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Edgar Morin : cent ans.
Rien d'autre à en dire que le fait que j'estime grandement cet homme.
Edgar Morin (2)
Edgar Morin : une alerte de plus
Nous n'avons pas "la conscience lucide que nous marchons vers l'abîme", alerte le philosophe Edgar
Morin, qui fête ses 100 ans
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Radio France
Publié le 08/07/2021 07:45Mis à jour le 08/07/2021 18:18
Temps de lecture : 13 min.

Le philosophe et sociologue Edgar Morin, le 2 juillet 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)
Dans l'entretien qu'il a accordé à franceinfo, le sociologue et essayiste pointe les dérives identitaires et autoritaires de notre époque. Mais au moment de tirer les "leçons d'un siècle de vie", il se défend de tout fatalisme : "Je demande aux jeunes de lutter contre toutes les forces de haine ou de mépris".
Il est l’un des théoriciens de la pensée complexe et il fête jeudi 8 juillet son siècle d’existence. Edgar Morin, sociologue, philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS, intellectuel humaniste, est reçu à l'Élysée par Emmanuel Macron, en présence d'une centaine d'invités. Dans l'entretien qu'il a accordé à franceinfo, il tire les "leçons d'un siècle de vie", évoque son entrée dans la Résistance alors qu’il avait à peine plus de 20 ans, en 1941. Il s'inquiète de la montée des égoïsmes, des nationalismes, et de cette société qui se renferme sur elle-même. Pour autant, il garde un optimisme raisonné et appelle les jeunes à "prendre parti pour toutes les forces positives et à lutter contre toutes les forces de destruction".
franceinfo : Edgar Morin, vous êtes sociologue, philosophe. Vous êtes aussi directeur de recherche émérite au CNRS, ancien résistant. On peut vous présenter de beaucoup de manières différentes. Penseur et humaniste sont des qualificatifs qui vous conviennent ?
Edgar Morin : Moi, j'ai horreur d'être enfermé dans une seule étiquette. Alors, si vous, vous en mettez cinq ou six, ça peut aller !
En tout cas, vous êtes centenaire ce 8 juillet. Vous allez fêter cela ? Vous êtes notamment reçu à l'Élysée.
Oui. Il y a aussi déjà eu une cérémonie à l'Unesco. Il va y en avoir une à la mairie de Paris. J'en ai fait une familiale, avec mes enfants, et il y en aura une en Avignon. Il y a un peu une avalanche de cérémonies, mais cela n'arrive que tous les cent ans !
100 ans, c'est en tout cas l'occasion de faire le bilan, en quelque sorte. C'est ce que vous faites dans votre ouvrage Leçons d'un siècle de vie aux éditions Denoël. Cet ouvrage est une autobiographie, un essai ?
Non, ce n'est pas de l'autobiographie. Il y a des éléments biographiques pour éclairer le lecteur, sur les leçons que, moi-même, j'ai tirées de ma vie, dans différents domaines. Disons que c'est un essai.
Vous avez une vie riche, qui a mal commencé. Votre mère a essayé d'avorter. Vous êtes né avec le cordon ombilical autour du cou. Vous avez vécu le traumatisme de la mort de votre maman quand vous aviez 10 ans seulement. C'est dans tous ces événements traumatiques que vous avez puisé la force de vivre aussi longtemps ?
Peut-être que c'est la résistance que ça m'a donnée, quand j'étais un fœtus et qu'on a voulu m'avorter. C'est peut-être aussi qu'après la mort de ma mère, j'ai eu une maladie bizarre. À nouveau, j'étais envahi par des forces de mort, et mon organisme a résisté. Peut-être que tout ça a joué un rôle. Mais il y a aussi le fait que j'étais enfant unique. Ma mère avait une lésion au cœur et ne pouvait avoir d'autre enfant. Donc il y avait un rapport d'adoration mutuelle totale.
"Ce qui m'a sauvé, je crois, c'est que je lisais sans arrêt et que j'allais au cinéma dès que je le pouvais. Je m'évadais dans la culture."
Edgar Morin, philosophe
à franceinfo
Cette évasion de ma propre douleur me faisait découvrir la réalité à travers l'imaginaire. Je voyais des films sur la Guerre de 1914 qui m'ont montré la guerre. Je voyais des films sur la société. Les romans et le cinéma ont été pour moi des éducateurs plus importants même que l'école.
Vous avez employé le mot "résistance". Vous aviez 21 ans quand vous êtes entré dans la Résistance. "C'est dur d'avoir 20 ans en 2020", a dit Emmanuel Macron. Est-ce que vous trouvez aussi que la période est difficile, vous qui avez connu la Seconde Guerre mondiale ?
Il y a une précarité qui n'est pas du tout la même. Mais je pense que c'est aussi l'adversité qui doit stimuler. La Résistance était surtout composée de jeunes : nos chefs avaient entre 24 et 28 ans. C'était un mouvement où la jeunesse exprimait aussi bien ses aspirations que sa révolte. Moi, je pense que les jeunes doivent exprimer leurs aspirations et leurs révoltes en même temps, comme nous l'avons fait. Aujourd'hui, ce n'est pas la même cause. Nous, c'était la défense de la patrie et même, plus largement, c'était l'humanité mise en danger par les forces totalitaires. Mais aujourd'hui, c'est la Terre qui est menacée. Ce n'est pas seulement le monde animal et végétal. C'est nous-mêmes, avec les pollutions, l'agriculture industrialisée. Nous avons mille menaces avec des conflits, les fanatismes, les refermetures sur soi. Il y a des causes absolument magnifiques pour les jeunes, la défense de la Terre, la défense de l'humanité, c'est-à-dire l'humanisme. On voit aussi bien la petite Greta Thunberg que d'autres jeunes, qu'ils sentent ceci. Moi, je pense que nous avons besoin, toujours, de nous mobiliser pour une chose commune, pour une communauté. On ne peut pas se réaliser en étant enfermé dans son propre égoïsme, dans sa propre carrière. On doit aussi participer à l'humanité et c'est une des raisons, je crois, qui m'ont maintenu alerte jusqu'à mon âge.

"On ne peut pas se réaliser en étant enfermé dans son propre égoïsme", estime le philosophe Edgar Morin. (SYLVIE CAMBON / MAXPPP)
On fait souvent le parallèle entre la France d'aujourd'hui et celle des années 30, avec cette montée de la violence, et ce repli sur soi. Faites-vous aussi ce parallèle ?
C'est un parallèle que je fais, sur un certain plan. C'était une époque de dangers qui montaient sans cesse et que l'on vivait presque en somnambule, sans nous en rendre compte. Mais le type de danger aujourd'hui n'est pas du tout le même. A l'époque, c'était l'Allemagne envoûtée par Hitler et par une conception de la supériorité aryenne qui projetait de dominer, avec son espace vital, toute l'Europe, et d'esclavagiser le monde slave. C'était la menace de l'Allemagne nazie qui était le danger principal. Aujourd'hui, il y a plus de dangers. Ils sont multiples. Vous avez le danger nucléaire. Vous avez le danger économique, celui de la domination de l'argent un peu partout. Vous avez les crises de la démocratie, comme il y en a eu à l'époque, et qui aujourd'hui sont aussi graves. Donc, il y a des traits semblables, mais aussi des traits très différents. Surtout, il y a l'absence de conscience lucide que l'on marche vers l'abîme. Ce que je dis n'est pas fataliste. Je cite souvent la parole du poète Hölderlin qui dit que "là où croît le péril croît aussi ce qui sauve". Donc, je pense quand même qu'il y a encore espoir.
Vous qui êtes le chantre du concept philosophique de la pensée complexe. Vous ne trouvez pas qu'il y a parfois des raccourcis qui peuvent être faits, comme par exemple, quand on entend qu'on est en dictature aujourd'hui en France ? Vous n'avez pas l'impression qu'une certaine partie du pays va trop loin, fait des raccourcis ?
"Cette pandémie est une sorte de répétition générale de ce que pourrait être un État, tel qu'il existe déjà en Chine, de la surveillance et de la soumission généralisée."
Edgar Morin, philosophe
à franceinfo
Nous n'en sommes pas là, mais nous voyons que nous en subissons la menace. Là aussi, c'est à venir. Même à quelques années, ne serait-ce qu'avec cette élection présidentielle, personne ne sait ce qui va se passer. On est dans une incertitude totale.
Vous écrivez d'ailleurs dans une tribune publiée dans le journal Le Monde : "Nous devons comprendre que tout ce qui émancipe techniquement et matériellement peut en même temps asservir". Vous parlez du premier outil qui est tout de suite devenu une arme. Vous parlez des dangers de la technologie moderne et notamment de la vidéosurveillance, des algorithmes. Ce sont des dangers immédiats ?
C'est un des dangers dans cette société, appelons-la néo-totalitaire, qui pourrait s'installer. Mais il ne faut pas oublier la biosphère qui va aggraver tout ça si la crise climatique continue. Il ne faut pas oublier que les fanatismes se déchaînent un peu partout. Ce qui me frappe beaucoup, c'est que nous sommes à un moment où nous avons, tous les humains, une communauté de destin – et la pandémie en est la preuve, on a tous subi la même chose de la Nouvelle-Zélande à la Chine et à l'Europe. On a subi les mêmes dangers physiques, personnels, sociaux, politiques.
"Nous avons une communauté de destin. Mais on est dans une telle angoisse qu'au lieu de prendre conscience de cette communauté, on se referme sur sa propre identité, ethnique, religieuse, ou nationale."
Edgar Morin, philosophe
à franceinfo
Moi, je ne suis pas contre la nation, au contraire. Mon idée de Terre patrie, c'est qu'elle englobe les patries et les nations sans les dissoudre. Mais cette conscience n'est pas là. Elle peut venir, elle peut se développer. Mais elle n'est pas là.
Comment avez-vous vécu, sur le plan intellectuel, le confinement, cette idée de confiner sa population ? Est-ce que pour vous le confinement, c'est la santé qui a primé sur l'économie ? Ou est-ce qu'au contraire, vous retenez qu'on a confiné au détriment des libertés ?
La complexité, c'est de voir l'ambivalence des choses. Je vois très bien une volonté d'une politique sanitaire mais qui, peut-être, n'était pas totalement adéquate à la situation. Le confinement, c'est une chose qui a provoqué aussi bien des réflexions salutaires chez certains que des tragédies chez d'autres. C'est profondément ambivalent. Mais ce que je crois, c'est qu'on n'a pas bien pensé ce virus. On continue à être dans une aventure inconnue et dangereuse et je pense qu'il y a une grande repensée politique et sanitaire à faire aujourd'hui.
Vous avez 100 ans. Forcément, à cet âge-là, on commence à penser à la fin. Axel Kahn, qui nous a quittés mardi 6 juillet, a presque chroniqué la fin de sa vie. Est-ce que vous aussi, vous vous y êtes préparé ?
Il y a une grande différence avec Axel Kahn, qui se savait atteint d'un cancer fatal. Jusqu'à présent, je n'ai pas d'atteintes, je ne peux pas avoir la même attitude qu'Axel Kahn. Je dispose encore, du moins cérébralement, des forces de vie qui me donnent des envies, des projets, des désirs, des plaisirs. Je vis bien entendu d'une façon beaucoup plus restreinte que dans le passé. Mon audition a faibli. Mes yeux ne lisent plus les choses microscopiques. Mes jambes ne peuvent plus cavaler.
"Moi qui adore la musique, maintenant les sons m'arrivent déformés, j'ai beaucoup de choses qui sont rétrécies. Mais même dans ce rétrécissement, je continue à participer à la vie de la nation et à la vie du monde."
Edgar Morin
à franceinfo
Donc, si vous voulez, je sais que la mort peut arriver d'un moment à l'autre, je sais que je peux m'endormir un soir et ne pas me réveiller. Mais ça, c'est le destin humain.
Axel Kahn s'est beaucoup battu pour la fin de vie dans la dignité. C'est aussi un combat que vous portez ?
Je comprends très bien ce besoin d'éviter les souffrances les plus atroces à des gens qui se sentent condamnés. Mais les médecins sont devant une contradiction éthique. D'un côté le serment d'Hippocrate, qui leur dit de prolonger la vie au maximum, et de l'autre, une part d'humanité qui leur dit : arrêtons les souffrances de cette pauvre personne. Je suis pour ce point de vue, mais je sais qu'il y a des cas rares où des malheureux dans un coma qui semblait irrémédiable, au bout de quelques années, se réveillent soudain.
Vous diriez qu'il faut changer la loi sur la bioéthique ?
Il faut réfléchir sur les contradictions de la bioéthique. On voit que la génétique permet des manipulations qui peuvent être dangereuses, et en même temps des interventions qui peuvent être très salutaires. Il faut penser que dans ce domaine-là, nous avons affaire souvent à des devoirs contradictoires. Donc, il faut surtout faire une loi selon la complexité des choses, et pas d'une façon simplifiée.
C'est toujours cette ambivalence et la "pensée complexe". On l'a peut être vue également avec l'affaire Mila, concernant la liberté d'expression cette fois-ci. J'imagine que vous êtes d'accord pour dire qu'il faut défendre la liberté d'expression.
Ce n'est pas un accord, c'est une cause permanente qu'il faut défendre !
Mais jusqu'où ? Est-ce qu'une lycéenne peut insulter une religion en ligne ? Et est-ce qu'en réponse des personnes peuvent appeler à son meurtre ? Est-ce que la justice a eu raison de condamner les harceleurs de Mila à 4 à 6 mois de prison ?
Je pense que, là aussi, nous avons affaire à une contradiction éthique. Je suis pour la liberté d'expression totale, mais bien entendu, je pense aussi que sur la fameuse histoire des caricatures, non seulement elles pouvaient être considérées comme immondes par des jihadistes, mais pouvaient même offenser des pieux musulmans. Donc, je n'étais pas pour la censure, mais je suis pour que les journalistes aient le sens de la complexité et de la responsabilité. C'est de ça dont il faut tenir compte. C'est aux journalistes de savoir à quel moment éviter quelque chose d'offensant. Un exemple, pour éviter toute comparaison avec des choses actuelles, l'islam ou le christianisme. Quand en Amérique, des Blancs vont dans les forêts sacrées des Indiens, des forêts qui, pour eux, sont plus que sacrées puisque c'est là où il y a leurs ancêtres, je pense qu'il faut condamner ce qui est un sacrilège pour les Indiens. Il faut dans chaque cas réfléchir et ne pas avoir des idées abstraites générales.
On a beaucoup évoqué des choses sombres dans l'actualité ou dans le passé. Est-ce que vous avez une note d'espoir à donner du haut de vos 100 ans ? Est-ce que vous voyez un ciel bleu possible dans l'avenir ?
D'abord, je sais que rien n'est irrémédiable. Malheureusement, la démocratie n'est pas une chose irréversible, mais une dictature non plus n'est pas irréversible. On a vécu des périodes sombres comme l'Occupation où pendant des années, il n'y avait pas d'espoir, jusqu'à ce qu'arrive le miracle de la défense de Moscou et de l'entrée en guerre des États-Unis. Donc l'improbable arrive dans l'histoire. Des évènements heureux arrivent. Parfois, ils n'ont qu'un sens limité, mais quand même important. Prenez le pape François. C'est le premier pape depuis des siècles qui soit retourné aux principes de l'Évangile et ait pris conscience des périls qui menacent la Terre, de la pauvreté et de la misère humaine. C'était imprévu que ce pape succède à un autre pape qui était si fermé, si réactionnaire.
"L'imprévu peut arriver, en bien ou en mal. Et moi, je compte donc sur l'improbable. L'Histoire n'est jamais écrite d'avance."
Edgar Morin
à franceinfo
Dans le fond, il y a toujours la lutte entre ce qu'on peut appeler les forces d'union, d'association, d'amitié, Eros, et les forces contraires de destruction et de mort, Thanatos. C'est le conflit depuis l'origine de l'univers où les atomes s'associent et où les étoiles se détruisent, se font bouffer par les trous noirs. Vous avez partout l'union et la mort. Vous l'avez dans la nature physique, vous l'avez dans le monde humain. Moi, je dis aux gens, aux jeunes : prenez parti pour les forces positives, les forces d'union, d'association, d'amour, et luttez contre toutes les forces de destruction, de haine et de mépris.
"Nous n'avons pas "la conscience lucide que nous marchons vers l'abîme" - l'entretien avec Edgar Morin, 100 ans
Après la mort
Axel Kahn est mort.
Je ne reviendrai pas sur le parcours de cet homme, sur ses écrits, son engagement, ses prises de position.
On en pense ce qu'on veut.
Il y a une chose en tout cas à laquelle je n'adhère pas et qu'il a répété à plusieurs reprises ces derniers temps, depuis qu'il se savait condamné par le cancer.
"Après la mort, il n'y a rien."
C'est à mon sens impossible de l'affirmer.
Tout comme il est impossible d'affirmer le contraire.
On peut supposer que de la part d'un scientifique, il aurait été étonnant de l'entendre parler d'âme ou de toute dimension spirituelle mais ce que j'entends dans les propos, c'est un manque d'humilité et surtout de respect envers l'humain. Il aurait pu dire qu'il n'en sait rien mais qu'il ne s'attend pas à autre chose que la disparition totale et le message aurait été bien plus respectueux pour tous.
Je trouve quelque peu prétentieux d'affirmer quoi que ce soit sur la mort. C'est le sujet sur lequel l'idée d'une certitude est totalement déplacée. Et c'est justement parce qu'au fil de l'Histoire entière de l'Humanité, des individus se sont appropriés le droit d'asséner leurs certitudes que des conflits multiples et souvent violents ont eu lieu.
Qu'il s'agisse des croyants ou des athées, des scientifiques ou de n'importe quelle part de la population, dès lors qu'on s'autorise à affirmer que la mort est telle et pas autrement, on exclut une frange considérable de l'Humanité. Ce que nous aurions pu apprendre à travers l'existence de la mort, c'est l'acceptation de l'autre dans sa différence.
Je ne sais rien de la mort sinon le fait que je ne serai plus là pour en écrire quoi que ce soit quand mon tour sera venu. J'accepte par contre l'idée d'en parler dès lors que mon interlocuteur n'arrive pas, les armes à la main, pour m'imposer son point de vue. Ni les armes, ni même les mots.
La Californie : exemple de l'avenir
On connait la propension folle des Américains à puiser dans les ressources, sans aucune mesure.
Vient s'ajouter à ce mode de fonctionnement le changement climatique.
On dit toujours que les Etats-Unis finissent par déteindre sur l'Europe avec un ou deux ans d'écart. Ou que l'Europe finit toujours par copier les Etats-Unis. Peu importe. La réalité est là. Il suffit de voir ce qui se passe dans le département de l'Hérault depuis quatre, cinq ans et dans tout le sud de la France.
La vie dans une bonbonne
"Lorsque David Latimer a débuté ce projet en 1960, il a ajouté 15 cl d'eau pour ensuite la rouvrir en 1970 et lui en rajouter une dernière fois, elle n'a plus JAMAIS été ouverte depuis. Cette Tradescantia vit donc depuis en milieu clos et a crée son propre écosystème.
L'eau contenue dans la bouteille est absorbée par la plante, ensuite transpirée en même temps que le l'oxygène qu'elle rejette, se forme ensuite des gouttelettes d'eau qui ruisselle le long de la paroi pour retourner au sol.
Ce dernier est nourri en permanence par les feuilles qui tombent en décomposition, formant un cycle naturel, tout en permettant à la plante de vivre, d'absorber le Co2et de libérer également de l'oxygène, et de participer à un cycle perpétuel.
La Terre fonctionne selon le même principe, le cycle de l'eau et son évaporation forme à plus grande échelle, un climat stable. L'atmosphère de la Terre jouant le rôle de bouteille, l'eau présente sur notre planète ne peut donc la quitter, le soleil réchauffant la planète, l'eau entame un parcours qui va de l'océan aux nuages, puis de la terre aux rivières...tout le monde a donc bien compris l'enjeu concernant la déforestation massive, car même si l'eau recouvre 75% de notre planète, il n'y a que 3% d'eau potable, et sans les arbres nous n'aurions ni oxygène, ni vie.
On nous bassine avec les émissions de Co2, on nous interdit de rouler en voiture à essence pendant que les avions et porte-conteneurs sont toujours plus présents, mais on ne parle quasiment jamais de la déforestation. Pire ! je ne vois AUCUN programme gouvernemental provenant des partis écolos, se dresser contre ce que qu'on appelle un " Arbricide " ou " Ecocide ", des tonnes de bois et des cathédrales de grands cèdres sont coupés pour des bâtons de sucettes en Chine.
Si demain on ouvre la bouteille, qu'on coupe la plante de moitié, même avec la même quantité d'eau présente, le cycle sera réduit et donc l'humidité présente sur la paroi sera moindre, le taux de Co2 augmentera un peu faute d'avoir de quoi l'absorber et la production d'oxygène diminuera. La surface du sol sera certainement plus sèche et il faudra aller dans le fond de la bouteille pour retrouver une terre humide, sans compter la température interne qui augmentera elle aussi, faute d'être refroidie par l'eau présente sur la paroi.
Voilà pourquoi nous subissons des sécheresses, et pourquoi le climat change, et qu'il ne pleut plus ou peu, parce que nous consommons trop de forêts, pour nos meubles, pour la construction, pour l'industrie, pour le papier, pour l'élevage, etc...
Si en plus on rajoute du plastique, du pétrole, des produits chimiques et tout un tas de crasses...je ne donne pas cher de l'espérance de vie de la plante...
Merci de m'avoir lu.
Samy.Kaze
David Latimer a planté une fleur dans une bonbonne en 1960. Il ne l’a ré-ouverte qu’une seule fois en 1972 et la plante a créé son propre écosystème
David Latimer, un octogénaire britannique, a planté une plante dans une grande bouteille en 1960 et elle est encore vivante, sans qu’il n’ait eu à l’arroser régulièrement depuis qu’il a scellé le bouchon qui renferme aujourd’hui son propre écosystème.
Lorsque David Latimer a débuté ce projet, il n’était qu’un jeune homme. Il a commencé par mettre un peu de compost et seulement 15 cl d’eau dans une bonbonne de verre de 38 litres et inséré une graine de Tradescantia grâce à de petits câbles. Cette fleur que l’on appelle plus familièrement misère ou éphémère, car elle ne vit qu’une journée (la plante continuant tout de même de fleurir au cours du temps), a donc su s’épanouir sur plusieurs décennies, dans un environnement clos, s’apparentant à une serre.
Latimer a donc scellé la bonbonne en 1960 et, à une seule exception en 1972 pour ajouter un peu d’eau, il ne l’a jamais ouverte. Tout ce qui a pu pénétrer à l’intérieur a été la lumière du soleil. Ensuite, Latimer a seulement tourné le jardin embouteillé un petit peu chaque jour pour que la plante puisse pousser de façon harmonieuse.

Comment un écosystème a-t-il pu être recréé ?
Les jardins en bouteilles fonctionnent parce que leur espace hermétique crée un écosystème entièrement auto-suffisant dans lequel les plantes peuvent survivre en utilisant la photosynthèse pour recycler les éléments nutritifs. La seule intervention externe nécessaire est celle permettant de garder la plante bénéficier de la lumière du soleil, car cela lui fournit l’énergie dont elle a besoin pour créer ses propres aliments (photosynthèse) et de continuer à se développer.
Les feuilles de la plante absorbent la lumière du soleil grâce aux protéines contenant la chlorophylle. Une partie de cette énergie est stockée sous forme d’adénosine triphosphate, une molécule qui stocke l’énergie. Le reste est utilisé pour éliminer les électrons de l’eau absorbée par le sol au travers des racines de la plante. Ces électrons deviennent alors “libres”, et servent lors des réactions chimiques qui convertissent le dioxyde de carbone en hydrates de carbone, libérant de l’oxygène.

Puisque le jardin en bouteille de David Latimer fonctionne dans un environnement clos, le cycle de l’eau fonctionne également comme un processus autonome. C’est un parfait exemple du cycle de la vie : l’eau dans la bouteille est absorbée par les racines de la plante, rejetée dans l’air par les feuilles et récupérée par le terreau avant d’être à nouveau absorbée. Quant aux feuilles mortes, elles tombent et se décomposent, libérant de ce fait du CO2 qui sert alors de nourriture à la plante pour la photosynthèse.
"L'affaire du siècle"
PRÉSENTATION
Notre Affaire à Tous s’est engagée depuis sa création, dans l’élaboration du premier recours climat à portée globale, enjoignant l’Etat français à respecter ses engagements en faveur de l’environnement et du climat. Le premier acte de ce recours a été lancé le 18 décembre 2018 en partenariat avec la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France. C’est l’Affaire du Siècle.
Ce recours contre l’inaction climatique de l’Etat français a pour objectif de faire reconnaître par le juge l’obligation générale d’agir de l’Etat français dans la lutte contre le changement climatique, afin de protéger les droits des citoyen-nes français-es face à l’impact du changement climatique sur leur vie. Avec cette initiative juridique, Notre Affaire à Tous veut rappeler l’Etat à respecter ses propres engagements et maintenir la pression sur les autorités pour l’adoption immédiate de mesures concrètes et ambitieuses en matière climatique, par la voie de la justice.
Aux Pays-Bas, au Pakistan ou en Colombie, ces élans citoyen.n.e.s se sont montré victorieux ! Les juridictions nationales tendent la main aux citoyen-es pour les protéger et inventer un nouveau modèle climatique, social et démocratique. Nous prenons part à un véritable mouvement mondial qui renouvelle et invente de nouveaux droits en matière climatique et environnementale !
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OBJECTIFS
Notre objectif ? Que le juge reconnaisse la responsabilité de l’État français et enjoigne au Premier ministre et aux ministres compétents d’adopter toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à l’ensemble des manquements de l’État et réparer les préjudices subis. A travers ça, nous voulons :
Participer à un élan mondial de lutte juridique, sociale, et civique pour l’Etat de droit et la responsabilisation des autorités publiques
Obtenir une reconnaissance, par les juridictions nationales françaises, du devoir de protection et de vigilance qui incombe à l’Etat français et de sa responsabilité dans l’adoption d’une véritable stratégie climatique
Inciter l’Etat français à adopter toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à l’ensemble des manquements de l’État et réparer les préjudices subis
Produire une décision juridique en France capable de faire jurisprudence et de contribuer au mouvement mondiale de prise de conscience et de soif de participation de la société civile et des citoyen.n.e.
Comment ?
Nous utilisons tous les moyens à notre portée pour donner davantage de poids au recours contre l’Etat français déposé devant le tribunal administratif de Paris afin de mettre un terme à son inaction climatique.
Cela passe à la fois par des actions juridiques et des actions de mobilisation.
Notre Affaire à Tous travaille avec les autres organisations de l’Affaire du Siècle afin de faire en sorte que l’Affaire du Siècle soit portée jusqu’au bout du processus juridique pour que la justice climatique fasse un grand bond en avant, tant par la décision qui sera rendue que la jurisprudence qui en découlera. Retrouvez ici toutes les étapes de l’action juridique de l’Affaire du Siècle.
Convaincu-es que le droit peut constituer un levier de mobilisations citoyennes, Notre Affaire à Tous, au sein du collectif “l’Affaire du Siècle”, a pour objectif de construire et faire vivre une communauté de citoyen-nes impacté-es par le changement climatique, en attente d’une réponse du gouvernement. Ainsi, nous voulons engager un rapport de force avec l’Etat afin de lui ouvrir les yeux sur les conséquences concrètes pour les français-es de son inaction climatique. Ces actions seront réalisées autour de la cartographie des impacts des changements climatiques en France avec pour objectif d’alerter les pouvoirs publics de la gravité de la situation et que l’Etat réponde à notre recours juridique, et surtout qu’il agisse.
NOS ACTIONS
L’Etat condamné pour inaction climatique !

Pour la première fois, la justice vient de reconnaître que l’inaction climatique de l’État est illégale, que c’est une faute, qui engage sa responsabilité. C’est une avancée majeure du droit français ! Ce jugement est une victoire de la vérité :jusqu’ici, l’État niait l’insuffisance de ses politiques climatiques, en dépit de l’accumulation de preuves. Nous espérons maintenant que la justice ne se limitera pas à reconnaître la faute de l’État, mais le contraindra aussi à prendre enfin des mesures concrètes permettant a minima de respecter ses engagements climatiques ! Cette victoire, c’est grâce à vous, grâce aux 2,3 millions de personnes qui soutiennent l’Affaire du Siècle depuis 2018.
14 janvier 2021 : L’Affaire du Siècle au Tribunal

Plus de deux ans après le lancement de l’Affaire du Siècle et le soutien de plus de 2,3 millions de personnes, l’action en justice contre l’inaction climatique de l’État porté par Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France, arrive enfin à son dénouement : son audience a eu lieu le 14 janvier 2021 à 13H45. La décision finale a été rendue 15 jours plus tard.
L’action juridique de l’Affaire du Siècle

L’inaction de l’État est illégale ! L’Etat est tenu de respecter ses engagements nationaux, européens et internationaux, et de protéger les droits humains de ses citoyennes et citoyens. Pourtant, la France est loin d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est pourquoi nous attaquons l’Etat en justice pour inaction climatique. Requête sommaire, mémoire complémentaire, réponse de l’Etat, retrouvez ici toutes les étapes de la procédure judiciaire pour tout comprendre sur ce recours inédit !
L’Affaire du Siècle et Grande Synthe

L’Affaire du Siècle a rejoint le dossier juridique de Grande Synthe, la commune qui a attaqué l’Etat devant le Conseil d’Etat en novembre 2018, en déposant une intervention volontaire afin d’ajouter ses arguments au dossier. Les deux actions juridiques visent à mettre en lumière l’inaction de l’État face aux obligations qui étaient les siennes. Le jugement de Grande Synthe arrivant avant celui de l’Affaire du Siècle, la décision du Conseil d’Etat aura un impact sur le dossier de l’Affaire du Siècle.
Lancement de l’Affaire du Siècle

Le 18 décembre 2018, Notre Affaire à Tous, en partenariat avec la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France, a initié « l’Affaire du Siècle », le recours climat contre l’Etat français. Ce recours a pour objectif de faire reconnaître par le juge l’obligation générale d’agir de l’Etat français dans la lutte contre le changement climatique, afin de protéger les droits des citoyen-nes français-ses face à l’impact du changement climatique sur leur vie. La pétition de soutien a recueilli plus de 2 millions de signatures.
Mars, le Jour du Dérèglement

L’Etat français s’est donné pour objectif d’être neutre en carbone en 2050. Cet objectif, que l’Etat s’est lui-même fixé, signifie que, chaque année à partir de 2050, la France ne pourra rejeter dans l’atmosphère que 80 mégatonnes de CO2. L’Affaire du Siècle a mesuré le chemin qu’il reste à parcourir afin de respecter cet objectif, et avec celui-ci l’ambition de neutraliser l’impact de la France sur le climat. Résultat : le 5 mars 2020, la France a épuisé son compte carbone et vit à découvert jusqu’à la fin de l’année.
Cartographie des Témoins du climat

Convaincue que le droit peut constituer un levier de mobilisations citoyennes, l’Affaire du Siècle a lancé une cartographie des impacts des changements climatiques en France afin de construire et faire vivre une communauté de citoyen-nes impacté-es par le changement climatique. L’objectif est d’alerter les pouvoirs publics sur la gravité de la situation et les conséquences concrètes pour les français-es de son inaction climatique, et surtout qu’il agisse.
NOS VIDÉOS
Lancement de l’Affaire du Siècle
Témoins du Climat
Jour du Dérèglement
"Hétéroïnomane"
Nous en sommes là. La crise sanitaire et économique n'a rien changé. Les avionneurs engrangent les contrats d'achat d'avions comme si rien ne s'était produit. Les gouvernements prônent le retour à la croissance et en appellent au civisme des populations pour maintenir les "gestes barrières" et contenir les mutations du virus. Rien, aucune leçon, aucune compréhension. Il faut retrouver "le monde d'avant". Alors que tout vient de là. La covid est un avertissement qui n'est pas entendu. C'est une sirène de pompiers et les oreilles se bouchent. Des alertes avaient été lancées depuis des décennies par quelques scientifiques. "Des virus peuvent enrayer la machine et nous ne sommes pas prêts".
Il n'y a eu aucun principe de précaution. Nous avons attendu d'être confronté au mal.
Et il en sera de même avec le changement climatique. Le même aveuglement, la même insouciance. Nos conditionnements sont surpuissants, ils ne peuvent plus être contrés. Nous attendrons la crise pour chercher des solutions. Mais il n'y a aura pas de vaccins et les Etats seront impuissants. Totalement impuissants.
Qu'en sera-t-il alors de la population des conditionnés lorsque surgira la prise de conscience que personne n'est en mesure de stopper les sécheresses et les canicules mortifères, les tornades et les orages de grêle dévastateurs, les inondations et les coups de froid polaire, lorsque les réseaux électriques et les réseaux d'eau potables seront déficients, sur de longues périodes, lorsque les pénuries alimentaires s'enchaîneront, lorsque le prix des légumes et des fruits exploseront devant les dévastations répétées ?
Scénario de science fiction ?
Oui, j'aimerais autant. On vient de passer huit jours avec notre petit-fils. Et j'ai peur pour lui.
Hétéronomie (1)
Par Thierry LEDRU
Le 30/05/2012
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L'hétéronomie est la capacité d'un être vivant à subir la règle du milieu environnant.
Chez l'homme, l'hétéronomie représente l'incapacité à se donner ses propres lois et à se régir d'après elles. L'hétéronomie est l'inverse de l'autonomie.
Pour Kant, l'hétéronomie est la dépendance à l'égard de mobiles pathologiques sensibles ou d'une loi extérieure. Il distingue le domaine de l'hétéronomie, soumission inévitable au socius politique, de l'autonomie, capacité de se donner à soi-même ses propres lois, qui ne se conçoit valablement que dans le domaine de la liberté morale. Il évite d'envisager la morale comme domaine de la soumission aux normes, dans le respect des pouvoirs établis et la conformité aux exigences de la raison. Kant soutient que la Raison morale ne se définit pas par rapport au politique, domaine par excellence de l'hétéronomie, mais par la liberté.
Wikipédia
En grec, "autonomos" signifie "ce qui se gouverne selon ses propres lois."
On peut légitimement se poser la question de notre rapport à cette idée de liberté.
Dans notre intégration sociale, nous sommes immanquablement amenés à tendre vers l'hétéronomie. Et cela depuis la petite enfance, en passant par l'école, jusqu'au monde professionnel. Il s'agit de créer les conditions favorables à une vie grégaire.
Le problème vient évidemment du fait que nous déléguons à certains individus le droit de constituer les termes et les actes de cette soumission.
Le fait, par exemple, que la constitution soit écrite par les gens qui sont tenus de s'y soumettre, reviendrait en fait à ce que je demande à mes élèves d'écrire le règlement de l'école...Peut-être d'ailleurs seraient-ils capables de se montrer plus justes, honnêtes, équitables, restrictifs que les politiciens qui oeuvrent principalement à l'autonomie de leurs privilèges par l'extension de l'hétéronomie sur la masse. La constitution, par ce principe inique, génère une contradiction absolue dans le principe même du lien social. Les règles sont établies avec une intention inavouée au détriment de la classe sociale qui a délégué son pouvoir. Les individus qui travaillent à cette constitution, pilier même de l'hétéronomie du groupe humain, sont des individus qui répondent prioritairement à des intérêts personnels, c'est à dire à une incapacité à se détacher de leur propre hétéronomie passionnelle. Ils ont choisi la voie politique pour assouvir des désirs de puissance et d'autonomie financière en se servant des fondements de la démocratie. Ils ne sont pas autonomes au regard de leurs passions vénales. La populace, habituée, conditionnée, manipulée, validera ce cheminement pervers par une délégation électorale. On entre dans l'hétéronomie démocratique...
Tout cela serait acceptable si les individus étaient capables de discerner lucidement ce qui les motive.
Si la populace se soumet par abandon, pour pouvoir profiter d'une lobotomie existentielle, philosophique, intellectuelle, il s'agit d'une condamnation auto proclamée. Elle n'a pas à se plaindre.
Si la populace a conscience du détournement de l'hétéronomie à des fins personnelles et que cette soumission lui devient insupportable, qu'elle devine à quel point "le contrat social" est souillé, rompu, avili par des hommes avides, elle se doit de reprendre son autonomie. Non pas une autonomie dévastatrice qui brûle ce qui appartient à tous, mais une autonomie philosophique, politique, existentielle.
Sans une analyse minutieuse de ce qui constitue la liberté intérieure de l'homme, il est impossible d'englober ce qui concerne le rapport au monde. Tout le problème est là. Personne ne peut oeuvrer à créer une hétéronomie justifiée, équilibrée, planifiée, reconnue, comprise si ce travail n'a pas été effectué préalablement dans la dimension intérieure.
La liberté n'existe que lorsque chaque individu a atteint la capacité à agir sur le monde en y imprimant sa volonté dans le cadre restrictif de l'ordre instauré. Ces actes seront à même de modifier favorablement cet ordre. Il est par conséquent totalement absurde de demander aux individus de décider d'un contrat social sans que ces mêmes individus n'aient au préalable établi en eux cette lucidité indispensable. Cela reviendrait à laisser des individus instables et névrosés décider des conditions de leur internement.
Cette absence de réflexion existentielle confère à la vie sociale une condamnation à la fatalité. "On n'y peut rien ma pauvre dame". La liberté n'est plus qu'une résignation volontaire et l'abrutissement de chacun dans des dérives consuméristes, matérialistes, une soif de pouvoir sur les objets à défaut de pouvoir sur soi. L'illusion devient la norme.
Le déterminsime a au moins cet avantage d'offrir la possibilité d'agir sur la connaissance des causes. Nous sommes attachés par des contraintes, limités par des devoirs, contenus par des liens sociaux, conduits par nos passions, dirigés par nos instincts, abrutis par nos espoirs. Mais nous possédons néanmoins la capacité à les identifier et par conséquent ultérieurement à agir sur ces phénomènes, qu'ils soient internes ou issus de notre vie grégaire. Il n'est pas question de destin ni de fatalité mais d'observation et de liberté de choix dans la mesure de nos limites.
Rien de raisonné n'est envisageable sans un état des lieux personnels. La société actuelle n'est que le reflet de cette absence d'analyse intérieure. On voudrait constituer un groupe humain équilibré, lucide, intelligent, respectueux, avant même que les individus esseulés n'aient envisagé de se connaître. Si nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, comment pouvons-nous envisager de nous en remettre à des individus tout aussi égarés ?
Cette hétéronomie est une geôle mais nous en constituons nous mêmes l'enceinte. La société n'existe pas en elle-même. Elle n'a pas de vie propre. Elle n'est que l'extension de ce que nous sommes.
Hétéronomie (2)
Par Thierry LEDRU
Le 06/01/2015
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L'hétéronomie désigne la soumission à une autorité extérieure.
L'autonomie désigne la capacité à se gouverner selon ses propres règles. Ces règles doivent être le produit d'une activité rationnelle et d'une haute conscience morale et non celui de désirs immédiats et purement égoïstes.
On voit bien que le système civique actuel prône l'hétéronomie au détriment de l'autonomie en raison de l'incapacité de certains individus à produire en eux des règles universelles.
Le comportement "incivique" qui consiste à empiéter sur la liberté d'autrui conduit les instances dirigeantes à élaborer et à faire appliquer des lois coercitives.
Il n'est pas question dans mes propos de remettre en cause la sécurité de tous et le rôle "protecteur" de l'État.
Mais qu'en est-il lorsque l'État, lui-même, va à l'encontre du bien-être des Citoyens, lorsque ses projets réduisent la liberté d'être pour l'obligation d'avoir, lorsque les intentions des Puissants sont devenues plus perverses que n'importe quel comportement de truand ?
"L'État n'est pas un assassin."
Vous en êtes certain ? Vous avez des preuves ? Le cancer, les OGM, le Sida, l'amiante, les maladies orphelines, l'alimentation, les tonnes de produits chimiques déversés dans la Nature et qui finissent immanquablement dans nos organismes, le diktat des laboratoires, les guerres...
"L'État ne savait pas, il n'était pas au courant"
Mais alors, c'est qu'il n'avait pas l'envergure pour cette tâche....Et qu'il vaut mieux laisser les Citoyens faire leurs propres choix...
"L'État n'est pas un voleur."
Bon, là, il vaut mieux rire un bon coup. Les exemples ne tiendraient pas sur la page.
Je m'interroge en fait sur la légitimité actuelle des Gouvernements. Sur cette hétéronomie qui persiste alors que tous les signes d'une déliquescence de cette Pyramide sociale se font jour.
La Floride vient d'interdire à la population de vivre en autonomie énergétique. Il y a obligation à être connecté au réseau électrique et au réseau d'eau potable.
On peut voir dans cette interdiction une métaphore spirituelle.
"Un bon Citoyen est un citoyen "hétéroïnomane", c'est à dire accro à une dépendance gouvernementale.
Et si certains individus se montrent rebelles, il s'agira de créer des lois qui les rendront "inciviques", "asociaux", "marginaux"......L'État, sous le couvert d'une allégence spirituelle de la population, renforce constamment ses pouvoirs et va jusqu'à fabriquer artificiellement des catégories d'individus "inadaptés".....
L'autonomie alimentaire sera un jour interdite. L'ensemencement proposé par l'association Kokopelli qui lutte pour la biodiversité est banni par l'État qui répond aux injonctions des grands groupes alimentaires.
Les potagers seront taxés. Les poulaillers seront interdits. Tout est possible puisqu'ils ont les Lois pour eux.
L'hétéronomie, dès lors qu'on l'accepte, a des avantages certains mais son lot de désagréments. Ceux-là sont plus insidueux, pervers, cachés et s'ils éclatent au grand jour, l'État se chargera de les faire accepter par la population à grands renforts de médias ou de peurs, ou de culpabilités.
Je pense pour ma part que le gigantisme de la mondialisation est une folie.
Que l'hétéronomie grandira inévitablement parce que les Peuples seront exclus de l'élaboration des lois, que la complexité volontaire des structures étatiques, administratives, financières...découragera les masses. Ces masses ne seront pas sollicitées pour comprendre, elles ne seront instruites que par des instances formatées. L'autonomie sera associée aux "autonomistes" et donc aux "terroristes". Et les peurs programmées répandront leurs virus.
Mais tout ça n'est pas inéluctable.
Il s'agit de comprendre le système et ne pas chercher à le changer. C'est impossible.
Il s'agit de s'en extraire.
Spirituellement.
Le reste suivra
Dôme de chaleur (suite)
Dôme de chaleur en Amérique du Nord : les prémisses d’événements météo extrêmes dus au réchauffement climatique
« Ces canicules sont prévues (si on ne change rien) en France, post-2050, avec par exemple plus de 48°C à Auxerre voire même les 50°C approchés. La France vivra les mêmes évènements qu'au Canada aujourd'hui. Les dégâts sur la faune et la flore (agriculture comprise) sont inestimables. Il ne faut pas s'attarder sur les aspects visuels. Il faut prendre en compte qu'à ce niveau de stress, il peut y avoir des fatigues végétales sur plusieurs mois voire années (c.f. forêts de Vosges). » alerte l’agro-météorologue Serge Zaka

1 juillet 2021 - Laurie Debove

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Les climatologues sont formels : le dôme de chaleur qui s’est abattu sur l’ouest du Canada et des Etats-Unis est un avant-goût de l’intensité des événements météo que nous pourrons affronter dans un monde marqué par la crise climatique. Si les médias occidentaux sont particulièrement inquiets par ce qui arrive aux pays « culturels voisins » d’Amérique du Nord, le reste du monde n’en est pas moins épargné comme en témoigne la situation dramatique au Pakistan et à Madagascar. Ces événements se produisent au moment où un rapport du Haut Conseil pour le Climat pointe, de nouveau, l’inaction de la France en matière de crise climatique et l’importance d’œuvrer à en atténuer l’intensité, afin d’espérer s’y adapter.
La responsabilité du réchauffement climatique
Aujourd’hui, la température mondiale a augmenté d’environ 1,1° par rapport à l’ère préindustrielle à cause des activités humaines. Selon le climatologue Jean-Pascal Van Ypersele, ancien vice-président du GIEC et professeur à l’UCLouvain, ce réchauffement climatique est responsable de l’intensité du dôme de chaleur qui frappe l’ouest du Canada et les Etats-Unis :
« Quel est le phénomène météorologique extrême qui n’est pas lié au réchauffement du climat ? Voilà la question qu’il faut se poser aujourd’hui car le réchauffement climatique est là, bien établi. Il se transforme en chaleur, en vents violents ou pluies intenses. Désormais, il faut inverser notre interrogation et prouver que ce n’est pas lié au réchauffement du climat. Ce qui se produit est cohérent avec un climat déréglé en raison des émissions gaz à effet de serre. »
Un constat partagé par Michael E. Mann, climatologue et et géophysicien américain mondialement renommé :
« Cela n’a plus de sens de parler d’un événement qui n’arrive que tous les siècles ou tous les millénaires, comme si nous ne faisions que lancer une paire de dés ordinaire, alors que nous avons pipé les dés par la combustion d’énergies fossiles et d’autres activités humaines qui génèrent des émissions de gaz à effet de serre et réchauffent la planète. »
En clair : un dôme de chaleur aurait-il pu s’abattre sur l’Amérique du Nord sans le réchauffement climatique ? Oui. Aurait-il été aussi intense ? Quasi-certainement pas.

L’ouest du Canada et le nord des États-Unis sont frappés par un dôme de chaleur, avec des températures dépassant parfois les 45 degrés, et battant des records historiques dans plusieurs villes. Au Canada, un record vieux de 84 ans a ainsi été dépassé.
La température à Lytton, en Colombie-Britannique, a atteint 47,9°C ce lundi 28 juin 2021. Habituellement, la normale saisonnière tourne autour de 24°C.
« Presque 50°C à 50 degrés nord. C’est la chaleur du désert au Canada. Nous n’avons jamais vu ce niveau de chaleur si loin au nord, où que ce soit sur la planète Terre, jusqu’à maintenant. » a réagi le vulgarisateur scientifique BonPote
Dans les deux pays, les conséquences de ce dôme de chaleur sont catastrophiques : réfugiés climatiques dans des « centres de refroidissement » climatisés, départ de feux de forêts, magasins en rupture de stock de climatiseurs et de ventilateurs, explosion de la consommation électrique et craquage des réseaux, plus d’une centaine de morts subites en 4 jours au Canada, explosion du bitume et dégradation des infrastructures sous l’effet de la chaleur, etc.
Des événements extrêmes partout dans le monde
Dans le reste du monde, d’autres parties de l’hémisphère nord connaissent également des conditions exceptionnelles de début d’été chaud qui s’étendent de l’Afrique du Nord, à la péninsule arabique, à l’Europe de l’Est, à l’Iran et au nord-ouest du continent indien. Des températures maximales quotidiennes dépassent 45°C en plusieurs endroits et atteignent même 50°C au Sahara.
« Ces températures extrêmes constituent une menace majeure pour la santé des personnes, l’agriculture et l’environnement, car la région n’est pas habituée à une telle chaleur et de nombreuses personnes ne disposent pas de climatisation », a déclaré lors d’un point de presse ce mardi à Genève, Clare Nullis, porte-parole de l’OMM, relevant qu’avec tant de records battus, « il est difficile d’en garder la trace ».
La ville de Jacobabad, au Pakistan, a déjà vécu l’enfer sur Terre. C’est l’un des deux seuls endroits au monde, avec Ras al Khaimah, au nord-est de Dubaï dans les Emirats Arabes Unis, où le mélange de chaleur et d’humidité a franchi un seuil plus mortel ce que le corps humain ne peut supporter.
Les températures peuvent y dépasser 52°C, avec des conditions difficilement supportables pour le corps humain dans une ville où la majeure partie de la population vit sans un climatiseur, et sans électricité lors des pannes causées par la chaleur.
Madagascar, tristement, est le premier pays à connaître une famine liée au réchauffement climatique. La sécheresse y empêche les récoltes de pousser depuis plusieurs années, et certains habitants n’ont plus d’autre choix que manger des criquets, des feuilles de cactus, de la boue ou des lanières de cuir pour se remplir l’estomac.
Des étés à 50°C pourraient-ils se produire en France ? Le pays a déjà battu un record de chaleur lors de la canicule de 2019 quand la Ville de Vérargues avait atteint 46°C.
« Ces canicules sont prévues (si on ne change rien) en France, post-2050, avec par exemple plus de 48°C à Auxerre voire même les 50°C approchés. La France vivra les mêmes évènements qu’au Canada aujourd’hui. Les dégâts sur la faune et la flore (agriculture comprise) sont inestimables. Il ne faut pas s’attarder sur les aspects visuels. Il faut prendre en compte qu’à ce niveau de stress, il peut y avoir des fatigues végétales sur plusieurs mois voire années (c.f. forêts de Vosges). » alerte l’agro-météorologue Serge Zaka
Même son de cloche pour Céline Guivarch, Directrice de recherches à l’Ecole des Ponts, CIRED, et Membre du Haut Conseil pour le Climat :
« Les événements caniculaires qu’on a connu en 2019 avec des records à 45°C, en 2040 seront à peu près quatre fois plus fréquents qu’aujourd’hui. »
Les records de chaleur et les canicules ne sont d’ailleurs pas les seules conséquences délétères de la crise climatique, comme le détaillent les dernières « fuites » du projet de rapport du GIEC.
Lire aussi : Crise climatique : l’humanité va connaître des retombées cataclysmiques, alerte le GIEC
L’improbable « adaptation » à la crise climatique
La société française pourrait-elle s’adapter et vivre dans ces conditions ? La réponse apportée dans l’urgence au Canada et aux Etats-Unis soulève de nombreux écueils. Le recours intensif à l’électricité et à l’eau, pour faire fonctionner les climatiseurs, hydrater la population et rafraîchir l’environnement, suppose d’avoir accès en abondance à ces ressources, dans un contexte où elles sont déjà de plus en plus menacées.
Lire aussi : Canicule, eau et électricité : seule la sobriété pourra nous sauver
Pour autant, tout n’est pas perdu pour l’humanité pour le climatologue Jean-Pascal Van Ypersele qui rappelle l’importance de chercher à limiter les dégâts, avant de se résigner à vivre dans un monde cataclysmique.
« On peut encore agir pour limiter la gravité des impacts d’une hausse du climat, en commençant par respecter les engagements pris dans l’accord de Paris sur le climat, en respectant la neutralité carbone au niveau mondial à l’horizon 2050… et plus tôt pour l’Europe. »
Ce douloureux rappel à l’ordre des limites planétaires arrive au moment où le Haut Conseil pour le Climat livre son troisième rapport annuel intitulé « Renforcer l’atténuation, engager l’adaptation » dans lequel il démontre que le gouvernement français ne fournit pas les efforts nécessaires pour limiter l’emballement de la crise climatique, malgré quelques avancées.
« Le rythme de baisse des émissions s’est accentué en 2019, mais doit encore pratiquement doubler d’ici 2021 pour s’aligner avec les objectifs climatiques », pointe le rapport.
Lire aussi : Victoire historique : l’Etat français est condamné pour inaction climatique dans l’Affaire du Siècle
Le HCC y rappelle que les deux-tiers de la population française sont déjà fortement ou très fortement exposés au risque climatique.
Lire aussi : 62 % de la population française sous une menace forte des risques climatiques
« Adaptation et atténuation sont toutes deux indispensables et complémentaires. Il n’est pas possible de continuer à émettre des gaz à e et de serre en pensant qu’il sera possible de s’adapter à n’importe quel niveau de change- ment climatique. Les synergies entre atténuation et adaptation sont nombreuses, même si elles ne sont pas systématiques. Leurs interactions doivent être anticipées afin d’être optimisées. Les inégales capacités d’adaptation doivent aussi être prises en compte, dans une optique de transition juste. Il est notamment nécessaire de considérer les liens entre inégalités socioéconomiques et territoriales et vulnérabilité différentielle aux aléas. Il faut aussi arbitrer entre indemnisation et non-indemnisation et poser la question de la responsabilité financière de ceux qui se sont exposés aux risques en pleine conscience, alors même que tous les dommages ne sont pas indemnisables. Ces questions n’ont pas été abordées dans le projet de loi climat et résilience. » expliquent les membres du HCC aux décideurs politiques
Le rythme annuel de réduction des émissions devra donc pratiquement doubler, pour atteindre au moins 3 % dès 2021 et 3,3 % en moyenne sur la période 2024-2028, et le gouvernement français est prié d’arrêter de « reporter les échéances à plus tard ».
Les experts du HCC appellent donc les autorités publiques à redoubler leurs efforts et à se préparer en identifiant les impacts du changement climatique à l’échelle locale et les secteurs prioritaires à sécuriser (agriculture, eau…).
crédit photo couv : Nathan Howard / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
1 juillet 2021 - Laurie Debove
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Dôme de chaleur
Météo : on vous explique comment un "dôme de chaleur" met l'ouest du Canada et des Etats-Unis en surchauffe
Alors que les températures ont flirté avec les 47°C dans de nombreuses villes de ces régions, les prévisions météorologiques alertent sur la probabilité de voir tomber à nouveau de nombreux records de chaleur.
Article rédigé par
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France Télévisions
Publié le 29/06/2021 07:00Mis à jour le 30/06/2021 11:25
Temps de lecture : 7 min.

A Portland (Oregon), dans le nord-ouest des Etats-Unis, des jeunes se rafraîchissent dans une fontaine alors que la région connaît une vague de chaleur sans précédent, dimanche 27 juin. (NATHAN HOWARD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
Du jamais-vu. Plus de 40 nouveaux records de température ont été enregistrés dans la province de Colombie-Britannique, dans l'ouest du Canada, samedi 26 et dimanche 27 juin. Lytton y est devenue la ville détentrice du record de chaleur absolu dans le pays depuis la tenue des registres météo : 46,6°C. Plus chaud qu'à Dubaï. Un peu plus au sud, dans le nord-ouest des Etats-Unis, les records tombent en pagaille, poussant les autorités à donner l'alerte : elles craignent de voir les hôpitaux se remplir de victimes de coups de chaud et redoutent le départ de feux de forêts dévastateurs.
A l'origine de cette fournaise ? Un "dôme de chaleur" au-dessus du nord-ouest américain. Franceinfo vous explique comment ces régions se sont retrouvées dans une cocotte-minute.
Des records de chaleur pulvérisés
Ce phénomène météorologique extrême frappe l'Oregon et l'Etat de Washington, dans le nord-ouest des Etats-Unis, et la Colombie-Britannique, située dans le sud-ouest du Canada. En touchant la zone du nord-ouest pacifique, ce dôme a permis de battre le record de chaleur non seulement pour le Canada, mais aussi pour l'ensemble des territoires situés au-delà de 50 degrés de latitude nord. La ville canadienne de Lytton et ses 46,6°C se trouve à 50,2 degrés de latitude.
"Puisqu'il n'y a pas de précédent dans les relevés climatiques locaux pour les événements que nous connaissons, c'est un peu déconcertant de travailler sans point de comparaison, concède un prévisionniste local dans un compte rendu publié dimanche (lien en anglais). Les records vont tomber de façon impressionnante." PourJeff Berardelli, météorologue et spécialiste du climat pour la chaîne CBS (lien en anglais), "c'est le type d'événement qui n'est censé survenir qu'une fois tous les mille ans".
Les spécialistes, habitués à tirer la sonnette d'alarme, semblent manquer de mots pour qualifier la situation. "Je crois que j'ai vraiment des difficultés à faire comprendre la sévérité de cette vague de chaleur", a ainsi admis le climatologue américain Zack Labe, sur Twitter, constatant qu'il n'existait pas de nuance de pourpre capable, sur les cartes qu'il utilise, de rendre compte de telles températures. "Je n'en crois pas mes yeux", a tweeté de son côté le météorologue britannique Scott Duncan, évoquant la "vague de chaleur la plus effarante de l'histoire."
La semaine précédente avait déjà été marquée par la création d'un dôme de chaleur sur l'ouest américain. Cette fois, c'est le sud-ouest des Etats-Unis qui avait vécu dans une fournaise, le thermomètre atteignant 46,6°C à Las Vegas (Nevada). Le 17 juin, la ville de Palm Springs, construite aux portes du désert dans le sud de la Californie, avait égalé son record de chaleur de 50,5°C − la ville affichait encore 49,4°C dix jours plus tard.
Citée vendredi par National Geographic (article en anglais), la responsable des programmes climatiques des services météorologiques pour l'ouest des Etats-Unis, Andrea Bair, estimait que le dôme de chaleur en formation sur le Nord participait du "même schéma de haute pression que nous avons eu ici : il ne fait que se déplacer vers le nord, le sud, l'ouest ou l'est, se renforçant ou s'affaiblissant". Et d'annoncer déjà que "les modèles prévoient que de nouveaux épisodes de chaleur vont survenir alors que l'on s'approche du 4 juillet".
Une vie quotidienne en surchauffe
"Les écoles de mes enfants sont fermées demain en raison de la chaleur extrême. Ce n'était jamais arrivé de toute ma vie. L'urgence climatique est à nos portes", a tweeté le chercheur canadien Seth Klein, spécialiste des politiques de lutte contre le réchauffement climatique, basé à Vancouver (Canada). Non loin de là, à Pemberton, toujours en Colombie-Britannique, les autorités ont ordonné l'évacuation de quartiers (lien PDF en anglais), de peur que la fonte rapide des glaces en montagne ne provoque le débordement soudain de la rivière.
Dans la région, les magasins sont en rupture de stock de climatiseurs et de ventilateurs, tandis que les villes ont ouvert des centres de rafraîchissement et que des campagnes de vaccination contre le Covid-19 ont été annulées. La consommation électrique en Colombie-Britannique a atteint des sommets, tandis que les habitants tentent de se rafraîchir. Contrairement aux foyers californiens, peu de familles y disposent de l'air conditionné. Dans les environs de Portland (Oregon), le réseau électrique a craqué, laissant des milliers de personnes sans électricité, dimanche. A Seattle, dans l'Etat de Washington, la chaleur a fait fondre le bitume, forçant les autorités à fermer plusieurs routes.
Mais avec des pointes à 45°C à l'ombre, c'est encore le corps humain qui souffre le plus, dans cette région où les températures de saison tournent traditionnellement autour des 24°C au mois de juin, rapporte The Verge (article en anglais). Ainsi, les dernières épreuves des sélections olympiques américaines d'athlétisme, qui se déroulent à Eugene, dans l'Oregon, ont été suspendues dimanche en raison de la chaleur extrême : difficile de tenir une telle compétition par 41°C.
Un phénomène bien connu qui peut s'observer partout dans le monde
A l'origine de ces températures extrêmes se trouve un phénomène bien connu : la remontée vers le nord "d'une masse d'air très chaude arrivée du Mexique, à laquelle s'ajoutent des conditions anticycloniques qui favorisent ce qu'on appelle de la subsidence", explique à franceinfo Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo France. "La subsidence, c'est le fait qu'un vent soufflant à la verticale vienne compresser la masse d'air." Or, en s'écrasant sur le sol, la masse d'air chaud augmente encore sa température. "C'est un peu le phénomène qu'on a dans une pompe à vélo, poursuit Frédéric Nathan. Quand on appuie fort dessus, ça chauffe l'air : c'est la compression."
"Dôme de chaleur" est donc l'expression consacrée "pour dire qu'il fait très chaud et que les conditions anticycloniques appuient l'air chaud sur le sol, favorisant encore plus de chaleur", résume le prévisionniste.
Si un dôme de chaleur s'est installé sur l'ouest de l'Amérique du Nord, les conditions qui lui ont donné naissance peuvent intervenir partout dans le monde, relève Frédéric Nathan. Sur Twitter, le climatologue Christophe Cassou pointe quant à lui que "les circulations en omega" – l'articulation de dépressions et d'un anticyclone, ici prenant la forme de la lettre grecque – "se produisent aussi sur l'ouest de l'Europe". "Est-ce que la France et plus largement l'Europe sont prêtes à subir un tel coup sur le point de vue sanitaire (chaleur létale), agricole et autres risques majeurs (feux, etc.) ?" demande-t-il ?
Un phénomène amplifié par le réchauffement climatique
La création d'un dôme de chaleur est un phénomène qui peut survenir partout et ce, depuis toujours, note Frédéric Nathan, de Météo France. C'est même ce phénomène qui avait permis le précédent record enregistré au Canada, en 1937 : 45°C enregistrés dans deux stations météorologiques du Saskatchewan, dans le centre-ouest du pays. En revanche, "les masses d'air chaudes sont aujourd'hui globalement plus chaudes que ce qu'elles étaient il y a cinquante ans. Donc quand il y a une situation un peu extrême, comme celle à laquelle on assiste en ce moment au Canada, on bat systématiquement des records", poursuit-il, pointant incontestablement "l'impact du réchauffement climatique".
"Ce qui est nouveau avec le réchauffement climatique, c'est le fait qu'à l'échelle de la planète, des records de chaleur tombent presque tous les jours, alors que nous assistons de plus en plus rarement à des records de froid, même si cela arrive encore de temps en temps", conclut le spécialiste.
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Rapport du GIEC et perspectives
TRIBUNE
Opinion | Rapport du GIEC : l'ampleur de la crise n'épargnera personne
Les conclusions du nouveau rapport du GIEC insistent sur l'incapacité de notre espèce à s'adapter à un changement climatique majeur. Mais, osons le dire clairement : un tel changement, s'il devait advenir, aura dévasté nos sociétés et économies bien plus tôt, écrivent Julien Pillot et Philippe Naccache.

Inondations à Saintes, dans les Charentes. (Philippe LOPEZ/AFP)
Par Julien Pillot (enseignant-chercheur en économie (Inseec Grande Ecole)), Philippe Naccache (enseignant-chercheur à l'Inseec Grande Ecole)
Publié le 28 juin 2021 à 16:20Mis à jour le 29 juin 2021 à 10:13
Prétendre que les pays occidentaux sont mieux armés pour faire face au changement climatique relève d'un strabisme qui pourrait insidieusement nous conduire à minorer l'ampleur de la catastrophe à venir. Certes, nous connaissons le caractère inégalitaire du changement climatique. Certains territoires subissent un réchauffement plus rapide, et certaines populations sont plus exposées aux conséquences climatiques et économiques. En s'intéressant à la vulnérabilité relative des pays, un institut tel que «Notre Dame Global Adaptation» a ainsi établi une cartographie plutôt « rassurante » pour les pays riches, notamment ceux situés en Europe de l'Ouest.
Raréfaction des matières premières
Or, cette vision occulte largement le caractère systémique de la crise économique et sociale qui suivrait un changement climatique majeur. Pensons déjà à notre dépendance extérieure. Nous aurions tort de considérer que le problème ne réside que dans la désindustrialisation de la France, et qu'il suffirait de réimplanter des capacités de production pour retrouver une certaine « souveraineté ». Car, notre pays resterait dépendant de l'approvisionnement en matières premières dont il est faiblement doté. Or, ces dernières sont sous tension du fait de leur surexploitation et leur raréfaction, se traduit par une inflation déjà palpable et qui ira crescendo dans les années à venir. Et nul stock de sécurité ne pourra amortir le choc engendré par une demande mondiale largement supérieure à l'offre disponible.
Les superviseurs alertent sur une possible explosion du coût des catastrophes naturelles
Dérèglement climatique : les 5 chiffres chocs du dernier rapport du Giec
Notre capacité à assurer notre autonomie alimentaire va également se poser avec acuité dans un monde où la productivité agricole aura chuté en raison de l'aridité, de l'acidité des sols ou de phénomènes climatiques extrêmes devenus communs. Que se passera-t-il quand l'eau viendra à manquer pour assurer nos besoins agricoles et que les destructions d'hectares de cultures intensives en eau, à l'image des amandiers californiens, sera devenu l'unique moyen de préserver les besoins de la population ? Vers quel territoire nous tournerons-nous pour faire valoir notre « effet richesse » quand les ressources naturelles viendront à cruellement faire défaut à l'échelle planétaire ?
Déséquilibres multiples
Enfin, il convient de penser les « effets de rebond » socio-économiques induits par un changement climatique majeur : grippement des mécanismes assurantiels, stress sur notre système bancaire suite au déclassement de certains actifs immobiliers (notamment en zones littorales) ou carbonés, chute de la productivité horaire et faillites en cascade faute de demande solvable… Sans oublier les inquiétudes quant à notre capacité à absorber les chocs migratoires induits par des territoires devenus inhabitables en raison de la montée des eaux ou d'épisodes de chaleurs humides.
Rapport du GIEC sur le climat: une « fuite » qui change la donne avant la COP 26
Réchauffement climatique : « le pire est à venir », alerte le Giec
Nos sociétés se sont bâties sur un équilibre qui repose sur l'exploitation d'un environnement favorable. Le protocole de Montréal, qui a abouti à l'interdiction planétaire de l'utilisation des gaz CFC responsables du trou dans la couche d'ozone, a montré que nous étions en mesure de nous adapter à un problème isolé. Mais, imaginer que nos sociétés pourront s'adapter à un changement systémique brutal, dans lequel les déséquilibres seront multiples, relève de l'illusion. Si un tel schéma devait advenir, nul pays ne serait à l'abri. Encore moins quand les pays en question doivent une large part de leur apparente prospérité à l'exploitation massive de ressources situées à l'autre bout de la planète…
Julien Pillot et Philippe Naccache sont enseignants-chercheurs à l'Inseec Grande Ecole.
Julien Pillot et Philippe Naccache
Les prochaines années
Clairement, aujourd'hui, la question pour moi n'est pas de savoir comment éviter une période à venir qui semble de plus en plus douloureuse, mais comment s'y préparer au mieux.
Il ne s'agit plus seulement de réduire notre impact mais d'anticiper sur ce que les prochaines années nous réservent.
Qu'il s'agisse d'un réchauffement de 1,5 degrés, de 2 degrés ou encore pire, les effets seront de toute façon de grande ampleur.
Quant aux débats et conflits entre le GIEC ou d'autres entités scientifiques, (voir les deux articles ci-dessous) ça m'est complètement égal. Je tente toujours d'avoir des articles contradictoires mais la réalité restera la même. Qu'il s'agisse d'un réchauffement d'ordre uniquement naturel ou que l'humanité en soit partiellement responsable, c'est à mes yeux, un débat totalement stérile. Ces débats se concentrent sur les causes mais pas sur les effets. Ca ne change rien aux effets eux-mêmes.
Par conséquent, il va bien falloir qu'on envisage une dégradation majeure dans nos modes de vie. Et ensuite, il va falloir qu'on s'y prépare. Rapidement. Et c'est là, de nouveau, qu'intervient la notion de "survivalisme" tellement décriée dernièrement. Sans doute qu'il vaudrait mieux parler de "citoyen prévoyant". Même si dans la méthode et dans le fond, c'est la même chose. Il s'agit juste d'anticiper...
Dérèglement climatique : faim, pauvreté, maladies... Ce qu'il faut retenir du projet de rapport du Giec
Les experts du climat annoncent des "impacts irréversibles" si la hausse des températures est supérieure à 1,5°C, selon un pré-rapport dévoilé par l'AFP et qui n'est toutefois pas destiné à être publié tel quel.
Article rédigé par
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France Télévisions
Publié le 23/06/2021 17:16Mis à jour le 23/06/2021 18:11
Temps de lecture : 7 min.

Les restes d'un poisson mort repose sur les rives asséchées de la Loire, à Montjean-sur-Loire, le 24 juillet 2019. (LOIC VENANCE / AFP)
Il y a urgence. Pénurie d'eau, exode, malnutrition, extinction d'espèces... Un réchauffement climatique durable supérieur au seuil de +1,5 °C aurait des "impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques", avertit un projet de rapport des experts du climat de l'ONU obtenu en exclusivité par l'AFP mercredi 23 juin. Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ces impacts vont s'accélérer et devenir douloureusement palpables bien avant 2050, assure le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) dans ce document de 137 pages.
"La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L'humanité ne le peut pas."
Les experts du Giec
dans un projet de rapport dévoilé par l'AFP
Voici ce qu'il faut retenir de ce résumé technique, qui n'en est encore qu'au stade de projet. Le texte définitif ne sera officiellement publié qu'en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 Etats-membres.
Les villes côtières vont souffrir
Le réchauffement climatique touchera directement et fortement les habitants des villes côtières. En 2050, des centaines de millions d'entre eux, de Bombay (Inde) à Miami (Etats-Unis), et de Dacca (Bangladesh) à Venise (Italie), seront menacés par des submersions plus fréquentes, provoquées par la hausse du niveau de la mer, qui entraînera à son tour des migrations importantes. Environ 10% de la population mondiale et des actifs vivent à moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, notent les experts du Giec. Pour certaines mégalopoles, les conséquences pourraient se faire sentir très vite, du vivant des populations actuelles.
"Le niveau de la mer continue à monter, les inondations et les vagues-submersion sont de plus en plus fréquentes et intenses, le réchauffement accroît l'acidité de l'océan et intensifie les canicules."
Les experts du Giec
dans un projet de rapport dévoilé par l'AFP
"La plupart des villes côtières peuvent mourir. Beaucoup d'entre elles seront éliminées par les inondations à long terme. D'ici 2050, on aura une idée plus précise", explique Ben Strauss, de l'organisation Climate Central, interrogé par l'AFP. Mais en dépit de ces sombres prédictions, les villes côtières continuent de grossir, multipliant les victimes potentielles, en particulier en Asie et en Afrique. En Europe, Venise, chef-d'œuvre architectural classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est particulièrement vulnérable : plus de 90% des habitations de la cité des Doges sont menacées par les inondations.
Au-delà de +2 °C, la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique de l'Ouest (qui contiennent assez d'eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 m) pourraient d'ailleurs entraîner un point de non retour, selon de récents travaux. C'est pour cela que "chaque fraction d'un degré compte", insiste le Giec.
Enfin, sous l'effet combiné de la dilatation des océans et de la fonte des glaces provoquées par le réchauffement, la hausse du niveau des mers menace également de contaminer à l'eau salée les sols agricoles et d'engloutir des infrastructures stratégiques, comme les ports ou les aéroports.
La faim et la pauvreté vont s'aggraver
Même en limitant la hausse à 2 °C, quelque 130 millions de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans la pauvreté extrême d'ici à dix ans, et la malnutrition s'accroîtra. Agriculture, élevage, pêche, aquaculture... "Dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines s'accroissent" à cause des sécheresses, des canicules etc., observe le pré-rapport, en pointant les aléas climatiques comme "principal moteur". La fréquence des mauvaises récoltes augmente déjà régulièrement depuis 50 ans et la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes touchera de plus en plus la production. L'apport protéinique tiré du riz, du blé, de l'orge ou des pommes de terre devrait ainsi chuter entre 6% et 14% dans les années à venir.
S'ajoutera la pression sur les terres liée à la demande croissante en biocarburants ou à la plantation d'arbres pour séquestrer le carbone. Tous ces facteurs pousseront les prix à la hausse d'environ 30% d'ici 2050. Ce qui placera plus de 180 millions d'habitants ayant de faibles revenus au bord de la malnutrition chronique, un danger très inégalement réparti, l'Afrique et l'Asie du Sud-Est concentrant 80% des personnes menacées. Autre conséquence : plus de 10 millions de cas supplémentaires de malnutrition ou de rachitisme infantile sont attendus en Afrique ou en Asie d'ici 2050.
L'eau douce va manquer
Côté approvisionnement en eau, un peu plus de la moitié de la population mondiale est déjà en situation d'insécurité. Avec l'aggravation de la sécheresse et la multiplications des canicules, le manque d'eau douce deviendra de plus en plus criant dans certaines régions du monde. Près de 75% des approvisionnements en eaux souterraines – principale source d'eau potable pour 2,5 milliards d'humains – pourraient être touchées par le changement climatique d'ici à 2050, alors que la fonte des glaciers a déjà fortement affecté le cycle de l'eau (cours d'eau, mers, évaporation, pluie).
Avec une augmentation de 1,5 °C, dans les villes, 350 millions d'habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d'eau. Ce chiffre passera à 400 millions de personnes supplémentaires si la hausse des températures s'élève à 2 °C. "Les coûts d'adaptation pour l'Afrique devraient augmenter de dizaines de milliards de dollars par an au-delà de +2 °C", relèvent encore les auteurs du projet de rapport. D'après les études citées par le Giec, dans un monde à +1,5 °C, 14% de la population terrestre sera exposée à des canicules sévères au moins tous les cinq ans, en "augmentation significative".
"A +2 °C, 1,7 milliard de personnes supplémentaires seront exposées à de fortes chaleurs, 420 millions à des chaleurs extrêmes et environ 65 millions à des canicules exceptionnelles tous les cinq ans."
Les plus touchés seront les habitants des mégalopoles tropicales des pays en développement, en Asie et en Afrique notamment. "Dans ces régions, la population des villes augmente fortement et la menace de canicules mortelles plane", explique Steffen Lohrey de l'université de Berlin, principal auteur de l'étude dont sont extraits les chiffres du Giec.
Les maladies vont se propager
Autre danger, le réchauffement climatique agrandit les territoires propices aux vecteurs de maladies, notamment les moustiques. D'ici à 2050, la moitié des habitants de la planète pourrait être exposée à la dengue, la fièvre jaune ou des virus comme zika. Les ravages du paludisme ou de la maladie de Lyme vont s'amplifier et les décès liés aux diarrhées infantiles devraient augmenter au moins jusqu'au milieu du siècle, malgré le développement socio-économique. Les maladies liées à la qualité de l'air, notamment la pollution à l'ozone, typique des vagues de chaleur, vont aussi "substantiellement augmenter". "Il y aura également des risques accrus de contamination de l'eau ou des aliments" par les toxines maritimes, selon les auteurs du pré-rapport.
De nouvelles espèces seront menacées
Pour certains animaux et certaines variétés de plantes, il est peut-être déjà trop tard : "Même à +1,5 °C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s'adapter", souligne le projet de rapport, en citant les récifs coralliens. Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l'Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne.
Des solutions peuvent être trouvées
Face à ces problèmes systémiques, il n'existe pas de remède miracle unique. En revanche, une seule action peut avoir des effets positifs en cascade. Par exemple, la conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de varech (des algues), qualifiées de puits de "carbone bleu", accroissent le stockage du carbone, mais protègent aussi contre les submersions, tout en fournissant un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières. En dépit de ses conclusions alarmantes, le pré-rapport offre ainsi une note d'espoir. En prenant aujourd'hui des mesures fortes, il est possible de freiner l'emballement de la deuxième moitié du siècle.
"Nous avons besoin d'une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux: individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement."
"Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation", plaident encore les auteurs de ce document, dont la teneur définitive ne sera connue que l'an prochain.
https://www.climato-realistes.fr/pre-rapport-alarmiste-du-giec-23-juin-2021-comminique-climato-realistes/
Association des climato-réalistesClimat, Énergie & Environnement
Contre l’opacité de l’AFP et du GIEC
23 juin 2021 / Association des climato-réalistes
Communiqué de l’association des climato-réalistes
Paris, le 23 juin 2021
Plusieurs médias (dont Le Point, Libération, Le Monde) se font aujourd’hui 23 juin l’écho d’un « projet de rapport du GIEC » annonçant une « accélération » des « dérèglements » climatiques d’ici 2050. Comme toujours le pire est pour demain, mais nulle possibilité n’est offerte à quiconque d’exercer son esprit critique puisque le texte lui-même du rapport n’est pas rendu public. Seule l’AFP l’a eu en main en exclusivité, et n’en a diffusé que quelques bribes, bien évidemment toutes orientées vers le catastrophisme.
La validation par le GIEC de ce rapport n’étant prévue que pour 2022, il est aujourd’hui impossible de savoir ce qu’il contient, ni sur quoi se fondent les affirmations toujours plus inquiètes sur le «dérèglement» annoncé, ni si celles-ci subsisteront à l’issue du processus de validation. Nous avons donc affaire à un dévoiement du processus d’expertise à des fins de propagande. Ce n’est hélas que le dernier en date d’une longue série sur le climat, où il ne s’agit pas d’informer mais de faire peur et d’orienter l’opinion publique.
L’Association des Climato-Réalistes demande donc au GIEC ou à l’AFP de dévoiler ce projet de rapport en intégralité. S’agissant d’un rapport financé sur fonds publics, il est indécent d’obliger le public à se fier servilement aux extraits sélectionnés dans la presse. Le public doit au contraire pouvoir exercer son droit à l’information et à la critique.
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Les modèles climatiques surestiment le rôle des gaz à effet de serre dans le réchauffement climatique
21 juin 2021 / Association des climato-réalistes
Une étude publiée le 28 mai 2021 dans la revue Science advances suggère que les modèles climatiques surestiment le rôle des gaz à effet de serre dans le réchauffement climatique. L’étude intitulée « Improved estimates of preindustrial biomass burning reduce the magnitude of aerosol climate forcing in the Southern Hemisphere » a été menée par le groupe de modélisation de la chimie atmosphérique de l’université d’Harvard, que co-dirigé Loretta Mickley, l’auteure principale de l’article.
Résumé de l’article
Le feu joue un rôle central dans la formation des écosystèmes terrestres et dans la composition chimique de l’atmosphère influençant ainsi le climat de la Terre. La tendance et l’ampleur de l’activité des incendies au cours des derniers siècles sont controversées, ce qui entrave la compréhension du forçage radiatif des aérosols de l’époque préindustrielle à nos jours. À partir des enregistrements de 14 carottes de glace de l’Antarctique et d’une carotte de glace des Andes centrales nous présentons ici des preuves que l’activité historique des incendies dans l’hémisphère Sud (SH) a dépassé les niveaux actuels. Pour comprendre cette observation, nous utilisons un modèle de feu global montrant que les émissions globales de feu de l’hémisphère Sud pourraient avoir diminué de 30% au cours du 20ème siècle, probablement en raison de l’expansion rapide de l’utilisation des terres pour l’agriculture et l’élevage aux latitudes moyennes à élevées.
Les chercheurs ont déterminé qu’il y avait quatre fois plus de suie dans l’atmosphère de l’hémisphère sud préindustriel qu’on ne le pensait auparavant. Ces résultats signifient que les modèles climatiques peuvent avoir surestimé l’impact des gaz à effet de serre sur le climat.
L’un des plus grands défis dans la prévision des impacts du changement climatique est de prévoir comment les températures de surface augmenteront en fonction de l’augmentation des gaz à effet de serre. Alors que les gaz à effet de serre emprisonnent la chaleur et réchauffent la surface de la planète, les particules d’aérosol provenant des volcans, des incendies et d’autres formes de combustion ont un effet rafraîchissant car elles bloquent la lumière du soleil ou la couverture nuageuse.
Comprendre comment ces facteurs interagissent est essentiel pour comprendre les effets du changement climatique. Alors que de nombreux modèles climatiques actuels reposent sur des données quantifiant les niveaux passés de gaz à effet de serre, les données équivalentes pour les aérosols de fumée d’avant la révolution industrielle étaient largement inconnues jusqu’à présent.
Pour obtenir des données sur les niveaux d’aérosols, les chercheurs ont analysé 14 carottes de glace prélevées dans tout l’Antarctique, indiquant des quantités de fumée provenant d’incendies dans l’hémisphère sud. À l’intérieur de ces noyaux, ils ont mesuré les niveaux de suie, un composant clé de la fumée. Ce faisant, ils ont trouvé des résultats inattendus :
Les carottes de glace contenaient quatre fois plus de suie que prévu, suggérant un passé beaucoup plus tumultueux qu’on ne le pensait auparavant. Les chercheurs ont ensuite vérifié leurs résultats avec des simulations informatiques prenant en compte ces niveaux de fumée provenant d’incendies de forêt et les pratiques de brûlage des peuples autochtones.
Les résultats des simulations correspondaient à ceux des carottes de glace. Ils ont également suggéré qu’à mesure que les changements dans l’utilisation des terres ont entraîné une diminution de l’activité des incendies, les émissions de l’industrie ont augmenté. Cela signifie que les niveaux de suie sont restés relativement constants avant le début de l’ère industrielle jusqu’au 20e siècle.
Les résultats suggèrent que jusqu’à présent, les scientifiques ont pu sous-estimer l’effet de refroidissement des particules de fumée dans le monde préindustriel. Cela signifie inversement que les modèles climatiques ont surestimé l’effet de réchauffement du dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre pour expliquer les augmentations observées des températures de surface.
Il est clair que le monde se réchauffe, mais la question clé est de savoir à quelle vitesse il se réchauffera alors que les émissions de gaz à effet de serre continueront d’augmenter. Cette recherche nous permet d’affiner nos prévisions pour l’avenir
Loretta Mickley, auteure principale de l’article.
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Sauvegarde des baleines
Une bonne nouvelle, une.
L’Islande renonce pour la troisième année consécutive à chasser les baleines
Le rorqual commun est une espèce vulnérable selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, situant le nombre de ses individus aux alentours de 100 000. Sa viande est exportée depuis 2013 par les baleiniers islandais au Japon, mais la demande n’a jamais augmenté et le marché reste stagnant.

22 juin 2021 - Maïté Debove

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Un peu de répit pour les baleines ! Le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) l’affirme avec soulagement : « il semble maintenant évident que pour la troisième année consécutive, les géants des mers ne seront pas victimes des harpons en Islande. »
C’est IFAW, le Fond international pour La protection des animaux qui l’annonce, comme au cours des années précédentes. En 2019 et 2020, la chasse aux baleines avait été annulée à cause du covid-19 mais également parce que l’observation des baleines est graduellement devenue plus prisée par les touristes.
L’activité génère tous les ans 22 millions d’euros en Islande et s’élève à 2 milliard de dollars dans le monde entier. Plus de 350 000 personnes se rendent chaque année en Islande pour observer les cétacés, ce qui rend leur conservation plus importante économiquement que ce qu’entraîne leur chaire une fois qu’elles sont mortes.
Il semblerait qu’une des campagnes d’IFAW, « Meet Us Don’t Eat Us » pour informer les vacanciers de la réalité de la chasse à la baleine, ait eu un effet considérable sur les visiteurs. Quant aux Islandais, la dernière enquête d’IFAW montre que seulement 1% d’entre eux en consomment régulièrement.

Des touristes observent un petit rorqual en Islande. Crédit : IFAW
Le rorqual commun est une espèce vulnérable selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, situant le nombre de ses individus aux alentours de 100 000. Sa viande est exportée depuis 2013 par les baleiniers islandais au Japon, mais la demande n’a jamais augmenté et le marché reste stagnant.
Selon IFAW, il ne reste qu’une entreprise de chasse au rorqual commun, Hvalur hf. Kristjan Loftsson, le dirigeant de l’entreprise, n’a depuis 2018 pas fait le choix de perpétuer la chasse, mais pourrait repartir l’an prochain pour conserver un nouveau quota sur les cinq années à venir.

Un rorqual commun pêché en Islande en 2009. – Crédit : Dagur Brynjólfsson
Piégeant 33 tonnes de CO2 tout au long de leur vie, les baleines jouent un rôle important face au réchauffement climatique : leur pouvoir d’absorption du carbone étant bien supérieur à celui d’un arbre, qui peut emprisonner seulement 20 kg de CO2 par an.
Lire aussi : Une baleine dans l’océan vaut des milliers d’arbres sur terre
Leurs matières fécales flottent à la surface et nourrissent les phytoplanctons, qui sont à l’origine de 50% de l’oxygène de la planète et absorbent environ 37 milliards de tonnes de CO2 par an.
Aider les populations de baleines à se rétablir en les protégeant est donc l’un des enjeux majeurs de notre époque, et les décisions prises en Islande sont une belle avancée qu’il faut espérer voir maintenue au fil des années à venir.
Forêts et CO2
Je n'adhère pas à l'écomodernisme et Elon Musk fait partie de ces adeptes les plus influents et les plus puissants. La solution ne viendra pas des inventions humaines mais de l'usage de ce que la nature elle-même met à notre disposition. Sinon, si on adhère aux idées de l'écomodernisme, il s'agira uniquement d'une lutte économique et non pas écologique. Et il s'agira donc toujours de préserver la croissance, d'en accroître même le processus.
Francis Hallé à Elon Musk : « Ne cherchez plus, on a trouvé vos pièges à CO2 ! »
https://lareleveetlapeste.fr/francis-halle-a-elon-musk-ne-cherchez-plus-on-a-trouve-vos-pieges-a-co2/
« Je ne crois pas qu’une quelconque machine va pouvoir faire cela et je suis convaincu que le meilleur moyen de capter et de stocker le carbone atmosphérique sur le long terme, c’est la forêt. »

10 mars 2021 - La Relève et La Peste

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
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Francis Hallé est un biologiste, botaniste et dendrologue français. Il porte un projet exceptionnel : reconstituer une forêt primaire de 70 000 hectares en Europe de l’Ouest. Lorsqu’il a appris que le milliardaire ELon Musk voulait lancer « le plus grand prix de l’histoire » en matière de lutte contre le changement climatique, en attribuant 100 millions de dollars à quiconque trouverait la meilleure technologie pour capter et stocker le CO2, l’éminent naturaliste n’a pas hésité longtemps à concourir. Il nous explique sa vision ici.
La démarche d’Elon Musk ne vise-t-elle pas plutôt à éviter de remettre en question notre modèle de croissance ?
Francis Hallé : « Exactement et c’est très pernicieux. Supposez qu’on trouve la machine dont rêve Elon Musk. Ce serait dramatique puisque nous n’aurions plus aucune raison de diminuer nos émissions de GES. Or il faut les diminuer, c’est impératif !
Mais essayons plutôt de répondre à son challenge : si nous avions des grandes forêts avec des grands arbres de gros diamètre, on stockerait le carbone de façon très efficace et durable.
Notez d’ailleurs que si nous avons de grandes quantités de gaz carbonique dans l’atmosphère actuellement, c’est en grande partie lié à la destruction des forêts. Il y a aussi la combustion des carburants fossiles, qui eux-mêmes étaient des forêts au départ.
Une étude réalisée en 2019 par des chercheurs de l’école polytechnique de Zurich (publiée par la revue Science) révèle qu’à l’échelle de la planète nous pourrions « reforester » une surface d’environ 900 millions d’hectares – équivalente au Brésil – et ainsi capter plus de 200 milliards de tonnes de CO2 (les activités humaines ont généré 43 milliards de tonnes de CO2 en 2019). Face à cette capacité bien documentée des forêts, les alternatives industrielles sont-elles crédibles ?
Elles sont anecdotiques voire illusoires si on intègre toutes les conséquences sur l’environnement d’une telle industrialisation – bilan carbone des installations, artificialisation des sols, paysages défigurés…
La solution forestière reste à mon sens, et de loin, la meilleure solution. Faisons sur ce point une distinction qui me paraît essentielle entre les plantations d’arbres qui sont faites dans le but d’être exploitées, et les forêts qui se développent librement sur le très long terme, on parle de millénaires.
Dans les forêts les arbres vivent généralement très longtemps et pour eux les changements climatiques, y compris celui que nous vivons actuellement, c’est la routine !
On observe pourtant beaucoup de massifs forestiers en dépérissement…
Pourtant les arbres se portent plutôt bien dans l’ensemble. Sauf effectivement dans les espaces plantés d’espèces uniques, véritables monocultures où les parasites se régalent. Mais ces espaces auxquels vous faites référence, ce ne sont pas des forêts mais des cultures !
Lire aussi : « Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres »

Crédit : Maxx Gong
Quand on parle de « reforestation » parmi les solutions, l’homme y joue généralement un rôle d’acteur, via la plantation d’arbres. A-t-on un rôle à jouer dans la reconstitution des forêts ?
Certains vous diront que oui. Dans la logique de ce que je viens d’évoquer nous avons besoin de bois pour satisfaire nos besoins dans de nombreux domaines et dans ce cadre, effectivement, l’humain joue un rôle actif d’agriculteur. On parle d’ailleurs de « récolter le bois ».
Mais cela n’a rien à voir avec les forêts en libre évolution qui elles sont indispensables pour stocker le CO2 et régénérer la biodiversité.
Il est d’ailleurs choquant qu’en France, comme à l’échelle du monde, on refuse cette distinction en confiant chez nous la question des forêts au ministère de l’agriculture et à l’échelle de l’ONU à la FAO.
J’appelle de tous mes vœux la création d’une structure ministérielle ad hoc qui s’occupe exclusivement de la forêt, avec une structure similaire à l’échelon mondial. Et laissons le ministère de l’agriculture gérer les plantations d’arbres.
Revenons à Elon Musk. Si celui-ci vous répond qu’il cherche avant tout des innovations, que lui direz-vous ?
Je lui dirai que la photosynthèse reste la meilleure innovation en matière de captation du carbone. D’ailleurs si j’en juge aux recherches qui sont menées par des startups en vue comme Climeworks, on est sur des modèles qui ne sont pas très éloignés de ceux des arbres.
Or la biomimétique devrait plutôt nous inciter à utiliser les systèmes vivants que d’imaginer des imitations artificielles.
L’innovation n’est plus dans cette industrialisation, qui évoque plutôt le « monde d’avant » pour reprendre une formule à la mode. Comme l’expliquent très bien les scientifiques Béatrice et Gilbert Cochet qui soutiennent notre projet, innover consiste désormais à miser sur les dynamiques extrêmement puissantes de la nature – forêts et océans en tête – pour trouver des solutions efficaces face à la crise climatique.

Pièges à CO2 développés par la startup Climework. Source : Climeworks.
De nombreuses voix s’élèvent pour inventer un autre système de comptabilité économique que celui fondé sur la seule croissance du PIB. Un modèle qui intègre les services rendus par la nature…
Il faudrait en effet faire le bilan entre ce qu’on gagne à détruire la nature et ce qu’on perd. Le déduire des gains industriels, car on n’intègre jamais dans ces comptabilités fallacieuses la perte de tous les services que nous rend la nature. Or une fois qu’elle est détruite, on n’a plus tous ses services.
J’appelle donc à faire évoluer cette comptabilité et je ne doute pas que les économistes trouveront mieux que le PIB, beaucoup travaillent d’ailleurs sur ces questions.
Il faut ensuite que les acteurs économiques intègrent ces données, mais là c’est une autre histoire. Pour l’instant, c’est une question de volonté politique et de suite dans les idées.
Ma conviction est que le jour où le PIB intègrera les services rendus par la nature, notre forêt primaire vaudra de l’or. Et on sera imité partout ! Avis aux investisseurs…
Lire aussi : « Remplaçons le PIB par l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable »

Crédit : Dmitry Gladkikh
Justement, en parlant d’investisseurs, Warren Buffet a dit un jour « quelqu’un s’assoit à l’ombre aujourd’hui parce que quelqu’un d’autre a planté un arbre il y a longtemps. » Un conseil que pourrait méditer Elon Musk ?
C’est vrai, en précisant que l’arbre est peut-être venu tout seul… puisqu’on n’a pas toujours besoin de le planter !
Le même Warren Buffet a dit que « quand des gens intelligents expliquent leurs idées à un orang-outang, cela améliore la qualité de leur prise de décision. »
Je l’encourage donc vivement à expliquer à cet orang-outang – qui lui connaît bien la nature – qu’il veut investir dans des technologies coûteuses pour un résultat hypothétique, alors que la nature – qui elle a fait ses preuves – fait tout le boulot gratuitement…
Comment imaginer qu’Elon Musk n’y ait pas déjà pensé ?
C’est une idée qui lui a sans doute échappé…
Imaginons à présent qu’il vous appelle pour vous attribuer les 100 millions de dollars. Qu’en faites-vous ?
Oh je ne serais pas du tout en peine ! On pourrait commencer par se procurer des terrains pour les laisser en libre évolution. Et laisser faire la nature. Tout simplement. »
Cette interview a été initialement publiée sur le site de l’association de Francis Hallé, partagée avec toutes autorisations.
10 mars 2021 - La Relève et La Peste
Yves Auberson
La suite d'une histoire exemplaire.
En ce moment, des millions de Français se passionnent pour des footballeurs. Et puis, il y a ceux qui marchent alors qu'ils ne devraient même pas pouvoir le faire.
Atteint de la maladie de Parkinson, Yves Auberson traverse les Alpes suisses en solitaire et à pied

Le Suisse de 51 ans a parcouru 1 122 kilomètres en trois mois.
Antoine Bchini08 février 2021 à 14h09
Alors qu'il n'avait que 35 ans, Yves Auberson a été diagnostiqué avec la maladie de Parkinson. Un véritable coup dur pour l'ancien golfeur professionnel - champion de Suisse junior en 1988 - qui a aussi arpenté les courses de trail dans les années 2000. Malgré la découverte de sa maladie en 2004, le Suisse ne s'est pas apitoyé sur son sort. Pour preuve : quinze ans plus tard, il ne s'est pas attaqué à une simple montagne, mais à toutes les Alpes suisses.
L'été dernier, à 51 ans, il a réalisé un défi fou en solitaire : parcourir plus de 1 000 kilomètres et gravir quarante cols en moins de cent jours. Cette aventure a avant tout été conçue comme un projet pour sensibiliser sur cette maladie dégénérative, et notamment sur l'idée reçue qu'elle ne touche que les personnes âgées.
À l'origine, il voulait faire le tour de l'Europe à vélo par les côtes, soit 20 000 kilomètres. La situation sanitaire et surtout la dangerosité de ce plan ont poussé le natif de Genève et son ami Michel Zryd - membre de l'association Défi-Parkinson - à changer de cap : un long périple à travers les Alpes, du lac Léman jusqu'à Nice, avec une centaine de cols sur le trajet. Là encore, la pandémie du Covid-19 s'est mêlée à l'histoire, obligeant l'aventurier à rester en Suisse. Le terrain de jeu est un vaste champ des possibles, avec notamment la Via Alpina et le Chemin des cols Alpins au programme.
Yves Auberson est parti de Montreux et a traversé la contrée helvétique d'ouest en est, avant de revenir. Au total : près de 60 000 mètres de dénivelé. Le Suisse et son association ont planifié son parcours à l'avance, en réservant les hôtels et auberges au fur et à mesure de son avancée. À force de vingt kilomètres par jour en moyenne, avec parfois près de deux kilomètres de montée, il s'est enfoncé dans le coeur des Alpes.

« Je devais faire le point, me remettre en question »
Le Genevois a du caractère et un mental solide. Il a lutté pour pouvoir réaliser ce projet qui lui tenait à coeur, malgré les nombreux aléas de cette période. D'une résilience à toute épreuve, Yves Auberson s'est relevé à chaque fois qu'il a trébuché - plusieurs fois par jour -, mais a continué son chemin pendant quatre-vingt-cinq jours et 1 122 kilomètres de marche pour prouver qu'il pouvait le faire. « On se dit souvent que, dans la marche, le plus compliqué ce sont les montées, mais non ! Le plus dur, ce sont les descentes. Surtout avec un sac à dos de quinze kilos », rigole-t-il.
Au téléphone, le Suisse parle calmement. Il prend son temps pour sortir les mots à cause de la maladie et conte ses longs mois sur les routes de montagne, de temps en temps aidé par Michel Zryd pour compléter ses phrases et parfois les reprendre. « Ce qui a été le plus difficile à supporter, c'était la solitude, nous confie Yves Auberson. 90 % du temps, tu es seul sur la route. Tu croises des gens de temps en temps, tu discutes un peu, mais tu reprends ton chemin, seul. Heureusement, certains jours, j'étais accompagné par mon fils, par des amis, ma famille. Mais j'avais besoin d'être seul. Je devais faire le point, me remettre en question. Même si je n'ai pas réussi à tout poser, j'ai pu faire un bon nettoyage dans ma tête. »

Épargné par le mauvais temps (10 jours de pluie sur 85), Yves Auberson s'est émerveillé devant les paysages magnifiques de son pays natal. L'aventurier a même ajouté un détour d'environ 100 km au parcours pour se rendre au Lac des Quatre-Cantons, au centre du pays. Un endroit où il rêvait d'aller depuis longtemps.
Yves Auberson avait besoin de cette remise en question, notamment pour mieux appréhender les affres de cette maladie et savoir venir en aide aux personnes, comme lui, atteintes de Parkinson. Et par ailleurs, il croit aux bienfaits de l'activité sportive. « Le sport ne guérit pas, mais il aide à vivre mieux », dit-il avec conviction. Une clinique de Montreux et le CHU de Lausanne se sont déjà manifestés pour s'attacher les services de l'ancien champion de golf, en tant que coach.

« Le plus gros effort, c'était d'arrêter de courir »
Cette aventure lui aura demandé une force et une volonté surhumaines. « Je m'entraîne tous les jours, précise le Suisse. J'avais multiplié par deux mon activité sur les six mois avant le départ pour me préparer. De la marche surtout. » Yves Auberson a même participé à l'Ultra-trail du Mont-Blanc et à la CCC (la course Courmayeur-Champex-Chamonix).
« J'en ai fait jusqu'en 2010, sans savoir que j'étais malade au début, raconte-t-il. J'ai dû m'adapter au fur et à mesure, en levant le pied. D'une heure et demie je suis passé à une heure. Le plus gros effort que j'ai eu à faire, c'était d'arrêter de courir. » Au fil de l'avancement de la maladie, certaines activités sont devenues pénibles pour lui, courir lui a par exemple abîmé ses vertèbres lombaires. Malgré tout, le Suisse reste positif et prend la vie avec philosophie. « Je fais tout à mon rythme, explique-t-il. C'est difficile, mais je suis autonome, il faut juste me laisser plus de temps. »
Son projet a beau avoir été modifié par la situation sanitaire, il songe déjà à repartir sur les routes pour effectuer le trajet initial. « J'ai envie de le refaire, assure-t-il. Ce voyage-là, je tenais à le faire maintenant. Avant mon opération. Je voulais que ce soit difficile. Je veux surtout voir la différence, entre avant et après. C'est pour ça que je ne voulais pas me faire opérer l'année passée. »
Cette intervention devient de plus en plus nécessaire. Les symptômes continuent de se développer et sont difficilement supportables. L'opération pourrait grandement lui simplifier la vie pour les prochaines années. En attendant, Yves Auberson continue de s'entraîner, et compte bien aller vers de nouveaux sommets.
publié le 8 février 2021 à 14h09
Stade 2
La nouvelle vie d'Yves Auberson
extrait
présenté par : Matthieu Lartot
Quand il se regarde dans la glace, le marcheur Yves Auberson ne se reconnait plus, mais le sourire est revenu. Depuis son opération du cerveau, le Suisse qui nous avait donné une telle leçon avec son Défi Parkinson dans les Alpes, entame une 2e vie pleine de promesses. C'est le Grand Format Stade2 signé Guillaume Papin et Julien Ababsa
Comme prévu.
Et donc, c'est parti pour deux, trois ou quatre mois de canicule, sécheresse, orages, grêle, vents violents et même tornade.
Comme tous les ans depuis quelque temps.
Mais on se contente d'observer, de compatir pour tous ceux qui sont touchés et soulagés de ne pas être frappés. En espérant qu'on continuera à échapper au pire.
Certains, hier, ont beaucoup perdu. Maisons endommagées, voitures mitraillées de grêlons, potagers hachés menus, vergers décimés etc etc...
Donc, on est entré dans la période des plaintes.
Mais il faudrait se souvenir que les scientifiques les plus compétents préviennent depuis parfois plusieurs décennies que le comportement consumériste du monde moderne conduira inévitablement à un renforcement dramatique d'un changement climatique, sans doute d'ordre naturel. C'est comme si on mettait un malade fiévreux sous trois couvertures et devant le poêle. On ne fait pas baisser la fièvre de cette façon. La planète est entrée dans une période de réchauffement et nous, humains, par nos comportements ajoutons des couvertures.
Et maintenant on se plaint.
Reste à savoir combien parmi ceux qui se plaignent ont décidé de changer leurs comportements, de prendre leur part de reponsabilités, de tenter d'atténuer les effets.
Combien ne prendront plus l'avion pour des vacances ? Combien diminueront leur consommation, combien chercheront à identifier le nécessaire du superficiel, combien changeront leur régime alimentaire en ayant conscience de l'impact de l'élevage intensif, de l'agriculture industrielle, combien opteront pour des vacances à vélo, à pied, dans une région proche et non à des milliers de kilomètres ?
Combien acceptent l'idée de changer et non uniquement de se plaindre ?
Publié le 20/06/2021 11:38
Temps de lecture : 2 min.

Les orages ont notamment éclaté à Paris, le 19 juin 2021. (CARINE SCHMITT / HANS LUCAS)
"On a pu assister à des phénomènes violents", a constaté dimanche 20 juin sur franceinfo Stéphane Schmitt, expert à Météorage, centre européen de surveillance des orages, filiale de Météo France. La France est traversée depuis samedi par de fortes intempéries, avec notamment un épisode orageux intense.
franceinfo : Comment expliquer la puissance de cet épisode orageux ?
Stéphane Schmitt : On est sur un épisode de grande ampleur. Dès hier, Météo France a placé 51 départements en vigilance orange, sachant que d'autres départements ont également été frappés par des orages isolés. C'est notamment le cas de la région nantaise, qui était en vigilance jaune. Effectivement, de manière très locale, on a pu assister à des phénomènes violents. On est sur une situation assez classique d'été et assez précoce, on a cet épisode caniculaire en France, pas intense, mais qui est quand même très précoce pour la saison. Quand ces conditions de chaleur sont associées à la présence d'un air frais d'humidité, on a les conditions nécessaires.
On a observé la présence de nuages supercellulaires. Pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?
Les nuages d'orage sont impressionnants dans tous les cas, même dans le cas d'un monocellulaire. Le nuage d'orage se développe à deux kilomètres au-dessus de nos têtes et va jusqu'aux limites d'une zone de l'atmosphère, à 18 km pour certaines latitudes. Imaginez ce monstre qui atteint 15 km d'épaisseur. Effectivement, ces phénomènes peuvent être particulièrement impressionnants. Dans certains cas, ces phénomènes sont accentués par des vents ascendants encore plus violents et qui peuvent localement donner la génération de tornades ou de mini tornade, comme hier. C'est commun aux Grandes plaines [région de l'Amérique du Nord, à l'est des montagnes Rocheuses]. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on est sur des phénomènes de très grande ampleur, qui partent de l'ouest et qui va traverser des centaines de kilomètres. À la différence près que dans les Grandes plaines, aux États-Unis, ces phénomènes sont encore plus violents puisque très souvent, on a des vents qui peuvent aller au-delà de 180 km/h et fort heureusement, un peu moins généralement chez nous.
On a vu sur les réseaux sociaux des photos de grêlons de la taille d'une balle de tennis. Comment expliquez-vous cette grosseur ?
Le cumulonimbus, c'est un nuage qui est très haut. La vapeur d'eau qui est en altitude va se transformer en glace. C'est ce qui va constituer le noyau de notre grêlon et ensuite, notamment avec les courants à l'intérieur du nuage, va avoir tendance à descendre aussi par la pesanteur. Et puis, en agrégeant toutes les gouttelettes d'eau qui sont sur son passage, et avec la température, ils vont immédiatement geler. En accumulant ces gouttelettes, ils vont grossir et frapper le sol avec de temps en temps des diamètres qui sont très importants.
METEO. "Des grêlons comme des balles de tennis", de gros dégâts dans le Doubs à Vercel et Valdahon
Un violent orage s’est abattu samedi 19 juin en fin de journée dans le Doubs principalement dans le secteur de Vercel-Villedieu-le-Camp et Valdahon causant des dégâts notables sur les voitures et les maisons. L'alerte orange de Météo-France reste active ce dimanche en Franche-Comté.
Publié le 20/06/2021 à 10h18 • Mis à jour le 20/06/2021 à 15h47

Un violent orage de grêle s'est déversé samedi 18 juin en fin de journée sur le Doubs. • © Facebook Météo-Comtoise
Des grêlons de 5 à 10 cm de diamètre
Les pare-brises des voitures totalement brisés et des toitures détruites. Certains grêlons mesuraient entre 5 et 6 cm, quand d’autres atteignaient 10 cm selon Météo Franc-comtoise. 80% des habitants du secteur de Vercel-Villedieu-le-Camp et Valdahon auraient été touchés.
Samedi 19 juin 2021 en fin de journée un important orage s’est abattu dans le Doubs, principalement sur les communes de Valdahon et à Vercel-Villedieu-le-Camp. "L'orage est arrivé très vite. On a d'abord eu une pluie d'orage puis une plus grosse pluie et des grêlons de la même taille que des oignons sont tombés" relate Emilie Mosse, habitante de Valdahon. "Dans notre lotissement, les pare-brises des voitures et les rétroviseurs sont explosés. Trois voitures viennent de partir sur une dépanneuse. Chez nous la piscine et la table de jardin ont été abîmées. C'était très impressionnant et le bruit des grêlons qui tombaient sur le toit faisait peur. C'était la panique pour tout le monde".
Grêlons dans le Haut-Doubs
Les communes de Nods et de Villers-Chief ont elles aussi été très impactées. L'orage est arrivé vers 19h00 et en l'espace de 10 minutes les dégâts ont été importants. "On a juste eu le temps de mettre les deux voitures au garage. Les grêlons étaient aussi gros que des balles de tennis. Les enfants ont eu peur" décrit Angélique Labbez-Jouillerot. Dans cette famille de Villers-Chief, l'orage a causé quelques dégradations "Un panneau solaire a été détérioré ainsi que la cabane du jardin et quelques tuiles" précise Angélique Labbez-Jouillerot.
Vers 19h, l'orage s'est déplacé sur Laviron, Servin, Valonne, Clerval et l’Isle-sur-le-Doubs.
Maîche et Saint-Hippolyte sous surveillance par Météo Franc-comtoise
La probabilité pour qu’un tel épisode de grêle se produise en Franche-Comté était minime. Mais la présence d’une super cellule, autrement dit un orage rotatif, a déclenché des orages de grêle qui ont pris naissance dans la vallée d’Ornans.
« Nous n’avions pas eu pareil situation depuis 2012 où les orages de grêle s’étaient étendus de Levier dans le Doubs jusque dans le Jura. Et à l’heure où je vous parle, je surveille une même super cellule au-dessus de Maîche et Saint-Hippolyte » prévient Ilyes Ghouil de Météo franc-comtoise. « L’orage de grêle d’hier est un phénomène rare qui a surpris tout le monde »
Toute la semaine prochaine, le temps sera orageux et nous ne serons pas à l’abri d’autres orages de grêle.
La vigilance orange de Météo-France toujours en cours ce dimanche
La Préfecture du Doubs prévient que les orages seront de retour dès le milieu de journée ce dimanche 20 juin par le sud sur la Bourgogne. Ils s'étenderont en tout début d'après-midi à la Franche-Comté. L'alerte orange reste active jusqu'à lundi 21 juin 6h, sur les quatre départements de Franche-Comté ainsi que la Côte d'Or, Saône-et-Loire et Nièvre.

© Météo-France
Météo Comtoise détaille un peu plus ce qui pourrait venir côté ciel ce dimanche après-midi.
À compter de 14-15h, de violents orages vont remonter de l’Ain et de la Saône-et-Loire, direction les Vosges pour 16-17h.
C'est bien le Doubs, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort qui sont les plus exposés face à ces orages potentiellement dangereux… On attend à leur passage une forte activité électrique mais aussi :
Des pluies diluviennes
Des grêlons de 2 à 5cm de diamètre
Des vents jusqu’à 110km/h
Nettoyage du puits
On est arrivé dans notre nouvelle habitation le 16 mars et depuis, il ne s'est pas passé beaucoup de jours sans qu'on travaille au jardin.
4600 mètres carrés, ça occupe.
On a lancé pas mal de zones de culture et il a fallu arroser pour amorcer tout ça.
On a un puits mais il était fermé par une dalle en béton. Impossible de connaître son état réel, la quantité d'eau et son réapprovisonnement au fil de nos pompages quasi journalier.
Depuis une semaine, on avait des soucis de désamorçage de la pompe et après avoir vérifié et revirifié tous les branchements, éliminé toutes les éventuelles entrées d'air, il a bien fallu se rendre à l'évidence que la visite dans le puits s'imposait. Nécessité de vérifier le niveau d'eau.
Un ami a découpé la dalle avec une disqueuse et a soulevé la chape avec le bras du tracteur. Et là, dès le premier coup d'oeil, on a bien vu que le niveau d'eau était très bas. Gros coup...
On savait que ce puits n'avait pas été utilisé. Sans doute deux ou trois décennies sans être pompé. Hors, on dit toujours que l'eau doit être tirée pour que le puits survive. Sinon, c'est l'envasement qui s'installe. L'eau n'a plus d'accès ou en tout cas pas en quantité.
Il faut donc le curer, descendre au fond et enlever la vase, la boue, les déchets végétaux, tout ce qui s'est accumulé et qui finit par boucher les arrivées d'eau, qu'il s'agisse d'une source souterraine ou d'une nappe phréatique
Donc, je suis descendu. Le matériel de montagne a bien servi, corde, baudrier, descendeur et poignée jumar pour remonter. Je connaissais les dangers inhérents à la présence de gaz toxiques issus de la dégradation des végétaux. J'y suis allé sous la surveillance de deux amis et de Nathalie. Rien, aucun problème.
Vraiment, je suis fasciné par la qualité du travail de construction, pas une pierre qui bouge, sept mètres de profondeur, un emboîtement magique, des pierres de toutes formes, pas de ciment. Et tout est là, intact. Il faut imaginer la patience, la notion du temps qui ne compte pas, le travail doit être fait, et bien fait.
J'ai donc enlevé la vase, Nathalie remontait les seaux, un par un.
Au fond du puits, il y a un lit de pierres de toutes tailles, toutes recouvertes par la vase. J'ai trouvé deux "conduits" horizontaux qui étaient partiellement bouchés. J'ai enlevé la boue au plus loin que je pouvais. J'ai fini ce matin.
Et à 16 heures, l'eau avait déjà remonté de vingt centimètres. On verra dans les prochains jours.



Changement climatique et phénomènes météorologiques
Allez, c'est parti. Les infos vont nous donner les derniers épisodes météorologiques d'ampleur et vont nous expliquer que c'est dû au "réchauffement climatique". Et certains diront que c'est de la foutaise. Et d'autres diront que c'est la nature qui se "révolte" et d'autres diront que c'est un phénomène naturel et nullement anthropique, que la planète a déjà connu des périodes identiques et patati et patata et ça durera le temps de l'été et des diverses périodes de canicule et de sécheresse, et puis la Sibérie recommencera à brûler, à moins que ça soit la Californie ou l'Australie ou on nous annoncera que la calotte du Groenland ne parviendrait même plus à refroidir les pastis de la région Paca et que les glaciers de l'Himalaya fondent si vite qu l'Everest finira par se faire en bermuda etc etc etc...
Année après année.
Et les gouvernements se réjouissent du retour de la croissance avec la baisse de l'épidémie de Covid.
On n'aura rien appris, rien retiré, rien n'aura changé, on en est toujours au même point. Les adeptes de "l'écomodernisme" présentent leurs dernières idées et cherchent des financements qu'ils obtiendront assurément.
Et nous, ici, on ausculte le ciel, on lit les prévisions météorologiques, jour après jour, avec la peur au ventre de la survenue d'orages de grêle et on se dit que tous les gens qui vivent de la production de leurs champs ne doivent pas dormir beaucoup.
L'article suivant a un an. Je ne serais aucunement surpris d'en voir un quasiment similaire apparaître sous peu.
Réchauffement climatique et phénomène météo exceptionnel : décryptage de la canicule en Sibérie
11 août 2020, 22:11 CEST
https://theconversation.com/rechauffement-climatique-et-phenomene-meteo-exceptionnel-decryptage-de-la-canicule-en-siberie-144252
Auteurs
Directrice de recherche au CNRS, laboratoire LATMOS, Institut Pierre Simon Laplace (IPSL), Sorbonne Université
Ingénieure de recherche en chimie atmosphérique, Sorbonne Université
Chargée de recherche CNRS, Sorbonne Université
Déclaration d’intérêts
Cathy Clerbaux a reçu des financements du CNES (Centre d’études spatiales, France) et du programme européen H2020 (ERC-advanced IASI-FT) pour financer les travaux de recherche de son équipe.
Maya George et Sarah Safieddine ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
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Image des feux (indiqués par des points rouges) et des fumées au-dessus de la Sibérie capturée par l’instrument satellite MODIS, le 1er juillet 2020. Nasa
20 juin 2020 : la température atteint 38 °C à Verkhoïansk, une ville russe située au nord du cercle polaire arctique. Cette petite cité est également réputée pour avoir connu l’une des plus basses températures jamais enregistrées sur Terre (hors Antarctique).
Ces derniers mois, d’autres vagues de chaleur exceptionnelles ont été rapportées dans une bonne partie de l’hémisphère Nord, suivies par des feux dévastateurs en Sibérie.
Plus de 3 millions d’observations quotidiennes
Notre équipe de recherche travaille depuis 15 ans sur les données fournies par la mission IASI ; ces informations permettent de suivre depuis l’espace à la fois l’évolution des températures et les épisodes de feux qui ravagent des régions entières.
Le sondeur atmosphérique IASI a été construit par le CNES dans les années 1990, et vole maintenant à bord des trois satellites météorologiques Metop. Le cœur de l’instrument est un spectromètre à transformée de Fourier ; il enregistre la radiation émise par la Terre et par l’atmosphère dans la gamme spectrale de l’infrarouge thermique.
L’instrument balaie en continu la surface de la Terre, et délivre un signal appelé « spectre atmosphérique », à partir duquel nous pouvons obtenir différents paramètres géophysiques – tels que la température à différentes altitudes et les concentrations des gaz qui se trouvent dans l’atmosphère.
Chaque jour, une antenne parabolique installée sur le toit de Sorbonne Université réceptionne les données envoyées par le satellite et déverse en quasi temps réel (deux heures après le passage du satellite au plus tard) 3,6 millions d’observations (soit 45 Gb de données) que nous analysons à l’aide de programmes informatiques automatisés.

Un exemple de spectre IASI enregistré au-dessus de la Sibérie (longitude 151.82°E ; latitude 66.16°N), le 28 juin 2020 vers 11 heures du matin (heure locale). Chaque spectre contient les signatures d’une série de molécules, et des informations sur la température à l’endroit de la mesure. Les carrés indiquent les régions spectrales utilisées pour mesurer la température (en surface et en altitude, en bleu) et le monoxyde de carbone issu des feux (en rouge). Maya George/Latmos, CC BY-NC-ND
Sur la trace des gaz présents dans l’atmosphère
Les spectres IASI permettent ainsi de cartographier les concentrations des gaz au quotidien, mais aussi de fournir des alertes quand les événements sortent de la norme : températures exceptionnelles, éruptions volcaniques, épisodes de pollution, grands feux, etc.
À partir des spectres, le paramètre le plus facile à mesurer concerne la « skin température », à savoir la température qu’on mesurerait si on enfonçait un thermomètre dans le sol à l’endroit de la mesure. On l’obtient en analysant les régions du spectre où aucun gaz n’absorbe la radiation infrarouge.
Pour obtenir la température plus haut dans l’atmosphère, nous utilisons la région spectrale dans laquelle le CO2 absorbe la radiation. Pourquoi ? Parce que ce gaz est stable et il reste très longtemps (plus de 100 ans) dans l’atmosphère. Ce qui est problématique vis-à-vis de son impact sur le climat mais nous permet toutefois d’obtenir une estimation de la température à différentes altitudes ; sachant que le signal mesuré par le satellite fluctue en fonction de 3 paramètres : la température, la pression atmosphérique (qui est un bon indicateur de l’altitude) et la concentration du gaz à l’endroit de la mesure.
L’analyse des spectres permet aussi de suivre facilement les gaz qui sont émis par les incendies et transportés par les vents. Selon le type de combustible, différents gaz vont être émis ; mais il existe un traceur de combustion toujours présent, le monoxyde de carbone (CO). Présent en quantité importante dans les fumées de tous les feux, on l’observe facilement dans les spectres IASI, avec d’autres gaz représentatifs du type de végétation qui brûle.

Mesure des anomalies de températures (en degrés Celsius) au sol et à 5 km d’altitude, dérivée des données IASI. Pour obtenir les anomalies, les cartes de température en 2020 sont comparées à la moyenne des 3 années qui précèdent. On voit bien la hausse des températures (en rouge) au-dessus de la Russie en mai ; et au-dessus des pays scandinaves et de la Sibérie en juin. Marie Bouillon/Latmos, CC BY-NC-ND
Pourquoi des températures si élevées en Sibérie ?
Aux moyennes latitudes de l’hémisphère Nord, les fronts météorologiques de haute et basse pression se déplacent généralement d’ouest en est. Ils sont entraînés par « le courant-jet », un vent rapide situé en altitude. Ce système est en mouvement et, en général, les épisodes de basse pression qui apportent du temps nuageux, venteux et potentiellement humide, chassent les épisodes de haute pression et vice-versa.
Il arrive cependant que des systèmes météorologiques restent bloqués pendant une longue période. De tels systèmes conduisent à des canicules et de la sécheresse en été, du froid glacial en hiver.
Lorsqu’un système de haute pression se trouve sur son chemin, le système de basse pression est soit dévié, soit reste lui aussi sur place. Ainsi, le temps agréable en Europe au printemps dernier fut le résultat d’un phénomène météorologique bloquant : le courant-jet s’est déformé et déplacé vers le nord, permettant à des zones successives de haute pression de dominer.
Ces systèmes de blocages expliquent notamment les grands épisodes de canicules : les étés 1976 et 2003 en Europe ; les vagues de chaleur avec incendies de forêt à l’été 2010 en Russie, l’été 2013 en Sibérie, en 2019-2020 en Australie ; l’hiver très rigoureux de 2009-2010 en Europe.
Dans certaines régions du monde, de tels blocages se produisent plus fréquemment.

À gauche : illustration d’un système météorologique bloquant au-dessus de l’Amérique du Nord. À droite : illustration d’un « bloc Oméga » au-dessus du Royaume-Uni. Science History Images/Alamy Stock Photo/Met Office
Des phénomènes de blocages
Si plusieurs mécanismes entrent en jeu pour expliquer la formation de ces phénomènes météorologiques bloquants, les météorologues s’accordent sur le fait que les ondes planétaires – ou « ondes de Rossby » – sont impliquées.
Ces ondes correspondent à des mouvements ondulatoires de la circulation atmosphérique ; ils se forment de manière naturelle, car la Terre tourne. Le blocage peut se produire lorsque les ondes de Rossby s’amplifient et/ou se brisent, ce qui ralentit la progression d’est en ouest des systèmes météorologiques, rendant les conditions plus stables.
Un anticyclone de blocage peut être associé à un « bloc Oméga », appelé ainsi parce qu’il ressemble à la lettre majuscule oméga (Ω) de l’alphabet grec ; dans ce cas, les zones alternées de haute et de basse pression se forment respectivement dans les pics et les creux des ondes de Rossby.
Les conditions météorologiques inhabituelles qui ont prévalu autour du cercle polaire arctique sont donc liées à la persistance d’un épisode de système anticyclonique « bloquant » haut en altitude, comme observé par l’instrument IASI.
Ces dernières semaines, trois dômes anticycloniques chauds en altitude ont été observés sur la Sibérie orientale, la Scandinavie et le Nord canadien. Entre ces trois pôles chauds, bien identifiés, s’intercalent des « blocages froids d’altitude », notamment en Sibérie occidentale, vers l’Alaska et sur l’Atlantique Nord.
Feux de tourbières et toundras
Les températures anormalement élevées en Sibérie et la sécheresse qui a suivi ont déclenché d’immenses incendies, principalement dans l’Est sibérien. L’agence russe de gestion des feux de forêt (Aviales) a rapporté que, début juillet, 3,4 millions d’hectares (soit plus que la superficie de la Belgique) avaient déjà brûlé dans des zones inaccessibles.
Dans ces contrées inhabitées, les feux incontrôlés ont dégagé énormément de fumées, bien visibles sur les photos satellites, car la végétation qui se consume est composée de tourbières et de toundras qui génèrent davantage de fumées. Ces combustibles émettent également davantage de composés carbonés, dont le monoxyde de carbone qu’on surveille aisément avec l’instrument IASI.

Monoxyde de carbone mesuré par l’instrument IASI à bord du satellite Metop, entre le 20 et le 30 juin 2020. En mauve, on observe des concentrations élevées de CO dans les fumées des grands feux en Sibérie (combustion de la végétation) ainsi que via la pollution émise au-dessus de la Chine (combustion de fuels fossiles). Sarah Safieddine/LATMOS, CC BY-NC-ND
Les estimations du service de surveillance européen de l’atmosphère Copernicus indiquent qu’en juin 2020, 59 mégatonnes de CO₂ auraient été libérées dans l’atmosphère.
Après les incendies australiens, 2020 restera comme une année intense en matière de feux violents.
Glace de mer et pergélisol
L’Arctique se réchauffe plus de deux fois plus vite que la moyenne de la surface du globe. Ce phénomène est connu sous le nom d’« amplification arctique ».
Il s’explique en partie par la perte rapide de la couverture de glace de mer dans cette région : lorsque la glace diminue, l’énergie du soleil qui aurait été réfléchie par la glace blanche et brillante est absorbée par l’océan, ce qui provoque un réchauffement supplémentaire.
Cette année, début juillet, les mesures de l’étendue de glace dans la mer de Laptev montrent en effet une diminution exceptionnelle.
Évolution saisonnière de l’étendue de la glace de mer (en millions de kilomètres carrés) entre 1979 et 2020. Zach Labé/Colorado State University
Une des craintes associées au réchauffement climatique, en particulier dans l’Arctique, concerne le dégel du pergélisol (permafrost en anglais). Lorsque ce dernier se réchauffe, le sol dégèle, l’activité microbienne augmente et relâche du méthane et du CO2 – deux gaz à effet de serre.
Les scientifiques estiment que 1500 milliards de tonnes de carbone sont ainsi stockées dans les sols gelés, c’est-à-dire deux fois plus que dans l’atmosphère et cinq fois plus que ce qui a été émis par toutes les activités humaines depuis 1850 !
Alors que les émissions du pergélisol représentent moins de 1 % des émissions mondiales de méthane, sa fonte progressive et la formation de nouveaux lacs pourraient entraîner la libération progressive du méthane dans l’atmosphère.

Près d’un quart des terres libres de glace dans l’hémisphère Nord sont recouvertes de pergélisol (données du National Snow and Ice Data Center). NASA
Des scientifiques ont cartographié plus de 150 000 cavités qui relâchent du méthane près des limites du pergélisol en dégel et des glaciers en recul. Elles apparaissent sous forme de trous dans les lacs et les rivières gelés qui bouillonnent de gaz ; ces phénomènes ont donné lieu à des images impressionnantes sur Internet, le gaz qui s’échappe pouvant s’embraser !
Jusqu’à présent, il y a peu de preuves que les émissions liées au dégel du pergélisol ont augmenté. Les réseaux de capteurs au sol et les satellites n’ont rien détecté d’inhabituel. En revanche, en Amérique du Nord comme en Sibérie, l’accélération d’effondrements de terrain dans le pergélisol suggère que le dégel n’est pas nécessairement un processus linéaire et graduel.
Par ailleurs, les émissions issues de l’extraction d’hydrocarbures progressent et constituent la deuxième grande source de méthane dans l’Arctique. La région représente un quart des émissions mondiales de méthane liées à l’exploitation du pétrole et du gaz. Au vu des estimations actuelles, le risque d’un relargage massif et brutal de méthane paraît donc relativement faible, mais le scénario d’une augmentation progressive des émissions est vraisemblable.
Selon le dernier rapport du GIEC, consacré à l’océan et la cryosphère, les émissions du pergélisol sont susceptibles d’entraîner un réchauffement supplémentaire de ~0,1 à 0,5 °C d’ici 2100, selon que les émissions des gaz à effet de serre sont régulées ou non.
Le rôle du réchauffement climatique
Suite à cette canicule exceptionnelle qui a touché la Sibérie, une équipe internationale de scientifiques, réunis au sein du réseau « World Weather Attribution », a étudié l’influence potentielle du changement climatique sur cet épisode.
Les chercheurs ont analysé deux aspects fondamentaux de cette vague de chaleur. Tout d’abord, ils ont examiné les températures moyennes dans une large zone couvrant la Sibérie. Sur la période de six mois, s’étendant de janvier à juin, les températures dans cette zone ont été supérieures de plus de 5 °C à la moyenne (et de 10 °C pour le seul mois de juin). Sans changement climatique, l’analyse montre que des températures moyennes aussi extrêmes sur six mois en Sibérie n’arriveraient que… tous les 80 000 ans environ !
Ils se sont ensuite penchés sur ce record de température de 38 °C rapporté le 20 juin dans la station météorologique de Verkhoïansk, analysant les températures maximales quotidiennes pour le mois de juin dans cette ville. Dans les deux cas, ils ont constaté que cet événement aurait effectivement été impossible sans le changement climatique, qui a multiplié par au moins 600 les risques de chaleur prolongée dans cette partie du globe.
La canicule exceptionnelle observée récemment dans tout le cercle arctique résulte ainsi de la combinaison d’un phénomène météorologique exceptionnel (avec l’interruption de la circulation atmosphérique zonale) sur fond de réchauffement climatique, le tout exacerbé par la présence de feux incontrôlés et de la glace qui fond et ne réverbère plus la radiation solaire. Un cocktail éminemment dangereux.
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Jennifer Gallé
Cheffe de rubrique Environnement + Énergie
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André GORZ
Le genre d'homme qu'il aurait fallu écouter, le genre d'idées qu'il aurait fallu appliquer.
André Gorz, cet écolo socialiste qui voulait libérer le temps

Françoise Gollain ravive la brillante actualité de la pensée d’André Gorz pour une société écosocialiste. Aux impasses de la gauche réformiste et productiviste, elle rappelle que la baisse radicale du temps de travail et le revenu universel défendus par le penseur sont « des instruments vers l’expansion de l’autonomie » face au capitalisme.
Françoise Gollain est docteure en sociologie et retraitée de l’enseignement supérieur. Elle vient de publier André Gorz & l’écosocialisme (2021, éd. Le Passager clandestin).
Reporterre - Vous avez bien connu André Gorz ?
Françoise Gollain - Oui, c’était un ami. À 19 ans, j’ai d’abord découvert le journaliste : ses articles étaient les premiers sur lesquels je sautais dans Le Nouvel Observateur [1] – ils sont peu nombreux encore aujourd’hui à développer des idées aussi radicales ! Et puis je l’ai rencontré quand je finissais ma thèse publiée en 2000 sous le titre Une critique du travail. Entre écologie et socialisme. Je n’étais pas encore diplômée, mais il m’a prise au sérieux tout de suite.
Gorz ne raisonnait vraiment pas en termes de réussite matérielle, ni de statut social. Lui-même n’était pas un philosophe officiel, d’ailleurs : il n’avait qu’un diplôme d’ingénieur chimiste, et était simplement disciple et ami de Sartre. Son activité intellectuelle, qu’il a menée assez fébrilement durant une cinquantaine d’années, provenait d’un intérêt sincère pour la manière dont les gens vivent. Ce qui l’intéressait, c’était d’élaborer une philosophie qui favorise l’accomplissement, par chacun, de sa propre liberté : contre l’impératif de profit, et contre l’État si nécessaire. L’écologie de Gorz est fondamentalement humaniste.
En 1972, il a été le premier à appeler à la « décroissance ». Dans quel contexte, et pourquoi ?
1972 est l’année durant laquelle a émergé une conscience écologique mondiale, avec plusieurs publications : le rapport Meadows, commandé par le Club de Rome, dont le titre français était « Halte à la croissance ». Et, moins connue du grand public, la lettre ouverte au président de la Commission européenne, de Sicco Mansholt, un homme d’État néerlandais qui remettait en cause l’orientation vers la croissance de ladite Commission.
En avril de la même année, Gorz a publié dans Le Nouvel Obs un article en défense de ces deux textes, particulièrement contre des critiques acerbes du journal l’Humanité. Pour lui, ces publications montraient que le capitalisme, qui exige le rendement et la croissance pour garantir des profits, n’est tout simplement pas compatible avec la survie de l’humanité. Conclusion : il faut engager l’économie dans une logique de décroissance.

Keep Cottage, une maison partagée habitée et gérée par des étudiants de l’université d’Oberlin (Ohio), aux États-Unis. André Gorz s’est très tôt intéressé à l’habitat partagé, qui permet beaucoup de possibilités de mutualisation (salles de télévision communes, jardins partagés, buanderies, ateliers de bricolage, etc.), et donc une socialité enrichie et une réduction des dépenses énergétiques. Wikimedia Commons / CC BY 3.0 / Pteranadons
Malgré les avertissements des scientifiques et les alertes, qui donnent raison à André Gorz sur la nécessité de réduire la consommation énergétique, le terme de « décroissance » reste marginal. Europe Écologie - Les Verts, par exemple, parle sur son site de « post-croissance ». Quelle en est la raison à votre avis ?
Je pense que ce mot de « décroissance » reste choquant dans un contexte qui continue à considérer que la croissance est la seule manière de satisfaire les besoins. Or Gorz a montré très tôt — dès 1964, dans Stratégie ouvrière et néo-capitalisme — que c’est plutôt l’inverse : c’est la croissance qui se nourrit des inégalités et de la frustration, en suscitant un désir infini de consommation.
Et puis on ne nous propose que la décroissance subie. Les gens la perçoivent donc comme une « condamnation à la médiocrité sans espoir », selon les termes de Gorz.
« Mieux, ce peut être moins », écrivait-il…
Oui, Gorz a montré comment une « décroissance productive », par opposition à la « croissance destructive » actuelle, pouvait à la fois enrichir la vie et préserver la planète. Œuvrer à la création d’une société post-capitaliste, c’est faire le choix de vivre mieux avec moins, en travaillant et en consommant moins, mais en s’impliquant davantage socialement.
La base, c’est que l’objectif ne doit plus être la production maximale. Cela constitue un projet politique de démocratie économique, qui implique une redéfinition collective et souveraine de nos besoins : que produisons-nous, comment, à quel prix — en termes de travail humain, de peine, mais aussi d’environnement ?
À partir de 1980, pour accompagner cette redéfinition des besoins, il a proposé une diminution planifiée du temps de travail, avec l’octroi d’un « revenu universel » découplé du temps de travail. Le but : libérer un temps croissant pour la poursuite d’activités qu’il appelle « autodéterminées » : donc hors-marché, individuelles, mais aussi coopératives. Un moyen de développer la sphère de l’autonomie, c’est-à-dire de favoriser la prise en main, par chacun, de sa propre vie, et l’implication dans la collectivité.
C’est cette société, dégagée des impératifs de l’accumulation et du gaspillage, et dans laquelle le salariat avait perdu sa centralité, qu’il appelait écosocialiste.
Cette libération du temps de travail devait, selon lui, s’accompagner d’une politique de l’expérimentation sociale. Qu’entendait-il par là ?
Gorz n’a jamais défendu le revenu universel en soi. Dans « De l’aptitude au temps libre », il écrit que le temps libéré sera celui de la consommation, de l’ennui ou de la frustration s’il n’y a pas une diversité de politiques pour accompagner sa mise en œuvre. C’est une dimension que ne mettent pas suffisamment en avant, je pense, les gens qui aujourd’hui font campagne pour la garantie du revenu.
Au-delà de la nécessité d’un changement d’imaginaire, pour parler comme Serge Latouche, il s’agissait pour lui de donner aux gens les moyens concrets de mettre en œuvre leur autonomie : du temps, donc, mais aussi de l’espace. Il avait été très frappé, lors des trois voyages qu’il fit aux États-Unis de 1969 à 1971, par l’organisation coopérative qu’il avait pu observer au sein de la contre-culture — qu’il s’agisse des gardes d’enfants, de l’alimentation, de l’énergie. Sur ce modèle, il suggère notamment une autre politique de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, qui encourage, au niveau le plus micro possible, la mutualisation dans tous les domaines : avec, par exemple, des bibliothèques d’outils pour favoriser, grâce à l’emprunt de ces derniers à très bas coût, la réparation des objets et la fabrication du superflu, selon les goûts et les désirs de chacun.
Pour Gorz, la « décroissance productive » doit s’accompagner d’une transformation culturelle. Le capitalisme, écrivait-il, a institué « le travail en tant qu’activité purement fonctionnelle, séparée de la vie, amputée de sa dimension culturelle et coupée du tissu des rapports humains ». Il s’agit de restaurer ces liens entre l’activité, la vie et la culture.
Gorz liait-il le revenu universel à l’obligation de ne pas dépasser un certain quota d’heures de travail ?
La question pour lui, c’est plutôt de ne pas être obligé d’effectuer sur une vie entière plus de dix à quinze ans en équivalent temps plein ! Au départ, il s’agissait de dissocier le montant du revenu de la durée du travail fourni individuellement. Puis, vers 1995, Gorz s’est aperçu que cette formule n’était déjà plus pertinente, avec la montée de la précarité et de l’extrême discontinuité de l’emploi (et donc du revenu) pour beaucoup. Il proposa alors de dissocier le revenu de l’emploi lui-même.
Comment imaginait-il d’inscrire l’autolimitation énergétique dans la société ?
En mutualisant le plus possible les fonctions essentielles, et en sollicitant l’imagination collective. À ce propos, il s’est très tôt intéressé à l’habitat partagé, un antidote à ses yeux aux cages à lapins où le couple familial est délié des autres habitants. Il proposait d’y créer des salles de télévision, des buanderies, des jardins, des ateliers de bricolage communs, etc., pour engendrer une autre socialité et une réduction de la consommation.
Finalement, son but n’était-il pas de redonner chair au désir d’émancipation des travailleurs ?
Si, parce que Gorz était fondamentalement marxiste. Pour lui, la révélation de la menace que fait peser le capitalisme sur les ressources naturelles était d’abord une possibilité nouvelle de motiver sa subversion — et cela dès « Pour un bon usage du Mansholt », un texte de 1972 [2].
C’est une des dimensions de la singularité de sa perspective décroissante, l’articulation entre une critique écologique radicale et un socialisme associatif, qui renouerait avec l’aspiration initiale des mouvements ouvriers d’un contrôle sur la production et la consommation.
Il était par ailleurs très critique envers l’imaginaire de la gauche officielle…
Gorz s’intéressait au Marx passionné par le développement des individualités, pas à ses textes marqués par le productivisme. Il ne croyait pas au credo marxiste de l’émancipation par le travail et, très tôt, a dénoncé cette vision d’un prolétariat comme classe révolutionnaire prédestinée. Il pensait que c’était les gens réels qui devaient vouloir leur émancipation, et en créer les modalités.
Dans un de ses derniers textes, il regrette « la complicité structurelle entre le travailleur et le capitalisme », favorisée par les syndicats qui demandent le partage du gâteau sans remettre en question son augmentation par la croissance.
Quelle part Gorz donne-t-il à l’État dans le processus de rationalisation des besoins et de libération du temps ?
Au départ, il pensait qu’une réduction massive du temps de travail ne peut être réalisée qu’au moyen d’une planification étatique. Mais en considérant que ce processus de démarchandisation de l’existence doit se fonder sur une société civile active, qui tarabuste l’État.
À partir de 1997, il a proposé une version plus radicale encore de l’écosocialisme : une reconnexion entre production et consommation. C’est le moment où il se disait proche du municipalisme libertaire de Murray Bookchin. Il imagina alors une gestion coopérative et décentralisée de la production, donc sa relocalisation, grâce à un usage subversif du numérique — logiciels libres, fablabs, hackers…
Aujourd’hui, dans un contexte néolibéral où l’État perd sa fonction régulatrice, comment la population pourrait-elle envisager une réorientation de la production ?
Il faut qu’elle redevienne très active. Gorz écrivait dans une période où il y avait des mouvements importants dans la société civile — c’était l’après-68 —, et il comptait beaucoup sur les résistances au travail, les mouvances écologiques, mais aussi féministes, qui questionnaient l’idéologie du travail, le rapport à la nature, le productivisme et l’hyperconsommation, pour contraindre les instances régulatrices, étatiques en particulier, à une réorientation.
On peut avoir des doutes là-dessus aujourd’hui. En même temps, on est peut-être dans un creux de l’Histoire, un creux de la vague, mais ça ne veut pas dire qu’on n’aura pas une autre vague à un moment donné. Gorz pensait comme Sartre qu’il y a chez tout individu, même dans une situation très contrainte, une aptitude foncière à la liberté. Il avait vu beaucoup de mouvements de grève pour « changer la vie », c’est ce qui le rendait optimiste.

Le ciel de Picardie. Le « temps libéré » n’est pas le temps des loisirs marchands, mais celui qui permet de vivre « la présence désintéressée à l’être dans la vibration de l’instant » - André Gorz. © Catherine Marin/Reporterre
Pour la présidentielle de 2022, La France insoumise annonce vouloir « aller vers les 32 heures et la semaine de quatre jours ». EELV, en l’occurrence la maire de Poitiers Léonore Moncond’huy, soutient que la libération du temps de travail doit s’inscrire dans « une politique sociale de vacances, d’accès aux loisirs pour toutes et tous »… Qu’aurait pensé Gorz de ces approches de la libération du temps de travail ?
Pour Gorz, les deux mesures, la réduction du temps de travail et, plus fortement à partir de 1997, le revenu inconditionnel d’existence, ne sont que des « instruments » vers l’expansion de l’autonomie. Il ne s’agit absolument pas pour lui de favoriser la société des loisirs. Parce que le temps du loisir, ça peut n’être qu’un temps de la consommation marchande. Il ne contrevient pas au fonctionnement de la société capitaliste, qui nous modèle en tant que travailleurs-consommateurs : on gagne avec son travail les moyens de consommer pendant son temps libre. Mais c’est un « temps libre », pas un « temps libéré ».
Personnellement, je suis contente que La France insoumise propose une mesure de réduction du temps de travail. Chez Gorz, on est néanmoins dans un projet beaucoup plus large, même s’il paraît utopique. Mais il acceptait le terme d’« utopie », car l’utopie est ce qui permet de regarder la réalité présente et de l’interroger de manière radicale.

André Gorz et l’écosocialisme de Françoise Gollin, aux éditions Le passager clandestin, janvier 2021, 128 p., 10 €.
C’est maintenant que tout se joue…
L'ikigaï
L'Ikigai reste une méthode "exotique" (sans vouloir être péjoratif) dont l'objectif consiste à "réussir" à être heureux. Le problème à mon sens est d'ordre dialectique et est entaché par les pressions que l'individu occidental rencontre dans son parcours. Le mot "réussite" a dans nos sociétés occidentales une portée très pesante parce qu'elle est associée à l'idée de l'échec.
Il faut "réussir à l'école, "réussir" en amour, "réussir" professionnellement, "réussir" socialement, "réussir" à être en bonne santé, "réussir" à être beau ou belle etc etc etc. Le terme finit par contenir une connotation négative dès lors que les "résultats" ne suivent pas. C'est le terme d'échec qui du coup prend la relève.
L'Ikigai n'a pas d'autre objectif que de réussir à être heureux. Le terme de réussite ne devrait pas être associé à la pression, c'est surtout ça le problème. Ne pas réussir, c'est l'opportunité d'apprendre. L'échec n'existe pas en lui-même. Le problème est d'ordre émotionnel.
"Dans chaque épreuve, ne cherchez pas l'adversaire ; cherchez l'enseignement." Mikao Isui.
La différence entre l'Occident et l'Orient, c'est la douceur, l'acceptation, la qualité de vie intérieure. Cette qualité n'est pas ici. Elle est à apprendre et pour cela il faut désapprendre ce que la société occidentale enseigne. Se vider pour mieux se remplir.
J'ai tellement entendu les enfants de mes classes parler de "réussite" ou "d'échec" qu'il a bien fallu que je réfléchisse sur le concept. Et au-delà du concept, c'est surtout un conditionnement dont il s'agit.
Stefano Ttitsipas vient de perdre en finale de Roland Garros. Est-ce un échec ? Oui, pour lui, sur l'instant, c'en est un. Mais demain, il s'agira d'un enseignement. C'est là toute la différence entre l'individu "lambda", c'est à dire nous, et les sportifs professionnels ou en tout cas, ceux qui œuvrent à la plus grande des carrières sportives.
Il s'agit donc d'accueillir la déception, voire la détresse pour la convertir en énergie vers le progrès, l'amélioration, une performance encore plus grande. C'est ce qu'il y a de plus puissant dans la compétition. La connaissance intérieure. Et il n'y a que ceux ou celles qui s'astreignent à cette exploration qui deviennent les sportifs les plus grands, ceux dont le souvenir devient impérissable.
Mais nous ne sommes pas des sportifs professionnels ^^ Nous sommes même des amateurs au regard de la compréhension de l'existence. Notre "réussite" passe par l'acceptation pleine et entière des moments de détresse associés à "l'échec" tout comme des moments de joie associés à la "réussite". Il ne s'agit que de la puissance des émotions. C'est nous qui modelons la réalité de l'instant, qui lui apportons ce qu'il ne contient pas en lui-même. La réalité n'est que la réalité. L'émotion en est son apparat, sombre ou lumineux. Mais cet apparat, nous en sommes responsables. La réalité n'y est pour rien. L'ikigaï, à mes yeux, est un mode de pensée et d'agir qui apporte la douceur et la bienveillance dans l'interprétation de la réalité. C'est l'observation de soi à travers l'événement. Et la meilleure chose à faire, que tout ça relève de la peine ou de la joie, c'est d'en rire. Et c'est de ce rire que viendra la douceur.
Ikigaï – la méthode pour redonner du sens à son quotidien
https://organisologie.com/ikigai/

Vous en avez assez de votre boulot ?
Vous aimeriez vous sentir plus investi et heureux dans votre travail au quotidien ?
Dans cet article, découvrez l’ikigaï, et comment il peut vous aider à devenir plus épanoui au travail.
Cet article a été écrit par Isis, du blog LesNouveauxTravailleurs.fr
Ce que vous allez découvrir
Voici comment trouver votre ikigaï
Étape 1 : Identifier son ikigaï
Étape 2 : Retranscrire l’ikigaï dans son travail
Qu'est-ce que l'ikigaï?
L’ikigaï, une philosophie japonaise du bonheur
Sur l’île d’Okinawa au Japon, les centenaires sont nombreux. Leur secret ? Bien manger, un peu d’exercice et.... l’ikigaï.
En français, “ikigaï” pourrait se traduire par “ce qui nous donne envie de nous lever le matin”. C’est savoir pourquoi on se lève le matin, donner du sens à son quotidien.
Les centenaires d’Okinawa vivent vieux parce que leur vie a un sens, qu’ils savent pourquoi ils se lèvent le matin, et que ça leur donne envie de vivre.
L’ikigaï, un état d’esprit du quotidien
Ken Mogi est un neuroscientifique japonais et auteur de centaines de livres. Dans son livre “Le petit livre de l’ikigaï : la méthode japonaise pour trouver un sens à sa vie”, il explique que l’ikigaï se compose de 5 piliers, que l’on peut mettre en place dans son quotidien :
Pilier 1 : Commencer petit
Pilier 2 : Se libérer soi-même
Pilier 3 : Harmonie et Durabilité
Pilier 4 : La joie des petites choses
Pilier 5 : Être ici et maintenant
L’ikigaï dans le travail
En Occident, l’ikigaï a été représenté par une rosace à 4 composantes :
Ce que j’aime ;
Ce pour quoi je suis doué(e) ;
Ce dont le monde a besoin ;
Ce pour quoi je peux être payé(e).

L’ikigaï se trouve à la jonction de ces 4 composantes. Comme il est question de rémunération (“ce pour quoi je peux être payé(e)”), cela veut dire que, idéalement, l’ikigaï est lié à son travail.
Finalement, trouver son ikigaï....
c’est trouver un travail qui nous plaît (“ce que j’aime”),
dans lequel on peut exprimer son potentiel (“ce pour quoi je suis doué(e)”),
contribuer à quelque chose qui a du sens pour nous (“ce dont le monde a besoin”),
et qui nous rémunère convenablement (“ce pour quoi je peux être payé(e)”).
Dis autrement, c’est en réunissant ces quatre composantes que notre travail peut être épanouissant.
Voici comment trouver votre ikigaï
Comment trouver un travail qui réunit tous ces aspects ? En se posant des questions sur les différents aspects qu’on veut retrouver.
Puis en trouvant des métiers ou emplois compatibles.
Étape 1 : Identifier son ikigaï
Étape 1.1 : Identifier vos activités-passion

Pour la composante “ce que j’aime”, il y a deux types de “passions” à explorer :
Les “activités-passions”, soit ce qu’on adore faire et qu’on aimerait retrouver dans son quotidien au travail ;
Les “passions sujets”, soit les causes et thématiques qui nous tiennent à coeur et pour lesquelles on aimerait contribuer via notre travail. Nous verrons cette deuxième passion dans l’étape 1.3.
Comment identifier ses activités-passion ?
Voici 3 pistes :
Exercice 1 : Journal de Flow
Le Flow est un état dans lequel on est tellement absorbé par ce qu’on fait qu’on en oublie le monde autour de soi. Le Flow est possible avec des activités que l’on aime bien, et est facteur de bonheur, d’après une étude du psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi.
Dans les prochains jours, essayez de repérer les activités qui vous font rentrer dans le Flow, que ce soit dans la vie professionnelle ou la vie personnelle.
Attention, il doit s’agir d’activités non passives (pas de télévision, scroll sur les réseaux sociaux)... Pensez à tenir un journal quotidien.
Exercice 2 : Les activités que j’aime faire
Vous pouvez également, tout simplement, noter les activités que vous aimez faire, qui vous procurent du plaisir, de l’énergie, vous amusent, vous font vous sentir vivants. Ce n’est pas grave si elles ne vous font pas entrer dans le flow.
Exercice 3 : Que feriez-vous si vous n’aviez plus besoin de gagner d’argent ?
Comme nous avons besoin d’argent pour subvenir à nos besoins, nous avons tendance à ne pas oser rêver à ce que nous ferions si nous n’avions plus besoin de gagner notre vie.
Pourtant, ces rêves-là cachent souvent ce que nous avons vraiment envie de faire. Et on peut y trouver une source d’inspiration pour notre “travail de rêve”.
Alors à vous : comment occuperiez-vous vos journées si vous aviez tout l’argent nécessaire et n’aviez plus besoin d’un emploi pour gagner cet argent ?
Une fois ces exercices faits, faites la synthèse : listez les activités que vous aimez et que vous aimeriez pouvoir faire au quotidien. Cette liste sera votre terreau pour trouver un travail que vous appréciez au quotidien.
Étape 1.2 : Identifier vos talents

Pour la composante “ce pour quoi je suis doué(e)”, nous allons chercher vos “talents”, c’est-à-dire les choses que vous faites naturellement bien.
Souvent, nous ne sommes même pas conscients de nos talents, car, pour nous, c’est “normal”. Mais ce n’est en réalité pas “normal” pour d’autres.
C’est pourquoi, pour trouver vos talents, vous pouvez :
Lister les talents auxquels vous pensez : que faites-vous naturellement bien ? Repensez à des situations de votre vie professionnelle, mais aussi personnelle. Par exemple, quand j’avais cherché mon ikigaï, j’avais noté qu’un de mes talents était de “Prendre une large masse d’informations et la synthétiser pour l’expliquer” (ce qui paraît logique avec le choix du blogging ensuite).
Demander à des personnes de votre entourage de vous dire ce que vous faites naturellement bien.
Rassemblez vos talents en une seule et même liste.
Parmi eux, lesquels vous procurent du plaisir et aimeriez-vous utiliser dans votre activité professionnelle au quotidien, si c’était possible ?
Étape 1.3 : Identifier votre utilité pour la société

Pour la composante “ce dont le monde a besoin”, le but est de trouver une cause ou thématique qui nous tient à coeur. Par exemple, quand j’ai cherché qui je voulais aider via mon blog et quelle cause me tenait à coeur, j’ai écrit “Aider chacun à devenir plus épanoui au travail”.
Vous voyez qu’une “cause” n’a pas besoin de sauver le monde de la misère et la guerre. Le tout est de trouver quelque chose qui nous tient vraiment à coeur et qui nous donne envie d’apporter notre pierre à l’édifice.
Voici quelques pistes pour trouver ces causes qui vous tiennent à coeur :
De quel sujet pourriez-vous parler toute la nuit parce que ça vous passionne ?
Quelle situation vous révolte ou vous attriste profondément ?
De quoi parlent les livres que vous lisez, les magazines, les conférences auxquelles vous assistez ?
Dès qu’un sujet attire votre curiosité et que vous avez envie d’en savoir plus, notez-le.
Une fois ces pistes identifiées, raisonnez en termes de personnes à aider. Car, une entreprise, ce n’est ni plus ni moins qu’un service qui répond au besoin de quelqu’un, qui aide une certaine catégorie de personnes.
Qui avez-vous envie d’aider ? Les parents, les enfants, les personnes âgées, les petites entreprises ? À résoudre quel problème ?
Étape 1.4 : Identifier votre mode de vie de rêve

Voici une composante non incluse dans l’ikigai, mais que je trouve personnellement importante à considérer quand on réfléchit à sa vie professionnelle idéale : le mode de vie que l’on souhaite vivre.
Souhaitez-vous vivre dans une ville dynamique ?
Voyager six mois par an ?
Être libre de choisir vos horaires ?
Pouvoir amener vos enfants à l’école ?
Personnellement, c’est cet aspect qui m’a fait changer de voie professionnelle : j’ai souhaité être indépendante financièrement et pouvoir voyager au moins six mois par an. C’est pour ça que je suis devenue blogueuse.
Étape 1.5 : Identifier vos valeurs
Autre composante non présente dans l’ikigaï, mais essentielle à mon sens pour faire un travail dans les termes qui nous conviennent : ses valeurs.
Les valeurs, c’est ce qui explique qu’on veut fonctionner d’une façon plutôt qu’une autre.
Et c’est une des choses les plus ancrées en nous. Si on travaille en allant contre nos valeurs, on peut expérimenter des conflits internes, difficiles à vivre psychologiquement. J’en ai vécu un dans un de mes stages et j’en ai pleuré pendant trois mois.
Une valeur existe en opposition à une autre. Par exemple, si ma valeur est “l’audace”, je vais probablement tenter plein de choses dans mon quotidien professionnel, quitte à me tromper et faire des erreurs.
La valeur inverse serait la “prudence”. Avec cette valeur-là, j’aurai tendance à bien peser le pour et le contre avant de prendre une décision.
Pour trouver vos valeurs, partez de situations qui vous ont énervé ou fait sentir mal à l’aise dans votre travail.
Demandez-vous pourquoi cette situation vous a causé une émotion négative.
Qu’auriez-vous aimé avoir à la place ?
Quel besoin n’a pas été satisfait ?
Puis demandez-vous quelle valeur peut se cacher derrière tout ça.
Étape 1.6 : Identifier votre revenu idéal
Enfin, dernière composante de l’ikigaï : le revenu. Vous avez probablement déjà une idée de votre revenu idéal. Mais vous pouvez quand même vous pose la question suivante :
Pourquoi est-ce important pour vous de gagner cette somme ?
Que comptez-vous faire de cet argent ?
Cette question du revenu est d’autant plus importante quand on compte devenir indépendant, car elle influence le modèle économique et les prix que l’on choisit.
Étape 2 : Retranscrire l’ikigaï dans son travail
Dans toute la première partie, nous avons exploré ce qui était important pour vous. Passons maintenant à la partie concrète : comment trouve-t-on un travail qui correspond à son ikigaï ?
Étape 2.1 : Redonner du sens à son activité actuelle
Si vous êtes actuellement en poste et n’appréciez plus votre travail, commencez par vous demander en quoi votre travail actuel correspond à votre ikigaï :
Cause : Vous permet-il, d’une certaine manière, d’oeuvrer à la cause qui vous tient à coeur ? Si ce n’est pas le cas, pourriez-vous demander un petit changement qui le permettrait ? (par exemple, traiter avec des clients du secteur de la santé plutôt que du secteur informatique, si votre cause est “la santé”)
Activités-passion : Ce que vous faites au quotidien correspond-il à ce que vous aimez ? Comment pourriez-vous intégrer davantage de ces activités-passion dans votre quotidien ?
Talents : avez-vous l’opportunité d’exprimer vos talents ? Comment pourriez-vous les utiliser davantage ? Pourriez-vous faire évoluer votre poste ?
Valeurs : L’entreprise dans laquelle vous êtes partage-t-elle vos valeurs ? Si ce n’est pas le cas, pouvez-vous envisager de changer d’entreprise
Mode de vie : Votre entreprise vous permet-elle de vivre le mode de vie dont vous rêvez vraiment ? Valorisez-vous plus la sécurité et la constance du salariat ou l’aventure et la liberté de l’indépendance ?
Étape 2.2 : Changer : salarié ou indépendant ?
Nous venons d’introduire l’idée avec la question sur le mode de vie. À mon sens, la première question à se poser quand on n’est pas bien dans son boulot et qu’on envisage de changer est : est-ce que je souhaite rester salarié(e) ou j’aimerais devenir indépendant(e) ?
Est-ce que j’ai l’impression que j’aurais des regrets si je quittais le salariat ?
Certaines personnes ont aussi envie d’une situation hybride : un CDI à temps partiel, et une activité indépendante le reste du temps.
Étape 2.3a : salarié : identifier une nouvelle entreprise
Si la réponse est que vous souhaitez rester dans le salariat, mais que vous sentez que vous ne vous épanouirez pas dans votre entreprise actuelle, il est temps d’identifier une nouvelle entreprise. Faites la liste de ce que vous aimeriez obtenir dans votre nouvelle entreprise, compte tenu des éléments listés en étape 1.
Et partez à la recherche d’une entreprise qui peut vous offrir ça.
Vous pouvez commencer, soit par chercher une entreprise qui partage vos valeurs, puis proposer une candidature spontanée et voir comment vous pourriez utiliser vos talents et activités-passion dans un poste chez eux.
Soit chercher par poste, en recherchant ceux qui contiennent vos activités-passion et vos talents. Puis, parmi les entreprises candidates, ne retenir que celles qui semblent partager vos valeurs.
Si vous voulez faire du télétravail à 100% (“travail remote”), vous pouvez aussi directement chercher des entreprises qui proposent ce format de travail.
Étape 2.3b : indépendant : identifier une activité indépendante
Si la réponse est que vous souhaitez devenir indépendant, il vous faut définir ce que vous aimeriez faire. Pour cela, vous pouvez structurer votre réflexion comme suit :
Quel problème ai-je envie de résoudre ? (étape 1.3)
Comment ai-je envie de le résoudre ? (étapes 1.1, 1.2, 1.5) ; pour cette question, en plus de l’introspection, renseignez-vous sur les métiers et activités indépendantes qui peuvent correspondre.
Comment puis-je moduler cette activité pour qu’elle me permette de vivre le mode de vie que j’ai envie de vivre ? Par exemple, comment tout faire à distance pour devenir Digital Nomad et voyager régulièrement ?
Et enfin, quel modèle économique puis-je mettre sur cette activité pour obtenir le revenu que je souhaite ?
Biodiversité et changement climatique
Un exemple supplémentaire de la lourdeur des institutions, voire de leur impéritie. On sépare des données indissociables, on crée des comités et on paye des dizaines, des centaines, des milliers de personnes, on fait des congrès auxquels les gens viennent en avions etc etc...Et rien de bon n'enr essort parce que dès le départ, la résolution réelle est impossible puisque tout est dissocié.
Consternant.
"La communauté scientifique qui étudie le système climatique n’est en effet pas la même que celle qui travaille sur la biodiversité. Chacune de ces problématiques est abordée par des conventions internationales distinctes : la Convention sur le Changement climatique des Nations Unies et la Convention sur la diversité biologique. Et chacun de ces domaines est suivi par des organismes intergouvernementaux différents : l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) et l’IPBES (Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services).
À cause de cette séparation, on risque de ne pas identifier l’intégralité des facteurs à l’oeuvre dans ces domaines voire de prendre des mesures qui aggraveraient l’un et/ou l’autre de ces deux problèmes."
https://www.numerama.com/sciences/718730-la-biodiversite-est-un-allie-bien-trop-sous-estime-contre-le-changement-climatique.html

La biodiversité est un allié bien trop sous-estimé contre le changement climatique
Anne Cagan11 juin 2021 - Climat
La biodiversité est un allié bien trop sous-estimé contre le changement climatique
On a beaucoup parlé de carbone dans la lutte contre le changement climatique, mais vraiment pas assez de biodiversité. Sa baisse menace pourtant gravement les humains. A l'inverse, la protection de la biodiversité peut aider à réduire fortement les émissions de gaz à effet.
Réduction des émissions de gaz à effet de serre, capture du CO2… On s’est beaucoup intéressé aux technologies permettant de contrôler le carbone pour lutter contre le changement climatique. Et ces innovations sont bien sûr essentielles. Il y a cependant un point essentiel que l’on a raté, alertent 50 scientifiques dans un rapport publié le 10 juin : la protection de la biodiversité.
« La perte de biodiversité et le changement climatique sont tous deux les conséquences des activités économiques humaines et ces problèmes se renforcent mutuellement. Il n’est pas possible de résoudre l’un sans solutionner l’autre », mettent en garde les scientifiques.
Source : Heiko Behn / Pixabay
LA BAISSE DE LA BIODIVERSITÉ MENACE GRAVEMENT LES HUMAINS
On pourrait penser que la chute de la biodiversité ne menace que les animaux et les plantes (ce qui serait déjà extrêmement grave) mais elle menace également très sérieusement les êtres humains. « Plus le monde se réchauffe, moins la nature pourra nous fournir l’eau, la nourriture et les autres ressources dont nous avons besoin », rappelle le professeur Hans-Otto Pörtner, co-président du Comité scientifique Steering.
La baisse de la biodiversité a un impact énorme sur le changement climatique car les sols et les océans jouent un rôle majeur dans l’absorption des émissions de gaz à effet de serre. « Ils absorbent presque 50 % des émissions de CO2 humaines » souligne Ana María Hernández Salgar, présidente de l’IPBES.
Le problème c’est que les sols et les océans sont bouleversés par nos activités. Selon le rapport, 77 % des sols (si l’on excepte l’Antarctique) et 87 % des océans ont été modifiés par les effets collatéraux des activités humaines. « Ces changements sont corrélés à la perte de 83 % de la biomasse de mammifères sauvages, et de la moitié de la biomasse des plantes ». Le rapport souligne que désormais 96 % de la biomasse de mammifères sur Terre est composée de bétail ou d’humains. Et qu’il n’y a jamais eu autant d’espèces menacées d’extinction dans toute l’histoire de l’humanité.
Les écosystèmes les plus vulnérables actuellement sont :
les récifs coralliens, très sensibles à la hausse des températures et à l’acidification des océans ;
les savanes dont la végétation se modifie à mesure que le CO2 atmosphérique augmente ;
les forêts tropicales très menacées par les sécheresses ;
les écosystèmes de type méditerranéen ;
les écosystèmes côtiers.
Le problème ? « Même si les scientifiques et les politiques reconnaissent que le changement climatique et la perte de biodiversité sont interconnectés, en pratiques, ces deux défis sont traités de manière séparée », alertent les auteurs du rapport.
IL FAUT S’OCCUPER SIMULTANÉMENT DU CLIMAT ET DE LA BIODIVERSITÉ
La communauté scientifique qui étudie le système climatique n’est en effet pas la même que celle qui travaille sur la biodiversité. Chacune de ces problématiques est abordée par des conventions internationales distinctes : la Convention sur le Changement climatique des Nations Unies et la Convention sur la diversité biologique. Et chacun de ces domaines est suivi par des organismes intergouvernementaux différents : l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) et l’IPBES (Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services).
À cause de cette séparation, on risque de ne pas identifier l’intégralité des facteurs à l’oeuvre dans ces domaines voire de prendre des mesures qui aggraveraient l’un et/ou l’autre de ces deux problèmes. La hausse de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère fait monter les températures, modifie le régime des précipitations, augmente la fréquence des évènements météorologiques extrêmes, la baisse de l’oxygène et l’acidification des océans, alerte le rapport. Autant de facteurs qui menacent la biodiversité. « Réciproquement, ces modifications de la biodiversité affectent le système climatique, en particulier à cause de leur impact sur les cycles de l’azote, du carbone et de l’eau. Ces interactions peuvent entrainer des boucles complexes (…) et produire des effets imprévisibles. »
COMMENT PROTÉGER LA BIODIVERSITÉ ?
Le rapport recommande de protéger en priorité des écosystèmes qui sont à la fois clés dans le traitement du carbone et la préservation d’espèces tels que les forêts, les océans, les zones humides, les prairies ou encore les savanes. « Réduire la déforestation et la dégradation des forêts peut aider à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 0,4 à 5,8 gigatonnes par an. »
La restauration d’écosystème est également, selon les 50 scientifiques à l’origine du rapport, « un des moyens naturels de mitigation du changement climatique les moins onéreux et les plus rapides ». Elle offre du reste bien d’autres avantages : la préservation des zones côtières, l’amélioration de la qualité de l’eau, la réduction de l’érosion des sols, et la préservation de la pollinisation.
À lire : Cette carte de la vie révèle les endroits où il reste le plus d’espèces inconnues à découvrir
Les auteurs appellent également à augmenter fortement la part de zones protégées. À l’heure actuelle elles ne représentent que 15 % des sols et 7,5 % des océans. Selon les auteurs, il faudrait étendre ces protections à 30 à 50 % des sols et des océans.
Le rapport recommande enfin de :
diversifier les cultures agricoles et les espèces d’arbres en forêt ;
réduire l’usage d’engrais avec la mise en place d’autres pratiques agricoles ;
étudier les combinaisons possibles de technologies de préservation du climat et de technologies de préservation de la nature (mise en place des cultures de plantes sous certaines étendues de panneaux solaires, création de récifs artificiels au niveau des turbines éoliennes offshores, etc.) ;
éviter les grandes monocultures consacrées aux bioénergies ;
ne pas planter des arbres dans des écosystèmes qui n’étaient pas historiquement des forêts.
POUR LE PROTÉGER, IL FAUT COMPRENDRE L'ENVIRONNEMENT
Dérive sécuritaire
Finalement, aux yeux de l'Etat, nous sommes dangereux, voire terroristes, dès lors que nous souhaitons défendre, pacifiquement, les territoires, l'environnement, la biodiversité, la vie.
Et je rappelle que nous sommes en démocratie. Si, si, enfin, c'est ce qui se dit. Il semblerait que ça soit en raison du droit de vote. Il est bien, utile celui-là pour cautionner l'injustifiable.
https://lareleveetlapeste.fr/un-paysan-bio-de-62-ans-violemment-arrete-lors-dun-pique-nique-militant/
Un paysan bio de 62 ans violemment arrêté suite à un pique-nique militant
Après 48h de garde-à-vue pendant lesquelles il a dû répondre à un total de sept auditions, maintenu dans une cellule « avec les ventilateurs à fond », Hubert en est ressorti avec de nombreux hématomes et sous le choc. Le médecin qui l’a examiné a attesté de « coups et blessures » et lui a donné 10 jours d'ITT. Il s’est révélé offusqué de son état. Hubert va porter plainte.

9 juin 2021 - Laurie Debove

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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
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- Impression : France
Hubert, un paysan bio et militant écologiste actif sur son territoire a été violemment arrêté par les gendarmes alors qu’il participait à un week-end festif contre le projet industriel du Carnet à Frossay. Agé de 62 ans, cet homme diabétique a pu retrouver sa liberté au terme de deux jours de garde-à-vue desquels il est ressorti blessé et rudement éprouvé. Cet épisode marque une étape de plus dans la criminalisation et la répression policière que dénoncent subir les écologistes, mais aussi les journalistes et citoyens ayant eu l’audace de s’intéresser à leurs revendications.
Une arrestation violente
Le weekend du 5 et 6 juin, un pique-nique ainsi qu’une balade naturaliste avaient été organisés par des collectifs écologistes afin d’échanger sur la lutte du Carnet et l’industrialisation de l’estuaire de la Loire, où 110ha de zones humides, abritant de nombreuses espèces protégées, sont menacés par la bétonisation de l’agrandissement du Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire.
Lire aussi : Le Port de Saint-Nazaire veut bétonner 110ha de zones humides sous le label de la « transition énergétique »
Il s’agissait pour les écologistes de montrer que l’intérêt pour cette zone humide est toujours aussi vivace, malgré l’expulsion de la ZAD du Carnet ayant eu lieu fin mars, et le fait que la zone soit désormais gardée par un escadron de gendarmes.
Lire aussi : La ZAD du Carnet a été expulsée ce matin pour un « projet au point mort »
D’abord exclus de Frossay, le lieu initialement prévu, par des arrêtés municipaux interdisant la circulation et le stationnement pour risque avéré de « rave party », les militants s’étaient repliés au canal de la Martinière un peu plus loin. La crainte de voir émerger une nouvelle ZAD explique sans doute l’important dispositif mis en place par les autorités pour encadrer ce simple pique-nique.
« Une vingtaine de camions de gendarmes mobiles encerclaient le Carnet, nous avons croisé 4 camions de gendarmes mobiles et nous avons été escortés par 4 motards. Motards, camionnettes de gendarmerie et voitures banalisées ont circulé régulièrement ou sont restés en stationnaire toute la journée pour effectuer des contrôles, décourageant ainsi les potentiel.le.s participant.e.s de nous rejoindre. Les gendarmes ont également relevé les plaques d’immatriculation des voitures présentes. » rapporte le Collectif Stop Carnet.
Une démonstration de force impressionnante, avec certains agents lourdement armés « de fusils ou de FAMAS », qui n’a d’abord pas entamé le moral des quelques 200 manifestants bien décidés à profiter de leur droit à la libre expression et tentant d’ouvrir le dialogue avec certains gendarmes.
« Lorsque nous avons évoqué la complicité de la gendarmerie lors de l’épandage des boues de station d’épuration sur la route du Carnet avant notre week-end de mobilisation fin août, un gendarme nous a dit qu’il s’agissait d’individus isolés ! La mise en place de caméras de surveillance cachées et hyper sophistiquées dans des fausses pierres et faux tronc d’arbres est probablement également le fait de gendarmes isolés qui sont décidément bien nombreux ! » rapporte le Collectif Stop Carnet.
Malgré cette surveillance accrue, toute la manifestation s’est déroulée sans encombre sous un soleil rayonnant, favorisant les échanges et les liens entre les participants.
Le lendemain, les participants ont donc manifesté dans la bonne humeur, équipés de banderoles bariolées, afin de réaffirmer leur amour pour cette zone humide. A la fin de l’événement, alors que les militants s’apprêtaient à repartir dans le calme, cinq fourgons de gendarmerie mobile se sont déployés aux abords de la route, le long du parking.
Hubert, paysan bio de 62 ans, a donc demandé aux gendarmes s’ils pouvaient quitter le lieu sans encombre, ce à quoi les autorités lui ont répondu par l’affirmative. Au moment où il a tenté de partir en voiture, les gendarmes ont alors immobilisé le véhicule, ouvert les portes et extrait violemment de l’habitacle.
L’arrestation qui a suivi a été très violente et choqué les nombreux témoins que La Relève et La Peste a contacté :
« Ils l’ont projeté sur le sol la tête la première, lui ont passé les menottes, l’ont traîné sur plusieurs mètres pour le jeter à plat ventre dans une camionnette de gendarmerie, qui s’est empressée de déguerpir sur le champ, alors même qu’il n’était pas attaché ou même assis. »
La vidéo de l’interpellation
Après 48h de garde-à-vue pendant lesquelles il a dû répondre à un total de sept auditions, maintenu dans une cellule « avec les ventilateurs à fond », Hubert en est ressorti avec de nombreux hématomes et sous le choc. Le médecin qui l’a examiné a attesté de « coups et blessures » et lui a donné 10 jours d’ITT. Il s’est révélé offusqué de son état. Hubert va porter plainte.
L’avocate commise d’office a également subi des pressions et remarques sexistes lors de ses échanges avec les gendarmes. Elle a décidé de porter plainte au barreau et mentionne un dossier très tendu. Alors que le procureur a requis un contrôle judiciaire pour empêcher le paysan de se rendre à Frossay, Paimboeuf et Saint-Viaud, mettant en péril son activité, ainsi qu’une comparution immédiate, le Juge des Libertés ont décidé de lui rendre sa liberté.
« Hubert est poursuivi pour « menaces de crimes ou délit ». Outre le fait que nous n’ayons rien entendu ou vu de tel pendant toute la mobilisation, les interpellations pour ce chef d’inculpation se font généralement instantanément, et non après la manifestation alors que tout le monde quitte les lieux. Il s’agit d’une répression ciblée et politique. Nous dénonçons ce climat de terreur qui règne contre les lanceurs d’alerte et militante.s écologistes au Pays de Retz depuis quelques années et qui ne fait que de s’amplifier. » expliquent les collectifs

Une répression de plus en plus accrue
Hubert est très bien connu des autorités. Militant de longue date sur le territoire, il ne fait pas l’unanimité au sein de population et aurait même été menacé de mort en plein Conseil municipal. Deux civils sont venus jusque sur son terrain pour l’agresser, sans que la gendarmerie ne donne suite à l’affaire. Son arrestation violente est donc loin d’être anodine pour les militants impliqués dans les collectifs.
« Alors que les autorités connaissent ses problèmes de santé et qu’il est visé par des agressions, menaces, intimidations par des civils dans le Pays de Retz du fait de son engagement militant (cf nos récents articles sur notre blog Terres Communes) sans que ses plaintes ne soient reçues ou suivies de procédures, qu’il subit un harcèlement judiciaire et policier constant (au moins 60 passages d’hélicoptères sur sa ferme depuis 3 ans !), il a été arrêté comme un grand bandit de manière violente pour ensuite se retrouver dans une Garde à vue prolongée pour un dossier monté de toute pièce visant à le briser et à briser nos luttes pour le vivant et notre avenir commun dans le Pays de Retz ! » s’offusque le Collectif Terres Communes
Un constat partagé par les sympathisants et curieux à leur cause écologiste, dont certains ont été rudement éprouvés, comme Jacinthe, une « journaliste dilettante » qui était venue faire un reportage sur le site du Carnet lors du World Clean Up Day.
Trois semaines après, elle a reçu 135 euros d’amende et 3 points de permis en moins pour « stationnement dangereux » alors que les gendarmes présents ce jour-là l’avaient vue se garer sans rien lui dire.
« Par la suite, deux gendarmes sont même venus jusque chez moi pour me demander une photocopie de mon permis ! Une jeune femme très compréhensive et un homme beaucoup plus dur. Cela s’est passé une quinzaine de jours avant le pique-nique, ça venait d’un officier ministériel qui leur demandait ça ! Ils m’ont parlé de la contravention, et le gendarme a même demandé à sa collègue si elle allait faire mon audition alors que j’avais déjà payé l’amende ! J’ai été transparente avec eux, oui je me sens militante écolo, mais j’ai toujours été dans la plus parfaite légalité ! Je suis malade de voir la tournure des choses actuelles, je fais ces reportages pour sensibiliser afin de laisser un avenir viable à mes enfants et mes petits-enfants… Moi, je suis une anxieuse de nature et j’ai plus de 60 ans. Suite à tout ça, j’ai pas osé me rendre au pique-nique du weekend dernier. » confie-t-elle à La Relève et La Peste

Une manifestation paisible

Dispositif policier arrivé alors que les manifestant.e.s quittaient la zone de stationnement
Même constat pour la journaliste Marion Lopez, du journal local Le Courrier du Pays de Retz, qui s’est heurtée au refus des autorités lorsqu’elle a voulu prendre quelques photos du site du Carnet, et a subi une fouille et un interrogatoire suspicieux pour avoir eu le malheur de simplement vouloir faire son travail.
Mais c’est bien pour les militants que cette répression accrue devient intenable au quotidien. Pour eux, cette pression permanente a pour objectif de tuer la contestation dans l’œuf afin d’éviter une nouvelle ZAD si les travaux reprennent, puisqu’ils sont pour l’instant bloqués par un moratoire.
« Une réoccupation du Carnet les terrorise, alors que de ce que j’en sais il n’en est même pas question ! Les militant.e.s ont besoin de repos car ils subissent beaucoup de pression. Un zadiste a été mis en prison pour 18 mois (ndlr : le détenu a donné un coup de marteau sur une voiture banalisée de la gendarmerie). Une autre militante a pris 6 mois avec sursis pour avoir soi-disant proféré des menaces de mort, alors que ce n’est pas vrai, elle juste a pris pour tout le monde et servir d’exemple ! Certaines habitations des membres des collectifs sont régulièrement survolées en hélicoptère, des voitures viennent guetter en stationnaire devant la ferme de Yoann et d’Hubert ! On a eu beaucoup moins de monde que prévu au pique-nique car les gens commencent à avoir vraiment peur face à cette répression phénoménale. Des hommes armés feront toujours peur, surtout les contrôles d’identité avec tout ce que ça implique : les gens n’ont pas envie d’être fichés. En tant que militante et membre du collectif, moi aussi ça me fait peur alors que plus on est nombreux et nombreuses, et plus on peut s’organiser pour continuer à lutter. Si tu ne connais pas tous tes droits tu prends des risques aussi, et c’est toujours les mêmes qui prennent c’est ça le problème, ils sont persuadés qu’on a des chefs, alors qu’on est auto-géré. Ils sont aussi persuadés que le collectif et la ZAD, c’est la même chose alors que pas du tout. Il s’agit de deux entités qui font partie de la même lutte mais qui étaient autonomes et indépendantes, des modes d’action complémentaires. Mais quand les lieux de soutien sont constamment surveillés, ça commence à être compliqué pour être solidaires. » s’inquiète Verveine auprès de La Relève et La Peste
Lire aussi : Paroles de Zadistes : « La nature suffoque et c’est à notre génération de faire bouger les lois »

L’escadron présent au pique-nique
Au vu de ces témoignages accablants, il semblerait que le Pays de la Loire devienne un terrain d’expérimentation de la répression policière, après le traumatisme pour les institutions et l’Etat de la victoire des militants de Notre-Dame-des-Landes.
La liberté d’expression des militants est ainsi de plus en plus menacée, même quand il s’agit d’un simple pique-nique, un phénomène qui s’étend partout en France et qui est régulièrement dénoncé par les associations des droits de l’homme et environnementales.
En novembre 2020, France Nature Environnement avait ainsi lancé une campagne pour alerter sur les nombreuses menaces que subissent les militants écologistes.
« A la veille d’élections départementales et régionales jouant sur la thématique de la sécurité, il n’est pas étonnant qu’un pique-nique organisé par un collectif ayant activement soutenu la ZAD du Carnet soit étroitement surveillé. Cette surveillance s’inscrit dans la droite ligne de ce que l’on condamne : la criminalisation de plus en plus forte des actions militantes ces dernières années. Il y a une pression policière très forte pour dissuader les citoyens de s’engager dans les mouvements militants. C’est une dérive générale qui menace les libertés des citoyens qui veulent sensibiliser la population contre les grands projets économistes qui nuisent à l’environnement. Cela plonge le milieu militant associatif dans un état de stress et de tension qui ne peut qu’aboutir à des dérapages. On espère pouvoir discuter calmement bientôt avec nos politiques locaux et nationaux de ces sujets-là : quelle liberté a-t-on encore en France pour exprimer un avis différent alors qu’on est encore censés être une démocratie ? » analyse Xavier Métay, du FNE Pays-de-la-Loire, pour La Relève et La Peste
Loin d’être un fait divers isolé, l’arrestation brutale de ce paysan bio et la dynamique de répression à l’œuvre sur le territoire devrait ainsi nous alerter sur la dérive sécuritaire du gouvernement français. Hubert, lui, attend son jugement qui aura lieu au tribunal correctionnel le 8 novembre à 14h.
9 juin 2021 - Laurie Debove




