Là-Haut

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Quatre jours Là-Haut

Par Le 20/08/2019

Quatre jours Là-Haut, au-dessus de Bramans, en haute Maurienne. Quatre sorties avec des paysages magnifiques, la nuit dans le camion, au bord d'un torrent. Que du bonheur. Rencontre avec des bouquetins acrobates qui nous ont offert un spectacle inoubliable, un champ d’edelweiss comme on n'aurait même pas su l'imaginer, des lacs d'altitude où on se baignait, des sommets dans tous les coins comme autant de prochaines sorties, l'Histoire de la région aussi avec le passage supposé d'Hannibal au col du Clapier où les combats sanglants au fort De Montfroid en 39-45, des heures à marcher sur des sentiers ou à vue, en cherchant les meilleurs passages, une trace, un cairn, une brèche, le silence, les couleurs, l'immensité, l'isolement, la suspension de pensées, le silence intérieur, la mécanique des pas... Le bonheur de sentir que le corps répond, que l'énergie est disponible. Jusqu'à huit heures aller-retour et repartir le lendemain avec la même envie. Environ 6000 mètres de dénivelée en quatre jours...Je sais combien la montagne est pour moi la meilleure thérapie.

J'ai toujours des crampes la nuit, dans les mollets et je me suis aperçu que le gros orteil de mon pied gauche ne réagit plus. Impossible de le plier. Aucune douleur dans le dos sinon quelques courbatures le matin. Il suffit que je marche quelques minutes pour que tout disparaisse. Je trottine dans toutes les descentes dans les pas de Nathalie. C'est un bonheur immense pour moi de ressentir la force de mon corps, l'énergie, la concentration.

A la descente du col d'Ambin, on a trottiné pendant deux heures, non stop, jusqu'au camion. Je me suis vu sourire intérieurement, une joie profonde, comme un bonheur d'enfant...

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En trente ans de montagne, je n'avais jamais vu autant d'edelweiss regroupées au même endroit...Des dizaines, toutes plus belles les unes que les autres. On descendait hors sentier, à vue, dans une pente raide, exposée au sud-est et puis, tout à coup, on en a vu une, puis une autre, puis cinq, dix, vingt...On n'osait plus marcher... Magique...On croirait que des flocons de neige se sont posés sur les feuilles...

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Et bien évidemment, nous avons profité des lacs d'altitude pour nous "rafraîchir" :) Dix degrés, ça met en activité le phénomène de l'hormèse.

"Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort".

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Au col d'Ambin, trois bouquetins, à vingt mètres de nous, de l'autre côté d'une brèche, nous ont offert un spectacle inoubliable...Cette dextérité est fascinante...

 

Voilà comment on aime descendre. C'était en Chartreuse, au début du mois, la première fois que je retrouvais le bonheur de la "trottinette" :)

Livre d'or

Par Le 12/08/2019

Il y a des messages qui me comblent de joie.

Celui-ci en fait partie.

Merci à Éric.

 

"Bonjour Mr Ledru. Je vais faire ce que je n'ai jamais fait auparavant, contacter l'auteur d'un livre que je viens de lire pour le remercier de son oeuvre.
Merci Mr Ledru pour ce magnifique livre Kundalini, L'étreinte des Ames. Je l'ai lu d'une traite sans savoir à quoi m'attendre. Je l'ai acheté car ma femme, dans sa pratique du yoga, a souvent évoqué la kundalini. Je ne savais pas ce que c'était. J'ai été ensevelit par une avalanche d'émotions à la lecture de votre livre. Je garde à l'esprit que c'est un roman et des personnages de fiction. Mais corrigez moi si je me trompe, il y a tout Vous dans ce texte. J'en ressort boulversé car vous avez donnez des mots à ce que je ressentais en mon for intérieur. Vers la fin, vous donnez également une vision de notre société qui a perdu sons sens. Les fêtes commerciales qui remplacent les fêtes religieuses. La consommation comme nouveau culte. Cela n'a fait que renforcer la sensation d'ancrage de votre histoire dans la réalité.
Donc je vous dit Merci avec un grand M. J'espère être capable de transcrire un petit peu de vos enseignements dans ma vie, en tant que mari, amant et père. A ce sujet je serais intéressé de comprendre comme vous inscrivez les enfants dans un chemin vers la spiritualité et l'Amour sacré.
Cordialement,
Eric

 

Et voici ma réponse : 

 

"Bonjour Eric
Je suis très touché, ému et honoré par votre message d'autant que c'est une démarche inhabituelle pour vous. Il est clair que ce récit représente une démarche de couple et qu'il était essentiel pour moi d'en développer les étapes dans un roman car cela génère une analyse personnelle qui nous est utile. Si cela peut apporter des éléments aux lecteurs et lectrices, j'en suis particulièrement heureux. A mon sens, le roman se doit d'apporter des pistes de réflexions et non seulement une "expérience littéraire". 
Je l'avais quelque peu expliqué dans cet article : http://la-haut.e-monsite.com/blog/divertir-ou-bousculer.html

Pour ce qui est de l'invitation faite aux enfants vers la démarche existentielle et spirituelle, il me semble que la meilleure chose à faire est de se donner en exemple et de les laisser décider de ce qui peut être bénéfique pour eux. Il ne s'agit pas de les inscrire dans une démarche, sinon cela relèverait du prosélytisme et par conséquent d'une limitation, mais de leur montrer simplement combien l'observation interne de soi, dans une attitude lucide et ouverte, contribue à l'émergence du bonheur. C'est la définition même de la liberté. 
Nos trois enfants ont vécu par conséquent de multiples expériences en lien avec la nature et maintenant qu'ils sont adultes, nous voyons à quel point cela leur a permis de se construire une existence qui répond à leurs propres convictions. Bien sûr qu'ils ont été influencés, c'est inéluctable. Mais la décision de prendre ou de laisser leur appartient.
Mille mercis pour le temps que vous avez consacré à votre message et à l'émotion qui s'y trouve. Il n'y a rien de plus beau pour un auteur que de sentir qu'un lecteur garde en lui une trace de l'ouvrage."

 

 

Pierre Madelin : " Après le capitalisme"

Par Le 04/08/2019

Pierre Madelin : « Nous ne pouvons pas attendre que la société industrielle s’effondre en préparant l’après »

https://www.partage-le.com/2019/08/nous-ne-pouvons-pas-attendre-que-la-societe-industrielle-seffondre-en-preparant-lapres-un-entretien-avec-pierre-madelin/?fbclid=IwAR0FhaJz-2thQjl103GudYiO9obVB08B04HiKgTkEni7VBwapbzyywtdm0c

Je me suis entretenu avec Pierre Madelin, qui a traduit en français plusieurs auteurs écologistes dont Arne Naess, John Baird Callicott, Holmes Rolston et prochainement Val Plumwood, et qui est lui-même l’auteur d’un très bon petit livre intitulé Après le capitalisme.

Nicolas Casaux


Dans ton livre Après le capitalisme, tu affirmes que l’idée de limites externes ou écologiques au capitalisme est erronée. Je voudrais revenir là-dessus. Cela signifierait donc que le capitalisme ne serait pas menacé par la contamination, la dégradation, la consomption, la destruction ou la perturbation croissantes de tous les milieux (biomes, biotopes, etc.) et de tous les organismes qu’il génère inexorablement ?

Ce n’est pas exactement ce que je dis dans mon souvenir. Je remarque que le capitalisme est bel et bien confronté à une limite écologique dans la mesure où il exerce une pression croissante sur nos milieux, dont il détruit la diversité et dont il compromet la fonctionnalité, la résilience et in fine l’habitabilité. En épuisant des ressources limitées, comme les gisements d’énergie fossile, et en exerçant sur les ressources dites « renouvelables », comme les sols, les forêts ou les cycles hydriques, une pression telle qu’elle ne leur permet justement plus de se renouveler, le capitalisme contribue à saper les conditions de sa propre reproduction.

Ce que je souligne en revanche, c’est que ces limites écologiques auxquelles se heurte la reproduction du capital ne sont pas à proprement parler une « bonne nouvelle », car la fin du capitalisme qu’elles laissent entrevoir coïnciderait malheureusement avec une détérioration telle des conditions de la vie sur Terre qu’elle ne permettrait guère d’imaginer l’avènement de sociétés « décentes », plus égalitaires et moins destructrices de la nature. Je ne crois pas trop à l’idée d’un effondrement heureux, au terme duquel, sur les ruines encore fumantes de la civilisation industrielle, nous pourrions construire des organisations collectives conviviales dans les brèches ouvertes par l’amoindrissement ou la disparition des logiques marchandes et de l’État ; les dégâts causés par la dynamique dévastatrice du capital et par la compulsion de croissance complètement délirante qui l’animent seront trop importants…

Donc si je cite l’expression célèbre de W. Benjamin – « le capitalisme ne mourra pas de mort naturelle » – c’est pour insister sur la nécessité de l’action : nous ne pouvons pas attendre que la société industrielle s’effondre en préparant « l’après », car cette société se caractérise précisément par la destruction de tout « après » possible, ou tout au moins de tout après souhaitable. Seules une insurrection mondiale, une résistance violente et non-violente systématiques – notamment face à ces organisations mafieuses et criminelles que l’on appelle des « États » – et une transformation profonde des rapports sociaux peuvent sauver ce qui peut encore l’être. Et il y a malgré tout encore beaucoup à sauver ; de nombreux degrés, des millions d’espèces, la vie de milliards de frères humains et de « cousins à plumes et à fourrure », la beauté du monde loin d’avoir disparu, etc.

Des militants amérindiens qui s’opposent à la construction d’un oléoduc aux Etats-Unis.

Tu ne penses donc pas, à l’instar de Cyril Dion, Isabelle Delannoy, Maxime de Rostolan, etc., qu’il soit possible d’opérer une transition écologique, une sorte de transformation vertueuse de la société industrielle capitaliste qui la rendrait écologique et démocratique (au moyen de « symbioses industrielles », de nouvelles technologies plus efficientes et plus vertes, de procédés de recyclage toujours plus poussés, de l’introduction de quelques « éléments de démocratie directe comme le Référendum d’Initiative Citoyenne ou le tirage au sort dans nos démocraties » qui les rendraient subitement réellement démocratiques, etc.) ?

Il n’est bien évidemment pas possible de transformer la société industrielle et capitaliste en une société durable et « verte » ! Toutes les expériences menées jusqu’à présent pour substituer une ressource à une autre afin de pérenniser une pratique de consommation quelconque se sont avérées désastreuses. Les bio-carburants, censés verdir la mobilité motorisée et la rendre « soutenable », créent de graves problèmes de déforestation et stimulent des monocultures dévastatrices pour les sols et pour la biodiversité. Le bilan de la voiture électrique est de plus en plus calamiteux. Le plastique est un poison pour la planète, mais les bio-plastiques qui prétendent s’y substituer (le magasin Carrefour à côté de chez moi en est d’ores et déjà plein) ne feront sans doute que déplacer le problème, puisqu’il faudra selon toute vraisemblance exploiter et détruire des milieux pour fournir les matières premières nécessaires à leur fabrication.

Mais la supercherie la plus dangereuse consiste évidemment à faire croire qu’il serait possible de conserver un même niveau de consommation énergétique – ce qui revient à dire un même « niveau de vie » tant l’énergie est à la base de notre vie matérielle – en passant des combustibles fossiles aux énergies dites « renouvelables ». N’oublions pas que c’est en partie pour pallier la déforestation provoquée par un système énergétique fondé sur la combustion du bois que les énergies fossiles se sont développées en Europe au XIXe siècle, avec les conséquences que l’on sait désormais. Et l’on voudrait aujourd’hui nous faire croire que les renouvelables vont pallier efficacement le réchauffement climatique provoqué par la combustion de ces énergies fossiles. Or le développement industriel du solaire et de l’éolien risque au contraire d’aggraver lui aussi la crise écologique, car sans décroissance de la consommation, aucune source d’énergie ne saurait être durable. Nous savons d’ores et déjà que le solaire et l’éolien sont très gourmands en métaux, qu’ils impliquent donc des pratiques d’extraction minières très destructrices pour la nature, et qu’ils ont également besoin de surfaces immenses pour s’implanter (souvent, l’appropriation de ces surfaces se fait au détriment des communautés humaines qui y vivent, par exemple au Mexique, dans l’isthme de Tehuantepec, où un conflit violent oppose les paysans à un complexe éolien).

Dans une interview récente, Jean-Marc Jancovici souligne que d’un strict point de vue écologique (si l’on met de côté le problème des catastrophes nucléaires…), l’énergie nucléaire est beaucoup moins destructrice que les énergies « renouvelables », car à niveau de production égale, elle requiert infiniment moins de métaux et de surface productive (une centrale nucléaire occupe infiniment moins de place qu’un complexe solaire ou éolien). Il en conclut qu’il faut tout miser sur le nucléaire, ce qui n’est évidemment pas mon cas… Mais sa réflexion a au moins le mérite de montrer à quel point il serait naïf que le mouvement écologiste place aujourd’hui tous ses espoirs en une transition énergétique dont le principal mot d’ordre serait l’investissement massif dans les sources d’énergie décarbonées, que cet investissement se fasse dans le cadre d’initiatives privées ou dans le cadre d’une planification écologique étatique. Cette naïveté est dangereuse, car à son insu, en voulant « sauver le climat », le mouvement écologiste contribuerait ainsi en réalité à sauver, au moins temporairement, un capitalisme moribond, en lui permettant d’enclencher une nouvelle phase d’accumulation prétendument « verte ». Les conséquences écologiques de celle-ci seraient d’autant plus dévastatrices qu’elle serait démobilisatrice ; elle donnerait à beaucoup d’entre nous le sentiment que tout est, enfin, en train de changer, pour que finalement rien ne change, et que l’on retrouve au bout du chemin le même capitalisme destructeur et auto-destructeur de toujours.

Maintenant, à la question « que faire ? », je n’ai évidemment pas de réponse toute faite. Décroître évidemment. Mais comment et jusqu’où ? Serge Latouche soutient que le niveau de vie moyen des Français dans les années 1960 serait universalisable dans les limites de la Terre, ce qui implique à l’échelle du monde une désindustrialisation partielle de l’économie et une importante re-ruralisation. D’autres, dont tu fais partie, pensent que seule une désindustrialisation intégrale de la société pourrait nous sauver. Moi, à vrai dire, je n’en sais rien, et je pense que seuls des tâtonnements et des expérimentations sociales et politiques pourront nous dire jusqu’où aller dans la sobriété matérielle… Ce qui est certain, c’est que jusqu’à présent, aucune expérience d’alternative au capitalisme (zapatisme, ZAD, Rojava, etc.) n’est véritablement parvenue à mettre en place des infrastructures énergétiques autonomes et décentralisées.

La décroissance

Oui. Cela dit, je n’encourage pas une désindustrialisation intégrale « pour nous sauver », mais plutôt le démantèlement de la société industrielle, l’arrêt de toutes les activités nuisibles pour la vie sur Terre (pas pour nous sauver nous spécifiquement). Par ailleurs, j’apprécie beaucoup Serge Latouche, ses travaux sont très riches, très intéressants, et ses remarques souvent pertinentes, mais lorsqu’il affirme ça (« le niveau de vie moyen des Français dans les années 1960 serait universalisable dans les limites de la Terre »), franchement, je ne comprends pas. En 1960, en France, on consommait 72 TWh d’électricité, contre 478 en 2018. On consommait donc bien moins (près de 7 fois moins) d’électricité à l’époque, soit. Mais on consommait en revanche 70 Mt de charbon contre 20 Mt aujourd’hui. Et dans l’ensemble, par habitant, on ne consommait qu’un peu plus de deux fois moins d’énergie à l’époque (1 699 kg d’équivalent pétrole contre 3 690 en 2015). L’écart n’est pas colossal. En outre, en 1960, plus de 50 % de la population est urbaine (on dépasse les 50 % d’urbains dès 1931 en France), donc, « une re-ruralisation importante », pas nécessairement. Par ailleurs, comme le formule un dossier de l’INSEE : « au début des années 1960, la main-d’œuvre est très majoritairement masculine, plutôt ouvrière et peu qualifiée. Souvent, seul le chef de ménage exerce une activité hors du domicile. C’est le règne de la grande entreprise industrielle marquée par une organisation du travail de type fordiste ou taylorien. » Exemplaire. Et pourtant Serge Latouche affirme qu’en 1960 le Français moyen est un modèle de soutenabilité. Saurais-tu expliquer pourquoi il affirme ça ? Et puis, si on continue avec ce que préconise Latouche, penses-tu qu’une « désindustrialisation partielle », donc une société partiellement industrielle, pourrait de quelque manière aboutir à une société soutenable et démocratique ?

Autre question : tu affirmes qu’aucune « expérience d’alternative au capitalisme […] n’est véritablement parvenue à mettre en place des infrastructures énergétiques autonomes et décentralisées ». Qu’en est-il des quelques sociétés qui, à travers le globe, vivent encore de manière non-industrielle, hors du capitalisme (quelques communautés au Brésil, ou dans des montagnes en Colombie, d’autres en Afrique, en Asie, en Océanie) ? Et de toutes celles qui à travers l’histoire y parvenaient ? (Ou est-ce que par infrastructures énergétiques autonomes et décentralisées tu entendais hautement technologiques ?)

À vrai dire, je mentionnais cette date avancée par Latouche parce qu’elle fait partie des réponses apportées à la question : « jusqu’où décroître ? » en l’occurrence par l’un des théoriciens les plus importants de l’écologie politique en France. Je pense que c’est une façon un peu grossière utilisée par Latouche pour botter en touche l’idée selon laquelle la décroissance impliquerait un « retour à l’âge de pierre ». Mais il est évident que la trajectoire de la France dans les années 1960, celle d’un développement économique forcené, ne permet guère d’en faire un modèle de soutenabilité…

Lorsque j’affirme qu’aucune expérience d’alternative au capitalisme n’est véritablement parvenue à mettre en place des infrastructures énergétiques autonomes et décentralisées, je parle évidemment d’expériences de résistance conscientes menées par des collectifs dont la vie quotidienne intègre déjà l’usage d’énergies produites par des infrastructures industrielles. Jusqu’à présent, ces collectifs n’ont pas réussi à atteindre un niveau de décroissance énergétique tel qu’ils pourraient se passer de ces dernières (au Chiapas, si je ne me trompe pas, l’électricité est piratée par les communautés zapatistes, et non pas produite par eux de façon autonome) ; disons que la « souveraineté énergétique » semble plus difficile à réaliser que la « souveraineté alimentaire ». Par contre, il existe en effet aujourd’hui encore un certain nombre de groupes humains qui vivent sans électricité (même si ces groupes n’ont pas le vent en poupe…), et telle a évidemment été la règle pendant la majeure partie de l’histoire humaine.

Enfin, concernant la question de la désindustrialisation, je répète que je n’ai pas vraiment de réponse à cette question, qui me semble soulever des problèmes d’une complexité abyssale… D’une part, on n’efface pas des siècles de processus d’étatisation, de marchandisation et de technologisation de la vie quotidienne en un revers de main ; on ne passe pas du niveau d’hétéronomie maximal qui est aujourd’hui le nôtre (une dépendance quasi-totale aux réseaux marchands et à leurs structures technologiques pour la satisfaction de nos besoins, une emprise sans précédent de l’État sur l’organisation de notre vie collective, etc.) à une situation d’autonomie absolue, où des communautés humaines reterritorialisées pourraient satisfaire la quasi-intégralité de leurs besoins de façon indépendante. D’autre part, l’on peut se demander si une société totalement desindustrialisée peut satisfaire les besoins de base de bientôt 10 milliards d’êtres humains. Si l’on répond par la négative à cette interrogation, cela pose en retour l’épineuse question de la décroissance démographique, et comme nous ne sommes évidemment pas favorables aux méthodes violentes (élimination de centaines ou de milliards d’êtres humains par la famine ou la maladie) et coercitives, on ne voit pas trop comment celle-ci pourrait advenir, si ce n’est au terme d’un effondrement qui n’aurait rien de réjouissant non plus…

Mais sans doute faut-il aussi se demander quel sens nous donnons au terme « autonomie ». Si par autonomie nous entendons la suppression de toutes les médiations sociales, technologiques et politiques, la réappropriation par des communautés locales de l’intégralité de leurs conditions d’existence, et si nous considérons que seule la création d’une société autonome en ce sens pourra nous sauver, alors très franchement je pense que nous pouvons dire adieu au salut, car il est rigoureusement impossible qu’une telle société advienne à l’échelle mondiale au cours des prochaines décennies. Comme André Gorz, je pense qu’il ne s’agit pas pour l’instant de « supprimer tout ce par quoi la société est un système dont le fonctionnement n’est pas entièrement contrôlable par les individus ni réductible à leur volonté commune. Il s’agit plutôt de réduire l’empire du système et de le soumettre au service et au contrôle des formes d’activité sociale et individuelle autodéterminées ». Le rapport de force nous est défavorable, nous devons adopter une posture défensive et multiplier les contre-pouvoirs.

Manifestation contre le projet du complexe Europacity, le 21 mai 2017 à Gonesse.

Des populations sont inversement passées d’une indépendance totale vis-à-vis de la civilisation industrielle à une dépendance complète en quelques années ou décennies. Bien sûr, on ne reconstruit pas forcément aussi vite que l’on démolit. Mais est-ce un problème d’impossibilité ou d’improbabilité ? Cela dit, je suis d’accord avec toi, je ne pense pas que cela puisse ou doive constituer un objectif. Cela étant, on pourrait considérer que le mouvement écologiste est sur la défensive depuis déjà des années. L’organisation Deep Green Resistance estime que nous devrions passer à l’offensive, en faisant en sorte de précipiter l’effondrement de la société industrielle (et rappelle au passage que cet effondrement ne sera de toute façon pas immédiat, mais graduel, qu’il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter d’une hécatombe soudaine), notamment en perturbant, bloquant ou sabotant ses points infrastructurels névralgiques. Le rapport de force nous est défavorable, mais la société industrielle est techniquement assez fragile, son fonctionnement pourrait être foncièrement perturbé par des activistes qui n’auraient pas besoin d’être des millions (une limace, à elle seule, a paralysé de nombreuses lignes ferroviaires au Japon, une chouette armée de rien d’autre que de quelques miettes de pain a perturbé le fonctionnement de l’accélérateur de particules du CERN, etc.). L’idée n’étant pas que cela se produise demain matin, mais que cela devienne l’objectif d’un mouvement qui se constituerait au cours des prochaines années, en s’appuyant sur une culture de résistance, et donc sur le développement d’activités de subsistances, d’institutions alternatives. Qu’en penses-tu ?

Tu as raison de souligner qu’il y a une paradoxale fragilité dans la puissance technologique déployée par la société industrielle, car cette puissance dépend intégralement de réseaux d’infrastructures peu résilients et qu’un rien peut gripper, comme le montrent les exemples à la fois comiques et réjouissants que tu cites, celui de la limace et de la chouette. À titre personnel, je pense qu’il faut privilégier la défense des sociétés dont l’organisation sociale et politique demeure encore aujourd’hui au moins partiellement indépendante du capitalisme industriel (les populations indigènes et la paysannerie des pays du Sud), tout en stimulant et en défendant systématiquement, dans les pays du Nord, les mouvements qui cherchent à recréer des espaces autonomes là où ceux-ci ont été intégralement détruits ou presque (on pense évidemment aux ZAD). C’est dans un tel contexte, où une autonomie concrète et nouvelle serait advenue à une échelle significative, que des actions de sabotage d’envergure (qui ne se contenteraient plus simplement de s’en prendre à des grands projets inutiles nouveaux, mais s’attaqueraient également à des infrastructures déjà anciennes) pourraient avoir un sens. Autrement, elles risqueraient, comme tu l’as toi-même remarqué, de plonger d’importantes franges de la population dans une situation de grande précarité et vulnérabilité.

C’est une question similaire qui se pose à propos du travail salarié, qui est un des piliers de notre société. Dans de nombreuses circonstances, des activités économiques écologiquement destructrices sont défendues, y compris par des populations qui vont en subir les effets, parce qu’elles créent des « emplois », parce qu’elles fournissent du « travail ». Le problème posé par ces situations est plus épineux qu’il n’y paraît, car il révèle dans le fond l’une des contradictions les plus difficiles à résoudre dans la perspective d’une transformation radicale de la société : comment faire en sorte que les activités productives qui nous permettent de survivre à court terme (en nous offrant des moyens de subsistance pour nous nourrir, nous soigner, nous loger, etc.) ne soient plus des activités qui menacent notre survie à moyen et long terme en détruisant les conditions d’habitabilité de la Terre ? Comment recouvrer des moyens de subsistance qui nous libèrent de la dépendance à un « travail » presque toujours ravageur ?

A propos du travail : https://www.partage-le.com/2016/02/lideologie-du-travail-par-jacques-ellul/

Je voudrais revenir sur un paragraphe de l’introduction de ton livreAprès le capitalisme :

« Bien qu’elle affecte durablement de nombreux écosystèmes, espèces et composantes de la nature, et si nous sommes par ailleurs convaincus qu’il est nécessaire d’accorder à ceux-ci une valeur intrinsèque, indépendante de l’utilité qu’ils présentent pour les êtres humains, cette crise n’est cependant pas une crise de la nature. À l’échelle du temps long de l’histoire, la capacité de la Terre à se régénérer et à se réinventer n’est pas menacée. Ce qui est menacé, c’est la capacité des écosystèmes à s’autorégénérer à un rythme suffisamment rapide pour que la Terre puisse continuer à être habitable pour les êtres humains. Car même la durée de vie des déchets nucléaires, qui s’étend pour certains sur plusieurs centaines de milliers d’années, ce qui est évidemment considérable à l’échelle de l’histoire humaine, n’est rien à l’échelle des temps géologiques. Cette crise est une crise de l’humanité ou, pour le dire autrement, de la civilisation. »

D’un côté tu rappelles que tous les êtres vivants ont une valeur intrinsèque — ce que le mouvement écologiste grand public tend à oublier, ou à ignorer — mais de l’autre tu réduis le vivant à du quantitatif, avec l’idée que « la capacité de la Terre à se régénérer et à se réinventer n’est pas menacée », une manière de dire, « de la vie, il en restera », comme on dirait du beurre ou de l’argent — et tu rejoins ici une perspective assez répandue dans le mouvement écologiste grand public, selon laquelle c’est l’humanité qu’il faut sauver, une perspective très anthropocentrée. Pourtant, ce qui est menacé, c’est aussi la survie, l’existence d’innombrables espèces, des individus spécifiques qui les composent, et des communautés naturelles dans lesquelles ils s’inscrivent (pour employer une expression moins fonctionnaliste qu’écosystème). C’est l’habitabilité de la Terre pour tous les êtres qui la peuplent actuellement (pas seulement les humains). Les courants écologistes dans lesquels je me retrouve le plus s’appuient sur des éthiques biocentristes ou écocentristes. Leurs systèmes de valeurs ne placent pas l’être humain au sommet d’une hiérarchie du vivant, et ils ne sont pas amenés à considérer que le plus important est de préserver et perpétuer l’espèce humaine (ou de « satisfaire les besoins de base de bientôt 10 milliards d’êtres humains »). Tu as traduit des auteurs qui discutent des différentes « éthiques environnementales » (comme Callicott), aussi je voudrais que tu m’expliques ton choix, ta perspective.

Tu es décidément un lecteur attentif de mon livre car tu pointes là une contradiction dans ma réflexion, qui ne m’a pas échappé et qui est un des passages ratés du livre, où je n’ai pas vraiment réussi à dire ce que je voulais dire. Ayant traduit Callicott, Rolston, Naess, prochainement Val Plumwood, je suis proche moi aussi de ces éthiques écocentrées que tu mentionnes, aux yeux desquelles la nature a une valeur intrinsèque, indépendamment des intérêts qu’elle présente pour les êtres humains, qui ne doivent pas être considérés comme les « seigneurs » ou les « sommets » du cosmos. Par ailleurs, tu as parfaitement raison de souligner que la crise écologique menace aujourd’hui les conditions d’habitabilité de la Terre non seulement pour les humains, mais aussi pour des myriades d’espèces et de spécimens de plantes et d’animaux. Ceci étant dit, et c’est un point sur lequel je ne suis pas forcément d’accord avec DGR, je ne pense pas que la planète ou le vivant soient en danger : un certain état du vivant est effectivement menacé, sa puissance est amoindrie et cet amoindrissement crée en retour, pour nombre d’humains et de non-humains, la vulnérabilité extrême que je viens d’évoquer. Mais les dynamiques écologiques et les trajectoires évolutives du vivant sont toujours bel et bien là, plus puissantes et plus résilientes que nous ne le serons jamais en tant qu’espèce. Quand bien même les pires perspectives écologiques adviendraient, la vie sur Terre repartira, sans nous peut-être et sans un nombre incalculable d’espèces emportées par notre voracité, mais elle ne tarderait sans doute guère, du moins à son échelle temporelle, à prospérer à nouveau, sous une forme nouvelle.

Mais pour approfondir la question de l’anthropocentrisme, je pense malgré tout que le schéma classique de l’éthique environnementale anglo-saxonne mérite d’être critiqué, car d’une certaine façon, il reproduit le « grand récit » moderne d’une humanité unifiée triomphant de la nature. Il en inverse simplement le sens : il ne le célèbre pas, il le déplore. Pourtant, le dualisme homme/nature qui caractérise en grande partie la philosophie moderne s’accompagne dès l’origine d’une scission, au sein de l’humanité elle-même, entre les individus et les groupes associés à la nature, ou supposés en être restés proches, et ceux dont on suppose au contraire qu’ils s’en sont émancipés. La nature ayant été ontologiquement constituée comme une sphère inférieure que l’humanité est appelée à dominer et à exploiter, c’est en toute logique que la domination de certains groupes d’êtres humains a systématiquement été légitimée au prétexte que ceux-ci étaient plus « proches » de la nature. En d’autres termes, à l’âge moderne, la nature a constitué à bien des égards ce que l’on pourrait nommer la grammaire de la domination. Elle a été le référent sémantique et la source ultime de légitimation idéologique de l’exploitation des groupes « genrés » et « racisés », soit de façon directe, comme lorsque les populations indigènes de la Nouvelle-Espagne étaient désignées comme des naturales, soit de façon indirecte, lorsqu’un groupe spécifique d’êtres humains – souvent les femmes – a été marginalisé en étant associé à l’une des sous-catégories de la nature (le corps, les émotions, etc.).

Cependant, si le concept d’anthropocentrisme peut être équivoque, ce n’est pas seulement parce qu’il recouvre la scission qui sépare, au sein de l’humanité, les groupes dominants « émancipés » de la nature et les groupes dominés associés à la nature. Quand bien même l’humanité ne serait pas fracturée, divisée et hiérarchisée en classes, en genres et en races, quand bien même l’humanité s’émanciperait de la nature dans le cadre d’une société strictement égalitaire, l’humain qui « triomphe » dans l’anthropocentrisme moderne est un humain unidimensionnel et atrophié. Car en instituant un rapport au monde fondé sur la domination et l’instrumentalisation, il réduit également l’humain à son agir technique et économique, occultant par là-même les autres potentialités de son être, qu’elles soient sociales, poétiques ou spirituelles, que l’on peut à bon droit considérer comme plus fondamentales, ou tout au moins d’une importance égale.

Considérons une forêt. Pour un promeneur ou un pèlerin par une chaude journée d’été, celle-ci et les torrents ou rivières qui la traversent éventuellement sont une source de fraîcheur et d’ombre. Pour un groupe d’enfants, la possibilité d’une immense partie de cache-cache. Pour une botaniste ou un écologue non inféodé à une vision quantitative de la nature, le lieu d’une étude minutieuse du vivant et de son foisonnement. Pour un ermite américain au XIXe siècle ou un poète chinois dans la dynastie des Tang, le lieu d’un recueillement et d’une concentration silencieuse de l’esprit. Pour un cueilleur de champignons ou de plantes sauvages, un espace charnel complexe où ses multiples quêtes composent autant de traces et d’itinéraires qu’il se plaît à répéter d’année en année. Pour un révolutionnaire ou autrefois un esclave, la possibilité d’une guérilla ou d’un quilombo. Pour un certain type de chrétien ou de musulman, la manifestation théophanique de Dieu. Pour un chaman enfin, qu’il vive en Sibérie ou en Amazonie, un univers peuplé d’esprits tantôt bienveillants et tantôt malveillants. Mais pour un certain type d’être humain, la forêt n’est rien d’autre qu’une quantité de bois ou de carbone dont il faut calculer les stocks et la rentabilité à l’exclusion de toute autre considération, de tout autre usage. Érigé en norme, ce rapport purement instrumental se présente qui plus est comme le moteur d’une dynamique civilisationnelle aussi vertueuse que nécessaire, et vis-à-vis de laquelle aucun écart n’est permis. C’est en ce sens qu’il est imprécis, ou tout au moins insuffisant de parler d’anthropocentrisme pour caractériser l’attitude moderne face à la nature.

Point de réduction de la nature à sa valeur instrumentale sans réduction de l’être humain à son agir instrumental. C’est que la domination, quand bien même elle prétend séparer et hiérarchiser, n’en demeure pas moins une relation affectant les deux termes qu’elle implique : « le dualisme est un processus au sein duquel le pouvoir détermine l’identité et déforme l’identité des deux parties de l’entité qu’il sépare », écrit Val Plumwood. Pour résumer tout ça de façon simple, je pense que j’aurais souhaité dire dans le livre qu’un écocentrisme bien compris tient compte de l’humain et de ses intérêts, car l’humain est un vivant parmi d’autres vivants. Et réciproquement, un anthropocentrisme bien compris ne pourrait finalement déboucher que sur un écocentrisme, car les humains ne peuvent survivre et s’épanouir qu’à condition de respecter la communauté des vivants dont ils font partie et sans laquelle ils ne sont rien.

Un des livres que Pierre a traduits.

Très intéressant. Je te rejoins en ce qui concerne l’anthropocentrisme. Cela dit, lorsque DGR parle de « sauver la planète », c’est le plus souvent un abus de langage pour parler des espèces actuellement vivantes, des individus qui les composent et des communautés naturelles qu’elles forment — même si certains parlent d’un scénario Vénus, aussi improbable soit-il, qui pourrait menacer la continuation de la vie sur Terre, et même si on ne sait pas grand-chose des conséquences potentielles de la nucléarisation croissante du monde, et des futures expérimentations de savant fou que la civilisation industrielle pourrait entreprendre à l’avenir. Et puis, le fait que ce ne soit qu’un certain état du vivant qui soit menacé et non pas l’existence même de la vie devrait-il changer quelque chose ?

Lévi-Strauss estimait qu’un « humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme ; le respect des autres êtres avant l’amour-propre », et que « l’homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l’abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l’humanité même ». Il me semble que cela rejoint la perspective de DGR. DGR estime donc que l’objectif principal consiste à mettre un terme à la destruction de ces espèces, individus et communautés naturelles par la civilisation industrielle, qui, en outre, est un enfer pour une bonne partie de ses propres membres. Tu formules de brefs aperçus dans tes réponses, mais je voudrais quand même te poser la question pour que tu puisses élaborer : quel devrait-être, selon toi, l’objectif principal du mouvement écologiste ?

Détruire l’intégralité du parc automobile mondial pour commencer (sans oublier les motos). Non, blague à part (même si la disparition des bagnoles doit évidemment être un objectif important !), et en restant à un niveau assez abstrait et général, je pense que le mouvement écologiste doit se fixer pour objectif la création d’une société qui cesse de détruire la biosphère telle que nous la connaissons aujourd’hui, d’annihiler les conditions d’habitabilité de la Terre. Pour cela, il est évidemment indispensable de résister à l’agressivité croissante du capitalisme et des États sur les territoires, aux pratiques extractivistes et aux grands projets inutiles (ils le sont presque tous). Parallèlement, comme nous l’avons déjà souligné, multiplier la construction d’espaces autonomes, libérés de la tyrannie étatique et marchande. C’est une réponse un peu vague, mais je n’ai pas vraiment prétention à être un théoricien « stratège » de l’écologie politique, et à définir avec précision quels devraient être ses objectifs.

Mais je crois aussi qu’il est primordial que le mouvement écologiste approfondisse ses liens avec les autres mouvements en lutte contre des formes de domination – féminisme, anti-racisme, animalisme, etc. Car non seulement l’histoire humaine est l’histoire des rapports de domination, mais la domination des humains sur la nature et la domination de certains groupes humains par d’autres sont profondément liées ; elles font système, comme l’ont souligné chacun à leur façon Murray Bookchin, l’éco-féminisme et le primitivismeCe système de domination légitime, à divers degrés, l’appropriation violente des corps-objets de tous les êtres appartenant à l’une des catégories dominées, que ce soit pour les exploiter, pour en jouir ou, dans certaines circonstances, pour les détruire et les éliminer. Appropriation du corps des femmes exploitées, prostituées, violées ou assassinées, tant dans la sphère domestique que dans la sphère publique. Appropriation du corps des travailleurs exploités dans des usines ou des plantations. Appropriation du corps des animaux élevés dans des fermes-usines avant d’être conduits à l’abattoir. Et lorsque certaines populations habitent des territoires convoités pour leur richesse (minière, agricole, touristique, etc.), l’appropriation/expropriation des corps humains se double de l’appropriation des corps-territoires et de leurs populations animales. Il est impensable de créer un lien plus horizontal avec le monde vivant autre qu’humain si l’on ne parvient pas à mettre à mal les hiérarchies qui structurent nos sociétés, et vice versa.

Que penses-tu de la collapsologie ?

Je n’en pense pas grand-chose pour tout dire. J’avais bien aimé le premier livre de Servigne et Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Je trouvais qu’il offrait une synthèse et un panorama stimulants et clairs des multiples dysfonctionnements et désastres qui guettent notre société. Par contre, je n’ai pas lu le dernier qui a été très controversé, et visiblement à juste titre… Dans mon livre j’essaie de m’interroger sur les effets politiques de l’effondrement. Tout pronostic historique est évidemment risqué, mais au niveau politique, je pense que cet effondrement systémique généralisé pourrait à son tour donner lieu à deux grands scénarios : 1) L’effondrement économique ne provoque pas d’effondrement politique, mais entraîne au contraire un renforcement de l’État, qui adopte une gestion éco-totalitaire des ressources et des populations 2) L’État s’effondre en même temps que l’économie, il perd toute capacité à encadrer la société et à assurer la sécurité de ses citoyens. Ce deuxième scénario peut lui-même être subdivisé en deux scénarios distincts : 1) L’effondrement de l’État se fait au profit de forces armées paraétatiques de type mafieux ou terroriste, qui imposent leur monopole sur la gestion des ressources et des populations par l’arbitraire et la violence ; 2) Ou, au contraire, les populations livrées à elles-mêmes s’auto-organisent et créent tant bien que mal de nouvelles institutions sociales sur les ruines de l’ancien monde : c’est la voie conviviale dans sa version post-catastrophique.

Remarquons que ces différents scénarios ne sont nullement exclusifs. Dans certains pays, l’État peut se maintenir tandis qu’il s’effrite ou s’effondre dans d’autres ; de même, à l’intérieur d’un même territoire où l’État tend à reculer, la gestion mafieuse et l’auto-organisation des populations peuvent cohabiter et entrer en compétition l’une avec l’autre. Dès aujourd’hui, la situation de certains pays peut nous aider à mieux « visualiser » ces scénarios futurs, même si elle ne s’explique pas nécessairement par des causes écologiques et continue à s’inscrire dans le cadre de crises politiques plus classiques. Ainsi, au Mexique, la souveraineté de l’État est contestée à deux niveaux ; d’un côté par les puissants cartels de la drogue qui contrôlent de facto un nombre croissant de territoires et de ressources, et de l’autre par des mouvements sociaux comme l’EZLN ou les milices citoyennes d’auto-défense qui ont décidé de prendre en main leur destin en luttant, les armes à la main, contre les exactions du crime organisé ou des bras armés de l’État (qui sont en réalité souvent complices).

Ceci nous confronte évidemment à la question de la violence. Cela ne me fait pas plaisir de le dire et je ne suis moi-même pas franchement porté à la violence, mais je n’arrive plus tellement à voir comment il serait possible de sortir de cette société sans en passer par la violence, comme le soutient d’ailleurs DGR. Et cela ne sera pas nécessairement un choix, mais la simple condition de la survie. Au rythme où vont les choses, les personnes « résilientes » ne seront pas seulement celles qui auront une maison à la campagne et un potager en permaculture au fond du jardin, mais aussi celles qui auront des armes et sauront s’en servir. Quand on voit l’ensauvagement actuel de l’État en France et dans de nombreux pays, quand on voit que même les actions non-violentes (on pense aux images fortes de la mobilisation Extinction Rebellion à Paris, gazée et matraquée par des hordes de criminels en uniforme) sont de plus en plus réprimées et criminalisées, et ce alors que la détérioration des conditions de vie sur Terre, et donc le durcissement des rapports de domination qui se tissent autour de l’accès aux ressources et aux richesses, est encore loin d’avoir atteint son acmé, il y a de quoi être inquiets. Disons que la radicalisation de l’État et du capitalisme un peu partout appelle notre propre radicalisation, elle ne laisse guère de choix…

Tu prépares actuellement un livre sur le primitivisme, pourrais-tu rapidement nous en parler ?

Oui bien sûr, je peux en dire brièvement quelques mots. Je viens de finir l’écriture d’un petit livre sur le primitivisme. Je ne suis moi-même clairement pas primitiviste, et ce n’est pas l’écriture de ce livre qui m’aura fait changer d’avis tant il apparaît clairement, notamment à la lecture des ouvrages magistraux d’Alain Testart, que les sociétés de chasseurs-cueilleurs sont et étaient traversées par des rapports de dominations extrêmement durs. Néanmoins, même s’il apporte des réponses fausses et souvent très idéologiques, le primitivisme pose des questions passionnantes et a parfois aussi des intuitions très stimulantes. S’intéresser à lui, c’est s’interroger sur la façon dont historiquement les hiérarchies sociales et la domination du vivant se sont interpénétrées et fécondées mutuellement. C’est donc in fines’interroger sur les fondements théoriques de l’écologie politique."

Nudisme, naturisme et société

Par Le 03/08/2019

Julien Wolga, 35 ans, est l’auteur de L’héritage du nudisme depuis Kienné de Mongeot (éd. L’Harmattan). A l’occasion de la sortie de notre podcast “Moi aussi, je suis naturiste”, il revient sur les origines du mouvement, sa philosophie, et ses dérives, appelant à une société qui prendrait soin de ses contemporains par un respect de leur humanité. 

 

https://www.neonmag.fr/nudisme-naturisme-bodypositivisme-julien-wolga-533215.html?fbclid=IwAR0HUFtCOw5YaLqaqz_MI4pOcFWayGLIREAYytR4iKsFxq6CNEqr2Gq4Su0

NEON, magazine nature : Comment distinguerais-tu le naturisme du nudisme ? 
Julien Wolgatout nu heureux : Le naturisme est “une manière de vivre en harmonie avec la nature caractérisée par la pratique de la nudité en commun ayant pour but le respect de soi, des autres et de l’environnement”, d’après la définition officielle de 1974 qui change vraiment par rapport aux définitions précédentes. Sauf que ça ne porte que sur les vertues de la nudité par rapport à nous-mêmes et aux autres. Depuis 2010, il y a eu un petit changement : la pratique de la nudité n’a plus “pour but” mais “pour conséquence” le respect. 

Sauf que pour moi, c’est incohérent : cette définition officielle du naturisme pourrait très bien correspondre au nudisme. Car le naturisme, à la base, ne se préoccupe pas nécessairement de nudité. Le naturisme, c’est prendre soin de la nature humaine en satisfaisant ses besoins naturels grâce aux éléments naturels. Ça portait d’abord sur l’alimentation, la plus naturelle et la plus physiologique possible ; ou encore l’activité physique pour développer l’ossature et la musculature, mais aussi parce que le système lymphatique – en gros les égouts du corps – n’a pas de muscle propre, et ce sont les mouvements du corps qui permettent de faire circuler la lymphe et éliminer les toxines. Par extension, il faut donc donc comprendre l’hygiène la plus naturelle possible à mettre en place pour avoir un mode de vie sain. Ça touchait aussi l’habitat, puisque la mouvance naturiste militait pour des logements salubres avec lumière et circulation d’air. Ce mouvement a pris de l’ampleur entre-deux-guerres car il fallait régénérer le peuple en militant pour des politiques hygiénistes. En 1951, on définissait encore le naturisme comme « l’ensemble des règles orientant l’homme vers des conditions de vie plus naturelles ».

 

Mais en 1926, l’idée nudiste a commencé à naître au sein de cette pensée, la nudité étant comprise comme un des facteurs favorisant la santé humaine. Si aujourd’hui on appelle ça naturisme, c’est qu’il y a un premier mouvement cassé avec la Seconde guerre mondiale, puis un deuxième mouvement avec la Fédération française de naturisme qui avait vocation à réunir tous les mouvements naturistes, nudistes ou non nudistes. Toutes les associations naturistes étaient réunies, mais les non nudistes ne voulant pas être assimilés aux nudistes, ils sont partis. Dans la Fédération française de naturisme ne sont donc restés que… les nudistes, naturistes ou pas d’ailleurs. Il y a eu un oubli progressif des fondements hygiénistes concernant la nudité, pourtant toujours valables. Le mot nudisme ayant mauvaise presse, les nudistes l’ont abandonné pour un terme qui leur paraissait plus noble. Ils ont donc fini par dénigrer le nudisme, ce qui est pour moi se tirer une balle dans le pied. Aujourd’hui, le nudisme est le seul élément commun de ceux qui se disent naturistes. 

« Moi aussi, je suis naturiste » – Florent, Patrice et Julie nous racontent leur expérience et leur pratique du nudisme : découvrez le podcast

 

Quelles sont les principales valeurs portées à l’époque par le mouvement selon toi ?
Il y a des valeurs prônées, comme le respect, mais je ne parlerais pas forcément en terme de valeurs. Je dirais qu’ils ont en point commun le déconditionnement du tabou sexuel concernant la nudité, et d’autre part une prise de position à l’encontre des jugements de valeur et les critiques sur le corps, prise de position contre la dévalorisation d’un individu en raison de ses caractéristiques physiques. Une sorte de body positivisme avant l’heure. 

“BEAUCOUP ONT PEUR PAR RAPPORT À LEUR BOULOT OU LEUR RÉPUTATION : NOUS PASSONS POUR DES PERVERS”

Aujourd’hui, ces valeurs sont-elles toujours présentes, ou le nudisme est-il devenu un loisir, voire un commerce ?
Le nudisme s’est reposé sur le tourisme et le commerce pour se développer après-guerre, mais après tout, il n’y a pas besoin de le sortir de ces structures pour que la nudité procure ses bienfaits. Le problème est plutôt que, du coup, les prix montent de plus en plus, et ça peut faire barrage au nudisme car ça rend ces structures moins accessibles. Une réponse apparaît avec de nouveaux mouvements qui militent pour que chacun, sans avoir à payer, puisse bénéficier des bienfaits de la nudité. Ce n’est pas être nu partout, mais pouvoir par exemple se baigner nu partout, aux côtés de ceux qui souhaitent rester habillés. 

Dans les années 60-70, les naturistes étaient vus comme des hippies un peu portés sur le sexe. Aujourd’hui, quel regard est porté sur le mouvement ?
Dans les années 60-70, je n’ai pas l’impression que la libération sexuelle pesait lourd sur la réputation du mouvement. Aujourd’hui, il y a le phénomène Cap d’Agde, l’exhibitionnisme et l’échangisme exhibitionniste, sous couvert de nudisme, qui entache notre image. La faute revient aussi au mouvement qui a laissé se développer ça et n’a pas su se défendre. Pendant longtemps, le village libertin du Cap d’Agde était estampillé FFN, et c’est au moment où la presse a commencé à regarder ce qu’il se passait que le mouvement a dit “ça n’a rien à voir”. Mais nous n’avons pas porté de discours alternatif. 

La société a aussi évolué, il y a eu les histoires de pédophilie, et nous sommes plus puritains. Aujourd’hui, énormément de gens ont donc peur par rapport à leur boulot ou leur réputation, et nous ne sommes plus en mesure de défendre notre philosophie. Nous passons pour des pervers, mais le regard peut vite changer.

 

Est-ce qu’on assiste à un retour de la pudeur et de la pudibonderie ?
Oui, il y a un certain retour à la pudeur, mais il n’est pas absolu. Je pense qu’il est dû à une sorte de perte de repères, avec beaucoup de changement dans la société. Pour beaucoup, un retour au traditionalisme peut être sécurisant psychologiquement. Et si on ne fait pas le tri, la tradition a tendance à juger la nudité comme perverse. Et sans discours contraire, on fait vite des amalgames. La situation économique difficile joue aussi : quand on est dans la peur, la survie, on est moins enclins à la réflexion et au progressisme. Mais il suffit que le mouvement se réapproprie les arguments et ça peut évoluer très facilement. Il doit revenir à ce qu’il était au début, actif et participatif à la réflexion sociale, aux questions quotidiennes. 

Tu parles des « conséquences désastreuses » que peut avoir l’obligation d’être habillé. Au niveau physiologique, de quoi parle-t-on ? 
On parle déjà de la peau : c’est l’organe le plus important en masse de notre corps. Il le protège et a une fonction sensorielle, mais il en a d’autres qui soutiennent d’autres organes : c’est pourquoi certains hygiénistes le surnomment le 3e poumon, 3e rein et 2e coeur. La peau respire de manière très importante, et si ce n’est pas le cas, on peut même mourir d’asphyxie alors qu’on a les voies respiratoires dégagées. La dévêtir, c’est donc lui permettre de respirer. C’est aussi un rein, car la peau permet par la transpiration d’évacuer énormément de toxines, c’est pour ça que le sauna ou le hamam sont bons pour la santé et permettent de soulager les reins. Si une partie est tout le temps couverte, la transpiration ne s’évacue pas, et cela va développer un bouillon de culture de bactéries et de germes. C’est pour ça que le maillot de bain n’est pas hygiénique : il garde de l’humidité sur ta peau. Enfin, la peau est un coeur. Un médecin français s’est rendu compte qu’il y a à la surface des micro-vaisseaux stimulés par le rayonnement solaire et qui pulsent pour attirer le sang vers l’extérieur. Cela permet de soulager le coeur et décongestionner les organes internes. Et ça, c’est juste pour la peau ! Il y a aussi tout le système hormonal stimulé par le soleil. On connaît la vitamine D, mais on sait que le soleil stimule les différentes glandes du corps. Des tests ont été réalisés sur des personnes dénutries : même un vêtement léger ralentit la reprise de poids par rapport à une personne vivant nue. Et parmi les glandes qui réagissent le plus au soleil, ce sont les glandes sexuelles. La courbe de poids remonte moins vite chez les femmes portant ne serait-ce qu’une culotte, par exemple. 

 

On dit que le nudisme aide à l’acceptation de soi-même. Le problème, c’est que pour mieux aimer son corps, il faut d’abord accepter de laisser les autres le juger. C’est ce cap qui est souvent infranchissable pour beaucoup, non ? 
Il faut se dire “j’ai suffisamment confiance dans le non-jugement des autres”. Mais ça peut demander de surmonter tout un conditionnement, il faut bouleverser des repères, c’est sûr que c’est compliqué. C’est très difficile à faire mais c’est la raison d’être du nudisme. A nous de porter un discours sur la société qu’on veut, une société non-jugeante, sans forcément parler de nudité, simplement chercher une société où on peut se sentir sereins ensemble. 

Le nudisme est souvent associé à la sexualité, et beaucoup de nudistes cherchent désespérément à l’occulter. Pourtant, tu dis qu’il existe bien un lien, mais pas celui auquel on pense…
La philosophie du mouvement, en tout cas au début, observait que plus on réprime la nudité, plus elle est obsédante. Le seul résultat de la pudibonderie est de générer plus d’obsession sexuelle, de fantasmes, etc. Le refoulement provoque souvent du défoulement. Donc le nudisme peut avoir un impact apaisant sur la sexualité : ce n’est plus tabou, ce n’est plus non plus hypertrophié, c’est là, ça fait partie de la vie humaine. 

Quand on est dans la nudité, entourés de corps sans attitude érotique, cela coupe le désir basé sur cette obsession. Mais ça laisse plus de place à l’amour et la sensualité, dans le sens du lien humain et emphatique, pas forcément lié à la sexualité. Aujourd’hui, la pub est basée sur l’excitation sexuelle, mais elle ne fonctionne que grâce à la pudibonderie car la corde sensible, c’est la corde frustrée. Depuis que je suis nudiste, mon regard sur la pub a changé, et même mon regard sur le porno ! J’ai du me réapproprier mon corps, ma sensualité, mais l’idée de montrer la sexualité ne me touche pas, je vais être plus sensible à des films qui mettent en place la sensualité et la douceur. Le moteur du porno, c’est que l’image d’un sexe est excitant. Il l’est parce qu’il y a frustration. Mais quand tu as vu des vulves tous les jours, ce n’est pas ça qui va t’exciter. Le porno marcherait moins, ou changerait peut être de visage – un porno plus contemplatif que sexuel – dans une société naturiste. Je pense que ça changerait énormément la donne, peut-être même dans les relations hommes-femmes : il y aurait moins de harcèlement de rue si les hommes étaient habitués au corps humain et aux corps des femmes, et non frustrés dans leur curiosité.

 

D’après toi, à quoi ressemblera le nudisme dans 10 ans ?
Ça va dépendre de beaucoup de facteurs, mais j’ai l’impression qu’il va devenir moins idéologique. Dans certains camps de vacances, c’est nudité obligatoire, point barre. Il devrait évoluer vers quelque chose de plus libre et plus intégré. On sera moins tout nu tout l’été, mais ce sera plus simple et plus logique de pouvoir aller se baigner nu à l’occasion dans la rivière. Ce sera moins partitionné, on va juste retrouver cette liberté perdue au fil des siècles. Tu as envie d’être nu, c’est cool, d’être en maillot, c’est cool, et on est ensemble. C’est ce que je souhaite, et on a l’air de partir dans cette direction. 

 

J'adhère totalement à ces paroles. 

Ici, sur mon blog, l'hébergeur, dans un article précédent parlant de nudité, avait censuré la photo ci-dessous. Je n'ai jamais compris pourquoi...

Est-ce qu'après dix ans d'existence, il en sera de même...?

Je fais l'essai. 

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Marcher là-haut

Par Le 02/08/2019

J'ai déjà raconté ici combien ma dernière année scolaire a été éprouvante. Comme si j'étais arrivé au bout de mon "capital enseignant" comme on peut l'être avec son capital soleil. J'ai tout fait pour tenir jusqu'au bout et donner à mes derniers élèves toute l'énergie qui me restait.


J'ai passé le mois de juillet à me reconstruire. Dormir, me reposer, ne rien faire, me soigner...Jeûner aussi.

Six jours de jeûne

Puis j'ai recommencé à marcher, doucement, malgré les difficultés physiques et les douleurs. Des sorties en partant de la maison, des itinéraires que je connaissais et où je pouvais doser les efforts sans risquer de tomber sur un passage trop éprouvant au regard de mes capacités.

J'ai déjà connu ces périodes de "reconstruction". Deux opérations à la colonne vertébrale. On ne s'en remet pas en une semaine. Encore moins lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs et que les dégâts collatéraux sont bien plus lourds qu'escomptés.

Je sais qu'il faut être patient et bienveillant avec soi. Le corps n'y est pour rien. Il serait absurde de le maudire. C'est d'amour dont il a besoin. 

Depuis deux semaines, j'ai commencé des sorties plus conséquentes.

Avec un immense bonheur. On a pris le camion et on est parti en Maurienne puis en Chartreuse. Dormir en altitude, dans le silence des montagnes, se lever au petit jour, préparer le sac et monter... Monter là-haut. Marcher pendant des heures, éprouver le bonheur de son corps en action, le silence des pensées, la contemplation des montagnes, les regards qui s'étendent sur les immensités.

Ressentir enfin ce bonheur de la force en soi, de l'énergie retrouvée. Aussi fragile soit-elle encore, elle est là. Et je la bénis.

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J'ai même recommencé à trottiner dans les descentes et ça, c'était vraiment des retrouvailles avec un plaisir immense...

 

Nourrir la population mondiale

Par Le 02/08/2019

Le rapport spécial du groupe d'experts de l'ONU sur le climat (Giec), réunis jusqu'à mardi à Genève, sera l'analyse scientifique la plus complète à ce jour sur la capacité de l'homme à subvenir à ses besoins à l'avenir.

Un champ de maïs brûlé par la chaleur, à Longue-Jumelles (Maine-et-Loire), le 23 juillet 2019. 
Un champ de maïs brûlé par la chaleur, à Longue-Jumelles (Maine-et-Loire), le 23 juillet 2019.  (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Comment nourrir une population toujours plus importante sans détruire la nature ? Cette question cruciale pour la survie de l'humanité est au cœur de discussions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) qui démarrent, vendredi 2 août, à Genève. A l'issue de ces rencontres, mardi 6 août, un rapport consacré au "changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres" doit être rendu public.  

Ce texte de plus de 1 000 pages, qui doit être approuvé par les délégations d'environ 195 Etats, devrait mettre en avant la façon dont l'alimentation industrielle, du producteur au consommateur, l'exploitation généralisée des ressources, voire certains efforts pour contrer les effets du réchauffement climatique, compromettent notre capacité à nous nourrir à l'avenir. Il devrait aussi dresser le tableau d'une société où deux milliards d'adultes sont en surpoids ou obèses et où des quantités importantes de nourriture sont jetées. 

L'importance d'un usage optimal des terres

Ces discussions seront l'occasion de mettre en lumière l'importance d'un usage optimal des terres. Un aspect longtemps négligé, selon les experts."Quand on regarde à la fois les conséquences du changement climatique et les contributions à ce changement, le secteur des terres est incroyablement important", souligne Lynn Scarlett, de l'ONG The Nature Conservancy. 

L'agriculture et la déforestation représentent ainsi environ un quart des émissions des gaz à effet de serre. L'agriculture utilise également un tiers de toutes les terres émergées et les trois quarts de l'eau douce sur la planète. 

Consommation locale et sécurité nationale

Par Le 02/08/2019

Stéphane Linou : « Consommer local, c’est agir en faveur de la sécurité nationale »

Le locavore de Castelnaudary, Stéphane Linou, a publié un livre associant résilience alimentaire et sécurité nationale. Les thèses qu'il y développe suscitent l'intérêt du Sénat.

 

Stéphane Linou avec son livre , publié en juin dernier.
Stéphane Linou présente son livre liant les thèmes de la résilience alimentaire et de la sécurité nationale, publié en juin dernier. (Crédit photo : Paul Halbedel – VDML)

Conseiller municipal à Castelnaudary et ancien conseiller général de l’Audede 2011 à 2015,  Stéphane Linou est considéré par beaucoup comme le premier locavore de France. En 2008, le Chaurien s’était uniquement nourri d’aliments produits à moins de 150 kilomètres de chez lui pendant toute une année.

Référence en termes de consommation locale, il prône l’importance de disposer des ressources alimentaires sur les territoires pour une question de sécurité publique notamment. Un combat qu’il mène depuis des décennies et qui semble en train de porter ses fruits. Stéphane Linou ironise :

Je tiens les mêmes propos depuis 20 ans. À l’époque, on me prenait pour un fou et aujourd’hui certaines de ces mêmes personnes me flattent. Ce sont des hypocrites.

« Nos territoires sont perfusés par la grande distribution »

Stéphane Linou a décidé il y a plusieurs mois de monter jusqu’à la capitale pour reprendre ses études, en parallèle de son travail.

À l’issue de son Mastère spécialisé en gestion de prise de risque sur les territoires, le conseiller municipal a élaboré un mémoire alliant résilience alimentaire – c’est-à-dire la capacité à faire face à une pénurie alimentaire – et la sécurité nationale. Dans celui-ci, il tire la sonnette d’alarme :

Ni les habitants, ni l’État, ni les magasins ne stockent. Et il n’y a plus beaucoup de paysans. On n’est pas autonome. Même nos territoires ruraux sont perfusés par la grande distribution. Par exemple, la métropole toulousaine a une autonomie de 2 %. Ce n’est rien du tout.

Agir sur sa sécurité en consommant local

Stéphane Linou pose ainsi le problème de la sécurité nationale en cas de problème de réapprovisionnement de nourriture sur le territoire :

Si un trouble à l’ordre public survenait, la chaîne alimentaire pourrait être rompue. Il y a un réel trou dans la raquette. Il n’y a pas d’aménagement à l’aide alimentaire.

Lire aussi : Stéphane Linou milite pour « une exception alimentaire à la française »

Et selon le locavore de Castelnaudary, la situation est d’autant plus préoccupante qu’il n’y a pas de plan de secours :

Il faut donc passer à l’étape de la production qui relève des responsabilités politique et citoyenne. Mettre des produits locaux, stopper le bétonnage, installer plus de paysans… Ce sont des actes de sécurité. Lorsqu’on consomme local, on agit sur la sécurité. Conduire les paysans au plus près de soi, c’est agir sur sa sécurité. Les paysans et les consommateurs ont une grande responsabilité.

« Nous sommes fragiles »

Pionnier du mouvement locavore, Stéphane Linou loue le rôle majeur des circuits courts, donc une limitation des intermédiaires entre le producteur et le consommateur :

Il faut que la production alimentaire soit territorialisée. L’analyse de la résilience alimentaire n’est jamais dans les plats. Je suis le premier à lier ce sujet avec la sécurité nationale.

Lire aussi : Castelnaudary. Pour Stéphane Linou, manger local est « une question de sécurité nationale »

Il se positionne en faveur d’une préoccupation qui existait il y a quelques siècles de cela :

L’alimentation faisait déjà partie intégrante de la sécurité à l’époque. Il y avait même une police des grains et de la viande. Il y avait une sécurité collective additionnée à la sécurité individuelle. Aujourd’hui, on vit dans l’illusion de la sécurité alimentaire. Avec l’exploitation des énergies fossiles, devenues des énergies faciles, on en a complètement artificialisé nos meilleures terres : on fait désormais venir de loin nos aliments grâce au charbon et au pétrole. Avant nous allions vers la nourriture avec la chasse puis l’agriculture. Aujourd’hui elle vient à nous. Nous sommes fragiles.

. Le Chaurien s’interroge : « Que se passera-t-il quand l’effondrement de la biodiversité se fera sentir ? »

Une mobilisation importante

« Jamais ces deux sujets n’ont été liés ensemble, affirme Stéphane Linou. C’est l’une des raisons pour lesquelles il mobilise autant de personnes ».

Effectivement, dans le cadre de son mémoire, le Chaurien avait adressé un questionnaire à plus d’une centaine de personnes : « J’ai envoyé mes questions à des spécialistes, des professeurs ou des membres de l’école… J’ai obtenu un taux de réponse de 50 %, ce qui est très rare », assure-t-il. Stéphane Linou continue :

Beaucoup de personnes se sont montrées très intéressées comme la Préfecture de Paris, la gendarmerie nationale, diverses institutions telles que la zone de défense de Paris…

Ce questionnaire, portant sur l’état actuel de la production alimentaire territorialisée et sur son effondrement, était encadré par l’ancien colonel de l’armée de Terre, François Laplace et le géographe, Franck Brachet.

Il a été encouragé à publier son mémoire

Le 26 janvier dernier, Stéphane Linou a présenté ses recherches devant le jury de l’École internationale des sciences du traitement de l’information (EISTI) à Cergy-Pontoise. La présentation a été encadrée par l’ancien colonel François Laplace et des membres du jury militaire, qui l’ont fortement incité à publier son mémoire.

Lire aussi : Tribune de Stéphane Linou et Andréa Caro Gomez : « Mais que peut-on faire de ce pognon ? »

Une tâche à laquelle il s’est attelé puisque son livre, intitulé Résilience alimentaire et sécurité nationale, est paru officiellement au mois de juin. « Le livre a été présenté et promu. J’ai fait une autoédition sur The book edition mais le livre n’est pas encore disponible en librairie. J’ai aussi donné beaucoup de conférences », explique-t-il.

Avant cela, le Chaurien avait déjà créé un module de formation sur l’effondrement du système qui est désormais éligible pour le Compte personnel de formation (CPF).

De l’école au Sénat

À la suite de la publication des recherches de Stéphane Linou dans son livre, Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne, a déposé le 20 juin une proposition de résolution signée par plusieurs de ses collègues. Celle-ci reprend le titre du mémoire du Chaurien. Stéphane Linou souligne :

Ce projet est basé sur mes analyses et mes propositions. La démarche de la sénatrice Françoise Laborde, qui s’intéresse depuis longtemps à mes travaux, l’a rendu officiel au sénat. Cela permet au public de se rendre compte du sérieux de ce sujet.

Lire aussi : Le Lauragais Stéphane Linou a conçu une formation pour se préparer à l’effondrement du système

Stéphane Linou aimerait que son thème soit décliné dans toutes les régions, en passant par le législatif notamment :

C’est la première fois au Parlement que ce sujet d’envergure va être abordé. Ce document est officiel et public, donc n’importe quel citoyen peut en avoir connaissance.

M. Joël Labbé, co signataire, Sénateur du Morbihan, membre du groupe RDSE et de M. Stéphane Linou auteur de l'ouvrage Résilience alimentaire et sécurité nationale.
Stéphane Linou au Sénat, entouré de la sénatrice Françoise Laborde qui a déposé la proposition de résolution « Résilience alimentaire et sécurité nationale » et du sénateur Joël Labbé, co-signataire du texte.

Stéphane Linou témoigne ainsi de l’importance de ses recherches :

C’est un lancement d’alerte argumenté, avec des pistes d’action. Des gens s’engagent à visage découvert, dont des militaires. Ce sujet devrait être retranscrit à l’ordre du jour de la sécurité du territoire donc relever du régalien. Cela permettrait de sortir avec des arguments en béton au niveau de la sécurité nationale.

Stéphane Linou devra toutefois patienter encore quelques mois. La proposition de résolution devrait en effet être débattue au mois de novembre.

Lisa Hervé

Arthur Keller : sur l'effondrement

Par Le 28/07/2019

Clair, simple, pédagogique.

Et sérieusement catastrophique.

Oui, je sais. Je ne parle plus que de ça.

Et parler de quoi d'autre ? 

Quand je pense qu'il y a des gens qui critiquent Greta Thunberg...

Elle n'a aucune importance, en elle-même. Il faut juste entendre, comprendre, réaliser, analyser, sortir du déni, puis agir, enfin agir...Vite, là, maintenant.

 

Comment ? 

Si personne n'a idée de ce qu'il faut faire, alors c'est qu'il est déjà trop tard...

 

Et ce gars-là, qu'est-ce qu'on va trouver à dire pour le critiquer ? C'est quoi sa faille, sur quoi est-il possible de l'attaquer, qui le manipule, pour qui travaille-t-il ? Sûrement un adepte du greenwashing qui cherche à gagner plein d'argent avec des discours catastrophistes...Sûrement qu'il est manipulé par les collapsologues. Tout ça, c'est juste du commerce...

Je n'en sais rien si tout ce qu'il dit est juste, prouvé, indéniable, structuré, réfléchi. 
J'écoute, j'essaie de comprendre, je compare avec d'autres lectures, d 'autres documents, d'autres études. 
J'essaie aussi parfois de penser à autre chose.
Parfois. 
Demain, par exemple, je vais en montagne.

 

 

 

 

Arthur Keller est ingénieur en aérospatiale de formation.

Il est aujourd’hui consultant et conférencier sur les questions d’énergie, de climat et de transition écologique. Il a notamment été le coordinateur de la commission environnement au parti Nouvelle Donne, et référent du programme de Charlotte Marchandise, candidate citoyenne à l’élection présidentielle. Il est membre du conseil d’administration de l’association Adrastia, qui travaille sur l’anticipation du déclin de la civilisation thermo-industrielle.

Arthur Keller est également auteur et scénariste, et explore comment le storytelling peut être un outil de pédagogie et de mobilisation autour du sujet de la vulnérabilité de nos sociétés, ainsi que des stratégies de résilience.

Montagnes : état des lieux.

Par Le 28/07/2019

Jamais, lorsque j'avais 20 ans, je n'aurais imaginé un tel constat. 

Certaines voies mentionnées dans cet article, je les ai parcourues. 

Certaines ont déjà disparu;  effondrées.

D'autres sont devenues impraticables. Trop fragilisées.

Que restera-t-il dans vingt ans ?

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Avec la fonte des glaciers, les célèbres ascensions que propose le massif du Mont-Blanc deviennent de plus en plus dangereuses et impraticables. Des spécialistes du secteur tirent un triste bilan.

En 2005, une partie du Petit Dru, dans le massif du Mont Blanc, s'était effondrée à cause du réchauffement.

En 2005, une partie du Petit Dru, dans le massif du Mont Blanc, s'était effondrée à cause du réchauffement. Image: AFP

AFP/LE MATIN

https://www.lematin.ch/monde/europe/mont-blanc-montagne-tombe-alpinistes-pleurent/story/14208063?fbclid=IwAR30UMwQH29b1n3jsFxT9n77QpnNS21uEt0Fqtd5ThJiGiJY88E1Dquc7jM

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LES PRINCIPAUX ÉCROULEMENTS DANS LE MASSIF

Le plus impressionnant reste l'effondrement en 2005 d'une partie du Petit Dru, visible depuis la ville de Chamonix. L'été caniculaire de 2003, deux ans plus tôt, a favorisé le réchauffement du permafrost qui cimente les blocs rocheux par une glace multimillénaire: la chaleur met longtemps à pénétrer dans la montagne, mais elle continue à se propager à l'intérieur même quand il refait froid dehors. 

En juin 2005, ce sont 292 000 m3 et un pan de l'histoire de l'alpinisme qui s'effondrent. Le pilier Bonatti - redoutable paroi ouverte en solitaire, après six jours d'efforts, par l'Italien Walter Bonatti en août 1955 entré ainsi de plain pied dans la légende - est tout simplement tombé dans le vide, dans un fracas monstrueux et un énorme nuage de poussière. 

Depuis, la cicatrice reste visible: dans la face sud-ouest du Petit Dru se dessine clairement une large marque grise à l'endroit de la chute, qui contraste avec le rocher plus roux (oxydé) de cette paroi à la verticalité impressionnante. A l'automne 2011, plusieurs écroulements moins importants emportent encore plus de 70 000 m3 de granit dans le même secteur. 

2015: des écroulements - terme utilisé pour les chutes de plus de 100 m3, sinon on parle d'éboulements - dans les secteurs de la Tour Ronde et de l'Aguille du Tacul. 
2018 

Comme à l'été 2015 déjà, des éboulements réguliers dans le couloir du Goûter empêchent des centaines d'alpinistes de gravir le Mont-Blanc par la voie dite «normale», la plus fréquentée. 

Et en août, un petit bout de l'arête des Cosmiques s'effondre. Cette paroi, facile à escalader, est très fréquentée aussi en raison de sa proximité avec le téléphérique de l'Aiguille du midi. C'est une course classique pour de nombreux alpinistes, y compris des quasi-débutants qui s'y acclimatent avant de «faire» le Mont-Blanc.

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Les glaciers fondent. La montagne s'effondre. Dans le massif du Mont Blanc, de plus en plus d'ascensions mythiques deviennent périlleuses voire impossibles, victimes du réchauffement. Un crève-coeur pour les alpinistes et les amoureux des sommets.

«Ca va très vite. Jamais, il y a dix ans, je n'aurais imaginé une telle accélération», note le géomorphologue Ludovic Ravanel, qui scrute chaque mouvement d'altitude dans le berceau historique de l'alpinisme. «Si l'on tient compte des annonces de mes collègues climatologues pour dans dix ou vingt ans, ça va être pire.»

En 2005, dans la foulée de la canicule de l'été 2003, l'emblématique pilier Bonatti, redoutable paroi surplombant Chamonix de sa verticalité insolente, s'était effondré dans un fracas terrible: 292 000 m3 de rochers et un pan d'histoire au tapis. Rêve d'ascension perdu pour les jeunes guides et perte irréparable bien au-delà de la vallée. Ces écroulements se poursuivent et se multiplient. Ravanel, un patronyme bien connu à Chamonix, leur a consacré sa thèse et les recense inlassablement.

Le permafrost est atteint. Cet état thermique permet de garder dans les fissures une glace multi-millénaire qui cimente entre eux les blocs de pierre et maintient les montagnes debout. Et les glaciers, qui tiennent aussi les montagnes à leur pied avec une poussée horizontale, se retirent, fragilisant encore l'édifice.

L'été dernier, une partie de l'arête des Cosmiques, très fréquentée, s'est effondrée. «On n'en a plus pour très longtemps dans certaines parois», met en garde le chercheur rattaché au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique.

Renoncer à des faces mythiques

Il n'y a plus de saison: cette banalité, répétée en ville, a ici d'autres conséquences. A 3 000 ou 4 000 mètres d'altitude, le brouillage climatique complique l'évaluation du danger. Peut-on, dans des conditions de sécurité raisonnables, tenter tel sommet ou la traversée de tel glacier?

En ce début d'été au refuge du Couvercle (2 687 m), au-dessus de la Mer de Glace - le plus grand glacier français qui perd chaque année plusieurs mètres d'épaisseur - une cinquantaine de montagnards passe à table. Il est 18h30.

Y aura-t-il un «regel» cette nuit, pour progresser sur une neige plus ferme, plus stable? Rien de moins sûr. Ces hommes, pour la plupart - Français, Italiens, Tchèques ou Allemands - vont partir à minuit, 3 h ou 5 h, une lampe frontale éclairant leurs pas, en fonction de leurs destinations. Smartphones et cartes en main, ils scrutent le ciel, testent le vent, étudient les variantes possibles d'itinéraires. Ils questionnent aussi le gardien du refuge et ceux qui en reviennent.

Autour d'une grande table, plusieurs couples guide-client. Et une bande de quatre «aspis», des aspirants-guides de moins de 30 ans. Larges d'épaules et secs, barbe de hipster ou rasés de frais, ces sportifs déterminés abordent franchement leurs doutes. Mais aucun de ces futurs guides ne veut être cité: pas question d'être l'annonciateur de mauvaises nouvelles. Ce qu'ils racontent est familier de tous ici et eux n'ont rien connu d'autre que le réchauffement ravageur qui déglingue tout à son passage.

«Les courses de neige sont aléatoires. Avant, en juin ça passait forcément. Aujourd'hui, c'est pas toujours possible et en juillet, c'est mort», commence Rémi. «Les clients sont plus flexibles. On ne peut plus dire: rendez-vous telle semaine pour faire telle course.» De fait, au printemps «il y a plus de boulot qu'avant. C'est mieux que juillet-août pour les gens qui veulent faire des vrais trucs d'alpinisme», renchérit son voisin. Mais déjà il faut renoncer à certaines faces de légende, ajoute-t-il devant la tablée soudain silencieuse. «Le beau granit, celui des faces mythiques, tu sais qu'il va tomber.»

Perte de repères

Les guides actuels «ne pratiquent déjà plus le même métier que mon père», souligne Ludovic Ravanel, qui a seulement 37 ans. Son équipe a repris la liste des «100 plus belles courses» dans le massif du Mont Blanc, publiée en 1973 par le guide Gaston Rébuffat et devenue la bible de plusieurs générations d'alpinistes. En moins d'un demi-siècle, la grande majorité d'entre elles sont affectées par le réchauffement, dont 26 «très affectées» et trois n'existent plus du tout.

Les périodes «pendant lesquelles ces itinéraires peuvent être escaladés dans de bonnes conditions l'été tendent à devenir moins prévisibles», souligne cette étude publiée en juin. Les fenêtres «optimales se sont déplacées vers le printemps ou l'automne», quand il reste assez de neige ou s'il en est déjà tombé en haute montagne, pour ces courses devenues «plus dangereuses et techniquement difficiles».

Grimper a toujours été un sport dangereux, avec une part de risque irréductible. Notamment les chutes de pierres ou de séracs, ces gros buildings de glace qui, avec le mouvement naturel du glacier, se fracassent régulièrement et engloutissent tout sur leur passage. Mais ces phénomènes, désormais, se multiplient.

Les vieux guides s'inquiétaient encore récemment de trouver au printemps des conditions «de fin août»: crevasses visibles, moins de neige sur le glacier ou dans les faces nord privées de soleil. La toute dernière génération de guides ne sait même plus quelles conditions attendre à tel endroit, telle période.

Grise mine

«J'ai commencé à faire le deuil de pas mal de choses», reconnaît Yann Grava, 33 ans, qui termine sa formation dans un an. «En moyenne, un guide exerce une quinzaine d'années. Moi je crois que ce sera plutôt dix. Parce que les montagnes, elles tombent», dit-il sur le ton de l'évidence. Il sait déjà qu'il renoncera à certaines courses, s'il n'est pas «sûr de pouvoir y emmener des gens de façon sécu». Voire même de les explorer «en amateur», à savoir tout seul ou avec les copains.

Au Couvercle, chacun y va de son histoire d'horreur sur le «réchauffement». Comme celle d'une cordée escaladant le Peigne, dans les aiguilles de Chamonix: «Le rocher s'est mis à vibrer... Je n'ai pas tellement envie d'y retourner», lâche dans un sourire triste un guide de 40 ans, qui vit du côté de Thonon et ne veut pas donner son nom. Comme beaucoup de ses collègues, il a un deuxième métier. Électricien. «Je me pose la question d'exercer de nouveau les deux».

La Mer de Glace, en contrebas, a grise mine. La neige en surface ne tient pas, c'est beaucoup de glace vive, parsemée de petits cailloux et de traces grises de pollution. L'eau ruisselle en surface comme en profondeur, entre bédières et moulins, ces puits, cavités et torrents où la glace fondue tourbillonne furieusement.

En trois jours de marche, une équipe de l'AFP a repéré une multitude de déchets vomis par le glacier, boîtes de conserve rouillées au graphisme années 1950 ou un vieux ski des années 1990. «Tout ressort. Le niveau du glacier baisse, il se tasse», constate le guide de Thonon, évoquant des boîtes de rations militaires américaines retrouvées récemment près du refuge de Leschaux, au pied des Grandes Jorasses.

Créé: 26.07.2019, 14h48

 

Les arbres meurent.

Par Le 28/07/2019

Que ça soit Greta Thunberg qui le dise ou que ça soit des scientifiques, est-ce que ça change la situation des forêts ? 

Non. 

Peu importe le messager. 

Mais quand les critiques sur le messager viennent occulter le message, on tombe dans le déni et le détournement le plus grave qui soit.

Là, il s'agit des paroles de scientifiques.

Est-ce que ça sera entendu ou le fait que Greta Thunberg s'en fasse un des porte-paroles condamnera-t-il le message ?

 

Ces pins rouges de la forêt de Masevaux, dans le Haut-Rhin, sont morts des multiples sécheresses provoquées par le réchauffement climatique.
Ces pins rouges de la forêt de Masevaux, dans le Haut-Rhin, sont morts des multiples sécheresses provoquées par le réchauffement climatique. VINCENT KESSLER / REUTERS

Dans la forêt vosgienne de Masevaux (Haut-Rhin), les sapins ont viré au rouge. Environ 10 % d’entre eux sont déjà morts, épuisés par les sécheresses et les vagues de canicule à répétition. Une quantité similaire de hêtres a dépéri chez nos voisins suisses, au point que le gouvernement jurassien s’est déclaré en situation de « catastrophe forestière » début juillet.

« On a des dégâts importants, notamment dans l’est de la France, à cause des sécheresses répétées de l’année dernière », déplore Brigitte Musch, responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers à l’Office national des forêts (ONF). Le réchauffement climatique met en effet les plantes à rude épreuve.

« Dès qu’on est dans des situations de sécheresses intenses, la plante est en état critique », explique Nicolas Viovy, spécialiste en modélisation des écosystèmes terrestres au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). A Beaune-d’Allier, au-dessus de Clermont-Ferrand, ce sont près de 80 % des arbres qui ont ainsi dépéri dans une parcelle surveillée par l’ONF, d’après La Lettre du Département de la santé des forêts (DSF) de juillet portant sur l’année 2018.

Avec 73 départements soumis à des restrictions d’eau à la date du 24 juillet, la France est particulièrement touchée, cette année encore, par la sécheresse. Celle-ci va « accentuer l’assèchement des sols superficiels », avertit Météo-France, alors que de nombreuses régions connaissent déjà un « déficit de pluviométrie marqué »depuis un an. Le manque d’eau et la chaleur écrasante devraient par conséquent fragiliser le parc forestier français.

Lire aussi  Ces différentes sécheresses qui font que la France est à sec

 

Surchauffe ou embolie

Normalement, « l’arbre transpire, ce qui lui permet de maintenir ses feuilles cinq à dix degrés en dessous de la température ambiante »,explique M. Viovy. En cas de sécheresse et de forte chaleur, l’arbre se retrouve en « stress hydrique » et réagit de deux manières différentes. Soit il ferme ses « pores » pour éviter de se déshydrater, mais risque alors la surchauffe, soit il sollicite beaucoup d’eau mais court d’autres risques. « L’eau transite par de petits canaux et s’il y a une demande trop forte en eau, on a une embolie. Des bulles d’air s’insèrent dans les canaux, ce qui coupe la circulation et c’est irrémédiable », détaille le spécialiste.

Or les situations de stress hydrique se multiplient. Les canicules, autrefois espacées, sont désormais quasi annuelles. Sans compter que les effets de ces températures extrêmes sur les forêts françaises en juin et juillet 2019 pourront encore se faire sentir dans dix ans.« On place les plantes dans des positions qu’elles n’ont jamais connues. Un hêtre habitué à un maximum de trente, voire trente-cinq degrés, n’est pas constitué pour survivre à des pics à quarante », fait remarquer Hervé Cochard, directeur de recherche à l’INRA de Clermont-Ferrand. D’après le chercheur, les plantes sont déjà « sur le fil du rasoir »

En 2012, il avait coécrit une étude qui montrait que 70 % des espèces étaient déjà au bord de l’embolie.

Des résineux desséchés, dans une forêt de Menden, à l’ouest de l’Allemagne, le 22 juillet . Des résineux desséchés, dans une forêt de Menden, à l’ouest de l’Allemagne, le 22 juillet . INA FASSBENDER / AFP

Un rythme de migration trop lent

Alors les espèces végétales s’organisent et migrent vers des contrées moins chaudes. Gabrielle Martin, chercheuse au Muséum d’histoire naturelle, a participé à une étude publiée (en anglais) le 10 juillet dans Biology Letters, qui fait la démonstration que la flore change rapidement sous l’effet du réchauffement climatique en France métropolitaine. « En France, depuis 2009, il y a de plus en plus d’espèces à température préférentielle élevée [adaptées à la chaleur] comme le brome de Madrid », explique-t-elle.

Lire aussi  Le réchauffement accélère la migration des plantes vers les cimes

 

L’étude montre aussi que les espèces qui se renouvellent en un an s’adaptent plus vite que les espèces pérennes. Mais les arbres, dont certaines essences peuvent vivre des centaines d’années, ont une mobilité trop lente pour s’adapter au réchauffement actuel. « Sur une échelle très longue, les espèces vont progressivement migrer. Mais là, le changement climatique est extrêmement rapide ! Il va s’installer sur un siècle, c’est le temps de vie de certains arbres », alerte Nicolas Viovy, du LSCE.

Pour protéger les forêts qui couvrent un tiers de son territoire, la France s’organise. L’ONF a notamment lancé le « projet Giono » depuis 2011. Les correspondants-observateurs de l’organisme récupèrent par exemple des graines de la forêt de la Saint-Baume, près de Marseille, pour les planter à Verdun, dans la Meuse.

« Les arbres du Sud ont développé des allèles [de mêmes gènes] qui permettent de mieux résister aux sécheresses. On les fait donc migrer pour qu’ils enrichissent les autres. Cela permet d’améliorer leur résistance future en créant des hybrides, même si cela risque de ne pas suffire », explique Brigitte Musch, responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers à l’ONF.

A Sewen, à une demi-heure de la forêt de Masevaux (Haut-Rhin), de nombreux pins sont morts sur pied. A Sewen, à une demi-heure de la forêt de Masevaux (Haut-Rhin), de nombreux pins sont morts sur pied. Odile Mougeot

« Il faut changer drastiquement de mode de vie »

Beaucoup d’incertitudes demeurent sur les capacités d’adaptation des arbres. Des expérimentations sont mises en œuvre pour trouver la solution la plus adéquate. « On propose à des gestionnaires forestiers d’implanter des chênes sur un demi-hectare dans des zones plus chaudes, par exemple, et on observe la manière dont ils survivent », explique la généticienne de l’ONF.

Les chercheurs sont, pour l’heure, assez pessimistes. « Si on continue sur la lancée des émissions actuelles de CO2, le système forestier français ne va pas résister. Il faut changer drastiquement de mode de vie sinon les écosystèmes ne s’en sortiront pas. Mais ce qui est désolant, c’est qu’on le dit depuis les années 2000, et ça ne change rien », s’inquiète Hervé Cochard, de l’INRA.

Même si Brigitte Musch estime que la situation n’est « pas encore irréversible », elle met en garde : si les arbres déclinent, « ils n’absorbent plus de gaz carbonique », ce qui « amplifie le réchauffement climatique ».

 

 

 

Situé sur les berges du Rhône, en plein cœur de Lyon, ses 117 hectares, font du Parc de la Tête d'Or, le plus grand parc urbain de France. / © PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP
Situé sur les berges du Rhône, en plein cœur de Lyon, ses 117 hectares, font du Parc de la Tête d'Or, le plus grand parc urbain de France. / © PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

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Le réchauffement climatique oblige les jardiniers de Lyon à complètement repenser leur choix quant aux variétés d'arbres à planter. Certaines espèces ont beaucoup de mal à survivre à Lyon où il fera en 2100 au mieux le climat de Madrid, au pire celui d'Alger si rien n'est fait.

Par N.MB avec AFP

Le réchauffement climatique met à rude épreuve les jardiniers de Lyon qui doivent repenser totalement leur palette végétale.
L'an dernier, une mini-forêt d'épicéas a disparu au Parc de la Tête d'Or, un jardin à l'anglaise du milieu du XIXe siècle classé monument historique. Les jardiniers ont en abattu près de 200. Fragilisés par les vagues de chaleur, ils ont été victimes d'une attaque fulgurante de scolytes, coléoptères qui creusent des galeries sous l'écorce et empêchent la sève de circuler.

Aujourd'hui, il n'en reste qu'une plaine vide où les herbes folles ont repris leurs droits. D'autres espèces nordiques comme les hêtres ou les bouleaux ont aussi de plus en plus de mal à survivre à Lyon, où il fera en 2100 au mieux le climat de Madrid, au pire celui d'Alger si rien n'est fait.


Les jardiniers lyonnais testent de nouvelles espèces

Au Parc Blandan dans le 7è arrondissement de Lyon, qui a ouvert en 2014 sur un ancien fort militaire, les jardiniers ont cherché une végétation capable de s'adapter au climat des décennies à venir.
les jardiniers de la ville sont donc allés chercher des essences du Sud comme des genêts, des chênes verts, de petits érables de Montpellier. Et tout cela 
se mêle aux peupliers d'origine. 
 Mais il y a aussi des chênes de Turquie et du Caucase, où les hivers sont froids, les sols calcaires et les étés caniculaires et très secs. "Finalement c'est un peu le climat de Lyon dans quelques années", remarque Frédéric Ségur, responsable du service arbres et paysages de la métropole de Lyon. Des expérimentations capitales car "on ne peut pas transposer intégralement la palette végétale méditerranéenne" ici, prévient Jean-Marie Rogel, chef du service de gestion du paysage à la ville de Lyon.
Le laurier rose par exemple est sensible au gel. Planter des oliviers est trop risqué avec la bactérie xylella fastidiosa qui a décimé des milliers d'arbres en Italie et qui a été détectée en France.  Et qui dit pin d'Alep, dit chenilles processionnaires incompatibles avec la présence du public.

Le cèdre du Liban en revanche a la cote. Mais les majestueux spécimens centenaires du parc de la Tête d'or perdent des branches quand il fait chaud l'été. "Un phénomène inexpliqué, peut-être lié au réchauffement mais difficile à appréhender car l'arbre ne présente aucun signe avant-coureur de rupture", témoigne Jean-Marie Rogel. 
    
Il n'y a donc pas de réponse toute faite, l'adaptation au réchauffement "c'est du cas par cas" et la meilleure stratégie aujourd'hui est "de diversifier au maximum et d'expérimenter", martèle-t-il.

12 degrés de moins sous un arbre 

La prise de conscience date de 1994 quand le chancre coloré a décimé un millier de platanes à Lyon. Donc à l'avenir on évitera les allées de platanes où une maladie se propage comme une traînée de poudre. Et dans la métropole, on est passé de 150 à 300 espèces différentes.
Avec quelques ratés comme le tulipier de Virginie ou des adaptations insoupçonnées comme le melia des Indes. Le micocoulier de Provence est aussi une valeur sûre et on voit arriver à Lyon l'albizia, un arbre d'Inde avec des pompons roses.

Car l'enjeu avec les arbres c'est aussi de rafraîchir la ville. Avec l'évapotranspiration, on peut ressentir 12 degrés de moins sous un arbre, qu'à quelques mètres à côté. Même si pour créer de l'évapotranspiration, il faut arroser. Une autre équation à régler.
    
Dans ces conditions, la métropole de Lyon veut encourager la plantation de 300.000 arbres en plus d'ici 2030 et appelle au sursaut de tous. Si chaque copropriété plante trois arbres, ce sera déjà beaucoup, souligne M. Ségur. "On doit pouvoir traverser la ville de Lyon à l'ombre de nombreux arbres. L'espace public doit s'adapter à la catastrophe climatique", implorait justement EELV Lyon dans un communiqué jeudi 25 juillet où la température a dépassé 39 degrés. 

Greta Thunberg / Michel Onfray

Par Le 28/07/2019

Autant, j'ai pu m'intéresser à ce qu'écrivait Onfray, autant, désormais, il n'y a plus aucune trace de lui sur mon blog.

Parce que là, vraiment, c'est puant.

Le lien vers son écrit ou son vomi se trouve dans cet article. Je ne le pubblie pas.

La réponse ci-dessous me convient parfaitement.

Encore une fois, les paroles de Greta Thunberg m'intéressent. Le reste, je le laisse à ceux et celles qui préfèrent chercher les "manipulations" ou qui cautionnent les propos nauséabonds d'Onfray.

Association Francophone de Femmes Autistes - AFFA

 

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Gare à Greta ! Réaction de l’AFFA à l’article de Michel Onfray   Mise à jour récente !

Par Alice Afanasenko, docteure en littérature, enseignante et chercheuse autiste, membre de l’AFFA,

25 juillet 2019

Que l’on soit militant de la cause écologiste, climatosceptique ou encore indifférent à tout cela, en vacances, au travail, sous la canicule ou non (mais il est difficile de lui échapper cette année), nul n’ignore plus aujourd’hui ni le nom ni le visage de Greta Thunberg. À elle aussi, il est difficile d’échapper tant le battage médiatique autour de sa personne est intense.

Greta ne dit rien que de connu, pourtant Greta dérange. Les réactions qu’elle suscite sont même de plus en plus violentes : son discours à l’Assemblée, mardi 23 juillet, a encore été l’occasion de déchaînements virulents.

Le summum de la haine misogyne et handiphobe a été atteint mardi 23 juillet par Michel Onfray, auto-proclamé philosophe, à qui revient donc la palme du sordide tant sa plume trempe dans la boue de ses fantasmes libidinaux, poursuit le vieux sillon de la haine des femmes et témoigne du mépris des personnes autistes en général – avec, en prime, une touche de dédain généralisé pour la jeunesse (à lire ici mais on peut aussi fortement s’abstenir).

Selon le vieux philosophe qui, visiblement, ne supporte pas de recevoir de leçons d’un plus petit que lui, Greta, jeune fille autiste Asperger militante écolo, serait donc rien moins qu’un “cyborg” (je passe les allusions à son corps de poupée et les implicites sexuels qui s’y trouvent logés). Et finalement, son visage “qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni stupéfaction, ni peine ni joie”, à “l’enveloppe” “neutre”, sur “un corps sans chair”, ne fait rien moins qu’annoncer “l’avènement du posthumain”, “ce vers quoi l’Homme va”.

Monsieur Onfray, vous qui voulez laisser l’autisme de Greta “de côté”, sachez quand même que, loin de représenter le posthumain, son visage, comme le mien et comme celui de la plupart des autistes, ne fait que traduire la difficulté que nous avons d’exprimer physiquement nos émotions – ce qui ne veut pas dire que nous n’en avons pas, loin de là. Si les autistes représentaient le futur de l’humanité, comme vous le dites, permettez-moi de vous dire que vous, vous en seriez plutôt le passé, obscurantiste et borné.

Non, nous, autistes, ne sommes pas posthumains. Nous sommes, malheureusement pour nous, bien dans le présent, dans un présent difficile et auquel nous nous accrochons malgré nos spécificités sensorielles et neurologiques qui ne nous rendent pas la tâche facile. Malgré la stigmatisation dont nous sommes victimes. Malgré les préjugés qui pleuvent dès que nous tentons de nous exprimer. Et ce n’est pas parce que nous ne manifestons pas comme vous nos émotions, ce n’est pas parce que nous avons une rationalité et une affectivité différentes de la vôtre que nous ne sommes pas aptes à penser et à peser dans les débats contemporains. Oui, Greta est intelligente et, du haut de ses 16 ans, elle peut au moins vous enseigner l’humilité.

Monsieur Onfray, on peut apprendre de tout et de quiconque, même des enfants. Encore faut-il savoir interroger. Mais au lieu de chercher, il est parfois plus facile de cracher. Au lieu de tenter de comprendre, il est peut-être plus vendeur de crucifier. Hélas, loin de nous le temps des intellectuels français que le monde nous enviait et celui de la french theory qui rayonnait jusqu’en Amérique (et qui s’y lisait d’ailleurs davantage que chez nous – France, éternel pays des vieux conservateurs !)…

J’ai lu ailleurs que l’autisme de Greta la rendrait vulnérable à la manipulation ou encore qu’elle souffrirait de “troubles obsessionnels”. On va même jusqu’à critiquer l’éducation de ses parents (interview du docteur Laurent Alexandre pour Le Point, publié le 23 juillet 2019). C’est, encore une fois, méconnaître totalement ce qu’est l’autisme en général. Pourtant ces réflexions viennent, là, non d’un philosophe mais d’un médecin. Si Greta avait grandi en France, elle aurait été enfermée en hôpital psychiatrique et mise sous neuroleptiques dès ses premiers jours de grève et cela, non pas parce que l’autisme est une forme de psychose, mais parce que nous avons 50 ans de retard sur le reste du monde dans la prise en charge de ces troubles de la communication et des interactions sociales. Il faut encore le répéter, chaque jour, des dizaines de fois : l’autisme n’est pas une maladie, ce n’est pas non plus une déficience mentale (bien que parfois cela puisse être associé, comme cela peut être associé à un très haut potentiel intellectuel ou à une intelligence normale), ce n’est pas le futur de l’humanité non plus. C’est un trouble du neurodéveloppement qui entraîne des particularités perceptives, sensorielles, comportementales et de communication. Mais nous sommes humains et nous avons droit à la parole. Encore faut-il qu’on nous la donne. Greta a eu cette chance-là. Et son intérêt spécifique (et non le “trouble obsessionnel”) pour l’écologie n’invalide en rien la pertinence de ses propos, au contraire.

Mais la petite Greta Thunberg n’a pas seulement le tort d’être autiste, elle est en plus femme et adolescente – autant dire tout le contraire de ce qui fait notre paysage politico-intellectuello-médiatique actuel. Et cela est insupportable pour la plupart des hommes. Qu’elle ait tort ou raison, peu importe au fond. Là n’est pas, là n’est plus, il me semble, aujourd’hui la question. Car ce que le phénomène Greta révèle au fond, c’est l’éternel phallocentrisme de la pensée française que déploraient déjà les féministes des années 1970 (et Derrida avec elles), c’est la phallocratie de nos institutions politiques (allez voir les commentaires des députés qui ont boycotté son discours), une République des héritiers toujours vivace, héritiers qui refusent d’écouter toute pensée de la différence et qui affichent sans complexe leur mépris des plus faibles. Cynisme suprême, le CETAfut voté le jour même où Greta défendait l’écologie à l’Assemblée.

Cet article peut-être republié sur un autre site/blog, en citant la source et nom de l'auteure

Marion Gervais : "Louis dans la vie"

Par Le 27/07/2019

A mes yeux, les films de Marion Gervais sont d'utilité publique. Le cinéma que j'aime. Celui que j'aurais aimé réaliser si j'en avais eu la capacité. 

Bouleversant, un cinéma qui remue, celui qui sait joindre l'image à la parole, les paysages aux silences, les regards aimants et les colères, les incompréhensions des autres et la puissance des rêves, la force de l'amour de la vie quand l'individu refuse que sa vie soit une enceinte. 

Les "écorchés" ont cela de beau qu'ils ont leur coeur à nu. 

Le film est disponible sur le lien suivant jusqu'au 4 / 08 :

https://mobile.france.tv/france-3/l-heure-d/1016977-louis-dans-la-vie.html?fbclid=IwAR1KkDjTXZ-qrWcULD_c_GMlO159bH5wZXyLr8MmdD70pX4J5ASTZzCZPFY

diffusé le jeu. 04.07.19 à 23h22

disponible jusqu'au 04.08.19

documentaires société - 75 min - 2019 - tous publics

 

“Louis dans la vie” de Marion Gervais : le portrait d’un ado qui ne veut pas “courber l'échine”

 
Seul moyen pour Louis de s’évader d’une vie trop étriquée : ne pas « courber l’échine ».

 

Marion Gervais a choisi de filmer Louis, jeune “chien fou” qui aime se mettre en danger, parce qu’ils partagent la même “quête d’intensité”. Leur rencontre illumine ce documentaire, à voir jeudi 4 juillet sur France 3.

La première fois que Marion Gervais a vu débarquer Louis, « avec sa bonne tête et ses grandes oreilles »,c’était au ska­­te­park de Saint-Malo, où elle s’ap­prêtait à tourner La Belle Vie (2016) (on peut toujours en voir la version websérie, La Bande du skatepark). De la bande de gamins que ce joli portrait de groupe saisit à l’entrée de l’a­dolescence, quand pointe la question de savoir ce qu’on risque de per­dre avec l’enfance, il était le plus grand et le plus sauvage. « Un chien fou, qui ne ­tenait pas en place du fait de son hyper­activité, et qui se mettait en danger en grimpant sur les toits, se souvient-elle. Sitôt le documentaire terminé, je n’avais qu’une idée en tête : filmer cet être désarmant d’humanité et de puissance de vie, comme on en croise rarement. »

C’est que Marion Gervais fonctionne aux coups de cœur. De sa rencontre avec une Bretonne de 24 ans qui déployait une énergie farouche pour vivre envers et contre tout de la culture de plantes aromatiques, elle a tiré Anaïs s’en va-t-en guerre(2013, en replay jusqu’au 12 juillet).

Le succès rencontré par le film via les ­réseaux sociaux exposa au grand jour la détermination de la jeune femme, révélant du même coup le talent de cette documentariste douée pour ­capter la fougue de la jeunesse et ses moments de grâce. Entre elle et ses protagonistes, dont elle tire des portraits empathiques, se devine une forme de cousinage qui explique son adresse – on ne saisit bien l’autre que lorsqu’on reconnaît en lui un peu de ce qu’on est et de ce qu’on a vécu.

“Je me retrouve dans sa quête éperdue d’intensité.”

La soif de liberté en partage

Après une enfance « cabossée » et une adolescence « douloureuse », Marion Gervais s’est fait la malle à 18 ans pour « inventer sa vie », seule à travers le monde, risquant sa peau du fleuve  ­Niger à Venice Beach, où la mena une ­insatiable soif de liberté, qu’elle partage avec Louis. « Je me retrouve dans sa quête éperdue d’intensité. »

Mais si ­Marion est allée jusqu’en Inde et en ­Indonésie pour « prolonger cette expérience du voyage qui vous met à l’é­preuve, vous déconstruit pour mieux vous ­reconstruire », Louis se contente de rêver à des virées lointaines avec un van et le surf qui lui permet de s’é­vader d’une existence trop étriquée.

A 18 ans, les actes de délinquance qu’il a commis pour de l’argent facile ont failli l’envoyer en prison ; et c’est au nom d’une prétendue sagesse qu’on entend aujourd’hui le convain­cre de se conformer à ce qu’attend de lui l’entreprise Saint Maclou, où il est en apprentissage. « Courbe l’échine », lui serine sa tutrice, des sanglots dans la voix, lui confiant qu’elle aussi a été jeune, pleine d’une vie qui semble bien l’avoir quittée. La vie d’adulte passerait-elle par une forme de renoncement à soi ? Louis ne peut s’y résoudre et Marion capte magnifiquement le ­désarroi de ce jeune homme qui se ­débat pour ne pas sacrifier sa vie.

“Ses rêves l’ont aidé à tenir et à rester vivant.”

« Lui et moi avons survécu, résume Marion Gervais. Il a fait ce qu’il fallait pour ne pas mourir et il fait aujourd’hui ce qu’il faut pour se maintenir à flot. S’il veut accéder à la vie à laquelle il aspire, il ne doit pas se contenter du peu qu’il a. Ses rêves l’ont aidé à tenir et à rester vivant. Il doit en faire quelque chose pour ne pas, comme tant d’autres, se retrouver précisément à “courber l’échine”. » Parole d’une aînée qui a aussi tourné Louis dans la vie « pour qu’il s’appuie dessus »« Car mes documentaires, expli­que-t-elle, se situent du côté de ce qui grandit, de cette capacité que nous avons à transformer notre existence. »

Les livres comme planche de salut

Le prochain est déjà en route, né lui aussi d’une rencontre avec un être singulier :Sarah Gysler (25 ans), dont le récit (Petite, paru l’année dernière aux Editions des équateurs) est celui d’une jeune fille qui s’est sauvée en se sauvant, en parcourant un monde dont elle a découvert qu’il n’était pas « que monstrueux »« Elle est rentrée changée et elle a publié ce livre magnifique. »

Les livres, c’est grâce à eux que ­Marion Gervais a su garder le cap et la tête hors de l’eau au cours de ses errances. Ceux de Jack Kerouac, qui l’ont guidée jusqu’à Bixby Bridge et dans la cabane de Ferlinghetti, mais aussi à Big Sur et sur la tombe de l’écrivain, dans le Massachusetts. Les pieds plantés dans ses herbes aromatiques, Anaïs a découvert Walden ou la vie dans les bois, de Henry David Thoreau, et s’y est reconnue. Si Louis n’a pas, comme elles, accès aux livres, la force qui lui a permis d’essuyer des tempêtes où d’autres auraient fait naufrage le sauvera peut-être.

Cet été, Marion Gervais prend les commandes de son fourgon aménagé et filera à la rencontre de jeunes surfeurs nomades qu’elle prendra en photo, portée par cet appel du large qui, inlassablement, la guide."

 

 

 

"Anaïs s'en va-t-en guerre"

Ce film de Marion Gervais m'avait considérablement ému, touché, réjoui, révolté aussi devant toute la bêtise humaine qui la bridait.

J'avais aimé sa force de vie, la puissance de son rêve, sa détermination. 

J'avais adoré la façon dont Marion Gervais avait su capter et transmettre tout ce que cette jeune femme portait en elle.

Anaïs et Marion

"Anaïs s'en va-t-en guerre" (cinéma)

 

Aujourd'hui, Anaïs a monté sa petite entreprise et c'est magnifique que le film de Marion ait pu avoir un impact aussi considérable dans la vie de cette jeune femme.

"Anaïs Kerhoas est productrice de tisanes bios. Elle vient d'acheter sa terre pour cultiver ses plantes médicinales et aromatiques. La jeune femme s'est fait connaître, en 2013, grâce à un documentaire réalisé par Marion Gervais intitulé "Anaïs s'en va-t-en guerre". Elle y racontait ses galères et les difficultés à s'installer quand on est une femme et que l'on n'est pas issue du milieu agricole. Anaïs cultivait alors des terres qu'elle louait. Le film a remporté un vrai succès sur Internet et comptabilisé 800 000 vues. Suite à cet engouement, un financement participatif a été initié sur la plateforme Ulule où plus de 19 000 euros ont été récoltés. L'agricultrice a pu acheter sa terre. Polka est allé lui rendre visite, juste après son emménagement."

 

LE SITE D'ANAÏS KERHOAS


anais kerhoas

 


 

"La belle vie". ("La bande du skate park")

C'est le deuxième film de Marion Gervais.

Et ce fut le même bonheur. Toujours cette justesse, cette capacité à saisir des regards, des éléments essentiels dans la vie des personnages qu'elle filme. Et surtout, un immense amour envers ces êtres ballotés par l'existence.

Ici, c'est l'amitié, le skate comme passion commune. On découvre peu à peu les douleurs existentielles, les rêves qui viennent les apaiser, la puissance des espoirs. Et toujours aussi, ces paysages bretons si amoureusement filmés qu'on y perçoit le parfum de la mer. 

 

Marion Gervais, caméra témoin des parcours hors norme

Marion Gervais, caméra témoin des parcours hors norme

Marion Gervais.

 

Après s'être attachée au combat d'une jeune cultivatrice dans “Anaïs s'en va-t-en guerre”, la documentariste a filmé le quotidien d'une bande de jeunes skaters dans “La Belle vie”, diffusé sur France 3 le 5 juillet à 23h30. Portrait d'une documentariste atypique, fascinée par les itinéraires en marge.

Quand d'autres documentaristes parcourent le monde à la recherche de sujets susceptibles de les inspirer, Marion Gervais préfère poser les yeux sur celui, plus petit, qui l'entoure. Non qu'elle soit casanière : le monde, elle s'y est frottée dès l'âge de 18 ans, poussée par une enfance qu'elle qualifie de « cabossée », une adolescence « douloureuse » et une soif de liberté qui lui a fait risquer sa peau, seule en Afrique pour « inventer [sa] vie »« J'ai atterri au Burkina Faso, se souvient-elle. J'ai remonté le fleuve Niger de Bamako à Tombouctou et travaillé de droite à gauche. J'apprenais à lire et à écrire aux enfants des rues. Les petits voyous étaient mes potes et je suis tombée amoureuse d'un des bras droits de Thomas Sankara (président de 1983 à 1987, ndlr) qui s'est révélé violent. Il m'a fallu m'enfuir. »

Sur la route des clochards célestes

Quelques années plus tard, c'est aux Etats-Unis qu'elle poursuit sa quête sur la route de Jack Kerouac, roulant en Cadillac sur Bixby Bridge, allant dans la cabane de Ferlinghetti où Jack est devenu fou, lisant Big Sur à Big Sur, traversant le pays d'ouest en est pour se recueillir sur sa tombe à Lowell, dans le Massachussetts. « Je me retrouvais dans sa façon de vivre intensément, animé par cette flamme créative qui l'amenait à rendre compte du réel en exprimant la poésie de la vie. J'écrivais tout le temps, portée par une sorte d'urgence ; mais je ne savais pas comment me dépatouiller avec ces émotions si fortes qu'elles me submergeaient, et cette lucidité qui m'habitait aussi. A Venice Beach, j'ai rencontré un garçon qui ressemblait à Jim Morrison et je suis tombée amoureuse de lui. Il était sans domicile et je me suis retrouvée à vivre parmi les gangs. »

Expériences humaines

Avant de trouver son « eden » dans un village proche de Saint-Malo, où elle vit depuis bientôt quinze ans avec homme et enfants, Marion Gervais a « exploré le monde de fond en comble », poursuivant jusqu'en Inde et en Indonésie cette expérience du voyage qui vous met à l'épreuve, en danger et à nu — qui « vous déconstruit pour mieux vous reconstruire », résume-t-elle. Rentrant régulièrement à Paris pour gagner de quoi repartir en faisant des castings pour des cinéastes comme Chantal Akerman, Claire Denis, Julian Schnabel ou Manuel Pradal, dont le film Marie Baie des Anges, qui lui permet de découvrir Vahina Giocante, l'amène aussi à écumer des mois durant foyers de la DDASS et prisons pour mineurs en Italie. Mettant à profit la richesse de ses expériences humaines dans un rapport à l'autre qui trouvera à s'exprimer dans une pratique documentaire qui lui parut longtemps hors de portée. « A 15 ans, j'ai bien envisagé de réaliser quelque chose avec Claude Lucas (« Petit braqueur et grande plume », comme l'écrivit Libération), dont la lecture de Suerte a été pour moi un choc. Il m'a fallu suivre une formation aux ateliers Varan pour m'autoriser à transformer tout ce vécu et faire des documentaires — ce qui, à 40 ans, est devenu pour moi une question vitale. »

Le coup de foudre Anaïs

C'est tout près de chez elle qu'elle a croisé le sujet du documentaire qui l'a fait connaître : Anaïs s'en va-t-en guerre, que l'on pourra (re)voir ici jusqu'au début du mois d'août. « Une copine m'avait parlé d'une jeune fille seule dans son champ, qui cultivait des herbes aromatiques et vivait dans une caravane, sans eau courante ni électricité. J'ai voulu la rencontrer et l'ai trouvée en train de trier sa menthe. Ça a été un coup de foudre, comme dans un casting lorsqu'on est sûr d'être face à la bonne personne. Après une heure de conversation, je lui ai dit que je trouvais beau son combat, sa rage, qu'elle me touchait beaucoup et que j'aimerais faire un film sur elle. Ce à quoi elle a répondu :  “Je ne sais pas ce que tu me trouves d'intéressant, mais si tu veux on y va.” J'ai écrit une lettre enflammée à Juliette Guigon (Quark productions, ndlr), qui m'a appelée le lendemain. »

On ne filme bien que ce que l'on connaît ou reconnaît de soi dans la personne qu'on filme. Réalisé « avec trois francs six sous »Anaïs s'en va-t-en guerre est tout entier porté par le souffle de la liberté, une volonté farouche de faire sa vie à la mesure de ce qu'on est. Par-delà ses fragilités ce film diffusé sur TV Rennes, puis sur le net où il a rencontré une vaste audience, touche une aspiration commune à beaucoup d'entre nous. Au point que nombre de spectateurs se sont mis à débarquer le dimanche dans son champ. « J'ai eu beau la protéger des journalistes, elle a reçu des colis, des chèques et des déclarations d'amour, des demandes en mariage. Les ministres de l'Agriculture et de la Jeunesse se sont intéressés à elle. Même le président Hollande, s'amuse Marion Gervais. Depuis, Anaïs a déménagé de Saint-Suliac à Dol-de-Bretagne, où elle s'est achetée des terres et une bicoque qu'elle nomme " [son] bidonville heureux" ». Elle se paie mille euros par mois et n'arrive pas à tout dépenser, entretient un rapport très direct à la vie et réfléchit beaucoup. Elle a découvert Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau et j'en suis très contente. »

Anaïs s'en va-t-en guerre.

“L'idée de privation de liberté ne me quitte jamais”

A la prison de Rennes, où a été organisée une projection du film, Anaïs a créé un jardin avec des détenues. Elle s'y rend régulièrement. Marion Gervais y est allée aussi, avec l'idée d'un film autour de femmes purgeant de longues peines et recherchant la liberté en entreprenant des études— comme Claude Lucas, auquel Marion Gervais rêvait de consacrer un film et qui a suivi une licence de philo en prison. « L'une a pris vingt-cinq ans. Elle fait de l'histoire et m'a dit : “Je suis née sous X et ne saurai jamais réellement d'où je viens, mais l'universalité de notre histoire commune m'a permis de grandir.” L'idée de privation de liberté ne me quitte jamais, mais ça n'a pas manqué : les femmes auxquelles je me suis attachée sont des insoumises et les portes de la prison de Rennes se sont refermées aussi vite qu'elles s'étaient ouvertes. » 

La vie comme sur des roulettes

Entretemps, elle a réalisé La Belle vie, hymne à la liberté à travers le portrait d'un groupe de garçons passionnés de skate, qui vivent près de chez elle et qu'elle connaît pour certains depuis tout petits. « Quand j'ai senti qu'ils arrivaient à l'âge où l'on quitte l'enfance pour entrer dans l'adolescence, il a fallu que je prenne ma caméra pour capter toute la puissance de vie qui jaillit alors. Ce passage est très bref. Il a fallu faire vite. Avec ce film que j'ai fait pour France 3 et le webdoc La bande du skate park , destiné au site des Nouvelles écritures de France Télévisions, je suis devenue leur confidente, leur amie adulte qui ne les juge pas. Je pense avoir eu leur confiance en ne trichant pas, en étant bienveillante et vraie dans mes relations avec eux. Comme avec Anaïs. »

La Belle vie

“Comment fait-on quand on a 18 ans, qu'on est fou de liberté et qu'on va devenir apprenti-peintre ?”

La beauté des paroles échangées par ces gamins encore plein d'innocence et dont l'un d'eux craint de perdre une part d'insouciance et d'amour de la vie en quittant son enfance, nimbe ce documentaire d'une grâce émouvante. Depuis sa réalisation, les protagonistes de La Belle vie continuent de croiser Marion Gervais et d'échanger avec elle, attachés au lien qui s'est tissé entre eux. A commencer par Louis, le plus âgé d'entre eux, « l'indomptable, le sauvage, celui qui fait des trucs de dingue. »« Un personnage éminemment romanesque, d'une droiture exceptionnelle et qui n'utilise pas de filtre avec la vie », ajoute la documentariste qui entend lui consacrer son prochain film, dont le projet s'appuie sur la question : « Comment fait-on quand on a 18 ans, qu'on est fou de liberté et qu'on va devenir apprenti-peintre ? »

Les bons portraits recèlent une part d'autoportrait. De Louis, Marion Gervais aime à dire qu'elle le comprend pour être « passée par là où il est aujourd'hui. Je le connais, je le comprends, je ressens ce qu'il vit. Il a compris que, moi aussi, j'ai vécu en dehors des clous et que, si je suis aujourd'hui un peu plus dans les clous, ce sont mes clous à moi. D'ailleurs, je lui ai dit : “Ce film, tu vas t'appuyer dessus !” Car mes films se situent du côté de ce qui grandit, de cette capacité qu'on a tous à transformer notre vie. »

 

 

 

 

 


 

Pour les climato-sceptiques

Par Le 25/07/2019

Depuis 2 000 ans, les températures de la planète n'ont jamais augmenté aussi rapidement que maintenant.

 

Pour parvenir à ces conclusions, des chercheurs ont utilisé des données de température compilées à partir de près de 700 indicateurs, dont des anneaux d'arbres et des carottes de glace.

Un homme marche sur la Mer de glace près du refuge du Couvercle à Chamonix (Haute-Savoie) le 18 juin 2019.
Un homme marche sur la Mer de glace près du refuge du Couvercle à Chamonix (Haute-Savoie) le 18 juin 2019. (MARCO BERTORELLO / AFP)

Le thermomètre n'avait jamais grimpé aussi vite. Au cours des 2 000 dernières années, les températures mondiales n'ont jamais augmenté aussi rapidement que maintenant, selon des données publiées mercredi 24 juillet. Alors qu'une bonne partie de l'Europe subit son deuxième épisode de fortes chaleurs en un mois, deux études distinctes analysent 2 000 ans de tendances de l'histoire climatique récente de notre planète.

Des anneaux d'arbres, des carottes de glace, des sédiments lacustres et des coraux ainsi que des thermomètres modernes... Des chercheurs ont utilisé des données de température compilées à partir de près de 700 indicateurs. Ces études "devraient enfin stopper les climatosceptiques qui prétendent que le réchauffement climatique observé récemment s'inscrit dans un cycle climatique naturel", souligne Mark Maslin de l'University College de Londres, commentant les travaux.

"Actuellement, le réchauffement est global"

La première étude, publiée dans la revue Nature (en anglais), met, par exemple, en évidence que lors du "petit âge glaciaire" (de 1300 à 1850) s'il a fait extraordinairement froid en Europe et aux Etats-Unis pendant plusieurs siècles, il n'a pas fait froid partout sur la planète. "Lorsque nous retournons dans le passé, nous trouvons des phénomènes régionaux, mais aucun n'est mondial", explique Nathan Steiger de l'Université Columbia à New-York."Alors qu'actuellement, le réchauffement est global. 98% du globe s'est réchauffé après la révolution industrielle", ajoute-t-il.

Un deuxième article, dans Nature Geoscience, examine la moyenne des variations de température sur de courtes périodes, de quelques décennies chacune. Leurs conclusions sont claires : à aucun moment depuis le début de notre ère, les températures n'ont augmenté aussi rapidement et aussi régulièrement qu'à la fin du XXe siècle. Quand après-guerre, la production (alimentée par les combustibles fossiles) et la consommation ont atteint des niveaux sans précédent. Ce résultat "souligne le caractère extraordinaire du changement climatique actuel", explique Raphael Neukom de l'Université de Berne en Suisse, coauteur de l'étude.

Une retraite sociale

Par Le 24/07/2019

Tout ce que je lis sur le problème de la sécheresse se résume à un mot : restriction d'eau. 

Et je trouve ça consternant.

Il s'agit en fait de réagir pour gérer le problème mais pas de l'anticiper pour réduire son impact. Les préfectures en appellent aux agriculteurs mais je ne vois rien qui concernerait les industriels. EDF réduit la puissance des réacteurs pour ne pas avoir à utiliser l'eau des fleuves puisque l'eau relâchée réchaufferait les cours d'eau.

Et ne pourrait-on pas demander aux entreprises, magasins et particuliers de laisser tomber les climatisations qui sont des gouffres énergétiques et apprendre à vivre avec la chaleur, à équiper les bâtiments de rideaux opaques afin de maintenir une température acceptable ?

Ici, le supermarché du secteur est si froid dans l'ensemble du bâtiment que ça en frise le ridicule. Il faut imaginer la consommation sur l'ensemble du pays. 

Plutôt que de subventionner à outrance EDF, l'Etat ne devait-il pas subventionner l'installation de panneaux solaires sur toutes les immenses surfaces de toits en zone industrielle, commerciale, sur les toits des bâtiments administratifs, hôpitaux, écoles etc etc...Et que tous les climatiseurs y soient branchés. Qu'on ne vienne pas me dire que techniquement c'est trop compliqué alors qu'on envoie un robot 4X4 rouler sur Mars ou que c'est trop coûteux quand l'Etat éponge les milliards de dettes d'EDF depuis des lustres...

Et puisque mes lunettes de vue sont capables de se teinter au soleil, pourquoi n'a-t-on pas utilisé ce procédé sur les vitres des immeubles et des maisons ? Trop coûteux ? Inutile ? Je ne sais pas mais l'impression que j'ai par contre, c'est que des lobby très puissants ont toujours éteints les inovations qui les dérangeaient, que le système de pensée est d'une rigidité néfaste, que les volontés de changement ne sont pas encouragées.

Pourquoi n'a-t-on pas végétalisé les villes puisque cela contribue fortement à atténuer les chaleurs et en plus à dépolluer l'air ? Pourquoi voit-on encore des zones forestières abattues pour construire des zones commerciales ? 

En appeler aux agriculteurs sur l'arrosage des champs ou l'abreuvage du bétail, c'est là aussi consternant. Il faudrait donc qu'ils laissent crever leurs récoltes et souffrir leurs animaux alors que l'état et l'UE les encouragent à produire à coups de subventions ? Et revoir le modèle agricole, ne serait-ce pas plus judicieux ? C'est à dire mettre en place un système de production qui n'amènent pas une ponction démesurée avant même que la sécheresse s'installe.

Il ne s'agit pas de regarder ce qui reste en eau mais de faire en sorte qu'il ne soit jamais nécessaire de constater les dégâts. Les terres labourées par des machines qui réduisent le sol à une plaque de béton où plus rien ne vit, c'est une aberration. C'est là que toutes les techniques issues de la permaculture devraient être utilisées à grande échelle et non seulement chez les individus adeptes de méthodes réfléchies et respectueuses de la biodiversité. 

Pourquoi voit-on des gens laver leus voitures dans les lavomatic en plein été ? Pourquoi voit-on des propriétaires individuels arroser leur jardin d'agrément ? 

Pourquoi ce matin, j'ai vu des jeunes au supermarché remplir leurs caddies de Coca-Cola, de saucisses et de charcuterie, puis de fruits dont des poires qui venaient d'Afrique du sud ? 

Oui...Vraiment, je suis désespéré de tout ce que je vois, sans cesse, dehors, autour de moi, quand j'écoute la radio, quand j'allume l'ordinateur. 

Cette indifférence à tout, ce déni des urgences, cette fossilisation dans des vies qui détruisent, cette incapacité à s'observer puis cette facilité ensuite à se plaindre...

Je suis entré en retraite professionnelle. Je veux entrer également en retraite sociale, je veux me retirer, épurer mon esprit de toute cette humanité qui m'affecte. Je ne veux plus ressentir cette colère qui me fait du mal.

Si ce monde humain ne possède finalement aucune issue à sa dégénérescence, il faut que je me préserve de ses émanations.

Il faut que je trouve une communauté d'individus qui oeuvrent à leur sérénité dans des existences réfléchies. 

On cherche notre prochaine maison avec cette idée-là aussi.

Une source, un très grand terrain en altitude, une voie privée, un silence absolu, un ciel étoilé sans pollution nocturne, une terre préservée des intras chimiques etc etc... Et des gens avec lesquels j'aurais enfin plaisir à échanger, à travailler, à partager nos talents et nos faiblesses, nos déterminations, nos volontés, nos actes et nos pensées.

C'est d'une retraite sociale dont nous rêvons désormais. 

On trouvera. 

Six jours de jeûne

Par Le 23/07/2019

J'ai quelques problèmes de santé...

En septembre 2018, pendant une séance de sport avec mes élèves, je me suis fait mal au dos. Et avec trois hernies discales, ça n'était pas une bonne chose. Malgré le yoga, les massages de Nathalie et les séances d'ostéopathie, rien n'y a fait. Des crampes quotidiennes la nuit, des fourmillements constants dans la jambe gauche, un nerf sciatique qui irradie particulièrement la nuit...

J'ai accumulé une énorme fatigue et la fin d'année scolaire a été très, très éprouvante. S'ajoute à cela une vésicule bilaire totalement hors service et qui à chaque radio de contrôle stupéfiait les médecins. Ils me demandaient tous comment il était possible de vivre ainsi sans douleur et sans la peur constante d'une crise de calculs hépatiques. Je sais que les douleurs dûes à ce genre de choses dépassent tout ce que j'ai pu déjà connaître pendant les crises liées à mes hernies discales. Une épée de Damoclès aussi lourde qu'une lame de guillotine.

Cette mise hors service de ma vésicule date de mon conflit avec l'éducation nationale lorsque j'ai refusé d'obéir à la réforme des rythmes scolaires instaurée par M Peillon, Hamon et Belkacem. Ce refus d'obéissance m'a conduit à être convoqué huit fois en hôpital psychiatrique et à une injonction de suivre une thérapie chez une psychiatre. Psychiatre qui au contraire de ce que disait de moi l'institution a jugé que mon raisonnement et mon positionnement étaient parfaitement censés et lucides.

J'ai tenu ainsi jusqu'à l'abandon de cette réforme par M Blanquer. Trois ans, pendant lesquels ma vésicule s'est remplie jusqu'à ressembler à un sac de billes. Les Chinois associent la vésicule à la colère. Je ne peux pas leur donner tort.

Aujourd'hui, et depuis plusieurs années, je lis et je compile une très grande quantité de documents sur le dérèglement climatique et l'impact de l'activité humaine sur le réchauffement que plus personne ne serait en mesure de contester. J'ai partagé mes réflexions ici et sur ma page Facebook et dans de multiples groupes de discussions. Je ne le fais plus qu'ici. Juste un devoir à mes yeux de ne pas laisser les évènements se dérouler sans que je ne cherche à en retirer une connaissance qui doit être la plus grande possible. 

Je pense par contre que sur les réseaux sociaux, cet étalage des constats ne sert pas à grand-chose et contribue même à mon mal-être. Combien de personnes s'engageraient dans un autre fonctionnement en lisant ce que je poste ? Ca serait prétentieux de simplement l'espérer. 

Je n'espère rien. J'agis juste à ma mesure. Mais le partage d'informations, je n'en veux plus, en dehors d'ici. C'est un lieu d'archivages. Rien d'autre.

Finalement, c'est moi que je protège. Je ne veux plus être confronté à l'indolence de la population devant cette ultime urgence. Que chacun fasse comme il peut ou rien du tout s'il peut supporter cela.

J'ai donc mis un terme à mes habitudes de partage d'informations sur Facebook et tous les groupes associés. Comme un jeûne social.

Ces jours-ci, devant l'impuissance médicale à résolutionner mes symptômes, j'ai décidé de partir également sur un jeûne alimentaire le plus long possible. L'idée est de perdre les kilos que j'ai accumulés pendant cette dernière année scolaire où je n'ai rien fait sur un plan sportif. 

1m76 et 62,8 kilos. 

Perdre du poids revient à soulager la pression sur les vertèbres. C'est juste de la physique.

Associer cela à des étirements et des postures de yoga, des massages et beaucoup de repos.

Nathalie souhaitait m'accompagner. Elle l'a déjà fait et en a toujours retiré de grands bénéfices.

Les trois premiers jours de jeûne ont été, comme d'habitude, quelque peu ardus. La sensation de faim est toujours très présente. L'habitude du repas, le conditionnement archaïque, les repères temporels, tout cela est difficile à maîtriser.

Puis vient le quatrième jour où subitement, les sensations s'estompent. Les tisanes d'orties sont le seul élément absorbé. Et elles finissent par suffire. 

J'ai passé deux nuits très difficiles avec des douleurs dans tout le bassin, des irradiations qui descendaient dans les cuisses, des crampes dans le mollet gauche. Je gardais en tête mes lectures sur l'autophagie et l'hormèse...Un très grand nombre de lectures.

La volonté de tenir. Je savais que, de toute façon, je n'avais pas d'autres solutions.

J'ai donc continué à faire des étirements bien précis. Je sais ce dont j'ai besoin après toutes ces années. J'avais 24 ans la première fois que j'ai été opéré...

Ce matin, c'était donc le sixième jour. Une très mauvaise nuit. L'obligation de me lever une vingtaine de fois lorsque les douleurs dans les hanches sont trop intenses.

Lever à huit heures. Etrangement , j'ai senti une certaine forme physique, une énergie que je n'avais pas encore ressenti depuis le début du jeûne. 

On a décidé d'aller marcher. Un petit tour qu'on a l'habitude de faire en partant de la maison. Une heure aller-retour. Du terrain plat. J'ai pris mes bâtons de randonnée, par habitude. 

Je me sentais bien, vraiment bien. Il n'en était pas de même pour Nathalie. Elle a du mal avec la chaleur et l'énergie n'était pas là. Au moment d'engager le retour sur notre boucle, j'ai dit que j'allais rallonger la sortie. J'avais envie de voir si c'était mieux que la fois précédente où j'avais eu du mal à suivre Nathalie dans une montée assez longue et raide. 

J'ai eu raison de tenter. Je me suis vraiment fait plaisir. J'ai même réussi à trottiner dans deux passages montants et dans une descente, à pousser sur les bâtons pour garder de la vitesse. Un grand bonheur. Des frissons en moi, une joie puissante, un sourire bienheureux. J'ai fini le tour et je suis allé me peser en rentrant.

59,2 kilos. Encore trois kilos à liquider et ça sera bien.

Je suis allé faire une sieste. J'ai merveilleusement bien dormi. Aucune douleur dans les jambes.

L'autophagie, l'hormèse, la connaissance de soi, la volonté. 

Je ne sais pas ce que ça donnera dans les jours à venir, dans les semaines, les mois, les années. Mais je sais que ma santé dépend beaucoup de moi et non, essentiellement, du milieu médical.

Je vais donc maintenir mon "jeûne social" et me concentrer sur moi et mon jeûne alimentaire. Et arrêter de croire que je peux avoir une quelconque influence sur le désastre en cours. Greta Thunberg en est capable. Et je la bénis pour tous ses efforts.

 

L'autophagie dans le jeûne (1)

L'autophagie dans le jeûne (2)

La loi de l'hormèse

 

"Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort"      Nietzsche

Cette citation est proche de la définition même de la loi de l'Hormèse: Tout organisme s'améliorera si ce dernier a été exposé, de manière adaptée à sa constitution, à un stress puissant mais court. Ce principe fabuleux, partagé par tous les êtres vivants, est l'un des axes essentiels pour renforcer sa santé et avoir un corps, un mental, un esprit plus fort, plus résistant."

 

 

Selon ce procédé de l'hormèse, on utilise également les bains en eau froide. Près de la maison, on a trouvé il y a quelques années un torrent suffisamment actif pour nous offrir des lieux de baignade. Actuellement, la température de l'eau fluctue vers les 12 degrés. C'est très vivifiant...Et très bon pour l'organisme.

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Le sophisme de l'homme de paille

Par Le 23/07/2019

Greta Thunberg, le 21 juillet à Caen (Calvados).
 

 

"Ils ont plus peur de moi que du vrai problème."

 

 

La jeune fille est la cible de nombreuses critiques à la veille de son intervention devant l'Assemblée nationale. Ainsi le député Julien Aubert, sans appeler au boycott, a fait savoir qu'il n'assisterait pas au dicours de Greta Thunberg. "Ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culottes courtes, « Prix Nobel de la peur »", écrit-il en ajoutant : "La planète, oui. Le greenbusiness, non."

Interrogée sur ces accusations de manipulation d'un "capitalisme vert", Greta Thunberg l'idée "drôle" avant de poursuivre qu'elle n'a "jamais rencontré de militants écologistes qui l'étaient pour l'argent. L'idée est absurde et me fait beaucoup rire. Non il n'y a bien évidemment personne derrière ce que je dis." 

 

 

Je ne vais pas m'attarder sur les propos affligeants et pour certains injurieux de certains parlementaires à l'égard de l'intervention de Greta Thunberg à l'Assemblée.

Je me demande juste comment il est possible qu'ils occupent des postes aussi importants pour la communauté entière. 

Je rappelle juste que leurs propos font partie du procédé appelé "le sophisme de l'épouvantail" ou "l'homme de paille".

 

Wikipedia

L’épouvantail, parfois appelé « argument de l'homme de paille » par traduction littérale de l'expression anglaise « straw man », est un sophisme qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée. Créer un argument épouvantail consiste à formuler un argument facilement réfutable puis à l'attribuer à son opposant.

L'expression est une image tirée de la technique d'entraînement au combat contre un mannequin de paille à l'image de l'adversaire. Se battre contre la représentation affaiblie de l'adversaire assure une victoire facile.

Arthur Schopenhauer appelle ce sophisme le stratagème de l'extension : « il s’agit de reprendre la thèse adverse en l’élargissant hors de ses limites naturelles, en lui donnant un sens aussi général et large que possible et l’exagérer, tout en maintenant les limites de ses propres positions aussi restreintes que possible »1.

Normand Baillargeon explique que « si on ne peut vaincre un raisonnement donné, il peut être possible de sortir victorieux d'un débat avec une version affaiblie de ce même raisonnement. Cela sera d'autant plus facile si nous créons nous-mêmes la version affaiblie en la façonnant de manière à garantir qu'elle sera démolie »2. Il classe ce procédé parmi les paralogismes.

Techniques permettant l’utilisation de l’argument

Il est possible de créer un argument épouvantail de différentes manières :

  • Prendre une partie des arguments de son contradicteur, réfuter cette partie et prétendre que l'on a réfuté l'ensemble des arguments.
  • Présenter les arguments de son opposant dans une forme faible, les réfuter et prétendre que les arguments originaux ont été réfutés. Pour atteindre ce but, on peut notamment prendre les arguments originaux et les séparer du contexte dans lequel ils ont été exposés.
  • Présenter une fausse déclaration de son opposant, la réfuter et prétendre que la déclaration initiale est la position véritable de son opposant.
  • Présenter quelqu'un qui défend maladroitement une position, réfuter ses arguments et prétendre que tous les arguments en faveur de cette position sont réfutés.
  • Inventer un personnage de fiction avec des actions ou des croyances que l'on peut facilement critiquer et prétendre que cette personne est représentative du groupe que le locuteur est en train de critiquer.

On peut définir un argument épouvantail comme un argument de fausse déclaration. L'épouvantail est une technique utilisée très fréquemment dans les débats politiques ou d'une manière plus générale dans les médias.


 

L'intervention de Madame Masson-Delmotte est bien plus intéressante à lire que les niaiseries des hommes de paille de la politique française.

 

Hostilité de députés à la venue de Greta Thunberg : "Une polémique totalement futile"

 

"On se focalise sur une personne, Greta Thunberg, alors que c'est un mouvement très large, dans tous les pays", affirme la climatologue Valérie Masson-Delmotte, avant le débat organisé à l'Assemblée nationale avec la jeune militante écologiste suédoise, critiqué par certains députés.

La climatologue Valérie Masson-Delmotte, à Paris, le 20 décembre 2018.
La climatologue Valérie Masson-Delmotte, à Paris, le 20 décembre 2018. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

"C'est une polémique totalement futile, on parle de cette personne et on ne parle pas du fond", a réagi Valérie Masson-Delmotte, climatologue et co-présidente du groupe de travail du Giec, qui intervient mardi 23 juillet aux côtés de la jeune militante écologiste Greta Thunberg à l'Assemblée nationale. La venue de la jeune Suédoise est critiquée par certains députés  Les Républicains et Rassemblement national, qui ont annoncé qu’ils n’assisteront pas à son discours.

franceinfo : Quel est le but de cette journée à l’Assemblée nationale ?

Valérie Masson-Delmotte : Je suis invitée par des parlementaires de tous horizons politiques à échanger autour d'une table ronde, en présence de Greta Thunberg, mais aussi de plusieurs jeunes Français du Mouvement pour le climat. C'est une occasion exceptionnelle de dialoguer et d'échanger. Je représenterai le travail des scientifiques. Et il y aura aussi des membres de la jeunesse qui portent des inquiétudes par rapport à l'évolution du climat et par rapport à une forme d'inaction qui, par la poursuite des émissions de gaz à effet de serre, entraînera un changement climatique important.

Certains accusent ces jeunes, et notamment Greta Thunberg, de faire de la "com", d'être instrumentalisés. Quel est votre regard sur cette polémique ?

Je pense que cette polémique est totalement futile. On se focalise sur une personne, Greta Thunberg, alors que c'est un mouvement très large, dans tous les pays. Ensuite, on parle de cette personne et on ne parle pas du fond. Le fond c'est quoi ? Quand on émet plus de gaz à effet de serre, notre climat se réchauffe. Nous pouvons observer ces conséquences en France avec l'augmentation des vagues de chaleur, l'augmentation des sécheresses sur tout le pourtour méditerranéen, une montée du niveau des mers. Le climat va continuer à changer dans les années à venir. Il faut s'y préparer, il faut s'y adapter. Il faut anticiper pour éviter les crises.

Ensuite il faut agir sur les causes de ce problème : les émissions de gaz à effet de serre. Nous avons tous des leviers d'action, mais les parlementaires et le gouvernement en ont bien davantage. Et, dans cet échange que nous aurons aujourd'hui, nous nous focaliserons sur le fond et non pas sur des polémiques que je trouve stériles.

Geta Thunberg n'incarne-t-elle pas la mauvaise conscience de nombreux dirigeants politiques ?

Vous insistez sur le côté anxiogène du message que Greta Thunberg propage. Mais de mon côté, et via les rapports du GIEC notamment, nous identifions les risques et nous tentons d'apporter des solutions. Et j'espère que le débat pourra porter sur ces solutions afin de construire un développement soutenable, protéger la biodiversité et maîtriser les risques climatiques.

Par ailleurs, je suis très reconnaissante au mouvement de la jeunesse. S’il n'y avait pas ce mouvement, je pense que je ne serais pas invitée à échanger avec plus de 170 parlementaires dans une salle de l'Assemblée nationale. S'il n'y avait pas ce mouvement, il n'y aurait pas eu de renforcement des programmes des lycées, en particulier en terminale générale, avec une partie du programme dédiée à la question du changement climatique. Ces jeunes veulent comprendre les enjeux, se les approprier, comprendre comment agir afin d'être porteurs de solutions.

 

La bataille de l'eau

Par Le 22/07/2019

L’eau, ce bien commun accaparé par le secteur privé

 

Cet été, 73 départements sont déjà soumis à des restrictions d’eau et 26 sont placés en crise, entraînant l'interdiction de tous les prélèvements d’eau jugés non prioritaires, même pour l’agriculture.

22 juillet 2019 - Laurie Debove

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Un nouvel épisode caniculaire s’apprête à amplifier la sécheresse qui frappe déjà 67 départements. Il s’agit de la 7e sécheresse la plus grave depuis 1958 selon Météo France. Avec la conclusion des Assises de l’Eau début juillet, la préservation de cette ressource vitale devient un enjeu majeur en France, notamment dans le maintien de son statut de bien commun.

Les économies d’eau principalement portées sur les usages domestiques

Après plusieurs mois d’échange et travaux entre des représentants du monde agricole, des associations de protection de l’environnement, des collectivités locales et des agences de l’eau, les Assises de l’eau se sont clôturées début juillet. Bilan de leur travail : « un pacte de 23 mesures pour faire face au dérèglement climatique qui affecte nos ressources en eau ». 

Et le défi est immense : seules 44 % des masses d’eau ont atteint l’objectif européen du bon état écologique du fait de rivières trop artificialisées, de pollutions agricoles et de prélèvements trop importants.

La crise climatique amène avec elle des épisodes de sécheresse et canicule de plus en plus fréquents et longs, ce qui empêche le renouvellement de nos réserves aquatiques. Avec l’augmentation des températures, la baisse des précipitations en été et la diminution de l’enneigement, les débits moyens des cours d’eau pourraient être réduits de 10 % à 40 % d’ici un demi-siècle selon l’étude Explore2070 et plus encore en période de basses eaux (étiage).

Crédit photo : Levi XU

Cet été, 73 départements sont déjà soumis à des restrictions d’eau et 26 sont placés en crise, entraînant l’interdiction de tous les prélèvements d’eau jugés non prioritaires, même pour l’agriculture. Pour plusieurs associations, la sobriété et la restauration des milieux aquatiques devraient être au cœur de la stratégie gouvernementale. Le pacte de 23 mesures rendu par le gouvernement est jugé trop peu contraignant face aux enjeux actuels.

« L’UFC- Que Choisir ne se reconnaît pas dans ce « pacte », qui est avant tout un catalogue de bonnes intentions, sans ambition… En matière de tarification incitative pour diminuer la consommation d’eau, si le gouvernement s’est enfin décidé à ajouter, au-delà des particuliers, les industriels et les agriculteurs, il n’y a absolument rien d’obligatoire, de contraignant, les agences de bassin étant seulement « invitées » à prendre en compte les incitations aux économies d’eau dans leurs taux de redevances… On est bien loin de la mise en œuvre effective du principe préleveur-pollueur-payeur prévu pourtant par les textes européens et réclamé par la société civile et les Français eux-mêmes ! Faut-il rappeler l’injustice criante aboutissant à ce que le financement de la politique de l’eau soit actuellement payé à 86% via la facture des consommateurs, alors que l’agriculture industrielle est la première consommatrice et pollueuse de l’eau ?! » s’indigne Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Le coût du traitement d’eau potable dû aux pollutions par les nitrates et les pesticides est ainsi estimé entre 500 millions et 1 milliard d’euros par an. Pourtant, si les Assises ont fixé un objectif de sobriété pour baisser les prélèvements d’eau de 10 % d’ici cinq ans et de 25 % d’ici quinze ans, les mesures de sobriété en eau concernent essentiellement les usages domestiques. Parmi elles : « une tarification saisonnière ou la création d’une catégorie d’usagers « résidences secondaires ».

Le pacte se veut solidaire en envisageant la mise en place d’une tarification sociale de l’eau pour éviter de trop grandes conséquences sur les ménages les plus modestes.

L’eau, un bien commun de plus en plus accaparé par le privé

En France, si la ressource en eau reste encore largement disponible, il y a de plus en plus de problèmes d’approvisionnement selon les départements. Depuis 15 ans, un tiers du pays est régulièrement classé « en zone de répartition d’eau », ce qui veut tout simplement dire qu’il y a moins d’eau disponible que les usages qui en sont faits, la faute à la hausse considérable des prélèvements depuis l’après-guerre, que ce soit pour l’agriculture irriguée, les usages domestiques ou industriels.

Crédit photo : Imani

Les conséquences de cette raréfaction se font déjà ressentir. En 2006, la ville de Niort avait failli devoir couper l’eau du robinet des habitants après une sécheresse historique. Pour éviter le pire, restrictions et distributions de bouteilles d’eau avaient été mises en place. L’agglomération niortaise est depuis devenue exemplaire dans sa gestion de l’eau en réussissant à baisser de moitié ses prélèvements en dix ans. Pour la juriste Florence Denier-Pasquier, de France Nature Environnement, cet exemple reste trop rare, surtout face à la recrudescence des conflits publics/privés pour la gestion de l’eau.

« Au lac de Caussade (Lot-et-Garonne), des agriculteurs sont passés en force, contre l’avis de l’État, pour construire leur barrage et refusent de le détruire.On est face à un accaparement d’un bien commun par un acteur privé. C’est typique des conflits autour de l’eau qui pourraient se répéter à l’avenir. Plus la ressource va se raréfier, plus des acteurs économiques vont chercher à la préempter. Les projets de constructions de retenues d’eau à des fins agricoles essaiment dans le Nord, dans le bassin Seine-Normandie, en Bretagne. Ils sont bien souvent portés par une minorité du monde agricole. Les irrigants qui, en moyenne, ne représentent que 15 % de la profession agricole en France. Mais ces barrages ont leur revers de la médaille. Ils entraînent inévitablement une baisse des quantités d’eau pour l’aval, ont des impacts sur la biodiversité. Surtout, ces ouvrages entretiennent un cercle vicieux dans lequel les agriculteurs irrigants continuent à utiliser plus d’eau que le milieu peut naturellement leur livrer. Enfin, rien n’assure que ces retenues d’eau prémunissent du manque d’eau. L’Espagne, qui a beaucoup investi dans la construction de barrages, se retrouve aujourd’hui avec des ouvrages très loin d’être remplis. » explique-t-elle à 20minutes.fr

L’accaparement de ce bien commun par un acteur privé est encore plus significatif à Vittel dans les Vosges. La population locale s’oppose depuis des années à Nestlé Waters qui surexploite la nappe phréatique, en déficit chronique depuis les années 1970, pour vendre de l’eau embouteillée en Allemagne. Alors que la multinationale a le droit de continuer à pomper à la source, les autorités locales prévoient d’aller chercher l’eau nécessaire aux habitants beaucoup plus loin, car la nappe n’est plus suffisante pour fournir en même temps l’activité industrielle et les besoins des habitants. 

Pour France Nature Environnement, il est encore possible d’aboutir à une gestion collective de l’eau efficace qui repose sur une bonne connaissance de l’état de la ressource et un juste partage entre les usages publics et privés, ces derniers ne devant pas être prioritaires sur les premiers. Car si la quantité d’eau disponible est importante, sa qualité l’est tout autant, un travail de préservation qui ne pourra être effectué qu’à travers des mesures contraignantes pour le secteur privé.

22 juillet 2019 - Laurie Debove

L'eau de la Terre (Nature)

L'eau des WC

L'eau.

L'eau et la conscience (Nature)

L'eau sur Terre

 

Méditerranée : tourisme, industrie, pollution.

Par Le 22/07/2019

Avec 300 millions de touristes, la mer Méditerranée est en train de devenir une mer morte

Avec 80 % des déchets provenant de la terre ferme, la Méditerranée est l’une des mers les plus polluées au monde. Cela n’empêche pas les géants du pétrole et du gaz d’y avoir des projets de forage. Le commerce mondial maritime est également responsable dans les dégâts causés à la biodiversité méditerranéenne. 120 000 cargos y transitent chaque année, ce qui déstabilise énormément les espèces marines à cause du bruit des moteurs.

19 juillet 2019 - Laurie Debove

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Considéré comme l’un des berceaux de l’humanité, la Mer Méditerranée a de tous temps attiré l’humain avec sa nature exceptionnelle accessible à tous. Dans son documentaire, disponible en replay sur Arte, Alexis Marant donne à réfléchir sur l’activité humaine dans cet écrin naturel, et le changement de pensée à effectuer pour mieux le préserver. 

L’impact du tourisme de masse

Avec 300 millions de touristes chaque été, la Méditerranée est l’une des premières destinations touristiques au monde, ce qui crée une pression dramatique sur ses écosystèmes. Au cours des 20 dernières années, rien que le nombre de passagers de croisières a été multiplié par 4,5. Ces mastodontes flottants, faisant parfois 350m de long, amènent dans leur sillage une pollution atmosphérique et maritime avec leurs moteurs qui tournent 24h/24, même à quai, pour alimenter en énergie toutes les activités mises à disposition pour les touristes. 

« Les particules fines émises par les paquebots pénètrent les poumons, passent à travers les tissus et peuvent provoquer des maladies du cœur. En passant par le nez, elles atteignent le cerveau et peuvent provoquer des maladies comme Parkinson, des cas de démence ou encore des fausses couches. Ces particules fines mais aussi le souffre et l’oxyde d’azote font exploser le taux d’ozone, ce qui rend ces bateaux de croisière 5 fois plus polluants qu’un diesel automobile. Les habitants comme les touristes sont touchés par ces pollutions. » détaille dans le documentaire le Dr Axel Friedrich, expert en qualité de l’air qui a révélé le scandale du DieselGate

Un comble pour les touristes qui, en se payant des vacances sur un paquebot, souhaitaient profiter de « l’air marin »Si, sous la pression des locaux, le gouvernement italien a fini par interdire le passage des paquebots dans le centre de Venise, il n’en est pas de même pour d’autres villes méditerranéennes qui voient dans ce secteur en hausse une manne financière.

Crédit Photo : Philippe Roy / Aurimages via AFP – Marseille

L’Espagne a ainsi lancé le programme « Blue Carpet » pour attirer toujours plus de bateaux de croisières. A Palma de Majorque, ils sont passés de 500 000 à 1,9 million de passagers par croisière à l’année, et les autorités des ports des Baléares comptent bien voir ce chiffre augmenter. Pourtant, en disposant d’une pension complète à bord, les passagers de croisières dépensent de moins en moins d’argent dans les villes lors de leurs visites.

Développement économique pour hécatombe écologique

Pour accueillir tous ces paquebots de croisière, le nombre de ports a doublé (de 50 à 100) en dix ans en Méditerranée. Le tourisme, qu’il soit de masse ou de luxe, a ainsi entraîné la bétonisation massive du littoral, avec la construction incessante de stations balnéaires et de marinas. Entre 2005 et 2025, 5000 km supplémentaires de littoraux auront été bétonnés. 

A Porto Monténégro, la collusion entre le multimillionnaire canadien Peter Munk et Milo Đukanović, resté 30 ans au pouvoir et toujours Président du parti politique principal du pays, a dramatiquement changé la face du littoral pour accueillir les yachts saoudiens et russes de grande taille. Cela a paupérisé une très grande partie de la population, réduite à travailler dans des activités de service mal rémunérées. 

« Il n’y a jamais eu un cas où l’intérêt écologique l’a emporté sur l’intérêt économique, résultat on est au même stade qu’il y a 30 ans sur la Méditerranée. On a un système économique dans lequel on ne compte jamais la totalité de notre patrimoine collectif, ou le coût porté sur le patrimoine par toute destruction. Si on le faisait, je ne suis pas sûre qu’on aurait la même vision de la vie. » explique Corinne Lepage, ancienne Ministre de l’Environnement, dans le documentaire

En 2016, l’Unesco a menacé de retirer la baie de Kotor du patrimoine de l’Unesco si cette bétonisation à outrance continuait, pour l’instant sans effet.

A Porto Monténégro comme dans la majeure partie du bassin méditerranéen, les populations ne sont pas consultées dans les politiques d’aménagement du littoral.

En Tunisie, à 80km des plages de Djerba, la région de Gabès exploite la principale source du pays : le phosphate qui va servir pour faire de l’engrais. Un canal de l’entreprise déverse dans la Mer les résidus de la production phosphorique et d’engrais, un cocktail polluant explosif qui a anéanti les fonds marins sur des kilomètres. Toute la faune et la flore ont été tuées, les pêcheurs ont dû investir dans des plus gros bateaux pour aller pêcher au large.

Crédit photo : Erin Doering

Les espèces endémiques à sauver

Avec 80 % des déchets provenant de la terre ferme, la Méditerranée est l’une des mers les plus polluées au monde. Cela n’empêche pas les géants du pétrole et du gaz d’y avoir des projets de forage. Le commerce mondial maritime est également responsable dans les dégâts causés à la biodiversité méditerranéenne. 120 000 cargos y transitent chaque année, ce qui déstabilise énormément les espèces marines à cause du bruit des moteurs, quand les cétacés ne sont pas carrément tués par des collisions avec les navires.

Les navires marchands introduisent aussi des espèces invasives qui voyagent dans les ballasts des cargos. Le trafic doit augmenter de 4% par an avec le doublement du Canal de Suez, et il n’existe aucune régulation internationale du fret maritime.

Alors qu’elle ne représente qu’1 % des océans, la Mer Méditerranée abrite 10 % de la biodiversité planétaire dont certaines espèces endémiques. La Sardine, dont le nom vient de la Sardaigne, a perdu 30 % de sa taille et de son poids, et vit 5 fois moins longtemps qu’avant. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a classé 27 % des 73 espèces de requins vivant en mer Méditerranée en « danger critique », contre 2% au niveau mondial. Les grandes nacres sont aujourd’hui menacées par une épidémie.

Mais l’une des clés de voûte de la biodiversité marine est aussi l’une des plus méconnues : la posidonie.

Cette plante aquatique emblématique de la Méditerranée abrite 25 % de la biodiversité, capte le CO2, fabrique de l’oxygène, empêche l’érosion des fonds marins et sert de nurserie et d’alimentation pour les poissons. Ses herbiers sont les prairies de la Méditerranée. Face à leur régression de 10 % en un siècle, l’alerte a été lancée pour sauver la posidonie avec la création d’un réseau de surveillance regroupant 14 pays.

L’une des mesures mises en place est l’interdiction aux navires de mouiller dans certaines zones sensibles pour éviter que les ancres raclent et arrachent ces prairies aquatiques. 

Face à la situation critique de la Mer Méditerranée, la société civile s’oppose de plus en plus aux projets destructeurs. En asphyxiant la Méditerranée, c’est comme si l’humain s’enfermait volontairement dans une pièce dans laquelle on répandrait des gaz toxiques qui le tueraient à petit feu. Alors qu’il est prévu 100 millions d’habitants supplémentaires sur le littoral méditerranéen d’ici 20 ans, c’est maintenant que l’humain doit repenser son impact sur le berceau qui l’abrite. 

Image à la une : Philippe Roy / AurimagesImage via AFP

19 juillet 2019 - Laurie Debove

Mairie végétarienne

Par Le 20/07/2019

On avance, on avance... Mais encore une fois, on parle d'atteinte à la liberté, la liberté des humains bien entendu. Il est pourtant bien prévu de servir les carnivores quand ils en feront la demande. Est-ce que le fait de devoir le demander est une atteinte à la liberté ? C'est bien ce que font les végétariens pourtant...

Bon, maitenant, avant que ce genre de débats ne prennent forme en France, il va couler de 'leau sous les ponts ou du sang dans les abattoirs.

 


L’initiative, appelée ‘Carnivore ? Indiquez-le-nous’ est une proposition de Johnas van Lammeren, du Parti pour les animaux, membre du conseil municipal.”

Johnas van Lammeren avait d’abord proposé de servir de la nourriture végane, avant de faire machine arrière : “Ça aurait été trop loin pour les amateurs de produits laitiers que sont les Néerlandais”, explique le journal conservateur.

“La coalition au pouvoir, composée de quatre partis et qui détient la majorité des sièges, a adopté la proposition, qui devrait être votée par l’ensemble du conseil municipal en juin.”

La “bitterbal” en danger

Mais cette décision ne fait pas l’unanimité. Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie s’y est ainsi opposé au nom du droit de choisir. Selon les médias néerlandais, les membres du Parti de centre droit ne veulent pas risquer de voir disparaître la bitterbal, une boulette de viande frite qui se mange avec de la moutarde lors d’apéritifs. Selon Arno Rutte, membre du parti, la bitterbal est “une part de l’héritage culturel néerlandais”.

“Amsterdam suit les pas du ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences, qui a adopté l’an dernier cette règle donnant la priorité au végétarisme”, souligne leDaily Telegraph.

L’Institut national pour la santé publique et l’environnement a souvent appelé les citoyens, ces dernières années, à manger moins de viande rouge ou de viande transformée pour améliorer leur santé et réduire leur impact environnemental.

"Cachez cette mort que je ne saurais voir"

Par Le 20/07/2019

Cette histoire a été partagée des dizaines de fois sur Facebook. Beaucoup de gens qui étaient choqués que les bisons soient abattus.  

Je n'ai pas les compétences pour juger de la dangerosité de l'animal pour des riverains ou des randonneurs. Je ne sais pas non plus si l'enclos était suffisamment entretenu ou efficace pour empêcher cette évasion. Puisque ça n'est pas la première fois que ça se produit, j'aurais tendance à dire que le propriétaire aurait dû agir...

Mais ça n'est pas le problème à mes yeux. Ce qui m'interpelle davantage, c'est que les gens s'offusquent de cet abattage alors que ce sont justement des animaux élevés pour être abattus et mangés. La seule différence, c'est que cette fois, ils ont été tués à l'extérieur et non dans un abattoir. De la même façon, j'aimerais savoir si tous ces gens s'offusquent de l'élevage en batterie des poulets ou des lapins qu'ils vont manger, si la souffrance animale  des espèces moins "exotiques" les touche également et s'ils s'offusquent autant sur les réseaux sociaux. Il y a une profonde hypocrisie dans ces réactions. 

J'en viens même à penser de plus en plus que les mangeurs de viande devraient être obligatoirement chasseurs et non consommateurs de grandes surfaces ou de boucheries de quartier.  Le retour à une vie réelle, c'est à dire la confrontation avec le fait de tuer et de dépecer un animal. Il y a des chasseurs que je respecte bien davantage que les mangeurs de poulets du dimanche midi qui s'offusquent quand des bisons sont abattus. 

 

"Je vais prendre une entrecôte saignante avec une assiette de frites.

-Oui, très bien, alors, voilà le fusil et le couteau. Quand vous aurez fini, vous nous amenez la viande et on vous la cuira."

 

 

Un bison peut peser entre 300 et 600 kg. (Image d'illustration)
Un bison peut peser entre 300 et 600 kg. (Image d'illustration) © Daniel SLIM / AFP

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Ce troupeau s'était échappé mercredi dans des conditions non élucidées du domaine où il était élevé. Face au risque pour les riverais, et devant l'impossibilité de rabattre les bêtes vers leur enclos, les autorités se sont résignée à les tuer.

Dix-neuf bisons qui divaguaient depuis mercredi près de Megève, en Haute-Savoie, ont été abattus vendredi matin par sécurité, leur retour à leur domaine d'élevage n'ayant pas été possible, a rapporté la préfecture. Le troupeau avait été évalué dans un premier temps jeudi à vingt animaux.

"Le troupeau, inamovible, a été abattu sans incidents ni blessés parmi les personnes mobilisées", a indiqué peu avant 10 heures Aurélie Lebourgeois, directrice de cabinet du préfet. Les bisons avaient assez peu bougé dans la nuit. L'opération s'est déroulée à 9 heures sur le secteur du Mont-Joux, avec la participation de "trois agents de l'office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), de quatre lieutenants de louveterie et de 25 personnels de gendarmerie pour sécuriser la zone", a précisé la préfecture dans un communiqué.

Les agents ont utilisé des modérateurs pour atténuer le bruit des tirs. "Ce n'était certainement pas une opération agréable pour ces professionnels, mais elle était nécessaire", a ajouté Mme Lebourgeois.
Un peu plus tard, le préfet Pierre Lambert a "salué le sang-froid et le professionnalisme (des personnels) qui ont permis de mettre fin à la situation de danger engendrée par la présence de ces animaux sauvages".

L'éleveur devra payer

Les bisons, pesant entre 300 et 600 kg, dont deux bisonneaux, s'étaient échappés dans des conditions non élucidées du domaine où ils étaient élevés. La préfecture a d'abord tenté de les rabattre vers leur enclos avec l'aide des agents de l'ONCFS. Mais "des bisons ne se manœuvrent pas comme un troupeau de vaches", avait expliqué Aurélie Lebourgeois jeudi soir. Même si le troupeau est resté loin des zones habitées, la préfecture ne pouvait exclure que des randonneurs les croisent et soient éventuellement chargés. L'option d'un endormissement a été étudiée mais abandonnée. Il fallait en effet prévoir de très fortes quantités de produit anesthésique, avec le risque de ne pas toucher une zone du corps où il se serait diffusé rapidement, a expliqué Aurélie Lebourgeois.

La préfecture s'est donc résolue jeudi soir à mettre en place leur abattage. Le troupeau abattu représentait la quasi-totalité des bêtes de l'éleveur Dominique Muffat-Méridol, du domaine de la Sasse. Il les élève, les abat, et sert leur viande dans le restaurant du domaine. Les bisons n'avaient "jamais causé aucun problème" en plus d'un quart de siècle de présence au domaine, "alors qu'ils se sont échappés plus d'une fois", a-t-il déclaré sur RTL

Pour lui, cette affaire est "une honte, on est dans l'absurdité de la réglementation [...] on marche sur la tête". L'éleveur a assuré avoir "beaucoup de souffrance, car on m'enlève mon outil de travail". D'autant, a confirmé la préfecture, que la viande des bisons abattus ne pourra être consommée, étant donné que l'abattage a eu lieu "hors abattoir et sans contrôle sanitaire préalable". En outre, a-t-on ajouté, "le propriétaire est redevable de leur fuite et [...] ainsi des frais engagés pour les opérations" de la matinée.

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