nouvelle édition. Ce hors-série regroupe tous les plus beaux textes de La Relève et La Peste depuis plus de 7 ans. Nous avons réuni 14 auteurs qui ont façonné La Relève et La Peste depuis ses débuts. Que vous ayez déjà nos livres ou que vous souhaitiez connaître nos éditions, le meilleur choix est ce hors-série qui donne une vision globale de notre travail éditorial.


Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire notre planète alors que nous savons que nous devons la protéger ? Plongez en immersion au coeur des assassins financiers du développement, ces tueurs à gages économiques qui escroquent des pays du tiers monde de trillions de dollars soutenus par les pays membres permanents de l’ONU. Comment la désobéissance civile est notre seul moyen d’action face à nos dirigeants ? Parcourez l’arctique avec notre exploratrice qui vous emmènera au coeur d’un territoire où règnent ours polaires et pingouins. Découvrez la vraie démocratie participative avec un maire de France. Plongez au coeur du monde animal à travers leurs intelligences et leurs émotions. Produire ou s’épanouir, devons-nous vraiment choisir ? Allons-nous véritablement vers une planète inhabitable ? Voici un bref aperçu des 14 chapitres qui façonnent ce hors-série exceptionnel.

Caractéristiques :
Contenu : Démocratie participative, exploration au coeur de l’arctique, désobéissance civile, entretien avec Pierre Rabhi, investigation au coeur de l’ONU, explications de poèmes, protection des océans, intelligence animale.
Auteurs : Aurine Cremieu, Jean-loup Izambert, Sebastien Bohler, Jo Spiegel, Idriss Aberkane, Jean-François Mattei, Françoise Gervais, Manuel Cervera-Marzal, Valérie Cabanes, Guillaume Corpard, Karine Lou Matignon, Lamya Essemlali.
Format : 250 pages
Reliure : Tranche, avec fil
Impression : En France, sur du papier certifié PEFC
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Accaparement des terres agricoles

Par Le 21/07/2021

Si c'était dans la Creuse, clair qu'on participerait à l'occupation.

Sauf, qu'ici, les terres, ça ne vaut pas ce prix-là, sinon, on n'y serait pas...

Un problème majeur quand on parle d'autonomie alimentaire et de développement d'une agriculture raisonnée, bio, locale.

 

Pays Basque : des paysans occupent un domaine de 15ha pour lutter contre l’accaparement des terres agricoles

 

« C’est important de protéger ces 12ha car le territoire est bien loin de l’autonomie alimentaire. Ces terres se trouvent aux portes de Biarritz, si un paysan y fait des légumes ou des fruits et les vend, il n’aura aucune difficulté à trouver des débouchés. La recherche de terres est vraiment le nerf de la guerre pour les porteurs de projet agricole. Si on laisse faire la spéculation foncière sans la réguler, ça va devenir invivable pour les paysans mais aussi la population ! Si on se met à répercuter le prix du foncier sur les denrées alimentaires produites, plus personne ne pourra se nourrir ! »

21 juillet 2021 - Laurie Debove

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Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !

- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

 

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Trop, c’est trop. Dans le Pays Basque, les paysans sont en colère. Depuis fin juin, ils occupent 15ha de terres agricoles pour lutter contre leur vente spéculative : 3,2 millions d’euros pour les terres, une maison et un corps de ferme abandonnés. Achetés par une multimillionnaire parisienne qui évite tout contact direct avec eux, ils ont décidé de durcir le ton et d’occuper la maison pour faire entendre leurs revendications. Pour eux, cette vente est symbolique des enjeux locaux : l’accès au foncier agricole et au logement devient impossible à cause de la spéculation. Ils sont déterminés à « tenir jusqu’au bout », convaincus que ce patrimoine agricole doit rester un bien commun au service de l’autonomie alimentaire du territoire.

La spéculation foncière des terres agricoles

C’est une annonce postée sur les réseaux paysans qui a allumé la mèche de la résistance. A Arbonne, aux portes de Biarritz, le dénommé Yves Borotra vend sa propriété comprenant une maison d’habitation en cours de rénovation, l’ancienne maison des fermiers, inhabitée aujourd’hui, et des parcelles agricoles d’un peu plus de 15 hectares pour 3,15 millions d’euros.

Or, la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer ; l’établissement de gestion des terres agricoles) a estimé ce bien à 800 000 euros « au maximum » pour l’ensemble, soit quatre fois moins que le prix proposé.

Malgré ce prix exorbitant, le domaine a trouvé une acheteuse : Diane de L’Espée, une propriétaire foncière multimillionnaire vivant à Paris mais possédant plusieurs biens dans la Région. La Safer a donc déposé une demande de pré-emption partielle pour conserver les 12 ha de terres fertiles, « d’un seul tenant et d’une excellente qualité agronomique », pour y installer des paysans.

Seulement, le vendeur refuse la pré-emption partielle à un prix inférieur à celui qu’il a décrété, et la Safer ne peut pas payer le prix fort, au risque de légitimer ces pratiques de spéculation dans la Région. Surtout, l’acheteuse veut conserver les 12ha d’un seul tenant pour y mettre des chevaux, et refuse tout bâti car le terrain est situé juste en face de la grande propriété bourgeoise en rénovation, avec vue sur La Rhune, un mont emblématique du Pays Basque.

La vue depuis le domaine – Crédit : Laurie Debove

« On n’a rien contre les chevaux, mais le Pays Basque est un petit territoire qui perd déjà 1000ha de terres par an à cause de l’artificialisation. On sait que l’autonomie alimentaire du territoire n’est déjà pas évidente, si on continue à laisser des millionnaires s’accaparer des terres pour en faire de l’agrément, ça devient insupportable. » résume Maryse Cachenaut, paysanne à Itxassou depuis 1995 et membre de Lurzaindia, pour La Relève et La Peste

Pour le syndicat agricole Euskal Herriko Laborarien Batasuna (ELB) – un syndicat paysan basque rattaché à la Confédération paysanne – et l’association basque Lurzaindia, chargée de protéger le foncier agricole, cette vente est « un cas d’école » de l’accaparement des terres perpétré par la spéculation foncière.

Depuis le mercredi 23 juin, ils occupent le terrain pour faire entendre leurs revendications.

Le champ actuellement utilisé pour des chevaux – Crédit : Laurie Debove

« L’acheteuse ne veut pas de bâti devant chez elle, y compris agricole. Le rêve des paysans est d’installer 3 ou 4 maraîchers, sur ces 12 ha, ce qui implique des serres et des bâtiments. Si l’acheteuse nous enlève cette possibilité, elle enlève l’installation paysanne. C’est important de protéger ces 12ha car le territoire est bien loin de l’autonomie alimentaire. Ces terres se trouvent aux portes de Biarritz, si un paysan y fait des légumes ou des fruits et les vend, il n’aura aucune difficulté à trouver des débouchés. La recherche de terres est vraiment le nerf de la guerre pour les porteurs de projet agricole. Si on laisse faire la spéculation foncière sans la réguler, ça va devenir invivable pour les paysans mais aussi la population ! Si on se met à répercuter le prix du foncier sur les denrées alimentaires produites, plus personne ne pourra se nourrir ! » explique Elise Villain, animatrice du syndicat agricole ELB, pour La Relève et La Peste

Depuis le début de leur combat, les organismes paysans ont tenté de joindre l’acheteur et la vendeuse pour pouvoir échanger directement avec eux, sans succès. Aux dires de ses proches, le vendeur Yves Borotra serait « un homme sourd de 90 ans vivant en Suisse ». Les paysans, eux, sont perpétuellement renvoyés à des intermédiaires.

La première banderole des paysans – Crédit : Laurie Debove

L’inégalité des chances

L’acheteuse Diane de l’Espée, une retraitée de 75 ans, n’est pas une inconnue des organismes agricoles : elle avait déjà soulevé l’indignation en vendant 32 ha de terres à Saint-Jean-de-Luz pour 12 millions d’euros. Mardi 12 juillet, près de 130 tracteurs ont défilé jusqu’à Biarritz pour protester contre la perte de la vocation agricole de ces terres, et faire connaître la situation à une plus grande part de la population. Une pétition lancée en ligne a déjà récolté près de 30 000 signatures.

Le défilé de tracteurs sur le départ – Crédit : ELB

Jeudi 15 juillet, une délégation paysanne d’une dizaine de personnes s’est également rendue chez le notaire et l’architecte en charge du projet, afin d’essayer d’entrer en contact direct avec l’acheteur et la vendeuse. S’ils ont bien été reçus, ils n’ont pas obtenu leurs coordonnées et ont été sommés de partir par les gendarmes.

De retour au terrain, décision a donc été prise de « durcir le ton » lors d’une assemblée générale. Après avoir occupé le terrain et lancé un potager dessus, les paysans et leurs soutiens ont décidé d’investir la maison en travaux pour tenter de débloquer les négociations.

Le potager lancé sur le terrain – Crédit : Laurie Debove

But de la soirée : raccrocher la fourche et la fourchette pour que paysans et société civile soient unis pour faire vivre la mobilisation. Femmes et hommes de tout âge parlent ensemble et s’organisent dans la convivialité. Un groupe de paysans est même venu du Béarn pour apporter son soutien, illustration que cette affaire est loin d’être un simple problème local.

Ce problème touche tous les paysans, et notamment les personnes qui ne sont pas issues d’une famille d’agriculteurs, comme Martin, un enfant du pays à la recherche de terres pour cultiver du houblon et de l’orge et devenir paysan brasseur.

« Je viens du village voisin. On a beaucoup de foncier agricole mais il n’est pas libre. Cette prairie je passe devant depuis que je suis gosse, je me suis toujours demandé à qui elle appartenait. La question s’est posée encore plus fort depuis que je souhaite m’installer. Un jour c’est des chevaux, le lendemain d’autres. Moi le premier, je pense que ça peut plus durer. Des terres il y en a plus qu’il n’en faut. Autour de nous, assis par terre, on est plein à chercher du foncier. Mais nous sommes pour la plupart non-issus d’une famille agricole. Quand tu commences de zéro, il n’y a pas de foncier. On passe tous les jours devant des maisons et des terrains inoccupés qui coûtent une fortune. J’ai mis 6 ans à avoir une parcelle d’1ha, et il m’en faut 15… On est tous en train d’enrager. Tout aussi préoccupant, une fois que tu as trouvé tes terres, tu ne peux même pas vivre à côté tellement le prix est exorbitant. Cette vente en particulier cristallise tout : les terrains, la ferme, et un prix hallucinant. Cette affaire balaie le prisme de tous les problèmes en un seul cas. On voit passer pas mal de ventes à plusieurs millions dans le secteur, et cette fois-ci on a décidé de ne pas se laisser faire, on va aller jusqu’au bout. » témoigne Martin, jeune paysan et vigneron, pour La Relève et La Peste

Arrivée du barnum – Crédit : Laurie Debove

En France, l’accès aux fermes pour les futurs paysans non issus du milieu agricole devient un véritable facteur d’exclusion. De nombreux élus locaux et parlementaires nationaux ont ainsi apporté leur soutien aux revendications des paysans, et se sont engagés à appuyer leur combat à travers un changement législatif comme la proposition de loi du député Jean-Bernard Sempastous.

« Je suis là à titre personnel, mais on suit cette affaire de près avec le travail. Je trouve ça scandaleux ce genre de situation où c’est si dur de trouver de la terre pour installer les jeunes, et là c’est acheté par quelqu’un qui n’est pas agricultrice et aucun outil n’est disponible pour lutter contre ça. » explique Camille Vignereau, animatrice installation à Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la Chambre d’Agriculture du Pays Basque

« Nous, on a vraiment le sentiment qu’on nous vole la terre. N’importe quel propriétaire foncier attaché à son bien va dire qu’un propriétaire fait ce qu’il veut, mais il faut aussi penser à l’intérêt général et au bien commun. Et la terre doit être protégée au même titre que l’eau et la biodiversité : c’est un bien commun. Aujourd’hui, une terre qui est artificialisée ou une terre à qui on ne donne pas une vocation nourricière, c’est une responsabilité importante. Et là-dedans, nous paysans avons une responsabilité mais nous sommes de moins en moins nombreux, nous avons donc besoin du soutien des élus et des citoyens pour inverser le rapport de force. » renchérit Maryse Cachenaut, paysanne à Itxassou depuis 1995 et membre de Lurzaindia, pour La Relève et La Peste

Cette semaine-là, l’appel semble avoir été entendu : de nombreuses personnes de tout âge se sont inscrites sur le planning pour tenir l’occupation de la maison.

Réunion sur le domaine pour la suite des actions – Crédit : Laurie Debove

21 juillet 2021 - Laurie Debove

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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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Monnaie libre : Le G1 ou June

Par Le 21/07/2021

Un ami vient de me parler de ce site. 

Absolument passionnant, une idée qui va faire son chemin et qui mérite amplement d'être diffusée.

Je vais étudier ça de très près.  Il est clair qu'il est nécessaire de s'émanciper du système bancaire et financier qui nous gouverne. 

 

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La monnaie libre

 

Repenser la création monétaire...
et l'expérimenter !

Une économie garantissant plus de liberté 

Prémonition

Par Le 20/07/2021

Prémonition

Définition : Avertissement, d'origine inexplicable mais qui s'impose à la conscience, d'un événement à venir.

La nuit dernière, j'ai rêvé du roman que j'écrivais avant de décider d'arrêter tout ça. Un passage très précis. La lecture des cahiers de survie de Théo. Une liste effroyable des potentielles raisons d'un éventuel chaos. C'était étrange parce que je voyais Laure, plongée dans sa lecture, et en même temps je voyais ce qu'elle lisait. 

Je n'écris plus parce que mon temps libre est intégralement tourné vers les actes réels. Et l'écriture n'est en rien réelle. 

Il y a tant à faire si on tient compte des prémonitions.

 

 

 

CHAPITRE 45

Quand Laure avait ouvert les yeux, elle avait deviné dans la pénombre la silhouette de Théo, calé dans le fauteuil. Elle avait écouté sa respiration. Sommeil profond. Elle s’était reproché de s’être endormie sur la banquette.

Théo n’avait pas besoin de nuits chaotiques. Il ne lui racontait pas grand-chose de sa vie professionnelle mais il était facile d’en deviner la charge.

Elle se leva et s’approcha. Elle posa les mains sur ses joues, délicatement, centimètre par centimètre, jusqu’à envelopper son visage.

Il ouvrit les yeux, péniblement, avec les battements lents d’une conscience qui remonte à la surface.

C’est lorsque les pupilles de Théo brillèrent pleinement que Laure se souvint de son rêve. Un flash-back tonitruant, comme un écran d’ordinateur qui sort de sa veille.

Les yeux de Figueras.

Sa respiration s’arrêta.

Quelques images, elle revoyait l’Indien lui parler, comme une prière lancée à travers l’espace.

Elle aurait voulu s’isoler, là, dans l’instant, empêcher les images de sombrer dans les gouffres de l’inconscient. Il y avait un message.

« Viens mon amour, on monte dans la chambre, proposa-t-elle, en tirant Théo par les mains. Ne te réveille pas vraiment, laisse-toi guider, je vais te déshabiller et tu te rendors aussitôt. »

Théo la laissa mener son idée jusqu’au bout et une fois dénudé, il se glissa sous les draps.

Elle ôta ses vêtements et elle se glissa à ses côtés.

Elle attendit quelques minutes puis elle reconnut la respiration de l’homme endormi.

Elle se concentra immédiatement sur le rêve. Figueras. Comment était-ce possible que son visage soit aussi précisément restitué, aucune déformation, aucune ressemblance avec une autre personne, lui et uniquement lui, du début à la fin, sans qu’elle ne puisse juger de la longueur du film ? Ni retrouver aucune de ses paroles. Un visage impassible bien qu'elle ressentit malgré tout une forme d’inquiétude, non pas une menace identifiée mais quelque chose de flou.

Il y avait un danger.

Figueras.

Combien de fois avait-elle repensé à ce tunnel des âmes et à ces lumières mouvantes dans la voiture ? Et aux yeux de l'Indien. Rien à comprendre puisque rien n’était vérifiable. Il ne pouvait s’agir que d’interprétations. Elle avait dévoré divers ouvrages. « La vie après la vie » de Raymond Moody l’avait beaucoup marquée. Elle avait lu à maintes reprises ce qui aurait pu être son témoignage. Et là, maintenant, Figueras réapparaissait. Le cerf l’avait annoncé. Il aurait été irrespectueux et même fou, finalement, de ne pas tenter de comprendre. Il n’y avait pas qu’elle mais des millions de personnes. Certains scientifiques parlaient de processus chimiques du cerveau; les expérimentateurs parlaient des âmes. Mais là, durant son sommeil, elle n’avait pas exploré le tunnel de lumière de son coma et l’horizon lumineux de la mort, c’était un Indien qui venait en elle et cherchait à délivrer un message. L’Indien qui lui avait intimé l’ordre de retourner dans son corps, l’Indien qui savait tout d’elle, dans le train de Colombie, avant même qu’elle ne lui parle. Qui était-il réellement ? Non pas dans son habit élimé et cette attitude indéfinissable, cette sagesse intérieure qui l’avait troublée, non, pas ce personnage matériel mais l’entité spirituelle, l’âme de cet être. Qui était-il ? Pourquoi revenait-il vers elle ? Si un danger devait survenir, pourquoi la prévenir, elle ? Que pourrait-elle y faire ? Quel était ce danger ? Était-elle la seule concernée ou devait-elle être une messagère ? Et qui croirait à une vision onirique ? Elle n’aurait jamais, absolument jamais la moindre crédibilité.

Sauf auprès de Théo.

Il évoquait si souvent les dangers du monde.

Demain, elle lui parlerait de Figueras.

Elle attendit plusieurs minutes puis elle accepta l’évidence. Elle ne dormirait pas. Pas dans cet état. Comme une énergie qui déborde. Les jambes agitées par des vagues incessantes de flux électriques.

Elle se leva silencieusement et rejoignit la bibliothèque du salon. Elle ne souhaita pas reprendre sa lecture précédente et laissa ses yeux naviguer sur les étagères.

Dans un angle du mur, une petite planche en bois, un coin d'ombre, comme remisée dans un lieu discret. Quatre cahiers au format identique. Une écriture manuscrite sur le dos.

« Cahier de survie / tome 1 »

Intriguée, elle retira le volume du rayonnage.

Une couverture rigide, un large format, des calligraphies ésotériques. Elle songea à des manuscrits religieux.

Elle l’ouvrit délicatement et le feuilleta.

Des notes au stylo, des schémas minutieux, de multiples graphiques, des articles découpés et soigneusement collés.

Un sommaire, des numéros de pages.

Réchauffement climatique, réserves stratégiques de carburant, cyberattaques, pandémie, autonomie alimentaire des mégapoles, nouvel ordre mondial, permafrost et méthane, élévation du niveau des océans, démographie et alimentation, biodiversité et déforestation, phénomènes climatiques et catastrophes naturelles, comportement humain et sociologie, menaces nucléaires.

Tout était classé, numéroté. L’ordre habituel de Théo.

Une bible du survivalisme.

Elle jaugea rapidement le contenu à une centaine de feuilles par volume. Les trois autres cahiers étaient identiques. Des heures de réflexion, assurément. Une écriture très serrée, comme guidée par la peur de manquer de papier.

Elle s’installa sur la banquette et se laissa guider par l’intuition. Tellement de choses à lire. Un titre écrit en gras capta son attention.

« Conséquences d’une rupture brutale d’approvisionnement en pétrole. »

Théo lui avait déjà parlé de ce scénario. Elle voulut en savoir davantage.

Trois jours de réserves alimentaires sur Paris. Dépendance critique au ravitaillement. Comme la plupart des principales villes françaises. Transport routier vital. Rationnement obligatoire et des émeutes inévitables. Les réseaux sociaux amplifieront la propagation de la panique. Deux mois de réserves stratégiques de carburant au niveau national quand la situation est gérée. Beaucoup moins si un mouvement de panique s’empare de l’ensemble de la population. Confiscation par le gouvernement des stocks éparpillés sur le territoire. Pillages des magasins. Situation médicale dramatique. Les pannes surviendront très rapidement sur les infrastructures vitales. Plus d’alimentation en eau dans les immeubles. Plus de chasse d’eau. Problème d’hygiène. Plus d’approvisionnement en sang dans les hôpitaux. Plus de médicaments dans les pharmacies. Les morgues seront débordées. Conservation impossible des corps. Protection des bâtiments gouvernementaux et des préfectures. Prise en charge du fonctionnement des centrales nucléaires. Mise à l’arrêt des réacteurs. 

Comment peut-on en arriver là ?

* Des attaques terroristes de très grande ampleur, menées par des groupes fortement armés et financés par des États complices. Les raffineries de France et d’autres pays européens peuvent être facilement atteintes. Des incendies incontrôlables réduiront à néant les structures.

* Un conflit international entre les USA et le Moyen Orient dégénérant en guerre civile entre sunnites, chiites, wahhabites des différents pays arabes et s’étendant aux pays occidentaux sous la forme d’attentats. Les communautés arabes établies dans les pays occidentaux seront ciblées et devront se défendre. Conflits armés dans les grandes villes. Des guerres ethniques entre factions religieuses dans les pays arabes. La Libye est devenue un terrain militaire gigantesque où différents groupes armés s’entre-déchirent, un terreau explosif. La Syrie, le Niger, l’Indonésie et tous les autres. Beaucoup trop de pays incontrôlables. Le blocage du détroit d’Ormuz et des destructions d’oléoduc. Un effet domino orchestré par des attaques diverses, explosions, incendies, cyberattaques, pollutions chimiques entraînant des déplacements massifs de populations. Il y aura inévitablement des dingues qui profiteront du désordre et viendront l’amplifier par des actes imprévisibles, des groupes borderline, sous le contrôle d’aucun État ou groupe connu, juste des fous adeptes de l’apocalypse et rêvant de la fin du monde. Les banlieues et l’ensemble des grandes mégapoles deviendront des zones de non-droit, des territoires tenus par des groupes extrêmement violents. Les armes existent déjà. Il ne manque que la disparition des forces de l’état pour lâcher les fauves.

* Un éventuel complot politico-financier au sommet de la hiérarchie des hommes les plus puissants de la planète pour instaurer un gouvernement unique à l’échelle mondiale, un plan similaire aux pires romans d’anticipation, des décisions impliquant l’ensemble de l’humanité afin de mettre un terme à la démographie galopante et à ses effets sur l’ensemble de la planète, un plan qui viserait à réduire considérablement le groupe humain afin de permettre une mainmise totale sur les survivants et d'installer sans aucun contre-pouvoir un ordre mondial.

Cette dernière option me semble de plus en plus probable. Les puissants ne laisseront pas l’humanité détruire la vie sur la planète puisqu’ils disparaîtraient eux aussi."

 

 

 

 

Une sidération.

Tout était possible. Rien n’était contestable et pourtant, elle ne parvenait pas y croire totalement, comme si des résistances archaïques l’emprisonnaient dans une vision idyllique du monde, une croyance tenace envers les gouvernants, l’impossibilité d’une telle dévastation au regard de toutes les inconnues qu’elle contenait.

Elle tourna la page.

 

 

 

Comportement de la population

* Si on regarde le comportement irrationnel des consommateurs le premier jour de soldes des grands magasins, on a une idée de ce qui peut survenir au regard d’une pénurie alimentaire. La loi martiale aura beau être décrétée, rien n’empêchera les pillages. L’ouragan Katrina ou celui qui a frappé Saint-Barthélemy et Saint-Martin ont engendré des mouvements violents qui n’ont pu être jugulés qu’avec l’intervention des forces de l’ordre. Qu’en sera-t-il lorsque celles-ci ne pourront contenir des mouvements similaires à l’échelle nationale ou européenne puisqu’elles ne seront plus en mesure de simplement se déplacer? Qu’en sera-t-il lorsque les stocks stratégiques de carburant seront épuisés, lorsque les infrastructures vitales auront été détruites, lorsque le réseau électrique ne fonctionnera plus, lorsque l’alimentation en eau potable sera rompue ? Le pétrole, c’est le sang de l’organisme des états et lorsque le sang ne circule plus et que les principaux organes sont atteints, le retour à une situation normale n’est plus envisageable. Et personne n’a réellement idée des impacts causés, de leur vitesse de propagation, ainsi que des dégâts engendrés.  On ne guérit pas un mourant. On ne peut que prier pour le repos de son âme.

Qui sera encore en état de prier ?

 

 

 

 

Elle ferma le cahier et se leva lourdement, assommée, perdue, un déséquilibre intérieur, une masse écrasante qui comprimait sa poitrine.

Elle avait besoin d’air pur.

Elle sortit sur le perron et rejoignit le banc accolé à la façade.

Elle s’assit et respira profondément, lentement, en levant les yeux vers le ciel étoilé.

Une vague subite de frissons la parcourut. L'air était tiède et elle ne vit dans les flux nerveux que la peur qui coulait dans ses fibres.

De l'importance des haies

Par Le 19/07/2021

Article mis à jour le 19 février 2020, 12:10

Pourquoi il faut préserver et replanter les haies, le cas de la Bretagne

 

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Dans le Morbihan (Bretagne)
© 
Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info - Licence : CC BY-NC-ND

Depuis le siècle dernier, le bocage breton, véritable patrimoine régional, continue de disparaître. Aujourd'hui, malgré des programmes d'aides pour planter des haies comme Breizh bocage, le linéaire de haies régresse toujours sous l'effet des arrachages et du fait de leur vieillissement. En effet, n'étant plus intégrées dans le modèle agricole dominant, les haies ne sont plus pourvues des jeunes arbres qui permettront d'assurer leur renouvellement. Non seulement cela génère une mutation profonde des paysages bretons, mais cela affecte aussi la biodiversité, le cycle de l'eau et finalement nuit à l'agriculture elle-même.

Depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français. L'office français de la biodiversité (OFB), recensait la disparition de 750 000 km de haies vives, arrachées sous l'effet conjoint du remembrement agricole et du déclin de l'activité d'élevage au profit de la céréaliculture intensive. Aussi, une étude Agreste de 2014 montre que la surface en haies et alignements d'arbres en France métropolitaine est en constante diminution, avec une baisse de 6 % depuis 2006 (Sénat, 2019)

Les haies étaient autrefois courantes dans le paysage breton, utiles pour l'agriculture et riches de biodiversité. Mais du fait des nouvelles pratiques de l'agriculture industrielle, des centaines de milliers de mètres linéaires de haies ont été coupées, rien qu'en Bretagne (et beaucoup plus dans toute la France).

En 2008, il restait moins de 182 500 km de talus et haies bocagères en Bretagne, 60 % du linéaire de bocage a disparu de Bretagne entre 1960 et 1980 puis a continué à décroître de 12 % entre 1996 et 2008 (Source : enquête régionale de la Draaf Bretagne).

 

Si les haies disparaissent, c'est que les agriculteurs, de moins en moins nombreux, manquent de temps pour les entretenir et vont au plus vite en créant de grandes parcelles.

Au moment où le Conseil Régional et l'Etat font le bilan de Breizh bocage, Bretagne Vivante appelle à une véritable prise de conscience et une mobilisation de tous sur l'importance du bocage breton. Dans un contexte de réchauffement climatique, d'érosion des sols, de pollutions des eaux, de perte d'habitats pour la biodiversité, la disparition du bocage est un enjeu fondamental pour la Bretagne.

A lire sur ce sujet :

En pleine crise sanitaire, la destruction des haies se poursuit illégalement en France

Pourquoi 200 000 km de chemins ruraux ont disparu en France ?

La place du bocage dans l'agriculture moderne et l'évolution de sa représentation dans la société

Bretagne : comment les algues vertes peuvent-elles devenir mortelles ?

Force est de constater que les politiques régionales, pourtant dotées de fonds importants, ne suffisent pas à enrayer cette disparition.

Pourquoi les haies sont-elles très importantes, pour l'environnement comme pour les agriculteurs ?

 

Elles absorbent du carbone et participent activement à la lutte contre le changement climatique : planter 1 km de haie stocke 550 à 900 tonnes équivalent Carbone sur 100 ans.

Elles ont un effet brise-vent bien utile dans une région comme la nôtre : une haie protège une culture sur 15-20 fois sa hauteur.

Elles servent d'abri aux animaux d'élevage : le rendement (lait, viande) peut augmenter de 20 % si les animaux sont bien protégés.

Bien gérées, elles peuvent fournir un bois renouvelable, y compris du bois d'œuvre.

Elles limitent l'érosion des sols et les crues : un terrain nu et pentu peut perdre entre 11 et 86 T de terres/ha/an.

Elles purifient l'eau en filtrant les eaux de ruissellement : certaines haies consomment des nitrates (fonctionnent comme un filtre épurateur).

Une haie riche en humus abrite de nombreux micro-organismes décomposeurs qui améliorant la qualité du sol et rendant de nombreux services écosystémiques (notamment celui de décomposer tout ou partie des produits chimiques tels que les pesticides).

Elles servent de refuge à une grande diversité d'animaux (oiseaux, petits mammifères, papillons, reptiles, etc.) et constituent une continuité écologique entre les milieux naturels.

Les haies fleuries sont essentielles pour les pollinisateurs tout en embellissant le paysage.

Elles limitent l'exposition à la pollution liée au trafic automobile (en bordure de routes) et aux épandages de pesticides (près des habitations).

les haies fruitières peuvent contribuer à la résilience alimentaire du territoire et sont un lien entre les riverains et la nature.

Elles préservent l’intimité des promeneurs et cyclistes qui longent les routes mais aussi des enfants dans les cours d'écoles.

Elles permettent de lutter contre les ravageurs des cultures en abritant leurs prédateurs ou leur en offrant le nourriture qui ne sera pas prélevée sur les champs.

Chacun peut intervenir pour préserver les haies

Ne pas les arracher. Même un talus peu arboré a une valeur qui peut être améliorée.

Ne jamais les entretenir avec des produits chimiques, toujours préférer les coupes mécaniques. Ne pas faire de coupes au printemps / début été, pour ne pas perturber la période de nidification des oiseaux.

Conserver une bande herbacée fleurie et sauvage en pied de haie. Ne pas araser les talus.

Planter des haies, quand on a le terrain pour le faire, avec des essences locales, qui pousseront mieux et attireront plus de biodiversité.

On peut aussi alerter les mairies afin qu'elles classent certaines haies faisant partie du patrimoine de leur commune sur le plan local d'urbanisme. Même si une telle protection est au bon vouloir des municipalités, lors de l'élaboration des plans locaux d'urbanisme, cela reste une des meilleures solutions existantes pour pouvoir protéger certaines haies.

Outre l'action individuelle, Bretagne Vivante demande aux acteurs publics, et en particulier aux collectivités territoriales, de développer de vrais programmes d'action sur le bocage, avec les agriculteurs, les habitants et les associations environnementales, au bénéfice de tous.

Quand planter les arbres et arbustes ?

Fin novembre est le meilleur moment pour planter des haies, en dehors de période de gel ou de sécheresse. De nombreux sites donnent des conseils de jardinage !

Pour le choix des arbustes, il sera fonction de la nature de votre terrain mais aussi de la hauteur que vous souhaitez voir votre haie atteindre. Préférez des mélanges d'arbustes aux haies composées d'une seule essence, et privilégiez les variétés locales, qui seront bien adaptées à votre terrain. Puis les haies, selon les essences que vous choisirez, c'est aussi une source de nourriture : vous pourrez faire de délicieuses tartes ou confitures avec les mûres ou avec les baies de sureau !

Particuliers, agriculteurs, collectivités, conservez le bocage et plantez des haies avec des essences locales adaptées à notre région !

Planète-info : climat

Par Le 19/07/2021

19 juillet 2021, 09:59

Pourquoi le changement climatique n'explique pas tout dans les inondations en Allemagne ?

 

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Inondations à Schuld (Rhénanie-Palatinat, Allemagne), mi-juillet 2021
© Unwetter Freaks - Licence : Tous droits réservés

Les inondations catastrophiques dans le sud-ouest de l'Allemagne ont largement été médiatisées et pour cause : près de 200 morts, des dégâts significatifs... Cela dit, ce fût aussi l'occasion de désigner un seul coupable devenu une fatalité : le changement climatique, occultant de nouveau l'aménagement du territoire irresponsable qui augmente considérablement le risque.

La journée du 14 juillet restera gravée dans les mémoires pour le sud-ouest de l'Allemagne et l'est de la Belgique. Des précipitations extraordinaires ont été relevées ce jour, après un 13 juillet déjà abondamment arrosé :

154 mm à Cologne ;

144,8 mm à Kall-Sistig ;

129,2 mm à Dahlem-Schmidtheim ;

124,1 mm à Schneifelforsthaus ;

119,4 mm à Lissendorf ;

114,4 mm à Lüdenscheid.

"En 72h, les cumuls du 13 au 15 juillet ont atteint jusqu'à 182 mm en Allemagne, à Nachrodt-Wiblingwerde une commune de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le Luxembourg a été aussi touché par d'intenses précipitations. 74 mm ont été mesurés en 12 h à l'aéroport Findel, un nouveau record de précipitation en 12 h pour ce pays", précise Météo-France qui ajoute que cette situation est liée à une goutte froide.

En météorologie, une goutte froide ou goutte d'air froid désigne un volume limité d'air froid qui entraîne le plus souvent à une circulation atmosphérique de blocage. Celle-ci peut générer des précipitations intenses et durables pendant quelques jours causant des inondations.

 

Ces précipitations intenses sur l'Etat allemand de Rhénanie-Palatinat et le sud de la Belgique ont tué près de 200 personnes tandis que plusieurs sont toujours portées disparues. Les dégâts dans la vallée sont impressionnants.
"C'est une situation surréaliste et fantomatique, je dirais presque que la langue allemande a du mal à trouver les mots pour décrire la dévastation qui a été causée", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, lors d'une conférence de presse tenue le 18 juillet 2021 à Schuld (Rhénanie-Palatinat). "Le gouvernement fédéral et les régions agiront ensemble pour remettre progressivement de l'ordre" dans les zones dévastées, a-t-elle ajouté.

Le changement climatique est-il responsable des inondations en Allemagne ?

Le changement climatique, ce basculement planétaire et global du climat engendré par nos activités a de multiples conséquences. Si les vagues de chaleur de plus en plus régulières et puissantes sont des manifestations très probablement corrélées au réchauffement climatique, c'est encore beaucoup moins clair pour les inondations dont les conséquences sont principalement liées à un enjeu (présence d'habitations) mal ou pas du tout pris en compte.

A lire sur ce sujet :

Inondations catastrophiques au Sénégal : analyse des défis et prospectives d'une urbanisation chaotique

En effet, la plupart du temps, c'est le mauvais aménagement du territoire qui reste la cause première d'inondations catastrophiques. Cela peut se traduire sur le terrain par une imperméabilisation à outrance, la perte de couvert forestier, d'espaces naturels, de haies, de zones humides qui font office d'éponge et de barrières naturelles : les sols, saturés en eau, ne peuvent plus absorber des précipitations exceptionnelles qui se déversent alors dans les fonds de vallées, rapidement inondées.

En outre, les lits majeurs des rivières sont dorénavant occupés par les activités humaines et les logements, il suffit de précipitations exceptionnelles (avec une période de retour qui n'est pas compatible avec les vues à court terme de nos sociétés) pour que le cours d'eau occupe naturellement et de nouveau son lit... Les images de cette catastrophe sont édifiantes : le lit majeur de l'Ahr était tout simplement bétonné et occupé par des habitations... Un cas d'école que l'on retrouve dans la plupart des inondations de vallées.

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Avant et après les inondations du 14 juillet 2021. La rivière l'Ahr retrouve tout naturellement son lit majeur
Auteur : Unwetter Freaks / Nahel B - Licence : DR

L'étude de la situation géographique des zones inondées à Schuld est édifiante également : cette commune est encastrée dans une vallée où coule l'Ahr, un affluent du Rhin. Elle est située à 250 m d'altitude en contrebas de plateaux d'environ 400 m d'altitude. Or, ceux-ci sont très largement cultivés et dépourvus de haies (dont les fonctions écologiques et hydrologiques sont essentielles) et encore moins de couvert forestier à même d'absorber et freiner une partie du ruissellement.

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Situation géographique de la municipalité de Schuld où coule la rivière Ahr (Rhénanie-Palatinat, Allemagne)
Auteur : Google / GeoBasis-DE/BKG (©2009) / Landsat / Copernicus / Data SIO, NOAA, U.S. Navy, NGA, GEBCO / IBCAO - Licence : DR

"Les précipitations extrêmes deviendront plus intenses et fréquentes dans de nombreuses régions"

Le dernier rapport du GIEC publié en 2014 - dont la révision est imminente - indiquait : "Il est très probable que les vagues de chaleur se produiront plus souvent et dureront plus longtemps, et que les événements de précipitations extrêmes deviendront plus intenses et fréquentes dans de nombreuses régions."
Les inondations catastrophiques en Allemagne pourraient être engendrées par le changement climatique sans que cela soit une certitude.
"Le changement climatique ne joue pas directement sur l'occurrence d'un événement météo lié à la circulation atmosphérique de grande échelle, comme le déplacement d'une goutte froide sur l'Europe de l'est qui est à l'origine des pluies actuelles. Ce sont des phénomènes météorologiques connus et documentés de longue date, mais le changement climatique amplifie leur intensité. On constate ces dernières années que l'intensité des événements météorologiques remarquables augmente. Leur sévérité a ainsi été aggravée par le changement climatique." précise Météo-France.

Ce qui est certain c'est que les décideurs et aménageurs ne considèrent pas suffisamment les conséquences d'un monde plus chaud et continuent de construire de manière irresponsable, sans atténuer ou prévenir les risques liés au changement climatique.
Par exemple, en France, les nouveaux lotissements construits ne tiennent aucun compte du phénomène 
d'îlot de chaleur urbain et sont imperméabilisés à outrance, sans végétation rafraîchissante. De surcroît, on continue de construire dans des zones inondables, y compris sur les littoraux qui seront pourtant submergés dans quelques décennies seulement...

"Après les récentes évolutions catastrophiques - surtout en Europe occidentale - tout le monde semble parler de l'urgence climatique, et à juste titre. Mais dès que ces tragédies seront terminées, nous oublierons probablement et passerons à autre chose comme avant.
À moins que nous traitons la crise comme une crise de tout temps, nous ne pourrons pas stopper l'urgence climatique." Greta Thumberg qui commente cette tragédie.

Assemblée nationale : Résolution 2361

Par Le 19/07/2021

 

Il ne s'agit donc pas d'un site complotiste...

Assemblée nationale : Texte du 27 janvier 2021

 

" Pour ce qui est de garantir un niveau élevé d’acceptation des vaccins:

7.3.1 de s'assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement;

7.3.2 de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner;"

 

Résolution 2361 (2021)

Vaccins contre la covid-19: considérations éthiques, juridiques et pratiques

Résolution 2361 (2021)

Auteur(s) :

Assemblée parlementaire

Origine

Discussion par l’Assemblée le 27 janvier 2021 (5e séance) (voir Doc. 15212, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et du développement durable, rapporteure: Mme Jennifer De Temmerman). Texte adopté par l’Assemblée le 27 janvier 2021 (5e séance).

1. La pandémie de covid-19, maladie infectieuse causée par le nouveau coronavirus SRAS-CoV-2, a été source de beaucoup de souffrances en 2020. En décembre 2020, plus de 65 millions de cas avaient été enregistrés dans le monde et plus d’1,5 million de personnes avaient perdu la vie. La charge de morbidité de la pandémie elle-même et les mesures de santé publique nécessaires pour la combattre ont ravagé l’économie mondiale, dévoilant au grand jour des fractures et des inégalités préexistantes (y compris dans l’accès aux soins) et causant chômage, déclin économique et pauvreté.

2. Le déploiement rapide, dans le monde entier, de vaccins sûrs et efficaces contre la covid-19 sera déterminant pour contenir la pandémie, protéger les systèmes de santé, sauver des vies et contribuer à la relance des économies mondiales. Même si des mesures non pharmaceutiques comme la distanciation physique, le port du masque, le lavage fréquent des mains et les fermetures et confinements ont contribué à ralentir la propagation du virus, les taux d’infection sont de nouveau en hausse presque partout dans le monde. De nombreux États membres du Conseil de l’Europe sont confrontés à une seconde vague, pire que la première, et leurs habitants éprouvent de façon plus prononcée une certaine lassitude face à la pandémie (appelée en anglais «pandemic fatigue») et se sentent démotivés à l’idée de suivre les comportements recommandés pour se protéger et protéger autrui du virus.

3. Cependant, les vaccins, même s’ils sont sûrs, efficaces et déployés rapidement, ne sont pas une panacée dans l’immédiat. En effet, après la période des fêtes fin 2020 et début 2021, avec leurs traditionnels rassemblements en intérieur, les taux d’infection seront probablement très élevés dans la plupart des États membres. Par ailleurs, une corrélation vient d’être scientifiquement établie par des médecins français entre les températures extérieures et le taux d’incidence de la maladie sur les hospitalisations et les décès. Les vaccins ne suffiront sans doute pas à faire baisser de manière significative les taux d’infection cet hiver, d’autant plus si l’on tient compte du fait que, à ce stade, la demande est largement supérieure à l’offre. Un semblant de «vie normale» ne pourra donc reprendre, même dans les meilleures conditions, avant le milieu ou la fin de l’année 2021 au plus tôt.

4. Pour que les vaccins soient efficaces, il est absolument essentiel que leur déploiement soit réussi et qu’ils soient suffisamment acceptés par la population. Cependant, la rapidité avec laquelle les vaccins sont mis au point peut provoquer un sentiment de défiance difficile à combattre. Un déploiement équitable des vaccins contre la covid-19 est également nécessaire pour garantir leur efficacité. En effet, s’ils ne sont pas assez largement distribués dans une région gravement touchée d’un pays, les vaccins deviennent inefficaces et ne permettent pas d’endiguer la propagation de la pandémie. En outre, le virus ne connaît pas de frontières et il est donc dans l’intérêt de chaque pays de coopérer afin de garantir une équité mondiale dans l’accès aux vaccins contre la covid-19. La réticence à la vaccination et le nationalisme en matière de vaccin sont à même de réduire à néant les efforts couronnés de succès et étonnamment rapides qui ont été déployés jusqu’ici pour mettre au point un vaccin, car ces comportements permettraient au virus SRAS-CoV-2 de muter, rendant ainsi partiellement inopérant l’outil le plus efficace au monde à ce stade pour lutter contre la pandémie.

5. La coopération internationale est ainsi plus que jamais nécessaire pour accélérer la mise au point, la fabrication et la distribution juste et équitable des vaccins contre la covid-19. Le dispositif COVAX est l’initiative phare en ce qui concerne l’attribution des vaccins et leur accès à l’échelle mondiale. Codirigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Gavi l’Alliance du vaccin et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations-CEPI), COVAX mobilise des fonds auprès des pays adhérents afin de soutenir la recherche, le développement et la fabrication d’un large éventail de vaccins contre la covid-19, mais aussi en négocie les prix. Une gestion adéquate des vaccins et une logistique de la chaîne d’approvisionnement, qui requièrent une coopération internationale et des préparatifs de la part des États membres, seront également nécessaires afin d’assurer une distribution sûre et équitable des vaccins. À cet égard, l’Assemblée parlementaire attire l’attention sur les orientations élaborées par l’OMS à l’intention des pays concernant la préparation et la mise en œuvre des programmes ainsi que la prise de décision au niveau national.

6. Les États membres doivent dès à présent mettre au point leurs stratégies de vaccination pour attribuer les doses de manière éthique et équitable, et déterminer notamment les groupes de population prioritaires durant les premières phases de déploiement, lorsque les stocks sont limités, ainsi que la manière d’étendre la couverture vaccinale à mesure que la disponibilité d’un ou plusieurs vaccins contre la covid-19 s’améliore. Les spécialistes de la bioéthique et les économistes s’accordent largement à dire que les personnes de plus de 65 ans et celles de moins de 65 ans qui présentent le plus grand risque de contracter une forme grave de la maladie et d’en mourir en raison d’affections sous-jacentes, le personnel de santé (tout particulièrement ceux qui travaillent en contact étroit avec des personnes appartenant à des groupes à haut risque) et les personnes exerçant dans des infrastructures essentielles devraient être vaccinées en priorité. Les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes, pour lesquels aucun vaccin n’a à ce jour été autorisé, ne doivent pas être oubliés.

7. Les scientifiques ont accompli un travail remarquable en un temps record. C'est maintenant aux gouvernements d'agir. L'Assemblée soutient la vision du Secrétaire général des Nations Unies selon laquelle un vaccin contre la covid-19 doit être un bien public mondial. La vaccination doit être accessible à toutes et tous, partout. L’Assemblée demande donc instamment aux États membres et à l’Union européenne:7.1 en ce qui concerne la mise au point des vaccins contre la covid-19:

7.1.1 de garantir des essais de haute qualité qui soient solides et menés dans le respect des règles éthiques, conformément aux dispositions pertinentes de la Convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine: Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine (STE no 164, Convention d’Oviedo) et son Protocole additionnel relatif à la recherche biomédicale (STCE no 195), et qui incluent progressivement les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes;

7.1.2 de veiller à ce que les organismes réglementaires chargés d’évaluer et d’autoriser les vaccins contre la covid-19 soient indépendants et à l’abri de toute pression politique;

7.1.3 de veiller à ce que les normes minimales pertinentes de sécurité, d’efficacité et de qualité des vaccins soient respectées;

7.1.4 de mettre en place des systèmes efficaces de contrôle des vaccins et de leur sécurité après leur déploiement dans la population générale, y compris en vue de surveiller leurs effets à long terme;

7.1.5 de mettre en place des programmes indépendants de réparation en cas de dommages ou de préjudices injustifiés consécutifs à la vaccination;

7.1.6 d’être particulièrement attentifs au risque de délit d’initié par des responsables de l’industrie pharmaceutique ou des entreprises pharmaceutiques qui s’enrichiraient anormalement aux dépens de la collectivité, en mettant en œuvre les recommandations figurant dans la Résolution 2071 (2015) intitulée «La santé publique et les intérêts de l’industrie pharmaceutique: comment garantir la primauté des intérêts de santé publique?»;

7.1.7 de surmonter les obstacles et les restrictions découlant des brevets et des droits de propriété intellectuelle, afin d’assurer la production et la distribution à grande échelle de vaccins dans tous les pays et pour tous les citoyens;

7.2 en ce qui concerne l’attribution des vaccins contre la covid-19:

7.2.1 de veiller au respect du principe de l’accès équitable aux soins de santé, tel qu’énoncé à l’article 3 de la Convention d’Oviedo, dans les plans nationaux d’attribution des vaccins, en garantissant que les vaccins contre la covid-19 sont mis à la disposition de la population indépendamment du genre, de la race, de la religion, de la situation juridique ou socio-économique, de la capacité de payer, du lieu et d’autres facteurs qui contribuent souvent à des inégalités au sein de la population;

7.2.2 d’élaborer des stratégies de distribution équitable des vaccins contre la covid-19 au sein des États membres, en tenant compte du fait que l’offre initiale sera limitée, et de prévoir comment les programmes de vaccination seront déployés lorsque l’offre s’étoffera; de suivre les conseils des institutions et comités de bioéthique indépendants aux niveaux national, européen et international, ainsi que ceux de l’OMS, lors de l’élaboration de ces stratégies;

7.2.3 de veiller à ce que les personnes d’un même groupe prioritaire soient traitées équitablement, en accordant une attention spéciale aux plus vulnérables comme les personnes âgées, les personnes présentant des maladies sous-jacentes et les professionnels de la santé, tout particulièrement ceux qui travaillent en contact étroit avec des personnes appartenant à des groupes à haut risque, ainsi que les personnes exerçant dans des infrastructures essentielles et dans les services publics, notamment les services sociaux, les transports publics, les forces de l’ordre, les écoles, ainsi que dans les commerces;

7.2.4 de promouvoir un accès équitable aux vaccins contre la covid-19 entre les pays en soutenant des initiatives internationales, notamment le Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la covid-19 (Accélérateur ACT) et son initiative COVAX;

7.2.5 de s’abstenir de stocker des vaccins contre la covid-19, car cette pratique affaiblit la capacité d’autres pays à se procurer des vaccins pour leur population, et de veiller à ce que le stockage ne se traduise pas par une augmentation des prix des vaccins à l’avantage de celles et ceux qui les stockent contre celles et ceux qui ne le peuvent pas; d’effectuer des audits et un contrôle a priori pour assurer un déploiement rapide des vaccins à un coût minimal fondé sur la nécessité et non sur la puissance commerciale;

7.2.6 de veiller à ce que chaque pays soit en mesure de vacciner ses professionnels de santé et ses groupes vulnérables avant que la vaccination ne soit déployée aux groupes non à risque, et donc d’envisager de faire don de doses de vaccin ou d’accepter que la priorité soit donnée aux pays qui n’ont pas encore été en mesure de le faire, en gardant à l’esprit qu’une allocation mondiale juste et équitable des doses de vaccin est le moyen le plus efficace de vaincre la pandémie et de réduire les fardeaux socio-économiques qui y sont associés;

7.2.7 de veiller à ce que les vaccins contre la covid-19 dont la sécurité et l’efficacité ont été établies soient accessibles à toutes celles et tous ceux qui en auront besoin à l’avenir, en ayant recours, là où cela sera nécessaire, à des licences obligatoires en contrepartie du versement de droits;

7.3 pour ce qui est de garantir un niveau élevé d’acceptation des vaccins:

7.3.1 de s'assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement;

7.3.2 de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner;

7.3.3 de prendre des mesures efficaces le plus tôt possible pour lutter contre les fausses informations, la désinformation et la méfiance concernant les vaccins contre la covid-19;

7.3.4 de diffuser en toute transparence des informations sur la sécurité et les éventuels effets indésirables des vaccins, de travailler avec et réglementer les plateformes de médias sociaux pour empêcher la propagation des fausses informations;

7.3.5 de communiquer, de manière transparente, le contenu des contrats avec les producteurs de vaccins et de les rendre publics pour examen par les parlementaires et le public;

7.3.6 de coopérer avec des organisations non gouvernementales et/ou d’autres initiatives locales afin d’atteindre les groupes marginalisés;

7.3.7 de se rapprocher des communautés locales pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies sur mesure visant à faciliter l’acceptation des vaccins;

7.4 en ce qui concerne la vaccination des enfants contre la covid-19:

7.4.1 de veiller à un juste équilibre entre le déploiement rapide de la vaccination chez les enfants et l’examen justifié des préoccupations concernant la sécurité et l’efficacité des vaccins, et d’assurer la sécurité et l'efficacité complètes de tous les vaccins pour les enfants en mettant l’accent sur l’intérêt supérieur de l’enfant, conformément à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant;

7.4.2 de mener des essais de haute qualité, en tenant dûment compte des garanties applicables, conformément aux recommandations et aux normes légales internationales, notamment de la répartition équitable des bénéfices et des risques pour les enfants inclus dans les essais;

7.4.3 de veiller à ce que les souhaits des enfants soient dûment pris en compte, en conformité avec leur âge et leur degré de maturité; lorsque le consentement de l’enfant ne peut pas être donné, de veiller à ce qu’un accord reposant sur des informations fiables et adaptées à son âge soit donné sous d’autres formes;

7.4.4 de soutenir le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans les efforts qu’il déploie pour procurer à ceux qui en ont le plus besoin des vaccins de fabricants ayant passé des accords avec l’initiative COVAX;

7.5 en ce qui concerne la surveillance des effets à long terme des vaccins contre la covid-19 et de leur innocuité:

7.5.1 d’assurer la coopération internationale pour la détection et l'élucidation en temps opportun de tout signal de sécurité au moyen d'un échange mondial, en temps réel, de données sur les manifestations postvaccinales indésirables (MAPI);

7.5.2 d’utiliser les certificats de vaccination uniquement dans le but désigné de surveiller l’efficacité du vaccin, les effets secondaires potentiels et les effets indésirables;

7.5.3 d’éliminer les ruptures dans la communication entre les autorités de santé publiques locales, régionales et internationales traitant des données MAPI, et de surmonter les faiblesses des réseaux de données de santé existants;

7.5.4 de rapprocher la pharmacovigilance des systèmes de santé;

7.5.5 de soutenir le domaine émergent de la recherche «adversomique», qui étudie les variations interindividuelles des réponses vaccinales fondées sur les différences d'immunité innée, de microbiomes et d'immunogénétique.

8. En référence à la Résolution 2337 (2020) sur les démocraties face à la pandémie de covid-19, l’Assemblée réaffirme que les parlements, en tant que clés de voûte de la démocratie, doivent continuer de jouer leur triple rôle de représentation, d’élaboration de la loi et de contrôle en ces temps de pandémie. L’Assemblée demande donc aux parlements d’exercer ces pouvoirs, selon le cas, également en ce qui concerne la mise au point, l’attribution et la distribution des vaccins contre la covid-19.

Musique : Infinity radio

Par Le 18/07/2021

Une chaîne de musique permanente, les morceaux s'enchaînent, toujours dans la même ambiance.

Climat : l'heure du constat (3)

Par Le 17/07/2021

 

Le site "La relève et la peste" est vraiment mon préféré.

Clair et net.

Les scientifiques lancent l’alerte depuis 1990 sur l’augmentation des précipitations extrêmes et des sécheresses à cause du réchauffement climatique

 

Nous sommes actuellement à +1°C de réchauffement moyen, et ressentons un peu plus chaque année les conséquences d’un dixième de degré d'écart. Limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à +2°C peut donc faire une différence énorme.

16 juillet 2021 - Laurie Debove

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Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !

- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

 

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D’un bout à l’autre du globe, les événements météo extrêmes s’enchaînent. Sollicité par les médias pour comprendre les raisons de ce phénomène, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele le rappelle : le GIEC avertit depuis 1990 que « l’effet de serre accentuera les deux extrêmes du pic hydrologique, c’est à dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluie extrêmement abondantes et plus de sécheresses extrêmement prononcées. » Et les scientifiques d’ajouter : un degré supplémentaire, c’est 7% d’humidité en plus dans l’atmosphère. Pour eux, il est désormais urgent de « transformer notre économie et notre société » occidentale pour limiter les dégâts.

Après le dôme de chaleur en Amérique du Nord, et dans une moindre mesure en Espagne, ou des vagues de chaleur en Russie, à Madagascar et certains pays d’Asie ; voici les inondations en Europe, mais aussi dans l’Ouest de l’Australie, en Chine, au Népal ou encore des fortes pluies au Japon entraînant des glissements de terrain.

Lire aussi : Dôme de chaleur en Amérique du Nord : les prémisses d’événements météo extrêmes dus au réchauffement climatique

« Les inondations de la mort », « une catastrophe sans précédent », « des intempéries dévastatrices. »

Les gros titres s’enchaînent pour décrire la tragédie qui frappe nos voisins européens, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, mais aussi l’Est de la France qui subit des intempéries heureusement moins meurtrières.

Pour l’heure, ces catastrophes ont fait au moins 126 morts, des centaines de disparus, et d’énormes dégâts sur les infrastructures. Un bilan plus précis sera établi quand les choses seront revenues au calme.

Après/avant – La fosse de la carrière a aspiré toute l’eau qui ne s’écoulait pas dans le sol, créant un gigantesque éboulement de terrain.

Et si les climatosceptiques restent convaincus qu’il ne s’agit que d’événements météo qui ont déjà eu lieu avant, les scientifiques du monde entier s’accordent pour dire que nous vivons actuellement est sans commune mesure avec le passé, au climat plus stable, et avait été prédit depuis 1990 par le GIEC.

« L’effet de serre accentuera les deux extrêmes du pic hydrologique, c’est à dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluie extrêmement abondantes et plus de sécheresses extrêmement prononcées. » Citation du premier rapport du GIEC, 1990

« On ne peut pas dire qu’on n’a pas été avertis. Le GIEC, et les scientifiques bien avant sa création, tirent la sonnette d’alarme depuis tellement longtemps, et sont si peu écoutés. On les écoute et on ne les invite que quand il y a une catastrophe, quand elle est déjà là. On s’occupe beaucoup trop peu de la prévention que ce soit au niveau des infrastructures qui n’ont pas été prévues quand il y a des débits d’eau comme ça, des bâtiments qui ne sont pas prévus non plus pour aider les populations à résister aux canicules. On en a trop peu parlé : la canicule de 2020 a tué 1400 personnes juste en Belgique. » a rappelé Jean-Pascal van Ypersele, le vice-président du GIEC lors du 5ème rapport du GIEC, sur un plateau TV belge

A nouveau, le corps scientifique qui travaille sur le sujet enchaîne les mises en garde et le recensement d’études pour étayer leurs propos, et faire prendre conscience à la population de l’ampleur de ce que nous vivons. Ainsi, une étude parue en juin 2021 le clame sans ambages :

« Les experts climatiques avertissent que, si aucune mesure urgente n’est prise, le changement climatique continuera de provoquer une augmentation de l’intensité des précipitations extrêmes pouvant entraîner de graves inondations. »

Dans un article publié dans The Conservation, la paléo-climatologue Valérie Masson-Delmotte décrypte ainsi comment ces phénomènes sont liés :

« L’augmentation de l’effet de serre, due aux activités humaines, entraîne un réchauffement des océans et de l’atmosphère, près de la surface. Ce phénomène peut renforcer l’évaporation. Une atmosphère plus chaude peut potentiellement transporter 7 % d’humidité en plus par degré de réchauffement, conformément à la relation de Clausius-Clapeyron. »

« Les politiciens discutant du réchauffement climatique » – oeuvre de l’artiste sculpteur espagnol Isaac Cordal

Un degré supplémentaire, c’est donc 7% d’humidité en plus dans l’atmosphère en moyenne. Nous sommes actuellement à +1°C de réchauffement moyen, et ressentons un peu plus chaque année les conséquences d’un dixième de degré d’écart. Limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à +2°C peut donc faire une différence énorme.

Comment le réchauffement climatique va bouleverser l’humanité (ft. Le Réveilleur)

« Beaucoup de gens ont l’impression que les catastrophes que nous observons aujourd’hui, c’est cela le réchauffement climatique, mais la deuxième partie du siècle, si on ne fait rien, sera terrible. » avertit le climatologue Jean Jouzel à franceinfo

« Honte aux politiques qui parlent encore de la jouer tranquille, ou d’écologie punitive. La vraie écologie punitive, c’est ça. Quand certains dirigeants (et éditorialistes) font le jeu de l’inaction et comptent leur profit, d’autres comptent les morts. Le monde n’en est qu’à +1.2°C de réchauffement global et certains pensent que +2°C serait pragmatique. Personne ne sera épargné, pas même les pays riches industrialisés. » a réagi le vulgarisateur scientifique BonPote

Pour limiter les dégâts, il faut avant tout atténuer notre impact et notamment limiter les émissions de gaz à effet de serre. Les solutions magiques promises par des technophiles enthousiastes ignorent toutes un fait très simple : aucune solution industrielle à ce jour ne peut se passer d’énergies fossiles pour être mise en place, fonctionner et être entretenue dans le temps.

« On reste persuadé que l’innovation va permettre d’effectuer la transition, mais c’est parce qu’on ne comprend pas très bien comment fonctionnent la sidérurgie, les cimenteries, la production d’engrais, l’agriculture… et surtout les mécanismes de diffusion des techniques, son rythme et sa lenteur. La transition n’a pas eu lieu, elle n’a pas même pas commencé. Historiquement, nous n’avons jamais connu de véritables transitions énergétiques. La tâche qui nous attend est complètement inouïe. C’est quelque chose qu’on n’a jamais fait. » énumère Jean-Baptiste Fressoz, historien

Changer le modèle économique des pays du Nord n’est donc plus seulement un devoir d’ordre moral, par respect pour les pays du Sud en première ligne depuis bien longtemps face à la crise climatique, mais aussi un impératif sécuritaire : il s’agit d’éviter le pire aux populations.

16 juillet 2021 - Laurie Debove

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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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Climat : l'heure du constat (2)

Par Le 17/07/2021

Intempéries : comment peut-on expliquer ces phénomènes météorologiques extrêmes ?

Publié le 17/07/2021 10:46Mis à jour le 17/07/2021 10:47

 Durée de la vidéo : 7 min.

Intempéries : comment peut-on expliquer ces phénomènes météorologiques extrêmes ?

Article rédigé par

J. Benzina, A. Etienne, R. Massini, C. Berbett-Justice, S. Khaldoun - franceinfo

France Télévisions

De très fortes pluies et inondations ont frappé durement des pays européens, comme l’Allemagne ou encore la Belgique. Ces phénomènes se multiplient. Hervé Le Treut, climatologue, était l’invité du 23h.

Ces derniers jours, de violentes pluies ont touché des pays comme l’Allemagne ou la Belgique. Le bilan humain et matériel est important. Comment peut-on expliquer ces phénomènes ? Tout d'abord, une crue éclair : l'équivalent de deux mois de précipitations en deux jours. En Belgique comme en Allemagne, il avait déjà beaucoup plu au mois de mai, et les sols n'ont pas pu absorber le surplus d'eau. "Tout le système va saturer en eau, et s'emballer. L'eau va aller où elle le peut, pour les zones urbanisées ce sont les rues qui deviennent des rivières", explique l'hydrologue Emma Haziza.

Le réchauffement climatique en cause

Certaines particularités géographiques compliquent la situation. Très touchée, la ville de Liège (Belgique) est située à la confluence de plusieurs cours d'eau, chacun alimentant la crue de l'autre. L'urbanisation est un autre facteur aggravant des inondations. "Chaque sol qui est construit, c'est un sol qui ne pourra plus absorber un excès de précipitation", explique Francois Geménne, chercheur et membre du GIEC (Groupe d'experts sur le climat). Dernier paramètre aggravant pointé par les scientifiques : le réchauffement climatique. "On est face à des problèmes qui peuvent se produire naturellement, mais ce qui fait la différence, c’est leur récurrence. Ils surviennent dans tous les pays de la planète. C’est de plus en plus fréquent et de plus en plus intense. On a des raisons de penser que cela peut être l’effet du réchauffement climatique. La planète est empêchée de refroidir. Quand on a une atmosphère plus chaude, elle retient plus d'eau", analyse le climatologue Hervé Le Treut.

 

 

 

COP25 : onze questions pas si bêtes sur le réchauffement climatique

 

"La chaleur de l'air accélère l'évaporation des étendues d'eau. Et c'est tout le régime des pluies qui en est bouleversé. Les précipitations se font plus intenses dans certaines zones et causent ainsi des phénomènes climatiques extrêmes : canicules, sécheresse, inondations…"

 

Article rédigé par

Camille Adaoust - Thomas Baïetto

France Télévisions

Publié le 02/12/2019 07:08Mis à jour le 27/11/2020 12:15

 Temps de lecture : 13 min.

Un homme marche au milieu des dégâts causés par l'ouragan Irma à Marigot (Saint-Martin, France), le 8 septembre 2017. (MARTIN BUREAU / AFP)

Un homme marche au milieu des dégâts causés par l'ouragan Irma à Marigot (Saint-Martin, France), le 8 septembre 2017. (MARTIN BUREAU / AFP)

A l'occasion de la COP25, qui se tient à Madrid de lundi jusqu'au 13 décembre, franceinfo revient sur les questions et idées reçues autour du réchauffement climatique.

Top départ pour un nouveau round. La 25e conférence internationale sur le climat débute à Madrid (Espagne), lundi 2 décembre. Des milliers de délégués d'Etats se réunissent afin de réfléchir aux moyens d'enrayer le réchauffement climatique. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Franceinfo tente de répondre à quelques questions que vous vous posez sur ce phénomène complexe qui menace notre avenir.

1Ça chauffe vraiment ? Il a neigé l'autre jour...

Oui, il a beaucoup neigé ces dernières semaines en France. Ça ne veut toutefois pas dire que la température globale de l'atmosphère ne se réchauffe pas. Depuis l'ère préindustrielle, elle a grimpé en moyenne de 1 °C. Et ce n'est pas près de d'arrêter. Si la courbe continue sur sa lancée, les températures augmenteront de 1,5 °C entre 2030 et 2052, annoncent les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) de l'ONU (PDF en anglais). Sans aucun effort de nos sociétés, les experts du Giec anticipent une hausse de 4,8 °C d'ici 2100. De récents modèles français avancent même un scénario très alarmant de +7 °C en 2100.

Le Giec produit plusieurs scénarios de hausse de la température moyenne à la surface du globe. (GIEC)

Le Giec produit plusieurs scénarios de hausse de la température moyenne à la surface du globe. (GIEC)

En cause ? Une concentration de plus en plus forte de gaz à effet de serre, ces gaz qui retiennent une partie de l'énergie solaire dans l'atmosphère. En février dernier, un triste record était franchi : une concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre de 411,66 parties par million (ppm) de CO2. Un taux en constante augmentation ces dernières décennies, comme le montre ce graphique de l'Institut de recherche Scripps.

L'institut Scripss mesure la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre. (INSTITUT SCRIPPS)

L'institut Scripss mesure la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre. (INSTITUT SCRIPPS)

2C'est plutôt une bonne nouvelle, l'été toute l'année, non ? Et puis 2 °C de plus, ça passe crème, franchement.

Attention, il ne faut pas, comme Donald Trump, confondre la météo et le climat. La météo correspond aux conditions quotidiennes de l'atmosphère (température, nuages, vent, précipitations), tandis que le climat décrit les conditions atmosphériques sur le long terme. "L'observation d'un phénomène météorologique, pris isolément, ne renseigne pas sur l'évolution du climat", explique l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Lorsque les scientifiques évoquent une augmentation de 2,5 ou 7 °C, c'est une moyenne annuelle à l'échelle de la Terre, qu'il ne faut pas transposer à la température d'un jour donné à un endroit précis : l'augmentation sera bien plus forte certains jours et dans certaines régions.

Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un œil à la dernière ère glaciaire qu'a connue notre planète, il y a 21 000 ans. "A cette époque, la température de la Terre n'était que de 4 à 7 °C inférieure à sa valeur actuelle, et pourtant le niveau de l'océan était plus bas de quelque 120 mètres. L'Amérique du Nord et l'Eurasie étaient recouvertes d'une couche de glace qui atteignait 1 à 2 km d'épaisseur et s'étendait jusqu'à New York et au nord de l'Allemagne", explique Météo France. Un paysage beaucoup plus hostile pour l'homme, à quelques degrés près.

3D'accord, il fait plus chaud… et c'est tout ?

Malheureusement, non. La chaleur de l'air accélère l'évaporation des étendues d'eau. Et c'est tout le régime des pluies qui en est bouleversé. Les précipitations se font plus intenses dans certaines zones et causent ainsi des phénomènes climatiques extrêmes : canicules, sécheresse, inondations…

Plus loin dans le cycle de l'eau : les océans. Comme l'explique l'Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son dernier bulletin sur les gaz à effet de serre, ils absorbent 22% des émissions – grandissantes – de CO2 liées à l'activité humaine. Par réaction chimique, ce phénomène participe à l'acidification des océans. Cela "présente un risque majeur pour certains planctons, les coraux et la biodiversité marine. En effet, l'acidification des océans affecte la capacité de certains phytoplanctons à croître et à se renouveler. "

Par ailleurs, la fonte des glaciers continentaux et l'expansion de l'eau due au réchauffement (plus l'eau est chaude, puis elle prend de place) déclenchent un autre processus : la hausse du niveau des océans. Au cours du siècle dernier, il a augmenté d'environ 15 cm et ce phénomène s'accélère : actuellement, le niveau des mers grimpe de 3,6 mm par an, menaçant de plus en plus les côtes. Plusieurs îles du Pacifique ont déjà été englouties sous la surface de l'eau.

"Cette hausse pourrait atteindre 30 à 60 cm environ d'ici 2100, et ce même si les émissions de gaz à effet de serre sont fortement réduites et si le réchauffement planétaire est limité à une valeur bien en dessous de 2 °C, mais environ 60 à 110 cm si ces émissions continuent d'augmenter fortement", alerte le Giec dans son dernier rapport consacré aux impacts du réchauffement climatique sur l'océan et la cryosphère.

4Est-ce que c'est vraiment de notre faute ? J'ai entendu que c'était juste un cycle de la Terre… C'est vrai ?

Oui et en même temps… non. Le climat de la Terre alterne en effet depuis toujours entre des périodes de glaciation et de réchauffement, avec des pics. Citons par exemple le Paleocene-Eocene Thermal Maximum (PETM), il y a 56 millions d'années. La température terrestre avait alors augmenté de 6 °C en 10 000 à 20 000 ans. Mais – car il y a un "mais" – toute la différence avec la période actuelle est dans la durée de cette augmentation. Si le PETM est considéré, à l'échelle de l'histoire de la Terre, comme un pic soudain, la hausse actuelle de température est plus fulgurante encore. Car la température a augmenté de 1 °C… en seulement 100 ans. Si on fait le calcul, c'est donc 100 fois plus rapide.

"Les émissions totales de gaz à effet de serre produites aujourd'hui ont augmenté de 80% depuis 1970 et de 30% depuis 1990. Elles ont été, entre 2000 et 2010, les plus importantes de l'histoire humaine", note l'Ademe. Une hausse soudaine due aux activités humaines, très émettrices en gaz à effet de serre : combustion d'énergies fossiles telles que le charbon ou le pétrole, déforestation et ainsi suppression des stocks de carbone que représentent les arbres, traitement des terres agricoles…

5J'émets vraiment du carbone au quotidien ?

Aujourd'hui, il faudrait 2,7 planètes pour satisfaire les besoins de la population mondiale si tout le monde vivait comme un Français, selon un calcul du think tank  Global Footprint Network qui englobe les émissions de CO2, mais également des ressources comme les arbres, les poissons ou les terres cultivables. Pour lutter contre le changement climatique, il faudrait donc modifier en profondeur notre mode de vie – notre alimentation, nos modes de transport, notre consommation, nos loisirs – parce qu'il n'est plus du tout adapté aux limites de notre planète.

6Je ne dois plus prendre l'avion ni manger de viande ?

Si les grandes orientations politiques ne dépendent pas que de nous, "on est tous acteurs de l'atténuation de notre empreinte sur le climat", explique Roland Séférian, climatologue à Météo France. Pour savoir comment diminuer votre empreinte carbone – la quantité de gaz à effet de serre que vous générez chaque année –, il faut d'abord la calculer. Plusieurs sites, comme celui du WWF Suisse ou celui de la fondation Good Planet, proposent des outils pour le faire.

Vous constaterez que les transports – en premier lieu l'avion, puis la voiture – et l'alimentation – en particulier la viande et les produits laitiers – pèsent lourd dans ce bilan personnel. Pour transporter un passager sur un kilomètre en avion, il faut 144,6 grammes de CO2, contre 85,5 pour la voiture particulière et 3,2 pour le TGV, selon les chiffres de l'Ademe. Pour produire un plat à base de viande, il faut 137,39 grammes de CO2, contre 15,70 pour un plat à base de légumes, selon la même source.

Prendre moins l'avion ou sa voiture et manger moins de viande sont donc des leviers importants pour diminuer son empreinte carbone. Mais ce ne sont pas les seuls : consommer local, consommer moins, regarder moins de vidéos sur Internet, chauffer son logement à 19 °C sont d'autres pistes pour faire baisser son empreinte carbone.

7Tout ça, ça semble loin… En France, on pourra juste bronzer partout les doigts de pieds en éventail, non ?

Eh non ! Les études sont d'accord : ce sont les pays en développement qui vont le plus souffrir du réchauffement climatique. Mais la France n'est pas en reste. A commencer par la survenue de phénomènes météorologiques extrêmes. Ces dernières années, les territoires français ont subi une canicule sans précédent en 2003, des inondations meurtrières dans l'Aude fin 2018, l'ouragan dévastateur Irma en 2017 sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy… Tout ceci pourrait devenir de plus en plus fréquent, si ce n'est la norme. Par exemple, sur le long terme, la température en France va grimper et banaliser les épisodes de canicule : "Les jours très chauds (dépassant de 5 °C la moyenne) seront plus nombreux : de 36 aujourd'hui, ils passeraient vers 2030 à plus de 40 (scénario optimiste), voire à plus de 70 (scénario pessimiste)", note l'Ademe.

L'agence évoque également une baisse des précipitations, et par conséquent un assèchement des cours d'eau. David Salas y Mélia, chercheur climatologue et responsable climat au centre de recherche CNRM (Météo-France-CNRS), prédit par exemple "à partir de 2070 une Garonne à sec pendant quelques mois" par an et ainsi "des pratiques agricoles fortement remises en cause". Une menace pour notre économie... mais aussi pour le contenu de nos assiettes et de nos verres. Vendanges précoces, degrés alcooliques élevés… Le vignoble français est déjà touché par le réchauffement climatique.

Les côtes françaises ne seront également pas épargnées par la montée des eaux. Le pire scénario avancé par le Giec en septembre dernier (+1,10 m à la fin du XXIe siècle) recouvrirait nombre de villes françaises, comme le montre la vidéo ci-dessous. Et La 1ère d'ajouter : "Ce rapport est plus inquiétant pour les Outre-mer français que pour la France hexagonale, pour une bonne raison qui est que les Outre-mer dépendent très fortement des écosystèmes marins et côtiers."

8Est-ce qu'on va tous mourir ?

Vous avez peut-être vu passer cette étude australienne qui évoque la fin de notre civilisation en 2050, si rien n'est fait pour freiner le réchauffement climatique. "Le changement climatique représente maintenant une menace existentielle à court ou moyen terme pour la civilisation humaine", écrivent ses auteurs. Ce constat est dramatique, mais il n'est pas farfelu. Il s'appuie sur des prévisions extrêmes, mais existantes : +3 °C en 2050. "C'est un article qui présente une vision cauchemardesque, le scénario du pire, mais qui ne peut pas être exclu pour autant", expliquait en septembre à franceinfo Gilles Ramstein, climatologue.

Dans un scénario plus modéré, celui d'un respect encore incertain de l'accord de Paris de 2015, la barre des 3 °C serait franchie "plutôt en 2100", estimait Frédéric Parrenin, glaciologue et paléoclimatologue. Les conséquences seraient très sérieuses pour la survie de notre espèce : événements climatiques extrêmes (comme les sécheresses) plus fréquents, famine, manque d'eau potable, maladies, zones habitables englouties par la montée des eaux. Dans son rapport (graphique A) sur l'utilisation des sols, rendu cet automne, le Giec estime qu'un réchauffement de 3 °C augmente "très fortement" le risque d'insécurité alimentaire sur l'ensemble de la planète. 

Cette situation provoquera mécaniquement des problèmes sociaux, comme des conflits pour les ressources ou des migrations. "Ce qu'il faut comprendre, c'est que le changement climatique a le potentiel de tuer des milliards de gens et de déclencher la guerre partout sur Terre", résume sur France Culture Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant sur les questions d'énergie et de changement climatique, enseignant à Mines ParisTech et président du think tank The Shift Project.

9Ça sert à quoi de faire des efforts, si les Chinois et les Américains, eux, n'en font pas ?

Effectivement, si la France est la seule à agir, il ne sera pas possible de sauver notre planète. Les Etats-Unis, dont le président est notoirement climatosceptique, se sont retirés de l'accord de Paris et la Chine, si elle soutient ce texte, continue de construire de nouvelles centrales à charbon, une énergie très polluante. Or, ces pays sont les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES) du monde. Selon les derniers chiffres de l'Agence internationale de l'énergie, la Chine produit chaque année 9 302 millions de tonnes de GES, suivie par les Etats-Unis (4 761,3). La France se classe 23e (306,1 millions de tonnes), une bonne performance qui s'explique par l'importance du nucléaire dans le mixte énergétique français, une source d'énergie qui produit peu de GES.

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Il faut cependant nuancer ce constat, en particulier concernant la Chine, où les pays occidentaux ont délocalisé ces dernières décennies leurs industries les plus polluantes. Le téléphone intelligent sur lequel vous nous lisez peut-être a très probablement été fabriqué en Chine. Il a été produit pour vous, c'est vous qui l'utilisez en France, mais les gaz à effet de serre émis pendant sa fabrication sont comptabilisés là-bas. Si l'on pondère les émissions de GES par la consommation des habitants et par leur nombre, "les émissions par habitant de l'Union européenne sont plus élevées que celles de la Chine", note l'ONU dans son dernier rapport : 6,1 tonnes pour un Chinois, 8,1 pour un Européen. Et, au-delà des simples émissions de CO2, notre mode de vie est moins durable que celui d'un Chinois : il n'a besoin "que" de 2,2 planètes, contre 2,7 pour nous. Bref, tout le monde doit faire des efforts.

10C'est grave ! Et personne ne fait rien ?

Si, des actions sont menées à grande échelle. Des entreprises, des villes et de plus larges territoires agissent pour tenter de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Citons l'exemple de l'engagement pris par 90 sociétés ou la promesse de la ville de Sonderborg (Danemark). Elle s'est fixé un objectif "0% de carbone" d'ici 2029.

A plus grande échelle, l'accord de Paris, signé en décembre 2015, a embarqué 192 pays dans une réduction de leurs émissions, pour contenir le réchauffement de la planète à +2 °C. Toutefois, quatre ans plus tard, les résultats se font attendre et l'inversion des courbes n'a même pas commencé. En 2018, les émissions de CO2 ont même augmenté de plus de 2%, par rapport à 2017.

En France, "la trajectoire actuelle, même si les émissions par habitant sont inférieures à la moyenne européenne, est encore éloignée de celle qui permettrait de respecter les objectifs de l'Accord de Paris sans rupture des modes de vie", déplore un récent rapport du ministère de la Transition écologique et solidaire. De plus, même si nous cessions immédiatement d'émettre des gaz à effet de serre, les effets se feraient ressentir encore pendant des dizaines, voire centaines, d'années.

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11Mais alors, que doit-on faire pour éviter la "cata" mondiale ?

Eviter le réchauffement climatique n'est plus possible. Les scientifiques planchent plutôt pour le contenir. Le Giec n'y va pas par quatre chemins et exhorte à une action rapide : "Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 ºC, il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société." Objectif : réduire nos émissions de CO2 de 45% d'ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010, puis atteindre vers 2050 la neutralité carbone, c'est-à-dire le point où les émissions sont compensées par l'élimination du CO2 présent dans l'atmosphère. Il faut aussi absorber le CO2 déjà présent dans l'atmosphère, en plantant des arbres, par exemple.

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