Là-Haut

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Dialectique notariale

Par Le 09/09/2020

On vient de lire 43 pages d'acte notarial concernant la vente de notre maison et c'est consternant.

Je ne comprends pas l'objectif de cette dialectique alambiquée et absconce, pour employer un terme "savant". 

Personnellement, je considère qu'un texte de cet ordre a pour objectif d'informer les deux parties concernées de leurs droits et devoirs. Il s'agit donc d'un "enseignement" dans le sens où il s'agit de faire connaître les points inhérents à la loi. Mais alors quelle est l'intention inavouée d'utiliser des phrases, des termes, des tournures aussi hermétiques dans un document destiné au "grand public" ?

L'intention de montrer la "supériorité" des hommes de lois ? 

Mais alors il ne s'agit pas d'enseignement. C'est même totalement son opposé.

J'ai passé 37 ans de ma vie à enseigner et si, à la fin d'une journée de classe, j'avais pris conscience que mes élèves n'avaient rien compris à mes propos, c'est moi que j'aurais tenu pour responsable. Pas eux. 

Que dois-je en déduire ? Que le système législatif considère qu'il n'a pas à être compris. Que les études de droit octroient le droit de ne pas être compris. Qu'il existe un "no man's land" entre eux, les "spécialistes" et la plèbe. 

Alors, je m'octroie le droit de considérer que ces gens ne nous sont aucunement supérieurs et bien au contraire qu'ils se sont soumis à un cadre stylistique qui leur ôte toute humanité. Toute personne acceptant de fait un système qui les différencie de l'humain et semble leur donner une quelconque supériorité est en réalité enchaîné et subordonné à ce système. Cet individu a abandonné sa liberté, volontairement, en imaginant atteindre un statut. 

J'aurais plaisir à écouter ou à lire un notaire considérant que son rôle n'est pas de m'assommer mais de m'éveiller, non pas de me m'égarer mais de m'accompagner, non pas de se mettre à distance mais de se mettre à ma portée.

Il n'est aucunement justifiable que des textes de lois usent de cette dialectique. Ou alors il faudrait admettre que les lois sont au-dessus de l'humain. Non, elles ne sont pas au-dessus de l'humain. Elles doivent faire partie de l'humain. Et on ne peut adopter que ce que l'on comprend.
 

Couchers de soleil

Par Le 07/09/2020

Les couchers de soleil sont pour moi des levers d'amour. 

Il ne faut pas les quitter des yeux. Il faut  en apprécier chaque instant, les boire jusqu'à la dernière goutte.

Ensuite, ils sont là, à l'intérieur.

J'en vois les nuances, les pastels, les mouvements, les rayonnements, j'étudie chaque détail, je fixe un point précis et je le regarde évoluer. Je reste là jusqu'à ce que le rideau de nuit tombe sur la scène.

J'ai fini par comprendre cette fascination que j'avais pour ces instants fugaces et uniques. Encore une fois, toujours et encore cette vie, cette création, l'énergie...Et qui d'autre que le soleil pourrait le mieux représenter tout cela ? 

Je viens d'avoir 58 ans, il y a quelques jours, ce qui représente donc 21 170 couchers de soleil. C'est fou... J'ai mis beaucoup trop longtemps à les aimer à leur juste valeur. 

 

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Conscience suprême

Par Le 04/09/2020

Voilà, jeté en vrac, ce à quoi je m'attelle depuis quelques temps : la conscience suprême. Je viens décrire ça d'un trait et je le publie sans le retoucher. C'est volontaire même si c'est désordonné. C'est un moyen pour voir comment tout cela va évoluer et de pouvoir revenir au point initial dans quelques temps. 

 

L'acte ne contient en lui-même ni la réussite ni son échec.

L'acte n'existe qu'en fonction de celui ou celle qui l'accomplit mais l'individu qui l'accomplit, bien qu'il soit « existant » n'est pas pour autant « présent ».

C'est la qualité de présence qui déterminera la réussite ou l'échec mais cette qualité de présence n'existe pas non plus en tant que telle.

La qualité de présence dépend de l'extension de la conscience.

L'acte est une extension de la conscience dans l'instant présent.

Je pourrais masser Nathalie sans la masser en fait. Sans la conscience de l'acte, il s'agirait de gestes techniques mais ils ne porteraient rien. Au fil des années, (8 ans maintenant) au rythme d'un ou deux massages d'une heure par semaine, nous avons développé une conscience profonde de l'acte.

Il ne s'agit pas simplement d'une « concentration » car la concentration implique un effort.

Il ne s'agit pas davantage de « l'attention » car l'attention se porte sur l'environnement.

L'attention concerne ce qui nous environne : « Fais attention avant de traverser la rue. » L'individu n'est pas en lui-même mais en lien avec l'extérieur.

La concentration exclut l'environnement pour plonger l'individu au cœur du problème qui le concerne à l'instant T.

Néanmoins, on se concentre sur un réseau de pensées destinées à résoudre ce problème. « Concentre-toi si tu veux trouver la solution. »

Ce réseau de pensées ou cette arborescence est incompatible avec l'état de pleine conscience car il induit une tension, une pression, une intention, un objectif et par conséquent la peur de ne pas y parvenir.

La présence est un état de plénitude et cet état annihile toute tension. C'est en tout cas ce qu'il faut chercher à atteindre pour s'élever au-dessus de la concentration.

Quel est l'élément ou le paramètre indispensable pour atteindre cet état de plénitude et cette pleine conscience ? Comment s'extraire de l'enchevêtrement des pensées et des tensions qu'elles génèrent ?

Nous ne possédons pas d'interrupteur permettant de couper le flux des pensées.

Il s'agit donc de suivre une procédure, un protocole, un cheminement.

Une seule balise sera utile : l'amour.

L'amour pour l'être aimé mais également l'amour pour l'acte.

Il s'agit d'aimer, intégralement. Cet amour n'a pas besoin d'être porté par un objectif, une intention. Il contient en lui-même tout ce qu'il y a de plus beau. Il est au-delà de l'objectif car l'objectif est une notion temporelle qui concerne l'avenir et par conséquent le retour des pensées et de la peur alors que l'amour est intemporel.

L’objectif est une donnée du mental et le mental n’est pas une entité capable d’être « présent ». Il est systématiquement accroché au passé ou projeté dans le futur. Il n’existe qu’en dehors de l’instant.

L’amour, pour sa part, est là, maintenant. Il n'a pas besoin du temps pour exister. Et l’amour réel n’a pas d’objectif puisqu’il n’émane pas du mental. Tout objectif qui viendrait s’ajouter à l’amour priverait l’individu de cet amour. Si je massais Nathalie avec l’objectif constant de lui faire du bien, je ne serais plus dans l’instant et par conséquent, mes gestes ne seraient plus que des gestes techniques emplis de la peur de ne pas être efficaces.

Il en est de même dans la sexualité.

Il en est de même dans la marche en montagne.

De même en vélo. Dans le bricolage, dans le jardinage, dans la création artistique.

Tout cela semble impossible étant donné que l’acte prend forme avec un objectif. Quand je jardine, c’est pour que les plantes croissent. Quand je bricole, c’est pour parvenir à réparer ou à améliorer, je sais ce que je vise.

Oui, bien entendu.

Mais une fois que cet objectif est identifié, ce qui importe, ce qui est primordial, c’est de revenir à l’instant et d’aimer cet instant et ce qu’il propose.

On sait dans le cadre de la sexualité combien les pensées temporelles, du passé à l’avenir, contiennent de barrières à l’extension du plaisir. Il n’y a que l’instant présent qui puisse nourrir ce plaisir. Tout le reste relève du parasitage. C’est là que la pleine conscience relève de l’absolue nécessité. Tout ce que nous accomplissons ne peut être intégralement réalisé que dans la réalité de l'instant. Dès lors que le mental prend le contrôle, nous ne sommes plus dans l'instant et nous ne sommes donc plus dans l'amour. 

« J’aime ma région. J’aime ma maison. J’aime mon chien. J’aime ma femme. »

Il est assez navrant de voir que notre langue n’a pas su différencier les états amoureux.

L’amour peut-il être sans « objet » ? Sans personne identifiée ? Peut-on simplement aimer ?

Mais aimer quoi ? Dirait-on.

Rien, justement.

Ou alors, il s’agirait d’aimer la vie en soi, c’est à dire que pour une fois, cet amour ne serait pas projeté en dehors mais s’étendrait en soi. Il ne s’agit pas de s’aimer soi mais d’aimer ce qui est en soi : la vie.

C’est là encore qu’intervient la pleine conscience. Comment « matérialiser » la vie en soi ? On pourrait se concentrer sur les battements cardiaques mais le cœur, aussi indispensable soit-il, ne suffit pas à la vie en soi. Rien de ce qui est en nous ne fonctionne sans le reste.

Rien de ce qui vit ne fonctionne sans l’énergie qui l’anime.

Mais nous ne possédons pas d’image précise de cette énergie.

Il n’y a rien de vraiment identifiable dans cet amour.

C’est un amour sans image.

C’est celui que j’aime.

De nombreuses fois, en tentant d’explorer cette dimension sans image connue, des flots d’images me sont venues. Et toujours l’infinie diversité de la création m’emportait dans une dimension inconnue.

C’est peut-être ça qu’on appelle « les états de conscience modifiée ».

Mais on pourrait penser également que dans notre état « normal », nous sommes dans un état de conscience modifiée, un état primaire que nous aurions dû quitter depuis bien longtemps. Est-ce « normal » d’être dans cet état « normal » quand on sait qu’il existe une dimension supérieure, extatique, suprême. Pourquoi nous sommes-nous habitués à la platitude quand nous pourrions vivre dans un état de plénitude ?

Que cherchent les gens qui pratiquent des sports extrêmes ? Que cherchent les gens qui se droguent ? Que cherchent les artistes au cœur de leurs créations ?

N’y a-t-il pas le goût perdu de cette conscience suprême qui coule en eux ?

Je me suis longtemps interrogé sur mes périodes mélancoliques. D’où venait cet état qui ne me ressemblait pas ?

Je suis convaincu que nous portons tous une nostalgie de la conscience suprême. Que cette conscience suprême est le lien qui unit toute la création. 

L'humanité, dans son écrasante majorité, a perdu ce lien

 

 

 

Roman et faits divers

Par Le 02/09/2020

 

Un étrange et glauque faits divers me ramène à l'idée de départ du roman "Les héros sont tous morts".

"La tuerie de Chevaline." 

Aujourd'hui, un corps et une voiture carbonisée ont été découverts dans un lieu très proche de cet ancien faits divers jamais élucidé. 

Après la découverte d\'un corps près d\'une voiture calcinée à Chevaline en Haute-Savoie, les forces de l\'ordre ont bouclé le secteur, le 2 septembre 2020.
Après la découverte d'un corps près d'une voiture calcinée à Chevaline en Haute-Savoie, les forces de l'ordre ont bouclé le secteur, le 2 septembre 2020. (GREGORY YETCHMENIZA / MAXPPP)

Un corps a été découvert dans la matinée du mercredi 2 septembre à proximité d'une voiture en feu à Chevaline (Haute-Savoie), rapporte France Bleu Pays de Savoie. Il s'agit d'un homme, indique le parquet d'Annecy. "Les enquêteurs disposent à l'heure actuelle de plusieurs éléments concordants indiquant que la victime serait un homme âgé de 70 ans habitant la commune de Doussard, située à proximité", écrit la procureure de la République dans un communiqué.

Le corps du septuagénaire était fortement calciné au niveau des jambes, précise le parquet. Il était positionné à proximité d'un véhicule incendié dans lequel ont été découvertes deux armes d'épaule. "Les premières constatations établissent que le feu aurait démarré alors que la victime était assise à l'intérieur du véhicule et que celle-ci en serait ensuite sortie avant de succomber", poursuit la procureure.

Pas de lien établi avec la tuerie de chevaline

La brigade de recherches d'Annecy ainsi que la section des recherches de Chambéry ont été saisies de l'enquête pour recherche des causes de la mort. "Aucun élément ne permet à l'heure actuelle de faire état d'une éventuelle intervention d'un tiers, ni de faire un lien avec les évènements dits de la tuerie de Chevaline survenus il y a presque huit ans plus tôt", indique aussi le parquet.

C'est dans cette même commune que quatre personnes avaient été assassinées en 2012 sur une route forestière, la tuerie dite de Chevaline.“Tout rapprochement serait prématuré et malvenu”, a expliqué un peu plus tôt ce mercredi le colonel Nicolas Marsol, le patron des gendarmes de Haute-Savoie, à France Bleu Pays de Savoie. “En plus ce n'est pas au même endroit”, a-t-il ajouté.

Le 5 septembre 2012, trois membres d'une même famille et un cycliste avaient été tués. Une affaire qui n'est toujours pas résolue huit ans après les faits.

Tuerie de Chevaline : le mystère demeure

Cinq ans après les faits, le mystère reste entier et la tuerie de Chevaline n'est toujours pas élucidée.

 

Il est environ 16 heures, il y a cinq ans, lorsqu'un touriste britannique découvre sur un chemin forestier des bords du lac d'Annecy une voiture et quatre corps inanimés. Derrière le volant, un père de famille britannique d'origine irakienne, tué par balles. À l'arrière, son épouse et sa belle mère. À l'extérieur, un cycliste savoyard est lui aussi abattu. Seules survivantes, une fillette de 7 ans gravement blessée et une autre fillette découverte huit heures plus tard par les enquêteurs. Très vite, le cycliste est présenté comme une victime collatérale.

Moyens importants mis en place

L'enquête se penche vite sur l'histoire familiale. Le père de famille était en conflit avec son frère à propos de l'héritage de leur père. Autre piste, plutôt mystérieuse : la profession du père de famille. Il participait à la mise au point de satellites. Aujourd'hui, le mystère reste entier malgré les moyens importants déployés pendant des mois. L'arme du crime est toujours activement recherchée, un ADN trouvé sur place n'a toujours pas été identifié.

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Gaston avait armé son fusil. Il avait longuement observé la scène. Rien, aucun mouvement, aucun bruit, aucun râle. Il avait fini par s’approcher, l’arme en joue. Le premier corps prêt de la voiture. Le moteur tournait encore. Il s’appliqua à découper la scène en tranches, persuadé d’un sacré bazar, il ne voulait pas se faire surprendre par un gonze encore chaud. Pour un peu, il se serait cru à l’affût d’une bête, sensible au vent, aux bruits de ses pas sur les feuilles, à la lumière dans les frondaisons. Il aimait cette excitation maîtrisée.

Il s’approcha prudemment jusqu’à pouvoir poser le canon du fusil sur l’homme. Un costard noir, des chaussures de ville. Pas les fringues du gars qui vient pour une balade en montagne. Il avait pris une balle en pleine poitrine. Le trou était bien net, le sang avait dessiné une jolie auréole, une couronne écarlate qui l’émut. L’homme tenait toujours son flingue. Un bel objet, du bien lourd. Il regarda à l’intérieur de la voiture. Un autre homme affalé sur le fauteuil passager. Une balle dans la tempe. Elle était ressortie au sommet du crâne, ça faisait un cratère sanguinolent avec des mèches de cheveux collés comme des résidus de lave.

L’autre véhicule. Garé en face, à dix mètres, légèrement en biais. Il s’approcha sans jamais relâcher son attention. Un mouvement de corps, un blessé qui se serait traîné à l’abri dans un fossé, un bruit de moteur montant de la vallée…Tous les sens aux aguets, toutes les années de chasse comme une encyclopédie en service.

Il adorait cette chaleur dans ses tripes, quand il savait que l’échéance de la traque approchait, quand l’odeur de la bête parvenait à ses narines. Dans la vallée, il était reconnu. Le meilleur et il en était fier.

Un seul homme. Il était au volant. Pare-brise éclaté. Une balle lui avait explosé la mâchoire, un plombage de première catégorie. L’autre projectile s’était logé dans la gorge. Il y avait eu des giclées de sang, le volant était taché.

Quelque chose qu’il ne comprenait pas. Comment le passager de la première voiture avait-il pu prendre une balle dans la tempe et qu’elle ressorte par le haut du crâne ? Sans que le pare-brise soit atteint. Il fallait que le coup vienne d’en bas. Comme si le conducteur au sol lui avait tiré dessus. Alors qu’ils étaient dans le même véhicule. Il ne parvenait pas à construire un scénario plausible. Il contourna le premier véhicule et s’approcha du passager. La porte était ouverte, tentative de fuite avortée. Au bout du bras pendait une mallette en cuir noir. Une menotte dans la poignée, l’autre au bras du mort. Il fouilla dans la poche du veston. Il sortit une petite clé jaune. Il l’essaya sur la paire de menottes mais elle ne correspondait pas. Il inspecta la mallette et inséra la clé dans la serrure métallique. Un mécanisme très particulier, prêt à résister à tous les assauts. Il sentit son cœur s’emballer. Il tourna la clé. Un clic sourd. Il plaça horizontalement la mallette sur les genoux du mort. Il prit le couvercle et le souleva lentement.

Il n’en crut pas ses yeux. Des liasses de billets, des billets de cinq-cents euros. Des dizaines de liasses.

Il ferma sèchement le couvercle, tourna la clé, vérifia que le verrouillage était enclenché. Il laissa pendre la mallette et entreprit de fouiller minutieusement le macchabée. Poches intérieures, pantalon. Rien. Pas de clés pour les menottes.

Il n’avait pas de temps à perdre. Il devait disparaître.

Il souleva sa veste, glissa une main sous le tissu et sortit le couteau de chasse de son fourreau.

Il attrapa la main du mort et posa la lame.

Il ne lui fallut pas plus de deux minutes. Suffisait de tailler au niveau des articulations.

« L’entraînement sur les sangliers, ça aide, se dit-il. C’est bien plus solide qu’un bonhomme. »

Il libéra la mallette, prit la main tombée au sol et la lança au loin, sous le couvert des arbres.

Il réfléchit. Non, il n’avait rien touché d’autre que la main du mort et personne ne la retrouverait.

Il escalada le talus et disparut dans la forêt. La mallette sous le bras.

Combien y avait-t-il de pognon là-dedans ? La question ne le lâchait pas et il avait du mal à réfléchir. S’il descendait vers la ville, on risquait de le voir et si y’avait une enquête et que les flics cherchaient des témoignages, y’aurait sûrement un crétin qui parlerait de lui aux flics. Il valait mieux monter et passer la journée là-haut. Redescendre à la nuit, personne ne l’attendait, ça serait peinard. Peut-être même planquer la mallette et revenir la chercher plus tard. Avec un sac à dos, mettre le pognon dedans. Si un trou du cul le voyait se balader avec une mallette, ça causerait et le poison dans les petites villes, ça se répand vite. Putain, fallait pas déconner ! C’était une chance inespérée, avec ça il pouvait se payer les Antilles.

Réfléchir."

Facebook : suppression du compte

Par Le 02/09/2020

 

J'ai fermé mon compte. Je n'y trouve plus aucun intérêt et je n'ai rien à y raconter. Cela ne signifie pas que les gens qui postent n'ont rien d'important à dire mais que ça ne compense pas le fait que ce système de "surveillance" de mon parcours sur internet me révolte. Je suis effaré de retouver des publicités commerciales qui correspondent à mes navigations sur la Toile : maison, vélo, montagne, randonnées, camping car, ski, alpinisme, permaculture, autonomie alimentaire, énergétique, approvisionnement en eau, biodiversité, littérature, philosophie, protection de la nature, environnement etc etc...Je ne compte plus les pages "sponsorisées" qui apparaissent ou les encarts publicitaires et je ne veux plus cautionner ça. Certains me diront que c'est ridicule étant donné que nous sommes pistés avec nos smartphones également, sauf que je n'utilise pas mon smartphone autrement que pour téléphoner.

Je supprime dès lors l'élément le plus intrusif. 

D'autre part, il existe des centaines de blogs, forums, sites qui proposent des échanges constructifs, approfondis, des échanges pour lesquels je veux bien passer du temps sur la Toile. Je pense que FB a détourné un nombre considérable de gens vers des échanges superficiels et que c'est devenu une forme de seconde "télévision", juste un écran où chacun vient raconter des éléments de son existence sans que ça ne soit propice à des réflexions utiles. Ca n'est pas une généralité pour autant. Il y a certaines personnes et des groupes de discussions que je vais regretter. Mais je sais que je peux trouver sur la Toile des pages qui répondront à ce désir de partage. 

Il s'agissait aussi pour moi de m'interroger sur le sens de cette participation à FB. Qu'est-ce que ça m'apportait ? Qu'est-ce que je venais y chercher ? N'y avait-il pas une contradiction entre mon mode de vie très solitaire et un désir de partage virtuel ? Le temps que j'y passais m'était-il vraiment utile ? Et quel effet cela a-t-il sur les problèmes évoqués ? N'y a-t-il pas une illusion totale de croire que de parler d'un sujet quelconque puisse avoir un effet ? De tous les sujets que j'ai traités depuis dix ans, y a-t-il une seule fois quelqu'un que ça a amené à une réflexion durable ? Ne sommes-nous pas enclins et invités par FB à passer sans cesse d'un sujet à un autre ? Cela ne ressemble-t-il pas finalement à cette société médiatique dans laquelle rien n'est réellement approfondi ? Et je ne parle pas des "informations" bidonnées, des vraies fausses informations, des distorsions, exagérations ou manquements. Qu'y a-t-il de vrai dans tout ce fatras ? Qu'y a t-til d'indéniable, d'incontestable, de certain ? 

Il est clair que ces derniers mois, je n'étais sur FB que par respect pour mon éditrice. Il s'agissait de promouvoir mes romans publiés. Mais je voyais bien au fil de mes publications qu'il n'y avait que très, très peu d'intérêt de la part des "amis". Comme une forme de lassitude. Je les entendais dire : "Oui, on sait que tu écris des bouquins, c'est bon." 

Quant à mes diverses réflexions que je m'appliquais à partager en plus de les écrire sur mon blog, il en était de même : très peu de répondant. Et comme je n'écris plus rien de mes réflexions, je n'avais donc plus rien à partager. 

Je m'interroge d'ailleurs sur l'intérêt de garder ce blog. 

Affaire à suivre. 

 

Erri de Lucca : "Impossible"

Par Le 02/09/2020

 

Extrait :

Je vais en montagne parce que c’est là-haut qu’est arrivé le bord de la terre. Sa frontière avec le ciel et l’univers se trouve là-haut, et alors en grimpant je peux aller jusqu’au point où il n’y a plus rien à escalader. Je suis la terre jusqu’à l’endroit où elle s’est élevée et continue encore à s’élever. Car les montagnes grandissent.

J’y vais par admiration pour les forces qui dépensent leur énergie démesurée là-haut. Cette année, j’ai traversé des avalanches qui ont effacé des routes, des forêts abattues par le vent, des versants tombés au fond de la vallée. Et, au milieu de ces effondrements, la vie animale existe et se reproduit. (Impossible, page 28)

"

Le romancier italien Erri de Luca (Francesca Mantovani / Editiions Gallimard)

Avec Impossible, Erri de Luca dessine un personnage qui compte avec lui-même de nombreux points communs. Dans un dialogue entre un juge d'instruction et un homme soupçonné de meurtre et placé en garde à vue après la mort accidentelle d'un autre en montagne, l'auteur de Montedidio met en scène tous les grands thèmes qui lui sont chers : la justice, la liberté, le combat politique, la trahison, l'amour et la montagne... Tout ça dans une forme quasi platonicienne.

L'histoire : ce jour-là, il s'est levé tôt, répète l'homme. Il raconte comment il a décidé d'aller escalader une montagne, comme il le fait souvent, en choisissant "des endroits difficiles, pour me sentir à l'écart du monde", précise-t-il. "Ce jour-là, j'ai choisi la vire du Banddiarac, en Val Badia. C'est un endroit escarpé et dangereux", poursuit-il posément. Sur le sentier, il a aperçu un autre marcheur qui grimpait devant lui, et l'a laissé partir devant, sans presser le pas. Deux heures plus tard, il a revu l'homme, qui se hâtait, pendant que lui-même poursuivait son ascension à son rythme, sans s'en préoccuper. "Le passage sur cette vire exige de la concentration, de regarder fixement par terre, un pas après l'autre", explique-t-il.

Un peu plus tard, il a dû stopper son ascension à cause d'un éboulement, et d'une crevasse. C'est à ce moment-là qu'il a vu "quelque chose au fond""des vêtements au milieu des rochers". Il a alors appelé le 112, et attendu l'arrivée des secours. "Ensuite je suis revenu sur mes pas. Et maintenant, depuis quelques jours, je répète cette journée pour la troisième fois"…

Tête à tête

Les pages de ce nouveau roman d'Erri de Luca sont en forme de procès-verbal. Questions/réponses, typographie de machine à écrire. Nous sommes dans l'intimité d'une garde à vue. Quand nous entrons dans l'échange, l'interrogatoire est largement engagé. L'homme a déjà livré sa version des faits plusieurs fois. Mais le juge insiste, tente de confondre le prévenu, repose encore et encore les mêmes questions.

Comment s'est déroulée sa journée le jour de l'accident ? Que faisait-il dans la montagne juste derrière celui qui a péri ? L'homme avait-il revu la victime, qu'il connaissait, puisqu'ils faisaient partie tous les deux dans leur jeunesse du groupuscule révolutionnaire ? A-t-il poussé dans le gouffre ce "traître", ce presque frère qui livra autrefois tous ses camarades à la police en échange de la liberté? La présence des deux hommes ce jour-là au même moment au même endroit est-elle le fruit du hasard, une coïncidence ? C'est "impossible", le juge en est convaincu.

"Le point du terrain le plus éloigné du joueur adverse"

L'interrogatoire prend très vite une tournure inhabituelle. Un dialogue s'installe. D'un côté, un homme d'un certain âge, sa riche vie pour l'essentiel derrière lui, faite de combats collectifs et de quêtes intérieures, un homme bien campé, que les nuits en prison et l'acharnement du juge n'effraient pas. En face de lui un magistrat, la moitié de son âge, qui cherche à confondre son interlocuteur, mais qui bientôt le questionne comme un disciple, cherchant à éclairer une vérité bien au-delà des faits.  

La salle d'interrogatoire se transforme en agora, ou dans une joute verbale  les deux protagonistes débattent de toutes sortes de questions, chères à l'écrivain italien : l'engagement politique, la justice, la liberté, de l'amitié, la montagne, la nature, sa puissance et ce qu'elle exige de nous. Erri de Luca nous offre également de très belles pages, et c'est plus inattendu, sur le tennis, comme une allégorie du dialogue.

Pourquoi j’aime le tennis : je me le suis demandé. Pour la géométrie plane des trajectoires qui cherchent le point du terrain le plus éloigné du joueur adverse. La raquette utilisée comme une massue et comme une caresse. Le bruit des coups qui varie du claquement de doigts au bruissement d’une poignée de main. Le rebond de la balle fait le bruit de la goutte perdue par le robinet."Impossible", page 101

"Ammoremio"

Ce dialogue en accueille un autre. A sens unique celui-là : des lettres adressées à la femme aimée, qu'il appelle "ammoremio", écrites depuis la prison, dont la typographie en italiques et le style moelleux jouent en contraste avec l'aridité de l'interrogatoire. D'un côté la raison, le maniement des idées, des concepts régissant une conduite de vie, l'ascèse de la montagne et aussi un certain constat de jours qui filent et des combats qui s'étiolent dans un monde qui change. De l'autre l'amour, qui prend ici la forme d'un compagnonnage, d'un partage joyeux et apaisé, se déployant dans un festin de nourritures terrestres.

De cette forme dialoguée surgit non pas "la" vérité, mais une vérité, celle d'un homme engagé et d'un écrivain, qui nous offre une lecture de l'histoire de la fin du XXe siècle, de ses idéologies défendues dans la radicalité, d'une certaine idée de l'engagement dans les luttes collectives, au monde d'aujourd'hui, où elles ont presque totalement disparu. Une vaste histoire qui fait échos à celle de l'homme, de sa jeunesse intransigeante et révolutionnaire, à la maturité apaisée, mais toujours convaincue. Un roman magistral.

Couverture de \"Impossible\", de Erri de Luca
Couverture de "Impossible", de Erri de Luca (GALLIMARD)

Impossible, d'Erri de Luca, traduit de l'Italien par Daniele Valin (Gallimard – 176 pages – 16,50 €)  

 

Hannelore Cayre : "Richesse oblige"

Par Le 31/08/2020

Comme je n'écris plus, j'ai beaucoup de temps pour lire. Et je tombe parfois sur des livres qui me plaisent beaucoup. Celui-ci en fait partie. La partie historique sur la guerre de 1870, sur le fait que les gens fortunés se faisaient remplacer au front par des jeunes hommes pauvres qu'ils payaient. Sur le fait que la Commune est un moment de notre Histoire que tous aujourd'hui devraient connaître. Bien évidemment que rien n'a changé et que les fortunés continuent de mener le monde et que les miséreux continuent de crever.

Richesse oblige par Cayre
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LIRE UN EXTRAIT

EAN : 9791022610216
Éditeur : 
EDITIONS MÉTAILIÉ (05/03/2020)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 136 notes)

Résumé :

Comment élaguer, sans soulever de soupçons, toutes les branches d'un arbre généalogique pour arriver à un héritage. Un roman noir sarcastique avec des justicières pleines d'humour et de mauvais esprit qu'on n'a pas envie de condamner. Au XIXe siècle, les riches créaient des fortunes et achetaient des remplaçants pour que leurs enfants ne partent pas à la guerre. Aujourd'hui, ils ont des héritiers très riches et des descendants inconnus mais qui peuvent légitimement hériter !
En 1870, l'un des fils d'une grande famille d'industriels a été un utopiste généreux et a reconnu un enfant illégitime. En 2016, Blanche, la non-conformiste aux béquilles, entend parler des deuils qui frappent cette famille sans scrupules et découvre qu'elle pourrait très bien elle aussi accéder à cette fortune. Devant le cynisme affairiste, elle va faire justice en se servant de tout ce que la modernité met à notre portée.
Une incroyable galerie de personnages : des méchants imbuvables, de riches inconscients, des idéalistes, une île où règne le matriarcat, des femmes admirables, avec en toile de fond une évocation magistrale de Paris assiégée par les Prussiens et le déménagement du Palais de Justice aux Batignolles.

"Je suis tombée sur une phrase de Flaubert aussi méprisante que pertinente : “Le peuple accepte tous les tyrans pourvu qu’on lui laisse le museau dans la gamelle.” Chaque fois qu’on la lui retire, sa gamelle, au peuple, il gueule et descend dans les rues manifester alors que les ressources se raréfient, qu’il n’y a plus d’animaux, que les saisons se déglinguent et que la mer est pleine de plastique. On n’ira nulle part comme ça. Alors l’idée m’est venue de faire en sorte qu’il la trouve tellement dégueulasse, sa gamelle, qu’il finisse par s’en détourner ou la renverser avec son museau. Parce qu’elle l’est vraiment, dégueulasse, sauf que personne n’a envie de s’en rendre compte vu que c’est bien trop inconfortable de changer de mode de vie."

Tristan Egolf : "Le seigneur des porcheries"

Par Le 31/08/2020

Tristan Egolf est le fils de Brad Evans, journaliste à la National Review, et d'une mère peintre1. Après le divorce de ses parents, il prend le nom de famille de son beau-père, Gary Egolf. Il a une sœur actrice, Gretchen Egolf. Il grandit à Washington, dans le Kentucky, puis en Pennsylvanie où il fait son lycée et un bref passage à l'université de Philadelphie (Temple University).

Son premier roman, Le Seigneur des porcheries, est refusé par plus de soixante-dix maisons d'éditions américaines.

Egolf s'installe alors à Paris, où il vit de théâtre, de peinture et de musique. Un jour de 1996, il est repéré par Marie Modiano, fille de Patrick Modiano, qui l'héberge et présente son roman aux éditions GallimardLe Seigneur des porcheries est publié en 1998 en traduction française. Son succès est immédiat auprès du grand public. La critique enthousiaste compare l'auteur à John SteinbeckWilliam Faulkner et John Kennedy Toole.

Tristan Egolf publie en 2002 un deuxième roman, Jupons et Violons, puis un troisième, Kornwolf, qui paraît de manière posthume en 2006.

Tristan Egolf s'est suicidé au moyen d'une arme à feu, en , à l'âge de trente-trois ans1,2.

Le Seigneur des porcheries

 

https://www.babelio.com/livres/Egolf-Le-Seigneur-des-porcheries/4749

INFOSCRITIQUES (87)CITATIONS (90)FORUM

Le Seigneur des porcheries par Egolf
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Rémy Lambrechts (Traducteur)

EAN : 9782070414734
608 pages
Éditeur : 
GALLIMARD (18/10/2000)


Note moyenne : 4.34/5 (sur 635 notes)

Résumé :

Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies criminels, à une émeute dans une mairie, à une tornade dévastatrice et à l'invasion de méthodistes déchaînés ; on aura suivi la révolte d'une équipe d'éboueurs et vu comment un match de basket se transforme en cataclysme.
Tout se passe dans la petite ville de Baker, sinistre bourgade du Midwest ravagée par l'inceste, l'alcoolisme, la violence aveugle, le racisme et la bigoterie. Au centre des événements, John Kaltenbrunner, un enfant du pays, en butte à toutes les vexations, animé par une juste rancoeur. Comment John se vengera-t-il de la communauté qui l'a exclu ? Jusqu'où des années de désespoir silencieux peuvent-elles conduire un être en apparence raisonnable ?

Patchwork de l'été

Par Le 25/08/2020

La richesse des montagnes : sommets, pentes, crêtes, arêtes, torrents, lacs et baignade, forêts, chemins abandonnés, neige, arbres, silence, ciel et nuages...

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Commentaires à visées commerciales

Par Le 25/08/2020

Une chose étonnante qui se répète depuis quelques semaines : des commentaires dans lesquels sont systématiquement ajoutés des liens vers des sites marchands.

Je ne me suis pas méfié au début étant donné que ça avait bien un rapport avec l'article initial MAIS le fait que ça se répète me déplaît foncièrement et j'ai décidé de tous les supprimer et je n'en validerai plus un seul.

Ce blog est gratuit et il n'est pas question qu'il devienne une vitrine commerciale pour les marchands. 

La vie au soleil : Interview

Par Le 20/08/2020

L’image contient peut-être : une personne ou plus et océan, texte qui dit ’36-37 avie aus leil Formation SOCGIETE Une Oeuvre, un regaro Un autre Klimt Bas les masques Lire Enlivrez-vous de naturisme Art & Culture NUDE in landscape PAGES DE Jeux DANS ce NUMÉRO Si demain le naturisme LES ENFANTS ET LA NUDITÉ’



 

Interview de Thierry Ledru pour La Vie au Soleil

Franck dit Bart

LVS : Bonjour Thierry, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Thierry Ledru : J'ai 57 ans, je suis né en Bretagne (Quimper). A 25 ans, après quelques années comme instituteur en Bretagne, j'ai obtenu mon changement de département. Haute Savoie. Le rêve prenait forme. Je partais vivre Là-haut. Un mois après mon installation dans une petite école de montagne je rencontrais Nathalie. Une certitude. Elle était la femme de ma vie. Nous avons eu trois enfants. Ils sont adultes aujourd'hui et tous les trois amoureux des montagnes. Les deux garçons sont adeptes de ski-alpinisme, des pentes à 50 degrés, virages sautés. Concentration totale. Le droit à l'erreur n'est pas de mise. Nous vivons actuellement en Savoie. Nous sommes tous les deux à la retraite après toute notre carrière dans l'éducation nationale, institutrice puis psychologue scolaire pour Nathalie, instituteur pour ma part. De 19 à 57 ans.

LVS : Comment as-tu découvert le naturisme dans ton enfance et adolescence ?

Thierry Ledru : Il faudrait que j'analyse l'évolution sur mes 40 ans de vie, depuis la découverte avec mes parents jusqu'à aujourd'hui. Lorsque j'étais enfant, je n'avais aucune conscience de ce privilège. J'étais juste tout nu, comme mes parents, uniquement sur des plages naturistes. Nous n'allions pas dans des centres ou camping naturistes. A l'adolescence, c'était une forme de rébellion, une marginalisation envers les jeunes de mon âge. Ils parlaient de « boum » et de coucheries mais se dénuder sur une plage, il n'en était pas question...Ils m'appelaient « maverick » (jeune veau qui quitte sa mère et le troupeau quand il est sevré). Je faisais de la planche à voile à l'époque. Je partais au large, nu, et je rentrais à la nuit. J'avais découvert des tas de falaises dans des coins perdus, des blocs, des murs, des parois et je grimpais, nu parfois, des journées entières. Le naturisme n'était pas une quête hédoniste, même si ça en faisait partie, la libido et la sexualité, à cet âge, sont des moteurs surpuissants. Le naturisme, c'était un besoin vital d'éprouver mon corps, de me sentir vivant, d'absorber le plus fortement possible tout ce que la vie avait de plus réjouissant. Ré-jouir.

LVS : En tant qu’adulte, qu’est-ce que représente le naturisme pour toi ?

Thierry Ledru : Aujourd'hui, cette pratique du naturisme est totalement délivrée de toutes les épreuves passées et de leurs charges. Il s'agit de simplicité volontaire, un dépouillement corporel mais bien plus encore philosophique. Il s'agit d'éprouver l'osmose avec la nature la plus grande possible, la plus libre, la plus sereine. Il s'agit d'être nu comme le sont les arbres, les fleurs, les animaux, un état originel complet, hors de toutes présences humaines, hors de toutes contraintes, de toutes règles morales, de toutes atteintes à cette liberté d'être. Marcher nu sur une arête, une crête, un plateau, au bord d'un torrent de montagne, s'y baigner, s'allonger sur des roches chaudes, dans l'herbe grasse, sous un arbre séculaire, dans le silence, loin de toutes traces humaines, c'est cela que j'aime vivre. J'ai bien conscience que ma vision du naturisme est particulière. La solitude, l'isolement social, l'éloignement, une certaine recherche de retraite, tout cela ne relève pas de la philosophie de vie commune prônée par le naturisme. Je ne sais quel terme conviendrait à mon expérience. Nudisme ou naturisme ou épicurisme ou spiritualisme dénudé. Je ne m'en soucie pas d'ailleurs. Je me contente de le vivre au mieux.

LVS : Tu es un auteur confirmé qui a déjà publié plusieurs ouvrages chez la même éditrice. Quel a été ton déclic qui a déclenché ton envie d’écrire et d’être lu ?

Thierry Ledru : Cela provient d’une longue histoire avec mon frère, cliniquement mort, après un accident de voiture, et que j'ai veillé, nuits et jours, pendant deux mois et demi dans sa chambre d'hôpital. J'aurais eu besoin d'une psychothérapie lorsque nous sommes sortis, tous les deux... L'écriture s'en chargerait. J'avais lutté pour mon frère pendant des semaines, avec la présence de la mort jusqu'à ressentir sa présence en moi. Il fallait que je trouve à lui opposer toutes les forces de vie disponibles en moi. Jouir de la vie. Être nu, dehors, au soleil ou sous la pluie, dans le vent, dans la mer, sur le sable, dans les falaises, c'était être vivant. J'ai tenu un cahier, dès les premiers jours. C'est là que j'ai vraiment réalisé que les mots constituaient un support, un tuteur, un soutien, une aide inestimable. Il fallait que je pose mes idées, mes pensées, mes réflexions, mes détresses, mes interrogations. Je lisais beaucoup à l'époque. J'adorais la philosophie. Mais c'était les pensées des autres et les miennes, je les perdais dans le chaos des jours. Écrire, c'est s'ancrer, graver, inscrire, ce qui ne s'effacera plus jamais et qui restera disponible pour y revenir. J'ai éprouvé des moments de paix inespérée dans ces moments d'écriture. La nuit, surtout.

En revanche, je conteste ton affirmation, je ne suis nullement un auteur « confirmé » à mes yeux. J'ai écrit 13 romans, 7 sont édités. Je n'en vis aucunement. Et je n'espère aucunement que ça arrive un jour. D'ailleurs, il ne faut pas écrire avec l'intention d'en vivre, matériellement, mais uniquement spirituellement.

LVS : Comment as-tu découvert ton éditrice Anita Berchenko et comment travaillez-vous de concert ?

Thierry Ledru : J'ai croisé la route d'Anita Berchenko lorsqu'elle a créé sa propre maison d'édition. Elle avait lu « Jusqu'au bout ». Elle a toujours cru en mon potentiel, dès le début. J'ai eu une chance immense de la rencontrer. En plus de trente ans d'écriture, j'ai souvent entendu les éditeurs dire que mon écriture était trop « exigeante » ou avec un caractère philosophique trop ardu pour le lectorat « lambda »...

Anita me laisse une complète liberté d'écriture. Elle prend mes manuscrits et me propose des « arrangements » si c'est nécessaire à ses yeux. Je dois dire, avec plaisir, que c'est extrêmement rare. Je suis très exigeant avec moi-même...Je tiens absolument à proposer un texte abouti. Je n'attends pas de l'éditeur qu'il m'apporte une aide technique. Bien entendu que je suis tout disposé à retravailler un écrit mais mon objectif, c'est que ça ne soit pas nécessaire.

LVS : Qui sont tes lectrices et lecteurs et qu’attendent-ils de tes romans ?

Thierry Ledru : C'est une question à laquelle je suis incapable de répondre avec certitude. Je n'ai pas suffisamment de retour de leur part pour pouvoir identifier les éléments prédominants qui répondraient à leurs attentes. Je peux malgré tout avancer le fait que la quête spirituelle qui se retrouve dans chacun de mes romans est l'élément le plus recherché par les lecteurs et lectrices. Tout ce que la « crise existentielle » contient de révélations, dès lors qu'on en accepte les bouleversements.

Sans doute aussi que j'écris ce que je souhaite trouver dans un roman. J'ai écrit pour moi avant d'envisager bien plus tard de le proposer à d'autres. Les lecteurs et lectrices qui suivent mes publications et tous ceux qui lisent mon blog doivent trouver ce qui les touche au plus profond, ce qui les plonge dans cette dimension existentielle incontournable à mes yeux. J'ai reçu des commentaires allant dans ce sens. L'un d'entre eux venait d'un homme qui disait à quel point la lecture de « Là-Haut » l'avait transformé au point de concevoir désormais son existence dans cette dimension intérieure, dans cette pleine conscience des pensées et des actes, dans une démarche philosophique alors qu'il n'avait jusque-là éprouvé l'existence qu'avec une sorte de nausée...Rien ne peut me motiver davantage.

LVS : Tes personnages, tes héros femmes et hommes sont des athlètes qui adorent se surpasser et défier le vide. Quels rapports entretiennent-ils avec l’altitude qui les grise et la mort qui les guette en embuscade ?

Thierry Ledru : Tout cela relève de mon parcours de vie. J'ai énormément appris sur moi par la pratique de l'alpinisme. La haute montagne est un espace particulièrement exigeant. Ça n'est pas un terrain de jeu. Ou alors, il faudrait admettre que c'est un jeu dont l'issue peut se révéler fatale. A mes yeux, c'est une école de vie. Le sport d'endurance est également une épreuve salutaire. Explorer son potentiel au-delà du connu, au-delà des limites mentales. Il est nécessaire pour moi  d'arracher la chair pour découvrir le noyau. L'alpinisme était donc une épreuve qui ne pouvait se cantonner à une exploitation du physique. Il fallait sonder les ressources mentales. Il fallait forer dans les strates les plus inconnues. La confrontation avec la mort est une école de vie. La mise en danger volontaire réclame une implication totale. La naissance de notre premier enfant a marqué l'arrêt de cet engagement. Il n'était plus question pour moi de risquer ma vie alors que j'avais décidé de la partager. L'altitude, la beauté des montagnes, l'effort long, la contemplation des horizons gagnés, rien de tout ça n'a disparu. Il me restait à transcrire ce vécu dans les romans pour en explorer moi-même ce que j'y avais appris.  


 

LVS : Le personnage de Pierre, l’instit subversif à souhait remet en question sa hiérarchie et le mammouth de l’éducation nationale. Est-ce ton sosie ? Quel instit étais-tu ?

Je n’ai tué personne en tout cas ! Mais effectivement, j’ai été de plus en plus en décalage au fil de ma carrière, jusqu’à refuser d’obéir, lors de la réforme de Peillon. J’ai quitté mon poste et je suis passé en « désobéissance civique ». Trois ans de lutte administrative. Une période très dure sur un plan émotionnel… Mais j’ai tenu jusqu’au bout…Il y a beaucoup de moi chez Pierre, c’est évident. Les convictions, l’engagement, la détermination. Le plus difficile a été d’admettre que l’institution de l’éducation nationale au sein de laquelle j’avais passé toute ma vie professionnelle n’œuvrait plus pour le bien des enfants. Clair et net. Et c’était comme une trahison. J’ai été convoqué huit fois en hôpital psychiatrique, sommé de suivre une thérapie, j’ai perdu mon poste dont j’étais titulaire...


 

LVS : Dans ce contexte particulier, quels souvenirs gardes-tu des enfants ?

Il me reste de ma carrière des milliers de souvenirs merveilleux avec les enfants. De mon premier poste dans une classe unique jusqu’à la dernière année, plus de mille enfants rencontrés. Certains m’écrivent encore. Ils sont mariés, ils ont des enfants. On a fait de la voile en Bretagne ou sur le lac du Bourget, de l’escalade à Pen Hir ou à Chamonix, de la marche sur glacier, de la randonnée à VTT, des balades dans les bois en partant de l’école, hors sentier, au plus profond des coins perdus, on écoutait les oiseaux, on construisait des cabanes, on étudiait les traces, on traversait des torrents... Et puis une fois revenu en classe, on écrivait tout ça, on dessinait, on inventait des chansons, on lisait énormément. L’enseignement se nourrit des émotions. Sans émotion, rien ne se fixe. Sinon, sous la contrainte. Moi, je voulais de la joie, je voulais de la vie.

LVS : Comment définirai-tu ton travail d’écrivain ?

Thierry Ledru : À mon sens, il ne faut pas écrire avec un objectif, un espoir, une attente. Il faut écrire juste parce que ça répond à un besoin vital. Une nourriture spirituelle. En sachant que les lois du marché imposeront une réalité qui sera peut-être très douloureuse. Ne pas avoir de projet, ne pas tirer de plans sur la comète, permet de se protéger, de ne pas subir la menace de la désillusion. Je ne pense absolument pas en termes de catégorie, de style, de marché, d'édition, j'écris comme je le ressens. L’essentiel, à mon sens, est de ne pas se trahir.


 

LVS : Quelle relation intime entretiens-tu avec tes personnages ?

Thierry Ledru : Travailler quotidiennement. C'est une nécessité. Pour entrer dans son histoire, vivre avec ses personnages, les connaître, s'émouvoir avec eux, les accompagner, le plus beau cadeau étant de rêver d'eux la nuit, de les voir, de les entendre. De ressentir leurs peines et leurs joies.
Pendant l'écriture de "Noirceur des cimes", le personnage principal m'a appelé une nuit, dans un rêve, un appel déchirant, il allait mourir, il fallait que je vienne le sauver. Je me suis levé, j'ai allumé l'ordinateur, je lui ai dit que j'arrivais. Une situation d'urgence. Un écrivain à qui on demandait un jour si ce qu'il avait écrit était vrai a répondu: "Bien entendu que c'est vrai puisque je l'ai inventé." Indispensable vie commune.


 

LVS : Quelle place occupent-ils dans ta vie ?

Thierry Ledru : Vivre réellement avec ses personnages jusqu'à ce qu'ils ne soient plus à soi mais à eux-mêmes. Devenir dès lors le simple transcripteur de leurs parcours. "Je" n'écris pas, "ça" écrit en moi. A partir de là, il me semble qu'on peut parler de livres émouvants. Que l'écrivain disparaisse. Ce n'est pas le style qui importe mais la vie qu'on trouve dans le livre. Et la vie ne peut pas être inventée. Si le style l'emporte sur la vie, c'est juste qu'un exercice de style alors que le roman est une forme écrite de la vie.
Je me suis longtemps écouté parler dans mes écrits, par prétention, en pensant que c'était suffisant pour écrire quelque chose d'intéressant. Je n'avais rien compris. J'écris pour honorer la Vie, pas ma vie. J'écris par respect. Plus par prétention. Le chemin a été long. Mais ça en valait la peine.


 

LVS : Tu publies des pavés de plus de 400 pages. Les lectrices et lecteurs en général préfèrent lire des histoires courtes et faciles à lire. Qu’est-ce que tu réponds à leurs arguments ?

Thierry Ledru : « Kundalini » et « Jusqu’au bout » sont effectivement des romans volumineux mais les autres le sont moins. « Les héros sont tous morts » se lit facilement dans la journée. C’est un polar violent, tendu, sec… Pour ce qui est des deux premiers, il était considérablement important pour moi d’être crédible et au regard de l’évolution des personnages, il ne pouvait y avoir de simplifications pour réduire le volume. On ne passe pas de « justicier exécutant » à un « amour inconditionnel » en quelques pages… C’est long, chaotique, incertain. De la même façon, on ne passe pas du statut de femme abandonnée et en détresse à une femme épanouie, explorant la pleine conscience du Soi… Je ne voulais pas de ces raccourcis qui répondent aux exigences du marché ou aux habitudes des lecteurs. C’est sans doute mon intransigeance chronique ou l’attachement à mes convictions...Il s’agissait d’un défi également : écrire un texte nécessairement long mais parvenir à tenir l’attention, le rythme, l’intérêt.


 

LVS : Pari gagné ! Comment surgit dans ton esprit, l’idée, la thématique d’un roman ?

Thierry Ledru : C’est lié à mon vécu, à mes réflexions, à mes lectures. L’actualité également dès lors que je lui trouve un intérêt. « A cœur ouvert » (dernier roman publié cette année) est parti de la mise au point du premier cœur artificiel par la société Carmat. Comment vit-on avec un cœur artificiel ? Quels sont les effets d’une telle opération ? Beaucoup d’éléments m’intéressaient. J’ai démarré également une trilogie il y a quatre ans maintenant. Le survivalisme en est le nœud, la crise planétaire, écologique, financière, sanitaire, le pic pétrolier, la disparition des structures étatiques. « Les héros sont tous morts » en est le premier tome : un polar qui bascule dans le thriller au tome 2 puis dans l’anticipation au tome 3. Vu l’actualité du moment, je dois dire qu’à cette allure, ça finira par devenir une trilogie historique. Il faudrait que j’écrive plus vite que l’actualité…Le tome 3 est en cours.


 

LVS : En tant qu’écrivain hors normes qu’on ne peut pas ranger dans un genre littéraire précis, comment vis-tu cette position qui pourrait être considéré par certains comme particulièrement inconfortable ?

Thierry Ledru : L’éditrice de « Noirceur des cimes » avait dit que j’écrivais des romans « à visées philosophiques ». J’aimais bien l’expression. L’éditrice de « Kundalini » a dit de ce roman que c’était un « ovni littéraire ». Tout ça me réjouit et correspond à ce que je cherche à produire. Il est certain que pour une maison d’édition, le risque est grand car ça ne répond pas aux demandes les plus fortes. Personnellement je sais que je ne vivrai pas de mes écrits, donc je ne vis pas cette situation comme inconfortable. Bien évidemment que je serais très heureux d’être lu par cent mille personnes, je ne vais pas dire le contraire, mais que ça soit en écrivant ce qui ne me correspond pas, c’est impossible.


 

LVS : Toi qui adore les grands espaces naturels, comment vis-tu le confinement actuel ?

Thierry Ledru : On a un jardin, on est à cent mètres des chemins dans les bois, on marche tous les jours. Il n’y a personne ici. Plus question de monter en altitude, on respecte les consignes. Depuis la terrasse, on regarde la neige qui fond et les forêts verdir. On attend « la réouverture des portes. » On s’occupe du potager, je prépare le bois de chauffage pour le prochain hiver, j’entretiens notre fourgon aménagé pour les prochaines virées. On sait qu’on est des privilégiés en comparaison de tous ceux qui vivent en ville. On vit en confinement volontaire depuis bien longtemps. Notre quotidien n’est aucunement bouleversé.


 

LVS : Je te sais un farouche partisan de la simplicité volontaire et de la décroissance qui s’y rattache comme Sat ton héros. Mais toi dans ton quotidien, en quoi ça consiste l’application concrète de ces préceptes et cette philosophie de vie ?

Thierry Ledru : On vise l’autonomie alimentaire, Nathalie passe beaucoup de temps dans le potager, je m‘occupe des gros travaux, pelle et pioche mais elle gère les plantations, une main verte merveilleuse. On n’achète rien de neuf si c’est évitable, aucun vêtement, rien que du recyclé, on ne « sort pas en ville » (ce qui pour nous s’apparente non pas à une sortie mais à un enfermement), on vit dans un grand isolement, un choix délibéré. Pas de cinéma, pas de restaurant, pas d‘invitations chez des amis, pas de shopping, pas de voyages à l’étranger (refus de l’avion). Nos déplacements, c’est uniquement dans les montagnes. Pourquoi aller chercher à des milliers de kilomètres, le bonheur que l’on trouve ici. Beaucoup de lectures, du yoga, de la marche, du vélo, du ski de randonnée, du ski de fond, des raquettes à neige, des baignades dans les lacs de montagne, contemplation, méditation… « Je suis riche des biens dont je sais me passer » Louis Vigée. Une phrase qui nous sert beaucoup. 


 

LVS : Dans ta maison d’amour7 pour paraphraser ce cher et regretté Pierre Vassiliu : quelle place y aurait le naturisme ?

Pour ce qui est du naturisme, la maison que nous cherchons sera notre lieu de nudité. Être nu, dans notre lieu de vie, pour ressentir la vie autour de nous et qu’elle se diffuse en nous, que nous soyons le plus proche de la terre, du ciel, de l’eau, de l’air, des animaux, des plantes, de notre potager. Nous souhaitons une nudité qui correspondra à la simplicité vers laquelle nous tendons depuis des années. Il ne s’agira plus de chercher épisodiquement un lieu isolé pour pouvoir goûter au bonheur de la nudité dans une nature protégée, il s’agira de vivre nu sur notre lieu de vie. Le naturisme est une philosophie de vie intégrale, corps et esprit. Il ne suffit pas de se dénuder dans un camp pour être naturiste. Alimentation, yoga, méditation, réflexions, communication, pensées, écriture, sport, contemplation... Agir selon une pleine conscience de la nature en soi et non seulement autour de soi.


 

LVS : Quels conseils donnerais-tu à une lectrice ou un lecteur de la Vie au Soleil qui voudrait se lancer dans l’écriture en vue d’être publié ?

Thierry Ledru : Lire, lire, lire, lire… Chercher dans ces milliers de lectures, celles qui vous touchent le plus, celles qui vous bouleversent, celles qui vous éveillent, celles qui vous placent au-dessus de vous-même, dans une sorte de vue macroscopique. Cette lecture sera celle qu’il vous faudra écrire. 

On ne peut écrire de beau que ce qui vous fait grandir. Le reste, c’est inutile d’y consacrer son énergie. Pour écrire, il faut aimer les mots, aimer les ajuster, aimer ce qu’ils produisent en vous, aimer la musique qu’ils composent. Il faut être prêt à s’isoler, à entrer en soi, jour et nuit parfois, il faut être certain aussi que personne n’en souffrira autour de soi. L’écrivain est seul, dans un monde à part, une bulle infranchissable. Il faut travailler, travailler encore et encore, sans autre désir que cette musique personnelle que vous voulez atteindre. Il ne faut pas écrire en imaginant être publié. C’est la porte ouverte à des désillusions redoutables. Et c’est un manque de respect envers les mots eux-mêmes. Un écrivain écrit, un musicien joue, un sculpteur sculpte, un peintre peint, un danseur danse, un chanteur chante … C’est l’art qu’il faut créer, c’est pour cette création que chacun travaille et c’est dans cette création que se trouve le bonheur.

LVS : Pour finir, s’il y a un domaine qu’on n’a pas abordé et qui te tient à cœur, à toi la parole

Thierry Ledru : Merci Franck pour ton interview. Je finirai par une phrase prononcée par un de mes personnages de romans : « Si tu n’apprends rien de tes tourments, c’est que tu ne méritais pas qu’ils prennent soin de toi. »

Quelques liens concernant l’auteur :

http://la-haut.e-monsite.com/ 

http://la-haut.e-monsite.com/pages/kundalini.html (page vers le roman)

http://la-haut.e-monsite.com/pages/jusqu-au-bout.html (page vers le roman) 

https://www.editionsdu38.com/les-auteurs/thierry-ledru/ 


 

(Interview réalisée en avril 2020)

 

Quelques propositions concrètes pour réunir des écrivain(e)s naturistes et leur permettre de se rencontrer et partager leur chaleur humaine à travers leurs œuvres à cœur ouvert entre eux et avec le public.

A l’heure où j’écris ces lignes, le coronavirus en plus des victimes humaines a mis à mal moult petites structures éditoriales, qui ne se redresseront sans doute jamais sans des aides ! Cette situation difficile accroit la difficulté pour les auteur(e) naturistes de trouver une maison d’éditions qui leur correspondent et tuent dans l’œuf l’espoir de certain(e)s. D’où aussi ces quelques propositions concrètes pour rassembler par des actions ou manifestations les auteur(e)s qui se réclament du naturisme (littéraires, sciences humaines et autres). Quel que soit leur mode d’édition, afin de les rendre solidaires les un(e)s des autres et plus indifférent(e)s comme c’était trop souvent le cas auparavant.


Ecrire c’est un acte solitaire face à soi-même et son écran ou son outil scripteur et sa feuille de papier blanche. Les trois auteur(e)s naturistes de ce dossier mais aussi tous les autres connaissent cette complication existentielle et passionnelle qui leur accapare de très longs moments de recherches et de créations.

Quand ils ont la chance qu’une éditrice ou un éditeur s’intéresse à leur travail, les soutienne au point de les publier en leur offrant leur confiance, c’est Byzance ! Encore faut-il que l’éditrice ou l’éditeur soit professionnel(le) au niveau de son service de presse et sa distribution, afin de donner connaissance de l’existence des ouvrages de ses auteur(e)s au plus grand nombre.

A part les médias spécialisés naturistes format papier ou sur la toile, les médias généralistes ne s’intéressent pas ou guère au naturisme. Il faut aussi compter sur les blogs, sites, forums naturistes pour avoir un espoir de toucher un public en principe intéressé, puisque partageant des valeurs proches des auteur(e)s. Mais ne soyons pas naifs. La part belle donnée à la culture en général pour s’enrichir l’esprit sur ces sites naturistes est par trop souvent exsangue des préoccupations des colistières et colistiers. Car lire représente un certain effort à accomplir et c’est fatiguant. Se muscler les doigts des mains sur son téléphone, smartphone ou tablette, représente une activité bien plus féconde et tactile.

Un ouvrage qui ne circule pas ou dont on ne parle pas est un ouvrage voué à la mort. C’est un coup supplémentaire asséné à son auteur(e) qui éprouvera un embarras à s’en dépêtrer. Comme une écharde à perpétuité plantée dans le pied. Elle rendra sa création boiteuse. Elle ne le poussera plus à vouloir continuer d’écrire une œuvre et la publier.

Déjà que les auteur(s) naturistes édité(e)s à compte d’éditeurs sont très peu nombreux et ou inconnu(e) les uns des autres.

Pour rassembler les auteur(e)s épars(e)s, il n’existe pas à ma connaissance de groupes de discussion naturiste sur la toile, où des conseils, échanges fructueux et constructifs sont partagés entre les participant(e)s. Voir également des textes mis en lecture comme au temps du gueuloir de Flaubert. Où des auteur(e)s se réunissaient pour parler de leurs œuvres en cours et les partager à haute et intelligible voix. Les passer au crible de la critique de ses pairs afin de recueillir en retour des conseils pour les améliorer entre gens du métier.

Malgré tout, des solutions pour briser cette insoutenable solitude créatrice se profilent à l’horizon.

Outre la création d’un groupe de discussions entre auteur(e)s déjà mentionné.

On aurait pu penser que la FFN (fédération française de naturisme), qui est censée rassembler tous les naturistes, s’intéresserait à cette forme de communication active par les livres. D’autant que pour redorer son blason, elle tente de réobtenir son statut d’antan perdu, d’association reconnue d’utilité publique au titre de l’éducation populaire insufflée dès le départ par son concepteur : Albert Lecocq. Sauf erreur de ma part, l’éducation libre et indépendante passe par les livres pour se cultiver et frayer avec d’autres univers indépendants des aléas de notre vie quotidienne. Par ses invitations aux voyages à tous les étages pour atteindre la voute étoilée et se pâmer à ciel ouvert.

Je sais qu’à son siège, elle reçoit parfois des auteur(e)s trié(e)s sur le volet pour une séance de dédicaces. C’est une intention louable qui devrait être ouverte à tous les auteur(e)s sans exception !

Son site pourrait être le réceptacle en écho de manifestations consacrées aux livres naturistes et en premier lieu, la vitrine du naturisme par les livres. Où tous les auteur(e)s quel que soit leur pedigree éditorial, auraient leur place. Une librairie naturiste en ligne ou des ouvrages pourraient être mis en vente et gérés par les auteur(e)s eux-mêmes qui s’occuperaient de la communication autour de leurs livre et la distribution pour celles et ceux qui sont autoédités. Pour les autres ce serai leur maison d’éditions qui s’adresserait à la FFN comme à une librairie.

Les articles et les liens concernant les ouvrages en ligne seraient consultables par tous.

Pour compléter le tableau pour l’instant virtuel et impersonnel derrière son écran, il pourrait y avoir une phase vivante autour des auteur(e)s en chair et en os qui pourrait être proposée à travers des salons du livre naturistes dans les centres ou associations naturistes, qui regrouperaient plusieurs écrivain(e)s et permettraient les rencontres entre auteur(e)s mais aussi avec leur public.

Salon du livre itinérant par exemple en été où les auteur(e)s seraient logés pour la nuit et leur trajet remboursé en favorisant le co-voiturage pour raison économique et écologique entre les auteur(e)s.

Et pour ne pas être considéré comme « du bétail » qu’on dévisage de façon étrange lors de salons consacrés aux livres, les auteur(e)s mis en relation pourraient établir des affinités électives en connaissance de cause des ouvrages lus et appréciés de leurs pairs. Ainsi des duos pourraient se former que l’on appellera A et B. A et B s’apprécient à travers leurs œuvres et veulent en rendre en compte. Ils lisent et partagent leurs œuvres. Ils établissent des fiches de lecture l’un(e) pour l’autre. Et au lieu d’être passifs chacun(e) le cul sur sa chaise à attendre ses lectrices et lecteurs pour dédicacer. Des moments privilégiés d’échanges entre auteur(e)s en binôme et le public pourraient prendre la forme d’échanges gratifiants où seraient abordés les modes de fonctionnement des écrivain(e)s, leurs thèmes favoris ainsi que leur rapport au naturisme… Puis la parole serait donnée au public, avec comme modérateurs les deux auteur(e)s.

Des fiches de lecture seraient affichées avec la photo de l’auteur(e), afin de briser l’anonymat, ce qui permettrait de les reconnaitre immédiatement.

Les séances de lecture / débat entre les A et B pourraient être filmées et retransmises sur la toile.


En résumé

Le siège de la FFN serait une librairie virtuelle et factuelle où par écran interposé on pourrait découvrir tous les ouvrages publiés par les naturistes, mais aussi venir les consulter sur place ou les acquérir depuis chez soi.

La FFN organiserait une veille documentaire concernant ces ouvrages et leurs couvertures médiatiques Elle serait autogérée par les auteur(e)s eux-mêmes, afin de ne pas donner de travail supplémentaire aux deux secrétaires.

La FFN organiserait via des clubs, associations naturistes des salons du livre naturiste fixes ou itinérants. En proposant à des duos d’auteurs de lire les ouvrages de leur coéquipière ou coéquipier et les défendre devant le public et en débat fraternel et respectueux avec lui.

Bien entendu, comme ces propositions émanent de ma part, je les assume et serais heureux de les défendre au sein d’un comité d’auteur(e)s intéressé(e)s pour se regrouper et partager leur travail autour de la création littéraire. Ce qui aurait pour effet immédiat de briser leur solitude et les ouvrir à un vaste public naturiste.

A suivre ! J’espère qu’elles recevront l’accueil nécessaire et vaincront les écueils des préjugés puisqu’elles s’adressent à des esprits ouverts, afin qu’un vecteur de communication naturiste à travers les livres prenne son essor entre tous les publics et les auteurs, qui se réclament de cette littérature précisément et de ce mode de vie.

 

 

 

 


 

 

 


 


 


 

 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 




 

 


 


 


 


 

 









 

 

 









 








 








 

 








 

La vie au soleil : "Enlivrez-vous".

Par Le 20/08/2020

 

Comme je l'avais précisé il y a quelques temps, Franck dit Bart a lu deux de mes romans : "Jusqu'au bout" et "Kundalini".

Il m'a contacté avec l'envie d'écrire un article sur ces deux romans puis de faire une interview.

L'ensemble de ce travail est paru dans le dernier numéro de la revue "La vie au soleil" . 

Franck m'a prévenu qu'au regard de la taille de l'article, tout ne serait pas publié. Je poste ici l'ensemble de cet article. Et je le remercie une nouvelle fois ainsi que la directrice de publication. Je sais combien c'est rare d'obtenir une telle "vitrine".  

L’image contient peut-être : une personne ou plus et océan, texte qui dit ’36-37 avie aus leil Formation SOCGIETE Une Oeuvre, un regaro Un autre Klimt Bas les masques Lire Enlivrez-vous de naturisme Art & Culture NUDE in landscape PAGES DE Jeux DANS ce NUMÉRO Si demain le naturisme LES ENFANTS ET LA NUDITÉ’

Thierry Ledru, c’est du lourd et du tangible au fil des pages de ses deux invitations aux voyages, à travers ses deux romans « Jusqu’au bout » et « Kundalini ». Où les personnages se dépassent se surpassent jusqu’à atteindre d’une certaine façon l’extase de la petite mort en embuscade et embrasser les cimes. L’indifférence ne peut être de mise. Ça passe ou ça casse, histoire de prendre de la hauteur avec humilité et maturité, les corps en émoi et l’esprit éveillé à d’autres cieux plus cléments.


 

«  Vous n’aurez pas ma fleur

Celle qui me pousse à l’intérieur

Fleur cérébrale et fleur de cœur

Ma fleur 


 

Vous êtes les plus forts

Mais tous vous êtes morts

Et je vous emmerde »

«  Vous n’aurez pas ma fleur » de François Béranger (extraits)1


 

A présent, intéressons-nous à deux romans de Thierry Ledru, un écrivain accompli, suivi, soutenu et encouragé par une éditrice attentive et complice de son travail d’écriture hors norme, depuis déjà sept publications aux éditions du 38. Saluons au passage, le courage de son éditrice, qui de son propre aveu, a toujours considéré le roman « Kundalini » comme « un ovni littéraire ».

Il anime un blog : http://la-haut.e-monsite.com/ depuis 2009. Il aime prendre de la hauteur, retracer son ressenti autour de l’actualité présente et de ses romans. Ses sujets d’intérêts sont multiples et sans œillères comme son œuvre littéraire. Il n’écrit pas au départ pour plaire2.

En ce qui concerne les deux romans qui nous occupent, il s’agit de deux pavés d’environ 450 pages chacun format livre, qui prouvent que l’auteur aime filer doux l’éloge de la lenteur à travers ses héros. Ils ne sont jamais pressés de s’accomplir mais s’alanguissent au rayonnement lumineux de la nature qui les accompagne et les éclaire. Thierry se fiche des catégories littéraires et chérit les mélanges des genres sans être bridé dans aucun carcan. Il écrit comme il respire, car pour lui : « ça répond à un besoin vital. Une nourriture spirituelle. (…) L’essentiel c’est de ne pas se trahir ». (in son interview)

Le naturisme ne représente pas l’élément principal mais y a sa place malgré tout. Ne vous attendez pas à croiser Thierry Ledru gambiller au sein de vos villégiatures naturistes préférées. Il est foncièrement allergique à la foule et aux lieux organisés dédiés au nu collectif. Il leur préfère les étendues sauvages en solitude et altitude mais pas seulement. A tel point d’ailleurs qu’il éprouve quelques difficultés à définir le naturisme qu’il conçoit et pratique « Je ne sais pas quel terme conviendrait à mon expérience. Nudisme ou naturisme ou spiritualisme dénudé ». (in son interview)

Une fois posée la quadrature de son univers, on comprend mieux que sa littérature ne s’alimente pas au simple acte gratuit de se nudifier pour s’exposer et y éprouver un certain plaisir.

De l’aveu même de Thierry lors de nos échanges féconds, il avoue que « Dans (son roman) « Jusqu’au bout », le personnage principal trouve dans un rapport à la nudité l’apaisement provisoire de ses douleurs existentielles ». Adios nos amis les Bisounours naturistes précédents, dignes et bons enfants. Entrons dans les arcanes de la dure réalité qui nous bouscule dans nos retranchements. « C’est une histoire pleine de violence et de moments de paix. La violence parmi les hommes et la paix dans la nature ». Un éditeur dépité par sa prose en longueur s’est écrié : « sexe, drogue, meurtre et philosophie, où voulez-vous que je range ça ? ». J’en conviens, cet auteur est inclassable, c’est tout son charme.

Même si les héros se fatiguent vite au contact des autres personnages sans importance. Néanmoins, ils se grandissent aussi au sein de relations qui les confondent à leur propre néant et leur enveloppe corporelle aux avants postes des merveilles salutaires. Ainsi : « Une rencontre lumineuse avec deux jeunes hollandaises vers Arnouatchot. Mais la force de sa quête reprend le dessus et le pousse à aller jusqu’au bout ».

Quand en plus Thierry choisit un personnage qu’il connait en long, en large de travers, puisque récemment il a pris sa retraite de l’éducation nationale.

Pierre l’instit, son jeune héros hérite d’un premier poste en classe unique sur les Côtes d’Armor. On se situe dans les années 80. Pour celles et ceux qui connaissent la rudesse de nos campagnes et des préjugés que l’on crache à la gueule d’un « estranger » (avec l’accent et l’orthographe du sud !) qui vient s’installer au pays. La Bretagne n’est hélas pas exsangue parfois à ce phénomène de renoncement à s’ouvrir à l’autre. Même si comme le souligne avec justesse ce cher Gilles Servat pour contrebalancer sa « Blanche hermine » récupérée par les fachos. La Bretagne est la seule région qui a élu en son sein un maire noir3. De plus, c’est l’une des contrées qui a le plus résisté au nucléaire. A Plogoff, lieu mythique où le héros va découvrir les vaillants bretons en action.

Avec les enfants ça se passe très bien. Les parents, pour la pluspart mais heureusement pas tous, se contrefichent de lui et de son rôle d’instit. Bien vite Pierre déchante concernant la caste des instits, ses collègues qui se reluisent dans le moule. « Ils sont très doués pour suivre des programmes, es progressions, des emplois du temps, des livres du maître, car eux-mêmes n’ont rien à donner. Ce sont des enveloppes vides que l’éducation nationale s’empresse de remplir avec des dogmes, des règles et une morale. Et durant toute leur carrière, ils recevront du ministère des directives qu’ils mettront un point d’honneur à appliquer à la lettre. Ils seront bien notés par un inspecteur, petit soldat gradé, devant lequel ils trembleront jusqu’à la fin de leur soumission ». (p 48) Je me retrouve totalement dans cette description du corps enseignant du premier degré, sans, pour la grande majorité, afficher une personnalité affirmée et l’esprit critique par trop souvent barré en trompe l’œil. C’est tellement véridique ce corps mort enseignant parfois incapable de penser par lui-même et se remettre en question à force d’être materné. C’est d’autant plus rare de lire dans un roman qui éructe cette vérité criante vue de l’intérieur. Ce système carcéral qui musèle plus qu’il n’épanouit. En plus, cette gent chérit de se reproduire et se fréquenter en dehors des pupitres. Pierre sort avec une instit coincée à tous les sens du terme.

Il s’affronte à Miossec, père d’élève agressif qui a la faculté de réunir derrière lui les autres darons : ses moutons. Il pige niet à la pédagogie de Pierre qui me rappelle en bien des points celle de Célestin Freinet. Basée sur le développement des enfants et leur épanouissement personnel à leur propre rythme, sans chercher à atteindre aucune performance, mais au contraire entrer dans un processus de coopération collective et formatrice, en créant des interactions entre les enfants et la cité, la campagne, la vraie réalité à la porte ouverte de l’école de la liberté et de la citoyenneté.

De toutes ses tensions existentielles, Pierre tente de s’en extraire en lisant Saint-Exupéry. Mais sa violence contenue l’emporte bien vite de l’autre côté du miroir. En défenseur de la nature et en orateur de sa haine ordinaire envers la foule, il s’improvise tueur à gages bénévole et sauveteur éprouvé de la terre. Ce sentiment qui le grignote de l’intérieur l’incite à passer à l’action directe.

Pierre se cherche aussi sexuellement et tâte du masculin. Dans son fourgon aménagé, il sillonne la Bretagne durant ses vacances et tombe un temps entre les filets d’une activiste bretonne. Il se découvre aussi des passions physiques et certaines aptitudes pour l’effort où il ressent la plénitude et parvient enfin à relâcher sa garde. Presque en apnée, il lèche l’écume des vagues, crapahutant de falaises en falaises. Pierre se prend à niquer les dangers, au point de lui enlever l’envie de s’évader en fumettes. Ce corps à corps avec lui-même pour se surpasser et chasser ses chimères lui irradie sa conscience à découvert et ses dérives amères. Il entrevoit enfin l’extase et l’équilibre d’un « Love Suprem » à la John Coltrane auprès de deux jeunes hollandaises, qui cultivent la nudité et la liberté à fleur de peau mutine, sensuellement votre sur la côte Atlantique. Il est submergé par le Tao qui remet en question tous ses repères et préjugés au sujet de l’adéquation corps esprit.

« C’est donner du bonheur à l’autre avant de prendre pour soi, c’est souvent avec le Tao la femme a plusieurs orgasmes et l’homme apprend à garder son plaisir, à garder son orgasme pour le faire grandir. C’est pas nécessaire que le garçon donne son sperme pour avoir beaucoup de plaisir ». (p. 339)

Birgitt et Yolanda représentent désormais la panacée des corps en osmose et dépassent l’orgasme habituel, qui devient trivial du fait de sa mécanique physique des fluides quantiques occidentaux, trépassés avant même d’être nés.

Le roman aurait pu s’achever sur une note optimiste. Mais c’est méconnaitre l’esprit torturé de l’auteur qui aime replonger son lectorat dans la torpeur d’une apothéose de la nature humaine en jachère. Quand le héros enlève ses élèves pour les sauver de l’école traditionnelle ! Tel un avion sans aile, il saute du 7ème ciel sans parachute. Plus dure sera la chute !

Thierry Ledru : « Jusqu’au bout », Les Editions du 38, 2019, 454 pages, 22 euros

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« Si tu mourais, tu m'appellerais
Je suis la vie pour toi, et la peine
Et la joie, et la Mort
Je meurs dans toi, et nos morts
Rassemblées feront une nouvelle vie
Unique, comme si deux étoiles se rencontraient
Comme si elles devaient le faire de toute éternité
Comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c'est bien, puisque tu m'aimes
Ce que je fais, c'est bien, puisque je t'aime
À ce jour, à cette heure, à toujours
Mon Amour, mon Amour
 »

« La lettre » de Léo Ferré (extraits)


 

En entamant le roman « Kundalini », quand on a déjà lu Thierry Ledru, on aborde des rives qui ne nous sont pas totalement inconnues. Puisque, c’est en quelque sorte une épopée marquante qui nous conte l’exploration de la décroissance, la simplicité volontaire, la nudité et la sexualité sacrée du Tantrisme, qui viendraient en écho de « Jusqu’au bout ».

Cette fois l’héroïne (Maud) est une femme mariée de cinquante-deux ans. Elle est professeure de yoga et vit une certaine harmonie entre son corps et son esprit. « Aucune violence dans cette histoire sinon parfois la violence psychologique entre deux êtres. Ici les deux personnages sont rarement habillés. C’est la montagne qui les protège de l’agressivité du monde ».

Le point de départ concerne la rupture entre Maud et son mari qui l‘a quittée pour un autre homme. Sans qu’elle n’ait décelé aucun signe de sa part annonçant son départ précipité. C’est pour elle une rupture destructrice inexpliquée qui la ronge de l’intérieur. Elle s’interroge sur son passé, sa vie commune avec cet homme durant vingt-cinq ans. Qu’elle a aimé d’une passion amoureuse dévorante mais qui se révèle être finalement un étranger. Elle ressasse cette blessure durant des mois et ne parvient pas en faire son deuil. Elle est entrée dans la spirale sans le savoir du « Nouveau désordre amoureux4 » de la fin des années 70 remis au goût du jour actuel. « On ne passe pas du statut de femme abandonnée et en détresse à une femme épanouie, explorant sa pleine conscience de soi ». (in son interview)

Pour se ressourcer, elle décide de passer quelques vacances en montagne dans les Alpes et séjourner dans un petit lieu naturiste chaleureux.

Elle ne s’est jamais trop intéressée aux pratiques spirituelles associées au yoga, comme par défi, elle décide de rattraper le temps perdu sans se plomber la présence d’un Swan à la Marcel Prout !

« Nue. Fermer les yeux. Ne plus penser. Entrer dans le silence. Respiration, visualisation. Méditation ». (page 27) Elle part vite, elle déménage de la pensée vitesse grand V, se chausse les quinquets d’une double vue et perçoit alors un homme jeune. « Elle a vu son visage. Un homme aux muscles saillants, la peau tannée, de longs cheveux noirs tombant sur ses épaules. Le corps sec et vigoureux, des fibres tendues comme des cordes d’arc, des stries sur son torse, des cuisses massives, des bras noueux. Un regard d’argile, jaune deux fentes étroites ». (page 28).

Non, ce n’était pas « Mon légionnaire » de la chanson reprise avec brio par Gainsbourg, mais Sat, un jeune homme d’origine indienne ! La vision de cet homme-là trouble et l’expose à la transe. Du rêve à la réalité, il n’y a qu’une montagne qui sépare. Grimper toujours plus haut à mains nues. Se grimer l’esprit dans l’espoir de se sortir de sa torpeur. Toucher boire à la source comme ressource et renaissance des sens par l’estime de soi. Cet homme jeune et vigoureux va lui permettre d’opérer sa métamorphose durant son initiation, selon un rituel inscrit dans les préceptes et symboles orientaux. Il va devenir, son guide consenti du vertige, son dépassement de ses potentialités sensuelles, son appui solide sur qui se reposer avant de prendre son propre envol hors de son existence sclérosée après les ablutions salutaires.

Petit à petit, Sat lui dévoile le protocole de travail visuel, les respirations accompagnées de mantras, la détente de tous les muscles de son corps, la régénération de tout son être, le grand nettoyage de son énergie cosmique, la visitation de tous les pores de sa couenne, de l’intime à l’ultime jusqu’à l’estime de soi.

Elle comprend alors que le naturisme intégral auquel elle s’adonnait, il n’y a encore pas très longtemps, demeurait un acte factice artificiel sans portée personnelle.

« Elle n’aurait jamais pensé que le naturisme puisse être finalement aussi dérisoire au regard de la nudité intérieure. Il était si facile de retirer des vêtements. Mais comprendre ce qui se tenait caché à l’intérieur de l’enveloppe, parvenir à retirer toute les épaisseurs de pensée fossilisées, d’émotions enkystées, les portes des passés gangrénés, c’était autre chose qu’un simple déshabillage. Combien d’humains parvenaient à une réelle nudité, à une connaissance intégrale, l’effeuillage achevé des couvertures artificielles, des épaisseurs accumulées comme autant de protections illusoires. L’objectif ultime d’une vie n’était-il pas de mourir aussi nu qu’au premier jour ? Vierge de tout. S’envoler dans une nudité achevée. Libre comme l’air. L’âme légère ». (p. 238)

A méditer !

Au fur et à mesure de sa progression, Maud se surpasse avec le dévoilement qui s’accomplit de sa sexualité rayonnante, comme geste énergétique pour entrer dans l’amour de soi en soi. Elle s’ouvre aux mystères du tantrisme qui lui tisse l’esprit et le corps à dépasser les registres de la Raison pure et de sa propre personnalité féminine. Au fur et à mesure de sa métamorphose, quand Sat la sent fin prête, il décide de lui dévoiler les secrets du Kundalini.

« La Shakti5 représente l’énergie féminine créatrice, la Mère divine, source de toute vie. Shiva est le principe masculin. Dans le tantrisme, la Shakti est identifiée à la Kundalini. Shiva représente la pure lumière de la conscience et Shakti l’énergie de cette conscience lorsqu’elle s’éveille à sa propre réalité. Shiva assume la dimension statique de la conscience et Shakti porte en elle la dimension dynamique de la création ». (page 371)

Je vous rassure, tous ces concepts, pas toujours aisés à appréhender en tant qu’occidentaux matérialistes que nous sommes, soutiennent l’édifice et prennent sens tout au long des pages du roman. Des discussions, des études de textes, des analyses et des pratiques tantriques entre les deux amoureux illustrent et lustrent le miroir de leurs connaissances en effervescence.

Même un zigue comme moi, pas trop au fait de la littérature spiritualiste, je ne m’y suis pas perdu en chemin. De cette sexualité vers le couple divin, de l’illumination à l’ultime révélation, tout un corpus en chemin accompagne nos deux personnages sous notre regard ébahi entre les pages, par tant de découvertes insoupçonnées.

Eveilleur de la conscience des sens, ce roman inqualifiable qui touche à tous les domaines de l’essai philosophique et spirituel, intemporel nous ouvre les voies de la sagesse et des émotions à l’état pur.

Sans oublier également la dimension de la simplicité volontaire très présente et évoquée par le mode de vie même de Sat, qui s’est détaché en conscience des biens de consommation courant, pour épurer son existence et revenir à l’essentiel vital. Rien de plus. Tout est lié en fait ! De l’aveu même de Thierry Ledru et qui coule de source pour lui : « Pourquoi aller chercher à des milliers de kilomètres le bonheur que l’on peut trouver ici (dans ses montagnes) ? ». (in son interview)

Encore un roman de Thierry Ledru à fleur de peau sensitive qui nous captive et nous ouvre de nouveaux horizons à creuser et à s’élever à notre tour, pour parer à notre traintrain quotidien si banal et bancal.

Cette faculté de s’éprouver corps et âme dans l’extrême est une constance qui relie les deux romans dans la quête harmonieuse des héros féminins / masculins à recouvrer l’essence de la nature, sa seconde nature.

A croire que cet auteur est un athlète qui touche avec passion à différentes disciplines sportives de l’extrême. C’est un esthète qui rejette la compétition entre les êtres. Comme ses personnages, il recherche une forme d’harmonie dans sa quête « Pour atteindre l’inaccessible étoile » à la manière d’un Jacques Brel6. Tous ses héros entretiennent à leurs risques et périls une « confrontation avec la mort perpétuellement, (ce qui) est une école de vie. La mise en danger volontaire réclame une implication totale ». (in interview de l’auteur)

Si les héros qui ont la faculté de s’analyser pour évoluer au fil des chapitres, vous semblent relever de l’épitre ou du pitre, les romans de Thierry Ledru ne sont pas pour vous. Si on contraire vous vous intéressez à des personnages hors les normes qui ne pensent ni n’agissent comme vous dans des contextes qui vous sont assez étrangers. Alors foncez. Ecoutez votre cœur et votre curiosité de bon aloi. Si vous voulez comprendre le mode de fonctionnement de ses héros, les imaginer dans tous leurs corps à corps multidimensionnels, vous insinuer dans les recoins sinueux de leur inconscient en dent de scie. Toujours prêts à basculer dans le vide pour émerger à nouveau dans un état de pré-conscience. Larguez les amarres. Mettez les voiles, grand largue ! Lisez les romans de Thierry Ledru et évadez-vous en sa compagnie. Gagnez en hauteur vis-à-vis de votre existence de vos connaissances passées. Lâchez prise.

C’est aussi la force de la littérature : nous secouer les tripes dans nos certitudes et nous apprendre à nous surpasser au-delà de nos carcans institués et distribués à grands coups de massue depuis l’école. J’avoue que c’est loin d’être facile comme démarche. C’est surtout inconfortable mais tellement respectable et enrichissant.

Thierry Ledru nous accompagne et nous permet d’y parvenir avec brio dans un style accessible, entre les paroles de ses héros des deux sexes, sans retrancher une virgule ni sauter une page. Gage s’il en est de la qualité littéraire de cet auteur hors pair. Son éditrice ne s’y est pas trompée !

Thierry Ledru : « Kundalini », Les éditions du 38, 2018, 435 pages, 22 euros


Kundalini web 1

 

1Cet extrait d’une chanson et pas n’importe laquelle de François Béranger n’est pas du tout le fruit du hasard. Thierry Ledru, comme il nous l’indique dans son interview, a noirci des cahiers durant des semaines en soutien à son frère. Comme pour échapper à une psychothérapie dont il aurait eu grand besoin. François Béranger exprime les mêmes sentiments à ses débuts et effectue une comparaison judicieuse avec l’acte de créer en tant qu’écrivain. « La chanson a été aussi pour moi, au début, une sorte de psychothérapie, un moyen d’exprimer des idées et de projeter des passions générales ou personnelles à l’extérieur de moi. La démarche doit être identique pour les écrivains : ils ont des éléments qui les gênent et ils les éjectent à l’extérieur ». (in autoportrait : Béranger par lui-même, ed Seghers, François Béranger par Pierre Guinchat, collection poésies et chansons, 1976, p. 44)

2Clin d’œil encore à François Béranger et à la liberté de l’artiste d’interpréter les chansons qui lui plaisent à lui d’abord avant son public.

« J’ai des chansons qui marchent bien dans le public, et je les connais, d’autres qui ne marchent pas du tout et que je chante quand même car elles me plaisent à moi et peu m’importe que les gens applaudissent ou pas, car ces chansons-là sont « moi » aussi. Il y n’y a aucune raison de vouloir plaire à tout pris aux gens : je suis tel que je suis et je ne vois pas pourquoi je sélectionnerai en fonction de tel ou tel public ». (in autoportrait : Béranger par lui-même, ed Seghers, François Béranger par Pierre Guinchat, collection poésies et chansons, 1976, p 50 / 51)

3« Touche pas à la blanche Hermine » de Gilles Servat : « Quant à la Bretagne profonde, elle a voté pour un maire noir à saint Coulitz », il s’agit de Kofi Yamgnane lors de sa mandature qui dura 25 ans.

4« Car vivre à deux est un drame dont les données sont inconnues : autrefois symbole de permanence dans un monde tourmenté, le foyer s’est découvert tout récemment la vocation de l’incertitude » (page 114) in « Le nouveau désordre amoureux » de Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut (1977)

5Shakti Yoni (Doux Vagin) était le surnom donné à la musicienne auteure compositrice à la voix éthérée et aux synthés envolés du groupe Gong, en la personne de Gilli Smyth, qui fut la compagne de Daevid Allen, tous deux créateurs et concepteur de cet univers déjanté aux confins du rock-jazz planant.
 

6« La quête » de Jacques Brel : « Se damner / Pour l'or d'un mot d'amour /Je ne sais si je serai ce héros /

Mais mon cœur serait tranquille / Et les villes s'éclabousseraient de bleu / Parce qu'un malheureux /
Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé / Brûle encore, même trop, même mal / Pour atteindre à s'en écarteler /Pour atteindre l'inaccessible étoile
 ».

7
« Je veux qu'on boive un coup et qu'on fasse des fredaines
Et puis que nos enfants se moquent de nos bedaines
Puis je veux que nos femmes nous fassent encore le coup
De l'amour-amitié, du baiser dans le cou
Avant que les huissiers survolent comme des vautours
Notre maison, fermons nos portes à double tour
J'aimerais cette nuit pour attendre le jour
Qu'on ferme encore les yeux... et qu'on fasse l'amour
 »

« Dans ma maison d’amour » de Pierre Vassiliu (extraits)

 

"Le gardien des livres"

Par Le 07/08/2020

J'avais écrit une nouvelle pour Anita Berchenko, fondatrice des éditions du 38. Un projet commun avec les compagnons et compagnes de plume de cette maison. Un hommage.

Ces textes sont disponibles aujourd'hui en téléchargement gratuit sur le site. 

Il s'agit de donner à découvrir la diversité de cette maison d'édition dont le catalogue couvre un large éventail de la littérature et de promouvoir la lecture numérique. 

 


 

Le gardien des livres - Thierry Ledru

Nos vies antérieures...

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L'ensemble des textes proposés :

Spécial Gratuit


e38 court

 

On les avait mises en ligne pour vous aider à mieux supporter le confinement, et puis on a décidé de les laisser définitivement, pour vous permettre de tranquillement découvrir nos auteurs avec des textes courts, des nouvelles de genre, le tout gratuitement, par téléchargement direct sur notre site.

Une belle occasion de se détendre le temps d'une lecture détente.

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Tourisme de masse (4)

Par Le 05/08/2020

L'exemple des gorges du Toulourenc est édifiant. 

On connaît ces gorges, on les a remontées il y a quinze ans, avec les trois enfants. C'était aux vacances de Pâques. Un lendemain de grosses pluies. Le débit de la rivière était conséquent. Certains passages se sont faits en escalade sur les parois. Le courant était trop fort. 

Il n'y avait personne. 

On avait découvert ces gorges en lisant la carte IGN. Il n'y avait rien de mentionné dans les guides touristiques à cette époque. 

Les choses ont bien changé.

Les réseaux sociaux sont passés par là. Et l'affluence est devenue si forte que des interdictions sont tombées devant les dégâts occasionnés. 

Le tourisme de masse. 

Celui qui n'a aucune conscience des effers collatéraux des concentrations humaines. 

C'est pour cela que je n'indique plus aucune information sur les lieux préservés que nous découvrons encore. 

Bien évidemment que nous sommes extrêmement attentifs à ne laisser aucune trace de notre passage. Il nous arrive même parfois d'effacer les traces de ceux qui nous ont précédés. Enterrer les papiers hygiéniques par exemple. Ramasser les sacs plastiques, les contenants alimentaires...Il y a des individus que je jetterais bien du haut des falaises. 

Ces derniers jours, nous avons découvert un ravin étrange. Magnifique. Des roches colorées dans une érosion architecturale. Il y a quelques années, j'aurais donné l'indication précise. Je ne le fais plus. C'est à chacun de chercher, d'accepter aussi que cette recherche n'aboutira pas, que les passages ne s'ouvriront pas, que l'intuition n'était pas bonne, que le niveau physique est trop exigeant, que l'effort physique est au-delà du raisonnable, etc, etc...ce que justement le tourisme de masse refuse d'expérimenter. 

Il ne faut plus rien dire de ces lieux préservés. Les montrer quelque peu pour susciter l'envie aux plus téméraires, aux plus obstinés.

Je ne compte plus les fois où nous n'avons pas réussi à atteindre l'objectif visé. Ni le nombre de situations compliquées...Jamais, ces demi-tours ne nous ont convaincu qu'il fallait arrêter. Ils sont autant d'expériences et de connaissance de soi. 

Sur le tourisme

Méditerranée : tourisme, industrie, pollution.

Tourisme de masse (1)

Tourisme de masse (2)

Tourisme de masse (3)

 

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https://reporterre.net/Les-gorges-du-Toulourenc-symbole-des-ravages-du-tourisme-de-masse

Les gorges du Toulourenc, symbole des ravages du tourisme de masse

Le Toulourenc, entre Drôme et Vaucluse, écoule ses eaux limpides à travers des gorges étonnantes. Mais ce bijou naturel subit les assauts de nombreux touristes désireux de « profiter de la nature ». Pour l’heure, élus, autorités et défenseurs de l’environnement cherchent la martingale pour ne pas interdire l’accès au site tout en le préservant.

  • Mollans-sur-Ouvèze (Drôme) et Saint-Léger-du-Ventoux (Vaucluse), reportage

La vallée à flanc de mont Ventoux mêle oliviers, vignes et forêts de chênes verts, le tout semé de mas de vieilles pierres, formant ainsi un parfait paysage méditerranéen. En son creux, le Toulourenc coule, délimitant la frontière entre la Drôme et le Vaucluse. Ses galets blancs donnent à l’eau limpide une couleur inimitable, au point que, localement, on appelle cela le « bleu toulourenc ». Mais il faut désormais venir tôt le matin pour pouvoir l’admirer, car dès la fin de matinée l’eau d’apparence pure se retrouve troublée par les innombrables passages de touristes séduits par ce coin de fraîcheur à l’ombre des saules, des aulnes et des peupliers blancs. Aux heures de pointe, l’étroit cours d’eau va jusqu’à prendre des allures de couloir de métro parisien, où les passants peinent à se croiser sur les rochers.

Parking des gorges du côté de Mollans-sur-Ouvèze (Drôme). À 10 h du matin, les visiteurs commencent à peine à arriver.

« On pensait avoir trouvé un chouette endroit », raconte Lucie. Elle loue une petite maison en bordure de Toulourenc, à Mollans-sur-Ouvèze (Drôme), depuis deux ans. « Mais la situation me rend malade, en septembre, on déménage », annonce sa compagne, Véronique. En ce samedi, malgré le fait que les deux parkings du site soient pleins, elles s’étonnent de pouvoir discuter sur leur terrasse et trouvent la fréquentation presque raisonnable. « On est souvent obligées de s’enfermer chez nous pour ne pas subir les cris », raconte Lucie. Vivre à proximité du Toulourenc est devenu un enfer. « Il y a 15 ans, il y avait certes du monde le week-end, mais sans plus ! » se souvient Frédéric Roux, un enfant du pays devenu maire de Mollans-sur-Ouvèze. Localement, il se raconte même que le lieu était fréquenté par les nudistes en recherche d’intimité.

Lucie et Véronique.

Mais les photos aux couleurs léchées, postées sur internet et les réseaux sociaux, ont attiré les curieux, accusent les acteurs locaux. Ils fustigent également quelques reportages à la télé nationale, dont les belles images du lieu menacé ont plus attiré que découragé les touristes. Sur les parkings du Toulourenc, disposés de part et d’autre du pont qui le surplombe, les plaques d’immatriculation indiquent que les visiteurs viennent principalement des grandes villes alentours (Avignon, Marseille, Nîmes), ou alors carrément de l’étranger. Certains sont équipés de baskets et sacs à dos pour remonter les gorges, d’autres ont apporté les sièges pliants pour déployer le pique-nique. En 2015, les comptages de voitures avaient permis d’évaluer que plus de 51.000 visiteurs étaient venus arpenter la rivière. En 2019, on a frôlé les 115.000 visiteurs, soit une hausse de fréquentation de 125 % en quatre ans. Pour 2020, chacun craint le pire : « Cette année, on a constaté avec effarement qu’il y avait encore plus de monde », observe Agnièce, qui loue un gîte en bordure du Toulourenc tous les étés. « On se dit qu’on ne pourra plus venir qu’en octobre. Avant, c’était plutôt un lieu de randonnée. Les gens empruntaient le GR au-dessus et ne descendaient dans la rivière que pour s’y tremper les pieds, mais n’y restaient pas. »

Des déchets allant de la serviette hygiénique à la cannette

Désormais, il suffit de parcourir quelques dizaines de mètres sur les rives pour constater qu’elles sont jonchées de papier toilette et d’étrons. De nombreuses traces de feux de camp, pourtant interdits, sont aussi présentes. « On retrouve des déchets allant de la serviette hygiénique à la cannette », décrit Véronique, qui se retrouve régulièrement à les ramasser.

Au niveau des parkings et terrains voisins, les obstacles au stationnement sauvage se sont multipliés. Pour empêcher les voitures de se garer jusque devant chez elle, voire de boucher son chemin d’accès, Véronique s’est résolue à déployer de la rubalise. Des tas de terre ont été disposés pour dissuader les véhicules d’entrer dans un verger d’oliviers, des enrochements ou des barrières ont été récemment installés le long de la route pour empêcher les voitures de s’y garer, les panneaux d’interdiction de stationner ont fleuri. Plusieurs autos débordent pourtant du parking, auxquelles la gendarmerie a distribué des PV. « Mais j’ai déjà vu des personnes répondre qu’elles s’en fichaient », se désespère Frédéric Roux.

Les riverains ont installé des panneaux propriété privée pour empêcher les promeneurs d’entrer chez eux, ou les automobilistes de se garer sur les chemins d’accès. Mais ils sont peu respectés.

Car les vacanciers ne sont pas toujours réceptifs aux consignes des autorités ni respectueux des propriétés des riverains. Ces derniers multiplient les récits d’incivilités. « Une fois, en sortant de chez moi, j’ai trouvé quelqu’un en train de faire caca derrière ma voiture ! » se rappelle Véronique. « Avant d’arriver devant chez nous, il y a un panneau propriété privée, un portail, une chaîne : pourtant, on a déjà retrouvé un monsieur à vélo dans le jardin qui ne s’en est même pas excusé », s’étonne Agnèce. « Ils ne comprennent pas qu’on puisse être pressés ou en colère : comme on vit au pays de vacances, on se doit d’avoir toujours le sourire ! » explique Véronique.

Castors et truites perturbés

Autres habitants perturbés par les touristes, la faune de ce site classé Natura 2000, situé dans le parc naturel régional des Baronnies provençales et le futur parc naturel régional du Mont Ventoux. « Il y a une colonie de castors, montre Véronique, désignant au bord de la rivière les branches taillées en crayon par les dents. Mais leur barrage a été détruit. Ils le reconstruisent plus loin. » Juliette Chassagnaud, animatrice Natura 2000 du site, liste les effets nocifs : « Il y a la pollution par les déchets apportés par les gens, par les déjections des humains et des chiens ; le piétinement, qui met en suspension les sédiments, ce qui n’est pas supporté par certaines espèces ; et, surtout, la création de barrages en galets. Les gens les font pour former de petites piscines mais ils retiennent les poissons et l’eau, qui se réchauffe et est de moins en moins chargée en oxygène. Cela entraîne la formation de certaines algues. C’est vraiment un point noir. »

Un autre panneau tente de sensibiliser les touristes aux espèces vivant dans le cours d’eau et dans ses environs.

Une étude de 2019 sur la population de poissons a tenté d’évaluer les conséquences. Résultat : la truite fario, pourtant typique de ces milieux et bonne indicatrice de la qualité d’un cours d’eau, est de moins en moins présente. L’étude relevait une « destruction de l’habitat » des poissons, ainsi que la pollution de l’eau par les déjections et les « produits cosmétiques » — comprenez les crèmes solaires. Sur la carte de la qualité des eaux de baignade de l’agence régionale de santé, le Toulourenc est d’ailleurs le seul point rouge dans le Vaucluse. L’eau que les visiteurs trouvent si pure en apparence est donc considérée de « qualité insuffisante » pour la baignade. En cause, notamment, la forte présence de bactéries fécales…

Un de ces nombreux barrages de galets qui perturbent le cours d’eau.

Toujours pas de quoi décourager les baigneurs. « On est envahis, dépassés. On va au-devant d’une catastrophe écologique et on espère qu’il n’y aura pas de catastrophe humaine ! » alerte Frédéric Roux. « Je n’ai qu’un mot : restez chez vous. On n’a plus les moyens d’accueillir les gens dans cette rivière. » L’édile s’inquiète, car la rivière est aussi dangereuse. Une plaquette distribuée par les offices de tourismes locaux rappelle l’origine de son nom : Toulourenc signifie « tout ou rien ». En quelques minutes, si un orage sévit plus haut sur le Ventoux, même sous un soleil radieux, le calme cours d’eau peut devenir un puissant torrent. Un arrêté interpréfectoral interdit la baignade en cas d’alerte orange ou rouge à l’orage. Mais la plupart des visiteurs ne se renseignent pas, et ignorent les panneaux d’avertissement. En cas d’orage, « on redoute que les gens s’affolent, se piétinent. Et une fois qu’ils sont engagés dans les gorges, on ne peut plus les prévenir. » Par ailleurs, escalader les cailloux en tongs est une expérience qui se révèle régulièrement malheureuse. Riverains et maires racontent la fréquente venue de l’hélicoptère pour rapatrier les blessés. La préfecture du Vaucluse a recensé dix interventions des services de secours en 2018, 11 en 2019 et 6 à la mi-juillet 2020. Celle de la Drôme ne nous a pas répondu.

Les panneaux rappelant les dangers du cours d’eau aux touristes ont été installés au début de l’été, et sont peu lus par les touristes.
  • Soudaine montée des eaux du Toulourenc

« On ne peut pas empêcher les gens de profiter de la nature ! »

« On ne comprend pas pourquoi les préfectures ne ferment pas le site », demande Véronique, secouant la tête une énième fois. « Mais on ne peut pas empêcher les gens de profiter de la nature ! », protestent Jean-Michel et Monique, qui depuis la banlieue d’Avignon viennent régulièrement dans les gorges depuis dix ans. « Il faut juste que les gens soient propres. » « On peut sensibiliser les gens, mais limiter ce n’est pas possible », estime de son côté Guilhem, venu en famille des Bouches-du-Rhône, et qui promet de revenir dans cette « nature préservée »« On pourrait instaurer des jours de fermeture pour la nature », propose Anna, qui revient avec ses amis d’une randonnée dans les gorges. « Les Calanques, ils les interdisent parfois », approuve à côté d’elle Franck. « Faut faire payer les parkings », ajoute Corinne, une autre marcheuse.

Marcher dans le cours d’eau l’endommage.

Les autorités, pourtant, peinent à trouver la solution. Un comité de suivi des gorges a été créé en 2014. Les mairies de Malaucène (Vaucluse) et Mollans-sur-Ouvèze (Drôme) ont alors créé des parkings pour tenter de canaliser les visiteurs, et les limiter par le nombre de places de stationnement. Peine perdue : « les parkings ont fait appel d’air », reconnaît aujourd’hui Frédéric Roux. Puis, une campagne d’information a sensibilisé les offices de tourisme. « On n’interdit pas aux gens d’y aller, mais on sensibilise sur les risques », explique Lucile Andrieu, directrice de l’office de tourisme Ventoux-Provence. « On incite à emprunter le GR plutôt que de faire la ballade dans la rivière. Et on déconseille de mettre des photos des gorges dans les brochures touristiques. » Cette année, des écogardes patrouillent dans la rivière pour sensibiliser et notamment inciter les visiteurs à déconstruire leurs barrages en partant. Les services de gendarmerie de la Drôme et du Vaucluse multiplient les opérations de contrôle des véhicules débordant des parkings. Des panneaux, peu consultés par les touristes, ont été installés pour avertir du danger en cas d’orage.

Le pont d’accès aux gorges ne désemplit pas.

Le tout a eu peu d’effet, au point que le maire de Saint-Léger-du-Ventoux, commune située en haut des gorges, a pris un arrêté municipal début juillet interdisant l’accès au Toulourenc. « Mais c’est très compliqué, on n’a pas les moyens de le faire respecter, regrette Éric Massot, le maire de Saint-Léger-du-Ventoux. C’est surtout un cri d’alerte, je l’ai diffusé dans la presse locale et aux offices de tourisme et j’espère que ce sera dissuasif. » Par ailleurs, la vallée vit du tourisme, et l’image du Toulourenc attire. « On n’a pas intérêt à ce que le site soit fermé », estime Lucile Andrieu, à l’office de tourisme. « C’est aussi une question ardue au niveau légal : qui a l’autorité pour cela ? » s’interroge Juliette Chassagnaud.

En début d’après-midi, les voitures débordent du parking du côté de Malaucène.

Ainsi, le comité de suivi (réunissant élus et services de l’État) mise sur les travaux prévus pour l’automne : il s’agit de rendre les parkings payants et de limiter fortement le nombre de places. L’idée est de s’orienter vers un tourisme de qualité plutôt que de masse. Une voie médiane sensée permettre la difficile cohabitation entre visiteurs et biodiversité. « On fait tout pour ne pas en arriver à cette décision, mais là, on en est à la dernière étape avant la fermeture des gorges », avertit Juliette Chassagnaud. « Si ça continue, le site va vraiment se dégrader, et on dira “c’était” les gorges du Toulourenc », craint Éric Massot.

 

Loin des autres

Par Le 04/08/2020

Les lacs de montagne. On en connaît un nombre conséquent. On en découvre tous les ans. 

Pas des lacs "touristiques". Des lacs délaissés. Parce que les accès sont compliqués, parce que les sentiers sont trop physiques, parce que les balisages sont inexistants, parce que la végétation est trop envahissante, parce que les lieux de baignade ne sont pas aménagés, parce qu'il n'y a pas de poste de secours, parce que la baignade est interdite...

Interdire la baignade...On a vu un lac où la baignade était effectivement interdite par arrêté communal parce qu'il n'y avait pas de poste de secours. J'imagine que la municipalté se "couvre" en cas d'accident. Le monde juridique qui pose ses cadres dans la nature. Parce que les humains sont toujours prompts à chercher des "coupables", des responsables, des dédommagements. 

Mois de juillet. Se baigner sans la moindre personne aux alentours, ne croiser personne de la journée. C'est en France. Et pendant ce temps-là, des millions de personnes s'agglutinent sur les plages côtières. Dans le bruit et la fureur marchande. D'autres seront partis à l'étranger pour chercher le dépaysement. Sans même connaître les paysages de leur région.

C'est cela aussi la décroissance...Chercher autour de soi les bonheurs à saisir. Alors évidemment, c'est plus facile dans les Alpes qu'en Seine-Saint-Denis. On a pleinement conscience de notre privilège. 

Certains pourraient penser qu'on a aussi les moyens de se payer un camping-car. Il nous a coûté 13 000 euros, il y a dix ans. Il a 29 ans. Quand je vois l'argent dépensé dans l'achat des voitures "modernes"...

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Filtre magique

Par Le 04/08/2020

Partir avec le "camion"; chercher les lieux perdus, isolés, loin de tout, là où on se retrouve, là où plus rien du monde humain ne nous atteint, là où le silence couvre les bruits artificiels, là où existe encore le chant des oiseaux, le vent dans les arbres, le bruissement des frondaisons, l'écoulement des ruisseaux, les mélodies des vaguelettes sur les roches et le silence, le silence, le silence. S'asseoir, ne plus bouger, laisser les regards divaguer, sans chercher à reconnaître un lieu nommé, sans chercher à identifier, sans chercher à poser une connaissance. Rien. Juste saisir le monde.

Marcher pendant des heures, droit dans les forêts ou en zigzaguant entre les arbres, en se servant du soleil pour imaginer la suite, se perdre pour trouver les lieux enchantés, enjamber les collines, descendre dans des ravins, se baigner dans les torrents, quitter les parkings aménagés des lacs et découvrir les jardins secrets, pédaler sur des sentiers étroits pour atteindre une cascade éloignée des routes connues, aller là où les autres ne vont pas. 

Et ne rien dire de ces lieux. Ne donner aucune indication pour les trouver. Il m'est arrivé de donner des informations pour permettre à d'autres de vivre ces instants privilégiés. Je ne le fais plus. Car le bonheur, c'est de les trouver soi-même. 

C'était la fin du jour. Le soleil rasait les crêtes. Assis au bord d'un lac. Je me suis souvenu que mon appareil photographique possède une option "filtre magique". Un des seuls réglages technologiques que je m'accorde parfois. La majorité de mes photos se limite au cadrage. Cette fois, j'ai voulu jouer avec la symétrie. Le soleil à travers les frondaisons. Et l'apparition de multiples formes...

L’image contient peut-être : arbre, ciel, nuage, plein air, nature et eau

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"C'est normal, c'est l'été".

Par Le 03/08/2020

On les entend, on les lit, les commentaires de ce genre.

"Il fait chaud, c'est normal, c'est l'été".

Thomas Blanchard est météorologiste, un très bon météorologiste.

Sa page "MétéoAlpes" est une référence dans les Alpes. 

Voilà son commentaire

L’image contient peut-être : texte qui dit ’EPISODE DE CANICULE 31 JUILLET 2020 Villes Températures maximales attendues Grenoble Températures maximales moyennes de juillet Ecart la moy enne +39 degrés. Lyon 28 degrés. Températures maximales avec écart à la moyenne similaire Bourg- Saint- Maurice +40 degrés. +36 degrés. 28 degrés. degrés. +17 degrés. 26 degrés. degrés. Chamonix +16 degrés. degrés. 34 degrés +16 degrés. +24 degrés. degrés. +14 degrés.’

Meteo-Alpes

· 31 juillet · 

 

" C'EST NORMAL C'EST L’ÉTÉ " ? => NON

Le tableau ci-contre représente les températures maximales attendues cette après-midi sur certaines villes, mais également la moyenne normalement observée à cette période de l'année puis l'écart à la moyenne.
Enfin, j'ai également indiqué la température potentielle si l'écart à la moyenne avait été similaire mais en négatif. Lirions-nous toujours " c'est normal c'est l'été" avec +16 degrés en pleine après-midi de juillet à Lyon ?

Ces températures sont exceptionnelles, et la répétition ou fréquence de ces épisodes de canicule depuis 2015 est un signe de changement du climat qui ne trompe pas ...

Pour l'anecdote nous devrions également atteindre : +39 degrés à Chambéry, +38 degrés à Albertville ou encore +37 degrés à Annecy.
Le tout sous un grand soleil et sans orages aujourd'hui (sauf proche des Ecrins en toute fin de journée).


 

Le billet vert consacré tout l’été à la façon dont nous vivons avec le changement climatique. Les effets sont de plus en plus sensibles. Les scientifiques prévoient une accentuation dans les années qui viennent. Et cela affecte tous les pans de notre société.

Des pompiers en intervention pour éteindre les fumerolles dans la forêt du Pignada ravagée par le feu, à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), le 31 juillet 2020. (THIBAULT VINCENT / FRANCE-BLEU PAYS BASQUE)

#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
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Le Sud n’est plus le secteur à risque. Les feux sont de plus en plus intenses au nord de la Loire. On est dans la caserne des pompiers de l’Eure-et-Loire à Chartres. C’est un bon indicateur de ce qui est en train de se passer. L’été dernier ces pompiers ont été confronté à un phénomène nouveau. En une journée, ils ont eu 40 départs de feux. C’était des feux de moissons, dans la Beauce, provoqués par les moissonneuses-batteuses. L’intensité du feu à atteint un niveau jamais vu. Les 330 pompiers ont été mobilisés. On était face à quelques chose de hors norme raconte le chef des pompiers de l’Eure-et-Loire, le colonel  Jean François Gouy : "Un feu de récolte est un feu de récolte. Par contre les conditions météorologiques ont entrainé des vitesses de propagation que l'on a rarement connus."

Ce que l’on constate c’est que les conditions climatiques sont en train de gommer la traditionnelle frontière Sud-Nord en matière d’incendies. Le risque a franchi la Loire. Le colonel Arnaud wilm est chargé des risques au ministère de l’Intérieur : "L'année dernière on a eu 23 500 hectares de brûlés dont 8 500 en région méditerrannéne et les autres incendies ont concerné la moitié Nord." Le colonel Grégory Allione est le président de la fédération des sapeurs pompier : "Les feux d'espaces naturels concernent tout le territoire national et de manière régulière. C'est ça qui est perturbant. Lutter contre ces feux va devenir le commun de tous les départements du territoire français."


Les pompiers du Nord sont donc en train de changer de stratégie. Ils vont importer la doctrine du Sud en se pré-positionnant les jours les plus chauds pour attaquer au plus vite les départs de flammes.  Pour la première fois des pistes d’atterrissage ont été désigné pour deux canadairs à Angers et Châteauroux cet été. Et le prochain congrès des sapeurs-pompiers a mis le changement climatique à son programme. 

 


Un triste record. Juillet 2020 sera "probablement" au premier rang des mois de juillet les plus secs depuis 60 ans, selon Météo France. Parallèlement, 68 départements sont désormais concernés par une restriction d'utilisation de l'eau, selon le site Propluvia du ministère de la Transition écologique. Et la situation ne devrait pas s'arranger, alors qu'une nouvelle vague de chaleur est attendue à partir de jeudi ou vendredi. 

Carte de la vigilance sécheresse, au 3 août 2020. En rouge, les zones dites \"en crise\", en orange celles \"en alerte renforcée\", en jaune celles \"en alerte\" et en gris celles placées sous \"vigilance\". 
Carte de la vigilance sécheresse, au 3 août 2020. En rouge, les zones dites "en crise", en orange celles "en alerte renforcée", en jaune celles "en alerte" et en gris celles placées sous "vigilance".  (PROPLUVIA)

De trop faibles précipitations

"Du 1er au 28 juillet 2020, les précipitations en moyenne sur la France n'atteignent que 28 % des valeurs normales pour cette période", indique Météo France. Un déficit de pluie qui touche particulièrement les régions du Sud-Ouest à la vallée de la Loire, et celles du Nord-Est. Malgré les orages qui ont frappé le pays en fin de semaine dernière, le mois de juillet 2020 devrait être le mois de juillet le plus sec depuis 1959, explique l'institut de météorologie. 

La situation est particulièrement difficile pour les agriculteurs, qui expériment différentes méthodes pour lutter contre le manque d'eau"Le cru 2020 est particulièrement mauvais pour les céréaliers français", s'est notamment inquiété Arthur Portier, consultant chez Agritel, société française de conseil sur les marchés agricoles, auprès de franceinfo

"Dans la forêt" de Jean Hegland

Par Le 26/07/2020

 

 

Lu en deux soirées. Très prenant. Une écriture magnifique et une histoire qui ne laisse pas indifférent. Il est vrai que le thème m'intéresse particulièrement...Pas de zombies et d'apocalypse sanglante ici. Juste des rumeurs venues du monde jusqu'à cette maison isolée dans la forêt. C'est là que vivent deux sœurs...

Dans la forêt par Hegland
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LIRE UN EXTRAIT

EAN : 9782351781425
304 pages
Éditeur : 
GALLMEISTER (03/01/2017)
   
Existe en édition audio


Note moyenne : 4.19/5 (sur 2080 notes)

Résumé :

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’éléctricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Considéré depuis sa sortie comme un véritable choc littéraire aux Etats-Unis, Dans la forêt, roman sensuel et puissant, met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

 

Souri7   10 février 2017

★★★★★

★★★★★

Enfin ! Enfin un roman réaliste et saisissant sur la fin de notre civilisation de consommation où l'essence, l'électricité viennent à manquer… Enfin un roman ne nous proposant pas une fin du monde suite à une invasion extra-terrestre, une infection, une attaque de mutants, une météorite (ou que sais-je encore) le tout dans une époque lointaine et futuriste où le personnage central aurait pour mission de sauver le monde. Bref, une fin du monde souvent décrite comme un aléa venant de l'extérieur où l'homme serait une victime et non un acteur. Non, rien de tout cela. Un roman simple, reprenant le vécu de Nell à travers son journal. Cela parle immédiatement au lecteur qui peut de suite s'identifier à cette jeune fille et sa soeur qui au départ restent dans l'expectative en espérant un retour à la « normale » puis qui prennent leur destin en main lorsqu'elles comprennent que ce qu'elles ont connu est du passé et qu'une nouvelle ère plus proche de la nature, moins dépendante de tout ce qui est matériel s'ouvre devant elles.

Un roman magnifique qui au départ peu dérouter par sa simplicité. Effectivement, les raisons du changement sont évoquées brièvement, aucune information n'est donnée au lecteur qui se retrouve plongé dans une sorte de huis clos au milieu d'une forêt avec deux jeunes filles loin de tout, attendant et vivotant. le lecteur a envie d'en savoir plus sur les raisons, les conséquences d'un point de vue terrestre mais les seules informations sont celles que donne Nell. Très rapidement, le lecteur comprend justement que dans une situation identique, le commun des mortels serait dans la même situation ; à savoir peu informé, dépendant des rumeurs, des on-dit qui courent et se préoccupant surtout de survivre en attendant des jours meilleurs.

Un roman réaliste puisque l'auteur ne se permet pas d'édulcorer la situation et le récit ne tombe à aucun moment dans le pathos. Les deux jeunes filles se retrouvent livrées à elle-même sans mère, puis sans père. La société qu'elles ont connue se désagrège à vue d'oeil, l'homme devient égocentrique, cherchant à survivre au détriment des autres, et ce par le vol, le viol. Voir les espérances futiles (entrée à Harvard, devenir danseuse) de Nell et Eva petit à petit disparaître au profit d'une prise de conscience de la réalité et de problèmes essentiels (faim, soin, danger) et les voir réagir en faisant appel à leur instinct primal (inné) et non à leurs acquis scolaires est passionnant. Leur découverte que la forêt n'est pas seulement un lieu mais une source de richesse et pourvoyeuse de besoin est magnifiquement décrite dans ce livre.

Un roman écrit il y a plus de vingt ans et qui pourtant reste d'actualité, abordant des problématiques réalistes comme la fin des énergies fossiles, une société basée et dépendante de l'électricité, des machines, des ordinateurs où l'homme n'a qu'une place de consommateur. La perte de cet acquis permet à l'homme de se retrouver avec lui-même mais également de redécouvrir la nature qui l'entoure. Cela redonne sa véritable place à l'homme qui a tendance à se croire supérieur, invulnérable et autonome. Comme l'auteur le dit si bien dans son récit au travers d'un échange entre les deux soeurs, notre civilisation « électricité » n'existe que depuis à peine deux cents ans alors que l'homme, lui était là bien avant et sans en avoir besoin.

Comme le démontre l'histoire, des civilisations se sont créées et ont été détruites… pour permettre à l'homme à chaque fois de rebondir. Ce livre n'est pas seulement un roman « apocalyptique » mais un beau message d'espoir concernant l'homme et un retour à l'humilité de celui-ci. Un livre qui ne laissera pas indifférent dans tous les cas.

Jardin-Forêt : Une Alternative à l'Agriculture

Par Le 24/07/2020

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne par la gorge. » » Winston Churchill

 

Je passe beaucoup de temps à me documenter sur le jardin-forêt et je regrette de ne pas l'avoir fait plus tôt. 

Tout ce que je lis également sur les effets du réchauffement climatique trouve des parades dans cette façon de concevoir une agriculture parfaitement capable de répondre aux besoins alimentaires tout autant qu'à résoudre les problèmes liés à ce réchauffement climatique. 

Fabrice Desjours est une référence dans le domaine. C'est un plaisir de l'écouter et c'est également très révélateur du fourvoiement économique dans lequel l'agriculture moderne nous a entraînés. Cette agriculture moderne est une aberration qui a été conçue pour les marchands et aucunement pour le bien-être des populations ou de la planète. Il est donc urgent d'en sortir, volontairement et de façon réfléchie avant que les problèmes ne soient devenus insolubles.

 

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JARDINS-FORÊTS

28,00 €

TTC

Un nouvel art de vivre et de produire. Une révolution sociétale et vivrière. Comment créer votre forêt gourmande : philosophie, conception et retours pratiques.

 

« Forêt-jardin », « jardin boisé », « agroforêt tempérée » ou « forêt comestible » : autant de mots désignant des techniques prometteuses, au carrefour de la production alimentaire, des changements sociétaux, du bien-être et des grands enjeux environnementaux.

En édifiant des paysages comestibles en trois dimensions grâce à une palette végétale pérenne, il est possible de retrouver abondance et autonomie tout en prenant soin de la nature. Née du mariage de la permaculture et de l’agroforesterie, cette technique qui imite le fonctionnement d’un jeune espace boisé fait déjà des émules aux quatre coins de la Terre, dans les campagnes comme dans les villes, autour de projets collectifs ou privés, à but professionnel, pédagogique, esthétique ou vivrier.

Tout premier titre sur un retour d’expérience française, cet ouvrage renseigne sur les techniques de conception – ou design – comme sur les flores associées en fonction des climats et des paysages que vous souhaitez créer. Pratique et illustré, il présente une centaine d’arbres, arbustes, lianes et herbacées originaux, souvent méconnus, complémentaires de fruitiers et de légumes classiques.

Les jardins-forêts apparaissent plus que jamais comme une exaltante aventure à vivre et à partager !

 

Pour argumenter tout ce qui est dit, voilà un des nombreux exemples de l'impasse dans laquelle le monde agricole est entré. Et le mur se rapproche à grands pas. Il n'est pas anodin de voir que cet article est paru sur un site financier... 

 

 

https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/les-secheresses-vont-elles-mettre-fin-a-l-elevage-de-charolaises

Les sécheresses vont-elles mettre fin à l'élevage de Charolaises ?

 

BOURSORAMA AVEC MEDIA SERVICES•24/07/2020 à 10:17

Les sécheresses à répétition mettent en danger la filière d'élevage de vaches charolaises, emblématique de la région Saône-et-Loire. Les éleveurs se disent inquiet devant le manque de repreneurs.

C'est une race à viande incontournable du paysage gastronomique français. Pourtant, l'élevage du charolais se porte mal. La faute au climat, avertissent les acteurs du secteur. "Avant, c'était exceptionnel. Maintenant, on a des sécheresses quasiment tous les ans. Comment on fait pour vivre avec ça?": en Saône-et-Loire, leader en France pour le charolais, les éleveurs se demandent si leur système n'est pas "à bout".

"C'est du sable", dit Jean-Michel Rozier en tapant sur une motte d'herbe grillée qui part en poussière sous le coup de pied. "Encore un peu, on va devenir le Sahel", raille l'éleveur de vaches charolaises à Trivy (Saône-et-Loire).

Dans un coin de la prairie grillée, un petit troupeau cherche l'ombre rare sous un arbre asséché, sans même plus tenter de brouter la terre pelée.

"Une charolaise normalement, ça broute l'herbe verte dix mois sur douze", explique à l'AFP Jean-Michel, 49 ans, en reprenant l'argument de vente de la vache à la robe blanc-crème, vantée comme "la meilleure viande au monde". "Mais maintenant, on doit leur donner du fourrage dix mois sur douze".

Comme 2019, comme 2018, comme 2015..., 2020 est synonyme de sécheresse. Alors que vient à peine de sortir le décret portant catastrophe naturelle après le manque d'eau de ... 2019.

L'élevage du charolais, pratiqué sur des prés naturels non irrigables, est totalement dépendant de la pluviométrie et la situation devient délicate pour ces exploitations de 80 vaches et 110 ha de moyenne, caractéristiques qui les situent dans la norme nationale.

"Les racines brûlent"

"Avant, on avait des sécheresses exceptionnelles. On pouvait faire face. Mais, depuis 2015, c'est quasiment tous les ans", explique Pierre Rozier, 54 ans, frère et associé de Jean-Michel sur l'exploitation d'une centaine de vaches.

La prairie nourricière qui, avant, permettait aux vaches de brouter tout en apportant le fourrage nécessaire pour l'hiver, s'est tarie. "A force, les racines brûlent et ça ne repousse plus". La sécheresse est devenue si régulière qu'elle menace dorénavant jusqu'à la pérennité des prés... et de l'élevage.

"On était autonome jusqu'en 2015", se souvient Pierre Rozier. "Depuis 2015, Il manque 50% de fourrage", dit-il en montrant l'aire de stockage des bottes de foin déjà à moitié vide. "Ca devrait être plein pour l'hiver. Va falloir en racheter. C'est la moitié de nos revenus annuels".

"C'est comme une pile de factures qui s'accumulent", résume Jean-Michel Labrosse, exploitant non loin de là, à Chassigny-sous-Dun (Saône-et-Loire). "L'achat du fourrage mange presque tous mes revenus", calcule l'éleveur d'une quarantaine de vaches.

Christian Bajard, président du syndicat agricole FDSEA du département, confirme: "Le surcoût du fourrage est de 15 à 30.000 euros, soit à peu près l'ensemble des revenus annuels moyens d'un éleveur, qui est de 15.000 euros".

Les jeunes ne reprennent plus

"Comment on fait pour vivre avec ça? Ca va finir par faire disparaître des exploitations", avertit le syndicaliste. Déjà, le nombre de têtes de charolais est passé en quatre ans de 230.000 à moins de 200.000 dans le département, faisant douter de l'avenir même de ce type d'élevage.

"Franchement, on se pose la question: les personnes âgées partent et les jeunes ne veulent pas s'engager", résume M. Bajard.

A cinq ans de la retraite, M. Labrosse cherche ainsi toujours un successeur, comme "la moitié des 12 éleveurs de la commune", dit-il.

"Plus de la moitié" des quelque 3.000 éleveurs du département "ont plus de 53 ans", rappelle Christian Decerle, président de la Chambre régionale d'agriculture Bourgogne-Franche Comté et lui aussi éleveur de charolaises.

"Oui, le charolais est un secteur très inquiet. Un nombre croissant d'éleveurs se posent la question de leur devenir", confesse-t-il.

Des vaches charolaises le 13 novembre 2000 à Trémont.  ( AFP / VALERY HACHE )

Des vaches charolaises le 13 novembre 2000 à Trémont. ( AFP / VALERY HACHE )

"On était trente éleveurs il y a 50 ans sur la commune. Dans deux ans, il ne restera plus que nous", renchérit Jean-Michel Rozier, par ailleurs premier adjoint de Trivy. "Notre peur, c'est la génération des 40-50 ans qui arrête: ça devient récurrent . Et de plus en plus d'éleveurs conseillent à leurs enfants de faire autre chose", lâche-t-il, s'estimant très heureux que lui, son fils Benoît ait décidé de reprendre la ferme.

"Faut être motivé", reconnaît le jeune homme de 21 ans. "On arrive au bout d'un système mais je ne me vois pas faire un autre métier".

Des preuves "inutiles"

Par Le 23/07/2020

Il y a longtemps déjà que je me dis que ça doit être terriblement éprouvant pour ces scientifiques de ne pas être entendus, de ne pas être pris au sérieux, de voir leurs travaux reléguer au rang de "fables écologistes". J'ai moi-même parfois ce sentiment de l'absurdité de ce blog alors qu'il ne représente aucunement un travail d'ampleur alors je n'ose imaginer la douleur que doivent ressentir ces hommes et ces femmes devant l'inertie et l'aveuglement des masses, qu'il s'agisse des gouvernements comme de la population de base...

 

 

 

« Dès le XIXe siècle, on savait pour le dérèglement climatique ! »

 

Le Finistérien Jérôme Fournier, chercheur au CNRS, collectionne les écrits d’auteurs du XIXe et du XXe siècles alertant sur les conséquences de l’action de l’Homme sur la nature.

Jérôme Fournier a passé trois mois en Antarctique entre décembre 2019 et février 2020 à l’occasion de sa vingt-troisième mission polaire. « J’ai la chance de faire un métier de passion en travaillant au contact de la nature d’êtres vivants. » | CNRS/IPEV

Il se définit lui-même comme un « chercheur citoyen »Un biologiste du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), « passionné » mais parfois désabusé à force « d’alerter » sans « être écouté ». Préoccupé par les sujets environnementaux, au premier rang desquels le dérèglement climatique.

À travers son travail et ses nombreuses missions dans les régions polaires, en Arctique ou en Antarctique, Jérôme Fournier, 52 ans, apporte, régulièrement, des preuves des changements en cours. « Mais à quoi bon ? s’interroge-t-il. Je ne fais que confirmer des choses que l’on sait depuis tellement longtemps… »

Depuis quand exactement ? « La première partie du XIXe siècle , répond-il. Depuis plus de vingt-cinq ans, j’effectue des recherches sur la philosophie des sciences et les rapports entre l’Homme et la nature. J’ai retrouvé un livre de 1825, signé George Perkins Marsh. Un monsieur qui a vu la révolution industrielle se mettre en place. Il reconnaissait qu’elle était source de progrès, mais disait qu’elle ne pourrait pas durer, faute de ressources. »

« La croissance durable n’a aucun sens »

L’ouvrage n’est pas le seul que Jérôme Fournier est parvenu à dénicher. Si certains pressentiments ont pu se révéler farfelus, d’autres trouvent un écho particulier aujourd’hui. « Dès le XIXe siècle, des gens prédisaient les changements en cours. En assurant que l’action de l’Homme ne pourrait pas être infinie. Que la croissance durable n’avait aucun sens. Que d’exploiter les ressources aurait une limite. Qu’à un moment donné, cela poserait des problèmes liés à notre environnement. »

Et le chercheur de citer George Perkins Marsh, John Muir, Jean-Jacques Audubon et Élisée Reclus, « l’un des plus grands géographes français, un anarchiste ayant posé les premières bases de l’écologie militante ». Ou d’autres scientifiques, philosophes ou auteurs du XXe siècle comme le Norvégien Arne Naess, l’Américain Aldo Leopold, l’Anglais James Lovelock, le Suisse Robert Hainard ou encore les Français Roger Heim et Jean Dorst, tous deux directeurs du Muséum national d’histoire naturelle.

La réduction des algues vertes prônée dès 1976

Une liste, non exhaustive, sur laquelle Jérôme Fournier s’appuie pour dénoncer l’inertie collective. « On a le sentiment que l’on a découvert récemment la plupart des problèmes environnementaux. Ce qui permet de dire que l’on ne pouvait pas agir puisque l’on ne savait pas. Tout cela est faux. »

Pour le scientifique, hébergé à la Station marine de Concarneau (Finistère), les exemples ne manquent pas. « En 1962, Rachel Carson publie Printemps silencieux, un best-seller qui fait interdire le DDT, un pesticide très puissant. Depuis plus de cinquante ans, on sait donc que certains pesticides sont dangereux. »

Les algues vertes ? « En 2009, François Fillon, alors Premier ministre, annonce qu’il faut lancer un plan d’actions visant à réduire les algues vertes en Bretagne. Dès 1976, le premier colloque sur le bocage, organisé à Rennes par l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), apporte déjà les réponses à la problématique. »

« On a perdu le rapport à la nature »

Le Covid-19 ? Des politiques à travers le monde ont affirmé « qu’on ne pouvait pas prévoir une épidémie comme celle-là. Des dizaines d’articles ont pourtant été publiées, depuis des années, sur le risque épidémique à l’échelle mondiale ».

« On a perdu le rapport à la nature. Ce goût du simple, ce goût du temps. » Une prise de conscience collective pourrait-elle permettre de stopper ou de ralentir le dérèglement climatique ? Jérôme Fournier en doute.

« Dans notre monde de l’immédiateté, le sujet ne préoccupe pas grand monde, surtout pas les décideurs. Sur le terrain, on voit les changements s’accélérer à une vitesse inimaginable. La situation est pire que le pire des scénarios envisagés il y a vingt ou trente ans. » Glaçant.

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