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Crise de l'enseignement

Par Le 17/09/2021

Je ne vais pas revenir sur mon parcours de fin de carrière.

Ni sur tout ce que j'ai écrit ici au sujet de l'éducation nationale.

Je dirais juste que je ne reviens aucunement sur cette prédiction selon laquelle, pour moi, la crise des recrutements va atteindre un niveau jamais connu et que dans moins de dix ans, le ministère ne saura plus comment attirer les jeunes vers ce métier. Et il ne s'agit pas que d'un problème de salaire.

Je m'efforce, malgré le mal que ça me fait, de lire les commentaires sur les réseaux sociaux dès qu'un article est publié sur la crise de recrutement, des vocations, du niveau des élèves, de l'augmentation croissante du harcèlement, etc etc...

Ce qui en ressort, dans une très grande majorité, c'est que les enseignants sont considérablement mal aimés, voire même détestés. Et que pour la plupart des gens, il est inadmissible de les entendre se plaindre. Et pourtant, personne ne voudrait prendre leur place. 

Je le redis encore une fois, dans moins de dix ans, les nouveaux enseignants seront recrutés sur le Bon Coin.

Ce métier est moribond. 

 

Doubler leur salaire comme le propose Hidalgo ? L’art de prendre les enseignants pour des pigeons

Édito

Par 

Publié le 15/09/2021 à 19:20

La promesse d’Anne Hidalgo de doubler le salaire des enseignants à l’échelle d’un quinquennat relève d’une partition somme toute classique. Voilà déjà longtemps que les socialistes, comme les autres partis, ont abandonné toute réflexion sur l’école. Pourtant, sur ce sujet, il faut une de ces remises à plat que seules permettent les ruptures historiques, estime Natacha Polony. Pour une fois, nous pourrions ne pas attendre la catastrophe.

 

Que faire, quand on est candidat à l’élection présidentielle pour le Parti socialiste, pour tenter d’exister ? Quand on n’a pas l’ombre d’un programme, ou d’une vision pour la France ? Quand même votre parti vous choisit par défaut, sans conviction, parce qu’il faut bien être présent à l’élection reine ? On se souvient que le Parti socialiste eut autrefois une clientèle, un électorat captif. Et l’on bat le rappel avec tambours et grosse caisse.

La promesse d’Anne Hidalgo de doubler le salaire des enseignants à l’échelle d’un quinquennat relève d’une partition somme toute classique. La mesure n’est pas chiffrée, et La France insoumise elle-même se paie le luxe de moquer un Parti socialiste qui, « autrefois, avait une culture de gouvernement ». Désormais, on peut dire n’importe quoi. Méfions-nous, la dernière fois que le Parti socialiste a lancé une proposition irréaliste, à laquelle son auteur ne croyait pas, pour exister dans une campagne où sa victoire était totalement improbable, cela a donné les 35 heures… À ceci près qu’une augmentation massive du salaire des enseignants serait, elle, souhaitable et nécessaire. C’est là toute la nuance. Encore faut-il s’entendre sur les modalités. Encore faut-il, surtout, avoir un projet pour l’Éducation nationale.

Voilà déjà longtemps que les socialistes, comme les autres partis, ont abandonné toute réflexion sur l’école. La promesse de François Hollande de créer 60 000 postes dans l’Éducation nationale (et non 60 000 postes de professeur, détail qui avait échappé à beaucoup) lui a servi de programme en la matière, et les idées de Vincent Peillon sur la « refondation de l’école » se sont limitées au « renforcement du socle commun » et davantage de numérique dans les classes. Benoît Hamon, éphémère ministre qui n’a pas fait sa rentrée, n’a pas davantage brillé en tant que candidat. Entre-temps, Najat Vallaud-Belkacem s’était faite le chantre, avec la foi du néophyte, de toutes les lubies pédagogiques des idéologues qui tiennent chaque strate de l’institution et l’ont méticuleusement massacrée depuis quarante ans.

MISE EN COMPÉTITION

Commençons par le bilan. Le diagnostic sur la paupérisation des enseignants est enfin posé. C’est une des fautes de Jean-Michel Blanquer de n’avoir pas, dès son arrivée au ministère, lancé la revalorisation comme une des principales urgences. Pour le reste, aucun ministre n’ose bouger, par peur des syndicats. Reste donc le décret de 1950 qui fixe le statut et le temps de travail des enseignants, avec toutes les caricatures auxquelles il donne lieu aujourd’hui. Dix-huit heures par semaine pour un professeur certifié, quinze heures pour un agrégé.

Quel scandale ! Et ils osent se plaindre ? Qui rappelle que ce temps correspond à un calcul précis : pour une heure de cours, une heure et demie de préparation, correction de copies, remise à niveau dans sa discipline, pour un certifié ; et deux heures pour un agrégé, censé fournir des cours plus pointus et lire des copies plus fournies. Donc quarante-cinq heures par semaine. C’est en fait davantage pour les consciencieux, pour les plus impliqués, et moins pour les paresseux, pour ceux qui recyclent chaque année le même cours. À ceci près que les professeurs, contrairement aux salariés classiques, ne seront jamais récompensés pour leur investissement et la qualité de leur travail. Leur seule gratification est de voir leurs élèves progresser et de savoir qu’ils ont été utiles.

« Le statu quo est insupportable parce qu’il broie les enseignants, détruit les vocations et amplifie la relégation de la France à travers la baisse de niveau de ses enfants. »

Revoir l’organisation du système est aujourd’hui un tabou absolu. Nombre de professeurs constatent depuis longtemps ce qu’ils appellent la « libéralisation » de l’école, à la fois triomphe de l’utilitarisme, contre la culture et le savoir, intrusion des intérêts privés, sous couvert, notamment, de développement du numérique, mise en compétition permanente de ce qui devient un marché de l’éducation. Ils craignent que tout changement n’amplifie ce mouvement. Pour autant, beaucoup aspirent à davantage de liberté dans leur travail, de reconnaissance de leur implication, de prise en compte du gouffre qui sépare l’enseignement dans des zones difficiles et dans des établissements de centre-ville.

Le rôle des politiques serait de poser sur la table tous les éléments du problème. Le système de points, totalement sclérosé, qui envoie dans les zones d’éducation prioritaire les jeunes professeurs, et même les vacataires qui ont échoué au concours. La coupure entre primaire et secondaire, en envisageant, pourquoi pas, la bivalence, l’enseignement de deux matières, pour la sixième, pour aider les élèves pour qui l’entrée au collège précipite l’effondrement. Peut-être intégrer davantage la sixième et la cinquième au primaire, et repenser quatrième et troisième comme des charnières d’orientation. Même l’autonomie des établissements scolaires mérite d’être discutée, pour savoir si elle peut être autre chose qu’une prime aux projets pédagogiques délirants et une mise en concurrence généralisée.

Le statu quo est insupportable parce qu’il broie les enseignants, détruit les vocations et amplifie la relégation de la France à travers la baisse de niveau de ses enfants. Là comme ailleurs, il faut une de ces remises à plat que seules permettent les ruptures historiques. Pour une fois, nous pourrions ne pas attendre la catastrophe.

"La France contre les robots" : Georges Bernanos

Par Le 10/09/2021

 

 

La France contre les robots

 

 

La France contre les robots par Bernanos
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LIRE UN EXTRAIT


Jacques Julliard (Préfacier, etc.)Jean-Loup Bernanos (Éditeur scientifique)

EAN : 9782253933038
284 pages
Éditeur : 
LE LIVRE DE POCHE (01/01/1999)

★★★★★

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4/5   82 NOTES

Résumé :

Un demi-siècle après Bernanos, nous pouvons témoigner qu'il a dit vrai, nous pouvons même nous avancer encore plus loin que lui : l'ennemi le plus implacable et le plus destructeur de toute vie de l'esprit, c'est le capitalisme industriel.

Pourquoi ? Parce qu'il détruit toute trace de vie spirituelle avec le consentement et la complicité des intéressés. La tyrannie, les dictatures modernes, le totalitarisme lui-même ne sont jamais parvenus à tuer l'esprit, mais au contraire à l'exacerber.

La religion ne s'est jamais si bien portée à l'Est de l'Europe que dans les temps où elle y était persécutée. Et Renan a pu écrire sans être contredit que les plus hauts monuments de l'Esprit humain ont été édifiés à l'écart de la Liberté, sous des régimes despotiques.

Au contraire, écrit Bernanos, "dès qu'on fait descendre du ciel ou de la terre l'idée de salut, si le salut de l'homme est ici-bas, dans la domination chaque jour plus efficiente de toutes les ressources de la planète, la vie contemplative est une fuite ou un refus, tout contemplatif un embusqué". Nous y sommes. Ne faisons pas de Bernanos un pionnier de l'écologie actuelle.

Mais le fait est que La France contre les robots devrait être mieux compris à l'aube du XXIe siècle qu'au milieu du XXe et que Bernanos est bel et bien le plus grand prophète de ce que j'appellerai l'écologie spirituelle.
Jacques JULLIARD.

 


michfredmichfred   19 novembre 2018

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Violemment ébranlé par la montée des nationalismes, dégoûté par le nazisme et le fascisme qui en ont été la consécration, affolé par ces dictatures qui ont allègrement piétiné les droits de l'homme, mais aussi bouleversé par ces démocraties qui ont choisi de mettre un terme à la deuxième guerre mondiale en lançant sur des populations civiles la bombe atomique, inquiet de la place que prennent déjà le confort, le profit, la machine dans l'ère qui s'annonce, Bernanos, presque au terme de sa vie, trempe sa plume dans le vitriol et adresse une harangue aussi mordante que visionnaire aux jeunes gens et jeunes filles qui feront l'histoire de demain...
Imbéciles, nous dit-il, avec une tendresse teintée de mépris, imbéciles, vous abdiquez chaque jour un peu de votre liberté, de votre responsabilité, accordant ainsi aux états un pouvoir inconsidéré sur la vie individuelle.
Dans votre désir de confort, se devine un conformisme qui a déjà transformé l'égalité en conformité: quel progrès y a-t-il à vous voir tous pareils, si ce n'est qu'on peut plus facilement vous guider, vous manipuler, vous conditionner?
Imbéciles, le marché, le libéralisme économique, sont les nouveaux monstres qui se nourrissent de l'abdication de votre jugement et de votre liberté...
C'est de votre aveuglement, de vos faiblesses qu'ils croissent et se fortifient, puissamment secondés par les machines...
Un texte fort. Visionnaire. Qui secoue l'imbécile en nous!
L'appel à la révolte, chez Bernanos, bien sûr, va de pair avec celui de la Foi- mais chacun peut l'entendre à sa facon, croyant ou non : la foi de Bernanos est celle des pauvres, celles des anarchistes, celle des révoltés : on peut l' entendre comme une forme de courage, courage à espérer et courage à agir.
À relire...ou écouter dans le remarquable spectacle créé par Hiam Abbas, Jean-Baptiste Sastre et Gilles Bernanos ( petit-fils de..).

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michfred Merci à tous pour vos passages...à ( re)lire par ces temps troublés et troublants où on se demande qui manipule qui et en youscles cas où en est notre démocratie...

le 19 décembre 2018

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michfred En tous les cas. .

le 19 décembre 2018

GodefroidGodefroid   20 décembre 2015

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Ecrire sur ce texte est un vrai défi. On pourrait empiler les adjectifs : pamphlétaire, cogneur, affligé, révolté, ceci pour la forme ; humaniste, écologiste, incroyablement prophétique pour le fond. Bernanos s'érige en critique de la technique comme d'autres avant lui, tout en poussant le bouchon de manière originale et intuitive, à un point véritablement sidérant : la course aux bien matériels, l'abandon de tout esprit critique, l'abandon de la liberté vraie, c'est-à-dire l'asservissement de l'homme aux machines et aux gadgets, la mondialisation de l'économie, l'illusion de la vitesse, la maladie de la gestion, l'abandon des valeurs morales, la déresponsabilisation des individus (désormais éloignés des conséquences de leurs actes, qu'ils ne veulent plus voir de toute façon), et "cette forme abjecte de la Propagande qui s'appelle la Publicité"... Bernanos désigne dès 1945 les maux qui accablent la société occidentale de 2015, celle-là même qui sert à présent de modèle (clinquant) à une humanité qui est en passe de perdre tout repère à sa mesure, la pente étant inexorable, dramatiquement. On pourrait aussi empiler les citations... il faudrait alors recopier un quart de l'ouvrage.
Il faut, pour être juste, souligner également les quelques égarements de l'auteur qui peuvent très facilement être excusés, résultat d'un optimisme viscéral (la confiance dans les jeunes générations qui sauront démystifier les fausses idoles et recouvrer leur liberté d'hommes... chose que l'on attend toujours), ou bien du contrecoup subit au sortir des terribles horreurs de la 2e guerre mondiale. Il reste de ce magistral coup de gueule des imprécations édifiantes qui secouent mille fois plus que certain gentil opuscule nous exhortant à nous indigner avec un point d'exclamation.
Quelques unes, pour la route – rappelez-vous, écrites en 1945 :
* La plus redoutable des machines est la machine à bourrer les crânes, à liquéfier les cerveaux
* Etre informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles
* Qui de nous est sûr, non seulement de résister à tous les slogans, mais aussi à la tentation d'opposer un slogan à un autre ?
* L'état technique n'aura demain qu'un seul ennemi : "l'homme qui ne fait pas comme tout le monde" – ou encore : "l'homme qui a du temps à perdre" – ou plus simplement si vous voulez : "l'homme qui croit à autre chose qu'à la technique".
* Il y a 150 ans, tous ces marchands de coton de Manchester – Mecque du capitalisme universel – qui faisaient travailler dans leurs usines seize heures par jour des enfants de douze ans que les contremaitres devaient, la nuit venue, tenir éveillés à coup de baguette, couchaient tout de même avec la Bible sous leur oreiller. Lorsqu'il leur arrivait de penser à ces milliers de misérables que la spéculation sur les salaires condamnait à une mort lente et sure, ils se disaient qu'on ne peut rien contre les lois du déterminisme économique voulu par la Sainte Providence, et ils glorifiaient le bon Dieu qui les faisaient riches... Les marchands de coton de Manchester sont morts depuis longtemps, mais le monde moderne ne peut les renier, car ils l'ont engendré matériellement et spirituellement.
* Un jour on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne.
* Nous n'assistons pas à la fin naturelle d'une grande civilisation humaine, mais à la naissance d'une civilisation inhumaine qui ne saurait s'établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie.

HenryWar   27 août 2021

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J'apprécie bien davantage, apparemment, Bernanos essayiste que romancier : dans les deux fictions que j'ai lues de lui, le style volontairement alangui, d'une profondeur affectée et douteuse, ce long style de vent d'hiver attrapant d'assez lugubres sifflements de rocher, avait le défaut de mettre sans grands motifs la patience du lecteur à l'épreuve, au point de réaliser une sorte de littérature de la contemplation du vide, où nulle action n'a lieu, où il faut avoir la vigilance de mirer de l'air au lieu de phénomènes tangibles même de nature psychologique au sens large, au point qu'on s'interroge si l'on peut réellement trouver de la matière à cette sorte d'ouvrage ou bien si l'on ne fait perpétuellement qu'y trouver ce qu'on y cherche – tendance banale des critiques universitaires désoeuvrés et en mal d'admirations.
Or, ce style pseudo-sage de la temporisation, pour ne pas écrire : de la dissimulation, ne se rencontre point dans cet essai enlevé à la 
Charles Péguy où le mot vaillant accuse sans crainte d'inimitiés ni de solitude, n'hésitant pas à interpeller bravement le lecteur pour le blesser de son insuffisance. C'est tout le système de la société moderne, de la société des irresponsables, de la société de la disproportion mécanique et de l'absence de conscience, que Bernanos questionne et condamne, comparant les siècles entre eux et insistant notamment sur la mentalité que de vastes périodes ont traduite, étude pourtant qui n'est peut-être pas d'une impartialité absolue s'agissant d'un écrivain chrétien et paraissant à maints égards monarchiste. Ce que la machine induit, c'est l'esprit de négligence, c'est le renoncement foncier à la liberté – en quoi l'on discerne dans ce livre une étonnante analogie avec Péguy qui, lui aussi dans Ma jeunesse, expliquait que le sens du mot liberté s'est tellement galvaudé dans les esprits qu'il n'en reste plus qu'un concept ou qu'une notion intellectuelle fort éloignée du sentiment poignant de liberté autrefois installé et vissé en l'âme comme un point d'honneur et qui n'aurait pas toléré, par exemple, une atteinte aussi grave que le principe de la conscription –, c'est le mal démultiplié en série en favorisant chez l'homme l'impression d'une obéissance servile et d'une innocuité, c'est l'imbécillité générale que soutient le temps du confort et du divertissement, et c'est la permission (la permissivité ?) offerte par la démocratie à chacun de vaquer à ses occupations d'insignifiance sans assumer le moindrement sa part de réflexion et de culpabilité au sein de ce système déshumanisant, indigne et ignoble : la contemporanéité des robots, c'est l'immonde qui devient monde. le propos de l'ouvrage saurait à peu près se résumer à : la démultiplication des moyens d'action dans la société contemporaine conduit à la disparition de l'homme en tant qu'acte. En ce sens, le robot n'est pas seulement en France, il est le Français même, la machine ayant contaminé de son morne esprit d'outil son utilisateur changé lui-même, jusque dans sa conscience, en moyen – moyen de production, moyen au service d'une autorité, moyen au profit d'intérêts mesquins et d'un ordre « industriel ». La France contre les robots est la relation consternée de cette évolution, de cette régression, de cette décadence, où la forme mentale du contemporain, constituée avant la seconde guerre mondiale tout juste terminée au moment de la publication, se prolonge, se cristallise et se revendique, où une race d'individu autrefois imprégnée d'une certaine morale s'incarne successivement en citoyen, puis en bourgeois, puis en fonctionnaire, où plus rien n'importe autant que l'abandon de ses efforts et la défausse de sa responsabilité, où la multitude démocratique constitue un prétexte homogène pour l'oubli de toute casuistique, et où enfin plus rien ne relève tant de la volonté d'une âme (si ce terme-ci n'est pas encore galvaudé) que de la réponse automatisée à une émanation mécanique, à une omniprésence de rouage qui a pour excuse et pour fatalité ce qu'on appelle « le progrès ».
Où 
Bernanos excelle, c'est à renverser certains paradigmes que la société du progrès justement, celle qui considère la chronologie des siècles comme une pente inexorable vers où nous sommes, vers tous ces penchants uniformes où nous sommes rendus et qui semblent, du point de vue d'une basse paresse et d'un opportunisme piètre, destinés à se poursuivre que nous le souhaitions ou non, celle qui admet en substance que tout ce qui advient est nécessaire selon l'ordre invincible et inopposable des inclinations humaines, a établi comme un catéchisme ou comme une propagande par souci de bienheureuse et inactive symbiose, professant seulement : « Contentez-vous de prévoir ce que vous ne pouvez empêcher, avancez-vous dans l'acceptation d'une telle destinée collective, ou bien résignez-vous avec le plus de bonheur possible ! » Ainsi l'écrivain multiple-t-il les remises en cause des naïvetés de la doxa, affirmant que le moyen âge en France, grâce à l'équilibre du pouvoir de parlements et de conseils multiples et indépendants, ne consistait pas tant qu'on veut nous le faire croire en une époque d'oppression et de tyrannie – je fus, je l'avoue, effaré de constater l'existence de ces parlements dont on n'enseigne rien à tous les niveaux de l'École obligatoire : on m'avait plutôt appris que notre monarchie avait été un régime autocratique, avec ses lettres de cachet et la forme totalitaire de son autorité. J'ai là-dessus interrogé un professeur d'histoire : il a bien admis l'existence de ces parlements dont il a confessé ne savoir à peu près rien, mais automatiquement il a nié, comme je l'eusse fait à sa place, que notre monarchie eût été parlementaire – ce point sert à Bernanos pour prouver que le Français n'était pas foncièrement moins libre en ces temps qu'on estime automatiquement obscurs. Il déclare aussi non sans sources que la Révolution française ne fut pas le fruit d'une pauvreté pressurée au dernier stade de la misère, un mouvement de fronde désespérée d'une populace réduite à la violence pour s'épargner l'asphyxie et la mort, une sorte d'exaspération en somme poussée à l'explosion, mais, au contraire de tout l'enseignement que je me souviens d'avoir reçu, une revendication intervenant à une période de grand développement scientifique et humain, à la façon, et c'est logique aussi, dont les progrès ne se revendiquent et réalisent en général qu'après qu'un relatif confort soit installé, permettant le loisir de réclamer. Ou encore, Bernanos atteste que l'attitude des Français durant la seconde guerre mondiale, au front comme à l'arrière, ne fut jamais que l'expression molle d'une sorte de fatalisme de fonctionnaires où le citoyen fut rarement héroïque au combat ou en résistance, rarement impliqué par quelque idéal dans ce conflit, et plus rarement même un individu conservant une véritable faculté de décision et d'initiative. Et c'est ce qui jalonne sa compréhension de la société en évolution, en inflexion, en décadence : ces repères induisent selon lui une direction lamentable de l'homme contemporain, une sorte d'état d'esprit de plus en plus enraciné, de plus en plus décomplexé. Et comme je me suis trouvé confirmé par Bernanos qui a su trouver non seulement que l'homme contemporain est commencé bien avant le XXe siècle, mais qu'il constitue un déclin et « une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie », que son type-même s'agit « moins de corruption que de pétrification » (page 103) d'un ordre bien plutôt veule que vraiment malin, et dont la docile irresponsabilité est devenue parfaitement intériorisée et acceptée, pour ne pas dire encouragée, au lieu d'une sorte de volonté cruelle ou de conscience résolue : « “Ne te fâche pas, disait le gendarme de Vichy à son compatriote, je m'en vais te livrer à la police allemande, qui après t'avoir scientifiquement torturé te fusillera, mais que veux-tu ? le Gouvernement m'a donné une situation, et je ne peux naturellement pas risquer de perdre cette situation, sans parler de ma retraite future. Allons ! ouste ! Il ne faut pas chercher à comprendre.” La preuve que ce raisonnement est tout à fait dans le sens et l'esprit de la vie moderne, c'est que personne ne songe aujourd'hui à inquiéter ce policier ou ce gendarme. Lorsque ce brave serviteur de l'État rencontre le Général de Gaulle, il le salue, et le Général lui rend certainement son salut avec bienveillance (page 128-129) ! Et que, chez Bernanos, ce constat ne se départisse pas d'une tentative de responsabilisation du lecteur, d'une adresse à cet imbécile par défaut, d'alertes à sa pensée dégénérée notamment par le moyen de formules brutales, rappelant par exemple contre toute tranquillité que « le progrès n'est plus dans l'homme, il est dans la technique. » (pages 16-17), qu'à force de confondre la justice et l'égalité « nous supporterions volontiers d'être esclaves, pourvu que personne ne puisse se vanter de l'être moins que nous. » (page 42), ou que pour ce qui est de la conscience collective « épargnez-moi cette plaisanterie, ne me faites pas rigoler ! Il n'y a pas de conscience collective ; une collectivité n'a pas de conscience. » (pages 95-96), ou encore que « le dictateur n'est pas un chef. C'est une émanation, une création des masses. C'est la Masse incarnée. » (page 108), c'est ce qui renouvelle la méthode d'interjection la plus proprement littéraire, celle qui admet qu'un livre et particulièrement un essai doit laisser une empreinte, qu'une oeuvre ne peut se permettre d'être anodine, qu'un auteur honorable ne tolère pas même son innocuité. Or, selon un tel projet et grâce à l'analyse impartiale de ce que la conscience contemporaine est à ce point endormie qu'il faut à présent l'insulter, l'humilier et la heurter pour y soulever un moindre ferment de réflexion, les procédés d'écriture dirigent l'écrit vers l'efficacité, ce qui est bien le style de celui qui considère son propos une nécessité et pas, comme tant d'autres (et notamment comme tant de philosophes, et même la plupart sans doute), une simple décoration. C'est bien en cela que, je trouve, que Bernanos rompt avec lui-même : son romancier est une froide figure d'apparat, son essayiste est une brûlante conscience, en quoi Bernanos duel se désavoue et ne peut pas ne pas sentir son altérité et son jeu. Il se voit brillant dans la fiction après s'être senti vrai dans l'article, mais le premier est une parure, le second un état – ce que son égo doublé d'alter n'ignore pas. Quant à savoir si cet ouvrage mérite d'être acheté et lu, je dirais qu'après l'avoir si méthodiquement épuisé dans ma critique, je n'en laisse pas beaucoup à apprendre d'autre, même en le parcourant « dans le texte ». Pour moi, ce constat n'est qu'une supplémentaire confirmation, quoique sagace, de ce que mes analyses du contemporain avaient déjà révélé ex nihilo ou ex usus, à savoir, globalement, que depuis la fin du XIXe siècle l'homme se définit plutôt comme une tendance ou comme une pente que comme une conscience ou comme une volonté : il est une inclination sans direction, ce qui, selon le mot de Nietzsche, le rend inaccessible à la grandeur, puisque « grandeur signifie direction. »
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NMTB

NMTB   19 décembre 2014

Georges Bernanos a d'abord publié ce livre au Brésil, à la fin de la deuxième guerre mondiale, pendant son exil. Il a pour sujet l'avenir de l'humanité et l'éventuel rôle que la France, pays de la Révolution et de la Liberté, aurait à jouer dans cet avenir.
Il m'a beaucoup rappelé le livre de 
Simone Weil, « L'enracinement », écrit à peu près à la même période. Les deux auteurs se rejoignent sur le rôle néfaste de l'Etat qui, en France, a remplacé le mot de patrie par celui de nation et dans d'autre pays a pu aboutir au totalitarisme. Si mes souvenirs sont exacts, Weil insistait sur le rapport des français aux impôts et à la police. Bernanos s'en prend davantage à la conscription et au fichage, à commencer par les cartes d'identité. Mais les deux auteurs partagent une même aversion face à l'oppression et la toute-puissance de l'Etat. Tous les deux s'interrogent aussi sur l'Histoire de France et peut-être se rejoignent-ils encore sur ce point : la France est traditionnellement un pays de révolte. En tout cas, pour Bernanos, c'est évident, il l'écrit clairement dans « La France contre les robots ».
Et 
Bernanos est révolté par la mise à mort industrielle de la guerre moderne. La Technique est la cible privilégiée de Bernanos. Peut-être un peu trop alarmiste, marqué par la guerre, Bernanos est quand même étonnant par son ton prophétique.
D'un point de vue formel, « 
La France contre les robots » est un modèle de pamphlet. Pas seulement un livre écrit pour provoquer l'indignation ou le rire aigre, mais aussi un discours qui sait enflammer et faire vibrer. L'édition du Castor Astral est complétée par des lettres et des conférences écrites au Brésil sur le même sujet et parfois inédites.

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rorospigororospigo   29 juin 2020

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La France contre les robots est un ensemble de pamphlets violents destinés à ébranler le coeur des Hommes et les mettre en garde sur la société qu'ils sont entrain de créer. de nombreux sujets sont abordés, comme la technologie, évidemment, mais elle sert surtout de prétexte à dénoncer les travers humains en général: économie détraquée, perte de liberté, amollissement des consciences individuelles, amoindrissement des valeurs, violence générale... bref, tout le monde en prend pour son grade. Au delà de ce que dit Bernanos, le plus frappant et le plus triste, est que ce texte de 1947 est encore d'actualité aujourd'hui. Cet homme visionnaire dénonce des choses qu'encore aujourd'hui un grand nombre peine à comprendre, ou se refuse à voir. C'est pour cette raison que je considère cet ouvrage comme un chef-d'oeuvre absolument incontournable de la littérature Française.

Pénurie de médicaments

Par Le 10/09/2021

 

Un ouvrage peu connu : "La France contre les robots" écrit en 1947.

 

"Un jour, on plongera dans la ruine, du jour au lendemain, des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres, pourra être produite la même chose pour quelques centimes de moins". Georges BERNANOS

 

Un visionnaire.

Désormais, il ne s'agit plus seulement de ruine pour les ouvriers dont le travail est parti à des milliers de kilomètres. Maintenant, on parle de la santé.  

 

Pénurie de médicaments et de vaccins : les 30 propositions du sénateur Decool

 

SOCIÉTÉ

La mission d'information du Sénat sur les pénuries de médicaments et de vaccins a rendu public son rapport le 2 octobre 2018. Ce rapport, présenté par le sénateur Jean-Pierre Decool, dresse un constat préoccupant de la chaîne du médicament en France. Il formule 30 propositions.

Publié le 10 octobre 2018

(Très important de bien noter la date de parution...Je rappelle par là-même que la prérogative première d'un gouvernement, c'est l'anticipation. Sinon, à quoi cela sert-il de payer des commissions d'enquête)

Temps de lecture 2 minutes

Des médicaments - © bukhta79 - stock.adobe.com

Une explosion des ruptures ou risques de rupture de stock de médicaments essentiels depuis 2008

Depuis une dizaine d'années, les ruptures de stock et les tensions dans l'approvisionnement des médicaments et des vaccins sont devenus chroniques. Ces problèmes concernent l'ensemble des médicaments et vaccins, y compris les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur (MITM). Parmi les classes thérapeutiques les plus impactées, on trouve notamment les anticancéreux, les vaccins et les médicaments traitant l'épilepsie ou la maladie de Parkinson. En 2017, 530 médicaments d'intérêt vital ont manqué ou ont risqué de manquer aux patients (contre 44 en 2008).

Ces pénuries sont très préjudiciables pour les patients et très coûteuses pour les hôpitaux. Elles ont des causes multiples : problèmes dans la chaîne de production des médicaments le plus souvent fabriqués en Chine et en Inde, défauts de qualité des produits finis, difficultés d'approvisionnement en matières premières. Le renforcement de la réglementation, la question du prix du médicament et le choix des laboratoires d'arrêter des médicaments anciens devenus insuffisamment rentables, sont aussi des facteurs importants.

Évolution des signalements de ruptures de stocks des MITM de 2008 à 2017

Renforcer l'éthique de santé publique, responsabiliser les laboratoires

Pour endiguer ces pénuries, le sénateur Jean-Pierre Decool préconise notamment :

de relancer une production pharmaceutique française en expérimentant des exonérations fiscales en faveur d'entreprises investissant en France dans de nouveaux sites de production de médicaments ou de substances actives essentiels pour la sécurité sanitaire européenne ;

d'instaurer un programme public de production et de distribution de quelques médicaments essentiels concernés par des arrêts de commercialisation ou de médicaments "de niche" souvent difficiles d'approvisionnement ;

de rendre public l'historique des ruptures de médicaments et des plans de gestion des pénuries des laboratoires et de les sanctionner financièrement si besoin ;

de créer une plateforme d'information pour les professionnels de santé et le public faisant remonter les pénuries et les dates prévisionnelles de retour des médicaments.

Sur la toile publique

Rapport fait au nom de la mission d'information sur la pénurie de médicaments et de vaccins, du sénateur Jean-Pierre Decool, octobre 2018(nouvelle fenêtre)

Et voilà ce que ça donne aujourd'hui en 2021. La situation n'est plus seulement grave, elle est devenue dramatique. Le pire, à mon sens, étant de lire dans l'article suivant que la relocalisation est envisagée pour contrer des "coûts cachés" par la délocalisation. Ce qui signifie, encore une fois, que les décisions ne sont prises qu'au regard de la finance. 

 

Coronavirus: l'Europe dépend de la Chine pour les médicaments vitaux

 

Par Delphine Dechaux le 04.03.2020 à 15h37 Lecture 3 min.

L'épidémie de Covid-19 met en lumière une fragilité dénoncée depuis dix ans par l'Académie de pharmacie: la dépendance de l'industrie pharmaceutique vis à vis de ses fournisseurs chinois et indiens, qui produisent 60 à 80% des principes actifs chinois pour des traitements aussi vitaux que les antibiotiques, les anticancéreux et les vaccins.

rayons d'une pharmacie française

80% des principes actifs de nos médicaments vendus en officine sont produits en Chine.

AFP/ARCHIVES - STEPHANE DE SAKUTIN

Il aura fallu une crise sanitaire mondiale pour que le message, martelé depuis dix ans par l’Académie Nationale de pharmacie, soit enfin entendu : droguée aux importations de principes actifs made in China, la France a perdu sa souveraineté en matière de médicaments et elle est régulièrement confrontée à des pénuries de médicaments aussi essentiels que les anticancéreux, les antibiotiques et les vaccins. « Nous ne pouvons pas continuer à dépendre à 80% ou 85% de principes actifs pour les médicaments qui sont produits en Chine, ce serait irresponsable et déraisonnable », a déclaré le 25 février le Ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire. Un sujet qui n’est pas neuf : « Pour 86 % des hôpitaux, en Europe, la question des ruptures est un sujet de préoccupation quotidien. Les principales classes impactées sont, en tête, les anti-infectieux et les anticancéreux, suivis de près par des médicaments d’urgence-réanimation, médicaments de cardiologie, et les anesthésiques », se désespérait déjà en 2018 l’Académie dans un de ses rapports.

Déjà en 2017, une pénurie d'Augmentin après l'arrêt d'une usine chinoise 

Si la galénique, c’est-à-dire la préparation et l’assemblage des ingrédients, reste implantée en Europe, les matières premières viennent elles de Chine et d’Inde. « A partir des années 1980, la Chine s’est affirmée comme un acteur majeur dans la fabrication de génériques, souligne David Simmonet, président et fondateur d’Axyntis, premier acteur français de la chimie fine.  Dans les années 1980-90, 60% des principes actifs étaient d’origine européenne. Depuis 2010 c’est le contraire : 60% des médicaments contiennent des principes actifs chinois ou indiens ». Un sérieux avertissement avait déjà eu lieu en 2017 : pour abaisser les niveaux de pollution autour de Pékin, les autorités chinoises avaient drastiquement coupé l’approvisionnement en électricité de certaines grandes zones industrielles, entraînant une pénurie mondiale d’amoxicilline et d’acide clavulanique 11, les principes actifs de l’Augmentin (et de ses copies génériques), l’un des antibiotiques les plus prescrits dans le monde. « L’acide clavulanique est l’exemple emblématique du composant indispensable d’un médicament vital qui n’est fabriqué qu’à un seul endroit dans le monde », souligne Marie-Christine Belleville, membre de l’Académie de pharmacie et experte en production et qualité.

Avec l’épidémie de coronavirus, les choses pourraient enfin bouger. L’ANSM va enfin établir une liste des médicaments indispensables –distincte de la liste des « médicaments essentiels » de l’OMS, très axée sur le traitement des grandes maladies tropicales – et faire l’inventaire complet de leurs composants. « Une fois cette liste établie, il faudra s’interroger sur les raisons qui freinent la relocalisation, explique Marie-Christine Belleville. Pour certains médicaments, peut-être faudra-t-il envisager une revalorisation, même légère, de leur prix ».

Un mouvement de relocalisation s'esquisse

La prise de conscience pourrait aussi accentuer un mouvement de relocalisation qui s’est amorcé en réalité il y a quelques années : un durcissement des exigences des agences sanitaires, qui multiplient les inspections dans les usines chinoises, avait entraîné des ruptures de stocks et même des fermetures d’usines - jusqu’à 10 % des établissements chinois selon l’ASNM. Car les cas de non-conformité majeurs aux Good Manufacturing Practices s’avéraient six fois plus élevés en Asie qu’en Europe sur la période 2006-2011.

Echaudés, des laboratoires ont donc commencé à rapatrier la production de certains composants. « Depuis quatre ans, nos clients ont pris conscience de ce que les délocalisations entraînent en matière de coûts cachés », ajoute David Simonnet. Et pour les nouveaux médicaments, qui ne sont pas dans la logique de production à moindres coûts des génériques, les laboratoires ont la volonté d’avoir un sourcing européen ».

 

Tempête solaire

Par Le 10/09/2021

Non, il ne s'agit pas de se faire peur.

Il s'agit de comprendre que le système solaire est quelque peu agité par moments. Et d'en deviner les conséquences.

Il s'agit également de prendre conscience que notre civilsation moderne et technologique ne pourrait pas traverser un épisode majeur sans de gigantesques bouleversements.

Il s'agit également de réaliser que nous ne sommes aucunement préparés, nous, citoyens lambda, à ce genre de situation.

Ensuite, il reste aux écrivains à en imaginer les conséquences. Et à souhaiter que cela reste à tout jamais de l'anticipation. 

 

 

Une grosse tempête solaire pourrait casser le réseau de câbles sous-marins d'Internet

 

 27/08/2021 à 16h33

Gilbert KALLENBORN

Gilbert
KALLENBORN

Journaliste

Carte mondiale des liaisons sous-marines

Carte mondiale des liaisons sous-marines - TeleGeography

Répartis le long des câbles, les répéteurs pourraient aisément tomber en panne. Surtout si les liaisons sont situées dans les hautes latitudes.

L’Internet pourrait-il, un jour, tomber en panne pour quelques jours voire quelques mois ? Un tel évènement n’est pas impossible, si la Terre est soumise à une tempête solaire particulièrement forte, ce qui est de moins en moins improbable.

À l’occasion de la conférence SIGCOMM 2021, qui vient de se tenir, la chercheuse Sangeetha Abdu Jyothi a expliqué qu’un grand nombre de liaisons sous-marines longue distance tomberaient alors en panne, notamment celles qui relient l’Europe aux États-Unis. Et comme ces câbles sont difficiles à réparer, cette panne pourrait durer particulièrement longtemps.

Ce scénario catastrophe s’explique essentiellement par la topologie des liaisons sous-marines. Une tempête solaire se caractérise par l’éjection d’une grande masse de particules hautement magnétisées vers l’espace. Quand ces particules atteignent la Terre, elle provoque l’apparition de courants induits dans les circuits électriques, avec des intensités pouvant atteindre plus d’une centaine d’ampères. De quoi griller bon nombre d’équipements électroniques et informatiques.

A découvrir aussi en vidéo :

Certes, la fibre optique qui fait transiter les données est insensible au phénomène d’induction. Mais ce n’est pas le cas des répéteurs qui sont insérés tous les 50 à 150 km le long du câble sous-marin et qui ne supportent qu’une intensité de l’ordre d’un ampère. Plus le câble est long, plus les chances qu’il tombe en panne sont grandes. En effet, « même la panne d’un seul répéteur peut rendre toutes les fibres du câble inutilisable en raison du faible signal ou de la coupure électrique », peut-on lire dans le rapport du chercheur. Et pour réparer un répéteur, il faut envoyer un bateau de maintenance, une procédure qui peut durer quelques jours ou quelques semaines. Cela dépend de la localisation.

Par ailleurs, les effets d’une tempête solaire se font surtout sentir dans les hautes latitudes, au-delà de 40° nord ou 40° sud. Or, les liaisons entre l’Europe et les États-Unis se situent justement dans la zone au-dessus de 40° nord. A contrario, l’Asie du Sud-Est serait moins impactée par ce phénomène, car les câbles sont proches de l’équateur.

À noter que les datacenters ne sont pas non plus tous logés à la même enseigne. Le chercheur remarque que ceux de Google sont bien mieux répartis que ceux de Facebook. Ce dernier serait donc plus affecté par une grosse tempête solaire que le premier.

Source: Rapport de recherche

Tempête solaire de 1859

 

La tempête solaire de 1859, également connue sous le nom d'événement de Carrington — du nom de l'astronome anglais Richard Carrington qui l'étudia — désigne une série d'éruptions solaires ayant eu lieu à la fin de l'été 1859 et ayant notablement affecté la Terre. Elle a notamment produit de très nombreuses aurores polaires visibles jusque dans certaines régions tropicales et a fortement perturbé les télécommunications par télégraphe électrique. Elle est considérée comme la plus violente tempête solaire enregistrée ayant frappé la Terre. Sur la base de certaines observations, ce type d'événement serait susceptible de se reproduire avec une telle violence seulement une fois tous les 150 ans1. Cette éruption est utilisée comme modèle afin de prévoir les conséquences qu'une tempête solaire extrême serait susceptible de causer aux télécommunications à l'échelle mondiale, à la stabilité de la distribution d'électricité et au bon fonctionnement des satellites artificiels2. Une étude de 2004 estime que son niveau est supérieur à la classe X103,4. Une étude publiée en février 2012 évalue les chances de survenue d'un événement semblable à environ 12 % pour la décennie qui suit5,6.

Déroulement de la tempête

La tempête se déroula en deux phases correspondant à deux éruptions solaires de grande ampleur.

La première atteignit la Terre dans la soirée du 28 août 1859, selon l'Eastern Standard Time, soit le fuseau horaire de la côte est des États-Unis d'Amérique. Elle provoqua des aurores très lumineuses et spectaculaires, visibles jusque dans la mer des Caraïbes où de nombreux équipages de bateaux notèrent la couleur inhabituelle du ciel. De nombreux observateurs terrestres interprétèrent à tort les lumières aurorales comme étant dues à des incendies lointains. Le champ magnétique terrestre a été lui aussi fortement perturbé.

Croquis du groupe de taches solaires à l'origine de la seconde phase de l'éruption solaire, dessiné par Richard Carrington. Les quatre zones étiquetées de A à D correspondent aux lieux où apparurent les flashes aveuglants de l'éruption.

La seconde phase débuta le 1er septembre. L'astronome anglais Richard Carrington, alors en train d'observer le Soleil, remarqua un ensemble de taches solaires anormalement grandes. Ces taches étaient apparues plusieurs jours auparavant et étaient tellement grandes qu'elles étaient aisément visibles à l'œil nu. À 11 h 18, il nota un éclair très intense en provenance de ce groupe de taches, éclair qui dura moins de 10 minutes7 et correspondait au début d'une nouvelle éruption solaire extrêmement violente8. Le même phénomène fut observé non loin de là par un ami de Richard Carrington, Richard Hodgson (en)9. L'éruption atteignit la Terre 17 heures plus tard (dans la nuit du 1er au 2 septembre), illuminant le ciel nocturne sur tout l'hémisphère nord. En effet, des témoignages révélèrent qu'il était possible de lire un journal en pleine nuit grâce à la lumière aurorale jusqu'à des latitudes aussi basses que Panama.

Le 3 septembre 1859, le Baltimore American and Commercial Advertiser rapporte, en anglais :

« Ceux qui sont sortis tard jeudi soirnote 1 ont eu l'occasion d'assister à un autre magnifique spectacle de lumières aurorales. Le phénomène était très similaire à celui de dimanche soirnote 2, bien que la lumière ait parfois été plus brillante et les teintes prismatiques plus variées et plus belles. La lumière semblait couvrir tout le firmament, comme un nuage lumineux, à travers lequel brillaient indistinctement les étoiles de plus grande magnitude. La lumière était plus forte que celle de la Lune à sa pleine puissance, mais elle avait une douceur et une délicatesse indescriptibles qui semblaient envelopper tout ce sur quoi elle reposait. Entre minuit et 1 heure, lorsque le spectacle était à son apogée, les rues tranquilles de la ville reposant sous cette étrange lumière revêtaient une apparence aussi belle que singulière. »

En 1909, un chercheur d'or australien, Count Frank Herbert, fait part de ses observations dans une lettre au Daily News de Perth, en anglais :

« Je faisais de l'orpaillage à Rokewood, à environ 6,5 kilomètres du canton de Rokewood (Victoria). Moi-même et deux camarades qui regardions par la tente avons vu un grand reflet dans le ciel austral vers 19 h, et en une demi-heure environ, une scène d'une beauté presque indescriptible survint, des lumières de toutes les couleurs imaginables émanaient du ciel, une couleur se dissipant pour laisser place à une autre si possible plus belle que la précédente, [the streams mounting to the zenith, but always becoming a rich purple when reaching there, and always curling round, leaving a clear strip of sky, which may be described as four fingers held at arm's length. The northern side from the zenith was also illuminated with beautiful colors, always curling round at the zenith, but were considered to be merely a reproduction of the southern display, as all colors south and north always corresponded. It was a sight never to be forgotten, and was considered at the time to be the greatest aurora recorded... The rationalist and pantheist saw nature in her most exquisite robes, recognising, the divine immanence, immutable law, cause, and effect. The superstitious and the fanatical had dire forebodings, and thought it a foreshadowing of Armageddon and final dissolution.]. »

Le champ magnétique terrestre apparent s'inversa temporairement sous l'influence du vent solaire issu de l'éruption dont le champ magnétique était, au moment où il atteignit la Terre, non seulement opposé au champ magnétique terrestre mais également plus intense.

La durée séparant la seconde éruption solaire de son arrivée sur Terre (seulement 17 heures) fut anormalement courte, celle-ci étant normalement de l'ordre de 60 heures. Sa brièveté est une conséquence de la première éruption solaire, dont le vent avait déjà durablement nettoyé l'espace interplanétaire entre la Terre et le Soleil.[pas clair] La violence de cette seconde tempête comprima très fortement la magnétosphère terrestre, la faisant passer de 60 000 kilomètres à quelques milliers, voire quelques centaines de kilomètres.[réf. nécessaire] Cet amincissement de la magnétosphère rendit la Terre bien moins protégée des particules ionisées du vent solaire et est à l'origine des aurores très intenses et très étalées qui furent observées.

Conséquences

On estime que 5 % de l'ozone stratosphérique fut détruit lors de la tempête, ozone qui mit plusieurs années à se reformer dans la haute atmosphère.[réf. nécessaire] La température très intense de l'éruption (50 millions de degrés à sa naissance) permit d'accélérer les protons issus du Soleil à des énergies dépassant les 30 MeV, voire 1 GeV selon certains[Qui ?]. De tels protons énergétiques furent en mesure d'interagir par interaction forte avec des atomes d'azote et d'oxygène de la haute atmosphère terrestre qui libérèrent des neutrons et furent également à l'origine de la formation de nitrates. Une partie de ces nitrates se précipita ensuite et atteignit la surface terrestre. Ils furent mis en évidence par des carottages glaciaires effectués au Groenland et en Antarctique révélant que leur abondance correspondait à celle ordinairement formée en 40 ans par le vent solaire.

Les aurores générèrent ensuite des courants électriques dans le sol qui affectèrent les circuits électriques existants, notamment les réseaux de télégraphie électrique. De nombreux cas de télégraphistes victimes de violentes décharges électriques furent rapportés, ainsi que plusieurs incendies de station de télégraphie causés par les courants très intenses qui furent induits dans le sol.

 

Éruption solaire

Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voir Tempête (homonymie).

Une éruption solaire ou tempête solaire est un événement primordial de l'activité du Soleil. La variation du nombre d'éruptions solaires permet de définir un cycle solaire d'une période moyenne de 11,2 ans.

Éruption solaire, avec panaches émis en anneau.

L'activité solaire la plus importante jamais enregistrée à cette époque, imagée par Skylab, en 1973.

Image d'une éruption solaire prise par le satellite TRACE de la Nasa.

Éruption, avec éjections en longs filaments.

Craquelure et zones d'éjections. La longueur de la structure active dépasse l'équivalent de la distance Terre-Lune. La tache brillante au centre (point chaud) émet une grande quantité d'ultraviolets.

Elle se produit périodiquement à la surface de la photosphère et projette au travers de la chromosphère des jets de matière ionisée qui se perdent dans la couronne à des centaines de milliers de kilomètres d'altitude. Elle est provoquée par une accumulation d'énergie magnétique dans des zones de champs magnétiques intenses, au niveau de l'équateur solaire, probablement à la suite d'un phénomène de reconnexion magnétique.

Les éruptions solaires suivent trois stades, chacun d'eux pouvant durer de quelques secondes à quelques heures selon l'intensité de l'éruption. Durant le stade précurseur, l'énergie commence à être libérée sous la forme de rayons X. Puis les électrons, protons et ions accélèrent jusqu'à approcher la vitesse de la lumière[réf. souhaitée] lors du stade impulsif. Le plasma se réchauffe rapidement, passant de quelque 10 millions à 100 millions de kelvins[réf. souhaitée]. Une éruption donne non seulement un flash de lumière visible et une projection relativement dirigée dans l'espace circum-stellaire de plasma, mais émet également des radiations dans le reste du spectre électromagnétique : des rayons gamma aux ondes radio, en passant bien sûr par les rayons X. Le stade final est le déclin, pendant lequel des rayons X mous sont à nouveau les seules émissions détectées. Du fait de ces émissions de plasma, certaines éruptions solaires qui atteignent la Terre peuvent perturber les transmissions radioélectriques terrestres (orage magnétique) et provoquent l'apparition des aurores polaires en entrant en interaction avec le champ magnétique terrestre et la haute atmosphère.

La première éruption solaire observée le fut par l'astronome britannique Richard Carrington, le 1er septembre 1859, lorsqu'il constata l'apparition d'une tache très lumineuse à la surface du Soleil (qui perdura cinq minutes).

Classification

Les éruptions solaires sont classées en différentes catégories selon l'intensité maximale de leur flux énergétique (en watts par mètre carré, W/m2) dans la bande de rayonnement X de 1 à 8 ångströms au voisinage de la Terre (en général, mesuré par l'un des satellites du programme GOES).

Les différentes classes sont nommées A, B, C, M et X. Chaque classe correspond à une éruption solaire d'une intensité dix fois plus importante que la précédente, où la classe X correspond aux éruptions solaires ayant une intensité de 10−4 W/m2. Au sein d'une même classe, les éruptions solaires sont classées de 1 à 10 selon une échelle linéaire (ainsi, une éruption solaire de classe X2 est deux fois plus puissante qu'une éruption de classe X1, et quatre fois plus puissante qu'une éruption de classe M5). Ces sigles correspondent à la mesure de la puissance du rayonnement X, telle que déterminée par le système GOES.

Deux des plus puissantes éruptions solaires ont été enregistrées par les satellites du programme GOES le 16 août 1989 et le 2 avril 2001. Elles étaient de classe X20 (2 mW/m2). Elles ont cependant été surpassées par une éruption du 4 novembre 2003, la plus importante jamais enregistrée, estimée à X281.

La plus puissante des éruptions solaires observées au cours des 5 derniers siècles est probablement l'éruption solaire de 1859, qui eut lieu fin août-début septembre de cette année, et dont le point de départ fut observé entre autres par l'astronome britannique Richard Carrington. Cette éruption aurait laissé des traces dans les glaces du Groenland sous forme de nitrates et de béryllium 10, ce qui a permis d'en évaluer la puissance2.

Risques induits

Les éruptions solaires peuvent provoquer des ondes de Moreton visibles depuis la surface de la Terre.

Hors de la perturbation des transmissions radioélectriques terrestres déjà évoquée, les éruptions solaires ont certaines conséquences néfastes :

Les rayons durs émis peuvent blesser les astronautes et endommager les engins spatiaux. Les personnels navigants de l’aviation civile sont parfois exposés (dose moyenne individuelle de 1,98 mSv par an en 2015). En France, ils sont suivis pour ce risque avec un calcul de dose effectué selon les trajets qu'ils effectuent. Une cartographie tridimensionnelle permet de connaître le rayonnement cosmique normal (moyen) en tout point et à toute altitude, et en 2017, la France est le seul pays à prendre aussi en compte les variations induites par les éruptions solaires, évaluées via les données de l’observatoire de Meudon (Hauts-de-Seine), et par une trentaine de dosimètres embarqués sur des avions de ligne d'Air France. Quatre éruptions solaires ont eu un effet mesurable sur la dose en dix ans selon Sylvain Israël (expert en radioprotection à l'IRSN)3. Ce Système d’information et d’évaluation a été revu en 2014 : les compagnies aériennes doivent fournir au registre national de dosimétrie des travailleurs, à l'IRSN les données de vol et de présence pour chaque personnel navigant, pour un calcul automatique des doses. Si nécessaire, certains personnels déjà très exposés diminuent leur temps de vol ou sont affectés à des lignes moins exposées, dans les vols transéquatoriaux, moins irradiés que près des pôles3.

Les radiations UV et rayons X peuvent échauffer l'atmosphère extérieure, créant une résistance sur les satellites en orbite basse et réduisant leur durée de vie.

Les éjections de masse coronale, provoquant des tempêtes géomagnétiques, peuvent déranger le champ magnétique terrestre dans son ensemble et endommager des satellites en orbite haute.

Les fluctuations du champ magnétique terrestre peuvent induire des courants telluriques dans les longues lignes de transmission électriques, engendrant des tensions et des courants d'intensité considérable pouvant excéder les seuils de sécurité des équipements de réseau.

Certaines particules, très rapides et très puissantes, peuvent court-circuiter un satellite, voire l'éteindre et le rendre hors d'usage définitivement.

Conséquences

Article connexe : Courants induits géomagnétiquement.

Les éruptions solaires peuvent avoir de graves incidences sur les systèmes technologiques, notamment les réseaux électriques4.

En 774, un pic de carbone 14 dans les végétaux aurait possiblement été provoqué par une éruption solaire5.

L'éruption solaire de 1859 a notamment produit de très nombreuses aurores polaires visibles jusque dans certaines régions tropicales et a fortement perturbé les télécommunications par télégraphe électrique.

Le 10 mars 1989, un puissant nuage de particules ionisées quitte le Soleil à destination de la Terre, à la suite d'une éruption solaire. Deux jours plus tard, les premières variations de tension sont observées sur le réseau de transport d'Hydro-Québec, dont les systèmes de protection se déclenchent le 13 mars à 2 h 44. Une panne générale plonge le Québec dans le noir pendant plus de neuf heures6.

Entre le 19 octobre et le 7 novembre 2003, des orages magnétiques obligent les contrôleurs aériens à modifier le trajet de certains avions, causent des perturbations dans les communications satellitaires, provoquent une coupure de courant d'environ une heure en Suède7, et endommagent plusieurs transformateurs électriques en Afrique du Sud8.

En janvier 2007, la NASA lance le projet Solar shield pour étudier la survenue et tenter de localiser de possibles courants induits géomagnétiquement par une éruption solaire, afin d'assister les compagnies productrices d'électricité dans la protection de leurs systèmes9. Le 1er mars 2011, un projet similaire est initié au niveau européen : EURISGIC (European Risk from Geomagnetically Induced Currents).

Le 23 juillet 2014, la NASA annonce dans un communiqué que la Terre a échappé, le 23 juillet 2012, à une « gigantesque tempête solaire ». Une tempête jamais vue depuis 1859 et qui, si elle avait touché la Terre, aurait pu « renvoyer la civilisation contemporaine au xviiie siècle », du fait que son impact aurait provoqué des dégâts d'une ampleur inédite, dont le coût dépasserait les 2 000 milliards de dollars à l'économie mondiale10.

Bio et agriculture conventionnelle

Par Le 10/09/2021

Claude Aubert : "Le pire ennemi de la bio, c'est la bio industrielle"

 

07/09/2021 (MIS À JOUR À 18:06)

Par Anne-Laure Chouin

Entretien |Pour Claude Aubert, ingénieur agronome pionnier de l'agriculture biologique, l'agriculture en général et la bio en particulier sont à un tournant. Il se confie à l'heure où la France accueille pour la première fois le Congrès Mondial de l'agriculture biologique à Rennes (du 6 au 11 septembre).

Claude Aubert, pionnier de l'agriculture biologique en France.

Claude Aubert, pionnier de l'agriculture biologique en France.• Crédits : Antoine Bonfils

Des balbutiements de l'agriculture bio en France à son essor sur le marché de la consommation alimentaire, quarante ans ont passé. Quarante années pendant lesquelles des pionniers ont tenté de faire valoir l'intérêt d'une agriculture respectueuse des sols et de la biodiversité. Claude Aubert est de ceux-là : pris pour un original à ses débuts, il est aujourd'hui considéré comme un précurseur. Cet ingénieur agronome a dédié sa vie à promouvoir l'agriculture biologique sur des bases scientifiques. Retraité, il continue à écrire des livres sur le sujet. Et il estime que la bio, comme on dit, est aujourd'hui à un tournant de son histoire.

Maraîchage bio et semence paysannes en Bretagne, septembre 2019

Maraîchage bio et semence paysannes en Bretagne, septembre 2019• Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

Quel parcours vous a amené à vous intéresser à l'agriculture biologique alors qu'elle n'était que balbutiante ?  

Je suis agronome de formation, j'ai donc fait "Agro" comme on disait à l'époque (une école d'ingénieur agronome NDLR). À la sortie de mes études, à la fin des années 50, j'ai ensuite travaillé pour une société d'études (la SEDES) qui s'occupait de développement agricole en Afrique. Pendant trois ans, j'ai donc planché sur des projets africains et je me suis rapidement posé des questions. Je savais qu'en conditions tropicales les sols maltraités perdaient très rapidement leur teneur en matière organique. Or c'était le moment où, en Afrique, on commençait à préconiser les engrais chimiques, le labour et les pesticides. En en voyant les effets - perte de la teneur en matière organique des sols - je me suis dit que, manifestement, ce que l'on m'avait appris pendant mes études, ne marchait pas très bien en pays tropical. Puis, je me suis demandé : cela marche-t-il bien chez nous, en pays tempérés ? Il faut savoir que pour détruire un sol en conditions tropicales, il suffit de quelques années. En conditions tempérées, il faut toute une génération. Mais à l'époque des 30 glorieuses, où l'on découvrait l'utilisation généralisée des pesticides et des engrais, où les rendements agricoles étaient démultipliés, on ne pouvait pas ou on ne voulait pas s'en apercevoir. Tout était merveilleux. 

À l'époque, il n'y avait donc pratiquement pas d'agriculture biologique en France, sauf deux associations dont une qui s'appelait Nature et Progrès. Je l'ai connue tout à fait par hasard via un agriculteur dont j'ai oublié le nom. Il m'a demandé si je connaissais l'agriculture biologique, je n'en avais jamais entendu parler. Mais comme je me posais sérieusement des questions sur ce que l'on m'avait enseigné, j'ai voulu savoir ce dont il s'agissait. Cela m'avait l'air sympathique mais je suis prudent de nature, donc je suis parti dans les pays qui la pratiquaient et qui avaient dix ans d'avance sur nous : l'Allemagne, l'Angleterre et la Suisse. J'ai fait mon petit tour d'Europe en rencontrant des associations et des agriculteurs. Et je me suis très vite convaincu que c'était la bonne voie. J'ai finalement laissé tomber ma société d'études et je me suis investi à fond dans Nature et Progrès.   

Ces agriculteurs qui pratiquaient déjà l'agriculture biologique, quel avait été leur cheminement ?  

À l'époque, il y avait déjà deux façons de voir les choses : peut-être avez-vous entendu parler de l'organisation Lemaire-Boucher, la toute première organisation qui a fait la promotion de l'agriculture biologique en France. Cette organisation avait une optique commerciale, elle vendait des engrais organiques notamment.  

Et puis il y avait un petit groupe d'agriculteurs qui faisaient partie de la Soil Association, une association britannique qui avait plus d'expérience. En tout cas, une grande partie des agriculteurs qui se sont convertis dans ces années là l'ont fait parce qu'ils constataient que leurs animaux avaient de plus en plus de problèmes de santé. C'est à travers la santé de leurs élevages qu'ils se sont convaincus que ce qu'on leur avait appris ne fonctionnait pas. Le reste, c'est-à-dire l'impact des pesticides et engrais chimiques sur la santé et l'environnement, est venu après.   

En agriculture biologique, tout vient du sol (...) Du sol dépend la santé des plantes, des hommes et des animaux.

Comment définiriez-vous aujourd'hui ce que doit être l'agriculture biologique ?   

Deux éléments la définissent de manière négative, deux fondamentaux du cahier des charges : pas de pesticides et pas d'engrais chimique. Mais la base de la base, celle que nous ont transmises les pionniers qui ont commencé à y réfléchir dès la période de l'entre-deux-guerres, c'est le sol. Tout vient du sol. Toute agriculture digne de ce nom devrait partir de l'entretien de la fertilité du sol. D'ailleurs, ce sont ces pionniers qui ont inventé le compostage par exemple. Aujourd'hui, cette base reste fondamentale : du sol dépend la santé des plantes, des hommes et des animaux. Aujourd'hui, cela a abouti à ces règles qui peuvent apparaître un peu arbitraires : aucun pesticide chimique et  aucun engrais chimique. Le premier cahier des charges de la bio selon ces principes a été écrit par les Anglais. Il a ensuite inspiré tous les autres.   

Revenons à votre parcours suite à votre "conversion" si l'on peut dire : pendant des années, vous vous êtes dédié à la promotion de la bio...

Oui. D'un côté, j'ai commencé une activité de conseil pour les agriculteurs souhaitant se tourner vers la bio. De l'autre, j'ai œuvré à travers Nature et Progrès à l'information du grand public, agriculteurs et surtout consommateurs. À l'époque, le président de Nature et Progrès avait réussi, alors qu'on n'avait pas d'argent, à louer le Palais des Congrès de Paris pour organiser un grand congrès, qui a signé nos débuts médiatiques. C'était en 1974 je crois, et c'est à ce moment là que l'on a commencé à parler de nous dans la presse et à susciter de plus en plus d'intérêt. Intérêt bienveillant de l'opinion, mais intérêt très critique de la profession. 

Comment étiez vous perçu à l'époque par le milieu agricole et les instances de recherche agronomique ?   

Comme des hurluberlus, des abrutis, des gens qui voulaient retourner à l'agriculture du siècle dernier. Vraiment sans aucunes nuances. Il n'était même pas question d'en débattre, notamment au sein de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). Je me souviens qu'après 1968 j'étais invité dans des amphis par des étudiants en agronomie, qui aimaient bien tout ce qui était contestataire, or nous contestions le modèle agricole dominant. Mais il n'y avait jamais un professeur dans la salle. Une ou deux fois l'un deux venait me dire "Alors M. Aubert, on séché les cours à l'Agro ?" ou bien "Avez vous décidé quelle partie de la population française va mourir de faim quand votre système sera mis en place ?" C'était de ce niveau. Je me rappelle très bien que, beaucoup plus tard, quand l'Inra a commencé à s'intéresser et à étudier l'agriculture biologique, je leur ai demandé pourquoi au lieu de critiquer ils n'étaient pas venus voir sur le terrain ce qui se passait, pourquoi ils n'avaient pas fait d'essais comparatifs ? On m'a répondu qu'on pensait que la bio était une mode et qu'on supposait qu'elle allait passer. 

Ce n'est pas passé, heureusement, mais l'Inra a mis beaucoup de temps à s'y intéresser sérieusement. La bio, elle, a commencé à se développer fortement dans les années 90, trente ans après les débuts. Ce qui est sûr en tout cas c'est que nous étions considérés comme des farfelus. 

Beaucoup pensent toujours, comme à l'époque, que l'agriculture biologique n'est pas en capacité de nourrir toute la population d'un pays comme la France.   

Oui, parce que les rendements en bio étaient plus faibles, et le sont toujours d'ailleurs, quoique aujourd'hui ce ne soit plus vrai pour certaines cultures. Mais les gens calculaient mathématiquement qu'on ne produirait pas assez pour nourrir une population, ce qui est faux, et démontré aujourd'hui par plusieurs études parues récemment. Mais il faut se remettre dans le contexte : à l'époque, les rendements dans tous les domaines, particulièrement dans l'agriculture, étaient multipliés par quatre. On s'est mis à exporter beaucoup et l'argument était aussi qu'avec l'agriculture bio on ne pourrait plus exporter. J'ai connu des directeurs de recherche qui ont passé leur vie à démontrer que l'agriculture bio ne présentait aucun intérêt, que les produits n'étaient pas de meilleure qualité, etc. À l'époque, malheureusement, on n'avait pas beaucoup d'éléments pour prouver qu'ils se trompaient. 

Le fait est que trente ans plus tard l'agriculture biologique existe toujours, et surtout, elle a démontré qu'elle avait des résultats intéressants. La bio a fait sa place dans les instituts de recherche qui l'examinent de façon aussi rigoureuse que l'agriculture conventionnelle, elle a prouvé qu'elle reposait sur des bases scientifiques solides.   

Sur ce point là votre rôle a été majeur...

Majeur je ne sais pas, mais significatif oui. En 1972, j'ai publié un petit ouvrage qui s'appelait "L'agriculture biologique, pourquoi et comment la pratiquer." Il avait pour objectif justement de démontrer les bases scientifiques de la bio. Beaucoup de gens que je rencontre aujourd'hui me disent que c'est grâce à ce livre qu'ils ont découvert l'agriculture biologique. J'ai essayé d'expliquer par exemple pourquoi et comment cette agriculture se passait d'azote de synthèse mais trouvait d'autres sources d'azotes naturelles pour pousser. Le fait d'expliquer cela rationnellement et scientifiquement a beaucoup aidé.

Aujourd'hui, la bio est en plein essor, à la fois en termes de consommation et de production : est-ce parce que l'agriculture conventionnelle a montré ses limites ?    

Il y a deux phénomènes parallèles : d'un côté, les données scientifiques prouvant l'intérêt de l'agriculture biologique pour la santé, pour l'environnement et  pour le maintien de la fertilité des sols, se sont accumulées. De l'autre, les preuves des effets catastrophiques de l'agriculture conventionnelle se sont accumulées. C'est l'addition de ces deux accumulations qui a permis que la bio se développe et soit prise au sérieux, même si elle est encore loin d'être dominante. Et puis il y a ces consommateurs qui acceptent de payer plus cher les produits issus de cette agriculture plus respectueuse des sols. Ce sont eux qui tirent le développement de la bio. 

À l'heure où la France accueille le 20e Congrès Mondial de la Bio, diriez vous que votre combat est gagné ?   

En tout cas nous sommes arrivés à démontrer l'intérêt de cette agriculture. Mais rien n'est gagné sur le plan de la consommation et de la production puisque les produits bio, même s'ils se développent fortement, représentent toujours une minorité des produits consommés. Et puis la bio reste une affaire de pays riches, même si les pays du sud le pratiquent de plus en plus, mais pas assez. Bref, l'agriculture industrielle reste dominante.   

Une partie de l'agriculture biologique a été dévoyée : elle est resté biologique en regard du cahier des charges, mais elle s'est industrialisée dans ses principes.

Quels sont les défis majeurs que doit relever aujourd'hui cette agriculture biologique ?

De façon générale, l'agriculture est à un tournant majeur de son histoire : dans certains domaines de l'agriculture conventionnelle, les rendements non seulement n'augmentent plus mais commencent à baisser, les effets du réchauffement climatique sont manifestes, bref, il va falloir faire des choix. Mais la situation est compliquée. Notamment, à mon avis, parce qu'une partie de l'agriculture biologique a été dévoyée : elle est resté biologique en regard du cahier des charges, mais elle s'est industrialisée dans ses principes. En oubliant ce qui faisait la base de l'agriculture bio : une certaine rotation des cultures, de la biodiversité dans les champs, des exploitations en polyculture élevage etc. Aujourd'hui, une partie des agriculteurs bio ont adopté les schémas conventionnels (monoculture par exemple). Ce qui fait qu'elle est mal considérée par d'autres agriculteurs qui eux estiment qu'il vaut mieux, par exemple, faire une agriculture de conservation des sols (ACS), et que c'est ça l'avenir et non pas la bio. Bref, je pense qu'aujourd'hui le pire ennemi de la bio, c'est la bio industrielle. Une agriculture certes biologique, mais pas durable.    

Vous n'êtes pas le seul à déplorer ce phénomène. Que faut-il faire à votre avis ? Quels outils utiliser ? 

Il faudrait peut-être améliorer le cahier des charges de l'agriculture bio. Aujourd'hui par exemple, on n'y inclut pas la biodiversité dans les cultures. C'est totalement aberrant. À l'époque, ça ne l'était pas parce que tous les agriculteurs en bio étaient des fermes de polyculture élevage, ce qui entretenait naturellement une biodiversité. Mais lorsque cette bio a commencé à se spécialiser, tout cela a disparu. Et changer ce cahier des charges aujourd'hui pour 27 pays est loin d'être évident.  

Autre problème important à mes yeux : on a fini par complètement séparer l'agriculture de son objectif premier qui est l'alimentation. Ces dernières années plusieurs scénarios ont été démontrés au niveau européen qui montrent que l'agriculture biologique peut tout à fait nourrir l'Europe, à une condition : diviser par deux notre consommation de produits animaux, et en particulier de viande. Tant qu'on aura pas compris qu'il faut changer nos habitudes alimentaires - attention je ne parle ni de végétarisme ni de véganisme, pour moi consommer de la viande de bœuf par exemple, est très important - mais tant qu'on n'aura pas compris qu'il faut arrêter de manger de la viande tous les jours, on ne pourra jamais généraliser l'agriculture biologique. Nous avons pris des habitudes alimentaires déconnectées des possibilités de nos sols. L'information commence à faire son chemin, via notamment les programmes Nutrition Santé, qui préconisent par exemple dans leur dernière mise à jour, de manger plus de céréales. Mais la majorité n'est pas encore convaincue.

Des liens pour aller plus loin 

Nature et Progrès : https://fr\.wikipedia\.org/wiki/Nature\_et\_Progrès

L'IFOAM : https://www\.fnab\.org/se\-former\-sinformer/contacts\-utiles/80\-ifoam\-la\-federation\-international\-des\-mouvements\-de\-la\-bio

Terre vivante : https://www.terrevivante.org/

Sénèque et la peur

Par Le 07/09/2021

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Oh combien, ce texte me parle. 
C'est une interrogation récurrente chez moi. Une interrogation fondamentale.

Est-ce que les peurs contribuent à l'amplification ou même à l'apparition du danger ou sont-elles nécessaires afin d'anticiper les effets de ces dangers ?

Mais si les dangers sont imaginaires, il est absurde de chercher à en identifier les risques.

J'ai longtemps pratiqué l'escalade et l'alpinisme et il était évident, au regard de mes expériences, que la peur n'était pas toujours justifiée et qu'il suffisait que mon imagination s'emballe pour que mon potentiel en soit amoindri, comme si la peur venait figer mes forces, pomper l'énergie nécessaire. La peur créait le danger. Ce que dit Sénèque, je m'efforçais de me l'appropier, que ça nourrise la sérénité dont j'avais besoin.

Qu'en est-il aujourd'hui au vu de la situation planétaire ?

Est-ce que Sénèque écrirait la même chose ?

La peur a-t-elle une utilité ? Biologiquement parlant, on sait qu'elle permet à l'organisme de produire des endorphines. Nous ne serions pas là si nos ancêtres de la préhistoire n'avait pas eu peur et n'avait pu trouver dès lors les ressources physiques nécessaires à la lutte. On sait tout autant que la peur porte atteinte à la lucidité et à la raison. Il s'agit donc de trouver le juste milieu.

Notre expérience de canyonning a été extrêmement enrichissante sur ce point.

DÉLIVRANCE (récit) 

 

La peur a joué le rôle de carburant, la peur pour Léo, ma peur pour Nathalie, la peur de mourir. Sans cette peur, nous serions peut-être morts. Mais c'est elle aussi qui nous a fourvoyés en nous privant pendant quelques instants de toutes sortes de réflexions, en nous empêchant de nous asseoir quelques minutes pour réfléchir. 

Sommes-nous désormais, au niveau planétaire, dans un mouvement similaire au regard de toutes les peurs qui nous assaillent, de tous les risques qui nous entourent ? N'y-a-t-il pas dès lors un effet amplificateur au vu du nombre de personnes impliquées ? La peur est-elle amplifiée par la masse ? Oui, assurément. Il suffit de s'intéresser aux phénomènes de foule et aux désastres qui en résultent.

Alors, où en est-on ? Une hallucination collective nourrie par des medias qui savent comment gonfler leur audimat, nourrie par des scientifiques qui surfent sur la vague catastrophiste ? 

Personnellement, je ne pense pas que tout ce qui a été écrit sur l'état de la planète soit le fruit d'esprits pervers et opportunistes. Je pense très clairement que l'humanité s'est embarquée dans une voie néfaste. Elle l'a fait pour de bonnes raisons et je ne conteste aucunement le fait que nous vivons bien mieux qu'il y a cent ans. Il serait absurde de dire le contraire.

Le problème, à mon sens, c'est que nous n'acceptons pas l'idée que ce temps de l'opulence et de l'insouciance est révolu. Il s'agit donc de se nourrir de nos peurs pour y puiser la force et la lucidité afin de changer de voie. 

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne par la gorge. »

 

Winston Churchill

 

On ne pourra pas dire

Par Le 06/09/2021

On ne pourra pas dire que personne ne nous avait mis en garde.

A diverses reprises ici, j'ai évoqué les zoonoses par exemple. Et la pollution atmosphérique. Et l'atteinte aux océans. Et la dévastation de la biodiversité. La surpopulation. Les pays menacés par des épisodes dévastateurs, famine, méga-feux, inondations, tempêtes, sécheresse, l'immigration de masse liée aux effets climatiques, des déplacements de population comme l'humanité n'en a jamais connue. etc etc etc.

 Le covid n'est qu'un épiphénomène. C'est bien cela dont il faut prendre conscience.

Je n'aurais jamais imaginé en 2009, lorsque j'ai commencé ce blog, qu'un jour l'essentiel des articles aurait cette connotation catastrophiste... Et je ne m'en réjouis aucunement. 

 

Crise environnementale : « des conséquences catastrophiques pour la santé, impossibles à inverser »

 

Les conséquences de la crise environnementale impactent de manière disproportionnée les pays et les communautés qui ont le moins contribué au problème et sont le moins en mesure d'atténuer les dommages. Pourtant, aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut se protéger de ces impacts.

6 septembre 2021 - La Relève et La Peste

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

 

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Dans un éditorial publié par 220 revues médicales, les rédacteurs en chef d’une vingtaine de prestigieuses revues scientifiques rappellent que le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité sont les plus grandes menaces pour la santé. Les scientifiques accusent les gouvernements des pays riches à ne pas prendre de mesures à la hauteur des enjeux, et exhortent les populations du monde entier à leur demander des comptes. Voici leur tribune.

L’Assemblée Générale des Nations Unies, en Septembre 2021, rassembler les pays du monde entier à un moment critique pour organiser une action collective afin de faire face à la crise environnementale mondiale. Ils se rencontreront ensuite au sommet de la biodiversité à Kunming, en Chine, et à la Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow, au Royaume-Uni.

Avant ces réunions cruciales, nous, les rédacteurs et rédactrices en chef de revues de santé du monde entier, appelons à une action urgente pour maintenir l’augmentation moyenne de la température mondiale en dessous de 1,5 °C, mettre fin à la destruction de la nature et protéger la santé.

La santé est déjà mise à mal par l’augmentation de la température mondiale et la destruction du monde naturel, une situation sur laquelle les professionnels de la santé alertent depuis des décennies.

La science est sans équivoque : une augmentation globale de 1,5 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle et la destruction continue de la biodiversité risquent de causer des dommages catastrophiques sur la santé qui seront impossibles à inverser.

Malgré l’inquiétude nécessaire du monde entier face au COVID-19, nous ne pouvons pas attendre que la pandémie passe pour réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre. En voyant la gravité de l’état actuel des choses, ce constat est partagé par les meilleures scientifiques du monde entier.

Nous sommes unis pour faire entendre que seuls des changements fondamentaux et équitables dans les sociétés inverseront notre trajectoire actuelle.

Les risques posés par une augmentation de température supérieure à 1,5 °C sont désormais bien connus. En effet, aucune élévation de température n’est « sûre ». Au cours des 20 dernières années, la mortalité liée à la chaleur chez les personnes de plus de 65 ans a augmenté de plus de 50 %.

Des températures plus élevées ont entraîné plus de cas de déshydratation et de perte de la fonction rénale, des malignités dermatologiques, des infections tropicales, des effets indésirables sur la santé mentale, des complications de grossesse, des allergies, ainsi qu’une morbidité et une mortalité cardiovasculaires et pulmonaires.

Les préjudices affectent de manière disproportionnée les plus vulnérables, notamment les enfants, les populations plus âgées, les minorités ethniques, les communautés les plus pauvres et les personnes ayant des problèmes de santé sous-jacents.

Le réchauffement climatique contribue également à la baisse du potentiel de rendement des principales cultures agricoles dans le monde entier, en baisse de 1,8 à 5,6 % depuis 1981 ; ceci, ajouté aux effets des conditions météorologiques extrêmes et de l’épuisement des sols, entrave les efforts visant à réduire la dénutrition.

Lire aussi : « On n’arrivera pas à éradiquer la faim dans le monde si on ne prend pas la crise climatique au sérieux. »

Des écosystèmes prospères sont essentiels à la santé humaine, et la destruction généralisée de la nature, y compris des habitats et des espèces, érode la sécurité hydrique et alimentaire des populations et augmente les risques de pandémie.

Les conséquences de la crise environnementale impactent de manière disproportionnée les pays et les communautés qui ont le moins contribué au problème et sont le moins en mesure d’atténuer les dommages. Pourtant, aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut se protéger de ces impacts.

Laisser les conséquences se répercuter de manière disproportionnée sur les plus vulnérables engendrera davantage de conflits, d’insécurité alimentaire, de déplacements forcés et de zoonoses, avec de graves implications pour tous les pays et toutes les communautés. Tout Comme pour la pandémie de COVID-19, nous sommes globalement aussi forts que notre membre le plus faible.

Chaque fraction de degré supplémentaire à +1,5 °C augmente les chances d’atteindre des points de bascule dans les systèmes naturels qui pourraient verrouiller le monde dans un état extrêmement instable. Cela nuirait de manière critique à notre capacité à atténuer les dommages et à prévenir des changements environnementaux catastrophiques et incontrôlables.

Lire aussi : En dix ans, l’Amazonie brésilienne a émis plus de carbone qu’elle n’en a absorbé

Il est encourageant de constater que de nombreux gouvernements, institutions financières et entreprises se fixent des objectifs pour atteindre des émissions nettes nulles, y compris des objectifs pour 2030. Le coût des énergies renouvelables diminue rapidement. De nombreux pays visent à protéger au moins 30 % des terres et des océans du monde d’ici 2030.

Ces promesses ne suffisent pas. Les objectifs sont faciles à définir et difficiles à atteindre. Ils doivent encore être assortis de plans crédibles à court et à long terme pour accélérer les technologies plus propres et transformer les sociétés. Les plans de réduction des émissions n’intègrent pas de façon adéquate les problématiques relatives à la santé.

Notre inquiétude grandit de jour en jour en voyant que des augmentations de température supérieures à 1,5 °C commencent à être considérées comme inévitables, voire acceptables, pour les membres puissants de la communauté internationale.

De même, les stratégies actuelles pour atteindre la « neutralité carbone » d’ici le milieu du 21ème siècle supposent de manière complètement utopiste et infondée que le monde aura d’ici-là d’assez grandes capacités technologiques pour éliminer les gaz à effet de serre de l’atmosphère.

Cette attitude laxiste signifie que les augmentations de température sont susceptibles d’être bien supérieures à 2°C, un résultat catastrophique pour la santé et la stabilité de l’environnement.

Surtout, la destruction de la biodiversité n’est pas considérée comme une menace aussi grande que la crise climatique, et tous les objectifs mondiaux visant à restaurer la perte de biodiversité d’ici 2020 ont été ratés.

Il s’agit d’une crise environnementale mondiale.

Lire aussi : Les scientifiques lancent l’alerte depuis 1990 sur l’augmentation des précipitations extrêmes et des sécheresses à cause du réchauffement climatique

Les professionnels de la santé sont unis aux scientifiques de l’environnement, aux entreprises et à bien d’autres pour rejeter l’idée que ce résultat est inévitable. Nous pouvons et devons faire bien plus maintenant – à Glasgow et à Kunming – et dans les années qui suivront. Nous nous joignons aux professionnels de la santé du monde entier qui ont déjà soutenu les appels à une action rapide.

L’équité doit être au centre de la réponse mondiale face à cette crise. Contribuer à une juste part à l’effort mondial signifie que les engagements de réduction doivent tenir compte de la contribution historique cumulative de chaque pays aux émissions de gaz à effet de serre, ainsi que de ses émissions actuelles et de sa capacité à réagir.

Les pays les plus riches devront réduire leurs émissions plus rapidement, en réalisant des réductions d’ici 2030 au-delà de celles actuellement proposées et en atteignant des émissions nettes nulles avant 2050.

Des objectifs similaires et des mesures d’urgence sont nécessaires pour stopper la destruction de la biodiversité et du monde naturel dans son ensemble.

Lire aussi : « One Health » : allier santé humaine, animale et environnementale pour limiter les pandémies

Pour atteindre ces objectifs, les gouvernements doivent apporter des changements fondamentaux à l’organisation de nos sociétés et de nos économies et à notre mode de vie.

La stratégie actuelle consistant à encourager les marchés à troquer les technologies sales contre des technologies « plus propres » n’est pas suffisante. Les gouvernements doivent intervenir pour soutenir la refonte des systèmes de transport, des villes, de la production et de la distribution de nourriture, des marchés pour les investissements financiers, des systèmes de santé et bien plus encore.

Une coordination mondiale est nécessaire pour garantir que la ruée vers des technologies plus propres ne se fasse pas au prix d’une plus grande destruction de l’environnement et d’une exploitation humaine.

De nombreux gouvernements ont absorbé la menace de la pandémie de COVID-19 en débloquant des plans de relance sans précédent. La crise environnementale exige une réponse d’urgence similaire. Des investissements énormes sont nécessaires, au-delà de ce qui est envisagé ou fait n’importe où dans le monde actuellement.

De tels investissements produiront d’énormes résultats positifs pour la santé et l’économie. Il s’agit notamment d’emplois d’utilité publique, d’une réduction de la pollution de l’air, d’une activité physique accrue et d’un logement et d’une alimentation améliorés. Une meilleure qualité de l’air à elle seule entraînerait des avantages pour la santé qui compenseraient facilement les coûts mondiaux des réductions d’émissions.

Ces mesures permettront également d’améliorer les déterminants sociaux et économiques de la santé, dont le mauvais état a pu rendre les populations plus vulnérables à la pandémie de COVID-19.

Lire aussi : Pollution de l’air : les énergies fossiles ont causé 8,7 millions de décès dans le monde en 2018

Mais ces changements ne peuvent être obtenus par un retour à des politiques d’austérité dommageables ou par la poursuite des grandes inégalités de richesse et de pouvoir au sein et entre les pays. Notamment, les pays ayant créé la crise environnementale de manière disproportionnée doivent faire davantage pour aider les pays moins riches à construire des sociétés plus propres, plus saines et plus résilientes.

Les pays riches doivent respecter et aller au-delà de leur engagement à fournir 100 milliards de dollars US par an en financement climatique pour répondre aux besoins des nations en développement, compensant tout déficit en 2020 et augmentant les contributions jusqu’en 2025 et au-delà.

Ce financement doit être réparti à parts égales entre l’atténuation et l’adaptation, y compris l’amélioration de la résilience des systèmes de santé. Le financement devrait se faire sous forme de subventions plutôt que de prêts, en renforçant les capacités locales et en autonomisant véritablement les communautés.

Il devrait s’accompagner de l’annulation de dettes importantes, qui limitent l’action de tant de pays à faible revenu. Des financements supplémentaires doivent être mobilisés pour compenser les pertes et dommages inévitables causés par les conséquences de la crise environnementale.

Lire aussi : 59 % de la dette publique est illégitime et vient de cadeaux fiscaux et d’intérêts

En tant que professionnels de la santé, nous devons faire tout notre possible pour faciliter la transition vers un monde durable, plus juste, résilient et plus sain.

En plus d’agir pour réduire les dommages causés par la crise environnementale, nous devons contribuer de manière proactive à la prévention mondiale de nouveaux dommages et à l’action sur les causes profondes de la crise.

Nous devons demander des comptes aux dirigeants mondiaux et continuer à éduquer les autres sur les risques sanitaires de la crise environnementale. Nous devons nous joindre aux travaux visant à mettre en place des systèmes de santé respectueux de l’environnement avant 2040, en reconnaissant que cela impliquera de changer la pratique clinique.

Les établissements de santé ont déjà désinvesti plus de 42 milliards de dollars d’actifs des énergies fossiles ; d’autres devraient les rejoindre.

La plus grande menace pour la santé publique mondiale est l’échec persistant des dirigeants mondiaux à limiter l’augmentation de la température mondiale en-dessous de 1,5 °C et à restaurer la nature.

Des changements urgents à l’échelle de la société doivent être apportés et conduiront à un monde plus juste et plus sain. Nous, en tant que rédacteurs en chef de prestigieuses revues scientifiques, appelons les gouvernements et autres dirigeants à agir, marquant 2021 comme l’année où le monde change enfin de cap.

Pour lire la tribune initiale et ses sources, c’est ici.

Crédit photo couv : Dépollution de la plage du Sri Lanka suite à l’incendie du porte-conteneurs – Ishara S. KODIKARA / AFP

A propos de la décroissance

Par Le 03/09/2021

Je le poste ici parce qu'il y a plusieurs liens intéressants.

Les commentaires montrent clairement toutes les tensions et dissensions dans la population à ce sujet...

Personnellement, je n'attends rien du monde politique, qu'il s'agisse des écologistes comme des autres. 

Je ne crois qu'en l'action individuelle, multipliée par des millions. 

L'article à lire pour tout comprendre à la décroissance, prônée par certains candidats à la primaire écologiste

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/l-article-a-lire-pour-tout-comprendre-a-la-decroissance-pronee-par-certains-candidats-a-la-primaire-ecologiste_4747435.html

 

La décroissance plaide pour une frugalité choisie afin de limiter les effets du changement climatique. Popularisée dans les années 2000, elle est de nouveau mise en lumière à l'occasion de la primaire écologiste.

"Nous sommes tous ensemble dans un train qui va à toute vitesse vers un précipice." Voici comment Delphine Batho, candidate à la primaire des écologistes pour la présidentielle 2022, décrit la crise climatique actuelle, sur franceinfo, début août, après la parution d'un rapport choc du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Pour la députée des Deux-Sèvres, une seule solution : embrasser "la décroissance". De Sandrine Rousseau à Jean-Luc Mélenchon, elle n'est pas la seule, à gauche, à vouloir s'inspirer de ce mouvement qui prône une frugalité choisie afin de limiter les effets du dérèglement climatique. 

Vous n'êtes pas familier du concept ? Pas de panique, Franceinfo vous a prévu un cours accéléré pour tout comprendre à ce mot qui s'invite dans le débat politique.

Qu'est-ce que la décroissance ?

Il s'agit d'un courant de pensée philosophique, politique, social et économique popularisé en France au début des années 2000. Pour ses partisans, la croissance économique, mesurée par le produit intérieur brut (PIB), n'est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre. Elle n'est pas non plus souhaitable au-delà d'un certain seuil car elle échoue depuis la fin des Trente Glorieuses à réaliser le plein emploi, la réduction des inégalités et la satisfaction de la population dans les pays développés, avancent-ils. 

Ses théoriciens proposent donc de lui substituer d'autres objectifs issus de la "réflexion sur ce que sont vraiment nos besoins fondamentaux et sur la façon dont on peut y répondre de manière soutenable écologiquement et plus juste socialement", explique à franceinfo Vincent Liegey, ingénieur et auteur notamment d'Exploring Degrowth : A Critical Guide (Pluto Press, 2020). 

Concrètement, ça passe par quels types de mesures ?

Plus qu'un véritable mode d'emploi pour parvenir à un système décroissant, ses adeptes proposent des mesures dans différents domaines. Une réflexion récurrente est de distinguer les biens et les activités en fonction de leurs conséquences sur le climat, comme avec un taux de TVA différencié en fonction des produits, ou un quota d'unités de charge écologique détenu par chaque consommateur et dans lequel il puiserait chaque fois qu'il achète un bien. Logiquement, nombre des propositions des décroissants touchent aux secteurs des transports, de la construction et de l'alimentation, particulièrement polluants selon l'Insee. 

Une autre réflexion qui traverse le courant décroissant est celle sur l'usage et le mésusage (l'usage abusif) des ressources. L'eau pourrait ainsi ne pas être payée au même prix selon qu'il s'agisse "de la boire ou bien de l’utiliser pour remplir sa piscine", explique Timothée Parrique, auteur d'une thèse (lien en anglais) en 2019 sur la décroissance, qui sera adaptée chez Flammarion en 2022.

Afin d'améliorer la justice sociale, certains décroissants imaginent une taxation plus importante des hauts revenus et la suppression des niches fiscales, dans la lignée des travaux de l'économiste de gauche et spécialiste des inégalités Thomas Piketty. Mais aussi l'instauration d'un revenu maximum ou d'un revenu universel. Enfin, sur le volet du bien-être, de nombreux décroissants prônent la réduction du temps de travail qui permettrait, selon eux, de partager l'emploi existant et d'investir davantage le temps libre pour l'art, la culture et les liens interpersonnels. 

Mais au fait, ça vient d'où ?

"La décroissance n'a pas attendu ce mot pour exister", note le philosophe Dominique Bourg, directeur de la revue La Pensée écologique et soutien de la candidate à la primaire écologiste Delphine Batho. Historiquement, la décroissance est la résultante de deux courants : la critique du développement et la prise en compte des questions écologiques. Le premier est conçu dès le début du XXe siècle par des penseurs pour qui développement ou technique ne vont pas nécessairement de pair avec le bien-être et le progrès humain. Le second naît dans les années 1970 avec un rapport intitulé "Les limites de la croissance" (en anglais) et les travaux de l'économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen pour qui la croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Pourtant, "les débats sur la pensée écologiste ont disparu dans les années 1980 avec le rouleau compresseur du néolibéralisme" et l'effondrement du bloc soviétique, avance Dominique Bourg. Il faut attendre le début des années 2000 pour voir ressurgir une nouvelle prise de conscience, grâce notamment "aux rapports du Giec et à l'intérêt des médias dominants pour les conséquences du dérèglement climatique".

En 2002, la revue écologiste Silence consacre un numéro à la décroissance. Le mot est notamment popularisé par l'économiste Serge Latouche et le militant anti-pub Vincent Cheynet, et il est bientôt traduit en anglais par "degrowth", qui connaît un succès mondial. Le mouvement français connaît son apogée dans les années 2000 (lancement d'une revue et d'un parti politique, organisation de colloques et publication d'une multitude de livres...). Surtout à gauche, mais pas seulement. La décroissance est également reprise par certains milieux catholiques ou d'extrême droite, attirés par l'idée d'un certain ascétisme ou le rejet de la mondialisation, comme l'explique Le Monde.

Le bouillonnement militant et intellectuel autour de la décroissance se tasse pourtant dans la décennie suivante, notamment marquée par les divergences de vue entre ses promoteurs puis par le succès de la collapsologie. Pour autant, la décroissance a infusé certains cercles militants, qui la mobilisent pour justifier le développement d’alternatives concrètes comme les ressourceries, les monnaies locales, les jardins partagés et les coopératives.

Pourquoi m'en parlez-vous maintenant ?

Parce que le concept est de nouveau placé sous le feu des projecteurs par la primaire écologiste, qui se tient entre les 16 et 28 septembre. L'une des quatre candidates, l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho, revendique la décroissance comme étant au cœur de son engagement. Cette dernière "est la seule voie réaliste", expliquait-elle le 10 août sur franceinfo. Si son intérêt pour le sujet est longuement expliqué dans une note de campagne sur le site de son parti, Génération écologie, la candidate en dit néanmoins très peu sur la manière dont elle compte la mettre en pratique.

S'ils n'emploient pas ouvertement le terme, les autres candidats à la primaire écologiste (mais aussi des figures de la gauche comme Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon) proposent également certaines mesures proches de la décroissance. L'économiste Sandrine Rousseau, qui souligne dans son programme que "notre Terre n'a pas de ressources illimitées", plaide pour "une véritable fiscalité carbone, en stoppant les subventions aux industries polluantes" et expliquait le 25 juillet dans l'émission YouTube "Backseat" qu'il faudrait "évidemment diminuer le volume de nos consommations". Le maire de Grenoble, Eric Piolle, qui expliquait sur France Inter le 6 juillet refuser de choisir une "religion" entre "croissantiste" et "décroissantiste", promet dans son programme la mise en place d'un "ISF climatique" pour taxer les particuliers les plus pollueurs et souhaite "une loi sur la sobriété numérique qui vise la réduction de l’empreinte carbone de 40% du numérique" d'ici 2022. 

L'ancien chef d'entreprise Jean-Marc Governatori assure lui aussi refuser le débat entre "croissance et décroissance", même s'il souhaite "mettre en place dès maintenant une activité humaine compatible avec la biosphère dans des objectifs de pleine santé et de plein emploi". Egalement prudent lorsqu'il emploie le mot de décroissance, comme il l'expliquait sur France Inter début juillet, l'eurodéputé Yannick Jadot annonce néanmoins dans son programme qu'il veut "augmenter la TVA sur tous les produits et services polluants et à l'obsolescence programmée" et mobiliser "20 milliards par an dès 2021 et sur 2022-2027 pour la transformation des secteurs les plus polluants".

Est-ce que la décroissance a déjà été mise en pratique ?

La décroissance "n'a jamais été appliquée à grande échelle, reconnaît Vincent Liegey, mais il y a déjà un grand nombre d'espaces dans nos sociétés dans lesquels des mesures décroissantes sont expérimentées au quotidien". Entre autres exemples, on peut citer un fourmillement d'initiatives locales autour de la low tech, de la permaculture, des circuits courts, mais aussi des espaces comme des ressourceries ou le site de seconde main Leboncoin. Plusieurs pays ont par ailleurs proposé des indicateurs de progrès autres que le PIB, tels que la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Bhoutan... et même la France, depuis 2015. Le développement de la démocratie participative est également salué, avec des expérimentations comme la Convention citoyenne pour le climat. Les mouvements sociaux ne sont pas en reste, avec l'apparition de groupes de défense du climat comme Extinction Rebellion ou Fridays for Future.

Qu'en disent ses détracteurs ?

La décroissance rencontre un grand nombre de critiques, à la fois extérieures et intérieures à ses cercles. Voici les principales :

La critique du "retour en arrière". Pour certains, la décroissance est synonyme d'un refus de la modernité et des technologies. Comme Emmanuel Macron, qui ironisait en septembre 2020 sur ceux qui, critiquant le déploiement de la 5G, préféreraient "le modèle amish" et le "retour à la lampe à huile". Dans un monde décroissant, bye bye les SUV et les iPhone 12. Néanmoins, "la décroissance n'est pas anti-technique, mais pour une réappropriation de la technique au service de l'amélioration du bien-être humain", assure l'essayiste Vincent Liegey.

La critique du catastrophisme. Cette première critique va de pair avec une seconde, selon laquelle les décroissants font l'impasse sur l'innovation, qui aurait toujours permis à l'humanité de relever les défis présentés par la nature. "C'est par la technique qu'on résoudra les problèmes posés. Quand on voit les progrès dans le solaire, l'éolien (...), la mise au point de bactéries pour dévorer des sacs plastiques... Cela peut aller tout aussi vite que le progrès des technologies fondées sur le carbone au XIXe siècle", estimait ainsi l'essayiste libéral Gaspard Koenig en septembre 2019 auprès de l'AFP. Il ne faut pas avoir une "foi aveugle" dans le progrès, répondent les partisans de la décroissance. Contrairement à ceux qui soutiennent la "croissance verte" ou le "développement durable", ils mettent en avant que l'alliance entre croissance économique et progrès technique n'a jamais prouvé qu'elle permettait de réduire suffisamment (lien en anglais) les pollutions pour répondre à l'urgence climatique actuelle.

La critique sur le maintien de la pauvreté. Pour les économistes libéraux, la croissance est un préalable à la redistribution des richesses. Moins de 10% de la population mondiale vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté, contre plus de 35% trente ans plus tôt, rapporte en effet la Banque mondiale. Pour ces critiques, les décroissants seraient donc partisans de la récession, et à terme du maintien de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Mais la théorie de la décroissance est sélective et ne concerne "que les pays riches ayant déjà atteint des seuils de production suffisants pour satisfaire les besoins de leur population", répond l'économiste Timothée Parrique. "Les pays du Sud qui vivent dans la pauvreté doivent bien entendu produire ce dont ils ont besoin, mais pour ce faire, encore faut-il que les ressources soient disponibles – d'où la logique d’une décroissance dans les pays du Nord", ajoute-t-il. Pour éviter la confusion entre décroissance et récession, "il faudrait sans doute utiliser un terme comme celui d''acroissance', avec [un] 'a-' privatif", plaide Serge Latouche dans La Décroissance (Que sais-je ?, 2019).

La critique de la mise en œuvre. Les solutions avancées par les décroissants sont variées mais rarement présentées sous la forme d'un système cohérent qui permet d'envisager sa mise en œuvre concrète, notent plusieurs analystes, y compris parmi les adeptes de la décroissance. Quel système politique adopter pour la prise de décision en commun ? Jusqu'à quel point la production mondiale doit-elle décroître, et avec quelle population ? Comment concilier réduction du temps de travail et besoin accru de main-d'œuvre lié à une plus faible utilisation de la technologie ? "Tout le monde tâtonne là-dessus depuis dix ans et on n'a pas encore la réponse. Le design d'une société compatible avec la durabilité de la Terre est quelque chose qu'on doit encore créer et qu'on n'a pas devant nous", reconnaît Dominique Bourg.

Je n'ai pas eu le temps de tout lire, vous me faites un résumé ?

La décroissance est un courant de pensée issu de la critique de la technique et de la prise de conscience de l'urgence climatique, qui a connu son heure de gloire en France durant les années 2000. Selon ses partisans, la recherche de la croissance économique à tout prix est inutile et dangereuse, puisqu'elle ne permet ni le plein emploi, ni la réduction des inégalités et accroît les dérèglements climatiques. La décroissance est notamment défendue aujourd'hui par la candidate à la primaire écologiste Delphine Batho, mais irrigue toute une partie de la gauche – et même certains mouvements catholiques et d'extrême droite. Ses opposants estiment au contraire qu'il faut lui préférer la "croissance verte", sans renoncer au progrès technique comme moyen de surmonter la crise climatique.

 

 

Agir maintenant

Par Le 03/09/2021

"Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible."

Antoine de saint Exupéry

 

Même en agisssant maintenant, c'est déjà très tard. 

Mais cela vaudrait mieux que d'agir trop tard.

La nuance est de taille. Elle concerne des milliards d'humains, des millions de milliards d'êtres vivants, faune et flore.

Existe-t-il une problématique plus gigantesque, plus nécessaire, plus vitale que celle-là ? 

Le climatologue Hervé le Treut sur le 6e rapport du Giec sur le climat : « l’important est d’agir maintenant au plus vite en faisant les bons choix »

 

CHANGEMENT CLIMATIQUE

GAZ À EFFET DE SERRE

16 Août 2021

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hervé le treut rapport du giec

Fonte de la glace au Groenland © Jonathan NACKSTRAND / AFP

Au cours de cet interview, le climatologue Hervé Le Treut réagit au 6e rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ce dernier a, une fois de plus, sonné l’alarme climatique en insistant sur l’irréversibilité du réchauffement et son ampleur. Hervé Le Treut, est spécialiste de la simulation du climat, membre de l’Académie des sciences, professeur à l’École polytechnique et à Sorbonne Université.

hervé le treut climatologue

Le climatologue Herve Le Treut
© JACQUES DEMARTHON / AFP

Qu’apporte ce 6e rapport d’évaluation du GIEC aux connaissances scientifiques sur le climat ?

Il s’inscrit dans la continuité des précédents travaux du Giec et de ce qui se produit aujourd’hui avec le changement climatique. Dans les années 1980, on savait déjà dans quelles directions le climat pouvaient évoluer. Puis, dans les années 1990, on a vu apparaitre les premiers symptômes vraiment clairs du changement climatique. Le travail de suivi précis des connaissances reste néanmoins nécessaire pour passer d’un diagnostic général et proposer des formes d’actions.

De plus, le rapport apporte des nouveautés sur l’irréversibilité de certains phénomènes. Le premier concerne le stockage de la chaleur dans l’océan et le second concerne les événements extrêmes. Ils sont plus fréquents, plus violents. Ils ont donc un impact très fort dans les deux hémisphères. La planète se réchauffe, le niveau des précipitations augmente, il y a donc plus d’eau dans l’atmosphère, la fonte des glaces s’accélère. Les conséquences peuvent se révéler extrêmement violentes.

En 30 ans, le changement climatique est passé du stade de futur hypothétique un peu lointain et évitable à une réalité tangible immédiate pour tout le monde. Aujourd’hui, qu’est ce qui est désormais irréversible dans le réchauffement ?

Ce qui le rend irréversible est l’accumulation et le stockage du CO2 dans l’atmosphère car ce dernier conserve son pouvoir de réchauffement une centaine d’années. Donc, quand on rejette du CO2 dans l’atmosphère, il agit pour une période assez longue. Actuellement, il n’existe pas de solution pour retirer le CO2 déjà émis dans l’atmosphère. 

Par conséquence, tout les processus qui en découlent, comme le relèvement du niveau des mers ou la dégradation des écosystèmes, prennent du temps. Les empêcher devient alors très difficiles puisqu’ils sont déjà enclenchés.

Or, les gaz à effet de serre s’accumulent non seulement dans l’atmosphère mais proviennent aussi de tous les pays du monde. À eux-seuls, la Chine et les États-Unis en rejettent la moitié. Les gaz se mélangent, ce qui implique que la solution devra forcément être mondiale.

« L’important est d’agir maintenant au plus vite en faisant les bons choix. La question de savoir si ça suffira ou pas se posera après. »

Que pouvons-nous encore faire pour limiter le phénomène ? Le 6e rapport du Giec indique que pour ne pas dépasser le seuil de 1,5 degré de réchauffement, il faudrait parvenir à ne pas émettre plus de 300 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires dans l’atmosphère, est-ce possible et réaliste ?

Je n’aime pas poser la question sous cette forme-là. En effet, cela parait difficile vu l’ampleur des problématiques soulevées de passer sous la barre des 1,5 degrés cependant il faut parvenir à avancer dans un cadre cohérent. Je crois qu’il faut trouver les chemins les plus pertinents à moyen et long terme. L’important est d’agir maintenant au plus vite en faisant les bons choix. La question de savoir si ça suffira ou pas se posera après.

 Il y a 2 types d’actions. Il y a les négociations climatiques. Je suis navré quand j’en entends du mal car les COP sont indispensables pour réduire et empêcher les émissions de gaz à effet de serre. Je suis aussi très déçu quand les COP ne donnent pas les résultats qu’on souhaite.

[lire aussi Hervé le Treut : « la difficulté est de passer d’une phase d’alerte à l’action »]

L’autre impératif est de protéger les territoires qui sont menacés, on a vu que les situations peuvent évoluer rapidement et de manière irréversible. L’échelle locale est très importante parce qu’on ne regarde pas seulement ce qui peut se passer du point de vue de la physique du climat mais aussi en termes de biodiversité, de problèmes sociaux. Ces réflexions vont au-delà de la science car toutes les actions à envisager interrogent les valeurs de la société. Peut-on prendre certaines solutions en ne tenant pas en compte les droits humains ? ces réflexions doivent permettre de définir ce qu’il est possible d’envisager en termes de solutions.

« L’échelle locale est très importante parce qu’on ne regarde pas seulement ce qui peut se passer du point de vue physique du climat mais aussi en termes de biodiversité, de problèmes sociaux. »

Le dernier rapport du GIEC s’arrête sur les gaz à effet de serre à durée de vie courte, en quoi est-ce une piste pour rapidement limiter l’action humaine sur le climat ?

Jusqu’à présent, on n’accordait pas beaucoup d’importance aux gaz à durée de vie courte comme le méthane. Or, agir sur ces derniers représente une occasion de réduire les gaz à effet de serre le plus rapidement possible. Mais, cela ne suffira pas, ils sont un levier parmi d’autres dans la réduction des émissions.

[À lire aussi sur les gaz à effet de serre à durée de vie courte Réduction des gaz à effet de serre, n’oublions pas les gaz à effet de serre à durée de vie courte dont le méthane]

« On devra sans doute faire des arbitrages parce qu’une partie des processus en cours est déjà bien avancé et qu’il n’est plus possible de tout concilier.« 

Ce 6e rapport met aussi en exergue le lien entre le vivant et le climat, pouvez-vous expliquez dans quelle mesure ne pas se focaliser uniquement sur le lien énergie fossile gaz à effet de serre peut-il être bénéfique ?

Effectivement, sur un territoire, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre et de préservation de la biodiversité ne se montrent pas nécessairement compatibles les uns avec les autres. On a donc besoin de définir ce qu’est un risque climatique, un risque en termes de biodiversité et un risque social. Ainsi, on pourra et on devra sans doute faire des arbitrages parce qu’une partie des processus en cours est déjà bien avancé et qu’il n’est plus possible de tout concilier.

Comment ce rapport a-t-il été reçu ? Comment faire en sorte que la science soit entendue ?
En ces temps où la science et la vérité sont malmenées, pensez-vous que le lien entre activités humaines et réchauffement soit définitivement acquis pour tout le monde ?

Ce risque de remise en cause du lien entre les activités humaines et le réchauffement demeure. Il faut le combattre en permanence en ouvrant le débat à la totalité des enjeux parce qu’avoir une vision purement physique n’aide pas à résoudre lesdits problèmes. Ce n’est pas à la science elle-même de donner les clefs du problème mais plutôt d’apporter des éclairages sur les solutions.

N’est-ce pas regrettable que la prise de conscience des modifications du climat ne se fasse bien souvent que par le seul prisme des catastrophes naturelles dont l’ampleur ces derniers mois fait écho aux messages des rapports du GIEC précédents ainsi que du dernier ?

Nous avons perdu du temps en ne prenant pas des décisions qui auraient pu être prises il y a quelques années en tenant compte des choses déjà visibles ou mises en avant par la science. La perte de temps est réelle, mais il faut avant tout regarder vers l’avant afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs.  De plus, il faut accorder plus de place au climat dans l’éducation et la formation.

« Il faut accorder plus de place au climat dans l’éducation et la formation.« 

Qu’attendre des travaux  des groupes 2 et 3 du GIEC prévus début 2022 ?

Leurs travaux permettront de voir les impacts et les espaces de solutions. Sauf que tout sera lié
aux moyens financiers internationaux mis en place pour lutter contre le réchauffement climatique. Il faut mettre en phase et rendre compatible les différentes échelles de l’action dans la réduction des gaz à effet de serre. Celle-ci doit être prise en compte du niveau international au niveau local avec une vision et des objectifs précis sur le long terme. Il faut maintenant aller vite dans la prise de décision.

Auriez-vous un dernier mot ?

On n’est pas dans un désert d’initiatives face au changement climatique. Partout dans le monde, des choses concrètes se font, il y a plein d’endroits où on investit et expérimente des solutions. Elles se mettent en place et il faut les suivre afin de s’assurer qu’on va dans la bonne direction. Il faut veiller à ce que les énergies que nous développons soient durables. Et, il faut raisonner de manière ouverte dans un cadre régional et international.

Promis recueillis par Julien Leprovost

En savoir plus sur le rapport du GIEC

6e rapport du GIEC : le réchauffement s’accélère, « alerte rouge » pour l’humanité

Au milieu des catastrophes, de nouvelles prévisions climatiques très attendues

L’humanité à l’aube de retombées climatiques cataclysmiques, selon le prochain rapport du GIEC

Quels enseignements tirer de la crise du coronavirus pour le changement climatique, entretien avec le climatologue Jean Jouzel

Le message de Valérie Masson Delmotte : « Chaque demi-degré compte, chaque année compte, chaque choix compte »

« Le plus grand échec n’est pas le Jour du Dépassement, mais de refuser d’y prêter attention » Mathis Wackernagel, créateur de l’empreinte écologique à l’occasion du Jour du Dépassement

Les collapsologues Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « c’est un sevrage très dur qui nous attend car tout le monde est drogué aux énergies fossiles »

ça s’est passé il y a 31 ans : le 1er rapport du GIEC

Le site Internet du GIEC

Avion, mode, viande, vidéo en ligne ou voiture, à quoi les Français, les Européens, les Américains et les Chinois sont-ils prêts à renoncer pour lutter contre le changement climatique ?

Propositions pour un retour sur Terre de Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton

30 ans de discours sur le climat, si peu d’actions

Dialectique du pire

Par Le 02/09/2021

 

 

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Sur les réseaux sociaux, je suis tombé ces derniers jours sur des personnes disant que ceux ou celles qui sont mécontents des restrictions liées au "pass sanitaire" n'avaient qu'à aller faire un tour en Afghanistan.

Personnellement, ça me hérisse le poil.

J'appelle ça la dialectique du pire.

Il s'agit de chercher pire que là où on se trouve pour pouvoir relativiser et finalement se satisfaire de ce qu'on a.

Oui, effectivement, en Afghanistan, il est certain que les libertés de la personne ne sont pas celles que nous connaissons ici.

Est-ce que pour autant, ce "raisonnement" est acceptable.

"Le bonheur n'est peut-être que le résultat d'une comparaison."
Eugène Beaumont

Selon les adeptes de ce raisonnement, on peut toujours trouver pire et par conséquent se réjouir de ce qu'on a. Il existe pourtant un proverbe qui dit que "Comparaison n'est pas raison". 

Il faut donc imaginer que ce raisonnement de la dialectique du pire s'appliquerait à d'autres situations et voir ce qui en résulte. 

Pensons par exemple à ces femmes en France qui se plaignent du comportement machiste des hommes. Pensons à celles qui souffrent de pressions psychologiques, ou qui souffrent de violences verbales, ou qui souffrent de violences physiques, ou qui sont viont violées. Et à celles qui sont tuées.

Pourrait-on dire à toutes ces femmes, et à toutes les autres, qu'en Afghanistan, c'est encore pire et qu'elles feraient mieux de se réjouir ? 

Non, la dialectique du pire est un raisonnement inacceptable, irrecevable, immoral. C'est celui qui consiste à tirer l'humain vers le bas, à lui faire croire qu'il n'a rien à dire, que sa situation pourrait être bien plus grave.

C'est un raisonnement primaire qui condamne tout raisonnement sensé, qui condamne l'humanité à ne plus tendre vers un monde meilleur, vers un monde exemplaire. 

La France n'est pas l'Afghanistan. J'en ai parfaitement conscience. Et sinon, il y a longtemps que j'en serais parti. Ce que j'attends du pays où je vis, c'est d'être exemplaire. Et de ne jamais prendre pour comparaison les pays où je n'irai jamais. 

Il ne s'agit même pas de savoir si le "pass sanitaire" est une bonne chose, si la vaccination obligatoire est une nécessité, si le gouvernement a raison ou pas.

Le problème, ici, n'est pas de savoir si tout cela est exemplaire. Le problème est de ne pas comparer avec des situations bien plus graves parce que sinon, c'est la porte ouverte à une dégradation irréversible.

Pour une raison très simple, c'est que le pire n'est jamais atteint. On peut toujours descendre plus bas dans les tréfonds du désastre. 

Si on considère donc que nos libertés sont meilleures que celle de l'Afghanistan, ce qui est bien entendu le cas, cela signifie qu'on se donne encore une marge supplémentaire pour pouvoir descendre d'un étage, ou de deux, ou de trois...Le pire n'est jamais certain. 

"Illusion des mots"

Par Le 24/08/2021

Je suis de nouveau empli par le même questionnement que celui qui était le mien dans cet article de 2014, un texte partagé par Eva Wissenz, sur le blog de Natural Writters. Ma réalité, aujourd'hui, c'est la quasi absence de questionnements et c'est le travail de la terre, la rénovation de la maison et des balades dans les bois. Ma réalité, c'est la vie simple et apaisée avec Nathalie. 

Quant aux multiples problématiques du monde humain et ses effets sur la planète, les problématiques sanitaires, les problématiques géopolitiques et les diverses menaces qui planent, bien que j'en observe les mécanismes, ces problématiques ne sont rien d'autre que des réalités sur lesquelles je n'ai aucun pouvoir et par conséquent, je sais combien il est sain et juste que je m'occupe du potager, de la cueillette des mûres et des mirabelles, et de tout ce qui remplit "ma réalité" de ses bienfaits. 

Il m'arrive de repenser à Heny David Thoreau et à son ouvrage "Walden ou la vie dans les bois".

Nous ne sommes pas au milieu des bois ici mais ils sont là, à portée de pas, quelques pas et cela suffit à notre bonheur. 

 

 

 

 

 

Voici un texte que j’aime beaucoup, envoyé par Thierry Ledru, un compagnon de cordée en écriture et en humanité. Je l’aime beaucoup (et lui, et le texte) parce qu’il a le coeur grand ouvert, que c’est la première fois que je partage le même territoire qu’un autre écrivain, le même genre de carte intérieure si vous voulez. Comme lui, l’écriture m’a sauvée. Comme lui, j’ai abordé le silence, le doute et vu s’envoler longtemps la nécessité de partager. Je ne sais pas encore si comme pour moi cette nécessité en lui reviendra...

Eva Wissenz, 23. septembre 2014

 

 

ILLUSION DES MOTS

"Je ferais mieux de me taire en fait. Voilà l’idée qui tourne dans ma tête depuis quelques temps. De quoi est-ce que j’essaie de parler sur mon blog ? C’était la première question…

Alors je me suis dit que j’essayais de parler de l’évolution spirituelle…

Du changement de conscience, du basculement dans une dimension parallèle et tout ça et tout ça…

Mais ces mots sont les outils d’un système de signes qui relie un monde signifiant (le monde réel) à un monde signifié (le monde représenté.)

Ce langage crée, à côté du monde réel, un monde représenté. Et dès lors, ces mots ne sont pas la réalité mais une représentation mentalisée de cette réalité. Et moi-même, je peux finir par croire que cette représentation est la réalité alors qu’elle n’est que ma version de la réalité, une version indéfiniment et cruellement insignifiante étant donné qu’elle est issue d’un esprit incomplet, formaté, éduqué, réactif…

C’est ce dernier mot le pire d’ailleurs. « Réactif »…

Je ne pense pas, je ne réfléchis pas, je réagis à un état d’esprit qui lui-même est soumis à des événements exogènes, à des conditions de vie qui entraînent des tourments et par conséquent des réflexions sur l’Éveil. 

C’est ma condition humaine qui m’amène à penser à la condition humaine. Très bien, on pourrait se dire que c’est normal et sain mais si je regarde sincèrement la « réalité » de ce phénomène, je vois bien qu’il n’y a pas de liberté dans ce processus et que les conclusions que je peux émettre ne sont pas le reflet d’une réalité intangible, éternelle, universelle mais simplement un état des lieux, l’observation d’une enceinte, celle de la réalité illusoire de mon existence. Je ne suis pas dans une dimension épurée mais dans l’analyse de ma geôle.

Lorsqu’on parle de la réalité, on parle toujours de la représentation qu’on se fait de la réalité et ça n’est jamais qu’en fonction de notre architecture intérieure. On s’imagine dès lors parler avec des mots d’un phénomène qui n’a pas de représentation possible, qui n’est pas de l’ordre du signifié. Il y a une tromperie originelle alors qu’on s’intéresse à l’origine. C’est vouloir remonter à la source de la réalité alors qu’on est emporté dans le courant des pensées et des représentations qu’elles génèrent. Le signifié ne peut pas être le signifiant, la carte n’est pas le terrain, le mot Amour n’a pas d’Amour pour lui-même, la pensée de l’Eveil n’est pas l’Eveil, les paroles sur la Réalité n’ont aucune réalité.

Bon, alors comment s’en sortir ? Tout ça ne sert donc à rien. Je ne parviendrai jamais à être satisfait de ce travail justement parce qu’il s’agit d’un travail. Tout ça n’est qu’une illusion prétentieuse qui me glorifie, qui me valorise…

« Ah, mais moi je réfléchis, je pense, j’évolue, je ne suis pas un bœuf qui marche dans l’encadrement de ses œillères, piqué aux fesses par le bâton d’un guide que je ne connais même pas… »

Si, si, en fait, c’est exactement ça… La seule différence, la seule évolution, c’est que je suis parvenu à avoir une vision macroscopique de l’attelage, je parviens à me voir, ce bœuf sur un chemin chaotique, avec le sillage derrière lui, comme une traînée qui l’alourdit et qui ne disparaît jamais dans la masse du Temps, et ce chemin devant lui qui n’a aucune réalité étant donné qu’il n’existe que dans les circonvolutions de mon cerveau, je vois le guide aussi, une espèce de géant impassible qui se contente à intervalles réguliers de piquer mon arrière train…Il n’a aucune émotion, aucune intention, aucun projet, il se contente de maintenir le mouvement perpétuel. Le flux vital en quelque sorte.

J’aime bien d’ailleurs, malgré ma lourdeur initiale de bœuf, prendre cet envol et planer ainsi au-dessus des horizons. Bon, quand je retombe, ça fait toujours un peu mal mais je m’accroche à l’idée que l’envol existe.

Et c’est là que de nouveau, je fais souffrir le bœuf…Car, tout de même, quelle est cette entité qui parvient ainsi à prendre de l’altitude et à observer les mouvements de l’existence sans en souffrir, juste cette observation épurée, sans émotions, d’où vient cette félicité, cette béatitude, ce bien être, ce « bien naître » ?

Y aurait-il un signifiant que je ne parviens pas à signifier ? Y aurait-il une réalité qui n’a pas de mot et qui ne doit pas en avoir au risque de l’alourdir et de la faire retomber au sol ? Y a-t-il dans la démarche spirituelle une condamnation de l’envol ? Lorsque je retombe et que je réintègre le corps buté du bœuf, c’est que les mots dans l’esprit libéré ont créé une masse qui n’a pas de réalité et cette illusion a tout brisé, a tué la légèreté, comme un oiseau abattu en plein vol.

La démarche spirituelle serait une illusion édulcorée, elle n’aurait aucune réalité mais ne représenterait qu’un monde de signifiés. Des boulets aux pattes ou des œillères encore plus grandes.

Mais tout ce fatras de mots n’est sans doute qu’une illusion supplémentaire et les résidus d’une désillusion devant l’illusion de tout ça.

Finalement, la plus belle démarche spirituelle consiste sans doute à ne pas en avoir. Car l’intention est une ancre qu’on traîne et un bœuf est déjà suffisamment lourd comme ça.

J’aime bien ce guide et son bâton. J’aime son silence et son absence d’intention. Il ne me demande rien en fait. Il initie juste en moi la nécessité d’un pas en avant. C’est très simple. Et ça me convient tout à fait.

Je devrais prendre mon vélo, accrocher mes sacoches et filer droit devant. "

Thierry Ledru.
 

Ni pour, ni contre.

Par Le 17/08/2021

Pour en revenir à la problématique du vaccin, je le redis, je ne suis ni pour, ni contre.

Je comprends très bien que des personnes souffrant de commorbidités en éprouvent la nécessité, que d'autres au regard de toutes les inter-relations quotidiennes qu'elles vivent se sentent davantage en sécurité une fois vaccinées, que d'autres considèrent que la vaccination représente un geste civique pour enrayer cette épidémie en évitant par des contaminations multiples l'apparition de nouveaux variants.

La plupart des arguments des pro-vaccins, je les entends parfaitement. Je conçois tout à fait cette prudence que chacun s'accorde.

Je lis tout autant les articles parlant de la nécessaire vaccination que ceux émanant de personnes émettant des doutes.

Pour ma part, et Nathalie également, notre choix se porte sur le refus de la vaccination.

Premièrement parce que nous ne souffrons d'aucune commorbidités nous plaçant dans une situation à risque, deuxièmement parce que notre mode de vie, particulièrement retiré de la vie sociale, n'a rien à voir avec la situation des gens vivant en milieu urbain, ni celui des personnes en activité professionnelle et par conséquent amenées à rencontrer du monde.

Il nous arrive de ne voir personne en une semaine, parfois plus longtemps encore. Nous passons nos journées à travailler dans le jardin-potager, dans la maison ou à nous balader dans les forêts. Nos quelques sorties se limitent à quelques courses dans un petit supermarché. Masque et lavage de mains et distanciation. Nous n'y connaissons personne et ne cherchons pas à établir de contact.

Par là-même, nous ne faisons pas porter de risques aux quelques personnes qui pourraient nous côtoyer dans le hameau où nous sommes. 

D'autre part, ces vaccins sont en mode expérimental. Ca a été maintes fois expliqué et même les laboratoires qui les ont mis au point le reconnaissent. Des quantités d'articles disent bien entendu que c'est faux. Le Monde, le Figaro, BFMTV et tous les medias de grande distribution expliquent à longueur de semaines que la phase 3 est achevée et "qu'il s'agit désormais d'une surveillance normale mais sans que jamais la population ne soit utilisée comme cobayes."

Encore heureux !!!

Le problème, c'est que de mon côté, mon historique médical ne plaide aucunement pour les incertitudes vaccinales au regard de tous les problèmes que j'ai rencontrés et que je connais encore à la suite d'hospitalisation et de traitements. Mon ancien généraliste me disait qu'il pourrait créer une annexe à mon nom sur son Vidal tellement, parfois, il était décontenancé. J'ai par exemple un problème liée au collagène et je n'ai pas du tout envie d'aller voir ce que ça donnerait comme association avec de nouveaux produits chimiques. Le bénéfice-risque est totalement défavorable par rapport à mon mode de vie.

 

Etant donné que nous ne sommes pas en situation périlleuse, nous nous abstenons. 

Ce qui ne signifie pas que nous contestons ou critiquons les adeptes des vaccins. 

Il en va de la liberté de choix.

Ce qui importe, c'est de le faire en toute conscience. Nous vivons une période trouble dans laquelle il est très difficile de faire la part des choses parce que nous sommes inondés d'informations et que les medias et internet ne représentent pas une garantie de véracité, d'objectivité, de lucidité, d'honnêteté.

Il faut être prudent.

Tout doit être remis en question au fil du temps. C'est peut-être d'ailleurs la caractéristique de notre époque. On peut le vivre dans l'inquiétude, dans l'incertitude mais on peut aussi le concevoir comme une forme de défi, une stimulation permanente. 

Il en va de cette crise sanitaire tout autant que de la crise climatique...

Docteur Montesino

Par Le 15/08/2021

Rien à ajouter.

Chacun se fera son idée.

 

Ici, on peut écouter ce même docteur dans une vidéo très complète.

https://odysee.com/@BobTremblay:6/7001:4?fbclid=IwAR1LXSMFpuEmuJlMPCNISofo4xH6eJRfxig74cEXLoE6wvF-ZZMquv9pPuk

 

 

Rapport OXFAM 2020

Par Le 14/08/2021

 

 

Davos 2020 : Nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales

 

POSTED ON19 JANVIER 2020

7 MINUTES DE LECTURE

> Découvrez le Rapport d’Oxfam 2021 sur les inégalités en France et dans le monde

 

Les 1 % les plus riches possèdent plus de deux fois les richesses de 6,9 milliards de personnes.

La situation en quelques nouveaux chiffres-clés :

• Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes).
• Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale.
• En France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres et les 10% les plus riches possèdent 50 % des richesses.
• Si quelqu’un avait pu économiser l’équivalent de 8 000 euros par jour depuis la prise de la Bastille (14 juillet 1789), il n’arriverait aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune de Bernard Arnault.
• Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes.
• Les femmes assurent plus des 3/4 du travail domestique non rémunéré et comptent pour 2/3 des travailleurs dans le secteur du soin.
• Les 2/3 des milliardaires tirent leur richesse d’une situation d’héritage, de monopole ou de népotisme

 

Lien vers le rapport complet
Lien vers le résumé
Lien vers le focus France 

A la veille du Forum économique mondial de Davos (Suisse) qui rassemble les grands décideurs économiques et politiques de la planète, Oxfam révèle dans son rapport annuel sur les inégalités mondiales, « Celles qui comptent », que les 1% les plus riches du monde possèdent désormais plus du double de la richesse de 6,9 milliards de personnes, soit 92 % de la population mondiale. [1]. Une minorité d’hommes blancs se taille la part du lion au détriment du plus grand nombre, à commencer par les femmes et filles. A ce jour, près de la moitié de la population mondiale vit toujours avec moins de 5 euros par jour et le rythme de réduction de la pauvreté s’est ralenti de moitié depuis 2013.

Pour Pauline Leclère porte-parole d’Oxfam France : « Les inégalités indécentes sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde car personne n’est dupe : la crise des inégalités traduit la complicité plus que l’impuissance des Etats à agir pour la combattre. Les inégalités ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches – entreprises et particuliers – à l’effort de solidarité par l’impôt, et fragilisent le financement des services publics. Transports, éducation, santé, système de retraites…. sont sacrifiés alors qu’ils sont décisifs pour lutter contre la pauvreté. La France ne fait pas exception à cette tendance générale et maintient un statu quo mortifère alors qu’elle est traversée par la révolte des gilets jaunes et par la plus longue grève générale de la Ve République. »

Oxfam montre que ce clivage profond s’appuie sur un système économique sexiste et injuste et met en lumière la charge – lourde et inégale – du travail de soin (care en anglais) assuré par les femmes et les filles comme une raison tenace des inégalités économiques et de genre [2]. Ménage, cuisine, gestion du budget, soin des proches, collecte de bois et d’eau dans les pays du Sud, la valeur monétaire du travail de soin non rémunéré assuré par les femmes âgées de 15 ans ou plus représente au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, soit trois fois la valeur du secteur du numérique à l’échelle mondiale [3].

Oxfam dévoile également les discriminations à l’œuvre dans la sphère professionnelle où les femmes sont surreprésentées dans les secteurs les plus précaires et les moins valorisés économiquement (éducation, santé, travail social, nettoyage…).

« Les femmes sont en première ligne des inégalités à cause d’un système économique qui les discrimine et les cantonne dans les métiers les plus précaires et les moins rémunérés, à commencer par le secteur du soin. Celles qui passent des milliers d’heures à s’occuper de nos enfants, de nos personnes âgées, de notre santé, de la propreté de nos lieux de vie, ne sont pas reconnues à leur réelle valeur, quelle injustice ! » s’insurge Pauline Leclère.

Pour Pauline Leclère : « La polarisation de notre monde est en marche lorsque l’on voit les records amers qui ont agité l’économie française en 2019 : Bernard Arnault, milliardaire et PDG du groupe LVMH, a été l’homme d’affaire qui a engrangé le plus de richesses supplémentaires dans le monde en 2019, tandis que le versement de dividendes par le CAC 40 est à son plus haut [5]. En parallèle, les inégalités sont reparties à la hausse, et plus grave, la France compte 400 000 pauvres de plus en 2019. Malgré les fortes attentes de justice fiscale et sociales, les plus pauvres restent les grands perdants des mesures budgétaires depuis le début du quinquennat : ce sont les seuls à ne pas avoir vu, depuis trois ans, leur pouvoir d’achat augmenter significativement ».

En France, Oxfam demande à Emmanuel Macron de réorienter de toute urgence sa politique en faveur d’une réduction des inégalités, en prenant des mesures qui enrayent la précarité des femmes et en demandant aux ultra riches et aux entreprises de contribuer davantage à l’effort de solidarité :

• S’attaquer aux inégalités femmes-hommes dans le monde du travail. Notamment :
– En améliorant les conditions de travail et en valorisant les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine notamment dans les métiers du soin.
– En sanctionnant les entreprises ne respectant pas l’égalité professionnelle.
– En augmentant significativement la durée du congé paternité.
– En renforçant la transparence sur les écarts de salaires (par quartiles, par pays, par genre).
• S’assurer que le système de retraites corrige les inégalités. Notamment :
– En supprimant les systèmes de décote pour les carrières incomplètes et en revenant à un calcul de la pension basé sur les meilleures années pour prendre en compte la réalité de l’emploi des femmes, notamment les carrières hachées.
– En renforçant la cotisation de solidarité prélevée sur les hauts revenus afin de tenir compte de leur espérance de vie plus longue.
• Rétablir une fiscalité plus équitable sur les contribuables les plus aisés. Notamment :
– En rétablissant un Impôt sur les grandes fortunes en tenant compte des failles du précédent dispositif et en supprimant le Prélèvement forfaitaire unique (PFU).
– En supprimant les niches fiscales qui bénéficient disproportionnément aux grandes entreprises ;
– En luttant efficacement contre l’évasion fiscale.

 

Les calculs d’Oxfam sont fondés sur les données les plus complètes et les plus actuelles disponibles. Les données sur la répartition des richesses dans le monde sont tirées du Global Wealth Databook 2019 du Crédit Suisse Research Institute. Les données sur les personnes les plus fortunées de la société proviennent du classement des milliardaires de 2019 de Forbes. La fortune des milliardaires a baissé l’année dernière mais a augmenté depuis.

[1] Les données du Crédit Suisse permettent d’évaluer le patrimoine net total et sa distribution par décile et avec les 1% les plus riches. Selon ces données, les 1% les plus riches possèdent un patrimoine net total de 132 586 milliards de dollars. Les 90% les plus pauvres de la population possèdent un patrimoine net de 65 976 milliards de dollars, soit plus de deux fois moins. Avec une population mondiale estimée à 7,7 milliards de personnes, les 1% les plus riches possèdent effectivement plus que 6,9 milliards de personnes.

|2] Dans le monde 42 % des femmes ne peuvent avoir un travail rémunéré en raison de la charge trop importante du travail de soin qu’on leur fait porter dans le cadre privé/familial.

[3] Nombre d’heures par mois que les femmes consacrent aux soins non rémunérés multipliées par le nombre de femmes âgées de 15 ans ou plus. Le résultat est multiplié par 12 pour obtenir une estimation annuelle. Le marché mondial de la technologie valait 3 200 milliards de dollars en 2018, selon la société de recherche et de conseil Forrester.

[4] La France n’est pas épargnée par la crise des inégalités :
• En France, en 2019, les 10 % les plus riches détenaient 50% des richesses nationales. Et les 1 % les plus riches en détenaient 16 %.
• La France compte actuellement 41 milliardaires, c’est 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008. Sur ces 41 personnes, plus de la moitié ont hérité de leur fortune, et seules 5 sont des femmes.
• 7 milliardaires français possèdent autant que les 30 % les plus pauvres.
• Le PDG du groupe Sanofi gagnait en 2018 plus de 343 fois le salaire moyen d’une aide-soignante française.
• La valorisation du travail de soin non rémunéré des femmes en France contribuerait à 399 milliards d’euros, cela équivaut à 14,8 % du PIB.
• Parmi les mères de famille monoparentale qui travaillent plus d’une sur quatre est pauvre.

Aux origines capitalistes de notre système énergétique

Par Le 13/08/2021

 

 

 

Un excellent article sur un site incontournable pour moi:  "Le vent se lève"  : https://lvsl.fr/

 

MALM ET MITCHELL : AUX ORIGINES CAPITALISTES DE NOTRE SYSTÈME ÉNERGÉTIQUE

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Jean-Baptiste Grenier

Jean-Baptiste Grenier

08 août 2021

Pourquoi est-il si difficile de rompre avec le système énergétique dominant, malgré son impact catastrophique sur l’environnement ? À trop raisonner en termes de comportements individuels ou de pratiques culturelles, on se condamne à manquer l’essentiel. Les rapports de production, et plus spécifiquement la quête de maximisation de profit des classes dominantes, constituent les éléments les plus déterminants. C’est la thèse que défend Andreas Malm dans L’anthropocène contre l’histoire (éditions La Fabrique), ouvrage dans lequel il retrace l’évolution des systèmes énergétiques depuis deux siècles, conditionnée par une logique intimement capitaliste. Une lecture qu’il est utile de croiser avec Carbon Democracy (Timothy Mitchell, éditions La Découverte), qui analyse quant à lui la dimension impérialiste du système productif contemporain.

À l’heure de l’urgence climatique, les mesures politiques nécessaires ne sont pas mises en œuvre. Le monde de la finance continue de soutenir massivement les énergies fossiles, faisant pourtant planer une épée de Damoclès sur les marchés financiers, comme le soulignent le rapport Oxfam de 2020 ou celui publié par l’Institut Rousseau avec les Amis de la Terre. La température continue d’augmenter et une hausse de 1,5°C est attendue dans les prochaines années. Comment expliquer la difficulté à mener cette transition énergétique et à sortir de la logique qui a mené à la croissance exponentielle des émissions de gaz à effet de serre ? Un retour sur l’évolution, depuis deux siècles, des systèmes énergétiques modernes, apporte des éclairages instructifs pour comprendre les blocages de la transition.

Il faut en revenir aux années 1820-1840, au commencement de la révolution du charbon en Grande-Bretagne. L’aînée des puissances industrielles opère en quelques décennies une transformation radicale de son économie grâce à l’emploi du charbon et de la machine à vapeur. Jusqu’ici, les énergies utilisées (eau, vent, bois) servaient principalement à couvrir les besoins des foyers (chauffage, cuisson) et de quelques industries naissantes. L’essor du charbon permet le développement exponentiel de l’industrie manufacturière britannique, avec en tête de pont l’industrie du coton exportatrice dans le monde entier. Ces débuts de l’ère industrielle ont été abondamment documentés et commentés. Toutefois, une énigme semble n’avoir jamais vraiment été résolue : celle des motivations économiques de la transition d’une énergie hydraulique – celles des fleuves et rivières, captée par des moulins et autres roues à aubes – vers une énergie issue du charbon.

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LE PASSAGE DE L’ÉNERGIE HYDRAULIQUE AU CHARBON AU COURS DE LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE

La grille d’analyse de cette transition, proposée par Andreas Malm dans L’anthropocène contre l’histoire, semble en mesure d’apporter des éléments nouveaux à la compréhension d’un paradoxe apparent. Ce dernier, que Malm documente avec précision, est celui de l’absence de supériorité du charbon sur l’énergie hydraulique, c’est-à-dire l’énergie mécanique des rivières anglaises, en termes économiques classiques – au moment de la transition au début du XIXème siècle. Et ce, au moment-même où le charbon commence à être plébiscité et va rapidement produire près de 10 fois plus d’énergie que les fleuves anglais. Malm montre en effet, qu’au moment où le charbon devient prédominant, au moins sur trois critères majeurs, l’énergie hydraulique demeurait plus performante.

Roue à aubes

Tout d’abord, l’énergie hydraulique était abondante avec à l’époque moins de 7% du potentiel électrique utilisé. Il existait encore une multitude de gisements d’énergie hydraulique importants. Deuxièmement, la machine à vapeur n’avait pas encore la régularité moderne ; l’eau offrait une régularité et une robustesse technologique que la machine à vapeur de Watt n’était pas en mesure d’atteindre. Troisièmement, l’eau était gratuite ou presque, modulo les droits fonciers, et ceci d’un facteur au moins égal à 3 comparé au prix du charbon sur le marché. Comment expliquer dans ce cas la transition rapide, sans limite, quasi-instantanée vers l’utilisation massive du charbon et de la vapeur ?

Le choix du système énergétique s’opère selon un objectif de maximisation de la plus-value captée par les investisseurs, et donc d’une augmentation symétrique du rapport d’exploitation des travailleurs.

Pour surmonter ce paradoxe, Malm propose une nouvelle théorie du capital-fossile, reposant sur l’analyse marxiste de la logique d’accumulation capitaliste. Pour Marx, la naissance des rapports de propriété capitaliste s’est accompagnée d’une compulsion d’accroissement de l’échelle de la production matérielle. Ainsi, le capitaliste investit son capital dans l’espoir d’en obtenir plus. La création de valeur supplémentaire, la survaleur (ou encore plus-value), se fait grâce aux travailleurs – seuls capables, par leur force de travail, de créer de la valeur et de transformer le capital (moyens de production et ressources apportées par le capitaliste). De là la célèbre formule marxienne d’accumulation du capital : A-M-A’ (Argent → Marchandise → Argent + plus-value), où la marchandise représente l’ensemble des moyens de production capitalistes – capitaux, travail et donc chez Malm, aussi l’énergie indispensable à la mise en valeur du capital.

Chez Marx, le capital est avant tout un rapport social, caractérisé par la séparation des travailleurs d’avec les moyens de production (la propriété) et d’avec les produits de la production, le tout dans une visée lucrative de la propriété. C’est donc un rapport de subordination. Le capital, ce « processus circulatoire de valorisation », n’existe qu’en « suçant constamment, tel un vampire, le travail vivant pour s’en faire une âme ». La logique d’accumulation du capital conduit de facto à une extorsion de la survaleur créée par les travailleurs. Le niveau de cette extorsion définit alors le ratio d’exploitation des travailleurs.

Malm explique alors que si le travail est « l’âme du capitalisme », la nature et les ressources qu’elle fournit en sont son corps. Sans la nature, les énergies et les ressources nécessaires à la mise en valeur du capital, le processus d’accumulation fondamental du capitalisme ne serait pas possible. Les énergies fossiles, qui permettent de démultiplier dans des proportions considérables la production d’un travailleur, sont l’adjuvant parfait et le corollaire nécessaire au processus de mise en valeur du capital par le travail humain. Le charbon et l’huile, plus tard le pétrole et le gaz, sont les auxiliaires de la production capitaliste. Ils sont, dit Malm, le « levier général de production de survaleur ». Ils sont les matériaux indispensables à la création de valeur capitaliste.

Si le charbon a été choisi comme énergie principale, c’est parce qu’il a permis une plus grande création de survaleur capitaliste par le biais d’une exploitation accrue du travail humain.

En quoi le système théorique proposé par Malm permet-il alors d’expliquer le paradoxe de la transition eau/charbon au début du XIXème siècle ? Dans cette perspective marxienne, le caractère d’auxiliaire nécessaire à la production de survaleur capitaliste des énergies fossiles implique que le choix du système énergétique s’opère selon un objectif de maximisation de la plus-value captée par les capitalistes et donc d’une augmentation symétrique du rapport d’exploitation des travailleurs. Et ceci permet d’expliquer avec clarté le choix du charbon au détriment de l’énergie hydraulique en Grande-Bretagne puis dans le monde entier. En effet, le passage de l’énergie hydraulique à la machine à vapeur a eu lieu parce que ce nouveau système énergétique permettait une exploitation accrue du travail humain.

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En effet, les usines fonctionnant à l’énergie hydraulique devaient être construites hors des villes, elles nécessitaient de faire venir des travailleurs des villes à un coût élevé, ou bien d’engager une main-d’œuvre paysanne locale. Mais celle-ci, peu rompue aux rythmes de travail de l’usine et à sa discipline, était susceptible de retourner aux travaux des champs brusquement. Par ailleurs, une fois sur place, cette main-d’œuvre isolée pouvait faire peser des risques de grèves et de pression à la hausse des salaires sur les propriétaires, en raison de la difficulté de faire venir des travailleurs ou de remplacer rapidement une main-d’œuvre trop revendicative. Au contraire, les usines fonctionnant avec des machines à vapeur, même initialement moins performantes que les roues à aubes hydrauliques, avaient l’énorme avantage de se trouver en ville. Dans les banlieues industrielles, les capitalistes pouvaient embaucher une main-d’œuvre déracinée, rompue au rythme de travail à l’usine, avec, en cas de grèves, une « armée de réserve » prête à remplacer les travailleurs contestataires.

Malm montre ensuite comment le charbon et son caractère infiniment morcelable et transportable, a permis une adaptation bien plus efficace à la production capitaliste, au travail en usine mais aussi aux nouvelles réglementations sociales (limitation du temps de travail quotidien à 10 heures). Il déploie un certain nombre d’arguments complémentaires qui tous concourent à corroborer la thèse suivante : si le charbon a été choisi au détriment de l’énergie hydraulique en Grande-Bretagne au début du XIXème siècle, ce n’est pas parce que cette énergie était plus abondante, moins chère ou plus régulière, mais bien parce que le passage au charbon a permis une plus grande création de survaleur capitaliste par le biais d’une exploitation accrue du travail humain, plus régulière et moins soumise aux aléas climatiques et humains de la production hydraulique.

De manière plus contemporaine, l’histoire des systèmes énergétiques nous offre d’autres exemples auxquels appliquer la logique proposée par Malm. Le passage à l’ère du pétrole est dans cette perspective lui aussi très instructif. Timothy Mitchell, dans son livre Carbon Democracy propose une thèse intéressante permettant d’expliquer le rôle du charbon dans les luttes sociales du XIXème et XXème siècles et la transition vers un modèle où le pétrole prend une place centrale.

CHARBON, LUTTES SOCIALES ET CONTRE-MESURES DU CAPITAL

Le recours au charbon, énergie indispensable dès le XIXème siècle au fonctionnement des économies occidentales, a profondément changé les rapports de production et l’organisation économique de la société. Le charbon servait principalement à deux choses : l’approvisionnement énergétique indispensable pour l’industrie manufacturière et l’accroissement de la production matérielle ainsi que l’administration des empires coloniaux, et en premier lieu du plus grand de tous, l’Empire britannique. Le charbon utilisé dans les bateaux à vapeur servait à assurer les liaisons commerciales et militaires par voie maritime et ceux-ci ont très vite supplanté la navigation à voile. Cette transition a notamment été illustrée dans plusieurs des romans de Joseph Conrad. Ainsi, le fonctionnement de l’économie capitaliste coloniale reposait majoritairement sur l’énergie du charbon et la gestion de ses flux.

Mine de charbon, Matarrosa del Sil

Or, la production et les flux de charbon étaient souvent très concentrés dans l’espace. La mainmise sur cette production et ces flux était alors indispensable au bon fonctionnement de l’économie capitaliste. Timothy Mitchell lie cette concentration des flux énergétiques indispensables au capitalisme à l’émergence des luttes sociales et de la démocratie moderne. Plus précisément, il dresse le constat suivant : la gestion du charbon et de ses flux passait de manière très concentrée par trois lieux essentiels : la mine, les chemins de fer transportant le charbon et les ports. Ainsi, au début du XXème siècle, « la vulnérabilité de ces mécanismes et la concentration des flux d’énergie dont ils [les capitalistes] dépendaient donnèrent aux travailleurs une force politique largement accrue ». Selon Mitchell, c’est cette concentration spatiale de l’approvisionnement énergétique qui a conduit à la naissance de la démocratie moderne.

Les travailleurs spécialisés dans la gestion de flux énergétiques acquirent un pouvoir politique fort qui se matérialisa par la naissance des premiers partis et syndicats de masse. Ils pouvaient inverser le rapport de force face aux capitalistes en ralentissant ou en perturbant l’approvisionnement énergétique. C’est suite à cela qu’un grand nombre d’avancées sociales virent le jour au tournant du XIXème siècle et du XXème siècle : journée de 8 heures, assurance sociale en cas d’accident, de maladie ou de chômage, pensions de retraite, congés payés, etc. Comme le souligne Mitchell, la concentration de l’énergie indispensable à la production capitaliste avait créé une vulnérabilité. Pour reprendre la terminologie de Malm, l’organisation du système énergétique au charbon initialement choisi pour sa capacité à améliorer le rapport d’exploitation a en réalité conduit à une diminution de celui-ci en raison de cette vulnérabilité.

L’organisation du système énergétique au charbon, initialement choisi pour sa capacité à améliorer le rapport d’exploitation, a en réalité conduit à une diminution de celui-ci en raison de sa vulnérabilité.

La classe dominante a alors recouru de nouveau à un certain nombre de mesures pour regagner sa pleine souveraineté sur l’approvisionnement énergétique nécessaire à l’accumulation de capital. Mitchell décrit dans son livre ces mesures visant à restreindre le pouvoir des travailleurs : création de syndicats maison, appel à des briseurs de grève, constitution de stocks stratégiques énergétiques pour faire face à des imprévus (grèves, blocages). Ces mesures pour certaines d’entre elles, sont toujours appliquées de nos jours avec brio par la classe dirigeante. Ainsi en est-il des stocks stratégiques qui, s’ils sont conçus initialement pour pallier une défaillance de l’approvisionnement énergétique mondial, se révèlent aussi très pratiques pour limiter le « pouvoir de nuisance » des grèves syndicales. Le débat autour de l’insuffisance ou non des stocks stratégiques au cours des grèves contre la réforme des retraites, en raison du blocage des stocks et des raffineries opéré par les syndicats, en est le dernier exemple en date.

LE PASSAGE À L’ÈRE DU PÉTROLE

La logique du capital en termes d’approvisionnement énergétique est alors toujours la même : diminuer le pouvoir du camp du travail, en diminuant l’emprise des syndicats sur la production et la distribution de l’énergie indispensable à la mise en valeur du capital. La hausse de l’approvisionnement énergétique issu du pétrole peut, elle aussi, être expliquée pour partie par cette logique-là. En effet, le pétrole présente, sous ce prisme d’analyse, des avantages certains. Tout d’abord, il ne nécessite que très peu de travail humain pour être extrait et sort de lui-même une fois le trou creusé. Deuxièmement, les réserves de pétrole ne sont pas localisées sur les territoires des pays industriels développés. La proximité des gisements de charbon dans les pays occidentaux, qui était au début un avantage, était devenue un inconvénient en ayant permis la naissance de forces sociales contestataires importantes sur le territoire.

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Mitchell décrypte avec précision les conditions matérielles d’exploitation des gisements pétroliers. L’exemple du Moyen-Orient est assez flagrant. L’accès à une énergie pétrolière abondante et peu chère est un des facteurs déterminants, si ce n’est le plus important, pour analyser la politique des pays occidentaux vis-à-vis des pays producteurs de pétrole, du partage de l’Empire ottoman après la Première guerre mondiale (accords Sykes-Picot) à la guerre en Irak de 2003 en passant par la première guerre du Golfe de 1991. Mitchell montre comment l’histoire du Moyen-Orient est guidée par la volonté de l’Occident de mettre en place un contrôle impérialiste des ressources, favorisant la mise en place de pouvoirs locaux dont les intérêts de classe coïncident avec ceux des néoconservateurs. Dans ces pays, la « démocratie occidentale » n’avait pas sa place.

Puits de pétrole

À cet égard, il est très intéressant de voir comment les tentatives de reprise de contrôle de la manne pétrolière par les nations productrices ont été considérées – rarement d’un bon œil. Les exemples sont nombreux et ne concernent d’ailleurs pas que le pétrole : Irak, Venezuela, Libye, Kurdistan, Iran…

Le recours massif au pétrole s’explique bien entendu par des causes plus proprement « économiques » : baisse des ressources carbonifères en Occident, facilité d’extraction du pétrole, baisse des coûts de transport longue-distance, développement de l’automobile. Toutefois, le prisme d’analyse de Malm semble pouvoir expliquer aussi pour partie la préférence, partielle, donnée au pétrole sur le charbon. Il est intéressant de voir qu’en France, sur l’ensemble de l’énergie consommée en une année, seule la partie issue du nucléaire et des barrages – peu ou prou 20-25% de la consommation énergétique finale, est issue d’une production où les syndicats ont encore un pouvoir non négligeable. Pour le reste, pétrole, gaz et charbon, le capital a réussi, comme dans beaucoup d’autres pays, à se débarrasser, du moins partiellement, des entraves syndicales dans la mise en valeur du capital.

QUEL SYSTÈME ÉNERGÉTIQUE À L’AVENIR ?

C’est donc la logique intrinsèque de mise en valeur du capital qui semble avoir guidé les choix énergétiques des deux derniers siècles pour finalement se retrouver à l’origine du changement climatique. Sans énergie pour mettre en valeur le capital, la logique du capital s’effondre. Les énergies fossiles ont rempli ce rôle au cours des deux derniers siècles.

La solution optimale du point de vue du capital est et restera, sans contrainte exogène forte, le choix des énergies fossiles et de leur grande densité énergétique favorisant leur transport, permettant par là-même une meilleure mise en valeur du capital. Toutefois, les pressions environnementales, citoyennes et démocratiques commencent (modestement) à le contraindre à envisager un nouveau système énergétique. Pourtant, la logique capitaliste interne de mise en valeur du capital nécessite ce que Malm appelle « un levier général de production de survaleur », place occupée jusqu’ici par les énergies fossiles. Si les énergies nouvelles se révèlent incapables de remplir ce rôle, le système capitaliste n’aura probablement d’autre choix que de freiner au maximum la transition énergétique pour assurer sa survie.

Si la transition écologique devait bel et bien s’initier, plusieurs options sont concevables quant à la nature du système énergétique nouveau qui émergerait. Dans le cas de la France, on pourrait distinguer trois scenarii-limite, qui ressortent des débats actuels autour de la question énergétique, avec plusieurs variations et combinaisons possibles entre eux :

1. Une production qui continue à être majoritairement centralisée, avec une part importante de nucléaire répondant à l’électrification des consommations et au besoin de stabilité du réseau ;
2. Un système 100% renouvelable aux mains d’un nombre restreint de groupes, s’appuyant sur une organisation ubérisée du travail et une gestion libérale des marchés de l’énergie ;
3. Une croissance forte des systèmes énergétiques territoriaux totalement ou partiellement autonomes, gérés par les consommateurs et les collectivités territoriales.

Quelle serait alors, à la lecture de Malm et Mitchell, la solution plébiscitée par le capitalisme ?

Ndr : Un prochain article tentera de décrire les conséquences de chaque système et étudiera leurs conditions de possibilité afin de mettre en avant ce qui pourrait être la solution optimale du capital, ainsi que la solution qui pourrait être celle démocratiquement choisie.

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Lobbies contre décroissance

Par Le 13/08/2021

 

 

Les lobbies contrôlent tout, notre seule option : la décroissance

 

« La crise écologique semble de plus en plus inévitable, et plusieurs experts estiment que la croissance perpétuelle sur laquelle repose notre système économique est responsable de la dégradation de l'environnement. Et donc, pour sauver l’humanité, certains appellent à la décroissance. »

30 août 2018 - Laurie Debove

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Durant l’été, le média canadien Rad a publié une série de vidéos sur la décroissance. Face à l’urgence du dérèglement climatique, cette série explore comment le concept économique de décroissance peut répondre à la crise écologique en cours.

Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies

Présentée par le journaliste Olivier Arbour-Masse sur un ton humoristique, la série vidéo commence pourtant par établir la liste des conséquences mortifères d’une société de surproduction et surconsommation poussée à son paroxysme : catastrophes météo de plus en plus violentes, cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur le risque climatique, début de la sixième extinction de masse, aggravation des inégalités et accaparement des richesses par un petit nombre.

« La crise écologique semble de plus en plus inévitable, et plusieurs experts estiment que la croissance perpétuelle sur laquelle repose notre système économique est responsable de la dégradation de l’environnement. Et donc, pour sauver l’humanité, certains appellent à la décroissance. » Olivier Arbour-Masse

Le concept de décroissance a émergé dans les années 1970 suite à la publication du rapport Meadows intitulé « Halte à la Croissance » et sous l’impulsion de différentes personnalités, notamment Jacques Ellul, André Gorz et Bernard Charbonneau. 

La paternité du concept est attribué à l’économiste mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen (1906 – 1994). En 1971, il a publié le livre « The Entropy Law and the Economic Process » dans lequel il remet en cause la pensée économique occidentale dominante basée sur le concept de croissance.

Pour N. Georgescu-Roegen, une croissance infinie est tout simplement impossible à maintenir sur une planète aux ressources finies. L’économiste mathématicien reproche à la doctrine économique de la croissance d’oublier deux principes fondamentaux :

les limites physiques de notre planète avec le processus de dégradation de l’énergie et de la matière (loi de l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique)

l’homme ne peut pas être réduit au rôle de consommateur/producteur, mais doit s’épanouir à travers différentes dimensions (biologique, politique, philosophique, culturelle, spirituelle).

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« Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement, pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche. Autrement dit, chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d’une baisse du nombre de vies humaines à venir. Il se peut que le développement économique fondé sur l’abondance industrielle soit un bienfait pour nous et pour ceux qui pourront en bénéficier dans un proche avenir : il n’en est pas moins opposé à l’intérêt de l’espèce humaine dans son ensemble, si du moins son intérêt est de durer autant que le permet sa dot de basse entropie ». N. Georgescu-Roegen, source « Aux Origines de la décroissance »

Changer la société dans son ensemble

Le journaliste canadien Olivier Arbour-Masse s’est intéressé à l’application des principes de décroissance à la fois à l’échelle individuelle mais aussi sociétale. Pendant un mois, il a voulu réduire son empreinte carbone en suivant plusieurs défis : réduire sa production de déchets, se passer d’objets et vêtements dans une démarche minimaliste, manger végétalien cinq jours par semaine.


Très vite, et malgré une diminution de son empreinte carbone, le journaliste se trouve limité dans ce qu’il peut accomplir seul. Aux yeux du sociologue Eric Pineault, c’est parce que cette « démarche individuelle de simplicité volontaire » n’est pas l’objectif principal de la décroissance.

« La décroissance mise sur des outils collectifs et des réponses collectives aux problèmes pour que ce soit plus facile et moins traumatisant pour les individus. » Eric Pineault, pour Rad

Les experts interrogés proposent ainsi plusieurs mesures à mettre en place pour que la société s’engage dans la décroissance : diminuer le temps de travail pour mieux partager les emplois et la richesse en dégageant du temps pour d’autres activités, lutter contre l’obsolescence programmée comme le permet la loi française de 2015, et réduire le pouvoir de l’entreprise privée dont le but est de produire toujours plus pour gagner toujours plus.

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Si certains économistes attachés au seul PIB comme symbole de richesse d’un pays qualifient la décroissance d’utopiste, d’autres revendiquent au contraire l’urgence de changer de modèle économique.

« La quatrième révolution industrielle en cours n’est vue par les économistes standards qu’au travers des points de croissance supplémentaires qu’elle pourrait apporter pour compenser le risque de stagnation séculaire. Elle devrait être, au contraire, un formidable atout pour gérer la décroissance d’une façon intelligente, et notamment inclusive sur le plan social tant l’explosion des inégalités ces dernières années a un lien étroit avec celle des risques sur la planète. Ce qui compte in fine n’est pas le PIB ou le revenu national brut, mais bien le revenu net, notamment de tous les dégâts du soi-disant « progrès », surtout ceux à venir qui constituent une dette vis-à-vis de nos enfants. C’est une révolution conceptuelle pour les économistes. » Jean-Joseph Boillot, Conseiller économique au club du CEPII, pour Libération

Lors de son entretien sur FranceInter, Nicolas Hulot précisait avant d’annoncer sa démission que le monde entier « s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres » climatiques et humains. L’heure de la décroissance aurait-elle sonné ?

Et parler de quoi d'autre ?

Par Le 10/08/2021

 

Oui, je sais, ce blog n'est plus qu'un condensé des catastrophes et ça ne me réjouit aucunement d'en être arrivé là. Entre les premiers articles qui datent de 2009 et ceux d'aujourd'hui, la différence est de taille. 

Qu'en sera-t-il dans dix ans ? 

Je n'ose même pas l'imaginer.

Il me suffit de regarder les statistiques des visites et pages lues pour réaliser à quel point, ce sujet détourne un grand nombre de lecteurs. Par désintérêt ou par lassitude, je n'en sais rien. C'est juste un constat. 

 

 

Algérie, Californie, Europe... Les incendies continuent de ravager de nombreuses régions du monde

Article rédigé par

franceinfo

France Télévisions

Publié le 10/08/2021 18:40Mis à jour il y a 39 minutes

 Temps de lecture : 4 min.

Des jeunes et des volontaires locaux se rassemblent pour soutenir les pompiers lors d'un incendie de forêt à côté du village de Kamatriades, près d'Istiaia, dans le nord de l'île d'Eubée (Grèce), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Des jeunes et des volontaires locaux se rassemblent pour soutenir les pompiers lors d'un incendie de forêt à côté du village de Kamatriades, près d'Istiaia, dans le nord de l'île d'Eubée (Grèce), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

L'été 2021 est marqué par des incendies spectaculaires et meurtriers, souvent attisés par de fortes chaleurs.

Les images d'incendies ravageurs se multiplient, venant du monde entier. Autour de la Méditerranée, la Turquie et la Grèce traversent depuis près de deux semaines une vague d'incendies violents, favorisés par la sécheresse et des températures caniculaires, qui ont fait 10 morts et des dizaines de blessés hospitalisés.

En Algérie, la région de la Kabylie fait face, mardi 10 août, à de violents incendies qui continuent de progresser dans les montagnes près de la commune de Tizi-Ouzou. En Sibérie, les flammes se sont propagées jusqu'au pôle Nord. De son côté, l'Etat de Californie a connu les troisièmes plus violents incendies de son histoire. Franceinfo vous propose un tour du monde de ces catastrophes en images.

En Algérie, la Kabylie ravagée par les flammes

Une trentaine d'incendies ont débuté dans le nord de l'Algérie, lundi 9 août, notamment en Kabylie. Au moins sept personnes sont mortes dans ces feux attisés par un épisode de canicule, selon les pompiers et les autorités forestières locales.

Dans la vidéo ci-dessus, le journaliste indépendant algérien Messir Hamid partage des images de la Wilaya de Tizi-Ouzou, où les incendies continuent de se propager. 

En Algérie, un homme regarde la fumée s'échapper d'un incendie de forêt dans les collines boisées de la Kabylie, à l'est de la capitale Alger, le 10 août 2021. (RYAD KRAMDI / AFP)

En Algérie, un homme regarde la fumée s'échapper d'un incendie de forêt dans les collines boisées de la Kabylie, à l'est de la capitale Alger, le 10 août 2021. (RYAD KRAMDI / AFP)

Les équipes de la protection civile tentent d'éteindre 31 incendies dans 14 wilayas du nord du pays, selon la préfécture. Dix sont en cours à Tizi-Ouzou. Quatre autres ont éclaté à Jijel, à l'est du pays.

Selon l'agence de presse du gouvernement, l'incendie à Tizi-Ouzou est d'origine criminelle. La multiplication des départs de feux survient alors que l'Algérie connaît un été caniculaire, marqué par une raréfaction de l'eau dans le pays. Les services météorologiques prévoient mardi des températures allant jusqu'à 46 °C.

En Grèce, la situation demeure très préoccupante

L'île d'Eubée est toujours en proie aux flammes et offrait mardi un spectacle de désolation.

Grèce : les incendies continuent de ravager le pays, la situation demeure très préoccupante

franceinfo

 

Près de 70 000 hectares ont été détruits en Grèce. Les feux ont bouleversé le paysage et détruit des centaines de maisons.

Les pompiers et les volontaires utilisent un tuyau d'arrosage pour tenter d'éteindre un incendie dans le village de Glatsona, sur l'île d'Eubée (Eubée), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les pompiers et les volontaires utilisent un tuyau d'arrosage pour tenter d'éteindre un incendie dans le village de Glatsona, sur l'île d'Eubée (Eubée), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les soldats du feu, aidés par des volontaires, continuaient mardi matin de mener une bataille désespérée sur cette île, pour empêcher un violent incendie d'atteindre la ville d'Istiaia, qui compte 7 000 habitants.

Les résidents locaux regardent l'incendie de forêt s'approchant du village de Gouves, sur l'île d'Eubée (Grèce), le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les résidents locaux regardent l'incendie de forêt s'approchant du village de Gouves, sur l'île d'Eubée (Grèce), le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Ils ont lutté sur plusieurs fronts toute la nuit pour contenir les flammes qui embrasent depuis début août cette immense île montagneuse et arborée à 200 km à l'est d'Athènes.

Les résidents locaux sont évacués sur un ferry du nord de l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021. (INTIME NEWS/ATHENA PICTURES/SHUT/SIPA / SHUTTERSTOCK / AFP)

Les résidents locaux sont évacués sur un ferry du nord de l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021. (INTIME NEWS/ATHENA PICTURES/SHUT/SIPA / SHUTTERSTOCK / AFP)

Plus de 3 000 personnes ont été évacuées par la mer. habitants de l'île ont été évacués et relogés dans des hôtels. Des ferries et des navires militaires étaient en alerte en cas de nouvelles évacuations par la mer.

En Turquie, des incendies en grande partie maîtrisés

La Turquie a traversé depuis près de deux semaines une vague d'incendies violents. Le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré lundi 9 août que les incendies à Antalya étaient "totalement maîtrisés", comme le rapporte l'agence de presse du gouvernement. 

Un hélicoptère participe à une opération d'extinction d'incendies de forêt, à Koycegiz dans la région de Mugla (Turquie), le 9 août 2021. (EMRE TAZEGUL/AP/SIPA / SIPA / AFP)

Un hélicoptère participe à une opération d'extinction d'incendies de forêt, à Koycegiz dans la région de Mugla (Turquie), le 9 août 2021. (EMRE TAZEGUL/AP/SIPA / SIPA / AFP)

Le ministre de l'Agriculture et des Forêts, Bekir Pakdemirli, a annoncé que les incendies étaient toutefois toujours en cours à "Milas et Koycegiz dans la province de Mugla".

Un volontaire se repose alors que les flammes s'élèvent d'une forêt qui brûle en arrière-plan près d'Akcayaka, une ville de la province de Mugla (Turquie), le 6 août 2021. (YASIN AKGUL / AFP)

Un volontaire se repose alors que les flammes s'élèvent d'une forêt qui brûle en arrière-plan près d'Akcayaka, une ville de la province de Mugla (Turquie), le 6 août 2021. (YASIN AKGUL / AFP)

La Turquie a subi les pires incendies qu'elle ait connus depuis au moins une décennie. Les soldats du feu se sont demenés pendant plusieurs jours pour endiguer la progression des flammes. 

En Sibérie, les incendies s'aggravent et la fumée atteint le pôle Nord

Les feux de forêt qui ravagent la Sibérie continuaient de s'aggraver lundi, selon les autorités. Ces incendies sont d'une ampleur telle que la fumée a atteint le pôle Nord d'après la Nasa.

Cette image de l'Observatoire de la Terre de la NASA publiée le 7 août 2021 montre la fumée émise par des centaines d'incendies de forêt couvrant la majeure partie de la Russie le 6 août 2021. (HANDOUT / NASA EARTH OBSERVATORY / AFP)

Cette image de l'Observatoire de la Terre de la NASA publiée le 7 août 2021 montre la fumée émise par des centaines d'incendies de forêt couvrant la majeure partie de la Russie le 6 août 2021. (HANDOUT / NASA EARTH OBSERVATORY / AFP)

L'une des régions les plus touchées est la Yakoutie, un territoire immense et très peu peuplé du nord de la Sibérie, où la situation "continue de s'aggraver avec une tendance à la hausse du nombre et de la superficie des feux de forêt", a relevé lundi sur son site internet l'agence météo russe Rosguidromet. 

Un pompier se tient sur les lieux d'un incendie de forêt près du village de Kyuyorelyakh (Russie), le 7 août 2021. (IVAN NIKIFOROV/AP/SIPA / SIPA)

Un pompier se tient sur les lieux d'un incendie de forêt près du village de Kyuyorelyakh (Russie), le 7 août 2021. (IVAN NIKIFOROV/AP/SIPA / SIPA)

L'agence spatiale américaine, la Nasa, a de son côté rapporté dans un communiqué, samedi, que la fumée due aux incendies en Yakoutie avait "traversé plus de 3 000 km pour atteindre le pôle Nord, ce qui semble être une première dans l'histoire documentée".

Aux Etats-Unis, le Dixie Fire poursuit sa course en Californie

Le gigantesque brasier, le troisième plus grand feu de l'histoire de la Californie, a dévasté cette semaine les commerces et habitations de la petite ville de Greenville, ainsi que le village de Canyondam.

 

États-Unis : le gigantesque incendie Dixie Fire a ravagé la ville de Greenville

France 2

 

 

 

Les stigmates de cet incendie, baptisé Dixie Fire, sont visibles sur une série de clichés réalisés par un photographe de l'AFP avant et après le sinistre, qui a détruit des centaines de bâtiments et provoqué l'évacuation de milliers d'habitants dans le nord de la Californie.

 

 

 

 

Rapport du GIEC (4)

Par Le 09/08/2021

Il y aura toujours des climato-sceptiques, il y aura toujours des consommateurs effrénés, il y aura toujours des individus centrés sur leur petit moi et qui ne liront rien de tout ça, en balayant des nouvelles catastrophistes qui pourraient porter atteinte à leur insouciance.

Il y aura même des gens épouvantés par tout ce que le GIEC énonce et qui prendront l'avion pour aller dans les îles pendant leurs vacances et qui continueront à manger de la viande issue de l'élevage intensif et qui continueront à fêter le premier jour des soldes. Parfois, je me demande si ces derniers ne sont pas les pires. Je n'arrive pas à comprendre comment il est possible de se supporter dans une telle contradiction. Savoir et ne rien changer en soi...C'est là qu'apparaît dans sa totale folie la puissance du formatage et la croyance qu'il est impossible d'en sortir. 

 

Changement climatique : ce qu'il faut retenir du sixième rapport des experts du Giec publié aujourd'hui

 

Le Giec publie ce lundi le premier volet de son sixième rapport, consacré aux éléments scientifiques les plus récents concernant l'évolution du climat.

Article rédigé par

Camille Adaoust

France Télévisions

Publié le 09/08/2021 10:02Mis à jour le 09/08/2021 15:56

 Temps de lecture : 6 min.

Les forêts brûlent à Gouves (Grèce), conséquence de la "pire canicule" dans le pays en plus de trente ans, le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les forêts brûlent à Gouves (Grèce), conséquence de la "pire canicule" dans le pays en plus de trente ans, le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Sept ans après son dernier rapport, le document est très attendu. Lundi 9 août, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) publie ses nouvelles évaluations et prévisions climatiques (lien en anglais). "L'influence humaine a réchauffé le climat à un niveau sans précédent depuis au moins 2 000 ans", alertent ses membres dans le sixième "résumé pour les décideurs", que franceinfo a pu consulter. Hausse de la température mondiale, intensification des événements extrêmes, responsabilité des activités humaines... Voici ce qu'il faut retenir de ce document référence. 

Le changement climatique actuel est "sans précédent"

Les scientifiques du Giec commencent par rappeler le constat suivant : "La température globale sur la surface de la Terre était plus chaude de 1,09°C entre 2011 et 2020 qu'elle ne l'était entre 1850 et 1900, avec une hausse plus importante au niveau des terres (1,59°C) qu'au niveau des océans (0,88°C)." Suivent les nombreuses conséquences de ce réchauffement.

Ainsi, entre 1901 et 2018, le niveau des mers a grimpé de 20 centimètres, "plus vite que lors de n'importe quel autre siècle depuis au moins 3 000 ans". Au nord, entre 2011 et 2020, "l'étendue moyenne de la banquise en Arctique a atteint son plus bas niveau depuis 1850", cite encore la communauté de chercheurs. La fonte des glaciers, quant à elle, a causé un recul de leur surface "sans précédent depuis 2 000 ans".

La concentration de CO2 est la plus élevée depuis au moins 2 millions d'années

Depuis son dernier rapport publié en 2014 (lien en anglais), le Giec se fait l'écho d'une situation qui ne s'est pas améliorée. "Depuis 2011 [date des mesures citées dans le précédent rapport], la concentration [de gaz à effet de serre] a continué d'augmenter dans l'atmosphère", écrivent les auteurs. Jusqu'à atteindre en 2019 son plus haut niveau "depuis au moins 2 millions d'années" pour le CO2 et "depuis au moins 800 000 ans" pour le méthane et le protoxyde d'azote, deux autres gaz à effet de serre, déplorent-ils.

Résultat : alors que la capacité du monde à limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle (l'objectif idéal de l'Accord de Paris) sera au centre des discussions de la COP26, le Giec, lui, adapte ses scénarios à la hausse par rapport à sa précédente publication. Le rapport publié ce lundi comprend en effet "un plus large éventail" de trajectoires d'émissions de gaz à effet de serre. Deux d'entre elles étudient les effets d'une hausse des émissions plus importante que précédemment, tandis que le scénario intermédiaire se concentre sur un maintien des émissions actuelles jusqu'en 2050 avant une baisse. La température pourrait alors augmenter de 2,1°C à 3,5°C d'ici la fin du siècle, et de 3,3°C à 5,7°C d'après les pires trajectoires, par rapport à la période 1850-1900. "La dernière fois que la température globale a été de +2,5°C par rapport aux niveaux de 1850 à 1900, c'était il y a plus de 3 millions d'années", alerte le Giec.

Les activités humaines sont, "sans équivoque", à l'origine du réchauffement

"De nouveaux modèles, de nouvelles analyses et méthodes (...) permettent de mieux comprendre l'influence humaine sur un éventail plus large de variables climatiques", décrivent les scientifiques. Et le résultat est "sans équivoque" : "C'est indiscutable, c'est un fait établi, les activités humaines sont à l'origine du changement climatique", a commenté la climatologue et coprésidente du Giec, Valérie Masson-Delmotte, lors d'une conférence de presse. Dans son rapport, le groupe insiste d'ailleurs particulièrement sur la responsabilité des activités humaines. Il est ainsi "probable" –selon les termes d'évaluation utilisés– que l'influence humaine ait contribué au schéma actuel des précipitations, "extrêmement probable" qu'elle ait induit les "changements observés dans la salinité des eaux océaniques proches de la surface", "très probable" que l'activité humaine soit aussi à l'origine du recul des glaciers depuis les années 1990, de la fonte de la banquise en Arctique ou encore "extrêmement probable" que l'homme soit la "cause principale" du réchauffement de la couche supérieure des océans (de 0 à 700 m), répète le Giec au fil des pages. 

"Les activités humaines affectent toutes les composantes du système climatique, certaines d'entre elles réagissant pendant des décennies et des siècles."

Le Giec 

dans le "résumé pour les décideurs"

Alors que les émissions de gaz à effet de serre à l'origine du changement climatique sont toujours à la hausse, le groupe d'experts en décrit les conséquences futures. Vagues de chaleur, inondations, sécheresses, météo propice aux feux... "Toutes les régions vont vivre plus de répercussions du changement climatique", écrit le Giec. Certaines seront même "irréversibles pour des siècles voire des millénaires", en particulier concernant la température des océans, la fonte des glaciers ou encore la montée du niveau de la mer.

Des événements extrêmes attribués au changement climatique

Au milieu d'une avalanche de catastrophes à travers le monde, des inondations en Allemagne et en Chine aux incendies monstres en Europe et en Amérique du Nord, les scientifiques écrivent noir sur blanc que nombre de ces événements sont causés par le changement climatique. "Les preuves qui montrent du changement dans des extrêmes comme les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux (...) ont été renforcées depuis" le dernier rapport de 2014.

Des preuves qui permettent aujourd'hui d'établir que les extrêmes de chaleur ou encore les fortes précipitations sont plus fréquents et plus intenses depuis les années 1950, à cause du changement climatique. "Certaines chaleurs extrêmes au cours de la dernière décennie auraient été extrêmement improbables sans l'influence de l'activité humaine sur le système climatique", note par exemple le rapport. "Chaque 0,5°C additionnel cause, de manière bien visible, une intensification et une augmentation de la fréquence des extrêmes chaleurs (...), des fortes précipitations tout comme des sécheresses."

Plusieurs objectifs évoqués pour ralentir le réchauffement

"Le réchauffement à 1,5°C et 2°C va être dépassé pendant le XXIe siècle, à moins qu'une profonde baisse des émissions de CO2 et des autres gaz à effet de serre ne se produise dans les prochaines décennies", insiste le Giec. Il présente donc plusieurs solutions. Il faut d'abord, d'après les experts, atteindre la neutralité carbone, c'est-à-dire arriver à un équilibre entre les émissions anthropiques et les absorptions de CO2, car "chaque tonne de CO2 émise s'ajoute au réchauffement global".

Le Giec en vient ensuite au budget carbone : il s'agit d'une estimation de la quantité de CO2 que l'humanité peut encore émettre avant de dépasser l'objectif des 1,5°C. Le groupe d'experts estime qu'il ne faut pas aller au-delà d'environ 500 gigatonnes de CO2. Les experts évoquent enfin la capture de carbone, qui a le "potentiel de retirer du CO2 de l'atmosphère et de le stocker durablement dans des réservoirs". Autant de solutions qui seront approfondies dans un autre volet, consacré aux mesures d'atténuation, de ce sixième rapport. Sa publication est prévue pour début 2022.

Rapport du GIEC (3)

Par Le 09/08/2021

 

Le monde politique, les décideurs, les financiers, les économistes, les grands industriels...Tous ces gens ne veulent pas d'un changement de paradigme parce que cela reviendrait pour eux-mêmes à la perte de leur puissance. Tout le problème est là. 

Le deuxième point d'achoppement vient du fait qu'une très grande partie de la population des pays industrialisés n'a aucunement envie de changer de mode de vie. Un pourcentage largement majoritaire continue à consommer tant que c'est possible, bien au-delà des besoins réels. L'idée même de réduire ce train de vie est inacceptable même si le train nous conduit droit dans le ravin.

On en revient toujours à cette réflexion indispensable sur le besoin, le manque et le désir.

J'ai tenté de lancer la discussion sur un des articles parus sur France info. J'ai eu droit à une réponse on ne peut plus claire : "N'importe quoi et c'est quoi le rapport avec le GIEC ? "

Le rapport, c'est très simple. Si chacun s'était efforcé de mener cette réflexion, l'existence même du GIEC n'aurait pas été nécessaire. 

LIEN : Le manque, le besoin, le désir.

 

Climat : état des lieux, base de débat… A quoi servent vraiment les rapports du Giec ?

 

Article rédigé par

Marie-Adélaïde Scigacz

France Télévisions

Publié le 09/08/2021 06:50

 Temps de lecture : 7 min.

Une pancarte dans une manifestation pour le climat, le 9 mai 2021, à Paris.  (JACOPO LANDI / HANS LUCAS / AFP)

Une pancarte dans une manifestation pour le climat, le 9 mai 2021, à Paris.  (JACOPO LANDI / HANS LUCAS / AFP)

Le premier des trois volets qui composent le sixième rapport du Giec, le groupe d'experts internationaux sur le climat, permet de faire le point sur les connaissances scientifiques sur le changement climatique. Mais est-ce suffisant pour faire bouger les choses ?

Des précipitations exceptionnelles en Chine et en Allemagne, des températures hors normes au Canada, des incendies ravageurs dans le sud de l'Europe, mais aussi en Turquie et dans l'ouest des Etats-Unis…

La publication, lundi 9 août, de la première partie du sixième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) intervient au milieu d'une avalanche de catastrophes portant les impacts du dérèglement climatique sur le devant de l'actualité. 

Sept ans après la sortie du précédent rapport, le premier des trois volets qui composeront cette nouvelle évaluation – elle sera complète d'ici l'automne 2022 – s'intéresse aux sciences physiques du climat. Des données, des figures, bref, de la science dure pour comprendre l'état de notre planète. Synthèse de milliers d'études publiées par les meilleurs instituts et universités du monde, cette publication ne fait pas de recommandations. Dès lors, comment les rapports du Giec parviennent-ils à appeler à l'action ? 

Ils dressent un état des lieux des connaissances scientifiques

Le Giec rassemble des chercheurs, mais n'est pas un organisme de recherche. Ses auteurs (plusieurs centaines répartis sur les cinq continents) ont pour mission de synthétiser des travaux menés dans les laboratoires du monde entier, afin de faire le point sur les connaissances scientifiques sur le climat. Ainsi, participer à la réalisation d'un rapport constitue un "honneur" qui attire des milliers de postulants, relève le climatologue Jean Jouzel. Parce qu'ils proposent "une base commune des connaissances de notre communauté", ces rapports donnent une force inédite au discours scientifique, poursuit celui qui a participé à la réalisation de quatre de ces publications, en tant qu'auteur ou membre du bureau.

Avant de rendre un rapport complet de quelque 2 000 pages, plusieurs dizaines de milliers d'articles scientifiques sont passés au crible. Cela représente sept ans de travail. Faire ainsi le point sur les connaissances à l'instant T permet de dynamiser la recherche, souligne Jean Jouzel. "J'ai beaucoup appris en participant aux rapports du Giec : cela donne des idées, crée des collaborations. Travailler sur ces rapports permet d'identifier les aspects les moins étudiés des sciences du climat. Si le Giec ne fait pas non plus de recommandations en termes de sujets de recherche, il donne lieu à de nouveaux projets", qui font encore avancer l'état des connaissances, souligne-t-il. 

Ils garantissent une base commune pour les dirigeants

Si les rapports ne font pas de recommandations politiques, "les Etats s'en servent pour guider leur action", explique Eric Brun, secrétaire général de l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc). L'organisme, qui dépend du ministère de la Transition écologique, participe aux discussions qui précèdent l'approbation du "Résumé à l'intention des décideurs", un texte synthétique d'une trentaine de pages qui accompagne chaque rapport et en propose un aide-mémoire plus digeste pour le commun des mortels. Pendant plusieurs semaines, ce "résumé des résumés" fait la navette entre le Giec et les délégations des Etats signataires afin de se mettre d'accord sur des formulations à la fois compréhensibles par tous et implacables du point de vue scientifique.

Une fois adopté par tous les pays, pendant la semaine qui précède la publication des textes du Giec, ce document constitue "un socle commun, une vérité universelle qui va éclairer toutes les décisions jusqu'à ce qu'un nouveau rapport soit publié", poursuit Eric Brun, scientifique de formation. Chaque ligne fait l'objet d'âpres discussions. "Certains pays veulent atténuer certains messages, notamment sur les causes du changement climatique, et d'autres – comme la France, l'Union européenne, la Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada – veulent au contraire les renforcer", continue-t-il. Car en peu de mots, cette synthèse envoie aux décideurs "des messages très forts". 

Surtout que cette année encore, la publication du premier volet du sixième rapport du Giec intervient avant d'importants rendez-vous diplomatiques, comme l'assemblée générale des Nations unies prévue en septembre à New York ou le sommet du G20 – dont les pays émettent 80% des gaz à effet de serre – en octobre à Rome. En point d'orgue, la COP26 se déroulera en novembre à Glasgow. C'est pourquoi "l'approbation des rapports du Giec [via le "Résumé à l'intention des décideurs"] est une étape cruciale. C'est ce qui fait la force du Giec", martèle Jean Jouzel. 

"Quand les pays arrivent à une COP, leurs gouvernements sont d'accord sur cette base et on n'a pas besoin de rediscuter de ces points à l'ouverture. S'il n'y avait pas cette dernière étape d'adoption, je pense que le rapport du Giec finirait dans les tiroirs."

Jean Jouzel, climatologue 

 

Pour preuve du poids de ces textes, le climatologue cite l'accord de Paris qui reprend, in extenso, les données mises en avant dans le cinquième rapport du groupe. De même, depuis que le Giec a préconisé, en 2018, de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle, plus de 130 pays ont inscrit dans leurs objectifs d'arriver à la neutralité carbone d'ici 2050, insiste-t-il. "Les décideurs politiques prennent appui sur les rapports du Giec pour définir des objectifs. Du moins, dans les textes. Car toute la question est de savoir s'ils respectent ces objectifs", nuance toutefois Jean Jouzel en déplorant "le fossé qui se creuse entre les engagements et les actions".

Ils animent le débat 

En mettant en avant la rigueur des rapports et leur caractère quasi exhaustif, la communauté des sciences du climat a façonné, avec le Giec, un outil de communication efficace pour les ONG, car incontestable aux yeux des politiques, souvent sourds à leurs cris d'alerte. Au sein du Réseau action climat, Aurore Mathieu estime ainsi que les données partagées dans chaque nouvelle production du Giec "renforcent vraiment [leur] plaidoyer". 

Le texte met ainsi en lumière certaines thématiques sur lesquelles se positionner. "Quand le rapport met en avant le rôle du méthane dans le réchauffement climatique, nous nous interrogeons sur ce que nous disons à ce sujet, poursuit Aurore Mathieu. Est-ce que ce point était un angle mort de notre discours, ou est-ce que nous le prenons déjà suffisamment en compte ?"

Surtout, si le Giec ne prend pas position, il "nous donne des éléments scientifiques qui fournissent une base solide sur laquelle appuyer nos demandes et nos revendications". Notamment sur des questions qui divisent, comme celle des technologies proposées pour limiter le réchauffement. 

"Certains pays comptent beaucoup sur des technologies de capture de carbone. Pour nous, les rapports démontrent que leur efficacité n'est pas prouvée, détaille par exemple Aurore Mathieu. Quand les décideurs mettent en avant des solutions simplistes, qui peuvent parler aux électeurs, mais ne sont pas au point scientifiquement, nous pouvons les interpeller sur ces points, avec des faits scientifiques, et non pas des opinions."

Ils témoignent de l'action (ou de l'inaction) des politiques

Alors que la communauté internationale s'apprête à dresser un premier bilan de l'accord de Paris, entré en vigueur il y a cinq ans, le nouveau rapport du Giec constitue enfin une pièce maîtresse pour évaluer ce qui a été fait… ou pas, explique Eric Brun. "C'est une phase extrêmement importante puisque la France – au sein de l'Europe des 27 – demande que ce bilan se traduise en un appel pour relever l'ambition en matière de lutte contre le changement climatique". 

Les engagements de 2015 ont-ils été tenus ? Les émissions de gaz à effet de serre ont-elles diminué ?

A chaque rapport, le Giec fournit la réponse donnée par la science. Et depuis le premier en 1990, ces faits scientifiques démontrent que le monde politique n'a pas relevé les défis posés par le réchauffement climatique, en dépit de la création des Conventions des Nations unies sur le climat en 1992 ou de la signature du protocole de Kyoto en 1997. A l'aube du sixième rapport, il a même pris "un retard hallucinant", note Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France. 

"Ce qui est alarmant, ce n'est pas le rapport du Giec. C'est l'apathie et le manque de réponses politiques à ces constats qui sont saisissants et unanimes. Et c'est d'autant plus déplorable que ces Etats valident les conclusions du Giec et prennent des engagements au sein de l'accord de Paris." 

Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France 

à franceinfo

Pour le militant écologiste, "on va vraiment dans le mur les yeux grands ouverts, car on n'a jamais eu autant de données scientifiques unanimes sur un même phénomène". Et, à ses yeux, ces rapports successifs illustrent finalement "une rupture entre le savoir et le pouvoir, notamment le pouvoir politique", sur la question du réchauffement climatique. 

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