Articles de la-haut
"Ces villes qui se rebellent"
"La souveraineté". C'est à dire la possibilité légale de décider ce qui est le plus juste dans un espace précis, pays, régions, départements, communautés de communes, communes, hameaux...Je pense que l'organisation de nos sociétés "démocratiques" est loin d'être respectueux des citoyens et de leurs plus proches représentants. Il suffit de lire cet article pour voir à quel point les décisions arbitraires, injustifiées, inutiles, et parfois totalement contre-productives viennent du haut de l'organigramme et que les décisions les plus justes viennent d eceux et celles qui vivent dans l'espace réel et non dans des sphères buraucratiques très éloignées.
Je ne crois en politique qu'au pouvoir des communautés. Un pouvoir partagé. Tout ce qui vient d'une instance supérieure sera inévitablement décorrellée des besoins un jour ou l'autre.
https://lareleveetlapeste.fr/ces-villes-qui-se-rebellent-contre-lempire-des-multinationales/?
Ces villes qui se rebellent contre l’empire des multinationales
S’associant aux habitants, les édiles sont de plus en plus nombreux à s’attaquer aux multinationales qui font main basse sur leurs communes.


- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France
Dans quelques jours ont lieu les élections municipales. Les électeurs s’apprêtent à décider quelle mouvance politique façonnera leur ville pour les six prochaines années. Si certaines personnes peuvent légitimement douter de l’importance de ce vote, tant le pouvoir des communes se réduit de jour en jour, un livre récent, Villes contre multinationales, nous rappelle que les municipalités sont également des lieux privilégiés de révolte et d’expérimentation de nouvelles formes de partage et de gouvernance. Comment les maires et les citoyens s’organisent-ils pour contrecarrer l’emprise sans cesse renforcée des grandes entreprises sur nos territoires, nos ressources et nos modes de vie ? Des fonds de spéculation immobilière aux plates-formes de VTC et d’hébergement, des antennes 5G aux voitures, en passant par la gestion de l’eau et des déchets, les monstres du capitalisme n’ont qu’à bien se tenir : les municipalités veillent au grain. Voici quatre exemples des combats que mènent les villes contre les multinationales.
Bien que le pouvoir réel des villes et leurs marges de manœuvre soient limités à tous les échelons, comme on le sait, par le juge, l’État, l’Europe ou les lois obscures du marché, les politiques menées par les maires et les citoyens sont pourtant les plus susceptibles de bouleverser l’ordre actuel en construisant la transition écologique, sociale et démocratique dont nous avons cruellement besoin.
Villes contre multinationales : voilà le titre prometteur d’un petit livre inédit en son genre. Éditée fin février par l’Observatoire des multinationales et ENCO, un réseau européen de surveillance des entreprises, cette publication a l’ambition de « dresser un panorama, à l’échelle de l’Europe, des luttes et des initiatives menées contre les multinationales, dans des secteurs très divers, par des municipalités progressistes, des groupes de la société civile et des mouvements sociaux urbains. »
« Paris, Grenoble et le mouvement de remunicipalisation de l’eau en France »
À la suite d’une privatisation catastrophique (hausse des prix, vétusté du réseau, dividendes scandaleux), la mairie de Paris a décidé de reprendre la main sur la gestion de l’eau, soufflant par là même les contrats juteux des deux principaux opérateurs, Veolia et Suez, désormais déchus de leurs droits. C’est ainsi qu’en 2009, Eau de Paris est né ; et huit ans plus tard, en 2017, l’organisme reçoit le prix du service public des Nations unies, l’un des plus prestigieux en la matière.
Pour en arriver à un résultat aussi brillant, il a cependant fallu mettre en œuvre un projet ambitieux : transparence, gouvernance démocratique (avec l’Observatoire parisien de l’eau), baisse drastique des prix, économie des ressources, protection des zones de captage (en Normandie et en Île-de-France, sur des terres agricoles notamment), augmentation des fontaines publiques pour les sans-abris et les migrants…

Cette année, après un recours de plusieurs années, la mairie de Paris a même reçu une autorisation européenne inédite : financer l’agriculture biologique sur toutes ses aires de captage, afin d’améliorer à la source la qualité de l’eau. Tous ces volets sociaux et environnementaux répondent en fait à une seule et même volonté, à savoir restaurer et promouvoir un service public vertueux, au bénéfice des citoyens et non plus des multinationales. À présent, personne ne songerait à revenir en arrière.
La mairie de Paris aurait-elle connu une telle réussite, si la ville de Grenoble, pionnière dans la remunicipalisation de l’eau, ne lui avait pas apporté son aide ? Presque dix ans avant Paris, en 2000, après plusieurs scandales de corruption et une augmentation indécente des prix, Grenoble choisit contre vents et marées de mettre fin à tous les contrats de privatisation de l’eau, devenant en quelques années un modèle de gestion performante et honnête.
Par la suite, comme le note Olivier Petitjean, l’auteur de l’article, « des acteurs grenoblois ont aidé Paris à mener à bien sa propre remunicipalisation. À leur tour, les experts et les dirigeants d’Eau de Paris ont aidé d’autres élus, des groupes de citoyens et des syndicats à s’opposer à des projets de privatisation dans leurs villes ou à entreprendre leur propre remunicipalisation. »
Un cercle vertueux se met en place, dans lequel les différents acteurs se procurent entraide et expertise, conseils et innovations, au point que la décennie 2005-2015 semble mettre brutalement fin à la vague de privatisations qui connaît son apogée dans les années 1990. Montpellier, Nice, Rennes, des dizaines de villes passent de la gestion privée à la gestion publique, tandis qu’on ne trouve pas un exemple du mouvement inverse.
Portées par des élus volontaires, des syndicats et des acteurs de la société civile, plébiscitées largement par la population, ces remunicipalisations de l’eau ont parallèlement forcé les trois principales entreprises du secteur, Veolia, Suez et la Saur, à revoir de fond en comble leurs pratiques de gestion, leurs prix et leur transparence. Aujourd’hui, la bataille des idées est gagnée, mais le combat que livrent les multinationales pour récupérer cette ressource aussi vitale que lucrative est loin d’être terminé.
« Comment Airbnb utilise Bruxelles pour brider les villes d’en haut »
Airbnb, ce mastodonte numérique, pèse trois milliards de dollars de chiffres d’affaires à coups de commissions anodines, et cristallise surtout tous les abus du tourisme de masse. À la conquête des plus grandes villes comme des plus petites, la politique « cavalière » d’Airbnb a su s’implanter dans les habitudes et les territoires du monde entier, bouleversant radicalement le tourisme et la démographie des villes.
La stratégie de la multinationale ? Une dérégulation complète du marché, un vide législatif lui laissant libre voie à la colonisation progressive des logements.
Cependant, depuis une bonne dizaine d’années, les citadins comme les édiles s’aperçoivent que la plate-forme emblématique de la smart city de demain ne leur a apporté que des désagréments. Et la liste de ces doléances est longue :
pénurie de locations à cause du détournement croissant des biens locatifs au profit de meublés touristiques ; inflation immobilière, du fait de la spéculation massive de promoteurs voulant réserver des immeubles entiers au tourisme ; apparition de quartiers fantômes, transformés en simples dortoirs ; gentrification accélérée, produite par l’invasion des quartiers populaires et la relégation des populations précaires aux périphéries des villes ; désertification des centres-villes, évincement de la population locale et perte d’identité des quartiers ; fermeture des commerces de proximité, à commencer par les hôtels, asphyxiés par une concurrence déloyale ; perte d’une manne financière prodigieuse pour les municipalités, auxquelles échappent les taxes touristiques, directement captées par la plate-forme…
Rien qu’à Paris, il y aurait sur Airbnb pas moins de 60 000 offres de logement, dans un roulement permanent qui laisse penser que bien plus d’habitations sont consacrées en temps complet ou partiel à l’hébergement touristique.
Pour toutes ces raisons à la fois, le tissu urbain s’émaille, les quartiers des grandes villes comme Paris, Bordeaux, Toulouse ou Lille se vident et sont remplacés par des espaces uniformes et muséifiés, au sein desquels les prix et les conditions de vie flirtent avec l’indécence. Mais les maires sont désormais de plus en plus nombreux à s’emparer du sujet, bien décidés à en découdre avec le géant du numérique.
Ainsi, depuis 2014, Ada Colau, la maire de Barcelone, mène une guerre de position contre la plate-forme et plus largement contre la massification du tourisme. Une étude dans la capitale de la Catalogne a même prouvé que les prix des loyers étaient influencés par l’usage du site internet.
Refusant désormais d’accorder des licences pour appartements touristiques, Barcelone a mis sur pied une équipe de surveillance chargée de traquer les fraudeurs. En avril 2019, Madrid a également décidé de fermer à brève échéance une dizaine de milliers de logements touristiques, qui sont loués plus de 90 jours par an à des étrangers.
À Los Angeles, les habitants n’ont désormais le droit que de louer leur résidence principale, au maximum 120 jours à l’année : finis les spéculations et les regroupements d’immeubles. Dans la même veine, Amsterdam a fait passer les durées légales de location de 60 à 30 jours par an, de telle sorte que la solution hôtelière est devenue depuis un an et demi la moins chère de toutes. Récemment, à Cannes, la municipalité a bloqué la transformation de quatre immeubles de l’hyper-centre en hébergements touristiques, mettant fin à une vague de spéculation ruinant la vie de la commune.
À Paris, où 4 % des logements intra-muros figureraient sur Airbnb et où des locataires étranglés se retrouvent en concurrence avec des touristes disposés aux largesses, la municipalité s’est déjà plusieurs fois cassé les dents sur la plate-forme. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Par le passé, il y a du moins plus de cinq ans, la mairie avait demandé à Airbnb de lui fournir une liste transparente des bailleurs permanents et occasionnels, dans l’espoir de fixer une limite de nuitées, ainsi qu’un permis de location obligatoire.
Mais en 2015, l’entreprise américaine est partie se plaindre auprès des institutions européennes, qui ont répondu que la ville de Paris et plus largement les États voulant réguler la plate-forme contrevenaient aux directives Services et e-Commerce. En décembre 2019, rebelote : la Cour européenne de justice nie toute base légale aux encadrements de la plate-forme par les villes.
En guerre contre les communes, Airbnb est bien décidé à l’emporter, à travers un lobbying intense auprès de l’Union européenne, comme le montre un rapport de 2018 intitulé « UnFairbnb ».
Tant que la plate-forme refusera de partager ses données avec les villes, celles-ci resteront incapables d’agir contre la fraude et la spéculation, faute de preuves juridiques. Pendant ce temps, 12 000 personnes quittent Paris chaque année et 17 % du parc locatif demeure inoccupé, ce chiffre montant à 26 % dans les quartiers les plus riches.
Mercredi 4 mars, vingt-deux villes européennes ont appelé la Commission et le Parlement européens à adopter une « meilleure législation » sur les plates-formes de location de meublés touristiques. En effet, la directive e-Commerce, sur laquelle repose toute la stratégie des entreprises numériques, date du début des années 2000, c’est-à-dire bien avant que les plates-formes en question ne voient le jour.
Il y a donc urgence absolue, d’autant qu’Airbnb n’est pas la seule multinationale à s’emparer des territoires et des logements citadins. La concurrence est large. Rappelons que le droit au logement a une valeur constitutionnelle en France depuis 1946.
Airbnb, de même que les autres plates-formes de tourisme en ligne d’envergure internationale, pulvérise à petit feu ce droit historique, de sorte que le parc de logements des grandes villes, comme le dit si bien le journal Le Monde, est en train de se faire « cannibaliser » à petit feu. Mais les grands perdants seront toujours les mêmes : tous ceux qui n’ont pas eu le cœur ou les moyens de se jeter sur un nouveau genre de biens marchands.
« Stop 5G : Ces habitants, docteurs et juges qui vont à contre-courant de l’amour des Italiens pour les smartphones »
En cette période d’élections municipales, l’opposition citoyenne à la nouvelle technologie ultra-énergivore et peut-être dangereuse figure bien souvent en tête des revendications.
À l’égal des compteurs Linky, les antennes 5G qui n’ont de révolutionnaires que le nom sont un exemple cuisant de la manière dont l’Union européenne, les gouvernements et les géants de la télécommunication peuvent imposer un projet pharaonique depuis le sommet, sans tenir compte le moins du monde de la volonté populaire et des pouvoirs locaux.
Aujourd’hui, malgré plusieurs vagues de contestation, des doutes sur certains opérateurs, un coût environnemental exorbitant et une menace sanitaire incertaine, la position de l’État est des plus claires : la 5G sera installée progressivement sur tout le territoire, les villes, les villages, les routes puis les campagnes, que vous le vouliez ou non.
Parmi les arguments des chantres de la 5G, on trouve pêle-mêle : le développement des villes intelligentes ou « smart city », des capacités de téléchargement dix à vingt fois plus élevées, davantage de connexions simultanées et moins de latence, des innovations en chaîne, comme les voitures autonomes, la chirurgie à distance, la reconnaissance faciale, les lampadaires connectés, etc.
Mais à l’heure de la crise écologique et de la réduction du carbone et de la consommation des métaux lourds, le déploiement de ces infrastructures aura un coût monstrueux, car il nécessitera une extraction sans précédent de minerais, provoquera une multiplication par deux ou trois de nos besoins d’énergie, pourra mettre en danger la sécurité du pays et en l’absence d’études préalables, entraînera peut-être des dégâts environnementaux et biologiques catastrophiques.
Bref, à part pour nous surveiller mieux, nous vendre davantage d’objets et nous faire travailler à une cadence plus importante, cette technologie pseudo-révolutionnaire a des allures de grand projet inutile.
Si on se donnait la peine de leur demander, on s’apercevrait certainement qu’une majorité de citoyens (ou plutôt de « consommateurs ») n’ont que faire de cette innovation aux risques inconnus. Cependant, les enjeux financiers sont colossaux et les multinationales des télécommunications, qui ont depuis bien longtemps convaincu les gouvernements de très nombreux pays, sont bien décidées à ne jamais lâcher le morceau.
Pour information, en France, Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free sont les principales multinationales qui rafleront les appels d’offres publiques et se chargeront de la couverture du territoire national. Face à de tels géants équipés et organisés, la résistance locale des maires et des habitants a-t-elle la moindre chance d’aboutir ?
Dans tout le pays, on voit fleurir une opposition citoyenne de plus en plus structurée, qui conduit parfois les maires à prendre conscience du problème et à utiliser les pouvoirs dont ils disposent pour freiner la 5G.
À Gargenville par exemple, dans les Yvelines, à la suite d’une mobilisation des riverains, le conseil municipal a fini par interdire la construction d’une antenne massive (36 mètres de hauteur) sur un terrain communal. Toutefois, l’opérateur pourra s’en sortir en acquérant un terrain privé et dans ce cas de figure, élus et citoyens se trouveront démunis.
Autre exemple : à Pont-l’Abbé, dans le Finistère, un collectif de citoyens opposés à cette technologie a interpellé récemment l’équipe municipale pour lui faire entendre ses revendications. À Bordeaux, les élus écologistes sont vent debout au conseil municipal contre l’expérimentation de la 5G dans leur commune, de même que dans dix autres villes ; de fait, les verts refusent que les Bordelais servent de cobayes à cette technologie aussi puissante que méconnue.
À l’échelle nationale, un recours vient d’être déposer au Conseil d’État par des ONG, des collectifs, des députés et des syndicats pour annuler ou geler les appels d’offres.
Mais pour en revenir à l’échelon local, le livre Villes contre multinationales donne l’exemple du village de Pagliare di Sassa, dans la banlieue de L’Aquila (72 000 habitants), au centre de l’Italie.
Dans cette commune fortement touchée par les tremblements de terre, une antenne de 35 mètres de haut a été installée en août 2018. Depuis lors, les habitants ne cessent d’en ressentir les effets : maux de tête, pertes de mémoire, troubles de la vue, appareils ménagers dysfonctionnels…
Les habitants de cette zone d’expérimentation se sont tout bonnement transformés en « rats de laboratoire ». L’Aquila fait partie des cinq villes désignées par le gouvernement pour expérimenter la 5G, avec Bari, Milan, Prato et Matera. En 2019, sept antennes y ont été installées et les géants des télécoms prévoient d’en mettre sur pied une tous les cent mètres, de tailles différentes, afin de mailler le réseau.
La 5G nécessite en effet davantage de métaux et un maillage plus resserré que la technologie précédente. En Italie, les opérateurs ont dépensé 6,5 milliards d’euros pour emporter les fréquences lors de leur mise aux enchères : les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Mais dans toute l’Italie, les communes organisent la résistance. Maria Maggiore, l’auteure de l’article, note que ce sont surtout les petites localités qui se rebellent, celles qui comptent entre 10 000 et 50 000 habitants.
À Marsaglia, dans le Piémont (région de Turin), le conseil municipal a voté contre toute expérimentation, mettant fin aux tentatives d’implantation d’antennes. La maire s’oppose vigoureusement au projet ; et pour cause, la mairie n’avait pas même été prévenue.
Désormais, plein de petites villes jusqu’à la botte italienne ont pris part à la révolte : San Gregorio Matese et Scanzano Jonico en Campanie, Cogne près d’Aoste, Cervia près de Ravenne, Caorle en Vénétie ou encore en Sardaigne, en Émilie-Romagne, en Calabre… Toutes refusent que leurs communes soient des lieux d’expérimentation et font valoir leur responsabilité sanitaire en cas de crise.
Un appel de 60 administrations locales est même parvenu au Parlement italien en juin 2019, avec une forte appartenance du Mouvement 5 étoiles, qui est au gouvernement.
« Tout ceci reste pour l’instant une goutte d’eau dans l’océan de consommateurs italiens très accros à leurs smartphones », précise l’auteure.
Mais les faits sont là : ce sont les citoyens et les maires des petites communes qui, les premiers, ont choisi de se révolter. Très vite, ils ont été relayés par des magistrats, qui ont « lancé la bataille judiciaire pour faire reconnaître la dangerosité des ondes électromagnétiques au plus haut niveau ».
Certains estiment d’ailleurs que l’expérimentation d’un tel projet sur des êtres humains constitue un « crime contre l’humanité » ;
si cette expression peut choquer, soulignons que les multinationales n’en seraient pas à leur premier crime dans l’histoire. L’Italie est l’un des premiers pays du monde dans lequel la jurisprudence a déjà plusieurs fois reconnu un lien de causalité entre tumeurs du cerveau et utilisation prolongée des téléphones. Cette révolte des mairies est-elle une faille dans l’empire des multinationales de la télécommunication ? L’avenir nous le dira. L’exemple de l’Italie prouve du moins que les maires de bonne volonté et les citoyens peuvent parvenir à enrayer un système qui semble la plupart du temps invincible.
Ces quatre situations, dans lesquelles des villes ont résisté contre toute attente aux multinationales, prouvent l’importance cruciale des maires dans l’écoute des citoyens et la gestion locale des grands problèmes. Bien que les décisions soient prises d’en haut, c’est en définitive dans les territoires que tout se passe, c’est dans les villes, les villages et les communes que les conséquences de ces décisions sont à l’œuvre. Une résistance locale est donc possible, ou plutôt nécessaire.
Dans un article du journal en ligne Reporterre, vous pouvez retrouver la version numérisée du livre Villes contre multinationales, ainsi qu’un résumé de son contenu.
Sur Basta ! figure également le plan du livre.
Enfin, vous pouvez retrouver les articles, publiés au compte-gouttes sur la plate-forme de l’Observatoire des multinationales :
Géants du numérique, privatiseurs et marchands d’armes : pourquoi la révolte couve contre la smart city, par Olivier Petitjean.
« Qu’est-ce que Dubrovnik aujourd’hui ? » Golf, accords de libre-échange et le combat pour l’âme d’une ville, par Igor Lasić.
Quand citoyens et villes allemandes se soulèvent face à l’industrie automobile, par Déborah Berlioz.
#RavalVsBlackstone : comment un collectif d’habitants de Barcelone a fait reculer un géant de Wall Street, par Max Carbonell.
12 mars 2020 - Augustin Langlade
Le potager de Bernard Bertrand
Si vous vous intéressez à la culture d'un potager, cet homme-là est une référence. Il est connu également pour son travail en vannerie. Personnellement, j'aime l'écouter transmettre son savoir et sa vision du monde naturel.
Souffrance animale / Souffrance végétale
Sur certains groupes de discussion (collapsologie et alimentation), je vois parfois passer des échanges sur l'alimentation au regard des souffrances inhérentes.
Certains considèrent qu'il est aberrant de se priver de la viande avec pour objectif de ne pas participer à la souffrance animale étant donné que les végétaux, eux aussi, perçoivent la douleur, qu'ils possèdent une "conscience" suffisante pour considérer que la cueillette ou l'arrachage constituent un acte violent lui aussi. Et donc, il ne serait pas logique de se priver de l'alimentation carnée sur le seul critère de la souffrance.
Ma première réaction est toujours de me demander en quoi il serait logique, juste et raisonné de valider une souffrance parce qu'il en existe une autre...Il serait normal de manger des animaux même s'ils souffrent de leurs conditions de vie et d'abattage puisque les végétaux souffrent aussi. Dans cette logique, un mal en autorise un autre.
Personnellement, la conscience qu'un mal existe ne me donne aucunement envie d'y participer ni encore moins d'en cautionner un autre. Je n'étouffe pas ma conscience en estimant que le comportement de la masse est inévitablement le bon et qu'il est donc "normal" de participer. La souffrance animale, entre autres raisons, m'a porté vers le végétarisme et je m'y applique avec une profonde attention envers les plantes et les fruits qui me nourrissent.
D'autre part, cet argument qui consisterait à ne pas plus manger de végétaux que de viande en raison d'une éventuelle souffrance des premiers est irrecevable étant donné que cela nous condamnerait à mourir de faim. Cet argument opte donc pour un raisonnement absurde qui ne vient que montrer les détours pris par les adeptes de l'alimentation carnée pour dévoyer les adeptes du végétarisme. Aucun végétarien ne se laisserait mourir de faim s'il n'avait comme autre solution que de manger des animaux. Nous vivons sous des cieux où le choix est possible. J'ai donc choisi la voie qui m'assure être celle de la moindre souffrance.
Je sais que les plantes réagissent de façon bien plus élaborée que ce qui semble a priori. Elles sont sensibles au stress, certaines sont sensibles à la musique. L'argument appelé "le cri de la carotte" est très bien expliqué dans cet article :
http://www.slate.fr/story/157159/cri-carotte-vegetariens-plantes-douleur
Ce qu'il faut répondre à un omnivore qui vous sort l'argument du «cri de la carotte»
Daphnée Leportois — — mis à jour le 14 février 2018 à 8h04
C’est le point Godwin de tout débat (houleux) entre végétariens et «carnistes». Tous ceux qui, dans l’optique de ne pas faire souffrir les animaux, refusent de consommer de la viande se sont déjà vu rétorquer que les plantes aussi souffrent. Sauf que c’est un peu plus compliqué que ça.

Les carottes sont cuites (aussi). | Pat David via Flickr CC License by
Temps de lecture: 9 min
Pas besoin de chercher longtemps pour tomber dessus: le «cri de la carotte», c’est l’argument fétiche des omnivores fanatiques qui ne supportent pas que d’autres, végétariens, végétaliens ou vegans, ne fassent pas les mêmes choix alimentaires carnés qu’eux. Logique imparable: puisque les plantes aussi sentent qu’on les mange –oui, elles ne meurent pas à la récolte, il faut attendre qu’elles pourrissent ou (que les carottes) soient cuites– à quoi bon alors se soucier de la souffrance animale et, surtout, se priver de délices de viandards? Et toc.
![]()
Vraiment innovant comme argument le cri de la carotte!
C'est pas comme si je l'avais entendu 1000fois
Trouve autre chose tu vas y arriver! https://twitter.com/stesoca/status/957256830585106432 …
Trêve de sarcasme. Si l’expression et sa résurgence à tous les coups au beau milieu de débats enflammés (ou de dialogues de sourds éternellement recommencés) font figure d’arguties, pas question de l’évacuer sans réfléchir. La question mérite en effet d’être posée.
«Il n’y a pas si longtemps, on pensait que les bébés pleuraient par réflexe et ne ressentaient pas la douleur. On a dit la même chose du homard plongé dans l’eau bouillante. Maintenant, on se pose la question à propos des plantes», constate le physicien des plantes Stéphane Douady, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
Et ce, d’autant que, ces dernières années, on n’a eu de cesse de s’étonner des capacités des végétaux, à communiquer entre eux par exemple ou encore à stocker des informations. Alors, si les plantes semblent douées d’intelligence (encore que cette notion d’intelligence fasse débat au sein de la communauté scientifique) pourquoi ne sentiraient-elles pas qu’on les cueille et croque, voire en souffriraient? Hein? Pourquoi pas, après tout. Sauf que tenir ce raisonnement revient, au fond, à faire preuve d’anthropomorphisme. Et ce, même si beaucoup d’éléments scientifiquement prouvés montrent que le règne végétal est sensible, et parfois bien plus sensible que nous autres humains.
.gif)
À bout de nerfs
Ainsi, des chercheurs ont établi, en ce qui concerne les animaux, une liste de critères permettant d’attester l’existence de la douleur.
«Si on les passe tous en revue, il y en a un tiers voire plus que l’on retrouve aussi chez les plantes. On est au milieu du gué», pointe Bruno Moulia, directeur de recherche à l’Institut de la recherche agronomique (Inra) et spécialiste de la mécanobiologie des plantes.
Par exemple, pas de traces de nocicepteurs côté végétal: «Ces récepteurs particuliers qui conduisent à la douleur, on n’en a jamais trouvé chez les plantes pour l’instant.»
À LIRE AUSSI Manger des huîtres ne fait pas de mal (même pas aux huîtres)
Sauf que, fait remarquer son collègue Stéphane Douady, «cette liste n’est pas là pour dire “Est-ce qu’il y a douleur?” mais “Est-ce que ça fonctionne comme pour nous?”». Un constat avec lequel Bruno Moulia est d’accord: «Il ne faut pas sous-estimer les différences entre nous et les plantes; nous nous sommes séparés il y a 3,2 milliards d’années. C’est énorme: la Terre a 4,5 milliards d’années. Nous avons une évolution séparée depuis longtemps.»
Retenez donc qu’il ne suffit pas d’objecter que les plantes n’ont ni cerveau ni système nerveux pour affirmer qu’elles ne ressentent pas la douleur.
«Effectivement, les plantes n’ont pas de neurones ni de ganglions neuronaux, mais ce n’est pas pour ça qu’elles n’ont pas de sensibilité», appuie son confrère du CNRS. La preuve: des signaux électriques «qu’on peut comparer à des influx nerveux» se propagent à l’intérieur de la plante et entre les plantes, développe Bruno Moulia.
Bons vivants
Résultat: «Si on parle de la sensibilité d’un point de vue physiologique, de la faculté de percevoir par les sens, de capter des choses de son environnement et d’y réagir, c’est une propriété générique du vivant», insiste le chercheur. Et donc des végétaux, et pas seulement du règne animal.
Là-dessus, aucun débat.
«Pour être vivant, il faut savoir percevoir son environnement, souligne Hervé Sentenac, également directeur de recherche à l’Inra et spécialiste de l’adaptation des plantes aux conditions environnementales. Il est évident qu’une plante perçoit son environnement, probablement plus que d’autres êtres vivants: elle est immobile, elle y a donc intérêt pour s’adapter à l’avance. Si elle ne s’adapte pas, elle meurt. Les plantes ont ainsi la capacité de percevoir des variations très pointues, comme les variations atmosphériques, et d’y réagir; par exemple, s’il fait chaud et sec, elles ferment leurs stomates afin d’éviter de souffrir de stress hydrique.»
À LIRE AUSSI Les plantes entendent quand on croque leurs feuilles (et elles se défendent)
On vous voit venir. Vous allez dire que les végétaux réagissent par automatisme, qu’il s’agit de banals réflexes. C’est vrai qu’«on a toujours envie de dire que c’est un réflexe, une réponse mécanique, stéréotypée, toujours la même, comme quand on tape le ligament du genou et que la jambe remonte», admet Stéphane Douady. Sauf que vous faites chou blanc: de nombreuses expériences ont montré que ce n’était pas le cas. Ne serait-ce parce que les réactions des plantes varient en fonction de leur vécu.
Vent debout
Ainsi, explicite Bruno Moulia, qui étudie depuis plus de trois ans la perception par les arbres du vent et leurs réactions au sein de l’unité mixte de recherche «Physique et physiologie intégratives de l’arbre en environnement fluctuant» joliment abrégée en Piaf (Inra-Université Clermont-Auvergne), les arbres augmentent leur croissance en diamètre en fonction du vent qu’ils perçoivent. Mais… «La plante fait varier sa sensibilité de manière à exclure les vents thermiques courts dont elle a l’habitude et ne prendre en compte que les coups de vent, ceux qui sont inhabituels.» Sinon, ce serait une perte d’énergie d’envoyer des signaux d’alerte pour réagir en conséquence à chaque doux zéphyr.
Ce mécanisme d’habituation va donc bien au-delà d’une réponse immédiate et stéréotypée. «La plante fait plus que sommer un ensemble de réponses automatiques; il s’agit d’une réponse intégrée qui tient compte de tout ce que ses cellules perçoivent, de combinaison des stimuli», accentue Jacques Tassin, chercheur en écologie végétale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, par ailleurs auteur du livre À quoi pensent les plantes? (Odile Jacob, 2016).
Coup de stress
Reste désormais à savoir si l’on peut passer de la sensation à la douleur. Et, pour cela, à savoir ce que recoupe le terme «douleur». Les recherches de Stéphane Douady au sein de l’unité mixte de recherche «Matière et systèmes complexes» (CNRS-Université Paris-Diderot) l’amènent à formuler les choses ainsi:
«La douleur, c’est la perception d’une menace grande qui implique une réponse aussi très grande. Et, si on prend la douleur comme une sorte de sensation d’urgence, je pense que les plantes ressentent de la douleur.»
Il cite l’exemple des koudous tués par des acacias en Afrique, preuve que, en situation de danger, les plantes envoient des signaux. «C’est une réaction intense rapide. Ça s’assimile à un stress et probablement à une douleur.»
Le chercheur, qui est par ailleurs végétarien, évoque aussi la réaction des pins lorsque leur écorce est arrachée par des ruminants. «On observe une réaction de la plante qui s’apparente à la peur de la mort. Le pin, ça le stresse. S’il survit, l’année d’après, il va faire énormément de pommes de pin pour essayer de se reproduire au lieu d’investir dans sa croissance. C’est un peu comme s’il se disait “oh là là, je vais mourir, j’investis dans ma descendance”.»
Un exemple parlant mais qui, pour son confrère Bruno Moulia, est davantage une réponse intégrée à un gros stress qu’une manifestation de peur –question, importante, de définition et d’acception des termes. «Les cris des plantes existent, sauf qu’ils ne sont pas exprimés sonorement, résume-t-il. Mais ce n’est pas parce qu’il y a cri qu’il y a douleur.»
À la racine
Il ne faudrait en effet pas faire l’impasse sur une différence essentielle entre les végétaux et les animaux, signale Stéphane Douady:
«Pour nous, la notion d’individu s’applique bien. On a beau avoir des organes, on est un ensemble cohérent difficilement divisible et l’on peut être anéanti. Alors que la plante peut être cassée en morceaux et cela peut même être pour elle une manière de se propager.»
«Il est très différent de manger un fruit, qui est fait par la plante pour être mangé, et une racine, qui revient à manger la plante en elle-même.»
Stéphane Douady
Eh oui: «Les plantes ont la capacité de se reconstruire; elles ont développé quelque chose que nous ne savons pas faire, elles remplacent l’élément manquant par une autre tige, une autre feuille…», ajoute Bruno Moulia. C’est bien pour ça que «les plantes qui se font brouter régulièrement dans la nature, malgré l’intensité et la violence des attaques, ne sont pas en danger». Peut-être alors que l’expression «cri de la carotte» est bien trouvée, parce qu’il «est très différent de manger un fruit, qui est fait par la plante pour être mangé, et une racine, qui revient à manger la plante en elle-même», suggère Stéphane Douady. Là, c’est la partie essentielle, vitale, qui est mise à mal.
Reste que, même chez les animaux, il arrive que le corps ne ressente pas de douleur lorsque la Grande Faucheuse se ramène: «Quand il est trop tard, la proie est tétanisée et ne ressent plus du tout de douleur, détaille Bruno Moulia. On peut ainsi imaginer qu’il n’y aurait pas de réaction car la situation est désespérée et qu’il n’y a plus d’avantage à réagir.»
Stéphane Douady acquiesce:
«Les fakirs et d’autres expériences de neuroscience cognitive le montrent. Si on enlève le sentiment d’avoir à réagir, à s’agiter, et si on le remplace par l’acceptation qu’on ne peut rien y faire, alors le sentiment de douleur disparaît.»
Frein à l’évolution
Eh oui, on oublie souvent que la douleur physiologique a une utilité: c’est un signal d’alarme qui nous permet d’avoir des réactions adéquates et de protéger notre organisme. «Si la plante est capable de percevoir certaines choses et d’adapter son comportement, c’est parce que ça lui sert», abonde Hervé Sentenac.
La preuve:
«Si on prend un couteau-greffoir et la “blesse” pour une greffe, il va y avoir un processus de cicatrisation autour du greffon, qui fait partie de sa biologie. Elle s’adapte parce qu’elle a évolué pour cela, sinon son espèce aurait déjà disparu: en effet, la plante ne peut pas vivre à nu, “blessée”, sans risquer des attaques bactériennes. Mais ce n’est pas pour ça qu’elle ressent de la douleur.»
Tout simplement parce que ça lui serait inutile!
«On peut imaginer qu’éprouver de la douleur n’a pas de sens physiologiquement pour la plante, individu immobile, et n’a pas été développé au cours de l’évolution parce que cela ne lui confère aucun avantage en termes de réponse adaptative à son environnement. La douleur est utile pour engendrer une réponse rapide, susceptible de reposer sur un mouvement ou une fuite. Pour une plante, qui ne peut pas se déplacer, je n’en vois pas l’intérêt au cours de l’évolution. Il n’y a pas besoin de douleur, chez la plante, pour qu’il y ait une réaction.»
À LIRE AUSSI Les pieuvres sont super-intelligentes… mais ont-elles une conscience?
Aventure humaine
Une vision partagée par Jacques Tassin: «Notre époque nous pousse vers un certain nombrilisme, narcissisme et anthropocentrisme.» Pas faux. C’est un peu comme si on voulait que les plantes ne ressentent rien à l’instar du règne minéral, ou bien tout de la même manière que le règne animal. Soit tout noir, soit tout blanc. «Mais il y a une zone de gris», poursuit le chercheur au Cirad.
Ainsi, «ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de douleur que rien ne se passe: la plante perçoit l’état et l’altération de son intégrité, dépeint-il. Ce n’est ni de l’automatisme ni de la douleur, mais une forme de complexité du vivant, une capacité d’éprouver son propre soi.» Capacité qu’on appelle la proprioception et dont l’existence chez les végétaux a justement été démontrée par Stéphane Douady et Bruno Moulia. «Même chez les animaux, le ressenti d’une douleur n’est pas systématiquement indispensable à la perception de l’environnement et aux réponses qui en résultent», note aussi Hervé Sentenac.
Alors «pourquoi faudrait-il que les plantes éprouvent de la douleur? demande rhétoriquement Jacques Tassin. On peut s’en passer, on peut vivre autrement». Coupons la poire en deux: oui, les végétaux vont sentir que vous faites d’eux un aliment comestible mais l’opération semble, d’après les recherches actuelles et jusqu’à preuve du contraire, sans douleur. De quoi faire crier la carotte et les viandards sans culpabiliser.
En savoir plus:
Alimentation et commerce mondial
Alimentation : si on court-circuitait le commerce mondial ?
https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus/alimentation-si-court-circuitait-le-commerce-mondial?
Jeudi dernier, la Convention citoyenne pour le climat a envoyé cinquante propositions au gouvernement pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société ». Parmi elles, le groupe de travail « Se nourrir » a mis en avant le développement des circuits courts, tandis que nos responsables politiques actuels, du président de la République au ministre de l’agriculture en passant par le ministre des Affaires étrangères, parlent de plus en plus de nécessaire « autonomie alimentaire ». Alors que l’angoisse de la pénurie monte, la réflexion sur notre souveraineté alimentaire fait un grand retour. Dans #lemonded’après, faudra-t-il relocaliser notre alimentation ?
Etal de fruits produits en France• Crédits : Fotostudio de Oude School - Getty
L’autre jour, alors que j’étais sortie faire des courses dites « de première nécessité » et prise d’une forte envie de fraises, je suis restée indécise devant les trois barquettes que proposait le primeur d’à côté. L’une contenait 250g de gariguettes d’Ile de France pour 5,95€. Elles sont bonnes les gariguettes, ce sont des fraises acidulées. Dans la deuxième, il y avait des fraises marocaines tout aussi alléchantes à 3,45 la barquette. La troisième comprenait 500g de grosses fraises bien rouges provenant d’Espagne, pour 6,90€. Je suis restée devant l’étal cinq bonnes minutes, puis j’ai pris les deux plus économiques. Drame de l’indécision. Mais cette perplexité m’a plongée dans des interrogations sans fin, qui m’ont conduite du locavorisme à la question de la souveraineté alimentaire...
Près de chez soi, jusqu'où ?
Le locavorisme, c’est le fait de consommer des produits fabriqués près de chez soi, souvent en circuits courts, c’est-à-dire sans intermédiaire entre moi consommateur et le producteur. Mais près de chez moi c’est jusqu’où ? Et pourquoi ce serait mieux de consommer des fraises françaises plutôt que belges, marocaines ou espagnoles ? Que nos amis les Belges ne m’en veuillent pas, mais quand même, les fraises ont un peu besoin de soleil pour pousser, ce qui est déjà une première réponse possible. Mais pourquoi pas les Espagnoles ? Pour reprendre les mots de notre site partenaire Alimentation générale, « Vaut-il mieux se nourrir principalement de ce qui est produit sur notre territoire de vie (ville, région, pays) et accessoirement de ce qui vient d’ailleurs, ou bien l’origine géographique de ce que nous mangeons est-elle, sauf exception, indifférente ? »
Selon un récent rapport, près d’un fruit ou légume sur deux dans l’Hexagone est importé. Pourquoi la France a-t-elle fait le choix d’importer des aliments qu’elle peut produire elle-même ?
Premier élément de réponse avec le géographe Gilles Fumey :
« Les légumes on en a, mais il faut des gens pour les ramasser, de la main d’oeuvre étrangère, qu’on ne veut pas rémunérer justement. Le modèle qui a été mis en place consiste à dire que puisque nous avons la possibilité d’exploiter des gens de l’autre côté de la frontière, faisons-le. La grande distribution a privilégié le fait d’avoir des prix bas. L’Espagne et le Maroc produisent toute l’année des produits de basse qualité dans des conditions sociales effroyables. Et sur le plan environnemental, c’est catastrophique car la tomate traverse toute l’Europe pour au final nous donner des produits de piètre qualité. »
Cuisine et dépendance : la fin d'une époque ?
Avocats du Mexique, lentilles du Canada, framboises du Portugal, tomates d’Espagne, fraises de Belgique… La manière dont nos approvisionnements dépendent des flux mondialisés n’a jamais été aussi flagrante. Est-ce à dire que la France a perdu sa souveraineté alimentaire?
Pour Gilles Fumey : « Nous sommes plutôt interdépendants, dépendants de choses secondaires, par exemple du Brésil pour le soja, parce que nous avons fait le choix d’un élevage industriel. Des clients nous achètent des poulets élevés avec du soja brésilien en Bretagne. Quant aux productions tropicales, la France est quand même privilégiée avec ses régions d’outre-mer. Une grande partie des bananes que nous mangeons en métropole vient des Antilles, la canne à sucre vient de la Réunion… A part le café et le chocolat, tout le reste peut être produit sur le vaste territoire français. Nous avons la chance d’avoir une palette climatique riche depuis le Roussillon qui fournit des abricots jusqu'aux Flandres qui produisent des endives. »
Cette crise mondiale inédite peut être une chance de remettre tout à plat, à commencer par la manière dont nous produisons. Face à la délocalisation de la production agricole vivrière et nourricière qui s’est produite en France ces dernières années avec une déferlante de produits pas chers, certains appellent déjà de leurs voeux une relocalisation massive de notre production alimentaire.
Relocaliser ?
C’est le cas de l’ancien ministre de l’Economie et du redressement productif Arnaud Montebourg, l’un des premiers à avoir parlé de « démondialisation », aujourd’hui entrepreneur, lancé dans la production de miel et d’amandes français sous la bannière Bleu Blanc Ruche, que nous avons joint :
« La mondialisation doit être rétrécie, il ne s’agit pas de fermer les frontières, c’est à une sorte de rééquilibrage contre les excès de la mondialisation que nous devons nous atteler, nous Européens. Je suis pour la relocalisation des activités de production agricole sur le sol français, et favorable à ce qu’on mange le plus près de chez soi possible, ce qu’on a là où on est. Le mouvement des AMAP et des locavores montre qu’on peut manger très bien et très riche en consommant des produits de saison. Quel est l’intérêt d’aller chercher la nourriture loin alors qu’on peut la produire localement ? » Arnaud Montebourg
Il faudrait poser la question à ceux qui ont ratifié les accords internationaux, dont les deux derniers (entre les pays du Mercosur et l’UE, conclu en juin 2019, et le CETA, traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par le Parlement français en juillet 2019) ne manquent d’ailleurs pas de susciter des inquiétudes, entre arrivée sur le marché européen de produits de moins bonne qualité, concurrence déloyale et déstabilisation des filières agricoles européennes...
Mais qui dit circuits courts dit offre de saison, plus restreinte. Cela va à l’encontre de la promesse de la grande distribution et de son offre très large, tout au long de l’année. Sans parler des tarifs. L’intérêt d’aller chercher la nourriture n’est-il pas dans les gains obtenus par le commerce international en termes de quantité, de diversité et de prix, à défaut de qualité dans son assiette ? C’est un jeu d’équilibres entre circuits courts et circuits longs pour répondre à plusieurs exigences en même temps : consommer de tout, tout le temps et sans dépenser davantage, non ?
Il faut savoir ce que l’on veut, rétorque l’ancien ministre.
« En Europe par exemple, nous sommes en compétition acharnée avec une concurrence déloyale. Il faut aller voir ces paysages couverts de plastique de la région d’Almeria ou de Huelva en Espagne où l’on fabrique les tomates et les fraises hors saison pour le nord de l’Europe : C’est un modèle anti social et anti environnemental donc condamnable. Et on n’a jamais été capable d’organiser la régulation. » Arnaud Montebourg
Reste que les tomates espagnoles coûtent (souvent) moins cher, donc. Et ce qui est valable pour les tomates l’est aussi pour mes fraises, les poireaux et les carottes, qui peuvent varier du simple au double, même si elles ont moins voyagé. Selon Yuna Chiffoleau, agronome et sociologue à l’INRAE, qui travaille sur les circuits courts, « Ce n’est pas tant le transport qui est coûteux que le coût de production. En France, ceux qui vont produire des fraises sont souvent des petites exploitations, avec des productions resserrées. »
Et de toute façon répond Arnaud Montebourg, l’augmentation des prix « doit être un objectif politique »
« Nos revenus sont nos dépenses et le citoyen consommateur doit se reconnecter au producteur, donc accepter une remontée des prix agricoles. Dans les années 60, les Français consacraient 25 à 30% du budget à l’alimentation. Cette part est tombée à 15% aujourd’hui. Le logement occupe l’essentiel du pouvoir de vivre de nos compatriotes. Est-ce qu’un gouvernement responsable ne devrait pas assumer idée qu’il faut diminuer le coût du logement et réinvestir dans l’agriculture ? »
À quelle échelle ?
C’est là que la question de la proximité se pose. Jusqu’où doit aller ce patriotisme alimentaire ? Inclut-il l’Europe ou s’arrête-t-il aux frontières françaises ?
Pour Gilles Fumey,foin de la dimension chauvine, le bon échelon est local, celui qui conserve le mieux la valeur nutritionnelle des aliments. Mais Bruno Parmentier expliquait à Guillaume Erner le 2 avril qu’à l’échelle nationale, l’approvisionnement en circuits courts de certains territoires est difficile:
“Prenez la région parisienne. 12 millions de personnes mangent chacune un kilo par jour. 12 mille tonnes. 15 à 20 000 tonnes de nourriture si on compte le gâchis. C’est super d’avoir des petits poulaillers. Mais les Parisiens se rendent-ils compte qu’il faut 8 à 10 millions d’oeufs par jour pour les nourrir ? Tout ce qu’on peut faire à proximité c’est parfait, mais ce sera toujours ultra marginal dans la nourriture des grandes villes. Donc il faut absolument continuer à avoir une agriculture massivement productive ». Bruno Parmentier
Pas simple.
Une exception agricole française ?
Pour Yuna Chiffoleau, la bonne idée consiste à s’appuyer sur les territoires :
« La solution est dans la proximité : il faut diversifier les régions spécialisées, sans forcer la nature, et tisser des partenariats entre territoires pour ne pas être démuni comme nous pouvons l’être aujourd’hui. Gagner en autonomie n’implique pas de tout relocaliser. Dans le sud de la France, par exemple, ces partenariats seraient plus faciles que dans le nord, où on risquerait de réduire la part de fruits et légumes consommés. »
Et comment financer cette relocalisation ?
« Prenons modèle sur le cinéma français d’une taxe sur le ticket pour financer la production française, propose Arnaud Montebourg. Pourquoi ne pas faire une exception agricole française sur le modèle de l’exception culturelle et instaurer une taxe sur chaque produit importé non conforme en termes environnemental et social, afin d’en faire bénéficier des agriculteurs français dont on récompenserait le bon comportement ? »
Le bien et le mal : mise à jour.
J'avais écrit ce texte il y a quelques temps. Et finalement, je trouve qu'il convient très bien à ce que je vis depuis mon départ à la retraite, il y aura un an dans quelques semaines.
Je m'éloigne, autant que possible, de tout ce qui me trouble et m'accapare sans que je ne puisse rien y changer et je cherche à rester ancré dans une dimension de pensées et d'actes qui me concernent. Et qui concernent par conséquent les gens que j'aime.
Le bien et le mal
Je sais bien que ces deux données sont très subjectives au regard des tourments des hommes.
Un assassin ne voit pas le mal dans le bien qu’il se fait en répondant à ses impulsions. Un industriel ne voit pas le mal dans le bien qu’il se fait en vendant des armes. Un politicien ne voit pas le mal dans le bien qu’il se fait à manipuler les masses. Un financier ne voit pas le mal dans le bien qu’il se fait à spéculer jusqu’au dérèglement complet du système.
Tout ça relève de la conscience de chacun et elle est extrêmement fluctuante, versatile et sombre…
Ce qui m’importe, c’est l’idée de vouloir lutter contre ces phénomènes, contre ces entités égotiques, contre ces êtres néfastes. Que puis-je y gagner ? Est-ce que j’ai un réel pouvoir d’opposition ? Je peux toujours les dénoncer mais est-ce que ça aura un effet réel ? Je peux envisager que la prise de conscience s’étendra mais je n’en ai aucune certitude.
Alors ?
Comment agir ? Puisque je tiens tout de même à rester ancré dans le monde social et à « faire ma part ». Comment ne pas me perdre dans le chaos, ne pas le subir au point d'en souffrir, étant donné que cette souffrance ne réglera rien.
Car, puisque je lutte contre des douleurs propagées, en quoi la douleur que ce combat génère servira-t-elle la cause qui me tient à cœur ?
Finalement, j'ai tenté d'imaginer la scène. Un puits immense engloutissant les colères, un autre puits, tout aussi immense, accueillant les actes justes, bons et aimants.
Si je succombe à mes colères, je viens alimenter le puits des colères. Rien de positif n'en ressortira étant donné que mes luttes viendront nourrir ce contre quoi je lutte. Non pas les actes qui me révoltent mais les émotions affiliées. Le mal ne se nourrit pas d'amour mais de colère, de rancœur, de violences.
Dès lors, je me dois de m'extraire du phénomène généré.
Il ne s'agit pas de se voiler les yeux, de taire sa conscience, de vivre comme les trois singes qui s'illusionnent pour s'interdire de réagir mais de trouver les moyens positifs de lutter sans tomber dans l'abîme des noirceurs.
Il n'y a qu'une solution.
Œuvrer au juste, au bon, à l'amour, agir avec lucidité au regard des troubles intérieurs. Rester en marge, non pas dans une fuite sans fin mais dans un espace qui me convient et où je peux agir dans cet amour de la vie.
Puisque je ne peux quasiment rien contre les effets destructeurs de certains hommes, il ne me reste qu'à établir l'existence qui viendra nourrir le puits de l'amour.
Sans même me demander si cela sera suivi d'un quelconque effet, si cela pourra servir d'exemple, sans chercher à savoir si cela suffira à réduire les désastres environnants.
Je n'y peux rien. Rien du tout.
Ou alors,il faudrait que je m'interroge sans cesse sur les effets durables des enseignements prodigués dans ma classe. Est-ce que les enfants y ont trouvé une ligne directrice ? La question serait absurde. Ça ne me regarde pas. Et je n'y peux plus rien. Mais je peux par contre continuer à montrer comment moi-même je m'enseigne, comment je cherche à progresser, encore et encore.
Cet attachement à ma propre existence n'a rien d'égoïste. Il n'est que question d'alimenter le puits d'amour qui me bouleverse. Et de refuser de donner mon énergie au puits de colères qui me blesse.
L'Histoire coloniale
Bon...J'ai fait une mauvaise manipulation et j'ai supprimé par erreur les trois derniers articles, dont un qui parlait de ce mouvement de contestation au regard de la célébration de personnages engagés dans la colonisation et ses horreurs. Bien entendu que la destruction des symboles n'est pas une fin en soi mais elle a le mérite de recadrer les projecteurs sur une situation, que personnllement, je trouve particulièrement inconvenante.
Je trouve que cet article donne une vision réfléchie du problème.
"La meilleure des pédagogies, ce n'est pas de déboulonner les statues" : pour l'historien Pascal Blanchard, la France doit regarder son histoire coloniale en face
Les protestations antiracistes ravivées dans le monde entier après la mort de George Floyd ont donné lieu au déboulonnage ou à la dégradation de plusieurs statues de personnalités controversées. Pour Pascal Blanchard, l'enjeu en France est pourtant "d'expliquer et raconter" l'histoire.
"On va attendre quoi, le 22e siècle pour regarder notre histoire en face ?" Pascal Blanchard, historien spécialiste du racisme et du fait colonial, s'interroge sur le rapport de la France à son histoire coloniale. Alors que les statues de plusieurs personnages liées à esclavage ont été déboulonnées ces derniers jours, emportées par le mouvement de protestation mondial après la mort de George Floyd, en France, des militants antiracistes veulent supprimer de l'espace public les symboles du passé colonial. Pascal Blanchard appelle plutôt à "raconter l'histoire", en installant des plaques explicatives à côté des statues ou à l'entrée des établissements scolaires. Et en créant le musée de l'histoire coloniale qui manque à la France. "Ceux qui nous ont précédés n'ont pas fait le travail de mémoire et d'histoire, on va devoir le faire", estime l'historien, co-auteur de Décolonisation française, la chute d'un empire (éditions de La Martinière).
franceinfo : Déboulonner des statues de personnages liés au racisme et à la colonisation, est-ce la bonne solution ? Ou faut-il privilégier l'explication comme à Bordeaux, où des plaques des rues qui portent le nom de négriers ou d'armateurs et négociants liés à la traite négrière sont désormais accompagnées de textes?
Pascal Blanchard : Débaptiser une rue pour l'élément symbolique, c'est important, mais mettre des plaques, des explications dans les autres rues, c'est comme ça qu'on fait de l'histoire. On ne peut pas faire d'histoire sans trace, sans patrimoine, sans archive. Toutes les statues, toutes les rues, tous les noms de places, les noms de lycées ou de collèges nous permettent de raconter l'histoire. Sauf que ce n'est pas fait. C'est normal que les gens se scandalisent : ils voient ces héros coloniaux ou liés à l'esclavage toujours présents dans nos villes, toujours commémorés, dont des lycées portent le nom, sans que jamais rien ne soit expliqué. La meilleure des pédagogies ce n'est pas de déboulonner, ce n'est pas de brûler, ce n'est pas de jeter dans des rivières nos statues, nos plaques. C'est bien au contraire de les prendre pour ce qu'elles sont : des témoins de l'histoire, pour raconter dans le présent ce passé.
Comme dans un musée où, à côté d'un tableau, on trouve une explication ?
Exactement. On doit faire la même chose en matière de pédagogie. Quand un enfant rentre dans un lycée Colbert, il doit savoir qui était Colbert et ce qu'était le Code noir.
Mais cela nécessite de la place, du temps, de l'espace, d'expliquer le Code noir, par exemple, et d'expliquer que Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, est à l'origine de cet édit qui réglemente le statut et la condition des esclaves dans les colonies françaises dès la fin du 17e siècle.
Dans les générations précédentes, on a pris du temps pour expliquer l'histoire : la Révolution française, la Commune, Vichy, la Shoah, l'extermination des Juifs... Quand on veut, on peut. Si c'est la préoccupation première de transmettre une histoire et de faire une mémoire commune. On ne dit pas qu'elle sera unique, les mémoires sont par définition différentes, mais il s'agit d'avoir dans ce pays un regard lucide.
Vous vous rendez compte que nous sommes en 2020, que nous avons décolonisé l'Empire en partie en 1960, et qu'il n'y a toujours pas un musée d'histoire coloniale dans ce pays pour le raconter à nos enfants ! On va attendre combien de temps encore ?Pascal Blanchardà franceinfo
Vous citiez le nom de Colbert. On pourrait aussi évoquer Jules Ferry, fondateur de l'école républicaine et en même temps promoteur de la supériorité du Blanc sur les autres races ?
Jules Ferry, c'est l'idée coloniale, puisque il a été celui qui a apporté l'idée d'expansion coloniale de la IIIe République dans les années 1885-1886 et qui déclare à l'Assemblée nationale, dans le cadre d'un pas d'un palais de la République, cette phrase incroyable : "Il y a un droit des races supérieures sur les races inférieures". Et si je vous demandais combien il y a de collèges et lycées de France qui portent le nom de Jules Ferry, vous seriez tétanisé.
Je vous rappelle le nombre de rues et d'avenues Maréchal-Pétain débaptisées dans tout le pays à partir de 1944-45. La dernière, c'est en 2013. Il n'y en a plus aucune aujourd'hui en France. Ça prouve bien que la question qu'on est en train de se poser, elle n'est pas neuve. Je vous rappelle, dans les pays de l'Est, quand le Mur est tombé, le nombre de sculptures et de statues de Lénine qui ont été déboulonnées. Cela ne correspond pas simplement à l'histoire coloniale. Pourquoi cela éclate aujourd'hui ? Parce que les gens ont le sentiment qu'il reste ce Panthéon colonial et esclavagiste dans nos villes et qu'en même temps, la mémoire, la Nation, la réflexion n'arrivent pas à porter, ne se fait pas entendre. Il y a une forme de réticence, comme s'il fallait garder ce sujet tabou. Il y a une problématique de fond. Elle existe depuis 60 ans.
Quand on débaptise des rues Maréchal-Pétain juste après la Deuxième Guerre mondiale, il y a aussi l'idée de mettre Vichy entre parenthèse, alors que là, débaptiser des rues, cela voudrait peut-être dire de ne pas reconnaître que c'est la même histoire de France ?
Si je vous avais posé la question : quelle est la plus longue guerre de la France au 20e siècle ? Vous n'auriez pas immédiatement dit : les guerres coloniales qui ont duré vingt ans, parce que vous ne l'avez pas appris comme ça à l'école. Ecrire l'histoire, c'est aussi un rapport complexe avec le pouvoir, avec le politique, avec l'Éducation nationale, avec nos musées. On va être le dernier pays européen à ne pas avoir un musée d'histoire coloniale. Il y en a un à Liverpool, à Bristol, il y en a un aux Pays-Bas, à Amsterdam, il y en a un maintenant à Tervuren, en Belgique, il va y en avoir un en Allemagne l'année prochaine. On va attendre quoi, le 22e siècle pour regarder notre histoire en face? Les enfants de France, quand on leur raconte l'histoire, ils vont avec leurs enseignants dans les musées pour la découvrir. Aujourd'hui, on ne peut pas le faire. Donc, ils vont l'apprendre où l'histoire ? Sur Internet, et pas forcément racontée par les meilleurs.
Si vous voulez continuer à fabriquer des Français ouverts à l'histoire, ouverts à leur identité, ouverts à leur terroir, ouverts à leur passé, et faire de ça de "bons petits Français", vous avez peut être intérêt à commencer à faire de l'histoire. Cacher l'histoire, ça n'a jamais fait de grands citoyens.Pascal Blanchardà franceinfo
L'artiste Bansky suggère de redresser les statues qui ont été abattues, comme celle d'Edward Colston, à Bristol, mais d'ajouter à ces statues de personages controversés d'autres figures, grandeur nature, de manifestants en train d'essayer de les faire tomber.
Je pense qu'il faut d'abord, pour les statues qui existent, expliquer pourquoi elles sont là. Pourquoi a-t-on commémoré ces gens-là ? A Paris, vous avez une rue Gallieni, une avenue Gallieni et une statue Gallieni. Est-ce que vous savez qui est Gallieni ? Personne ne sait qui c'est. C'est le conquérant français de Madagascar, plus qu'un militaire. Et c'est devenu le modèle de référence des conquêtes coloniales pour arriver à prendre possession d'un territoire. Nous avons une avenue, une rue, une statue, et pourtant, personne ne sait qui c'est ! On a une avenue Bugeaud dans le 16e arrondissement [de Paris]. Thomas Robert Bugeaud a été le massacreur de l'Algérie lors de la conquête de l'Algérie.
Expliquons ces noms, racontons l'histoire, c'est la meilleure preuve de pédagogie qu'on peut faire, en attendant que l'Etat prenne cette décision majeure d'enfin mettre le passé colonial dans un musée pour faire œuvre de pédagogie.Pascal Blanchardà franceinfo
Quand, pendant la campagne électorale, Emmanuel Macron a posé la question de "crime contre l'humanité" pour qualifier ce qui s'est passé pendant la guerre d'Algérie, on a vu l'écho, immédiatement. Des gens ont dit : on n'est pas là pour faire de la repentance, on n'est pas là pour s'excuser en permanence.
Oui, mais en en même temps, on a vu que ce candidat a gagné l'élection présidentielle, et c'est la phrase dont on se rappellera dans les manuels scolaires dans vingt ans. Il a eu le courage politique de dire, en allant même beaucoup plus loin que la guerre d'Algérie : la colonisation est un crime contre l'humanité. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on est entré dans une nouvelle génération. Le temps des colonies "à la papa" est terminé. Qu'il y ait encore de vieux nostalgiques qui pensent que la France était grande quand les Noirs étaient dans les champs de coton, ça se termine. Vous avez vu ces jeunes à Paris, en Europe, aux Etats-Unis, de toutes origines qui, dans la rue, disent : non le poids du passé ne doit plus continuer à faire que dans le présent ce racisme demeure. C'est fondamental.
C'est aussi un débat d'une génération. Ceux qui nous ont précédés n'ont pas fait ce travail de mémoire et d'histoire. Ça tombe sur nous, on va devoir le faire et certains le font. Quand vous voyez le travail qui a été fait à Nantes par Jean-Marc Ayrault sur l'esclavage, ça prouve que c'est possible. A Bordeaux c'est nouveau, ça démarre parce que Karfa Diallo a fait le travail comme d'autres historiens depuis des années. Souvenez-vous, en 2013, Mme Hidalgo a placé une plaque devant le Jardin d'acclimatation pour rappeler qu'il y avait eu 33 zoos humains dans ce qui est aujourd'hui le lieu de divertissement des enfants de France, le Jardin d'Acclimatation, elle a fait œuvre de mémoire et je pense que c'est ça la voie à prendre.
Il faut raconter l'histoire. Des fois, c'est compliqué, ça peut être douloureux. Mais c'est comme dans une famille, quand il y a un secret, qu'il commence à être enterré et que personne ne l'aborde jamais, vous pouvez être sûr que pour les enfants et les petits-enfants, ce poids devient traumatique.Pascal Blanchardà franceinfo
Il va être temps de regarder ensemble ce traumatisme. Et le meilleur endroit pour les voir, déjà, c'est de se retourner dans nos rues, dans nos quartiers, découvrir des plaques. Il faut expliquer.
Changer tout
Je ne sais plus trop quand j'ai commencé à parler ici de changement de paradigme dans nos sociétés occidentales matérialistes. Plusieurs années en tout cas.
Je me doute bien que tout ce que j'ai posté a sans doute été perçu comme du catastrophisme exacerbé.
Je n'étais pas tout seul à le dire bien évidemment mais un instituteur qui n'a aucune légitimité scientifique ne peut pas être entendu avec la même portée que des spécialistes. Et c'est normal.
Maintenant, d'éminents scientifiques l'affirment haut et fort, avec études à l'appui.
Et je m'en réjouis.
Le message finira bien par passer...
Le biologiste Gilles Boeuf redoute l'arrivée d'une pandémie beaucoup plus meurtrière si l'on ne change rien
Gilles Boeuf est un biologiste français spécialiste en physionomie environnementale, biodiversité et expert en océanologie. Ancien président du Museum d'Histoire Naturelle de Paris, il est à la tête du conseil scientifique de l'Agence Française pour la Biodiversité. / © JACQUES DEMARTHON / AFP
PARTAGES
Cet éminent biologiste français, récemment installé à Bordeaux, nous met en garde. Il faut trouver un autre type de croissance et consommer différemment. Arrêter de détruire, polluer, surexploiter, disséminer. Si on ne fait rien, des pandémies peut-être plus graves pourraient se multiplier.
Par CA
Gilles Boeuf est de ceux dont la parole compte. C'est un scientifique de renom, professeur d'université aujourd'hui retraité, il participe toujours à des conférences où il est invité pour partager son éternel combat pour la biodiversité.
Il a dirigé une institution, le Museum d'Histoire Naturelle de Paris. Il a pris une part active à l'organisation de la COP21 à Paris en 2015.
Le scientifique va plus loin. "Le covid-19 se propage certes très vite, mais il n'est pas très virulent, et il s'attaque essentiellement aux personnes les plus fragiles".
"Qu'en sera t-il du prochain ? S'attaquera-t-il aux jeunes ? Imaginez une pandémie qui tue beaucoup plus ? On n'y survivra pas".
"Ce sont des choses qui nous guettent et on le sait" affirme le biologiste qui rappelle que l'OMS nous avait prévenu dès 2003 que de telles pandémies se succèderaient dans les années 2020/2040.
"Nous devons changer, c'est fondamental"
"Ce virus, c'est 15 petits gènes capables de mettre à genoux les économies actuelles. C'est là qu'il faut réfléchir" dit-il.
Comment a t-il pu se développer et prendre une telle ampleur ? "Parce que l'on a créé des conditions effroyables de promiscuité entre des animaux sauvages qui n'auraient jamais dû se croiser".
Il rappelle que les précédentes grandes épidémies étaient également issues d'espèces animales.
Le monde actuel "a un irrespect total pour la biodiversité". Des milliers d'espèces ont disparu, d'autres ont dû se déplacer. L'équilibre naturel est perturbé.
La faute à la déforestation, au bétonnage à outrance, à l'agriculture et à l'élevage intensif...
"On détruit les écosystèmes et on pollue tout partout en permanence. Avec des pesticides, des insecticides, des métaux lourds, des perturbateurs endocriniens..."
"L'homme ne fait pas du tout attention. Il s'empoisonne en permanence et massacre le monde vivant. On ne peut pas continuer comme ça".
C'est ce qu'il explique dans ses trois sessions de réflexions qu'il a enregistré pendant le confinement à la demande de Cap Sciences.
![]()
[ Coronavirus - Le jour d’après ? ]
2 commentaires
THÈME : Commentaires des romans (20)
J'ai ajouté ce thème pour ne plus perdre dans la quantité des messages les commentaires reçus sur mes romans.
Je le mets ici également étant donné qu'il s'agit d'une nouvelle page (colonne de droite)
Bien entendu, si d'autres commentaires venaient à apparaître, ici ou sur d'autres sites, je les ajouterai.
C'est aussi la finalité de cette page.
NOIRCEUR DES CIMES : Commentaire (3)
C'est utile de faire du rangement :)
Je viens de m'apercevoir qu'un commentaire, que je n'ai jamais oublié, à disparu de mes archives. Sans que je n'ai d'explication.
Il s'agit d'un texte écrit par Laura Millaud. Une lectrice très, très fidèle et qui a toujours pris le temps d'écrire ce qu'elle pensait de mes ouvrages.
Je le reposte donc aujourd'hui, même s'il s'agit d'un ancien roman.
« Septembre : Un Géant de Tendresse | Page d'accueil | "Un géant detendresse" aux éditions Vert Pomme »
16/08/2016
« NOIRCEUR DES CIMES » de Thierry LEDRU édité chez ALTAL EDITIONS.
Encore un livre de Thierry LEDRU, le 3ème édité. Je ne m’en lasse pas, bien au contraire.
Celui-là a le même sujet de base que « Vertiges », la montagne. Cette fois, c’est le K2. K2 ? Un résultat de maths ? Je vous mets un minimum d’explications si vous êtes comme moi, totalement ignorante sur les montagnes.
Le K2 fait partie de la chaine de l’Himalaya. 2e plus haut sommet du monde. Sur la frontière entre le Pakistan et la Région autonome du Xinjiang, en Chine. Le '8 000' le plus difficile à gravir. Le sommet est presque aussi dangereux à la descente (40 % des morts) qu'à la montée (60 % des morts).
Ca donne envie !
Le must pour ces fous d’alpinistes, c’est de gravir les 10 sommets qui sont au-dessus de 8000 m.
Revenons au livre : 4 amis, Etienne, Axel, Luc et Tanguy vont grimper le K2.
Au cours du livre, on apprend à connaître chacun d’eux. Le seul qui ait une amie fixe dans sa vie est Luc. Sandra. Elle l’a accompagné jusqu’à un camp de base pour l’attendre et écrire. Les deux ont une opinion très négative sur leur couple et leur avenir ensemble.
L’auteur nous fait entendre les pensées de chacun, au fur et à mesure des difficultés pour lui et de l’attente pour elle. Thierry Ledru décrit très bien les états d’âmes. On croit qu’on est spectateur et qu’on le restera mais son écriture ciselée nous invite à réfléchir sur notre propre vie et c’est passionnant.
Comment une relation évolue, qu’elles en sont les conséquences ?
De la même manière, les quatre hommes partent avec ce qu’ils croient être leur personnalité et les ingrédients violents de la montagne va nous dévoiler d’autres facettes.
Chaque place de la cordée a un sens que chacun vit à sa manière, et les changements sont rarement les bienvenus. Quel est le rôle de chacun ? Pourquoi est-on attaché à sa place ?
La recherche du dépassement de soi. C’est officiellement ce que les alpinistes recherchent en se lançant ces défis de toujours plus haut, toujours plus difficile, toujours plus risqué. Est-ce uniquement masculin ? N’y-a-t-il qu’en montagne que ce défi est possible ? N’avons-nous aucune occasion dans la vie de la vallée ?
Dépassement de soi, on devrait peut-être plutôt dire, recherche de soi, ou dépassement de notre zone de confort ? Sortir de nos habitudes, casser nos raisonnements, ouvrir notre esprit, loin des pressions sociales et de celles que l’on se met soi-même.
Vous l’avez compris, impossible de lire un livre de Thierry Ledru sans remuer ses méninges, on réfléchit sur de nombreux sujets, des sujets importants qui nous touchent tous.
Comme dans « Vertiges », Thierry Ledru nous tient en haleine durant toute cette expédition avec un suspens incroyable, plus solide que dans de nombreux polars.
Ses livres sont un univers, son écriture nous guide à travers des voies différentes, on en ressort différent, avec des idées nouvelles, des questions.
Un matin (25/07) j’ai entendu à une émission sur la philosophie sur France-Inter, l’invité dire« Les textes de Socrate incitent à la réflexion », j’appliquerais cette phrase aux livres de Thierry Ledru.

A CŒUR OUVERT : commentaire (2)
Reçu ce jour d'un lecteur que je ne connais pas autrement que par internet.
Il a réchappé il y a plusieurs mois à un accident de parapente...Très longue rééducation. L'incertitude, le bouleversement intérieur, des questionnements inattendus, une ouverture spirituelle qui relève de ce que j'appelle "l'élan vital".
Il a lu également "Kundalini" et "Là-Haut". Il a donc une vision assez large de mes écrits.
Inutile de préciser à quel point ce commentaire me réjouit.
"Cher Auteur, cher Thierry,
Je viens de déposer ton livre, je n'ai pu m'en détacher.
J'ai malgré tout dû faire des pauses ... comme Paul.
"Il posa le livre sur ses genoux et ferma les yeux, surpris de ce besoin qu'il avait de valider par cet isolement sensoriel les émotions générées par sa lecture, comme s'il s'agissait de les insérer en lui..."
Besoin de prendre également des notes, de te relire.
Je ne puis exprimer à l'instant présent tout ce que j'ai ressenti, vécu en te lisant. Mais c'est fort, bouleversant même.
Je ne comprenais pas le bouleversement qui s'opérait suite à cet accident qui dans l'absolu devait techniquement m'ôter la vie. Tu as déposé des mots sur mon "début" de cheminement intérieur, ouvert des voies (1er de cordée ?).
J'ai été "perturbé" par l'épilogue car je suis encore trop ancré dans une réalité mais je devine ton intention (besoin de relecture).
La force de tes livres : on en sort différent, grandi, apaisé... pour qui est disposé à s'éveiller.
Je ne trouve pas les mots, je n'ai pas ta plume, ma formation est autre; mais je peux affirmer qu'après avoir refermé "A cœur ouvert", j'avais besoin de silence...
Merci
Amitiés,
Vincent"
L'épilogue. Il s'agit très clairement d'un dénouement qui va bien au-delà de la "réalité". Il s'agit donc de clarifier cette notion.
"La réalité est d'ordre phénoménal, la chose en soi, étant, elle inconnaissable". Kant.
C'est le fait qu'elle soit inconnaissable par la pensée qui rend la "chose" inconnaissable. C'est la rationalité qui limite l'extension.
Mais si le cheminement choisi par l'individu se libère du cadre de la pensée, n'y a-t-il pas moyen de découvrir cette "chose" ?
Si une brèche se crée dans l'enceinte du mental et qu'une conscience désidentifiée s'installe, n'y a-t-il pas moyen d'éteindre l'ego et d'accéder à l'esprit ?
Cet esprit qui émerge au cœur du silence intérieur ne révèle-t-il pas une autre réalité ? Non pas cette réalité à laquelle nous sommes conditionnés depuis nos premiers jours mais un espace qui n'a pas de références, qui n'a pas de cadres, qui n'a aucune limite, qui n'est rien d'autre qu'un état de conscience modifiée similaire à celui des méditants.
Et si, finalement, notre état de conscience quotidien était un état de conscience modifiée et singulièrement limitée, instauré par l'abandon à un mental non pas individuel mais à un inconscient collectif ?
Et si nous n'étions aucunement conscients mais juste hallucinés, tous hallucinés par le même champ d'influences ?
Et si l'état spirituel représentait en fait le véritable état de conscience ? Un état de conscience qui ne serait aucunement modifié par un environnement social, éducatif, historique, familial, religieux, politique, par tous ces "nous", par toutes ces étiquettes, ces appartenances qui sont autant de geôles et de séparations.
Et si l'état de conscience ou peut-être devrais-je dire de méta-conscience représentait l'objectif ultime de notre existence ?
Et si la réalité devait s'effacer devant le Réel ? Qu'est-il donc ce "Réel" ?
« Ce courant électrique qui anime ton cœur, Diane, est-ce que tu l’as déjà vu ? Voilà ce que j’ai vécu. Et tout ce que je pourrais en dire ne sera jusqu’à la fin de mon existence qu’une infime parcelle de la réalité, parce que les mots ne sont que des résidus, des copeaux arrachés, de la sciure. La structure, elle-même, n’est pas racontable. « Spiritus », tu te souviens ? Tu me l’avais expliqué. L’âme est le point de jonction entre le corps et l’esprit. Je sais ce qu’est l’esprit. "
Randonnées du vertige
Aujourd'hui, on était Là-Haut, dans le massif des Bauges. C'est un massif qu'on aime beaucoup.
On y trouve les "randonnées du vertige" qui nous enchantent.
Des itinéraires qui semblent parfois improbables et qui délivrent des passages qu'on ne découvre qu'au détour d'un pilier rocheux, d'un "sangle", longue vire au-dessus du vide, un couloir où il faudra utiliser les prises de main, une descente en "rappel" avec une corde et parfois un câble placé par des professionnels, des sentiers si étroits que deux personnes ne s'y croisent pas, des lignes de crêtes bordées par le vide, une absence de balisage et donc la nécessité de développer le sens de l'itinéraire, la recherche d'une trace de pas, d'une roche marquée par une semelle terreuse...
Il faut être à l'affût, concentré...
Le massif de la Chartreuse possède également de ces randonnées réservées au pied montagnard. On y croise très rarement d'autres adeptes. Il faut accepter l'idée d'être isolés et de devoir se débrouiller.
Aujourd'hui, alors qu'on franchissait un ravin parcouru par les avalanches de neige et parfois de roches, dans un passage escarpé, Nathalie était devant moi et a voulu poser un pied sur une dalle lisse et la semelle n'a pas tenu. J'ai vu la chute avant même qu'elle s'enclenche. Il n'y avait aucun moyen pour elle de se rattraper. Elle a basculé en avant, elle a commencé à rouler dans le couloir, elle a rebondi...
C'est stupéfiant le temps de réaction. Il n'y a aucune pensée mais une prise de décision immédiate, le balayement instantané du lieu, de chaque roche, de chaque appui à prendre, du geste le plus adapté, une analyse de la situation qui semble décorrelée du mental, comme si le cerveau disposait d'un autre disque dur, d'une carte mère en pause et qui soudainement s'active, avec une célérité inimaginable.
J'ai laissé tomber mes bâtons (il ne faut jamais passer les mains dans les sangles) et j'ai dévalé le couloir sur la gauche. Je savais que je devais l'attraper avant qu'elle ne bascule du ressaut qui s'ouvrait quatre mètres plus bas et qui l'aurait envoyée dix mètres en-dessous.
Mais elle a réussi à s'arrêter toute seule au moment où j'allais l'atteindre.
Et lorsqu'on a fait le tour des égratignures et des contusions, elle m'a raconté exactement la même chose. Elle a vu, alors qu'elle basculait en avant, tous les détails du couloir, elle a su qu'elle devait se laisser rouler une fois sans chercher à saisir une roche, rien n'était accessible mais trois mètres plus bas, il y avait un resserrement des roches, elle a su que là, elle pourrait venir appuyer une épaule et se bloquer avec les mains.
Mais tout ça n'a pas été réfléchi, raisonné, analysé minutieusement. Tout ça se fait en un battement de paupières.
Et il est impossible de savoir d'où émerge cette capacité de réaction.
Et c'est fascinant.










"Tous malades du covid"
Une analyse qui me plaît.

http://www.projet-decroissance.net/?p=2672
De cette pandémie, plus que les trop nombreux morts liés au Covid-19, c’est probablement le confinement généralisé et prolongé de 4 milliards d’êtres humains qui restera dans les livres d’histoire et d’économie.
Que s’est-il passé à l’orée du printemps 2020, pour que devant cette situation sanitaire, il ait été unanimement consenti à un confinement presque intégral de la population française …. quoi qu'il en coûte ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Cette décision unanime, quasi mondiale pose questions. Pourquoi ce virus justifiait-il de telles mesures alors que rien n’est fait contre d’autres dangers bien pires ? Ne risquent-t-elles pas surtout de nous coûter encore plus cher, humainement, socialement, y compris en nombre de morts indirectes ?
Agissant comme un miroir de notre comportement de prédation à l’égard de la biodiversité, le virus du Covid-19 est pourtant loin d’être celui qui précipitera la disparition de l’espèce humaine. La plupart d’entre nous continuons et continuerons de mourir de pathologies chroniques, sournoises et anthropiques mais aussi de vieillesse.
Que dit cet épisode du rapport qu’entretient notre civilisation à la nature, aux limites, mais aussi à la mort, donc à la vie ? Le propre de nos sociétés modernes n’est-il pas de tenter de nier la mort et de repousser toujours les limites...quoi qu'il en coûte ? S’il fallait choisir entre « cesser de vivre pour ne pas mourir » ou « accepter la mort pour vivre », que ferions-nous ?
L’expertocratie
À l’inverse de nombreux autres événements tout aussi dramatiques qui n'ont jamais bénéficié d'une telle focalisation (victimes quotidiennes de la famine, cancers dûs aux pesticides, surmortalité liée à la pollution de l’air, noyades de migrants en Méditerranée...), toute notre société occidentale, tous les médias et bien sûr toute la politique n’ont tourné qu’autour de cet événement.
Notre attention s'est d'abord focalisée sur les moyens hospitaliers. Le personnel médical dans son ensemble a lancé l'alerte sur la dangerosité du virus mais surtout sur les capacités limitées et l’absence de matériel à disposition pour traiter tous les cas graves. Ils étaient évidemment dans leur rôle. Ils ont énuméré les mesures à prendre pour éviter que les hôpitaux (et les soignants) n’explosent : augmenter les capacités d’accueil, mais surtout, réduire au maximum les risques d’exposition des plus fragiles, favoriser le télétravail et la limitation des déplacements… Il fallait les écouter. C'était légitime. Ils ont fait leur travail. Comme tout le monde nous ne pouvons que les remercier pour leur engagement.
Mais fallait-il n’écouter qu’eux ? Pendant des semaines la France et une bonne partie du monde, n'a vu l'épidémie qu'à travers la lorgnette du nombre de lits de réanimation disponibles. Au-delà de la contrainte d’une réponse rapide à la crise émergente, le débat public a-t-il été moralement possible, ou acceptable ? Les politiques, et en premier lieu le gouvernement, ont eux aussi joué parfaitement leur partition : ils n'ont pas eu de vision politique et ont préféré une nouvelle fois proposer des réponses techniques à une question sociale, en ne prenant en considération que les préconisations d’un conseil scientifique composé presque exclusivement de médecins. Si bien que l’évidence collectivement admise, c'est qu'il fallait absolument limiter le nombre de nouveaux patients en réanimation ... quoi qu'il en coûte. Comme si nous avions été gouvernés par le corps médical pendant plusieurs semaines.
L’esprit autant paralysé que le corps
On ne compte plus les débats pour pointer les responsables du dépeçage du service public hospitalier, ou faire des procès en mauvaise gestion dans l’affaire des masques. Il est maintenant acquis qu’il aurait fallu immédiatement mettre en place un bouquet de solutions qui se complètent : distanciation, port du masque, tests sérologiques, confinement systématique des personnes infectées, traitement et aussi immunité collective en douceur. Et en tant qu’objecteurs de croissance, nous sommes les premiers à dénoncer l’économicisme qui nous a amené à la situation décrite ci-dessus.
Mais, il n'y a jamais eu débat sur le préalable suivant : il faut absolument soigner tout le monde ... quoi qu'il en coûte.
Fallait-il confiner 4 milliards d’êtres humains ? Fallait-il lutter, quoi qu’il en coûte, contre le virus ? La peur est telle que nous sommes désormais prêts à négocier avec notre liberté, à ne plus résister contre le pouvoir (une aubaine pour les tenants de la stratégie du choc), à perdre en autonomie, à construire une société aseptisée, méfiante, distante.
Tant et si bien que le confinement risque en définitive de causer plus de dégâts que le virus lui-même : violences familiales, licenciements, expulsions, dépôts de bilan de nombreuses PME, précarisation, dépressions, séparations, sédentarité et explosions des inégalités sociales. Le confinement nous a été présenté comme inévitable, alors qu’il s’est toujours agi d’un choix politique. Tout cela sans aucun débat, voire aucune information, sur le sens et les conséquences d’une telle décision, sur notre quotidien comme sur notre futur. En cela, la situation actuelle a été totalement construite, et dans des proportions sans doute démesurées.
Aujourd’hui, à l'heure d’un déconfinement partiel et peut-être temporaire, la demande sociale pour des contrôles et des mesures de protection collective est extrêmement forte. Ce qui nous semblait révoltant ou inadmissible hier, est devenu acceptable. Une sorte de servitude volontaire, rendue nécessaire voire indispensable, par la mise en spectacle médiatique du décompte journalier des décès et des contaminations, livré sans mise en perspective historique, ni relativisation ou comparaisons. Il flotterait même dans l’air une résignation à un éventuel reconfinement, qui pourtant aurait des conséquences tout aussi catastrophiques.
Au lieu de cela, on aurait pu espérer de l’institution, dans sa gestion de la pandémie, qu’elle pense la société dans sa globalité. S'il y a bien un moment où le rôle de l’État est de prendre en charge tous les pans de la société, c'est dans ce genre de situation exceptionnelle, où la société risque d’être fragilisée encore plus. Les élans de solidarité citoyenne admirables qui ont émergé tout au long de ces deux mois ne peuvent remplacer une politique générale du care. La brutalité de la crise aurait mérité des mesures de solidarité et de partage ambitieuses : revenu universel, garantie d’accès aux services et produits de première nécessité, impôt sur la fortune et autre plafonnement des revenus.
Au final, nous sommes tous tombés malades du Covid : dans la chair - pour de bien trop nombreuses personnes -, mais aussi dans les esprits, chacun à des degrés divers tiraillés par la peur, l’angoisse mais aussi la défiance. L’esprit autant paralysé que le corps.
Apprendre à mourir pour simplement vivre
Notre société n’est plus en mesure d'accepter la mort. Ce déni de la mort, cette course vers le zéro mort acceptable interroge. Qu'est-il advenu de la mort naturelle ? Qu'est-ce que vieillir et quelle place accorder au technoscientifique dans ce processus ? La fin de vie doit-elle nécessairement être médicalisée et technicisée ? Est-il possible de mourir ailleurs que dans un hôpital ou isolé dans un EHPAD ? Plutôt que de s’arc-bouter coûte que coûte contre la mort, est-il possible d’avoir recours à des moyens plus humains, conviviaux et chaleureux d’accompagner la fin de vie, quitte à ce que celle-ci soit peut-être un peu plus courte ? Laisse-t-on la possibilité aux personnes âgées, particulièrement en ces temps de Covid-19, de choisir de voir leurs enfants et petits enfants, quitte à accepter le risque de mourir plus tôt ?
« Chacun exige que le progrès mette fin aux souffrances du corps, maintienne le plus longtemps possible la fraîcheur de la jeunesse, et prolonge la vie à l’infini. Ni vieillesse, ni douleur, ni mort. Oubliant ainsi qu’un tel dégoût de l’art de souffrir est la négation même de la condition humaine » énonçait Ivan Illich.
Sommes-nous prêts quoi qu’il en coûte à sacrifier la vie pour mourir le plus tard possible ? Sommes-nous prêts à renoncer à nos libertés, collectives comme individuelles pour cela ? Quelles ressources (financières, humaines, matérielles) utiliser pour les dernières années de vie ? Doivent-elles être aussi importantes que celles mobilisées pour les vingt premières ? Ne sommes-nous pas tombés dans l’excès, où, pour ne pas mourir, nous sommes prêts à arrêter de vivre ?
Toutes ces questions posent celles de notre finitude et des limites acceptables pour la repousser. Le refus des limites est une des caractéristiques du capitalisme. Christian Arnsperger, parmi d’autres, avait déjà montré que le capitalisme offre une solution fonctionnelle, matérialiste, simple à interpréter et à mettre en œuvre, pour se rassurer sur sa condition d'être fini. Consommer et produire à l’infini, au-delà de nos capacités : la logique d'accumulation du capital soulage nos angoisses en s'efforçant vainement de nous donner l’illusion de l’immortalité et de combler le manque. L’angoisse de ces réalités nourrit la cupidité du capitalisme, elle en est son carburant principal.
C’est donc bien, en creux, la question des limites qui est posée depuis plusieurs semaines, à travers ce combat contre la pandémie :
- limites du modèle productiviste : destructeur de l’environnement et de la biodiversité, pilleurs de ressources non renouvelables et créateurs d’inégalités.
- limites de notre toute-puissance : jusqu'où voulons-nous contrôler la nature ? Pourquoi les morts causées par la nature nous révoltent toujours plus que les morts causées directement par l'homme (guerres, famines créées par le jeu de la finance, victimes de l’émigration, réfugiés climatiques …) ?
- limites trop souvent oubliées de la vie : derrière le projet transhumaniste propre au capitalisme se cache la peur de notre finitude. Parmi les questions occultées, celle de la mort nous est revenue au visage.
- limites de notre démocratie, qui ne sait plus si elle doit s’en remettre au savoir des experts (qu’ils soient économistes, biologistes, médecins ou non), au pouvoir de l’État ou si elle doit réclamer plus de pouvoirs pour la population, où chacun aurait sa part de liberté, et ses responsabilités à assumer.
Vers un nouveau contrat social
Un simple virus a réussi l’impossible, l’impensable, il y a encore quelques semaines. Il a temporairement arrêté notre mégamachine productiviste et consumériste, mais aussi économiciste et techno-scientiste. Cette machine est en guerre, inconsciente et symbolique, contre notre incapacité à accepter la mort, donc les limites. C’est ce que nous rappelait Bernard Maris : la quête d’une croissance éternelle, palliatif à notre incapacité à appréhender la mort, nous amène à détruire notre environnement, et à semer la mort.
Ainsi, un simple virus a déporté notre guerre contre la mort. Nous sommes passés en quelques heures d’une quête de croissance pour la croissance vers la lutte contre un virus !
C’est l’enseignement à tirer de cette réaction hystérique et hystérisée de ces dernières semaines, où le déni de la mort nous a conduit à nous mettre à l’arrêt, tout en semant des maux probablement bien pires. C’est le reflet de notre civilisation occidentale incapable de penser, d’accepter les limites et, qui dans une quête illusoire vers l’immortalité, met en péril la simple vie d’autres civilisations mais aussi des générations futures. L’hubris de notre modèle de société est à nouveau remis en question, de la plus brutale des manières.
Bien plus que d’un vaccin et de gestes barrières, c’est d’un nouveau contrat social dont nous avons besoin, basé sur un nouvel imaginaire. Dans les mois qui viennent, il faudra choisir.
Soit persévérer dans le productivisme et le consumérisme sans limites, et en contrepartie, accepter de construire, quoi qu’il en coûte, une société de la peur, aseptisée, vulnérable, infantilisée, dépendante de la technique. Ou alors construire des sociétés de la sobriété, de la mesure et de l’acceptation, qui redonnent du sens et des limites ; et ainsi s'ouvrir à des sociétés autonomes et libres de se fixer ses propres règles, conviviales et en capacité de maîtriser les choix techniques, chaleureuses et basées sur l'attention portée à tou•te•s par tous, la confiance et la responsabilité.
Nos précédentes contributions sur la crise du COvid-19 :
- Non, le Coronavirus n’est pas notre Décroissance :
- « Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer », le Président l'a dit, la Décroissance nous y invite
|
|
"Deborah's Theme"
"Deborah's Theme" est une composition d'Ennio Morricone dans le film "Il était une fois en Amérique"., réalisé par Sergio Leone.
Chef d'oeuvre.
Et je trouve cette interprétation vraiment très belle.
Ce passage du film a été un révélateur pour moi. Pour l'écriture.
J'ai souvent respassé ces images en moi dans certaines scènes de mes romans. Non pas que je cherchais à en atteindre la perfection dans mes mots mais juste à en retrouver les émotions que j'ai éprouvées.
L'écriture se nourrit de la vie. Ou alors elle n'est que lettres mortes.
L'humain me désespère
Qu'est-ce que je pourrais ajouter de plus?
C'est triste à pleurer ou à devenir violent.
Il faut que je m'éloigne de tout ça.
PARTAGES
Deux semaines après le début du déconfinement, des masques chirurgicaux et des gants en latex flottent déjà en Méditerranée. L'association Opération Mer Propre s'inquiète de leur prolifération.
Par Pierre-Olivier Casabianca
Samedi 23 mai, lors d'une plongée à Cannes, le lanceur d'alerte Laurent Lombard, fondateur de l'association Opération Mer Propre, en a retrouvé plusieurs.
"Ca vous dit cet été de vous baigner avec le Covid-19. Sachant que plus de 2 milliards de masques jetables ont été commandés, il y a bientôt le risque de voir plus de masques que de méduses dans les eaux de la Méditerranée !", s'insurge le plongeur
Sa vidéo, mise en ligne le jour même, a été vue plus de 46.000 fois en à peine 24 heures.
Ce dimanche 24 mai, Laurent Lombard a plongé avec des membres de son association dans la baie de Golfe-Juan.
Après deux heures de nettoyage, ils ont remonté 200 litres de déchets divers, dont cinq masques chirurgicaux jetables et quatre gants en latex.
De quoi inquiéter Laurent Lombard, en ce deuxième week-end de déconfinement. "Ca va devenir un vrai désastre écologique. Il y a une semaine, je ne voyais qu'un gant de temps en temps, ensuite, j'ai commencé à en voir de plus en plus".
"Ce n'est que le début. Quand il va y avoir un gros orage, tous les masques et les gants jetés sur les trottoirs ou dans les égouts vont se retrouver en mer", déplore le plongeur.
Le fondateur de l'association Opération Mer Propre appelle à un sursaut citoyen : "80% des déchets que l'on retrouve en mer viennent de la terre. Tout le monde doit prendre conscience que les déchets doivent être jetés dans les poubelles et nulle part ailleurs".
Face à la multiplication des masques jetés sur les trottoirs Eric Pauget, député Les Républicains de la 7ᵉ circonscription des Alpes-Maritimes a déposé le lundi 18 mai une proposition de loi pour durcir la réglementation.
Il propose ainsi d'augmenter le montant de l'amende à 300 euros.
![]()
Ministère de l’Écologie✔@Ecologie_Gouv
Nous sommes nombreux à voir des masques usagés jetés par terre. Pourtant, il est simple d’éviter cette pollution en respectant les consignes
Soyons #TousMobilisés pour :
Préserver l’environnement
Limiter la propagation du #COVIDー19
Protéger les agents de collecte
334 people are talking about this
Pour des questions environnementales mais également de santé publique, le ministère de l'Ecologie recommande d'isoler les masques usagés (mais aussi les mouchoirs, lingettes usagées et gants) durant 24 heures dans un sac avant de les jeter dans la poubelle des ordures ménagères.
-
Coronavirus : Les bonnes pratiques à suivre pour jeter vos mouchoirs, masques et gants à la poubelle
Un masque chirurgical met 450 ans à se désagréger
Les masques chirurgicaux jetables sont fabriqués avec des « non tissés polypropylènes », des textiles issus du pétrole aux propriétés intéressantes pour la filtration grâce à l’électricité statique, mais qui comme les lingettes, les couches et autres serviettes mettront près de 450 ans pour disparaitre.
KUNDALINI : La danse de Maud
Milena écrivait dans son commentaire : « ...la danse de Maud m’a transportée...».
En voilà l’extrait :
« Être là. Jusqu’à ne plus se regarder vivre soi-même mais devenir la vie en soi.
Danser, tourner, absorber la musique, elle aimait ces longues plages sonores, les battements lointains comme des cœurs apaisés.
Elle ouvrit la bouche quand son cœur accéléra. Danser, tourner, bouger, dans une totale absence aux autres, dans une totale présence à soi. Elle ferma les yeux.
Danser, danser…
Oublier les émotions figées, délaisser les entraves, se dénuder. Elle n’aurait jamais imaginé que la nudité puisse prendre une telle dimension. Elle se trouva ridicule d’avoir limité cette expérience à un scénario répété, limité, cartographié. Elle voulait désormais marcher nue dans les forêts, elle voulait jouir dans les tapis d’herbes, danser sous les étoiles, ouvrir son cœur, user de son corps, étendre son âme.
Elle voulait vivre, maintenant.
L’impression d’une âme ouvrant son cœur dans une gestuelle aimante.
Cœur, corps et âme. L’unité retrouvée, les trois Maîtres dans une danse commune.
L’impression d’une trinité divine, une présence.
Une présence déjà aperçue, effleurée, une vision éphémère.
Elle était là, tapie dans un recoin, un amour céleste, une énergie qui s’observe.
Laisser l’amour danser en elle.
Elle tourna sur elle-même dans une ronde hypnotique.
Le contact de l’air agité sur sa peau, entre ses cuisses, sur ses seins, dans son cou, sur ses mains, sur ses fesses, ce bonheur si doux du câlin, elle tournoya et fit jouer ses cheveux, les bras ouverts comme pour l’accueil d’un être aimé, un sourire à cœur déployé, paupières éteintes, les yeux retournés sur les espaces intérieurs, le pétillement de ses cellules, comme des bulles de limonade, le souffle affairé, respirations intensifiées, la musique dans sa tête, sous sa peau, dans ses fibres, un flux électrique qui l’irradiait et gonflait son énergie et le désir de tourner, de se cambrer, de se déhancher, de jouer avec son corps, de sentir poindre des chaleurs sensuelles, comme si l’air frissonnait contre sa peau, comme un amant invisible qui caresserait les territoires les plus secrets, elle s’efforça de se concentrer visuellement sur différentes zones, tous les sens affinés et en laissant le reste du corps s’étendre librement, mouvements d’épaules, flottements du bassin, les oscillations des fesses, les bascules latérales, rotations sur les chevilles, fléchissements des genoux, glissements des pieds sur la terre, des impulsions jaillissant de leurs antres, c’était comme une autopsie vivante, une capsule d’observation lancée dans les vaisseaux sanguins, une caméra mouvante reliée à son cerveau puis, peu à peu, elle se sentit réellement enlacée, enveloppée, comme insérée dans une matrice, enserrée dans les chaleurs, intégralement choyée, chaque fibre, la moindre parcelle de peau, caressée, effleurée, épanouie, ouverte, absorbant les tendresses sur son corps comme un air de jouvence, elle dansa à ne plus savoir qu’elle dansait, à ne plus être là sans jamais disparaître, et c’était comme une évaporation joyeuse dans un nuage stellaire, une dispersion moléculaire, la légèreté des rêves, une aura lumineuse qui vibrait sous les cieux, comme un parfum ondoyant, des volutes encensées de bonheur.
L’impression soudaine d’être un membre érigé dans un cocon féminin, de pénétrer l’air comme une verge dans un vagin, de caresser l’atmosphère comme une montagne en mouvance. L’image la stupéfia et elle l’accueillit comme un nectar, elle l’engloba sous ses paupières, l’ancra dans la mémoire de ses cellules, partout où elle devinait des points de contact, la douceur des parois utérines, la chaleur humide, le délice des frottements, elle effleurait l’air comme un pénis aimant.
Elle entendit dans l’obscurité de ses yeux fermés une accélération cardiaque, des percussions accompagnant la montée des violons, un synthétiseur s’amplifiant comme une érection sublime, une vague de plaisirs qui entraîna son corps dans des arabesques libres, l’impression d’une corolle ouverte buvant des lumières et les larmes coulèrent, les larmes chaudes des amours qui bouleversent, juste l’amour de tout, de là, de maintenant, de l’instant, l’amour des étoiles, l’amour de la Terre.
Les yeux fermés, il avait senti autour de lui des zébrures d’orages magnétiques, des ondes telluriques, des étincelles contre son enveloppe éthérique.
Il s’était arrêté.
Et maintenant, il la contemplait.
Elle dansait dans l’amour et son aura crépitait de plaisir.
Il ne dit rien.
Elle ondoyait lentement, le visage extasié, les bras soulevés par des courants intérieurs, bercés par les risées tièdes, envahie, envoûtée, libre dans l’air.
Il le savait. Elle était au-delà du connu. Au-delà des émotions antiques, projetée dans un instant suprême, une succession infinie de naissances, des mises à jour spirituelles, le déploiement intégral du réseau.
Il se sentit soudainement aspiré par le sillage idyllique qu’elle traçait dans l’espace, comme des foulards de soie qui l’invitaient aux caresses.
Il plongea dans le bain de particules.
À quelques centimètres de sa peau. Des effleurements suspendus, des frôlements sans matière, des haleines de cœur, des proximités d’auras. Il ouvrit ses mains et enlaça l’entité, sans aucun contact corporel, juste un accompagnement des bras autour du champ lumineux.
La musique s’apaisa comme une marée descendante, un retrait progressif, l’effacement des crêtes écumeuses.
Il l’accompagna sans révéler sa présence, attentif à ne même pas frôler ses bras, comme un reflet dansant dans un miroir.
Longuement, longuement…
Puis, il caressa l’entité invisible, cajolant amoureusement l’air de ses mains, lissant les creux et les arrondis, les doigts suivant les reliefs ondulés, comme des touches de piano, l’infime espace entre les peaux.
Il devinait dans le vide le satin moelleux de ses seins, la cambrure de ses reins, les arabesques lentes de ses mains, la plénitude de son visage. Elle frémissait contre lui sans le moindre contact.
Il en était stupéfait, encore une fois. Jamais, il n’avait rencontré un tel champ vibratoire, des fréquences aussi intenses.
Qui était-elle ? La question revenait en boucle.
Elle dansait comme une Déesse joyeuse, dans une liberté d’enfant.
Il ne la quittait pas des yeux.
C’est là qu’il sentit la poussée sanguine et son cœur battre plus fort que la musique. Une pression chaude dans sa verge, une montée de sève comme une avalanche inversée, des palpitations insoumises.
Gonflement.
Érection.
Stupéfaction.
Il se retira soudainement et sortit du cercle. Comme on s’éloigne d’un danger impalpable, d’une menace sans nom, la conscience soudaine que la maîtrise de la situation est une illusion.
Il n’était plus qu’un amas de limaille de fer capturée par un aimant improbable, une puissance inconnue, un trou noir sidéral.
Sa verge palpitait comme un cœur d’étoile.
Érection.
Stupéfaction.
Fascination.
Émerveillement.
Les désirs au-delà des savoirs, l’énergie de la vie comme un effaceur de mots, le chef d’orchestre qui pose sa baguette et enlace la musique avec son corps dénudé, l’âme envoûtée et le cœur en flammes.
Il la regarda danser. »
KUNDALINI : Commentaire de "Plume fragile"
Je connais Milena à travers ses écrits sur son blog : "La plume fragile".
La plume fragile
https://laplumefragile.fr/2020/05/22/kundalini-letreinte-des-ames/
J'aime beaucoup son écriture et son univers littéraire empli de poésie, de lumière, de doutes, de questionnements, d'incertitudes, de flamboyance, de réjouissance. Empli de tout ce qui fait l'existence.
Elle a lu KUNDALINI et en a fait un commentaire sur une autre file.
Je retranscris notre échange ici parce qu'il me réjouit.
![]()
- 4. laplumefragile (site web) | 26/11/2018
Après avoir lu l'article qui présente un résumé (très synthétique à mon avis) de l’œuvre, c'est certain qu'on a envie d'embrasser ce livre, de l'étreindre pour découvrir, appréhender, apprécier, expérimenter tout ce qui se passe derrière ces corps.
- 3. Thierry | 26/11/2018
Bonjour Plume fragile :)
"Etreindre", j'aime beaucoup ce mot-là et il s'accorde parfaitement avec l'histoire. :)
Je serais très touché et honoré que vous le lisiez, tout autant que d'en connaître votre avis. J'aime beaucoup votre plume et il est bon de connaître l'avis des gens qui écrivent ;)
![]()
- 2. laplumefragile (site web) | 21/05/2020
Cher Thierry,
Ce confinement aura quand même eu un effet positif : celui de t’écrire au sujet de Kundalini. Je plaisante un peu mais cette boutade n’est pas anodine. Je pense que pour pouvoir te donner mes impressions, j’avais besoin d’avoir le temps de le faire et le temps de prendre ce temps. Voilà qui est fait.
La lecture de Kundalini fut une expérience sensible, vivifiante, périlleuse et douloureuse à certains moments, interactive et riche. Interactive, on peut trouver cela curieux, mais c’est un peu mon sentiment général sur ce récit : on peut presque sentir ces âmes en ébullition – oui, leurs étreintes au pluriel et leur étreinte au singulier sont vives, denses, amplifiées par le style de l’écriture et le choix d’envolées qualificatives – si bien que j’ai eu l’impression de les ressentir. C’était aussi très fort lors des instants d’escalade. Je peux bien déceler les passions qui anime l’auteur -grimpeur né - de ce texte abrupte et escarpé qui tente d’acheminer un lecteur dans la voie sinueuse de l’Amour et des Sens, et de la Spiritualité (ce terme reste encore énigmatique pour moi), malgré les fosses, creux et crevasses, surfaces lissées et solides en apparence mais fragiles en réalité ; ces activités physiques (yoga et escalade) étaient pour moi riches en symboles et métaphores. En tout cas, j’ai voulu y voir cela sous ces angles. Ma lecture n’est qu’appréciative et comme n’importe quelle lecture, subjective. Mon regard est peut-être biaisé par le fait que j’ai vécu une forme de synchronicité entre le moment de ma rencontre avec toi, cher Thierry (cette petite mort qui nous aura rapprochés), le moment de découvrir ce livre commandé expressément, et les moments qui ont jalonné ma vie pendant cette année écoulée. Autant d’éléments qui, forcément, influent sur mon expérience de lecture et l’analyse que je peux en tirer. Pratique sportive, écriture, expériences personnelles et professionnelles, vies de couples : autant de similitudes rencontrées qui m’ont aidée à plonger davantage dans ce récit, que je comprends mieux qu’il soit qualifié d’« ovni littéraire » après l’avoir lu. En effet, il m’est difficile de le classer.
Le style est déroutant : il y a beaucoup de répétitions, sans qu’elles n’en soient vraiment. Il y a un effort certain et prononcé dans les descriptions (analogies entre anatomie humaine et nature : la flore et le minéral sont omniprésents « sève, pistil, ruisselant, navires de pluie, flux magmatique, tige, liane… »). L’accumulation d’adjectifs n’a pas été facile à digérer. Ce n’est qu’au fil de la lecture que je m’y suis habituée. Ce flot est d’ailleurs facilité en contrepartie par l’utilisation d’un champ lexical très dense lié à la nature, justement. Kundalini, l’étreinte des âmes est un récit fluidique, vivant. Il m’a donné l’impression de voyager parfois au sein de mon propre corps : grâce à l’expérience de Maud, on apprend que des événements inconnus (car non élevés à notre conscience ou reniés, ignorés par peur de ce qu’ils pourraient représenter) se déroulent en nous, dans un espace qui nous est invisible à l’œil nu mais qui existe bel et bien par les manifestations que l’on peut observer à l’extérieur de son corps. Un peu comme le cosmos, cet univers qu’on sait exister, sans qu’on n’ait jamais pu l’observer véritablement outre par des représentations imagées ou dans un observatoire ; qu’est-ce que c’est ? Cette notion de l’univers est d’ailleurs abordée dans le roman de façon sporadique et plus ou moins diffuse, lorsque Maud découvre les ouvrages de Sat et qu’elle commence à s’interroger sur les manifestations physiques dont elle est témoin et qui l’ébranlent (forces, chaleur, vibrations, apparition). Kundalini frôle un peu le genre de la science-fiction à certains moments. Cette divinité, ces visions ? à quoi correspondent-elle ?
L’auteur parvient à maintenir le lecteur en haleine par cette dimension « cosmique » et divine, tout en restant collé à la réalité : des histoires communes, des lieux communs, des vies de couples et des orientations professionnelles que tout un chacun aura pu connaître un jour ou l’autre dans sa vie. Il questionne notre sexualité du quotidien d’une manière tout à fait éclairante et lucide. C’est toute la force du roman : nous interpeller et nous fasciner pour un terrain d’observation dont nous ignorons beaucoup de choses, ou qui nous semblent obscur, difficile à comprendre tant les barrières sont réelles mais intangibles. La sexualité est complexe, ce n’est pas nouveau, on le sait (et encore, beaucoup l’ignorent !). Dans Kundalini, il n’est jamais question de tabou, ce terme n’existe même pas puisqu’il ne s’agit pas de cela. D’ailleurs, très tôt, Maud oublie qu’elle a des complexes, et se libère très rapidement de ces chaînes invisibles façonnées par une société étriquée – elle s’en étonne elle-même). Enfin, Sat sert de guide évidemment, tout au long du roman : la notion d’apprentissage constitue ce fil conducteur pour intéresser le lecteur et l’amener à pousser la porte de la curiosité intérieure. Non pas qu’il s’agisse d’un dépassement de soi à réaliser à terme (quand bien même Maud tente de se dépasser par moment, mais c’est qu’elle se cherche, elle-même). En effet il s’agirait plutôt de cerner, d'appréhender l’association de forces centripète puis centrifuge, un mécanisme que l’auteur qualifie je crois de « dimension énergétique conscientisée ». Kundalini nous invite à regarder en nous et à nous interroger sur les comportements qui nous animent et les actions qui nous dirigent (alors que c’est ce nous qui devrait diriger l’action et non l’inverse), afin d’aller au-delà d’une individualité bridée et renfermée. « L’orgasme n’est pas un objectif mais un moyen d’aller plus loin ».
L’orgasme. Bel outil magnifié tout au long du roman, sous plusieurs formes (mentale, physique, émotionnelle). Je pense que c’est aussi pour cela que j’ai eu l’impression de vibrer parfois au contact de ces deux protagonistes (la danse de Maud m’a transportée). Kundalini fait la part belle à ce que je qualifie peut-être maladroitement d’outil, mais je trouve qu’il y a une certaine forme de technicité de ce texte, induite par cette notion d’apprentissage. La physique des corps n’est-elle pas représentée à chaque page ? Les forces (naturelles, divines, physiques) ne sont-elles pas dans toutes les lignes ? j’ai seulement regretté parfois la présence de (trop de) points de suspension qui me laissaient un goût d’inachevé ou d’incapacité à réussir à finaliser un chapitre, un passage ou à mettre un point d’orgue ou une ligne de fuite à une action, une étape à franchir, ou une émotion. Ne s’agissait-il que d’un brouillon, en définitive ? le projet n’a-t-il été imprimé, parachevé qu’à l’était de « projet » et non d’accomplissement ? Je ne le pense pas, mais…
Enfin, la fin. Je n’ai pas aimé la fin. Même si je peux comprendre que cela se terminait bien ainsi dans ton schéma d’écriture, cher Thierry. Le chapitre XXXIII était celui de trop. Il ne fait qu’une page et demie, mais elle n’était pas indispensable selon moi. Même si c’est poétique, j’ai regretté que tu ne t’arrêtes pas, cher Thierry, à ce dernier passage en italique qui fait office de belle péroraison, et qui nous fait dire que « mais oui, mais c’est bien sûr, cela ne pouvait finir que comme ça ».
Merci pour ce beau voyage initiatique, une exploration des corps comme je ne l'aurai jamais lue et vécue. Kundalini, l'étreinte des âmes, un roman expérimental donc, fluidique et vivant.
Bien à toi,
Milena
- 1. Thierry LEDRU | 22/05/2020
Bonjour chère Milena
Je veux bien attendre un an sans aucune impatience quand c'est pour recevoir un tel commentaire ^^
C'est que du bonheur.
Je vais donc reprendre les différents points en commençant par la fin.
Tu n'es pas la seule à avoir trouvé cette fin "injustifiée". Pour moi, il ne pouvait en être autrement étant donné que leurs parcours respectifs d'âmes étaient accomplis. L'attachement à la vie terrestre n'avait plus de raison d'être. Je n'avais donc pas envie de m'en tenir à un "happy end" alors que toute l'histoire est construite sur cette indispensable osmose "divine".
Les points de suspension... ^^ Oui, je les utilise lorsque je souhaite intriguer le lecteur justement, lui signifier que quelque chose de plus se tient caché au-delà du dernier mot, indiquer également que cette interrogation, ce doute, cette supposition, ce non-dit, seront repris plus tard et éclairci. C'est comme une "enquête" qui progresse de jalon en jalon.
Les répétitions. Dans ce roman-là, elles avaient effectivement un sens : elles devaient induire un contexte, comme un livre de marins qui utiliseraient inévitablement les mots voiles, mat, coque, bouts, cordes, poulies, gouvernail etc...Je voulais donc que ce roman soit immergé dans la nature et que les termes associés servent le texte, même si leur usage n'était pas une évidence à certains moments.
L'utilisation des adjectifs qualificatifs relève de la même exigence étant donné qu'ils portent en eux beaucoup de "qualités", c'est à dire pour moi toute cette dimension physique, émotionnelle et spirituelle dont je ne voulais surtout pas sortir.
"Kundalini nous invite à regarder en nous et à nous interroger sur les comportements qui nous animent et les actions qui nous dirigent (alors que c’est ce nous qui devrait diriger l’action et non l’inverse), afin d’aller au-delà d’une individualité bridée et renfermée. « L’orgasme n’est pas un objectif mais un moyen d’aller plus loin ». Ces lignes me réjouissent grandement. C'était le but de l'ouvrage. Tout ce que Maud découvre et expérimente finit par la libérer du carcan sociétal, éducatif, machiste, de tous les rôles et les identifications que nous absorbons au fil de l'existence et qui finissent par nous absorber nous-mêmes...Elle découvre une sexualité entière, libérée de tout, elle découvre son potentiel sportif dans l'escalade, la randonnée et la natation, elle découvre sa gestion émotionnelle dans l'assemblage des galets, sa sensibilité à l'énergie vitale qui se tient dans les arbres comme dans tout ce qui vit... etc etc ... ^^ Et l'énergie vitale en elle, cette vie interne dont nous ne prenons pas réellement conscience parce que nous ne sommes pas invités à nos premières années à cette exploration et que nous l'abandonnons sous la pression constante des flux extérieurs.
...« la dimension énergétique conscientisée »... Oui, voilà, c'est elle que je cherche. Dans ma vie et dans mes romans.
" Ne s’agissait-il que d’un brouillon, en définitive ? le projet n’a-t-il été imprimé, parachevé qu’à l’était de « projet » et non d’accomplissement ? Je ne le pense pas, mais…"
Je pense que tous les romans sont des brouillons. Il m'est très difficile de considérer qu'une histoire est finie. Je pourrais les réécrire sans cesse et n'en être jamais satisfait. Je pourrais recommencer mes sept romans publiés et en faire à chaque fois une version différente, non pas dans le scénario mais dans l'écriture. Est-ce qu'il n'en est pas de même dans toutes les créations artistiques ? Quand je vois les différentes versions musicales de certains compositeurs que j'écoute, je me dis que c'est ce qui s'est passé. Le problème du roman une fois publié publié, c'est que je ne maîtrise plus rien.
"je comprends mieux qu’il soit qualifié d’« ovni littéraire » après l’avoir lu. En effet, il m’est difficile de le classer."
Eh bien, voilà, je suis heureux. C'est ce que j'espérais et c'est dans cette vision de cette histoire que j'ai travaillé. Neuf mois d'écriture pour une entité littéraire qui n'appartient à rien de connu.
Je te remercie très chaleureusement Milena, avec tendresse et reconnaissance.
Je t'embrasse en te souhaitant de belles envolées littéraires avec "la plume fragile".
La dilution de responsabilité
La dilution de responsabilité est un processus d’influence de groupe conduisant un individu à une perte de sa responsabilité personnelle en raison de la présence sociale d’autrui. L’effet de dilution de responsabilité peut conduire à ne pas agir dans une situation d’urgence (par exemple ne pas aider quelqu’un d’inanimé dans la rue en constatant que d’autres passants ne font rien également).
Cette étude a été menée dans le cadre des sciences humaines et particulièrement de la psychologie sociale, celle du groupe et de l'individu.
Il est évident que nous pouvons transférer cette étude à la Terre elle-même.
Nous sommes des milliards à assister à sa destruction et peu interviennent.
On rejoind dès lors l'article précédent sur le "nous" et le "chacun". Nous en sommes arrivés aujourd'hui ou ce "nous" considère que d'autres individus vont réagir, que d'autres prendront la responsabilité d'intervenir sur cette destruction, ce viol collectif et de s'y opposer.
Beaucoup pensent que c'est de la responsabilité des gouvernements mais il faut bien comprendre que els gouvernements agissent en fonction des attentes du "nous" parce que c'est le moyen idéal pour eux d'être élus, réélus, encore et encore, dans le cercle étroit des "décisionneurs".
Ils ne changeront jamais de comportements pour la bonne raison que le "nous" ne montre pas suffisamment sa volonté d'inverser le cours du désastre. Dès lors, cette dilution de la responsabilité continue à opérer... Et la majorité s'en contente.
Personnellement, je pense qu'il n'est plus temps d'accuser les gouvernements de leur impéritie. C'est totalement hypocrite et ça n'existe que parce que ça permet au "nous" de se dédouaner de ses responsabilités.
Nous vivons depuis quelques mois une situation qui prouve à quel point, les gouvernements ne sont eux-mêmes que les victimes des comportements moutonniers de la masse. Des victimes privilégiées au regard de leurs existences facilitées par les droits qu'ils s'octroient mais ils n'en sont pas moins que des marionnettes dont la masse du "nous" tire les fils.
C'est une inconscience collective qui continue à entretenir la dévastation en cours et les accusations du peuple envers les incompétences des gouvernements se voient contrer par les critiques des gouvernements envers les comportements à risque de la masse du "nous".
On n'ira nulle part avec ce fonctionnement pathologique. En dehors du mur.
Je sais bien que des gens pensent que je n'ai aucune légitimité pour exhorter les individus à reconnaître leurs responsabilités et à agir en conséquence mais il me semble que ce droit m'est donné étant donné que la situation me met en danger. N'y aura-t-il pas même un jour le droit législatif d'accuser son prochain de non assistance à personne en danger, voire même de mise en danger de la vie d'autrui ?
Dans quelques mois, je serai grand-père. Est-ce qu'il n'est pas de mon devoir d'oeuvrer à la vie de ce nouvel être, de lutter pour lui offrir une planète vivable, belle, riche, préservée ?
Imaginons qu'un jour, nos descendants prennent conscience de nos comportements passés, de cette dilution de responsabilité qui nous a si follement conduit à la situation présente. Essayons d'imaginer la scène... Personnellement, je ne veux pas le vivre.
La question est donc de savoir dans quelle mesure nous sommes prêts à changer.
https://www.scienceshumaines.com/l-effet-kitty-genovese_fr_40320.html
"New York, le 13 mars 1964, Catherine Genovese, 28 ans, rentre de son travail tard dans la nuit. Agressée par un inconnu, elle se défend, crie, alors qu’il lui porte plusieurs coups de couteaux. Kitty se traîne jusqu’à sa porte. L’homme revient, la frappe encore, la viole et la dépouille, puis disparaît. Enfin secourue par une voisine, la jeune femme meurt durant son transport. L’agression s’est étalée sur trente minutes, et le crime paraît le lendemain dans les journaux locaux. Mais le véritable événement est créé deux semaines plus tard par un article du New York Times qui titre : « 37 témoins ont assisté au meurtre sans appeler la police ». C’est le scandale. Dans une tribune, l’influent Abe Rosenthal, rédacteur en chef du journal, fustige l’indifférence et la lâcheté des habitants des grandes villes, et met au défi la science d’expliquer un tel comportement. Ce sera fait quatre ans plus tard, quand deux psychologues, John Darley et Bibb Latané publient une expérience montrant que, devant une personne en détresse physique, plus il y a de témoins, plus ils tardent à intervenir. Selon eux, l’inaction des témoins n’est fonction ni de leur psychologie personnelle, ni de leur situation sociale : le seul effet du nombre provoque une « dilution de responsabilité ». Cette observation, érigée en généralité, est baptisée « effet Genovese » ou « effet du témoin ». Elle connaîtra un destin scientifique considérable figurant encore aujourd’hui dans les manuels de psychologie sociale. Ironie de l’histoire, trois chercheurs ont montré en 2007 que le récit du New York Times était faux : les témoins oculaires du crime étaient en réalité peu nombreux, et parmi eux, l’un a fait fuir l’agresseur, tandis qu’un autre a appelé les secours, lesquels ont tardé à répondre. La mort de Kitty Genovese eut une autre conséquence : la mise en place d’un numéro d’urgence, le 911. "
John Darley et Bibb Latané, « Bystander intervention in emergencies. Diffusion of responsibility », Journal of Personality and Social Psychology, vol. VIII, n° 4, 1968.
Rachel Manning, Mark Levine et Alan Collins, « The Kitty Genovese murder and the social psychology of helping », American Psychologist, vol. LXII, n° 6, septembre 2007.
Le "nous" et le "chacun"
Bon, et on en fait quoi de ces alertes répétées ? On continue comme avant ou on change de comportement. Ce "on", c'est nous, chacun d'entre nous. Je n'attends rien des gouvernements. Tant mieux s'ils réagissent mais étant donné qu'il s'agit de la pérennité de la biodiversité, de la vie, de nos vies et de celles des générations futures, il me semble que le problème est suffisamment important pour que je ne mette pas dans l'attente de décisions politiques mais que je cherche à agir, là, immédiatement, dans la mesure de mes possibilités.
Voilà sept ans que nous ne mangeons plus d'animaux, ni terrestres, ni marins.
Sept ans que nous avons développé le potager jusqu'à occuper quasiment la totalité de notre terrain pour essayer d'atteindre l'autonomie alimentaire. Cette autonomie alimentaire nous a permis de réduire également nos déplacements pour les achats de nourriture : double bénéfice pour la planète et pour nos moyens financiers.
Sept ans que nous avons réduit également nos déplacements de loisirs. Nous ne sortons plus du territoire français avec le fourgon. Nous ne prenions déjà pas l'avion. Nos loisirs se font dans l'environnement le plus proche. Nous avons la chance de vivre en montagne ce qui donne à cette exigence une facilité qui nous réjouit. Pourquoi irions-nous chercher loin ce que nous trouvons ici ?
Nous vivons en confinement volontaire, ce qui signifie que nous ne "sortons" pas. Ni cinéma, ni restaurant, ni "shopping". Et ça ne nous manque aucunement.
Nous récupérons le maximum de choses et nous limitons au maximum nos achats : décroissance et simplicité volontaire.
Le problème aujourd'hui, pour nous, vient de l'absence de source sur le terrain et au regard des chaleurs actuelles et à venir, l'eau va devenir un élément crucial. Notre terrain est également trop petit pour pouvoir y faire pousser la "forêt comestible" dont nous rêvons désormais.
Il faut qu'on trouve un autre lieu de vie pour accroître encore notre décroissance...
Cet article, comme tous ceux que j'ai déjà postés sur le sujet, ne met pas assez en avant, selon moi, la responsabilité individuelle. Personne n'est "visé", personne n'est réellement amené à s'impliquer...
L'expression "il faut" est totalement impersonnelle.
Le "nous" n'est pas suffisamment clair. Qui ça "nous" ?
Dans l'esprit occidental, le "nous" est une masse, un conglomérat et l'individu ne se sent pas concerné.
C'est un "nous" qu'il regarde mais auquel il n'appartient pas. Et il attend très souvent, de surcroît, que le gouvernement indique au "nous" la marche à suivre...Et quand le "nous" se mettra en marche, l'individu verra si ça vaut la peine de suivre.
Il n'est qu'à voir tout ce qui a été observé depuis le début de cette crise sanitaire. L'esprit de groupe, la communauté, l'empathie, la responsabilité individuelle, la remise en question, l'état des lieux des comportements individuels et de groupe etc etc, tout cela ne changera que si le "nous" le décide.
Mais le problème de ce "nous", auquel l'individu ne sent pas appartenir, c'est qu'au final, il n'a pas réellement d'existence puisque chaque individu s'en trouve dissocié.
Si le "nous" ce sont les autres et que chaque individu le vit ainsi, il n'y a pas de "nous".
Il n'y a que des individus identifiés à leurs habitudes et à leurs modes de vies.
Et bien que ces modes de vies soient souvent similaires d'un individu à un autre, le chacun pour soi l'emporte toujours. S'il y a quelque chose d'important à faire, chacun se dira que le "nous" le fera...
On tourne en rond et on creuse des tombes, les nôtres, celles des autres, celles de la nature.
Et à la prochaine pandémie, le "nous" accusera les gouvernements d'avoir manqué de vigilance, de n'avoir pas été prévoyants, de n'avoir pas commandé de masques, d'avoir abandonné le système hospitalier, d'avoir menti, d'avoir triché, ds s'être contredit etc etc...
Et chacun d'entre nous, qu'est-ce qu'on aura fait avant que ça n'arrive ?
Le président du Muséum national d'histoire naturelle, le naturaliste Bruno David, appelle à "changer nos comportements" pour éviter d'autres pandémies. Selon lui, la population humaine sur Terre, la déforestation et l'agriculture intensive nous rapprochent trop des animaux, et nous nous déplaçons trop.
"Si nous ne changeons pas de comportement (…) on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci", prévient le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle, invité de France Inter, vendredi 22 mai, journée mondiale de la biodiversité. Il pointe du doigt justement la destruction de la biodiversité, à travers la déforestation et l'élevage intensif, comme un facteur de la pandémie. Le naturaliste appelle à réduire la "promiscuité" avec les animaux et conseille de "moins bouger, de moins faire bouger nos marchandises".
franceinfo : Les pandémies ont-elles toujours existé ?
Bruno David : Les zoonoses, c'est-à-dire le passage d'une maladie d'un animal à l'homme, ce n'est pas nouveau. Il y a eu un premier pic à un moment donné, au Néolithique, il y a 10 000 ans. Au moment de la domestication, il y a un certain nombre de maladies qui sont passées des animaux aux hommes, comme la rougeole ou les oreillons. Ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, c'est qu'on entretient la promiscuité avec des animaux domestiques élevés en très grand nombre ou avec des animaux sauvages, ce qui favorise la transmission de maladies et de nouveaux virus des animaux vers les hommes.
Qu'est-ce qui pose problème exactement ?
Il y a trois facteurs. D'abord, le nombre que nous sommes sur Terre. Plus nous sommes nombreux, en termes de probabilité, plus on va apparaître comme l'espèce dominante et donc la cible privilégiée de certains pathogènes. La deuxième chose, c'est qu'on entretient de la promiscuité avec des animaux, que ce soit des animaux domestiques en grand nombre ou avec des animaux sauvages. A travers la déforestation par exemple, on va faire venir ces animaux sauvages vers nous, puisqu'on aura détruit leur environnement, ou on va les consommer, ce qui a pu se passer avec le pangolin. Par ailleurs, on se déplace énormément, ce qui fait que quand un problème survient localement, il devient rapidement global. Avec ces trois facteurs, il y a toutes les chances pour qu'une pandémie arrive. Et il y en aura vraisemblablement d'autres si nous ne changeons pas de comportement.
Par quoi faut-il commencer pour changer nos modes de vie ?
Il y a un concept qui s'appelle le "One Health" en anglais, qui signifie "une seule santé". Il dit que la santé humaine, la santé animale et la santé des environnements c'est quelque chose qui forme un tout. Il faut que ce soit abordé de manière globale. La meilleure chose à faire, c'est de respecter mieux les environnements, de moins faire de déforestation, se tenir plus à distance des espèces sauvages, donc ne pas aller sur leurs territoires, ni les faire venir sur nos territoires. Il faut aussi éviter les élevages intensifs, avec des animaux qui sont tous semblables les uns aux autres, et qui sont dans des nombres absolument incroyables. Et aussi moins bouger, moins faire bouger nos marchandises (…) Il faut arriver à infléchir nos modes de vie, parce que sinon, ça va nous revenir dessus comme un boomerang et on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci.
Osho : De l'Amour
"Deux personnes qui se rencontrent, c’est deux mondes qui se rencontrent. La chose n’est pas simple, mais au contraire très complexe, la plus complexe qui soit. Chaque personne est un monde en elle-même : un mystère complexe, avec un lointain passé et un futur éternel.
Au départ de la relation, seules les périphéries se rencontrent. Mais si la relation croît en intimité, devient plus proche, devient plus profonde, alors peu à peu, les centres commencent à se rejoindre. Lorsque les centres se rejoignent, c’est ce qu’on appelle l’amour. Lorsque les périphéries se rencontrent, cela s’appelle faire connaissance. Vous prenez contact avec l’autre, de l’extérieur, juste à partir du bord : vous faîtes alors connaissance. Fréquemment, vous vous mettez à appeler votre rencontre amour. Vous êtes alors dans l’erreur. Faire connaissance n’est pas aimer.
L’amour est chose très rare. Rencontrer quelqu’un en son centre, c’est passer soi-même par une révolution, car si vous voulez rencontrer quelqu’un en son centre, il vous faudra lui permettre d’arriver, lui aussi à votre centre. Il vous faudra devenir vulnérable, absolument vulnérable, ouvert. C’est risqué. Laisser arriver quelqu’un à votre centre est risqué, dangereux, car vous ne savez pas ce qu’il va vous faire. Et une fois tous vos secrets connus, une fois votre intimité dévoilée, une fois que vous êtes complètement exposée, que fera-t-il ? Vous ne le savez pas. Et la peur est là. C’est pourquoi nous nous ouvrons jamais.
Une simple rencontre et nous pensons que l’amour est arrivé. Les périphéries se touchent et nous croyons que nous sommes rencontrés. Vous n’êtes pas votre périphérie. En réalité, la périphérie est la frontière où vous finissez, c’est la palissade qui vous entoure. Ce n’est pas vous ! La périphérie est le lieu où vous finissez et où commence le monde. Même des maris et des femmes qui auraient vécu ensemble depuis de nombreuses années peuvent être des étrangers, ils ne se connaissent pas l’un l’autre. Et plus longtemps vous vivez avec quelqu’un, plus vous oubliez complètement que vos centres sont restés inconnus.
La première chose à comprendre est donc : ne confondez pas relation, couple et amour. Même si vous faites l’amour, même si vous avez une relation sexuelle, le sexe est, lui aussi, à la périphérie. A moins que les centres se rencontrent, le sexe n’est que la rencontre de deux corps. Et la rencontre de deux corps n’est pas votre rencontre. Le sexe, lui aussi, reste une relation superficielle – physique, corporelle, mais toujours superficielle. Mais vous ne pouvez permettre à quelqu’un de pénétrer jusqu’en votre centre que si vous n’avez pas peur, que si vous n’avez aucune crainte.
Aussi, je vous dis qu’il y a deux sortes d’existence. L’une est dirigée par la peur, l’autre par l’amour. Vivre dans la peur ne pourra jamais vous permettre une relation profonde. Vous restez craintif et vous ne pouvez laisser faire l’autre : vous ne pouvez lui permettre d’entrer en vous vraiment jusqu’à votre cœur. Vous tolérez l’autre jusqu’à un certain point, et puis c’est le mur et tout s’arrête.
Celui dont la vie est tournée vers l’amour est l’être religieux et spirituel. Etre tourné vers l’amour veut dire : ne pas avoir peur de l’avenir, ne pas avoir peur du résultat ni des conséquences : vivre ici et maintenant."
Coronavirus : L’administration française
Il y en a un sacré paquet des choses à changer dans ce pays.
Mais encore faudrait-il que les syndicats et le gouvernement décident de bosser ensemble.
Après tout, ils se disent bien au service de la population. Ou alors, il y a quelque chose que je n'ai pas compris...
Pour clarifier mon allusion aux syndicats, tout le monde sait combien ils sont réticents, voire réfractaires à tout chamboulement dans la fonction publique. Quant aux gouvernements, celui-ci comme les autres, on sait combien ils sont à même de protéger les énarques qui dirigent cette cacophonie administrative. Tout le monde, dans ce "microcosme" y trouve son intérêt. Et nous, le "macrocosme", on subit toutes les dérives qui en résultent.
"C'est la maison des fous chez Astérix", rit nerveusement Agnès Lebrun, maire ex-LR de Morlaix, dans le Finistère. Depuis une bonne demi-heure, la porte-parole de l'Association des maires de France égrène les indices qui trahissent une bureaucratie dépassée par la crise du coronavirus. Le Gaulois préféré des Français surgit au détour d'une tirade sur l'Agence régionale de santé (ARS). "Ils n'étaient même pas au courant de la réouverture des visites dans les Ehpad, annoncée un dimanche par Olivier Véran ! On a dû dire en urgence aux familles de ne pas venir le lundi, car on ne pouvait pas être prêt", raconte l'élue. "Et l'ARS dans tout ça ? On a reçu un courrier cinq jours plus tard nous informant de cette réouverture…"
>> Retrouvez les dernières informations sur l'épidémie de Covid-19 dans notre direct
Depuis le début de l'épidémie, l'administration française a connu de gros ratés et se retrouve sévèrement critiquée. Normes trop contraignantes, manque de coordination et d'anticipation… "La bureaucratie, c'est le mal de ce pays. En plus, nos fonctionnaires ne sont pas formés à la gestion de crise", assène un ex-conseiller ministériel. Un membre d'une cellule de crise d'un ministère rétorque : "Il y a des enchanteurs qui disent ce qu'il aurait fallu faire, mais c'est facile de critiquer a posteriori, on voit toujours les trous dans la raquette." Alain Lambert, président du Conseil national d'évaluation des normes, est pourtant lui aussi très sévère. "Nous annoncions depuis au moins 10 ans cette catastrophe. J'avais dit que le pays pouvait mourir s'il était confronté à une crise grave, car il ne pourrait pas y faire face", soupire l'ancien ministre du Budget de Jacques Chirac.
Le pays est devenu comme un mammouth que l'on ne peut plus bouger.Alain Lambert, président du Conseil national d'évaluation des normesà franceinfo
Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la fonction publique, y voit surtout la conséquence d'une multiplicité des acteurs. "Les citoyens ont été confrontés à une grande fragmentation de cet appareil sanitaire qui est très complexe", résume-t-il. "Les ARS s'occupent des hôpitaux, mais pas du médico-social géré par les départements ; les préfets prennent des mesures d'ordre public, mais ils n'ont pas de compétence sur les ARS ; les maires ont certes une compétence générale, mais la loi d'urgence sanitaire redonne la main à l'Etat." Par conséquent, les prises de décision sont lentes, quand le temps de la crise est rapide.
Un symbole : les masques
Les masques sont très vite devenus le symbole de l'inertie de l'Etat dans cette crise. Début avril, Mediapart révèle une série de dysfonctionnements dans la gestion des stocks et dans la capacité de l'Etat à s'organiser pour acquérir les précieuses protections. Les ministères commandent chacun de leur côté, les procédures de marchés publics sont inadaptées à l'urgence… La liste s'allonge, début mai, avec la publication d'une série d'articles du Monde sur la destruction par l'Etat de son stock de masques. Il y a 10 ans, la France possédait un milliard de masques, contre 110 millions au début de la crise, selon le ministre de la Santé, Olivier Véran. Auprès du quotidien du soir, l'économiste Claude Le Pen fustigeait le rôle de "la haute administration dans le désarmement", évoquant "une décision publique pas identifiée, prise par des hauts fonctionnaires".
Résultat : les masques ont considérablement manqué, en premier lieu pour le personnel soignant. De quoi mettre en colère un ancien conseiller santé. "Les collectivités ont dû se substituer à l'Etat !" dénonce-t-il.
Pourquoi les régions, ou encore la grande distribution, ont-elles pu commander des masques et pas l'Etat ?Un ancien conseiller santéà franceinfo
"Aujourd'hui, l'administration se cache derrière son petit doigt", poursuit-il, avant de pointer le rôle du directeur général de la santé. Pourquoi est-ce que Jérôme Salomon ne demande pas un arbitrage sur les masques, quand il arrive en poste (en 2018), alors qu'il a lui-même rédigé une note en 2016 à l'attention du candidat Macron, pour lui dire que la France n'était pas prête en cas d'épidémie ? A-t-il eu peur de déplaire ?"
"On m'a répondu 'merci' et c'est tout"
Deuxième symbole : les tests. Alors que l'Allemagne annonce dépister en masse, avec plus de 350 000 tests réalisés chaque semaine dès la fin mars (et un objectif affiché de 500 000), la France choisit de ne tester que les cas graves. Revirement à l'annonce du déconfinement, lorsque le Premier ministre promet 700 000 tests par semaine à partir du 11 mai. Le défi semble impossible à relever, pour plusieurs experts interrogés par franceinfo. La France n'a jamais dépassé les 150 000 tests hebdomadaires et tandis que des machines sont commandées en urgence à la Chine, des laboratoires français restent sous-utilisés, voire oubliés. A commencer par les laboratoires vétérinaires, qui ont pourtant proposé leur aide.
Jean-Louis Hunault, le président du Syndicat de l'industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV), ne comprend pas. Il raconte avoir envoyé un mail à Jérôme Salomon, le 13 mars, pour l'informer que ses adhérents "veulent faire des tests". "On m'a répondu, 'merci', et c'est tout." Pourtant, sur ses 40 adhérents, trois sont prêts à fabriquer des tests PCR. "Ils m'ont déclaré une capacité de 150 à 300 000 tests par semaine, nous avons une puissance industrielle de production et d'analyse", explique-t-il. Ces laboratoires vétérinaires habitués aux recherches de maladie dans des élevages ont la capacité de traiter de grandes quantités de prélèvements en même temps. Jean-Louis Hunault assure avoir passé "plusieurs semaines à faire remonter l'information".
Un problème de "normes réglementaires" bloque le processus, justifie Edouard Philippe lors d'une conférence de presse, début avril. Il faut attendre le 6 avril pour que les laboratoires publics de recherche, vétérinaires et départementaux soient habilités à effectuer des tests. Pourtant, au 7 mai, Jean-Louis Hunault assure que ces trois laboratoires "ne vendent toujours pas".
Pour l'instant, on a aucune commande de la France, j'ai des industriels qui ont réservé des créneaux de production à la France, mais ça va disparaître au gré du temps.Jean-Louis Hunault, président du SIMVà franceinfo
En attendant une hypothétique commande française, ces tests partent – ou sont déjà partis – en Allemagne, en Italie, en Irlande ou en Belgique.
"La réglementation ne le permet pas"
Les labos vétérinaires ne sont pas les seuls laissés de côté. Les cliniques privées ont aussi dû attendre sur le banc de touche. "Dès le mois de janvier, les hôpitaux publics ont été désignés en première ligne, et quasiment aucune clinique n'a été placée en première ou deuxième ligne", raconte Lamine Gharbi, président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP). "Lorsque nous avions une urgence Covid, nous n'avions pas le droit de la soigner, il fallait l'envoyer au CHU", poursuit-il.
J'ai demandé à faire des dépistages, on m'a répondu : 'La réglementation ne le permet pas.'Lamine Gharbi, président de la FHPà franceinfo
Pendant ce temps, la situation dans le Grand Est se dégrade. "L'ARS n'a pas pensé à nous, j'avais des établissements qui me disaient avoir 70 lits de réanimation et au même moment, on mutait des patients à Toulon, ça m'a rendu fou", se souvient, amer, Lamine Gharbi. C'est le jour des élections municipales, dimanche 15 mars, qu'il reçoit un appel du ministère de la Santé lui demandant de prêter main forte à la région. Les cliniques privées peuvent prendre en charge les patients Covid à partir du 16 mars seulement (et faire des tests sérologiques à partir de mi-avril). Mais il faut attendre encore 10 jours pour pouvoir prendre en charge les premiers patients. "Ça a été un dysfonctionnement total lié à la soudaineté de l'afflux, mais aussi à l'impréparation", souligne Lamine Gharbi. Un scénario noir qui a, au moins, permis d'organiser une meilleure coordination entre public privé dans les autres régions. "Heureusement, nous avons ensuite été pleinement intégrés dans le dispositif", confirme le président de la FHP.
A l'hôpital public, certains médecins se félicitent que le carcan de la bureaucratie ait fini par craquer durant la crise. "Chacun a retrouvé le sens de son métier : les soignants ont soigné et l'administration les a aidés à soigner, les premiers au service des malades, les seconds, réactifs, à l'écoute", écrivent vingt médecins dans Le Figaro. "Tout a été facilité à tous les niveaux pour avoir une réactivité maximale, les contraintes avec la bureaucratie ont été abolies", souligne Dominique Rossi, urologue. Avec les autres signataires de la tribune, il espère que l'hôpital sera à l'avenir "libéré" de ce qu'ils nomment un "fléau".
Même là, au cœur de la lutte contre le coronavirus, des professionnels de santé estiment toutefois ne pas avoir été assez associés à la gestion de la crise. "La seule chose que l'on avait, au début, c'était des mails de la DGS envoyés à tous les médecins", affirme Emmanuel Loeb, président du syndicat Jeunes médecins. Il assure avoir tenté de joindre un conseiller d'Olivier Véran le 18 mars et avoir reçu un simple "c'est à quel sujet ?", par SMS.
Au niveau du ministère de la Santé, c'était silence radio.Emmanuel Loeb, président du syndicat Jeunes médecinsà franceinfo
Conséquence, selon lui, de ce manque d'anticipation : "Il y a eu une absence complète de coordination entre l'hôpital, l'ARS, les médecins hospitaliers et les médecins de ville." Même constat du côté des internes. "J'ai écrit, à partir de début février, plusieurs fois au cabinet du ministre, à la direction générale de l'offre de soins (DGOS), on attendait des directives, même écrites, rien n'est venu, on a eu aucune réunion", déplore Justin Breysse, président de l'Intersyndicale nationale des internes en médecine (Insi). Il faut attendre mi-mars pour que leurs recommandations soient traduites dans la réglementation.
"On a des gouttes de sueur sur le front"
Si certaines professions ont dû jouer des coudes pour être intégrées à la lutte contre le coronavirus, d'autres se sont retrouvées en première ligne sans consigne claire de l'administration centrale. Plusieurs maires racontent ainsi ne pas avoir réussi à joindre les préfectures. "Le rapport avec les administrations centrales ou déconcentrées est essentiellement épistolaire, j'ai très peu de contacts directs", assure Agnès Lebrun, la maire de Morlaix. "Je n'ai pas reçu un seul appel de l'autorité préfectorale, alors que j'ai un territoire de 100 000 habitants", s'agace le directeur général des services d'une grande agglomération.
Le préfet, le seul moment où il communique avec vous, c'est par communiqué de presse.Le directeur général des services d'une grande agglomérationà franceinfo
Ces propos n'étonnent pas le chercheur Luc Rouban : "Vous avez une génération de hauts fonctionnaires qui ne connaissent pas le terrain et restent deux ans en place." Antoine Homé, maire de Wittenhein (Haut-Rhin), regrette également que "les préfets n'aient pas de marge de manœuvre" et qu'"ils appliquent les décisions de Paris". L'ex-ministre Alain Lambert ajoute : "Les préfets passent leur vie à téléphoner à l'administration centrale pour se couvrir. C'est insensé, car la personne qui leur répond est moins gradée qu'eux !"
Le couple "préfet-maire" vanté par le gouvernement a du plomb dans l'aile. L'épineuse question de la réouverture des école n'a pas aidé à améliorer les relations entre le terrain et "Paris". "L'Education nationale nous a envoyé hier à 21h30 la circulaire de réouverture des écoles, la rectrice n'est disponible que demain à 9 heures et on a un protocole de 57 pages…" se désole Antoine Homé, le 7 mai, quatre jours avant le retour en classe. Agnès Lebrun liste les contradictions : "On nous dit d'embaucher des animateurs municipaux pour s'occuper des enfants. Or, le service qui délivre les casiers judiciaires afin de s'assurer de l'absence de condamnation des personnes est fermé depuis le 17 mars." Son directeur général des services ne peut réprimer sa lassitude : "Ce ne sont que complexités et lourdeurs administratives, on a des gouttes de sueur sur le front."
La grande débrouille
Face à l'inertie de l'Etat, ils sont nombreux, localement, et à tous les échelons, à avoir pris les choses en main, quitte à s'arroger des compétences. "Le vrai point positif de tout ça, c'est l'intelligence collective, on s'est démerdé comme on a pu", souligne le DGS d'une grande agglomération. On fait des choses hors des clous parce que l'on est sur-administré dans ce pays". "C'était de la débrouille organisée, confirme Agnès Lebrun. Lorsque toutes les structures associatives ont fermé, on a pris le relais avec nos propres agents pour renforcer l'équipe de livraison alimentaire".
Dans les hôpitaux aussi, c'est le système D. "On a été obligés de s'autonomiser dans la gestion de la crise en mettant en place des cellules dans les CHU pour gérer les internes", explique Justin Breysse. En Ile-de-France, 35 internes faisaient quotidiennement le point sur l'état de tension dans les services, recensaient les internes et leurs compétences pour mieux les répartir dans les hôpitaux.
La débrouille ne dure qu'un temps et certains rêvent déjà au monde d'après, avec une refonte en profondeur de l'administration française. "Cette crise a marqué le crépuscule d'un Etat jacobin et centralisé, il faut une République décentralisée", plaide Antoine Homé.
La crise, sous cet aspect-là, est une chance historique d'inverser le fonctionnement de la France et d'en finir avec un système totalement hiérarchique qui ne fonctionne plus.Alain Lambert, président du Conseil national d'évaluation des normesà franceinfo
L'ancien ministre Alain Lambert rêve que s'applique le principe de confiance a priori, où le pouvoir central aurait confiance dans ses fonctionnaires et les jugerait a posteriori. "Or, en France, c'est le système de la défiance a priori qui prévaut : l'agent doit d'abord obtenir une autorisation pour agir, ce qui fait perdre un temps colossal, et on ne s'occupe pas de savoir après s'il a bien ou mal agi." Pour Agnès Lebrun, on est "dans un exercice grandeur nature", qui laisse une alternative : "Ou bien on est capable de faire un constat et de changer les choses ou ce sera pire qu'avant." "Si l'on n'est pas capable de tirer les leçons, ce sera la crise des 'gilets jaunes" version maire", prévient l'édile.





Nous sommes nombreux à voir des masques usagés jetés par terre. Pourtant, il est simple d’éviter cette pollution en respectant les consignes
Préserver l’environnement
