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Création de communautés

Par Le 08/05/2020

Un autre aspect positif de cette crise, c'est le projecteur qu'elle a posé sur le désir profond de créer des communautés visant la plus grande autonomie.

Des projets fleurissent, certains progressent, des gens se rencontrent.

C'est complexe et ça sera forcément long et ardu. Les Etats seront inévitablement réticents et on peut imaginer que toutes les restrictions possibles seront dressées. Ce qui sera beaucoup plus difficile au vu du nombre grandissant d'adeptes, ici, en France mais partout dans le monde. 

L'idée n'est pas nouvelle mais elle avait besoin d'un élan supplémentaire.

Camille Couteau

Hier, à 09:52 · tagAnnonces

L'ÉCOLE-VALLÉE

Bonjour, ci-dessous la description du projet pour lequel nous recherchons des partenaires, et une terre. Une terre la plus grande possible, idéalement une centaine d'hectares avec bois, sources, clairières et cours d'eau.

Nous voulons réunir progressivement le "casting" d'un projet d'habitat participatif en pleine nature, en France de préférence, si possible dans le sud-ouest, mais toute opportunité sera envisagée.

A long terme nous visons une autonomie maximale : alimentaire, énergétique, technologique et médicale, en réseau avec les autres écolieux du territoire sur lequel nous nous implanterons.

Il s'agit de former une communauté mais pas exactement de "vivre en communauté" comme on le faisait dans les années 70, les uns sur les autres, avec tous les risques d'implosion que cela implique. Au contraire nous voulons que chacun dispose de son propre logement : maison, cabanon ou habitat léger, avec si possible au moins un hectare par personne ou famille.

Nous voulons réunir avant tout des compétences :

  • éco-construction bois, maçonnerie, plomberie...
  • électro-mécanique, technologies, hydraulique, production énergétique, éolien, solaire, solutions techniques et maintenance / informatique?
  • maraîchage et arboriculture
  • apiculture
  • plantes médicinales et aromatiques
  • culture céréalière et minoterie
  • traction animale et petit élevage (oeuf, lait, fromages, laine, mais pas pour la viande)
  • administration, comptabilité, secrétariat
  • accueil de groupes, organisations de séjours, "hôtellerie" type cabanes dans les arbres, camping, organisation d'un festival? (musical? culturel? botanique? médicinal? autre?)

Selon la superficie et la nature des terres dont nous disposerons, la culture céréalière et la minoterie pourront être une activité uniquement vivrière, pour notre seule consommation, ou constituer une activité économique pour les référents. Idem pour les autres pratiques agricoles : maraîchage, plantes médicinales et aromatiques, miel, oeufs, laine. Ces productions pourront éventuellement constituer des activités rentables, tournées vers l'extérieur, ou seulement être échangées en petites quantités dans le réseau d'écolieux en cas de surplus vivriers.

La culture céréalière et la minoterie pourront éventuellement servir de base à une activité de boulangerie si la zone de notre implantation manque d'une boulangerie.

Pour réunir toutes ces compétences nous envisagons de construire ou rénover une vingtaine d'habitations, soit une vingtaine de lopins d'environ un hectare chacun, répartis sur notre petit territoire de façon à être relativement isolés les uns des autres. Tout dépendra bien-sûr de la topographie et de la superficie du terrain que nous trouverons.

Chaque cellule d'habitat peut être constituée d'un couple, d'une famille, d'un célibataire avec ou sans enfants, d'une fratrie ou toute autre cas de figure. Cela représente donc une vingtaine de "parts", correspondant à une vingtaine d'associés, soit probablement une petite cinquantaine d'habitants avec les conjoints, les enfants et les parents âgés.

Dans notre recherche d'associés nous privilégions ceux qui ont un savoir-faire, ou un projet professionnel en rapport direct avec la liste des compétences listées ci-dessus.

Il sera cependant possible de s'impliquer dans le projet en conservant un emploi à l'extérieur, ou une activité en télétravail, notamment dans le cas des personnes dont l'apport financier pourra être déterminant.

Pour que nul ne soit lésé, les personnes ne disposant d'aucune capacité d'investissement financier mais apportant leurs savoirs-faire pourront être associées à la propriété juridique du lieu, au fil du temps (et des efforts) qu'elles auront investi dans le projet commun. Ainsi chacun pourra quitter le projet, le cas échéant, en revendant ses parts à un nouvel entrant.

La forme juridique envisagée est la SCI (Société Civile Immobilière) mais toute autre forme juridique pourra être préférée, notamment coopérative.

École-Vallée signifie que nous pensons ce territoire comme un lieu d'apprentissage intégral, une école de tous les âges. On dit en Afrique qu'il faut tout un village pour élever un enfant. Proches des méthodes Freinet et Montessori, fort des expériences de Fernand Deligny, nous sommes inspirés par la philosophie de l'école Sudbury, selon laquelle les apprentissages peuvent se faire de façon non conventionnelle, librement, au gré des besoins et des projets réalisés.

Ceci ne nous empêchera pas de concevoir, pour les adultes et les adolescents, des filières de formations professionnelles plus classiques, dans tous nos domaines de compétences, notamment agricoles, pour obtenir un agrément en tant que centre de formation.

Car l'idée est de présenter le projet à la mairie et aux autres institution et collectivités locales (département, région, Safer, etc.) en tant que projet économique, générateur d'emplois. C'est ainsi que nous pourrons les convaincre de nous soutenir et de nous accorder, notamment, les permis de construire nécessaires.

Dans certaines zones rurales désertifiées, les mairies sont en recherche de "porteurs de projets" susceptibles de revivifier, économiquement et culturellement, le territoire. C'est en se présentant sous ce jour là que nous obtiendrons un soutien institutionnel plutôt que des bâtons dans les roues.

Dans cette perspective, le mot clef sera "création d'emplois" (même s'il s'agit des nôtres) et l'une de "activités économiques" que nous mettrons en avant sera l'accueil de stages d'apprentissages et de séjours santé, yoga, herboristerie médicinales, etc.

Des permis de construire peuvent notamment être accordés selon que le projet est estampillé "accueil à la ferme" et "terrain de loisirs". Certaines activités agricoles ouvrent également droit à permis de construire.

Actuellement des projets de Center-Parc et autres Huttopia obtiennent des agréments parce qu'ils s'insèrent dans le cadre du "développement économique" des territoires ruraux. Nous pouvons également jouer, plus modestement, cette carte là. Sachant que les cabanons que nous construirons pourront aussi bien accueillir des stagiaires et autres vacanciers qu'être habités par nous-mêmes.

Bien-sur nous mettrons en avant le caractère écologique de nos constructions et notre intention de nous intégrer le plus subtilement possible dans l'écosystème : phytoépuration, toilettes sèches, énergies renouvelables, etc. L'idée est de devenir un site exemplaire qui pourra être visité notamment par les scolaires.

A long terme nous espérons accroître progressivement notre autonomie (tissage, chaudronnerie, fabrication d'outils...) jusqu'à être un jour capables de vivre sans argent, que le système marchand se soit d'ici là effondré ou non."

Création littéraire

Par Le 07/05/2020

Rien ne nous appartient dans la création littéraire.

Ni l’inspiration, ni le talent, ni la maîtrise, ni l’euphorie, ni le moindre mot.

Il n’y a pas de liberté quand on s’aventure dans ce territoire.

C’est lui qui dicte ses lois.

Nous sommes les jouets de son humeur et de son immensité.
 

Qu’il devienne indifférent à notre présence et nous nous égarerons, comme des âmes littéraires en peine, qu’il devienne attentionné et nous nous envolerons dans les hautes sphères.

J’ai longtemps cogné contre les murs de la geôle quand « l’encrier » s’asséchait. Je ne le fais plus.

Maintenant, je sais que les mots continuent à manigancer des histoires en secret, dans ma tête, sans se faire entendre, je sais qu’ils attendent d’être prêts pour jaillir. Je les laisse monter leur spectacle. J’attends que le rideau s’ouvre. Il finit toujours par s’ouvrir. L'inconscient est un faiseur d'histoires, un ajusteur de mots, c'est dans ce gouffre insondable que tout se crée.

L'écrivain prend forme lorsque son humilité laisse l'inconscient remonter à la surface. On ne doit pas "vouloir écrire" mais juste "aimer écrire".

La volonté est un étouffoir de l'inconscient littéraire. L'amour en est le tuteur.

Quand on aime vraiment, on ne s'octroie pas la liberté de l'être aimé. Il en est de même avec les mots. Ils ne nous appartiennent pas. Ils sont comme ces chats de la maison qui passent près de vous sans vous accorder le moindre intérêt et qui parfois viendront se blottir sur vos genoux. On n'oblige pas un chat à s'asseoir sur ses genoux. On n'oblige pas les mots à se coucher sur une feuille.

Ils n'auraient rien de beau à dire.

Coronavirus : France Info

Par Le 06/05/2020

Je me l'enregistre ici cet article parce que je veux être certain de le retrouver.

On verra ce qu'il en sortira lorsque de vraies enquêtes auront été menées.

Ce qui est clair en tout cas, pour moi, c'est que le "microscope" de France Info a un défaut de mise au point...

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/agnes-buzyn-et-son-mari-didier-raoult-et-la-chloroquine-on-a-examine-au-microscope-les-20-affirmations-

VRAI OU FAKE Agnès Buzyn et son mari, Didier Raoult et la chloroquine… On a examiné au microscope les 20 affirmations d'un message censé prouver un "scandale d'Etat"

 

Les allégations contenues dans un message devenu viral sur les réseaux sociaux sont soit fausses soit imprécises. Mais, surtout, elles ne prouvent rien.

Didier Raoult, directeur de l\'IHU Méditerranée Infection de Marseille, le 26 février 2020 dans son bureau.
Didier Raoult, directeur de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, le 26 février 2020 dans son bureau. (GERARD JULIEN / AFP)

"Si tous ces faits sont confirmés, nous allons vers l'un des plus grands scandales d'Etat que la France ait connus", affirme le message qui s'est propagé sur les réseaux sociaux, tel un coronavirus en pleine pandémie. La publication, dont la "source" serait un certain "Christophe Brochard", se résume à une longue liste de vingt affirmations, au sujet de la polémique chloroquine et des travaux controversés du médiatique chercheur marseillais Didier Raoult sur ce médicament présenté par certains comme un remède au Covid-19. Ces allégations disent-elles vrai ou "fake" ? Voici les réponses de franceinfo.

>> Coronavirus : suivez en direct les dernières informations sur le confinement et l'épidémie de Covid-19

1"Le mari d'Agnès Buzyn, monsieur Lévy, participe à l'inauguration du laboratoire P4 à Wuhan d'où le virus est sorti."

En partie faux. L'Institut de virologie de Wuhan dispose bien d'un laboratoire classé P4, c'est-à-dire "pathogène de classe 4", dans lequel les chercheurs chinois peuvent étudier en toute sécurité les micro-organismes les plus dangereux de la planète, comme le virus Ebola. La construction de ce laboratoire P4, le premier du genre en Chine, a été décidée après la meurtrière épidémie de Sras de 2003. Le projet a vu le jour grâce à un partenariat avec la France, et plus précisément l'Inserm, qui dispose d'un laboratoire de ce type à Lyon.

Le laboratoire P4 de Wuhan a ouvert en 2015 et a obtenu son accréditation deux ans plus tard, en 2017. A cette occasion, le Premier ministre de l'époque, Bernard Cazeneuve, a visité les lieux en compagnie d'une délégation française. Le président-directeur général de l'Inserm, Yves Lévy – qui est aussi le mari d'Agnès Buzyn – était présent, comme l'indique le texte du discours prononcé par le chef du gouvernement et comme le prouve une vidéo filmée sur place et mise en ligne sur le site de Matignon (à 00:10). Yves Lévy n'a en outre été nommé à la tête de l'Inserm qu'en 2014, comme l'atteste le décret de nomination. Soit un an seulement avant l'ouverture du laboratoire et, surtout, plus d'une décennie après le lancement du chantier.

Quant au laboratoire P4 de Wuhan, il permet, comme son nom l'indique, de manipuler des agents pathogènes classés 4. Or, le coronavirus Sars-CoV-2, responsable de la maladie Covid-19, est un virus de classe 3. Il n'a donc aucune raison de se trouver dans un laboratoire P4 ; un P3 – comme il en existe dans les hôpitaux universitaires – suffit, a expliqué à franceinfo Astrid Vabret, cheffe du service de virologie du CHU de Caen. L'Institut de virologie de Wuhan a également démenti "ces rumeurs [qui] ont gravement nui à [ses] chercheurs en première ligne et sérieusement perturbé [sa] mission de recherche pour combattre l'épidémie".

Le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, visite le laboratoire P4 de Wuhan (Chine), le 23 février 2017. Yves Lévy, président-directeur général de l\'Inserm, est présent à sa gauche à l\'arrière-plan.
Le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, visite le laboratoire P4 de Wuhan (Chine), le 23 février 2017. Yves Lévy, président-directeur général de l'Inserm, est présent à sa gauche à l'arrière-plan. (JOHANNES EISELE / AFP)

2"Avant cela, le même mari d'Agnès Buzyn s'est fâché avec Didier Raoult, en refusant les labels de l'Inserm au centre de recherche mondialement réputé (IHU) dirigé par le professeur Didier Raoult."

A nuancer. En 2018, l'Inserm, présidé par Yves Lévy, a retiré à l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, dirigé par Didier Raoult, son label, qui plaçait le centre de recherche sous la tutelle de l'institution parisienne, tout en lui assurant une dotation budgétaire.

Pour le journaliste Hervé Vaudoit, auteur d'un livre sur l'IHU de Marseille et cité par Le Monde, les critiques de Didier Raoult à l'encontre d'Agnès Buzyn et d'Yves Lévy, suspectés de conflit d'intérêts, ne sont pas étrangères à la perte de ce label. L'Inserm explique pour sa part au Monde que la décision a été prise après des évaluations de commissions scientifiques.

Cette même année, le CNRS – qu'Yves Lévy n'a jamais dirigé – a également retiré son label à l'IHU de Marseille. Là aussi, après des rapports d'expertise, indique Le Monde. Avec, en toile de fond, une affaire, révélée par Marsactu, de harcèlement et d'agression sexuelle impliquant un chercheur qui a depuis quitté l'IHU.

3"En octobre 2019, il faut savoir que monsieur Lévy, président de l'Inserm et mari de la ministre, a révoqué le statut de 'fondation' des IHU, pour reprendre le contrôle sur leurs recherches – le professeur Raoult dirige l'IHU de Marseille et est visé directement par cette directive."

Faux. Un différend a bien opposé Yves Lévy à Didier Raoult. Lorsqu'il présidait l'Inserm, de 2014 à 2018, le premier était hostile au statut de fondation qui confère une certaine autonomie aux IHU, comme l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, dirigé par le second. 

D'après le journaliste Hervé Vaudoit, Yves Lévy "plaidait" pour l'abandon de ce statut. Didier Raoult, lui, le défendait. "Les IHU sont une réussite internationalement reconnue, avant tout car nous avons une souplesse de fonctionnement", estimait-il dans Marianne, avant de dénoncer : "Les IHU sont un enjeu d'autorité et de territoire pour Yves Lévy. Il voudrait les diriger depuis Paris."

En 2017, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et sa collègue de la Recherche, Frédérique Vidal, annoncent, au détour d'un communiqué, que les nouveaux IHU ne bénéficieront plus de ce précieux statut. Or Agnès Buzyn n'étant autre que l'épouse d'Yves Lévy, le soupçon du conflit d'intérêts plane, comme le rapporte alors Le Monde. Matignon finit par intervenir, désavouant la ministre, relate Marianne.

Les IHU comme celui de Marseille ont donc toujours le statut de fondation. En 2018, Yves Lévy a été candidat à sa propre succession à la tête de l'Inserm. Mais son épouse, Agnès Buzyn, étant toujours ministre de la Santé, les accusations de conflit d'intérêts ont redoublé, jusque dans les colonnes des revues scientifiques internationales The Lancet ou Nature. Yves Lévy a fini par renoncer et a quitté l'Inserm.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, accompagnée de son époux, Yves Lévy, le 1er juillet 2018 à Paris, lors de l\'entrée au Panthéon de Simone Veil.
La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, accompagnée de son époux, Yves Lévy, le 1er juillet 2018 à Paris, lors de l'entrée au Panthéon de Simone Veil. (LUDOVIC MARIN / AFP)

4"Le professeur Didier Raoult montre que le classique médicament de la chloroquine soigne 90% des cas de coronavirus s'ils sont dépistés assez tôt, il s'oppose au confinement généralisé des porteurs sains qu'il juge digne du Moyen Âge. Il prône un dépistage généralisé, et un traitement rapide avec la chloroquine, et avec confinement des seuls malades."

En partie faux. Les travaux sur l'hydroxychloroquine – ce dérivé de la chloroquine, un médicament contre le paludisme – publiés par Didier Raoult n'aboutissent pas à cette conclusion. Dans la première étude, qui porte sur un échantillon de 20 malades soignés au sein de l'IHU marseillais, il est indiqué qu'après six jours de traitement, "70% des patients traités par l'hydroxychloroquine étaient guéris virologiquement". Dans la seconde publication, qui porte cette fois sur 80 patients, il est écrit que "la majorité des patients (81,3%) avaient des résultats favorables et sont sortis de notre unité avec de faibles scores infectieux".

Les travaux de Didier Raoult et de son équipe sont en outre critiqués pour leurs faiblesses méthodologiques. Deux études chinoises récentes ont montré que "dix jours après le début des symptômes, 90% des gens qui ont une forme modérée ont une charge virale contrôlée", explique à l'AFP l'épidémiologiste Dominique Costagliola, directrice de recherche à l'Inserm. Le fait d'aboutir à des résultats similaires sous hydroxychloroquine "ne plaide pas pour un effet majeur de l'hydroxychloroquine sur la charge virale".

Une vaste partie de la communauté scientifique et des organisations sanitaires, notamment l'Organisation mondiale de la santé ou le Haut Conseil de santé publique en France, appellent à attendre une validation scientifique rigoureuse, et mettent en garde contre les risques possibles pour les patients.

Didier Raoult est également à contre-courant des politiques sanitaires nationales et internationales. Il est en effet hostile au confinement. "L'idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n'a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne", assure-t-il dans Le Parisien. Et son IHU propose le dépistage systématique de toutes les personnes "fébriles" qui s'y présentent.

5"La chloroquine coûte 10 centimes le comprimé ; il est sûr que les laboratoires qui financent l'Inserm cherchent des solutions bien plus coûteuses."

Faux. En France, l'hydroxychloroquine est commercialisée par le laboratoire Sanofi sous le nom de Plaquenil. La boîte de 30 comprimés coûte 5 euros, d'après la base de données publique des médicaments. Elle est actuellement remboursée à 65%.

L'essai clinique européen en cours teste l'hydroxychloroquine, le remdésivir (un traitement mis au point pour le virus Ebola) et le Kaletra (un antirétroviral utilisé contre le VIH). Soit seuls, soit en combinaison avec l'interféron bêta (une protéine d'origine naturelle produite par l'organisme en réponse aux infections). Le remdésivir est produit par le laboratoire américain Gilead et le Kaletra par le laboratoire Abbvie, branche du groupe américain Abbott. Le premier n'est pas commercialisé en France. Le second coûte 434 euros ou 186 euros sous sa forme générique pour une boîte de 120 comprimés, remboursée à 100% par la Sécurité sociale.

L'Inserm est certes en partie financé par l'industrie pharmaceutique, mais à hauteur de 7% seulement de son budget. L'Union européenne (23%), l'Agence nationale de la recherche (18%) et les associations et fondations (14%) sont ses principales sources de financement.

Un membre du personnel médical de l\'IHU Méditerranée Infection de Marseille montre des plaquettes de Nivaquine et de Plaquenil, le 26 février 2020.
Un membre du personnel médical de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille montre des plaquettes de Nivaquine et de Plaquenil, le 26 février 2020. (GERARD JULIEN / AFP)

6"Le 13 janvier 2020, alors que l'épidémie se répand en Chine, Agnès Buzyn classe la chloroquine (le fameux remède) dans les substances vénéneuses (disponible seulement sur ordonnance), alors que cela fait cinquante ans qu'elle est en vente libre."

Faux. Comme l'a déjà expliqué franceinfo, l'hydroxychloroquine a bien fait l'objet d'un arrêté en janvier 2020 pour être placée sur la liste II des substances "vénéneuses". La chloroquine, elle, est classée sur cette liste depuis 1999. Cette liste II des substances vénéneuses permet d'encadrer la prescription des médicaments dont "les effets indésirables nécessitent une surveillance médicale". Cela n'empêche pas sa prescription précise par ordonnance, à un dosage non nocif.

Cette nouvelle classification n'a en outre pas été décidée par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Il s'agit de l'application d'une demande de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) validée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) en novembre 2019.

7"Il y a quelques semaines, Agnès Buzyn a dit avoir su que ce serait une hécatombe, et qu'il n'y avait pas de remède."

Faux. Agnès Buzyn n'a jamais tenu ces propos. Après le premier tour des élections municipales, la candidate de la majorité présidentielle à Paris s'est confiée au Monde, revenant sur ses derniers jours de ministre de la Santé en pleine épidémie. "Quand j'ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous", raconte-t-elle entre autres.

Le mot "hécatombe" apparaît sous la plume de l'avocat Régis de Castelnau dans un billet d'opinion sur le site de Marianne, revenant sur les déclarations de l'ex-ministre. "On peut déduire de ses propos le caractère criminel du comportement des décideurs publics dont c'était la responsabilité de prendre toutes les mesures permettant d'affronter la catastrophe et d'éviter une hécatombe", écrit l'avocat.

Il n'existe à ce jour aucun traitement spécifique contre le Covid-19. Des essais cliniques sont en cours dans le monde entier, notamment autour de l'hydroxychloroquine. Les chercheurs tentent également de créer un vaccin.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le 8 février 2020 à Matignon (Paris), à l\'occasion d\'un point presse sur l\'épidémie de Covid-19.
La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le 8 février 2020 à Matignon (Paris), à l'occasion d'un point presse sur l'épidémie de Covid-19. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

8"Le gouvernement de Macron fait un confinement généralisé de la population, il ne parle pas de la chloroquine."

Faux. Comme de nombreux autres pays dans le monde, la France a opté pour le confinement de sa population, afin de tenter de contenir la pandémie de coronavirus. La chloroquine, ou plutôt son dérivé l'hydroxychloroquine, n'est pas écartée pour autant par les autorités. Son administration contre le Covid-19 a été autorisée, mais uniquement à l'hôpital et seulement pour les cas graves. La France participe également à l'essai clinique européen Discovery, qui teste notamment l'intérêt de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19. Plusieurs hôpitaux français, à Paris, Lille, Strasbourg, Lyon et Nantes, entre autres, sont impliqués dans ces recherches, qui doivent inclure environ 800 patients français. 

9"Il affirme que les policiers ne doivent pas porter de masques (ils ont été volés pour la plupart, et il n'y en a même pas pour les soignants)."

Faux. La règle pour les policiers est la suivante, comme l'indique l'entourage du ministre de l'Intérieur à l'AFP : "Les forces de l'ordre doivent veiller à respecter les gestes barrières et sont équipées de kits de protection à utiliser uniquement en cas de besoin, lors d'un contact avec une personne présentant un ou des symptômes du Covid."

Le ministère de l'Intérieur a fait le choix de donner son stock de 1,4 million de masques FFP2 au personnel soignant, en accord avec la doctrine gouvernementale. Cette décision a provoqué l'émoi et la colère chez les syndicats policiers, qui ont demandé à leur tutelle de fournir des moyens de protection en remplacement.

Depuis, Christophe Castaner a déclaré sur France 2 avoir livré 800 000 masques chirurgicaux aux forces de l'ordre. Selon l'entourage du ministre, un million de masques doivent arriver de Chine le week-end du 4 avril avant d'être distribués aux policiers et gendarmes. Par ailleurs, 300 000 autres masques ont été récupérés par la place Beauvau, après un don de La Poste, selon un courrier consulté par l'AFP. 

10"Il refuse le dépistage de masse, pourtant pratiqué allègrement en Corée et en Allemagne, avec succès."

A nuancer. L'Organisation mondiale de la santé a mis l'accent sur l'importance des tests dans la lutte contre la maladie. Ces dernières semaines, la Corée du Sud a été citée en exemple, notamment pour sa campagne massive de dépistage. Cette politique a permis à Séoul de freiner l'épidémie et d'éviter les mesures extrêmes de confinement aux lourdes conséquences sociales et économiques. 

Mais pour être efficace, une telle stratégie doit être instaurée rapidement, avant qu'un trop grand nombre de cas ne la rende plus compliquée à mettre en œuvre. Faute d'avoir eu les capacités techniques de dépister massivement la population au début de l'épidémie, la France a testé de manière beaucoup plus limitée. Des voix se sont élevées pour déplorer un nombre de tests trop faibles.

La France prévoit désormais une montée en puissance du dépistage qui devrait coïncider avec la fin du confinement. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, table sur "50 000 tests" classiques par jour d'ici fin avril, auxquels s'ajouteront "plus de 100 000" tests rapides par jour "au mois de juin".

11"Il refuse de fermer les frontières avec les pays contaminés."

Faux. Les dirigeants européens ont décidé de fermer les frontières extérieures de l'Union, le 17 mars, lorsque la France est entrée en confinement, afin de tenter d'endiguer l'épidémie. Seules les frontières de l'Hexagone restent ouvertes. Mais les mouvements de population sont très limités. Le confinement est la règle en Italie comme en Belgique, l'Allemagne a rétabli ses contrôles aux frontières et l'Espagne a fermé les siennes. De toute façon, l'Europe est désormais l'épicentre de la pandémie avec les Etats-Unis. De l'avis des experts, la fermeture des frontières permet tout au plus de retarder l'arrivée d'une épidémie sur le sol national.

Un contrôle de police à la frontière franco-belge, le 26 mars 2020, près de Lille.
Un contrôle de police à la frontière franco-belge, le 26 mars 2020, près de Lille. (SYLVAIN LEFEVRE / HANS LUCAS / AFP)

12"Le journal 'Le Monde' et l'Agence d'Etat de la santé qualifient les recherches du professeur Raoult de 'fake news', avant de se rétracter."

Faux. Le Monde a démenti. Le journal a qualifié de "trompeur" le titre d'une vidéo de Didier Raoult, intitulée "Coronavirus : fin de partie". Le scientifique y estimait que le Covid-19 "est probablement l'infection respiratoire la plus facile à traiter". Dans le cadre de son partenariat de fact-checking avec Facebook, le quotidien a signalé ce contenu litigieux au réseau social. Le titre de la vidéo a par la suite été modifié et Le Monde a retiré son avertissement.

L'"Agence d'Etat de la santé", elle, n'existe pas. Parmi les agences sanitaires françaises, ni la Haute Autorité de santé (HAS), ni l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), ni le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) n'ont utilisé le terme "fake news" au sujet des recherches de Didier Raoult.

13"Le professeur François Perrone révèle il y a quelques jours sur LCI que le stock de chloroquine de la pharmacie centrale française a été pillé."

Faux. Comme l'a déjà expliqué franceinfo, Christian Perronne (et non François), chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), a bien déclaré sur LCI que les stocks de chloroquine avait été pillés, laissant à penser qu'il y avait eu un vol. Mais le médecin a par la suite indiqué à Libération avoir simplement voulu faire état de l'absence de stocks dans les pharmacies centrales de l'AP-HP.

14"Ailleurs dans le monde, la semaine dernière, grâce à un tweet d'Elon Musk, en 48 heures, Donald Trump met à disposition de tous les Américains la chloroquine."

Faux. Le patron de Tesla, Elon Musk, a bien écrit dans un tweet le 16 mars qu'il valait "peut-être la peine de considérer la chloroquine" comme traitement contre le Covid-19, en mentionnant une étude chinoise. Le président américain Donald Trump, lui, vante clairement les mérites de ce médicament, qui "pourrait changer la donne", selon lui. Mais rien ne prouve que le premier milliardaire ait influencé le second. Le locataire de la Maison Blanche n'a pas non plus "mis à disposition" de ses concitoyens ce médicament.

La Food and Drug Administration (FDA), l'organisme fédéral qui supervise la commercialisation des médicaments aux Etats-Unis, a autorisé dimanche la chloroquine et l'hydroxychloroquine, mais uniquement à l'hôpital. Plus tôt, la FDA avait surtout un peu tempéré l'enthousiasme du chef de l'Etat, en soulignant que le traitement n'avait pas été approuvé pour le coronavirus.

Les propos présidentiels ont même conduit à la mort d'un Américain qui avait ingéré du phosphate de chloroquine contenu dans un traitement contre les parasites d'aquarium. Les autorités sanitaires américaines ont ainsi dû prévenir le grand public qu'il ne devait pas s'automédiquer, redoutant également un risque de pénurie.

Le président américain Donald Trump le 30 mars 2020 à la Maison Blanche (Washington) lors d\'un point presse sur le coronavirus.
Le président américain Donald Trump le 30 mars 2020 à la Maison Blanche (Washington) lors d'un point presse sur le coronavirus. (MANDEL NGAN / AFP)

15"Le Maroc achète les stocks de chloroquine de Sanofi à Casablanca."

Faux. Le Maroc a bien décidé de recourir à la chloroquine pour traiter les patients marocains souffrant de Covid-19. Mais Rabat n'a pas acheté le stock de Nivaquine et de Plaquenil, deux médicaments contenant de la chloroquine, de la filiale marocaine du laboratoire français Sanofi : il l'a réquisitionné.

16"Le Pakistan va accroître sa production de chloroquine à destination de la Chine."

Faux. Le groupe Bayer a fourni gratuitement à la Chine 300 000 comprimés de Resochin, un médicament à base de phosphate de chloroquine, en provenance du Pakistan, au début du mois de février. Cette livraison n'implique par les autorités pakistanaises. Elle s'est faite à la demande des autorités sanitaires de la province chinoise du Guanddong. Un porte-parole du géant pharmaceutique l'a confirmé à l'AFP Factuel.

17"La Suisse exclut elle aussi le confinement généralisé de la population, pratique un large dépistage et traitement rapide, et accuse la France de faire de la politique spectacle."

Plutôt faux. La Suisse n'a certes pas décrété de confinement général, mais elle a ordonné la fermeture des écoles, des cafés, des restaurants et des commerces autres qu'alimentaires, de santé et de première nécessité. Elle a aussi prohibé les rassemblements, y compris "spontanés", de plus de cinq personnes. Et l'amende est de 100 francs suisses (environ 95 euros) par personne. 

"Ce que nous faisons dans le pays aujourd'hui est très proche de ce que font les pays autour de nous, a reconnu le ministre suisse de l'Intérieur, ajoutant : "Mais la différence, c'est que nous ne faisons pas de politique spectacle."

La Suisse ne pratique en outre pas de dépistage systématique. Ses hôpitaux sont confrontés aux mêmes difficultés d'approvisionnement que leurs voisins européens, indique Heidi News.

18"La société Teva en Israël annonce qu'elle va livrer gratuitement plus de 10 millions de doses de chloroquine aux Etats-Unis."

Vrai. Le géant israélien des médicaments génériques Teva a annoncé le 20 mars qu'il allait fournir gratuitement aux hôpitaux américains dix millions de doses d'hydroxychloroquine. La société précise que six millions de doses seront fournies aux hôpitaux américains d'ici au 31 mars, et plus de dix millions d'ici un mois, selon le Times of Israel.

19"Estrosi, soigné lui-même à la chloroquine, sans réponse du gouvernement, a appelé directement Sanofi pour qu'ils livrent la chloroquine aux hôpitaux de Nice."

A nuancer. Le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a été testé positif au Covid-19, a déclaré à Nice Matin qu'il prenait de la chloroquine en traitement. L'élu de droite dit également avoir tenté de joindre le ministre de la Santé pour lui demander que les pharmacies et le CHU niçois soit réapprovisionnés en chloroquine, et avoir fini par appeler le patron du laboratoire Sanofi. Il s'est félicité dans un tweet d'avoir obtenu satisfaction. 

La réalité est un peu différente. Le CHU de Nice fait partie des centres hospitaliers universitaires français participant à l'essai clinique européen Discovery, testant entre autres l'hydroxychloroquine, comme il le signale dans un communiqué. Quant à Sanofi, il réapprovisionne régulièrement les pharmacies en rupture de stock de Plaquenil, son médicament à base d'hydroxychloroquine jusque-là utilisé pour traiter le lupus et d'autres pathologies inflammatoires.

20"Sous le lobbying intensif du professeur Raoult, un test à grande échelle de la chloroquine a commencé finalement en France, sous la direction de l'Inserm (!), qui veut 'refaire les expérimentations dans d'autres centres médicaux indépendants' : ce qui prendra six semaines de plus… Presque aucun média n'en parle."

Faux. Un essai clinique baptisé Discovery – mentionné précédemment – a été lancé à l'échelle européenne le 22 mars. Il associe pour le moment sept pays : la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Espagne. Ce programme va inclure 3 200 patients, dont au moins 800 en France. Uniquement des patients hospitalisés et gravement atteints. L'objectif est de tester sur eux quatre traitements expérimentaux contre le Covid-19, dont l'hydroxychloroquine. En France, l'essai va être coordonné par l'Inserm. Un autre essai clinique international, dénommé Solidarity, sera lancé sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé.

 

"Planet of the humans" de Michael Moore

Par Le 05/05/2020

« Planet of the Humans », la diatribe de Michael Moore contre les énergies « vertes »

 

Durée de lecture : 4 minutes

5 mai 2020 / Élisabeth Schneiter (Reporterre)
 

https://reporterre.net/Planet-of-the-Humans-la-diatribe-de-Michael-Moore-contre-les-energies-vertes
 

«<small class="fine"> </small>Planet of the Humans<small class="fine"> </small>», la diatribe de Michael Moore contre les énergies «<small class="fine"> </small>vertes<small class="fine"> </small>»

Centrales à biomasse, panneaux solaires, voitures électriques... Dans « Planet of humans », dont il est producteur, le cinéaste engagé Michael Moore déboulonne le mythe des énergies vertes. Disponible gratuitement en ligne, le documentaire montre que « la seule énergie propre, c’est de consommer moins d’énergie ».

Après plusieurs films sur la fin du rêve américain, Michael Moore déboulonne cette fois le rêve du développement durable. En l’honneur du Jour de la Terre, le 22 avril dernier, il a mis en ligne un nouveau film Planet of the humans — il en est le producteur exécutif et Jeff Gibbs, le réalisateur [1].

Michael Moore y accuse le capitalisme vert et désigne les « traîtres » qui nous guident sur de fausses pistes : des stars de l’écologie étasunienne comme Van Jones, conseiller environnemental de Barack Obama, Bill McKibben, fondateur de 350.org, Elon Musk, constructeur automobile de voitures électriques, Robert F. Kennedy Jr, avocat en droit de l’environnement, Michael Brune, directeur du Sierra Club, influente organisation environnementale, Michael Bloomberg, ancien maire de New York et activiste du climat qui finance la campagne contre le charbon du Sierra Club, et l’ancien vice-président Al Gore, qui a convaincu l’homme d’affaires Richard Branson d’investir trois milliards de dollars dans l’énergie « verte ».

À la question : « Al Gore est-il un prophète ? » Branson répond par un jeu de mots entre « prophet » et « profit », semblables en anglais. Et c’est cette confusion que le film démontre.

Dans ce documentaire, qui cumule déjà six millions de vue sur YouTube, Jeff Gibbs enquête sur les centrales à biomasse qui ont envahi les États-Unis. Avec les biocarburants, la biomasse est de loin la principale énergie « verte » produite dans le monde, mais elle détruit les forêts anciennes et occupe les sols agricoles. Interviewés dans des manifestations, les militants écolos ne le savent pas et les leaders environnementaux s’empêtrent au micro de Jeff Gibbs, lui répondant confusément sur l’intérêt de brûler ou pas des arbres et des plantes.

Seule Vandana Shiva, militante écoféministe indienne, s’exprime clairement : « C’est la vieille économie fondée sur le pétrole qui, pour se perpétuer, se reconvertit avec une autre matière première, et grâce à des subventions. Nos esprits ont été manipulés pour qu’on se laisse gouverner par des illusions. »

Et le réalisateur, Jeff Gibbs, de commenter :

"On nous fait avaler la fable des renouvelables qui vont nous sauver du changement climatique parce que cela rapporte aux industriels et au système financier. On ne parle ni de surpopulation, ni de consommation, ni du suicide que constitue la croissance infinie, parce que cela nuirait au business. »

L’énergie verte ne nous sauvera pas, explique le film. « Au contraire, argumente le coproducteur Ozzie Zehner, elle repose sur les procédés industriels les plus toxiques qui soient. » L’enquête montre que les panneaux solaires, les éoliennes géantes, les voitures électriques se révèlent très décevants en matière d’efficacité, de rentabilité, de durabilité, et surtout, du fait des désastres qu’engendrent leur processus de fabrication : destruction de milieux naturels, forte consommation d’énergies extractives, utilisation de matières premières rares et polluantes à extraire. Et, au terme de leur fonctionnement, panneaux, éoliennes et batteries sont difficilement recyclables et difficiles à traiter une fois mis au rebut.

« La seule énergie propre, c’est de consommer moins d’énergie »

Les remèdes aux dégâts provoqués par l’industrie ne peuvent pas être industriels. On ne peut pas résoudre un problème avec les schémas de pensée qui l’ont créé, disait Einstein. Il faudra donc changer notre échelle de valeurs. L’un des activistes interrogés lutte dans le Vermont, aux États-Unis, contre 21 éoliennes et la destruction d’une forêt pour fournir de l’énergie à un futur parc aquatique, un projet inutile. Il dit aussi que la société propriétaire est Enbridge, celle-là même qui investit dans les sables bitumineux et construit l’oléoduc Keystone XL, qui transportera du pétrole de l’Alberta canadien au golfe du Mexique « Ils sont tous de mèche… La seule énergie propre, c’est de consommer moins d’énergie. »

Reste à espérer que le film qui, sans en parler directement, dément le Green New Deal du Parti démocrate, ne se révèle pas un atout pour Trump en novembre.

Planet of the humans a en tout cas été critiqué par une partie du mouvement écologiste, par exemple par Ketan Joshi, qui lui reproche de s’appuyer sur des faits et des données dépassés. L’équipe du film a répondu aux critiques en vidéo.

« Mettre en doute les énergies “vertes” ne veut pas dire qu’on défend les autres, extractives ou nucléaire », explique-t-elle. « Il faut qu’on puisse discuter librement des solutions entre personnes qui croient au changement climatique. Les énergies vertes ne répondent pas à l’urgence des extinctions animales dues principalement à la déforestation et à la réduction des espaces naturels. »


  • Planet of the humans, 1 h 40, sous-titré en français par Nicolas Casaux, à voir gratuitement sur YouTube jusqu’au 21 mai :

 


[1] Ce dernier avait déjà collaboré avec Moore pour Fahrenheit 11/9, Palme d’or du Festival de Cannes en 2004, et pour Bowling for Columbine (2002).

Coronavirus : Crise politique

Par Le 05/05/2020

 

Le comportement des sociétés capitalistes et matérialistes est totalement disproportionné et reflète surtout la peur de la mort, une peur comme on n'a pas connu depuis la seconde guerre mondiale. Comme si le "progrès" avait ancré dans la tête des gens qu'il n'était plus possible de mourir brutalement. Il y a une dimension psychologique qui relève de la pathologie...

En 1968, l'épidémie de grippe a été très forte et les médias n'en parlaient quasiment pas. L'actualité était politique et les morts, on ne les comptait même pas.

Aujourd'hui, les gouvernements sont sidérés par ce covid parce qu'il vient mettre un terme à l'idée que le progrès, et donc les élites qui le financent et l'organisent, n'est pas une donnée intangible et qu'il peut être remis en question à l'échelle planétaire.

Il y a une rupture dans le paradigme de la pensée de l'état protecteur, du progrès, de la croissance.
Un virus surgit et tout le système chancelle.

Je pense que cette disproportion dans les mesures prises relève surtout d'une pathologie gouvernementale, la peur viscérale de perdre la main sur les populations. Ils ne sont plus tout d'un coup "le père protecteur, le guide, le penseur, l'organisateur".
 

Etant donné que les contestations populaires sont de plus en plus nombreuses, depuis plusieurs années, il y a une forme de stress intense au sommet de l'état. Une crise de plus. peut-être la crise de trop. Celle qui pourrait faire vaciller fortement l'assise du pouvoir.


Maintenant, c'est clair que la gestion gouvernementale actuelle ne plaide pas pour un renouvellement de la confiance...De ce côté-là, c'est un désastre complet. Entre les masques, la misère hospitalière au regard des budgets sabrés depuis plusieurs mandats présidentiels, les mensonges et les non-dits, les contradictions, les censures, les conflits d'intérêts, on a vu passer tous les manquements et les inepties les plus plus flagrants. L'organisation du déconfinement en est un exemple de plus. Rien que l'ouverture des écoles et en même temps l'interdiction d'aller marcher sur une plage ou en forêt, c'est du grand n'importe quoi. Et je ne parle pas de l'ouverture des grandes surfaces mais du maintien des fermetures des restaurants et des bars. 

L'ouverture des écoles pour le "bien être" des enfants, l'égalité, le maintien à niveau... Bon, je ne vais pas m'étendre, ça va m'énerver. Je rappelle juste pour ceux qui ne le sauraient pas que j'ai été instituteur pendant 37 ans. Je connais quelque peu l'état des lieux...


Je pense de plus en plus, en tout cas, que cette crise, avant d'être une crise sanitaire, est principalement une crise politique, la peur de plus en plus intense que la main-mise des gouvernements sur les populations soit remise en question. Très fortement remise en question.

 

Il n'est qu'à voir donc le projet de l'UE présenté aujourd'hui d'injecter 1600 milliards pour relancer l'économie. C'est là je trouve qu'on peut mesurer l'ampleur de leur peur.

Cet argent, puisque d'un coup, il devient disponible, pour quelles raisons nous a-t-on assommé avec la nécessaire austérité depuis des années ?


C'est là que cette pensée d'Aristote m'est revenue ce matin. On maintient un peuple dans la difficulté quotidienne de sa survie pour ne pas lui donner les moyens de se révolter. Sauf qu'avec la crise du covid, un élément inattendu est entré dans le jeu et ça met "leur" système politique en péril car si le système économique s'effondre, eux aussi disparaissent.

Ils ne sont au pouvoir que parce qu'ils détiennent les rênes de l'économie, celle qu'ils souhaitent parce qu'elle leur permet de rester au pouvoir...

Se pose évidemment le problème de notre propre survie dans le cas de l'effondrement de l'économie. Il est clair que nous sommes extrêmement dépendants du système économique et financier mis en place depuis des décennies. Si l'économie s'effondre, qu'en sera-t-il de ma pension de retraite ? Qu'en sera-t-il du système hospitalier chargé de me soigner dans mes vieux jours, si quelque chose part de travers ? Qu'en sera-t-il de l'avenir de mes enfants ? 

Nous ne sommes aucunement libres de choisir une autre voie. Sauf à accepter d'oeuvrer à notre propre autonomie alimentaire et énergétique, à accepter que la consommation outrancière est un déni de la situation planétaire et que la simplicité volontaire reste l'unique voie de salut. La décroissance est le seul biais qui nous reste. Mais cette décroissance est une idée insupportable pour les instances politiques car elle remet sur la selette leur utilité et leur pouvoir sur les citoyens.

Il leur est nécessaire, vital, indispensable de nous maintenir dans cet état de dépendance économique.

Le revenu universel est de nouveau placé sous les projecteurs. Il représente malgré l'autonomie partielle qu'il offrirait un système de dépendance tout aussi piégeux que les salaires. Quel sera son montant ? Qui le décidera ? Quelles seront les conditions de son obtention ? Pour ce qui est du budget nécessaire, il a été expliqué à maintes reprises par divers économistes qu'il est parfaitement réalisable.

Le problème de son inévitable recours, un jour ou l'autre, vient du fait que la robotisation diminue considérablement et de façon de plus en plus forte le nombre d'emplois disponibles. Il arrivera nécessairement un seuil au-delà duquel une frange importante de la population ne pourra plus consommer. Et cette baisse de la consommation mettra de nouveau en péril le système économique en place.

Quant à la croissance verte, on sait également à quel point elle n'est qu'une illusion si l'intention est de préserver la planète. La véritable intention, c'est toujours et encore de maintenir le système économique. Et donc le système politique. 

"On nous fait avaler la fable des renouvelables qui vont nous sauver du changement climatique parce que cela rapporte aux industriels et au système financier. On ne parle ni de surpopulation, ni de consommation, ni du suicide que constitue la croissance infinie, parce que cela nuirait au business. » Jeff Gibbs

Il est évident que tout ça doit être discuté en hauts lieux. Non pas dans les sphères ouvertes au public, ni même aux médias, mais dans des colloques réservés, des rencontres non divulguées, entre financiers, économistes, banquiers, patrons de multinationales, et politiciens.

Nous en serons les derniers informés.

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/plan-de-relance-europeen-pacte-vert-deconfinement-dans-l-union-le-8h30-franceinfo-de-thierry-breton_3928255.html

La Commission de Bruxelles planche actuellement sur un "fonds" de relance"gigantesque" de l’économie européenne, durement touchée par la crise du coronavirus Covid-19, qui "devrait se situer entre 1 000 et 2 000 milliards d’euros", a expliqué mardi 5 mai sur franceinfo Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur.  "Nous sommes en train d’agir massivement, les industries seront sauvées", a promis le commissaire européen. "C’est en gros 10% du PNB [produit national brut] américain, chinois mais aussi européen qu’il faut mettre sur la table."

 

"Nous faisons tout" pour que les Européens puissent voyager cet été au sein de l’Union, mais "quand on travaille à l’échelle d’un continent, il faut accepter que nous ne soyons pas tous exactement pareils", a poursuivi Thierry Breton, qui ajoute que "l’épidémie ne se développe par de façon identique partout." En fonction de son "évolution" et de "sa diminution", "nous allons devoir respecter des zones qui ne seront pas traitées de façon identique", a-t-il souligné.

"Les objectifs" du Pacte vert européen, qui vise la neutralité carbone d'ici 2050, "sont plus que jamais maintenus", malgré la crise du Covid-19, a  par ailleurs assuré Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur. "Plus que jamais le Pacte vert est d’actualité", a-t-il répété, alors que Bruxelles planche sur un "fonds" de relance de l’économie qui pourrait atteindre "2 000 milliards" d’euros."

Laurent Testot : collapsologue

Par Le 05/05/2020

"Le coronavirus n'est pas un énorme danger comparé à ce qui nous menace dans le futur."

 

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Laurent Testot étudie l’évolution de notre civilisation via le prisme scientifique.

Essayiste français, conférencier, journaliste, dans son dernier ouvrage, il livre un diagnostic de l’état d’urgence de notre monde. " Collapsus, Changer ou disparaître ?

Le vrai bilan sur notre planète " s’appuie sur l’analyse d’une quarantaine de spécialistes de tous horizons. Le livre détaille les périls et les défis qui nous attendent et que certains ont anticipés sous le terme "d’effondrement global de la civilisation".

Cet effondrement, selon les scientifiques de l’ouvrage, c’est la convergence de toutes les crises : climatiques, écologiques, biologiques et économiques.

Pour Laurent Testot, "cette crise montre bien la fragilité de nos sociétés interconnectées, il suffit par exemple que la Chine entre en récession économique à cause des mesures qu’elle prend contre ce coronavirus pour que nous ayons des problèmes en approvisionnement de médicaments en Europe, puisque la Chine fournit la plupart des substances actives des médicaments. Indirectement, des gens sont mis en péril, car on sait soigner des maladies mais les circuits d’approvisionnement, pour des raisons d’optimisation économique sont tous situés en Chine.

Ce virus montre qu’a trop être interconnecté, sans circuit de substitution de production, on est hautement dépendant d’un seul pays". Pour l’essayiste note aussi que cette crise du coronavirus "est le meilleur acteur de la lutte contre le réchauffement climatique puisqu’il a forcé le monde à respecter l’accord de Paris, il a réduit de 25% les émissions de gaz à effet de serre en Chine en février dernier, ce qui équivaut à 6% de réduction au niveau mondial et cela, ce sont les objectifs à atteindre dans l’accord de Paris. Malheureusement, je rigole car on compresse juste le ressort et cela repartira de plus belle après".

Pour Laurent Testot "on a des enseignements de ces anciennes épidémies, comme vouloir éviter la panique en censurant l’information, comme on l’a fait pour l’épidémie de grippe espagnole, ne sert qu’à minimiser le nombre de morts et à aggraver le bilan sanitaire. On sait aussi que les populations pauvres payent systématiquement le plus lourd tribut, car elles ont une hygiène plus précaire et une moins bonne information…".

"Tout le monde est mortel, y compris les civilisations et qu’on se refuse à le penser, on escamote jusqu’à la mort des poulets, on ne veut pas voir leur mort dans les abattoirs. Le catastrophisme, c’est ce qui interviendra si on n’intervient pas politiquement pour changer les trajectoires de nos sociétés" réagit notre invité avant de compléter son analyse "cela fait 40 ans qu’on nous promet le développement durable, et pourtant on n’a rien changé, toujours 80% d’énergie fossile et 20% d’énergie renouvelable. 

Cela n’a pas changé en 40 ans, on a juste augmenté le volume de toutes ces énergies consommées. Quant au développement durable, on voit ce que cela vaut. Nous n’avons jamais eu autant d’objets obsolescents entre les mains, on n’est obligé de changer de smartphone tous les 4 ans pour rester à la pointe… de nos jours l'alarmisme est malheureusement la seule façon de saisir l’urgence".

Pour Laurent Testot "en tout état de cause, la décroissance serait probablement la meilleure solution, mais sera sans doute inapplicable tant qu’on n’aura pas vidé de sa charge émotionnelle notre discours reposant sur la croissance et postulant que la croissance est l’alpha et l’oméga de notre monde. Or, la croissance tel qu’elle est pratiquée aujourd’hui, va nous tuer. Il faut qu’on réforme profondément cette croissance avec des équipes pluridisciplinaires qui proposent des solutions, avec des états qui les appliquent et contrôlent les firmes dans la mise en œuvre de ces politiques. Si on laisse faire, nous sommes sur une pente qui lentement, mais sûrement, nous amène vers l’apocalypse du manque de ressources et ce d’ici quelques décennies à peine".

"J’espère me tromper, mais tous m’indiquent dans une analyse pluridisciplinaire des éléments que nous nous dirigeons vers des moments de très grandes tensions simplement car les ressources sont en train de se raréfier à vue d’œil et que nous en extrayions trop" complète l'auteur. 

"Collapsus : changer ou disparaître"

Par Le 05/05/2020

 

 

« Collapsus » : Les scientifiques sont-ils en train de devenir collapsologues ?

 

EFFONDREMENT Une quarantaine de spécialistes de tous horizons offrent un diagnostic de l’état d’urgence de notre monde dans « Collapsus » codirigé par Laurent Testot et Laurent Aillet

Laure Beaudonnet
https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2730767-20200304-collapsus-scientifiques-train-devenir-collapsologues

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Laboratoire national des carottes de glace à Lakewood

Laboratoire national des carottes de glace à Lakewood — Brennan Linsley/AP/SIPA

Les scientifiques ont-ils changé leur fusil d’épaule ? Frileux (pour ne pas dire réfractaires) vis-à-vis des collapsologues, ils semblent sortir de plus en plus fréquemment de leur réserve pour alerter l’opinion publique sur l’urgence écologique. Fin février, devant l’inaction des gouvernements, plus de 1.000 scientifiques ont appelé les citoyens à la désobéissance civile et au développement d’alternatives dans une tribune au Monde.

Quelques jours plus tard, des scientifiques se font à nouveau entendre dans Collapsus, Changer ou disparaître ? Le vrai bilan sur notre planète, sous la direction du journaliste Laurent Testot et de l’ingénieur risques Laurent Aillet.

Quarante spécialistes de tous horizons (histoire, psychologie, politique, écologie, biologie, économie..) offrent un diagnostic de l’état d’urgence de notre monde. Que s’est-il passé ces derniers mois pour que les scientifiques s’invitent de plus en plus souvent dans le débat public ?

La collapsologie, un terme fourre-tout

Si le terme de collapsologie est aujourd’hui galvaudé, Raphaël Stevens et Pablo Servigne, auteurs de Comment tout peut s’effondrer, en avaient donné une définition bien précise en 2015 : une approche pluridisciplinaire qui analyse les risques systémiques. L’effondrement, c’est la convergence de toutes les crises : climatiques, écologiques, biogéophysiques, économiques. Son sens a glissé pour devenir un mot fourre-tout qui laisse libre cours aux fantasmes catastrophistes et post-apocalyptiques.

« Le mot effondrement désigne à la fois un processus et un résultat, explique l’expert en risques Laurent Aillet. Tout comme le mot "travail" qui est à la fois une façon de faire qu’il faut définir - je travaille ainsi -, et sa conclusion qu’il faut tout autant définir - cette réalisation particulière. Si on jette le mot au beau milieu d’une assemblée sans plus de précision, personne ne parle de la même chose et chacun projette ses fantasmes positifs et négatifs ».

Il faut donc pouvoir d’abord se mettre d’accord sur une définition. C’est ce que tente de faire l’enquête kaléidoscopique proposée sous le titre Collapsus. En tournant autour des dangers que rencontre (ou que risque de rencontrer) notre civilisation (réchauffement climatique, pollutions globales, guerre de l’eau, migrations…), l’ouvrage détaille les périls qui nous attendent et que certains ont anticipés sous le terme « d’effondrement global de la civilisation ».

« On sort stricto sensu du champ scientifique »

En tant qu’étude transdisciplinaire, la collapsologie force le scientifique à sortir de son champ de compétences. « La question des effondrements demande une approche qui s’inspire de la démarche scientifique pour arriver à faire un état des lieux systémique », précise Arthur Keller, spécialiste des risques systémiques et des stratégies de résilience. « L’état des lieux, c’est d’une part un ensemble de constats qui font appel à une ou plusieurs disciplines scientifiques spécifiques et, d’autre part, comment on relie les points entre eux, entre les silos disciplinaires, pour arriver à en tirer une vision d’ensemble qui fasse véritablement sens. Et là, on a perdu 90 % des gens, scientifiques compris », admet-il.

Ensuite, vient la question des conséquences sur nos sociétés. Il faut encore faire appel à une myriade d’autres disciplines, de la science dure aux sciences humaines (philosophie, sociologie, prospective…), pour y répondre. « On sort stricto sensu du champ scientifique », souligne Arthur Keller, qui fait partie des co-auteurs de Collapsus et des signataires de la tribune du Monde. Et, de toute façon, ce n’est pas parce qu’on partage le constat qu’on adhère à l’idée du risque d’effondrement. C’est un pas de plus que nombre de chercheurs, dits « solutionnistes », ne veulent pas faire.

Dans le monde scientifique, « il y a une sorte de taylorisation de la pensée, observe Laurent Aillet. Les scientifiques sont compétents et reconnus dans un domaine spécifique, cadré, et ils ont du mal à parler de choses qu’ils n’ont pas la sensation de maîtriser ». Si un climatologue s’exprime sur la biodiversité, il redevient un simple citoyen qui émet une opinion.

La réputation du scientifique en jeu

Le rôle même du scientifique est ainsi sujet à débat. Doit-il, oui ou non, donner son point de vue ? « Les tenants du système en place, qui n’ont pas envie de le voir changer, adoptent une posture qui consiste à dire : les scientifiques doivent rester dans leur réserve, dans leur neutralité et se contenter d’un rôle d’information, pointe Arthur Keller. A partir du moment où un scientifique bascule dans le champ politique, son expertise ne vaut plus rien ».

En public, ils défendent leur réputation, mais en privé, c’est autre chose. « Ils font part de leurs inquiétudes », révèle Laurent Aillet. Certains climatologues ou biologistes qui ont eu leur « oh shit ! moment » (terme anglais pour désigner une prise de conscience) et qui ont publiquement pris position, étaient jusqu’ici considérés comme des francs-tireurs ou des extrémistes.

Les choses ont un peu changé. « On est sur le Titanic et il est en train de prendre l’eau. Demander aux scientifiques de ne pas se mouiller, c’est impossible, car ils sont eux-mêmes à bord du bateau, poursuit Arthur Keller. Il y a un problème aux implications gravissimes et une effroyable absence de réponses adaptées : à un moment, on n’a juste plus le choix que de se lever ». Les rapports du Giec sont de plus en plus alarmistes, l’extinction de la biodiversité s’accélère. « Le réel avance. Ce qui était une hypothèse hier devient une réalité », observe Laurent Aillet pour qui rien n’est plus dangereux que le déni. Que les scientifiques se disent collapsologues ou non (et pour beaucoup, ça reste « non », soyons clairs), la réalité s’impose à eux aussi.

CULTURE

Dans les médias et les séries… Comment la collapsologie a-t-elle fini par être prise au sérieux ?

CULTURE

VIDEO. La fin est proche: Pablo Servigne explique la collapsologie en trois mots

"Ne laissons pas s'installer un monde sans contact"

Par Le 05/05/2020

Terrestres Revue des livres, des idées et des écologies

Ne laissons pas s’installer le monde sans contact

Collectif

Tant de gens parlent du « jour d’après », de tout ce qu’il faudra accomplir et obtenir après le coronavirus. Initié par le collectif Ecran total et Ecologistas en accion, ce texte soulève le risque que les bonnes résolutions pour le jour d’après soient déjà neutralisées par l’accélération en cours de l’informatisation du monde. Il propose un boycott massif de l’application Stop-COVID19 qui sera mise en place au mois de mai.

 

APPEL AU BOYCOTT DE L’APPLICATION STOP-COVID19

 

Du point de vue sanitaire, l’épidémie de COVID-19 mettra du temps à livrer tous ses mystères. Le brouillard qui entoure l’origine de la maladie, sa diffusion et sa létalité ne pourra se dissiper que lorsqu’elle cessera de frapper dans autant de pays à la fois. A ce jour, personne n’a l’air de savoir quand une telle accalmie se produira. D’ici là, pour continuer de vivre, nous ne devons ni sous-estimer, ni surestimer cette épidémie en tant que telle.

Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement.

Bien sûr, il n’a pas échappé à grand-monde que la situation présente a permis aux gouvernements de nombreux pays de tétaniser, pour un temps indéterminé, les contestations parfois extrêmement vives dont ils faisaient l’objet depuis plusieurs mois. Mais ce qui est tout aussi frappant, c’est que les mesures de distanciation interpersonnelle et la peur du contact avec l’autre générées par l’épidémie entrent puissamment en résonance avec des tendances lourdes de la société contemporaine. La possibilité que nous soyons en train de basculer vers un nouveau régime social, sans contact humain, ou avec le moins de contacts possibles et régulés par la bureaucratie, est notamment décelable dans deux évolutions précipitées par la crise sanitaire : l’aggravation effrayante de l’emprise des Technologies de l’information et de la communication (TIC) sur nos vies ; et son corollaire, les projets de traçage électronique des populations au nom de la nécessité de limiter la contagion du COVID-19.

« RESTEZ CHEZ VOUS »… SUR INTERNET

Dès les premiers jours du confinement, il était clair qu’une des conséquences sociales immédiates de la pandémie, en Espagne et en France, serait la radicalisation de notre dépendance à l’informatique. Au train où allaient les choses, il semblait pourtant difficile d’accélérer ! Mais avec l’enfermement au domicile, pour beaucoup, les écrans deviennent un mode quasi-exclusif d’accès au monde ; le commerce en ligne explose, et même l’organisation de réseaux d’approvisionnements locaux en légumes et produits frais passe souvent par des sites Internet ; la consommation de jeux vidéo  s’envole ; le nombre de consultations de « télémédecine » montent en flèche (alors qu’elles n’apportent rien de plus en général qu’une conversation téléphonique) ; la « continuité pédagogique » se fait aussi par ordinateur, au mépris de toutes les recommandations médicales de limiter l’exposition des enfants aux écrans ; et des millions de personnes se retrouvent à travailler chez elles – non plus « métro-boulot-dodo », mais directement « du lit à l’ordi ».

Les grands médias ne voient en général rien d’inquiétant à cette réduction de toutes les activités humaines à une seule. Au contraire, ils applaudissent d’autant plus les initiatives de solidarité qu’elles passent par un site, une plateforme, un groupe sur messagerie… Ils encouragent tout un chacun à se résigner au fait de prendre l’apéritif seuls-ensemble1, « par » Skype, et trouvent même des croyants ravis de communier pour Pâques par écrans interposés.

A cette campagne incessante de promotion de la vie numérique ne répond aucune alarme dans le débat d’idées : l’informatisation totale ne semble un problème pour personne. Des journalistes, des économistes, des hommes d’État, des deux côtés des Pyrénées, nous serinent qu’il faudra à l’avenir ne pas rester si dépendants de l’industrie chinoise pour les médicaments, le textile, etc. ; mais leur souci d’indépendance nationale les amène rarement à se préoccuper du fait que le secteur du numérique tout entier repose sur les mines et les usines asiatiques, souvent de véritables bagnes industriels qu’il est très difficile d’imaginer « relocaliser ». D’autres voix s’élèvent, qui ne s’en tiennent pas à la critique de la mondialisation des échanges, et réclament un changement profond de « notre modèle de développement ». Mais elles éludent la place centrale du numérique dans ce modèle, et ne signalent pas que rien ne pourra changer en matière de précarisation sociale et d’écologie si nous continuons de tout faire par Internet.

Le président Macron, quant à lui, se permet de faire des allusions répétées au programme du Conseil national de la Résistance et à son esprit de compromis social ; mais dans les faits, le projet de conversion de la France en start-up nation n’est nullement en pause, au contraire il connaît un grand bond en avant. Cette nouvelle ère de travail sans contact permet de compléter l’offensive contre les salariés entamée bien avant le coronavirus : suppression massive de postes au profit d’applications, de plateformes et de robots ; réduction du travail relationnel au profit de réponses automatisées pilotées par algorithmes ; perte de sens du travail supplanté par d’absurdes routines bureautiques ; exploitation accrue, et affaiblissement des capacités de résistance des salariés, de plus en plus isolés les uns des autres.

Le confinement est ainsi une aubaine pour s’approcher de l’objectif de remplacement de tous les services publics par des portails en ligne, fixé par le plan Action publique 2022. Comme on le voit avec la suppression des guichets SNCF, cette numérisation accélère la privatisation des services publics, par le transfert de leur travail à des plateformes commerciales aux pratiques opaques, fondées sur le profilage massif des individus. Elle évince violemment l’ensemble des usagers peu ou pas connectés – un cinquième de la population, parmi lesquels les personnes âgées, les plus vulnérables économiquement et les récalcitrants. Elle oblige désormais des catégories en voie de paupérisation massive à s’acheter parfois autant d’équipements informatiques « de base » (PC, smartphone, imprimante, scanner…) que le foyer compte de membres. Elle nous fait basculer dans un monde profondément déshumanisé et kafkaïen.

« La numérisation de tout ce qui peut l’être est le moyen pour le capitalisme du XXIème siècle d’obtenir de nouvelles baisses de coût (…) Cette crise sanitaire apparaîtra peut-être rétrospectivement comme un moment d’accélération de cette virtualisation du monde. Comme le point d’inflexion du passage du capitalisme industriel au capitalisme numérique, et de son corollaire, l’effondrement des promesses humanistes de la société [de services]»2. Cette analyse de bon sens n’est pas le fait d’un contempteur du néolibéralisme, en colère contre les choix politiques faits depuis quarante ans sous la pression des milieux d’affaires. Elle est d’un économiste de centre-gauche, participant au Conseil de surveillance du journal Le Monde. Elle suffit à comprendre que si « stratégie du choc »3 il y a, dans le contexte actuel, elle se trouve en bonne partie sous nos yeux, dans ce surcroît de numérisation de la vie domestique et économique. Il nous semble juste de parler de stratégie du choc numérique, au sens où la crise sanitaire crée l’occasion de renforcer la dépendance aux outils informatiques, et de déployer des projets économiques et politiques pré-existants : enseignement à distance, recours massif au télétravail, « e-santé », Internet des objets et robotisation, élimination de l’argent liquide au profit de la monnaie électronique, promotion de la 5G, smart city… On peut aussi faire figurer dans ce tableau les projets de suivi des individus par leur smartphone, au-delà de ce qui se pratiquait déjà en matière de surveillance policière, de marketing, ou de rencontres amoureuses par applications dédiées. Ainsi le risque n’est-il pas seulement que les choses restent « comme avant », mais qu’elles empirent nettement.

QUAND LA CHINE S’ÉVEILLE EN NOUS ?

Il est à peu près acquis que plusieurs gouvernements européens vont mettre en place de nouveaux dispositifs de surveillance par smartphone, en contrepartie de la sortie, ou du relâchement, du confinement. Alors qu’à la peur de tomber malade s’ajoute la lassitude et l’impossibilité économique de rester confinés pendant des mois, c’est un véritable chantage auquel les populations sont soumises.

Prenons la mesure de l’imposture : dans un contexte de pénurie grave des moyens ordinaires pour lutter contre la contagion (trop peu de masques et de blouses à l’hôpital, manque de soignants et de lits à l’hôpital et en dehors, peu de tests), on nous propose à la place un gadget de science-fiction, les applications de détection électronique de la transmission du coronavirus. Aucune annonce claire n’est faite dans le sens d’un soutien financier massif et structurel aux hôpitaux publics pour faire face à une crise qui va durer ; par contre, on s’apprête à franchir un nouveau cap dans la traçabilité systématique des déplacements et des relations sociales – au moins, dans un premier temps, pour ceux qui l’acceptent. Les résultats sanitaires sont plus qu’incertains ; les conséquences politiques, elles, ne font pas de doute.

Car le fait de se savoir tracé en permanence est source de conformisme et de soumission aux autorités, même quand on ne vit pas sous une dictature4. Les éléments de langage gouvernementaux assurent que les informations données par les applications de traçage des personnes porteuses du COVID-19 seront anonymisées puis détruites, mais il suffit de lire les mémoires d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique pour voir que ce genre de garantie ne tient pas5. Qui plus est, un coup d’œil à l’histoire récente des technologies montre qu’il n’y a pratiquement jamais de retour en arrière avec les dispositifs liberticides introduits en temps de crise : si elles sont mises en œuvre à grande échelle sous l’égide de l’État, les applications de traçage resteront, et il sera difficile d’en empêcher l’extension à toute la population. Pensons au fichage ADN, introduit à la fin des années 1990 suite à une série de meurtres à caractère sexuel et dont les ministres de l’époque juraient qu’il resterait toujours limité aux grands criminels – de nos jours, il est devenu quasi-automatique, quand on est arrêté pour être resté un peu tard en manifestation. Pensons aussi, tout simplement, que nous n’avons aucune idée de la durée de l’épisode épidémique où nous sommes entrés début mars – six mois ? trois ans ? bien plus ?

En tous cas, cet épisode est marqué par l’idée que l’efficacité, en matière de lutte contre les coronavirus, serait à chercher du côté de l’Asie en général et de la Chine en particulier. En France, médias et politiques portent plutôt leur regard vers la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour, dont l’hyper-modernité technologique n’est pas associée (à tort ou à raison) au despotisme politique. En Espagne, par contre, le début de la crise sanitaire a vu la presse dominante se demander ouvertement si la « démocratie » n’est pas un fardeau qui condamne à l’inefficacité, tandis que de vieux politiciens « libéraux » faisaient part de leur admiration pour l’autoritarisme chinois high tech : géolocalisation des téléphones mobiles, systèmes de notation sociale alimentée par les données recueillies en permanence sur les citoyens avec Internet, reconnaissance faciale, usage de drones pour surveiller et sanctionner la population. C’est un des éléments du tournant que nous vivons peut-être : nous avons été habitués depuis des décennies à lire notre avenir dans les évolutions de la société nord-américaine, et tout à coup, c’est la Chine post-maoïste qui semble devenir notre horizon – elle qui fait un usage véritablement décomplexé des innovations de la Silicon Valley.

LA SURENCHÈRE TECHNOLOGIQUE NE PEUT QUE NOURRIR LES EFFONDREMENTS ÉCOLOGIQUES ET SANITAIRES

Pour l’heure, le recours par les autorités politiques européennes aux applications de traçage des smartphones pour traquer le COVID-19 relève d’une forme de bluff6. C’est une mesure d’accompagnement psychologique, pour donner l’impression qu’elles agissent, qu’elles peuvent quelque chose, qu’elles ont des idées pour maîtriser la situation. Alors qu’il est manifeste qu’elles ne maîtrisent rien, en tous cas dans des pays comme les nôtres ou comme l’Italie. Par contre, dans toute l’Europe, elles emboîtent le pas aux milieux d’affaire qui réclament la reprise du travail et la relance de l’économie ; il est donc d’autant plus urgent de sortir des « applis » magiques de leurs chapeaux, puisqu’elles n’ont visiblement rien d’autre à leur disposition pour protéger les populations.

Rejeter StopCOVID
Illustration La Quadrature du Net

Des dispositifs comme la géolocalisation électronique servent en fait à assurer le maintien d’une organisation sociale pathologique, tout en prétendant limiter l’impact de l’épidémie que nous connaissons aujourd’hui. Le traçage du coronavirus vise à sauver (momentanément) un type de monde où l’on se déplace beaucoup trop, pour notre santé et celle de la Terre ; où l’on travaille de plus en plus loin de chez soi, en côtoyant au passage des milliers de gens qu’on ne connaît pas ; où l’on consomme les produits d’un commerce mondial dont l’échelle exclut toute régulation morale.  Ce que les promoteurs de la géolocalisation cherchent à préserver, ce n’est donc pas d’abord notre santé, ni notre « système de santé » : c’est la société de masse. C’est même une société de masse renforcée, au sens où les individus qui la composent seront encore plus esseulés et renfermés sur eux-mêmes, par la peur et par la technologie.    

Alors que la pandémie actuelle devrait nous inciter à transformer radicalement une société où l’urbanisation galopante, la pollution de l’air et la surmobilité peuvent avoir des conséquences aussi incontrôlables, le déconfinement géré par big data menace de nous y enfoncer un peu plus. L’émergence du COVID-19, comme celle des autres grands virus depuis l’an 2000, est reliée par de nombreux chercheurs à la déforestation qui oblige beaucoup d’espèces animales à se retrouver en contact imprévu avec les humains. D’autres mettent en cause les élevages intensifs concentrationnaires, arrosés d’antibiotiques mutagènes. Dire que la réponse au COVID-19 doit être technologique (comme Stéphane Richard, le PDG d’Orange dans Le Monde du 1er avril), c’est poursuivre la fuite en avant dans une logique de puissance et de maîtrise illusoire de la nature, dont la crise écologique nous montre chaque jour l’échec. L’impact de l’industrie numérique sur les écosystèmes est déjà intenable. Elle a créé une ruée sur les métaux qui dévaste les zones les plus préservées de la planète. Elle s’appuie sur une industrie chimique particulièrement polluante et engendre des montagnes de déchets. Du fait de la multiplication des data center et de l’augmentation permanente du trafic Internet, elle fait carburer les centrales électriques et émet autant de gaz à effet de serre que le trafic aérien7.

Qui plus est, le mode de vie connecté est globalement nocif pour notre santé. Addictions, difficultés relationnelles et d’apprentissage chez les plus jeunes, mais aussi électro-hypersensibilité : l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) estime ainsi à 3,3 millions le nombre de Français qui disent en souffrir (soit 5 % de la population), et affirme la nécessité d’importantes recherches pour comprendre comment ces souffrances se déclenchent et s’amplifient8. Ajoutons à cela les doutes qui entourent le caractère cancérogène des ondes électromagnétiques artificielles, considéré comme possible par l’OMS. Les liens établis entre tumeurs au cœur (chez des rats) et ondes 2G/3G par le National Toxicology Programm américain en 20189 ne font pas l’objet d’un consensus scientifique, mais le doute est toujours à décharge pour les industriels de la téléphonie mobile : il sert de justification à la fuite en avant, jamais au principe de précaution.

D’ailleurs, au premier rang de la stratégie du choc menée par le gouvernement français figure l’installation simplifiée des antennes-relais, contestées par tant de riverains et d’associations, notamment pour motifs de santé. La loi d’urgence du 25 mars 2020 permet leur déploiement sans l’accord de l’Agence nationale des fréquences. Dans le même temps, l’explosion du trafic Internet lié au confinement justifie la poursuite du déploiement du réseau 5G – c’est en Italie que les choses s’accélèrent le plus10. Alors que des scientifiques et des citoyens du monde entier s’y opposent depuis plusieurs années, la presse rabat les inquiétudes qui s’expriment à ce sujet, en différents endroits du monde, sur des thèses improbables reliant la propagation du COVID-19  aux ondes 5G. Les Gafam vont jusqu’à envisager ces derniers jours de supprimer de nombreuses publications en ligne qui alarment sur les effets de cette nouvelle étape dans l’intensification des champs électromagnétiques artificiels. Or, ces alarmes sont souvent parfaitement légitimes : d’une part parce que déployer, sans en connaître les effets, une source de pollution électromagnétique au moins deux fois supérieure à celle de tous les réseaux déjà existants est une aberration du point de vue du principe de précaution ; d’autre part parce que le danger le plus avéré du réseau 5G est qu’il doit servir d’infrastructure à la prolifération des objets connectés, des voitures automatiques et, globalement, d’une société hyperconsumériste dont les effets sociaux et écologiques sont intenables.

ARRÊTER L’ESCALADE

Bref, les technocrates du monde entier prétendent nous préserver du coronavirus aujourd’hui, en accélérant un système de production qui compromet déjà notre survie demain matin. C’est absurde, en plus d’être voué à l’échec.

Nous n’avons pas besoin de technologies qui nous déresponsabilisent, en disant et décidant à notre place où nous pouvons aller. Ce dont nous avons besoin, c’est d’exercer notre responsabilité personnelle, pour pallier les défaillances et le cynisme des dirigeants. Nous avons besoin de construire par le bas, avec l’aide des soignants, des règles de prudence collective raisonnables et tenables sur la longue durée. Et pour que les inévitables contraintes fassent sens, nous n’avons pas seulement besoin de savoir en temps réel quelle est la situation dans les services d’urgence. Nous avons besoin d’une réflexion collective et conséquente sur notre santé, sur les moyens de nous protéger des multiples pathologies que génère notre mode de vie : les futurs virus, autant que leurs divers facteurs de « co-morbidité », tels que l’asthme, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et bien sûr le cancer11.

Cette crise met une fois de plus en évidence le problème de la dépendance des peuples envers un système d’approvisionnement industriel qui saccage le monde et affaiblit notre  capacité à nous opposer concrètement aux injustices sociales. Nous percevons que seule une prise en charge collective de nos besoins matériels, à la base de la société, pourrait permettre, dans les troubles à venir, de trouver à manger, de se soigner, d’accéder aux services de base. Il faut comprendre que l’informatisation va à l’encontre de ces nécessaires prises d’autonomie : le système numérique est devenu la clé de voûte de la grande industrie, des bureaucraties étatiques, de tous les processus d’administration de nos vies qui obéissent aux lois du profit et du pouvoir.   

Il se dit régulièrement qu’à un moment donné de cette crise, il faudra demander des comptes aux dirigeants. Et comme à l’accoutumée, les réclamations en matière de dotations budgétaires, d’abus patronaux et financiers, de redistribution économique, ne manqueront pas. Mais à côté de ces indispensables revendications, d’autres mesures sont à prendre nous-mêmes ou à arracher aux décideurs, si nous voulons préserver notre liberté – c’est-à-dire si nous voulons préserver la possibilité de combattre les logiques de concurrence et de rentabilité, de construire un monde où la peur de l’autre et l’atomisation de la population ne dominent pas pour longtemps.

  1.  Ces jours-ci, il semble que de nombreuses personnes laissent leur smartphone chez elles, quand elles quittent leur domicile. Nous appelons à la généralisation de ce genre de geste et au boycott des applications privées ou publiques de traçage électronique. Au-delà, nous invitons chacun et chacune à réfléchir sérieusement à la possibilité d’abandonner son téléphone intelligent, et de réduire massivement son usage des technologies de pointe. Revenons enfin à la réalité.
  2. Nous appelons les populations à se renseigner sur les conséquences économiques, écologiques et sanitaires du déploiement planifié du réseau dit « 5G », et à s’y opposer activement. Plus largement, nous invitons chacun et chacune à se renseigner sur les antennes de téléphonie mobile qui existent déjà près de chez soi, et à s’opposer aux installations de nouvelles antennes-relais.
  3. Nous appelons à une prise de conscience du problème de la numérisation en cours de tous les services publics. Un des enjeux de la période d’après-confinement (ou des périodes entre deux confinements ?) sera d’obtenir que des guichets physiques soient encore ou à nouveau disponibles pour les habitants des villes et des campagnes, dans les gares, à la Sécurité sociale, dans les préfectures et autres administrations. Des batailles mériteraient d’être engagées pour la défense du service postal (essentiel par exemple à la circulation d’idées sans numérique) et le maintien d’un service de téléphone fixe, bon marché et indépendant des abonnements à Internet.
  4. Une autre bataille essentielle pour l’avenir de la société est le rejet de l’école numérique. La période critique que nous vivons est mise à profit pour normaliser l’enseignement à distance par Internet, et seule une réaction d’envergure des enseignants et des parents pourra l’empêcher. Malgré toutes les critiques qu’on peut faire de divers points de vue à l’institution scolaire, la période actuelle devrait illustrer aux yeux d’un grand nombre qu’il y a du sens à apprendre à plusieurs et qu’il est précieux pour les enfants d’être au contact d’enseignants en chair et en os.
  5. L’économie n’est pas et n’a jamais été à l’arrêt ; les conflits sociaux ne doivent donc pas l’être non plus. Nous soutenons toutes celles et ceux qui se sentent mis en danger, du point de vue de la santé, à leur poste de travail habituel ou dans leurs déplacements. Mais nous attirons aussi l’attention sur les abus et les souffrances dans le cadre du télétravail, à domicile. Certains d’entre nous dénoncent l’informatisation du travail depuis des années ; il est clair que l’extension du télétravail contraint est un processus à endiguer par de nouvelles formes de luttes, de boycott, de retrait.
  6. Du point de vue économique, les mois à venir s’annoncent terribles. Un appauvrissement très important des populations est possible, au même titre que des effondrements bancaires et monétaires. Face à ces périls, il nous faut penser à comment manger et comment cultiver des terres ; comment s’inscrire dans des réseaux d’approvisionnement de proximité, et comment étendre ces possibilités au plus grand nombre ; comment soutenir les agriculteurs qui produisent de la nourriture saine près de chez nous et comment aider d’autres à s’installer. Ce que nous avons dit plus haut explique pourquoi nous pensons que le recours à la technologie de pointe pour faire tout cela n’est pas une solution humaine et pérenne.
  7. Enfin, il va nous falloir défendre les moyens de nous rencontrer physiquement, inventer ou retrouver des lieux de discussion publique dans ce contexte difficile où vont se jouer des batailles décisives. Bien sûr, il faudra prévoir des modalités qui prennent en compte les risques de contagion. Mais la vie connectée ne peut durablement se substituer à la vie vécue, et les succédanés de débats par Internet ne remplaceront jamais la présence en chair et en os, le dialogue de vive voix. Chacune et chacun doit réfléchir dès maintenant à la manière dont il est possible de défendre ce droit à la rencontre (réunions d’habitants, assemblées populaires, manifestations), sans lequel aucun droit politique n’est possible, et sans lequel aucun rapport de force, pour quelque lutte que ce soit, ne peut jamais se constituer.            

Confinés à distance les uns des autres, nous avons élaboré cet appel par Internet et nous nous appuyons sur des revues et journaux en ligne, en France et en Espagne (traduction en cours), pour le faire connaître. Nous le faisons toutefois aussi imprimer, pour le faire circuler dès ces jours-ci, de toutes les façons qui nous sembleront adaptées à la situation. Vous pouvez demander le texte aux éditions La Lenteur, 13 rue du Repos, 75020 Paris (adresse de circonstance) : contribution libre, en chèque à l’ordre des éditions ou tout simplement en timbres postaux.

Texte initié par le collectif Ecran total (résister à la gestion et l’informatisation de nos vies) et le groupe de travail «digitalizacion, TIC y 5G » de l’organisation Ecologistas en accion. 

Contacts en France : Ecran total, Boîte postale 8 ; 3 et 5 rue Robert Judet, 23260 Crocq ; ou ecrantotal@riseup.net

Pétition contre la 5G

Par Le 05/05/2020

Grande Pétition : Non à la 5G en France

 

https://www.leslignesbougent.org/petitions/stop-5g-en-france/?

Adressé à : Emmanuel Macron, Président de la République,

240 scientifiques ont montré que la 5G était DANGEREUSE pour la nature et les humains[1]…

Les Suisses viennent de stopper le déploiement des antennes 5G…

Monsieur le Président, pourquoi restez-vous sourd aux appels à la prudence ?

Monsieur le Président de la République,

Nous, Français, ne sommes PAS technophobes.

Au contraire, nous apprécions tous les bienfaits des télécommunications.

Mais la course au « sans-fil » ne doit pas se faire à tout prix.

Vous voulez absolument avoir un réseau 5G avant 2020. Mais qu’est-ce qui presse ?

Nous n’avons aucune étude sérieuse prouvant l’innocence de la 5G. Au contraire…

  • La 5G augmente le risque de tumeur au cerveau[1] – surtout chez les enfants et les adolescents[2]
  • La 5G accentue le risque de Syndrome d’électrosensibilité[3] qui toucherait déjà 8% de la population.

L’électrosensibilité transforme des vies en cauchemars tous les jours :

  • maux de tête,
  • acouphènes,
  • insomnie,
  • vertiges,
  • maux de dents et de gencives,
  • troubles du rythme cardiaque,
  • douleurs articulaires,
  • irritabilité,
  • dépression,
  • fatigue permanente,
  • difficulté à se concentrer[4].

L’électrosensibilité fonctionne par effet de seuil. Il suffirait de quelques ondes en plus pour que des millions de nouvelles personnes basculent dans l’électrosensibilité.

  • La 5G peut réduire la fertilité masculine[5]
  • La 5G augmente les risques de fausses couches[6]
  • La 5G perturbe le rythme des plantes, des insectes pollinisateurs, et des animaux[7].

Le déploiement à marche forcée du réseau 5G en France est une expérimentation à grande échelle. C’est criminel !

Les cantons de Genève et de Vaud ont demandé d’arrêter le déploiement des antennes 5G en attendant de confirmer leurs effets sur la santé[8][9].

À cela s’ajoute que les antennes 5G seront bien plus nombreuses que les antennes-relais actuelles que la population redoute déjà.

Pour que la 5G fonctionne, les télécoms vont dissimuler des antennes partout[10][11][12][13] :

  • Dans les arbres
  • Dans les lampadaires
  • Sur les arrêts de bus
  • Dans les panneaux de circulations
  • Même les ampoules de nos maisons deviendront des antennes-relais 5G.

Monsieur le Président, nous ne souhaitons pas que la France soit transformée en four micro-ondes à ciel ouvert.

Le principe de précaution doit primer.

Ainsi que le Code de Nuremberg qui interdit les expérimentations sur des humains non consentants.

La sécurité des Français doit l’emporter sur les intérêts des géants des télécoms et des autorités corrompues !

Nous tous, parents, grands-parents, citoyens, médecins, scientifiques, nous nous tournons vers vous, Monsieur le Président de la République, pour vous demander de stopper le déploiement du réseau 5G et de vous engager à réduire l’exposition de la population française aux champs électromagnétiques, conformément à la Résolution 1815 du Conseil de l’Europe signée le 27 mai 2011[14].

Veuillez agréer Monsieur le Président de la République, l’expression de nos salutations respectueuses.

Coronavirus : Edgar Morin

Par Le 04/05/2020

Tout ce que je pense, tout ce que j'essaie de valider, autant dans l'inquiétude que dans la conscience d'une opportunité magnifique. Il arrive immanquablement des épreuves dans la vie des gens. Personne n'y échappe. Elles seront destructrices sur le coup, considérablement bouleversantes, destructurantes. Puis viendra le temps d'en construire quelque chose de bon. Sinon, c'est qu'elles n'auraient servi à rien.

Dans un roman, je ne sais plus lequel, j'avais écrit :

« Si tu n’apprends rien de tes tourments, c’est que tu ne méritais pas qu’ils prennent soin de toi. »

Edgar Morin sur le tournage de \"Edgar Morin, Chronique d\'un regard\"
Edgar Morin sur le tournage de "Edgar Morin, Chronique d'un regard" (Lisaetwikipedia)

Elodie Suigo : Edgar Morin, vous êtes sociologue, médiologue, philosophe, penseur de la complexité, docteur Honoris Causa de 34 universités à travers le monde. Vous aviez déjà tout vécu et là, vous vivez quelque chose que vous n’aviez pas du tout imaginé : un confinement mondial…

Edgar Morin : je l’ai vécu d’une façon tout à fait étonnée, puisque c’est un événement inouï ! Surtout, je le vis dans une activité surabondante et dans cette crise énorme, je suis énormément mobilisé intérieurement. J’essaie de me faire une opinion, j’essaie de comprendre et je n’ai même pas le temps de cette chose dont j’aurais pu profiter, qui est un peu de détente, de repos, de farniente etc...On en sait de plus en plus et de moins en moins sur ce virus étrange et sur les conséquences incroyables que va donner cet événement.

C’est le principe même de la philosophie ; plus on sait, moins on sait et là, l’homme n’est plus maître de son destin.

 C’est une des choses les plus intéressantes. Parce qu’une partie des dirigeants de ce monde sont persuadés que l’homme va de plus en plus maîtriser son destin dans le transhumanisme etc... Or, moi j’ai toujours pensé que plus l’homme était puissant dans sa technique, dans toutes ses œuvres magnifiques, plus il était infirme devant la douleur, devant le chagrin, devant la mort, devant la maladie... Donc il faut accepter notre destin aléatoire, incertain, accepter que la vie humaine est une aventure dans l’incertitude. Ma philosophie, c’est que la vie est une abnégation dans un océan d’incertitudes et on peut se ravitailler dans des îlots et des archipel de certitudes. Vous savez, si on suit la leçon que nous donne les événements, c’est une révélation fulgurante. C’est que tout est lié ! C’est ça la philosophie de la complexité. Nous voyons que d’un petit virus, on a une crise économique, que cette crise économique est liée à la crise climatique. Nous voyons que notre petite personne, nos foyers, notre nation, l’Europe, tout est concerné. Tout ce qui semblait séparé aux esprits qui cataloguent tout est en fait relié et nous avons une communauté de destin qui nous saute aux yeux. Et qu’il faut voir.

Comment imaginez-vous le monde d’après ?

On ne peut absolument pas le prévoir. On peut prévoir, supputer que le ralentissement économique général provoquera une crise économique. Nous savons que les crises économiques sont toujours l’occasion de profondes régressions et, par exemple, que la crise économique de 29 a produit Hitler, mais qu'elle a aussi produit Roosevelt. Une crise favorise l’imagination créatrice. On voit d’ailleurs actuellement un bouillonnement d’idées un peu partout. Mais nous avons aussi les peurs, les angoisses, ceux qui cherchent des coupables, des boucs-émissaires à punir etc... Vous savez, il y a toutes les hypothèses. La pire hypothèse, c’est une barbarie planétaire. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’avant la crise du coronavirus, nous avons vécu 20 années de régression partout : crise de la démocratie, et un peu partout des états néo-autoritaires ou démagogues assez tordus. Ce danger risque de s’aggraver encore, y compris en France. Donc nous sommes dans une conjoncture régressive. Il faut essayer de promouvoir une nouvelle voie. Mon idée, c’est qu’il faudrait que des forces se rassemblent dans un mouvement d’un type nouveau, avec une pensée qui sache qu’il y a une nouvelle politique, qui utilise les besoins écologiques, qui soit sociale, qui soit fondée sur la solidarité et la lutte contre les inégalités. Il faut que cette nouvelle politique se dessine. J’ai vu tellement de printemps qui ont été suivis d’hivers ! J’ai vu le "Printemps arabe", j’ai vu tant de printemps dans ma vie… Mais ça ne veut pas dire que je suis pessimiste, ça veut dire que je suis vigilant, que je suis inquiet. Et je sais que, même si les forces régressives gagnent du terrain, nous devons maintenir des petits îlots de fraternité, de pensée libre, de pensée critique, et que ces îlots de résistance, comme il y a eu d’autres formes de résistance avant, vont aider les futures générations à redémarrer.

Vous avez toujours eu un adage : "Attends-toi à l’inattendu". Est-ce toujours valable ?

Ça a toujours été une maxime, parce que ça a été l’expérience de ma vie et je suis sûr que l’inattendu va arriver. J’espère qu’il sera un bon inattendu et pas un mauvais !

"7 milliards de suspects" (ARTE)

Par Le 03/05/2020

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité, ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

Benjamin Franklin
 

Ce documentaire "7 milliards de suspects" est disponible sur youtube mais je ne peux pas le transférer ici. Je vous invte à le regarder...

C'est édifiant.

Bien sûr, on peut y voir une anticipation complotiste...

Ou bien se dire que tout est possible et que l'enchaînement des événements et des décisions politiques dont nous sommes les témoins plaident de plus en plus pour la crédibilité de tout ce qui est énoncé...

A chacun de se faire son idée. 

Il va falloir être très, très attentif dans les prochaines semaines ou mois. 

Des associations sont déjà en alerte et épluchent tous les décrets du gouvernement au sujet de la 5G

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/13/le-gouvernement-a-t-il-generalise-la-5g-pendant-le-confinement_1785045

 

J'avais déjà posté un article au sujet de ce documentaire sur ARTE : 

 

"Tous surveillés" (le lien vers la vidéo s'y trouve)

 

"Tous surveillés - 7 milliards de suspects"

90 min

Disponible du 14/04/2020 au 19/06/2020

Prochaine diffusion le vendredi 15 mai à 09:25

Sous-titrage malentendant

Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.

Des caméras de Nice à la répression chinoise des Ouïghours, cette enquête dresse le panorama mondial de l'obsession sécuritaire, avec un constat glaçant : le totalitarisme numérique est pour demain. 

Aujourd'hui, plus de 500 millions de caméras sur la planète offrent aux autorités la capacité de nous surveiller, à peu près partout et à chaque instant.

Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la criminalité, les grandes puissances se sont lancées dans une dangereuse course aux technologies de surveillance. Dorénavant, l'incroyable perfectionnement de l'intelligence artificielle valide l'idée d'un regard total. Aux États-Unis, les forces de police utilisent la reconnaissance faciale pour identifier les suspects.

En Chine, les caméras peuvent repérer les criminels de dos, à leur simple démarche.

En France, la police utilise des caméras intelligentes qui analysent les émotions et les comportements des passants. Marquée par l'attentat au camion du 14 juillet 2016, qui a fait 86 morts, et s'est produit en dépit des 2 000 caméras scrutant la ville, Nice se situe désormais à l'avant-garde de l'expérimentation. Le centre de supervision et les zones dédiées à la reconnaissance faciale sont les chevaux de bataille du maire Christian Estrosi, qui veut faire de sa ville une safe city.

Comme un virus, l'idéologie du tout sécuritaire se répand à la mesure d'une révolution numérique à la puissance exponentielle. Va-t-elle transformer notre monde en une planète habitée par 7 milliards de suspects ? Quel niveau de surveillance nos libertés individuelles peuvent-elles endurer ? 

Dictature 3.0  
On le surnomme le "marché de la peur", estimé à 40 milliards de dollars par an. Colossaux, les enjeux de la surveillance intelligente aiguisent les appétits de sociétés prêtes à promouvoir le "modèle Big Brother" pour engranger les plus grands bénéfices.

L'enquête internationale de Sylvain Louvet démonte les rouages de cette machine aux innombrables facettes et dévoile la relation incestueuse qui se noue entre les industriels et les pouvoirs publics.

En Israël, elle souligne les liens entre l'armée, le Mossad et les start-up technologiques, soupçonnées de tester la reconnaissance faciale aux checkpoints.

En France, elle met en lumière l'influence du secteur privé, dans les orientations choisies par le maire de Nice, Christian Estrosi. Aux États-Unis, l'enquête donne la parole à ceux qui dénoncent la faillibilité du logiciel de reconnaissance faciale d'Amazon couplé à un fichage biométrique généralisé.

Le documentariste a également réussi à enquêter en Chine, pays où l'obsession sécuritaire est en passe de donner naissance à une nouvelle forme de régime  : la dictature 3.0. Arrestations "préventives" arbitraires, mise en place d'un système de notation des citoyens, fichage ADN et persécution systématisée (allant jusqu'à l'apposition d'un QR code sur la porte des appartements) de la minorité musulmane des Ouïghours… L'arsenal de la répression connaît un degré de raffinement inédit dans l'histoire de l'humanité. Un camp du Goulag numérique : telle est la vision du futur dessinée par ce documentaire aussi percutant que glaçant.

  • Réalisation :

    • Sylvain Louvet
  • Producteur/-trice :

    • Capa Presse
  • Auteur :

    • Sylvain Louvet
  •  

 

Jeûne et bouillon ayurvédique

Par Le 01/05/2020

Deuxième jour de jeûne aujourd'hui. Je continue.

Il pleut à verse, enfin. Quarante-trois jours sans une goutte d'eau...

Les citernes d'eau de pluie sont pleines. On reste à la maison. C'était l'occasion de refaire une "cure de rien" :)

Nathalie a concocté un bouillon ayurvédique pour accompagner cette période.

C'est délicieux au goût !! 

Un bouillon ayurvédique pour stimuler le système immunitaire

 

Un bouillon ayurvédique pour stimuler le système immunitaire

En Inde, ce bouillon serait élaboré pour renforcer le système immunitaire et soigner les rhumes et refroidissements.

Composé à base d'huile d'olive, de curry, cuminail et citron. Il serait si efficace que le recours à d’autres médecines est souvent inutile.



Le curry est un mélange de plusieurs épices dont:

- le curcuma,
- le gingembre,
- le cumin,
- la moutarde,
- la feuille de laurier, etc.

Il est originaire de l’Inde. Ce mélange d’épices serait riche en composés antioxydantsanti-inflammatoires et antibactériens.

Selon une recherche menée par la Tufts University School of Medicine du Massachussetts, les propriétés du cumin, de l'ail et du citron, consommés quotidiennement, permettent de stimuler l'immunité et fortifier l'organisme en moins d'une semaine.

Des ingrédients aux propriétés fortement anti-inflammatoires

L'inflammation est la composante du système immunitaire qui aide l'organisme à vaincre les bactéries, les virusparasites et autres envahisseurs. L'inflammation aide également l'organisme à réparer les tissus endommagés et à se régénérer après une blessure. En fait, l'inflammation est un mécanisme nécessaire à notre survie. Mais ce mécanisme peut se retourner contre nous et être la cause principale de nombreuses maladies.

De nombreuses études mettent en relief les torts causés à l'organisme par l'inflammation chronique. On connaissait surtout son rôle dans les maladies articulaires, mais l'on découvre maintenant qu'un processus inflammatoire sur les artères peut provoquer des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. Qu'elle détruit les cellules nerveuses dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et déprime le système immunitaire. Elle serait également un élément important dans le développement de tumeurs cancéreuses et du diabète de type II.

Le processus inflammatoire est également un composant des maladies auto-immunes qui sont responsables de centaines de maladies différentes et souvent non-diagnostiquées correctement.

Le bouillon ayurvédique est composé d'ingrédients aux propriétés fortement anti-inflammatoires.

Voici la recette traditionnelle de ce bouillon :

Vous préparerez à l'avance un curry composé à part égales d'un mélanges de condiments principalement composés de: curcuma, cumin, graines de moutarde, paprika, coriandre, cardamome,poivre noir, gingembre, laurier, etc.

Pour préparer une tasse de bouillon, dans une petite casserole, chauffez:

  • 1 c. à thé d’huile d’olive et ajoutez
    ½ c. à thé de chacun des ingrédients suivants : du curry préparé selon le mélange indiqué, plus cumin (même si votre mélange de curry contient déjà du cumin) ;
    - ajoutez 2 gousses d’ail écrasées;
    - 1 c. à table de jus de citron

    Versez sur cette base, 340 ml (12 oz) d’eau et laisser frémir durant 5 minutes ou jusqu’à ce que le liquide soit réduit à une tasse.

    Vous pouvez consommer jusqu’à 3 tasses par jour.

 

"Propositions pour un retour sur Terre"

Par Le 01/05/2020

Un long document pour tenter de constuire un long et bel avenir...

Il n'y a ici qu'une partie de ce document.

Ce lien en donne sa version complète et originale.

 

https://lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/?fbclid=IwAR1H8L9naAd764pEVfOcjVbWx7f2OGk-wzgoA2pCKNrT0lYG0wJNPsM0G00

 

 

La pensée écologique

 

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Propositions pour un retour sur Terre

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Propositions pour un retour sur Terre

Par Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton

Changer, maintenant

La pandémie du Covid-19, et plus précisément la façon dont un grand nombre de pays tentent d’y répondre, peuvent nous permettre d’analyser la donne plus générale qui nous échoit. L’enjeu est une véritable bascule de civilisation avec un socle commun, consensuel, à partir duquel l’adversité démocratique – le jeu majorité et opposition – peut à nouveau se déployer et s’exprimer. Quel est ce socle commun ? De quelle bascule s’agit-il ?

La pandémie : une conséquence de notre rapport au vivant

Ce que tout le monde pensait impossible, un arrêt partiel des économies, s’est imposé à la quasi-totalité des nations sur Terre. Face à une pandémie, qui plus est débouchant sur une mort horrible, par étouffement, sans tests en masse, ni remèdes, ni connaissance assurée de toutes les voies de transmission du virus, ni vaccin, il n’est d’autre moyen d’en éviter la diffusion qu’un confinement quasi général des populations. Même les plus récalcitrants, les Trump et autres Johnson, ont dû s’y résoudre. La nature a eu ainsi raison de nos économies et de notre folie consumériste ordinaire.

Parler de nature n’est pas ici qu’une clause de style. Le coronavirus nous a sévèrement rappelés à notre vulnérabilité, à savoir à notre animalité, en nous ramenant toutes et tous à notre condition humaine biologique. Nature encore parce que cette crise est d’origine écologique. Il s’agit avec le coronavirus d’une de ces zoonoses qui se multiplient depuis quelques décennies parce que nous détruisons des écosystèmes, et partant l’habitat de certaines espèces qui du coup se rapprochent de nos propres habitats ; et parce que détruisant la biodiversité sauvage comme la diversité génétique des espèces domestiques, nous déstabilisons les équilibres entre populations et facilitons la circulation des pathogènes. Nous avons en outre superbement ignoré l’importance du « cortège biotique » qui nous accompagne et qui nous relie aux cortèges biotiques des autres, des animaux et des plantes (bactéries commensales, acariens, parasites et symbioses).

A quoi s’ajoutent aussi les effets du dérèglement climatique favorisant l’expansion des maladies infectieuses vectorielles comme le Chikungunya ou le virus Zika. Le Covid-19 avait pour hôte, et sans pathologie aucune pour lui, une espèce de chauve-souris contrainte de se rapprocher de nous ; et le virus nous a atteints, mais en produisant alors des ravages, via probablement une espèce intermédiaire, le pangolin, apprécié par la pharmacopée chinoise pour ses écailles (et donc gravement menacée). C’est donc la nature, et plus exactement les effets de notre action sur elle, notre destructivité, qui nous ont imposé une radicalité qui détermine la nature de nos réponses, elles aussi radicales.

Le dérèglement climatique : toujours notre rapport au vivant

Or, c’est une situation analogue à laquelle l’ensemble des dégradations du système Terre, changement climatique en tête, nous confronte désormais. Ces dégradations ont atteint un degré inouï et rien ne semble annoncer quelque décrue. Nombre de pays ont même désigné à leur tête des chefs d’État qui ont en commun un déni des questions écologiques, de Trump à Bolsonaro en passant par Modi, Xi Jinping, Poutine, etc. Sur le plan de l’action, le déni est quasi-universel. Effondrement du vivant, pollutions au plastique, destruction des sols, entrée dans le dur des dérèglements climatiques, etc., la litanie est connue. Prenons toutefois appui sur le climat, car il peut donner le tempo.

La température moyenne au sol sur Terre est de 1,1°C supérieure à ce qu’elle était dans la seconde moitié du 19e siècle et, selon l’un des grands modèles au monde, celui de l’IPSL (Institut Pierre-Simon-Laplace, Paris), elle devrait atteindre les 2°C dès 2040, en raison des émissions déjà émises pour l’essentiel. C’est énorme.

Rappelons qu’avec une augmentation de plus de 1°C, nous connaissons désormais des cyclones qui flirtent quasi systématiquement avec le plafond de la catégorie 5, des inondations hors normes et des méga-feux, des pics de chaleurs jamais atteints[1] et des méga-sécheresses. Les récoltes australiennes de riz et de sorgho à l’issue de l’été austral ont par exemple diminué de 66 %. Avec +2°C, certaines régions de la zone intertropicale pourraient déjà connaître plusieurs jours par an où l’accumulation chaleur et humidité saturerait nos capacités de régulation thermique : nous ne serions plus en mesure, sans refuge dans un endroit plus frais au bout de 7 à 8 minutes, de réguler et de maintenir la température de notre corps à 37°, et ainsi d’échapper à la mort. Avec une élévation de la température de 3,5 à 4 degrés, cet état de choses durerait des semaines et s’étendrait même au-delà des tropiques. L’enjeu n’est donc autre que le maintien de l’habitabilité de la Terre pour l’espèce humaine et les autres espèces.

Au-delà de l’arrêt brutal, organiser le ralentissement général

Et il en va de cette situation comme du Covid-19, elle relève de la donne physique que nous avons produite et appelle un changement non moins radical : à savoir une redescente brutale, dans la décennie, avec effort immédiat, de notre destructivité ainsi que des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui devraient être réduites de moitié au moins, pour atteindre a minima la neutralité carbone au milieu du siècle[2].

En d’autres termes, à la place d’un retour fulgurant à la croissance, il conviendrait de décélérer brutalement — et à long terme — nos consommations d’énergie, et indirectement nos consommations tout court. La pandémie nous a montré qu’un court ralentissement global était possible, mais l’effort de ralentissement qui suivra sera bien plus difficile qu’un arrêt momentané des activités. Il devra être structurel.

Ensuite de quoi il conviendrait de construire une vitesse de croisière économique compatible avec le rythme de la biosphère, c’est-à-dire une consommation globale inférieure à une planète[3]. Pourquoi inférieure ? Pour se donner une marge de régénération des écosystèmes et des agroécosystèmes que nous aurons détruits. C’est une décélération significative, qui nous obligera à vivre définitivement sans croissance économique globale. Il s’agit bien d’une bascule de civilisation.

Ainsi, bien au-delà de ce que nous a montré l’arrêt de l’économie pendant le Covid-19, nous n’aurions d’autre choix que de changer profondément les modes de vie, ce qui implique évidemment une restructuration totale de l’appareil de production.

Une restructuration totale, un tournant de civilisation

Nous devrons métamorphoser les modes de vie des pays les plus riches, dont le nôtre, tout simplement parce que les causes des destructions du système-Terre ne sont autres que nos niveaux de consommation de ressources énergétiques, minérales, halieutiques, de surfaces, d’eau, de biomasse, etc. Un seul exemple, les 10 % les plus riches de la population mondiale émettent la moitié des gaz à effet de serre, alors que la moitié la plus pauvre de la population n’émet que 10 % de ces mêmes gaz[4].

C’est donc une association nouvelle de modes de vie et de techniques, probablement pour l’essentiel en “basse technologies” (low-tech), vers laquelle il conviendrait de s’orienter. Ce qui appellerait une profonde transformation de l’appareil de production, tournée plus vers les infrastructures (moins de virtuel), avec très peu de petits objets, mutualisés, modulables, recyclables, et à portée de réparation pour tous, en évitant les objets sophistiqués et riches en matériaux et en énergie.

C’est aussi tout notre urbanisme qu’il convient de revoir pour rendre les villes habitables durant la saison chaude[5], qui dépasse désormais largement l’été : avec des trottoirs et des chaussées, notamment, végétalisés, pour ne citer que ces exemples…

Avec la modernité, nous avions cherché à nous arracher à la « vallée des larmes » de la misère. Nous nous sommes donnés comme dessein de toujours produire plus. Contrairement au souhait formulé par John Stuart Mill au 19e siècle, nous ne sommes pas parvenus à trouver quelque optimum. Nous avons poursuivi jusqu’à l’absurde la quête de richesses matérielles et qui plus est depuis une quarantaine d’années avec une explosion des inégalités en termes de répartition de la richesse sur Terre et au sein de chaque nation, en dépit de l’arrachement des classes moyennes des pays émergents à la misère. Nous sommes désormais menacés d’un retour à la « vallée des larmes », sous la forme d’un désert brûlant.

Le consensus moderne s’était construit autour de la nécessaire production de richesses et leur nécessaire partage ; on s’écharpait sur les moyens optimaux de production et sur les critères de redistribution de la richesse produite.

Aujourd’hui, il s’agit de nous entendre sur la nécessaire décrue de la production et sur son partage, c’est-à-dire sur le nécessaire resserrement des écarts de richesses. Au sein de ce cadre, la matière à adversité démocratique ne manquerait pas : nous pourrons nous différencier quant au degré de resserrement opportun des inégalités sociales autant qu’au sujet du niveau de décrue de la production et des types de production à privilégier ou non.

Rappelons qu’à terme, en cette matière, il n’y a pas d’intérêts divergents : continuer sur la tendance actuelle c’est aboutir à une planète inhabitable pour l’ensemble des espèces vivantes.

Le risque létal d’un “retour à la normale”

Bien des manières d’aborder en ce moment l’après ne sont guère rassurantes, et rappellent les suites de la crise économique de 2008-2009. La tentation est forte, en effet, de revenir à la situation d’avant, mais en pire. A l’hôpital, on maintient bille en tête les « restructurations » en vue de « l’optimisation de l’offre de soins publique » – entendez les suppressions de centaines de postes et de lits -, que ce soit dans le Grand Est (!) mais aussi dans le nord de Paris, déjà sous-doté. Des économistes orthodoxes font à nouveau entendre leur petite musique : il va falloir « relancer la machine », « tout miser sur la croissance », faire passer l’économie avant l’écologie. Du côté de la puissance publique, on entend déjà que les « réformes structurelles » et une « austérité » redoublées sont plus que jamais nécessaires pour « éponger la dette ».

Ce sont souvent les mêmes qui, de plateaux d’experts en tribunes de presse, de chaînes d’information en « téléphone sonne », préviennent contre les méfaits certains d’une « écologie punitive ».

A ces « réalistes » auto-proclamés, dont le « réel » est d’une abstraction inédite dans l’histoire de l’humanité, car il se compose d’indicateurs, de spreads, de nanosecondes et de pures spéculations (pas celles des philosophes, hélas, celles des traders), il faut rappeler quelques faits bien établis, dont tout le monde, à l’occasion de cette catastrophe sanitaire, a pu faire l’expérience parfois douloureuse.

De la même manière qu’il a fallu deux étés caniculaires éprouvants pour que, dans leur chair, nos contemporains saisissent ce que veut dire le dérèglement climatique, nous avons vu et ressenti les effets désastreux et irrationnels de la « RGPP » (Révision générale des politiques publiques) et autres dispositifs du « new public management » néolibéral qui mise tout sur le « flux » au détriment du « stock » : c’est parce qu’il n’y avait pas de « stocks » de tests, de masques et de gel qu’il a fallu confiner tout un pays. Pour économiser des millions d’euros dans un univers stable, qui mutile l’État-providence en pariant que tout ira bien, ce sont des centaines de milliards que nous brûlons parce que le monde a ses imprévus et que le « flux tendu » gestionnaire ou logistique ne tolère pas le moindre incident.

A ceux qui, face à la fermeté des mesures à prendre pour « lisser la courbe » – cette fois-ci, la courbe climatique – seraient tentés de crier à « l’écologie punitive », rappelons que la punition est déjà là : mort de masse par contamination, confinement général, arrêt brutal de l’économie, dilapidation de milliers de milliards d’euros. Ajoutez à cela l’attaque en règle contre les libertés et droits fondamentaux. Qui, dans ces conditions-là, peut encore parler d’écologie punitive sans sombrer dans le ridicule ?

Souvenez-vous, les renoncements nécessaires pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète étaient inacceptables, nous disait-on : baisser notre consommation folle, couper dans les dépenses somptuaires, cesser de fabriquer des objets inutiles, des 4×4 rutilants et vrombissants, des vols en avion… On nous disait que la croissance n’était pas négociable. Erreur, elle l’était.

Quand on voit les sacrifices et les renoncements auxquels (presque) tout le monde se plie pendant le confinement, on se dit que tout était déjà possible. Faut-il rappeler que 48 000 personnes meurent par an en France de la pollution atmosphérique, 15 000 des effets du chômage, et que la canicule de 2003 a fait 19 000 morts ?

Retourner à la situation d’avant, “relancer la machine” à l’identique, indiquerait non seulement que nous n’avons pas tiré de leçon des catastrophes, mais surtout que nous décidons de faire mourir toutes ces personnes. C’est bien évidemment inacceptable.

Les propositions qui suivent ont pour but de contribuer aux changements structurels de nos institutions démocratiques et économiques.

Une vision et un programme

L’objectif global est l’adoption consensuelle d’un nouveau cap de civilisation, dont les grandes lignes sont :

  • ECONOMIE : Produire moins de biens (sobriété), et mieux (efficacité), pour que nos économies s’insèrent dans le cadre des limites planétaires et deviennent régénératives plutôt que destructives ; resserrer les écarts de revenus.
  • ETAT : refonder la représentation, enrichir les procédures démocratiques, protéger les biens publics et les biens communs ; redonner du sens au service du public.

Il y a bien sûr différentes interprétations possibles de ces objectifs et des mesures précises qui peuvent contribuer à les atteindre. Libre à d’autres, dans un esprit d’alternance démocratique, de proposer d’autres interprétations et mesures de mise en œuvre.

Nous avons choisi de proposer des mesures, très centrées sur l’État. Ce n’est évidemment pas incompatible avec une démarche de participation populaire (et toutes les initiatives de la société civile allant dans le même sens), que nous encourageons par ailleurs. Mais nous soulignons que même ces processus démocratiques “venant du bas”, doivent reposer sur des garanties de l’État. Par les mesures qui suivent, nous nous donnons des instruments puissants pour réellement changer les choses.

Certaines des réformes que nous proposons pourraient être, autant que faire se peut, immédiates, d’autres exigent au contraire du temps, par exemple la réorganisation du commerce international et la démondialisation, d’autres enfin appellent une mise en œuvre dynamique et progressive comme le plafonnement des consommations et le resserrement des inégalités.

A. Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)

Les dégradations du système Terre sont le résultat du substrat énergétique et matériel de nos modes de vies actuels et de la manière dont ceux-ci envahissent les territoires les plus divers et reculés. Les propositions ci-dessous visent à réduire le potentiel destructeur de nos activités et des modes de vie dont elles sont solidaires. Elles visent également à concilier cet objectif avec une amélioration qualitative du bien-être et la justice sociale, qui repose sur la reconnaissance de l’égale dignité de tous les êtres humains. Toutes ces considérations nous imposent de transformer nos modes de vie en adoptant des instruments qui permettent de mesurer l’effet destructeur de nos modes de vie et de le borner, comme l’Empreinte Écologique et les quotas de consommation individuelle.

Mesure 1 – Pour ce faire, nous aurons besoin d’indicateurs robustes quant aux conséquences écologiques et énergétiques des niveaux de production, et quant à leurs incidences en termes de bien-être humain.[6] On peut constater en Europe une timide percée de ce discours même au sein de la droite classique.

Mesure 2 – Relocalisation maximale de l’activité via un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international. Cette relocalisation permettrait de contrôler plus efficacement les flux de matière et d’énergie à l’échelle d’un territoire ; et d’évaluer leur impact sur les écosystèmes. L’objectif est ici de parvenir à terme à une empreinte écologique inférieure à 1 planète (objectif partiel de 1,5 d’ici à 10 ans), tant il est nécessaire de stimuler les capacités de régénérescence des écosystèmes. Il existe dans la littérature internationale un indicateur mixte combinant Empreinte Écologique et Limites Planétaires, qu’il conviendrait d’adopter à l’échelle de chaque territoire.[7] Ce qui importe avant tout, c’est d’engager une dynamique de resserrement progressif de l’empreinte écologique.

Doivent être relocalisés en premier les secteurs essentiels à la vie de la nation comme l’alimentation, les fournitures relatives au secteur médical et de santé, l’énergie, l’électronique et le web (nécessairement à l’échelle européenne) et évidemment la défense.

Mesure 3 – Modification du droit des sociétés : l’objet social doit préciser la contribution au bien commun. Les entreprises seraient soumises au resserrement de l’Empreinte Écologique et adopteraient une comptabilité tenant compte de l’empreinte écologique et de la dynamique écologique globale des écosystèmes. Les entreprises adopteraient pour cela une comptabilité à trois capitaux : actifs classiques, capital social et capital naturel, les trois n’étant pas fongibles (aucune compensation ne serait possible, même pondérée). Cette démarche, associée à la nécessaire transformation de la gouvernance des entreprises (de manière à la rendre plus démocratique) revient à généraliser les principes de l’ESS de transformation écologique[8]  à toutes les entreprises et tous les secteurs d’activité (internationalisation des externalités négatives, participation et autonomie)[9].

Il faut aussi changer les règles de l’entreprise sur la transparence des actionnaires, que l’on sache, publiquement, qui finance quoi. Pierre Samuel le proposait déjà en 1970.

Mesure 4 – Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu (variable en fonction de la situation géographique et de la part « contrainte » des dépenses). Il s’agirait de plafonner démocratiquement, de façon progressive, les consommations d’énergie / matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). De tels plafonnements pourraient être mis en place non seulement pour les achats directs d’énergie, mais pour tous les produits (chaque produit serait marqué d’un “prix”[10] en énergie / matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel). Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Ces plafonnements s’accompagneraient de péréquations de façon à garantir à tous les Français des conditions de vie équitables : les régions moins bien dotées pourraient recevoir des “transferts de quotas” provenant des régions les mieux dotées, en respectant à terme une empreinte écologique globale inférieure ou égale à 1. Sans de tels plafonnements, absolus et non négociables, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné, autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations “hors quota” (c’est le principe des “marchés de quotas”, par exemple de la “carte carbone” conçue par les Britanniques avant la crise de 2008, les riches pouvant racheter aux pauvres leurs quotas), ce qui reviendrait à marginaliser une grande partie de la population et à accroître les inégalités sociales.

Il n’y a jamais avec de tels quotas qu’un mode de gestion séculaire, celui des communs, toujours assortis, comme l’a montré Elinor Ostrom, de règles d’usage rigoureuses. Et rappelons-le, nous concernant, nous sommes déjà en situation de surpâturage climatique et biologique.

Mesure 5 – Généralisés à toutes les consommations, les quotas énergie/matière reviennent à relativiser le signal prix. Le signal prix devient relatif dans une économie qui tend vers un plafonnement généralisé, dont les plafonds décroissent progressivement pour atteindre les objectifs démocratiquement fixés : la consommation des biens rares n’est plus réglée par leur prix, elle est plafonnée “a priori”, et obéit à un principe d’équité (les quotas sont fixés en tenant compte des “consommations contraintes” de chacun). Les écarts de consommation (entre riches et pauvres) se portent sur les services purs ou les objets patrimoniaux. Toutefois les services deviennent eux aussi plus rares (la productivité des activités de service pur ne progresse pas ou très peu : les quantités sont donc “données” par le niveau de la Population Économiquement Active (PEA), elles sont constantes à court terme). On pourrait craindre que les services deviennent plus coûteux en raison de leur relative rareté, et qu’ils ne soient accessibles qu’aux plus riches. Mais il convient de rappeler ici que les écarts de revenus et de patrimoine étant par ailleurs démocratiquement bornés, les disparités concernant les quantités consommées le seraient aussi.

Mesure 6 – Dette publique : nous proposons que l’État français cesse de payer les intérêts de la dette publique cumulés depuis 1974, date à laquelle on a mis fin au privilège de la Banque de France de battre monnaie : c’est l’essentiel (70%) de la dette française qui serait purement et simplement effacé. L’indépendance de la Banque Centrale et le recours au marché obligataire pour le refinancement des États avaient pour dessein d’empêcher ces derniers d’exercer leur prérogative de création monétaire, en la déléguant à des entités indépendantes. Cette décision apparaît, avec le recul, d’autant plus injustifiée que les banques centrales indépendantes (la BCE ou la FED par exemple) ont récemment adopté (ou envisagent de le faire) des instruments de politique monétaire “non orthodoxes” (Quantitative Easing ou “Helicopter Money for People”), les exacts équivalents de la “planche à billet” que les orthodoxes reprochaient aux États de faire tourner à la moindre difficulté.

Nous n’ignorons pas qu’une telle mesure pourra pénaliser les épargnants qui détiennent des obligations d’État, mais considérons qu’elle est conforme à l’intérêt du plus grand nombre, actuellement obligé de s’acquitter d’un impôt pour assurer le paiement des intérêts illégitimes de la dette publique.

Mesure 7 – Nous proposons de restituer à l’État les instruments de pilotage monétaire et financier, indispensables à la réorientation des flux d’investissement et à la relocalisation des consommations et des productions. Il s’agirait en premier lieu de   mettre fin à l’indépendance des banques centrales. Cette mesure revient à restituer à l’État l’instrument de pilotage public de la monnaie et des services financiers. Elle s’accompagnerait de la nationalisation totale ou partielle du secteur bancaire (ce dernier est nationalisé de fait depuis la crise de 2008, dans la mesure où l’État s’est porté garant, en dernier ressort et sans limitation de montant, non seulement des dépôts des épargnants, mais plus généralement des dettes contractées par les banques françaises).

Mesure 8 – Nous n’ignorons pas la résistance de certains gouvernements européens à de telles idées. La France engagerait des négociations avec ses partenaires pour les convaincre de l’impérieuse nécessité d’une telle politique. Dans l’hypothèse où elle n’obtiendrait pas gain de cause, elle pourrait décider de recouvrer sa souveraineté monétaire : elle plaiderait alors pour conserver l’Euro sous la forme d’une monnaie commune et non plus “unique”, suivant la proposition jadis formulée par la Grèce[11]. La France adopterait dans ce cas une politique monétaire reposant sur le pluralisme monétaire et la reconnaissance des monnaies locales et complémentaires (fondantes, dédiées, vectorielles, etc.), répondant à l’objectif de viabilité écologique et sociale des productions et consommations (empreinte écologique inférieure ou égale à 1 et encadrement des inégalités de revenus et de patrimoine).

Mesure 9 – Mise en place d’un Revenu de Transition Écologique[12]. Le RTE se destine à des personnes physiques, en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et le lien social ; la rémunération de ces activités (par exemple : agroécologie, permaculture, artisanat, low-tech) par le marché est souvent bien inférieure à leur valeur réelle. Le RTE comprend un volet monétaire et un volet accompagnement dans le cadre d’une coopérative de transition écologique (CTE). Une CTE a trois fonctions principales : financière avec le versement d’un revenu conditionné ; d’outillage des porteurs de projet en termes de formation et d’accompagnement, pour franchir progressivement les étapes de la transition ; de mutualisation des coûts, des pratiques et des connaissances au sein du groupe ainsi constitué. Les personnes et les initiatives déjà actives ou émergentes dans la transition gagnent ainsi en visibilité, et serviront de levier pour changer d’échelle et redynamiser les territoires. L’intérêt majeur du RTE est de s’appuyer sur des personnes, des réseaux et des structures déjà existantes, dont il constitue la pierre angulaire à travers la mise en œuvre d’une CTE. Celle-ci peut prendre différentes formes juridiques : une société collective d’intérêt collectif (SCIC) intègre des structures démocratiques diverses, dont des coopératives d’activité et d’emplois (CAE), des entreprises locales, des collectivités. La première CTE a été créée en 2019 dans la commune de Grande-Synthe avec la volonté de contribuer directement aux politiques territoriales de transitions (agricole et alimentaire ; transition énergétique ; mobilité ; économie circulaire etc.). La prochaine CTE est en cours de création dans le département de l’Aude. Les territoires en expérimentation sont eux-mêmes en réseau. Ainsi, le RTE a vocation à construire un nouveau modèle économique, écologique et social, grâce à un processus bottom-up.

Mesure 10 – Forcément, par voie de conséquence, encadrement des écarts de revenus (salaires, revenus du capital) serait à établir, à l’intérieur d’une fourchette dont l’amplitude est à définir de manière démocratique et par voie de référendum. De même que le revenu de transition écologique comble la distance entre le revenu jugé “minimal” et la rémunération réelle par le marché, le revenu maximal est le produit d’une décision démocratique qui interdit la “sur-rémunération” par le marché, dès lors que celle-ci introduit des écarts de revenus que la société juge néfastes. La même logique prévaut dans un cas comme dans l’autre : la borne inférieure et supérieure des revenus est déterminée démocratiquement. Les mérites des uns et des autres ne sont pas méconnus pour autant : la société dispose d’une grande palette d’instruments pour les reconnaître à leur juste valeur (charges et honneurs de toutes sortes sont une juste rétribution, non monétaire, de ces mérites et vertus).

Mesure 11 – Fiscalité écologique et sociale (exonération de la TVA et modulation de l’impôt sur le revenu en fonction du bilan “énergie / matière” des consommations). Cette fiscalité vise à inciter les consommateurs à adopter des comportements de consommation “vertueux” et accompagne la mise en place des quotas évoqués aux points 3 et 4. Si l’on fixe un quota élevé dans un premier temps, un système de modulation du taux d’imposition en fonction du bilan énergie/matière des consommations peut amener vers plus de sobriété. Cette solution est intéressante tant que le plafond est assez élevé et permet d’encourager les consommateurs à réduire leurs consommations “non vertueuses”, qui s’ajusteront d’elles-mêmes au plafond “cible”, progressivement rabaissé.

Mesure 12 – Agriculture : vers une “agroécologie décarbonée” (sans énergies fossiles). Il est urgent de mettre en place un modèle agricole à très haute productivité par unité de surface et à faible productivité par unité de travail. Une telle agriculture exigera de mobiliser à terme entre 15 et 30 % de la PEA, d’abandonner presque entièrement la motorisation à énergie fossile et d’avoir massivement recours à l’énergie musculaire (animale ou humaine). Cela implique également d’imposer un phasage de l’utilisation des pesticides de synthèse (néfastes pour toute la biodiversité) et les engrais de synthèse, autre poste important de l’utilisation/dépendance des combustibles fossiles en agriculture.

Imposer la sortie de cet ancien modèle est aussi une façon de se projeter dans le nouveau, celui qui permettra de faire de l’agriculture le premier secteur économique fixateur de carbone, comme le demandent les scénarios du GIEC que tous les pays ont admis avec la COP 21 dont la France est si fière. Ce modèle inclut aussi un retour à l’intégration des arbres dans nos pratiques agricoles, entre forêt-jardin, systèmes agro-forestiers et sylvo-pastoraux (soit le démembrement du remembrement). Par ailleurs, pour éviter la stratification sociale entre individus se consacrant à des activités dont les taux de productivité horaire sont très différents, nous proposons que cette mobilisation concerne TOUTE la Population Économiquement Active (PEA), sous la forme d’une activité agricole à temps partiel, spécialement dans les périodes où les besoins de main d’œuvre sont très élevés (récoltes, préparation des sols, désherbage, etc.). Le régime d’activité du futur serait donc celui de la “poly-activité intermittente”, qui verrait chaque individu se consacrer, alternativement et par phases, à l’entretien du vivant (dont l’agriculture est une forme essentielle) et à d’autres activités productives ou de services. Cette alternance aurait également des vertus démocratiques (puisqu’elle place tous les paysans, permanents ou intermittents, sur un pied d’égalité et de coopération) et culturelles, car elle permettrait de rétablir le lien entre tous les habitants du territoire national et “l’autre société” des espèces vivantes qui habitent ce même territoire.

Mesure 13 – Agriculture : vers une libération des semences et diversification génétique. La libéralisation des semences du domaine public constitue un élément majeur de l’autonomie et de la sécurité alimentaire. Il y a, à l’heure actuelle, grâce au travail institutionnel de différents acteurs, à l’échelon national et Européen, des avancées importantes pour la réhabilitation et la réappropriation des ressources génétiques natives (semences paysannes – variétés ancestrales, etc.). Il conviendra de mettre un terme à l’actuel système d’encadrement du marché des graines. Les semences paysannes sont d’ailleurs libres de tout droit de propriété intellectuelle, de tout brevet ou C.O.V. (titulaire d’un Certificat d’Obtention Végétale). Notons enfin que des travaux en cours (INRA – CIRAD de MONTPELLIER) tendent à montrer que les semences paysannes, à la différence des semences industrielles, sont riches d’endophytes (écosystèmes microbiens symbiotiques), lesquels contribuent fondamentalement à la vie les plantes, comme des sols.

Aucune loi n’interdit de re-semer les graines de son champ ou de son jardin, surtout si elles sont dans le domaine public, donc libres de tout droit de propriété intellectuelle… Cependant, le privilège de l’industrie (déposer des brevets sur les semences) leur a servi de tremplin pour accaparer les semences libres paysannes, et faire interdire leur usage libre. Le G.N.I.S. (Groupement National Interprofessionnel des Semences), par exemple, est une instance ambigüe à double casquette, représentant des intérêts privés des firmes qui le constituent, (Bayer, Monsanto, Dupont, Pioneers Syngenta, Limagrain, etc.) et chargé en outre par l’État français de gérer le secteur officiel des semences et de représenter l’État français pour toutes les missions officielles concernant la réglementation des semences… Cette situation est intenable d’un point de vue éthique, et dangereuse pour la biodiversité, c’est-à-dire l’avenir de l’agriculture. Nous proposons d’en finir avec les brevets de semences.

Mesure 14 – Agriculture : “réempaysannement des Terres”. La préservation et la répartition du foncier agricole, qui disparaît toujours au rythme de 1 département tous les 6 ans en France, est un enjeu majeur pour la pérennité de notre société. Les terres arables garantes de notre avenir alimentaire s’effondrent dans la plus totale indifférence. L’effet est plus dramatique encore dans les pays du Sud (Asie – Afrique – Amérique Latine) par l’accaparement dont l’ampleur constitue une menace globale pour l’humanité, avec des conséquences irréversibles sur le court terme. Les appropriations et la concentration des terres par quelques-uns entraînent la destruction des sociétés paysannes, l’exclusion de millions de petits producteurs, la destruction des écosystèmes et des ressources en eau et l’accélération du réchauffement climatique. Les paysans sont par millions victimes des évolutions actuelles des structures agraires qui violent les droits des populations et pillent littéralement les territoires, en créant partout la précarité et les pénuries alimentaires. Pourtant les agricultures paysannes sont dix à cent fois plus productives par unité de mesure que l’agriculture industrielle et elles nourrissent encore aujourd’hui 75 % de la population mondiale avec seulement 25 % des terres agricoles et très peu de protéines animales. Pour mettre fin à cette dérive en France, les SAFER verront leurs missions redéfinies et leurs prérogatives légales renforcées : maintien et développement des agricultures familiales (pratiquant la polyculture vivrière agroécologique), accompagnement des nouveaux paysans désirant participer à un programme de “reconquête paysanne”, pouvoirs d’investigation pour mettre en échec les opérations de contournement de la loi foncière[13].

Mesure 15 – Fin à terme de la métropolisation. L’alternance décrite (12 – §2) exige de rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, afin de réduire la dépense énergétique liée au transport des personnes et des productions (circuits courts). Les politiques de réaménagement du territoire viseraient des agglomérations de 300 000 habitants en moyenne. Les distances domicile – lieu de travail se trouveraient alors réduites à tel point qu’elles pourraient être parcourues en ayant recours à l’énergie musculaire ou à des transports publics dont le coût serait d’autant plus faible pour la collectivité que les distances à parcourir seraient courtes. La redistribution de la population sur le territoire pourrait être encouragée par une fiscalité écologique et sociale adaptée (par exemple, la fiscalité foncière pourrait être réduite dans les zones à forte contribution écologique et sociale, et le manque à gagner pour les communes pris en charge par l’État). De tels changements s’effectuent sur des décennies.

Mesure 16 – A terme, politique de transport public intégrale ou mutualisée à l’échelle de petits collectifs (individus + bagages). Le transport individuel serait progressivement réduit par le moyen d’un quota carbone / Transport ; celui-ci étant rabaissé au fur et à mesure que l’offre alternative de transports publics serait renforcée.

Mesure 17 – Arrêt immédiat des subventions aux énergies fossiles. Cette mesure n’exige aucun préalable car rien, ni la rationalité économique ni l’intérêt général ne justifient ces subventions : celles-ci ne doivent leur existence qu’aux participations croisées de l’État dans les entreprises extractives. Leur rentabilité nette entretient une véritable dépendance de l’État aux énergies fossiles et l’entraîne dans une diplomatie et des opérations extérieures visant à garantir ses approvisionnements.

Mesure 18 – Fin des paradis fiscaux. Pour faire disparaître totalement le recours des entreprises aux paradis fiscaux, la loi prévoirait des sanctions pénales applicables aux dirigeants (actionnaires compris). Le rapatriement fiscal des avoirs détenus par les sociétés et les particuliers permettrait de restituer à l’État des ressources (la perte fiscale est actuellement estimée à près de 5 milliards par an, les avoirs nets des ressortissants français détenus par les paradis fiscaux à plus de 300 milliards d’euros) qui pourraient être consacrées à la conversion écologique.

B. Vers un État garant du bien public et des biens communs (7 mesures)

L’objectif général ici poursuivi est d’ouvrir une dynamique démocratique qui conduirait à une transformation progressive des institutions. Nous nous trouvons actuellement dans un moment de bascule tel qu’il est impossible d’anticiper la forme que prendront les institutions de l’avenir. Nous échoit la responsabilité d’enclencher les démarches nécessaires à cette métamorphose sur le temps long.

Mesure 1 – Réforme constitutionnelle introduisant à l’article 1 “L’État est garant du respect de l’Empreinte écologique et des Limites Planétaires”, article qui renverrait à une loi organique précisant les indicateurs retenus. Il conviendrait, comme nous l’avons vu, après être parvenu à descendre le niveau de destructivité écologique actuel vers une empreinte d’1 planète (avec un objectif intermédiaire d’1,5 planète à 10 ans, calé sur l’effort à entreprendre en matière de réduction de moitié en 10 ans des émissions carbonées), de se maintenir, le temps nécessaire à la régénération des écosystèmes, en-deçà de ce seuil d’1 planète. Serait également intégré au même article le principe de non-régression en matière de droit de l’environnement. Ainsi le principe de la viabilité écologique se trouverait inséré dans le “bloc de constitutionnalité”. Serait aussi constitutionnellement reconnue une extension du statut de sujet de droits (certes sous une forme non plénière) aux écosystèmes ou à des éléments de ceux-ci (fleuves ou glaciers par exemple).[14]

Mesure 2 – Réforme du pouvoir législatif de manière à renforcer sa représentativité et à lui donner les moyens de légiférer sur le temps long et la complexité. 

Création d’une « chambre du futur » permettant de

Les prochaines pandémies (2)

Par Le 01/05/2020

 

Ce youtuber est très suivi et à juste raison.

C'est clair, vivant, argumenté, avec des points de vue contradictoires, des bases scientifiques, des réflexions, des projections.

 

Un prêtre naturiste

Par Le 01/05/2020

RENCONTRE AVEC UN PRÊTRE, MÉMOIRE DU NATURISME FRANÇAIS

  

Rencontre avec un pr&ecirc;tre, m&eacute;moire du naturisme fran&ccedil;ais
Devant son bungalow Hawaï 33, le frère Jacques, Bible à la main, tient une permanence tous les matins, afin d’écouter ceux qui en ont besoin. Photo C. A.

 

https://www.charentelibre.fr/2014/08/16/frere-jacques-le-patriarche-de-montalivet,1909778.php?fbclid=IwAR2QpvYMQqbfOfS1CDgjpPX0RweVNeX4U_9F4uyhr--9cekQ8I_UlGCFQtw

Par Céline AUCHER, publié le .

l Il promène sa figure christique tous les étés, depuis 63 ans, au Centre héliomarin de Montalivet l Un prêtre à l’allure de vieux sage, mémoire du bastion historique du naturisme en France.

Si le dépouillement est une vertu cultivée par les Franciscains, le frère Jacques pourrait sans nul doute prétendre en devenir le pape. Au moins pendant les cinq semaines de son séjour estival au Centre héliomarin de Montalivet (CHM). Chose peu commune, le doyen de ce bastion historique du naturisme en France est un prêtre. "Mais pas un prêtre naturiste, plutôt un naturiste qui a mal tourné", plaisante le bonhomme, arrivé ici pour la première fois à l’âge de 19 ans, en 1952, soit un an après l’ouverture du centre.

"Des amis scouts connaissaient mon goût de la nature, c’est comme ça que je m’y suis mis." Bien avant que ce professeur de lettres classiques, qui a connu Camus, Mauriac ou Théodore Monod, soit ordonné prêtre à 26 ans. Après avoir exercé toutes sortes de ministères, d’Algérie à la France, il est, à 82 ans, toujours aumônier de six maisons de retraite dans le Sud de la France. Un esprit taquin, qui dit "merci Seigneur" quand il croise une belle dame, et n’a pas raté un seul été à Montalivet ces 63 dernières années. "Des fois, j’entends des gens dire: on dirait Ghandi. Un jour, un enfant m’a même pris pour le père Noël", rigole le frère Jacques. "Une figure historique" pour le jeune directeur du CHM, Stéphane Barbe. "L’ancêtre", pour sa voisine Claude, 72 ans, qui lui apporte son jus de carotte et discute théologie avec lui.

Ils ont beau avoisiner, en ce moment, les 14.000 résidents sur cet îlot naturiste du Médoc, on ne peut pas ne pas remarquer sa longue silhouette voûtée, tannée par le soleil qui, avec sa canne, fait le tour des 200 hectares du centre chaque jour, de 17 heures à 19 heures. "Il me fait parfois penser à Maître Yoda. Au fur et à mesure des années, on le voit se courber un peu plus, il est plus lent, mais dégage toujours une incroyable puissance d’esprit", confie Hervé Szydlowski, habitué du CHM et photographe, auteur d’un magnifique album sur les gens de Montalivet. Faut-il s’étonner ? C’est frère Jacques qui pose en couverture. Quitte à rompre son voeu d’humilité.

Le naturisme d’aujourd’hui, moins militant

Le naturisme, il ne s’en vante pas partout et le tait notamment à sa hiérarchie. Peur de scandaliser ceux qui ne comprennent pas les joies de vivre nu, en communion avec "la virginité du matin" ou "le ciel étoilé de la nuit". Ceux qui confondent aussi, peut-être, nudité et pornographie. S’il accepte les interviews de France 3, du Monde, ou de Charente Libre, c’est qu’il veut convertir. Frère Jacques fait partie de ces pionniers pour qui le naturisme est une écologie personnelle loin du paraître, en même temps qu’une "école de solidarité et de respect". Respect de soi, des autres et de la nature.

Ce n’est pas toujours le cas, aujourd’hui, dans ce centre familial aux apparences de petite ville, où les clients ont remplacé les militants des débuts. Entre les anciens et les nouveaux, on se frite parfois, les premiers accusant les seconds de déroger à l’éthique naturiste en se rhabillant un peu trop prestement à la sortie de la piscine et de la plage, ou… en multipliant les bornes Wi-Fi. Frère Jacques trouve que "la voiture a pris trop de place ici". Mais garde son portable à portée de main en lisant son bréviaire.

Autre temps, autres moeurs. "Le centre a été construit sur les décombres d’un gigantesque incendie. Les premières années, il a fallu nettoyer, trier les gravats. Il y avait encore des barbelés sur la plage, des restes de la guerre, mais il y avait aussi un formidable esprit d’entraide", se souvient le prêtre. Les conditions de vie étaient spartiates. Elles le sont toujours un peu dans son bungalow Hawaï 33. Aujourd’hui encore, la moitié du CHM n’est pas raccordé au réseau électrique et se débrouille avec de petits panneaux solaires. "ça me gêne un peu pour lire le soir", avoue le frère Jacques. Il vit au rythme d’une journée réglée comme du papier à musique, commençant par sa gymnastique à 6h30, "nu quel que soit le temps", une promenade dans l’herbe mouillée du matin, des prières et un déjeuner frugal.

Une vie d’ascète

Une vie d’ascète qui lui convient, lui, le végétarien qui jeûne une fois par semaine. Éthique naturiste jusqu’au bout des ongles. Vieux sage à barbe blanche, sosie de Moïse à qui l’on vient volontiers apporter à manger ou se confesser. "Permanence de 9h à 13h". C’est marqué sur l’écriteau. "Je viens ici en laïc, mais tout le monde sait que je suis prêtre. Couples en difficulté, enfants qui ne s’entendent pas avec leurs parents… L’autre jour, j’ai reçu un homme en péril, qui voulait se suicider." Ce soir-là, il a une messe à célébrer dans un bungalow, "mais en habits liturgiques".

"C’est avec lui que j’ai fait le moins de pellicules, avoue Hervé Szydlowski. Il me dit: Je n’ai que 20 minutes à te consacrer. Parce qu’il est toujours occupé et disponible pour les autres, c’est une référence morale ici." Un gardien du temple qui respire la sérénité malgré les épreuves traversées. Cancer, typhoïde aiguë attrapée en Mauritanie et cet accident de voiture en 1997, qui lui a cassé le dos, brisé les lombaires et l’a rendu aveugle d’un oeil. Dans un coin du bungalow, son corset attend, au cas où. "Tout ça ne m’a jamais enlevé mon optimisme", relève le frère Jacques. Il a beau être catho, il a un mental d’enfer, forgé par les rencontres: des moines de Tibhirine, en Algérie, qui l’ont "accueilli en convalescence", à Louis Massignon, l’ami du père Charles de Foucauld, en passant par Théodore Monod, avec qui il a marché "dans le silence du désert""Un jour, j’écrirais peut-être un livre sur ces rencontres" glisse-t-il, songeur.

De grandes figures aussi célèbres que peu mondaines, dont il retrouve les valeurs dans le naturisme. "Avec le naturisme, on revient à l’essentiel, à un esprit pacificateur." Peut-être parce que la nudité rend vulnérable et désamorce l’agressivité qui sommeille en chaque "textile". Il faut bien le dire, dans cette ville de 14.000 habitants, où se croisent sans heurt un patriarche nu, des piétons, des cyclistes et des automobilistes, on pourrait se croire, parfois, dans le jardin d’Eden.

Les prochaines pandémies

Par Le 01/05/2020

Cet article est une traduction d'un article paru dans le Guardian.

Les scientifiques alertent, encore et encore. C'est une crise écologique que nous traversons. Elle a des conséquences sanitaires, économiques et sociales. Ces conséquences ne sont pas catastrophiques au regard des pandémies en germe...On peut voir la situation actuelle comme un court-métrage avant le grand film, la version longue...

Alors ? Qu'est-ce qu'on fait ? On attend que les politiques changent ?

Quand je vois notre gouvernement qui distribue déjà des milliards aux industries les plus nocives, agriculture industrielle, aviation, automobile, je sais bien que cet espoir d'un changement politique est une illusion.

Nous sommes les seuls à pouvoir inverser les choses, à créer une nouvelle dynamique.

Aurélien Barrau dit à la fin de cette vidéo : " Nous avons des comportements, des attitudes qui sont létales qui sont en train de tuer la planète. Peut-être faut-il accepter de perdre un tout petit peu la liberté de ce confort, de façon à sauvegarder, ce qui n'est tout de même pas un détail, ce qu'on appelle le monde." 

 

"Le lien entre l'élevage industriel et l'augmentation du risque de pandémie est bien établi scientifiquement, mais la volonté politique de limiter ce risque a, par le passé, été absente. Il est maintenant temps de construire cette volonté. Il importe vraiment que nous en parlions, que nous partagions nos préoccupations avec nos amis, que nous expliquions ces problèmes à nos enfants, que nous nous interrogions ensemble sur la façon dont nous devrions manger différemment, que nous appelions nos dirigeants politiques et que nous soutenions les organisations de défense qui luttent contre l'agriculture industrielle."

 

https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/apr/20/factory-farms-pandemic-risk-covid-animal-human-health

Il faut se réveiller: les fermes industrielles sont un terrain fertile pour les pandémies

 

L'histoire de Covid-19 n'est pas encore entièrement connue, mais les liens entre la santé animale et humaine ne pourraient pas être plus clairs

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Illustration par Eleanor Shakespeare  Illustration: Eleanor Shakespeare / The Guardian

JEne peux pas me sentir mal, ou tout simplement impossible, de me concentrer sur autre chose que de traverser ce moment le plus difficile. Il est raisonnable de soutenir que, puisque les leçons ne réduiront pas nos souffrances immédiates, nous devrions les apprendre une fois que nous aurons traversé cela. Mais la vulnérabilité qui rend le présent si douloureux est exactement la raison pour laquelle certaines discussions ne peuvent pas attendre. La souffrance que nous devons réduire ou augmenter par les fils d'action que nous commençons à dérouler maintenant pourrait être l'ampleur de ce que nous vivons actuellement.

Imaginez que pendant que votre pays pratiquait la distanciation sociale, votre pays voisin a répondu à Covid-19 en emballant des citoyens dans des gymnases par dizaines de milliers. Imaginez si, en plus, ils ont institué des interventions génétiques et pharmaceutiques qui ont aidé leurs citoyens à maintenir leur productivité dans des conditions aussi défavorables, même si cela a eu l'effet secondaire malheureux de dévaster leur système immunitaire. Et pour compléter cette vision dystopique, imaginez que vos voisins réduisent simultanément leur nombre de médecins par dix. De telles actions augmenteraient radicalement les taux de mortalité non seulement dans leur pays, mais dans le vôtre. Les agents pathogènes ne respectent pas les frontières nationales. Ils ne sont ni espagnols ni chinois.

Les agents pathogènes ne respectent pas non plus les limites des espèces. La grippe et les coronavirus se déplacent de manière fluide entre les populations humaines et animales, tout comme ils se déplacent de manière fluide entre les nations. En matière de pandémies, il n'y a ni santé animale ni santé humaine - pas plus que la santé coréenne et la santé française. La distanciation sociale ne fonctionne que lorsque tout le monde la pratique, et «tout le monde» comprend les animaux.

La viande que nous mangeons aujourd'hui provient majoritairement d'animaux génétiquement uniformes, immunodéprimés et régulièrement drogués logés par dizaines de milliers dans des bâtiments ou des cages empilées - quelle que soit la façon dont la viande est étiquetée. Nous le savons, et la plupart d'entre nous préféreraient fortement qu'il en soit autrement. Mais nous préférerions beaucoup de choses dans le monde qui ne le sont pas et, pour la plupart d'entre nous, l'avenir de l'élevage est faible sur notre liste de priorités, surtout maintenant. Il est compréhensible de se préoccuper le plus de soi. Le problème est que nous ne faisons pas un bon travail d'égoïsme.

Nous ne connaissons pas encore toute l'histoire de l'émergence de Covid-19, la souche particulière de coronavirus qui nous menace maintenant. Mais avec les menaces de virus pandémiques récentes de virus grippaux tels que H1N1 (grippe porcine) ou H5N1 (grippe aviaire), il n'y a pas d'ambiguïté: ces virus ont évolué dans les élevages de poulets et de porcs. Des analyses génétiques ont montré que des composants cruciaux du H1N1 ont émergé d'un virus circulant chez les porcs nord-américains. Mais ce sont les exploitations avicoles commerciales qui semblent être la Silicon Valley du développement viral.

C'est dans les élevages de poulets que nous avons le plus souvent trouvé des virus qui ont muté d'une forme trouvée uniquement chez les animaux en une forme qui nuit aux humains (ce que les scientifiques appellent «changement antigénique»). Ce sont ces «nouveaux» virus que notre système immunitaire ne connaît pas et qui peuvent s'avérer les plus meurtriers.

Sur 16 souches de nouveaux virus grippaux actuellement identifiées par le CDC comme «préoccupantes», dont H5N1, 11 proviennent de virus de type H5 ou H7. En 2018, un groupe de scientifiques a analysé les 39 changements antigéniques, également appelés «événements de conversion», dont nous savons qu'ils ont joué un rôle clé dans l'émergence de ces souches particulièrement dangereuses. Leurs résultats prouvent que «tous ces événements sauf deux ont été signalés dans les systèmes de production avicole commerciale».

Imaginez si nos chefs militaires nous ont dit que presque tous les terroristes de mémoire récente avaient passé du temps dans le même camp d'entraînement, mais aucun politicien ne demanderait une enquête sur le camp d'entraînement. Imaginez si nous savions que ces terroristes développaient des armes plus destructrices que celles qui ont été utilisées ou testées dans l'histoire humaine. Telle est notre situation en matière de pandémies et d'agriculture.

Le CDC des États-Unis est l'abréviation d'une agence dont le nom est en fait les Centers for Disease Control and Prevention. Nous supprimons la prévention de l'acronyme, qui est assez innocent. Mais nous avons également tendance à abandonner les discussions sérieuses sur la prévention au profit de tactiques pour réagir une fois que les pandémies ont éclaté. Ceci est compréhensible - en particulier au milieu d'une pandémie - mais imprudemment dangereux. Nous sommes préoccupés par la production de masques faciaux, mais nous semblons indifférents aux fermes qui produisent des pandémies. Le monde brûle et nous cherchons plus d'extincteurs tandis que l'essence trempe à travers l'amadou à nos pieds.

Pour réduire le risque de pandémies pour nous-mêmes, notre regard doit se tourner vers la santé des animaux. Dans le cas des populations d'animaux sauvages, telles que les chauves-souris que les scientifiques ont théorisées comme un point d'origine probable pour Covid-19, la meilleure solution semble être de limiter et de réguler l'interaction humaine. Beaucoup a à juste titre été écrit à ce sujet et, lentement et de manière inégale, les politiques semblent aller dans la bonne direction. Comme il est devenu établi qu'un certain nombre de personnes ont contracté le virus après avoir visité un marché humide à Wuhan, où le virus a probablement traversé les humains à partir de chauves-souris via un hôte intermédiaire, la Chine a fermé 19 000 exploitations d'élevage d'animaux sauvages et interdit la viande d'animaux sauvages à l'état humide marchés.

Dans le cas des animaux d'élevage, cependant, le manque de compréhension du public a permis aux sociétés sans scrupules de faire évoluer la politique dans la mauvaise direction. 

Partout dans le monde, les entreprises ont réussi à créer des politiques qui utilisent les ressources publiques pour promouvoir l'agriculture industrielle. Une étude suggère que le public fournit 1 million de dollars par minute en subventions agricoles mondiales, largement utilisées pour soutenir et étendre le modèle cassé actuel. La même minute de 1 million de dollars qui favorise l'agriculture industrielle augmente également le risque de pandémie.

Aux États-Unis, le taux de mortalité pour Covid-19 a été inférieur à 2%, mais s'il s'agissait, par exemple, du H5N1, le taux de mortalité serait beaucoup plus élevé - le CDC rapporte un taux de mortalité de 60% . Après une flambée de décès dus au H5N1 en 2017, la propagation du virus s'est apaisée pour des raisons qui restent obscures. Devrions-nous être soulagés? Nancy Cox, qui a dirigé les opérations de lutte contre la grippe du CDC pendant plus de deux décennies, a souligné: "Nous ne savons pas comment l'histoire va se terminer." L'incapacité du H5N1 à atteindre des proportions pandémiques signifie simplement que nous avons un terroriste qui se trouve à une petite mutation virale loin d'obtenir l'équivalent d'un arsenal nucléaire.

Les implications d'un taux de mortalité de 1 à 2% sont partout autour de nous: la moitié du monde vit sous le régime du maintien à la maison, les enfants ne vont pas à l'école, les hôpitaux manquent de matériel de sauvetage, nous sommes confrontés à une dépression financière générationnelle, et les services funéraires qui nous ont traditionnellement permis au moins de pleurer ensemble sont (à juste titre) interdits. 

Pouvons-nous extrapoler les implications d'un taux de mortalité de 60% dans notre imagination? Ce serait 30 fois plus que notre situation actuelle. 

Et si la prochaine pandémie n'épargnait pas les enfants? Le taux de mortalité des enfants infectés par le H5N1 approche 50%. Que ressentez-vous si vous imaginez une personne que vous aimez une pièce jetée loin d'une mort horrible? Essayez d'imaginer si la moitié de tous ceux que vous connaissez qui a eu la grippe l'année dernière est en train de mourir. Si vous avez des enfants, combien d'entre eux ont eu la grippe l'année dernière? 

Forcez-vous à imaginer ces choses, puis demandez-vous: combien vaudrait-il la peine de sacrifier maintenant pour éviter que cela se produise?

Cela nous amène à la question la plus pertinente: que pouvons-nous faire? 

Le lien entre l'élevage industriel et l'augmentation du risque de pandémie est bien établi scientifiquement, mais la volonté politique de limiter ce risque a, par le passé, été absente. Il est maintenant temps de construire cette volonté. Il importe vraiment que nous en parlions, que nous partagions nos préoccupations avec nos amis, que nous expliquions ces problèmes à nos enfants, que nous nous interrogions ensemble sur la façon dont nous devrions manger différemment, que nous appelions nos dirigeants politiques et que nous soutenions les organisations de défense qui luttent contre l'agriculture industrielle. Les dirigeants écoutent. Changer le complexe industriel le plus puissant du monde - la ferme industrielle - ne pourrait pas être facile, mais en ce moment avec ces enjeux, c'est peut-être pour la première fois de notre vie, possible.

Le fait que nous sachions que notre système alimentaire est en partie à blâmer peut nous responsabiliser. Nous savons comment attaquer le plus grand facteur de risque de pandémie. Nous savons comment nous rendre nous-mêmes et nos familles plus sûrs. L'incertitude même qui nous perturbe nous rappelle également que tout peut aussi s'améliorer. 

Heureusement, Covid-19 semble attaquer nos enfants extrêmement rarement, et si nous répondons avec suffisamment de sagesse, cette fois si marquée par la mort sera peut-être aussi évoquée par eux comme un tournant, un temps de jugement, un héroïsme calme et, comme les mois passent, renouvellement.

  • Jonathan Safran Foer est un auteur. Son livre le plus récent est We Are the Weather: Sauver la planète commence au petit déjeuner

  • Aaron S Gross est le fondateur de Farm Forward et professeur agrégé à l'Université de San Diego

Coronavirus : L'avis d'un anthropologue : Jean-Dominique Michel

Par Le 30/04/2020

Je suis très content de l'avoir découverte cette interview...Et je vais assurément la réécouter tant elle est intéressante. Ce monsieur est une pointure dans son domaine et il envoie du lourd, comme disent les jeunes...

 

 

 

Covid-19 | A ne pas manquer |

Notre interview de crise avec Jean-Dominique Michel

Les propos de Jean-Dominique Michel peuvent choquer – ou rassurer.

 

Le Genevois est depuis 30 ans l’un des plus grands spécialistes mondiaux de santé publique. Il a travaillé nuit et jour ces dernières semaines pour comprendre ce qui nous arrive. Interview grand format par ATHLE.ch et PHUSIS.ch Philosophie.

A écouter avant de vous faire votre propre idée de la crise que nous vivons.

 

Suite de nos mises en perspective pour une meilleure compréhension, plus de santé et de joie.

Lien vers la vidéo complète sur Youtube

Jean-Dominique Michel publie ce mercredi 29 avril « Covid-19 : anatomie d’une crise »

Lien vers le blog de Jean-Dominique Michel
Lien vers nos mise en perspective de la crise en partenariat avec PHUSIS.ch

Le samedi après-midi du 25 avril 2020, nous nous sommes rendus à Genève à la rencontre de Jean-Dominique Michel, anthropologue et expert de renommée mondiale en matière de santé publique. Après avoir étudié pendant plus de 30 ans les pratiques de soins et dispositifs sanitaires en Europe et dans le monde et avoir enseigné dans une quinzaine de programmes universitaires et Hautes écoles en Suisse et à l’étranger, il a travaillé comme nul autre ces dernières semaines pour comprendre et mettre en perspective ce qui nous arrive.

Dans son bureau de l’Association Pro Mente Sana dont il est le secrétaire général, il nous présente, avec sagacité, ouverture et sans langue de bois l’anatomie de la crise que nous vivons. A partager sans modération.

Extraits

« Le discours officiel relayé par les médias est une sorte de propagande »

« J’y vois une déliquescence éthique, mais aussi intellectuelle et philosophique de nos civilisations. De ce point de vue, je dirais que le Covid est un révélateur de nos incohérences ; incohérences fatales »

« Une fois qu’on a généré un état de panique […], c’est très difficile pour nous de changer une cognition erronée »

« On a vu un embrayage s’actionner, allant vers la stérilisation de la pensée et un déni de réalité »

« L’exposition massive de la population aux vrais facteurs de risque que sont la malbouffe, la pollution, le stress et la sédentarité […] s’est retrouvée dans le Covid »

« On a laissé la responsabilité de gouverner […] à une cohorte de mathématiciens-modélisateurs – des geeks – qui passent leur vie devant des ordinateurs à construire des mondes qui n’existent pas »

« Le confinement, […] c’est le pire cas de figure pour faire flamber une épidémie »

« Un train de réponses intelligent, c’est : multiplier la capacité de dépistage, dépister le plus de gens possible, mettre en quarantaine ceux qui sont contagieux et utiliser le traitement à base d’hydroxychloroquine »

« Les interventions sur le lien social sont plus efficaces que les réponses sanitaires. Et là on a isolé des centaines de milliers de personnes de manière durable »

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Ecriture de la trilogie

Par Le 30/04/2020

Bon...J'avais laissé de côté l'écriture de ma trilogie...


Tome 1 : "Les héros sont tous morts" est publié.

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Tome 2 : "Tous, sauf elle". Il est fini mais je ne l'ai pas envoyé à l'éditrice. Je voulais être certain de pouvoir finir le tome 3.

Tome 3... "Il faudra beaucoup d'amour"

Plus j'étudie les effets de cette crise sanitaire, plus je me dis qu'il faut que je m'y remette. Alors, depuis, quatre jours, j'ai recommencé la lecture du tome 2. J'ai besoin de prendre des notes avant de me remettre au travail. J'en suis à plus de soixante personnages...Et donc, je viens de tomber sur ce passage...Ecrit l'année dernière...Je précise qu'il ne s'agit pas ici d'un vrai sous-marin mais d'un shelter militaire que le héros a enfoui sous terre...Un lieu de survie ultime.



" « C’était un petit appartement au départ, avait expliqué Théo, une chambre, un coin cuisine, un coin douche et toilettes et une mezzanine. Et j’en ai fait un dépôt pour les réserves alimentaires et diverses choses. J’ai ajouté une porte pour y accéder depuis la maison principale sans avoir besoin de sortir. Toutes les ouvertures sont inviolables, en dehors d’un pain de dynamite. »
La porte extérieure en bois était effectivement doublée par une épaisse tôle et une barre en acier venait la bloquer horizontalement depuis l’intérieur comme à l’entrée d’un château fort. Les deux petites fenêtres étaient condamnées par des barreaux épais.
« Je me sers de ces réserves occasionnellement et je les remplace aussitôt consommées. L’idée est d’avoir de quoi tenir deux ans, trois au maximum si je rationne dès le début. Tout dépendra de la nouvelle qui déclenchera la fin de l'approvisionnement. Provisoire, durable ou définitif. »
Des étagères couvertes de bocaux en verre avec le couvercle à pression et le caoutchouc rouge. Elle songea aux pots de confiture de sa grand-mère quand elle était enfant. Des étiquettes aux feutres collées sur chaque récipient. Des boîtes de conserve méticuleusement classées par dates. Elle remarqua également des bidons d’eau de Javel.
« Pour l’hygiène en cas de pandémie, expliqua Théo. Dans cette caisse, ce sont des masques pour le visage, modèle en bec de canard, les FFP2, capables de protéger des virus les plus actifs. Une épidémie de grippe aviaire par exemple. Souviens-toi du H5N1. Et imagine ça dans un contexte de rupture de soins au niveau national. C’est plusieurs milliers de morts par jour. J’ai un stock assez important de médicaments mais la sécurité la plus efficace, c’est l’absence de contacts humains. Donc, il faut pouvoir tenir longtemps sans aucune aide. Les pastilles de chlore et les systèmes de filtration de l’eau sont là pour ça. Même l’eau de la montagne peut être contaminée.
–Tenir ici pendant un an, pour moi, ça ne poserait aucun problème. Dans le sous-marin, ça serait beaucoup plus difficile.
–Pour moi aussi, Laure, et j’espère que ça n’arrivera jamais. Mais si ça doit survenir, ceux qui n’auront rien anticipé seront condamnés. Pas moi.
–J’ai bien compris ta pensée, Théo, et j’y adhère totalement.
–Je suis convaincu également que si tout le monde s’engageait de la même façon, on éviterait bien des drames. C’est toujours l’histoire du Titanic, en fait. C’est la panique qui a causé autant de morts, pas l’accident en lui-même. »




Elle avait longuement réfléchi au problème et ce matin encore, le trouble était toujours là. Les pensées sombres d’un chaos contribuaient-elles à nourrir son émergence, comme un empoisonnement pernicieux qui conduirait l’individu à déclencher inconsciemment ce qu’il suspecte ou cette volonté d’anticipation permettait elle de se protéger efficacement des effets de ce possible chaos ? Elle n’avait pas de réponse mais elle trouvait dommageable que l’énergie dépensée ne soit pas dirigée plutôt vers l’arrêt du désastre ou son évitement.
Si le commandant du Titanic n’avait pas été aussi persuadé des qualités exceptionnelles de son navire, l’accident n’aurait peut-être pas eu lieu. Si la surveillance avait été plus sérieuse. Si les humains responsables n’avaient pas délégué leur pouvoir à la technologie. Si la conduite du navire avait été plus prudente. Si la prétention humaine n’avait pas été si aveuglante. Si le nombre de canots de sauvetage avait été suffisant... Si l’inconscience n’avait pas été aussi totale.
L’humanité voguait désormais à bord d’un navire terriblement fragile et tout le monde restait persuadé que le pilotage était aux mains de personnes expérimentées. Alors que personne n’aurait pu dire clairement qui tenait la barre. On était plutôt en présence d’un jeu de chaises musicales et chaque nouveau capitaine se satisfaisait surtout d'inscrire son nom dans l’historique de bord. Sans jamais vraiment connaître la destination finale. Ni même s'en soucier."

Coronavirus : Ecole (6). Les maires réfractaires

Par Le 30/04/2020

Je l'ai déjà écrit ici mais il y a un mouvement de fond qui me réjouit considérablement avec cette crise : la prise de décision des communes, départements ou régions contraires aux demandes gouvernementales. Il y a bien longtemps que cette centralisation du pouvoir et ses effets sur l'ensemble de la population me semble totalement dépassée, archaïque et ne peut se targuer d'être "démocratique".

J'espère que les consciences politiques des élus régionaux et départementaux va se renforcer, que leur détermination va croître, que leur solidarité ira jusqu'à imposer leurs points de vue à un gouvernement qui ne gouverne même pas ses propres incohérences.

Lens-Liévin : 36 communes disent non à la réouverture des écoles le 11 mai, 26 000 enfants concernés

Photo d'illustration. / © Jean-Marc Quinet/BELPRESS/MAXPPP Photo d'illustration. / © Jean-Marc Quinet/BELPRESS/MAXPPP

PARTAGES

Au lendemain des déclarations du Premier ministre, le maire de Liévin Laurent Duporge (PS) annonce qu’aucune école de sa ville ne rouvrira le 11 mai. Les 36 communes de l'agglomération de Lens lui emboitent le pas. Plus de 26000 élèves sont concernés par la non réouverture annoncée des écoles.

Par Martin Vanlaton 

"Nous prenons la décision de ne pas rouvrir nos écoles, garderies et cantines les 11 mai prochain." Moins de deux jours après la présentation du plan de déconfinement par Édouard Philippe devant l’Assemblée nationale, les maires des 36 communes de la communauté d’agglomération de Lens-Liévin s’opposent au retour en classe des élèves d’écoles maternelles et élémentaires.

La communauté d’agglomération de Lens-Liévin (CALL) regroupe 240 000 habitants du Pas-de-Calais. Sur ce territoire, on dénombre au moins 180 écoles. Cela représente plus de 26 000 élèves scolarisés en école maternelle ou élémentaire concernés par la non réouverture de leur école le 11 mai. (Insee, 2019).

 

Conseil scientifique vs Gouvernement


Les élus de la CALL, sous la présidence de Sylvain Robert, maire de Lens, pointent du doigt les divergences entre les préconisations du conseil scientifique et les choix du gouvernement. En effet, le conseil scientifique, "instance destinée à éclairer le gouvernement dans ses mesures pour lutter contre l’épidémie de Covid-19préconise un retour en classe en septembre dans son avis rendu public le 25 avril. 

De son côté, le Premier ministre a officiellement annoncé une réouverture progressive des établissements scolaires dès la sortie du confinement : écoles maternelles et élémentaires à partir du 11 mai, puis une réouverture des collèges en commençant par les classes de 6ème et de 5ème à partir du 18 mai. Quant aux lycées, une décision due réouverture sera prise fin mai. 

"En conscience, comment peut-on aller contre l’avis de cette instance composée d’experts ?" se demandent les maires de la CALL.

 

"Quelle est la différence entre un élève de CM2 et un élève de sixième ?"


À Liévin, commune de 30 000 habitants, on compte 26 groupes scolaires. 3 000 enfants sont actuellement scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires de la ville. Son maire, Laurent Duporge, est le premier de la communauté d'agglomération a avoir rédigé un arrêté municipal contre la réouverture des écoles le 11 mai. 

Au-delà de l’avis du conseil scientifique, il dénonce avec les maires de l’agglomération des décisions "à géométrie variable, totalement incompréhensibles. Comment peut-on retourner au collège avec un masque alors que dans les écoles primaires, c’est sans masque ? Quelle est la différence entre un élève de CM2 et un élève de 6ème ?"

 


En plus de la reprise différenciée selon les niveaux de classe, le Premier ministre a annoncé un retour dans les écoles selon des règles sanitaires strictes : pas plus de 15 élèves par classe, les gestes barrières devront être respectés et des gels hydroalcooliques seront distribués. 

"Comment je fais ? Si j’ai 20 élèves devant une classe, j’en choisis 5 que je laisse sur le carreau ? demande le maire de Liévin . Ces mesures sont intenables pour les maires que nous sommes. A l’heure actuelle, c’est matériellement impossible de faire respecter les mesures sanitaires." 

Des difficultés logistiques qui s'accompagnent d'un problème de conscience insupportable pour les parents selon Laurent Duporge : "Dire aux parents de prendre la responsabilité (d'envoyer son enfant à l'école) est insupportable à mon sens. On a pas le droit de placer les parents devant un tel cas de conscience. Vous n'imaginez pas la détresse qui pourrait être celle des parents en cas de malheur."

 

Les maires en première ligne


Les 36 maires de la CALL s’accordent enfin sur le manque de connaissance et de moyens mis en oeuvre pour garantir la sécurité de tous.

 

"Ma responsabilité en tant que maire est engagée" explique le maire de Liévin. 

Les édiles regrettent des "annonces faites sans concertation, loin du terrain" qui ne font que "rajouter de la confusion et de l’angoisse" dans une période déjà difficile. "Je sais bien que décider de ne pas rouvrir les écoles n’est pas facile et que certains parents vont être confrontés à un problème de garde concède Laurent Duporge, maire de Liévin. Néanmoins, c’est la santé qui prime avant tout."
 
À Liévin, le maire indique que l’Etat est par la suite "libre de prendre ses responsabilités et de réquisitionner, ou pas, les écoles." Une position partagée par Sylvain Robert , président de la CALL et maire de Lens, qui affirme à la Voix du Nord que "si la Préfecture nous impose la réouverture, elle en portera la responsabilité juridique en cas de problème."

 

La Préfecture croit au dialogue


Contactée, la préfecture du Pas-de-Calais nous indique que "la concertation est ouverte" tout en rappelant que "l'objectif fixé par le Gouvernement de réouverture progressive des établissement scolaires répond à un objectif essentiel de lutte contre le décrochage scolaire."

Dans le Pas-de-Calais, un groupe de travail a été mis en place entre la Préfecture et le président de l’Association des Maires de France du Pas-de-Calais. Un travail "point par point" sera réalisé pour trouver "localement des solutions" et éviter ainsi la non réouverture des écoles le 11 mai pour plus de 26 000 élèves.

 

Steeve Depret@DepretLens

Sur décision de la CALL hier soir, les communues de la communauté d'Agglo Lens/Liévin ne ré ouvrirons pas leurs écoles ! Sage décision ! QUID des communauté urbaine aux alentours?

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Enfin, la Préfecture nous indique ne pas se placer dans "l’hypothèse de la réquisition." Une manière de ne pas envenimer le débat avec toute la communauté d’agglomération de Lens-Liévin et les autres agglomérations du département.

"Dérapages" avec Eric Cantona

Par Le 29/04/2020

Si vous cherchez quelque chose à regarder en ce moment, je ne peux que vous conseiller cette série. Eric Cantona est absolument fascinant, dans sa démesure et sa fragilité, sa détermination et ses failles. Remarquable. Tous les seconds rôles sont des premiers rôles tant ils marquent chaque épisode. Quant au scénario, au montage et à la réalisation, c'est bluffant. Cantona, vraiment, il est incroyable...

 

LE LIEN VERS LA SERIE SUR ARTE

https://www.arte.tv/fr/videos/083866-001-A/derapages-1-6/?fbclid=IwAR1zPNUq0p5ySPjBdZ37WVjZkvTW0K0ZRDjHHdlTUNqOhUS1_aVKDyVW5AQ

 

Cinéma / Série / Youtube / Podcast par 

WHISKY OR NOT WHISKY #50 / DERAPAGES

mardi 28 avril 2020 - Commentaire : 0

Accueil » WHISKY OR NOT WHISKY #50 / DERAPAGES

Librement inspirée du roman Cadres Noirs de Pierre Lemaitre, la série Dérapages est actuellement diffusée par Arte. Réalisés par Ziad Doueiri (à qui l’on doit l’excellent Baron Noir), les six épisodes nous transportent au cœur d’un véritable thriller social. Le genre devient alors le prétexte à un sujet sociétal brulant : quid des classes populaires, et de l’archétype du prolétaire, face à la machine néo-libérale qui broie les individus ?

Le chômage – et ses conséquences – sont ici le thème central qui parcourent Dérapages. Eric Cantona y incarne Alain Delambre, un ancien DRH anéanti par six années sans emploi. Marié, père de deux enfants, Alain Delambre a 57 ans. Propriétaire menacé d’expulsion, il vit dans un appartement insalubre dont il ne peut plus payer le crédit.

Un jour, sa femme Nicole (Suzanne Clément) lui fait part d’une annonce qui recherche un chargé de recrutement. Bien qu’il ne soit pas forcément le candidat idéal, Alain se retrouve étrangement parmi un choix restreint de profils pour satisfaire le poste.

Toutefois, les dés sont pipés : il est question d’embaucher quelqu’un qui fera le sale travail, en mettant en place un plan de licenciement massif dans une filiale de Beauvais. Or, et si nous parlons de dés, c’est bien parce qu’un jeu de rôles est mis en place par une multinationale du nom d’Exxia.

Pour juger des compétences de ce futur cadre, les candidats sont conviés à une simulation de prise d’otages. En étant mis à rude épreuve dans ce jeu de rôles, l’objectif est bien de tester la résistance des employés au sein d’un plan de “sauvegarde”. Or, le chargé de recrutement a pour mission de sélectionner ces mêmes employés dans ce type de plan social. C’est alors qu’Alain se montre prêt à tout pour retrouver un emploi…

Véritable procès contre le système et le managment déshumanisé, Dérapages est une série didactique au rythme haletant. Découpée en deux parties bien distinctes, cette co-production bénéficie d’une réalisation filmique à la qualité certaine, proche d’un thriller de cinéma. Servie par des acteurs impeccables, cette première saison propulse un Eric Cantona crédible dans une partition qui lui colle à la peau. En brisant le “quatrième mur” de manière assumée, l’ancien footballeur semble sincère et parvient à nous prendre aux tripes.

Une fois n’est pas coutume, Zaid Doueiri a su s’entourer d’acteurs et d’actrices qui sont de vraies “tronches” de nos séries françaises. Nous notons d’ailleurs que la plupart tournent principalement dans les séries Canal Plus, de Baron Noir (encore lui) à Vernon SubutexEn matière de “tronches”, je pense notamment à Alex Lutz qui s’en tire à merveille dans un rôle à contre-emploi : avec brio, ce dernier incarne un jeune PDG du CAC 40.

De manière générale, le casting est pompeux. En plus d’un Gustave Kervern très bien choisi, il y a donc Suzanne Clément qui reste talentueuse. Rappelons que la comédienne a tourné dans plusieurs films de Xavier Dolan, dont le cultissime Laurence Anyways avec Melvin Poupaud.

Le scénario, plus que jamais, interroge les dérives du monde libéral, qui marginalise les plus démunis sitôt qu’ils ne sont plus rentables. Cette même histoire met en exergue deux mondes, deux univers qui ne se comprennent plus. De façon assez explicite, l’intrigue met en avant l’exacerbation des inégalités.

D’un côté, il y a une large majorité de pauvres, des classes populaires qui souffrent d’un pacte social duquel ils sortent perdants. De l’autre, il y a cet entre-soi de riches, des élites qui ferment les yeux sur notre monde tout en gardant les mains propres.

Entre les deux subsiste une guerre. Un conflit social qui dépasse et va bien au-delà du mépris de classe. Dans ce combat, Alain Delambre tente de s’ériger en symbole (autant que faire se peut). En signifiant la révolte du prolétariat, notre protagoniste questionne le concept de morale et les valeurs d’une personne.

En fin de compte, Dérapages est une série qui nous parle de la violence, au sens propre comme au sens figuré. Dans une société qui n’a de cesse de creuser des disparités sociales, ce sont bien les plus faibles qui s’entretuent dans une violence sans nom. Ceux qui mettent en scène la violence d’une prise d’otages sont ceux-là mêmes qui dirigent le monde. Ils demeurent les marionnettistes d’une autre forme de violence, plus insidieuse et invisible, qui abusent des pantins ou des pions que nous sommes. Cette violence porte un nom, et c’est bien elle qui nous tue. Elle s’appelle capitalisme.

J.M.

Dérapages de Ziad Doueiri est actuellement diffusé sur Arte et disponible en replay sur Arte TV. La série est également disponible en intégralité sur YouTube.

 

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