La crise économique engendrée par le coronavirus n'est pas celle de 1929, consécutive à un krach financier. Mais l'idée de soutenir l'économie par la relance les rapproche. C'est dans ce contexte que le concept d'obsolescence programmée a été inventé aux Etats-Unis, il y a près d'un siècle.
Articles de la-haut
L'histoire de l’obsolescence programmée
C'était en 1929...On peut dire que les marchands et les financiers en ont bien profité...Et continuent à le faire puisque la loi votée en 2015 en France ne change rien dans les faits. Il est peu dire que l'expression "scier la branche sur laquelle on est assis" est parfaitement adaptée.
Je comprends les Indiens Kogis lorsqu'ils disent que nous n'avons toujours pas compris ce que signifie "être civilisé"...
La véritable histoire de l'obsolescence programmée
À retrouver dans l'émission
LA TRANSITION par Hervé Gardette
objets inanimés, avez-vous donc une date de péremption ?• Crédits : Ron Levine - Getty
Le premier acte de mon retour à la vie sociale, le 11 mai dernier, a consisté à aller grossir la file d’attente devant un magasin d’électroménager. La veille, mon aspirateur était tombé en panne : moteur HS. Un comble pour un appareil qui venait à peine de fêter son 5e anniversaire. Mais rien que de très banal dans un monde où les objets manufacturés sont faits pour ne pas durer : bienvenus dans le monde de l’obsolescence programmée.
Cette pratique est une aberration, notamment sur le plan environnemental. Elle consiste à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour inciter le consommateur à en racheter un neuf, ce qui crée de nombreux déchets. La France a voté une loi en 2015 qui définit ce phénomène.
A l’origine, pourtant, l’obsolescence programmée part d’une bonne intention. Il s’agit même d’en faire un outil pour sortir de la crise économique et lutter contre les inégalités sociales, comme le théorise dans un petit livre (republié aux éditions Allia) celui qui en est à l’origine : Bernard London.
Bernard London fait partie de cette cohorte d’inconnus qui ont contribué à changer notre quotidien. C’est un new-yorkais, agent immobilier et néanmoins philanthrope. Nous sommes au début du XXe siècle : comme la plupart de ses compatriotes, il se trouve confronté au souffle dévastateur du krach de 1929.
Lorsqu’il publie son livre, trois ans plus tard, le contexte est le suivant, qui rappelle pour partie notre actualité : la crise a appauvri les travailleurs, la consommation est en berne, le chômage explose, les usines produisent des biens qui ne trouvent plus preneurs.
Dans ces circonstances, le levier qui parait le plus pertinent est celui de la relance (ce qui donnera le New Deal de Roosevelt, à partir de 1933). Mais London fait le constat qu’il y a quelque chose de cassé chez ses concitoyens : l’envie de consommer a disparu, ils ont développé (écrit-il) une ‘’obsession de l’épargne’’ : ‘’la majorité des gens, animés par la peur et l’hystérie, font par rapport à leurs habitudes d’avant la Dépression, un usage prolongé de leurs biens’’. Ils les usent ‘’jusqu’à la corde’’.
Faire durer les objets le plus longtemps possible : démarche vertueuse pour nous qui vivons en 2020 mais considérée par London comme une aberration économique. Il imagine donc un système obligeant les consommateurs à acheter des objets neufs pour soutenir l’activité : le concept d’obsolescence programmée est né. Le principe est le suivant : chaque objet se voit attribuer, à l’avance, une durée de vie, non pas technique mais légale. Cette durée est fixée par le gouvernement. Lorsqu’elle est dépassée, les objets sont détruits.
Prenons par exemple une paire de chaussures, prévue pour durer 5 ans : passé ce délai, leur propriétaire les dépose dans une agence prévue à cet effet. Il achète une nouvelle paire à un prix subventionné puisque l’Etat lui permet de récupérer la TVA : une sorte de prime à la casse. S’il décide malgré tout de garder ses vieilles chaussures, il doit s’acquitter d’une taxe ‘’pour cause d’usage prolongé de biens légalement morts’’ ! Dans ce système, celui qui consomme est avantagé, celui qui ne consomme pas, qui fait preuve d’égoïsme à l’égard du monde du travail, celui-là est sanctionné.
Et il en va des chaussures comme des aspirateurs, des machines ou encore des immeubles : la société dont rêve London est celle du renouvellement permanent, directement inspirée, dit-il, du ‘’principe de la Nature, qui crée et détruit’. Objectif poursuivi : faire sortir les ouvriers de la misère en leur assurant le plein-emploi, grâce à la consommation qui tourne à plein. Publicité et marketing sauront exploiter ce concept d’obsolescence programmée.
90 ans plus tard, on peut mesurer à quel point cette idée, qui se voulait socialement généreuse, a aggravé la catastrophe écologique…sans pour autant réduire les inégalités. 2020 n’est pas 1929 mais alors que les Etats cherchent comment relancer la machine économique, il y a sans doute des leçons à en tirer.
Le jardin forêt ou forêt comestible
Un dossier sur la "forêt comestible". Je suis effaré par l'état des zones cultivées et le conditionnement dévastateur d'une grande partie des agriculteurs. J'ai fait un tour de vélo aujourd'hui et quand je vois le nombre de champs mis à nu par les labours, c'est juste consternant. Tout est mort là-dedans...Et donc, il faudra des engrais. Dela même façon, je vois des champs de culture totalement dénués de protections naturelles : les arbres ont été abattus, les haies ont été rasées. Le sol est compacté par les machines. Les vers et toute la biodiversité des insectes ont été exterminés. Le soleil brûle la terre, la grêle détruira les plantes, les inondations viendront parfois finir le désastre. Toutes les monocultures sont des aberrations.
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Jeudi 24 Octobre 2013
Le jardin-forêt de Seattle
https://www.histoiresordinaires.fr/rebelleinformer/Le-jardin-foret-de-Seattle_a145.html
Quartier de Beacon Hill à Seattle, trois hectares de terre proches du centre ville, offerts par la mairie, une centaine de citoyens et de citoyennes motivé(e)s qui savoureront à l'été 2014 la première récolte d'une des plus grandes forêts comestibles au monde : c'est la Beacon Food Forest, un jardin-forêt.
La Beacon Food Forest repose sur un agro système autonome qui, à l'inverse d'un potager, n'a pas besoin d'être arrosé ni irrigué : la nature s'y auto-régule. Les citadins de la capitale de l'état de Washington y trouveront des aromates, des fruits, des légumes, le tout en libre-service. Il est prévu d'y installer 50 potagers individuels et un espace dédié aux ateliers gratuits et payants sur des sujets allant de la conservation des aliments à l'identification des plantes et même, la vannerie.
Outre le plaisir de manger sa propre production, les objectifs sont clairs : éduquer, notamment les enfants, à la production de nourriture, jouer un rôle social entre les diverses communautés et groupes ethniques, relocaliser la production alimentaire et créer des banques génétiques de biodiversité afin de faire connaître une vaste palette de fruits et légumes.

Un jardin-forêt ou forêt nourricière, définition
Robert Hart, un pionnier du jardinage forestier a, pour des raisons de santé, créé ce type de jardin dans les années 60. Il invente un système de sept couches, basé sur l'observation de la forêt naturelle.
Les arbres fruitiers d'origine forment la canopée. Noix et arbres fruitiers sur porte-greffe nain sont la strate arborée basse. Le cassis et autres baies forment la strate arbustive. Légumes et herbes vivaces sont la couche herbacée tandis que la couche couvre-sol de plantes comestibles se propagent horizontalement. Les plantes cultivées pour leurs racines et tubercules forment la rhizophère. Vignes et autres plantes grimpantes forment la couche verticale.
Bill Mollison, qui a inventé le terme permaculture, a rendu visite à Robert Hart dans son jardin-forêt de Wenlock Edge en octobre 1990. Les sept couches du système de Hart ont, depuis, été adoptées comme un élément de design en permaculture. Le concept de forêt nourricière se développe aussi en France.
Zoom sur la forêt comestible
Posté par PermacultureDesign | mardi 18 décembre 2012

Texte issu du travail de Sebastien Debande.
https://www.permaculturedesign.fr/la-foret-comestible/
Une des techniques phares en permaculture, est le jardin forêt, dont le concept, bien que très ancien dans certains pays des tropiques doit sa première introduction au monde occidental à un anglais, Robert Hart.
Son coup de génie aura été de non seulement étudier des modèles de forets nourricières tropicale, mais d’expérimenter ensuite leur transposition en climat tempéré, en Angleterre, dès le début des années 60.
« Personne ne fertilise ou n’irrigue une forêt. La forêt est autonome. Si vous êtes capable de recréer une forêt nourricière alors votre principal effort sera d’en récolter les fruits. »
Grâce à cette méthode, l’effort est moindre. L’énergie à fournir est importante au départ, mais une fois le système établi, il n’en nécessite quasiment plus.
La dernière étape de la succession écologique sous nos latitudes : le climax, est la forêt, la nature tend donc à retrouver cet état en permanence. Travailler « avec la nature et non contre elle » irait donc dans le sens de créer une forêt comestible.
La raison pour laquelle les milieux forestiers sont si productifs est qu’il croissent suivant un modèle de superposition de couches verticales de végétaux de différentes tailles.
Une forêt comestible cherche a imiter cette superposition de différentes couches, mais en utilisant évidemment une majorité d’espèces comestibles.
Concrètement et pour ce qui concerne la conception « multi-étagée » :
- Sur le sol est d’abord plante un premier ≪ étage ≫ de fruits et légumes, voir de céréales.
- On trouve au dessus les buissons, arbustes fruitiers qui peuvent donner des fruits, des baies.
- La couche supérieure est constituée des arbres fruitiers, tels que les cerisiers, pommiers, pruniers etc (pour les climats tempérés).
- Puis enfin la canopée, la couche d’arbres les plus hauts, dont le rôle peut être : remonter des nutriments pour ses congénères du sous-sol, fixer l’azote atmosphérique de l’air, produire des noix, du bois de chauffe, d’œuvre etc.
- Les autres couches qui composent cette foret nourricière sont les racines, tubercules comme les carottes, topinambour… etc, les plantes grimpantes comme les vignes, lianes telles que les kiwis, et enfin les plantes rampantes.
Une des première critiques de la permaculture; dans les années 80, faisait valoir que le modèle de la forêt comestible ne peut être efficace qu’en climat tropical et subtropical, mais impossible à reproduire dans d’autres climats.
Les nombreux exemples a travers le monde, en Angleterre, dans le climat montagnard de Krameterhof en Autriche, (1500 mètres d’altitude), ou dans milieu sec et salé du désert Jordanien, montrent bien que le concept d’observation du milieu, puis de reproduction de ses écosystèmes est adaptable pratiquement partout dans le monde.
Dans notre climat, la pénétration de la lumière dans les couches inférieures est primordiale, il conviendra donc de correctement espacer les plantations
Bien qu’étant relativement productif des le départ, une forêt comestible ne sera que tout à fait fonctionnel qu’au bout de quelques années.
Un début de conception d’une foret comestible peut être la plantation d’arbres légumineux (Fabacées), tel que les Robiniers, les Genêts à balai, les Mimosas, Albyzia, etc…, dont le but est de fertiliser le sol en azote grâce a leurs racines qui travaillent en symbiose avec les bactéries, et de fournir un apport en carbone au sol, par la taille de leur branche que l’on se contentera de déposer par terre, notamment au pied des arbres productifs. L’Aulne, même s’il ne fait pas partie de la famille des légumineuse remplis aussi ce rôle.
Cette dernière pratique a pour but d’accélérer la succession naturelle que nous avons vue plus haut, et de créer un complexe argilo-humique stable pour les arbres dit « productifs » puissent y prospérer. Cela passera par une taille fréquente de ces arbres, et un dépôt au sol.
En 3 a 4 ans en moyenne, une forêt comestible peut commencer a être autonome, avec une efficacité croissante dans le temps, pour un optimal de production atteint au bout d’une dizaine d’années.
Retrouvez aussi le site de Franck Nathié dédié au forêt nourricière http://www.foretscomestibles.com/
https://www.atmosvert.fr/blog/permaculture-et-agroforesterie-6/post/commencer-son-jardin-foret-60
- Permaculture et agroforesterie
- Commencer son jardin forêt
Une introduction à l'historique et concept du jardin forêt
W. Keirse
Jardin-forêt, forêt comestible, forêt nourricière ou encore fruitière… sous ces nombreuses appellations se cache un seul et même écosystème cultivé, qui devrait bien devenir le modèle agricole de demain. Combinant les principes de la permaculture et de l’agroforesterie, il permet de transformer n’importe quel bout de terrain, quelle que soit sa taille, en jardin comestible luxuriant, esthétique et durable. Vous vous demandez comment commencer un jardin-forêt ? Que votre projet soit personnel ou à visée professionnelle, je vous explique tout sur ce concept et vous donne mes conseils pour, vous aussi, planter votre abondance !
Qu’est-ce qu’un jardin-forêt ?
Permaculture et agroforesterie au cœur du concept
Un jardin-forêt est un jardin créé selon le modèle de la forêt naturelle, intégrant surtout des essences végétales à fort intérêt humain.
La forêt est au sommet de la succession écologique, c’est-à-dire de l’évolution d’un milieu naturel au cours du temps : tout espace laissé à l’abandon finit par retrouver cet état originel forestier. Il s’agit du type d’écosystème naturel le plus stable et le plus durable.

L’agroforesterie désigne l’ensemble des pratiques associant arbres, cultures et parfois animaux, sur une même parcelle, en recherchant la complémentarité entre les différents éléments. Par exemple, les arbres remontent l’eau et les minéraux des sols profonds, qui vont profiter aux cultures de surface. De plus, 40 % de la biomasse des arbres retourne à la terre, chaque année, ce qui entraîne un enrichissement constant du sol.
La permaculture, fondée par Bill Mollison et David Holmgren, vise, dans son application au jardin, à imiter la nature pour cultiver des récoltes abondantes. Il s’agit, concrètement, de mettre en place des systèmes qui possèdent les mêmes caractéristiques en matière de diversité et de résilience que les écosystèmes naturels.
Dans cette dynamique, le jardin-forêt est donc un jardin comestible, qui imite la structure et la diversité d’une forêt naturelle. Il comporte différents étages de végétation. Arbres nourriciers, fruitiers , arbustes, vivaces herbacées, aromatiques, légumes racines, lianes comestibles ou encore champignons y sont habilement associés. Parfois, on y trouve un plan d’eau qui enrichit encore la complexité du système.
L’ensemble de ces éléments est réfléchi en amont, du choix des plantes - essentiellement pérennes - à leur emplacement et leurs associations, de manière à créer un écosystème le plus durable et le plus autonome possible.

Des forêts tropicales à nos régions tempérées
Le jardin comestible est une pratique ancrée depuis des milliers d’années dans les techniques agricoles des zones tropicales et semi-tropicales. Les habitants y cultivent des arbres, des cultures vivrières et élèvent du bétail sur une même parcelle. En Europe, c’est Robert Hart qui, dans les années 1960, a transposé et développé ce concept dans nos pays au climat tempéré. Dans sa ferme du Shropshire, il a transformé son verger de 5000 m2 en jardin-forêt luxuriant, produisant principalement fruits, noix et légumes verts.
Robert Hart décrit sept strates composant sa forêt comestible :
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la canopée : ce sont les grands arbres, dont la taille est supérieure à 15 m, comme les aulnes glutineux, les acacias, les chênes, etc. ;
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la strate arborée basse, qui comprend les petits arbres fruitiers (pommiers, pruniers…) et les espèces pionnières comme le bouleau ;
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la strate arbustive qui désigne les végétaux ligneux, en majorité des plantes à fruits comme les arbustes à noix (noisetiers, amandiers, etc.), les petits fruits (groseilliers, cassissiers...) ;
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la couche herbacée, dont font partie légumes et herbes vivaces ;
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la couche des couvre-sols, des plantes comestibles qui se propagent horizontalement (fraisiers, menthe…) ;
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la rhizosphère, qui comprend les plantes cultivées pour leurs racines et leur tubercule, comme le topinambour ou le poireau perpétuel ;
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la strate verticale, qui désigne les plantes grimpantes comme la vigne.
Après avoir rendu visite à Robert Hart en octobre 1990, Bill Mollison reprendra le système des 7 couches dans sa théorie du design. À ces dernières, on peut rajouter :
la strate mycélienne, la strate aquatique hélophyte et la strate aquatique hydrophyte, dont je vous parle dans cet article.
Pourquoi créer un jardin forêt ?
En plus d’être très esthétique, le jardin-forêt permet de produire sur une même parcelle :
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des fruits ;
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des noix, des graines ;
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des légumes ;
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des plantes médicinales et aromatiques ;
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du bois de chauffage ;
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des matériaux de construction ;
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du miel ;
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des épices ;
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des champignons ;
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du fourrage pour les animaux…
Au-delà de son rendement, un jardin-forêt vous apportera une grande satisfaction, la sérénité, le bien-être lié à une reconnexion à notre terre mère, et le plaisir de partager vos récoltes.
En résumé, les objectifs d’un jardin-forêt consistent donc en la création d’un écosystème durable, diversifié et densifié, assez résilient pour faire face aux perturbations telles que le réchauffement climatique, et qui vous offrira des récoltes abondantes. Beau programme, n’est-ce pas ?
Commencer un jardin-forêt chez soi
Vous souhaitez créer un jardin-forêt sur votre terrain dans le cadre d’un projet personnel, professionnel ou associatif ? Vous ne savez pas par où commencer ?
Que la parcelle concernée soit nue ou déjà arborée, il est à la portée de tous de planter une forêt comestible. Toutefois, cela demande patience, réflexion, connaissances… et aussi un peu de travail !
Il serait impossible de tout résumer en un article, mais voici quelques conseils de base pour vous aider.
Observer et analyser son terrain
En permaculture, l’idée est d’imiter la nature et ses modèles. Pour réussir votre projet, la première étape est d’observer et analyser votre terrain.
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Quelle est sa superficie ? Quelques centaines de mètres carrés, plusieurs hectares ?
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Quelle est son exposition ? Y a-t-il des zones d’ombres causées par des éléments naturels ou des constructions ?
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Quel est la nature du sol ?
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Le terrain est-il protégé des vents ou non ? Quels sont les vents dominants ?
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Quel est son relief : est-il en pente, plat, creux, etc. ?
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Quelle est la pluviométrie annuelle ? Comment l’eau s’écoule-t-elle sur le terrain ?
En milieu urbain encore plus qu’ailleurs, il convient également de vous renseigner sur les réglementations en vigueur, notamment le Plan Local d’Urbanisme (PLU), pour vous prémunir de tout litige futur.
Définir le design de votre jardin
Après avoir déterminé les caractéristiques de votre terrain, vous allez pouvoir penser au design de votre jardin-forêt. Le design, en permaculture, est une méthodologie visant à conceptualiser vos choix et vos réflexions, suite à vos observations. Il s’agit d’une étape cruciale dans un projet permacole.
Une conception intelligente sera garante de la réussite de votre projet et réduira l’entretien de votre forêt comestible. Prendre soin de soi est aussi un principe de la permaculture ! Il vous faudra pour cela des connaissances botaniques, apprendre à maîtriser l’ombre et la lumière, adapter vos choix à la typologie de votre terrain… Un jardin-forêt composé de haies fruitières répond à tous ces enjeux.
Dans un premier temps, il vous faudra définir le nombre de strates, en fonction de la taille de votre terrain. Si vous débutez en permaculture, je vous conseille de commencer par trois ou quatre strates : arbres fruitiers, arbustes fruitiers, plantes et légumes vivaces et les plantes couvre-sols, par exemple. L’un des grands principes de la permaculture est de commencer petit, et de s’étendre ensuite.
Si vous souhaitez intégrer un potager à votre jardin-forêt, placez-le proche de la maison (la fameuse ZONE 1), au sud de préférence. Ainsi, il sera protégé des vents froids et bénéficiera d’un ensoleillement maximal. Privilégiez les légumes vivaces : rustiques, ils ne demandent que peu d’entretien et offrent des récoltes plus abondantes d’années en années. Asperge, oseille épinard, chou de Daubenton… les variétés sont nombreuses. Nombre d’entre elles tolèrent la mi-ombre, voire l’ombre, et peuvent être intégrées directement dans le design de votre forêt.

Les guildes
Le choix des espèces qui seront plantées dans votre jardin-forêt demande réflexion et connaissances des guildes. Il s’agit, en permaculture, des associations de plantes qui coopèrent entre elles, afin de mieux prospérer. Certains végétaux attirent les pollinisateurs, d’autres fixent l’azote ou encore repoussent les insectes ravageurs. Leurs différentes formes végétatives leur permettent de ne pas être en concurrence entre elles. Les guildes sont une combinaison de forme et de fonctionnalité, basée sur les cohabitations naturelles. L’idée est de copier les interrelations végétales naturelles pour nous donner des avantages en récoltes et développement de nos végétaux.
Nous avons d’ailleurs créé, dans cette optique, les Massifs Ornementaux Comestibles, ou MOC, des associations « prêtes à l’emploi » de plantes de différentes strates, destinées à former un ensemble à la fois esthétique, nourricier et durable.
Vous pouvez également vous former pour comprendre les processus qui vous permettront de concevoir le jardin-forêt répondant au mieux à vos besoins et vos envies, et créer vous-même vos propres guildes. Nous vous préparons d’ailleurs une nouvelle formation à ce sujet, pour vous dévoiler tous nos secrets !
Préparer votre terrain
Selon la nature de votre sol, et à moins d’avoir une terre très riche, il vous faudra certainement l’amender avant de pouvoir planter votre forêt-jardin.
Un sol fertile est un sol vivant. En permaculture, enrichir le sol consiste essentiellement à installer du paillage, aussi appelé mulch. Cette matière organique, en se dégradant, va se transformer en humus grâce aux organismes vivants dans le sol. Le choix du mulch se fera en fonction de votre type de sol : feuilles mortes, tontes d’herbes… On peut aussi planter des engrais verts, comme la moutarde, trèfle, vesce, etc., qui seront fauchés et laissés à même le sol, afin de permettre, notamment, un bon apport en azote. Il est d’usage de ne pas, ou au minimum, retourner la terre, afin de ne pas perturber la vie des auxiliaires du jardin, les vers et autres animaux qui travaillent la terre.
Planter
Vous avez analysé votre terrain ; dessiné votre plan ; connaissez les essences qui seront plantées et qui correspondront à vos besoins/envies ; avez acquis des connaissances solides pour assurer la réussite de votre projet de jardin-forêt : l’étape des plantations est venue !
Sous nos climats tempérés, il est important de laisser passer la lumière, même si de nombreux légumes et plantes vivaces supportent très bien la mi-ombre. Les arbres seront en général les premiers à être plantés, puis les autres strates.
J'applique toujours le principe de la succession inversée : d’abord les plus grands végétaux et on descend. Les grimpantes peuvent être intégrées assez vite avec les fixateurs d’azote qui, eux, sont très vigoureux. Donc arbres, arbrisseaux, grimpantes, arbustes, herbacées et tubercules, couvres-sol...
Un conseil : choisissez des jeunes arbres. En plus d’être moins chers à l’achat, il s’adapteront mieux à votre terrain que des grands sujets.
Installer une forêt comestible, ou un jardin-forêt, est un travail gratifiant, passionnant et réellement valorisant. Ce modèle offre une incroyable diversité de culture, dans un ensemble d’une extraordinaire beauté. Pourtant, aucune forêt-jardin n’a su, jusqu’ici, répondre aux besoins réels d’une agriculture diversifiée. En optimiser l’implantation et la récolte nécessite la maîtrise des principes de base de la permaculture, de la botanique et de l’agroforesterie. Pour garantir la réussite de votre projet, j’ai conçu pour vous une formation en ligne, qui vous permettra d’acquérir toutes les connaissances nécessaires pour planter votre abondance sous forme systématique et optimisée !
Obsolescence programmée des livres
Le problème vient surtout du fait de l'effet "moutonnier" des lecteurs dans leur majorité et du fait que la lecture de romans est principalement considérée comme un "passe-temps" et non comme une opportunité de réflexions, d'introspection, d'analyse, de retour sur soi etc...
Toutes ces expressions sont principalement interprétées comme des "prises de tête" et vont à l'encontre de ce que les lecteurs de la littérature "grand public" recherchent chez les auteurs bankables.
La lecture qui se veut être une "évasion" devrait surtout amener les lecteurs à s'interroger sur le fait de vouloir "s'évader"...Serait-ce donc qu'ils souffrent tous d'un syndrome d'enfermement ?...Et en quoi une lecture "d'évasion" va-t-elle leur procurer une véritable liberté si elle ne génère pas une réflexion ? C'est toute la finalité de la littérature qui se pose...
"Des livres à obsolescence rapide" est vraiment une expression effroyable...225 livres publiés par jour en 2018...Pas uniquement des romans, bien entendu, mais ça donne une idée de l'immense difficulté, voire impossibilité, d'exister dans une telle masse...
LITTERATURE Les auteurs francophones les plus vendeurs sont de retour dans les prochaines semaines en librairie. Ce qui inquiète aussi les petits et moyens éditeurs
20 Minutes avec AFP—
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- Les nouveaux romans de Guillaume Musso, Joël Dicker, Bernard Minier, John le Carré et Elena Ferrante sortiront prochainement en librairie.
- Des petits et moyens éditeurs s’inquiètent de cette tendance à favoriser la « best-sellerisation » et la course à la nouveauté.
Les plus gros vendeurs de livres vont-ils sauver, à eux seuls, le monde de l’édition ? C’est le pari que font les éditeurs qui misent sur une poignée de best-sellers pour relancer un secteur au bord de l’asphyxie après deux mois de confinement. La réouverture depuis lundi des librairies a enfin sonné l’heure des joyeuses retrouvailles entre les livres et leurs lecteurs mais n’efface pas la crise profonde dans laquelle est plongé le monde de l’édition. L’épidémie de coronavirus a affecté toute la chaîne du livre. Les libraires ont dû baisser le rideau le 17 mars mais éditeurs et distributeurs ont également suspendu leurs activités et la reprise se fait au compte-gouttes.
Pour donner de l’oxygène aux libraires, dont beaucoup font face à un mur de dettes, les éditeurs ont tous décidé de réduire leur production. Depuis des années, la question de la surproduction éditoriale est un serpent de mer. En 2018, selon les chiffres du dépôt légal de la Bibliothèque nationale de France (BnF) plus de 82.000 titres, soit 225 livres par jour, ont été publiés. Pour les seuls mois de mars à juin, un total de 5.300 nouveautés et nouvelles éditions étaient au programme des éditeurs. L’épidémie de coronavirus a stoppé net cette avalanche.
Premières sorties le 28 mai chez Gallimard
Les programmes des éditeurs pour mai et juin ont subi une sévère cure d’amaigrissement. Revers de la médaille, les premières victimes de cette diète sont les primo-romanciers et les ouvrages dits « exigeants ». La maison d’édition Delcourt a annoncé « le cœur serré » que sa nouvelle collection de littérature française baptisée « Les avrils » sera finalement lancée en janvier 2021. Les deux premiers titres de cette collection dont le lancement était initialement prévu le 8 avril, puis le 3 juin étaient des premiers romans.
Chez Gallimard, les premières sorties auront lieu le 28 mai et, dans un premier temps, la maison d’Antoine Gallimard compte remettre en vente des ouvrages promis au succès mais qui avaient pâti de paraître juste avant le confinement. C’est ainsi, qu’on pourra retrouver sur les tables des libraires le dernier roman de Leïla Slimani, La maison des autres ou le dernier récit du prix Nobel J.M.G Le Clézio, Chanson bretonne. L’éditeur table énormément sur le dernier livre de l’Italienne Elena Ferrante, La vie mensongère des adultes, en librairie le 9 juin, pour combler une partie des pertes considérables de son chiffre d’affaires.
Avalanche de livres « grand public »
Pour l’après-confinement, ce sont les poids lourds qui sont appelés à la rescousse des principales maisons d’édition. La maison XO publie le nouveau thriller de Bernard Minier, La vallée, le 20 mai. Calmann-Lévy lance le 26 mai (à 400.000 exemplaires) La vie est un roman de Guillaume Musso, le 27 mai les lecteurs retrouveront le nouveau livre du Suisse Joël Dicker, L’énigme de la chambre 622 (éditions de Fallois), également tiré à 400.000 exemplaires et le 28 mai, place à John le Carré avec Retour de service (Seuil).
Beaucoup d’éditeurs ont dans leur besace des livres dits « grand public ». Ainsi, le 3 juin, Actes Sud publiera Femmes sans merci, le nouveau titre de la reine du crime suédois Camilla Läckberg tandis que le 17 juin, Flammarion proposera Le flambeur de la Caspienne, une nouvelle enquête d’Aurel le consul, le personnage créé par Jean-Christophe Rufin.
Attention à la « best-sellerisation »
Des petits et moyens éditeurs s’inquiètent de cette tendance à favoriser la « best-sellerisation » et la course à la nouveauté. Il faut « ralentir la course à la nouveauté qui voit un nombre considérable de textes partir au pilon sans avoir eu le temps de toucher lectrices et lecteurs », ont indiqué dans une tribune publiée le 28 avril dans l'Humanité plusieurs dizaines de maisons d’édition indépendantes.
Dans un « appel aux lecteurs » lancé cette semaine, 113 maisons indépendantes ont mis en garde contre « une surproduction, néfaste pour l’environnement et qui inonde les librairies, noie une production éditoriale de qualité, plus audacieuse mais moins visible, écourte toujours plus la vie des livres, intensifie les retours et le pilonnage des ouvrages non vendus. »
« Publier moins », c’est accepter de fait d'« avoir plus de best-sellers », condition essentielle pour maintenir à flot une grosse maison d’édition, leur a indirectement répondu Olivier Nora, patron de Grasset, dans un entretien publié dans Le Monde daté de vendredi. « Il y a encore trop de livres à obsolescence rapide. C’est là que nous devrons faire porter en priorité nos efforts pour être moins prodigues à l’avenir », a-t-il concédé.
Stratégie de la peur
https://www.botanique-jardins-paysages.com/strategie-de-la-peur/?
Stratégie de la peur – le regard de Gilles Clément sur l’actualité.

Le paysagiste, jardinier, botaniste… Gilles Clément s’est exprimé, à ce stade du confinement, sur ce qu’il nomme « la stratégie de la peur ». Voici le texte qu’il m’a confié pour vous.
Nous ne sommes pas en guerre. Le covid nous rassemble, il ne nous divise pas. Il ne fait aucune distinction entre riches, pauvres, blancs, noirs, chômeurs ou traverseurs de rues. Mais il se présente comme un imprévisible danger à tous, un commun à partager.
L’imprévisible danger,- quelle que soit sa nature -, place le pouvoir en devoir de contrôle absolu et légitime sous le prétexte d’une lutte contre le danger en question. D’où le vocabulaire guerrier utilisé pour développer sans complexe une stratégie de la peurdont l’utilité politique est la soumission. Il est facile de diriger un peuple soumis, impossible de procéder de la même façon avec un peuple libre.
Il faut donc asservir le peuple au masque, aux gestes barrière, aux distances règlementaires et à la consommation orientée : tous les magasins sont fermés sauf les grandes surfaces. Les multinationales du pouvoir ont tous les droits, y compris ceux de la transmission du virus par inadvertance, elles agissent au nom de la « guerre » contre l’ennemi, tout peut arriver.
L’ennemi pour ces instances n’est pas un invisible virus, une pandémie, mais un possible accès à un autre modèle de vie. Le pire serait d’aboutir à une économie de la non-dépense. Pour elles ce serait un horrible cauchemar. Elles tentent de l’éviter à tous prix. On s’arrange pour sortir les milliards de la poche, ils reviendront. L’important n’est pas de sauver des vies mais de sauver le modèle économique ultra -libéral, destructeur de la vie sur la planète, tout le monde le sait, mais bon pour les banques. Par conséquent il convient d’assurer une stratégie d’accroissement de la peur afin d’obtenir de la plus grande majorité des habitants de la planète une soumission au mode de vie établi par le principe sacralisé de la croissance. Les médias officiels regorgent d’arguments sur ce thème, les économistes invités renforcent le discours : il n’est pas question de changer de mode de vie mais de le reprendre en douceur avec une totale fermeté, dès la fin des confinements. Le patron du Medef va jusqu’à forcer la reprise au travail qui tue avant même que s’achève la crise. Les informateurs nous préparent à cette option et seulement à celle -là : oui vous pourrez consommer, consommer, consommer, ne vous inquiétez pas, faites ce qu’on vous dit de faire.
Peuple obéissant nous nous masquons. Derrière ce chiffon de fortune nous affrontons sans discussion les réalités de terrain, l’abandon des services publics, le naufrage des hôpitaux, la souffrance des soignants, désormais sanctifiés alors qu’on les gazait trois mois auparavant, nous remplissons les attestations de déplacement dérogatoire en toute humilité pour acheter du pain ou de la farine pour fabriquer le pain chez soi car il faut se confiner…, nous faisons ce qu’on nous dit de faire.
Sans doute faut-il passer par cette case pour supporter le « pic » et entrevoir le futur en se libérant de la pandémie. Le confinement rassure ou exaspère, c’est selon, mais il joue un rôle très singulier dans la vie des humains consommateurs que nous sommes en nous obligeant à concevoir une autonomie biologique de base : comment faire la cuisine, par exemple…. Nous redécouvrons les gestes de la gestion domestique ancestrale et quasi paysanne. Ceux qui ont un jardin ont de la chance. Pour eux le confinement vacanciel devient une occasion inespérée de transformer l’espace ornemental en urgence vivrière ; l’un n’empêche pas l’autre : un potager est aussi un paysage. Quelle que soit la situation nous nous trouvons tous, – nous, passagers de la Terre-, en devoir d’inventer un nouveau mode vie : celui de la non dépendance à un service vital qui prend le risque de tomber en panne à la moindre palpitation d’un virus.
Pour cette raison la multiplicité culturale et culturelle, la diversité variétale des espèces adaptées aux différents sols et aux différents climats du monde, la capacité pour chaque micro-région de se rendre autonome d’un point de vue de la production et de la distribution alimentaire, la diversité des structures artisanales capables d’en faire … Toutes ces perspectives se présentent à nous comme des possibilités tangibles d’affronter le futur. Cela suppose l’abandon d’un vision mondialisée des échanges où la « compétitivité » (un mot qui se bégaie à l’infini) demeure le véritable outil de guerre, car la guerre est bien là et non uniquement dans un affrontement au vivant mal connu sous une forme de virus. De cette compétitivité absurde et dangereuse naît le marché international effréné faisant circuler le soja ou l’huile de palme d’un bout à l’autre de la planète, pour des raisons douteuses et non indispensables mais qui rapportent. A-t-on jamais calculé le coût écologique d’une fraise venue d’Espagne, d’une rose venue de Colombie, d’un outil, d’un laser ou d’un bout de tissu venu de Chine ….et de tous les produits qu’il est possible de produire in situ mais que l’on fait venir de loin ?
Ce constat de la dépendance absurde et dangereuse risque bien sûr d’être récupéré par les nationalistes décérébrés dont la tendance est de s’enfermer sur un modèle local-réac activé par un racisme sous jacent. On ne peut extraire de leur névrose les malades qui ont une vision de l’ autre comme ennemi. Ceux-là n’ont pas compris que nous sommes dans l’espace étroit du Jardin planétaire, cette petite biosphère, nageant tous ensemble dans le même bain, celui qui nous permet de vivre. Oui, l’eau que nous buvons a déjà été bue par des plantes, des animaux et des humains avant nous. Plusieurs fois. Telle est notre condition de partage. Il en est des virus comme de l’eau ou de l’air que nous respirons.
Il faut reprendre donc la machine à calculer. Si l’on affecte les coûts de la réparation écologique obligatoire pour espérer pouvoir vivre demain il faut changer urgemment de mode de vie, c’est à dire de consommation, en inversant le modèle de convoitise. Ne pas forcer le « pauvre » à désirer un SUV et douze paires de baskets mais à comprendre où l’on vit et pourquoi c’est le chant des oiseaux qui nous équilibre, pas celui des pots d’échappement le long des trottoirs à joggings forcés.
Est-ce envisageable ?
Rien n’est moins sûr mais la prise de conscience venue du covid19 laisse penser aux habitants du monde entier qu’ils doivent envisager sérieusement cet autre mode vie.
Les puissants de ce monde s’opposeront avec violence à cette tendance. Ils en ont déjà fait la démonstration à très petite échelle : une armée de CRS face aux zadistes de Notre Dame des Landes dont l’immense péché ne venait pas d’user de terres squattées mais d’inventer un art de vivre qui utilise la diversité sans la détruire dans une économie assumée de la non dépense… Et qui pourrait servir de modèle ! Il fallait à tout prix éteindre ce feu.
Mais le feu n’est pas éteint.
Il couve.
Il peut embraser les continents du futur. Non pour les achever dans la détresse des cendres mais pour les sauver de la destruction par le marché et la plonger dans la dynamique d’un re-création : réapprendre à vivre.
Faudra-t-il un jour remercier les micros organismes de nous avoir ouvert les yeux ?
Gilles Clément
13 avril 2020
Site internet de Gilles Clément à retrouver ici
Ecriture et lectorat.
J'ai reçu ces derniers jours des messages de deux lectrices et d'un lecteur.
Des messages qui me touchent.
Beaucoup.
Des gens que je ne connais pas et qui me disent en quelques mots à quel point mes écrits les ont "touchés". Profondément touchés.
Je me suis souvenu alors de ce passage dans "Là-Haut". Une réflexion qui m'était venue sur l'impact de l'écriture, sur ce qu'elle est à même de déclencher. Sur l'intention que l'auteur doit chercher à atteindre.
Je me suis souvenu également de ces milliers d'heures de lectures lorsque j'étais adolescent, de cette euphorie de la lecture, de cette "dévoration" qui m'animait. Des livres qui pour certains devenaient des "nourritures". J'aurais pu vivre de ces mots si mon corps n'avait pas réclamé de la matière.
La lecture n'a jamais été pour moi "un passe temps" et encore moins un "mode d'évasion". Je la voulais toute entière comme une nourriture, je voulais qu'elle me comble, qu'elle fasse que mon esprit soit repu, apaisé, enflammé, emporté.
Un jour, j'ai commencé à écrire. J'avais trop de mots en moi pour qu'ils restent à l'intérieur, trop de pensées, de tourments, de rêves, d'amours, de contemplations, de bouleversements et de paix, parfois. De ce jour, j'ai toujours souhaité que mes écrits portent en eux les révélations que j'avais trouvées durant toutes ces années de lectures. Alors, lorsque je reçois des témoignages de lecteurs ou lectrices qui me disent que mes écrits les "bouleversent", je suis heureux.
"Il est au bureau. Il a terminé la maquette de son livre. Il effectue une dernière vérification avant l’envoi à l’éditeur. Pour lui, ça ne fait aucun doute, ce livre-là est le meilleur. Les autres n’étaient que des tentatives. Il n’avait jamais voulu alourdir ses photos par des phrases vides. Désormais, chaque cliché est accompagné d’un texte qui, à ses yeux, a autant d’importance que l’image. Une extension, une envolée. Il imagine désormais un prochain livre accompagné d’un disque sur lequel on entendrait les vents d’altitude, les craquements des pas dans la neige croûtée, le cliquetis des mousquetons, les mélodies apaisantes de l’eau qui ruisselle, les souffles puissants du marcheur, et peut-être même la respiration de l’âme dans la pureté des lieux. Des pages rugueuses comme une peau de granit, glacée comme une eau figée par le froid, chaude et douce comme un tapis d’herbes au soleil, rayonnante comme une dalle lisse exposée au midi, tranchante comme la bise dans les faces Nord. Il voudrait que les sens s’éveillent et que le lecteur ne soit pas qu’un lecteur, mais devienne un acteur. Et que le livre l’entraîne à son tour sur les pentes redressées, dans les horizons élevés, qu’il soit son premier guide, qu’il le sorte de sa torpeur, que le livre soit un accoucheur. Comme ce serait bon de croiser sur les chemins les yeux brillants d’amour des marcheurs nouveau-nés qui montent vers les cimes.
Il a chaud en son âme et ce courant d’amour l’étonne. Il ne s’était jamais vraiment projeté vers ses lecteurs. Il s’était contenté de donner à voir ce que son âme transportait, ce que la montagne avait semé en lui. C’est à lui qu’il parlait. Il n’en est plus là aujourd’hui."
Coronavirus : Les Amérindiens
Pas grand-monde n'en parle...
Ils n'existent pas vraiment. Ils font partie du "folklore" des cowboys et des Indiens.
Ils ont été massacrés, spoliés, humilés.
Pour comprendre leur Histoire, il est indispensable de lire "Enterre mon coeur à Wounded knee".
Enterre mon cœur à Wounded knee
Ils ont de tous temps tenté d'expliquer aux Blancs à quel point tout est lié, que l'homme sans la nature n'est rien, que la protection de la Nature est une nécessité. Et c'est eux aujourd'hui qui paient le plus lourd tribu...
Double peine.
Les indiens Navajos luttent à mort contre le coronavirus mais oubliés par le pouvoir américain
Par Joël Chatreau

Des Navajos font la queue, au volant de leurs véhicules, pour accéder au centre de santé d'Oljato près de Monument Valley - entre l'Arizona et l'Utah -, le 17 avril 2020 - Tous droits réservés Kristin Murphy/AP
Cela ne date pas d'hier... Depuis la pleine possession du continent américain par les conquistadors au XVIIIème siècle, les Amérindiens, du nord jusqu'à l'extrême-sud, n'ont cessé d'être combattus, massacrés, réprimés, parqués, acculturés par "l'homme blanc civilisé". Et ce dernier, pour le même prix lourd à payer, leur a transmis toutes les grandes épidémies successives.
Ces nations indiennes n'avaient, une fois de plus, aucune chance d'échapper au nouveau coronavirus. Parmi elles, les Navajos, présents dès le XVIème siècle dans le sud-ouest des Etats-Unis, se retrouvent en première ligne sur le front de la pandémie qui provoque tant de pertes à travers le pays. On parle à juste titre de New York, mais on oublie le plus grand territoire amérindien, celui du peuple navajo, qui a un taux de contamination par le Covid-19 presque équivalent à celui de la mégalopole new-yorkaise.
12 centres de soins sur 71 000 km 2
La différence notable en revanche, c'est la pauvreté des services de santé dont disposent ces Amérindiens : une douzaine de centres médicaux sont perdus au milieu d'un immense territoire de 71 000 kilomètres carrés, qui chevauche plusieurs régions du Nouveau-Mexique, de l'Utah et de l'Arizona.
Jonathan Nez, le chef de la nation, n'est pas résigné mais profondément attristé :
Nous sommes les premiers citoyens de ce pays, mais nous avons été oubliés (...) J'espère que ça changera
Au sein de la réserve, le premier cas d'infection au coronavirus a été détecté le 17 mars dernier. Une quarantaine de jours plus tard, leur quantité explose, dépassant désormais les 1 280 personnes contaminées. Le nombre de morts, de plus d'une cinquantaine, reste modéré, mais les Navajos ne se font pas d'illusions. Des malades sont grièvement atteints, et le bilan ne peut que s'alourdir.
Valerie Tsosie, a dedicated mother whose work on the Navajo Nation brought her to the frontlines of the fight against the #Coronavirus, has succumbed to #COVID19. She leaves behind 8 children -- 4 are under the age of 18. @NNPrezNez @NNVPLizer2019 #Arizona https://www.indianz.com/covid19/?p=3546
Une hécatombe à chaque nouvelle pandémie
Des tribus entières d'Amérindiens avaient été décimées par la grippe espagnole au cours des années 1918 et 1919. Et il faut savoir que la mortalité causée chez elles par l'épidémie de grippe H1N1, en 2009, avait été quatre fois plus forte que chez toute autre minorité aux Etats-Unis. A chaque pandémie, la même évidence se fait jour : les situations économiques et sociales catastrophiques dans lesquelles sont abandonnées les premières nations ne font qu'aggraver le phénomène.
Allison Barlow, la directrice du Centre d'étude de la santé indienne à l'université Johns Hopkins. est catégorique :
Depuis l'arrivée des conquistadors, ils ont subi des vagues de décimation de nouveaux virus
Fabrication de masques de protection au sein de la communauté :
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The Navajo Nation has been severely impacted by the Coronavirus/Covid19 pandemic. We are so proud of the work of Heard Museum Trustee Ginger Sykes Torres & her family who have made and donated nearly 400 masks (with more coming) to the medical community serving the Navajo Nation.
"Nos citoyens n'ont pas le luxe de pouvoir ouvrir un robinet"
Il n'y a pas que les structures et les moyens qui manquent cruellement en matière de soins, les conditions sanitaires sont également déplorables dans la réserve des Navajos. La construction des réseaux d'eau a été effectuée il y a maintenant un siècle, comme par hasard en contournant le gigantesque territoire, pourtant en grande partie désertique. Plusieurs ONG de défense des peuples amérindiens ont notamment établi qu'environ 30% des familles navajos n'ont pas d'accès à l'eau courante, elles doivent la plupart du temps aller en chercher jusqu'à une quarantaine de kilomètres de leurs habitations.
Le président de la communauté, Jonathan Nez, exprime une colère froide :
Au milieu de la première puissance mondiale, aux Etats-Unis d'Amérique, nos citoyens n'ont pas le luxe de pouvoir ouvrir un robinet pour se laver les mains avec de l'eau et du savon
Comme la majorité des autres tribus, les Navajos ont abandonné leurs terres ancestrales en échange de belles promesses du pouvoir fédéral américain, notamment celles qu'il fournirait un système éducatif et des soins gratuits, et cela indéfiniment. On est loin, très loin du compte.
"La dangerosité de l’hydroxychloroquine: une fable politico-médiatique?"
Cet article provient d'un directeur de recherches au CNRS.
L'AUTEUR

LAURENT MUCCHIELLI
Sociologue, directeur de recherches au CNRS (Laboratoire Méditerranéen de Sociologie), www.laurent-mucchielli.org
France
La dangerosité de l’hydroxychloroquine: une fable politico-médiatique?
- 11 MAI 2020
- PAR LAURENT MUCCHIELLI
- BLOG : LE BLOG DE LAURENT MUCCHIELLI
Prescrite en Chine, aux États-Unis, au Brésil, en Inde, dans la plupart des pays africains, au Proche-Orient et dans certains pays d’Europe, l’HCQ est déclarée dangereuse voire mortelle par les autorités françaises. Et les journalistes suivent. L’affirmation ne résiste pourtant pas à l’analyse. Connus de très longue date, les effets secondaires sont bien contrôlés à l’IHU de Marseille.
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Épisode 12
Le 5 mars 2020, dans un « Avis relatif à la prise en charge des cas confirmés d’infection au virus SARS-CoV2 », le Haut Conseil de la santé publique (Direction générale de la Santé) indiquait que « on ne dispose pas à ce jour de données issues d’essais cliniques évaluant l’efficacité et la sécurité d’options thérapeutiques spécifiques dans la prise en charge des infections ». Toutefois, se référant à des recommandations d’un comité de l’OMS datées du 24 janvier 2020, il faisait déjà un choix : « le traitement spécifique à privilégier selon une approche compassionnelle est le remdesivir » (le très coûteux médicament du très influent laboratoire pharmaceutique américain Gilead). Et dans les médias, certains caciques de l’administration sanitaire (à l’instar du directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, dès le 1er mars) déclaraient déjà que le traitement différent proposé par le professeur Raoult (IHU de Marseille) ne servait à rien et qu’il était dangereux.
Ainsi, avant même la constitution du Conseil scientifique chargé de la gestion de la crise du Covid, le 11 mars, le choix du ministère de la Santé était déjà fait. La sécession de Raoult s’éclaire d’un jour nouveau. Et l’on comprend mieux comment est arrivé dans le débat l’argument de la dangerosité cardiaque de l’hydroxychloroquine.
Le ministère de la santé donne le La
La suite est connue. Constatant cette mise à l’écart et après sa mise en retrait du Conseil scientifique, D. Raoult lance sa propre communication par vidéo le 5 mars, date à laquelle son équipe teste encore différentes combinaisons d’anti-virus et d’antibiotiques en s’inspirant notamment des recherches chinoises signalées 10 jours plus tôt, puis annonce son protocole définitif et ses premiers résultats le 16 mars. L’IHU teste alors déjà environ 600 personnes par jour.
Face au succès populaire que rencontre Raoult, la riposte générale s’organise au ministère. Le 27 mars, l’Agence Nationale de Sécurité du médicament communique sur la dangerosité cardiaque potentielle des composants du protocole marseillais, aussitôt relayée par la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique (« l’emploi de ces médicaments [hydroxychloroquine et azithromycine], en particulier en association, fait courir des risques d’effets indésirables graves, en particulier cardiaques. Plusieurs cas viennent d’être rapportés aux Centres Régionaux de Pharmacovigilance ») et le Réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance (« la chloroquine, l’hydroxychloroquine (mais aussi l’azithromycine et le lopinavir, à un moindre degré) bloquent les canaux potassiques hERG. Les patients recevant concomitamment ces traitements sont exposés à des prolongations possibles de l’intervalle QT corrigé (QTc) de l’électrocardiogramme de surface. La toxicité cardiaque de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine est dose-dépendante et des cas d’arythmies graves ont été rapportés lors de surdosage mais aussi à dose thérapeutique »). Enfin, les Agences Régionales de Santé (ARS) relayaient localement.
Toutes les agences du ministère de la Santé dégainent donc l’artillerie lourde pour éteindre l’incendie allumé par Raoult. Et la presse médicale comme la presse généraliste vont suivre presque comme un seul homme la communication gouvernementale. A ce moment-là, les 3 seuls décès suspects signalés dans le réseau régional de pharmacovigilance (en l’occurrence celui de Nouvelle-Aquitaine) sont pourtant des cas d’automédication (signalés par exemple par Sud-Ouest). Rien à voir avec la prescription médicale dont le dosage comme les effets sur l’évolution clinique des malades sont contrôlés par les médecins. Aucun de ces communiqués (et aucun des articles de presse qui les relayeront) ne rappelle en outre que les effets indésirables graves de l’hydroxychloroquine, connus de longue date (on y reviendra), surviennent essentiellement dans les traitements de longue durée de certaines maladies graves, tandis qu’il est ici question d’un traitement de quelques jours. Mais qui se soucie de tous ces « détails » ?
Quand Le Monde travaille à charge
Après une première salve d’articles de presse à la fin du mois de mars, le 9 avril c’est Le Monde qui relance le sujet avec un article de Sandrine Cabut intitulé « Coronavirus : les effets indésirables graves s’accumulent sur l’hydroxychloroquine ». Dès la première phrase, le ton est donné : « l’hydroxychloroquine (Plaquenil), seule ou associée à l’antibiotique azithromycine, n’a toujours pas démontré son efficacité chez des patients atteints du Covid-19, mais les signaux de pharmacovigilance s’accumulent ». Les faits seraient les suivants : « depuis le 27 mars, 54 cas de troubles cardiaques dont 7 morts soudaines ou inexpliquées (3 de ces personnes ont pu être sauvées par choc électrique) relatifs à ces médicaments ont été analysés au centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Nice, chargé de la surveillance nationale des effets indésirables cardiaques des médicaments évalués dans l’infection au nouveau coronavirus ». Dans 36 des 54 cas, il s’agirait d’une altération du rythme cardiaque (le fameux « allongement de l’espace QT »).
La journaliste a téléphoné au professeur Milou-Daniel Drici, responsable du CRPV de Nice, qui explique que « quand il s’agit de molécules comme des anticancéreux, le rapport bénéfice/risque reste positif. Dans le cas de l’hydroxychloroquine, le bénéfice n’est pas prouvé et le risque est avéré. La prescription ne devrait pas se faire en dehors d’essais cliniques ». Elle conclut que « le spectre d’un accident cardiaque est l’une des raisons pour lesquelles les autorités de santé ont réservé le traitement hydroxychloroquine et azithromycine aux patients hospitalisés ».
Enquête du quotidien le plus célèbre de France ou exercice de traduction vers le grand public de la communication gouvernementale ? Par naïveté ou en service commandé de sa rédaction en chef ? Ces questions se posent malheureusement. En effet, l’article souffre d’une quadruple carence d’analyse :
1- Savoir compter. Combien y-a-t-il eu de morts ? L’article dit « 7 morts » mais « 3 ont pu être sauvé » (sic !). Donc 4 morts et non 7. L’article précise : « depuis le 27 mars ». Or le précédent bilan de pharmacovigilance qui annoncé 3 morts par automédication date du 29 mars. Se pourrait-il qu’il n’y ait en réalité que 1 mort supplémentaire depuis cette date ? Le communiqué de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) du 10 avril le confirmera : il y a eu en tout et pour tout 4 décès « en lien avec des médicaments utilisés chez des patients infectés par le COVID-19 ». Et ce, sans que l’on sache du reste si le médicament en cause est l’hydroxychloroquine ou/et le lopinavir (de même que les rapports de pharmacovigilance n’indiquent rien au sujet des associations de médicaments).
2- Savoir estimer la valeur d’une information. Si tous ces décès sont le fait de personnes qui se sont auto-médiquées, en quoi cela constitue-t-il une information pertinente pour comprendre le problème posé ? Tout surdosage de médicament est potentiellement dangereux voire mortel. C’est un truisme. En 2019, une équipe de chercheurs australiens a montré que près de 100 000 hospitalisations et plus de 200 morts ont été causé dans ce pays de 25 millions d’habitants au cours des dix dernières années par simple abus de paracétamol. Et, en France, un collectif de médecins estimait par ailleurs en 2018 que le mauvais usage des médicaments était probablement responsable d’environ 10 000 morts en France chaque année. La question qui est posée ici est celle de l’usage d’un médicament sur prescription médicale, dans un contexte précis et avec des dosages précis. Soit l’information est liée à cet usage et alors elle est intéressante, soit elle n’a rien à voir et alors elle n’a aucun intérêt.
3- Savoir interpréter les chiffres. Si on constate 1 mort pour 100 patients traités avec un médicament, alors on a un taux de mortalité de 1%. Mais combien de patients ont été traités avec l’hydroxychloroquine en mars 2020 ? Les données de l’assurance-maladie l’indiquent clairement : la délivrance sur ordonnance a augmenté de 145% durant la deuxième quinzaine de mars. « Nous estimons à environ 28 000 le nombre de personnes supplémentaires ayant acquis sur ordonnance un traitement d’hydroxychloroquine (ou plus rarement de chloroquine) sur les semaines 12 et 13 de 2020 », écrit le rapport public (page 11). Si l’on constate 1 mort pour 28 000 patients traités avec un médicament, le taux de mortalité n’est plus du tout de 1% mais de 0,0035%. Et il est même beaucoup plus faible encore car il s’agit ici de 28 000 « personnes supplémentaires ». Auxquelles il faut y ajouter toutes celles qui achetaient déjà et continuent à acheter en pharmacie de l’hydroxychloroquine pour d’autres maladies que le Covid : environ 1 500 personnes par jour (hors dimanche) en janvier 2020 (ibid., page 13), soit environ 45 000 personnes par mois (les ordonnances se renouvèlent tous les mois). La base de calcul du taux de mortalité se situe donc plutôt entre 70 et 75 000. Et ceci ne compte pas les dizaines de milliers de voyageurs. Au final, le taux de mortalité est donc insignifiant.
4- Ne pas manipuler les sources. L’informateur du Monde est donc le CRPV de Nice, ce qui est logique puisque le CRRPV de Dijon a été chargé par l’ANSM de « recenser l’ensemble des effets indésirables déclarés dans la base nationale de pharmacovigilance », tandis que celui de Nice a été chargé de « réaliser une enquête complémentaire portant spécifiquement sur les effets cardiovasculaires de ces traitements ». Le quotidien local Nice-Matin l’avait du reste déjà annoncé une semaine plus tôt, le 1er avril, publiant une interview du Dr Drici. Ce dernier s’y montrait beaucoup plus circonspect et démentait les informations alarmistes déjà distillées dans la presse :
« Question : confirmez-vous cette information de nos confrères du Point selon laquelle des effets toxiques cardiaques et même des décès auraient été recensés chez des personnes ayant pris de l’hydroxychloroquine ?
Réponse : L’auteur de l’article auquel vous faites référence dit tenir ses informations d’un pharmacien correspondant d’un centre de pharmacovigilance. Or tout le réseau français nous redirige ses notifications pour lesquelles nous faisons, mon équipe et moi-même, une analyse très poussée au cas par cas et sans délai. Si ces informations étaient avérées, nous les aurions.
Question : Il reste que la semaine dernière, un patient atteint de Covid-19 et sous hydroxychloroquine est décédé sans qu’on en sache la cause…
Réponse : Ce cas nous a été signalé et nous enquêtons à son sujet. En réalité, d’autres causes de décès sont malheureusement tout à fait possibles pour ce patient. Cependant il existe effectivement quelques cas suspects, avec des modifications de paramètres électrocardiographiques, mais souvent discutables, du fait d’autres facteurs associés ».
Ainsi, le 1er avril, le CRVP de Nice n’a pas de nouveau cas à déclarer, et par ailleurs il alerte sur le problème majeur d’interprétation de tout cas signalé qui arriverait : ce n’est pas parce qu’un patient traité avec de l’hydroxychloroquine est décédé que c’est ce médicament qui est la cause du décès. D’une part il peut avoir reçu concomitamment d’autres traitements, et d’autre part il peut décéder du fait de l’évolution de la maladie face à laquelle le médicament est impuissant passé un certain stade (ce qui est précisément le cas avec le Covid).
L’article du Monde est ainsi en réalité un cas d’école, qui pourrait être enseigné dans les centres de formation aux métiers du journalisme comme l’exemple typique de ce qu’il ne faut pas faire : travailler à charge, pour démontrer quelque chose qu’on a fixé par avance, trier dans le réel ce qui semble soutenir le préjugé de départ, surinterpréter, ne pas vérifier les informations, ne pas relever les contradictions de son informateur, ne pas chercher les arguments opposables, ne pas diversifier les sources, etc.
Un médicament utilisé depuis près de 70 ans et consommé des milliards de fois
Le paludisme (ou malaria) est une maladie infectieuse provoquée par un parasite sanguin transporté par certains moustiques. Elle décime l’humanité depuis au moins plusieurs dizaine de milliers d’années, constituant l’un de ses principaux fléaux depuis toujours. Et même si la situation sanitaire mondiale ne cesse de s’améliorer ces dernières décennies, selon le dernier rapport de l’OMS, le paludisme a touché encore près de 230 millions de personnes en 2018, principalement en Afrique sub-saharienne, et plus de 400 000 en sont mortes.
Face à une telle menace, la médecine européenne a cherché de longue date des parades. La quinine est isolée dès le début du 19ème siècle et, dans la première moitié du 20ème siècle, les chimistes en extrait diverses molécules dont le sulfate de chloroquine baptisé Résoquine. La formule finale est mise au point durant la Deuxième Guerre mondiale et elle est commercialisée à partir de 1949 sous le nom de Nivaquine. Dès cette époque, il est également bien connu que le surdosage de ces antipaludéens peut entraîner des effets secondaires importants et dangereux en termes neuromusculaires, auditifs, gastro-intestinaux, cutanés, oculaires, sanguins et cardiovasculaires (on y revient juste après). Enfin, la molécule d’hydroxychloroquine est isolée et démontrée moins dangereuse que la chloroquine, elle est commercialisée depuis 1955 (la marque la plus connue étant le Plaquenil).
Voici donc 70 ans que ces médicaments sont consommés dans le monde et on peut probablement parler d’au moins un milliard d’utilisateurs. Le Dr Drici l’indiquait à la journaliste du Monde dans l’entretien déjà cité : « sur la période 1975-avril 2020, soit quarante-cinq ans, 393 cas d’arythmies cardiaques tous azimuts, relatives à l’hydroxychloroquine ont été enregistrés au niveau mondial, et aucun cas de mort subite ».
En France, en réponse à l’interrogation de Martine Wonner, médecin et députée du Bas-Rhin, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) indiquait le 9 avril qu’environ 4 millions de boîtes de Plaquenil ont été vendues en France entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019. Durant ces 3 ans, la pharmacovigilance a rapporté 312 cas d’effets indésirables essentiellement oculaires et cutanéo-muqueux. Seuls 21 cas sont des effets cardiovasculaires. Enfin 3 ans, 2 décès ont été rapportés, dont 1 cas est une intoxication médicamenteuse chez un sujet prenant 6 psychotropes en plus de l’hydroxychloroquine (suicide ?). En résumé, s’agissant principalement du traitement de personnes atteintes d’une maladie chronique auto-immune grave (le lupus) qui s’attaque aux organes vitaux (entre autres le cœur), pour 4 millions de boites de médicaments, on enregistre 21 cas de troubles cardio-vasculaires et 1 ou 2 cas de décès peut-être liés à un effet du médicament.
Ceci indique que la multiplication des cas signalés aux agences régionales de pharmacovigilance depuis le mois de mars 2020 (que la presse continue de relayer à la façon du Monde, comme ici Mediapart [sic !] et le Figaro) ne procède pas de l’usage de ce médicament en lui-même, mais des maladies dont souffrent les personnes à qui il est administré officiellement à l’hôpital, dans des cas graves pour lesquels l’IHU explique depuis le début qu’il est inutile.
Des effets secondaires indésirables bien connus et étroitement surveillés à l’IHU de Marseille
Les effets secondaires néfastes de l’hydroxychloroquine (Plaquenil) sont surtout de type hépato-gastro-entérologique (nausées, vomissements, diarrhées) et ophtalmologiques (rétinopathies). Certains cas sont reportés chaque année par les centres de parmacovigilance concernant le plus souvent les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde ou de lupus (voir un exemple avec un bulletin mensuel d’un centre de pharmacovigilance d’une année récente). Bien que plus rares, les effets secondaires cardiaques de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine sont également connus de longue date, du fait cette fois de leur usage classique contre le paludisme (voir par exemple ici une synthèse sur « The cardiotoxicity of antimalarials » du programme Malaria de l’OMS, 2017). La grande revue internationale de pharmacovigilance Drug Safety a également publié en 2018 une méta-analyse de 86 articles scientifiques consacrés aux complications cardiaques engendrées par un usage intensif de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine. Tout ceci est donc classique et parfaitement connu des médecins.
L’IHU de Marseille traite les malades du Covid avec des médicaments dont le risque cardiaque, bien que rare, est très connu et très surveillé. Dans l’équipe, un professeur de l’hôpital de La Timone, spécialiste de cardiologie et de rythmologie, le Dr Jean-Claude Deharo, l’explique dans un communiqué repris sur le site de l’IHU le 1er avril :
« Nous avons pratiqué de façon systématique un électrocardiogramme à tout patient COVID-19 candidat au traitement et, en cas de prescription, nous avons répété l’électrocardiogramme après deux jours de traitement. A ce jour, les patients concernés étaient tous les patients consécutifs traités pour COVID-19 par l’équipe du Professeur Raoult, soit en ambulatoire soit en hospitalisation conventionnelle. L’intervalle QT a été mesuré sur le premier électro-cardiogramme et corrigé selon la formule de Bazett. Les recommandations étaient les suivantes :
* Autorisation de prescription si le QT corrigé était inférieur à 460 ms
* Discussion au cas par cas du bénéfice-risque en cas de QT corrigé 460 ms et 500 ms
* Contre-indication en cas de QT corrigé supérieur ou égal à 500 ms.
* Indépendamment de la valeur du QT corrigé, une liste de médicaments pouvant allonger l’intervalle QT était fournie aux prescripteurs afin d’éviter toute co-médication avec l’un de ces médicaments.
* Par ailleurs, en cas de doute, il était recommandé de contrôler la kaliémie du patient.
* Enfin une « hot-line » était mise en place entre infectiologues et cardiologues pour traiter les problèmes au plus vite.
Actuellement, sur un nombre conséquent d’électrocardiogrammes avant prescription (plus de 500), le traitement n’a été contre-indiqué que dans des cas exceptionnels. Le traitement n’a été ensuite arrêté pour raison cardio-vasculaire qu’encore plus exceptionnellement.
Le suivi strict des patients par l’équipe du Pr Raoult n’a pas révélé d’événement clinique significatif ».
Par ailleurs, le suivi des patients est particulièrement attentif et s’effectue dans la durée. Une de nos collègues (Claire B., directrice de recherche au CNRS), qui l’a suivi (ainsi que son mari) sur les conseils « pragmatiques » de leurs médecins généralistes respectifs, nous l’a raconté par courriel le 15 avril puis le 10 mai. Voici son témoignage :
« Nous avons eu plein d'examens préliminaires dès notre premier rendez-vous à l'IHU à la suite du test positif (27 mars) : prise de sang, ECG, scanner (qui ont montré que nous avions déjà des atteintes aux poumons), et un second prélèvement PCR pour l'étude épidémiologique en tant que volontaires. Suite à ces examens, un médecin nous a interrogés, puis nous a donné le traitement d'hydroxychloroquine et antibiotique. Nous l'avons pris pendant 10 jours. Les symptômes ont disparu au bout de 2 ou 3 jours, même si il restait une grosse fatigue qui a duré plus longtemps. Nous avons bénéficié d'un suivi médical que nous estimons tout à fait exceptionnel : des rendez-vous à l'IHU tous les 2 jours jusqu'à la fin du traitement (10 jours), puis un compte-rendu quotidien sur une application (ou par SMS pour mon mari). Pendant le traitement, l'IHU nous appelait par téléphone tous les deux jours, nous pouvions discuter tranquillement et demander des conseils. A la fin du traitement le suivi sur l'application s'est poursuivi quotidiennement pendant un mois. Dès qu'une réponse ne montrait pas une absence totale de symptômes, ils nous rappelaient dans les 10 minutes. Ensuite, nous avons eu encore deux appels téléphoniques de l'IUF, le dernier pour moi date du 5 mai. J'ai rempli un dernier questionnaire sur l'application le 8 mai. Ce suivi médical très prolongé et sérieux, mais aussi la communication régulière qu'il a permis d'avoir de vive voix avec les médecins ont contribué à nous rassurer et à nous aider à surmonter l'épreuve, autant qu'à vérifier notre état de santé. ».
On peut difficilement faire mieux dans la surveillance des malades et des médicaments qui leur sont administrés. Tout ceci confirme – à qui veut bien s’en enquérir honnêtement – l’extrême sérieux avec lequel est mené le traitement médical du Covid dans l’équipe du professeur Raoult.
Conclusion
Que ce traitement soit efficace ou pas est un autre débat, qui relève de la connaissance d’études scientifiques dont on a proposé récemment sur ce blog un bilan provisoire. La conclusion de l’enquête de ce jour amène, elle, à une conclusion on ne peut plus claire : dire que l’hydroxychloroquine constitue un médicament dangereux et que cela justifie sa mise à l’écart dans le traitement du Covid constitue une exagération tellement importante de la réalité qu’elle s’apparente à un mensonge d’Etat que le professeur Raoult est parfaitement fondé à dénoncer comme tel. Ceci constitue de surcroît une infantilisation des médecins (bien comprise comme telle par ces derniers) qui connaissent parfaitement et depuis très longtemps les éventuels effets secondaires nocifs de l’hydroxychloroquine, de même que les moyens d’en contrôler et d’en prévenir la survenue.
Privés de nature
Etant donné qu'on ne sait pas où on va et qu'un reconfinement reste une éventualité selon l'évolution du virus et des humeurs du gouvernement, il sera important de garder en tête tout ce que dit cet article.
Nous ne sommes pas allés sur les sommets pendant le confinement mais nous avons trotté dans les forêts bien au-delà du kilomètre. Et nous en revenions renforcés...

https://reporterre.net/Priver-les-Francais-de-nature-la-societe-de-controle-jusqu-a-l-absurde? (cliquez sur le lien pour l'intégralité de l'article)
Les deux mois qu’a duré le confinement, les Françaises et les Français n’ont plus pu sortir librement dans la nature. Et la menace de cette interdiction n’est pas dissipée. Cette politique a nécessité des moyens policiers démesurés, avec drones et hélicoptères, maltraitant les humains, qui ont un besoin vital d’accéder aux espaces naturels.
Pendant deux mois, les Français ont été privés de printemps. Assignés à résidence, les yeux collés aux écrans, ils ont été comme coupés du vivant. Depuis fin mars, plusieurs arrêtés préfectoraux ont interdit l’accès aux espaces naturels pendant toute la période du confinement. Finies les balades en forêt, les marches au bord de l’eau, le plaisir d’être dehors alors que les jours s’allongent et que la nature se réveille. Au nom de la lutte contre la pandémie, les Français ont été arrachés à leurs biens communs.
La situation se poursuit aujourd’hui. Avec le déconfinement, le littoral reste sous haute surveillance. Les bivouacs en montagne restent interdits en Savoie et en Haute-Savoie. Les parcs urbains et périurbains sont inaccessibles dans les départements classés rouge. Et ce qui a été ré-autorisé dans les départements verts reste incertain : par un décret publié le 11 mai 2020, le gouvernement permet aux préfets de réinstaurer à tout moment une réglementation identique à celle en vigueur pendant le confinement.
À l’origine, ces mesures répondaient à l’urgence, à la nécessité d’endiguer, par tous les moyens possibles, la « vague » qui déferlait sur le pays. L’interdiction des espaces naturels et l’obligation de rester cantonné à un kilomètre de chez soi avaient le mérite de la simplicité. Ces dispositions étaient facilement applicables et contrôlables.
Et partout en France, les préfets ont serré la vis, dans une sorte de surenchère. Au total, plus d’une vingtaine de départements ont interdit explicitement l’accès aux espaces naturels. Dans la Meuse, les forêts ont été désertées, alors qu’elles représentent 37 % de la superficie du département. Les autorités y ont interdit les promenades, les cueillettes et la coupe de bois. Des activités jugées « non indispensables », même si nombre de personnes, localement, en tirent des ressources ou un moyen de chauffage.
« Au lieu de laisser la population se disperser en plein air, on l’a concentrée dans des zones réduites »
Dans le Cher, un département traversé de nombreux cours d’eau, le préfet a interdit de fréquenter les bords des canaux, des rivières, des étangs, des plans d’eau et des chemins de halage. « La course, seul, au bord d’un lac, n’est plus autorisée », expliquait Sylvie Berthon, sous-préfète de Vierzon, dans les colonnes du journal le Berry. Selon elle, cette initiative permettait de « freiner la propagation du Covid-19 en limitant fortement la circulation des personnes ».
Quand est-ce qu'on est un "écrivain" ?

J'ai trouvé ce panneau ce matin sur ma page Facebook, dans un post présentant "KUNDALINI".
Je ne connais pas la personne qui a fait ce montage. Elle voulait me faire connaître le bonheur de sa lecture en cours.
En tout cas, ça m'a fait un choc de voir apparaître sous cette forme un de mes écrits...Je suis incapable de faire ça moi-même. Je peux juste l'écrire :) Je me demande parfois quels sont les critères qui permettent de se dire que l'on est "écrivain" et curieusement, ce "panneau" sur FB a réveillé cette question. Alors, je sais bien que techniquement ça ne doit pas être bien compliqué et qu'on peut bien trouver de tout dans ce genre de panneau mais là, ça vient d'un de mes romans, lu par quelqu'un que je ne connais pas.
Est-ce donc que cette phrase a résonné si fortement en elle que je peux dès lors m'attribuer le terme "d'écrivain" ?...
Je me suis souvenu d'un article que j'avais écrit il y a quelques temps, en 2018. Je l'ai retrouvé :
"Dix romans adultes. Tellement de personnages que je ne peux plus les compter.
Max, Jonathan, Julie, Luc, Tanguy, Etienne, Axel, Sandra, Jean, Blandine, Isabelle, Gaston, Mathieu, Fabien, Laure, Thomas, Lucie, Figueras, Lucas, Pierre, Anne, Lou, Tian, Théo, Brohou, Miossec, Olivier, David, Léo, Marine, Rémi, François et Nadine, Morgane, Birgitt, Yolanda, Fabrice, Marc, Kernaïs, la Pennec, Maryse, Daniel, Lydie, Raymond et Yolande, Moses, Kàlen, Tariq, Wallid, Walter Born, Fabiola, Terence, Boris, Zack, le docteur Flaurent, Diane, Paul, Alice, Chloé, Philippe, Francis, monsieur et madame Boulard, le professeur Cartier, Sam, Lisa, Sonia, Laurent, Yoann, Hélène, Christian, Maël, Leslie, Maud, Sat...
Il en manque encore.
Tellement de personnages.
Ils sont toujours là.
Ils ne disparaîtront même pas avec moi puisqu'ils sont dans les livres.
Ils ne seront plus seulement dans la mémoire de mon ordinateur mais dans l'espace littéraire et peut-être même dans la mémoire des lecteurs et lectrices.
Et c'est là que se pose pour moi la question essentielle : quel est le critère fondamental qui permet à un auteur de dire qu'il est un écrivain ?
Le nombre de romans publiés ?
Le nombre de livres vendus ?
Le souvenir des personnages dans l'esprit des lecteurs ?
L'attente fébrile du prochain roman chez les lecteurs ?
Je n'ai pas la réponse pour l'instant.
Je sais par contre le temps que j'y passe.
Je suis un besogneux, un méticuleux, je travaille, énormément.
Dans un immense bonheur.
Je m'autorise même à considérer aujourd'hui que j'ai un style personnel.
Si je ne connaissais pas mes livres, j'en reconnaîtrais l'auteur en les lisant :)
C'est très important à mes yeux.
C'est peut-être même la réponse la plus pertinente à la question précédente.
Si le fond n'a pas de forme, s'agit-il d'un roman ou d'un livre ?
Je n'écris pas de livres, j'écris des romans.
Et sans la forme, le fond ne serait rien.
Alors, je sculpte, encore et encore.
Il y a trente ans, j'usais d'un burin et d'une masse et j'écrivais comme un cantonnier manie la pioche.
Maintenant, j'aime uniquement le scalpel.
Je dissèque, j'éventre, je fouille et je sais que les mots aiment qu'on les manipule, qu'on les retourne, qu'on les ausculte jusqu'au plus profond des fibres.
C'est de la chirurgie amoureuse.
Et puis vient le temps où tout est en place, où les assemblages sont harmonieux, où la musique des mots coule comme le flux sanguin dans un corps sain. Tout est fluide et le scalpel n'est plus d'usage.
Il faut passer à la phase de réveil par des carresses longues et patientes, des relectures où chaque virgule aura son importance, il faudra lire chaque phrase dans des murmures attentifs, regarder la mise en page, l'espace comme des silences suspendus, comme une caméra en travelling, un mouvement lent et studieux.
Les nuits silencieuses où les mots se murmurent.
Je les aime tant."
Vincent Lindon et Jean Valjean
Totalement en phase avec cette analyse

« VOTRE JEAN VALJEAN EST UNE HUMILIATION POUR GAVROCHE »
Réponse à Vincent Lindon
paru dans lundimatin#242, le 12 mai 2020

Il y a quelques jours, Vincent Lindon a publié sur Mediapart une vidéo dans laquelle il livre son analyse de la situation et fait des propositions pour s’en sortir par le haut, lui qui a vu son espoir en Macron déçu après quelques années de mandat. Nous publions ici une lettre qui entend répondre aux propositions de l’acteur et, plus largement, à la gauche qui s’imagine qu’un État vertueux et des riches plus généreux pourraient représenter une réponse crédible au désastre en cours.
Cher Monsieur Lindon,
Vous avez récemment pris la parole, dans une vidéo relayée par Mediapart, sur les dysfonctionnements apparents dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons, le tout assorti d’un ensemble de propositions personnelles.
Vous précisez bien qu’il s’agit simplement, ici, de vos pensées, de vos idées, appuyées par des discussions avec le Professeur Grimaldi, et des experts de la question économique, et que « si la notoriété sert à faire avancer les choses, au moins d’un millimètre », cela vaut bien la peine que vous vous en mêliez. Cette façon de rendre vos propos modestes, à hauteur d’homme, se contentant du peu, est assez proche d’un procédé rhétorique qui porte un nom affreux : le chleuasme.
Je ne vais pas continuer de tourner autour du pot, à coups de phrases à rallonge, pour préciser ma pensée : Votre intervention m’a dérangé.
Comme il est impossible de défendre les propos de Luc Montagnier sur l’origine humaine de ce virus, sous l’argument qu’il est prix Nobel de Biologie, il est impossible de valider votre propos sur seule base que vous êtes Vincent Lindon. La légitimité à prendre la parole publiquement, et la pertinence d’un tel acte, doivent se juger uniquement sur le contenu.
Ainsi votre parole, est-elle légitime ? C’est-à-dire le contenu de votre intervention, est-il pertinent ? Vient-il démêler des noeuds qui, jusqu’à vos mots, nous semblaient bien trop complexes ? Et, si ces derniers ne sont pas si décisifs, ont-ils le mérite, au moins, de panser nos désespoirs ?
Je vais me risquer d’affirmer que non, votre parole n’est pas pertinente, elle ne vient résoudre en rien la situation vécue, elle est tissée d’idéaux peut-être séduisants mais dont la réalisation me paraît illusoire, ou susceptible de mettre sur le marché un remède pire que le mal.
Dans votre résumé des manquements des différentes administrations politiques depuis vingt ans, je ne peux qu’être d’accord avec vous. Mais précisément, ce que vous racontez, nous le savons déjà. Les différents médias, indépendants ou à la solde des puissants, avec des points de vue certes différents, n’ont pas passé sous silence les tirs de LBD, le personnel médical en grève, le sacre du Louvre en 2017, etc. Il semble évident qu’une majorité de gens, témoins des revendications pressantes d’un corps de métier en souffrance, a très bien perçu la contradiction de la portée aux nues de ce même corps de métier devenu magiquement « en première ligne » par ceux-là même qui les ignoraient six mois plus tôt. De la même manière, l’incohérence entre l’injonction de rester chez soi et l’invitation à aller voter pour des élections avortées trois jours plus tard n’a échappé qu’aux imbéciles.
Une phrase, prononcé par vous, illustre bien selon moi une mauvaise compréhension de la situation : « Un espoir s’était pourtant levé avec le nouveau chef de l’Etat, Emmanuel Macron ». Ce que vous dites par la suite laisse à penser que vous-même n’étiez pas dupe de cet énième prétendant au grand changement. Mais si l’on analyse les résultats de l’élection présidentielle de 2017, vous n’étiez pas le seul à ne pas y croire. 10 millions d’électeurs ont préféré la peste au choléra, mais 12 millions d’autres, dont moi, n’ont pas participé à cette prise d’otage entre les chemises brunes de Marine Le Pen, et les chemises cravates d’Emmanuel Macron. Vous pourriez, comme beaucoup d’autres, considérer que cette abstention n’est rien, n’est que du silence. Mais depuis Mozart et John Cage, nous savons que le silence peut être une musique, qui s’écoute. En tout et pour tout, plus de 55% des inscrits à l’élection présidentielle n’ont pas désigné Emmanuel Macron comme l’espoir du changement. Cet homme, pour une majorité de français, est l’homme à combattre plus ou moins activement, selon les raisons de chacun, depuis le mois de mai 2017. Et cela ne prend en compte que les gens qui sont admis dans le cercle de la République, cercle fermé pour presque 20 millions d’êtres humains. Si vous êtes nouveau parmi les opposants de Macron et de ses prédécesseurs, bienvenu, nous sommes des millions.
Arrive donc votre seconde partie, celle des propositions qui sont les vôtres. Je les trouve contre productives, voire désespérantes, tant elles se focalisent sur un groupe de gens dont il n’y a plus rien à espérer depuis longtemps.
Votre première piste, pour juguler l’inégalité croissante au sein de la population, est de mettre à contribution les plus riches d’entre nous. Et vous parler « d’innover »… Mais quelles humiliations devrons-nous encore subir pour que cette idée que les « premiers de cordée » puissent être sensibles au destin de millions d’autres et leur viennent en aide, disparaisse définitivement, et que l’on innove réellement en comptant sur d’autres forces, les nôtres ? Ces premiers de cordée qui se sont toujours essuyés les chaussures sur nos visages, nous ont amenés vers des précipices qui menacent l’espèce humaine dans son ensemble, devons-nous vraiment leur donner encore notre « confiance », notre foi, notre corde ?
Que vous rattachiez votre innovation au personnage de Jean Valjean n’est pas anodin. Mais votre Jean Valjean est une humiliation, une de plus, pour Gavroche. Au XIXe siècle le rapport de force entre classe laborieuse et classe possédante était peut-être encore quelque peu équilibré. Il y avait encore quelques moyens pour faire pression sur la classe possédante, en bloquant une usine, une ville, un pays. Mais l’histoire, à plusieurs reprises, a fait pencher la balance d’un côté plutôt que d’un autre. La Commune de Paris, cette parenthèse magique où pendant quelques semaines, quelques mois, tout se réglait non plus sur des questions d’intérêts économiques, mais sur celles du bonheur et de la santé fut clôturée par un massacre d’une extrême violence, il y a 150 ans. Depuis, l’économie devenue finance, a remporté bataille sur bataille, a défait chaque ennemi qui se présentait à lui, le plus souvent de manière crasse, veule et déloyale. Et aujourd’hui, vous appelez de vos voeux à ce que les représentants de cette classe, leurs héritiers, qui ont prouvé la permanence de leur cynisme, jusqu’à tout récemment souhaiter se refaire une ristourne fiscale sur le dos d’une cathédrale en feu, à ce qu’ils se montrent solidaires, patriotiques, capables de compassion ? Mais, pour le dire avec Céline Dion : on ne change pas. Vous, vous semblez faire comme si. Comme si les délocalisations, les paradis fiscaux, les cabinets d’avocats entrainés à détourner les cadres juridiques pour de juteux bénéfices, c’était une inattention de leur part. Comme si le 1% de la population de ce globe qui possède plus du double de ce que possède 92% de cette même population, c’était une maladresse. Comme si les rachats de nos organes de presse, pour circonscrire le débat aux sujets qui les épargnent (terrorisme, féminisme, vandalisme, tous les -ismes que vous voulez, pourvu qu’on ne parle pas d’eux ), c’était un pas-fait-exprès. Et à la fin, vous les appelez à la rescousse ? Les inégalités, la destruction du service public pour en faire un marché profitable, la libre circulation de l’argent au détriment des humains, c’est LE projet. Ce n’était pas un complot, rien n’était prémédité secrètement. Chez ces gens-là, pour le dire avec Brel, on ne se cache plus. Il y a des actes, il faut les regarder en face, et en prendre toute la mesure. Votre souhait de mettre à contribution les plus riches d’entre nous est comparable à ce voeu de certains députés du Tiers-Etat qui, en 1789, enjoignaient les nobles à ne plus abuser de leurs privilèges, à être plus patriotiques…
Lorsque vous dites, avec une ironie bien comprise, que vous ne doutez pas « que les plus riches de nos concitoyens se réjouiront de l’opportunité(…) de montrer leur patriotisme et leur générosité », je pense moi qu’ils auront beau jeu de vous contester la définition de ce que sont le patriotisme et la générosité. Encore une fois, vous pourrez arguer que votre définition de ces deux termes abstraits est la plus juste, l’histoire montre, depuis Robin des Bois, qu’ils tiennent mordicus à la leur. Et des Légions d’Honneurs en moins ne les décourageront pas de manoeuvrer pour des millions d’euros en plus.
Vient votre projet de réforme de la démocratie. Qui tient, globalement, à construire un contre-pouvoir face au pouvoir omnipotent en place.
Le costume, trop grand pour ses successeurs, que s’est taillé De Gaulle, l’était déjà pour lui-même. Ce De Gaulle, tout sauveur de la France occupée qu’il fût, a construit une République qui, au moindre problème, à la moindre urgence, donne tous ses pouvoirs à son chef. Pour paraphraser De Lagasnerie, les problèmes, c’est pas ce qui manque et c’est ainsi que les Etats d’exceptions s’enchaînent. Nous n’avons pas eu une chance avec De Gaulle qui s’est perdue avec les suivants. Mon avis est que nous n’avons pas eu de chance du tout.
Votre proposition concrète pour instituer un contre-pouvoir se traduit par un contrôle effectif des actions des législateurs et des sanctions lourdes contre les corrompus. Belle idée, encore… Mais ça ne marche pas comme ça, non plus.
Construire un contre-pouvoir, c’est toujours construire un pouvoir. C’est donner à des semblables, des humains faits d’affects, la responsabilité de gérer le bon fonctionnement d’une institution. Si les humains responsables de la gestion de la République ont démontré qu’ils n’étaient pas vertueux, quelle illusion de croire que ceux qui les surveilleront, pour leur part, le seront ! D’ailleurs, le projet de surveiller ses élus a déjà été éprouvé dans l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques pendant plusieurs décennies. Avec comme résultat une oppression permanente, des déportations en pagaille et comme cerise sur le gâteau, l’explosion d’un réacteur nucléaire dont on ne peut toujours pas aujourd’hui quantifier précisément les dégâts sur le vivant. Cette catastrophe n’est pas seulement le fruit de la bureaucratie soviétique, Fukushima en témoigne. Mais une des causes du désastre ukrainien relève du désir des responsables de la centrale de faire passer leur image au sein du parti, instance de surveillance suprême, avant le contrôle assidu des processus nucléaires.
Et comment cette idée de « contrôle et sanction » de nos responsables qui est la vôtre peut-elle se décliner dans notre présent ? Comment pouvons-nous les juger sur les actions qu’ils mèneraient pour enrayer la courbe du chômage par exemple, sachant qu’on ne trouve pas du travail en traversant la rue ? Comment les juger sur leurs actions pour la sauvegarde du climat ? Rien ne se mesure immédiatement. La ville de Grenoble est la troisième ville de France la plus polluée, pourtant son édile, depuis six ans, est écologiste. Est-il de fait incompétent ?
Enfin, croire que rémunérer grassement nos dirigeants serait une garantie pour avoir les hommes les plus intègres, les plus nobles, les plus purs, me paraît tout à fait scandaleux ! Ce processus qui cherche à séduire des humains par de grosses sommes d’argent est une définition possible de la corruption. C’est une ironie désespérante, que le résultat de vos propositions soit si proche de ce contre quoi elles prétendaient lutter.
Pour reprendre les propos d’Alain Damasio, il y a ce qui est légal, et il y a ce qui est légitime, les deux ne vont pas nécessairement de pair. Le pouvoir, en terme spinoziste, c’est nécessairement une oppression d’un sujet, humain ou institution, contre un autre. Cette oppression peut être considérée comme juste, légitime, ou comme tyrannique, selon qu’elle contraint fortement ou non la puissance d’être de chacun. Nous souhaitons par exemple que les parents exercent leur pouvoir d’éducation raisonnablement sur leur enfant. Seulement, catastrophe, ils battent leur progéniture. Que faire ? Créer une structure au-dessus des parents, qui aurait le pouvoir de les sanctionner ? Mais là encore, rien ne garantit que cette structure, humaine et donc imparfaite, remplira correctement son rôle. Faut-il pour autant continuer à laisser les parents battre leur enfant ? Non, évidemment. Alors quoi ? Donnons à l’enfant la clé des champs. Plutôt que punir la source, émancipons la rivière.
Une vraie innovation, serait de suivre la voie tracée par Virginie Despentes tout récemment et par d’autres avant elle (Nuit Debout, Notre Dame des Landes, et plus loin La Commune…). Puisque que ces gens ne jouent pas dans les règles, ne les faisons plus jouer, jouons avec ceux qui consentent aux règles. Jouons avec ceux qui veulent bien jouer avec nous, et non pas contre nous.
Notre société contaminée a démontré que ceux qui la gouvernent ont délibérément, depuis plusieurs générations, abusé du pouvoir qui leur était conféré. Leur demander de se corriger, ou imaginer une institution plus forte qui les corrigerait en restant vertueuse, est illusoire, dangereux, et pour tout dire, réactionnaire. Ce qu’il faut, c’est appeler à prendre la clé des champs. A se soustraire à l’autorité des intérêts économiques avec lesquels nos gouvernants composent. Ce qu’il faut, c’est dire que nous sommes toujours vivants, que l’opposition qui existe depuis plus de deux siècles entre une minorité et la majorité que nous sommes, n’est pas terminée, que si cette minorité a enchaîné des victoires sanglantes, elle n’a pas mis un terme à l’Histoire. Tant que nous aurons les regards tournés vers cette minorité, quémandant son aide, faisant appel à « bonne conscience », nous resserrerons la corde qui nous scie le cou. Tant que les « forces de gauche » continueront d’espérer réformer « le monde de la finance », les Aléxis Tsípras et autres désillusions se multiplieront. Cet argent qu’ils n’ont pas donné hier, ils ne nous le donneront pas demain. Ce qu’il faut, c’est se constituer ensemble des systèmes indépendants de leur argent. Ce qu’il faut, c’est inviter chacun à une émancipation civile. « On se lève et on se barre », ou on se lève pour qu’ils se barrent.
Antoine Herbulot
La permaculture ou l'éloge de la simplicité.
Un sentiment étrange.
Je suis partagé entre la joie de lire ici l'intégralité de ce que je pense et que je décris depuis plusieurs années et la détresse de voir que tout ça est devenu inéluctable.
C'est donc une émotion paradoxale qui alterne entre la satisfaction au regard de mes propres réflexions et le fait qu'elles rejoignent celles d'éminents chercheurs et spécialistes (ce que je ne suis pas) et la douleur quand je réalise que tout ça ne relève pas que des mots, des graphiques, mais d'une réalité concrète, planétaire. Et que cette réalité est en plus niée par une très grande majorité d'individus.
Le déconfinement, pour beaucoup de gens, c'est le début d'un retour à la normale alors qu'il faudrait écrire "un retour à l'anormal".
Il m'arrive, parfois, de souhaiter la continuité de ce virus, qu'il ne disparaisse plus, qu'il nous oblige à changer radicalement de vie. Et je sais que cela inclut un nombre de morts et de douleurs innombrables. Mais c'est vers ça que nous allons...Avec ou sans covid...
« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne par la gorge. » » Winston Churchill
GRÉGORY DERVILLE, LA PERMACULTURE OU L’ÉLOGE DE LA SIMPLICITÉ…
Christian Coste | 19 février 2018 | Entretien avec... | Pas de commentaire
A l’occasion de la sortie du livre « la permaculture, en route pour la transition écologique » paru en janvier 2018, (Edition terre vivante), cet entretien avec l’auteur propose une mise en perspective .
Grégory Derville
Grégory Derville est un universitaire (Maitre de conférence en sciences politiques à Lille 2) et quand il parle de lui, il n’hésite pas à préciser : « Moi qui suis l’archétype du BoBo citadin, je n’ai pas de voiture, je ne me déplace qu’en vélo, en train ou à pied, j’ai un lombricomposteur dans ma cuisine, je vais dans un jardin partagé et pour autant j’ai un mode de vie qui est absolument intenable écologiquement sur le long terme et j’ai une empreinte écologique qui est insoutenable pour la planète, même moi qui ai écrit un bouquin sur la permaculture. Je travaille à changer cela, mais pour l’instant c’est un constat que je suis bien obligé de faire ».
Christian Coste : qu’est-ce qui vous a conduit à écrire ce livre sur la permaculture ?
Grégory Derville : « ce qui m’a amené à ces travaux de recherches et ces thématiques environnementales, c’est juste un retour aux sources de mes sujets de prédilection de quand j’étais petit. Tout simplement ça. Je vivais à la campagne dans la région grenobloise et j’étais très sensibilisé à la défense des animaux, j’avais une vision de la nature très romantique. A 8, 9 ans (né en 1970-ndr) ce qui me plaisait, c’était les animaux et je rêvais de créer une réserve pour les animaux. Ce que je décris dans le livre, cette nécessité de créer des oasis permaculturelles un peu partout, c’est une espèce de retour aux sources pour moi. Entre temps, comme j’étais un bon élève, les années passent, les études sont réussies, puis l’université, et au fil des opportunités, j’ai choisi des thématiques bien éloignées des questions environnementales. Mais dans mes pratiques de consommation je continuais à être sensibilisé à l’écologie, et par exemple j’ai toujours voté écolo. Il y a une dizaine d’années j’ai eu l’occasion de prendre en charge un cours sur « environnement et politique » en Master de science politique. Je réalise depuis tous les ans une revue des travaux récents sur l’état de la biodiversité, le changement climatique, les pollutions diverses et variées, pour actualiser mon cours. Et tous les ans, je dois dire que c’est assez déprimant pour ne pas dire plus. »

CC : Dominique Bourg a signé le 6 janvier 2018 une tribune dans le monde, on pouvait y lire : « Le récit écologique dominant est encore trop tendu vers la catastrophe pour devenir le levain d’une société nouvelle » et vous semblez donc participer à ce catastrophisme, non ?
GD : « c’est un discours qu’il tient dans un média grand public parce qu’il est dans une logique d’essayer de faire prendre conscience et de ne pas effrayer, mais sur le fond il est plus pessimiste que cela. D’ailleurs, Il a écrit un texte dans lequel il dit clairement que l’imaginaire de la crise écologique est trompeur, car dans une crise, il y a une sortie et là, nous sommes face à une catastrophe en cours. L’effondrement est en cours et il est inéluctable s’il n’y a pas des transformations radicales dans nos modes de vies, nos modes d’organisations, la catastrophe peut éventuellement être évitée mais au prix de changements très très radicaux.
Si je veux raconter la réalité et préparer les étudiant(e)s à être des professionnels des politiques écologiques, environnementales, de développement durable etc, il faut qu’ils sachent quelle est la situation pour mettre en place des politiques ajustées et non fondées sur des fantasmes ou des illusions. Mais cette posture est psychologiquement éprouvante, alors il y a quelques années, je me suis dit qu’il fallait que je trouve, sans renier cette vision terrible mais à mon avis objective et lucide, des outils, des pratiques pour agir.
Mon souci c’est de regarder les choses en face et en même temps agir. Je crois que nous avons besoin d’une action qui ne soit pas fondée sur l’espoir, mais sur la volonté. L’espoir ça peut aider à mettre en mouvement, mais le problème c’est que par ailleurs, ça nous empêche de prendre conscience de la gravité de la situation et donc ça nous empêche de prendre les mesures qui sont adéquates pour transformer cette situation ».
CC : est-ce qu’en aval de cette analyse lucide et objective, il n’y a pas aussi le verre à moitié plein, avec un mouvement qui se fait jour et des gens qui ont conscience de la situation et qui commencent à changer leur façon de vivre ?
GD : « oui, mais je n’ai pas ce regard. Certes, il y a un mouvement en cours mais c’est très éloigné des enjeux et de ce qu’il serait nécessaire de transformer. Ce qui me pose problème dans la mise en avant de ce qui marche déjà, c’est que cela peut (je dis bien cela peut), retarder le moment de la prise de conscience, et le moment ou l’on décide qu’il faut agir, et agir de façon radicale parce que les enjeux sont gigantesques ».
CC : Ce qui vous gêne c’est que ce sont des niches, des marges ?
GD : « c’est que ce n’est pas à la hauteur des enjeux tout simplement. Ce que je veux dire, c’est que bien sûr des choses changent, bien sûr un certain nombre de gens sont sensibilisés mais ils sont d’abord très peu nombreux. On sait très bien dans le monde de l’écologie qu’on ne convainc quasiment que des déjà convaincus. A chaque fois qu’on organise des débats sur les pesticides ou sur un sujet en rapport avec l’écologie, ce sont toujours les mêmes que l’on voit et l’immense majorité des gens n’en ont rien à faire, il faut être clair. Et il y a un greenwashing de la part des administrations, des entreprises qui est pharamineux. On nous vend des solutions miracles, technologiques, high-tech qui sont elles aussi écologiquement absolument intenables. Alors je sais bien que beaucoup de gens trouvent ce discours très pessimiste, notamment dans le monde de la permaculture ou on essaye d’insister plus sur les solutions que sur les problèmes, mais pour moi la permaculture c’est une manière de réussir à allier un discours réaliste quant au fait que la situation est grave et qu’on va totalement dans le mur, que c’est déjà écrit si rien ne change et en même temps, la mise en avant d’une méthode, d’une manière de voir la réalité, une philosophie de vie, un ensemble de pratiques, de principes, qui apportent une solution simple et efficace à condition qu’elle soit mise en œuvre de manière généralisée. Allier le regard lucide sur la situation et une volonté d’apporter une réponse concrète. »
CC : justement, si on observe cette prise de conscience dans notre socio-culture, avec des applications à la marge chez les convaincus, est-ce au politique de mettre en œuvre les solutions ou à chaque individu à l’image de la philosophie du mouvement de Pierre Rabhi, les colibris ?
GD : « ça ne peut être qu’une articulation entre les deux forcément. Bien entendu, ça ne suffira pas que l’on se mette à tous consommer bio et à rouler à vélo parce que les structures sociales et économiques telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui font que c’est impossible que du jour au lendemain toute la société se mette à ça ou alors ce serait dans une panique invraisemblable. Oui bien sûr il faudrait qu’idéalement tout le monde cultive son balcon, son jardin, mais comme tout le monde ne le fait pas, trois jours d’arrêt d’approvisionnement des magasins, des supermarchés et c’est la guerre civile parce qu’on n’a plus rien « à bouffer ». J’exagère à peine. Donc des mesures politiques, et je ne parle même pas de ce qui se passe au niveau du climat ou là c’est au niveau planétaire que des décisions doivent être prises, nous en avons besoin pour généraliser des modes d’organisation, des processus industriels nouveaux, etc. Mais force est de constater que la majorité de la population n’y est pas prête, ne le veut pas, que les pouvoirs publics et les élu(e)s et on peut le comprendre, n’ont pas envie de se faire « bananer » aux élections suivantes, donc ce n’est pas quelque chose qui les sensibilise beaucoup.
Ferme du Bec Hellouin
En attendant et pour mettre un peu sous pression le champ politique, on peut mettre en place des alternatives, des structures qui sont alternatives et qui marchent localement. Et on peut supposer que plus on va être nombreux à créer des ressourceries, des jardins partagés, des éco-lieux, des éco-hameaux etc, plus ça va concerner du monde, plus ça va concerner des électeurs nombreux, et plus ces électeurs auront la possibilité de faire pression par le nombre sur les décisions publiques. Il peut y avoir un cercle vertueux entre les deux. »
CC : vous dites que ce mouvement vers l’écologie cela reste à la marge des déjà convaincus, alors comment créer l’effet levier pour entrainer le plus grand nombre ?
GD : « ma conviction de plus en plus, c’est que ça ne peut passer que par l’exemple concret de ce qu’un voisin, un ami, un membre de sa famille, met en place lui même. C’est le retour d’expérience. Je n’ai jamais composté de ma vie, je vais chez des amis, chez un voisin et je vois un composteur dans sa cour ou mieux je vois un lombricomposteur dans sa cuisine, je soulève le couvercle, je demande qu’on m’explique et on me montre comment ça fonctionne ; je constate que ça ne sent pas mauvais, que ça marche bien, que le volume de déchets a été divisé par 2, 3, 4, 5 et il me montre ses plates bandes et ses tomates et il me rappelle que les fraises qu’il m’a apporté elles ont poussé dans une terre qui a été abondée par ce compost et je constate que c’est faisable, que c’est une activité que je vais pouvoir faire avec mes enfants etc. C’est de ce concret là dont je parle, pas simplement signer des pétitions contre une ferme des mille vaches ou contre un aéroport à notre dame des landes (ce dont on a besoin aussi, bien entendu, et d’ailleurs je le fais aussi !) ; pas simplement essayer de sensibiliser les gens en diffusant des informations catastrophistes sur l’état de la planète, d’informer sur les AMAP qui fonctionnent, sur ce que c’est que la permaculture, mais aussi mettre en œuvre des actions concrètes qui fonctionnent, qui sont efficaces, et qui peuvent donner envie à d’autres de venir à l’écologie chacun à sa manière. Il peut y avoir un papy qui jardine depuis 60 ans de manière conventionnelle, qui désherbe avec du roundup, qui passe le motoculteur, qui vient à la permaculture, à l’écologie par des amis qui jardinent de manière différente, plus respectueuse de la nature : il se rend compte que ces amis produisent tout autant, qu’ils ne se font plus mal au dos, et peut-être qu’ il va se dire, finalement l’écologie c’est intéressant. Et par cette entrée, il va peut-être découvrir d’autres dimensions de l’écologie, par exemple le transport, la santé etc. Une autre porte d’entrée dans la transition écologique, ça peut être un bricoleur invétéré qui intègre un atelier de réparation, un repair-café dans lequel il va apprendre à d’autre personnes plus jeunes à réparer un grille-pain, à renforcer une chaise ou je ne sais quoi. Dans ce cadre là, lui qui connaît bien le bricolage, va rencontrer d’autres personnes qui vont lui parler de la manière dont ils se soignent, de la manière dont ils se déplacent à vélo…Chacun peut venir à l’écologie, à la transition, par son entrée en tirant un fil de la pelote. Donc, je crois beaucoup à la vertu de l’exemple. »
Prévisions de production – pétrole
CC : vous y allez très fort dans votre livre, vous dites : « le développement des énergies renouvelables (EnR) est gourmand en métaux et en énergies et on ne pourra pas remplacer les énergies fossiles par les EnR propres ou vertes ». Là vous nous poussez dans l’impasse.
GD : « le terme impasse, c’est exactement ça ! c’est une évidence. Regardons les ordres de grandeur. Les quantités d’énergies consommées au niveau mondial et la proportion de cette énergie qui vient des EnR aujourd’hui elle est infime, ridicule. En gros les énergies renouvelables, c’est l’hydraulique et tous les sites sont déjà équipés, reste l’éolien et le solaire qui représentent une quantité à la marge même si ça augmente beaucoup et c’est absolument inenvisageable que ça puisse remplacer toutes les autres formes d’énergies au niveau de consommation actuelle. C’est physiquement impossible, on n’aura jamais assez de métaux, de métaux rares qui pèsent une tonne et qu’on trouve dans les éoliennes. Il y a un très bon livre qui vient de sortir là-dessus « la guerre des métaux rares » de Guillaume Pitron ». Ce genre de livre (il y a aussi celui de Philippe Bohouix, « L’âge des low-tech » nous invite à comprendre que la seule solution, c’est une diminution drastique de nos consommations d’énergies, même pas un facteur 4, en fait il faudrait les réduire de beaucoup plus. Je dis »il faudrait », mais en fait, c’est plutôt »il faudra », parce qu’on n’y coupera pas, qu’on le veuille ou non.
CC : le fait d’avoir une petite autoconsommation avec du panneau photovoltaïque pour un frigo, de la lumière, etc, sachant que les métaux sont recyclables, c’est une démarche de transition écologique non ?
GD : « Oui bien sûr, cela représente une avancée, mais à l’échelle de l’histoire humaine, ça va seulement permettre de gagner un peu de temps. Et puis attention avec le recyclage, il faut être modeste sur ce que cela permettra. le recyclage est une activité qui est extrêmement gourmande en énergie et il y a une déperdition forte dans le cycle de recyclage. Donc en fait, il y a un cercle vicieux qui fait qu’à terme à l’échelle géologique ou de l’espèce humaine c’est un système qui ne peut pas fonctionner, qui ne peut pas être durable. A moins d’aller chercher des métaux et de l’énergie sur d’autres planètes, mais je n’y crois absolument pas. De tout façon il faut bien voir que l’énergie et les métaux que nous utilisons aujourd’hui nous permettent d’avoir un mode de vie qui détruit par ailleurs les écosystèmes, la fertilité des sols, qui déforestent, qui modifient le climat, donc, de toutes façons, soit ce ne sera plus possible de vivre comme nous le faisons dans pas très longtemps, soit ça continuera à être possible et ça nous amènera à notre perte d’une autre manière.
Il n’y a pas d’autre alternative que de mettre en place des systèmes dans lesquels en gros on n’a plus besoin d’une autre énergie que celle que nous procure, le soleil, le vent, l’eau etc. Vous parlez de frigo par exemple, il n’y a pas besoin de frigo, j’en ai un parce que j’habite en ville mais à terme quand j’habiterai à la campagne et j’espère que ça viendra vite, je pourrai m’en passer. Avant on se passait de frigo, on avait une cave on n’avait pas de beurre, la viande on la salait ou on en consommait moins, les produits laitiers étaient du jour. On n’a pas »besoin » d’un frigo dans notre monde d’aujourd’hui, c’est un besoin que l’on s’est créé parce que nous ne produisons pas notre nourriture, parce qu’elle vient de loin, parce ce qu’on vit dans des logements qui sont chauds où il n’y a pas de cave. La lumière c’est pareil, ce besoin d’être éclairé l’hiver c’est parce qu’on a une vie sociale mais à la campagne il y a 300 ans, la lumière c’était la bougie et la vie au rythme des saisons. »
CC : le risque de ces paroles là, quand vous faites référence à il y a 300 ans, la bougie, la cave, c’est de provoquer cette réaction immédiate, « on va quand même pas revenir à la bougie ?« . Dans votre livre vous posez les principes de la permaculture laquelle consiste à s’inspirer des lois de la nature, or toute l’évolution de l’humanité consiste à se libérer des lois naturelles.
GD : « mais à quel prix ? jusqu’à présent ça a été possible mais on arrive au stade ou ce ne sera bientôt plus possible du tout. Bien entendu que mes propos génèrent des réactions sur le retour à la bougie etc, ma seule réaction c’est de dire, c’est physiquement inévitable. C’est comme si quelqu’un vous disait, c’est Desproges qui disait ça : »j’aurai pas le cancer parce que je suis contre ». (Pierre Desproges est mort d’un cancer à l’âge de 49 ans – ndr) Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas que quelque chose arrive que ce quelque chose n’arrive pas . Ce n’est pas parce que quelque chose nous déplait que ça n’arrivera pas.
J’ai une amie qui me disait qu’avec ce que je décris comme mode de vie, il n’était pas question qu’elle retourne vivre à la campagne. Ma réponse c’est que le jour ou elle n’aura plus rien à manger, pas d’énergie et pas d’eau quand elle tourne un robinet, elle se dira peut-être, »campagne me voilà ! ». Ma crainte, c’est que l’absence de prise de conscience de ça nous amène à continuer à faire fonctionner un système qui est déjà virtuellement foutu. Alors que nos connaissances, notre énergie, notre volonté, devraient être consacrées à mettre en place sur tous les territoires, partout, des systèmes alternatifs qui permettent de vivre de manière durable mais pas comme il y a 300 ans, parce que nous avons de nouvelles connaissances, de nouveaux outils qui permettent de garder ce qui est vraiment durable et efficace mais pas superflu. Par exemple, un téléphone portable, c’est superflu, ça n’est pas durable, ça n’a pas d’utilité alors qu’une grelinette, un vélo, une charrette à bras avec des roues c’est efficace. Mais il ne s’agit pas de revenir au temps des cavernes. »
CC : vous nous demandez de raisonner avec un grand écart entre le constat actuel pessimiste et la nécessaire transition de nos modes de vie, alors qu’aujourd’hui l’ eau coule des robinets, la lumière est partout et la nourriture abonde ?
GD : « effectivement, j’ai des réactions de ce type, « c’est pas vrai, tu racontes n’importe quoi, l’humanité a toujours trouvé des solutions, elle en trouvera encore », mais c’est une cécité complète. Oui Léonard de Vinci a été capable d’inventer des machines formidables mais aujourd’hui on est un petit peu plus nombreux qu’à l’époque, on a des écosystèmes qui sont en train d’être dévastés, on a exploités les gisements les plus façiles à exploiter pour à peu prés toutes les matières premières essentielles (pétrole, métaux…), donc les ingénieurs seront certainement capables d’inventer des dispositifs très efficaces sur le plan écologique, mais de là à ce qu’on soit capable de les produire en grande série pour combler les besoins de milliards d’humains…
Prenons l’exemple de solar impulse .Je n’ai pas les chiffres exacts en tête, mais à la louche ça pèse une tonne 4 avec 800 kilos de batteries, ça emmène un bonhomme qui pèse 60 kilos à 80 km/h. Alors fabriquer un prototype de 747 ou d’A320 uniquement électrique et solaire c’est de l’ordre du fantasme. On pourra peut-être en faire un en kevlar ou en carbone, mais qui coûtera peut-être 3 milliards d’euros, je ne sais pas… Nous sommes encore dans une situation de déni et quand on me dit que je raconte n’importe quoi, je demande : »quelles sont vos solutions ? vous croyez vraiment qu’on va pouvoir continuer comme ça ?vous croyez vraiment que des ingénieurs vont nous sortir du chapeau des solutions miraculeuses pour inverser le changement climatique, rétablir la biodiversité, restaurer les sols, etc., tout en permettant à 7 milliards d’humains de vivre à l’occidentale ? vous y croyez sérieusement ? » Face à ce déni de la crise écologique il faut absolument proposer des solutions. C’est l’objet du livre.
Souvent j’entends, »on va y arriver », mais si on n’a pas conscience de l’ampleur des efforts à faire pour y arriver, et bien on n’y arrivera pas. Je pense qu’il est plus réaliste de dire »on ne va pas y arriver, sauf si on prend conscience de l’ampleur des efforts à faire et si on s’y met tout de suite ».
Les écologues savent bien qu’il y a des situations où on ne sait qu’après coup que la situation est irréversible. On en est là avec le climat, l’effondrement de la biodiversité, la perte des sols etc. J’ai tendance à penser que sauf sursaut gigantesque, c’est plus ou moins foutu. Mais ce n’est pas parce que c’est plus ou moins foutu qu’il ne faut rien faire. Jean-Pierre Dupuy, philosophe des sciences nous dit à peu près : « faire ce qui doit être fait pour que ce que l’on craint n’arrive pas ». Pour faire et agir il faut commencer par se dire que la situation est catastrophique sinon on en reste à des mesurettes, comme aller au Biocoop plutôt qu’au supermarché, consommer bio, et ça ne change rien au fait que les tomates que j’achète au Biocoop elles viennent de loin, poussent sous serres, transportées en camion etc. Peut-être je suis chez énercoop, c’est des éoliennes ok, mais dans lesquelles vous avez des aimants qui sont fabriqués avec des terres rares qui viennent de chine etc. Ces solutions là sont des avancées, mais si on se contente de ça, elles ne sont absolument pas à la hauteur de ce dont on a besoin. Il se trouve que ces dernières années, j’ai vu des lieux qui fonctionnent selon le principe de la permaculture et qui eux sont réellement résilients. On peut très bien imaginer des lieux comme ceux là répartis sur l’ensemble du territoire, partout sur la planète et notamment dans les campagnes, parce que le mode de vie urbain tel qu’il est généralisé aujourd’hui est condamné à terme. Les villes actuelles ne produisent pas leur nourriture. Je dis aux étudiants, »vous allez connaître l’exode urbain ».
La durabilité, ce n’est pas seulement, mes enfants, mes petits-enfants, ça se joue aussi à l’horizon de 200 ans, 500 ans, 5000 ans. Il n’y aura plus de téléphones portables alors depuis belle lurette. »
CC : dans l’esprit de la permaculture, le tourisme de masse par exemple est son contraire, non ?
GD : « Presque tous nos arrières arrières grand parents passaient toute leur vie dans un rayon de 10 ou 15 km autour de leur lieu de naissance. Le tourisme fait partie des premières activités humaines qui s’effondreront, ça et le sport de haut niveau et les sports mécaniques. Montaigne qui avait beaucoup d’argent, a voyagé une fois dans sa vie, une seule fois ! et ça a duré pendant deux ans. Et c’était un voyage à cheval. Aujourd’hui on fait des séjours de 10 ou 15 jours à l’autre bout du monde avec l’empreinte écologique que cela induit.
Les solutions que l’on nous présente comme des alternatives efficaces sont censées nous permettre de dormir tranquillement. Ça permet de nous dire : » ne vous inquiétez pas braves gens, il y a des solutions écolos vous pourrez continuer à vivre comme vous le souhaitez ». Pourtant nous devrons apprendre à vivre autrement de force ou de gré sans emballages par exemple, parce que notre dépendance au pétrole est forte et cette ressource énergétique va se raréfier et coûter de plus en plus cher à extraire.
Le secret se cache dans la simplicité, pour nous nourrir, nous habiller, nous déplacer. Une immense partie de ce qu’on va perdre avec l’effondrement des ressources nous fera prendre conscience du fait que dans les modes de vies de la plupart d’entre nous (et pas que les très riches), le superflu passe souvent avant le nécessaire. Nous sommes dans des sociétés qui sont intenables écologiquement et je ne sais pas quand elles vont s’effondrer, si ce sera rapide ou lent, dans 2 ans, 15 ans ou plus… ce que je sais c’est que dans vingt ans le monde dans lequel on vivra n’aura rien à voir avec celui qu’on connaît aujourd’hui. »
CC : vous citez dans le livre, cette phrase de Bill Molison, l’inventeur du concept de permaculture : « alors que les problèmes du monde deviennent de plus en plus complexes, les solutions demeurent honteusement simples ». Les solutions ?
GD : « d’abord je ne parlerai pas de solutions pratiques, je parlerai en priorité d’un changement d’ état d’esprit. La solution c’est d’abord de bien comprendre les principes de la permaculture et de les comprendre de manière suffisamment intime pour les intégrer à l’ensemble de ses pratiques tout au long de sa vie ; la manière de consommer, de se nourrir, de se déplacer etc, et à partir du moment ou on est dans cet état d’esprit là, dans cette philosophie là, les solutions techniques ou pratiques elles se dessinent d’elles mêmes en fonction du contexte où l’on est, de ses ressources, de ses capacités, de ses compétences, de son entourage, etc. On va spontanément découvrir et mettre en place les solutions qui nous conviennent et qui sont adaptées à notre contexte. L’essentiel, ce n’est pas de penser en terme de solutions techniques c’est de penser en terme d’état d’esprit. Penser long terme, aborder les situations de manière globale, minimiser la dépense d’énergie, travailler de façon efficace, laisser le plus possible travailler la nature etc. Une fois compris les principes de la permaculture, chacun trouve ses propres solutions. »
CC : et pour celles et ceux qui diront, oui mais c’est des trucs de BoBo pour les BoBo ?
GD : « ils n’ont qu’à lire le livre ; je ne pense pas que ça s’adresse aux BoBo. Je suis l’archétype du BoBo, certes, mais je travaille et je me prépare à ne plus l’être pour ne plus être dans ce mode de vie qui n’est pas raisonnable. »
La permaculture – Grégory Derville – Ed Terre vivante
Le livre de Grégory Derville sur la permaculture est un manuel complet, à l’usage de celles et ceux qui souhaitent participer activement à leur échelle à la transition
Conseils pour le potager
PARTAGES
Ils sont la terreur des jardiniers superstitieux ! Saint Mamers, Saint Pancrace et Saint Servais. Les trois Saints de Glace. Ils nous donnent rendez-vous, comme chaque année, les 11, 12 et 13 mai. Mieux vaut donc conserver un œil sur la météo, l’autre, sur les conseils d’un maraîcher bio cantalien !
Par Laetitia Théodore
"Au printemps ramène l'hiver,
Pancrace, Servais et Mamert."
« Personnellement, moi, je n’en tiens absolument pas compte », confie Didier Flippo, maraîcher bio, installé à Sansac-Veinazès, dans le Cantal. « Franchement, quand le climat était plus rigoureux, pourquoi pas, mais aujourd’hui, avec le réchauffement global, il y a rarement des gelées en cette période. En faisant quelques recherches, j’ai trouvé qu’en moyenne, il y avait un épisode de gel tous les 15 à 20 ans, à la mi-mai. Pas de quoi paniquer ! ». A 700 mètres d’altitude, orienté plein sud, son potager de 5 000m2 n’a pas vu de gelées depuis au moins trois semaines. Mais notre maraîcher avoue que jusqu’à la fin mai, il reste très vigilant pour ses cultures en extérieur. Et surveille chaque soir, la courbe des températures prévues pour la nuit. « En cas de doute, il faut avoir un voile d’hivernage ou de forçage à porter de main. Et en recouvrir les plants fragiles ». Pour les plus prévoyants, une haie en lisière nord du potager protégera les plantations des vents froids, de nos trois compères de Glace.
« Le bon moment pour se lancer »
« En ce moment, la nature se réveille à fond, surtout avec l’alternance pluie et soleil. Il faut en profiter car les plantes démarrent au quart de tour ! ». Une invitation à se lancer qui se double d’une liste impressionnante de semis possible à réaliser, selon Didier. Et des astuces qui vont avec ! Pour les haricots, par exemple : « Il faut les semer dans une terre à au-moins 18 degrés. La chaleur du sol va les aider à germer rapidement. Si la terre est plus froide, les graines risque de pourrir. Il faut juste vérifier en plantant un thermomètre dans le sol. C’est tout bête mais d’une efficacité redoutable ! ». La période est aussi propice au repiquage des salades, des premières courgettes (avec un œil sur les températures nocturnes), les côtes de blettes, les betteraves, le fenouil, le persil, la coriandre. Et les tomates, que les jardiniers se languissent toujours de mettre en terre !
Les tomates
Pour les tomates, Didier conseille les variétés précoces qui ne vont pas démarrer plus tôt que les autres mais dont le cycle de pousse est plus rapide. Sa variété chouchou : la Stupice. « Elle est vraiment top ! Très précoce. Il y a deux ans, après les avoir semées en godets début janvier, puis repiquer avec un voile d’hivernage, j’ai fait ma première récolte le 18 juin. Elle est très bonne, même en pleine saison, là où d’habitude, les tomates précoces perdent de leur saveur ». Seul hic pour tout ceux qui n’ont pas été prévoyant, il y a peu de chance de trouver des plants de Stupice, à repiquer… Le conseil de Didier : « acheter des graines maintenant, en prévision de l’année prochaine. ». Une fois le deuil de la Stupice effectué, Didier vous conseille de vous rabattre sur des plants de tomates Edouard ou Grégori Altaï, relativement courante. Faute de quoi, la variété Marmande, courante et précoce fera l’affaire, tout comme quelques pieds de tomates cerises.
Une fois plantés et tutorés, la récolte n’est pas encore garantie. Le Mildiou, cette maladie qui provoque des tâches marron sur les feuilles et la tiges des pieds de tomates, est un ennemis redoutable. « Le mieux, c’est de faire comme une petite tonnelle avec un plastique et 4 ou 6 piquets, pour que les plants ne se mouillent pas en cas de pluie ». Et hop, un conseil de plus de glané !
Et on arrose quand ?
« Jamais ! » La réponse a de quoi surprendre mais Didier n’en démord pas. « L’essentiel, c’est de bien pailler ses cultures. Cela permet d’avoir des légumes en meilleure santé, plus beau et avec plus de goût. Avec le paillage, le sol est plus vivant et les racines des plantes trouvent plus facilement les micro-nutriments dont elles ont besoin ». Sur le sol de son potager, Didier ajoute donc un lit de paille ou de foin, fournis par l’agriculteur du coin. « Inutile d’aller chercher des paillages chers en jardinerie ». La méthode permet à Didier de se passer complètement d’arrosage, alors même que son potager est orienté plein sud. « J’arrose quand je repique mes plants. Et ensuite plus rien. Le paillage fait tout le boulot ! ». Le conseil du Chef : « Ne pas mettre une trop grosse couche de paillage quand les plants sont petits. Mais ne pas hésiter à en rajouter au fur et à mesure de leur croissance ».
Des conseils de jardinage via Youtube
« Au début, ça a commencé sur les marchés. Quand les clients venaient acheter leurs légumes sur mon étal, ils me demandaient toujours si je n’avais pas quelques trucs de professionnel à leur donner pour tel ou tel problème rencontré dans leur potager. Et à force, je me suis dit que si je faisais des vidéos explicatives, les gens seraient sûrement intéressés. ». L’ancien programmateur/graphiste pour jeux vidéos chez Atari, à Lyon, reconverti dans le maraîchage, depuis 10 ans, met donc à profit ses connaissances en informatique pour créer sa chaîne Youtube, Mon potager plaisir. « Quatre ans plus tard, ma chaîne compte 74 vidéos, soit 750 heures d’explications de jardinage. Au début, c’était laborieux, je bafouillais beaucoup devant mon appareil photo. Aujourd’hui, je mets un à deux jours pour tourner et finaliser une vidéo de huit minutes ». Parmi les plus regardées, la recette d’un insecticide et d’un fongicide naturel et polyvalent, à base de macération huileuse d’ail. La terreur des pucerons et des chenilles, depuis qu’elle a été vue près de 375 000 fois ! « Ne taillez jamais vos tomates » arrivent à la 3ème place des vidéos les plus vues, avec 268,000 vues. Bref, derrière Didier, c’est toute une communauté de « jarditubeur » : « Si je regarde les statistiques de mes vidéos, elles ont enregistrés 3,8 millions de vues et 260 000 heures de visionnage ». De quoi comprendre la nature sans s’en remettre aux anciens adages.
Le bon sens paysan, autrefois...
Je ne sais plus depuis combien d'années, on n'a pas retourné le terrain.
Le sol est couvert de paille et de broyat, enrichi par le compost issu de nos propres légumes.
Quand on soulève la paille pour mettre un semis en terre, ça foisonne de vie.
Tout ce que dit cet homme a été banni par l'industrie agro-alimentaire pour une seule raison : le profit. Aucunement pour la santé des consommateurs ou pour produire davantage.
On dispose d'environ 500 m carrés de terre cultivée et la production couvre largement nos besoins. Et même en hiver.
Quand on voit les surfaces dédiés aux animaux d'élevage, ça nous révolte.
La faim dans le monde est une aberration dès lors que le climat est favorable. Je ne parle pas des terres souffrant de sécheresses continues.
Ici, en Europe, les surfaces exploitables avec ce type d'agriculture biologique représente une telle quantité de production que personne ne devrait avoir de difficultés à se nourrir sainement...C'est effarant...
Tout le monde sait, d'autre part, que le pétrole finira par ne plus être exploitable, que le taux de retour énergétique ne sera plus rentable.
Là, on verra ce que deviendront toutes les exploitations agricoles qui ne vivent que grâce à ce pétrole...
La fin du pétrole: le vrai défi du XXIe siècle
Plon, 2005 - 370 pages Le spectre de la pénurie du pétrole se fait de plus en plus pressant. Au train où nous le consommons, la moitié des réserves sera épuisée dans quelques années et, avant le terme de ce siècle, il se pourrait que notre civilisation industrielle ait à affronter un choc immense et pourtant prévisible : la fin du pétrole. Notre mode de vie en sera bouleversé, notre modèle économique et social totalement transformé. C'est donc à une véritable prise de conscience que l'auteur nous invite. En rupture avec l'optimisme traditionnel des pays producteurs, compagnies, et autres économistes, il dépeint avec méthode et lucidité un monde à venir dans lequel de grands défis attendent l'humanité. Ce n'est qu'après cette période de troubles pour notre civilisation, que Kunstler nomme la " Longue Catastrophe ", que nous retrouverons un monde viable. Lire La Fin du pétrole est déjà nous y préparer. |
Mélanie Talcot
Mélanie Talcot écrit.
Elle écrit très bien.
Des textes percutants, des analyses qui cisaillent, des mises en scène qui relèvent de la littérature cinématographique, celle qui vous plonge dans d'autres vies et vous renvoient simultanément à la vôtre.
On ne lit pas les romans de Mélanie, ils se vivent. Et une fois vécus, ils sont en nous.
Un livre qui s'oublie ne contient pas de vie.
Vous n'oublierez pas ceux de Mélanie Talcot.
Mélanie écrit aussi des articles sur Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/melanie-talcott
Plusiurs romans à son actif :
https://www.babelio.com/livres/Talcott-La-democratie-est-un-sucre-qui-se-dissout-dans-le-/921543
https://www.babelio.com/livres/Talcott-Goodbye-Gandhi/733964
https://www.babelio.com/livres/Talcott-Les-Microbes-de-Dieu/382068
https://www.lombreduregard.com/mes-livres/alzheimer-meme-toi-on-toubliera
https://www.lombreduregard.com/
Dis, tu crois que le monde d'après sera différent ?
"Notre dieu est grand et l'argent est son prophète.
Pour ses sacrifices, nous dévastons la nature entière.
Nous nous vantons d'avoir conquis la matière
et nous oublions que c'est la matière qui a fait de nous ses esclaves."
Le Livre du Thé (1976), Okakura Kakuzo
— La masse volumique du dioxyde de carbone est donc...
Elle plissa le front, me regarda hésitante, les doigts tapotant sur la calculatrice de son smartphone.
Mon dieu, comment est-ce possible d'apprendre des choses aussi chiantes à une gosse de treize ans.
Depuis plus d'un mois, à cause du Connard-virus comme nous l'avions surnommé, je l'aidais dans sa télédéportation éducative. Des textes de français inintéressants au possible aux arts plastiques, en passant par le sport où le prof lui donnait comme exercice de s'imaginer entraîneur de foot et de lui proposer une stratégie, jusqu'à ses leçons de physique-chimie qui se résumaient à une longue liste de devoirs, appuyés par des résumés explicatifs plus qu'approximatifs. Pas de quoi titiller le goût d'apprendre chez cette môme, pourtant bonne élève, pour qui étudier était une corvée à laquelle elle ne pouvait échapper. Elle faisait donc le minimum, à savoir faire fonctionner sa mémoire plutôt que son esprit d'analyse et de critique et son intelligence, très alerte.
De la masse volumique, on passa à la densité moléculaire dudit gaz sous l'influence de la pression et de la température, problème qui se concrétisa par la question de la vitesse du mouvement des molécules.
— C'est quoi, pour toi, une molécule ?
— J'en sais rien... Ce prof nous explique jamais rien !
— Une molécule est un assemblage de plusieurs atomes, dans ce cas deux oxygène pour un carbone. En un mot, Chloé, c'est ce qui forme la matière. Ton gaz est volatil. A ton avis, ses molécules, toutes les mêmes, vont bouger plus vite ou moins vite que celles qui forment cette table ? Pour t'aider, pense à un wagon de métro à une heure de pointe.
Son visage s'éclaira, elle sourit.
— Ben... s'il est volatil, ça veut dire que les liens entre les molécules sont plus lâches. Il y a plus de place que dans le métro, donc elles bougent plus vite.
— Tu as tout compris ! Un conseil... Quand ce que l'on te demande te semble être du chinois comme l'on dit, projette-toi dans la réalité. Cherche un exemple concret. Tu vois la table là ? Dis-je en posant mes doigts sur l'un de ses coins. Ce tout petit morceau ici a la même densité que l'ensemble. Si tu avais la possibilité de pénétrer sa matière, tu verrais que l'agencement de ses molécules et leur mouvement est partout le même. Sais-tu ce qu'est un hologramme ?
Je m'arrêtais. Je ne suis pas très douée pour la pédagogie consensuelle. Il vient toujours un moment où je me barre dans des explications qui n'ont rien à voir avec le sujet. Mais Chloé n'est pas n'importe qui. C'est ma petite fille confinée. Le connard-virus la privait de ses copains-copines contre un tsunami de devoirs hebdomadaires, à tel point qu'elle y passait plus de temps qu'au collège.
— Un holo... quoi ?
— Hologramme. C'est une technique qui à partir d'un fragment permet de reconstituer l'ensemble via une image 3D. Imagine qu'à partir de ton petit doigt, on puisse visualiser la Chloé actuelle. Toi qui est fan des experts du Crime Scene Investigation des séries policières américaines, ça doit te parler, non ?
— Oui, mais je vois pas trop où tu veux en venir.
— Ce que j'essaie de t'expliquer est que l'infiniment petit contient en lui-même l'infiniment grand. Tout est dans tout. C'est le petit Yin dans le grand Yang de la tradition chinoise et réciproquement. La matière et le mouvement. L'une n'existe pas sans l'autre.
— Ah ouais... comme quand on dit qu'il suffit d'un grain de sable pour gripper celui d'un moteur.
— Exactement. Mais n'oublie pas que ce n'est pas obligatoirement pour de mauvaises raisons.
— Que veux-tu dire ?
— Puisque la situation s'y prête en ce moment, le Connardvirus va nous servir d'exemple.
— Covid-19... Un nom d'agent secret. Il me fait penser à Skyfall et à Daniel Craig. J'ai kiffé ce film.
— Effondrement du ciel... Pas mal trouvé. Quant à Daniel Craig, c'est toi qui voit, ma puce. Toujours est-il que ce petit point de matière, parfaitement invisible, dont personne ne sait d'où il vient précisément, ni ce qui détermine son expression tant elle varie selon qu'il pose son bagage ici ou là, suit son bonhomme de chemin sans état d'âme. Là où je passe, l'herbe ne repousse pas. Ces mots que l'on attribue à Attila, pourraient très bien être ceux de notre virus, tout comme l'est pour certains le surnom de Fléau de Dieu donné à ce chef de guerre et au Covid-19.
— En tout cas, il nous a tous flanqué aux arrêts, avec un mot que je ne connaissais même pas : confinement, et que je n'oublierais pas de sitôt ! Tu sais ce que m'a dit Arizona l'autre jour en voyant le postier dans sa voiture. Et elle a quatre ans ! « il travaille, il est pas en confinement ? Il obéit pas à Macron. » Elle m'a sciée ! Avec mes copines, on est super vénères. On n'en peut plus de tourner en rond et de parler au téléphone. Mon amie Anna, elle va péter un câble et moi aussi. Plus d'un mois, sans se voir en vrai...
— Bah, ça ne va pas durer éternellement, sinon comme tu dis, je vais finir moi aussi par péter un câble avec Papi Taxi qui est coincé en confinement dans un petit village à plus de mille kilomètres d'ici sans d'autre moyen de communications que le téléphone ! Putain de virus ! Ses petits brins d'ARN s'agitent et le voilà qu'il te fout un branle-bas de combat du tonnerre de Dieu d'un continent à l'autre. On s'arme. La science avec ses microscopes, le politique avec ses discours d'un rassurant foireux, l'économie qui scrute anxieusement ses bourses qui se fripent d'impotence, la prostate en berne, les actionnaires qui comptent les biffetons de leurs dividendes, et les peuples qui, eux, se calfeutrent en priant Dieu, Allah, Bouddha ou un ersatz spirituel quelconque que le Covid-19 ne vienne pas s'essuyer les pieds sur leur paillasson. T'as vu le Pape tout seul, tout blanc bénir les statues de la Place Saint-Pierre ? On se serait cru au Moyen-Age. C'est ce que j'ai pensé, en tout cas ! Urbi et Orbi, loin de nous... Virage du Mal comme l'annonce en grandes lettres la couverture de Paris Match. Un tout petit Yin viral qui jette le grand Yang, le nôtre, très humain celui-là, dans un mouvement planétaire désordonné. Vu ainsi, apparemment, c'est pas le pied !
— Pourquoi apparemment ?
— Attends, je te sers un verre de menthe, je me fais un café et je t'explique le délire que j'ai eu cette nuit. Je n'arrivais pas à dormir et ras le bol de dialoguer avec les murs. Sais-tu ce qu'est un virus ?
— Pas vraiment, non. Mais je me suis demandée comment un si petit truc pouvait à lui tout seul tout casser ? Moi, ça me rappelle l'histoire du Titanic que tu m'as raconté et de l'iceberg que personne n'a vu venir. J'sais même pas ce que c'est un virus, mais je me souviendrais sans doute toute ma vie du nom de celui-là ! Explique-moi. C'est trop cool d'avoir une grand-mère comme toi. Aucune de mes amies n'a cette chance. T'es la seule que je connaisse ainsi qui prend la peine de discuter avec moi de sujet complexes et graves et se fout de mon âge.
— Avec prudence tout de même, Chloé... Avec prudence. Un virus... Pour certains biologistes, ce n'est pas un être vivant, mais une association structurelle de molécules biologiques sans autonomie biochimique, c'est-à dire qu'il n'est pas fichu de se débrouiller tout seul. D'autres affirment le contraire ou jugent la question sans grand intérêt, sinon peut-être philosophique. Mais tous s'accordent sur un point : il est un moteur de notre évolution. Il a des millions d'années dans les pattes, il était là avant nous et le sera sans doute après, si un jour, l'humanité disparaît. Cela dit, ils ne sont pas tous néfastes pour l'homme. Ton organisme en abrite trois mille milliards de virus, dits bactériophages. Ils sont les éboueurs de ton écosystème interne.
— Ça veut dire qu'il ne sait pas se débrouiller tout seul ?
— Il lui faut pour survivre une cellule hôte bien vivante qu'il parasite, bactérie, cellules végétales, animales ou humaines, sinon il crève. De fait, un virus est incapable de puiser dans son environnement l’énergie nécessaire à son bon fonctionnement. Il détourne donc à son profit la machinerie cellulaire de sa logeuse, en lui injectant son patrimoine génétique – un peu comme le ferait une seringue - pour en prendre le contrôle et l'infecter afin qu'elle produise des milliers de copies du génome viral.
— Génome, c'est la même chose que patrimoine génétique ?
— Oui. C'est ce qui lui donne sa spécificité, la même qui fait que tu es grande, mince, avec un corps de liane – un canon comme dit ta mère - en plus d'avoir oublié d'être bête.
Chloé sourit, puis se tassa légèrement sur elle-même, poings fermés et bras croisés contre son ventre, position qu'elle prenait quand elle réfléchissait.
— Si je comprends bien, il rentre par effraction dans une cellule, repeint les murs à sa façon, vire les occupants qui le dérangent et met les autres au boulot.
— Exactement. Le matériel génétique du virus constitué par un acide nucléique, soit ADN soit ARN, le Covid est ARN, est porteur d'une information génétique spécifique. Soumission insidieuse, programmée mais non consentie. A partir de là, des particules virales partiront à leur tour à la conquête d'autres organismes.
— Ben dis-donc ton gars, il est plutôt astucieux.
— Non seulement, il se reproduit à l'infini, mais il mute et ce virus là possède une faculté d'adaptation déconcertante quant aux continents qu'il traverse et aux personnes qu'il affecte, sans même parfois laisser en eux l'empreinte de son passage. On a beau jouer les Rambo et rouler des mécaniques, on se sent ridicules et tout petits face à ce Bruce Lee que l'on suit à la trace sans pouvoir anticiper ses gestes. Oui je sais... ça fait chier de penser que nous sommes peut-être des rats de laboratoire au service de l'univers microbien. Mais vois-tu, là où les virus sont super bluffants, c'est mon délire de cette nuit, est qu'ils agissent exactement comme nous le faisons avec nos congénères humains et la Terre qui nous tolère plus qu'elle nous accueille. Somme toute, ils sont nos miroirs.
— L'infiniment petit dans l'infiniment grand, enfin toutes proportions gardées, de tout à l'heure ? Mais pourquoi tu dis que l'on agit comme eux ?
— Tu te souviens quand Macron a déclaré « nous sommes en guerre », le discours que l'on a écouté ensemble ?
— Ah oui ! Le fou rire que l'on a eu quand j'ai dit qu'il jouait le Kéké, tellement il avait l'air content d'en être le général. En plus, c'est pas une guerre. Y'a pas de bombes, y'a pas d'armes, comme en Syrie avec l'Islam et tout ça. Il y a bien des morts, c'est pas les balles qui les tuent, mais un ennemi invisible. C'est pas une guerre, mais une crise sanitaire.
— Tu en parles avec tes amies ?
Elle passa sa main dans ses longs cheveux, songeuse.
— Avec Anna, oui. Avec les autres, c'est plutôt fringues, crush, nos petits copains et nos amours virtuels, et Californie. C'est peut-être parce que je suis née en Inde, que j'y suis retournée plusieurs fois et que j'ai vu la misère de près.
Elle se serra contre moi, cacha son visage sur mon épaule. Silence câlin. Je repris.
— Tu as raison, Chloécita. Le terme de lutte serait plus approprié. Ce qui est surprenant est que nous l'accablons de tous nos maux, alors que nous utilisons exactement depuis des siècles la même stratégie que lui. Nos brins d'ADN ou d'ARN ? La guerre. Je ne te parle pas de celle intérieure, comme en Syrie, dont d'ailleurs plus personne ne parle, où tout le monde finit par se taper dessus parce qu'un seul type a décidé que lui seul avait le droit de l'ouvrir... enfin jusqu'à ce que les grandes puissances s'allient avec ou contre lui, chacune pour des intérêts qui n'ont rien à voir avec le désir des peuples qu'ils prétendent gérer. Les Gilets Jaunes et tous les mouvements sociaux qui ont suivi, dont celle des hôpitaux et du personnel soignant que Macron qualifie, énamouré, de soldats en première ligne après les avoir ignorés et réprimés pendant des mois, sont un autre exemple. Non je te parle des guerres de conquête, dites civilisatrices.
— Comme celles de Napoléon ? J'ai appris ça au CE2.
— Entre autres. Des Croisades aux guerres coloniales... Toutes se livrèrent dans le but inavoué non seulement d'imposer nos idéologies politiques et religieuses, ainsi que notre manière de vivre, au nom desquelles nous massacrons, torturons, violons, pillons et j'en passe, encore aujourd'hui, mais aussi et surtout notre monnaie aux populations dite indigènes. La mission civilisatrice n'a jamais été rien d'autre qu'un prétexte raciste pour faire main basse sur leurs ressources naturelles et culturelles que les puissances dominantes d'argent estimaient inutilisées ou mal utilisées, ou simplement considéraient comme leur droit inaliénable, voire divin. On en est toujours là... Au nom de Dieu, quelle que soit son obédience, file moi ton fric ! Tu sais, et c'est gerbant, la guerre est l'armure des assassins en col blanc qui eux ne se salissent jamais les mains, mais qui tuent, comme le virus, tout ce qui s'oppose à leurs visées hégémoniques. Depuis des siècles, nos tables de loi virales à nous autres humains. Envahir, parasiter, exploiter, soumettre, éradiquer les plus faibles.
— Remarque, vu l'état de la planète, il ne doit plus rester grand chose à piller !
— Détrompe-toi, Chloé. Ce pillage organisé dure encore, sauf que le champ de bataille s'est déplacé sur le terrain de l'économie mondialisée et l'hémicycle des places boursières, courtisées par les mafias du monde entier. Et je te ne parle même pas de celui de la Nature, dévorée par nos ambitions. A tel point qu'on l'a convertie en une gigantesque morgue où en pathétiques médecins légistes, boostés par une culpabilité ponctuelle, nous classifions nos victimes en étiquetant leurs cadavres, de nos maux. Je te précise, Chloé, maux – m-a-u-x. Extinction, pollution, réchauffement, épuisement, disparition, effondrement, destruction, appauvrissement, catastrophes naturelles, et j'en oublie certainement. Ces mots, cette fois-ci « m-o-t-s, » listent nos symptômes.
— Si je te comprends bien, l'humanité est malade ?
— Elle l'a toujours été, je crois. Ajoute à cela que l'on est tous plus ou moins atteints d'Alzheimer. On n'a rien appris des deux dernières guerres mondiales, des génocides, d'Hiroshima, des camps de concentration, des catastrophes de Bhopal et Tchernobyl, des famines. Les couloirs de la mort dessinés par l'homme sont infinis. Et l'on apprendra rien avec ce virus, ni même un autre. L'Histoire et surtout ses coulisses, tu le découvriras peut-être par toi-même plus tard, t'en donnera de multiples exemples. Sauf qu'actuellement, la maladie chronique qui affecte l'humanité est dégénérative, infectée par l'hégémonie cynique de la finance et son acide nucléique, le pognon.
— C'est pas tip-top comme futur !
— Oui je sais...ça fait chier de s'avouer qu'un foutu virus vienne nous enseigner à une époque où l'on nous vend l'intelligence artificielle comme la start-up de notre avenir triomphaliste, qu'il est notre miroir vs puce miniaturisée et que nous menons, comme lui, une sorte de vie par procuration, les uns au détriment des autres, selon les intérêts qui nous motivent. Mais lui au moins hisse franchement ses couleurs. Il fait son boulot de microbe et à nous les palmes de notre égoïsme XXL de prédateur.
— Dis, tu crois que le monde d'après sera différent ? Ce virus a fait un nettoyage formidable de la planète. J'ai jamais vu autant d'oiseaux dans le village, ni l'herbe pousser aussi vite. Partout dans le monde, le ciel redevient bleu.
— Écoute, ma petite fille. Difficile de t'affirmer qu'il en sera ainsi. Difficile aussi de t'affirmer le contraire. La seule chose qui d'ores et déjà au ra changé, c'est le langage de com'. Après avoir été priés de « rebondir dans la résilience » et nous « réinventer », voilà que Macron nous exhorte à « enfourcher le tigre, le domestiquer », le Covid et notre peur.
— Il a escamoté la moitié de la phrase que Papi Taxi m'a apprise lors de nos entraînements de Taichi. « Enfourcher le tigre et gravir la montagne. » Peut-être que cela lui demande trop d'efforts ? J'ai vu la vidéo avec Anna. On a bien ri. On aurait dit un animateur de colo !
— Il se décrédibilise tout seul. Mais mes doutes quant à l'après viennent plutôt de l'implication des uns et des autres. Tu le vois fort bien sur les réseaux sociaux. Elle se résume à la seule indignation virtuelle. La plupart exige de leurs gouvernants une attitude et une fermeté qu'ils n'ont pas eux-mêmes dans leur vie, à commencer dans leur propre famille. Ils oublient trop rapidement qu'ils les ont votés. Tu le sais, je te l'ai dit et répété : le peuple est con. Tant qu'il lui reste un petit pois dans son assiette, il n'agira pas pour le bien-être de tous. Et les gouvernants le sont aussi. Sauf qu'ils ont compris les moteurs qui font fonctionner les peuples. Ils en usent et en abusent. Un jeu de dupes où la peur sert de katana, et l'éloge de la sécurité, de plume. Cette distanciation physique et ce confinement aux visées immunitaires nous a transformé en cloîtrés involontaires, mais depuis belle lurette nous sommes des confinés du cœur et de l'esprit. Au fond, d'un côté comme de l'autre, tous pensent au pognon et au pouvoir d'achat. La loi de l'économie mondiale est aussi celle du caddie. Alors non, je ne pense pas qu'il y aura un après novateur.
Je me tus un instant.
— Vois-tu, il y a une autre raison à cela. Le mot confinement nous en a spolié très subtilement. Certes, soudain, le brouhaha du monde s'est tu. Le monde extérieur a cessé d'exister, ou tout du moins n'a plus eu la même importance. Son agitation désordonnée en a souligné la vacuité. La solitude nous dépouille de nos labyrinthes humains. L'importance que les êtres se prêtent, s'y relativise. Elle se défait de ses déguisements mensongers et de toutes les raisons qui justifient que nous courons dans tous les sens pour en trouver un à notre vie. La solitude est une alchimie puissante, le confinement, une asphyxie subie. Si la solitude est une opportunité de changement., le confinement est un geste barrière qui nous en a privé. Si les gens le comprenaient, le ressentaient dans leur chair et leur âme, le monde changerait, parce qu'eux-mêmes en seraient modifiés. Mais je doute fort que ce soit le cas pour la plupart. Faire la fête, aller au McDo, partir en vacances, reprendre leurs habitudes , en un mot leur normalité autiste... voilà ce qui les met déjà dans les starting-blocks de l'après.
Ses yeux se remplirent de larmes. Elle sourit tristement et baissa la tête. Je lui relevai doucement le menton.
— Ne sois pas triste, Chloé. Tu es en vie et cela en soi est déjà un immense privilège. Quoiqu'il se passe autour de toi, maintenant et demain, n'oublie jamais que tout dépend de toi et de la réponse que tu sauras donner à cette question : que veux-tu faire de ta vie ? Nous ne sommes que des paysans de notre monde intérieur. Nous n'avons pas d'autre rôle que celui-ci. Dès que les premiers fruits de ta récolte te nourriront et te satisferont, ce jour là, le paysan en toi n’aura plus besoin de savoir… Tu seras.
© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott – 08/05/2020.
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Facebook et la promotion littéraire
J'ai supprimé l'intégralité de l'historique de ma page Facebook. De toute façon, des posts qui datent de trois ans, ça ne sert à rien de les garder.
Je ne veux plus subir le fonctionnement de FB qui change ses paramètres sans qu'on en soit averti par des utilisateurs eux-mêmes.
Je ne veux plus que des algorithmes décident de ce qui sera affiché sur ma page alors que je n'ai pas un nombre "d'amis" bien conséquent.
Je ne veux plus être une cible publicitaire.
Je ne veux pas que mes navigations sur la toile soit enregistrées par FB. C'est une atteinte à ma liberté.
Si je n'ai pas supprimé totalement ma page Facebook après en avoir effacé l'historique, il y a une raison principale. Mon éditrice.
Mes romans sont édités et je sais combien c'est un privilège.
J'ai longtemps et assidûment travaillé pour y parvenir mais beaucoup d'autres auteurs en font tout autant et n'y parviennent pas malgré leur détermination.
Facebook reste une "vitrine" et je ne peux pas me permettre d'y balancer un pavé.
Par respect pour Anita Berchenko et les éditions du 38.
Cette page Facebook ne sera donc désormais que la possibilité de présenter mes romans et d'inviter les lecteurs et lectrices à y poser un commentaire, un avis, une note, une critique, une diatribe, un hommage, un coup de gueule ou un coup de cœur.
Je n'ai pas accès aux "grand médias" et j'ai cessé de distribuer gratuitement mes ouvrages en espérant un article. Et je comprends très bien que la maison d'édition ne puisse se le permettre. David est seul contre une armée de Goliath.
Les ententes entre les médias, les journalistes littéraires et les "grandes maisons d'édition" sont connues de longue date.
Le seul moyen pour qu'une maison d'édition régionale voit son aura s'étendre, ce sont les lecteurs et les lectrices. La multiplication des avis et commentaires apparaissant dans les moteurs de recherche contribue à accentuer sa reconnaissance.
Je le vois aujourd'hui avec mon blog. Avec 850 000 visites et plus de 2 millions de pages lues, il arrive, lorsque je tape un mot clé dans un moteur de recherche qu'un des 4000 articles de mon blog me soit proposé. C'est toujours la dictature des algorithmes mais c'est le seul moyen dont dispose un auteur inconnu ou une maison d'édition régionale. La Toile. Et ce sont donc les lecteurs et lectrices, par le temps qu'ils prendront à écrire un commentaire, qui tisseront le nombre de fils.
Il s'agit d'amplifier la petite toile qui nous concerne afin qu'un autre lecteur vienne s'y coller. Il n'y mourra pas...Peut-être même y découvrira-t-il un trésor qu'il pourra emporter.
Thierry Ledru


Thierry Ledru vit en Savoie. Après un BAC litté/philo, il est tout de suite entré à l’école Normale, en Bretagne. Passionné par l’escalade et l’alpinisme, il est allé vivre dans les Alpes.
« J’ai eu la chance immense d’avoir un prof de français et une prof de philo extraordinaires. J’adorais lire et écrire et peu à peu ils m’ont permis d’avoir avec eux une relation privilégiée, des échanges extrêmement enrichissants, non seulement d’un point de vue cognitif mais surtout sur le plan humain. Krishnamurti, Ouspensky, Platon, Gurdjieff, Camus, Sartre, Saint-Exupéry, Lanza del Vasto, Gandhi, Koestler, Conrad, Steinbeck, Heminghway, Prajnanpad, Vivekananda, Sri Aurobindo, London, Moitessier, Arséniev, tout ce qu’ils m’ont fait connaître ! Tout ce que je leur dois ! J’écrivais des nouvelles, ils les lisaient, les critiquaient, m’encourageaient. Ils disaient tous les deux qu’un jour je serai édité. »
Dans ses romans, Thierry Ledru pousse ses personnages à l’extrême d’eux-mêmes, il les confronte à des questionnements et à des événements qui les font avancer, leur ouvre un cheminement intérieur que le lecteur emprunte à leur suite avec un grand bonheur.
Le plastique, bombe à retardement.
Oui, je sais, entre cet article et le précédent, on aurait envie de se réveiller pour sortir de ce cauchemar. On ouvre les yeux et hop, fini. On retrouve le monde tel qu'on pense qu'il est : beau, sain, sécurisant.
Eh bien, non, ça ne sera pas si simple.
Et je ne sais même pas s'il est possible de revoir un jour ce monde tel qu'on aimerait qu'il soit.
Il est le cauchemar que les hommes ont fait de lui.
Et nous sommes tous responsables. A divers degrés. Je rappelle un ancien article posté ici : la plastisphère.
C'est si effrayant qu'il n'est pas possible d'en imaginer la portée.
Mais ce qui est certain, c'est que le choléra c'est bien plus catastrophique que le covid19...
Dans les océans, tout un écosystème se développe sur les plastiques. PHOTO//Expédition MED 2015
Dans l’eau, une faune diverse de bactéries et d’autres micro-organismes colonise les plastiques. Ces petits organismes vivant sur le plastique constituent la plastisphère. Et c’est la spécialité des chercheurs Linda Amaral-Zettler et Erik Zettler depuis leur découverte de la plastisphère en 2003 dans l’Océan Atlantique.
La chose est troublante : les communautés vivant sur ces « récifs » ne sont pas les mêmes que dans l’eau environnante. Le couple Zettler a déjà identifié plus de 1.000 bactéries qui prolifèrent sur le plastique dans le Pacifique et l’Atlantique. En fonction de la taille des supports, une vie diverse s’installe à leur surface. « Il peut y avoir de tout, des microbes aux invertébrés plus grands, comme de petits crustacés, explique Erik Zettler, chercheur NIOZ-Institut royal néerlandais pour la recherche sur la mer. La vie sur le plastique est une riche communauté de bactéries, de micro-animaux avec des producteurs primaires, des herbivores, des prédateurs, des organismes qui peuvent parasiter d’autres organismes et même des symbioses. » Un vrai micro-écosystème !
La plastisphère : des radeaux pour les microorganismes
Les plus de 5.250 milliards de fragments flottant à la surface des océans constituent autant d’embarcations potentielles pour les bactéries. Une fois colonisés, les plastiques continuent leur chemin dans la mer et les océans. Ils servent de radeau à cette faune qui peut être envahissante pour les écosystèmes marins et pathogènes pour l’homme ou les animaux. Ces radeaux permettraient la dispersion, la dissémination et le développement de certaines espèces. En devenant des espèces envahissantes dans des régions non originelles, elles pourraient perturber les fragiles équilibres marins et terrestres.
Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement aux bactéries du genre « vibrio »présentes dans l’océan. Leur version la plus connue est vectrice du choléra et d’autres maladies gastro-intestinales chez l’homme. Elles peuvent aussi s’attaquer au système digestif des poissons. « Nous avons en effet découvert en 2013 que la communauté microbienne sur un morceau de plastique de l’Atlantique était constituée à près de 25 % de Vibrio », relate Erik Zettler. Il n’est pas encore établi que les Vibrio pathogènes sont transportées par le plastique. Toutefois, « cette éventualité est loin d’être négligeable », estime le chercheur.
Un risque de contamination planétaire ou la solution à la pollution ?
S’il s’avérait que les plastiques transportent bien des pathogènes, il se pourrait que les microplastiques et les microfibres les transmettent aux bactéries dans les stations d’épuration. Étant donné que ces usines dépolluent l’eau grâce à des bactéries bien définies, cela pourrait effectivement poser de graves problèmes localement. Les chercheurs craignent aussi le risque de contamination des poissons en pisciculture, vu que ces élevages utilisent beaucoup de plastique. Au regard des densités élevées, un bout de plastique transportant un pathogène qui se détacherait pourrait contaminer l’ensemble des poissons. En d’autres termes, un seul fragment de plastique contaminé pourrait engendrer un risque épidémique.
Selon d’autres chercheur, les microbes sur terre peuvent dégrader certaines résines de plastique. Par ailleurs, on sait que des microbes dégradent les hydrocarbures dans les océans. « Je pense qu’à long terme, presque tous les composés organiques, y compris le plastique, seront dégradés par les microbes, mais ce n’est pas une solution, insiste Erik Zettler. Car aux températures relativement basses et aux concentrations de nutriments faibles dans l’océan, la dégradation microbienne du plastique se produira très très lentement. » Selon le chercheur, il ne faut pas considérer les bactéries comme faisant partie de la solution à la pollution plastique dans l’environnement.
Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com
Et pour finir la soirée en beauté, j'ajoute donc celui-ci. Pour les adeptes d'alimentation animale issue de la mer.
Ce soir, on a mangé les blettes, les oignons et les pommes de terre du jardin. Pas un seul produit chimique. Même si on ne peut pas assurer que l'eau de pluie ne contient pas des polluants dont on ne nous aurait jamais parlé...
Les microplastiques contaminent fruits de mer, poissons et sels
Natura-Sciences | Mis à jour le 13/09/2018 à 16:11 - Publié le 13/09/2018 à 16:10 0
La pollution par les microplastiques n’arrête pas de s’intensifier. Ils contaminent la chaîne alimentaire dans les océans. Et ils se retrouvent dans nos assiettes, que cela soit dans les poissons, les fruits de mer, mais aussi le sel marin!
Les microplastiques contaminent les poissons, les fruits de mer et le sel marin. PHOTO//DR Greenpeace
Des recherches actuellement menées à l’Université belge de Gand dévoilent que les amateurs de fruits de mers ingèrent entre 2.000 et 11.000 fragments de plastique chaque année. Selon les recherches du Dr Colin Janssen, les fragments de plastique de moins d’un millimètre se retrouvent largement dans les moules, huîtres et autres fruits de mers.
Tous les organismes filtreurs sont contaminés par les microplastiques. Par exemple, les moules filtrent entre 20 et 25 litres d’eau par jour. Heureusement, les microplastiques ingérés par les moules sont pour la plupart excrétés. Mais une moule renferme en moyenne au moins un petit fragment de plastique logé dans ses tissus, selon le Dr Janssen. Le chercheur estime ainsi qu’un plat de moules servi au restaurant peut contenir jusqu’à 90 particules de plastique.
Que deviennent les microplastiques dans notre organisme?
Au total, les chercheurs belges pensent qu’un amateur de fruits de mer ingère entre 2.000 et 11.000 fragments de plastique chaque année, en fonction de sa consommation. Dans la première évaluation des risques menée sur le sujet, ils considèrent que 99% des microplastiques ingérés par l’homme sont excrétés par le cors humain. Au final, moins de 60 fragments passeraient donc dans le sang et s’accumuleraient dans le corps chaque année.
« Maintenant que nous avons établi qu’ils [les microfragments] entrent effectivement dans notre corps et peuvent y rester pendant un bon moment, nous avons besoin de connaître le sort de ces plastiques. Où vont-ils ? Sont-ils encapsulés par des tissus et oubliés par le corps, ou est-ce qu’ils causent des inflammations ou autres problèmes ? Les produits chimiques s’échappent-ils de ces plastiques et causent-ils alors de la toxicité ? Nous ne le savons pas et nous devons savoir. » prévient le Dr Janssen.
Les scientifiques alertent sur le fait que cette contamination va s’intensifier à mesure que la pollution océanique va s’aggraver. D’ici 2100, les consommateurs réguliers de fruits de mer pourraient avaler 780.000 fragments de plastique par an. 4.000 microfragments seraient alors accumulés dans leur tissus chaque année.
Lire aussi : Huîtres : la menace des micro-plastiques !
Des microplastiques dans le sel marin
Par ailleurs, des chercheurs maltais de l’université Putra Malaysia dénoncent la présence de microplastiques dans le sel de table. Leurs résultats sont publiés dans la revue Scientific Reports. Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé 17 marques de sels marins ou de lacs issues de 8 pays – Australie, Iran, Japon, Nouvelle-Zélande, Portugal, Afrique du Sud, Malaisie et France – par spectroscopie Raman.
L’équipe n’a malheureusement pas révélé l’identité de ces marques. Mais leurs conclusions sont acablantes: seule une marque ne contient pas de microplastiques. Si cette marque est française, les cinq autres marques hexagonales n’échappent pas à cette contamination. Seule précision révélée : cette marque est vendue dans un contenant en verre.
De quels microplastiques parle-t-on?
Les chercheurs ont extrait les microparticules supérieures à 149 micromètres (μm). En moyenne chaque kilogramme de sel contient entre 1 et 10 microparticules. Sur un total de 72 particules extraites, 41,6% étaient des polymères plastiques, 23,6% étaient des pigments. 5,5% étaient du carbone amorphe et 29,1% restaient non identifiées. En moyenne, les particules mesuraient 515 μm.
Les chercheurs se veulent néanmoins rassurants. « Selon nos résultats, le faible niveau d’absorption de particules anthropiques dans les sels [37 particules maximum par individu par an] garantit des impacts négligeables sur la santé », préviennent-ils. On reste loin de l’ingestion mesurée pour les amateurs de fruits de mer.
Mais, la quantité de plastiques déchargés dans les océans étant en constante augmentation, ils recommandent de quantifier et identifier régulièrement les microplastiques présents dans divers produits de la mer. Il n’existe encore aucune norme spécifique fixant des seuils maximum de microplastiques dans le sel marin ou autres produits.
Hépatite transmise par les rats.
Quand je dis que ce monde humain est une infestation, que le covid, c'est un début, un exercice d'entraînement, un rappel à l'ordre.
Les scientifiques alertent.
Le monde se bouche les oreilles.
Dirigeants et consommateurs, tous unis dans la même folie, tous prêts à relancer la machine économique, "pour le bien de tous"...
Hong Kong. Des dizaines de personnes atteintes par une hépatite transmise par les rats
Un nouveau virus est apparu depuis quelques mois dans la province chinoise de Hong Kong. Une forme d’hépatite, transmise par les rats, a déjà entraîné l’hospitalisation de dizaines de patients.
Une dizaine d’habitants de Hong Kong ont été testés positifs à l’hépatite E provenant des rats, une maladie également connue sous le nom de VHE du rat. Le cas le plus récent a été découvert le 30 avril : un homme de 61 ans présentant une fonction hépatique anormale. Ce patient testé positif pourrait le premier d’une longue liste. Les médecins de Hong Kong estiment en effet qu’il pourrait exister des centaines d’autres personnes infectées par ce virus et non diagnostiquées.
Le premier cas connu est apparu en 2018. Cette année-là, des experts en maladies infectieuses de l’Université de Hong Kong avaient accueilli un patient inhabituel. Cet homme de 56 ans avait subi une greffe de foie récente, et présentait des fonctions hépatiques anormales sans cause évidente.
Les tests pratiqués sur le patient avaient alors révélé que son système immunitaire réagissait à l’hépatite E, mais sans identifier la souche humaine du virus de l’hépatite E (VHE) dans son système sanguin. L’hépatite E est en effet une maladie du foie provoquant de la fièvre, une jaunisse et une hypertrophie de l’organe.
Le virus se présente en quatre espèces, qui circulent chez différents animaux ; à l’époque, un seul de ces quatre était connu pour infecter les humains.
Virus inquiétant
Équipés de tests spécialement conçus pour cette souche humaine de VHE négatif, les chercheurs ont amélioré le test de diagnostic, l’ont exécuté à nouveau et ont découvert, pour la première fois dans l’histoire, l’hépatite E du rat chez un humain.
« Ce qui est inquiétant, c’est que ce virus peut passer de l’animal à l’homme », confie le Dr Siddharth Sridhar, microbiologiste et l’un des chercheurs à l’origine de la découverte. « Cette infection était si inhabituelle et sans précédent que l’équipe s’est demandée s’il s’agissait d’un incident ponctuel, ou d’un patient qui était au mauvais endroit au mauvais moment ».
Mais depuis, les cas se multiplient et les médecins craignent que ce virus n’existe en fait depuis plusieurs années et n’ait été « dormant », avant de se transmettre à grande échelle.
Un rapport a donc été réalisé et transmis à l’OMS afin d’alerter tous les pays et les aider à se préparer au cas où cette hépatite deviendrait la prochaine maladie de grande ampleur à toucher la population mondiale.
Confinement et nature
Je ne sais pas ce qui va advenir pendant les prochaines semaines...
Est-ce que le déconfinement déclenchera "une deuxième vague" comme le craignent certains scientifiques ?
Est-ce que le virus aura tendance à suivre la même courbe descendante jusqu'à s'éteindre de lui-même ?
Est-ce que le gouvernement reviendra sur sa décision et instaurera de nouveau un confinement similaire en raison d'une reprise des contaminations trop importante ?
L'Allemagne semble en tout cas craindre cette deuxième vague au regard des dernières statistiques.
https://www.france24.com/fr/20200508-covid-19-en-allemagne-vers-un-reconfinement
Ce qui est certain, en tout cas, c'est que la nature se porte bien mieux durant notre retrait... A chacune de nos sorties, nous avons été enchantés par le silence dans les forêts et simultanément par les chants d'oiseaux, les appels des chevreuils, la fuite d'un renard, le passage de biches, un chevreuil au milieu d'un chemin, un cerf qui traverse un pré, le flamboiement des fleurs de montagnes au milieu des sentiers, l'absence totale d'avions, l'absence totale d'humains.
La plupart de nos sorties se sont faites dans une complète solitude...Une ou deux personnes croisées parfois dans le fin fond des bois...Depuis le début du confinement, dans nos sorties, on évalue à moins de dix personnes les gens qu'on a croisés. Un sourire, un bonjour, un visage rayonnant de connivences, similitude du bonheur.
Le retour des activités humaines risque d'ailleurs de fortement perturber cette vie sauvage. Des jeunes, nouveaux-nés, qui n'ont encore jamais vus de "bipèdes", ni encore moins une voiture...Il va falloir leur apprendre la méfiance, ressentir la peur, retrouver l'instinct de la fuite...
On se réjouit de pouvoir remonter sur les sommets mais on sait qu'on regrettera aussi cette ambiance si particulière...








Yoga et résilience
On revient de Là-Haut. Un long tour en forêt, sous les sommets. Avant l'ouverture des portes la semaine prochaine...
Depuis le début du confinement, on trotte tous les deux jours en moyenne. Des sorties de 1 à 4 heures. De l'intérêt de vivre au bord des bois et des chemins. Si les médecins qui ont diagnostiqué ma sténose lombaire et mes trois hernies discales, me voyaient courir, je pense qu'ils seraient quelque peu surpris... Le yoga joue un rôle considérable dans le maintien de mon potentiel physique. J'en ai déjà parlé ici :
J'ai trouvé sur le net une série de dessins anatomiques qui présentent certaines des postures que j'applique quasiment tous les soirs.
Avant chaque séance, je récite intérieurement une phrase qui m'est venue à l'esprit une nuit. Je me suis réveillé avec elle, comme un murmure intérieur, l'impression étrange que mon cerveau n'en était pas le concepteur :
"Si tu n'apprends rien de tes tourments, c'est que tu ne méritais pas qu'ils prennent soin de toi."










La croissance "verte" et l'extraction des matières premières.
Les voitures "écologiques"...Ce nouvel eldorado pour les constructeurs et les extracteurs et les cargos et les trains et l'énergie considérable qui sera dépensée pour l'ensemble de cette industrie.
Il n'y a qu'une solution qui soit "écologique" puisque nos véhicules sont devenus indispensables. Celle d'entretenir le plus longtemps possible nos vieux véhicules. Qu'ils soient diesel ou essence, ils sont considérablement moins polluants que toutes les nouvelles technologies et les énergies dépensées pour la construction de nouveaux véhicules chargés à ras bord d'électronique.
Le plus vieux désert du monde meurt pour les batteries de nos voitures « vertes »
« L’extraction minière du lithium ne fait que commencer ». Il assure que le dialogue avec les communautés locales est essentiel, et que le gouvernement mène actuellement des études pour évaluer d’autres déserts de sels où étendre l’exploitation du lithium « pour préserver les lagons de Atacama ». Nous voilà rassurés.


- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France
Quand on parle des espaces en danger, on imagine volontiers les forêts et les espaces humides. Mais les déserts sont tout aussi essentiels. Dans le nord du Chili, le désert de sel Atacama est un trésor naturel, national et mondial. C’est le plus vieux désert de notre planète. Il est aussi le réservoir de la plus ancienne collection de météorites, certaines âgées de plus de 2 millions d’années.
Or ce désert détient 40 % des réserves mondiales de lithium, l’ingrédient principal utilisé pour… les technologies vertes ! Notamment les batteries pour recharger les voitures électriques et hybrides, qui ont donné un immense boom au secteur déjà bien sollicité par les demandes pour fabriquer les batteries des téléphones portables et des ordinateurs. C’est une véritable ruée vers l’or qui s’est déclenchée dans le « triangle du lithium », dans les déserts de sel de l’Argentine du Chili et de la Bolivie. Mais c’est bien le Chili qui reste leader avec des prix très attractifs dus à des conditions d’extraction optimales.
Pour extraire le lithium, le processus consiste à évaporer l’eau où il est contenu. Les mines assèchent donc le désert. Ce sont déjà 430 milliards de litres d’eau qui ont été perdus sur le seul plateau d’Atacama. Et comme le dit le sous-secrétaire de l’extraction minière Ricardo Irarrazabal Sanchez :
« L’extraction minière du lithium ne fait que commencer ». Il assure que le dialogue avec les communautés locales est essentiel, et que le gouvernement mène actuellement des études pour évaluer d’autres déserts de sels où étendre l’exploitation du lithium « pour préserver les lagons de Atacama ». Nous voilà rassurés.
Les mines d’exploitation de lithium sont gérées par des entreprises privées qui payent un loyer au gouvernement pour l’exploitation des mines. Une partie des profits est reversée sous forme de taxes qui doivent être réinvesties dans des infrastructures à Santiago. Pas de souci à se faire donc quant au partage des profits de cette gigantesque industrie ni de conflits d’intérêts.
Pour les animaux comme pour les peuples qui y vivent, cela signifie la condamnation à disparaître ou à migrer. Des militants ont organisé des marches de 350km, espérant éveiller l’attention des autorités. Ils sont une poignée à marcher le long de la route, le visage au vent, fouettés par les camions qui passent à toute vitesse, transportant le lithium. Ce que ces habitants du désert dénoncent, ce n’est pas seulement la destruction d’un territoire. C’est aussi la confiscation de leur droit à participer à l’avenir de leurs enfants, sous le prétexte d’un grand projet national mené par « ceux qui savent » ce qui est bon pour eux. Ils disent :
« Nous voulons aussi développer. Mais nous voulons en faire partie. » Ils ont fini par obtenir un arrêt de la cour environnementale à Antofagasta obligeant la principale entreprise d’exploitation et leader mondiale, SQM Sociedad Química y Minera de Chile de freiner ses ambitions d’expansion. Mais le combat est loin, très loin d’être gagné, et à ce rythme, le désert de sel disparaîtra, entraînant dans sa destruction des effets aussi graves que ceux de la destruction de la forêt amazonienne.
Depuis notre écran, nous pouvons nous alarmer de cette situation et la condamner. Il reste que nous utilisons des ordinateurs, des téléphones portables, et que, devant les dégâts causés par l’extraction d’énergies fossiles, nous songeons peut-être à acheter des voitures électriques. La frontière entre les bons et les méchants, entre les exploitants destructeurs de l’environnement et ses défenseurs, n’est pas aussi claire que ce qu’on voudrait bien croire. À nous d’exiger de nos gouvernements et des entreprises à qui nous achetons des produits, d’avoir une éthique de production. Et pourtant… avec 2 milliards d’individus de plus en 2050, qui seront nés dans le monde des nouvelles technologies, comment imaginer que nous arriverons à limiter la production de lithium ?





















