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Si un jour, l'envie me reprend

Par Le 12/10/2021

Si un jour, l'envie me reprend d'écrire, je m'attellerai à reprendre les quatre tomes déjà écrits de "Jarwal le lutin".

Je suis grand-père et il me plairait de voir un jour ce petit homme lire ces histoires que son papa écoutait quand nous allions en montagne.

 

 

JARWAL LE LUTIN

Tome 3

 

Chapitre 1

Jarwal et les enfants s’installèrent à l’abri de leur cercle de pierres. Le petit Lac vert devant leurs yeux comblés de douceurs, les montagnes rayonnantes de soleil, des nuages blancs étirés courant sur les plaines célestes, le silence de la Terre.

 Ils avaient œuvré ensemble à la construction de leur refuge, un assemblage de dalles et de roches qu’ils s’étaient acharnés à déplacer, à porter, à réunir, attentifs aux indications de Jarwal, maître d’ouvrage. Des rires et de la sueur, des efforts partagés, un lieu de vie à bâtir, un point de rencontre, un abri offert aux marcheurs, aux voyageurs inconnus, un cadeau pour les jours de vent.

Ils s’étaient engagés dans la tâche sans aucune réticence. Ils avaient appris des Kogis le don de soi. Des escaliers dans la montagne, au cœur de la forêt luxuriante, un ouvrage à préserver, à entretenir, pour soi et tous ceux qu’on ne connaissait pas, des êtres humains qui béniraient les ouvriers disparus, un devoir de mémoire, des générations plus tard. Aucune prétention devant le travail achevé. Juste un bonheur à offrir, le ciment de l’amour.

Jarwal, assis en tailleur, reprit le Livre et l’ouvrit délicatement. Il le posa sur ses cuisses et regarda les enfants.

Des yeux brillants comme des étoiles, des sourires contenus, une attente délicieuse.

L’absence de Gwendoline avait étouffé en lui ce bonheur de l’instant. Les enfants lui avaient permis de revenir à la vie. La douleur du passé n’était qu’une tristesse inventée. Il était responsable de son chagrin, de la source de ses émotions, comme un flot auquel il s’était abandonné.

Il devait l’expliquer aux enfants, révéler ses faiblesses pour les valider et les comprendre.

« Vous savez mes amis, j’étais triste tout à l’heure. Et je vous remercie de ce délai que vous m’avez accordé, j’en avais besoin, il fallait que je laisse s’éteindre cette douleur. La disparition de Gwendoline est une souffrance qui rejaillit parfois et les émotions débordent, comme si elles sortaient de leur lit. Je sais que ça ne sert à rien mais il n’est pas toujours simple de maîtriser ses émotions.

-C’est la même chose pour moi, Jarwal, avoua Rémi. Parfois, je me mets en colère et après, quand je suis redevenu calme, je me dis que ça ne servait à rien.  

-Si quelqu'un vous insulte, les enfants, si quelqu’un vous fait du mal, la colère que vous ressentez, elle n'est pas venue en vous depuis l'extérieur, ce ne sont pas les mots qui sont tombés en vous comme un chargement néfaste. Cette colère, c'est vous qui lui avez donné vie. C'est une incapacité à maîtriser ce qui se passe en vous. L'autre n'est pas responsable. Les émotions n'ont aucune existence si vous les ignorez. Si vous vous y abandonnez, c'est vous qui leur donnez vie. L'autre, d'ailleurs, est satisfait du mal que vous fabriquez en vous en imaginant qu'il en est l’auteur. Vous lui donnez la puissance dont il rêvait. Vous succombez à vous-mêmes. Et non à lui. Si par contre, vous décidez d'observer en vous ce qui survient, vous devenez le maître de vos émotions étant donné qu'au lieu de vous soumettre à leur puissance, vous vous placez au-dessus d'elles. C'est votre conscience qui analyse et qui vous apprend le contrôle. Cette conscience agit comme un Maître intérieur, il est là et il regarde, il s'amuse de cette agitation qui aimerait vous emporter et à laquelle vous ne succombez pas. La colère retombe comme un soufflé qui dégonfle. Votre agresseur s'en trouve d'ailleurs totalement ébahi, stupéfait, vous êtes là, vous le regardez avec un détachement qu'il ne comprend pas parce que ça n'est même pas lui que vous observez mais vous-même. Lui, il a disparu et ses paroles sont tombées dans un puits sans fond. Il n'y a plus de colère parce que votre observation intérieure a pris le pas sur cette émotion insignifiante et inutile. C’est vous que vous observez et pas lui. Et cette agression verbale devient un cadeau inestimable. Vous êtes le Maître intérieur. Mais ça n’est jamais aisé, même avec des centaines d’années d’expérience.

-Je ne vais quand même pas remercier celui qui m’a mis en colère ? contesta Rémi.

-Et pourquoi pas ? rétorqua Jarwal. Étant donné qu’il te permet de mieux te connaître, tu peux lui en être reconnaissant.

-Ça risque d’être difficile quand même.

-Et je le comprends bien, Rémi. Moi-même, j’ai du mal à supporter la disparition de Gwendoline. Je continue à apprendre. Qu'en est-il maintenant si l'émotion propagée est de la joie ? Est-ce que je dois l'accueillir et la laisser m'emporter ou est-ce que je dois également l'observer ? Il convient pour ma part de la laisser s'étendre en sachant que l'autre n'en est pas responsable et que vous ne pourrez pas lui reprocher de l’abandonner. C'est vous qui avez laissé s'étendre cette joie. Pas l'autre. Un ami qui ne vous offre plus cette joie n'est pas responsable de votre déception. C'est encore vous. C'est votre façon de commenter la vie à travers vos émotions. Ça n'est pas la vie réelle mais ce que vous en faites, une image de la vie peinte par vos émotions. Vous pouvez en profiter tout en restant conscient qu'il ne s'agit que d'une illusion, un jeu éphémère, un moment de bonheur que vous vous accordez mais que l'autre n'a pas à entretenir sinon vous le prenez en otage de votre bonheur alors qu'il n'y est pour rien. La personne dont je dois me méfier, c'est celle qui me fait croire que le bonheur est durable, qui voudrait que cette joie ne disparaisse jamais. Et cette personne, c'est moi-même. Les autres ne sont pas responsables. C'est ce qu'on apprend de plus beau quand on aime.   

-Et quand tu as dit tout à l’heure que tu voulais arrêter un peu de lire, j’étais déçu, avoua Rémi.

-Et moi aussi, ajouta Léo.

-Mais c’est nous qui avons créé cette déception, commenta Marine. Ce qui était important en fait, c’était que nous comprenions que tu avais besoin d’une pause.

-Et vous l’avez fait, mes chers amis.

-Et toi alors Jarwal ? Cette tristesse pour Gwendoline. Comment fais-tu ? demanda Marine, un peu gênée de cette intrusion dans la vie du lutin.

-Et bien, parfois, je n’y arrive plus, vous avez pu en juger, cette tristesse me submerge, elle m’emporte. Je ne suis pas infaillible. Alors, j’essaie d’observer cette émotion sans chercher à l’étouffer. Je sais aujourd’hui, avec ma longue expérience, que la joie de vivre reprendra le dessus. Ma tristesse ne changera rien à la situation, elle ne ferait que cacher la réalité de l’instant.

-Et donc, quand je suis impatient que tu lises ton histoire, je m’empêche de profiter de l’instant présent, c’est ça ?

-Oui, exactement, Rémi. La construction de notre abri aurait pu être gâchée pour toi si tu étais resté attaché à cette pensée de ce qui allait advenir. Et ça n’aurait pas fait arriver plus vite cette lecture. En plus, à chaque minute, tu aurais trouvé que l’abri ne montait pas assez vite, tu te serais peut-être mis en colère, tu aurais reproché à Léo de ne pas travailler assez ou tu aurais travaillé n’importe comment, tu aurais bâclé la tâche.

-Il faut donc observer les émotions et comprendre qu’elles nous appartiennent ?

-Oui, c’est ça, Marine. Je ne dis pas qu’il faut les rejeter, ça serait absurde, comme si nous voulions nous défaire d’une partie de nous-mêmes. Il faut comprendre qu’elles viennent de nous et que nous en sommes donc responsables. Ne t’invente pas des armées d’ennemis pour excuser tes propres faiblesses. C’est une devise que je me répète parfois.

-Et bien, moi, l’émotion que je vois, c’est l’envie de connaître la suite de l’histoire et là, c’est tout de suite ! lança Léo.

-Ah, ah, cher Léo, on y vient, on y vient. »


 

Les garçons s’allongèrent, Marine s’assit en tailleur. Jarwal tourna les pages, lentement, avec précaution. Il lissa le papier, une caresse délicate, il fixa les mots, silencieux, comme s’il devait rétablir un contact, accorder son esprit à ce qui allait suivre.

Il respira profondément et commença la lecture.

Taxations des GAFA

Par Le 09/10/2021

Je n'ai même pas envie de commenter tellement c'est révoltant. Lire l'article émanant du groupe OXFAM pour réaliser l'ampleur de ce détournement. 

 

 

 

Pourquoi l'accord sur les taxations des multinationales, signé par 136 pays, essuie-t-il déjà des critiques ?

 

Les multinationales comme Google, Amazon et Facebook seront bien soumises à un impôt mondial d’au moins 15% sur leurs profits. Mais selon l'ONG Oxfam, cela reste insuffisant.

Article rédigé par

franceinfo

France Télévisions

Publié le 09/10/2021 17:43Mis à jour le 09/10/2021 17:45

 Temps de lecture : 4 min.

Les applications des multinationales Google, Amazon et Facebook sur un téléphone, le 28 juillet 2019. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS  / AFP)

Les applications des multinationales Google, Amazon et Facebook sur un téléphone, le 28 juillet 2019. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

Une avancée majeure ou un texte trop timoré ? L'accord sur la taxation des multinationales signé par 136 pays, vendredi 8 octobre, permet la mise en place d'un impôt de 15% sur les profits de ces sociétés. Un aboutissement après près de "quatre années de négociations intenses", a insisté Bruno Le Maire. Parmi les signataires figurent les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et les Etats de l'Union européenne.

Mais cet accord historique est déjà l'objet de plusieurs critiques. Franceinfo vous explique pourquoi. 

Parce que c'est "un accord au rabais", selon Oxfam

L'une des critiques portées par les ONG, dont Oxfam, à l'égard de cette taxe est que son taux est bien en deçà de celui recommandé par le Groupe de haut niveau sur la responsabilité, la transparence et l’intégrité financières internationales (FACTI Panel). Cette assemblée d'experts, composée d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement, de gouverneurs de Banques centrales, de chefs d’entreprises, de figures de la société civile et de chercheurs, appelait à un taux compris "entre 20 et 30%", comme le rapporte l'ONG Oxfam dans un communiqué. De la même façon, la Commission d’experts de l’ICRICT, qui vise à lutter contre les inégalités sociales, composée notamment du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et de Thomas Piketty, préconisait un taux de 25%.

Finalement, l'accord présenté samedi 8 octobre a tranché pour un taux de "15%" au lieu d'un taux "d’au moins 15%". "Sous la pression des paradis fiscaux comme l’Irlande, l’OCDE accouche d’un accord au rabais pour les pays comme la France", estime Quentin Parrinello, porte-parole d'Oxfam France, contacté par franceinfo. Une concession clé dont le ministre des Finances irlandais, Paschal Donohoe, s'est vanté dans un communiqué (en anglais), en soulignant que cette nuance permet à Dublin de se protéger de la menace d'augmentations futures de ce seuil minimum.

L'Irlande offrait jusqu'ici aux entreprises présentes sur son territoire, parmi lesquelles se trouvent de nombreuses multinationales dont Google ou Apple, un taux de taxation de 12,5%, soit l'un des plus faibles de l'Union européenne.

Pour Quentin Parrinello, le taux d'imposition de l'Irlande, qui passera donc de 12,5 à 15%, se fait "en échange de fortes contreparties et de beaucoup d'exonérations, notamment au cours des dix prochaines années. C'est ce qui permettra aux multinationales de baisser leur taux d'imposition en deçà de 15%, explique-t-il. Nous avons absolument voulu avoir l'Irlande [dans cet accord], mais nous avons fait baisser le niveau général."

Parce que les pays en développement sont lésés

Selon les estimations de l'OCDE, les 136 pays signataires de l'accord, qui représentent 90% du PIB mondial, vont pouvoir dégager environ 150 milliards d'euros de recettes supplémentaires grâce à cet impôt minimum. Un montant colossal. Mais les pays en développement ne vont pas beaucoup en profiter, assure Oxfam.

En effet, d'après l'accord, une entreprise doit réaliser au moins un million d'euros de chiffre d'affaires dans un Etat pour que ce dernier puisse bénéficier de la mesure, ou 250 000 euros si le PIB de l'Etat est inférieur à 40 milliards d'euros. Or la majorité des recettes des multinationales sont enregistrées dans les pays du Nord.

"Les Etats-Unis et l'Europe vont essentiellement en bénéficier", affirme à l'AFP Daniel Bunn, responsable des projets internationaux à la Tax Foundation, à Washington (Etats-Unis). Car les multinationales "y abritent leurs sièges sociaux et la plupart de leurs clients". D'après Oxfam, les pays les plus pauvres récupéreront moins de 3% des recettes fiscales supplémentaires. L'ONG a dénoncé "un simulacre" et une "capitulation" vis-à-vis des pays aux taux d'imposition les plus faibles.

Oxfam assure que "les pays en développement sont plus dépendants des recettes fiscales issues des multinationales". En 2018, 19% des recettes fiscales des pays africains étaient issues de la taxation des entreprises, contre seulement 10% pour les pays de l’OCDE.

Parce que cette réforme doit encore être approuvée par l'administration américaine

Bien que les multinationales concernées aient approuvé l'annonce de cet accord, celui-ci doit encore être validé par l'administration américaine. Une étape importante dans le processus, car à la fin juin, les Etats-Unis ont demandé à plusieurs pays européens de retarder le projet de taxe sur les géants du numérique dans le cadre d’une démarche diplomatique discrète. "Il n’y a rien de dirigé contre les Américains et je souhaite que nous puissions lever les inquiétudes américaines là-dessus", avait assuré Bruno Le Maire en juin.

La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré que le plancher fixé par l'impôt minimum mondial était une victoire pour les États-Unis et pour la capacité du pays à lever des fonds auprès des entreprises. "Les Américains trouveront dans l'économie mondiale un endroit beaucoup plus facile pour trouver un emploi, gagner leur vie ou faire évoluer une entreprise", s'est félicitée Janet Yellen.

Elle a exhorté le Congrès à adopter rapidement les propositions fiscales internationales. Comme le rapporte le Wall Street Journal (article en anglais), de nombreux analystes assurent que cela nécessiterait un traité, qui devra obtenir le vote favorable de deux tiers des élus au Sénat, ce qui nécessiterait au gouvernement Biden d'obtenir le soutien d'une partie des élus républicains. Ce qui pourrait prendre du temps.

 

https://www.oxfamfrance.org/inegalites-et-justice-fiscale/taxe-francaise-sur-les-gafa-bonne-nouvelle-ou-ecran-de-fumee-decryptage/

Taxe française sur les GAFA : bonne nouvelle ou écran de fumée ?

 

POSTED ON5 FÉVRIER 2021

5 MINUTES DE LECTURE

Après 2 ans de tergiversations pour tenter d’empêcher des sanctions économiques américaines, la France devrait collecter pour la première fois fin 2020 une taxe sur le chiffre d’affaires des GAFA – Google, Amazon, Facebook, Apple. Ces géants numériques qui réalisent des profits gigantesques, même en pleine pandémie, échappent pourtant largement à l’impôt en France.

S’assurer que les GAFA jouent selon les mêmes règles du jeu fiscal que les autres entreprises est légitime, mais la taxe GAFA française risque de passer à côté de l’objectif. Décryptage.

Pourquoi taxer les GAFA ?

Alors que les GAFA profitent aujourd’hui de la crise pour réaliser des profits exceptionnels, une large partie de ces bénéfices échappent aujourd’hui à l’impôt français.

Les géants du numérique font partie de cette poignée de grandes entreprises mondiales qui réalisent des bénéfices record pendant cette pandémie du Covid-19 alors que l’ensemble de l’économie est à terre. Oxfam a révélé dans son rapport « Les profits de la crise » que Jeff Bezos pourrait, avec les bénéfices qu’il a réalisés pendant la crise, verser une prime 105 000 dollars aux 876 000 personnes employées par Amazon dans le monde, y compris les quelques 10.000 salariés en France, tout en restant aussi riche qu’il l’était avant la pandémie de coronavirus.

Les GAFA sont aussi les champions de l’évasion fiscale. Les faits sont là : les chiffres d’affaires des GAFA en France sont souvent largement supérieurs à ceux effectivement déclarés.

Si Google déclarait payer en 2017 en France 14 millions d’euros d’impôt pour un chiffre d’affaires de 325 millions d’euros, ce chiffre est, selon le Syndicat des Régies Internet, largement sous-estimé, au vu du quasi-monopole de la marque : Google domine près de 90% du marché de la publicité des moteurs de recherche qui pèse près de 2 milliards de dollars.

C’est également le cas pour Amazon. Les activités de ventes en propre de la marque 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 pour 40 millions d’euros d’impôts payés. Selon le cabinet d’étude Kantar, le chiffre d’affaire réel de l’entreprise en France atteindrait 6,6 milliards d’euros en 2018.

La taxe sur les GAFA proposée rapportera des recettes insuffisantes

Cette mesure consiste à taxer temporairement le chiffre d’affaires de certaines activités numériques des GAFA à hauteur de 3%, dès le mois de décembre 2020 :

Une imposition provisoire de 3% sur les revenus tirés de trois principaux types de services, lorsque la valeur principale est créée par la participation des utilisateurs... Placement en ligne d'annonces publicitaires. Vente de données utilisateurs collectées. Plateformes numériques qui facilitent les interactions entre les utilisateurs. Et fournies par des entreprises dont le chiffre d'affaires annuel total à l'échelle mondiale est supérieur à 750M€, le chiffre d'annuel total à l'échelle de l'UE est supérieur à 50M€.

En 2018, le gouvernement estimait pouvoir collecter plus de 500 millions d’euros d’impôts grâce à cette taxe. En 2019, ce chiffre est ramené à 350 millions d’euros. Une somme bien dérisoire à côté de ce que vont coûter les mesures de pouvoir d’achat annoncées par le Président de la République en avril 2019, environ 11 milliards d’euros.

Au-delà du coût, l’impact de la taxe GAFA pourrait être nul faute de ciblage correct permettant de taxer l’ensemble des activités en ligne des géants du numérique échappant aujourd’hui à l’impôt. Amazon et Apple ont ainsi déjà annoncé qu’ils répercuteraient une partie de la taxe sur les commerçants utilisant leurs plateformes.

GAFA : Chronologie d’une taxe contestée

2018 :
La Commission européenne propose une taxe européenne sur le chiffre d’affaire des GAFA. Cette mesure, soutenue par la France, rencontre l’hostilité de plusieurs pays européens dont l’Allemagne et l’Irlande. Face au manque de consensus, la discussion est délocalisée au niveau international, où plus de 130 pays sont convoqués pour discuter d’une réforme de la fiscalité des multinationales et en particulier des géants du numérique, sous l’égide de l’OCDE. La France annonce son intention de mettre en place unilatéralement une taxation temporaire des GAFA en attendant la solution internationale.

2019 :
Sous la pression des Etats-Unis menaçant de rétorsions commerciales, la France suspend la mise en œuvre de la taxe GAFA nationale afin de donner une chance aux négociations internationales.

2020 :
Face à l’échec des négociations internationales, la France annonce qu’elle remet en place une taxation unilatérale des GAFA à partir de décembre 2020 dans un contexte de fronde face aux géants du numériques qui surfent sur la crise pour réaliser des bénéfices exceptionnels.

La France peut et doit aller plus loin

Taxer les GAFA, c’est s’attaquer à la face la plus visible de l’évasion fiscale car au-delà des géants du numérique, l’évasion fiscale est un fléau qui touche l’ensemble des secteurs d’activités. Aujourd’hui, les multinationales de tous les secteurs délocalisent en moyenne 40% de leurs bénéfices étrangers dans les paradis fiscaux. Si elles en sont capables, c’est parce que les règles fiscales internationales ne sont plus adaptées à l’économie du XXIe siècle. Pour y mettre un terme, il faut revoir en profondeur la façon dont les multinationales sont taxées.

Alors que faire ? En adoptant unilatéralement une taxe GAFA, la France rejoint l’Italie, le Royaume-Uni, l’Espagne et bientôt l’Autriche et met ses autres partenaires européens devant leurs responsabilités.

Mais pour être réellement efficace et éviter que le coût de la taxe soit transféré sur ses utilisateurs, la France devrait élargir le périmètre de la taxe GAFA aux activités en lignes comme la vente, ou le streaming.

Et cette taxe ne résoudra pas le problème de fond. Elle a été créée comme une solution temporaire en attendant trouver une solution de long terme pour adapter notre système fiscal à l’économie du 21ème siècle. C’est tout le système fiscal mondial qu’il faut réformer en profondeur.

La crise du COVID -19 rappelle l’urgence d’agir

Alors que les négociations internationales sur la réforme de la taxation des multinationales menées sous l’égide de l’OCDE sont au point mort, la France doit défendre une position ambitieuse et claire, pour :

Permettre de taxer les multinationales là où elles ont une activité économique réelle.

Mettre en place un taux minimum d’impôts payés par les grandes entreprises.

A l’heure où notre pays fait face à une crise sanitaire sans précédent, affaibli par des coupes budgétaires dans la santé depuis plusieurs années, il n’est pas acceptable de voir s’évaporer de telles sommes d’argent. Quand les multinationales ne paient pas leur juste part d’impôts, ce sont les citoyens qui en paient le prix, et en particulier les femmes et les filles qui sont les plus impactées par la réduction des services publics.

La patience

Par Le 09/10/2021

Bien entendu, dans son sens commun, il s'agit d'une qualité. 

Encore faut-il identifier le contexte.
Les adeptes de l'écomodernisme nous disent que nous devons être patients et que les solutions technologiques viendront, c'est inéluctable et qu'elles résoudront les problèmes cruciaux.

La patience, dans ce cas, n’est plus une vertu mais une complicité. Car il s'agit dès lors de perpétuer le système actuel, sans rien y changer mais en créant de nouveaux marchés, de nouvelles technologies, de nouveaux procédés pour pallier aux dégâts provoqués. C'est le même principe que la médecine allopathique en fait.

En Chine, il existait un précepte qui disait que si tu as besoin d'aller voir ton médecin parce que tu es malade, la meilleure des choses n'est pas de retourner le voir mais d'en changer parce qu'il n'a pas su t'aider à préserver ta bonne santé.

L'écomodernisme consiste à trouver un médicament pour soigner le mal qui est fait. Pas à éviter que ce mal survienne. 

Il suffit de lire les statistiques, pas les statistiques officielles gouvernementales, mais celles qui émanent de groupes indépendants pour constater qu'une très grande majorité des personnes succombant aux effets du covid sont des personnes souffrrant de multiples commorbidités et particulièrement celle de l'obésité.

Y a-t-il une instance gouvernementale qui conseillerait aux individus d'adopter une alimentation leur permettant de préserver leur système immunitaire ?  Non.

Y a-t-il une instance gouvernementale qui préconiserait une pratique régulière de sport, ne serait-ce que la marche ? Non. Et en plus, nous nous sommes vus limiter dans notre pratique par le confinement. Marcher à un km de chez soi... Une aberration quand on sait à quel point l'activité physique est un bienfait indiscutable dans le renforcement des défenses immunitaires. 

Par contre, les gouvernements préconisent la vaccination de masse. On use d'un subterfuge qui ne remonte pas à la source. Et c'est consternant. Bien entendu que toutes les victimes du covid ne sont pas dans ce cas-là mais ça représente malgré tout un large panel. 

L'écomodernisme cherche un "vaccin" aux problèmes de la planète mais sans se questionner sur les causes. Je pouurais ajouter les effets dévastateurs liés au stress professionnel. J'ai lu une enquête parlant des atteintes à la santé dans tous les corps de métier. Notre système économique consumériste matérialiste contribue considérablement à l'affaiblissement des individus. Personne n'oserait le nier.

Il ne s'agit donc pas d'être patient dans l'attente d'une solution "miracle" mais de cesser de contribuer à l'aggravation du mal. 

Massacre à la tronçonneuse

Par Le 08/10/2021

On le voit ici, dans la Creuse. Une multiplication des coupes rases, une dévastation. Et de plus en plus de personnes qui se révoltent. Le week end prochain, un rassemblement est prévu sur le plateau des Millevaches. On y sera.  

 

https://www.franceculture.fr/emissions/le-reportage-de-la-redaction/la-fuite-du-chene-francais-en-chine

 

LE 13/07/2021

La fuite du chêne français en Chine

Réécouter La fuite du chêne français en ChineÉCOUTER (5 MIN)

À retrouver dans l'émission

LE REPORTAGE DE LA RÉDACTION par Anne-Laure Chouin

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La filière bois française lance un cri d'alarme : les volumes de chêne français achetés par la Chine en ce moment pourraient bien mettre le secteur en péril. Ces exportations massives constituent autant de matière première que ne pourront pas travailler les scieries et les artisans français.

Grumes de chêne dans une scierie de l'Indre, juillet 2021

Grumes de chêne dans une scierie de l'Indre, juillet 2021• Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

La France laisse t-elle partir ses chênes vers la Chine ?  Depuis quelques mois, avec la hausse de la demande en bois et l'envolée du cours des matières premières, on assiste à une ruée des acheteurs étrangers, particulièrement chinois, sur le chêne français. Notamment parce que la Russie, grand producteur de chêne, a décidé de stopper ses exportations. Mais également parce que la Chine souhaite préserver ses forêts.

C'est donc en partie la France qui répond à la demande internationale, au détriment de sa propre filière bois. Les scieries et les artisans craignent de ne bientôt plus pouvoir se fournir.

"Des conséquences graves et immédiates"

La pétition qui circule pour demander que les grumes (les arbres une fois qu'ils sont abattus et n'ont plus de branches) de chêne ne soient plus exportés massivement, a déjà recueilli plus de 13 000 signatures d'entreprises, y compris en Pologne et en Allemagne. Une pétition lancée par la FNB, la fédération nationale du bois, qui craint que d'ici quelques semaines, certaines de ses entreprises de transformation n'aient plus la possibilité de se fournir en chêne français. Un comble quand on sait que la forêt française est largement en capacité de fournir en chêne la filière nationale. Pourquoi la pénurie guette-elle alors ? Parce que le marché du bois en général, et du chêne en particulier, est au plus haut en ce moment : la demande explose, et les prix aussi. Une demande dont les volumes atteignent des sommets du côté de la Chine, en pleine relance économique, qui doit se fournir en matière première. Le 9 juillet dernier les chiffres des douanes chinoises sont tombés, confirmant que l'hémorragie du bois français continue : entre janvier et mai 2021, il est parti 187 167 m3 de chêne français en Chine directement de la forêt française sans aucune transformation. C’est  42% de plus par rapport à 2020. La Chine est le principal acheteur, mais pas le seul. Et le chêne le principal bois vendu, mais pas le seul. 

Samuel Deschaumes, dirigeant de CBM, fabricant parquets en chêne massif dans le Cher, juillet 2020

Samuel Deschaumes, dirigeant de CBM, fabricant parquets en chêne massif dans le Cher, juillet 2020• Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

Les conséquences de cet insatiable appétit chinois, Samuel Deschaumes, patron de l'entreprise CBM, qui fabrique près de la forêt de Tronçais dans le Cher, des parquets en chêne massif issus de forêts locales, est en en train de les constater : "les conséquences sont graves et immédiates. Ce matin je recevais encore un mail d'un de mes plus gros fournisseurs, qui m'annonçait qu'ils ne pourrait sans doute pas me fournir. Demain, c'est toute une filière qui sera menacée."

C'est un véritable choix de société : est-ce qu'on veut être autonome en chêne demain, est-ce qu'on décide de garder cet or vert en France car environnementalement parlant on ne fait pas mieux? Ou est-ce qu'on veut laisser partir notre chêne en Chine ? On sera gagnant de quelques centimes de plus à court terme, mais perdant à plus long terme, c'est une certitude. 

De fait, laisser partir autant de bois français à l'export est une forme d'hérésie écologique : 230 000 m3 de forêt exportée, depuis 5 mois,  sans transformation, c’est selon la filière bois, 300 000 tonnes de CO2 déstocké du puit de carbone. Or le même bois transformé en France aurait permis le stockage définitif de 276 000 tonnes de CO2.  On rappelle au passage que la France vient d'être condamnée par le Conseil d’Etat pour inaction climatique. 

Manque de visibilité à l'export

Benoit Rachez, directeur adjoint de la coopérative forestière Unisylva, Cher juillet 2020

Benoit Rachez, directeur adjoint de la coopérative forestière Unisylva, Cher juillet 2020• Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Qui vend à la Chine ? Pour l'essentiel des propriétaires particuliers. La forêt française est détenue à 75% par une multitude de propriétaires privés, qui délèguent le plus souvent l'exploitation de leurs parcelles à des coopératives forestières. Ces dernières vendent les chênes sur pied soit par appel d'offre-un système d'enchères-soit par contractualisation. La première méthode est la plus utilisée : les lots de chêne partent ainsi au plus offrant, sans possibilité de savoir exactement qui est l'acheteur final qui se fait représenter par un trader ou un négociant. C'est pourquoi les coopératives forestières proposent d'élargir les contrats d'approvisionnement pour plus de transparence : cela revient à déterminer sur plusieurs années les volumes de bois à fournir, à quel prix, et surtout, à quel client final. 

Les scieries français sont importantes pour la propriété forestière française. Nos clients ont besoin d'avoir des débouchés locaux, pérennes, qui les sécurisent sur le futur de leur forêt et son entretien. C'est pour cette raison qu'il faudrait élargir ce mode de commercialisation par contrats d'approvisionnement : ainsi tout le monde est sécurisé dans le temps.

Mais pour l'heure, pas de préférence nationale pour les vendeurs privés de chêne français. Et pour cause, la France n'a pas interdit les exportations de ses grumes pour la période actuelle, comme l'a fait par exemple la Roumanie. L'hémorragie continue donc. 

Un marché déséquilibré

Bertrand Robert, à la tête de son entreprise d'abattage et de sciage, Indre, juillet 2020

Bertrand Robert, à la tête de son entreprise d'abattage et de sciage, Indre, juillet 2020• Crédits : Anne-Laure CHOUIN - Radio France

Sur le marché du bois "brut", scieurs français et traders ne jouent pas avec les mêmes armes. C'est ce que déplore notamment Bertrand Robert, qui dirige l'entreprise familiale dans le centre de la France, et se fournit en chêne un peu partout sur le territoire.  "Nous, scieurs, avons tout un tas de normes à respecter, environnementales et sanitaires notamment, ce sont des charges d'entreprises. Les traders, qui achètent sur catalogue et mettent dans des containers, n'ont pas ces charges et ne sont pas soumis à ces normes. C'est un marché qui est assez déloyal " se plaint-il. 

On ne sait pas quel volume de bois part au grand export. Les chiffres, ce sont les chinois qui nous les donnent. 

Bertrand Robert réclame, comme ses collègue de la filière, un moratoire sur les exportations de grumes de chêne. Et fait remarquer que les autres bois aussi sont menacés, résineux et feuillus de toutes espèces. D'autant qu'en plus de ce phénomène de fuite de matière première dont les qualités écologiques sont reconnues par tous, et même mises en avant au travers de la règlementation française (la règlementation environnementale RE 2020), la forêt française souffre d'un autre mal, celui du dépérissement, qui fera sans doute drastiquement baisser la production dans les années à venir. 

Le ministère de l'Agriculture, en charge du sujet, a réuni juin dernier les acteurs de la filière pour tenter de trouver une solution au problème. Il n'est pas question pour l'instant de moratoire sur les exportations, la France attend de trouver une solution au niveau européen. Mais les discussions continuent. 

Se dé-capsuler

Par Le 07/10/2021

Ce texte m'est revenu à la lecture d'un article. La dernière phrase a bien failli se matérialiser mais je pense que la tentative est ratée. Rien n'a changé. La pandémie reste un épiphénomène, aussi douloureuse soit-elle pour ceux qui y ont succombé et pour leurs proches.

Les individus ne changent pas, les gouvernements ne changent pas, les sociétés restent les mêmes. Tout le monde, ou presque, ne rêve que d'une chose : retrouver la vie d'avant.

Le fait que cette vie d'avant porte en elle les germes de cette pandémie reste lettre morte. Les gens cherchent des responsables dans la gestion médicale de la crise, accusent les gouvernements, se plaignent des restrictions, se plaignent encore et encore. Je ne dis pas que leurs plaintes sont injustifiées, je dis juste que de s'intéresser uniquement aux effets d'une crise ne sert pas à grand-chose. Il faut remonter à la source et comprendre ce qui a déclenché un tel bouleversement.

Nos sociétés modernes sont malades, les populations sont malades, les esprits sont dévoyés, contaminés, formatés, cadenassés. Tellement cadenassés qu'ils ne souhaitent que retrouver les limites de leur geôle. C'est là que se trouve l'ego encapsulé. Et il n'existe qu'une seule solution : le décapsulage.

En quoi est-ce que ça consiste ?

Je pense pour ma part qu'il est vain de lutter contre des forces qui nous dépassent, des forces qui existent depuis des siècles, qu'il s'agisse d'entités politiques, économiques, financières ou soi-disant philosophiques. je suis consterné par les discours que j'entends en ce moment émanant des prochains candidats aux élections présidentielles. Rien ne changera, la réalité restera la même. Des épiphénomènes auront lieu et tout le monde en parlera, s'énervera, se plaindra, espèrera que ça sera mieux la prochaine fois, etc etc etc...Des siècles que ça dure. 

Mais alors, que faire ?

S'éloigner, s'éloigner le plus possible de la masse des egos encapsulés et construire un autre espace, établir uniquement des liens avec des individus semblables à soi, engagés dans cette voie de distanciation, des individus qui construisent leurs existences sur des valeurs associées à l'être et non plus à l'avoir. Des individus spirituels.

Le dé-capsulage, c'est la spiritualité qui la propose. Et la spiritualité n'a que faire des voies déjà tracées, mille fois empruntées, des sillons si profonds que les bords sont devenus des talus qu'aucun individu ne peut escalader. 

Il est certain que ma situation de retraité est un privilège. J'ai le temps de penser, j'ai la liberté intérieure. C'est bien là d'ailleurs un des drames du travail salarié. Il érige lui aussi les murs de la geôle, il en est même le ciment. Je suis d'ailleurs persuadé que le refus des gouvernements d'aller vers un revenu minimum s'explique par la peur du temps offert aux individus. Des individus qui auraient enfin le temps de penser. Non pas de penser dans le cadre de la "réalité sociale" mais dans la dimension du Réel... C'est terriblement dangereux un individu qui pense en dehors du cadre. Des individus dé-capsulés.

 

 

"La sous-ciété"

 

Par 

 Le 30/07/2018

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La "sous-ciété"
Il m'est impossible d'utiliser le terme de société pour désigner cet environnement social et surtout spirituel dans lequel j'évolue. D'autant plus en lisant tout ce que la société Kogis a mis en place et cette osmose fascinante dans laquelle ce groupe humain évolue depuis des siècles.
Si j'utilise le terme de "sous-ciété" pour désigner le monde occidental, c'est parce qu'il s'agit à mes yeux d'un espace de basse synergie. 
Une société digne de ce nom existe au contraire dans une haute synergie. Cette synergie prend forme dès lors que les individus ont opté pour une exploration lucide de leur implication dans une harmonie constante au regard de la Nature et du flux vital.

Ce n'est pas le système occidental qu'il faut blâmer. Ce soi-disant système n'a aucune existence spontanée, il n'est que le reflet de l'état de conscience des gens qui le composent. Un système n'est que l'amalgame de composants. Les individus sont ces composants et le système est activé par les liens qui unissent les composants. 
Un moteur de voiture n'a pas d'existence en soi, ce sont les liens entre chaque composant qui lui donnent ce semblant d'existence. Il est totalement absurde de dire qu'un moteur ne fonctionne pas. Il s'agit d'identifier le composant défectueux. Pas d'accuser l'ensemble.

Le terme de "société" correspond à un paradigme extrêmement puissant. Les individus ont été conditionnés à s'en remettre à ce système et à quelques groupes ou individus chargés d'entretenir le système. Un paradigme est une "super théorie". Il propose les modèles de pensées auxquels chaque composant du système va apprendre à se référer. On trouve des paradigmes dans le domaine scientifique mais le concept de "société" s'établit dans un espace psychologique et philosophique, même si cette "philosophie" est indigne de la philosophie en tant que telle.

Inutile de se référer à des données politiques, économiques, sociales, historiques. Tout cela n'est que l'habillage d'un formatage philosophique.

Un paradigme se nourrit de schémas mentaux. Ceux qui nous concernent dans cette "sous-ciété" de basse synergie s'établissent au coeur de l'ego. Ces schémas mentaux sont destinés à préserver le paradigme. Une fois que les schémas mentaux sont appliqués à la masse entière, le paradigme devient une "réalité". Il ne s'agit pas du "réel" mais d'une interprétation des phénomènes dans le cadre du paradigme. 
La "réalité" est instaurée de façon à propager le fonctionnement institutionnel. Non pas gouvernemental mais un fonctionnement philosophique. C'est là qu'il faut dépasser la condamnation infantile de la "société". La "société" est un moteur dont chaque individu est un composant.

Même les leaders de cette "sous-ciété" ne sont pas conscients de l'illusion dans laquelle ils évoluent. Ils ont simplement adopté les schémas mentaux de leurs pairs et les ont développés pour leurs propres intérêts. Personne, parmi les leaders, qu'ils soient politiques ou économiques, n'est conscient du courant qui les emporte. On ne demande pas à un carburateur d'être conscient de son appartenance à un moteur. On lui demande d'effecteur sa tâche avec soin. Les leaders de cette "sous-ciété" ne sont que des carburateurs et ils n'ont aucune vision verticale de l'ensemble. Ils se pensent "décideurs" quand ils ne sont que les copistes des écrits de leurs prédécesseurs.

Les manipulations dont ils sont régulièrement accusés ne s'établissent toujours qu'au coeur de ce paradigme. Les schémas mentaux sont modulables mais nourrissent toujours le paradigme. La prochaine élection n'est que la confrontation de schémas mentaux dans une "réalité" illusoire et perverse. Aucun changement de paradigme n'est envisagé car cela signifierait que les leaders prendraient le risque de ne plus être les leaders. Leur objectif n'est que de porter une étiquette différente de celle de leur adversaire. La philosophie interne au système reste la même dans un jeu de chaises musicales sous la direction d'un orchestre archaïque et fondamentalement conservateur.

L'idée fondamentale est de modifier quelque peu les composants du moteur pour lui donner un rendement différent et si possible "meilleur" au regard de la "réalité" instaurée afin de justifier les privilèges qui sont accordés aux solistes. Mais il n'est pas question de réfléchir à la justesse du moteur lui-même. On ne touche qu'aux schémas mentaux. Pas à la source de ces schémas.

Les individus sont donc responsables du paradigme en se sens qu'ils l'entretiennent à travers les schémas mentaux qu'ils ont adoptés. Le système n'existe qu'à travers cette adhésion. Non seulement comportementale mais bien avant tout philosophique.

Si ce paradigme nourrissant cette "sous-ciété" existe, c'est en raison de notre fonctionnement. Nous sommes encapsulés dans un moi tout puissant et tout ce qui ne participe pas à cette identité est extérieure à ce moi. Cette scission est à la source de la dualité et de la basse synergie si dévastatrice. 
Ce modèle fondamental conditionne toute la "réalité" qui convient au maintien du paradigme. Le système s'auto-entretient à travers le figement philosophique des individus. 
On peut parler désormais avec la mondialisation de "méta-modèle" ou "méta-paradigme", c'est à dire ce qui est au-delà du paradigme lui-même. Comme un moteur qui fonctionnerait de lui-même, sans aucun pilote...Mû par sa propre énergie. Un mouvement perpétuel. Ou qui se croit perpétuel...

La société des Kogis est organisée autour d'une idée radicalement différente de celle du moi encapsulé. C'est celle de l'unicité. Il n'y a pas de séparation mais une osmose qu'il faut entretenir. L'individu n'est pas qu'un composant d'un moteur. Il est conscient du moteur et du rôle qu'il tient au coeur de ce système. Il n'agit pas en restant centré sur le fonctionnement de la pièce qui le constitue et de son rôle parcellaire parce qu'il n'est jamais dissocié du moteur lui-même. On pourrait comparer cela également avec une cellule constituant le bout infime d'un doigt. Cette cellule aurait conscience de l'existence de l'individu auquel elle appartient malgré le gigantisme de l'ensemble dans lequel elle évolue. C'est une vision macroscopique qui donne à l'existence de l'individu une énergie bien plus puissante que celle d'une cellule qui se croit isolée et toute puissante. Le moi n'est plus une entité en elle-même mais un réceptacle de l'énergie vitale qui anime un ensemble d'une complexité infinie. Il ne s'agit pas pour autant de la négation de l'individu étant donné que l'individu puise dans cette appartenance une nourriture spirituelle d'une plénitude inconcevable pour la plupart des occidentaux et impossible à saisir dans le champ limité du moi encapsulé.

Le moi encapsulé est séparé du flux vital parce que ses schémas de pensées créent un voile opaque. 
Ça n'est pas la vie qui l'anime mais lui qui donne à la vie l'image d'une réalité qui convient au maintien de son identité. Les pensées, les sentiments, les perceptions, les réflexions, les actes, les intentions sont irrémédiablement au service de ces schémas. Là encore, le fonctionnement est terriblement pervers étant donné que chaque instant de l'existence participe à l'édification puis au renforcement de l'identification. Le moi existe à travers lui-même et s'auto-persuade de la justesse de son raisonnement. On retrouve par conséquent à l'échelle de l'individu le fonctionnement inhérent au paradigme de l'ensemble. C'est en cela que le système qui apparaît comme responsable du mal être des individus est un leurre. Le moi accuse un système qu'il a lui-même constitué parce que dans cette lutte, le moi, lui-même, se renforce et se sent exister.

Même les individus qui disent oeuvrer à la constitution d'une quête spirituelle ne sont parfois que des ego établissant dans une démarche philosophique le renforcement de leur moi pour la simple raison qu'ils reproduisent un fonctionnement individuel au coeur duquel se trouve toujours le moi encapsulé. C'est en cela qu'il me semble extrêmement délicat de parvenir à rompre les schémas de pensées et tous les conditionnements qui en découlent lorsque l'individu a déjà évolué dans la dimension enivrante de la "sous-ciété".
Il faut se désintoxiquer pour entrer dans une autre vision de l'existence...

L'avenir de l'humanité appartient aux groupes ethniques ayant su préserver depuis des millénaires une vision uniciste de l'existence.

Les "sous-ciétés" modernes voient bien parfois s'éveiller quelques individus "dé-capsulés" mais ils ne seront sans doute jamais suffisamment entendus pour que des schémas de pensées opposés prennent suffisamment de puissance pour parvenir à insérer dans la masse un nouveau paradigme.

Je rêve parfois d'une intervention de la vie elle-même. Que le réel en vienne à s'imposer à la réalité. Par la force si nécessaire.

L'industrie blockchain

Par Le 06/10/2021

 

Que quelqu'un me dise que ce monde "moderne" va bien, qu'il agit avec raison et bon sens, qu'il est nourri par des intentions altruistes... Et je lui répondrai que ses oeillères sont si épaisses qu'il ne voit plus le monde réel de la vie mais uniquement une dimension artificielle, qu'il vit "hors sol" et que cette étroitesse de vue est une condamnation pour tous. Il est clair aujourd'hui que nous sommes sous la coupe de gens dont la folie porte des noms prestigieux pour eux : profits, bénéfices, fortunes, puissance, ego.

 

Ce fameux ego encapsulé :

L'ego encapsulé.

L'ego encapsulé (2)

L'ego encapsulé (3)

 

Surconsommation, spéculation, impact environnemental : les dérives de l’industrie blockchain

 

Au point qu’en quelques années, l’électricité consommée par l’ensemble des microprocesseurs des mineurs travaillant à pleine puissance pour fournir la preuve de travail a surpassé les unes après les autres la consommation d’électricité de pays tels que le Bangladesh, la Hongrie et plus récemment l’Argentine ; soit la puissance fournie par une vingtaine de réacteurs nucléaires (voir le site créé par l’université de Cambridge) pour le seul Bitcoin.

30 avril 2021 - La Relève et La Peste

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Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !

- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

 

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Coinbase vient d’entrer en bourse à une valorisation avoisinant les cent milliards de dollars, confirmant s’il était besoin son statut de chef de file des startups qui se construisent autour de la technologie blockchain. Coinbase est l’équivalent d’une banque pour cryptomonnaies : elle détient les clés des portefeuilles de ses clients, qui lui délèguent donc le contrôle des monnaies digitales qu’ils possèdent, parmi lesquelles les plus connues sont Bitcoin et Ethereum. Internet s’imaginait libre et décentralisé. Entre bancarisation et spéculation, surconsommation électrique et pénurie de matériaux engendrés par la course au minage, mais aussi numérisation à outrance des rapports sociaux, l’industrie des cryptomonnaies semble bel et bien sonner le glas de l’utopie numérique. Un article de Jonathan Bourguignon.

Coinbase, une insulte à la volonté originelle de Bitcoin

Une banque pour cryptomonnaies : ce devrait être un oxymore, si l’on se réfère au livre blanc originel qui décrit Bitcoin pour la première fois. Le document, signé du mystérieux sobriquet Satoshi Nakamoto, sur lequel tant d’encre a coulé sans jamais dévoiler la ou les personnes qu’il cachait, est publié en 2008. 

En pleine crise des subprimes, et alors que la planche à billets fonctionne à plein régime pour sauver des banques prises au piège des junk bonds qu’elles ont elles-mêmes créé, Bitcoin se définit comme une monnaie indépendante du contrôle des Etats. Bitcoin offrait la promesse d’une monnaie décentralisée, à portée de tous et aux mains de personne, et surtout pas des puissants, Etats ou banques. 

Coinbase est donc une insulte aux intentions originelles affichées. Et son entrée en bourse, le cauchemar de Satoshi. Aujourd’hui, en Europe comme aux Etats-Unis, la planche à billets tourne à nouveau, et le cours de Bitcoin, devenu valeur refuge, a explosé. Nourrissant l’essor d’une nouvelle banque.

Crédit : André François McKenzie

Coinbase est soutenue dès 2013 par l’un des fonds d’investissement les plus influents de la Silicon Valley : de Skype à Stripe, de Facebook à Airbnb, de Twitter à Clubhouse, Andreessen-Horowitz a soutenu dès leurs premiers pas les startups les plus iconiques du web 2.0. 

Mais la légende d’Andreessen-Horowitz commence bien avant la création de la firme : son fondateur, Marc Andreessen, fut l’enfant-prodige à l’origine du navigateur web qui a rendu internet intelligible et incarné, accessible à tous, réalisant la prophétie des idéologues et idéalistes qui annonçaient la survenue du cyberespace. 

Dans les écrits de l’utopie numérique (et notamment les pamphlets de l’Electronic Frontier Foundation, comme la Déclaration d’Indépendance du Cyberespace), internet devait devenir un espace hors de la portée des anciennes structures de pouvoir, et en particulier des gouvernements, des banques et des multinationales. 

Après le passage du millénaire, Bitcoin se fait l’héritier de cette rhétorique. Et c’est donc l’ancien messie Andreessen qui finance le dévoiement du cyberespace à travers une banque centralisée cotée au NASDAQ. Mais Coinbase n’est peut-être que l’aspect le plus superficiel par lequel l’évolution récente de l’industrie blockchain révèle les contradictions profondes et anciennes de l’utopie numérique.

Deux couvertures de magazine avec Marc Andreessen, à vingt ans d’écart

NFT : la fièvre de posséder

Au-delà de l’explosion du cours des cryptomonnaies, ce début d’année a été marqué par l’attention médiatique qu’ont su capter d’autres artefacts numériques adossés à la technologie blockchain, appelés NFTs, pour Non-Fungible Tokens. Là où un bitcoin est équivalent à n’importe quel autre bitcoin, chaque NFT est unique (ce que traduit le terme barbare “non fongible”). 

Un NFT représente l’actif qu‘il décrit de manière unique. Quelques cas qui ont captivé l’imagination ces derniers mois : Jack Dorsey, fondateur de Twitter, a vendu un NFT représentant le premier message envoyé sur le réseau à l’oiseau bleu pour 2,5 millions de dollars.

Des NFT représentant des vidéos de LeBron James ont été écoulés par NBA Topshot pour des centaines de milliers de dollars. Ces NFT représentent un droit de propriété, enregistré sur une blockchain (le plus souvent Ethereum).

Si les NFTs représentent un droit de propriété, elles n’empêchent nullement les onéreux tweets ou vidéos d’être présents sur Twitter ou Youtube. Elles se contentent d’enregistrer le droit de propriété de l’actif (qui peut être digital ou même physique), et les contrats qui y sont liés, comme leur acquéreur, ou les règles pour la cession future des actifs, incluant des droits de rétrocession.

Leur fonctionnement technique ne garantit en rien, en retour, l’exercice de droits tels que le droit d’auteur.

En outre, les NFT n’ont rien de nouveau. C’est un cas d’usage de la technologie blockchain qui avait été identifié depuis longtemps : par leur aspect public et immuable, les blockchains ont valeur de registre notarial, et permettent de stocker des contrats automatisés. 

Dès 2017, des crypto-chats digitaux – les cryptokitties, équivalent digital des cartes Pokemon – s’échangeaient sur Ethereum, faisant exploser le nombre de transactions sur le réseau au point de le paralyser temporairement. Alors pourquoi une telle explosion spéculative autour des NFTs ?

Retour à Andreessen-Horowitz, ou plus exactement au populaire podcast qu’héberge le fonds d’investissement, pour l’épisode de mars intitulé Tout sur les NFTs. En une heure de conversation, le verbe “posséder” revient quatre-vingts fois. 

On y apprend que les NFTs permettent ce qui était impensable : posséder une image jpg, c’est à dire la version numérisée d’une image, posséder une vidéo, posséder des bouts d’information ; mais aussi, conceptuellement, posséder un moment (par exemple : le tweet historique de Jack Dorsey), posséder virtuellement n’importe quel évènement digital, n’importe quelle oeuvre digitale : le rêve de tout collectionneur. 

Alors que le propre de l’information numérique est d’être exactement réplicable, instantanément, partout, alors que la promesse d’internet, “l’information veut être libre” est martelée depuis 1984 (voir par exemple L’Ethique des Hackers de Steven Levy) par les apôtres d’un web émancipateur qui promeut la propagation, sans frontières et sans limites, de l’information et de la culture, les nouveaux spéculateurs de l’univers crypto ont finalement trouvé le moyen de faire de l’octet une denrée rare.

Les GIFs peuvent désormais devenir œuvres d’art au même titre que les œuvres d’art physiques. Et par conséquent, devenir des refuges de valeurs non soumis à l’imposition, au même titre que les oeuvres d’art physiques qui dorment, cachées aux yeux de tous, dans les entrepôts des ports francs non-soumis à la vigilance des douanes, que par hasard mettait en scène Tenet en 2020, l’un des seuls blockbusters à avoir trouvé le chemin des salles de cinéma l’année où a explosé le marché du cryptoart.

Les cryptokitties, précurseurs des NFT dès 2017

Matérialisation physique des cryptomonnaies

Les opposants aux NFTs rappellent aussi, à raison, que cette nouvelle manière de posséder a un coût environnemental. Un coût non négligeable, lié au fonctionnement actuel de la majorité des blockchains.

Le principal enjeu d’une blockchain est d’assurer que chaque nouveau bloc de transactions ajouté à l’historique est légitime. L’action d’ajouter un bloc s’appelle “miner”, par analogie à l’effort exigé pour extraire de nouveaux lingots d’or auxquels était jadis adossée la monnaie fiduciaire. Le mineur est rétribué par de nouvelles unités de cryptomonnaie qui sont émises à chaque bloc ajouté. 

Bitcoin part du principe qu’au-moins la moitié du réseau de mineurs est bien intentionnée, c’est-à-dire ne tente pas d’introduire des transactions frauduleuses (auquel cas, toute confiance dans le réseau s’effondrerait, ainsi que la valeur des bitcoins et donc l’effort des mineurs).  

Elle fait donc accomplir aux mineurs un exercice de calcul mathématique – appelé preuve de travail ou proof of work – qui prouve que le mineur est bien en possession d’une puissance de calcul qu’il met au service du réseau. 

La difficulté de cet exercice augmente avec le cours de Bitcoin, puisque l’extraction devient plus lucrative, incitant en retour de nouveaux mineurs, c’est-à-dire de nouveaux data centers, à rejoindre cette nouvelle ruée vers l’or.

Au point qu’en quelques années, l’électricité consommée par l’ensemble des microprocesseurs des mineurs travaillant à pleine puissance pour fournir la preuve de travail a surpassé les unes après les autres la consommation d’électricité de pays tels que le Bangladesh, la Hongrie et plus récemment l’Argentine ; soit la puissance fournie par une vingtaine de réacteurs nucléaires (voir le site créé par l’université de Cambridge) pour le seul Bitcoin. 

Quant à Ethereum, la blockchain de prédilection des NFTs : les cartes graphiques sont particulièrement efficaces pour miner sur le réseau ; au point que les mineurs préemptent ce type de puce, participant à une pénurie mondiale si sévère que tout appareil qui en renferme, à l’image d’une Playstation 5 officiellement sortie en Europe avant Noël, reste aujourd’hui introuvable. 

“Move bits, not atoms” (“déplacez de l’information, pas de la matière”), disait la tribune mensuelle du premier investisseur de Wired dans les années 90. A cette époque, l’économie de l’information devait apporter une réponse à la crise écologique, permettant de créer de la prospérité dématérialisée. Un autre pan de l’utopie tombe en lambeaux…

Crédit : QuoteInspector.com

Les opposants aux opposants aiment relativiser en comparant la consommation énergétique de Bitcoin au marché de l’or ou au système financier en général, qui incluerait l’empreinte énergétique de toutes les succursales bancaires, terminaux de paiement, distributeurs de billets et leur logistique. 

Cette seconde comparaison serait pertinente si Bitcoin ou les NFTs avaient encore vocation à remplacer le système financier. Mais leur nouvel usage comme valeur refuge s’ajoute à l’ancien monde sans rien remplacer.

Que la blockchain soit une technologie qui apportera beaucoup à l’infrastructure financière ne fait guère de doute ; que le réseau Bitcoin lui-même, qui n’est qu’une implémentation de cette technologie, y participe jamais est plus douteux.

Le nombre de transactions sur Bitcoin limite d’ailleurs drastiquement les usages que pourrait avoir le réseau s’il était utilisé comme monnaie (environ deux mille transactions par bloc, chaque nouveau bloc étant miné toutes les dix minutes : le réseau ne pourrait supporter ne serait-ce que l’infrastructure de paiement du péage de Saint-Arnoult un jour de départ en vacances).

Les opposants aux opposants ont encore un autre argument dans leur besace : la preuve de travail pourrait être remplacée par la preuve d’enjeu ou proof of stake. Dans cet autre schéma, la difficulté de calcul est pondérée par la quantité de cryptomonnaie que possède déjà le mineur. 

Plus le mineur possède d’actifs, moins il lui est difficile de miner ; l’idée sous-jacente étant qu’un mineur en possession de beaucoup d’actifs aura peu d’intérêt à compromettre le réseau. Ethereum, après des années d’effort, semble finalement progresser dans sa transition vers la preuve d’enjeu.

Pour Bitcoin et nombre d’autres blockchains, il n’est pas question de migrer vers la preuve d’enjeu. Car là où Bitcoin comptait créer une monnaie qui ne puisse être instrumentalisée par les puissants, la preuve d’enjeu signifie au contraire que plus vous possédez, plus il vous est facile de miner. 

Le réseau rétribue les possédants (pour donner un ordre d’idée, actuellement, sur Ethereum le taux d’intérêt que rapportent des ethers placés pour miner se situe autour de 12% ; les taux sont équivalents sur Polkadot, une autre blockchain très utilisée en ce moment), concentre les fortunes déjà existantes, et leur donne en outre un poids plus fort dans la gouvernance. 

Ce qui referme donc la boucle écologique : il n’est plus à démontrer (voir par exemple ce rapport du GIEC) qu’un système qui augmente les inégalités augmente les ressources allouées aux franges les plus riches. A moins de laisser se dégrader encore le niveau de vie des populations des plus favorisées, il augmente donc globalement la consommation de ressources et l’impact environnemental global de la société.

L’usine de bitcoins ‘Genesis Farming’ près de Reykjavik est l’une des plus grandes du monde à « miner » les bitcoins grâce à un système de microprocesseurs. Crédit : Halldor KOLBEINS / AFP

L’héritage cybernétique d’Ethereum

Ces contradictions matérialisées par les blockchains sont plus profondément inscrites dans l’idéologie d’internet elle-même qu’il n’y paraît. L’innovation la plus intéressante apportée par Ethereum est la notion de smart contracts, des contrats intelligents qui s’exécutent automatiquement sur la chaîne. 

Un contrat peut stipuler, par exemple, que si une condition donnée est vérifiée (par exemple, si un chauffeur conduit un passager d’un point A à un point B, ce qui se matérialisera par la géolocalisation de leurs téléphones), une transaction sera effectuée en ethers.

La blockchain permet donc d’automatiser, sans avoir à reposer sur aucun intermédiaire de confiance (un notaire, par exemple, ou l’entreprise Uber qui a l’autorisation de prélever de l’argent sur la carte bancaire de ses clients), l’exécution de contrats. 

Il suffit d’écrire dans la blockchain les conditions sous lesquelles une transaction doit s’exécuter pour que des ethers, à une date ultérieure, passent d’un portefeuille à l’autre, à condition que leurs possesseurs aient cryptographiquement signé le contrat.

Des projets vont plus loin dans l’idée d’une gouvernance programmatique, transparente, immuable, à l’image des DAO ou Organisations Autonomes Décentralisées. Ces dernières représentent une organisation ou une entreprise, et inscrivent dans la chaîne les règles qui régiront leur fonctionnement. 

Les DAO transforment les organisations et les individus en entités souveraines capables de créer leurs propres lois, immédiatement appliquées, gravées dans le code. 

Elles permettent d’imaginer des principes de fonctionnement difficilement exécutables autrement – par exemple, un réseau de type Uber dans lequel la gouvernance et la valeur seraient distribués entre les chauffeurs participant au réseau en fonction du travail qu’ils fournissent, et qui décideront eux-mêmes de l’attribution des bénéfices à la fin de l’année sans autorité centrale.

En tentant de codifier et d’automatiser ainsi les rapports sociaux, les smart contracts et les DAO appartiennent à une vision du monde qui voit dans les relations humaines une source de flottement dans lequel s’immiscent des enjeux de pouvoir (qu’on appelle communément la politique), et mettent en doute la capacité de l’Etat à faire appliquer les règles dictées par la Loi. 

Ils contribuent à normaliser les rapports entre être vivants, entre le monde physique et le cyberespace. Ils créent un monde programmable, dans lequel les interactions entre hommes et machines s’inscrivent dans un vaste organisme, accomplissant la prophétie codifiée par Norbert Wiener dans son livre paru en 1948, La Cybernétique, Information et régulation dans le vivant et la machine.

Norbert Wiener, le père de la cybernétique

Dans l’utopie numérique, la cybernétique était la promesse qu’un système horizontal, décentralisé, à travers lesquels se propagent signaux et boucles de rétroaction, pouvait s’auto-réguler, à l’image de certains écosystèmes naturels, sans autorité centrale, sans gouvernement, sans oppression, garantissant une forme de liberté et d’émancipation.

Pourtant, la théorie cybernétique peut aussi être interprétée comme un précurseur aux dispositifs de contrôle qui viendront se greffer à internet, qu’il s’agisse du système imaginé par Cambridge Analytica pour agir sur les décisions des électeurs à travers Facebook, ou du système de crédit social toujours en cours de déploiement en Chine, visant à encourager les citoyens et les entreprises à conformer leurs comportements à l’éthique décidée par le Parti pour la société.

Entre centralisation à outrance, création artificielle d’une rareté numérique, ancrage de l’économie numérique dans une physicalité toujours plus destructrice de l’environnement, et dispositifs réduisant l’interaction sociale à des contrats automatisés, certaines tendances de l’industrie blockchain semblent finalement entériner la longue agonie de l’utopie numérique.

Plus d’infos sur l’auteur : article écrit par Jonathan Bourguignon, entrepreneur, impliqué sur plusieurs projets blockchain, et auteur d’Internet, Année Zéro, récemment publié aux éditions Divergences et disponible en librairie. Ses expériences à la croisée des communautés et des écosystèmes lui donnent la perspective nécessaire pour confronter les points de vue et multiplier les échelles d’analyse.

 

"Mordue de viande"

Par Le 06/10/2021

A force de le dire, de le hurler, de l'afficher, il va bien y avoir quelques centaines, quelques milliers, quelques millions de personnes que ça finira par toucher. Voilà douze ans que je ne mange plus d'animaux, ni terrestres, ni aquatiques. Et je m'en porte très bien, physiquement et psychologiquement. Je ne suis plus acteur de ce désastre. 

 

Mordue de viande, l’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja

  

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Mordue de viande, l’Europe alimente...

Publié en 2019

Agriculture, Forêts

En Europe de l’Ouest, une personne consomme en moyenne 85 kg de viande et 260 kg de produits laitiers chaque année. C’est plus du double de la moyenne mondiale. Si cette surconsommation de protéines animales pose un grave problème de santé publique, elle a aussi un impact environnemental et social désastreux. La majorité de la viande et des produits laitiers consommés en Europe proviennent d’élevages industriels où les animaux sont nourris avec du soja issu de la destruction d’écosystèmes en Amérique du Sud. C’est ce que démontre ce rapport de Greenpeace, intitulé « Mordue de viande, l’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja »

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La culture industrielle du soja contribue à la destruction d’écosystèmes précieux

L’Amérique du Sud regorge de forêts et de savanes arborées uniques : l’Amazonie, le Gran Chaco ou encore le Cerrado renferment des trésors de biodiversité et constituent de précieux remparts contre le dérèglement climatique. Malgré leur importance capitale, ces trois écosystèmes disparaissent : ils sont détruits pour être remplacés par des champs de soja.Ce soja est destiné à satisfaire l’appétit dévorant de l’élevage industriel européen. L’Europe est en effet accro au soja sud-américain, dont la production ne cesse d’augmenter pour répondre aux besoins de l’industrialisation de notre élevage.

Cette addiction a impact énorme sur les écosystèmes. Elle a participé à la déforestation de l’Amazonie brésilienne. Aujourd’hui protégée de l’expansion du soja grâce à un moratoire, le gouvernement d’extrême-droite de Jair Bolsonaro fait cependant peser de sérieuses menaces sur la première forêt tropicale du monde. La culture du soja contribue désormais à détruire les régions du Gran Chaco et du Cerrado. Le Cerrado aurait ainsi déjà perdu près de la moitié de sa végétation naturelle, soit environ 88 millions d’hectares : une superficie équivalente 1,4 fois la France.

Impacts environnementaux, sanitaires et sociaux de la culture industrielle du soja

Le recours quasi-systématique aux pesticides et aux OGM dans la culture industrielle du soja en Amérique du Sud représente une grave menace pour la biodiversité et les communautés locales. Au Brésil et en Argentine, plus de 95 % du soja produit est génétiquement modifié. Depuis l’introduction des cultures transgéniques au milieu des années 1990, l’utilisation de pesticides par unité de surface a augmenté de plus de 170 % en Argentine comme au Brésil. L’Europe est bien consciente du danger, puisqu’aucune des variétés de soja GM utilisées au Brésil et en Argentine n’est autorisée à y être cultivée, et plus d’un tiers des pesticides actuellement autorisés au Brésil ne seraient pas autorisés par l’UE ! Ainsi, les milliers d’espèces endémiques ou fragiles vivant dans les régions du Gran Chaco, du Cerrado et de l’Amazonie sont directement mises en péril par l’agriculture intensive.

La culture intensive du soja menace également la santé humaine. D’après le Rapporteur spécial du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, les autorités brésiliennes recensaient 5 501 cas d’empoisonnement aigu aux pesticides en 2017, soit près du double par rapport aux chiffres de 2007.

Cette production a aussi un impact social considérable. En effet, son essor aurait favorisé de graves violations des droits des autochtones, travailleurs et communautés locales, manifestées entre autre par des déplacements de population et des formes d’esclavage. En parallèle, le pouvoir politique et économique des entreprises qui contrôlent la production et le commerce du soja ne cesse de s’accroître, et de plus en plus de terres se concentrent dans les mains d’une poignée de grands propriétaires.

L’Europe, folle de viande

En Europe, les élevages sont de moins en moins nombreux mais de plus en plus vastes et industrialisés. Cette industrialisation de notre élevage va de paire avec la hausse de la production du soja en Amérique du Sud qui provoque l’aggravation des problèmes précédemment cités. L’UE importe en effet environ 33 millions de tonnes de soja chaque année, majoritairement en provenance d’Amérique du Sud, et 87% du soja utilisé en Europe est  destiné à l’alimentation animale. La production et la consommation de viande dans des quantités industrielles font planer de nombreuses menaces en Europe.

Le niveau européen de consommation de viande et de produits laitiers entraîne en effet d’importants problèmes de santé publique. De nombreuses études ont en effet pointé du doigt notre niveau actuel de consommation de viande, lequel augmenterait le risque de diabète, de maladie cardiaque et de cancer.

De plus, l’élevage industriel est un danger pour nos campagnes et celles et ceux qui les font vivre. Dépendant des cours mondiaux, les paysans et paysannes traversent une crise sans précédent. Ils disparaissent de nos campagnes avec l’essor de fermes-usines qui défigurent nos paysages et qui sont un cauchemar environnemental et sanitaire pour les riverains et riveraines. Les conditions d’élevage des animaux dans les exploitations industrielles sont par ailleurs catastrophiques : elles engendrent cruauté et souffrance, et sont tout simplement inacceptables.

Aujourd’hui, l’Europe surproduit et surconsomme de la viande et des produits laitiers. Ce sont les politiques agricoles mises en place par l’UE elle-même qui entretiennent ce système alimentaire qui produit viande et produits laitiers en quantités industrielles au détriment de l’environnement, du climat, des questions sociales et de la santé de ses propres habitants et habitantes. Il est urgent de sortir de ce système en opérant une véritable révolution alimentaire et agricole. Cela passe par la réforme de nombreuses politiques européennes encadrant la production agricole, au premier rang desquelles figure la Politique agricole commune, mais aussi par une réduction globale de la consommation de viande. Si l’Europe veut résoudre les problèmes environnementaux, sociaux et sanitaires posés par l’élevage industriel, alors elle n’a d’autres choix que d’opérer une véritable révolution écologique de notre système de production alimentaire.

Addiction électronique

Par Le 06/10/2021

Mon ordinateur portable et mon smartphone sont des appareils recyclés et il est hors de question d'en changer pour un "nouveau" modèle tant qu'ils fonctionneront.

La course à la "nouveauté" est une abberation écologique, un conditionnement sociétal, une addiction consumériste et il est nécessaire d'ne connaître les effets dévastateurs. 

J'invite ardemment les lecteurs à aller visiter le site "Naturévolution". 

 

 

Naturevolution > Partage et sensibilisation > Sensibilisation France > Impacts et solutions à notre addiction électronique

 

Impacts et solutions à notre addiction électronique

Written by   |  20 août 2021

EXPLOITATION MINIÈRE – La « dématérialisation » de l’économie est un leurre : le numérique n’a jamais été aussi dépendant des matières premières. La pollution et les déchets générés sont astronomiques. Dressons un très rapide panorama du sujet, de la mine jusqu’à l’acheteur, en passant par les solutions pour remédier à ce gâchis pourtant évitable.

Mines de nickel sur le littoral du Nord Konawe, sur l'île de Sulawesi en Indonésie

Mines de nickel sur le littoral du Nord Konawe dans la baie de Matarape. La transformation du minerai de nickel est très énergivore. Pour des raisons économiques, elle est réalisée la plupart du temps grâce au charbon, avec des émissions de gas à effet de serre catastrophiques. Southeast Sulawesi, Indonesie⁠. © Yann Bigant

À la base du numérique : l’exploitation minière

Sommaire

À la base du numérique : l’exploitation minière

Un flux ingérable de déchets électroniques

Très peu d’appareils sont réellement recyclés

Un coût payé par les populations défavorisées

La conception au cœur du problème

Comment savoir si un appareil est réparable ?

Le mauvais exemple d’Apple

Des appareils conçus pour être réparables

L’essor du reconditionnement

Et pour vos téléphones qui dorment au fond du tiroir ?

Qu’il s’agisse de l’exploitation du nickel à Sulawesi, du lithium en Bolivie, en Argentine ou au Chili, du coltan au Congo ou des terres rares en Chine, notre société technologique génère en amont des chaînes de production une pollution intense des écosystèmes, de l’air, du sol, des rivières et des eaux côtières causée par l’activité minière. Celle-ci est aussi très consommatrice d’eau et d’énergie, et accroît la pression sur les derniers milieux naturels.

Nous avons choisi d’illustrer cet article avec les dégâts causés par les mines de nickel dans la région de Sulawesi où nous agissons. Le nickel est notamment utilisé pour la fabrication des batteries. Un autre exemple de la pression causée aux milieux naturels par l’exploitation minière est le projet Montagne d’Or en Guyane, dont le futur n’est pas encore décidé.

Une bonne partie des ressources minières existantes, notamment celles pour les hautes technologies et les énergies renouvelables, est située au sein d’aires naturelles protégées 

Naturévolution

Par Le 06/10/2021

J'ai écouté aujourd'hui sur une radio le fondateur de cet organisme et c'était particulièrement passionnant. 

 

Naturevolution > Actualités > (4/6) Comment agir contre la déforestation

 

(4/6) Comment agir contre la déforestation

Written by   |  2 septembre 2019

Naturevolution démarre un projet de reboisement à proximité des villages du Makay : le projet 1 million d’arbres pour le Makay ! Mais nous ne pouvions lancer ce projet sans creuser le contexte des forêts du Makay, de Madagascar et du monde. À travers 6 articles nous faisons le point sur l’état actuel de la déforestation, des engagements ou actions initiés par les différents gouvernements, des initiatives en terme de reboisement en particulier à Madagascar et enfin des actions possibles à votre échelle pour lutter contre la déforestation. Tout un programme !

Introduction

Sommaire

Introduction

Devenir végétarien/végan (ou presque)

Peser sur les décisions publiques

Changer de banque

Soutenir des projets de protection des forêts

Le chocolat et l’huile de palme

Les pneus de voiture

Et le reste : le cuir, le papier, le bois, etc.

La limite des gestes individuels

Une grande partie de la déforestation dans le monde résulte de la surconsommation des populations urbaines (ou consommant de façon similaire) et de l’augmentation de leur niveau de vie, dans une économie mondialisée où les accords de libre-échange se multiplient. En tant qu’européens, nous sommes parmi les premiers concernés.

Un niveau de vie plus élevé se traduit souvent par une augmentation de la consommation de viande, de produits contenant de l’huile de palme, de chocolat, d’essence et de pneus pour la voiture, etc. Nombre de ces produits sont liés à la déforestation.

La déforestation engendrée par notre consommation est dite ‘importée’, car elle est causée dans d’autres pays du monde : des endroits où la déforestation est soit encouragée par le gouvernement local, soit n’est pas combattue faute de moyens ou de volonté politique. Ce sont malheureusement ces pays-là – comme le Brésil, l’Indonésie et la RDC – qui contiennent aujourd’hui les dernières grandes forêts tropicales de notre planète.

Si vous lisez cet article, il y a fort à parier que vous appartenez à cette part de la population mondiale qui est suffisamment favorisée (même si vous n’en avez pas l’impression !) pour avoir un impact sur des forêts à l’autre bout du monde. La bonne nouvelle ? Notre pouvoir en tant qu’européens pour peser sur la déforestation n’en est que d’autant plus fort ! Tour d’horizon.

Forêt du Makay, Madagascar

Forêt du Makay, Madagascar

Devenir végétarien/végan (ou presque)

L’élevage bovin et la culture du soja qui est exporté comme aliment du bétail dans de nombreux pays du monde sont la première cause de la déforestation en Amérique du Sud. Selon Greenpeace, l’élevage bovin serait responsable de la destruction de près de 63% de la forêt amazonienne, et la situation est aujourd’hui pire dans les grands bassins forestiers adjacents. Au niveau mondial, l’élevage est responsable de 73% de la déforestation (FAO, 2020).

Une bonne partie de cette déforestation est attribuable aux européens qui sont le 2ème importateur mondial de soja. Si les viandes de bœuf et d’agneau ont une empreinte environnementale complètement démesurée sur le climat et qu’il vaut mieux les abandonner complètement, les volailles européennes sont presque intégralement nourries au soja importé. Ainsi, « l’impact déforestation » des volailles françaises est 6 fois plus important que celui de la viande bovine. Bref, il n’y a pas vraiment de ‘viande de remplacement’.

Pas convaincu ? Lisez le rapport complet de Greenpeace :
Mordue de viande – l’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja.

Une méta-étude scientifique publiée dans la revue Science en 2018 et portant sur 119 pays, 38.000 fermes, et 90% de tout ce qui est mangé à travers le monde, donne des chiffres vertigineux sur l’impact de la viande : au niveau mondial, 83% des terres agricoles sont utilisées pour la production de viande et de produits laitiers (83%!), tout ça pour ne produire que 37% des protéines et 18% des calories… tout en générant 60% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole !

Les impacts considérés par l’étude vont de l’utilisation des terres (déforestation, pesticides, perte de la biodiversité et des milieux naturels, etc.) aux émissions responsables du changement climatique, en passant par la consommation d’eau et la pollution (eau, air). Difficile de faire plus exhaustif. L’étude a été peu relayée en France mais on trouve un article détaillé en français ici, ainsi qu’un article très complet en anglais sur The Guardian.

L’étude souligne également que la ‘viande responsable’ n’est pas une solution de remplacement : « la viande et les produits laitiers les plus ‘durables’ (plus petit impact) ont un impact beaucoup plus important que les végétaux et les céréales les moins durables. » Une conclusion qui rejoint les constats du rapport de Greenpeace ci-dessus.

Impact des gestes individuels sur les réductions de GES

Cet histogramme présente l’impact en terme de réduction de gaz à effet de serre des gestes individuels (issue du rapport Faire sa part ? / The Shift Project). Si ce schéma parle ici du réchauffement climatique et non seulement de la déforestation, il est bon de rappeler que l’élevage est un des postes les plus émetteurs de GES, notamment – mais pas seulement – à cause de la déforestation.

Il est bon de noter certains effets pervers du commerce mondial : la viande européenne, par exemple, largement nourrie avec du soja importé, est elle-même exportée. La France, où la consommation de viande rouge décroît depuis plus de 20 ans, vient d’obtenir de la Chine la levée d’un embargo de 17 ans sur l’importation de la viande de bœuf : le gouvernement français espère exporter plusieurs milliers de tonnes de bœuf français vers la Chine, alors que l’accord de libre-échange avec le Mercosur prévoit d’augmenter l’importation de viande de bœuf d’Amérique du Sud ! Ce qui nous amène au point suivant : l’action du gouvernement et les moyens pour les individus de peser dessus.

La viande, moteur de la déforestation

Peser sur les décisions publiques

VIA LES ÉLECTION : VOTER, ET PAS POUR N’IMPORTE QUI :)

On se lamente en France de l’inaction du gouvernement sur les questions environnementales et climatiques. Mais les électeurs continuent de porter au pouvoir des candidats et des partis politiques qui font bien peu en terme de défense du climat et de la biodiversité. Emmanuel Macron et LRM portent un programme libéral qui vise à signer plus d’accords de libre-échange (dernièrement le CETA avec le Canada et l’accord avec le Mercosur), et à donc augmenter le commerce mondial au lieu de favoriser le local. Leurs engagements en terme de climat et de biodiversité ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux en cours.

 

Même suite à la démission fracassante de Nicolas Hulot, les élections européennes ont continué de favoriser LRM et le Rassemblement National (ex-FN). Le score de EELV, bien qu’acclamé, n’a été qu’autour de 17% et les autres partis politiques (PS, LFI etc.) qui ont un programme solide sur l’environnement ont fait encore moins. Alors n’oubliez pas que les élections sont un des moyens à disposition de faire changer les choses, et que l’environnement est le sujet le plus important du 21ème siècle.

VIA LA JUSTICE

Las d’attendre la concrétisation d’engagements politiques en matière d’environnement, des groupes de citoyens ont porté l’affaire devant les tribunaux dans plusieurs pays : aux Pays-Bas (avec succès!), en Colombie, en Afrique du Sud, etc. En France, quatre ONG (l’Affaire du siècle, la FNH, Greenpeace et Oxfam) ont décidé d’attaquer l’Etat français en justice pour qu’il respecte ses engagements climatiques et protège nos vies, nos territoires et nos droits : ajouter votre signature à L’affaire du siècle.

Faire reconnaître le crime d’Écocide – Un vaste mouvement mondial (et notamment européen) défend la reconnaissance légale du concept d’écocide, ou de crime contre l’environnement, ce qui offrirait bien plus de moyens juridiques d’assigner états et entreprises privées en justice pour les dégâts causés à l’environnement. En savoir plus par ici : le site End Ecocide on Earth et l’entrée Écocide sur Wikipédia.

VIA L’ACTIVISME

Les grandes avancées en matière d’environnement ou de droits sociaux ont été obtenus par de petits groupes d’individus motivés qui ont su rassembler et faire pression sur le politique et les groupes privés, via différentes méthodes, notamment médiatiques. Rentrer dans le détail n’est pas le but de cet article, mais il n’en reste pas moins que l’activisme est un des moyens les plus efficaces pour obtenir des avancées significatives. Il existe des groupes locaux un peu partout en France et en Europe, focalisés sur diverses causes environnementales. On peut citer notamment les groupes locaux des Amis de la Terre et le mouvement Extinction Rebellion. Découvrez également La carte des luttes pour découvrir les grands projets inutiles et nocifs à côté de chez vous (certains ont des liens avec la déforestation dans le monde, d’autres avec le climat ou encore les milieux naturels et la biodiversité en France).

 

Changer de banque

Les banques ont une immense part de responsabilité dans la crise climatique et la destruction des forêts par leurs investissements. L’ONG Global Witness a mené une enquête sur le rôle des banques françaises dans la déforestation : il apparaît que « depuis l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance en 2017, trois banques françaises – BNP Paribas, Natixis et le Crédit Agricole – soutiennent des entreprises associées à la déforestation ». L’association française Canopée incrimine notamment BNP Paribas qui soutient le ‘soja de la déforestation’ en Amérique du Sud à hauteur de plusieurs milliards de dollars.

Entre 2013 et 2019, le secteur financier français a appuyé cinq des six entreprises agro-industrielles les plus nocives (…), directement ou indirectement impliquées dans des activités de déforestation dans les trois plus importantes forêts tropicales du monde, à savoir l’Amazonie brésilienne, le bassin du Congo et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ce soutien, à hauteur de près de 2 milliards d’euros, fait de la France le deuxième plus gros contributeur de fonds à ces entreprises dans toute l’UE. – La finance flambeuse, Global Witness

Ce sont souvent les mêmes qui aggravent la crise climatique : une étude publiée par Oxfam et les Amis de la Terre indique que « les investissements de 4 banques françaises (BNP Parisbas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE) ont produit 4,5 fois plus de C02 que la France entière en 2018. »

Il n’a jamais été aussi facile de changer de banque et de transférer ses comptes, par exemple au Crédit Coopératif (comptes courants et livrets épargne) ou à La Nef (livrets épargne). Il existe également une nouvelle initiative, Hélios, mais que nous n’avons pas creusé.

Mangrove sur l'île de Sulawesi

Soutenir des projets de protection des forêts

Voter avec son portefeuille, avec son bulletin de vote et réduire sa consommation sont des actions puissantes qu’en tant qu’européens nous pouvons faire tout les jours. Mais ce ne sera pas suffisant ! De nombreuses ONG développent d’excellents projets sur le terrain pour préserver du mieux possible les forêts existantes, reboiser pour réduire la pression sur celles-ci, et développer des projets au bénéfice tant de la biodiversité que des communautés locales. Mais la protection de la nature ne reçoit qu’environ 3% de la philanthropie mondiale et les ONG – Naturevolution y compris – sont chroniquement en manque de financement pour mener leurs projets.

Après avoir monté des projets autour de l’activité économique (apiculture, écotourisme) et sociale (éducation, potagers scolaires), Naturevolution lance en 2019 le projet de reboisement « Forêts Villageoises » autour des villages du Makay tant pour réduire la pression sur les forêts du massif, que pour fournir des ressources aux communautés. Alors, faites un don pour nous aider ! Mensuel de préférence ;-)

Je soutiens les projets de Naturevolution

 

Pépinière de Tsiajorambo dans le Nord Makay © Tom Dépériers / Naturevolution

Le chocolat et l’huile de palme

Oui, le chocolat ! La demande mondiale en terme de cacao est de plus en plus un moteur de déforestation. Si la déforestation est, en surface totale, la plus importante au Brésil, c’est le cacao qui est à l’origine des plus fortes accélérations de la déforestation en 2017 et 2018. Celles-ci ont lieu jusque dans les parcs nationaux d’Afrique de l’Ouest ! Lire à ce sujet l’excellent rapport en français de l’ONG Mighty Earth : La déforestation amère du chocolat ou regarder l’épisode Bitter Chocolate de la série Rotten sur Netflix.

France Nature Environnement s’est associée à Mighty Earth pour produire un classement des marques les plus connues. Vous pouvez également signer une pétition mais le plus efficace reste d’agir sur la demande.

L’huile de palme est quant à elle responsable de près de 20% de la déforestation dans le monde et se fait au dépens des dernières forêts tropicales primaires en Indonésie et, de plus en plus, en RDC. Il est à noter que l’huile de palme se cache dans de nombreux produits et est parfois invisible sur les listes d’ingrédients comme le dénonce l’ONG Foodwatch qui demande plus de transparence dans les étiquettes (pétition). Enfin, grâce à Total et au gouvernement français, l’huile de palme se cache également dans le réservoir de votre voiture !

Il n’est pas forcément opportun de bannir l’huile de palme pour la remplacer par une autre huile (qui pourrait avoir un impact pire sur l’environnement), mais il faut réduire son niveau de consommation au maximum, et tenter de s’assurer de sa provenance. Une tâche encore ardue en 2019. Vous pouvez également signer la pétition de Greenpeace contre la déforestation en Indonésie liée à l’huile de palme.

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Les pneus de voiture

La production de caoutchouc naturel a explosé depuis 2000 avec une augmentation de 75% de sa production mondiale via notamment la fabrication des pneus (70% de la production de catouchouc y est consacrée). C’est l’un des principaux facteurs de déforestation en Indonésie, Malaisie et Thaïlande comme le dénoncent le WWF et Mighty Earth.

Que faire ? Prendre moins la voiture pour commencer (ce qui réduit aussi notre consommation d’huile de palme), mais aussi n’acheter que des pneus avec un bon indice d’usure pour maximiser leur durabilité, ou des pneus reconditionnés et fabriqués en France, ou demander une certification (FSC ou équivalent) du caoutchouc de ces pneus.

L'impact des pneus de voiture sur la forêt en Asie du Sud-Est

Et le reste : le cuir, le papier, le bois, etc.

Le cuir, le papier, le bois et autres commodités ne sont plus les principaux moteurs de la déforestation au regard des autres menaces, mais ils y contribuent.

Le cuir – Le cuir est parfois presque plus le moteur de l’élevage intensif que la viande elle-même. Le cuir est largement responsable de la déforestation en Amérique du Sud, et le traitement des peaux utilisent des produits hautement toxiques souvent rejetés dans l’environnement. Les ouvriers qui travaillent dans les tanneries sont exposés à une pollution extrêmement toxique.

Le papier – Si vous avez des impressions à faire chez vous, ou à commander pour le compte de votre entreprise, choisissez des papiers certifiés, mais pas avec n’importe quels labels. Privilégiez les papiers 100% recyclés ou avec des fibres vierges certifiées FSC. Le mieux reste d’avoir des papiers qui associent 2 certifications ou plus, comme le label FSC, le label Ange Bleu ou l’Écolabel Européen.

Les labels Imprim’Vert ou PEFC souvent mis en avant en France offrent très peu de garanties car ces labels ont été mis en place par, respectivement, les imprimeurs et les papetiers eux-même.

 

Le bois – Pour l’achat du bois (parquet, meubles, mobilier de jardin, etc.), privilégiez le bois certifié FSC. En l’absence de ce certificat, privilégiez les meubles réalisés à partir d’essences de bois locales (hêtre, chêne, châtaignier…) ainsi que les circuits courts. Greenpeace donne quelques conseils supplémentaires sur cette page.

La limite des gestes individuels

Etendons la question à la crise climatique et à celle de la biodiversité dans leur ensemble : Manger moins de viande, prendre moins l’avion, rouler en vélo et autres ‘petits’ gestes individuels… cela sera-t-il suffisant pour sauver le climat et la biodiversité ? Pas complètement, d’une part parce qu’il est utopique de penser que tout le monde appliquera ces gestes, d’autre part car des changements aux racines des problèmes sont nécessaires et que celles-ci sont souvent hors d’atteinte par les gestes quotidiens (d’où la nécessité de l’activisme, de voter et de porter gouvernements et entreprises en justice).

Faire sa part 6 - Carbone 4

Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’état face à l’urgence climatique.
Cliquer sur l’image pour ouvrir en grand. Source : le rapport 
Faire sa part de Carbone 4.

Mais faut-il pour autant ne rien faire, en se disant que « ça ne sert à rien » ? Bien au contraire ! Les changements de comportement sont indispensables. Les plus impactants d’entre eux permettent d’atténuer la gravité de la situation. Par exemple, entre 1990 et 2010, le seul poste de consommation des français qui a vu son empreinte carbone diminuer a été l’alimentation, grâce à la diminution importante de la consommation de viande rouge, diminution liée à l’époque aux scandales sanitaires et à des préoccupations de santé (lire la lettre de Carbone 4 ou l’article de terraeco), mais de plus en plus motivée par la protection du climat et des forêts.

Surtout, faire un choix de consommation ou de non-consommation est une manière de changer sa relation au monde, de prendre conscience de son impact et de pousser la réflexion plus loin. Des études ont également montré que les changements d’opinion et de comportement dans la population se traduisaient par des changements au niveau politique. Et bien entendu, il faut associer les gestes individuels aux autres moyens décris dans les paragraphes ci-dessus ‘Peser sur les décisions publiques‘ et ‘Soutenir un projet de reforestation‘. Tout commence donc par nous !

Nos partenaires

 

Un premier financement à hauteur de 10.000€ a été obtenu auprès de Maltem, permettant le lancement du projet 1 Million d’arbres pour le Makay. Maltem est un écosystème de sociétés de conseil spécialisées dans la transformation digitale et l’innovation durable, et un partenaire de Naturevolution depuis 2016.

Les ordures de Marseille

Par Le 05/10/2021

Oui, le titre prête à confusion. 

Volontairement.

Lorsque Léo, notre benjamin, était étudiant à Marseille, j'ai eu à rayonner quelque peu dans la ville et j'étais effaré par cette saleté ambiante. N'importe quel bord de chaussée, talus, fossé, espace vert, trottoir, caniveau etc... est jonché de canettes, cartons de pizza, plastiques, sac de McDo, bouteilles de verre, paquets de cigarettes, des détritus en pagaille, des sacs de poubelle jetés de la voiture, partout. 

Dans les commentaires qui suivent cet article, tout le monde tape sur les éboueurs qui étaient en grève. Mais c'est une fausse explication. La raison principale tient dans le comportement des habitants. Uniquement. La qualité du ramassage des ordures ne pourra jamais pallier l'incivisme et la bêtise des gens. 

Deuxièmement, j'aimerais voir émerger dans un gouvernement quelqu'un capable de taxer directement sur les bénéfices, les entreprises qui multiplient les emballages. C'est à la source du problème qu'il faut remonter. Et que ces taxes ne puissent pas être reportées sur le prix des produits. 

Mais l'élément primordial reste et restera toujours le comportement des gens. 

Les ordures ne sont pas que par terre, elles sont également humaines.

Et maintenant, les associations vont se démener pour pallier les déficiences de la municipalité, les plages seront partiellement nettoyées et rien ne sera fait sur le long terme. Jusqu'à la prochaine fois et la suivante et la suivante...

Lorsque j'étais jeune, il m'est arrivé d'aller grimper dans les Calanques et le problème des déchets existait déjà. La surfréquentation était dénoncée mais surtout le comportement destructeur qui accompagne systématiquement les flux humains. Et rien n'a changé depuis sinon que l'accès aux Calanques a été limité. Et du coup, le problème d'incivisme se déplace ailleurs. Dans les gorges du Toulourenc par exemple. J'en ai déjà parlé ici.

Ce monde consumériste me dégoûte.

Tourisme de masse (1)

Tourisme de masse (2)

Tourisme de masse (3)

Tourisme de masse (4)

Méditerranée : tourisme, industrie, pollution.

 

Dans le cas présent, les habitants de Marseille ne peuvent pas accuser le tourisme de masse. On est en octobre, la foule est partie. Ce que les inondations ont balayé, c'est la population qui en est responsable. Maintenant, je ne suis pas "anti-Marseillais". Je sais très bien qu'il y a des gens respectueux là-bas, comme partout ailleurs. Et je suis désolé pour eux.

J'étais tout autant révolté lorsque nous vivions encore en Savoie de voir les déchets dans les fossés. Ou de trouver des contenants plastiques de nourriture énergétique sur les chemins de randonnée. Il n'aurait pas fallu que je tombe sur l'ordure qui se permettait de l'abandonner. 

 

 

Ramassage des déchets, conséquences sur l'environnement... Trois questions sur la pollution des plages après les intempéries à Marseille

 

Avec l'alerte rouge aux pluies-inondations lundi, la ville de Marseille a été touchée par de très fortes pluies entraînant des inondations. Celles-ci ont charrié des tonnes de déchets dans la mer.

Article rédigé par

franceinfo

France Télévisions

Publié le 05/10/2021 16:14Mis à jour le 05/10/2021 17:21

 Temps de lecture : 4 min.

Des déchets ont ruisselé jusqu'à la mer avec les fortes pluies à Marseille, le 5 octobre 2021. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Des déchets ont ruisselé jusqu'à la mer avec les fortes pluies à Marseille, le 5 octobre 2021. (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Triste scène", s'est indignée la ministre de la Mer, Annick Girardin. A Marseille, les pluies torrentielles ont fait ruisseler les déchets entassés dans les rues, lundi 4 octobre, après une semaine de grève des éboueurs dans toute la Métropole. Eparpillés par les pluies, de détritus se sont déversés dans la mer Méditerranée. Franceinfo revient en trois questions sur cette pollution liée, avant tout, à un concours de circonstances.

Comment ces déchets ont-ils pu se retrouver dans la Méditerranée ?

Lundi, les Bouches-du-Rhône ont été placées en vigilance rouge aux pluies-inondations. A Marseille, il est tombé en une nuit "l'équivalent de plusieurs mois de précipitations", jusqu'à 180 mm d'eau, selon Météo France. Or ces fortes pluies sont tombées sur la ville après une semaine de grève des éboueurs, opposés à l'allongement de leur temps de travail. Et malgré une reprise du service durant le week-end, les déchets continuaient à s'amonceler dans les rues de la ville, bientôt balayées par les eaux.

"Les déchets sont partout. C'est une catastrophe !", a déploré auprès de l'AFP la biologiste Isabelle Poitou, directrice de l'association MerTerre. "Un fort Mistral est attendu et va maintenant pousser sur les plages ces déchets qui sont en train de descendre vers la mer, sous l'effet des pluies torrentielles qui agissent comme une chasse d'eau en lessivant les bassins versants", expliquait lundi soir la biologiste. Le fleuve côtier de l'Huveaune, en crue lundi d'après le site Vigicrue, a notamment emporté nombre de déchets vers la Méditerranée. Mardi matin, les internautes photographiaient déjà les plages souillées. 

"A Marseille comme dans d'autres grandes villes du bord de la Méditerranée, les réseaux pluviaux ne sont pas raccordés aux stations d'épuration, sauf dans l'hyper-centre, où il y a 'un déversoir d'orages' qui stocke les eaux de pluie avant qu'elles ne soient traitées par la station d'épuration. Mais cela ne représente que 20% du territoire marseillais. A l'extérieur de cette zone restreinte, les déchets partent donc directement à la mer", ajoute la spécialiste.

Quelles sont les conséquences pour l'environnement ?

L'adjoint à la mairie en charge de la biodiversité marine, Hervé Menchon, dénonce sur Twitter un "écocide". Les déchets retrouvés sur le littoral à Marseille sont en grande partie faits de plastique, décrivait en mai dernier l'association Explore and Preserve auprès de France 3. "Or, sous l'eau, à l'abri de la lumière, il n'y a pas de date de péremption du plastique. Cette matière n'est pas biodégradable, le plastique est fabriqué pour être imputrescible", alerte Isabelle Poitou.

Résultat : s'ils ne sont pas ramassés, les déchets plastiques vont perdurer et menacer les écosystèmes marins. "Certains poissons, mollusques ou tortues les avalent (...) D'autres espèces peuvent aussi être blessées", décrit Isabelle Poitou. Selon l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), 95% des déchets plastiques flottants finissent dans les fonds marins, et deviennent donc inaccessibles et impossibles à nettoyer.

Comment le ramassage de ces déchets va-t-il s'organiser ?

"Ces déchets flottants vont être poussés par le vent d'Est, vers les plages du Frioul [une île au large de Marseille] par exemple. Il est indispensable de venir ramasser les déchets sur les plages mardi ou mercredi. Mais souvent, en dehors des périodes estivales, les nettoyages des plages ne sont pas prévus. Pourtant, il faudrait agir avant que les déchets ne soient éparpillés dans la mer au premier coup de vent", réclame Isabelle Poitou. Lundi, la métropole Aix-Marseille-Provence a mis en place des "dispositifs exceptionnels, notamment en matière de collecte des déchets". 

Sur les plages, les ramassages, organisés par la Métropole et les associations, ont déjà commencé. 

A plus long terme, le maire de Marseille souhaite récupérer la gestion des déchets, actuellement attribuée à la Métropole "à des kilomètres de Marseille sans compréhension de ce qu'il se passe", juge Benoît Payan sur franceinfo. La métropole "aurait dû anticiper l'alerte orange en mettant le paquet pour ramasser ces milliers de tonnes de déchets sur la chaussée". L'élu en appelle aux pouvoirs publics : "Ne laissez pas la ville de Marseille comme ça. Le pluvial, la voirie, le ramassage des déchets, le nettoiement, toutes ces compétences que la ville de Marseille n'a pas, ne peuvent plus nous échapper." Il dénonce une "situation écologique, environnementale et sanitaire insupportable".

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Crépuscule des Dieux

Par Le 03/10/2021

 

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Voilà trois ans maintenant, ma mère a été victime de deux AVC consécutifs.

Elle en a réchappé mais en a gardé des troubles cognitifs spatio-temporels, sa mémoire immédiate s'est effacée puis au fil du temps, même les souvenirs plus anciens ont commencé à se diluer.

On n'imagine pas comme une déficience de mémoire immédiate représente un handicap lourd, très lourd...

Mon père s'est épuisé. Comme bien souvent quand on adopte le rôle d'aidant.

J'ai mis en place toutes les aides possibles, portage de repas, ménage, infirmiers à domicile, suivi des rendez-vous médicaux, prendre en charge toutes les démarches administratives, devenir référent, gérer le courrier, les impôts, les caisses de retraite, l'assurance, la mutuelle, les factures, la banque, etc etc..

J'ai vu mon père dépérir, mois après mois, perdre son énergie, devenir de plus en plus fragile.

Il se perdait en voiture et a fini par ne plus pouvoir conduire.

Puis ils ont fini par se perdre en allant marcher autour de chez eux. 

Puis, à son tour, en juillet dernier, mon père a été victime d'un AVC.

Dégringolade.

Mon père actif, énergique, travailleur, organisé, s'est retrouvé perdu, désorienté, privé de son autonomie.

Ma mère tenaillée par une angoisse constante devant l'état de son mari, une angoisse qui obscurcissait les jours.

Le chemin a été long, douloureux, chaotique mais ils ont désormais intégré une résidence seniors.

Suspicion d'Alzheimer pour ma mère et démence sénile pour mon père.

Le diagnostic était sans appel. Ils ne pouvaient plus rester dans leur maison. Ils étaient en danger.

Depuis trois ans, je me retrouve à prendre des décisions majeures pour mes parents.

On ne nous apprend pas à être parents, on le découvre quand le bébé s'annonce.

On ne nous apprend pas non plus à devenir parent de nos parents.

Je fais de mon mieux mais les questionnements sont constants.

Le « syndrome du glissement », un phénomène connu qui touche particulièrement les personnes âgées qui doivent quitter leur lieu de vie. Même si cela se fait pour leur bien, pour les protéger, pour les accompagner dans la vieillesse, il n'en reste pas moins que pour certains, cette rupture est trop lourde et engage un processus de dégradation. Processus fatal.

Bien sûr qu'on préfère envisager du mieux, un apaisement dans la vie quotidienne, une sérénité retrouvée mais rien n'est jamais certain.

Et il faut vivre avec ça.

Avec cette incertitude. Avec l'idée qu'il est impossible de présager de la suite et que les décisions prises auront peut-être un effet contraire à celui escompté.

Je viens donc de déménager mes parents en gardant le maximum de meubles, en reconstituant au mieux l'intérieur de la maison qu'ils quittaient, en recréant les repères.

Ils sont en Bretagne et je vis dans la Creuse. Ils ne veulent pas quitter la mer. Ils veulent être incinérés et que leurs cendres soient dispersées là où celles de mon frère ont été immergées il y a vingt-six ans.

La vieillesse est un chemin de croix et je me dois de les soulager dans cette douloureuse montée vers Là-Haut. Par amour, par respect, parce que je connais leur parcours, parce que je connais les drames qui les ont frappés dans leur enfance, dans leur adolescence, dans leurs années de jeunes adultes puis dans leur vie de parents. 

Crépuscule des Dieux. Les Dieux de mon existence puisqu'ils m'ont donné vie.

Combien de soignants suspendus ?

Par Le 21/09/2021

Je n'en avais pas encore parlé ici alors que ça fait plusieurs jours que je cherche des estimations fiables sur le nombre de personnels soigants suspendus, auxquels il faudrait ajouter les pompiers et les médecins et les infirmiers et les ostéopathes et les kinésithérapeutes et toutes les professions paramédicales.

C'est hallucinant comme cette information est quasiment introuvable...3000 soignants concernés ? Mais bien sûr...

Ici, on a un article émanant du "Monde", qui est loin pourtant d'être un site complotiste au regard du matraquage quotidien favorable à une vaccination de masse, à la culpabilisation et à l'amalgame anti vax, anti pass, anti-tout...

Je suis effaré également par la violence des commentaires sur les réseaux sociaux concernant ces personnels réfractaires à l'obligation vaccinale. Après avoir été applaudis, certains sont désormais conspués. Sans aucun discernement, sans aucune réflexion, sans aucune compréhension de tout ce qui se joue désormais. Si jamais, on peut appeler ça un "jeu"...

Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'il n'est pas conseillé de se retrouver à l'hôpital , ni maintenant, ni dans les semaines et mois à venir. Et c'est effrayant. Et en disant cela, c'est au gouvernement que j'en veux et aucunement à ces personnes réfractaires.

D'ailleurs, si j'avais encore été en exercice comme instituteur et qu'une obligation vaccinale avait été décrétée pour le personnel enseignant, j'aurais quitté ma classe immédiatement. 

 

Trois mille soignants suspendus : l’estimation « parcellaire » d’Olivier Véran

 

DERRIÈRE LE CHIFFRE - Le cabinet du ministre de la santé reconnaît que ce chiffre, communiqué au lendemain de l’application de l’obligation vaccinale des soignants, est loin de relever d’une recension exhaustive.

Par Les Décodeurs

Publié hier à 18h38, mis à jour hier à 19h19 

 

Jeudi 16 septembre, Olivier Véran a tenu à rassurer sur le bon fonctionnement du système de santé français, après l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants.

Jeudi 16 septembre, Olivier Véran a tenu à rassurer sur le bon fonctionnement du système de santé français, après l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour les soignants et les travailleurs paramédicaux à compter du 15 septembre n’aurait pas entravé le fonctionnement du système de santé français : c’est le message qu’a voulu faire passer le ministre de la santé, Olivier Véran. « Il y a eu hier quelque 3 000 suspensions qui ont été signifiées à du personnel des établissements de santé ou médico-sociaux qui n’étaient pas encore rentrés dans un parcours de vaccination », a-t-il affirmé jeudi 16 septembre sur RTL, précisant que ce sont « essentiellement des services supports, très peu de blouses blanches ».

Pourquoi ce chiffre est très sous-estimé

Une remontée « à un instant T »

Ce chiffre est « partiel et parcellaire », assume le cabinet d’Olivier Véran, interrogé par Le Monde. « Il s’agit de 3 000 remontées sur la journée de mercredi, à un instant T, faites établissement par établissement. » 

L’entourage du ministre explique aussi que ce chiffre a déjà augmenté, soit parce que des établissements qui ne l’avaient pas encore fait ont entre-temps fait remonter leur nombre de professionnels suspendus, soit parce que de nouvelles suspensions ont été décidées. Un chiffre plus actualisé est « en cours de consolidation » avec l’aide des agences régionales de santé.

Par définition, il ne concerne que les personnels travaillant en établissement de santé, ce qui exclut tous les médecins, infirmiers et professionnels paramédicaux qui exercent en libéral, mais aussi tous les pompiers et les ambulanciers.

Des situations disparates selon les hôpitaux

Difficile de collecter tous les chiffres des suspensions, car les remontées de terrain restent fragmentaires. Certains établissements expliquaient mercredi ne pas avoir encore de données complètes quant à leurs effectifs.

Pour les seuls établissements hospitaliers, les situations varient d’une région à l’autre : à Nice, sur les quelque 7 500 employés du CHU, 350 ont été suspendus, selon France Bleu, soit environ 5 % des effectifs. Dans les hôpitaux des Alpes du Sud (Gap, Sisteron, Embrun, Briançon, Aiguilles et Guillestre), ils sont 100 sur 3 100 à avoir été relevés de leurs fonctions. A l’inverse, la clinique de la Sagesse à Rennes ne dénombre que deux non-vaccinés sur ses 700 salariés.

Un « fossé » par rapport aux dernières données de vaccination

Le cabinet d’Olivier Véran admet qu’il y a un « fossé » entre ce chiffre et le nombre par ailleurs annoncé de soignants n’attestant pas d’une entrée dans le cycle vaccinal.

En effet, selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France, au 14 septembre, veille de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale, plus de 10 % des personnels exerçant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou établissement de santé n’avaient reçu aucune dose de vaccin. Cela représenterait une centaine de milliers de personnes, « environ 300 000 » selon les estimations du ministère, qui compte tous les professionnels de la santé, quelle que soit leur catégorie.

Pourquoi il sera difficile d’obtenir un chiffre exhaustif

Tous les soignants non vaccinés ne sont pas suspendus

Plusieurs éléments peuvent expliquer, en partie, ce « fossé ». D’abord, tous les soignants ne sont pas éligibles à la vaccination, soit parce qu’ils présentent des contre-indications médicales (même si c’est très rare), soit parce qu’ils ont contracté le Covid-19 et que leurs symptômes se sont arrêtés il y a moins de deux mois. Ces personnels figurent parmi les chiffres de soignants non vaccinés, mais ils ne seront pas suspendus de leurs fonctions pour autant.

Des arrêts maladie ou des prises de congés

A ces travailleurs s’ajoutent les personnels soignants en arrêt maladie. Ce phénomène, loin d’être marginal, affecte depuis plusieurs années l’hôpital public, en sous-effectif chronique. Ces derniers, n’étant pas présents dans les locaux ou sur les plannings lors de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale, n’ont pu être suspendus. Les soignants peuvent aussi choisir d’utiliser, avec l’accord de leur direction, des jours de congés pour éviter la suspension de leur contrat de travail et de leur rémunération. D’autres employeurs peuvent aussi avoir décidé, comme au Mans, d’accorder un délai supplémentaire d’une semaine à leurs salariés.

Des assouplissements dans les territoires d’outre-mer

Enfin, l’obligation vaccinale a été assouplie dans les territoires d’outre-mer touchés durement par le Covid-19. Le 26 août, Olivier Véran avait annoncé que cette mesure serait « repoussée » à l’après-quatrième vague épidémique. Des déclarations qui ont semé la confusion en Guadeloupe. « Nous ferons des rappels pédagogiques aux soignants non vaccinés » avant l’instauration de contrôles plus stricts, assortis d’éventuelles sanctions, a précisé le 15 septembre la directrice générale de l’agence régionale de santé de Guadeloupe, Valérie Denux.

Le niveau de vaccination y reste en effet beaucoup moins élevé qu’en métropole, y compris chez les professionnels de santé libéraux et les travailleurs des Ehpad. Au point que le directeur général du CHU de Guadeloupe a estimé, jeudi 16 septembre, être « dans l’impossibilité » de suspendre les agents non vaccinés, car ces derniers représenteraient 70 % du personnel.

Les Décodeurs

 

L'antispécisme, un mouvement de libération.

Par Le 19/09/2021

 

 

L’œil était dans la cage et regardait l'humain.

 

L'antispécisme, un mouvement de libération animale

Catherine-Marie Dubreuil

Dans Ethnologie française 2009/1 (Vol. 39), pages 117 à 122

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1Le mouvement de libération animale français, ou antispécisme est apparu en 1985 après la diffusion d’un texte destiné au milieu libertaire  signé par trois étudiants lyonnais. Ils se font connaître lors de concerts, de soirées, de réunions dans les milieux libertaires et punk. Quelques militants contestataires les rejoignent, ensemble ils inventent l’antispécisme. Peu après, ils créent la revue Les Cahiers antispécistes, qui restera leur essentiel support médiatique. Leur communication passe aussi par les sites Internet, par les « fanzines » ou « feuilles d’opinion » qu’ils échangent et distribuent lors de leurs rencontres et de leurs manifestations. Les antispécistes sont jeunes (entre seize et trente ans), urbains. La centaine de militants des origines s’est constituée peu à peu en réseaux et en collectifs dans les grandes villes (après Lyon, Paris, Rennes, puis Strasbourg, Lille, Dijon, Toulouse) et elle s’est amplifiée jusqu’à concerner quelques milliers de militants réguliers et occasionnels et de sympathisants actifs. 

Intellectuels, enfants de la classe moyenne (milieux d’enseignants notamment), ils ont un bon niveau d’études et militent pour les droits de l’homme sous diverses formes  Célibataires ou vivant en union libre, ils traversent et partagent squats et appartements. Ils expérimentent un mode de vie alternatif et tentent d’inventer des pratiques non hiérarchiques et non autoritaires, dans une volonté de reconquête de l’existence sous le signe de la liberté et de l’autonomie. Ils veulent inventer un monde sans souffrance et sans domination pour tous, humains et animaux.

2Le combat que mène le mouvement antispéciste de libération animale revendique un traitement identique pour les hommes et pour les animaux, en vertu de leur capacité commune à vouloir vivre et à pouvoir souffrir. La profession de foi de ce courant peut se résumer ainsi : « Le spécisme est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe. En pratique, le spécisme est l’idéologie qui justifie et impose l’exploitation et l’utilisation des animaux par les humains de manières qui ne seraient pas acceptées si les victimes étaient humaines […]. La lutte contre ces pratiques et contre l’idéologie qui les soutient est la tâche que se donne le mouvement de libération animale. »

3Cette mouvance, en conflit avec la société globale, lutte pour l’abolition de la division du monde entre dominés et dominants et pour la liberté des humains comme des animaux. Ce combat engage les militants dans un ensemble de revendications multiples et leur fait espérer une reconnaissance politique, dans la lignée des avancées pour les droits de l’homme et les droits des minorités avec lesquelles ils se sentent en affinité. Par contre, ils s’estiment loin des groupes de défense animale avec qui, à leurs débuts, ils ont voulu s’entendre sans y parvenir.

 

Antispécisme et défense animale : les principales divergences

 

4Faisant appel à la bienveillance et à la morale de l’homme, les mouvements de défense animale invitent généralement à se comporter avec « gentillesse » envers les animaux. Dans un souci de modération, ils tolèrent l’exploitation des animaux et leur abattage, considérés comme des maux nécessaires pour la subsistance et les besoins de l’humanité. Ils visent à supprimer la souffrance animale dans les limites du possible, compte tenu des impératifs de la civilisation dans laquelle nous vivons. Invoquant la dignité humaine qui se grandit en réduisant la souffrance des animaux, ils se situent dans une perspective essentiellement humano-centrée : il est bon pour l’homme de ne pas être cruel envers les animaux. Critiques vis-à-vis de l’élevage industriel pour la consommation humaine, ils plaident pour le retour à un élevage fermier qui garantirait aux animaux de rente des conditions de vie plus supportables. Mais un tel retour ne peut s’envisager que si les humains consentent à manger moins de viande, d’où les encouragements au nom de la diététique, de la solidarité avec le tiers-monde, de l’éthique : « Protéger les animaux […] c’est aussi nous protéger contre cette férocité mal endormie au fond de nous qui sans cesse menace de défigurer le visage humain […] En ce qui concerne les animaux destinés à la boucherie, il faudrait être végétarien particulièrement intolérant pour y opposer, pour soi et pour les autres, une condamnation et un refus total et définitif » [Chapoutier, 1990].

Compassion et modération contre raison et radicalité

5Proches par le constat de la souffrance animale, la protection animale et l’antispécisme n’en tirent cependant pas les mêmes conclusions. L’essentiel de la controverse doctrinale tient à ce que la défense animale s’appuie sur la dignité humaine, raisonne en termes d’espèce. Elle ne remet pas en cause le principe de l’exploitation des animaux qu’elle tente seulement d’adoucir ; elle ne revendique donc pas le végétarisme comme solution.

6Pour les antispécistes, le sentimentalisme et les bonnes intentions (émotion et morale) ne permettent pas de répondre à la question pour eux essentielle : que faire concrètement pour causer moins de souffrance ? Ce n’est pas par « amour des bêtes » que les choses vont changer. Faute de réflexion et d’arguments « rationnels », la défense animale nuirait à la libération des animaux en ne permettant pas d’atteindre les objectifs qu’elle se fixe. La revendication d’exigences radicales, non protectionnistes ou compassionnelles, puise souvent sa justification dans l’histoire des luttes antiesclavagistes dont Jérémie militant antispéciste depuis plus de dix ans, se considère comme un successeur : « C’est sûrement très bien qu’on ne fouette plus les esclaves, mais ils restent esclaves ! Ce n’est pas les gens qui luttaient pour que les esclaves soient mieux traités qui ont aboli l’esclavage ! »

En écho, un autre membre du mouvement souligne les effets indésirables d’un réformisme même sincère : « C’est comme si Amnesty International faisait toute une campagne pour que, quand les gens torturent les autres, ils les torturent avec des outils qui font moins mal, ça paraît absurde ! » Si les antispécistes reconnaissent l’utilité du travail de la Société protectrice des animaux, et plus généralement des mouvements de défense des animaux, ce genre de combat ne saurait les satisfaire. Le statut et le sort de l’animal restent inchangés. Leur radicalisme idéologique se traduit également de façon stricte au quotidien, en ne tolérant aucune contradiction entre les idées et les pratiques.

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Manger ou ne pas manger de la viande ?

 

7Pour les antispécistes, la question fondamentale est celle de l’alimentation carnée qui conduit à interroger la problématique de sa « fatalité biologique » concernant l’être humain. S’il est incontestable que le lion et le tigre n’ont pas d’autre choix qu’un régime carnivore, l’homme peut opter pour une autre alimentation. Manger de la viande n’est pas pour lui une nécessité vitale, comme en témoignent les pratiques végétariennes en tout temps et en tout lieu, ce qui constitue pour les militants antispécistes un fait avéré, non une opinion subjective. Consommer de la chair animale n’est indispensable ni pour vivre en bonne santé, ni pour mener une vie épanouissante, ni pour jouir des plaisirs de la table. L’homme, en tant qu’animal omnivore capable de créer et d’infléchir ses propres choix et pratiques, peut se passer de viande s’il le décide, et s’orienter vers le végétarisme sans dommage, contrairement aux autres animaux prédateurs.

8Les antispécistes sont strictement végétariens à titre militant. C’est là un trait essentiel qui caractérise leur mouvement et le distingue des autres. Cette spécificité leur est d’ailleurs reconnue par une partie des protectionnistes qui n’ont pas hésité à les qualifier de « mangeurs d’herbe ». La divergence n’est pas mineure puisqu’elle porte sur l’objet de la bataille à mener : cesser de consommer de la viande pour les antispécistes, lutter contre les mauvais traitements inutiles chez les défenseurs des animaux. Cette différence non seulement les distingue, mais les oppose, opérant une scission entre ceux qui ne tolèrent pas l’alimentation carnée et ceux qui, malgré leur sensibilité animalitaire, participent au « carnage ».

9Les antispécistes ne sont pas de ceux qui, ne pouvant régler la question sur le plan concret, le feraient sur le plan imaginaire, ni de ceux qui exploitent les bons sentiments. Cette intransigeance renvoie les « amis des animaux » à leurs contradictions, ce qui ne manque pas de faire surgir des tensions.

10Exprimant fermement des convictions auxquelles ils tiennent, les antispécistes apparaissent souvent comme une minorité déviante, faisant preuve de consistance : « La consistance du comportement est perçue comme un indice de certitude, comme l’affirmation de la décision de s’en tenir inébranlablement à un point de vue donné, comme le reflet de l’engagement dans un choix cohérent, inflexible » [Moscovici, 1979 : 138]. C’est certainement cette consistance qui a valu à l’antispécisme des oppositions virulentes mais aussi des adhésions d’anciens protectionnistes, séduits par l’absence de compromis et la cohérence de la doctrine libérationniste.

Sophie, militante, enseignante en philosophie, explique ainsi son engagement : « Quand j’ai compris pourquoi les antispécistes se distinguaient des défenseurs des animaux, je me suis moi-même nommée différemment ; je ferais plutôt partie des défenseurs des animaux jusqu’à l’extrême. J’ai compris qu’on ne pouvait pas les défendre en acceptant de les tuer et de les manger. Je voyais bien que tous ceux qui font partie des défenseurs des animaux mangent de la viande, portent du cuir […]. J’estime que ce n’est pas possible d’aimer les animaux, d’être ému par eux, et d’accepter qu’on leur fasse ce qu’on fait. J’ai donc cessé de manger de la viande. »

11Tandis que les défenseurs des animaux obtiendraient des accords de complaisance avec une société globale très majoritairement hostile (défenseurs progressistes), les antispécistes ne transigent pas, fût-ce au prix d’une impopularité, d’une incompréhension et d’une marginalisation durables (libérateurs révolutionnaires). Les concessions et les compromis sont autodestructeurs, pensent-ils : que serait en effet un mouvement fondé sur la lutte contre la souffrance et pour l’égalité de considération des animaux sensibles, s’il admettait l’alimentation carnée 

Concilier humanisme, animalisme et politique

12Soucieux de porter le problème de la condition animale dans la sphère publique et politique, les antispécistes ont choisi la cohérence argumentaire et l’adéquation des idées et des pratiques pour donner une légitimité et une efficacité à leur action militante.

13À leurs yeux, la question est en effet politique, au même titre que la lutte contre la torture, le racisme, le sexisme ou le fascisme. Quand la défense animale fait appel à la compassion et à la sensibilité individuelle, les antispécistes cherchent à atteindre la raison, la responsabilisation éthique et citoyenne des gens. Thomas, militant, étudiant en sociologie, commente ainsi leur souci de maintenir visible leur spécificité : « Aujourd’hui des associations se réclamant de la libération animale se repositionnent sur des objectifs plus ou moins abolitionnistes, sans modifier leur discours ni politiser d’aucune façon la question de l’exploitation animale. L’essor de ce courant en France ne fait que souligner l’importance de la constitution d’un pôle spécifique antispéciste qui maintienne explicitement comme horizon politique l’exigence d’un monde de justice et d’égalité. »

14Du point de vue libérationniste, ce qui justifie de respecter l’individu animal n’est pas qu’il appartienne à une espèce en voie de disparition, ni qu’il plaise aux humains, mais le fait qu’il soit vivant et capable de souffrir.  

À ce titre, les antispécistes mettent sur un même plan les humains et les animaux, tous à libérer de la domination et de la souffrance qui lui est associée. De même, ils refusent d’opérer des différenciations entre les humains « exploiteurs d’animaux » et les autres. Thomas enchaîne : « Il n’y a pas lieu de distinguer entre “eux”, les “méchants”, et “nous”, les “gentils”. Nous sommes tous responsables, mais pas coupables. » L’antispécisme serait ainsi une nouvelle forme d’humanisme-animalisme qui s’inscrirait dans la lignée des mouvements de libération pour les humains opprimés (esclaves, Noirs, femmes, homosexuels) avec le désir d’obtenir des succès comparables.

15C’est toute l’originalité de ce courant animalitaire, qui entend ainsi se démarquer des mouvements de protection animale dont les militants estiment, à l’instar de Romain, assistant social, que « dans la défense animale, il y a des gens qui sont presque d’extrême droite, qui utilisent des propos racistes pour dire, par exemple, que les musulmans égorgent des moutons, que ce sont des monstres… Cela montre qu’ils hiérarchisent les humains… Nous, les antispécistes, on évite toute hiérarchisation, l’oppression d’un individu est grave, qu’il soit humain ou non humain ! ».

16Certaines attitudes compromettantes d’une partie des défenseurs des animaux engendreraient un risque propre à la France : le danger de « bardodisation »selon lequel tout groupe se réclamant d’une action en faveur des animaux se voit soupçonné de complaisance pour l’extrême droite. Aussi les antispécistes sont-ils attentifs à ne pas se mélanger, à ne pas être « récupérés ». Ils supportent mal de militer aux côtés des autres associations proanimales. La seule riposte imparable à leurs yeux est de faire reconnaître leur militantisme comme un mouvement résolument politique pour éviter toute accusation de misanthropie.

17Si les représentations antispécistes ne coïncident pas avec celles de la protection animale, de façon comparable, elles ne peuvent être confondues avec celles des protecteurs de la nature.

Antispécisme et protection de la nature : les incompatibilités majeures

18On prend parfois l’antispécisme pour un mouvement de protection de la nature. Pourtant les antispécistes ne sont pas écologistes. Ils dénoncent, au contraire, la vision « naturaliste » de ces derniers et ses conséquences sur le sort réservé aux animaux. De leur point de vue, la notion même de nature est un instrument au service de la domination humaine sur le monde, un artifice culturel, une idéologie.

19Les discours et les pratiques des acteurs de la protection animale, liés parfois à un souci vague mais consensuel de protection de l’environnement, relient souvent intérêt pour les animaux et intérêt pour la nature. Or, c’est justement cette opinion largement partagée qui incite à penser que tout ce qui ressort de l’ordre du « naturel » est un donné immanent. Alors que l’écologie défend l’idée d’une force intangible – la nature – qui décline et distribue immuablement les êtres en dominés et dominants, les antispécistes voient dans cette approche la légitimation socialement construite de formes de domination entre les êtres. Martin, l’un des pionniers du mouvement, considère que les antispécistes doivent impérativement se distancier de l’écologisme, pour faire comprendre précisément ce qui les en distingue : « L’urgence est de travailler à une révolution culturelle ; c’est la dichotomie humanité/nature qu’il est essentiel de critiquer. »

20L’idée de nature semble avoir, en effet, des défauts antispécistement rédhibitoires. Elle justifie ou, pire, idéalise la cruauté, alors que l’objectif essentiel est précisément la lutte contre tous les types de souffrances. Elle renvoie toujours à l’homme, héros principal de ses mises en scène, qui s’en trouve comme exclu, s’estimant souvent plus culturel que naturel, ce que l’antispécisme réfute également.

21Le grand défaut du naturalisme est aussi l’incapacité de générer l’idée d’un monde meilleur ; il entretient au contraire toutes sortes d’injustices en tant qu’instrument privilégié de hiérarchisation et de classification. Martin revendique une position « antinaturaliste » : « Dépasser le naturalisme, c’est aller au-delà d’une vision du monde restreinte construite à notre avantage d’humains. Nous, animaux humains, pouvons cautionner l’ordre naturel parce que notre espèce n’est pas censée en faire partie. La nature des êtres a servi à justifier beaucoup de choses : le racisme, la guerre, l’ordre social établi. C’est toujours l’idée de différence de nature qui fonde racisme et sexisme… Les modes de vie qui proposent une alternative au nom d’un retour à la nature sont plus régressifs que progressistes et sont intellectuellement stériles. »

22En effet, quand on parle de la nature comme d’une entité avérée, indiscutable, on parle tout aussi facilement de la nature humaine, de la nature féminine, de la nature des choses… Et on souscrit, à son insu, à des certitudes qui ordonnent, figent et excluent.

23Enfin, le « respect de la nature » – faisant partie des idées consensuelles et normatives actuellement véhiculées au sein de nos sociétés – est à ce titre également rejeté, comme étant l’idéologie du respect de l’ordre des dominations.

Culte de l’individu

24Les mouvements environnementalistes raisonnent en termes d’espèces et non d’individus. Pour les antispécistes, ce qui importe n’est pas la vie en général, ni son principe, mais la vie concrète et sensible incarnée par des êtres singuliers. L’environnement n’étant pas une entité douée de sensibilité, il ne compte pas parmi leurs préoccupations. S’ils n’imaginent pas un environnement pollué avec plaisir, c’est à cause des souffrances qui peuvent en découler pour les individus : la préservation de la qualité environnementale est nécessaire à la vie et au bonheur des êtres sensibles qui l’habitent.

25« Pour l’opinion publique en France, ceux qui veulent interdire la chasse à la tourterelle ou le massacre des bébés phoques sont, comme les protecteurs de la nature, des écolos. La défense des animaux, l’appel à leur libération font donc partie de l’éthique environnementale. Rien n’est moins sûr. La logique du bien-être, ou du droit, des animaux, est celle de l’extension d’un schéma individualiste » [Larrère, 1997 : 44].

26Les antispécistes vouent en effet un culte à l’individu, dont l’épanouissement personnel serait incompatible avec la société. Ils militent pour d’autres rapports entre les gens, c’est-à-dire contre le couple, contre l’hétérosexualité normative, contre l’école obligatoire et contre toutes les formes de contraintes faisant obstacle à l’autonomie des individus.

27En faisant de la libération animale une lutte globale, ils imaginent un monde sans prédation, un paradis pacifique où plus un être vivant ne mangerait un autre être. Leur dégoût pour la souffrance les mène vers l’utopie d’un monde débarrassé de toute forme de violence interspécifique. Théo, ingénieur et militant de la première heure, suggère ce refus de la souffrance dans ses propos : « J’aime la nature, ce qu’elle apporte, la vie, le plaisir. Je n’aime pas ce qu’elle enlève, la souffrance, la mort. J’aime le bonheur, j’aime aussi celui des autres… Le cochon est un animal qui m’est sympathique. Il m’est insupportable de penser à ce qu’on lui fait dans les élevages et les abattoirs. Quelle inconscience de réduire à de la viande un être sensible, et cela pour le si petit plaisir de manger de la viande. Mais l’être humain d’abord – disent les écologistes, les pouvoirs publics, presque tout le monde ! Le seul respect que j’aie pour la nature, c’est le respect du désir de jouir de la vie. »

28Les antispécistes sont sensibles à la souffrance. L’émotion empreint leurs paroles, presque à leur insu, des paroles d’indignation, de refus de la vie dans sa dimension cruelle. Cette farouche pathophobie les entraîne dans un songe où humanisme et animalisme, individualisme et altruisme seraient réconciliés. Ils sont proches de ceux dont parle Dalla Bernardina : « Dans ce public, nous pourrions trouver des sujets qui ont du mal à passer du conte merveilleux à l’acceptation de la vie en ce qu’elle a de prosaïque et de contraignant, autrement dit du principe de plaisir au principe de réalité » [Dalla Bernardina, 2006].

29Les antispécistes ont espéré, à plusieurs reprises, se rapprocher de courants militants déjà existants (défense animale, protection de la nature), mais ils n’ont pu s’allier avec eux. Ce qui les différencie profondément de ces courants, c’est le rêve libertaire qui les habite, qui les guide.

30C’est d’ailleurs dans le milieu alternatif qu’ils ont tenté de réaliser leur rêve, un jour, avant de prendre le large, à la suite de conflits qui concernaient déjà certains motifs évoqués précédemment. L’antispécisme n’aurait sans doute pas existé sans le passé anarchiste de ses instigateurs qui ont trouvé une nourriture intellectuelle dans le milieu libertaire. Dans sa raison d’être, dans ses objectifs et dans son mode de fonctionnement, l’antispécisme reproduit les principes de l’anarchisme : dissensions internes, débats interminables sur l’organisation, remises en cause incessantes, pour court-circuiter toute forme de pouvoir naissant.

31L’antispécisme s’est peu à peu construit en France en tant que mouvement singulier et spécifique, après avoir vainement tenté de se rapprocher de la mouvance protectionniste et du militantisme écologiste. D’autres courants comparables de libération des animaux, notamment dans les pays anglo-saxons, n’ont pas opéré de scission aussi radicale sur les principes et sur le terrain avec les mouvements de défense des animaux ou de la nature. Ils n’hésitent pas à s’exprimer par des actions de sabotage (envers les laboratoires, les parties de chasse ou les magasins de fourrure) qu’ils organisent avec toutes sortes de militants, selon les situations et les opportunités.

Les antispécistes français refusent catégoriquement ce type de manifestation, se réclamant imperturbablement d’une posture pacifiste et raisonnée. Confrontés à un contexte généralement hostile, dans le doute, ils se sont toujours séparés des autres, jamais d’eux-mêmes. 

Voitures électriques et écologie.

Par Le 19/09/2021

 

Beaucoup de gens en ont conscience. Ces voitures électriques ne sont pas une solution aussi merveilleuse que ce qui est présenté, martelé et repris en coeur par les instances politiques.

Plusieurs revues "automobiles" en ont déjà publié des études incontestables.

Il n'en reste pas moins que le besoin de véhicules est indéniable. La solution idéale n'existe pas. Pas encore tout du moins. 

Le covoiturage est une solution. Il ne règle pas tout.

Les transports en commun peuvent être performants en zone urbaine mais ils sont quasi inexistants en zone rurale. 

Une flotte conséquente de "taxi nationaux", c'est quelque chose qui me semble envisageable, réalisable, financièrement possible, créatrice de très, très nombreux emplois. Un maillage extrêmement vaste, précis, constant, 24/24 h. 

L'abandon progressif de la voiture personnelle remplacée par un système gouvernemental.

"Le Ministère des taxis nationaux".

Oui, bon, on n'est pas encore sur ce chemin...

"La généralisation des voitures électriques est une aberration économique et écologique"

Le tout-électrique ne diminuera le total des émissions de gaz à effet de serre que de moins de 1 % par an, avec un impact nul ou presque sur la santé.
Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"La généralisation des voitures électriques est une aberration économique et écologique"

Tribune

Par Maxime de Blasi

Publié le 18/09/2021 à 0:06

 

Maxime De Blasi, essayiste, auteur-compositeur-interprète, ancien professeur de génie électrique et élève de l’ENA, démontre que remplacer les véhicules à essence ou diesel par des voitures électriques n'est en rien écologique.

Le 14 juillet dernier, la Commission européenne a proposé aux États-membres de l’Union européenne d’interdire en 2035 les ventes de véhicules neufs à essence ou diesel, au profit des véhicules 100 % électriques ou à hydrogène. Son plan s’inscrit, selon elle, dans une politique qui vise la neutralité carbone d’ici 2050. Ainsi, il s’agirait de passer de 8 % des ventes actuellement à 100 %, les véhicules hybrides - qui représentent 10 % des ventes - étant proscrits.

Certes, ce n’est qu’un plan qui devra être approuvé par les 27 États-membres puis le Parlement européen. Mais il est représentatif d’une idéologie pseudo-écologique qu’on voit fleurir en matière d’éoliennes, de vélos électriques et autres, qui arrange à la fois les politiques qui se sentent sommés d’agir médiatiquement même contre toute logique et… les constructeurs automobiles qui saisissent une opportunité de se parer de vert. Par contre, pour les consommateurs et la planète, c’est une autre histoire. Récit et démonstration des hérésies d’une idéologie où l’État, le consommateur et surtout l’environnement sont perdants.

IMPASSE DU TOUT-ÉLECTRIQUE

Le tout-électrique ne diminuera le total des émissions de GES [gaz à effet de serre] que de moins de 1 % par an, avec un impact nul ou presque sur la santé. En France, les transports sont responsables du tiers des émissions de GES. Au sein des transports (route, aérien, maritime, rail), la route est responsable de 75 % des émissions. Il y a actuellement un million de ventes de voitures neuves 100 % électriques dans l'Union européenne (UE), ce qui représente 7,5 % du total des ventes. Il s’agirait donc de passer à 15 millions de véhicules électriques vendus annuellement en 2035. Remarquons d’emblée que l’interdiction des voitures neuves à moteur thermique ne changera pas grand-chose en termes d’émissions car les 300 millions déjà en circulation dans l’UE ne seraient pas concernés. En outre, le secteur sensible du fret, qui représente le quart des émissions de GES de la route, a été « sagement » évité par la Commission.

« Les politiques qui prennent ou cautionnent de telles décisions négligent totalement l’impact environnemental désastreux de la production des batteries et de leur fin de vie. »

Ceci d’autant plus que le « zéro émission » des véhicules électriques avancé par la Commission et repris par les pseudo-écologistes est un mythe qui néglige, volontairement ou non, qu’il faut fabriquer les véhicules électriques, recharger leurs batteries avec de l’électricité, puis les recycler. Or, chacune de ces étapes consomme de l’énergie et produit des émissions ! Un site indépendant, développé par le Luxembourg Institute of Science and Technology, indique modèle par modèle le niveau des émissions, tant pour les véhicules thermiques que pour les électriques : on constate qu’à puissance équivalente, sur l’ensemble de leur cycle de vie, les émissions de GES des véhicules électriques, si elles sont évidemment inférieures, représentent tout de même entre 25 % et 50 % de celles d’un véhicule thermique. Et pour les hybrides, les émissions sont logiquement plus importantes.

IMPACT NUL SUR LA QUALITÉ DE L'AIR

Dès lors, reprendre le mythe du « zéro émissions » des constructeurs, du « c’est bon pour la planète » des écologistes à courte vue, est une tartufferie. Ce faisant, l’État et la Commission tendent une perche aux constructeurs automobiles qui trouvent une occasion inespérée de se repeindre en « vert », notamment Volkswagen, compromis dans le Dieselgate, un scandale de présentation frauduleuse des émissions polluantes, dont il est piquant de constater la communication durant l’Euro de football sur le thème « Way to zero », « la route vers le zéro émissions » (sic).

De plus, l'impact est nul sur la qualité de l’air : du fait de ces émissions non nulles, et compte tenu du stock de 300 millions de voitures thermiques et de l’exclusion des transports routiers, même si les 15 millions de véhicules neufs vendus à compter de 2035 sont électriques comme l’escompte la Commission, les émissions du secteur routier ne diminueront que de 2 % par an. Et l’impact sur le total des émissions de GES sera lui inférieur à 1 % !

Rappelons que ces dernières années, la croissance du secteur routier a été de 2 % par an. Cette réduction insignifiante des émissions de GES, qui suppose le remplacement de tous les véhicules, sera donc à l’évidence « mangée » par la croissance, avec un impact moyen nul sur la qualité de l’air et la santé. Certes, en milieu urbain, caractérisé par une circulation très dense, les véhicules électriques peuvent être pertinents pour limiter la pollution de l’air car leurs émissions de GES ne sont pas produites en roulant, mais à quel prix économique, budgétaire, stratégique et même environnemental ?

IMPACT NUL SUR LA SANTÉ DU TOUT-ÉLECTRIQUE

Les politiques qui prennent ou cautionnent de telles décisions négligent totalement l’impact environnemental désastreux de la production des batteries et de leur fin de vie. En effet, une seule voiture électrique exige de 250 à 600 kg de batteries de type « Lithium-ion », et en moyenne 400 kg ! Par simple multiplication, rien que pour les 15 millions de voitures neuves escomptées en 2035, il faudra produire… 6 millions de tonnes de batteries par an ! Et si les 300 millions de voitures sont remplacées par de l’électrique, il faudra donc produire 120 millions de tonnes de batteries !

Sans oublier non plus l’électronique embarquée pour gérer l’énergie, bien plus présente que dans un véhicule thermique. J’ai déjà relevé l’impact écologique exponentiel des batteries et composants électroniques des téléphones portables et du tout-numérique lié à l’extraction des terres rares et métaux lourds qu’ils contiennent : jusqu’à une tonne de terre concassée pour un seul gramme de matériau utile. C’est le cas des principaux composants des batteries - cobalt, lithium, manganèse, nickel, graphite…- dont les procédés d’extraction sont très gourmands en eau, stérilisent les sols et polluent durablement les eaux, provoquant de graves affections. Et les éventuelles innovations technologiques espérées avec les condensateurs seront tout aussi polluantes.

Dit autrement, pour améliorer de quelques pourcents la qualité de l’air des Européens, on s’apprête à provoquer une pollution majeure ailleurs. Ainsi de la Chine, qui accapare les deux tiers de la production mondiale de batteries, avec le respect de l’environnement que l’on sait, ou de la République démocratique du Congo dont les terres sont définitivement retournées et concassées pour extraire le cobalt. Mais pour nos « modernes » tartuffes, qu’ils soient à la Commission, au gouvernement, à la mairie de Paris ou « écologistes » autoproclamés, l’essentiel est que cette pollution ne se produise pas sur les quais de Seine.

« L’indépendance affichée vis-à-vis de l’énergie fossile va-t-elle se traduire par une dépendance pire encore pour les Européens ? »

En outre, qu’elles soient produites en Chine ou ailleurs, quid du changement d’échelle à venir de leur recyclage ? Car ces batteries ont une durée de vie limitée entre 1 000 et 1 500 cycles de charge/décharge. Leur recyclage ne concerne actuellement que 50 % des composants : que deviendra le reste, ces millions de tonnes annuelles de polluants non recyclés ? Au moment où 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont déjà produites annuellement dans le monde et seulement 17 % recyclés, au moment où l’usage des téléphones et ordinateurs portables et des nouveaux modes de mobilité (vélos, trottinettes…) fait déjà exploser la demande par ailleurs, l’Inde et l’Afrique, déjà noyées sous les déchets électroniques de l’Occident, vont-elles devenir une immense poubelle ? Extrêmement délicat à opérer compte tenu de la variété des métaux lourds, électrolytes et terres rares utilisées, également énergivore, supposant une organisation sans faille, leur recyclage complet est une utopie, alors que 92 % des plastiques ne sont toujours pas recyclés !

Enfin, sur le plan géopolitique, la « route de la batterie » est-elle plus sûre que celles du pétrole ? Rien n’est moins sûr. Une poignée de pays extracteurs, et la Chine en tant que raffineur et fabricant, monopolisent la plupart des ressources et de la production, quand pour le pétrole et le gaz au moins vingt pays dans le monde peuvent garantir un approvisionnement. L’indépendance affichée vis-à-vis de l’énergie fossile va-t-elle se traduire par une dépendance pire encore pour les Européens ?

À QUEL PRIX ?

À puissance équivalente, les voitures électriques ont un prix deux à trois fois plus élevé qu’un véhicule thermique, du fait notamment du coût des batteries et de l’électronique embarquée. La forte croissance actuelle de leurs ventes ne se fait qu’au prix d’un lourd subventionnement à hauteur du quart de leur coût, qui n’est pas tenable : ainsi si, en 2035, les deux millions de voitures vendues en France sont électriques, le coût pour le budget de l’État sera de 15 milliards d’euros, soit 1 % du budget en 2035, pour financer le bonus dit « écologique » de 6 000 euros, et la prime à la conversion de 2 500 euros - versée sous conditions de ressources.

L’État a-t-il vocation à financer les véhicules des particuliers et la « production automobile française » ? Ce 1 % ne serait-il pas mieux employé ailleurs, en investissant massivement dans des systèmes intelligents de partage et de covoiturage pour désencombrer des agglomérations asphyxiées par les véhicules, plutôt que d’en ajouter sur les routes, qu’ils soient électriques ou thermiques ?

En plus, pour le consommateur, outre le prix d’achat deux à trois fois supérieur, le coût d’entretien et d’assurance se révèle également deux fois plus élevé qu’une voiture thermique. Mais les idéologues de l’écologie ont-ils pensé à ce « détail » ? La leçon tirée de l’accroissement des coûts supportés par les automobilistes modestes, des contraintes - comme un contrôle technique confiscatoire - et des entraves à la circulation, qui a été pour beaucoup dans le déclenchement du mouvement des gilets jaunes en 2019 n’a pas été retenue par ces élites bien-pensantes.

« La voiture la plus écologique est celle… qu’on ne produit pas ou que l’on conserve. »

Que des politiques valident, sciemment ou non, le tout-électrique en dit long sur l’indigence de leur réflexion, et leur soumission à l’air du temps, si ce n’est aux industries dominantes. Il faut marteler que la voiture la plus écologique est celle… qu’on ne produit pas ou que l’on conserve (elle a déjà été produite !) : au lieu de remplacer une pollution par une autre pire encore, il appartient aux gouvernements de favoriser la conservation des véhicules thermiques, d'une durée de vie comprise actuellement entre six et dix ans, mais qui pourrait aisément être doublée.

Julien Védani.

Par Le 19/09/2021

Il y a des gens qui me touchent considérablement. 

Lui en fait partie.

Il m'arrive parfois de critiquer la course à la technologie. Pas ici. Parce que cette technologie-là est réellement au service de l'humain. 

 

A l'assaut du Kilimandjaro : le défi d'un Français atteint de sclérose en plaques

 

Julien Védani a tenté l'ascension du "toit de l'Afrique" en août. Un "projet un peu fou" pour ce trentenaire qui marche avec difficulté et souffre de vertiges.

Article rédigé par

Alexis Delcourt - franceinfo

France Télévisions

Publié le 19/09/2021 09:29Mis à jour il y a 37 minutes

 Temps de lecture : 8 min.

Julien Védani (deuxième en partant de la gauche) s'est lancé comme objectif d'atteindre le sommet du Kilimandjaro.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

Julien Védani (deuxième en partant de la gauche) s'est lancé comme objectif d'atteindre le sommet du Kilimandjaro.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

Vivre sa vie "à 3 000%", c'est l'objectif de Julien Védani. A 34 ans, il s'est attaqué au Kilimandjaro, le plus haut sommet d'Afrique, qui culmine à 5 895 m d'altitude. Un challenge d'autant plus impressionnant que le chercheur en actuariat (spécialiste de calculs de risques en assurances) est atteint d'une sclérose en plaques. Du 11 au 15 août, il a tenté l'ascension du massif tanzanien, point d'orgue de son projet "Kili SEP 2021" lancé il y a deux ans. Récit d'un périple résilient, de la préparation à la fin du voyage.

Un exosquelette pour l'aider

Depuis 2015, ce trentenaire originaire de Saint-Cyr-en-Val (Loiret) est un "sépien", un malade atteint de sclérose en plaques (SEP) comme plus de 110 000 Français. Cette maladie auto-immune attaque la myéline, la gaine qui entoure et protège le système nerveux. Elle provoque diverses pathologies, des problèmes moteurs et d'équilibre, de la fatigabilité accrue et des problèmes digestifs et urinaires.

"Au départ, c'est un sacré traumatisme mais il faut dépasser ça et faire des projets un peu fous."

Julien Védani 

à franceinfo

Mais cela n'a pas entamé la détermination de Julien. L'ascension du Kilimandjaro ? Un vieux projet auquel il a renoncé en apprenant son diagnostic il y a six ans, qu'il a finalement décidé de relever cette année. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a misé sur la technologie, en investissant dans un exosquelette acheté grâce à une campagne de financement participatif. Le modèle importé du Canada, non commercialisé en France, est utilisé par l'armée américaine. La machine amplifie ses mouvements grâce à l'intelligence artificielle pour améliorer ses performances physiques.

Cette innovation offre des perspectives nouvelles pour les personnes qui, comme Julien, peuvent toujours marcher, mais avec difficulté. Elle permet de retarder au maximum l'échéance du fauteuil roulant, mais ce n'est pas une solution définitive. La sclérose en plaques est une maladie dégénérative, qui implique une évolution parfois rapide de l'état du malade. Si bien qu'un exosquelette peut améliorer la vie de certaines personnes seulement quelques années, sans justifier pour autant un achat définitif. 

Atteint de sclérose en plaque, Julien Vedani s'entraine pour l'ascension du Kilimandjaro

France 2

Un mental d'acier

Si Julien Védani a franchi le pas, c'est qu'il est convaincu que la robotique peut l'aider à avaler le dénivelé du Kilimandjaro. En 2019, il commence ainsi sa préparation au centre médical Saint-Hélier, à Rennes (Ille-et-Vilaine), spécialisé dans la rééducation et la sclérose en plaques. Au programme : entraînements sur les tapis roulants sous le regard des kinésithérapeutes. Mais la technologie a ses limites : si elle l'aide à économiser ses muscles, elle ne peut rien pour son cerveau. Julien souffre rapidement lors de ses entraînements d'une sensation de tournis.

"En fait j'ai deux types de fatigue : la fatigue musculaire qui augmente lentement et la fatigue neurologique, qui se traduit pour moi par un déséquilibre. C'est comme si mon cerveau disait à mon corps : 'Maintenant stop !'"

Julien Védani 

à franceinfo

Pour parfaire son entraînement, il s'attaque aux montagnes françaises. Lors de ses ascensions d'entraînement du mont Thou à Lyon, du col du Galibier à la fin mai ou du pic du Midi début juillet, le chercheur fait des pauses très régulières, presque tous les 100 m, pour récupérer de sa fatigue neurologique. Ce qu'il fait rapidement : en une ou deux minutes, il est déjà prêt à repartir. 

"Quand ils le voient s'arrêter aussi régulièrement, les gens pensent qu'il ne va jamais y arriver. Mais il repart à chaque fois, c'est vraiment impressionnant."

Stéphane Loisel, chef du projet "Kili SEP 2021" 

à franceinfo

Une ascension difficile 

Le 11 août 2021, après deux années de préparation, Julien arrive en Tanzanie. Il est accompagné par son collègue Stéphane Loisel, son ami Aurélien Couloumy et Vanessa Moralès, une infirmière passionnée de montagne. Quarante-huit heures plus tard, au pied du Kilimandjaro, c'est l'effervescence et le début d'une expédition hors normes. L'équipage est chargé avec les équipements propres à la pathologie de Julien : une joélette (un fauteuil tout-terrain monoroue), un chariot pour la descente, des toilettes adaptées, des panneaux solaires pour recharger les batteries... Pour les accompagner, 33 porteurs, cinq guides et un cuisinier sont nécessaires. Le chef des guides, Ronald Maro, alias "Captain Kilimandjaro", est sensible au défi de Julien : "Les gens pensent que ceux qui sont malades ne peuvent rien faire."

"Julien veut prouver au monde qu'il peut faire quelque chose de grand."

Ronald Maro, guide sur le Kilimandjaro 

à franceinfo

Le 13 août, vers 17 heures, après deux ans de travail sur son projet, Julien enfile son exosquelette et se lance à l'assaut du plus haut sommet d'Afrique. Mais rapidement, la machine se révèle peu adaptée à la réalité de ce terrain si abrupt. Le chemin au cœur de la jungle alterne entre montées et descentes. Julien est moins à l'aise sur ces dernières, à tel point qu'il manque de tomber lorsque l'intelligence artificielle ne parvient pas à lire ses intentions. S'il plie trop la jambe, "l'exosquelette pense que je veux m'asseoir, et il se bloque", explique-t-il.

Julien Védani est équipé d'un exosquelette. Et ses accompagnateurs le guident avec une perche pour assurer sa marche.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

Julien Védani est équipé d'un exosquelette. Et ses accompagnateurs le guident avec une perche pour assurer sa marche.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

Face à ces difficultés, Julien et son équipe décident d'enlever l'exosquelette. Le trentenaire ne peut désormais compter que sur sa béquille, la perche que tiennent ses amis pour aider son équilibre, et la force de ses jambes. Le dénivelé met Julien à l'épreuve. De plus en plus escarpé, le terrain rend son équilibre plus précaire. L'équipage arrive de nuit au premier camp, Big Tree Camp, au bord de l'épuisement.

"A la fin, je dormais carrément debout..."

Julien Védani 

à franceinfo

Au deuxième jour, Julien est optimiste, il sent venir "un second souffle". Il profite des pauses pour apprécier le paysage, la forêt primaire tanzanienne : "Le paysage est juste fou. Quand tu vois passer un singe ou un oiseau c'est incroyable alors je profite des pauses pour ça, pour mater, sinon je ne regarde que le sol et mes pieds..." Mais, au fur et à mesure de l'ascension, il est de nouveau mis à rude épreuve. Dans certains passages rocheux, il affronte ces pierres "monstrueuses" qui l'obligent à puiser dans ses ressources et le laissent à bout de souffle. A nouveau, ils atteignent le deuxième camp, Shira 1, de nuit après 10 km et 10 heures d'efforts.

Atteint de sclérose en plaques, Julien Védani veut gravir le Kilimandjaro

 

Les premiers signes de vertige

Au matin du troisième jour, le 15 août, l'équipe traverse le plateau Shira, du nom d'un ancien volcan effondré sur lui-même. Pour optimiser les chances de Julien d'arriver au sommet, l'équipe choisit la route Lemosho, le circuit du nord, qui contourne le mont Kibo. "Ça va faire plus de distance, entre 90 et 100 km au lieu de 60, mais cela va laisser à Julien plus de temps pour s'acclimater autour des 4 000 m d'altitude, explique Stéphane Loisel. Sur cette route, une personne valide a 95% de chance d'atteindre le sommet alors que par la voie classique, la Machame route, le taux de succès est de 60%."

Après les deux premiers jours harassants d'ascension, Julien commence déjà, à 3 700 m, à ressentir les premiers vertiges, signe qu'il souffre déjà de l'altitude. "L'équilibre est plus précaire et ma tête balance dans tous les sens", raconte-t-il. Alors qu'il respire de plus en plus difficilement, bruyamment, l'équipe décide d'utiliser la joélette, afin qu'il puisse récupérer. Un premier échec pour Julien qui mettait un point d'honneur à marcher jusqu'au bout.

Julien Védani et une partie de l'équipe de "Kili SEP 2021" lors de l'ascension du Kilimandjaro, en août 2021.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

Julien Védani et une partie de l'équipe de "Kili SEP 2021" lors de l'ascension du Kilimandjaro, en août 2021.  (AURELIO VALENTINO / B-EPIC AGENCY)

Au quatrième jour, le 16 août, Julien n'a pas suffisamment récupéré et Vanessa, l'infirmière de l'équipe, préfère qu'il entame cette nouvelle ascension dans la joélette. Les porteurs, déjà lestés chacun d'un sac de 20 kg, doivent manœuvrer la centaine de kilos de Julien et son chariot sur les pentes escarpées du Kilimandjaro. A l'arrivée au camp de Moir Hut, les porteurs tanzaniens accueillent Julien en musique. Il profite avec une intensité particulière de chacun de ces instants. 

"Avec cette maladie, on est au minimum stable et sinon dégénérescent et ça c'est un mot qui fait peur et qui te fait dire qu'il faut profiter à fond aujourd'hui car demain on ne sait pas où tu seras..."

Julien Védani 

à franceinfo

Le point de bascule

Le lendemain, l'ambiance est plus morose. Pendant la nuit, l'état de Julien s'est dégradé : il a développé une toux et un mal de tête qui font craindre le pire. Au petit-déjeuner, il apparaît le visage gonflé, les lèvres cyanosées, violacées. Autant d'indices qui montrent un début d'œdème cérébral, en plus de ses difficultés respiratoires. A l'oxymètre, les craintes se confirment : le taux d'oxygène dans le sang de Julien est tombé à 58%, contre 100% en temps normal. Un niveau qui lui vaudrait un passage en réanimation s'il était à l'hôpital, un taux rédhibitoire pour espérer continuer l'ascension sans développer d'œdème pulmonaire. L'équipage se rend à l'évidence : Julien doit redescendre, même s'il affiche un optimisme sans faille. 

Il faut donc convaincre Julien de renoncer à son rêve, pour préserver sa santé. Aurélien et Vanessa poursuivent l'ascension, pendant que Stéphane accompagne Julien pour rejoindre la Rescue Car, seul véhicule autorisé à rouler sur le Kilimandjaro. Après plusieurs jours d'acclimatation, Aurélien et Vanessa lancent, de nuit, l'assaut final. Une ascension de 5 à 6 heures qui les mène jusqu'au sommet, à 5 895 m, là où l'oxygène se fait rare, épuisant l'organisme. A bout de souffle, Aurélien finit par atteindre le point culminant, Uhuru Peak, porté par l'exemple et l'abnégation de Julien.

"L'échec était impossible."

Aurélien Couloumy, ami de Julien 

à franceinfo

Julien les retrouve à la descente. Après quelques jours de repos à basse altitude, il a récupéré et pu évacuer l'eau qui encombrait ses poumons. Heureux d'avoir vu ses amis accomplir son rêve par procuration, il n'a pas de regrets. Il souhaite tenter les défis les plus fous et se projette déjà dans le prochain : peut-être le Machu Picchu au Pérou ? Pour lui, il faut continuer à avancer, ensemble, pour "tabasser la maladie" et concrétiser son leitmotiv : l'urgence de vivre.

Sur le spécisme (2)

Par Le 19/09/2021

 

Sur le spécisme. (1)

 

"N’oublions pas que l’humanité tue environ mille milliards d’animaux chaque année, en grande partie des animaux sensibles donc qui ressentent la mort.

Mon fils qui est en terminale apprend encore, en cours de philosophie, que la conscience est le propre de l’homme.

C’est complètement débile ! Il est tout à fait certain qu’un très grand nombre d’autres espèces animales ont une conscience au sens fort du terme, une conscience du monde , une conscience de soi et de soi dans le monde, ça ne fait même plus débat aux scientifiques mais on s’est tellement accroché à ce propre de l’homme que nous avons passionnément aimé, que la question n’est pas mise sur la table.

Je me permets d’ailleurs de rappeler que le pire, à mon sens, ce ne sont même pas les conditions d’abattage qui sont extrêmement scandaleuses, le pire c’est en fait l’absence de vie qui précède l’abattage.

Beaucoup d’animaux n’ont jamais eu un seul instant la capacité de réaliser leur être. Prenons un lapin, son corps est fait pour bondir, tout le corps du lapin est fait pour ce geste-là. La plupart des lapins qui vivent aujourd’hui en France n’ont jamais bondi ! Ils vivent dans des clapiers qui sont grands comme leur corps et n’ont pas pu faire une seule fois pendant leur non vie, ce pourquoi leur corps est dessiné...

Donc moi je dirais que c’est un crime contre l’ontologie de la vie qui est en train de se déployer en ce moment.

Il faut absolument avoir en tête qu’aujourd’hui sur terre, l’essentiel de la biomasse des mammifères, c’est de la viande d’abattage! Ce sont des vaches et des cochons dans des fermes usines. Donc quand on montre aux enfants à l’école des livres avec des chevreuils, des souris, des campagnols, des biches etc.. C’est une imposture!

Ça ne ressemble plus à ça la vie sur terre !

95% de la masse des mammifères sur terre, aujourd’hui, ce sont essentiellement des animaux qui ne verront jamais la lumière du soleil, qui n’auront jamais un rapport sexuel, d’affection ou de sociabilité et qui sont en train d’attendre le moment où la hache va leur trancher le cou !

Donc on a déjà transformé cette planète en enfer !

Moi ce que j’aimerais, c’est qu’on en parle !

Imaginez que le chef de l’Etat fasse une conférence de pesse ou une intervention au journal de 20h de TF1 où il parlerait de cette question pendant vingt minutes, tout le monde dirait mais attendez, il se passe des choses sérieuses dans le monde, comment peut-on parler d’un sujet aussi frivole ?

Et donc je trouve que la question, pour le moment, c’est déjà d’accepter que ce sujet soit discuté.

Jusqu’à maintenant quand on pose la question face à la catastrophe écologique « est-ce qu’on va s’en sortir » pour l’immense majorité des intellects, le « on » ne se réfère qu’à l’humanité et on oublie qu’on partage cette planète avec sept millions d’autres espèces qui littéralement passent en dommage collatéral et ça, c’est pas une question scientifique, c’est une question éthique !

La question du spécisme n’est pas encore une question sérieuse..."

Aurélien Barrau,

dialogue avec des étudiants HEC, 18.11.2020

"Les yeux ouverts" Marguerite Yourcenar

Par Le 18/09/2021

Marguerite Yourcenar  : Yeux ouverts

Les Yeux ouverts : un magnifique texte sur l’éducation de Marguerite Yourcenar de 1981

Marguerite Yourcenar (8 juin 1903 – 17 décembre 1987), romancière, essayiste et traductrice, fut la première femme à entrer à l’Académie française. En 1980, elle publia Les Yeux ouverts, une sorte d’autoportrait qui laisse apparaître de nombreuses réflexions personnelles sur l’éducation des enfants, un texte à la fois rempli d’humanisme et de courage.

Pour répondre à la question de l’éducation pour nos enfants, Marguerite Yourcenar a donné une réponse à la fois innovante et pleine de bon sens, et qui reste toujours autant d’actualité.

L’écrivaine aurait aimé que l’on éduque les enfants pour qu’ils deviennent des êtres pleinement conscients du monde, pour qu’ils prennent conscience de ses forces mais également de ses faiblesses. Bien que ce texte ait été écrit en 1980, il reste toujours autant d’actualité.

Marguerite Yourcenar / Image crédit :commons.wikimedia.org

 

« Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.

Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.

Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.

On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.

On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie. ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation se%uelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.

On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.

En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.

On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.

Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait. »

 

 

"La France contre les robots" : Georges Bernanos (2)

Par Le 18/09/2021

Deuxième lecture de cet ouvrage de Georges Bernanos.

On trouve souvent dans les réseaux sociaux comme oeuvre prophétique le fameux livre de George Orwell "1984"

On devrait y ajouter celui de Bernanos. 

"La civilisation des machines" est celle que nous vivons. 

 

 

L

Quand la société impose à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend, on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. Dans ces conditions, s’il arrive qu’elle se maintienne, ce ne peut être qu’aux dépens des citoyens ou de leur liberté ! Imbéciles, ne voyez-vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. Imbéciles ! Comprenez donc que la civilisation des machines est elle-même une machine, dont tous les mouvements doivent être de plus en plus parfaitement synchronisés ! Une récolte exceptionnelle de café au Brésil influe aussitôt sur le cours d’une autre marchandise en Chine, ou en Australie; le temps n’est certainement pas loin où la plus légère augmentation de salaires au Japon déchaînera des grèves à Detroit ou à Chicago, et finalement mettra une fois encore le feu au monde. Imbéciles ! Avez-vous jamais imaginé que dans une société où les dépendances naturelles ont pris le caractère rigoureux, implacable, des rapports mathématiques, vous pourrez aller et venir, acheter ou vendre, travailler ou ne pas travailler, avec la même tranquille bonhomie que vos ancêtres ? Politique d’abord ! disait Maurras. La Civilisation des Machines a aussi sa devise : « Technique d’abord ! Technique partout ! » Imbéciles ! Vous vous dites que la technique ne contrôlera, au pis aller, que votre activité matérielle, et comme vous attendez pour demain la « Semaine de Cinq Heures » et la Foire aux attractions ouverte jour et nuit, cette hypothèse n’a pas de quoi troubler beaucoup votre quiétude. Prenez garde, imbécile ! Parmi toutes les Techniques, il y a une technique de la discipline et elle ne saurait se satisfaire de l’ancienne obéissance – obtenue vaille que vaille par des procédés empiriques, et dont on aurait dû dire quelle était moins la discipline qu’une indiscipline modérée.

La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, la vie, ses Raisons de Vivre, Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ?

La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. Une solution pratique n’est pas esthétique ou morale. Imbéciles ! La Technique ne se reconnaît-elle pas déjà le droit, par exemple, d’orienter les jeunes enfants vers telle ou, telle profession ? N’attendez pas qu’elle se contente toujours de les orienter, elle les désignera.

Ainsi, à l’idée morale, et même surnaturelle, de la vocation s’oppose peu à peu celle d’une simple disposition physique et Mentale, facilement contrôlable par les Techniciens. Croyez-vous, imbéciles, qu’un tel système, et si rigoureux, puisse subsister par le simple consentement ? Pour l’accepter comme il veut qu’on l’accepte, il faut y croire, il faut y conformer entièrement non seulement ses actes, mais sa conscience.

Le système n’admet pas de mécontents. Le rendement d’un mécontent — les statistiques le prouvent — est inférieur de 30 % au rendement normal, et de 5o ou 6o % au rendement d’un citoyen qui ne se contente pas de trouver sa situation supportable – en attendant le Paradis — mais qui la tient pour la meilleure possible. Dès lors, le premier venu comprend très bien quelle sorte de collaborateur le technicien est tenu logiquement de former. Il n’y a rien de plus mélancolique que d’entendre les imbéciles donner encore au mot de Démocratie son ancien sens. Imbéciles !

Comment diable pouvez-vous espérer que la Technique tolère un régime où le technicien serait désigné par le moyen du vote, c’est-à-dire non pas selon son expérience technique garantie par des diplômes, mais selon le degré de sympathie qu’il est capable d’inspirer à l’électeur ? La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre. Quelle place le politicien roublard, comme d’ailleurs l’électeur idéaliste, peuvent-ils avoir là-dedans ? Imbéciles ! Pensez-vous que la marche de tous ces rouages – économiques, étroitement dépendants les uns des autres et tournant à la vitesse de l’éclair va dépendre demain du bon plaisir des braves gens rassemblés dans les comices pour acclamer tel ou tel programme électoral ? Imaginez-vous que la Technique d’orientation professionnelle, après avoir désigné pour quelque emploi subalterne un citoyen jugé particulièrement mal doué, supportera que le vote de ce malheureux décide, en dernier ressort, de l’adoption ou du rejet d’une mesure proposée par la Technique elle-même ? Imbéciles !

Chaque progrès de la Technique vous éloigne un peu plus de la démocratie rêvée jadis par les ouvriers idéalistes du Faubourg Saint-Antoine. Il ne faut vraiment pas comprendre grand chose aux faits politiques de ces dernières années pour refuser encore d’admettre que le Monde moderne a déjà résolu, au seul avantage de la Technique, le problème de la Démocratie.

Les Etats totalitaires, enfants terribles et trop précoces de la Civilisation des Machines, ont tenté de résoudre ce problème brutalement, d’un seul coup. Les autres nations brûlaient de les imiter, mais leur évolution vers la dictature s’est trouvée un peu ralentie du fait que, contraintes après Munich d’entrer en guerre contre l’hitlérisme et le fascisme, elles ont dû, bon gré mal gré, faire de l’idée démocratique le principal, ou plus exactement l’unique élément de leur propagande. Pour qui sait voir, il n’en est pas moins évident que le Réalisme des démocraties ne se définit nullement lui-même par des déclarations retentissantes et vaines comme, par exemple, celle de la Charte de l’Atlantique, déjà tombée dans l’oubli.

Depuis la guerre de 1914, c’est-a-dire depuis leurs premières expériences, avec Lloyd George et Clemenceau, des facilités de la dictature, les Grandes Démocraties ont visiblement perdu toute confiance dans l’efficacité des anciennes méthodes démocratiques de travail et de gouvernement. On peut être sûr que c’est parmi leurs anciens adversaires, dont elles apprécient l’esprit de discipline, qu’elles recruteront bientôt leurs principaux collaborateurs ; elles n’ont que faire des idéalistes, car l’Etat Technique n’aura demain qu’un seul ennemi : « l’homme qui ne fait pas comme tout le monde » ou encore : « l’homme qui a du temps à perdre » — ou plus simplement si vous voulez : « l’homme qui croit à autre chose qu’à la Technique ».

 

« Ceux qui voient dans la civilisation des Machines une étape normale de l’Humanité en marche vers son inéluctable destin devraient tout de même réfléchir au caractère suspect d’une civilisation qui semble bien n’avoir été sérieusement prévue ni désirée, qui s’est développée avec une rapidité si effrayante qu’elle fait moins penser à la croissance d’un être vivant qu’à l’évolution d’un cancer.

Pour le répéter une fois de plus, l’hypothèse est-elle définitivement à rejeter d’une crise profonde, d’une déviation, d’une perversion de l’énergie humaine ? »

«  La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité.

Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre.

J’ai déjà dit, je dirai encore, je le répéterai aussi longtemps que le bourreau n’aura pas noué sous mon menton la cravate de chanvre : un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble.

La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de Révolte, elle fait des héros et des Martyrs.

La tyrannie abjecte du Nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre.

Le Nombre crée une société à son image, une société d’êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. Il est fou de confier au Nombre la garde de la Liberté.

Il est fou d’opposer le Nombre à l’argent, car l’argent a toujours raison du Nombre, puisqu’il est plus facile et moins coûteux d’acheter en gros qu’au détail.

Or, l’électeur s’achète en gros, les politiciens n’ayant d’autre raison d’être que de toucher une commission sur l’affaire.

Avec une radio, deux ou trois cinémas, et quelques journaux, le premier venu peut ramasser, en un petit nombre de semaines, cent mille partisans, bien encadrés par quelques techniciens, experts en cette sorte d’industrie.

Que pourraient bien rêver de mieux, je vous le demande, les imbéciles des Trusts ?

Mais, je vous le demande aussi, quel régime est plus favorable à l’établissement de la dictature ?

Car les Puissances de l’Argent savent utiliser à merveille le suffrage universel, mais cet instrument ressemble aux autres, il s’use à force de servir.

En exploitant le suffrage universel, elles le dégradent. L’opposition entre le suffrage universel corrompu et les masses finit par prendre le caractère d’une crise aiguë.

Pour se délivrer de l’Argent – ou du moins pour se donner l’illusion de cette délivrance – les masses se choisissent un chef, Marius ou Hitler. Encore ose-t-on à peine écrire ce mot de chef. Le dictateur n’est pas un chef.

C’est une émanation, une création des masses.

C’est la Masse incarnée, la Masse à son plus haut degré de malfaisance, à son plus haut pouvoir de destruction.

Ainsi, le monde ira-t-il, en un rythme toujours accéléré, de la démocratie à la dictature, de la dictature à la démocratie, jusqu’au jour… »

«Rivé à lui-même par l’égoïsme, l’individu n’apparaît plus que comme une quantité négligeable soumise à la loi des grands nombres, on ne saurait prétendre l’employer que par masses, grâce à la connaissance des lois qui le régissent.

Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain. »

"Ce n’est pas ma tâche de reconstruire le monde, mais je sais parfaitement comment il s’est détruit. Le monde moderne était tombé entre les mains des techniciens, il a servi de sujet d’expérience aux techniciens.

Les techniciens faisaient les expériences, mais c’étaient les véritables maîtres du monde moderne, les tout-puissants contrôleurs des marchés du blé, du fer, de la houille ou du pétrole, qui, sur toute la surface du globe, finançaient les techniciens de la révolution noire, blanche ou rouge.

Ambitieuse d’organiser la vie, la technique n’a réussi qu’à organiser la plus grande, la plus prodigieuse entreprise de destruction des valeurs spirituelles et des biens matériels que l’Histoire ait jamais connue.

C’est qu’on n’essaie pas impunément de substituer la technique à la vie. La Technique n’est pas la Vie.

Je sais qu’une telle vérité n’est pas encore mûre, qu’un grand nombre de ceux qui liront ces lignes hausseront les épaules, se refuseront à faire l’effort nécessaire pour penser par eux-mêmes, penser librement, avec leur propre cerveau, non pas avec le cerveau mécanique de leur poste de radio.

Ils me croiront ennemi de de la technique et je souhaite seulement que les techniciens se mêlent de ce qui les regarde, alors que leur ridicule prétention ne connaît plus de bornes, qu’ils font ouvertement le projet de dominer non seulement matériellement, mais spirituellement, le monde, de contrôler les forces spirituelles du monde grâce à une philosophie de la technique, une métaphysique de la technique, une « métatechnique », capable de tromper la naïveté des professeurs et qui a bien pu aussi enflammer jadis l’imagination des moujiks dans l’ancienne Russie de Lénine, mais qui doit faire sourire n’importe quel Français, héritier de Montaigne et de Pascal.

Nous savons que, un certain point dépassé, chaque nouvelle usurpation de la technique se paie d’un accroissement du pouvoir de l’État, de la perte d’une liberté.

La vocation spirituelle de mon pays est de dénoncer ce scandale. Nous ne sommes pas nés pour être les esclaves de personne, nous ne commettrons pas le crime de préférer la Technique à la Liberté. »

 

La nature déboussolée

Par Le 17/09/2021

Un article qui n'intéressera peut-être que les amoureux des massifs montagneux mais au-delà de cette spécificité, ces études montrent l'impact du changement climatique sur la faune et la flore. Et c'est très instructif. 

 

Montagne et changement climatique

La nature déboussolée - 10 minutes pour comprendre

A retenir

Le changement climatique touche deux à trois fois plus rapidement les grands massifs montagneux que le reste de la planète.

Dans le massif du Mont-Blanc l’impact est visible : recul glaciaire, éboulements de parois rocheuses, enneigement réduit.

Les bouleversements pour la faune et la flore sont moins visibles mais tout aussi profonds.

Les paysages emblématiques du massif du Mont-Blanc s’en trouvent changés.

Montagne : un milieu naturel très lié au climat

En montagne, les conditions climatiques varient avec l’altitude : la température de l’air diminue en moyenne de 0,6°C pour une augmentation de 100 mètres, en raison de la moindre absorption des rayonnements solaires par l’atmosphère. Les variations de températures entre le jour et la nuit mais aussi entre les saisons sont marquées. Les précipitations sont également plus importantes en altitude, y compris sous forme de neige.

L’altitude n’est pas seule à influencer les conditions climatiques : la forme du terrain – la topographie -, joue elle aussi fortement. L’exposition induit un ensoleillement très variable, générant des conditions quasi tropicales au ras du sol en versant sud et quasi arctiques en versant nord. Cette variabilité à l’échelle des versants se retrouve à micro-échelle, d’un côté ou de l’autre d’une bosse ou d’un rocher, ou entre une combe qui reste enneigée et une crête au vent déneigée en permanence. Il en résulte une mosaïque de conditions climatiques et donc d’espèces, juxtaposées parfois sur quelques mètres carrés.

C’est la température qui limite vers le haut et vers le bas la présence d’une espèce. Par exemple, la limite supérieure de la forêt, structuration la plus visible à l’œil nu, reflète la température à laquelle les conifères n’ont pas assez de chaleur pour croître.

Pour survivre dans ces conditions particulières, la biodiversité s’est adaptée, spécialisée : on y trouve un petit nombre d’espèces aux spécificités bien marquées que l’on ne rencontre que dans ce milieu. Elles sont dotées de capacités de développement très rapides mais d’une productivité limitée, savent réduire leurs dépenses énergétiques, ou encore résister au gel ou à la sécheresse).

En savoir plus: Le Mont-Blanc, un massif singulier ➞

Climat : un changement plus rapide qu’en plaine

Dans le massif du Mont-Blanc comme dans toutes les Alpes, la hausse des températures annuelles moyennes est d’environ 2°C depuis 1864, ce qui est plus de deux fois plus important que le réchauffement mesuré à l’échelle globale de la planète (+ 0.9°C) ou à celle de la France (+1,4°C). Depuis les années 1980, on note dans les Alpes une augmentation des températures de 0,2°C à 0,5°C par décennie.

L’albédo - la fraction du rayonnement solaire qui est réfléchie ou diffusée par une surface- explique probablement en partie ce réchauffement plus important en montagne. La hausse des températures provoque en effet une diminution des zones couvertes de glace ou de neige – ces zones blanches qui réfléchissent les rayons du soleil –, au profit de zones de roches, sombres, qui, au contraire, accumulent la chaleur.

En savoir plus: Suivre les températures ➞

Cette hausse accélérée des températures influence fortement l’enneigement. Depuis les années 1970 dans les Alpes du Nord, l’enneigement entre 1100 mètres et 2500 mètres s’est réduit de cinq semaines. En 2050, l’enneigement dans les fonds de vallée et sur les versants sud jusqu’à 2000 mètres d’altitude risque d’être diminué de 4 à 5 semaines par rapport à la période actuelle et de 4 semaines à 2500 mètres. Au-delà de 3000 mètres d’altitude, l’enneigement ne devrait pas être modifié.

En savoir plus: Recul de l'enneigement ➞

Le changement climatique affecte différemment chaque saison. Dans le massif du Mont-Blanc, c’est en été que l’on observe la plus forte hausse des températures, avec l’apparition d’épisodes de sécheresse et de canicule, plus fréquents et plus longs, qui devraient encore s’accentuer d’ici 2050. Mais la saison la plus bouleversée est le printemps : la hausse des températures influence directement le régime de fonte du manteau neigeux. Or le printemps est une saison cruciale pour la faune et la flore : les animaux reprennent leur activité puisqu’ils peuvent de nouveau accéder aux ressources recouvertes en hiver, la végétation redémarre…

En savoir plus: Le Mont-Blanc voit rouge ➞

Toutes les espèces ne réagissent pas de la même façon ni ne répondent avec la même ampleur ou au même rythme au changement climatique ; en outre, on observe parfois, que pour une même espèce, les différents paramètres du dérèglement (réduction de l’enneigement, vagues de chaleur, sécheresse, etc.) produisent des effets contradictoires.

Saisons : des cycles modifiés pour la faune et la flore

La réponse la plus évidente au changement climatique est le décalage significatif des dates des événements saisonniers. Les insectes, les papillons et les reptiles – soit des animaux qui ne régulent pas la température de leur corps et sont donc très dépendants de la température extérieure –, avancent leur cycle saisonnier de 6 jours en moyenne tous les dix ans.

Les oiseaux et les mammifères sont ceux qui répondent le moins, avec une avancée moyenne de leur cycle d’une journée par décennie. Cette réponse moindre s’explique peut-être par leur mobilité qui leur permet de retrouver assez facilement leurs conditions optimales en se déplaçant, ou bien par une plus faible capacité d’adaptation car leur cycle saisonnier est dicté par la photopériode (la durée du jour), plus que par la température.

Les plantes décalent elles aussi leur cycle, en moyenne de 2 à 3 jours plus tôt par décennie. C’est chez les arbres ou arbustes qu’on observe le décalage le plus prononcé. Le bouleau et le frêne ont par exemple répondu de façon significative à la hausse des températures printanières avec une avancée de 4 à 6 jours sur les dix dernières années.

En savoir plus: Phénoclim : suivre le rythme des arbres ➞

L’allongement de la saison favorable sous l’effet du réchauffement pourrait donc procurer un avantage à toutes les espèces, en tous lieux. Mais le changement climatique a des effets nuancés, parfois contradictoires. C’est le cas des mélèzes pour lesquels la hausse des températures printanières favorise une éclosion précoce des bourgeons à haute altitude. A l’inverse, le froid hivernal, signal indispensable à l’éclosion, n’est plus assez intense à basse altitude, ce qui pourrait annuler une partie des bénéfices d’un printemps précoce et expliquer un démarrage des mélèzes en vallée proportionnellement tardif par rapport à ceux de haute altitude.

C’est aussi le cas des sécheresses estivales pour la grenouille rousse. Celle-ci est avantagée par un déneigement précoce qui lui permet d’accéder aux mares de reproduction plus tôt, donc d’offrir une saison de croissance plus longue à ses têtards. Mais les sécheresses estivales aboutissent parfois à un assèchement trop précoce des mares : les têtards ne peuvent achever leur développement.

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Distribution des espèces : migrer vers le haut pour fuir la chaleur

Une autre réponse au changement climatique, qui se conjugue avec le décalage des cycles saisonniers, est la tendance générale des organismes vivants à se déplacer vers le haut pour retrouver des conditions optimales de vie.

Les déplacements les plus importants constatés jusqu’à maintenant sont une remontée de 45 mètres par décennie chez les insectes et de 17 mètres chez les escargots. Là encore, la réponse est donc plus forte pour les espèces qui ne régulent pas leur température et dépendent directement des conditions extérieures.

Parmi les plantes, ce sont les arbres et arbustes qui «grimpent» le plus rapidement en altitude. La migration altitudinale la plus visible est la remontée de la limite supérieure de la forêt. Dans le massif du Mont-Blanc, l’altitude médiane de la forêt s’est élevée de 60 mètres entre 1952 et 2006 et pourrait atteindre 100 mètres en 2050 selon la configuration des milieux. Mais cette remontée ne résulte pas que du changement climatique : elle est aussi due à la déprise agricole et à l’abandon de l’activité pastorale. On peut donc envisager une nette augmentation de la surface occupée par la forêt, qui passerait de 90 km² dans les années 1950 à 230 km² en 2050.

Les oiseaux et mammifères tentent de suivre l’évolution de leurs habitats. La forte diminution des pelouses alpines et l’extension de la forêt et de la lande, - composée de rhododendrons ou genévriers par exemple, moins appétissants-, génère une réorganisation encore mal connue des communautés d’herbivores (cerf, chamois, chevreuil, bouquetin).

En savoir plus: Suivre les herbivores ➞

Au rythme actuel de hausse des températures, il faudrait que les espèces remontent de 100 mètres par décennie pour retrouver la même température. Il est probable que certaines espèces n’arriveront pas à suivre le rythme ! En outre, compte tenu de la forme « en pointe » des montagnes, plus on monte en altitude, plus la surface disponible se réduit, n’offrant pas de place à l’avenir pour tout le monde en même abondance.

Le lagopède alpin (*Lagopus muta*), relique des périodes glaciaires, est un oiseau de montagne qui a besoin de froid pour se développer et se reproduire. Dans le massif du Mont-Blanc, l’espèce risque de perdre 60% de son habitat d’ici 2050, du fait de la hausse des températures et de la réduction de l’enneigement. Et 100% de son habitat d’ici la fin du siècle.

Ecosystèmes : des interactions entre espèces et paysages bouleversés

Toutes les espèces ne bougent donc pas dans le temps ni dans l’espace au même rythme, or chaque espèce est en interaction avec d’autres pour former un écosystème. Certaines espèces vont donc mieux tirer leur épingle du jeu tandis que d’autres seront très fragilisées par les effets du réchauffement. Ces différences dans l’adaptation et la réponse au dérèglement climatique aboutissent à des compétitions accrues, des désynchronisations entre espèces ou avec le milieu, et au final à des modifications profondes du paysage.

On constate par exemple que la compétition avec les espèces de plaine s’intensifie. Le lièvre variable se retrouve ainsi de plus en plus en concurrence avec le lièvre d’Europe de plaine qui migre en altitude et grignote la partie basse du terrain du lièvre variable. De même, sur les sommets, la diversité des espèces augmente pour l’instant mais il est possible que les plantes alpines soient évincées à terme par des espèces plus compétitrices venues d’en bas.

Des désynchronisations apparaissent, entre des espèces très adaptées à un milieu et ce même milieu qui change rapidement. C’est le cas chez le lièvre variable, le lagopède alpin ou l’hermine qui deviennent blancs l’hiver, pour mieux se fondre dans le paysage et échapper ainsi à leurs prédateurs. Leur date de mue change peu car elle dépend de la durée du jour, plus que de la température. Or la fonte du manteau neigeux, elle, se produit de plus en plus tôt dans l’année. Les animaux restent donc blancs, dans un paysage qui ne l’est plus, exposés aux prédateurs !

Autre exemple : pour le bouquetin, la date de mise bas dépend de la date de l’accouplement qui a lieu à l’automne. Les années à hiver et/ou printemps chaud, il en résulte un décalage entre le pic de production de la végétation, qui est plus précoce, et les besoins en herbe des bouquetins. Une mortalité plus importante des jeunes bouquetins a ainsi été observée dans le Parc national italien du Grand Paradis les années suivant des printemps précoces.

À l’échelle des paysages, c’est une vraie mutation qui résulte de l’évolution des espèces et de leurs interactions. La forêt remonte et change : elle ne sera plus composée des mêmes espèces. Il y aura de plus en plus de feuillus, de moins en moins de conifères. Plus haut en altitude, on assiste à une transformation du massif, avec une ceinture végétalisée qui gagne du terrain par rapport à l’étage nival : les Alpes verdissent. Les images satellitaires montrent que c’est en haute montagne (autour des glaciers, névés et parois) que le verdissement est le plus significatif.

Argentière et son glacier en 1890 © Amis du Vieux Chamonix et en 2015 © CREA Mont-Blanc. Comparez en déplaçant le slider sur l’image

Perspectives : de grandes capacités d’adaptation… à condition d’agir ou au contraire de “non-agir”!

Les capacités d’adaptation des êtres vivants, pourtant très développées en montagne, sont mises à l’épreuve. L’accélération prononcée du changement climatique dans les Alpes laisse peu de temps, alors que les mécanismes d’évolution habituels requièrent plusieurs générations pour trouver les solutions à de nouvelles conditions environnementales.

De plus, la conjugaison du changement climatique avec d’autres pressions sur les milieux naturels – l’artificialisation des sols, la dégradation des habitats naturels, la surfréquentation humaine, etc.– empêche les déplacements des espèces en quête de nouveaux territoires répondant à leurs exigences climatiques.

Cependant, la montagne dispose d’atouts spécifiques, comme, par exemple, la diversité des milieux naturels sur une petite échelle. Là où une espèce de plaine va devoir parcourir jusqu’à des centaines de kilomètres pour récupérer les conditions qui lui conviennent, il suffira parfois de quelques mètres en montagne pour retrouver la température optimale. En outre, bien plus qu’en plaine, on trouve dans le massif du Mont-Blanc de nombreuses zones non ou peu perturbées par les hommes. Avec le recul des glaciers et la réduction de l’enneigement, de nouveaux territoires seront donc accessibles aux plantes et aux animaux. Ils pourraient devenir des zones-refuges pour la biodiversité. A condition qu’elles restent préservées de l’empreinte humaine.

Laisser le temps et l’espace aux espèces pour s’adapter (ce qu’elles ont su faire dans le passé), c’est préserver un potentiel évolutif en sauvegardant une forte diversité biologique. Nos activités, nos pratiques peuvent accompagner ou au contraire contrarier les adaptations. Mais dans tous les cas, nous devrons nous aussi nous adapter à ces changements : si la forêt remonte en altitude, si certaines espèces communes se raréfient, si les milieux alpins sont soumis à des sécheresses récurrentes, les impacts seront majeurs sur nos activités et notre représentation de la montagne ?

Références

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Crise de l'enseignement

Par Le 17/09/2021

Je ne vais pas revenir sur mon parcours de fin de carrière.

Ni sur tout ce que j'ai écrit ici au sujet de l'éducation nationale.

Je dirais juste que je ne reviens aucunement sur cette prédiction selon laquelle, pour moi, la crise des recrutements va atteindre un niveau jamais connu et que dans moins de dix ans, le ministère ne saura plus comment attirer les jeunes vers ce métier. Et il ne s'agit pas que d'un problème de salaire.

Je m'efforce, malgré le mal que ça me fait, de lire les commentaires sur les réseaux sociaux dès qu'un article est publié sur la crise de recrutement, des vocations, du niveau des élèves, de l'augmentation croissante du harcèlement, etc etc...

Ce qui en ressort, dans une très grande majorité, c'est que les enseignants sont considérablement mal aimés, voire même détestés. Et que pour la plupart des gens, il est inadmissible de les entendre se plaindre. Et pourtant, personne ne voudrait prendre leur place. 

Je le redis encore une fois, dans moins de dix ans, les nouveaux enseignants seront recrutés sur le Bon Coin.

Ce métier est moribond. 

 

Doubler leur salaire comme le propose Hidalgo ? L’art de prendre les enseignants pour des pigeons

Édito

Par 

Publié le 15/09/2021 à 19:20

La promesse d’Anne Hidalgo de doubler le salaire des enseignants à l’échelle d’un quinquennat relève d’une partition somme toute classique. Voilà déjà longtemps que les socialistes, comme les autres partis, ont abandonné toute réflexion sur l’école. Pourtant, sur ce sujet, il faut une de ces remises à plat que seules permettent les ruptures historiques, estime Natacha Polony. Pour une fois, nous pourrions ne pas attendre la catastrophe.

 

Que faire, quand on est candidat à l’élection présidentielle pour le Parti socialiste, pour tenter d’exister ? Quand on n’a pas l’ombre d’un programme, ou d’une vision pour la France ? Quand même votre parti vous choisit par défaut, sans conviction, parce qu’il faut bien être présent à l’élection reine ? On se souvient que le Parti socialiste eut autrefois une clientèle, un électorat captif. Et l’on bat le rappel avec tambours et grosse caisse.

La promesse d’Anne Hidalgo de doubler le salaire des enseignants à l’échelle d’un quinquennat relève d’une partition somme toute classique. La mesure n’est pas chiffrée, et La France insoumise elle-même se paie le luxe de moquer un Parti socialiste qui, « autrefois, avait une culture de gouvernement ». Désormais, on peut dire n’importe quoi. Méfions-nous, la dernière fois que le Parti socialiste a lancé une proposition irréaliste, à laquelle son auteur ne croyait pas, pour exister dans une campagne où sa victoire était totalement improbable, cela a donné les 35 heures… À ceci près qu’une augmentation massive du salaire des enseignants serait, elle, souhaitable et nécessaire. C’est là toute la nuance. Encore faut-il s’entendre sur les modalités. Encore faut-il, surtout, avoir un projet pour l’Éducation nationale.

Voilà déjà longtemps que les socialistes, comme les autres partis, ont abandonné toute réflexion sur l’école. La promesse de François Hollande de créer 60 000 postes dans l’Éducation nationale (et non 60 000 postes de professeur, détail qui avait échappé à beaucoup) lui a servi de programme en la matière, et les idées de Vincent Peillon sur la « refondation de l’école » se sont limitées au « renforcement du socle commun » et davantage de numérique dans les classes. Benoît Hamon, éphémère ministre qui n’a pas fait sa rentrée, n’a pas davantage brillé en tant que candidat. Entre-temps, Najat Vallaud-Belkacem s’était faite le chantre, avec la foi du néophyte, de toutes les lubies pédagogiques des idéologues qui tiennent chaque strate de l’institution et l’ont méticuleusement massacrée depuis quarante ans.

MISE EN COMPÉTITION

Commençons par le bilan. Le diagnostic sur la paupérisation des enseignants est enfin posé. C’est une des fautes de Jean-Michel Blanquer de n’avoir pas, dès son arrivée au ministère, lancé la revalorisation comme une des principales urgences. Pour le reste, aucun ministre n’ose bouger, par peur des syndicats. Reste donc le décret de 1950 qui fixe le statut et le temps de travail des enseignants, avec toutes les caricatures auxquelles il donne lieu aujourd’hui. Dix-huit heures par semaine pour un professeur certifié, quinze heures pour un agrégé.

Quel scandale ! Et ils osent se plaindre ? Qui rappelle que ce temps correspond à un calcul précis : pour une heure de cours, une heure et demie de préparation, correction de copies, remise à niveau dans sa discipline, pour un certifié ; et deux heures pour un agrégé, censé fournir des cours plus pointus et lire des copies plus fournies. Donc quarante-cinq heures par semaine. C’est en fait davantage pour les consciencieux, pour les plus impliqués, et moins pour les paresseux, pour ceux qui recyclent chaque année le même cours. À ceci près que les professeurs, contrairement aux salariés classiques, ne seront jamais récompensés pour leur investissement et la qualité de leur travail. Leur seule gratification est de voir leurs élèves progresser et de savoir qu’ils ont été utiles.

« Le statu quo est insupportable parce qu’il broie les enseignants, détruit les vocations et amplifie la relégation de la France à travers la baisse de niveau de ses enfants. »

Revoir l’organisation du système est aujourd’hui un tabou absolu. Nombre de professeurs constatent depuis longtemps ce qu’ils appellent la « libéralisation » de l’école, à la fois triomphe de l’utilitarisme, contre la culture et le savoir, intrusion des intérêts privés, sous couvert, notamment, de développement du numérique, mise en compétition permanente de ce qui devient un marché de l’éducation. Ils craignent que tout changement n’amplifie ce mouvement. Pour autant, beaucoup aspirent à davantage de liberté dans leur travail, de reconnaissance de leur implication, de prise en compte du gouffre qui sépare l’enseignement dans des zones difficiles et dans des établissements de centre-ville.

Le rôle des politiques serait de poser sur la table tous les éléments du problème. Le système de points, totalement sclérosé, qui envoie dans les zones d’éducation prioritaire les jeunes professeurs, et même les vacataires qui ont échoué au concours. La coupure entre primaire et secondaire, en envisageant, pourquoi pas, la bivalence, l’enseignement de deux matières, pour la sixième, pour aider les élèves pour qui l’entrée au collège précipite l’effondrement. Peut-être intégrer davantage la sixième et la cinquième au primaire, et repenser quatrième et troisième comme des charnières d’orientation. Même l’autonomie des établissements scolaires mérite d’être discutée, pour savoir si elle peut être autre chose qu’une prime aux projets pédagogiques délirants et une mise en concurrence généralisée.

Le statu quo est insupportable parce qu’il broie les enseignants, détruit les vocations et amplifie la relégation de la France à travers la baisse de niveau de ses enfants. Là comme ailleurs, il faut une de ces remises à plat que seules permettent les ruptures historiques. Pour une fois, nous pourrions ne pas attendre la catastrophe.

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