Articles de la-haut
La forêt et le monde d'avant.
"J’ai compris que mes petits enfants ne connaitraient pas ces forêts de grands bois, si fiers, si riches… Que le monde qu’on a connu jusqu’ici ne sera plus jamais le même. Il y a, à un moment donné, quelque chose qui s’est brisé en moi…"
En lisant ce passage, je me suis dit que c'était effarant le nombre de gens qui disent la même chose autour de moi, dans tous les domaines, depuis une dizaine d'années. "Le monde d'avant".
Oui, je sais, ça fait "vieux con nostalgique". J'en suis un.
nostalgique
adj inv mélancolique, triste, neurasthénique, pessimiste, atrabilaire, spleenétique, défaitiste, abattu
Pour "vieux con", inutile de donner une définition complète. Vous prenez les années 1950-1960-1970 comme période de naissance et vous les écoutez parler.
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie : tribune d’un forestier
https://lareleveetlapeste.fr/proteger-les-forets-pour-proteger-leau-donc-la-vie-tribune-dun-forestier/
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.

27 février 2020 - La Relève et La Peste

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Ecrit en fin d’année 2019 par un forestier de l’ONF, membre du Snupfen-Solidaires de Franche-Comté, nous avons décidé de relayer son cri du cœur, plus que jamais d’actualité. Alors que l’ONF est en proie à une privatisation qui menace les forêts françaises, son témoignage nous appelle à regarder les choses en face, à faire le deuil de ce que nous avons déjà perdu, et à agir.
J’ai commencé en 1998… Une autre époque. Un triage de 800 hectares, deux communes. Le temps de faire les choses bien, propres, dans le détail. Le temps de discuter avec le papy qui sort son bois de la tourbière avec sa brouette, d’échanger avec les bûcherons, les ouvriers, pour qu’ils me racontent aussi, qu’ils m’apprennent.
Les plus beaux hêtres se tranchaient à 3500 francs du mètre cube, et les feuillus précieux flambaient, vendus à la pièce sur les parcs à grumes, jusqu’à 90 000 francs du mètre cube ! Du jamais vu…
En ce temps-là, les marteaux étaient toujours au coffre, à la division, gardés comme un trésor. On ne coupait les feuillus qu’en hiver, hors sève, et on attendait le gel pour débarder. Le bûcheronnage était saisonnier… comme les dégagements sylvicoles.
Et puis, le 26 décembre 1999, j’ai compris. J’ai compris qu’on ne maîtrise rien, tout forestier qu’on soit. Qu’on ne sait rien de l’avenir, du possible ou de l’impossible. Que la nature, quoi qu’il arrive, a le dernier mot. J’ai vu mes collègues perdre toute leur vie de travail en deux heures. Perdre tous leurs repères…
Le monde entier est venu acheter du bois : on a rempli des wagons, des containers, qui partaient jusqu’au bout du monde. On a cubé pendant des mois, tous les jours, des milliers de mètres cubes, des kilomètres de grumes le long des routes. On était les forestiers de l’an 2000, et on avait l’impression de vivre l’apocalypse forestière…
Mais la forêt a repoussé, riche de cette glandée qu’on attendait depuis quinze ans, de toutes cette fructification miraculeuse, juste avant Lothar.
Elle savait, la forêt.

Crédit : Zoë Gayah Jonker
Nous, forestiers de l’an 2000, allions passé notre vie à mener ces peuplements issus de cette terrible tempête. Mon premier triage ravagé, j’ai découvert la sylviculture extensive, le cassage, le traitement irrégulier. Dans des trouées de 200 hectares, les ouvriers ont repris le croissant. Et ils étaient contents. Et c’était beau toute cette régé mélangée, riche, vive…
C’était beau, même s’il fallait lutter encore, pour que les crocodiles qui voulaient profiter de la tempête ne mettent pas la main sur ces forêts, ne massacrent pas les sols pour en faire des lotissements, des routes, des carrières, à coup de milliers d’euros.
Des millions promis en masse aux communes sinistrées, et même aux directions qui voyaient d’un bon œil arriver les 12% de ces jolis millions promis… Il a fallu convaincre, défendre, tenir bon malgré les menaces, montrer aux élus toute la richesse de ces milieux meurtris mais si importants…
Et puis il y a eu la réforme aussi. On a lutté, oui, de toutes nos forces je crois. C’était beau. Nous étions ensemble, solidaires. Je pense vraiment qu’on a réussi à éviter le pire, malgré tout. Mon deuxième triage, sur 7 forêts, a pris d’abord une, puis trois, puis 5 forêts supplémentaires au fil des années. On m’a changé d’équipe, on m’a retiré les forêts debout pour des forêts rasées. On a eu la canicule aussi, en 2003, son lot de chenilles, de scolytes…
On s’est mis à marteler à la peinture, toute la journée, toute l’année. A couper les bois en toute saison, à débarder par tous les temps, pour les ventes. Tout s’est mis dans le même rythme. Mais toujours, toujours la forêt repoussait.
On nous disait tout ce qu’on ne ferait plus, que tout irait bien, parce que les communes s’en débrouilleraient plutôt que de payer. Mais elles payaient, les communes, cash, pour que surtout rien ne change.
A la seizième forêt qu’ils m’ont rajouté, j’ai dit non. Stop. J’ai laissé mes 500 cessionnaires, mes papys, mes conseils municipaux, mes petites et grosses mairies, mes bucherons caractériels. J’ai choisi la montagne, plus loin, plus dure, plus rude, mais si belle aussi… La forêt des pentes et des roches, mélangée, jardinée. La francomtoise. J’y ai retrouvé le marteau et les saisons…

Crédit : Thomas Tixtaaz
Et moi qui m’étais juré de ne jamais porter d’étiquette, j’ai sauté le pas : j’ai pris des engagements, vraiment, au Snu. J’ai porté ses valeurs, son cri, car c’était aussi les miens : quelles forêts pour nos enfants ?
On a lutté oui, de toutes nos forces, défendu ces forêts et leurs forestiers.
J’ai découvert le mépris aussi, de ceux qui font semblant de nous écouter mais qui n’entendent rien, parce qu’ils savent mieux. Mais le mépris aussi de ceux qui se demandent toujours : « Mais que font les syndicats ??? » J’ai pris la morsure des sous-entendus…
Ben oui parce que quand tu sièges tu n’es pas sur ton triage, donc tu ne fais rien. Et quand tu n’obtiens pas ce que veulent ceux que tu représentes, c’est que tu ne sers à rien, que tu es vraiment nul, que tu vas juste glandouiller avec tes potes pendant que les autres bossent !
Et si tu ne sièges plus parce que cette mauvaise foi en face est juste insupportable, ce gouffre entretenu entre la direction et notre réalité quotidienne, la malhonnêteté des promesses jamais tenues, quand en face de toi les dirigeants eux-mêmes s’assoient sur la loi pour faire la leur, quand tu renonces parce que même si tu dis non ça ne change rien, les autres, ceux qui restent en forêt sans surtout en sortir, tu les entends encore : mais que font les syndicats ?
Et toi, tu fais quoi ?
J’ai vu les dépressions des collègues autour de moi, les burn-out. Les départs en retraite non remplacés. Les collègues déçus, aigris, plein d’amertume, partir soulagés en nous souhaitant bonne chance et bon courage. Les contractuels non renouvelés.
Mais il y a eu des belles choses aussi. J’ai vu les jeunes arriver, motivés, heureux. On s’est mis à garder des bois bio, à tenir compte ça et là des sols, des oiseaux, de toutes ces espèces en train de disparaître. Les réseaux naturalistes se sont développés. Je me suis enrichie de toujours plus d’expériences, d’échecs et de réussites, de petites victoires et de grandes déceptions.
Et puis, toujours, nourrissant, ces petits moments de grâce dans le quotidien du forestier : la lumière dans les houppiers dans les fins de journée d’automne, le givre qui fige la moindre brindille au petit matin, le faon niché et tremblant sous la ronce, la mer de nuage sous la crête… Le chant d’une Tengmalm au détour du chemin, le grand tétras levé au bout d’une virée … Tous ces petits riens qui font de ton métier l’un des plus beaux, que tu ne changerais pour rien au monde.

On s’est adapté aux nouveaux services, aux nouveaux départs, aux expérimentations, au TDS, aux nouvelles directives, aux contre-ordres, aux notes de service, à Teck, à ProdBois, aux services qui se vident, aux postes jamais pourvus, aux intérims interminables.
J’ai appris à dire non, encore. C’est très mal vu, mais salutaire.
On a aussi martelé des peuplements entiers de chênes de 45 au-dessus de rien, parce qu’il y avait du retard dans les aménagements, parce que la surface d’équilibre, parce que ceci, parce que cela. J’ai vu les prix des bois chuter toujours plus bas, remonter parfois avant de redescendre, la direction demander de prélever plus pour compenser.
J’ai vu des bûcherons payer toujours plus de charges sans pour autant gagner un euro de plus. 100 francs du mètre cube en 1999, 15 € en 2019 : étrange, mais ça n’a pas bougé. J’ai vu des gros bois partir en tritu : des siècles de croissance pour finir en lamellé collé dans un meuble en kit qui finira à la déchetterie dans dix ans… Pour 38 €, 250 balles…
Je ne m’y fais pas, ça me fait toujours mal, à chaque fois. Je préfère les savoir mourir en forêt de leur belle mort.
J’ai vu des machines de plus en plus grosses, de plus en plus lourdes, sortir tout de la forêt, parfois jusqu’aux feuilles et aux aiguilles. J’ai vu des forestiers retourner marteler parce que l’objectif n’était pas atteint. J’ai senti l’amertume de ceux qui n’avaient pas eu le concours, l’examen, des contractuels payés au lance-pierre et gentiment remerciés. Pour boucler le budget on a fermé le campus, vendu les Arcs, vendu le siège pour mieux le louer ensuite.
J’ai vu le bon sens se perdre, comme fondu, au nom du chiffre, des objectifs, et du budget …
Et puis il y a eu 2019. Ce printemps-là, j’ai compris plus encore. En 2019, les sapins se sont mis à sécher même en hiver… Même les plus beaux, surtout les plus beaux, les plus vieux, les plus grands, les uns après les autres, se sont éteints, comme ça, soudain. Il s’est mis à pleuvoir des feuilles et des aiguilles, en plein été, même dans les jeunes peuplements, même dans les peuplements les plus mélangés, les plus sains, même en RBI.
En plus des frênes qui mourraient déjà, se sont mis à sécher les hêtres, les sapins, les épicéas. Le paysage a changé, très vite, en quelques mois… J’ai marqué des bois secs ou en train de mourir tous les jours. Tous les jours.

Crédit : congerdesign
Et j’ai compris que moi, forestier de l’an 2000, je ne laisserai peut-être rien derrière moi… Rien du travail de toutes ces générations de forestiers, rien de ces vingt ans à y croire si fort.
Le gibier en surpopulation bouffe tout en dessous, tout sèche au-dessus. Le gel de mai a cramé les feuillus, puis ils ont pris la canicule de juin, puis celle de juillet, puis celle d’août. En octobre, les scolytes continuaient encore dans les épicéas.
Et j’ai pleuré, oui, j’ai pleuré. Je n’ai pas honte de le dire.
J’ai pleuré en martelant des sapins centenaires, qui se dressaient si fièrement hier encore. Je leur ai demandé pardon, à eux qui ont traversé les deux guerres, la sècheresse de 76 et celle de 2003, qui ont survécu à Lothar, à la neige, au vent, aux orages et aux crues…
Pardon, pardon pour les hommes… pardon pour tout ce carbone rejeté sans conscience, pardon pour cette insouciante surconsommation perpétuelle, pardon pour cette chaleur implacable qui vous tue… On savait, depuis longtemps, mais on a continué, comme si de rien n’était… Pardon, pardon…
On a tous, chacun, notre responsabilité. Parce qu’on n’a pas entendu, pas cru, parce qu’on a pensé que c’était pour demain, et que demain ce ne serait pas pour nous, pas pour eux… Parce qu’on s’est laissé convaincre, qu’on a laissé gouverner les crocodiles, préservé notre petit confort… Parce que la lutte n’a pas suffi…
J’ai compris que mes petits enfants ne connaitraient pas ces forêts de grands bois, si fiers, si riches… Que le monde qu’on a connu jusqu’ici ne sera plus jamais le même. Il y a, à un moment donné, quelque chose qui s’est brisé en moi…
On m’a dit de ne pas m’inquiéter, que ce n’était pas si grave. Que ça allait s’arranger. S’arranger ? Les étés à venir ? Les canicules, les sécheresses, les parasites, les tempêtes, les crues ? Non, soyons réalistes, honnêtes avec nous-même. Ça ne va pas s’arranger. Nous le savons très bien.
Les sapins, les hêtres, ne sont pas faits pour des températures de 40°, des nuits sans rosée. Le chalara, les chenilles, les scolytes, non, ça ne va pas s’arranger.
Au bout de six mois, oui, finalement tout le monde a reconnu qu’il y avait là une crise, grave. Il y a des embauches de CDD, non affectables aux triages vacants bien sûr, des financements pour les camions qui emmènent les bois au large. Mais le feuillus précieux partent chez Ikea, les scieurs locaux n’ont plus de contrats, il a fallu leur vendre nous-même nos lots sans le service bois. On continue de marcher sur la tête, à l’envers…
Mais depuis quelques semaines, je sais, moi, forestier de l’an 2000, quel est mon projet pour les 20 prochaines années. Parce que comme il y a vingt ans, les crocodiles vont revenir à l’assaut, auprès des communes démunies. Ils vont essayer de convaincre, promettre les milliers, les millions d’euros.
Si nous n’avons, nous, en face, qu’un argument de dépenses et de plantations aléatoires à leur proposer, qui s’adapteront peut-être malgré les printemps secs, malgré le gibier, à coup de subventions, ou pas, si c’est ça notre réponse, on va droit dans le mur.
Mais la forêt, résiliente, toujours, s’adaptera. Il faut juste lui laisser le temps et l’espace nécessaire. Préserver à tout prix, cet espace, et ces sols.
Ce ne seront plus les mêmes forêts, les mêmes arbres. Le climat nouveau est arrivé, et ce sont d’autres essences, d’autres équilibres qui vont se mettre en place. La forêt nouvelle s’adaptera. Laissons-lui juste le temps, les dizaines d’années nécessaires.
Mais en attendant, nos arbres ne tiendront plus les sols de montagne, les roches, ne retiendront plus les crues, ne réguleront plus l’eau, là-haut. Alors partout, jusqu’au plus bas de la plaine, tous en subiront les conséquences. Nous n’en avons pas fini avec les inondations, ni avec les sécheresses.
Malheureusement si nous, forestiers, sommes aux premiers fronts, je crains que tant qu’il y a de l’eau au robinet, peu de gens prennent vraiment conscience de l’urgence, de la gravité de la situation. Mais il va venir très vite le moment où l’eau ne coulera plus au robinet. Bien plus vite qu’on ne le pense, car nous sous estimons largement la part de la biosphère dans les équilibres climatiques.
La disparition de la forêt, même juste pour un temps, même juste pour une ou deux générations humaines, c’est la disparition de la régulation de l’eau.

Crédit : Jp Valery
Et ce n’est pas en jouant aux apprentis sorciers, en espérant accompagner les migrations des espèces végétales sans que l’on sache du tout quelle sera l’évolution du climat dans 10, 20, 60 ans, en plantant tout et n’importe quoi n’importe où, qu’on va éviter ça.
Non, le boulot du forestier d’aujourd’hui et de demain ne sera plus de produire ou de récolter du bois, ouvrons les yeux, mais bel et bien de protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie.
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie. Pas seulement celle de la faune et de la flore, mais toute la vie, de toutes les espèces, nous compris.
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.
J’ai reconnu cette brisure en moi, je l’ai reconnue car je l’ai vue dans les yeux de mes collègues en 2000. Mais cette brisure j’en ai fait une force aujourd’hui : mes yeux sont ouverts, je sais où est ma place, quel est mon rôle. Si le quotidien reste difficile, je sais, moi, mes priorités absolues.
Et je sais combien chacun a besoin du forestier pour être là, pour protéger ce qui survit des feux à venir, de la destruction des sols forestiers, de la pollution et des crocodiles. Gageons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de temps avant que cette prise de conscience monte jusqu’aux cerveaux encombrés de nos dirigeants.
Espérons que lorsque l’eau ne coulera plus au robinet, que lorsque la Seine aura envahi Paris, ils feront le lien, et réfléchirons non plus en euros, mais avec du bon sens, non plus à échéance électorale, mais à l’échelle de la vie.
Je suis forestier de l’an 2000, et la première chose que j’ai apprise, lorsque j’avais vingt ans, c’est que le forestier doit avant tout préserver sa surface forestière, l’état forestier. C’est ce qu’il y a de plus difficile, mais c’est notre métier, avant tout. Il est plus que jamais fondamental aujourd’hui. Tout ce que nous pourrons préserver donnera une chance supplémentaire à nos enfants, à nos petits-enfants, de connaître les arbres, les forêts, l’eau. De survivre… Ne l’oublions jamais.
27 février 2020 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Striatum vs cortex
L'évolution de l'espèce humaine passera inévitablement par l'élévation au regard de ce cerveau et de ses imbrications archaïques.
Konrad Lorenz, il me semble, avait écrit un jour : "Le chaînon manquant entre le singe et l'homme, c'est nous".
Striatum : notre cerveau pourrait avoir notre peau à force de nous mener à la surconsommation

Le striatum: ce cerveau archaïque qui nous rend déraisonnable. Credit: Pexels
Notre cerveau nous pousse vers une obsession du "toujours plus" pouvant mener vers une catastrophe écologique.
par Véro H (article) et Vincent Toussaint (vidéo)
Actualisé le 19 novembre 2019 à 15:51
Pour la première fois dans son histoire, l’Homme est maintenant capable de s’auto-détruire. À force de surconsommation effrénée et d’innovations technologiques mortifères, nous sommes en passe de détruire notre environnement et de compromettre ainsi la survie de l’humanité. Pourquoi ne sommes-nous pas capables de changer de comportement pour revenir à la raison ? Selon le neurobiologiste Sébastien Bohler, dans son essai Le Bug humain, le responsable se cache dans notre cerveau : c’est le striatum.
Le striatum : mode d’emploi
Depuis les débuts de la vie sur Terre, le cerveau de tous les Animaux est programmé pour réaliser les fonctions essentielles à leur survie : se nourrir, se reproduire, maîtriser son environnement et obtenir du pouvoir, le tout, si possible, avec le minimum d’efforts et le maximum d’efficacité.
Le rôle du striatum ? C’est la partie la plus ancienne du cerveau humain, une structure nerveuse qui stimule l’Homme vers la recherche de nourriture et d’un partenaire sexuel, entre autres fonctions. Chez certaines espèces évoluées comme l’Homme, cette recherche, si elle est fructueuse, libère dans le striatum de la dopamine, la substance chimique responsable de la sensation de plaisir. Ainsi se met en place le circuit de la récompense : si je réalise cette action, je ressens du plaisir donc je suis motivé à la refaire.
Voilà donc un système qui révèle toute son efficacité lorsque les conditions de survie sont difficiles : nourriture rare, environnement hostile, menace de prédateurs. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?
Striatum vs cortex, une lutte inégale
Savez-vous que le cerveau humain n’est pas l’organe parfait qu’on nous décrit souvent ? Il est aussi le théâtre d’une lutte entre des forces parfois contradictoires : le striatum et le cortex.
En effet, une nouvelle partie du cerveau humain s’est développée plus tard que le striatum : le cortex cérébral, siège du raisonnement, du langage et de la conscience.
Ce composant du cerveau est devenu de plus en plus performant pour répondre aux besoins du striatum. L’invention de technologies de plus en plus sophistiquées a pu alors considérablement simplifier la vie de la plupart des hommes.
Mais dans le même temps, le striatum est resté programmé comme au début de l’humanité. Il ne sait pas se donner des limites et réclame toujours plus pour satisfaire le circuit de la récompense : toujours plus de nourriture, plus de voitures, plus d’argent, plus de pouvoir : c’est un ogre que nous abritons au cœur de notre cerveau.
Un remède à l’obsession du "toujours plus" ?
L’homme a pris conscience qu’il court peut-être à sa perte avec une telle surconsommation, qu’elle soit alimentaire, énergétique, numérique, etc. Le cortex cérébral agit pour nous faire comprendre le danger, anticiper l’avenir et nous inspirer des mesures salutaires face à notre striatum insatiable.
Pour contrer cette frénésie du "tout, tout de suite", la solution se trouve peut-être dans la "slow life". Ce mode de vie se veut durable, équitable et respectueux dans tous les domaines avec ses déclinaisons comme la slow food, le slow management et même le slow sex. Il s’agit de vivre en pleine conscience, c’est-à-dire en ralentissant le rythme pour apprécier le moment présent, en (ré)apprenant à attendre et même à s’ennuyer, en retrouvant le plaisir du partage et de l’apprentissage.
Voilà des objectifs qui peuvent paraître bien difficiles à atteindre pour nous, Hommes du XXIè siècle, mais c’est sans doute à ce prix que nous négocierons notre survie dans le monde de demain.
Pesticides : Conseil d'état vs Maires.
Pesticides : après la décision du Conseil d’Etat, les maires contre-attaquent pour mieux les réglementer
« Il n’est pas normal qu’un déchet arrive chez vous sans votre autorisation, continue Daniel Cueff. C’est une violation de la propriété privée, une atteinte au bon voisinage et à la liberté individuelle. Nous avons donc décidé, par arrêté, que tout épandeur sur le territoire communal ne pourrait utiliser des pesticides que s’il est en mesure d’assurer qu’aucun résidu ne se dispersera au-delà de la parcelle traitée. »

5 mars 2021 - Augustin Langlade

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Suite à la décision du Conseil d’Etat qui jugeait les maires incompétents pour réguler les pesticides sur leurs communes, les édiles ont décidé de contre-attaquer. Mercredi 3 mars, sous l’impulsion du collectif des maires anti-pesticides, dix municipalités d’Île-de-France ont pris un nouvel arrêté commun interdisant l’usage de produits phytosanitaires au sein de leur périmètre communal. Cette fois-ci, les édiles s’appuient sur leur compétence à réglementer la gestion des déchets, dont ils estiment que font partie les résidus aériens de pesticides.
Seul le Ministère de l’Agriculture peut légiférer sur les pesticides
Véritable saga judiciaire, la lutte des élus locaux contre les produits phytosanitaires commence à Langouët, en Ille-et-Vilaine. En mai 2019, le maire aujourd’hui retiré de cette commune de 600 habitants à l’avant-garde de la transition écologique, Daniel Cueff, signe le premier arrêté interdisant l’épandage « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ».
Les Langouëtiens présentaient des taux très élevés de contamination au glyphosate et Daniel Cueff faisait valoir leur droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, garanti par l’article premier de la Constitution.
Lire aussi : « Un maire désobéit à l’État en interdisant les pesticides dans sa commune »
À sa suite, des dizaines de communes françaises, dont Lille et Paris, prennent des arrêtés similaires, systématiquement attaqués par les préfets devant les tribunaux administratifs. Le 1er janvier 2020, décidés à faire de l’épandage une question de santé publique majeure, 120 édiles fondent le Collectif des maires anti-pesticides, afin d’établir une ligne de défense commune de leurs arrêtés, dont la majorité sont suspendus en première instance.
Accompagné de l’avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, le maire écologiste de la commune d’Arcueil (Val-de-Marne), Christian Métairie, dépose alors un recours au Conseil d’État.
Mais dans sa décision rendue le 31 décembre dernier, la plus haute instance administrative du pays rejette ce pourvoi, concluant que les maires n’ont pas la compétence de réglementer l’utilisation de pesticides sur les territoires de leurs villes.
Les juges expliquent que « le pouvoir de police spéciale des produits phytopharmaceutiques confié aux autorités de l’État fait obstacle à l’édiction, par le maire d’une commune, de mesures réglementaires d’interdiction de portée générale de l’utilisation de ces produits ».
Autrement dit, seul le ministère de l’Agriculture, par l’intermédiaire des préfets, est à même de légiférer en matière de pesticides. Le principe de précaution ou des considérations d’ordre sanitaire ne sauraient donner le droit aux élus locaux de s’opposer aux volontés gouvernementales.
Lire aussi : « Le Conseil d’État juge les maires incompétents pour réguler l’usage de pesticides »

Les résidus de pesticides sont considérés comme des déchets
Depuis lors, on croyait l’affaire enterrée pour de bon. Mais des maires ont trouvé un moyen ingénieux de la rouvrir. C’est à La Montagne, petite ville de Loire-Atlantique proche de Nantes, que l’idée d’un nouveau raisonnement juridique a germé. Et si l’on considérait les résidus de pesticides comme des déchets ?
Ils relèveraient soudain de l’un des principaux domaines de compétences des maires : la gestion des ordures et des troubles de voisinage. Le 11 janvier, Fabien Gracia, maire de La Montagne, publie son arrêté et aussitôt il est imité par Éric Piolle à Grenoble, puis les dix villes franciliennes du Collectif des maires anti-pesticides : Bagneux, Gennevilliers, Malakoff, Nanterre, Sceaux, Arcueil, Cachan, L’Île-Saint-Denis, Montfermeil, Savigny-le-Temple.
Quel est donc le raisonnement du nouvel arrêté « portant obligation d’élimination des déchets provenant de l’utilisation de produits phytosanitaires ou de pesticides » ?
« Quand un épandage est effectué, nous explique Daniel Cueff, également président du Collectif des maires anti-pesticides, les particules chimiques se diffusent dans l’atmosphère et vont chez les voisins, même à l’intérieur des habitations. Ce sont donc des déchets ! »
Le Code de l’environnement définit ceux-ci comme « toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire », là où une décision de la Commission européenne classe les résidus de pesticides dans la catégorie des « déchets dangereux ».
Le dépôt de déchets sur la voie publique ou dans une propriété privée est quant à lui sanctionné par le Code pénal, que les maires sont chargés de faire respecter.
« Il n’est pas normal qu’un déchet arrive chez vous sans votre autorisation, continue Daniel Cueff. C’est une violation de la propriété privée, une atteinte au bon voisinage et à la liberté individuelle. Nous avons donc décidé, par arrêté, que tout épandeur sur le territoire communal ne pourrait utiliser des pesticides que s’il est en mesure d’assurer qu’aucun résidu ne se dispersera au-delà de la parcelle traitée. »
Et comme il est impossible de gérer ou d’éliminer ce type de « déchets » (à moins de contrôler le vent et l’invisible), adieu les pesticides.
Lire aussi : « Les lobbies profitent du coronavirus pour attaquer les lois environnementales et sociales »
Les dix villes où cet arrêté a été pris constituent des zones urbaines denses, abritant très peu d’agriculture. Il s’agit plutôt de mettre fin à l’épandage dans les parcs et les autres espaces verts, y compris les jardins.
« Mais ce constat n’empêchera pas les préfets de s’emparer du sujet, commente Daniel Cueff, et de traîner tous ces maires devant les tribunaux administratifs. »
Une nouvelle saga judiciaire est sur le point de commencer. Peut-être terminera-t-elle aussi au Conseil d’État. L’ancien maire de Langouët n’a pas de mots assez durs contre la centralisation, qu’il juge responsable de l’inertie de la société vis-à-vis des pesticides.
« Nous sommes dans un État où tout est centralisé, explique-t-il. Quelques hommes, parfois un seul, décident pour tout le monde. Dans les régions, les préfets ont davantage de pouvoir que tous les élus réunis. Sur le continent européen, seuls deux pays obéissent à ce centralisme épouvantable : la France et la Turquie. C’est pour cette raison que les préfectures redoutent qu’un arrêté soit validé par la justice, car cela formerait jurisprudence et pourrait être reproduit dans toutes les régions de France et de Navarre… »
Outre l’intérêt pratique de cet arrêté, les membres du Collectif des maires anti-pesticides cherchent à multiplier les actions non violentes susceptibles de sensibiliser la population, tout en utilisant les faibles moyens à leur disposition pour arrêter cette pollution.
« C’est inacceptable que les habitants d’une commune respirent sans le vouloir des particules épandues dans les champs, dénonce Daniel Cueff. L’ensemble de la littérature scientifique prouve que ces produits sont dangereux, catastrophiques pour la santé humaine et la biodiversité. »
Est-ce la faute des agriculteurs ?
« Certainement pas ! répond notre interlocuteur. C’est notre société qui les a mis dans cette situation, qui a exigé de meilleurs rendements, qui les a formés aux pesticides dans les écoles, qui leur a prêté de l’argent pour qu’ils investissent dans du matériel… C’est donc à nous de les aider maintenant à s’en passer. Et pour cela, il faut pousser le destin. »
Le modèle d’arrêté est disponible sur la page principale de l’adresse suivante : www.maireantipesticide.fr
5 mars 2021 - Augustin Langlade
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Les lobbies opportunistes
Les lobbies profitent du coronavirus pour attaquer les lois environnementales et sociales
Les plus grandes entreprises de France réclament une mobilisation générale : plus de travail, plus de subventions, moins de règlementations. Et tant pis pour le climat.

23 avril 2020 - Augustin Langlade

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
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- Impression : France
Un vent de lobbying intense souffle sur la France confinée. Alors que la crise climatique est chaque jour plus grave, la plupart des entreprises françaises ou implantées en France exigent que l’État les épargne des normes environnementales en vigueur, en prenant pour prétexte la relance économique du pays. Le monde d’après sera-t-il le refrain désespérant du monde d’avant ?
Un décret pour annuler les consultations publiques
Le 8 avril, alors que la crise sanitaire battait son plein, le gouvernement a publié un petit décret qui n’a pas fait grand bruit dans le débat national, mais aura certainement de lourdes répercussions sur le terrain.
Dans des domaines aussi larges qu’imprécis, les subventions publiques, l’aménagement du territoire, la construction, l’emploi, l’environnement, le « décret relatif au droit de dérogation reconnu au préfet » autorise désormais toutes les préfectures de France à contourner les normes et les règlements de l’État par simple arrêté, lorsque la décision est « justifiée par un motif d’intérêt général et l’existence de circonstances locales ».
Autrement dit, ce décret donne aux préfets le pouvoir d’esquiver la consultation publique, d’alléger toute démarche administrative, d’éluder les règlementations qui protègent la santé et l’environnement, ou encore d’affranchir les entreprises de certaines procédures préalables à leur mise en activité, en somme de devenir les arbitres de la vie locale.
Comme le montre le journal Reporterre, ce décret constitue en réalité une extension à l’ensemble du territoire national d’un processus expérimental mené dans les régions Pays-de-la-Loire et Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que quelques départements comme le Lot, la Creuse ou Mayotte, depuis le 1er janvier 2018. Le précédent décret, en vigueur dans des zones restreintes, conférait des pouvoirs identiques aux préfets : réduction des délais, allègement des normes, dérèglementation, arbitrage…
Un rapport d’information, présenté en juin 2019 par deux sénateurs de l’aile droite, a examiné 61 des 183 arrêtés pris dans le cadre de cette expérimentation. Et le résultat est clair : sur les 61 arrêtés, 34 ont facilité des subventions publiques, 2 des activités sportives ou associatives, et 19 ont permis de déroger à des normes environnementales ou agricoles.
Les préfets interrogés par les rapporteurs leur ont par ailleurs confié que ce décret risquait d’allonger « la durée des procédures d’instruction des décisions administratives » et de « donner l’impression d’un État arbitraire prenant des décisions différentes en fonction des demandeurs et des collectivités territoriales concernées ». Mais ces craintes n’ont pas été écoutées.
Le décret du 8 avril dernier s’inscrit dans le contexte tendu, émaillé d’incertitudes, de la relance économique du pays après le confinement. De quoi demain sera-t-il fait ? Une fois la crise derrière nous, à quelle sauce serons-nous mangés ? Va-t-on de nouveau socialiser les pertes, tout en continuant de privatiser les bénéfices ? Le monde d’après sera-t-il le refrain désespérant du monde d’avant ?
Soyons-en certains, les généraux du monde d’hier se démènent pour que le terrain du retour à la vie normale soit en leur faveur. Rien ne doit changer, c’est le mot d’ordre de leur bataille ; reculons, reculons, telle est leur véritable intention.

L’Assemblée Nationale et le Sénat ont accordé 20 milliards d’euros aux « grandes entreprises stratégiques » sans aucune condition exigée
Un lobbying anti-social et anti-écologique, au nom de la relance économique
Nous savons que plusieurs organisations d’entreprises mènent d’ores et déjà des actions coordonnées auprès du gouvernement afin que celui-ci infléchisse, reporte ou annule bon nombre de normes environnementales qui pourraient nuire à la reprise économique.
Le député Matthieu Orphelin (ex-LREM, désormais écologiste, ce qui en dit long) s’est scandalisé lundi 20 avril, dans une lettre adressée aux « patrons des patrons », que la crise du coronavirus soit devenue le nouveau prétexte des entreprises pour se débarrasser de normes d’intérêt collectif. Les grandes entreprises françaises ou implantées en France se sont engagées dans un front extrêmement virulent de lobbying et comptent bien abattre tous les obstacles qui se mettraient en travers de leurs intérêts.
Preuves à l’appui, le député du Maine-et-Loire accuse les plus grands syndicats d’entreprises, comme le Medef, l’Association française des entreprises privées (Afep, 113 premiers groupes actifs en France), le CCFA (constructeurs automobiles), ou l’Iata (secteur aérien), de vouloir revenir sur les principales dispositions des lois environnementales de ces dernières années, à l’échelle française et européenne.
Réduction des émissions de gaz à effet de serre, économie circulaire, gestion durable des ressources, toutes les avancées récentes en matière d’environnement sont remises en cause par le lobby du patronat, d’une manière plus décomplexée que jamais.
Selon l’AFEP dans une note interne rendue publique par Le Monde, le cadre juridique environnemental serait « un frein pour sortir de la crise économique », car il mobiliserait des « ressources importantes au sein des entreprises » qui n’en ont apparemment pas les moyens, puisqu’elles doivent relancer leur activité.
Les plus grandes entreprises de France réclament une mobilisation générale : plus de travail, plus de subventions, moins de règlementations. Et tant pis pour le climat.
Pour ce faire, toutes les méthodes sont bonnes à prendre : courriers adressés aux ministres, lobbying auprès de la Commission européenne, critiques féroces contre les normes environnementales dans les médias, diffusion de propositions thématiques qui remettent « provisoirement » en cause les règles… Le respect de l’environnement semble être la plus grande inquiétude des caporaux de l’industrie. Le gouvernement le reconnaît lui-même : un vent de lobbying souffle sur le pays.
« Ceux qui s’opposent aujourd’hui sont les mêmes que ceux qui s’opposaient ces dernières années lors du vote des textes pro-climat », confie au Monde un conseiller du ministère de la Transition écologique.
Leurs critiques des normes environnementales ne datent donc pas de la crise sanitaire, dont de nombreuses entreprises cherchent à tirer parti. Bref, de l’instrumentalisation.

A l’Union Européenne, la montée au créneau contre le Green Deal
Au niveau européen, les lobbies se battent contre le « Green Deal », l’un des principaux étendards de la nouvelle Commission européenne. Sous prétexte d’emploi et de sécurité alimentaire en temps de crise, la Copa-Cogeca, lobby européen de l’industrie agricole, mène une lutte acharnée pour que la transformation des systèmes alimentaires et le « verdissement » de la Politique agricole commune (PAC) n’aient pas lieu les prochaines années.
D’autre part, l’Afep recommande à la Commission européenne de ne pas augmenter comme prévu ses objectifs de réduction d’émission de GES sur dix ans, et de reporter au moins pour une année sa directive sur l’échange automatique et obligatoire d’informations dans le domaine fiscal. Traduction : permettez-nous de polluer et d’envoyer nos bénéfices dans des paradis fiscaux le temps que le monde se porte mieux.
Un tel lobbying, qui se déploie dans tous les domaines et à tous les échelons, intervient alors qu’une aide de 20 milliards d’euros a tout juste été débloquée par l’État, le 18 avril 2020, lors du vote de la seconde loi de finances rectificative. Ces 20 milliards d’euros seront accordés aux « entreprises stratégiques » du pays, sans aucune contrepartie environnementale, contrairement à ce que réclamaient un grand nombre de députés et quantité d’ONG comme Greenpeace, Attac ou Oxfam.
Selon Clément Sénéchal, chargé de campagne à Greenpeace France, cette subvention extraordinaire est un « chèque en blanc » offert à des multinationales qui n’étaient plus en position de force.
« L’État aurait pu demander aux entreprises une réduction des émissions de gaz à effet de serre, des contreparties en terme de gouvernance pour que les choix d’investissements et de développement soient conformes aux exigences environnementales, ou un mécanisme de sanctions pour les entreprises qui ne respecteraient pas les trajectoires fixées. »
On ne sait pas encore quelles entreprises bénéficieront de cette aide. Renault et Air France ont déjà été évoqués. Le secteur aérien est particulièrement touché par la crise. Les frontières fermées, les habitants confinés, tous les avions restent cloués au sol dans la plupart des pays développés du monde. Certains pensent qu’aucune compagnie aérienne ne pourra survivre sans une aide de l’État.
En France, le gouvernement travaille à un plan de sauvetage d’Air France, fleuron national du transport aérien. Si la nationalisation pure et simple a récemment été écartée par le ministre de l’Économie, celui-ci compte éponger massivement le déficit de l’entreprise : à ce titre, le gouvernement prévoirait de lui garantir un prêt de 7 milliards d’euros auprès des banques, sans aucune réciprocité, évidemment.
Dans une campagne menée par Notre Choix, de nombreuses ONG exigent que ces renflouements massifs des compagnies aériennes soient conditionnés à des engagements environnementaux. Le secteur aérien ne « peut reprendre ses activités habituelles une fois la crise du Covid-19 terminée », déclare le collectif. Responsable de 5 à 8 % de l’impact climatique mondial, refusant de contribuer aux réductions de gaz à effet de serre et nourri depuis des dizaines d’années d’exonérations fiscales, le secteur aérien ne peut exiger aujourd’hui que l’argent public finance son renflouement.
Aujourd’hui, l’État a toutes les cartes en main pour refondre le secteur sur un modèle plus durable et respectueux du bien commun. Mais pour le moment, il préfère accorder davantage de pouvoirs aux préfets.
23 avril 2020 - Augustin Langlade
L'après Mc Do
J'adore.
L’Après M : le fast-food de la justice sociale et environnementale
« Une équipe extraordinaire s’est formée », constate Kamel. « On essaye de réfléchir ensemble à des situations auxquelles personne n’arrive à faire face, et mettre en place ce qu’on veut pour notre quartier ».

28 janvier 2021 - Marine Wolf

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Lumière sur une très belle initiative : l’Après M ! Suite à la liquidation judiciaire du McDo de Saint-Barthélémy (Marseille) le 12 décembre 2019, des salariés et de nombreux habitants du quartier se sont emparés du lieu pour le transformer en plateforme solidaire qui a permis de nourrir 300 000 personnes depuis le premier confinement. L’association l’Après M a transformé ce McDo en « fast-food social » : la démarche est un bel exemple d’une cohérence entre justice sociale et environnementale.
En décembre 2019, le Mc Donald’s de Saint-Barthélemy, un quartier du Nord de Marseille, est placé en liquidation judiciaire. Il constituait un lieu social central pour les habitants, un lieu de rencontre pour les jeunes et les familles. Mais surtout, il s’agissait d’un bassin d’emploi majeur : une centaine de salariés se retrouve alors au chômage.
Or à Saint-Barthélemy, la pauvreté est endémique. « En 1992 on nous a vendu un rêve, dynamiser l’emploi », témoigne Kamel Guemari, ex-salarié du McDo. « 28 ans après, au lieu de continuer à dynamiser, ils ont tout dynamité ».
Peu après la liquidation arrive le premier confinement. Ailleurs, on parle beaucoup de ceux qui ont peur de mourir du virus. Dans le Nord de Marseille, les gens ont peur de mourir de faim.
« Quand nous avons été confinés, le président a annoncé qu’on était en guerre », continue Kamel. « On savait déjà faire la guerre contre la misère, la violence, la justice, la discrimination sociale…On est nés dedans ».
Quelques-uns des ex-salariés de Mc Do et des habitants du quartier décident de transformer le lieu en plateforme solidaire. Celui-ci est rebaptisé l’Après M et l’association Après voit le jour.

Crédit : l’Après M
Le fameux slogan est réinventé : « comme vous êtes, vous venez ! ». Autrement dit, puisque vous êtes des êtres humains, vous êtes les bienvenus ici.
Tous les lundis, une distribution alimentaire est organisée. Répondant à un besoin croissant, elle se poursuit durant des mois, jusqu’à aujourd’hui. La barre des 1000 colis distribués par semaine a été franchie, et la demande continue d’augmenter.
L’association fonctionne en flux tendu, sans savoir comment la distribution sera assurée le lundi suivant. Car celle-ci est uniquement portée par les dons des particuliers et des petits commerçants, ainsi que par une cagnotte en ligne. Les pouvoirs publics n’ont pas versé un centime.
Les autres jours ont lieu des maraudes et des projets émergent, avec un même objectif : répondre à l’urgence humaine.
« Une équipe extraordinaire s’est formée », constate Kamel. « On essaye de réfléchir ensemble à des situations auxquelles personne n’arrive à faire face, et mettre en place ce qu’on veut pour notre quartier ».
Des dons de vêtements, des projets pédagogiques, des actions de végétalisation, de ramassage des déchets, des constructions d’habitat pour les sans-abris… De nombreuses autres missions sont venues se greffer au sein de l’Après M.
« Cette situation nous a fait grandir et a créé cette petite machine de guerre portée par l’intelligence collective » résume Kamel.
Pour la suite, l’ambition des bénévoles est de s’organiser en une société coopérative d’intérêt collectif (Scic). L’enjeu est pour le moment de parvenir à conserver ce lieu de vie, qui reste la propriété du groupe McDonald’s France.
L’association se rêve en restaurant solidaire, où tout le monde pourrait venir manger des produits sains, où l’on pourrait cultiver la terre et produire du miel. L’idée est aussi de proposer des formations.

Crédit : l’Après M
« On veut fournir des emplois plutôt que des colis », explique Kamel. « Des personnes cabossées par la vie ont été accueillies, accompagnées, orientées. Elles ont évolué, elles ont repris confiance en elles ».
Le 19 décembre 2020 a constitué une journée symbolique au cours de laquelle des bénévoles, toutes générations confondues, sont parvenus à servir 850 burgers en 2h30. Et pas des burgers ordinaires : élaborés avec des chefs cuistots, ils sont vegans, composés de produits bio fournis par des producteurs locaux et vendus à prix libre.
Un moyen de se poser en réaction par rapport à la pollution de Mc Donald’s, et de montrer la cohérence entre justice sociale et environnementale. L’occasion aussi de dire aux pouvoirs publics : « Donnez-nous les moyens légaux pour faire ce qu’on fait déjà. On a tout le reste ».
Pour les aider : leur cagnotte en ligne et leurs actus
28 janvier 2021 - Marine Wolf
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
Votre soutien compte plus que tout
Louis Fouché : "Et demain ? "
Il me fait du bien cet homme-là.
Le choucas des tours
J'ai vécu en Bretagne jusqu'à mes 25 ans. Cette invasion de choucas n'existait pas.
Il s'est donc passé quelque chose.
Il ne s'agit donc pas de chercher une réaction mais de comprendre tout d'abord les causes sinon les réactions risquent de ne pas régler le problème réel pour les agriculteurs mais en créer un autre à long terme.
C'est toujours le problème de l'équilibre de la biodiversité.
Et les exemples sont nombreux.
Crow Life – Centre de Recherche et Protection des Corvidés
Le Choucas des Tours, chargé à mort et à tort

Crow Life travaillait à une enquête sur le Choucas des Tours depuis plusieurs mois. Ces jours-ci, les médias et notamment Ouest-France, BFM-TV et France 3 région se sont faits l’écho du témoignage d’agriculteurs mettant en cause le Choucas des Tours (Corvus monedula), une espèce protégée de la famille des corvidés accusée de ravager les cultures en Bretagne. L’espèce y prolifèrerait – et de citer le chiffre erroné de « 600 000 choucas dans le département [du Finistère] » sur BFM TV; et de prétendre, à tort, que, à raison de 4 œufs par nid, « au bas mot 50 000 couples vont produire 200 000 oiseaux en plus à la fin du mois de juin » sur France 3. « Nos métiers sont en péril. Alors oui, il faut savoir qui on protège : les agriculteurs ou les choucas ? » prévient un agriculteur interviewé par Ouest-France. L’appel à la solidarité et à la préférence anthropique. N’y-a-t-il pas un autre choix ? Une option qui consisterait à (ré)apprendre à faire avec le sauvage, à cohabiter avec et à considérer les avantages d’une telle cohabitation?
De la stéréotypie du discours à l’examen des faits
Pour l’association, on a là un échantillon du discours stéréotypé des partisans de la lutte anti-choucas qui tantôt agitent le chiffon rouge du péril économique, tantôt cherchent à faire pleurer dans les chaumières à coup de récits hitchcokiens parlant à l’imaginaire collectif et paraissant peut-être, aux yeux d’une partie de nos concitoyens, justifier les quotas d’oiseaux déjà sacrifiés à l’agriculture, voire l’évolution de leur statut juridique dans le sens de la dé-protection à défaut d’indemnisation alternativement réclamées par l’emblématique trio agriculteur(s)-chasseur(s)-élu(s) éventuellement appuyé par un représentant de syndicat agricole, l’ensemble posant sur la photo dans le journal. Printemps, été : on y a régulièrement droit. Depuis quelques années, on assiste à la construction sociale d’une image négative du choucas taxé de ‘’nuisible’’ et même ‘’d’espèce invasive’’ (ce qu’il n’est absolument pas, mais le fantasme de l’invasion nourrit celui de l’agression) qui, d’être largement véhiculée, médiatisée, tend à se superposer à la réalité.
Des dégâts aux cultures non attribuables au seul Choucas des Tours
Deux régions, la Bretagne et les Pays-de-Loire s’agitent sur le dossier. Dans l’ouest de la France, l’année dernière, c’est le département du Maine-et-Loire qui a déclaré le montant de dégâts attribués aux Choucas le plus élevé : 546 000€ (/ 467 000€ en Finistère).
Or si l’on considère les déclarations individuelles de dégâts aux cultures à la base de cette estimation chiffrée du 49, la majorité des déclarants mentionne la présence de plusieurs espèces : 72% citent de 2 à 7 espèces dont choucas + ragondins, sangliers, pigeons, corbeaux freux, corneilles… (cf graphique).

Une protection gênant le tir des chasseurs ?
Les choucas sont grégaires. Ils vivent en groupe ou en colonie et, au sol, se joignent ou sont rejoints par d’autres oiseaux. Des groupes de corvidés sont ainsi formés réunissant choucas et d’autres espèces de même famille, classées quant à elles ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ou ex-catégorie des ‘’nuisibles’’). Or la présence des premiers gêne la destruction des seconds : distinguer un jeune choucas d’un jeune corbeau ou d’une jeune corneille ne va pas de soi et tirer une espèce protégée peut coûter cher (jusqu’à 15 000€ d’amende). Évidemment si le choucas changeait de statut pour devenir lui aussi un ‘’nuisible’’, l’affaire serait plus simple : il suffirait aux chasseurs de tirer dans le tas.
Cette parenthèse faite, on le voit, l’attribution des dommages au seul Choucas des Tours apparaît clairement abusive. Pourtant les dérogations à l’interdiction de destruction d’espèces protégées prises par arrêté préfectoral et visant ce petit corvidé sont en grande partie déterminées par de telles déclarations.
En quelques années, les préfets de quatre départements de l’ouest de la France ont autorisé la destruction de 63 000 Choucas des Tours (cf encadré).
Un phénomène d’amplification du problème par récupération des chiffres nationaux et leur transposition à l’échelle départementale
C’est énorme quand on sait la population, pour la France entière et non dans le seul département du Finistère !, estimée entre 150 000 et 600 000 couples nicheurs. La transposition erronée à un département de ce chiffre de 600 000 (le haut de la fourchette de l’estimation nationale la plus haute – une seconde estimation existe, plus restreinte mais passons) venant gonfler exagérément l’importance de la problématique ‘’choucas’’ dans le Finistère n’est pas une première : le maire de Poullaouen (commune du nord-Finistère) élu de la chambre d’agriculture avait déjà affirmé à la presse régionale que selon ses propres estimations « les Choucas seraient plus de 600 000 dans le département ». Pour Crow-Life une telle amplification contribue à une perception déformée de la réalité de la problématique du Choucas, y compris par les agriculteurs, sur le terrain.
Des projections démenties par une forte mortalité néonatale
Par ailleurs quand on considère la mortalité néo-natale particulièrement élevée au sein de l’espèce, comment prétendre que 50 000 couples x 4 œufs/nid donneront 200 000 jeunes ? Ce calcul évacue ou méconnaît la mortalité néonatale du Choucas, un fait scientifique bien établi et consensuel. Elle vient encore d’être démontrée par une équipe de chercheurs dirigée par une scientifique du prestigieux Institut Max Planck dans le cadre d’une étude de suivi menée auprès d’une colonie de choucas sauvages en Allemagne : si le taux d’éclosion y est satisfaisant, le succès d’envol du nid des jeunes est de seulement 21% (Gill L.F et al, 2020).
L’argument de la ‘’prolifération’’ n’est pas sérieux. Ni soutenable au regard de comptages qui, localement, sont réalisés par secteurs et par des bénévoles recrutés en partie parmi les chasseurs et les agriculteurs volontaires sommairement formés au comptage (30mn de formation au comptage dans le 49, mode d’emploi fourni dans le 22). Les résultats de ces comptages ne valent pas estimation de la population de choucas dans un département.
Certes des disparités géographiques de répartition des populations existent et les choucas, de vivre en bande et de communiquer bruyamment, se font facilement remarquer dès qu’ils s’établissent dans un secteur. Qu’ils exercent une certaine pression sur un secteur donné ne signifie pas qu’il y ait ‘’prolifération’’ en revanche, au rythme de leur destruction, on peut se demander combien de temps les populations présentes localement parviendront à se maintenir dans un état de conservation favorable.
Pas de prédateurs ?
De plus, il est faux de prétendre que le Choucas n’a aucun prédateur. Les mustélidés (fouine, martre, etc) comptent parmi ses prédateurs naturels ainsi que d’autres espèces d’oiseaux. Si les mustélidés sauvages sont de moins en moins nombreux, reste le chat domestique : il fait des ravages au sein des colonies de Choucas lesquelles s’installent volontiers à proximité de l’homme (cheminées, vieux bâtiments, etc.) gagnant ainsi quelques degrés l’hiver. (Je rajoute qu'il faudrait connaître les raisons de la diminution considérable de la population de mustélidés...C'est évidemment la même raison pour expliquer la quasi dispariton en Bretagne de l'autour des palombes qui est connu comme le plus gros prédateur des choucas. Explication : produits chimiques qui empoisonnent sans les tuer les rongeurs mais qui, accumulés dans le corps des prédateurs, finit par les tuer : rapaces, mustélidés. )
Le choucas, un auxiliaire précieux de l’agriculture
Enfin, si les agriculteurs considéraient le verre à moitié plein plutôt que de le voir toujours à moitié vide ? Les Choucas rendent des services considérables à l’agriculture. Les auteurs d’une étude portant sur une colonie de choucas sauvages comptant plus de 200 nids et installée en zone agricole concluent que, d’un point de vue économique, la présence des Choucas en période de reproduction est avantageuse pour l’agriculture parce qu’ils réduisent significativement la quantité d’insectes ravageurs des cultures (œufs, larves, adultes : 1,5 tonnes) tandis qu’ils prélèvent une quantité insignifiante de grains sur la totalité des récoltes » (Kaminski et al, 2015). Les pesticides est-ce mieux ? Est-ce gratuit ? Non.
Quelques rares études permettent également de se faire une idée de l’évolution du régime alimentaire des Choucas au cours de l’année en zone agricole dont celle de Holyoak (1968) décrivant le contenu des gésiers de choucas autopsiés post-mortem : en mars-avril, la moitié d’entre eux (49%) n’avait ingéré ni semis, ni grains issus de l’agriculture et, en mai-juin, 56% étaient dans le même cas.
Paradoxalement, c’est la période où l’espèce est la plus persécutée : les dates des 28 arrêtés préfectoraux analysés par Crow-Life attestent d’une prise d’effets ciblant le printemps et l’été, soit 1°) la période de reproduction et 2°) la période de dépendance des jeunes, après l’envol du nid (cf graphique de l’encadré).
Attention en région d’élevage et d’épandage…
Les Choucas sont des auxiliaires précieux de l’agriculture mais à force de construire et de propager une image sociale négative d’eux et à force de les détruire…. À la prochaine attaque de simulies (mouches noires hématophages capables de provoquer la mort de bovins), l’absence de ce petit corvidé largement insectivore pourrait s’avérer dommageable. Est-ce le fruit du hasard si le Choucas affectionne davantage les régions d’élevage que celles de production céréalière ? Les deux premières régions françaises d’élevage que sont la Bretagne et les Pays-de-Loire seraient sans doute mieux inspirées de reconsidérer la question du Choucas à la lumière de ce type de considérations.

Choucas des Tours mangeant un insecte

L'esprit de la permaculture
Le portrait de la semaine : Johnny Simon, la passion du jardin et le coeur en permaculture
https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/somme/amiens/le-portrait-de-la-semaine-johnny-simon-le-coeur-en-permaculture-2071057.html
C'est sans le savoir que Johnny Simon pratiquait la permaculture. Depuis qu'il a mis un mot dessus, il en a fait un art de vivre. Tentant de créer l'harmonie entre l'homme et la nature dans son jardin de Saleux dans la Somme et partout où sa passion le pousse.
Publié le 22/05/2021 à 07h30 • Mis à jour le 23/05/2021 à 08h32

Johnny Simon au cœur du jardin forêt du jardin de la Selle. • © Mathieu Maillet
La première fois que j'ai rencontré Johnny Simon, je me suis rappelé mon professeur d’EPS de collège. Celui qui au siècle dernier apprenait aux pré-ados que nous étions à faire des plaquages de rugby les jours d’intempéries, le sol détrempé étant censé amortir nos chutes. J'avais alors du mal à imaginer chez cet homme d'autres passions que celle de nous faire souffrir.
Car Johnny Simon est prof d'EPS. Je ne sais pas s'il fait souffrir ses élèves, mais s'il n’est pas au collège ou autour d'un stade, vous aurez de grandes chances de le trouver dans son jardin à Saleux, dans la Somme près d'Amiens.
Car sa passion à lui, c'est la permaculture. C’est dans les 5650 m² du terrain qu'il occupe depuis 2013 qu'il m'a entraîné, me décrivant les multiples espèces végétales qui l'occupent. Chez Johnny Simon, pas de motoculteur pour retourner la terre, pas de ligne de légumes ou de haies constituées d'une seule espèce de plante. Mais des mares, des buttes de cultures recouvertes de couverts végétaux, de paille, de tontes de pelouse d'où sortent différentes pousses potagères, fleurs, plantes. Une piscine naturelle, un jardin forêt, une zone de re-naturalisation, un poulailler...
La permaculture, c'est le partage.
Johnny Simon, permacultivateur amateur
Des espaces conçus, d'après Johnny, comme les différentes pièces d'une maison. Chacune avec son propre rôle mais dont le but premier est de créer un équilibre entre la faune, la flore et les hommes qui occupent cet environnement.
Prendre soin de la terre
Quand Johnny a commencé son ouvrage, il ne savait pas que ce qu'il faisait avait un nom. Alors lorsqu'un de ses anciens élèves l’incite à assister à une conférence organisée par le Centre permanent d'initiative pour l'environnement de la Somme sur la permaculture, il a compris que c'était ça qu'il faisait. Et sur la permaculture, il est intarissable.
"Les principes de la permaculture : prendre soin de soi, prendre soin de la terre, partager équitablement les richesses, m'explique-t-il. La permaculture, c’est le partage. Dans la nature, on ne verra jamais un oiseau prendre quatre cerises, en manger une et revendre les trois autres à ses congénères."
Cette notion de partage reviendra souvent dans la bouche de Johnny. Et ce ne sont pas que des paroles.
Je fais en sorte que mon jardin soit le plus autonome possible. La permaculture permet de créer un cycle qui s'auto-alimente.
Johnny Simon, permacultivateur amateur
Alors qu'il me montre ses serres faites de matériaux de récupération, deux personnes entrent dans le jardin. Guillaume et sa fille Maeline apportent un pot de tanaisie, une plante qui a pour vertu de repousser les insectes, et des enveloppes contenant des graines.

Guillaume et Maeline apporte un pot de tanaisie et des graines à Johnny • © Mathieu Maillet
"J’ai dépanné Guillaume qui s'est fait voler des outils", raconte Johnny. Comme lui, Guillaume a un jardin et l'entraide est précieuse entre ces amoureux de la nature. Un peu plus tard, nous sommes dans sa maison, un appel de son voisin : "je te mets du bois par-dessus la clôture". Par la baie vitrée, j'aperçois l'homme charrier des bûches chez Johnny. "Je récupère aussi les tontes de gazon ou les tailles de haies des voisins, ça fait des couvre-sols naturels".
Un équilibre entre les plantes et les animaux
"Je fais en sorte que mon jardin soit le plus autonome possible. La permaculture permet de créer un cycle qui s'auto-alimente : l'arbre dans le jardin perd ses feuilles, ses branches, ses fruits, il va nourrir la terre, l'homme, les écureuils, les oiseaux. Les oiseaux boivent dans la marre, ils font des déjections qui nourrissent arbres et potager et se nourrissent des insectes qui peuvent être ravageurs dans le potager." Tout s'équilibre.
Et c'est ainsi que le jardin est devenu refuge Ligue de protection des oiseaux il y a quatre ans et que Johnny accueille des hérissons via le sanctuaire des hérissons. Les animaux sauvages sont chez eux dans le jardin de Johnny : "sur le peuplier il y a un coucou gris, et vous pouvez avoir les étourneaux qui vont venir par bande. Dans le noyer, il y a un épervier qui va faire le tri au moment des cerises entre les pies et les grives et qui va leur expliquer qui a le droit de vivre ou mourir sur le terrain. Les tourterelles, les pinsons, les rouges-gorges, les mésanges et jusqu'aux troglodytes mignons vont voler autour des tas de bois installés pour eux. On commence à avoir des rapaces et on a des chauves-souris, les pipistrelles qu'on voit voler l’été à 22h."
Transmettre sa passion et ses pratiques
Son engagement, Johnny le pousse au-delà des limites de son jardin. Il initie les élèves du collège Gérard Philipe de Froissy à sa passion. "La première année, on a fait des lasagnes dans un aquarium en y mettant du carton, des feuilles... et trois mois après il y avait de la terre. On a créé un jardin forêt de 600 m² avec l'objectif de nourrir la cantine dans quelques années."

L'entrée du jardin forêt au mois d'avril • © Mathieu Maillet
Il est également intervenu dans le lycée de Grandvilliers pour la mise en place d'un jardin permacole. Il aide des associations comme Les robins des bennes qui luttent contre le gaspillage pour redistribuer des plantes destinées à finir à la benne, en déchetterie, en jardinerie, dans les cimetières, ou chez les particuliers.
Il milite pour un projet de ceintures alimentaires autour d'Amiens. Attirer des maraîchers et créer une forêt publique pour mettre à disposition gratuitement des fruits et légumes. Apprendre aux gens comment s'approprier les jardins est l'un de ses grands rêves.
"Quand j'étais jeune, je n'aimais pas ça"
Petit, Johnny n'aimait pas aller au potager de son père."Quand j'étais jeune, ça ne m'intéressait pas. Mon papa fonctionnait en conventionnel. À 14-15 ans quand j'allais au jardin, c'était pour bêcher et désherber et je n'aimais pas. En retirant ça, j'ai enlevé ce qui m'irritait le plus au jardin."
Aujourd'hui, il est assez rare de le croiser sans son fils de 6 ans. Avec lui, il partage le rythme des saisons, le plaisir de voir les plantes pousser, les oiseaux nicher. Un jeune garçon malicieux qui aime mettre en boite son père : "Mon fils m'a dit : plus tard, tu seras vieux et je te mettrai dans un fauteuil et tu feras décoration dans le jardin. Un autre jour, il a dit à des visiteurs : "mon père ne fait rien, heureusement que je suis là, c’est moi qui fais tout !""
"Il prend des graines qu'il mélange dans un saladier, il les jette et ça pousse. Et vous, vous essayez et ça ne marche pas et vous vous dites : pourquoi lui ça marche et pas moi ?", s'amuse ce papa qui ne cache pas sa fierté.
Johnny n'a pas encore découvert tous les secrets de la nature mais ce qu'il sait déjà, il le partage sans modération dans son jardin qu'il ouvre au public très régulièrement. Parce que la permaculture selon Johnny Simon, c'est avant tout le partage.
Les oiseaux et l'agrochimie
L'article date de 2018. Je le poste ici parce que ça me permettra de voir ce qu'il en sera dans dix ans. Ce blog me sert aussi d'archives.
Le CNRS et le Muséum démontrent une corrélation entre disparition des oiseaux et agriculture intensive
https://www.actu-environnement.com/ae/news/disparition-oiseaux-etudes-CNRS-Museum-catastrope-ecologique-30881.php4
Deux nouvelles études scientifiques révèlent une diminution d'un tiers des populations d'oiseaux vivant en milieu agricole depuis les années 1990. Cette diminution apparaît directement corrélée aux pratiques agricoles intensives.
Biodiversité | 20 mars 2018 | Laurent Radisson | Actu-Environnement.com
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Les chiffres révélés en ce premier jour du printemps par le Muséum d'histoire naturelle et le CNRS ont de quoi faire frémir. "Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse. En moyenne, leurs populations se sont réduites d'un tiers en quinze ans", révèlent les organismes de recherche à travers deux études.
La première a été menée à l'échelle nationale grâce à un programme de sciences participatives porté par le Muséum. Elle met en évidence les pertes les plus importantes parmi les espèces spécialistes des milieux agricoles comme l'alouette des champs, la fauvette grisette ou le bruant ortolan. Loin d'être enrayé, le déclin s'est même accéléré ces deux dernières années.
La deuxième étude a été menée à une échelle locale par le CNRS dans une zone atelier située dans les Deux-Sèvres. "En 23 ans, toutes les espèces d'oiseaux de plaine ont vu leurs populations fondre : l'alouette perd plus d'un individu sur trois (-35%) ; avec huit individus disparus sur dix, les perdrix sont presque décimées", révèle le CNRS.
Effondrement des populations d'insectes
Ces deux études mettent clairement en évidence la corrélation entre ces baisses de population d'oiseaux et les pratiques agricoles intensives, même si elles ne démontrent pas scientifiquement le lien de causalité. En effet, alors que des espèces généralistes adaptables comme le pigeon ramier, le merle noir, la mésange charbonnière ou le pinson des arbres ne déclinent pas à l'échelle nationale, leur population diminue aussi lorsqu'elles fréquentent les milieux agricoles, explique Benoît Fontaine, co-responsable du programme de sciences participatives au Muséum.
Les deux organismes de recherche mettent en avant plusieurs facteurs liés à l'intensification des pratiques agricoles, plus particulièrement depuis 2008-2008 : fin des jachères imposées par la politique agricole commune, flambée des cours du blé, sur-amendement au nitrate, généralisation des insecticides néonicotinoïdes.
Si les causes semblent multifactorielles, le rôle des pesticides semble prépondérant. Une étude scientifique, révélée en février dernier par l'Office de la chasse et de la faune sauvage, a démontré l'intoxication directe des oiseaux via la consommation de graines traitées par les néonicotinoïdes. Mais la menace est aussi indirecte avec l'effondrement des populations d'insectes comme l'a montré en octobre dernier l'étude allemande révélant que plus de 75% des insectes avaient disparu outre-Rhin depuis 1989.
Printemps silencieux dans les plaines céréalières
"Les scientifiques savent que la biodiversité s'effondre, mais nous avons été frappés par l'accélération du phénomène", explique Benoît Fontaine. Or, les oiseaux sont en bout de chaîne et traduisent ce qui se passe dans les différentes composantes de la biodiversité, ajoute le chercheur. "On atteint un niveau proche de la catastrophe écologique", alertent les deux organismes de recherche qui annoncent dès cette année un "printemps silencieux" dans de nombreuses régions de plaines céréalières, en référence à l'ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson paru en 1962.
"Si cette situation n'est pas encore irréversible, il devient urgent de travailler avec tous les acteurs du monde agricole pour accélérer les changements de pratiques ; et d'abord avec les agriculteurs qui possèdent aujourd'hui les clés pour infléchir la tendance", alertent les organismes de recherche à l'attention des politiques. Et ce, d'autant plus, que les agriculteurs seront les premières victimes de la disparition des pollinisateurs et de la micro-faune présente dans les sols. Or, pour l'instant, les changements de pratiques agricoles restent anecdotiques, estime M. Fontaine.
Ce deuxième article date de ce mois.
Néonicotinoïdes : la LPO réclame la réparation du préjudice écologique aux agrochimistes
Biodiversité | 21 mai 2021 | Laurent Radisson | Actu-Environnement.com
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La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a assigné en justice, ce vendredi 21 mai, les principaux producteurs et importateurs d'imidaclopride, la substance néonicotinoïde la plus commercialisée en France, annonce l'association dans un communiqué.
Soutenue par le collectif Intérêt à agir, elle demande au tribunal judiciaire de Lyon la réparation du préjudice écologique causé par cette substance persistante, systémique et neurotoxique, ainsi qu'une expertise en vue de déterminer l'étendue des dommages et les mesures de réparation à mettre à la charge de ses producteurs (Bayer et Nufarm) et importateurs (Fertichem, Gritche, Agri Canigou, Saga). L'association demande également l'arrêt immédiat de la commercialisation des produits contenant cette substance. Cette demande fait suite à l'adoption de la loi du 14 décembre 2020 qui a réautorisé ces produits de manière dérogatoire dans les cultures de betteraves.
« Les néonicotinoïdes symbolisent un modèle agricole productiviste qui a conduit nos paysans dans une impasse économique et fait disparaître les oiseaux de nos campagnes. La dernière victime en date est la Pie-grièche à poitrine rose, qui ne s'est plus reproduite en France cette année. Les responsables de ce désastre doivent rendre des comptes », tonne Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO.
L'association s'appuie sur plusieurs études scientifiques qui montrent un effondrement des populations d'insectes à partir des années 1990 concomitant avec celui de différentes espèces d'oiseaux insectivores fréquentant les milieux agricoles comme le Bruant jaune, le Pipit farlouse ou le Tarier des prés. « Aujourd'hui, c'est au minimum 25 % de ces populations qui ont disparu », estime la LPO. Pour l'association, ces études établissent le lien de causalité entre ces dommages environnementaux et les néonicotinoïdes dans la mesure où ces produits ont été introduits à la même époque et qu'une corrélation spatiale peut également être établie entre leur commercialisation massive et le déclin des oiseaux en zones rurales. Reste maintenant à voir si le tribunal de Lyon reconnaît ce lien de causalité.
Les rats taupiers et les prédateurs
Des subventions pour pallier aux frais occasionnés par les divers rongeurs.
C'est une vision court-termiste. Comme d'habitude.
La biodiversité a une raison d'être et si l'humain passe outre, il en paye inévitablement les frais.
Les rats taupiers font déjà de gros dégâts dans les prairies du Mézenc
https://www.leveil.fr/saint-front-43550/actualites/les-rats-taupiers-font-deja-de-gros-degats-dans-les-prairies-du-mezenc_
Publié le 21/02/2020 à 17h12

Christian Munier donne des formations aux agriculteurs pour lutter contre cette espèce de rongeur. Photo Vincent Jolfre © Vincent JOLFRE
Le rat taupier dévore les prairies du Mézenc et va obliger certains agriculteurs à sursemer pour s’assurer du fourrage. Ces derniers ont fait part de leur inquiétude au préfet, mercredi après-midi.
L’ennemi juré des agriculteurs du plateau du Mézenc est de retour. Ou plutôt, il n’a jamais quitté le sous-sol des prairies depuis cet été. Et cela en raison de la douceur des températures ces dernières semaines. Le rat taupier ou campagnol terrestre - appelez-le comme vous le voudrez - ravage tellement de parcelles à Saint-Front et ses alentours que les exploitants risquent de ne pas avoir de récolte de fourrage cet été.
Les rats taupiers font déjà de gros dégâts dans les prairies du Mézenc. Photo Vincent Jolfre
Cette problématique a été au cœur des discussions entre chambre d’agriculture, agriculteurs du plateau et le préfet, Nicolas de Maistre, mercredi après-midi. Car ces petits rongeurs qui cavalent dans les sous-terrains du Mézenc en se nourrissant des racines sont une des sources d’épuisement des paysans. Ces derniers prévoient d’ailleurs de sur-semer de l’avoine et du ray-grass sur leurs parcelles dès avril pour s’assurer d’un minimum de fourrage cet été. Des plants vivaces pour avoir un minimum de récolte durant l’été.
Le préfet Nicolas de Maistre (deuxième en partant de la gauche) a écouté les agriculteurs pendant près d’une heure et demie.
« Cela ne va pas détruire nos prairies car c’est du sur-semis. Après la récolte elles vont se régénérer ».
L’ASSEMBLÉE
En plus du coût des semences, les agriculteurs vont devoir faire appel à des entreprises pour sur-semer. Car ils n’ont pas le matériel. Pour combler en partie les 150 € à 200 € par hectare qui vont s’appliquer, les exploitants soutenus par la chambre d’agriculture ont demandé une subvention au Département à hauteur de 50 % pour chaque agriculteur (soit une demande totale d’environ 30.000 à 40.000 € selon la chambre d’agriculture).
La situation nourrit le ras-le-bol des exploitants. À l’image de Grégory Devidal, agriculteur bio à Chaudeyrolles.
Cela fait trois ans que je dois acheter 20.000 € de bouffe ! Économiquement, on se demande si on ne va pas repasser en conventionné.
Franck Chazallon, agriculteur de Saint-Front, que nous avions rencontré cet été, a lancé un « cri d’alarme » au préfet, après des mois à chasser le rat taupier. Photo d’archives Vincent Jolfre
Revenir à cette agriculture lui permettrait notamment de faire appel à des personnes formées à la lutte chimique contre le rat taupier. Une des solutions à court terme pour venir à bout du campagnol terrestre. Solution qui toucherait de facto les autres espèces vivant sur le plateau du Mézenc.
Si le court terme préoccupe les agriculteurs, la rencontre avec le préfet mercredi a aussi permis d’aborder les solutions dans le temps. Tous les acteurs se sont montrés unanimes :
Il faut lutter collectivement.
Comment ? Avec l’installation de haies pour favoriser la vie des rapaces - notamment du milan royal mangeur de rats taupiers -, ou encore l’enrochement pour attirer les hermines, elles aussi mangeuses du rongeur. Des solutions durables aux conséquences sur le long terme pas toujours du goût des agriculteurs.

« Oui, nous allons vous aider, mais nous voulons une vision sur le long terme. Pour que je puisse porter votre message, la biodiversité doit être au cœur des réflexions ».
NICOLAS DE MAISTRE (Préfet de Haute-Loire)
Le président de la chambre d’agriculture, Yannick Fialip, a, lui, proposé à chaque agriculteur de débourser « 10 à 20 € chaque année par hectare » en terme de prévention. Et notamment pour limiter les proliférations de taupes, autre ennemi des agriculteurs. « La taupe prépare des autoroutes souterraines pour les rats taupiers », note Christian Munier, agriculteur à la retraite et vice-président de la Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles en Haute-Loire (FDGDON43).
La lutte contre les taupes et les rats taupiers semble être trop tardive pour cette année. Reste aux agriculteurs du plateau à espérer que leurs sur-semis seront épargnés.
« Sursemer est indispensable »
Le porte-parole de la Confédération paysanne de Haute-Loire, David Chamard, va dans le sens du sursemage envisagé par les agriculteurs du plateau du Mézenc et demande une aide supplémentaire des pouvoirs publics.
Quel est votre regard sur la possibilité de sursemer dans les prairies touchées par les rats taupiers ?
C’est indispensable. Aujourd’hui, il faut réimplanter les prairies pulullées. La part de parcelles touchées est énorme. Cela va avoir un coût important pour les éleveurs.
Nous aimerions davantage d’aide des pouvoirs publics. Une subvention à hauteur de 50 % du Département cela serait déjà bien, mais pourquoi pas 100 %, si l’on actionne d’autres leviers ? Cela serait un message fort des pouvoirs publics s’ils venaient à aider intégralement les agriculteurs de cette zone.
La lutte contre ces rongeurs est au cœur des discussions, quelles sont les solutions selon vous ?
Sur le long terme, il faut maintenir la biodiversité. Sur le plateau, il faut conserver des renards, en arrêtant de les tirer, des hermines et des rapaces. L’entretien des haies est aussi primordial. On a vu par le passé que la solution de la chimie n’a pas eu le résultat escompté sur le long terme. Il faut trouver un équilibre dans le système. »
En chiffres
400
C’est, environ, le nombre d’hectares de prairies touchés par la prolifération des rats taupiers sur le plateau du Mézenc.
1.000
C’est le nombre maximum de campagnols terrestres qui peuvent vivre dans un hectare.
Renard et tiques
Ici, j'enlève des tiques tous les jours sur nos deux chats et j'en ai déjà chopé un qui trottait sur ma main en revenant du potager.
Autour de nous, on a déjà rencontré trois personnes atteintes par la maladie de Lyme.
Encore une fois, un animal n'obtient pas le droit de vivre parce qu'il est utile à l'homme mais quand on voit la gravité de cette maladie chez l'humain et la multiplication exponentielle des cas, il y a quand même un sérieux problème.
https://lareleveetlapeste.fr/les-renards-sont-indispensables-pour-lutter-contre-la-propagation-de-la-maladie-de-lyme/
Les renards sont indispensables pour lutter contre la propagation de la maladie de Lyme
« Rien n’est utile ou nuisible, tout est nécessaire » Jean-François Noblet, zoologiste.

13 mai 2021 - La Relève et La Peste

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
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- Impression : France
L’augmentation de la maladie de Lyme corrobore avec la diminution du nombre de renards roux. Et pour cause, ce mal-aimé de nos campagnes, encore trop souvent considéré comme un nuisible, est pourchassé sans répit. En France, les chasseurs tuent ainsi entre 600 000 et un million de renards chaque année. Alors que les cas de Lyme continuent d’augmenter, et que les agriculteurs déplorent les ravages des rongeurs sur leurs récoltes, il est grand temps d’accorder au goupil tout le respect qu’il mérite pour son rôle inestimable dans la régulation des écosystèmes. Un article de Liza Tourman.
Qu’est-ce que la maladie de Lyme ?
La maladie de Lyme, aussi connue sous le nom de « Borréliose de Lyme », est une zoonose dégénérative qui peut être traitée si elle est diagnostiquée à temps. Malheureusement, encore peu reconnue en France, elle se transforme souvent en maladie chronique. Elle est transmise via une tique infectée par une bactérie du complexe Borrelia burgdoferi.
Nécessitant un taux élevé d’humidité pour vivre, on la retrouve essentiellement dans les forêts, les lisières, les taillis et les bois. Utilisant comme hôtes des animaux vertébrés sauvages tels que les rongeurs ou domestiques, elle se transmet à l’homme lors de ses « repas de sang ».
Cela dit, ce n’est pas parce que nous sommes mordus par une tique infectée que l’on attrape obligatoirement la maladie. En effet, cela dépend de la stase de développement (larve, nymphe, adulte).
Moins de 1 % de la population touchée transmet la bactérie à sa descendance, et par voie de conséquence, ces dernières ne sont généralement pas infectantes le temps de la morsure. De plus, 17h à 24h de fixation sur une personne sont requises pour que celle-ci contracte la maladie.
Et même si une tique a terminé son repas, il n’y a que 14 % de risques d’infection. Malgré tout, la borréliose est une maladie grave dont les symptômes varient entre la paralysie musculaire et articulaire, des migraines violentes, des poussées de fièvre, des troubles de l’équilibre, cardiaque, de la vision et neurologiques voire, cas ultime, la mort. Le pic d’activité des tiques s’étend généralement d’avril à juin. Elles redeviennent peu actives à l’automne.
On dénombre aujourd’hui 60 000 nouveaux cas par an en France. Pour se faire une idée, on en comptait 26 000 entre 2009 et 2014, 33 200 en 2015, 54 600 en 2016 avant d’atteindre 205 000 en 2018. Au vu de ces nombres impressionnants, on peut légitimement se poser la question des causes de la progression alarmante de cette maladie.

Crédit : Erik Karits
Le rôle du renard roux
Concernant les facteurs naturels connus à l’origine du développement de Lyme, deux font l’unanimité, dont un plus particulièrement. Premièrement, il y a le réchauffement climatique qui favorise la prolifération des tiques.
Ensuite, vient un argument sur lequel une grande majorité des chercheurs semble d’accord : le manque de renards et / ou de chats selon les territoires (pour endiguer les rongeurs qui ramènent les acariens en zone urbaine).
En 2012, une étude américaine a démontré qu’au cours des trois dernières années, l’augmentation de la maladie de Lyme corroborait avec la diminution du nombre de renards roux.
Venant étayer cette dernière, une étude néerlandaise plus récente (2017), répartie sur 19 territoires forestiers des Pays-Bas, constate que le nombre de larves de tiques sur deux espèces de rongeurs (le campagnol roussâtre et le mulot sylvestre, réputés pour être des nids à Borrelia) diminue quand l’activité prédatrice du renard roux et de la fouine augmente.
Dans cette dernière, parue dans la revue néerlandaise Mens & Vogel, Tim Hofmeseeter, écologue, a présenté un rapport mené sur deux ans établissant le lien entre la présence du renard et celle de tiques d’une part et la survenance des bactéries du complexe Borrelia burgdoferi d’autre part.
Comment s’y est-il pris ? Elargissant sa recherche à une vingtaine de bois d’un hectare sur toute la Hollande, il conçoit deux formes de pièges pour établir ses statistiques. Le premier est un piège capable de détecter, filmer ou photographier tout mouvement repéré par la chaleur émise par un mammifère de taille moyenne ou grande.
Le deuxième, lui, est un piège non létal pour les plus petits mammifères comme les rongeurs (permettant ainsi de les marquer pour ne pas les compter plusieurs fois avant de les relâcher). Cette capture lui permet de déceler le nombre de tiques présentes sur ces animaux et de les envoyer pour analyse afin de savoir si elles sont infectées ou non.
5 faits majeurs sont ressortis de ce travail : le renard lui-même ne joue pas un rôle prédominant pour infecter les tiques. C’est la densité des petits rongeurs hébergeant les foyers des tiques, contaminées ou non, qui en serait la cause.
La prédation du renard, quant à elle, permet la limitation de la contamination en régulant le nombre de rongeurs ; les prélèvements faits sur le terrain concluent qu’il y a moins de tiques dans l’environnement lorsqu’il y a plus de renards.
De plus, là où ce dernier a été le plus photographié, il y a 4 fois moins de tiques présentes sur les rongeurs et également moins de nymphes dans la végétation. Ainsi, ces études nous amènent à penser qu’il y a bien un lien entre la diminution du nombre de renards roux et l’augmentation de la maladie de Lyme ces dernières années.
Pourtant, fort est de constater que depuis plusieurs millénaires, le renard est considéré comme un nuisible. Pourquoi ?

Renard chassant dans la neige – Crédit : Birger Strahl
De la mémoire collective à l’obstination des chasseurs
Depuis le Moyen-Age, à l’instar du corbeau considéré comme une malédiction, le renard est défini à travers les contes, les fables comme celles de Jean De La Fontaine, inspirées d’Ésope ou les récits d’aventures où il apparaît sous le nom de Goupil, comme un animal rusé et roublard.
Pour cause, la couleur rousse de son pelage est associée au diable et au mal. Ainsi, chassé pour sa fourrure, il a peu à peu été aussi traqué pour être un vecteur de maladies transmissibles à l’homme. Notamment avec la rage qui s’est éteinte en France en 2001.
Alors qu’un grand nombre criait à l’abattage de l’animal, le centre d’étude sur la rage préconisait une vaccination pour que les territoires des renards demeurent inchangés. De plus, des études ont prouvé que les renards vaccinés contre la rage empêchaient leurs congénères contaminés de l’ouest de l’Europe de venir.
En effet, les renards en bonne santé étaient en mesure de défendre leur territoire. Quand la rage a disparu, cet intelligent canidé du genre vulpes a alors été accusé de contaminer l’humain avec l’échinococcose alvéolaire. Pourtant, seulement 15 % de nouveaux cas par an sont détectés en France.
Cet argument est le cheval de bataille des chasseurs qui ne voient aucun mal à exterminer cette espèce qui d’une part nous protège d’une catastrophe sanitaire et d’autre part préserve des écosystèmes fragiles, toujours plus détruits par l’homme.
En décembre 2020, le juge des référés avait ainsi donné raison à l’ASPAS, association pour la protection de la vie sauvage, en suspendant l’arrêté qui autorisait la « destruction » de renards dans plusieurs communes des Ardennes et justifiant sa décision par l’inutilité de tuer des renards pour éviter la prolifération de l’échinococcose alvéolaire.

Crédit : Alexander Andrews
Pour un statut et une reconnaissance du renard
Le renard roux est un animal très adaptable. On le retrouve aussi bien sur des territoires proches de la mer que dans ceux situés plus en altitude. Il ne fait plus guère de doute que les prédateurs sont des êtres vivants essentiels à la préservation de l’écosystème. En effet, il y a beaucoup moins de risques d’avoir de maladies ou de parasites en leur présence.
Sur un autre registre, Alain Baraton, chroniqueur sur FranceInter, nous raconte qu’à Versailles une étude a mis en avant que la prédation des renards sur les lapins permettait aux jeunes arbres de ne pas être endommagés.
Il est estimé qu’en une année, un renard mange environ 6000 petits rongeurs. On peut donc facilement en déduire son efficacité quant à la préservation de terrains agricoles. Pourtant, les chasseurs tuent en France entre 600 000 et un million de renards chaque année.

Maman renarde ramenant des proies à ses bébés – Crédit : Martin Arusalu
Pendant le confinement où la chasse a été suspendue, il a été autorisé de tuer certaines espèces « occasionnant des dégâts » aux activités agricoles et sylvestres. Parmi elles, figure le renard. Étrange, lorsque l’on sait qu’en 2019 dans la Haute Loire, puis en 2020 dans le Cantal, les agriculteurs se sont plaints des ravages des campagnols dus au manque de renard. Où est la logique ?
Aussi, au lieu de lutter en permanence contre le vivant et les moyens de s’autoréguler, plutôt que d’utiliser des pesticides mortifères contre les rongeurs, dévastant nos sols et nos écosystèmes, pourquoi ne pas allier nos forces autour de ce qui est, afin de préserver la vie, notre santé, notre terre ?
En ces temps de pandémie où les zoonoses font plus polémique que jamais, ne serait-il pas judicieux de mettre nos forces en commun afin de lutter contre les futures catastrophes sanitaires ? Ne faudrait-il pas se battre pour octroyer un statut et une protection aux renards qui nous protègent de la maladie de Lyme et préservent notre environnement naturel ? Et en parallèle, sévir contre ceux qui le chassent impunément, pour le plaisir ou encore à cause de fables sorties tout droit de notre imaginaire collectif mémoriel ?
Pour défendre le renard, l’ASPAS a mis en place une pétition visant à protéger ce mal-aimé, pourtant essentiel au bon fonctionnement de nos écosystèmes.
Le renard
Jour après jour, on avance sur notre terrain-potager.
On s'est rendu compte que les rats taupiers s'y plaisent beaucoup également...
On sait très bien que le plus gros prédateur de ce rongeur, c'est le renard.
Sans vouloir chercher une utilité humaine à cet animal, comme cela se fait bien trop souvent, il est évident que l'élimination effrénée des renards est une aberration.








Il faudrait que les chasseurs apprennent diverses choses sur la nature. C'est vraiment urgent...La régulation des espèces est un phénomène naturel. L'intervention de l'homme est inévitablement désastreuse.
Déséquilibres dans les relations trophiques
le terme « trophique » se rapporte à tout ce qui est relatif à la nutrition ; on appelle réseau trophique l'ensemble des chaînes alimentaires à l'intérieur d'un écosystème.
Le campagnol est un micro-mammifère herbivore, à la base d'une chaîne alimentaire relativement complexe. Quelles sont les relations prédateur-proie dans cette chaîne ?
Le renard roux chasse, entre autres proies, le campagnol terrestre.
Le renard roux est un prédateur généraliste vis-à-vis du campagnol : il n'est pas « spécialisé » dans cette proie ; il peut très bien chasser d'autres proies et se nourrir même d'insectes si les conditions sont défavorables3 (p. 12). S'il n'y a plus assez de campagnols, il se reporte sur le lièvre. On observe ainsi que plus il y a de campagnols, plus il y a de lièvres (et inversement : les années où les campagnols sont rares, il y a moins de lièvres) 3 (p. 11). On dénombre d'autres prédateurs généralistes vis-à-vis des campagnols : fouine, martre, milan royal, buse variable, faucon crécerelle...
La belette est un prédateur spécialiste du campagnol.
Il existe aussi des prédateurs spécialistes pour le campagnol : hermine, belette, busard cendré... Leur nombre suit , avec un certain retard, le nombre de campagnols. Mais s'il n'y a pas assez de prédateurs généralistes (par exemple les renards) quand la population de campagnols augmente, les prédateurs spécialistes ne sont pas assez nombreux pour éliminer les campagnols excédentaires ; le nombre de campagnols augmente, jusqu'à épuisement des disponibilités alimentaires (les végétaux) ou à cause du parasitisme ou des maladies ; plus tard dans le cycle, quand le nombre de campagnols retombe au plus bas, les prédateurs spécialistes meurent de faim. Ils ne seront plus là pour réduire les excédents de campagnols quand les conditions (alimentation, prédation, autres) seront réunies pour que le cycle du nombre de campagnols reparte à la hausse.
Sans glyphosate
https://www.bastamag.net/agriculture-sans-pesticides-glyphosates-desherbant-RoundUp-vignerons-pollution-des-eaux-cancerogene?fbclid=IwAR0OivyRSt68Y5EobCOY_cJZBOAZDTAMS0BQGP7GQx1_pYk65nnheDOyIos
« J’adore faire ça, c’est noble de travailler la terre » : ces agriculteurs qui bannissent les pesticides
PAR LOLA KERARON 20 MAI 2021
Préserver la ressource en eau, prendre soin de sa santé, apprendre à respecter la terre : les motivations des agriculteurs qui décident de se passer de pesticides varient. Sommés de revoir leurs méthodes de travail, ils découvrent parfois un nouveau métier.
« Depuis 2017, je n’ai pas appliqué une goutte de désherbant sur mes parcelles », indique Florian Bonneau, vigneron dans le Muscadet, à l’est de Nantes. Il y a cinq ans, après une formation d’ingénieur agronome, le jeune homme a rejoint son père à la tête du domaine familial. Les 15 hectares de vigne étaient cultivés en « conventionnel » ; c’est-à-dire avec usage de pesticides de synthèse, et notamment d’herbicides épandus au pied des ceps pour éviter que les mauvaises herbes, en retenant l’humidité, ne favorisent le gel et les maladies. « Mettre un produit chimique alors que je travaille avec du vivant, cela ne me paraissait pas sensé », raconte Florian qui s’est assez vite interrogé sur ce mode de production.
« Quand le Roundup est sorti, on avait l’impression que c’était un produit miraculeux »
Une formation l’a finalement convaincu de franchir le pas. Le discours d’un des formateurs, alertant sur les hauts niveaux de pollution des eaux au glyphosate, l’a particulièrement marqué. Ce produit, et son métabolite AMPA (c’est à dire l’une de ses molécules de dégradation), sont les deux premières substances quantifiées dans les eaux souterraines [1]. Florian décide alors de passer du désherbage chimique au désherbage mécanique. Pour Daniel, son père, c’est un retour dans le passé. Il avait vu le sien faire la démarche inverse : abandonner le travail de la terre pour adopter les herbicides synthétiques, considérés à l’époque comme des symboles de modernité.
Commercialisé depuis 1974 par Monsanto, sous le nom de Roundup, le glyphosate est un désherbant utilisé massivement car très peu cher et très efficace. « Quand il est sorti, on avait l’impression que c’était un produit miraculeux », se souvient Joseph Pousset, agriculteur dans une petite ferme biologique en Normandie. L’emballage était vert et la rumeur circulait que l’on pouvait même en boire sans aucun danger [2]. Classé « substance cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) en 2015, le glyphosate a fait l’objet d’âpres débats parlementaires en France ces dernières années, autour de son interdiction éventuelle. Promise par Emmanuel Macron en 2017, cette interdiction a finalement été remplacée par un objectif de diminution de 50 % de son utilisation d’ici 2022 [3]. Avec près de 10 000 tonnes vendues en 2018, le glyphosate reste pour le moment le deuxième pesticide le plus consommé en France. En tête de liste des cultures les plus consommatrices : la vigne et les grandes cultures céréalières (blé, maïs, avoine, etc.).
« C’est sûr que le travail du sol, c’est plus long que le désherbage chimique »
Quand il a décidé de renoncer aux herbicides, Florian a tout de suite été soutenu par son père, qui avait pourtant l’habitude de s’en servir. « Beaucoup de parents n’auraient pas réagi comme ça. J’ai eu de la chance », confie Florian. Avant d’investir dans un nouvel équipement coûteux, le jeune vigneron commence par tester le travail du sol avec ce qu’il a sous la main. « J’ai ressorti la charrue en parfait état de mon grand-père », raconte-t-il. Heureusement, son père se souvient du mode d’emploi pour la monter et la régler. « Si je n’avais pas eu son expérience, je pense que j’aurais bien galéré », se rappelle Florian. Labourer la terre entre les rangs, la ramener au pied de chaque ceps pour étouffer l’herbe avant l’hiver puis l’enlever quelques mois plus tard : se passer d’herbicide exige de la patience et de la précision car il ne faut pas abîmer les ceps avec les machines. « Il faut cinq passages dans les vignes contre deux avec du désherbant », explique Florian.
Florian Bonneau, vigneron en conversion bio dans la vallée de la Loire : « Mettre un produit chimique alors que je travaille avec du vivant, ça ne me paraissait pas sensé. »
« C’est sûr que le travail du sol, c’est plus long que le désherbage chimique, confirme Thierry, également vigneron en Vendée entre marais salant et océan. Dans les années 1990, après dix ans de « conventionnel », il a converti le domaine familial en biodynamie. « J’ai ramé pendant les premières années », se souvient-il. Passionné, son fils Antoine qui l’a rejoint depuis sept ans ne se verrait pas faire autrement. « J’adore faire ça. Il se passe quelque chose, il y a de la vie, s’enthousiasme le jeune vigneron. C’est noble de travailler la terre. » C’est aussi pourvoyeur d’emplois : il faut dix équivalents temps plein pour s’occuper des 40 hectares de vignes de Thierry.
Abandonner la chimie pour préserver la santé publique
« Si tu prends en compte dans la balance le traitement de tous les gens atteints d’un cancer, ce n’est pas plus cher de travailler la terre que d’utiliser des herbicides », souligne Thierry. [4] Ce n’est pas Samuel, qui tient avec son frère une ferme dans le Perche en Normandie qui dira le contraire. À 37 ans, alors qu’il est agriculteur depuis vingt ans, il apprend qu’il a un cancer. L’annonce de sa maladie a agi comme un déclic : du jour au lendemain, les deux frères décident que plus aucun produit chimique de synthèse ne sera épandu sur leurs 500 hectares de céréales et de prairies. Trois ans plus tard – le temps nécessaire pour accomplir une « conversion » – leurs terres sont labellisées AB. « On a presque changé de métier », s’exclame Samuel, en expliquant qu’ils ont dû complètement revoir leur calendrier et leur système de culture. « On ne peut plus alterner le blé, l’orge et le colza sans se poser de questions comme en conventionnel », témoigne-t-il. Maîtriser les mauvaises herbes sans chimie, cela exige de la diversité.
« On s’adapte en permanence à l’état de la parcelle », reprennent Samuel et Patrick, qui passent beaucoup de temps à observer leurs champs avant de décider ce qu’ils vont semer. Certaines cultures dites « nettoyantes » comme l’avoine et la vesce étouffent les mauvaises herbes alors que d’autres cultures dites « salissantes » comme le blé sont plus sensibles. Le principe est d’alterner ces deux types de cultures. D’autres stratégies sont développées pour maîtriser la flore spontanée : introduction de prairies temporaires, mise en place de couverts végétaux, travail du sol pour ramener les graines d’adventices en surface et détruire rapidement les jeunes pousses…
« Banquier, conseiller technique, comptable : à l’époque, tout le monde disait à mon grand-père de passer aux herbicides »
Les plantes spontanées, souvent appelées « mauvaises herbes », produisent énormément de graines, qui se retrouvent endormies dans les sols en attendant les conditions favorables pour se réveiller, et notamment la fin de l’usage des pesticides. Avec des dizaines de milliers de graines par mètre carré, « le stock de graines dans le sol est une véritable bombe à retardement », s’exclame Joseph Pousset. D’où l’importance de ce travail du sol, pour diminuer peu à peu les adventices.
Attachés à leur indépendance, Samuel et son frère n’ont jamais eu recours aux services des conseillers agricoles, ce qui a facilité selon eux leur conversion. Généralement employés par de grosses coopératives, ces conseillers sillonnent les campagnes pour délivrer leurs avis sur le travail des agriculteurs. Pendant longtemps, c’était aussi eux qui leur vendaient des pesticides. « La vente de phytosanitaires est l’activité la plus rentable pour les coopératives », remarque Samuel.
Thierry Michon, vigneron en biodynamie en Vendée : « Si tu comptes le prix du traitement de toutes les personnes atteintes d’un cancer, ce n’est pas plus cher de travailler la terre que de traiter avec des herbicides. »
Peu coûteux à produire et vendus cher aux agriculteurs, les pesticides constituent une des principales sources de profits des coopératives agricoles. « L’agriculture biologique ne se développe pas vite parce que ces gens-là sont sur le terrain à faire de la propagande », observe Samuel. Florian approuve : « Banquier, conseiller technique, comptable : à l’époque, tout le monde disait à mon grand-père de passer aux herbicides. Aujourd’hui, ce sont les utilisateurs qui sont montrés du doigt. »
« J’ai une culture qui peut se passer de glyphosate. Si je peux éviter d’en rajouter dans les eaux que nous buvons, ce n’est pas plus mal »
On ne peut pas substituer les désherbants chimiques par des produits naturels non toxiques. « Se passer d’herbicides est un raisonnement global », souligne Joseph Pousset. Après avoir vu ses parents, petits paysans bretons, pris en tenaille entre l’augmentation des prix des produits de synthèse et la baisse des prix de vente de leur production, il s’est installé en Normandie dans une ferme de 25 hectares pour promouvoir une agriculture naturelle. C’est ici qu’il expérimente depuis plus de trente ans des pratiques agroécologiques. « La première chose à faire, c’est de préserver les milieux », affirme-t-il. Haies, zones humides, c’est l’écosystème dans son ensemble qui participe au contrôle de la flore spontanée. Par exemple, quand une mauvaise herbe pousse sur une parcelle et que ces graines sont portées dans le vent, la haie va la bloquer, et éviter la parcelle voisine d’être contaminée.
Plus complexe, l’agriculture sans pesticides n’implique pas toujours un temps de travail plus élevé. Samuel et Patrick assurent ainsi que leur charge globale de travail n’a pas augmenté. Les résultats, cependant, sont tout aussi satisfaisants ; leurs champs n’ont pas plus de mauvaises herbes qu’au temps où ils utilisaient du glyphosate. Florian fait le même constat dans ses vignes, dont le rendement n’a pas bougé : « J’ai une culture qui peut se passer de glyphosate. Si je peux éviter d’en rajouter dans les eaux que nous buvons, ce n’est pas plus mal. »
Les systèmes économiques doivent souvent être repensés. Florian, par exemple, a tout revu. « Avant j’avais 30 hectares, dont 15 étaient vendus en négoce. » Passer la totalité des parcelles en bio n’était pas jouable, à cause de la charge de travail supplémentaire. Florian a donc décidé de se passer des terres dont il vendait la production à un négociant, sans maîtrise sur les coûts d’achat, et avec des marges très faibles. En privilégiant la qualité à la quantité, Florian valorise mieux son vin, qu’il commercialise directement à des clients connaissant ses pratiques. Le bilan est positif : il s’en sort mieux qu’avant et il est plus serein.
Après vingt ans d’expérience, Thierry constate d’importants bénéfices secondaires à la pratique d’une agriculture sans chimie. « À partir du moment où le sol est travaillé, tu casses la croûte en surface, explique le vigneron. Le sol retient mieux l’eau. » Un avantage non négligeable en cas de sécheresse comme en 2003, année particulièrement difficile [5]. « En biodynamie, on n’a perdu que 5 %, alors que mes collègues en conventionnel, ils ont perdu la moitié de leur récolte », se rappelle Thierry. Comme Florian et Thierry, de plus en plus de vignerons choisissent d’abandonner les pesticides. En 2019, 14 % des vignes françaises étaient cultivées selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, bien au-dessus de la moyenne nationale des terres cultivées en bio (8,5%). Les consommateurs ne sont donc pas les seuls à être plus nombreux à préférer l’agriculture sans pesticides. Qu’attendent les politiques pour accompagner et soutenir financièrement les agriculteurs qui souhaitent se convertir ?
Lola Keraron (texte et photos)
Photo de une : Lola Keraron
À lire, sur le même sujet :
- Pourquoi la FNSEA est-elle accro au glyphosate ?, le 25 octobre 2017
Sous la pression des lobbies, le gouvernement renonce à interdire le glyphosate, le 26 septembre 2017
Pesticides : le changement, c’est pour quand ?, le 10 mai 2012
Des centaines de « pisseurs volontaires » partent en campagne contre l’empoisonnement au glyphosate, le 24 mai 2019
Notes
[1] Voir cette étude de l’Institut technique de l’agriculture biologique.
[2] Voir cette interview d’un responsable de Monsanto invité à boire du glyphosate.
[3] Voir le tweet d’Emmanuel Macron ici.
[4] Selon une étude scientifique de 2016, les cancers attribuables aux pesticides, estimés à 1 % des cas, représentent un coût pour la société de 20 milliards de dollars par an aux États-unis.
[5] Une étude de l’INRA publiée en 2013, montre une meilleure résistance à la sécheresse dans les cultures en agriculture biologique.
Le blaireau
Pétition : Stop au déterrage du blaireau
Le blaireau, une victime innocente !
Alors que le blaireau est protégé dans de nombreux pays européens (Belgique, Irlande, Pays-Bas, Danemark, Portugal, Espagne, Italie…) car sa présence est le gage d’une nature préservée, il est chassable en France – alors que personne ne le mange – et chassé sans répit neuf mois et demi par an. Le pire étant le déterrage, ou vènerie sous terre.
Les blaireaux endurent des heures de stress, terrorisés au fond de leur terrier, mordus par les chiens – parfois même déchiquetés vivants pour les petits – pendant que les chasseurs creusent pour les atteindre. Ils les extraient brutalement du terrier avec des pinces métalliques qui leur infligent d’atroces blessures. Les blaireaux sont alors exécutés avec un fusil ou une arme blanche.
C’est une pratique cruelle incompatible avec la reconnaissance des animaux comme êtres sensibles.
Le déterrage, barbarie d’un autre âge
À partir de l’ouverture générale de la chasse en septembre, le blaireau est chassé par tir jusqu’à fin février, et déterré jusqu’à mi-janvier. Le déterrage peut être prolongé sur simple volonté du préfet et une période complémentaire de chasse peut être autorisée par arrêté préfectoral dès le 15 mai, période où les blairelles s’occupent encore de leurs petits, incapables de se nourrir seuls et extrêmement vulnérables.
> Consulter la carte de France 2020 du déterrage
> Les arguments de l’ASPAS pour demander l’interdiction du déterrage
Stop au déterrage des blaireaux !
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L’ASPAS en action
Luttant depuis presque 40 ans pour la protection des animaux sauvages, l’ASPAS :
s’oppose fermement à la pratique brutale et injustifiée du déterrage ou vénerie sous terre.
sensibilise l’opinion publique sur l’utilité écologique du blaireau et à l’aberration du déterrage à travers ses brochures, ses communiqués de presse et son magazine trimestriel Goupil.
demande au ministère de l’Écologie l’abolition du déterrage et le classement du blaireau en espèce protégée.
Vous pouvez en savoir plus sur le déterrage en consultant le dépliant « Stop au déterrage des blaireaux ».
Si vous souhaitez en apprendre davantage sur la biologie du blaireau et sur son statut en France, commandez la brochure ASPAS Vive le blaireau !
L’ASPAS soutient l’action d’autres associations
MELES
Créée par Virginie Boyaval en 2005, l’association MELES est à la fois un centre de soins et un centre d’études en faveur du blaireau européen. Dans sa dernière vidéo publiée le 9 mai 2020, Virginie explique comment elle réhabilite les blaireautins orphelins, recueillis après un acte de déterrage de chasseurs ou d’une collision routière.
BLAIREAU & SAUVAGE
Jeune association créée en 2018, Blaireau & Sauvage s’est donnée pour mission d’étudier, de sensibiliser, et de protéger le blaireau. Une campagne de recensement des terriers a notamment été lancée en 2019. >> En savoir plus
LPO ALSACE ET GEPMA : intervenir sans massacrer !
L’initiative est assez unique en France. Le pôle Médiation Faune Sauvage (pôle MFS) de la LPO Alsace et du GEPMA (Groupe d’Etude et de Protection des Mammifères d’Alsace) œuvre depuis 2008 en faveur d’une meilleure cohabitation entre la faune sauvage et les humains. Il intervient entre autres dans les situations impliquant le blaireau d’Europe, que ce soit au sein d’exploitations agricoles, au pied d’infrastructures de transports ou de digues, dans des terrains publics communaux et même chez des particuliers. Le pôle MFS s’efforce de systématiquement trouver des solutions adaptées à chaque situation, dans la durée, permettant de limiter ou neutraliser les gênes occasionnées en préservant la vie de ces animaux mal connus. >> En savoir plus
La pratique barbare de la chasse au blaireau doit cesser
https://lareleveetlapeste.fr/la-pratique-barbare-de-la-chasse-au-blaireau-doit-cesser/
Bien souvent, les chasseurs détruisent bien plus les cultures en traquant les blaireaux que les blaireaux eux-mêmes ! Quant à la tuberculose bovine, ce sont les pratiques de déterrage qui sont les plus susceptibles de la disséminer

20 mai 2020 - Augustin Langlade

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
La polémique de la « vénerie sous terre », plus connue comme la chasse annuelle au blaireau, vient d’atteindre l’Assemblée nationale. Vendredi 15 mai, un groupe de vingt-deux parlementaires, sous l’impulsion du député LREM des Alpes-Maritimes Loïc Dombreval, a écrit une lettre à la ministre de la Transition écologique et solidaire pour lui demander de « mettre fin à ce mode de chasse totalement contraire à la reconnaissance des animaux comme êtres sensibles ». L’Aspas a pour sa part mis en ligne une pétition.
La vénérie, une pratique de chasse cruelle
La vénerie sous terre est une pratique de chasse traditionnelle qui consiste à massacrer des familles entières de blaireaux directement dans leurs terriers.
Au petit matin, les chasseurs répartis en équipes traquent les tanières de ces animaux nocturnes. Quand ils en découvrent une, au creux da la forêt, ils commencent par effrayer les bêtes à l’aide de scies ou de pelles, en faisait un boucan du tonnerre qui ne manquera pas de jeter la terreur sur le bocage. Puis ils lâchent les chiens, qui se jettent la tête la première au fond du terrier et tentent de mordre les blaireaux qui s’y recroquevillent, pendant que d’autres chasseurs de l’équipe bouchent les sorties et creusent des trous pour les déterrer.
Au bout d’un moment, lorsque les chiens n’ont pas déchiqueté vivants les petits, les puits sont achevés et les blaireaux sont débusqués à l’aide de pinces métalliques qui leur infligent des blessures dignes d’instruments de torture. Enfin, les blaireaux sont exécutés par un tir de carabine ou avec des armes blanches, dagues, couteaux, barres à mine…
Voilà la réalité de cette chasse qu’on prétend traditionnelle pour la défendre, alors qu’elle tout bonnement dépassée. Une enquête vidéo de l’association de défense des animaux One Voice, publiée le 28 avril 2020, a montré que les chasseurs se permettent toutes les cruautés envers les animaux, même les plus inutiles.
Pendant des heures, les blaireaux — et ceci s’applique également pour les renards — sont harcelés, violentés, blessés, les chasseurs allant jusqu’à ensanglanter leurs propres chiens quand ils refusent d’obéir.

Terrier de blaireau, Bois de la Fontaine, Pagny-le-Château (Côte d’Or, Bourgogne, France) – Bertrand GRONDIN
Le blaireau, une espèce protégée en Europe
Dans la plupart des pays d’Europe, le blaireau est une espèce protégée et le loisir du déterrage une pratique formellement interdite. Mais en France, au contraire, les 40 000 adeptes de cette barbarie sont autorisés tous les ans à chasser 12 000 blaireaux sous terre et à en tirer 10 000, du 15 septembre au 15 janvier pour la vénerie et jusqu’à fin février pour la chasse à tir.
Chaque année, ce sont donc 22 000 bêtes en moyenne qui périssent en pure perte, puisque personne ou presque ne mange de blaireau et que nous n’avons guère besoin de sa fourrure pour nous vêtir. Depuis 1988, le blaireau n’est plus classé comme « nuisible » mais demeure considéré comme « gibier » ; de ce fait, on peut le chasser.
En sus de ces périodes de chasse fixes, au printemps, les préfectures publient des projets d’arrêtés autorisant des périodes complémentaires de déterrage des blaireaux, qui peuvent différer d’un département à l’autre, mais étendent en général l’autorisation de chasse du 15 mai au 15 septembre, le plus gros mustélidé ne disposant plus que de deux mois et demi de répit dans l’année.
Cette année, alors que tout semblait normal et que les concertations locales allaient bon train, c’est un arrêté de la préfecture de Saône-et-Loire qui a mis le feu aux poudres. Le 11 mai, le préfet y a décidé de déconfiner également la chasse, en décrétant que la vénerie sous terre était autorisée à partir du 15 mai.
Manque de chance, la section locale d’Europe-Écologie-Les Verts a repéré l’arrêté et s’est indigné, dans un communiqué du 15 mai, que le blaireau puisse être « chassé sans répit neuf mois et demi par an » en France, tandis que « sa présence est le gage d’une nature préservée ».
Aucune étude scientifique ne permet de connaître la population réelle de cette espèce, dont le taux de reproduction est faible (entre deux et trois jeunes par an et par femelle) et dont les effectifs sont toujours surestimés par les chasseurs. L’extension de la vénerie sous terre est un double crime, étant donné que la période de dépendance des blaireautins n’est pas achevée avant le mois d’août.
Toujours le 15 mai, les vingt-deux députés, qui se déclarent dans cette affaire « transpartisans », ont sommé la ministre Élisabeth Borne de mettre un terme définitif au déterrage. Confiant à L’Express sa détermination à porter la question de la vénerie sous terre devant l’Assemblée, le député Loïc Dombreval a déclaré que :
« les méthodes de chasses dites traditionnelles sont toutes plus odieuses les unes que les autres. Qu’elles disparaissent, cela rendrait service aux chasseurs. C’est dégradant pour l’animal et pour ceux qui la pratiquent. On peut faire ça progressivement, mais il faut arrêter l’hypocrisie. »

Crédit : andy ballard
Des accusations infondées contre le blaireau
Les chasseurs accusent les blaireaux de saccager les récoltes, de mettre en danger les infrastructures (lorsque leur comportement terrassier leur fait construire des galeries sous les voies ferrées ou dans les digues), et d’être des réservoirs de tuberculose bovine, une maladie infectant de nombreuses espèces domestiques et transmissible à l’homme. Mais ces accusations sont infondées.
Les dégâts qu’on impute au blaireau sont en très grande partie localisés à la lisière des forêts ; en ce sens, on les confond avec ceux du sanglier, une espèce autrement plus endémique. Une clôture électrique ou un répulsif suffiraient à éloigner les blaireaux, qui apprécient certes les légumes, mais sont relativement discrets et peureux.
Pour preuve, bien souvent, les chasseurs détruisent bien plus les cultures en traquant les blaireaux que les blaireaux eux-mêmes ! Quant à la tuberculose bovine, ce sont les pratiques de déterrage qui sont les plus susceptibles de la disséminer : en témoigne un arrêté ministériel du 7 décembre 2016, interdisant dans certaines zones à risque :
« la pratique de la vénerie sous terre pour toutes les espèces dont la chasse est autorisée, en raison du risque de contamination pour les équipages de chiens ».
Selon un sondage Ipsos de 2018, 83 % des Français sont en faveur de l’interdiction pure et simple de la vénerie sous terre, presque autant que pour le piégeage des oiseaux à la glu. Qui plus est, 73 % des sondés ne savaient pas même que ce type de chasse pouvait encore exister. Ce sondage montre également qu’une écrasante majorité des personnes interrogées « estime que la chasse représente une menace pour l’environnement », ainsi qu’une pratique dangereuse et cruelle, véritable plébiscite en faveur d’une réforme radicale.
Dans la description de sa carte de France 2020 du déterrage, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) indique que près de 50 consultations publiques se terminent le 20 mai 2020 et invite tous ceux qui en ont le temps et l’énergie à y participer.
« Si nous ne pouvons pas garantir que les préfets tiendront compte de l’avis des citoyens, il est inconcevable de laisser toute la place aux arguments fallacieux des chasseurs. Sur le plan symbolique et médiatique, il est important de remporter la victoire de l’opinion ! Plus les citoyens manifesteront leur opposition à ce mode de chasse barbare, plus notre demande de réforme sera audible et légitime », affirme l’Aspas dans sa publication.
Qu’on puisse ou non y participer, il est toujours possible de signer une pétition sur internet, exigeant l’interdiction totale du déterrage. Celle-ci a déjà récolté plus de 100 000 signatures.
La psychologie préventive
Le drame des Cévennes : deux morts, deux familles brisées, un jeune homme qui sortira de prison dans une vingtaine d'années, sa propre famille anéantie.
J'en parlais justement avec ma femme hier. Après avoir été institutrice pendant vingt ans, elle est retournée à la FAC. Licence puis master de psychologue clinicienne et retour dans la fonction publique comme psychologue scolaire. Elle ne voulait pas ouvrir de cabinet privé mais elle voulait permettre aux enfants et aux parents de bénéficier de cette structure d'aide dans le cadre de l'école publique (et donc gratuite.)
Elle a très vite mis en place un "point écoute" dans lequel les enfants pouvaient laisser un mot dans une boîte aux lettres à la porte de son bureau.(en plus de son travail dans les classes et avec les enseignants et les parents et les différentes structures) Rapidement les enfants des écoles où elle intervenait lui ont écrit. Des mots parlant de difficultés relationnelles à l'école ou dans les familles. Elle recevait les enfants et ils discutaient.
L'effet était considérablement positif. Le constat était simple : les enfants avaient besoin d'exprimer TOUS les mal-être, tous les problèmes, toutes les inquiétudes, toutes les interrogations et même s'il n'y avait pas toujours de réponse permettant de solutionner la problématique, le fait de pouvoir simplement en parler avec une personne "neutre" allégeait profondément le trouble. Les enfants parlaient entre eux de la "psychologue" et ils attendaient avec impatience que Nathalie vienne les chercher en classe pour ce moment d'échange.
J'ai vécu une période très compliquée à mon adolescence. Mon frère, plus âgé, s'est crashé en voiture. Cliniquement mort. Je suis resté à l'hôpital, dans sa chambre, pendant deux mois et demi, toutes les vacances scolaires d'été. Service de neuro-chirurgie. A chacune des opérations qu'il a eues, je n'étais pas certain de le voir revenir. Mes parents travaillaient et me rejoignaient le soir. Une période très dure pendant laquelle, j'ai vu mon meilleur ami de classe mourir à la suite d'un accident de mobylette. La seule nuit où je ne suis pas allé le voir, il est mort. J'aurais eu besoin, considérablement besoin d'une aide psychologique. Tout comme mes parents. Mon frère a survécu et est sorti de l'hôpital. Il est mort vingt ans après d'une hémorragie cérébrale. Mes parents ne s'en sont jamais remis. Et là encore, aucune aide psychologique.
Aujourd'hui, mes parents ont 85 ans et sont tous les deux frappés par la maladie d'Alzheimer et de démence sénile. Rien, aucun accompagnement psychologique, aucune aide, aucune prise en charge émotionnelle.
Le constat est simple : nous manquons considérablement d'aide d'ordre psychologique. La solution est simple. Des cabinets de psychologues dans le cadre de la fonction publique, prise en charge par la sécu. Les enfants dont ma femme s'occupait n'avaient aucun problème à venir la voir, ils avaient juste hâte qu'elle trouve un moment pour les recevoir. Ils n'avaient aucune idée préconçue au regard de cette aide psychologique.
Mes parents, de leur côté, n'auraient jamais accepté et ils ne l'acceptent toujours pas aujourd'hui. "On n'est pas fous". C'est une question d'éducation et c'est pendant l'enfance que ça doit se mettre en place.
Il y a énormément de problèmes qui pourraient être résolus, dans les couples, dans les entreprises, dans les familles, pour de multiples situations.
Lorsqu'il y a un attentat ou une catastrophe naturelle, on voit des cellules psychologiques qui sont proposées. Il ne faudrait pas attendre ces situations de crises. Il faut anticiper...
Quel serait le coût n'est pas un problème si on pense à tous les dégâts qui seraient évités, dégâts psychologiques et par contre-coup physiques. Ne serait-ce que le coût des traitements par antidépresseurs. C'est en anticipant qu'on empêche les dégradations.
Sans doute, par contre, que les laboratoires pharmaceutiques verraient d'un très mauvais oeil une prise en charge psychologique, en amont des troubles qu'ils sont censés "guérir"...
L'aide psychologique est un garde-fou et le terme est particulièrement adapté dans le drame des Cévennes et il y en a beaucoup d'autres.
Mais c'est justement cette association avec le domaine de la folie qui pose problème pour la majotité des individus. C'est pour cela qu'il faut engager ce processus dans l'enfance, lorsque les conditionnements n'ont pas encore établi leurs limites.
Encore faut-il que les parents l'acceptent...
Si on pense par exemple aux groupes de paroles pour les personnes qui souffrent d'addictions, alcool ou autres, le suivi psychologique dans le cas de drames, deuils, maladies, attentats, traumatismes de toutes sortes, on sait que cet accompagnement a un impact positif, parfois considérable, parfois même salvateur. Mais le problème, c'est que cela n'arrive qu'à la suite d'épreuves. Il n'y a pas d'anticipation. Bien évidemment qu'on ne peut pas prévoir qu'un jour, on peut être pris dans un attentat, en réchapper et en souffrir psychologiquement. Mais si l'habitude du soutien psychologique avait été prise dès l'enfance, bien des situations douloureuses, inextricables, seraient résolues ou pourraient être atténuées.
La dimension psychologique, les bienfaits de la parole partagée, les dialogues, l'écoute émanant d'un professionnel, d'une personne "neutre", sachant analyser les mots, les regards, les postures, les silences...Combien de drames seraient évités si tout cela était valorisé à sa juste valeur ?
Les Indiens Kogis organisent des cercles de paroles où chacun est invité à exprimer ses problèmes et où des "chamans" interviennent pour réguler les troubles, apporter des voies de réponses.
Prendre exemple sur des peuples "primitifs." Non, non, ça serait trop humiliant...Les laboratoires pharmaceutiques et la médecine occidentale sont là pour nous sauver. Oui, c'est certain, ça fonctionne aussi. Je ne le nie pas. Mais ça fonctionne quand le problème est déjà là.
La psychologie préventive n'oeuvrerait pas uniquement dans le constat mais principalement dans la protection. Afin que le problème meure dans l'oeuf et n'éclose pas.
L'éleveur qui aimait ses vaches
Voilà ce qui est parfaitement acceptable, parfaitement recevable, qui mérite d'être reconnu, préservé, encouragé, soutenu.
Corrèze : un livre sur Régis Coudert, défenseur de la race bovine limousine
Le livre "L'enfant qui aimait les vaches", ouvrage paru aux éditions Maïade, retrace la vie de Régis Coudert, un Corrézien qui a consacré sa vie à la sauvegarde de la race limousine. Il sera disponible le 10 mai 2021.
Publié le 09/05/2021 à 20h10
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Régis Coudert (au centre) éleveur de vaches limousines avec des membres de sa famille • © Régis Coudert
Régis Coudert a quasiment voué sa vie à la vache limousine, race bovine qui a pourtant failli disparaître dans les années 50. Dans ce livre, illustré de nombreuses photographies, l’éleveur corrézien nous immerge dans sa vie quotidienne, depuis son enfance, sa famille, en passant par l’Algérie, son combat pour la sauvegarde de la race bovine et l’amour pour son “pays”, le Limousin.
Notre métier c’est de nourrir les gens et donc de faire de la viande de bonne qualité
Régis Coudert, retraité, éleveur de vaches limousines
Né en 1934 dans la campagne corrézienne, l’éleveur est décrit comme un être passionné, rebelle, généreux, créatif, bref hors du commun.
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Régis Coudert enfant • © Régis Coudert
Il affectionne la nature, les animaux et en premier les vaches dont enfant, il collectionne les miniatures avant de devenir éleveur bovin. Il va consacrer son existence à cette vache de couleur marron qui est désormais réputée dans le monde entier pour sa rusticité, ses qualités maternelles et sa viande.
Un livre hommage
Corrézien, qui naît et grandit à Saint-Pardou-le-Vieux, il parle aussi de ses racines, des traditions et de sa famille engagée pendant la guerre. En 1946, son papa sera récompensé pour ses actions pendant l'occupation par la Médaille de la Résistance, la Croix de guerre et la Légion d’honneur. Un père qui put acquérir en partie une propriété à Meilhards près de Chamberet, à 80 km de Loubeix. De retour de la guerre d’Algérie, Gilbert alors âgé de 21 ans, se retrouve à la tête de la ferme de cent hectares.
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Le château de Meilhards dans la creuse (19) • © Régis Coudert
Eleveur-sélectionneur
Une terre est propice à l’élevage des races limousines, race bovine française destinée principalement à la production de viande.
Enfant, il assiste au rituel qui consistait à tuer le cochon. Il s’agissait d’égorger, puis récupérer le sang de l’animal pour le transformer en diverses charcuteries. Une tradition qui, comme il l’explique dans le livre, le marquera pour toujours. “Voir ces bêtes souffrir, leur vie sacrifiée à ceux qui les élevaient, me faisait poser beaucoup de questions. Habituellement, les vieux meurent de vieillesse ou de maladie, les jeunes d’accidents, et l’on élève et tue des animaux que l’on aime bien pour les manger : ce paradoxe me hante toujours”.
Alors quand il devient éleveur il décide qu’il ne ferait que de la sélection. Lui qui aime tant ses bêtes rêve d’abattoirs où les animaux sont traités dignement.
Des abattoirs plus humanisés
Régis Coudert, retraité, éleveur de vaches limousines
Une Limousine qui s’éteignait
Dans les années 50 l’agriculture traverse une grave crise dans la région Limousin. Une région rurale quelque peu délaissée par la nouvelle génération. L’agriculteur va tout faire pour inverser cette tendance.
Il cherche une méthode qui pourrait garder les jeunes dans la profession et qui serait rentable pour ceux qui voudraient en vivre.
Son idée, révolutionnaire et novatrice à l’époque, sera de faire sortir les vaches de leurs étables pour les mener dans les prairies toute l’année, été comme hiver, pour les faire brouter à volonté une bonne herbe de surcroît gratuite et abondante.
A l’origine des “broutards”
Il sera le premier à faire de l’élevage de plein air intégral. “Je m’étais caché pour sortir 3 vaches pour expérimenter ma méthode” explique Régis Coudert.
Même sous la neige les bestiaux sont désormais dehors. Un véritable séisme à l’époque dans le milieu agricole local où il ne fera pas l’unanimité. Ce sera le début des "broutards”. Les vaux ainsi nommés sont ainsi nourris de lait maternel et de bonne herbe jusqu’à leur sevrage.
Il sera le premier à gagner une médaille à un concours inter régional agricole avec ses animaux élevés en plein air.
C’était une fierté, je battais soixante-dix taureaux avec Danseur, animal de plein air intégral
Régis Coudert, retraité, éleveur de vaches limousines
Des hostilités, il y en eut. Mais il est encouragé et accompagné par tout un groupe de propriétaires éleveurs dynamiques. Il s’associe donc à ceux qui partagent ses valeurs et rejoint le CETA (Centre technique agricole) de Pierre-Buffière en Haute-Vienne. Un établissement fondé par Louis De Neuville, Corrézien qui œuvra pour la sauvegarde de la race limousine et fut son ambassadeur dans le monde entier.
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Les vaches limousines de Régis Coudert ans la neiges • © Régis Coudert
Dans les pas de l'ambassadeur
Louis De Neuville c’était une locomotive, il avait un don pour la communication
Régis Coudert, retraité, éleveur de vaches limousines
C’est donc en toute logique que la préface du livre a été confiée à Christine De Neuville, maire depuis 2001 de Vicq-sur-Breuilh dans la Haute-Vienne et fille de Louis De Neuville. Né et éleveur à Vicq-sur-Breuilh, il est la figure de l’élevage limousin et de la culture, fondateur de La Borie et du pôle de Lanaud il met en place un plan de développement international de la race limousine.et en devient l'ambassadeur à l'étranger.
Une race adorée
Deux homme unis par la même passion. Alors dans ce recueil, le Corrézien parle longuement de ses vaches qu’il chérit tant. Il leur parle, veille sur elles et sait immédiatement repérer si l'une de ses vaches ne va pas bien. Agora figure parmi les stars de son cheptel. Il lui donne la parole dans son recueil. ”J’étais, moi, une des préférées, un caractère en or, j’ai toujours fait naître mes enfants sans assistance. A sept ans, j’avais eu sept petits, dont deux fois des jumelles”. Une complicité quotidienne avec ses bestiaux.
Collectionneur d’outils
D’ailleurs, Gilbert est passionné par la nature et les animaux depuis toujours. Enfant, il collectionne des figurines de toutes sortes mais surtout des vaches miniatures.
Mon parrain m’avait offert mes premières vaches en bois achetées dans le Cantal
Gilbert Coudert, éleveur de limousines
Un engouement qui va le suivre toute sa vie par plaisir mais aussi pour compléter les fins de mois difficiles. Il revend de vieux objets et outillages qu’il trouve en chinant dans les brocantes ou en récupérant des objets jetés
Avec mon épouse on avait pas le smic
Régis Coudert, retraité, éleveur de vaches limousines
Le temps du témoignage
Malgré les difficultés de la vie, aujourd’hui âgé de 87 ans, l’homme de la terre a toujours la même énergie. Intarissable sur son sujet. Après le décès en 2019 de sa femme Alix dont il ne tarit pas d’éloges, l'éleveur décide d’immortaliser dans un ouvrage les événements de sa vie.
C’était une perle, elle était magnifique, je lui dois tout
Régis Coudert, retraité, éleveur de vaches limousines
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Alix, l'épouse de Régis Coudert, dans les prairies avec les limousines • © Régis Coudert
Et c’est par le biais d’une maison d’édition locale, Maïade, qu’il se livre. Ce sont Claudine Evrard et Marie-France Houdart qui ont successivement recueilli ses mémoires. “Il était venu me voir il y a à peu près huit ou dix ans il m’avait raconté tellement de choses, je m’étais dit qu’il faudrait que je fasse quelque chose sur lui un jour” explique Marie-France Houdart directrice de Maïade éditions”. Une vie intense qu’elle prend le temps de retranscrire. "Cette année j’y suis allée maintes fois car il y avait toujours des choses à corriger mais maintenant que le livre est terminé il est satisfait" ajoute l’éditrice.
Régis Coudert est aussi à l’honneur en image grâce au documentaire intitulé “L’engrangeur”, l’un des films de la trilogie de Sylvain Tousselle tourné en 2019.
Un éleveur corrézien fier d’avoir fait de la viande de bonne qualité pour nourrir les gens. “Je suis le dernier des mohicans” explique-il. L’un des derniers de son groupe d'amis à transmettre ses valeurs pour sa terre natale.
Engraissement des veaux
Du tri à l’engraissement, le supplice des veaux français

Capture d'écran de la vidéo de L214You Tube
Réalisée en Bretagne dans un centre de tri et trois élevages d’engraissement, la nouvelle enquête diffusée aujourd’hui par L214 dénonce les conditions de vie inacceptables des veaux en système intensif.
« J’ai fait plusieurs années dans le milieu de la viande, en Bretagne, principalement en tant qu’acheteur de veaux. Et ce que j’ai vu, vous ne le croiriez pas. » Ainsi débute la vidéo diffusée aujourd’hui par L214, commenté par un lanceur d’alerte qui a contacté l’association de protection animale. Les images qui suivent après ce préambule sont en effet particulièrement choquantes. Réalisées entre juillet et octobre 2019 dans le Finistère, elles nous entraînent dans les bas-fonds d’un centre de tri, où transitent des bovins à peine nés, et de 3 élevages d’engraissement. Des usines à souffrance où les hommes à l’œuvre semblent avoir perdu l’empathie.
Vidéo : attention des images peuvent heurter des personnes sensibles
Beaucoup l’oublient ou préfèrent ne pas y penser, mais la vache n’est pas une machine à « pisser » du lait : pour produire, elle doit donner naissance à un veau chaque année. L’idée en intensif, c’est donc d’en faire naître un maximum, souvent grâce à l’insémination artificielle, afin de répondre à la consommation (23,9 milliards de litres de lait ont été collectés en France en 2018 selon la filière). Poussées à l’hyperproductivité, les vaches laitières finissent à l’abattoir. Ainsi, environ 40% de la viande bovine produite en France est issue de vaches réformées. Qu’advient-il de leurs petits dont les éleveurs veulent se débarrasser pour ne pas alourdir leur quota ? Séparés de leur mère dès la naissance, ils sont collectés dans les fermes laitières et ne connaîtront jamais le pâturage. « En général on débarque tôt le matin, pendant la traite, témoigne le lanceur d’alerte. On va voir les veaux qui, des fois, n’ont pas encore été nourris. Ils sont dans des cases individuelles, sur de la paille souillée. On va les sortir, les manipuler, les observer, voir l’état général, s’ils n’ont pas de maladies ou d’infections apparentes.
On les manipulera en les prenant comme demandé : par la base de l’oreille et la base de la queue, c’est-à-dire la fin de leur colonne vertébrale, un endroit très sensible. En les prenant par la base de l’oreille, il arrivait que le bouclage s’arrache. L’animal avait l’oreille en sang jusqu’au soir, évidemment pas de désinfectant… On fait des dizaines, des vingtaines de fermes dans la journée. Les veaux sont trimballés dans le camion, sans être abreuvés, peu importe la saison. Ils seront déchargés manu militari sans forcément respecter leur bien-être ; s’ils sont en train de dormir, ils vont être réveillés rapidement. Ça peut être à coups de pied, à coups de bâton pour les faire se lever. On va leur faire comprendre par la force qu’ils vont aller par là. Même s’il ne veulent pas, ils vont y aller. Suite à ça, on va voir des dérives qui malheureusement perdurent depuis des années dans la filière : des coups sur les animaux, des coups gratuits parce que dans ce milieu-là, beaucoup de gens sont frustrés. On m’a toujours appris une phrase qui m’est restée en travers :si tu tapes sur un veau, qui va se plaindre, est-ce que tu as déjà vu un veau se plaindre ?»
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Les conditions d’hygiène sont catastrophiques
Ensuite, les animaux sont « ramenés dans un bâtiment pour arranger les lots selon ce que veulent les éleveurs engraisseurs ». Un centre de tri où les bêtes transitent durant 1 à 3 jours. Sur les images de L214, on assiste au parquement de veaux âgés d’à peine 2 semaines dans un centre de tri appartenant à la société Ouest Elevage(groupe Even), filiale de Laïta, une entreprise coopérative laitière qui propose également des veaux de boucherie. Les animaux sont frêles et dociles, ce qui n’empêche pas les employés de les malmener en leur assénant de violents coups de pieds et de poings à la tête. Puis s’opère le « tri » : les veaux malades ou ne présentant pas un bon potentiel de gain de poids sont euthanasiés par injection au niveau de la jugulaire. Il faut parfois s’y reprendre à deux fois… Les plus prometteurs, eux, sont transportés vers les élevages d’engraissement.
L’enquête de L214 révèle leurs conditions de (sur)vie dans trois établissements du Finistère sous contrat d’intégration avec Ouest Elevage. On découvre des bâtiments sordides, avec des veaux enfermés dans des micro-cages individuelles sur un sol nu. Le calvaire dure environ 8 semaines, selon les investigations de L214. Puis, les animaux sont entassés dans des box sur caillebotis. Leur nourriture ? « Du lait en poudre reconstitué, a constaté L214. Leur alimentation est carencée en fer pour que leur chair garde une teinte pâle afin de répondre aux attentes des consommateurs. De nombreux veaux souffrent de diarrhées ». Dans deux de ces élevages, les conditions d’hygiène sont catastrophiques. Veaux couverts de leurs déjections, locaux crasseux. Un bac d’équarrissage est rempli de cadavres en état avancé de décomposition et d’un squelette. La quantité de produits pharmaceutiques utilisés est impressionnante, certains sont stockés dans un réfrigérateur souillé. « Dans l’un des élevages, nombreux animaux sont atteints de teigne, symptomatique de la promiscuité, de l’humidité et de l’insalubrité », note L214. Après 5 mois passés dans ces taudis, ils sont envoyés comme « veaux gras » à l’abattoir.
« Dans ce milieu, j’ai vu des gens qui ne se préoccupaient que de l’argent, sans aucun respect pour les animaux, j’ai vu des petits tués à coups de marteau parce qu’ils étaient trop maigres et donc pas rentables, des gens s’amuser à jeter les veaux par-dessus les barrières », conclut, écoeuré, le lanceur d’alerte. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, je témoigne en espérant que les consommateurs vont se réveiller. Je sais que les images sont dures, mais il faut les regarder entièrement. Merci de partager pour sortir de cette omerta qui règne dans la filière viande.»
Avec 1 268 000 veaux produits en 2018, la France est le deuxième pays producteur mondial après les Pays-Bas, et le premier consommateur. « Forte de ses 479 producteurs sur environ 2300 au niveau national, la Bretagne est la première région française de veaux de boucherie, peut-on lire sur une plaquette de la Chambre d’agriculture. Sur les 370 000 veaux laitiers mâles et veaux croisés (mâle et femelles) nés en Bretagne, 123 149 y ont été engraissés. » Sur son site, Laïta, l’entreprise coopérative laitière du Grand Ouest, 8ème au niveau européen, explique : « Laïta, via sa société Ouest Elevage, développe l’élevage et la production de veaux de boucherie. Des veaux de 8 jours sont ainsi collectés à travers toute la Bretagne. Ils transitent ensuite par le centre d’allotement (centre de tri, ndlr) de l’entreprise, puis sont placés chez des éleveurs partenaires. Laïta donne la priorité au bien-être et à la qualité des veaux produits. Pour honorer ses engagements, elle mène un suivi technique tout au long de la croissance des animaux et propose des services à la carte : aide à la création d’étable, mise aux normes des bâtiments, démarches administratives… ». Contacté par téléphone, le Groupe Even, dont dépendent Laïta et Ouest Elevage, n’a pas donné suite à nos questions et aux images que nous lui avons transmises lundi.
83% des Français sont favorables à l’interdiction de l’élevage intensif
Désormais, le bien-être animal n’est plus une option pour les consommateurs. Mais si 83% des Français sont favorables à l’interdiction de l’élevage intensif (sondage Ifop février 2019 pour 30 Millions d’Amis), peu ont accès à une viande labellisée (10% pour le veau avec un prix au kilo environ 30% plus cher). Pour répondre aux attentes citoyennes, la filière veau « travaille depuis deux ans à la mise en place d’un monitoring du bien-être animal que devront s’approprier tous les acteurs (éleveurs, transporteurs…), nous explique Jean-Louis Arquier, Président de la branche veau d’Interbev. Ce plan est en cours de test afin de vérifier sa praticité. Nous avons identifié 36 points de vigilance qui permettent de déclencher des actions correctrices. Il s’agit par exemple d’observer l’état sanitaire des veaux pour adapter la ventilation des bâtiments, de réorganiser les groupes d’animaux en cas de problèmes de compétition entre eux. Nous sommes absolument opposés aux dérives, d’autant que nous savons que nous devons répondre aux attentes de la société. Ne pas y être sensible serait contre-productif pour notre activité. Il nous est déjà arrivé de nous porter partie civile face à des situations à l’encontre de notre volonté. On ne peut pas cautionner le n’importe quoi ! Dans les élevages en groupe, les animaux sont élevés dans des espaces aérés avec une luminosité minimum bien établie, une alimentation équilibrée par rapport à leurs besoins physiologiques. L’enquête de L214, que je n’ai pas encore vue, ne peut pas être considérée comme une généralité. Le monde agricole a affaire à un bashing anti-élevage qui va conduire à sa disparition plutôt qu’à son évolution. Les mutations de ces 20 dernières années ont été considérables et sont souvent méconnues. On en parle peu, mais depuis 5 ans, nous avons réduit l’usage des antibiotiques d’environ 35- 40%. »
Suite à sa nouvelle enquête, l’association L214 réitère son Appel contre l’élevage intensif lancé le 5 septembre dernier dans les colonnes du «Monde», aujourd’hui signé par près de 100 000 personnes dont 200 personnalités.
Environ 80% des animaux subissent ce mode d’élevage. Et la majorité des mesures susceptibles d’améliorer un peu leur triste sort a été retoquée de la loi EGalim promulguée le 1er novembre 2018.
Plus d’infos sur :
A voir aussi : le témoignage complet du lanceur d’alerte
A lire : « Quand la faim ne justifie plus les moyens. En finir avec l’élevage intensif », par L214, Editions Les liens qui libèrent.
La ferme des mille veaux
Cet article date de plus de 3 ans. Le suivant date de quelques jours. Et je m'en réjouis infiniment. Que ça ferme définitivement. Et que toute la filière industrielle de la viande et la filière industrielle laitière s'écroulent, partout, ici, n'importe où. Parce que si je me mets à diffuser ici toutes les vidéos dénonçant les conditions de vie de ces animaux, je pense que plus personne ne viendra sur ce blog. Personnellement, ça me noue le ventre, ça me donne la nausée, ça me révolte et ça me désespère.
La "ferme des mille veaux" en Creuse autorisée à doubler sa capacité
Le préfet de la Creuse vient de donner son feu vert : le centre d'engraissement de Saint-Martial -le-Vieux qui pouvait accueillir 400 bovins pourra désormais en recevoir 800.
Publié le 21/02/2018 à 12h06 • Mis à jour le 12/06/2020 à 17h44

Image d'illustration • © Bruno Barlier/MaxPPP
A la suite d'un recours de l'association L-PEA (Lumière sur les pratiques d'Elevage et d'Abattage) la SAS "Ferme de Saint-Martial" ne pouvait accueillir que 400 animaux à la fois.
L'arrêté du 7 février 2018 du préfet de la Creuse va permettre aux exploitants du centre d'engraissement de Saint-Martial-le-Vieux de multiplier par deux le nombre d'animaux.
Cet arrêté précise aussi que les 7 776 tonnes de fumier produites annuellement devront être valorisées par une usine de méthanisation.
Pour l'instant cette usine n'existe pas encore et le centre d'engraissement est autorisé à épandre 3 180 tonnes sur des parcelles agricoles avoisinantes.
Dans un communiqué, l'association L-PEA indique qu'elle "reste fermement mobilisée contre la ferme-usine des 1000 veaux" ... "qui ne vise qu'à promouvoir un modèle d'élevage intensif totalement dépassé".
En décembre 2016 un incendie d'origine criminel avait détruit un bâtiment de stockage de la ferme.
Le Premier Ministre de l'époque Bernard Cazeneuve s'était rendu sur place pour soutenir le projet et lui octroyer des aides substantielles.
Pour l'instant l'enquête n'a toujours pas abouti et le bâtiment incendié n'a toujours pas été reconstruit.
Arrêté préfectoral du 07-02-18 autorisant l'extension de la "Ferme des Mille Veaux"
Creuse : la ferme des 1000 veaux va-t-elle survivre ?
Après 5 ans d’existence, la ferme des 1000 veaux n’est toujours pas rentable. Chaque année, elle perd de l’argent. Aujourd’hui, sous contrôle judiciaire, sa survie n’est qu’une question de mois.
Publié le 07/05/2021 à 16h31

Crée il y a cinq ans, la ferme des 1000 veaux perd 100 000 euros chaque année. • © Tania Gomes
Sur le plateau de Millevaches, à Saint-Martial-le-Vieux, en Creuse, sise "la ferme des 1000 veaux". Un centre d’engraissement bovin d'une capacité de 1000 bêtes, porté par 45 exploitations agricoles de Creuse et de Corrèze. Le projet dont le coût s’élève à 1,8 millions d’euros, subventionné par l’Etat et les collectivités locales, a vu le jour à l’été 2016. L’ambition de cette structure : relocaliser l’engraissement des veaux en France pour arrêter de les envoyer en Italie. Un projet nécessaire selon les éleveurs pour s’adapter aux nouvelles conditions du marché européen.
Sauf que depuis 5 ans, la ferme n’en finit pas de perdre de l’argent. A la tête de la SAS Alliance Millevaches, Claude Bauvy, s’acharne chaque jour pour négocier les prix et traquer la dépense. C’est une question de survie.
On perd 100 000 euros par an, on a 500 000 euros de dettes.
Claude Bauvy, président de la SAS Alliance Millevaches.
Aujourd’hui, 658 animaux sont présents sur le site. Les veaux arrivent des 45 exploitations voisines, à l’âge de huit mois et après avoir vécu auprès de leur mère en pâturage. A Saint-Martial-le-Vieux, les bêtes suivent un régime alimentaire intensif pour doubler leurs poids en six ou huit mois. Le but, passer d’environ 350 kilos à 700 kg à leur sortie. Sur le papier, la volonté d’engraisser sur place des veaux nés ici plutôt qu’en Italie a du sens mais sur le terrain, la rentabilité n’a jamais été là.
Sous contrôle judiciaire
Depuis 5 mois, la structure est placée sous contrôle d’un administrateur judiciaire et le propriétaire des murs, Haute Corrèze Communauté, va racheter les abreuvoirs, les barrières, les pompes, pour espérer garantir la continuité. "[Cela] nous permettrait demain, si l’éventualité arrivait que la SAS ne reprenne pas son activité, de pouvoir louer le site à toutes autres structures" explique Pierre Chevalier, président de Haute-Corrèze Communauté.
L’ex-président de la fédération bovine tente de les aider coûte que coûte car la ferme enchaîne les coups durs. Son unique client a mis un terme à son contrat au mois de juin. Pierre Chevalier active son carnet d’adresse pour tenter de trouver un nouveau partenaire à la structure. La Celmar, coopérative d’éleveurs pourrait être le prochain.
"Y avait urgence aujourd’hui dans les négociations que nous conduisons. Nous avons déjà sécurisé une reprise. D’autres candidats, avec des potentiels financiers très importants, sont sur les rangs donc nous n’avons aucune inquiétude pour l’avenir des partenariats avec la ferme de Saint-Martial.
Pierre Chevalier, président de Haute-Corrèze Communauté
Le groupe d’agriculteurs veut y croire, le propriétaire des lieux est optimiste. Reste les opposants au projet, qui ne s’étonnent pas de la situation de cette ferme qu’ils considèrent toujours comme inadaptée aux conditions du plateau.
Monter un projet d’engraissement sur le plateau de Millevaches là où il faut importer tout un tas de produits (de la paille…) pour nourrir ces animaux… nous savions dès le départ que c’était un projet voué à l’échec.
Joël Sarlat, membre de la Confédération Paysanne.
Claude Bauvy, le président de la SAS Alliance Millevaches se veut confiant. Les 300 000 euros de la communauté de communes vont permettre d’alléger la dette.
"Je pense qu’on va se relever mais ça va être dur. On fait un business plan dans l’urgence pour réussir à sortir la tête de l’eau".
Il faut attendre quelques mois pour savoir si cet atelier d’engraissage arrivera à survivre ou non.
Que va devenir la ferme des 1000 veaux ?
Les veaux et l'industrie laitière
Chaque année, 1 million de veaux sont les victimes de l’industrie laitière en France
https://lareleveetlapeste.fr/chaque-annee-1-million-de-veaux-sont-les-victimes-de-lindustrie-laitiere-en-france/?
« Pour continuer à manger de la viande et boire du lait, on trouve des excuses. Ils ne sont pas sensibles, ils ne ressentent pas la même douleur, ils ne sont pas conscients…On est obligés de s’auto-convaincre, car sinon on est face à une grande contradiction : les tuer alors qu’on pourrait ne pas le faire ».

27 avril 2021 - Marine Wolf
Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
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En France, la consommation de lait implique de faire naître des veaux, dont il faut ensuite revendre la viande à tout prix. Considérés comme des sous-produits de l’industrie du lait, leurs conditions de vie sont souvent catastrophiques. Entretien avec Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association L214.
La France, deuxième producteur de veaux
« On a une production de lait très importante en Europe », commence Brigitte Gothière. « Et pour produire du lait il faut faire naître des veaux. C’est ainsi qu’en France on doit gérer un peu plus d’un million de veaux par an. Notre pays est le 2e producteur et le 1er consommateur de viande de veau à l’échelle mondiale ».
Sur l’ensemble de ces veaux, 85% des veaux sont des mâles, puisque les femelles sont destinées à renouveler le cheptel et produire du lait, et ceux-ci ont une faible valeur marchande.
« La viande de bœuf est de la viande de vache laitière », explique Brigitte Gothière. « En France, on a assez de viande de bœuf pour satisfaire la demande. Donc on ne sait pas quoi faire des veaux. Ils partent ailleurs en Europe, parfois jusqu’en en Turquie ».
Or, cette faible valeur marchande induit des conditions de vie catastrophiques pour la plupart d’entre eux. Ces veaux nés de l’industrie du lait passent en effet les premières semaines de leur vie dans des cases individuelles, souvent à peine plus grandes que leur corps.
Ils sont ensuite envoyés dans des élevages d’engraissement spécialisés, où ils restent généralement quelques semaines en box individuels, avant d’être parqués en groupes de plusieurs veaux – le logement en groupe étant obligatoire à partir de 8 semaines selon la réglementation en vigueur.
D’après les études de L214, les veaux sont élevés en bâtiments fermés sur caillebotis – c’est-à-dire sur un sol dur sans litière, en bois ou en béton – dans 91 % des cas.


Veaux entassés – Crédit : L214
Les veaux, « sous-produits » de l’industrie laitière
Séparés de leur mère, ils sont principalement nourris d’un lait en poudre de substitution, constitué notamment des déchets de l’industrie laitière, d’huile de palme et d’additifs.
« Ces veaux devraient être élevés à l’extérieur, dans des conditions radicalement différentes », soutient Brigitte Gothière. « Ce sont des animaux pour lesquels la relation mère-petit est très forte. Les isoler dès le plus jeune âge constitue une véritable violence psychologique ».
Les habitudes de consommation affectent encore davantage les conditions de vie des veaux.
« Aujourd’hui en France, les consommateurs s’attendent à de la viande blanche lorsqu’il mangent du veau » note la cofondatrice de L214 . À cause de cette attente, « les veaux peuvent donc être volontairement anémiés pour que leur chair soit claire ».
Le minimum légal d’apport en fer dans leur alimentation se trouve en effet largement en dessous des recommandations de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments).

Veau assoiffé – Crédit : L214
Depuis quelques années, de nombreux experts alertent la Commission Européenne sur les conséquences des conditions d’élevage.
« On a des connaissances scientifiques très importantes », souligne Brigitte Gothière. « Des ouvrages comme Les cerveaux de la ferme montrent clairement que les animaux sont doués de sensibilité, sont conscients, ont des formes d’intelligence ».
Les veaux laitiers sont généralement envoyés à l’abattoir à l’âge de 5 à 6 mois en France, et jusqu’à 8 mois en Europe pour l’appellation « veau de boucherie ». D’après les observations en refuges, ils peuvent vivre jusqu’à environ 20 ans.

Veau isolé – Crédit : L214
« Pour continuer à manger de la viande et boire du lait, on trouve des excuses. Ils ne sont pas sensibles, ils ne ressentent pas la même douleur, ils ne sont pas conscients…On est obligés de s’auto-convaincre, car sinon on est face à une grande contradiction : les tuer alors qu’on pourrait ne pas le faire ».
L’ambition de l’association est ainsi de défendre un modèle de société les animaux ne seraient plus considérés comme des ressources.
« On n’a aucun respect pour les autres formes de vie, malgré les preuves scientifiques qui montrent qu’elles sont à considérer », conclut Brigitte Gothière. « Pythagore interrogeait déjà ses compatriotes sur la nécessité de tuer les animaux. Est-il légitime de continuer à les manger alors qu’on en a pas besoin ? Et de les traiter de cette façon ? On n’a jamais maltraité les animaux aussi massivement qu’à notre époque ».
27 avril 2021 - Marine Wolf
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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