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5 h ·
Les études scientifiques
Il existe un problème majeur au regard de l'état de la planète. C'est la lecture qui est faite des études scientifiques.
Ce sont des lectures très souvent tronquées, très fortement résumées, perdant inévitablement de leur impact sur la masse.
Il suffit de lire les articles issus de France info ou d'autres médias "grand public".
Ces études, dans ce format restreint, ne sont pas prises au sérieux. Elles ne deviennent que des "actualités" au même titre que les faits divers et autres situations événementielles alors qu'elles sont bien au-delà du faits divers : elles sont notre avenir et non simplement, notre présent.
Voilà deux jours que je me suis attelé à lire cette étude.
Elle est tellement ardue et complexe pour moi que je ne peux pas l'assimiler à la première lecture. mais je m'accroche parce que je veux comprendre, parce que je veux posséder les connaissances permettant de contredire tous ceux qui tournent en dérision ou veulent ignorer ces études scientifiques, parce qu'il s'agit de la survie de tous et même de ces esprits obtus et limités...
L'étude est si longue que je ne peux pas la transférer intégralement ici...C'est bien souvent la première raison qui fera qu'elle ne sera lue que par d'autres scientifiques et que les autres attendront qu'elle soit résumée sur France Info...
Le site s'appelle "HORIZON 2060". Je ne serai sans doute plus là à cet horizon mais ce "prétexte" à ne rien vouloir savoir est tellement pitoyable et égoïste que j'ai du mal à imaginer que certains individus s'en contentent pour continuer à piller le seul lieu vivant connu actuellement dans tout l'Univers.
http://horizon2060.com/limites-planetaires/
Des limites planétaires en dépassement ?
I DE TOUTES FAÇONS, DES LIMITES
Les éléments de base de l’écosystème terrestre, l’hydrogène, l’oxygène, le carbone, l’azote, le potassium, le soufre se combinent, sous l’influence de l’énergie qui les traverse, pour créer et maintenir la vie. Ces éléments ne sont pas en quantités infinies : ils sont stockés dans des « réservoirs » (l’atmosphère, la lithosphère, l’hydrosphère), et sont constamment recyclés : des producteurs primaires (plantes, phytoplancton), grâce à la photosynthèse, permettent l’existence de producteurs secondaires : animaux, etc. Les décomposeurs de déchets (vers de terre, micro-organismes…) défont la matière organique pour en extraire les matériaux de base, et le cycle recommence.
Les matières et l’énergie utilisées par la population et les usines ne viennent pas de nulle part. Elles sont extraites de la planète. Et elles ne disparaissent pas. Lorsque leur usage économique est terminé, les matières sont recyclées ou bien constituent des déchets et des polluants, et la chaleur inexploitable de l’énergie se dissipe. Les flux de matière et d’énergie proviennent des sources de la planète, passent par le sous-système économique et finissent dans les exutoires de cette même planète sous forme de déchets et de polluants. Le recyclage et des modes de production plus propres peuvent considérablement réduire les déchets et la pollution par unité de consommation, sans pour autant les éliminer totalement. Les hommes auront toujours besoin de nourriture, d’eau, d’air sain, d’un toit et de bien d’autres éléments pour se développer, rester en bonne santé, mener des vies productives et générer à la fois des capitaux et une descendance. Quant aux machines et aux bâtiments, ils auront toujours recours à l’énergie, à l’eau, à l’air, à certains types de métaux, de produits chimiques et de matières biologiques pour pouvoir produire des biens et des services, être réparés et construire d’autres machines et d’autres bâtiments. Or il y a des limites au rythme auquel les sources peuvent produire ce dont nous avons besoin, et les exutoires absorber ces flux sans porter préjudice aux hommes, à l’économie ni au processus de régénération et de régulation de la planète (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 97).
Ainsi l’économie humaine est un sous-système de la biosphère : elle ne peut s’en extraire. Le système économique compte largement sur le système écologique pour jouer un double rôle d’alimentation d’énergie et matières premières, et d’assimilation finale de ces déchets. Il s’ensuit que l’économie ne peut pas se développer sur le long terme si la biosphère est endommagée : c’est le problème de la soutenabilité (Boutaud, Gondran, 2009).
Or l’économie humaine utilise aujourd’hui tant de ressources capitales et produit tant de déchets qu’elle ne semble pas soutenable. Les sources se tarissent, les exutoires se remplissent et, pour certains, débordent. La plupart des flux ne peuvent être maintenus sur le long terme, même à leur débit actuel, a fortiori s’ils s’intensifient.
Dans les dernières décennies, les scientifiques ont constaté des signes de basculement dans les différents milieux naturels, des bassins / étangs, à l’échelle locale, aux récifs coralliens, voire au bassin de l’Amazone.
Une rapide montée des températures, ou une diminution drastique des nutriments, et les systèmes sont capables d’une brusque reconfiguration. Selon certains chercheurs, c’est ce qui s’est passé lorsque la diversité de la vie a explosé, il y a 540 millions d’années.
Mais alors que l’explosion des espèces au Cambrien et le réchauffement de l’Holocène ont été déclenchés par des changements à l’échelle de la planète, par la chimie des océans et/ou par l’intensité du rayonnement solaire, il y a, selon de nombreux chercheurs, une nouvelle force à considérer : 7 milliards de personnes qui exercent une influence combinée sur les processus de la planète, et sollicitent ses limites.
Nous commencerons leur examen, à tout seigneur tout honneur, par le rapport de (Meadows, Meadows, Randers, 2012) « Les limites à la croissance » qui actualise le célèbre rapport des mêmes en 1972 : « Halte à la croissance ».
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II » LES LIMITES À LA CROISSANCE «
II 1 LA DÉMARCHE
L’équipe à la base de la rédaction du rapport a développé un modèle « pour comprendre l’avenir dans ses grandes lignes, c’est-à-dire les différents modes ou schémas comportementaux qui vont présider à l’interaction entre l’économie humaine et la capacité de charge de la planète durant le siècle à venir ». La question centrale posée par le modèle est : comment la population mondiale et l’économie matérielle, toutes deux en plein essor, peuvent-elles interagir avec la capacité de charge limitée de la planète et s’y adapter durant les décennies à venir ?
Il s’agit de donner «une représentation, la plus fidèle possible, de l’écosystème mondial (…) [et] d’améliorer notre représentation mentale des problèmes planétaires à long terme». Les données utilisées se rapportent à la population, à l’industrialisation, à la production alimentaire, à l’utilisation des ressources naturelles et à la pollution.
Les auteurs constatent que les données de base sont en croissance exponentielle lorsqu’on les observe dans un avenir rapproché. Leurs simulations ne sont pas des prévisions, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas pour but de prévoir les valeurs précises des variables ni la chronologie exacte des évènements, mais elles constituent simplement les scénarios de ce qui a le plus de chance de se produire si les politiques, la croissance économique, la démographie et les technologies continuent de progresser comme c’était le cas au moment de l’étude.
Dans ce modèle, les stocks évoluent en fonction de flux comme celui des naissances et des décès (dans le cas de la population), des investissements et de la dépréciation (pour chaque stock de capital), des émissions de pollution et de leur neutralisation (pollution persistante) et (dans le cas des terres arables) de l’érosion des sols, de l’amélioration des terres et des terres supprimées au profit d’usages urbains ou industriels. Seule une fraction des terres arables est cultivée. En multipliant la surface de terres cultivées par le rendement moyen, on obtient la production totale de nourriture. Celle-ci, divisée par la population, donne la quantité de nourriture par habitant. Si cette dernière tombe en dessous d’un seuil critique, le taux de mortalité se met à augmenter (Boutaud, Gondran, 2009, 204).
II 2 LES SCÉNARIOS
Les auteurs présentent une dizaine de « simulations numériques » ou scénarios différents générés par leur modèle. Chaque simulation est réalisée à partir de la même structure informatique, mais à chaque scénario, certains chiffres sont modifiés pour tester différentes estimations des variables considérées ou pour intégrer des prévisions plus précises. Les 6 premiers scénarios sont cumulatifs, c’est-à-dire que le scénario suivant reprend toutes les hypothèses du scénario précédent, mais en modifie ou en ajoute une.
Examinons succinctement ces scénarios :
Scénario 1
En supposant que les tendances actuelles se poursuivent, l’interaction des variables aboutit au résultat que «l’expansion démographique et l’expansion économique s’arrêteront au plus tard au cours du siècle prochain, par suite d’une pénurie de matières premières». Les graphiques du scénario 1 montrent le comportement du modèle lorsqu’il fonctionne « tel quel », avec des chiffres décrivant de façon « réaliste » la situation moyenne qui a été celle de la seconde partie du XXe siècle et sans hypothèse technique ou politiques sortant de l’ordinaire. « Tout à coup, alors que le XXIe siècle est entamé depuis quelques décennies à peine, la croissance de l’économie s’arrête et s’inverse de façon assez soudaine. Cette discontinuité est principalement due à l’augmentation rapide du coût des ressources non renouvelables. Cette hausse se répercute sur tous les secteurs économiques et se traduit par des capacités d’investissement de plus en plus rares. » (Ibid., p. 250)
Ci-dessous les trajectoires des principales variables selon le scénario tendanciel :
Source : (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 249)
Scénario 2
Si l’on modifie les hypothèses de départ en supposant un développement de la production industrielle dû à l’exploitation de l’énergie solaire, le reste sans changement, on aboutit à une pollution catastrophique et à un effondrement plus radical encore de la courbe de la population.
Scénario 3
Si l’on suppose que l’on maîtrise en outre la pollution, c’est la pénurie alimentaire qui va entraîner la chute de la production industrielle et l’élévation du taux de mortalité. Que le contrôle de la pollution s’établisse, en plus du recyclage des ressources à soixante-quinze pour cent, de la réduction de la pollution à vingt-cinq pour cent du taux de 1970 et du rendement doublé des terres cultivables, c’est l’épuisement des ressources naturelles, l’accumulation de la pollution et, finalement, la décroissance de la production alimentaire qui s’ensuivront. «En somme, quelles que soient les hypothèses que l’on formule, le résultat demeure sensiblement le même dès que l’on se contente de solutions purement techniques aux problèmes qui se posent. L’écosystème mondial se comporte toujours de la même manière: une croissance exponentielle de la population et des investissements, suivie d’un effondrement».
Scénario 4
Il suppose une amélioration des rendements agricoles ; alors, la détérioration de la fertilité des sols et la perte de terres arables du fait de l’érosion et de l’extension urbaine et industrielle finissent par annuler les effets positifs des nouvelles technologies sur les rendements, et la production totale de nourriture diminue. Cette « crise de l’érosion des sols » est à son maximum après 2070 lorsque survient une chute catastrophique des surfaces de terres arables, entraînant un effondrement quasi total avant 2100.
Scénario 5
Qu’à cela ne tienne, qu’en serait-il en ajoutant un programmes de lutte contre l’érosion des sols de la planète ? Si cette option permet de prolonger un peu au-delà de 2070 la période de bien-être humain, il n’est pour autant pas soutenable. Le scénario 5 se termine en effet par un effondrement causé par plusieurs crises plus ou moins simultanées : crise de ressources, crise de la nourriture et coûts élevés : après 2070, le coût des technologies et l’augmentation du coût d’obtention de ressources non renouvelables devenues de plus en plus rares nécessitent plus de capital que l’économie ne peut en fournir. Le résultat est un déclin assez abrupt.
Scénario 6
On simule alors le lancement pour le XXIe siècle d’un vaste programme d’éco-efficience dont le coût est élevé, mais dont l’objectif est une importante réduction de l’empreinte écologique des hommes. Cette puissante association de technologies permet d’éviter l’effondrement du scénario 5 lors du 3e tiers du XXIe siècle. Mais elle arrive un peu trop tard pour empêcher une baisse progressive du bien-être humain à la même période. Au terme d’un XXIe siècle quelque peu compliqué, une population stable comptant un peu moins de 8 milliards d’individus vit dans un monde façonné par les technologies de pointe et peu pollué, dont l’indice de bien-être humain est à peu près le même qu’en 2000.
Source : (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 313)
on pourrait résumer ces différents scénarios en disant que l’empreinte écologique de l’homme tend à s’élever au-dessus du niveau soutenable et que ce phénomène déclenche une diminution forcée de cette même empreinte. Dans un monde complexe et fini, lorsqu’on supprime ou repousse une limite pour permettre à la croissance de continuer, on en rencontre une autre. Et lorsque cette croissance est exponentielle, cette autre limite arrive étonnamment vite (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 317).
Le 2e enseignement est que plus un pays parvient à retarder ses limites face à des adaptations économiques et techniques, plus il risque de se heurter à plusieurs d’entre elles à la fois.
Scénario 7
La planète cherche à partir de 2002 à stabiliser sa population. Ce scénario suppose qu’à partir de 2002, tous les couples décident de limiter leur famille à 2 enfants et qu’ils aient accès à des moyens de contrôle des naissances efficaces. La production industrielle atteint un pic en 2040 puis baisse au même rythme à peu près que dans le scénario 2 et rigoureusement pour les mêmes raisons. On ne peut donc couper à l’effondrement si on ne stabilise que la population mondiale. La poursuite de la croissance du capital est tout aussi non soutenable que celle de la croissance démographique. Si elles ne sont pas contrôlées, chacune d’elles a pour conséquence une empreinte écologique qui dépasse la capacité de charge du globe.
Scénario 8
La planète cherche à partir de 2002 à stabiliser sa population et sa production industrielle par habitant. Ce monde a décidé de se fixer comme objectif une production industrielle par habitant d’environ 10 % supérieurs pour tout le monde à la moyenne mondiale de 2000. Cela se traduit concrètement par une avancée considérable pour les populations pauvres et à un changement des modes de consommation pour les populations riches. Mais cette économie n’est pas véritablement stabilisée. Elle se caractérise par une empreinte écologique au-dessus du niveau soutenable et elle contraint à un lent déclin après 2040. Une consommation limitée, une progéniture limitée et une certaine discipline sociale ne sont donc pas garantes à elles seules de la durabilité lorsqu’elles entrent en action trop tard, c’est-à-dire après que le système a dépassé ses limites. Pour demeurer soutenable, le monde du scénario 8 ne peut pas se contenter de contrôler sa croissance : il doit baisser son empreinte écologique en dessous de la capacité de charge de l’environnement et il doit accentuer sa restructuration sociale grâce à une exploitation concertée et appropriée du progrès technologique.
Scénario 9
La planète cherche à partir de 2002 à stabiliser sa population et sa production industrielle par habitant, et ajoute des technologies relatives à la pollution, aux ressources et à l’agriculture. Dans ce scénario comme dans le précédent, la population et la production industrielle sont limitées, mais on ajoute des technologies destinées à lutter contre la pollution, à préserver les ressources, à augmenter les rendements agricoles et à protéger les terres. La société qui en résulte est soutenable : près de 8 milliards d’individus connaissent en effet un niveau de bien-être élevé et une empreinte écologique en constante baisse.
Dans la société plus mesurée du scénario 9, la population croît plus lentement mais il n’est pas nécessaire de consacrer du capital à la poursuite de la croissance ni à la résolution de problèmes survenant cascade, si bien que les nouvelles technologies peuvent recevoir un soutien un soutien plein et entier. Mises en œuvre tout au long du siècle, elles réduisent de 80 % l’utilisation de ressources non renouvelables par unité de production industrielle et de 90 % la pollution générée par unité de production. Les services par habitant augmentent de 50 % par rapport à leur niveau de 2000. À la fin du XXIe siècle, il y a assez de nourriture pour tous. La pollution connaît un pic, mais diminue avant d’avoir causé des dégâts irréversibles. Le scénario 9 est l’illustration de la durabilité ; le système mondial est parvenu à un équilibre.
Scénario 10
Même scénario mais les changements sont introduits en 1982 et non en 2002. Si nous nous étions orientés vers la durabilité 20 ans plus tôt, nous aurions créé plutôt un monde plus sûr et plus riche et nous aurions connu moins de problèmes d’ajustement dans le secteur agricole.
II 3 DISCUSSION
Le rapport Meadows est extrêmement intéressant, pédagogique, et beaucoup plus nuancé que l’on ne pourrait croire a priori au vu des comptes-rendus qui en ont été faits. Le rapport ne cesse en effet d’attirer l’attention sur le fait que son objet n’est en aucun cas la prévision, mais bien plutôt la simulation sur la base d’hypothèses réalistes. Et les hypothèses sont réalistes puisque le modèle est calé sur la période 1900-1970, c’est-à-dire qu’il reproduit les évolutions constatées sur les 5 variables clés durant cette période. La preuve :
(Turner, 2008) a analysé les données relatives aux 5 paramètres clés ayant fait l’objet de simulation (démographie, production alimentaire, production industrielle, pollution et ressources non renouvelables) dans la publication de 1972. La conclusion est que le scénario de base standard élaboré dans les années 70 est fortement corroboré par l’observation empirique de la période 1970–2000 comme le montrent les graphiques ci-après :
Source : (Turner, 2008)
L’auteur conclut qu’en plus de la corroboration des données présentées, les questions contemporaines telles que le pic pétrolier, le changement climatique, la sécurité alimentaire et d’approvisionnement en eau résonnent fortement avec les dynamiques de rétroaction de « dépassement » et « d’effondrement » affichées dans le scénario tendanciel du rapport. À moins qu’il ne soit invalidé par d’autres recherches, la comparaison des données vient étayer la conclusion que le système mondial est sur une trajectoire insoutenable à moins d’une importante et rapide réduction des comportements de consommation, en combinaison avec le progrès technologique.
Source : (Turner, 2008)
Pour autant, on ne peut s’empêcher de ressentir un certain malaise devant ce « malthusianisme systémique » qui repose évidemment sur un grand nombre d’équations dûment calibrées, mais dont l’absence de théorie explicative est gênante. Un programme informatique est un programme informatique, certes, mais il en sort que ce que l’on y a entré, et si à la sortie la population est la cause de tous les problèmes, c’est que l’on y a entré que la population est la cause de tous les problèmes. Pour en rester à la population, on ne peut s’empêcher de ne pas être très convaincu par le recours à cette catégorie fourre-tout qu’est la population mondiale, qui met sur le même pied l’américain, le suédois, le centrafricain ou le somalien : les modes et niveaux de consommation de cette population, la distribution des revenus, etc. sont des variables explicatives qui paraissent bien supérieures. Derrière la froide abstraction des chiffres et des courbes, il y a des réalités humaines. Et de ce point de vue, le tracé des courbes d’effondrement de la population du scénario tendanciel posent question. Si l’on se reporte en effet au tableau de données fournies avec les courbes, la population mondiale atteindrait 7,46 milliards d’habitants en 2025 (contre 8,1 actuellement prévu selon la révision 2015 du service statistiques de l’ONU).
Puis elle diminuerait à :
–6,45 milliards en 2050, soit une perte en 25 ans d’un milliard d’habitants soit encore 13,5 % de la population mondiale de 2025 ;
–5,32 milliards en 2065 ;
–3,46 milliards en 2100 : soit 4 milliards de moins en 75 ans !
Pour mémoire, la 2e guerre mondiale a fait 60 millions de morts, soit 2,5 % de la population mondiale de 1939. Cependant les pertes du 3e Reich se sont élevées de 8 à 10,5 %, tandis que celles de l’Union soviétique, 20 millions de morts, se sont montées à 13,5 % de la population concernée de 1939 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pertes_humaines_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale).
Il est peu crédible que l’humanité se laisse décimer tranquillement pendant 75 ans sans réagir de quelque manière que ce soit, et sans doute plutôt fortement !
Par contre, on sent bien que de tels taux appliqués à des statistiques de consommation auraient davantage de réalité.
Au total,
« En confondant, par le recours à des moyennes mondiales, riches et pauvres, les modèles du MIT évacuent toute réflexion sur les usages de la croissance et sur les choix institutionnels qu’elle implique. En réduisant le débat au problème des limites physiques de l’univers, on laisse tomber les questions les plus épineuses : celles qui ont trait à une utilisation plus judicieuse des ressources et à une répartition plus équitable des richesses. D’ordre moral et politique, ces problèmes exigent la prise en considération des fins et des valeurs impliquées dans toute vie sociale. Parce qu’ils s’abstiennent d’aborder ces questions, les spécialistes du MIT prétendent à une neutralité inattaquable. Ils peuvent ainsi assigner une cause objective à la misère qui nous menace : l’explosion démographique dans le tiers-monde. Mais comment ne pas qualifier d’illusoire une neutralité qui élimine responsabilité historique et sociale des pays riches ? » (Mongeau, 2012)).
« Et ce d’autant que les auteurs procèdent à « une globalisation à outrance qui additionne des situations locales et prétend obtenir ainsi la juste estimation de la situation mondiale. Un modèle global suppose que l’ensemble des pays évolue au même rythme et que leurs cycles de croissance sont tous synchronisés dans le temps. Mais c’est plutôt le contraire que l’on observe dans le monde réel : les cycles d’évolution des pays sont déphasés les uns par rapport aux autres. Il en est de même en ce qui concerne l’épuisement éventuel des ressources non renouvelables : leur rareté ou leur abondance ne se font pas sentir au même moment pour chacune d’entre elles.
De nombreux scientifiques ont contesté les fondements du raisonnement. Ainsi, Samuel Farfari a résumé les critiques qu’il convient de faire au rapport Meadows : La principale raison pour laquelle ce club …s’est fourvoyé sur cette question comme sur d’autres, c’est parce qu’il pensait à une évolution linéaire de la technologie et estimait que les évolutions de la démographie, de la pollution et des besoins suivaient une tendance exponentielle. Cela ne pouvait que conduire à une interprétation catastrophique du futur. Petite erreur d’hypothèse mais grande divergence quant aux résultats.
[Plus concrètement :] « Il lui est d’abord reproché d’avoir fondé son modèle sur l’agrégation qui a toujours été considérée comme une démarche appauvrissante bien qu’inévitable en macroéconomie et qui, de ce fait ignore largement les problèmes de structure. Il est également reproché d’avoir appliqué un « principe d’accélération », qui veut qu’un output soit proportionnel à son stock en capital. Il est reproché d’avoir (implicitement) supposé que la même proportionnalité prévalait pour la pollution – qui est aussi un output ! La dernière critique faite est de ne pas avoir pris en compte les phénomènes de prix dans la mesure de la rareté des ressource et d’avoir retenu une hypothèse de croissance exponentielle de la technologie » (Mongeau, 2012, 95-102).
III DES « LIMITES PLANÉTAIRES » PHYSIQUES
III 1 LES LIMITES PLANÉTAIRES DU STOCKHOLM RESILIENCE CENTER
L’étude de (Rockström, Steffen, Noone, Persson, Chapin, Lambin, Lenton, Scheffer, Folke, Schellnhuber, 2009) « Planetary Boundaries » propose une approche dans laquelle la Terre est pensée comme un système dont l’équilibre et la stabilité dépendent de neuf limites interdépendantes.
L’idée à la base est que l’expansion rapide des activités humaines depuis la révolution industrielle a engendré une force géophysique planétaire équivalente à certaines des grandes forces de la nature ; nombre de scientifiques pensent que nous sommes entrés dans une nouvelle époque géologique qui a besoin d’un nouveau nom – l’Anthropocène.
Comme le reconnaissent et le revendiquent les auteurs, « le cadre proposé s’appuie sur et dépasse les approches type limites à la croissance (Meadows et al. 1972, 2004), normes minimales de sécurité (Ciriacy-Wantrup 1952 Bishop 1978 Crowards 1998), principe de précaution (Raffensperger et Tickner 1999) et « fenêtres tolérables » (WBGU 1995, Petschel-Held et al. 1999) ».
L’avancée majeure est que l’étude se concentre sur les processus biophysiques du système terrestre qui déterminent la capacité d’auto-régulation de la planète. Elle se fonde sur le concept de seuils liés aux processus de grande envergure du système terrestre, dont le dépassement peut déclencher des changements non linéaires dans le fonctionnement du système. Prises ensembles, les limites –valeurs basses des seuils– représentent «l’espace biophysique dynamique du système terrestre dans lequel l’humanité a évolué et prospéré ». Le respect de ces limites permet de définir le « champ d’action planétaire» disponible pour l’entreprise humaine.
III 1 1 La notion de seuil
Les seuils fixés dans les processus clés du système terrestre existent indépendamment des préférences, des valeurs ou compromis que font les peuples sur la base de leurs faisabilités politiques ou socio-économiques.
Selon les auteurs, des travaux ultérieurs devront se concentrer sur les dynamiques sociales qui ont conduit à la situation actuelle et proposer les voies et moyens permettant à nos sociétés de rester dans ces limites.
Les seuils sont définis comme des transitions non-linéaires dans le fonctionnement des systèmes couplés homme-environnement, comme le récent recul brutal de la banquise arctique causée par le réchauffement climatique anthropique. Les seuils sont des caractéristiques intrinsèques de ces systèmes et sont souvent définis par une ou plusieurs variables de contrôle, comme par exemple la température et la diminution de l’albédo dans le cas de la banquise.
Certains processus importants du système terrestre, comme le changement d’affectation des terres, ne sont pas associées à des seuils connus à l’échelle continentale ou mondiale, mais peuvent, par le truchement d’un déclin continu de fonctions écologiques-clés (telles que la séquestration du carbone par exemple), provoquer des effondrements fonctionnels, générant des évolutions qui déclenchent ou augmentent la probabilité d’apparition d’un seuil plus global dans d’autres processus (tels que le changement climatique).
Ces processus peuvent aussi déclencher des dynamiques non linéaires aux échelles inférieures (par exemple : franchissement de seuils concernant l’utilisation de l’eau et les nutriments dans les lacs, les forêts et les savanes à la suite d’un changement d’affectation des terres). Ces changements non linéaires peuvent devenir une préoccupation mondiale pour l’humanité s’ils se produisent à l’échelle de la planète.
Les seuils sont très difficiles à évaluer, car le système terrestre est très complexe. Aussi, au lieu de définir des valeurs pour chaque seuil, l’étude établit une plage de variation dans laquelle le seuil est supposé se trouver. L’extrémité inférieure de cette plage est définie comme étant la limite à ne pas franchir. Par conséquent, est ainsi défini un espace sûr, dans le sens que tant que le système est en dessous de la limite, il est nécessairement en dessous de la valeur du seuil. A contrario, si la limite est franchie, il entre dans la zone de danger.
III 1 2 Les processus limites
Après avoir fait une recherche exhaustive des processus clés du système terrestre et de leurs variables de contrôle associé, les auteurs ont identifié 9 processus pour lesquelles les frontières doivent être mises en place si l’on veut minimiser le risque de franchissement de seuils critiques pouvant conduire à des résultats très indésirables ou inacceptables.
Une modification inacceptable s’entend par rapport aux risques auxquels l’humanité a été confrontée lors de la transition holocène – anthropocène. L’environnement relativement stable de l’Holocène, la période interglaciaire actuelle qui a débuté il ya environ 10 000 ans, a permis l’agriculture et à des sociétés complexes de se développer et de s’épanouir.
Les auteurs ont identifié neuf processus planétaires fondamentaux et, en s’appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles, proposent des quantifications pour sept d’entre eux. Ces sept processus sont : le changement climatique, l’acidification des océans, la concentration en ozone stratosphérique, les cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, l’utilisation mondiale de l’eau douce, le changement d’affectation des terres, et la vitesse de l’érosion de la diversité biologique. Les deux limites planétaires supplémentaires pour lesquels ils n’ont pas encore été en mesure de déterminer une limite sont la pollution chimique et la concentration atmosphérique des aérosols. Dans l’étude de 2009, ils estimaient que l’humanité avait déjà transgressé trois limites planétaires: le changement climatique, la perte de biodiversité et le cycle mondial de l’azote.
| Processus de la biosphère | Variable(s) de contrôle | Limites proposées | Valeur actuelle |
| Changement climatique | Concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère (parties par million en volume) | 350,0 | 387,0 |
| Changement du forçage radiatif (watts par mètre au carré) | 1,0 | 2,3 (1,1-3,3 W/m2) | |
| La perte de biodiversité et l’extinction des espèces | Rythme d’extinction des espèces (nombre d’espèces disparues par million d’espèces et par an | 10,0 | 100 – 1000 |
| Indicateur d’intégrité de la diversité biologique (BII)Variables provisoires dans l’attente de plus appropriées | Maintenir le BII à 90% ou au-dessus; évalué par biomes ou àl’échelle régionale large (ex: Sud-Afrique), à celles des écosystèmes marins (ex: récifs coralliens) ou de grands groupes fonctionnels | 84% pour Sud-Afrique seul | |
| L’affaiblissement de la couche d’ozone stratosphérique | Concentration en ozone stratosphériques (unité Dobson) | <5% de réduction par rapport au niveau pré-industriel de 290 DU (5% -10%), évalué selon latitude | Transgressé seulement au-dessus de l’Antarctique (env. 200 DU) |
| Acidification des océans | État de saturation mondial moyen d’aragonite dans les eaux marines de surface | ≥80% de l’aragonite saturation pré-industrielle moyenne de l’aragonite à la surface de l’océan, y compris variabilité naturelle journalière et saisonnière (≥80% – ≥70%) | env. 84% |
| Cycles biogéochimiques | Azote : Quantités de N retirées de l’atmosphère pour les activités humaines (millions de tonnes/an | 62,0 | 150,0 |
| Phosphore : Quantités de P déversées dans les océans (millions de tonnes/an) | 11,0 | env. 22,0 | |
| Changement d’affectation des terres | Global : part de la forêt par rapport à la couverture forestière originale | global : 75 % (75–54 %). Les valeurs sont des moyennes pondérées de 3 frontières de biomes individuels | 62% |
| Biome : superficie actuelle de la forêt par rapport à la forêt potentielle | biomes : tropical : 85 % (85–60 %) tempéré : 50 % (50–30 %) boréal : 85 % (85–60 %) |
||
| Surconsommation de l\’eau douce | Consommation en eau douce (Km3/an) | 4000 (4000 – 6000 km3/an) | 2600,0 |
| Présence d’aérosols atmosphériques | Concentration globale de particules | A déterminer | |
| Nouveaux polluants | P. ex. quantité émise ou concentration de polluants organiques persistants, de plastiques, de perturbateurs endocriniens, de métaux lourds et déchets nucléaires, dans l’environnement mondial, ou effets de ces éléments sur l’écosystème et le fonctionnement du système terrestre | A déterminer | |
Source : (Rockström et al., 2009)
Source : (Rockström et al., 2009)
Représentation des neuf processus planétaires menacés par les activités humaines, de leur limite et de leur valeur actuelle.
III 1 3 Éléments de discussion
Le concept de frontières planétaires suggère que l’existence du monde que nous connaissons, et dont l’humanité a profité tout au long de l’Holocène, dépend de l’exercice de son rôle de gardien du globe. Il entraîne avec lui la nécessité d’un nouveau paradigme de développement bâti sur les possibilités offertes par une seule planète. Les frontières planétaires cherchent à fournir des mesures scientifiques pour réaligner politiques du développement, modèles d’entreprises et choix de mode de vie… Il n’est donc pas étonnant que, depuis sa publication en 2009, il ait suscité un vif débat au sein de la communauté scientifique mais aussi au-delà, et ce faisant, influencé les agendas des mondes économique et politique.
Sur le contenu
Voici les reproches communément adressés à l’étude du Stockholm Center :
La technique du faux pivot
Ce dont je parlais dans l'article précédent...Comme quoi, je ne dis pas que des bêtises ^^
Comment le gouvernement va enfumer les syndicats avec l'âge pivot, qui sera retiré pour faire passer la réforme
Publié le 13/12/2019 à 16:35
Thomas Guénolé
Politologue et essayiste.
Auteur de nombreux livres, dont Antisocial (Plon, 2018).

Edouard Philippe a annoncé l'instauration d'un âge d'équilibre à 64 ans, en-dessous duquel les futurs retraités subiront un malus sur leur pension. Thomas Guénolé estime qu'il s'agit d'une annonce provocatrice destinée à faire passer le reste de la réforme des retraites.
La technique du "faux pivot" est un stratagème très courant en négociation. Cela consiste à faire semblant de vouloir absolument quelque chose, pour finalement y renoncer, en échange de la chose que vous vouliez vraiment depuis le début. Vraisemblablement, c’est ce stratagème qu’Emmanuel Macron est en train d’utiliser pour tenter d’enfumer les syndicats et de vaincre la grève. Et, ironie du sort, le faux pivot qu’il utilise s’appelle d’ailleurs explicitement… "l’âge pivot" !
NÉGOCIATION EN PLUSIEURS ÉTAPES
Une fois cela compris, certaines choses qui étaient incompréhensibles deviennent immédiatement plus claires. En particulier, l’annonce du contenu de la réforme des retraites avant-hier par le Premier ministre Édouard Philippe, le 11 décembre, pouvait sembler de prime abord un incompréhensible ratage. Pourquoi avoir inclus "l’âge pivot" (devoir attendre ses 64 ans pour toucher sa pension de retraite sans malus), alors que la CFDT, seul grand syndicat à soutenir la réforme, avait dit et répété que c’était une ligne rouge ? La réponse la plus vraisemblable est ce "faux pivot" :
Cette manœuvre est déjà en cours d’exécution
- Étape 1, Emmanuel Macron utilise ce point précis comme chiffon rouge pour pousser la CFDT à rejoindre la grève.
- Étape 2, les grévistes sont galvanisés par l’émergence d’un grand front syndical uni qui inclut la CFDT.
- Étape 3, Emmanuel Macron abandonne l’âge pivot de 64 ans, qu’en fait il était déjà prêt à sacrifier pour faire passer tout le reste.
- Étape 4, la CFDT répond en arrêtant la grève, ce qui brise l’unité du front syndical et casse la dynamique de la grève ;
- Étape 5, après ce qui passe pour une énorme concession d’Emmanuel Macron (mais qui est en réalité un « faux pivot »), et à quelques jours de Noël, les syndicats qui continuent d’appeler à la grève, en particulier la CGT, sont présentés en boucle comme des extrémistes.
PLUSIEURS INDICES
Il suffit d’être attentif aux mots prononcés par divers lieutenants d’Emmanuel Macron, pour constater qu’à l’évidence cette manœuvre est déjà en cours d’exécution.
- Edouard Philippe, Premier ministre : "Si j’ai dit que j’étais ferme sur le principe d’un système universel, (…) il y avait tout une série de point sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme, nous ne sommes pas fermés, ma porte est ouverte."
- Bruno Le Maire, ministre de l’économie : "Nous proposons l’âge pivot à 64 ans, avec un système de bonus et de malus (…). Est-ce qu’il y a de meilleures solutions ? Peut-être, venons en discuter. (…) Ce serait dommage que sur un point, qui est un pur point financier, un pur point d’équilibre, qu’il y ait un blocage, alors même que nous sommes ouverts à la négociation."
- Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, flattant ouvertement Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT : "C’est un homme qui incarne un peu la démocratie sociale à la française, qui sait prendre ses responsabilités."
- Gilles Legendre, président du groupe parlementaire macroniste à l’Assemblée : "Tout le monde, depuis hier, fait comme si la question de l’âge d’équilibre à 64 ans avait été décidée et fixée, c’est faux. La question de l’âge pivot je le dis solennellement, de l’âge d’équilibre, n’est pas décidée, en aucun cas."
C’est généralement la base qui décide qu’il faut lancer une grande grève
Il n’est toutefois pas certain que ce stratagème du "faux pivot", au demeurant assez grossier, parvienne à casser la dynamique de la grève. En effet, contrairement à une croyance très répandue, c’est généralement la base qui décide qu’il faut lancer une grande grève, et c’est généralement la base qui décide d’arrêter. Ou pas.
La retraite et la croissance
La retraite et la croissance
Un sujet éminemment critique en ce moment.
"Jusqu'à quand va-t-on devoir travailler ?
Combien toucherons-nous à la retraite ?
Comment est-ce qu'on pourra s'en sortir avec si peu ?
Dans quel état on sera si on doit partir à des âges aussi avancés ?
Jamais, je ne pourrai tenir jusque-là.
Il y a trop d'inégalités, trop de différences et bien souvent injustifiées.
Les métiers les plus exigeants et les plus utiles à la communauté ne sont pas reconnus, ni durant la carrière, ni par ricochet quand vient l'âge de la retraite.
Les riches sont de plus en plus riches et nous de plus en plus pauvres.
Les riches ont des couilles en or et nous des nouilles encore."
Etc etc...
Tout cela est justifié.
Il n'est pas de mon idée de critiquer les contestations. Il me suffit de regarder ma pension de retraite et celle de Nathalie. On compte chaque euro de dépense...Mais je n'ai que 57 ans. Je suis un « privilégié ». Même si je ne touche pas une somme mirobolante, je suis encore partiellement en état pour en profiter...
Je continue à penser, par contre, que le système de grève qui consiste à pénaliser la population elle-même, relève d'une époque révolue. Elle sert le gouvernement en créant des dissensions dans la population. Il suffit aux dirigeants d'attendre l'épuisement des masses contestataires et l'opposition grandissante de ceux qui n'en peuvent plus des grèves. C'est inévitable.
Il suffit également de proposer au départ des mesures outrancières puis de lâcher un peu de lest pour que l'essentiel finisse par être validé. Le système fonctionne depuis des lustres.
Il n'est qu'à regarder les archives des humoristes. Les mêmes thèmes reviennent périodiquement, retraite, coût de la vie, grandes fortunes et petites gens, délabrement du service public, enseignement, chômage, allocations, les « profiteurs », les fainéants, les assistés, les marginaux etc etc...
Rien ne change, sauf le nom des dirigeants. C'est un jeu de chaises musicales mais ils ont tous les mêmes paradigmes en tête.
Je m'étais dit il y a quelques temps qu'un mouvement de refus d'obéissance au regard du paiement des impôts, un mouvement de millions de personnes qui suspendraient les retraits automatiques ou n'enverraient pas les paiements aux dates exigées, ça serait peut-être plus efficace. Il s'agirait de se mettre hors la loi. Des millions de personnes hors la loi. Une situation inconnue, une ampleur gigantesque.
Oui, je rêve, je sais.
Mais le problème essentiel n'est pas là, pour moi.
La retraite, telle qu'elle est conçue depuis bien longtemps, repose sur le principe de la croissance.
« La retraite en France consiste en un système fondé pour l'essentiel sur le principe de la répartition, les cotisations sociales des actifs servant à payer les pensions versées aux retraités. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Retraite_en_France
Les cotisations sociales des actifs... Tout le problème est là.
Premièrement, l'avenir des actifs ne peut que s'assombrir. Le plein emploi n'existera plus jamais. Les périodes sans cotisations seront de plus en fréquentes.
Deuxièmement, cette nécessité des cotisations salariales suggère qu'il faut maintenir, coûte que coûte, la croissance du pays.
Et c'est là que se pose le nœud du problème. Nous ne devons plus nous soumettre à cette idée de croissance. Celui qui n'aurait pas une idée exacte de l'ampleur des dégâts générés par cette dictature de la croissance devrait s'informer. De toutes urgences.
Si nous continuons à éduquer nos enfants dans l'idée qu'il faut avoir un travail, gagner sa vie, consommer, produire, travailler, gagner sa vie, consommer,produire … l'avenir de l'humanité est des plus sombres. Et celle de l'ensemble du vivant sur la planète.
Je rappelle que la courbe d'espérance de vie aux États-Unis ne monte plus. Elle stagne. Si l'âge de la retraite en France et dans les autres pays européens continue à être repoussée et que l'espérance de vie s'inverse, ils vont l'avoir mauvaise les derniers arrivés... Il faudrait également connaître les conditions de vie avec des retraites de plus en plus faibles. Vivre longtemps dans un grand dénuement... Quel beau projet...
La croissance infinie est un rêve d'économistes. Et de politiciens.
Le rêve des scientifiques, c'est d'arriver à faire comprendre à ces deux entités entêtées que les ressources ne sont pas infinies et que la dévastation pour la croissance a atteint un niveau catastrophique.
Les retraites ont besoin des actifs, les actifs ont besoin de la croissance pour le rester.
Mais la croissance, telle qu'elle est élaborée depuis des lustres, condamne à plus ou moins long terme, les actifs, les retraités, les enfants, les oiseaux, les abeilles, les hérissons, les poissons, les plantes sauvages, les insectes, les pandas, les orangs-outans...
« Wouarf, mais on s'en bat les couilles de tes pandas, ça fera une belle descente de lit. Et de toute façon, l'intelligence artificielle apportera toutes les solutions. Tes abeilles, ça sera remplacé par des robots volants. T'es qu'un con de bobo écolo. »
Oui, je sais.
Je vais quand même relancer une petite idée dont on n'entend plus du tout parler.
Le revenu de base ou revenu universel ou d'autres appellations.
C'est clair que pour que ça soit instauré, il faut que chaque individu change de paradigme quant à l'idée de « bien gagner sa vie pour pouvoir consommer ».
L'idée est de consommer le moins possible en ayant une vie la plus sereine possible. Une sérénité qui se nourrit principalement du fait que l'atteinte écologique devient la plus faible possible.
Le dossier wikipedia est bien fourni. Pour ceux que ça intéresse.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_base#Respect_de_soi
Voici quelques exemples d'expérimentations :
Applications
Brésil
Un projet indépendant et privé est actuellement en place au Brésil à Quatinga Velho (en)77. Le projet commença en 2008, organisé par l'organisation à but non lucratif ReCivitas78.
Ce projet consiste à donner 30 R$ par mois (4,4 % du salaire minimum en 2013 selon le gouvernement fédéral), ce qui n'est pas suffisant pour répondre aux besoins de base. Selon les responsables du projet, ce revenu est juste suffisant pour aider les gens à satisfaire leurs besoins les plus basiques. Les enfants en bénéficient particulièrement. Le projet, avec des ressources financières extrêmement limitées, a entrainé d'important effets sociaux. Il a eux un impact positif sur les besoins de base et la qualité de vie des participants. Les résultats montrent également que le revenu de base a contribué à un développement durable du village79. Les coordinateurs du projet ont constaté des améliorations en termes de nutrition, de vêtements, de conditions de vie, de santé (particulièrement pour les enfants), de construction de nouvelles maisons, et d'amélioration des maisons existantes. Ils ont aussi noté une amélioration de l'estime de soi et des interactions sociales, une réduction de l'insécurité sociale, et une augmentation des attentes futures, particulièrement chez les enfants, des changements significatifs dans les relations de travail, dans les naissances, les migrations et la dépendance économique80.
États-Unis
En 1976, l'Alaska a mis en place l'Alaska Permanent Fund, un fonds souverain dont le capital est basé sur les revenus miniers et pétroliers de l'État, et dont les revenus alimentent depuis 1982 un dividende universel versé le 30 juin de chaque année81,82. En 1999 un référendum interdit à l'État d'utiliser « une partie » des revenus du fond (84 % d'opposants). Le montant maximum versé a été de 2 072 $ en 201583. Aujourd'hui, dans le territoire Cherokee, une partie des revenus générés par les casinos est redistribuée aux membres de la tribu amérindienne84.
Les 16 000 membres de l'Eastern Band of Cherokee Indians (en), basés en Caroline du Nord, reçoivent plusieurs milliers de dollars deux fois par an85. Ces paiements sont des dividendes issus des profits du casino Harrah's Cherokee (en), et sont distribués depuis 1996. Une étude des effets sur les enfants de la communauté a montré un déclin significatif de la pauvreté, des problèmes de comportement, de la criminalité, de l'abus d'alcool et de drogue, des problèmes psychiatriques, et une augmentation du nombre de diplômés. Les effets sont principalement constatés chez ceux qui étaient les plus jeunes quand les paiements ont commencé, et chez ceux que ces paiements ont sortis de la pauvreté86,87.
Iran
L'Iran est le premier pays à avoir introduit un revenu de base national en automne 2010. Il est versé à tous les citoyens et remplace les subventions sur l'essence, l'électricité et certains produits alimentaires88 que le pays appliquait depuis des années pour réduire les inégalités et la pauvreté. La somme correspond en 2012 à environ 40 US$ par personne par mois, 480 US$ par an pour une personne seule et 2 300 US$ pour une famille de cinq personnes89.
Macao
Article détaillé : Mécanisme de participation à la richesse.
Macao distribue un fonds à tous les résidents, permanents ou non, depuis 2008, dans le cadre du mécanisme de participation à la richesse (en) de la région. En 2014, le gouvernement a distribué 9 000 patacas (environ 1 127 $US) à chaque résident permanent, et 5 400 patacas (676 $US) aux non permanents, soit plus de 600 000 bénéficiaires90.
Expérimentations
Canada
Le concept a été expérimenté par le Programme Mincome dans les années 1970 à Dauphin au Canada91. Les résultats de cette expérience, pendant longtemps non étudiée, ont finalement montré que la désincitation au travail y avait été très faible durant la durée de l'expérience (quatre ans). De plus, d'autres conséquences positives non attendues ont été observées, comme l'augmentation de la durée des études des jeunes, une baisse de la criminalité et des hospitalisations92.
L'historien Rutger Bregman y fait référence dans une conférence TED93.
États-Unis
Aux États-Unis, quatre expérimentations sociales ont eu lieu entre 1968 et 1982. Ces expérimentations visaient à tester les comportements des citoyens vis-à-vis du travail s'ils touchaient un revenu garanti. Les chercheurs observèrent une désincitation plutôt faible au travail92.
Finlande
En 2015, le nouveau gouvernement finlandais de centre-droit s'est engagé à mettre en place une expérimentation de revenu de base94. Cette expérimentation a été réalisée à partir du 1er janvier 2017 auprès de 2000 demandeurs d'emploi tirés au sort et âgés de 25 à 58 ans ; l'échantillon était limité à des personnes en recherche d'emploi et bénéficiant déjà d'une allocation chômage. Le montant était de 560 € par mois pendant 2 ans qui se substituaient au système social existant en Finlande95. Ces 560 euros mensuels remplaçaient ainsi l'actuelle allocation chômage. Si les allocataires percevaient une compensation plus élevée auparavant, la sécurité sociale leur versait la différence. Leur couverture santé et leur allocation logement étaient maintenues. Le changement majeur introduit par cette expérimentation tenait dans le fait que chaque personne pouvait accepter un travail et continuer à recevoir son revenu universel, et ce quel que fût le salaire perçu.96.
En 2018, la Finlande a décidé d'abandonner le projet à la fin des deux ans prévus97.
France
En France, une « expérimentation citoyenne » a été lancée par l'association MonRevenuDeBase98 en novembre 2017. À chaque fois que l'association collecte 12 000 euros, elle les redistribue en désignant par tirage au sort une personne qui s’est inscrite sur le site, et qui recevra 1 000 euros par mois pendant un an, sans contrepartie99. L’inscription pour participer à la désignation au tirage au sort est gratuite. Pour l'association, présidée par l'écologiste Julien Bayou et composée de bénévoles, l'objectif est de sensibiliser l'opinion publique à la question du revenu de base mais également d'obtenir une loi d'autorisation des expérimentations pour que les territoires qui le souhaitent puissent tester cette innovation sociale.
L'expérimentation a reçu une grande attention médiatique100. Pour le premier tirage au sort, trois bénéficiaires ont été identifiés101.
Le 26 novembre 2017, 8 présidents de Conseils départementaux annoncent dans le JDD qu'ils vont tester le revenu universel102. À la date du 27 décembre 2018, le nombre de départements souhaitant expérimenter le revenu de base est monté à 18, et la député Valérie Rabault (PS) appelle ses collègues à voter pour une proposition de loi discutée en ce sens en fin Janvier 2019 103.
Inde
En partenariat avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et copilotés par le chercheur britannique Guy Standing et l'activiste indienne Renana Jhabvala (en)104, des projets pilotes de revenu de base sont en cours dans des villages ruraux de l'Inde105 depuis janvier 2011 sur une base de 200 roupies par mois par adulte, et 100 roupies par enfant.
Près d'un an après le début de l'expérimentation, celle-ci a déjà montré des résultats positifs sur la nutrition, la santé, l'éducation, les infrastructures et l'activité économique106,107[source insuffisante].
Kenya
L'ONG GiveDirectly teste depuis 2017, et sur 12 années, un revenu universel de 20 $ dans un village défavorisé au Kenya108.
Koweït
Le Koweït démarre en février 2012 une expérience d'allocation universelle inconditionnelle109 mais limitée dans le temps pour ses 1,155 millions de citoyens de 1 000 dinars/citoyen (3 580 dollars/citoyen).
Namibie
Une expérimentation a été menée en Namibie, dans le secteur de Otjivero-Omitara (environ 1 000 personnes à 100 kilomètres de Windhoek)110. Elle consiste à distribuer chaque mois pendant deux ans (à partir du premier janvier 2008) à chaque habitant enregistré 100 dollars namibiens.
Au bout de quelques mois d'expérimentation, la criminalité a baissé, la sécurité alimentaire de la population a augmenté, l'absentéisme à l'école a diminué, et des micro-entreprises se sont mises en place qui revitalisent le tissu économique et social du village. Globalement les revenus des habitants du village ont augmenté de 29 %, soit plus que le revenu supplémentaire octroyé par le programme. Le chômage a également diminué dans le village65.
Ouganda
Un programme en Ouganda a versé 382 $US à 535 jeunes de 15 à 35 ans, choisis aléatoirement. Les résultats ont montré une augmentation des activités d'entreprise de 57 %, des heures de travail de 17 % et des bénéfices de 38 % par rapport à un groupe témoin n'ayant rien reçu111.
Royaume-Uni
Le gouvernement de Tony Blair a mis en place, en mai 2003, le Child Trust Fund (en), une mesure proposée par Bruce Ackerman afin de fournir à chaque enfant un « capital de base » à ses 18 ans18. Le programme a été arrêté en 2011112, et remplacé par le Junior Individual Savings Accounts (en) (ISA)113 car l'ISA aurait de meilleurs taux d'intérêts et une sélection plus large possible d'investissements114.
Le gouvernement dans le dispositif Child Trust Fund donnait de l'argent à chaque enfant. L'ISA ne donne pas d'argent mais offre un compte avec des avantages fiscaux.
Jean-Marc Rochette
Je lis beaucoup de bandes dessinées. Depuis mon enfance. Je n'ai jamais arrêté.
J'avais lu " Le transperceneige" il y a longtemps. Un souvenir impérissable. Et puis sont venus coup sur coup, "Le loup" et "Ailefroide". Chefs d'oeuvre. Réellement. Un dessin magnifique, deux histoires prenantes, l'amour de la nature, le rapport entre l'homme et le loup, la passion de la haute montagne, l'amitié dans la cordée, la douleur, la renaissance. Des thèmes qui me parlaient.
Un parcours de vie d'artiste qui génère en plus une once d'optimisme au regard de mes écrits. Je n'ai que 57 ans ^^. Sait-on jamais...
Jean-Marc Rochette, l'artiste maudit devenu auteur de best-sellers à 63 ans
Le dessinateur du Transperceneige, après des années difficiles, a remonté la pente en publiant coup sur coup ses meilleurs livres, deux récits de montagne âpres et universels devenus des best-sellers et bientôt adaptés au cinéma.
Jean-Marc Rochette avait tout pour devenir un artiste maudit. Fou de grimpe, il a failli laisser sa peau dans les Alpes à la fin de l’adolescence dans les années 1970. Auteur culte de la BD Transperceneige dans les années 1980, il a failli devenir fou dans les années 1990 avant de renaître grâce à la peinture dans les années 2000. Après des années de vaches maigres, le succès, le vrai, est enfin venu frapper à sa porte dans les années 2010.
Il y a eu, d’abord, le sud-coréen Bong Joon-ho, qui a fait du Transperceneige un blockbuster mondial. Il y eu, ensuite, Ailefroide (2018) et Le Loup (2019), deux récits de montagne âpres et universels devenus, contre toute attente, des best-sellers. À 63 ans, Rochette savoure cette année 2019, qui conclut avec une rétrospective à la Galerie Maghen (à Paris, du 10 décembre au 11 janvier) une période faste où il a publié trois livres, a reçu un prix et a fait l’objet d’une exposition à Grenoble. "2019, c’est une année comme tu en vis peu dans une carrière", sourit-il. Et cela ne s’arrête pas là: la série Transperceneige sera dévoilée après le Super Bowl en février sur la chaîne TNT et Netflix, et une adaptation du Loup en film d’animation est en cours chez Xilam (producteur de J’ai perdu mon corps).
Depuis mai, Rochette a vendu plus de 35.000 exemplaires de cette histoire dans la lignée de Bambi où un berger part à la chasse d’un loup qui a décimé son troupeau. "Le Loup est un livre très émotionnel. Il peut plaire à tout le monde", se réjouit le dessinateur. Malgré ses échecs répétés, Rochette a toujours fait preuve d’un optimisme indéfectible. Bien avant les sorties d’Ailefroide et du Loup, il savait que ses livres toucheraient le public: "Je suis toujours assez optimiste et donc un optimiste déçu. Comme je suis optimiste à presque tous les coups, à chaque fois je me disais que ça allait marcher et ça ne marchait jamais. Là, j’ai continué à le dire et ça a marché. C’est une question de persévérance dans l’optimisme."
"Tout le monde est étonné que ça marche"
À Grenoble, une exposition consacrée à Rochette en mars dernier au Musée de l'Ancien Évêché a attiré 25.000 entrées dans une ville de 150.000 habitants. "Le Loup est lu par tout le monde dans la vallée. C’est bien de voir que ce fameux dessin qui a l’air si difficile pour le milieu de la BD ne l’est pas pour le grand public." A sa grande surprise, Le Loup résonne avec autant de force dans le reste du pays et réussit l’exploit de faire s’entendre "écolos et bergers sur un sujet où les mecs sont prêts à se battre".
"Tout le monde est étonné que ça marche", complète-t-il. "Quand j’ai fait Ailefroide, j’ai des copains qui étaient persuadés que ça ne marcherait pas. Le premier étant [Olivier] Bocquet [son co-scénariste d’Ailefroide, NDLR]. Il pensait que c’était une niche et qu’on en vendrait 5.000." Il en a vendu 60.000. Un exploit pour un livre rude retraçant sa jeunesse d’alpiniste et l’accident d’escalade qui a failli le tuer. En cela, Rochette se rapproche de son modèle, l’écrivain américain Cormac McCarthy dont les récits réputés difficiles séduisent un large public.
Avec le temps, Rochette a surtout appris que le public est roi: "la BD est un art populaire. Si tu fais un truc obscur, tu ne vas rien vendre." Avant d’en arriver là, Rochette a eu mille et une vies, qu’il raconte dans Vertiges, un ouvrage accompagnant l’exposition à la Galerie Maghen et contient une longue interview menée par la journaliste Rebecca Manzoni. Il s’y livre à cœur ouvert. On y comprend d’où vient son style, comment son trait souple des débuts est devenu rugueux au fil des années, de quelles souffrances il a été nourri: "J’ai un travail dit protéiforme, qui passait pour décousu, et là on découvre qu’il y a une cohérence totale", commente Rochette, qui n’a jamais cherché à séduire ou à faire des compromis avec son art.
"Depuis que je suis parti en Allemagne, je remonte"
Associé à un univers sombre et désespéré, Rochette a pourtant commencé sa carrière comme "auteur comique et burlesque", rappelle-t-il. En 1980, il publiait en parallèle et avec succès dans les revues (À suivre) et L’Écho des Savanes, Le Transperceneige et la BD animalière et satirique Edmond le Cochon. Une partie de son œuvre qui est désormais occultée: "J’adorais ça. Mais le public, à part Edmond, n’a jamais adhéré à mon burlesque." Après le succès du Transperceneige, il a donc enchaîné avec plusieurs récits de SF ambitieux (Requiem Blanc, Le Tribut), mais sans trouver de succès comparable.
Puis Rochette a travaillé pour L'Équipe. Il y commentait les buts de la semaine en dessin. Un confort matériel qui lui permettait de se consacrer à la peinture abstraite: "J’étais en décalage complet entre ce que je faisais toute la semaine et le dessin ultra-pragmatique que je faisais le samedi pour L'Équipe. C’était lu par un million de personnes à l’époque." À cette époque, il a cru devenir fou. Alors qu’il tente de relancer Le Transperceneige au début des années 2000, il se refait une santé en collaborant avec René Pétillon, "un maître du gag" qui "avait le gag dans le sang": "Grâce à lui, j’ai appris qu’il fallait un sujet que les gens puissent identifier, une attaque très drôle ou très affective." Ce qu’il a appliqué dans Ailefroide et Le Loup.
Sa renaissance artistique n’intervient que bien plus tard, à la fin de la décennie, lorsqu’il quitte la France pour Berlin, pour prendre un nouveau départ. "Quand je suis arrivé en Allemagne, je n’arrivais pas à peindre, je n’arrivais plus à rien faire", se souvient-il. Sur place, il apprend l’allemand avec des Syriens. "J’ai l’impression que le fait d’apprendre une nouvelle langue a eu un effet salvateur. Un blocage a sauté. Depuis que je suis parti en Allemagne, je remonte."
"Je n’ai jamais eu une période aussi créatrice de ma vie"
Depuis la sortie du quatrième tome du Transperceneige, qui "a été bouffé par [le succès du] Loup", Rochette planche sur la suite, prévue pour mars. En attendant l’ultime tome, il réfléchit à un nouveau livre de montagnes, intitulé La Dernière reine, et à un autre sur son grand-père paternel, qui fut résistant. Il a déjà le titre et la première scène. Rochette fourmille d’idées. Un sentiment nouveau: "Je n’ai jamais eu une période aussi créatrice de ma vie", s’enthousiasme-t-il, avant d’ajouter: "J’ai toujours eu comme une mobylette bridée. J’en avais sous le capot, mais je n’avais pas encore tout donné. Le déclic, c’est l’Allemagne, Bong Joon-ho, la synergie du succès. J’ai senti que le public était là, ça donne de l’énergie, des idées. Je pense que la France a le même problème. On est un pays très créatif, et là elle est complètement bridée, ça ronfle. On arrive à un moment, où il faut qu’il y ait un changement de paradigme total, à tous les niveaux."
Rochette, qui partage aujourd'hui sa vie entre Paris et Grenoble, est à un carrefour de sa carrière. D’un côté se trouve Le Transperceneige, dont le public peine à se renouveler malgré un récit politique qui fait écho aux grands mouvements contestataires contemporains. De l’autre se trouvent les récits montagnards qui jaillissent sous sa plume et séduisent un large public. Tout se passe comme s’il vivait en parallèle sa vie d’avant et sa nouvelle carrière d’auteur à succès, comme s’il devait mettre un point final à l’aventure du Transperceneige avant de pouvoir pleinement profiter du succès: "Je laisse tomber un public qui me soutient et me porte en triomphe pour un autre public qui lui me déserte", déplore-t-il, avant de conclure: "Les gens veulent voir de la beauté, de la montagne, de la nature, des beaux sentiments. Ils ne veulent pas voir la fin du monde. Peut-être parce qu’ils la voient au quotidien."
Jérôme Lachasse
Implant contraceptif féminin : les dangers
Au cas où certaines lectrices de ce blog seraient concernées par ce genre d'implant et n'auraient pas vu passer cet article.
On est dans un risque mortel...
Personnellement, pour que Nathalie n'ait plus à subir les effets de la contraception et les risques à long terme, j'ai demandé une vasectomie. J'avais 37 ans, on avait trois enfants et une certitude qu'il n'y en aurait pas d'autre. Pas simple d'obtenir les feux verts du corps médical. Mais j'ai fini par trouver un chirurgien. Affaire réglée.
Je ne vois pas pourquoi, après que les enfants désirés soient au monde, la femme continuerait à souffrir des effets secondaires d'une contraception chimique alors qu'il existe un moyen radical pour l'homme de mettre un terme à ce que la nature a mis en place.
Sabrina, une biterroise de 39 ans, vit dans l'angoisse depuis qu'elle a découvert que son implant contraceptif, posé dans son bras, a migré vers son poumon. Elle risque un œdème pulmonaire. Elle a décidé de témoigner pour alerter les femmes porteuses de ce type d'implant.
Par JM avec C.Fabre
Rendez-vous médicaux et examens
Depuis quelques semaines, la vie de Sabrina a basculé.
Tout commence en février 2018 lorsque cette maman de trois enfants, décide de se faire poser un implant contraceptif dans le bras. Un bâtonnet souple de la taille d’une allumette qui diffuse pendant trois ans des hormones.
L'implant contraceptif fait la taille d'une allumette et se met dans le bras / © MAXPPP - N.FALCO
Très vite, elle vit avec et n’y pense plus. Mais cet automne, de vives douleurs apparaissent et perdurent. Elle se rend chez son médecin et lui demande de lui retirer l’implant qu’elle a dans le bras.
Il commence à me palper le bras gauche, et là il ne trouve pas l’implant. Il m’a alors fait une échographie du bras, il ne l’a pas trouvé, on a fait une IRM il ne l’a pas trouvé, puis la radio des poumons il ne l’a pas trouvé. On a fini par le trouver grâce à un scanner. Il était dans mon poumon droit.
La crainte d'un oedème pulmonaire
Son implant a migré pour venir se loger entre une artère et le poumon droit évitant de justesse le cœur. Aujourd’hui, placé à cet endroit, il peut à tout moment provoquer un œdème pulmonaire.
Je vis dans une crainte permanente, à chaque geste que je fais j’ai peur, je me demande toujours si le mouvement que je fais va le faire se déplacer. J’ai du mal à dormir la nuit parce que j’ai peur qu’il se déplace où qu’il se passe quelque chose.
Opération risquée
Pour y mettre fin, il faudrait retirer l'implant. Mais l'opération est risquée, elle doit se faire à Paris et nécessite 6 mois de rééducation. Sabrina nous affirme que le laboratoire fabriquant l'implant lui a proposé de prendre en charge le coût de cette opération, en échange de son silence. Elle, s'y refuse. L'autre solution, garder l'implant dans son poumon, mais une infirmière doit venir tous les jours pour lui injecter des anticoagulants.
On m’a mise en danger sans que moi je puisse être informée, je n’ai d’autres choix que d’accepter ça. Mais je ne veux pas moi. C’est votre erreur, ce n’est pas la mienne, clame-t-elle.
Car au moment de la pose de l’implant, personne ne l’a informée des risques.
Sa colère va prendre la forme d'une action en justice contre le laboratoire et son médecin. Si elle témoigne aujourd'hui, c'est pour alerter les femmes porteuses de cet implant. Elles sont 200 000 en France.
30 cas en France
Le cas de Sabrina a été signalé à l'agence de sécurité du médicament, il y en a 30 recensés pour l'heure. L'ANSM a annoncé ce vendredi matin qu'elle enverrait dans les prochaines semaines un courrier aux professionnels de santé pour rappeler la procédure d'insertion et de retrait du Nexplanon. Elle invite, par ailleurs, les femmes porteuses de cet implant à vérifier sa présence en palpant régulièrement leur bras et à consulter rapidement si elles ne le repèrent plus.
Le reportage de Chloé Fabre et Christelle Chabaud
http://www.contraceptionmasculine.fr/les-methodes/la-vasectomie/
La vasectomie
Stérilisation ou contraception permanente ?
Il est habituel d’identifier stérilisations féminine (occlusion tubaire) et masculine (vasectomie). Il est difficile d’admettre cette confusion.
La vasectomie, contrairement aux stérilisations tubaires, est réversible à un double titre : avant l’intervention, les spermatozoïdes peuvent être conservés pour être utilisés en AMP ; la réparation chirurgicale est facile et effective dans 80% des cas et suivie de grossesse dans 50% des cas (A Jardin et V Izard, p.131 de l’ouvrage « La contraception masculine » chez Springer-Verlag France 2013).
Pour la vasectomie, le terme de contraception permanente paraît donc plus adapté que celui de stérilisation masculine.
Aspects juridiques et financiers:
Légale en France depuis 2001. Son coût de 67€ est bien inférieur à celui la ligature des trompes, même dans sa version « Essure® ». Depuis octobre 2012, la contraception « définitive » est de nouveau remboursée par la sécurité sociale pour les femmes et les hommes sans restriction d’âge.
Le retard français:
50 millions d’hommes dans le monde utilisent la vasectomie comme contraception : 14% en Chine, 13% aux Etats-Unis, 21% en Grande Bretagne, 9% en Espagne. Mais ils ne sont que quelques milliers en France et on ne compte que 200 conservations de sperme/an avant vasectomie (Fédération française des CECOS).
Ce retard français demande à être expliqué : tabous, guerre des sexes, atteinte des profits de l’industrie pharmaceutique ? (A.Jardin et V.Izard p.132-35)
Réflexions sur la vasectomie contraceptive (Alain JARDIN, professeur d’urologie):
La loi Neuwirth, presque cinquantenaire, stipulait que les individus peuvent, à bon escient, réclamer et obtenir de leur médecin les moyens de limiter leur fécondité.
Nous savons que la stérilisation est la première méthode contraceptive utilisée dans le monde que 26 % des américains du nord de 50 à 70 ans sont vasectomisés, qu’aux USA il se pratique, chaque année, environ 500 000 vasectomies dans un but contraceptif, alors qu’en France, quelques centaines.
En France, la pratique de la vasectomie contraceptive avant 1974 était quasi inexistante. Avec la création des CECOS qui permettait de conserver le sperme dans les meilleures conditions la vasectomie a commencé à être pratiquée. L’état d’esprit devant cette technique paraissait évoluer et en 1978 nous rapportions avec Pierre Jouannet l’étude de nos 100 premiers cas.
En fait la vasectomie ne s’est jamais imposée. La vasectomie échappe à la mondialisation, et pourtant la vasectomie est
– une contraception et on sait que, en France, 70% des couples utilisent un moyen contraceptif.
– un moyen simple de contraception. La vasectomie est une intervention chirurgicale simple, faite en ambulatoire sous anesthésie locale. Les complications sont très rares .Le nombre d’échecs, pratiquement toujours dus à un problème technique est inférieur à 1%. La stérilité peut être réversible par un geste chirurgical dans plus de la moitié des cas. La conservation du sperme, avant vasectomie permet de ne plus considérer cette intervention comme entraînant une stérilité définitive.
– la plus économique des contraceptions
– n’entraîne pas de conséquences néfastes pour la santé : les complications immédiates sont mineures mais émaillent environ 10% des suites de vasectomie (ecchymose, hématome, déférentite voir épididymite, douleur persistant plus de 24 heures). Une littérature assez abondante concerne des complications à distance de la vasectomie : athérome-cancer du testicule-cancer de la prostate. En fait les méta-analyses pratiquées ont montré l’absence de corrélation entre la vasectomie et l’incidence de ces pathologies. Enfin la santé sexuelle est perçue dans les enquêtes comme inchangée ou meilleure, exceptionnellement altérée.
– un moyen licite et légal de contraception : la Direction générale de la Santé a édité une plaquette de 26 pages pour éclairer la population sur la stérilisation dans un but contraceptif.
Pour trouver des urologues ou des services d’urologie pratiquant la vasectomie, se renseigner auprès de l’Association Française d’Urologie (urofrance.org) et des CECOS (cecos.org).
Vie privée et réseaux sociaux.
Dans une discussion sur un groupe philo, il y avait un texte qui mettait en avant la contradiction entre les contestations de la population au regard de l'atteinte à la vie privée sous diverses mesures de surveillance et les pratiques de masse qui consistent à étaler sa vie sur les réseaux sociaux alors que ceux-ci représentent une mine d'informations pour les instances gouvernementales. On sait combien facebook est devenue une bibliothèque ouverte sur les gens, des archives exploitables. Il n'est qu'à voir les publicités ciblées qui y sont affichées. Une des raisons pour lesquelles je n'y vais quasiment plus.
"
"La société de masse détruit non seulement le domaine public mais aussi le privé : elle prive les hommes non seulement de leur place dans le monde mais encore de leur foyer où ils se sentaient jadis protégés du monde. (…) Une vie passée entièrement en public, en présence d’autrui, devient superficielle. Tout en restant visible, elle perd la qualité de le devenir à partir d’un fond sombre qui doit demeurer caché à moins de perdre sa profondeur en un sens non subjectif et très réel. La seule manière efficace de garantir contre le grand jour de la publicité l’ombre des choses qui ont besoin du secret, c’est la propriété privée, un lieu que l’on possède pour s’y cacher."
Hannah Arrendt
Le "paradoxe de la vie privée" :
"Les gens se plaignent d'être surveillés, mais ils s'exposent de plus en plus".
Emmanuel Kessous, sociologue
"Nous savons bien que nos échanges ne sont qu'un jeu de rôle dont nous créons les personnages."
Denis Humbert, romancier
Au-delà de ce constat, il conviendrait de chercher les raisons profondes de ce besoin de s'ouvrir à l'autre, la plupart du temps à un inconnu, puisque le virtuel ne saurait remplacer la présence réelle ? Facebook, Twitter, Instagram, ne sont pas des lieux de rencontres. Ce sont des écrans. Au sens plein du terme. L'écran entre l'autre et moi et entre moi et moi-même. Comme une perdition de soi ou en tout cas, une forme d'éparpillement. Combien d'échanges importants sur les réseaux sociaux, combien de réflexions suivies par de réels échanges, combien de temps passé pour un effet délétère ?
Je suis toujours effaré quand il m'arrive de me retrouver dans une salle d'attente de voir le nombre de gens les yeux rivés sur leurs téléphones...Personne ne se parle, personne ne croise même un regard...Personne ne lit un livre...Ou très peu. Ce monde connecté est rempli de solitude et de négation de l'autre. Tout le monde sait ce qui se passe en Australie, au Brésil, au Chli ou à Remblai-le-gravier mais personne ne sait ce que vit son voisin de chaise...
Et si quelqu'un en venait à le demander, il passerait pour un malotru. Puisqu'il empêche l'adepte du smartphone de raconter sa vie sur l'écran...
Il convient donc de se demander quelle est la part de vérité dans cet éclairage de la vitrine connectée ? Qu'y a-t-il de réel au fond du magasin et qui n'apparaît pas dans la lumière des projecteurs ?
Ne s'agit-il pas d'une forme de solitude qui aurait besoin d'être atténuée quitte à considérer que les réseaux sociaux puissent combler ce vide intérieur ?
Il est clair pour moi que ce monde moderne souffre d'une dichotomie profonde entre cette passion des réseaux sociaux et la raison réelle de ces pratiques. Aujourd'hui, quelqu'un qui vit seul et n'est pas connecté au monde virtuel passe pour un marginal. Quelqu'un qui vit en couple ou en famille et qui est connecté 20 heures par jour passe pour quelqu'un de "normal"... La dernière fois que j'ai pris le TGV, je me souviens avoir vu un couple avec deux jeunes enfants, assis face à face. Aucun d'entre eux ne se parlait. Les parents avaient chacun leur smartphone et les enfants chacun une tablette... Effrayant...
C'est ce que j'appelle l'état de solitude connectée.
Il m'est arrivé de penser que le SDF avec son chien a un comportement plus aimant et plus humain. Et pourtant, il est exclu du groupe. Evidemment, puisqu'il n'a aucun pouvoir d'achat... Il ne peut pas faire partie du même monde que tous ceux qui sont appareillés et connectés.
C'est là que se pose la problématique de la solitude et de l'isolement.
Notre solitude sociale, à Nathalie et moi, est un choix. Réfléchi et volontaire. Déterminé.
Cette solitude n'a rien à voir avec l'isolement.
Les philosophes ont beaucoup écrit et parlé des bienfaits de la solitude. Mais cette solitude n'est pas acceptable pour une société marchande. Elle ne rapporte rien. Ou alors, il convient d'aller faire une retraite dans un monastère new age et débourser un mois de salaire pour apprendre par la méditation à se détacher des biens matériels...D'ailleurs tous les centres de "retraite méditative" ou autres appellations sont connectés au réseau... (En fait, je n'en sais rien, je n'y ai jamais mis les pieds). Je me moque.
Ce monde connecté offre donc aux gens la possibilité de ne pas être seuls et, pourtant, en se connectant frénétiquement, ils s'isolent. Et j'utilise sciemment le terme "d'isolement" et non de "solitude"car il s'agit bien d'une forme de pression sociétale.
Il "faut" être connecté, en tous lieux, le plus vite possible, sinon on est isolé, on est marginalisé.
On est un SCF (sans connexion fixe), un cauchemar. Mais où ce cauchemar prend-il son énergie, dans quel antre émotionnel trouve-t-il cette force constante ?
J'ai déjà pas mal écrit là-dessus. Et dans mes romans notamment :
La nature... Là, il est encore possible d'être seul. C'est d'ailleurs bien pour ça qu'elle intéresse si peu de monde.
Je ne parle pas de la nature urbaine des parcs de jeux ou des pelouses à pesticides, des forêts bien "entretenues "et des chemins balisés, du lac avec son grand parking et la baraque à frites, des stations de ski avec leurs HLM de luxe, des plages bondées où on n'entend même plus la mer...
Je parle de la nature où il n'y a personne. Celle où on peut se perdre, celle où il n'y a aucun bruit, celle où les traces animales sont plus nombreuses que les traces humaines. Cette nature-là n'est pas protégée parce que dans l'inconscient collectif, elle reste un espace dangereux. Non domestiquée.
Proposer à un "urbain" de partir à pied en montagne, pendant une semaine, avec très peu de nourriture, juste une bâche et un duvet pour dormir, l'eau des torrents, le caca derrière un rocher ou au fond de la forêt, là où il y des loups féroces ou des assassins pervers... Aucune chance.
Et c'est ce même "urbain" qui mourra en ville, poignardé, écrasé, intoxiqué, cramé, empoisonné, violée (j'ai mis un e...).
Lire les statistiques d'accidents mortels est une lecture très enrichissante.
Non, la nature n'est vraiment pas dangereuse.
Personnellement, je vais en ville avec un poignard dans ma veste.
Je le prends aussi en montagne, pour couper du bois et faire un feu si jamais on venait à devoir passer une nuit dehors. On n'en mourra pas.
"Ciel d'acier" de Michel Moutot
Bon, là, c'est clair, je suis ultra fan.
Après "Séquoias", je viens de lire "Ciel d'acier".
Mon deuxième roman de cet auteur, coup sur coup, et toujours cette soif dévorante de continuer à lire à des heures indues, l'esprit agité, fasciné, passionné.
L'écriture me plaît infiniment.
La construction, tout autant. Le mélange des époques, des premiers gratte-ciels jusqu'au WTC...Puis Ground zéro...
Les personnages sont vivants, là, devant moi, je les vois, je les entends, ils me touchent, ils me passionnent, leurs douleurs, leurs espoirs, leurs folies, leur énergie, leur détermination, leurs regards sur le monde.
Et puis, il y a toute cette incroyable précision dans les faits, une recherche historique de grande valeur.
Sans doute que l'intérêt de l'auteur pour les peuples indiens contribue à mon enthousiasme. Je les aime.
Ici, il s'agit des Indiens Mohawks. Ceux qui marchent sur les poutres d'acier à cent mètres du sol, ceux qui placent les charpentes métalliques, les "skyworkers" ou les "skywalkers".
Ceux qui construisent mais aussi qui démolissent quand c'est nécessaire...
On les retrouve donc dans la construction des premiers viaducs lorsque les "blancs" étendaient leur emprise sur le Nouveau Monde. Les Mohawks cherchaient à survivre et ils avaient compris qu'il était préférable de collaborer que de lutter avec les armes. Ils ont mis leurs talents au service de la construction des chemins de fer, puis des gratte-ciels. Parfois, ils furent respectés par les Blancs, non pas pour eux-mêmes mais pour la qualité de leur travail...
J'ai beaucoup lu sur les attentats du WTC mais je ne m'étais pas penché réellement sur "l'après"...Sur les hommes qui se sont glissés dans les décombres à la recherche de survivants puis rapidement à la recherche des morceaux de corps. Les Mohawks étaient là, encore une fois. Certains y sont morts. Non pas dans des accidents mais par empoisonnement, des mois plus tard.
Inimaginable ce qu'ils ont vécu.
Tout est là. Dans ce livre.
Chef-d'oeuvre.

Grand Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points - 2016
ISBN : 2757859714
Éditeur : POINTS (14/04/2016)
Note moyenne : 4.12/5 (sur 147 notes)
Résumé :
Chalumeau en main, John LaLiberté, ironworker comme ses ancêtres, sectionne l'acier à la recherche de survivants. Les Twin Towers viennent de s'effondrer sous ses yeux. Depuis le premier rivet porté au rouge dans un brasero, jusqu'à la construction de la Liberty Tower, six générations de Mohawks ont bâti l'Amérique. La légende dit qu'ils n'ont pas le vertige. Peut-on apprendre à maîtriser sa peur ?
«Aussi loin que je me souvienne j'ai voulu marcher sur les pas de mes ancêtres, sur des poutres de trente centimètres.»
Michel Moutot est reporter à l'Agence France Presse, spécialiste des questions de terrorisme international. Lauréat du prix Albert-Londres en 1999, correspondant à New York en 2001, il a reçu le prix Louis-Hachette pour sa couverture des attentats du 11 septembre.
«Entre information et fiction, rigueur et romanesque, Michel Moutot trouve l'équilibre et signe un livre par moments vertigineux.»
Télérama
Prix Gironde, nouvelles écritures 2015
J'ai eu envie d'en savoir plus encore et je suis allé fouiller sur le net.
Ce documentaire parle des Indiens Mohawks.
Cette vidéo montre des photographies d'époque.
Fascinant.
Sur une musique d'Ennio Morricone, du film "Il était une fois en Amérique".
Juste pour le plaisir, une scène d'anthologie. L'Amour.
Inondations
Je lis sur les sites d'informations que les victimes des inondations demandent des explications sur les causes de ces désastres successifs.
L'urbanisation résidentielle et économique.
L'abandon de l'entretien des cours d'eau.
Le remembrement des années 1970.
La perte totale de bon sens.
Les visées électorales des élus ou de ceux qui veulent le devenir.
Les dessous de table.
Les pressions des industriels, dans tous les secteurs.
L'alibi des créations d'emploi.
L'accroissement démographique.
Est-ce qu'il y a des solutions pour améliorer la situation ?
Non.
Le mal est fait.
Les systèmes de pensées sont ancrés.
Il y aurait des tas de choses possibles, dans les actes. Mais il n'y aura pas les décisions nécessaires. Les mentalités sont figées.
Les photographies de l'article sont interactives : il suffit de déplacer le curseur pour visualiser l'avant et l'après.
AVANT/APRES. Dans le Var, l'urbanisation galopante aggrave les dégâts causés par les inondations
Franceinfo remonte le temps pour vous montrer l'étendue de cette bétonisation dans le département, qui imperméabilise les sols et empêche l'eau d'être naturellement absorbée par la terre.
Deux vagues d'inondations en une dizaine de jours. Le Var, dans le sud-est de la France, doit faire face à des catastrophes naturelles à répétition depuis fin novembre. Et les conséquences sont dramatiques : douze personnes ont perdu la vie et de nombreuses maisons ont été ravagées. Face à ces dégâts considérables, certains pointent du doigt une cause principale : l'urbanisation sans borne et la bétonisation du département, le long de la côte et des cours d'eau. Il faut dire qu'en soixante ans, la population du département a plus que doublé, passant de 413 000 habitants en 1954 à plus d'un milllion en 2016.
"On construit beaucoup. Donc forcément, on a des inondations qu'on n'aurait peut-être pas eues il y a une dizaine d'années, parce qu'il n'y avait pas de constructions à ces endroits-là, détaille Paul Marquis, prévisionniste à Météo 13, auprès de France 3. On passe d'une sécheresse à de très fortes pluies, on a donc des phénomènes qui vont être aggravés sur le ruissellement urbain notamment". L'urbanisation imperméabilise les sols et empêche l'eau d'être naturellement absorbée par la terre. Franceinfo remonte le temps pour vous montrer l'étendue des constructions dans le Var.
A Roquebrune-sur-Argens, le fleuve est bouché (et déborde)
Deux crues en quelques jours. C'est ce que viennent de vivre les habitants de Roquebrune-sur-Argens. Tous les yeux sont rivés sur le fleuve, l'Argens, qui a ravagé de nombreuses maisons en sortant de son lit. Un risque accentué par la proximité de plus en plus importante des habitations avec le cours d'eau. Autre problème : "Ce que l'on souhaite aussi, c'est qu'enfin on s'occupe de ce fleuve. Il a besoin d'être nettoyé !", pointe du doigt Antonius Jacobs, conseiller municipal de Roquebrune. Des détritus bouchent en effet le fleuve, accentuant son débordement à chaque épisode pluvieux.
A La Garde, la population a quintuplé en soixante ans
Une explosion démographique. Le village de La Garde, 5 000 âmes en 1955, est devenue une ville de plus de 25 000 habitants en l'espace de soixante ans. Cette croissance éclair s'est aussi accompagnée d'un développement urbain express, notamment le long de la côte.
A Saint-Raphaël, des nouveaux lotissements à perte de vue
Des maisons, des piscines, des routes, des ports... A Saint-Raphaël, la nature a peu à peu laissé place à des lotissements géants, le long de la côte méditerranéenne. Un phénomène qui accentue les risques lors des épisodes de fortes pluies, comme celui du 1er décembre.
A Fréjus, les habitations se rapprochent de la côte
A Fréjus, les autorités ont opté pour la prévention lors du dernier épisode d'inondations. Dimanche 1er décembre, plusieurs zones de la ville ont ainsi été évacuées : la subdivision des Floralies, les Passes du Colombier, du Verger des Arènes, du Verger Sainte-Croix et du Quarter Montourey. La raison ? Le risque que représentait le torrent du Reyran. La ville a gagné du terrain ces dernières années, comme au niveau de la station balnéaire de Saint-Aygulf.
La bétonisation de la commune s'est aussi développée dans le centre-ville, avec la construction d'un port près de Fréjus plage.
A La Londe-les-Maures, des habitations jouxtent la rivière du Maravenne
Cette fois, La Londe-Les-Maures a été plutôt épargnée par les intempéries. Mais ce répit pourrait être de courte durée. En 2015, la chambre régionale des comptes (CRC) Paca avait épinglé la politique d'urbanisation de la commune. En cause : des constructions dans la zone à proximité du Maravenne, un petit fleuve côtier, comme le rapporte France 3. Quatre ans plus tard, le maire de la commune dénonce "des démarches trop contraignantes" pour réaliser des travaux de protection.
A Hyères, on paye "les décisions des années 1970 à 1990"
Les inondations ont (encore) créé des situations de détresse à Hyères. Dimanche 1er décembre, deux personnes de la commune ont été secourues par les pompiers, selon France Bleu. La commune a connu une urbanisation galopante depuis quelques décennies, notamment autour de la plage de La Capte, autrefois préservée de la bétonisation.
"Nous payons aujourd'hui les décisions des années 1970 à 1990, avec un étalement urbain et des extensions et artificialisations des sols à outrance", explique Julien Meyrignac, directeur du groupe Citadia spécialisé dans l'urbanisme, dans Var Matin. "Il ne faut plus jouer aux apprentis sorciers, en construisant, par exemple, dans des zones exposées."
A Grimaud, une marina symbole de l'urbanisation
Les habitants de Grimaud ont eu une grosse frayeur. Le 1er décembre, deux lotissements de la ville se sont retrouvés sous l'eau. Une trentaine de personnes ont même dû être évacuées par les secours. La ville doit faire face à plusieurs menaces : des pluies violentes et la montée des océans, notamment dans Port Grimaud. Cette marina au cœur du golfe de Saint-Tropez est sortie de terre dans les années 1960... à la place d'une immense zone humide.
A Saint-Tropez, les villas ont colonisé la nature
Les vues aériennes de Saint-Tropez ne laissent pas de place au doute. Les belles villas avec piscine ont colonisé la nature, notamment à l'Estagnet, au cap Saint-Pierre ou vers la Pointe de la Rabiou. Une bétonisation dénoncée de longue date.
Grève des enseignants
Etant donné que commencent déjà à fleurir sur les réseaux sociaux les mises au bûcher des enseignants, "tous ces fainéants privilégiés goinfrés de vacances", au regard de la prochaine grève, je tenais à poster cet article.
Lucien Marboeuf connaît très bien le problème. Il est enseignant. Son blog est très suivi. Ses interventions sont justes, éclairées et éclairantes, objectives, documentées.
Personnellement, je l'ai rarement vu aussi "remonté".
Il y a de quoi...
Pourquoi les enseignants seront-ils massivement en grève le 5 décembre ?
https://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2019/11/30/pourquoi-les-enseignants-seront-massivement-en-greve-le-5-decembre.html
On sentait, ces dernières semaines, que quelque chose se passait : la colère, sur les réseaux sociaux, à son comble ; les mails syndicaux, reçus en nombre, comme rarement ; les débats et les échanges d’informations, en salle des maitres. Cette semaine, la tension est montée d’un cran dans les écoles : les premiers chiffres ont commencé à remonter du terrain, et ils indiquent une forte participation à venir. De nombreuses écoles fermeront jeudi 5 décembre, certaines pour la première fois depuis très longtemps. Il faut comprendre ce que signifie une école qui ferme : tous ses enseignants sont grévistes. 100%. Dans celles qui ne fermeront pas, il y aura sans doute une majorité de grévistes. On évoque le chiffre de 60% des instits en grève. Dans le secondaire, la grève s’annonce très suivie également.
Une journée de salaire perdue, qu’est-ce, comparé à ce que perdront les enseignants, si la réforme des retraites passe en l’état ?
Régimes spéciaux et privilégiés, vraiment ?...
On connait la partition du gouvernement, habilement jouée : cette grève est corporatiste, elle est le sursaut de ceux qui aujourd’hui sont privilégiés et qui demain vont perdre ce privilège, rentrer dans le rang : on peut comprendre qu’ils grognent, mais bon ça leur passera, l’égalité des retraites est à ce prix. C’est en substance la ligne de com’ choisie par l’exécutif, selon qui cette grève serait « avant tout une mobilisation contre la fin des régimes spéciaux ». Sauf que les régimes spéciaux en question ne concernent que 420 683 personnes, soit 1,42% de la population… Les fonctionnaires ne bénéficient pas à proprement parler d’un régime spécial (lire cet excellent article) : ils font partie des 6 477 839 français qui ne sont pas affiliés au régime général, ce qui n’est pas la même chose, et qui représentent 21,9% des actifs.
En pointant du doigt les « régimes spéciaux », et en jouant de ce terme pour parler des fonctionnaires, le gouvernement joue la carte de la division public / privé, l’éculée guéguerre du bon salarié qui trime contre le fonctionnaire privilégié. Ainsi, il laisse croire aux 78,1% affiliés au régime général qu’ils ne sont pas concernés par la réforme, et surtout il évite qu’on parle du cœur de sa réforme : la retraite par points, où le point devient la base du calcul en lieu et place du nombre de trimestres travaillés (un système déjà à l’œuvre pour les retraites complémentaires). Or la valeur de ce point n’est pas fixe, le gouvernement peut la modifier régulièrement. C’est la fin de la retraite fixe, pour tout le monde, régime général ou pas, il n’y a plus de garantie sur le niveau de retraite. Avec ce nouveau mode de calcul, rares sont les professions qui ne seront pas impactées. Mais certaines le seront plus que d’autres : les professions libérales, les fonctionnaires, et parmi eux particulièrement les infirmières, les aide-soignants et les enseignants.
Les profs, dindons de la farce
Dans la réforme telle que proposée actuellement, les fonctionnaires ont beaucoup à perdre : leur pension ne sera plus calculée sur les 6 derniers mois d’activité mais sur les 25 dernières années, avec un salaire moyen bien inférieur, forcément. La faiblesse des salaires et les évolutions de carrière plates, aujourd’hui compensées par la retraite, ne le seront plus. Pour ne pas pénaliser les fonctionnaires, il est prévu de faire entrer les primes dans le calcul de leur retraite. En effet, les primes constituent près de 30% du traitement moyen des fonctionnaires titulaires de l’Etat hors enseignants. Mais si les primes constituent jusqu’à 61,1% du traitement pour les cadre A+, elles ne constituent que 12% de celui des enseignants, 5,1% pour les instits. Les profs sont donc les plus lésés par ce nouveau calcul, tout le monde le sait, le rapporteur du projet de réforme, Jean-Paul Delevoye, le Président Macron, le ministre de l’Education nationale JM Blanquer (ses conseillers l’ont encore reconnu cette semaine devant les syndicats). Tout le monde le sait, mais on en reste là, personne ne fait rien, aucune solution n’est proposée pour les enseignants.
Comme on s’inquiète, on va voir les simulations proposées par les syndicats, évidemment, et même sans les prendre pour argent comptant, on frémit. Selon les estimations, un retraité prof perdra entre 300€ et 900€ de pension par mois, en fonction de sa carrière dans l’EN. On parle bien de 3 600€ à 10 800€ par an. Qui accepterait cela ?
Salaire de prof slovène
Le pire, donc, dans l’affaire, est qu’il n’est pas prévu de relever la rémunération des profs. Le Président Macron l’a clairement dit il y a quelques temps. Trop de monde, pas assez d’argent. Les enseignants français vont donc continuer à être à la ramasse de tous :
- des profs étrangers, qui touchent bien plus, surtout ceux des pays à l’économie comparable, les profs français se situant au niveau des profs slovènes, lettons, mexicains, polonais… Pire, alors que le salaire statutaire a augmenté partout dans l’OCDE entre 2005 et 2018 (+10% en moyenne dans le primaire, +9% au collège, +6% au lycée), il a baissé 6% en France depuis 2000… Le cout salarial annuel d’un instit par élève est en France de 1915€, alors qu’il est de 2784€ en moyenne ailleurs dans l’OCDE (et bien plus élevé chez nos voisins européens) : un prof coute bien moins cher en France qu’ailleurs…
- des cadres de la fonction publique, dont le salaire a augmenté de 24% entre 1984 et 2009 alors que celui des profs diminuait de 20% (-15% depuis 1990). Les fameuses primes demain comptées dans le calcul des retraites ont été multipliées par 2,4 chez les cadres de la fonction publique, moitié moins chez les profs…
- des salariés de formation similaire : un prof français touche 78% du salaire perçu dans le privé, presque ¼ de moins…
Nous en sommes là. Notre salaire est objectivement peu élevé, notre retraite va être amputée de plusieurs centaines d’euros par mois, le gouvernement le sait pertinemment mais a choisi de laisser pourrir la situation. Pendant ce temps, on a appris cette semaine que les concours de recrutement de profs sont encore cette année en chute libre : -8% d’inscrits au CAPES (-15% depuis 2016), -5% à l’agrégation (-22,3% depuis 2016). Les disciplines scientifiques notamment sont en crise. Plus personne ne veut devenir prof, ce métier de privilégié fainéant toujours en vacances.
Avec ce qui se prépare pour les retraites, la saignée sera encore plus terrible : qui voudra encore être enseignant ? Le niveau des reçus baissera automatiquement, et celui des élèves avec. C’est toute l’école qui sera impactée, autant dire toute la société.
Tiens, justement. L’agenda est parfait, pour le gouvernement, avec la publication de Pisa, l’étude internationale qui plonge l’école française dans le marasme tous les trois ans. Ce sera mardi 3 décembre, toute la presse ne parlera que de ça, des mauvais résultats de la France, et les profs seront immanquablement pointés du doigt comme les fossoyeurs de la nation. Alors, leur grève, deux jours plus tard, pensez…
Le rapport du Conseil d’orientation des retraites a-t-il manipulé les chiffres ?
A l’approche de la grève, tout le monde a entendu ce grand sage, il est dans votre entourage, dans votre environnement professionnel, il joue la figure de la pondération, c’est celui qui « donne de la hauteur au débat », qui ramène les grévistes au réel : « Vous êtes bien gentils avec votre grève, mais totalement irresponsables : le système des retraites est à bout de souffle, les études le disent, il faut le sauver et pour cela, il faut faire des efforts ! »
Ne lui répondez pas. Contentez-vous de le renvoyer à cet article, édifiant : « Le Conseil d’orientation des retraites a-t-il exagéré le déficit dans son rapport ? ».
On y découvre que le dernier rapport du COR, sur lequel s’appuie pour le gouvernement pour justifier la réforme à venir, est plus que sujet à caution, plusieurs économistes en critiquent les conclusions : le rapport ne prend en compte que la période lors de laquelle le déficit se creuse, contrairement aux précédents rapports ; il minimise la baisse des dépenses publiques liées aux retraites, augmentant artificiellement le déficit ; il ne prend pas en compte les excédents des Caf et de l’Unedic, habituellement versés au système des retraites et contribuant à son équilibre… On comprend que le rapport introduit les biais qu’il faut (quitte à modifier ses outils habituels d’analyse) afin de montrer que le système de retraites est très déficitaire. On découvre alors que le rapport est… une commande du Premier ministre. Ce dernier aurait-il commandé un rapport volontairement alarmiste afin de justifier son projet de réforme des retraites ? C’est ce que pensent un certain nombre d’économistes, dont Henri Sterdyniak qui vient de publier une note intitulée « Rapport du COR : un déficit construit de toutes pièces » : « Compte tenu de la commande, le COR se trouve obligé d’analyser des mesures visant à combler un déficit inexistant en 2025 ». Constatant que le rapport réussit malgré tout à faire apparaitre un déficit de plusieurs milliards en 2025, Sterdyniak estime que l’objectif de l’exécutif est clair : « Il s’agit de montrer que le système est déficitaire, donc qu’il faut des mesures de correction ». Donc que sa réforme est indispensable et de bon sens. CQFD.
Les profs s’apprêtent donc à perdre des milliers d’euros de pension chaque année, alors même que le déficit des retraites est tout sauf une évidence, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement.
Nota : on relira avec intérêt cette interview de Thomas Piketty, dans laquelle il dit notamment : "Ce sujet des retraites est majeur. Il illustre le fait qu’il y a toujours des alternatives. Il y a en effet plein de façons de faire un régime universel, car une fois qu’on a dit qu’on veut faire les mêmes règles pour tout le monde, en fait on n’a rien dit. Quelles sont ces règles communes ? Au départ, le gouvernement actuel s’est abrité derrière un principe de justice qu’il voulait infaillible : c’était le "un euro cotisé donne droit à un euro de retraite", quel que soit le régime et quel que soit le niveau de salaire. Sauf que ce soi-disant principe de justice revient à sacraliser les inégalités salariales telles qu’elles existent dans la vie active et à les reproduire à l’identique pendant toute la période de retraite et jusqu’à l’âge de la grande dépendance, où chacun doit essayer de trouver une solution pour finir sa vie".
On pourra aussi lire cet article de Forbes (pas franchement un média d'extrême gauche) dans lequel on lit cela : "La diversité et la spécificité des différentes catégories socio-professionnelles étaient justement à l’origine de la création de régimes de retraite séparés. Fusionner 42 régimes de retraite en un seul, la barre est mise très haute. A trop vouloir rendre la retraite “juste et équitable” pour tous, l’omelette du gouvernement va compter beaucoup d’œufs cassés".
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"Séquoias" de Michel Moutot
Séquoias
Michel Moutot
Prix Relay 2018
Milieu du XIXe siècle. Les frères Fleming, trois chasseurs de baleines, natifs de l’île de Nantucket, répondent à l’appel de l’or venu de la lointaine Californie, à l’autre bout des États-Unis d’Amérique.
À bord du Freedom, le navire dont ils ont hérité à la mort de leur père, Mercator, Nicholas et Michael forment leur équipage et mettent les voiles. Au terme d’une odyssée de six mois, de New York à Valparaíso, en passant par le cap Horn, les voici en vue de la terre promise. Mais le petit village assoupi dans la baie de San Francisco est devenu une cité grouillante où quelques chanceux descendus de la Sierra les poches pleines de pépites jouent leur fortune dans les tripots, tandis que d’autres se préparent à tenter l’aventure sur leurs traces. C’est le choix que fera Michael, le cadet. Mercator, lui, comprend rapidement que, loin de se tapir seulement dans les montagnes, la fortune est en réalité sous ses pieds, quitte à abattre la forêt de séquoias géants marquant l’entrée de la Porte d’Or.
Dans ce monde nouveau au cœur du Nouveau Monde, voici le roman d’une fratrie de baleiniers héroïques devenus chercheurs d’or, prêts à tout pour assouvir leur soif de conquête et de fortune, jusqu’à une ultime aventure, en mer de Béring.
Séquoias - Michel Moutot
RTL
"Un vrai bonheur de lecture. Une formidable aventure. "
Le Magazine littéraire
"Roman d'aventures mené tambour battant, Séquoias joue simultanément sur plusieurs tableaux: fresque historique solidement documentée sur les Etats-Unis de la première moitié du XIXe siècle, l'épopée de Michel Moutot mène parallèlement une réflexion sur les fondements d'une société qui conjure la moindre pénurie en réactivant le mythe d'une abondance illusoire. "
Marie Rogatien Le Figaro magazine
"Séquoias est plus qu'un roman historique à l'allure de saga littéraire, c'est une réflexion épique et habitée sur la création du Nouveau Monde. "
Anne Berthod La Vie
"La Vie aime: passionnément
Michel Moutot s'avère un chroniqueur épique et minutieux. Pour les amateurs de romans d'aventures et de grands espaces, ce livre est un bijou."
Puisque je n'écris plus, j'ai recommencé à lire...
Beaucoup.
Des romans et quelques ouvrages divers.
"Sequoias" de Michal Moutot va me rester longuement en tête. Un chef-d'oeuvre, pour moi.
Une puissance évocatrice qui relève du cinéma. Une écriture magnifique, un scénario qui génère une véritable addiction. Impossible de ne pas s'offrir une séance de lecture par jour.
Les commentaires sont élogieux. Et je n'imagine pas qu'il en soit autrement. Personnellement, il n'y a rien, absolument rien à retirer de ce livre. Je n'ai pas ressenti le moindre détachement, la moindre lassitude ou déception. De chapitre en chapitre, la soif de lire reste la même.
Au-delà de l'histoire elle-même, il m'est venu le souvenir d'un article que j'avais écrit il y a quelques temps.
"Nous ne nous appartenons pas, intérieurement. Il n’y a pas de paix en nous mais des désirs infinis, une volonté de marquer notre territoire, notre environnement, comme on établirait des clôtures, la sédentarisation est un mal spirituel et une source de profits immenses."
Dans le roman de Michel Moutot, on voit évoluer les hommes du 19 ème siècle, des hommes obnubilés par la ruée vers l'or. Qu'il s'agisse de la chasse à la baleine, des mines d'or du "Nouveau monde" ou de toutes les exploitations possibles associées aux besoins de cette masse humaine. La Nature est uniquement une source à exploiter. Les dégâts occasionnés n'ont strictement aucune importance. Ce qui compte, c'est la possession et la possibilité de s'extraire de la misère sociale, d'atteindre une place enviée et de la garder.
Les hommes s'unissent ou se combattent. La Nature n'est qu'une ressource. Quitte à en épuiser les gisements : l'extinction des baleines, l'appauvrissement inévitable des gisements d'or, la quête effrénée de nouveaux lieux, l'abattage des forêts pour construire les villes, les bateaux, faire tourner les machines à vapeur.
C'est effroyable et tous les peuples agissent de la même façon, avec la même folie destructrice et la même intelligence créatrice. Une intelligence qui n'a que faire du bon sens ou de la vision à long terme, de l'impact sur les générations à venir, de la perte des biens naturels quand il s'agit d'acquérir les biens matériels.
Tous agissent de la même façon.
Tous, sauf les Indiens.
Qui seront donc exterminés.
C'est à travers ce constat que m'est revenu en mémoire cette réflexion sur l'ontogenèse et la phylogenèse.
Où en sommes-nous aujourd'hui, au 21 ème siécle ?
Il y a une rupture. Une scission entre cette masse humaine qui ne voit dans la nature que son potentiel exploitable et ceux qui, désormais, voient prioritairement les effets dévastateurs. Les nouveaux "Indiens" en quelque sorte. Des humains qui prônent un retour à l'équilibre, non pas un nouvel âge préhistorique mais une adptation de l'homme à la nature. Et non plus l'inverse.
Il ne s'agit pas de perdre ce qui a été acquis. La vie des hommes au 19 ème siècle n'est pas enviable.
Il s'agit d'équilibrer notre niveau de vie avec la vie elle-même et que nos existences ne soient plus la cause première de la disparition de la vie.
Combien de temps faudra-t-il pour que cette ontogenèse individuelle devienne la phylogenèse nécessaire au maintien de la vie sur Terre, combien de temps pour que l'évolution de chaque homme puis de l'espèce humaine dans son entièreté ne vienne plus porter atteinte à l'évolution de la vie elle-même, pour que la "sauvagerie moderne" de chacun, nourrie par l'inconscience collective, héritée de nos ancêtres, se tourne vers un monde durable, riche de sa biodiversité et non plus pour l'enrichissement démesuré de certains humains tout autant que l'appauvrissement de ceux qui ne peuvent suivre le rythme...?
Je n'ai pas la réponse.
Ce qui est certain, c'est que l'effacement de cet inconscient collectif, de cet impact considérable au regard des "exemples" passés, tout cela prendra beaucoup de temps.
C'est là que l'éducation, l'enseignement, l'exemplarité des parents représentent une source immense de progrès. Ou pas.
Quant aux instances dirigeantes, je n'attends plus rien d'elles.
KUNDALINI : Commentaire (2)
- 2. NATHALIE LAMOTHE (site web) | 21/11/2019
Bonjour Thierry
Je viens de finir votre livre Kundalini . Je n'aurai qu'un mot : il m'a TRANSPERCE le coeur .
Tout ce que j'y ai lu a fait sens et résonance . Emotion , ouverture de conscience , des mots sur mon ressenti de vie , des mots sur mon parcours tantrique .
Je voulais vous remercier d'avoir éclairé la transformation dans laquelle je me sens en chemin. J'ai compris ma quête , ce qui appelle mon âme . Vivre ou exister ...
Quelle belle âme vous devez être pour avoir si magnifiquement et justement décrit la sexualité sacrée .
Quelle incroyable ode à l'amour ... c'est si rare .
Infinie gratitude .
- 1. Thierry | 21/11/2019
Bonjour Nathalie
Mille mercis pour votre commentaire. Il me comble de joie. Je suis très touché. J'ai vu sur votre site web que vous êtes particulièrement concernée au travers de votre profession. Il était très important pour moi que des individus œuvrant dans le domaine de la sexualité puisse être touchés par ce livre. Que cela, en plus, fasse écho au regard de votre parcours personnel ajoute encore à ce bonheur.
Il y a peu de commentaires sur ce livre et j'en ai parlé avec une femme lectrice. Elle me disait qu'elle n'avait pas su traduire son ressenti mais plus encore qu'elle n'avait pas osé dire tout ce qu'elle avait éprouvé. Une retenue que je comprends devant un thème aussi intime.
Je vous remercie par conséquent d'avoir tenu à écrire ces quelques lignes.
Un grand bonheur.
Ecriture : fin
J'arrête l'écriture de romans.
Je ne finirai pas le tome 3 de ma trilogie en cours.
"Tous, sauf elle" est terminé mais je ne souhaite pas qu'il soit publié étant donné que je n'achèverai pas la suite.
"Il faudra beaucoup d'amour", restera en l'état, soixante-dix pages.
Je ne veux pas tromper les lecteurs éventuels qui resteraient à attendre la fin de l'histoire avec ce tome 3 sans jamais l'obtenir.
J'ai supprimé du blog les deux pages de présentation de ces deux romans.
J'ai supprimé également "Les Eveillés". Il aurait fallu que je le travaille une nouvelle fois. Il ne me satisfaisait pas en l'état. Et je ne le ferai pas.
Le silence nécessaire dont j'ai besoin passe aussi par cet arrêt.
J'ai prévenu mon éditrice. Elle tient à publier "A coeur ouvert" en 2020. Il ne reste qu'à réaliser la couverture.
Il sera le dernier.
J'ai passé des milliers d'heures à écrire. J'ai aimé ces moments. Infiniment.
Mais le désir n'est plus là.
Il est évident que le résultat négligeable des ventes et bien plus encore des retours peu nombreux de lecteurs contribuent à cette décision mais tout cela tient avant tout dans le choix de me tourner vers d'autres priorités.
Celui de notre projet de maison avant tout. Et c'est une tâche compliquée au regard des critères qui nous sont incontournables.
Celui du temps que je veux consacrer à Nathalie, à nos enfants et aux quelques personnes que j'aime.
Celui du temps que je veux m'accorder sans être tenu par une exigence de qualité dans le partage écrit.
Peut-être aussi qu'il est temps que j'entre réellement dans ce silence que j'aime tant.
Les écrits ont fini par devenir trop bruyants. Ils prennent trop de place. Ils prennent trop de temps et d'énergie.
Cette décision de ne pas tenter la publication d'un roman sur lequel j'ai travaillé des centaines d'heures ne m'affecte aucunement et c'est une preuve, à mes yeux, de l'insignifiance de la chose, désormais.
Il est temps que je m'attelle à des actes utiles. Utiles pour ceux que j'aime et pour moi. Je sais ce que signifie la "bulle de l'auteur" et le temps est venu de m'en extraire.
Pour les mêmes raisons, ce blog n'aura donc plus autant d'articles. Je le laisse en l'état.
Silence nécessaire
Je n'écris plus grand-chose ici et je ne poste plus d'articles pris sur la Toile.
Je n'en ai plus l'envie.
J'entre dans un silence nécessaire.
Il y aurait tellement de choses à écrire sur l'état de ce monde et ça serait tellement inutile.
Je ne crois en aucune évolution positive.
Et je ne suis nullement pessimiste.
Juste factuel.
"Quand tu les acceptes, les choses sont ce qu'elles sont ; quand tu ne les acceptes pas, les choses sont ce qu'elles sont."
Très bien. Puisqu'il en est ainsi, il est inutile de s'y attarder.
Je m'interroge grandement sur la poursuite de l'écriture de mes romans. Pour moi principalement puisque de toute façon, ils n'existent que pour un nombre très limité de lecteurs. Je tiendrai au courant ici ceux ou celles qui s'y intéressent.
Mes textes n'existent pas dans cette masse d'écrits qui se déverse continuellement dans la sphère médiatique. Et pourquoi existeraient-ils d'ailleurs puisque je ne sais pas les vendre ?
Non, je ne suis pas commerçant, je n'irai pas dans des salons, je ne quémanderai pas des articles, ni des commentaires.
Moi, j'écris. Le reste n'est pas de mon ressort.
Si personne ne souhaite en parler, c'est que l'impact de mes écrits n'est pas suffisamment intense. C'est ce que j'en retiens.
Il n'y a là aucune désespérance. C'est juste factuel, encore une fois.
J'ai commencé ce blog en 2009. Il y a à ce jour 3927 articles avec celui-ci.
Je les laisse en ligne.
S'ils peuvent intéresser encore quelques personnes, il n'y a aucune raison que je ferme ce site.
Mais j'entre dans un silence nécessaire.
JUSQU'AU BOUT : Ni Dieu, ni maître
"
Les jours suivants, il fut frappé par la célérité avec laquelle tout s’enchaîna. Comme un dénouement en accéléré. Une barque dans un courant puissant, sans rame, sans gouvernail, juste emportée dans une direction inconnue. Il avait descendu l’embarcation jusqu’à l’eau, croyant dès lors être maître du parcours à venir. Incroyable cette prétention humaine. Il se promit d’être plus vigilant, plus honnête avec lui-même. Il sentait bien, lorsque la clairvoyance l’envahissait, que rien ne lui appartenait vraiment. La vie n’était qu’une succession de réactions en chaîne et comme une boule de flipper constamment renvoyée aux quatre coins du jeu, l’individu, pour ne pas sombrer dans la folie se persuadait que le chemin était choisi. Espérant simplement que le maître de la partie aurait suffisamment de classe et d’adresse pour que les coups s’éternisent. Que ce maître s’assoupisse un instant et c’était la catastrophe. Tilt, game over et le tour était passé. Au suivant. Quelle dérision ! Naître dans un beau jeu, bien décoré, offrant de multiples épreuves, vibrer follement à chaque accélération, s’efforcer de toute son énergie à éviter la sortie, voilà les seuls bonheurs de cette existence. Il trouva qu’il avait eu la chance d’être tombé dans une belle partie, que son parcours jusqu’ici lui avait offert quelques satisfactions, puis la grande découverte, le grand amour et qu’il lui restait à sortir le grand jeu, usant pleinement de ses expériences pour atteindre le jackpot ! Il n’en était pas loin. Tout s’accélérait. Il faudrait rester lucide. Le meneur de jeu ne supporterait aucune faiblesse. Mais est-ce qu’il y avait réellement un meneur de jeu ? Ce n’était pas lui en tout cas, trop de paramètres lui échappaient. Alors qui ? Dieu ? Il n’y croyait pas. Celui-là n’avait été inventé que pour combler l’absence d’explication et permettre surtout aux instigateurs du mensonge de s’enrichir. Il suffisait de regarder le Vatican. Le hasard alors ? Oui, peut-être, juste le hasard. À chaque décision, plusieurs directions se dessinaient et selon la météo, l’humeur du moment, les rencontres sur le chemin, autant de circonstances incontrôlées, l’une ou l’autre de ces possibilités seraient mises en avant et les autres délaissées. Cette solution appellerait d’autres dénouements, d’autres options à venir et dans ce perpétuel imbroglio, l’individu s’efforcerait de se rassurer en affirmant jour après jour, que telle décision était la bonne ! Vaste supercherie. Rien ne nous appartenait et rien n’était écrit. Dieu n’y était pour rien et l’homme non plus. L’homme peut-être un peu plus, tout de même. Parfois, ne prenait-il pas certaines décisions, totalement inattendues, bousculant l’ordre logique des choses en cours, des décisions laissant les proches ou même la communauté entière totalement abasourdis ? Il chercha un exemple et pensa à Bernard Moitessier dans la course en solitaire autour du monde, qui décide de continuer, alors qu’il était en tête, et de ne pas rentrer au port, « pour sauver son âme ». Ça, c’était grand ! Il ne devait cette décision à personne d’autre que lui. Il n’y avait pas eu de hasard. C’était un acte pleinement volontaire, au-delà de la raison, quelque chose qu’il avait construit en réaction à une vie en société qu’il rejetait, à des valeurs qu’il ne reconnaissait pas. Oui, mais alors, il n’avait fait que réagir à une situation qui ne lui convenait pas. Tous ses actes avaient été déterminés par une mise en scène extrêmement compliquée dans laquelle il avait essayé de glisser une petite part de volonté, sa décision n’était pas neutre, elle lui avait été imposée, ses actes avaient été déterminés par la lutte qu’il avait engagée contre des concepts qu’il haïssait.
C’était effrayant.
Il se sentit comme une plume aux vents. Les réflexions s’enchaînaient à une vitesse étourdissante.
Notre vie ne nous appartenait pas et elle n’appartenait d’ailleurs à personne, l’essentiel, finalement, étant d’en être conscient et de gérer ce drame du mieux possible. Ni dieu, ni maître, ni rien du tout. Qu’une boule de flipper lancée, par hasard, dans une partie que personne ne contrôle, et où chaque péripétie entraînera d’autres péripéties, nullement choisies, justes subies, et dont la boule essayera de se sortir du mieux possible ou plutôt, avec le moins de mal possible, et avec parfois le sentiment prétentieux d’avoir pris une décision supérieure, d’avoir atteint le plus haut degré de conscience. Non, c’était affreux, un cauchemar. Il devait essayer de contrôler le jeu ! Au moins une fois, dans une circonstance, juste une, quelles qu’en soient les conséquences, mais qu’il puisse se dire, avant la fin, « ça c’est à moi. » Même s’il ne s’agissait que d’une réaction contre un système, qu’une révolte contre la dictature permanente des jours qui défilent hors de toute maîtrise, il devait au moins une fois montrer son opposition. Ce serait certainement dérisoire par rapport à toutes les années de soumission mais ce serait enfin un acte relativement personnel.
Il songea à sa rencontre avec Birgitt et Yolanda. Tout était du hasard. Depuis son départ de l’école, le passage au lac Charpal, l’arrivée dans les Landes. Pourquoi là et pas un peu plus loin ? Seul l’instant où il était parvenu à leur adresser la parole, à leur donner envie de s’arrêter, avait marqué le sceau de sa volonté. Quelques secondes. Il lui avait fallu pratiquement un an de dérives pour y parvenir."
KUNDALINI : au-delà de l'enseignement.
L’union sexuelle ne peut pas se limiter à une répétition mécanique et appliquée des enseignements, des expériences communes, des apprentissages achevés.
Il ne s’agirait sinon que d’une machinerie organique.
Et aussi performante soit-elle, elle ne peut soutenir l’extension de l’amour.
Le Kâma-Sûtra est une gymnastique s’il n’est que postures.
Le Tantra n’est qu’une philosophie exotique quand il n’est que récitations.
Le Tao n’est qu’une excroissance intellectuelle quand il n’est qu’adoration des enseignements.
Hors de l’amour, rien de bon ne peut advenir.
Il s’agira immanquablement d’une course poursuite à travers le temps, une alternance de leçons apprises et d’objectifs à atteindre.
Du passé au futur en croyant jouir du présent.
Greta Thunberg, encore.
Greta Thunberg - la personne, le message et la haine
Par Alexis Toulet, jeudi 3 octobre 2019. Lien permanent Essais
Le phénomène Greta Thunberg suscite une avalanche de déclarations haineuses, qui ne peut qu’interroger.
Où l’on se demande qui est cette personne, ce qu’elle dit, quelle en l’est l’importance - et les raisons de la haine.
Le président des Amis du Palais de Tokyo Bernard Chenebault a sur Facebook – ce qui revient à dire : sur la place publique – appelé au meurtre de Greta Thunberg
"J’espère qu’un désaxé va l’abattre"
Il va être remplacé dans ses fonctions, ce qui se comprend étant donné que les amis du Palais de Tokyo s’intéressent a priori davantage à l’art moderne qu’à faire émerger une nouvelle violence moderne.
Il est intéressant de se rapporter aux accusations de Chenebault, comme quoi Greta Thunberg serait une « folle » qui « rajoute une couche de haine dans notre société ». C’est d’autant plus intéressant que s’il semble être pour l’instant le seul – espérons le dernier – à avoir carrément appelé à la tuer, ce ne sont pas les déclarations brutales qui ont manqué en réaction à l’action de la jeune Suédoise, et surtout à son discours devant l’ONU le 23 septembre dernier. Si certains critiques restent dans une expression modérée, accusant Greta Thunberg d’être « outrancière » comme la secrétaire d’Etat à la Transition écologique Emmanuelle Wargon ou s’opposant à telle action ponctuelle comme la plainte déposée contre plusieurs Etats au nom des droits des enfants, d’autres vont beaucoup plus loin (1)
- Il y a ceux qui prétendent – contre le consensus scientifique ! – que l’argumentation de Greta Thunberg serait de la « non-science » venant d’une « tête creuse » et oublierait la rationalité
- D’aucuns vont plus loin et attaquent la jeune fille sur son âge, l’accusant de souffrir d’« infantilisme », de geindre, d’être « puérile », ou accusant ceux qui l’écoutent d’être « au garde à vous » devant un « tyran de 16 ans »
- Le stade suivant, ce sont des attaques contre le physique de Mademoiselle Thunberg. Son visage « angoissant » et son corps seraient ceux d’un « cyborg », qui mettrait « mal à l’aise »
- Encore plus loin, elle serait une « illuminée » répandant une « idéologie totalitaire ». Sa parole « fanatisée » et « sadique » viserait à susciter des « gardes verts » comme il y eut jadis des gardes rouges et des « jeunesses hitlériennes ».
Le stade immédiatement après, c’est l’appel au meurtre en effet. Chenebault a du moins présenté ses excuses, mais si la vague de réactions brutales, allant bien au-delà de la circonspection ou de critiques construites, jusqu’à déboucher sur une haine qu’il faut bien interroger, ne faiblit pas, sera-t-il le dernier à formuler un appel à la violence ?
Il faut se poser quatre questions :
I) Qui est Greta Thunberg ?
Si vous regardez les gazettes, même d’un œil un peu distrait, vous saurez tout de suite le principal et ce qu’il faut retenir de son discours passionné à l’ONU : Greta Thunberg est quelqu’un qui a fait la grimace.
Rien d’étonnant à cela bien sûr : mettons au défi quiconque de faire un discours devant caméras sans que parmi les 25 images par seconde pendant plusieurs minutes ne se trouvent au moins quelques-unes où il grimacera ! Images qu’il sera ensuite loisible de sélectionner pour le décrier.
Soyons un peu plus sérieux : Greta Thunberg est une jeune Suédoise de 16 ans.

Greta Thunberg
Depuis une année, elle appelle l’ensemble des dirigeants mondiaux à s’attaquer en priorité au problème climatique, dénonçant leur négligence. Elle engage tous ceux de sa génération à réclamer avec insistance que les moyens de parer à ce danger soient recherchés et appliqués, étant donné que ceux qui verront la deuxième moitié du XXIème siècle sont bien les premiers concernés.
Greta Thunberg est très jeune, et elle a un discours très construit, ce dont témoigne par exemple l’ancien vice-président du GIEC Jean-Pascal Van Ypersele
Elle comprend les enjeux de la crise climatique bien mieux que la plupart des dirigeants politiques ou économiques
Plusieurs ont émis le soupçon que tout cela devait être un montage ou une manipulation. On ne pourrait pas avoir une telle maturité à seize ans. Cette jeune Suédoise serait donc forcément une marionnette, et le jouet de tels ou tels intérêts. D’autant plus sûrement qu’elle est handicapée, souffrant d’autisme. A ce sujet :
- Greta Thunberg dialogue non seulement avec des dirigeants ou des animateurs médias, mais encore avec un public, en répondant spontanément, sans fiches, sans notes, et en s’appuyant sur « une sérieuse connaissance des mécanismes à l’œuvre et des causes de la crise climatique ». Une pauvre marionnette manipulée serait incapable d’en faire le dixième. Pour en faire autant, en direct, sans personne qui vous souffle de réponse, il faut être autonome, déterminé, et encore savoir de quoi l’on parle
- Les surdoués, ça existe. Il n’y a d’ailleurs pas de contradiction entre être autiste – type Asperger c’est-à-dire sans diminution des facultés mentales – et être surdoué, un autiste est quelqu’un qui a des difficultés pour communiquer, ce qui est tout à fait compatible avec une intelligence supérieure à la moyenne. Voir encore cette description sur le site français consacré à l’autisme
- Les autistes sont souvent "étonnants de par leur culture générale" avec notamment un domaine d’intérêt particulier dans lequel ils excellent, parce qu’ils s’y sont intéressés vraiment à fond. La réflexion très développée de Greta Thunberg sur la crise écologique, tout particulièrement impressionnante vu son âge, s’explique simplement du fait que son domaine d’intérêt particulier à elle, c’est justement cette crise. Et elle y est allée à fond, en effet !
- On peut faire un parallèle avec les aveugles, qui ont souvent une ouïe très développée, par compensation en quelque sorte de leur handicap. La compensation qu’a réalisée Greta Thunberg, c’est sur un domaine qui est effectivement très pertinent pour l’avenir de l’humanité, non dans des domaines sans doute intéressants mais moins immédiatement nécessaires comme l’Egypte antique, les moisissures et la fossilisation comme un Josef Schovanec au même âge. Bien sûr, beaucoup d’autistes ne sont malheureusement pas des personnes extrêmement cultivées comme un Schovanec ou une Thunberg. Mais ce genre de personnes impressionnantes existe effectivement parmi eux.
Certes, Greta Thunberg n’est pas la pierre angulaire sur laquelle la reprise de contrôle par l’humanité de son impact sur son environnement pourra être fondée, comme certains de ses détracteurs font semblant de croire qu’elle se présenterait. Non seulement elle n’est pas un Messie, elle ne prétend pas l’être !
C’est quelqu’un qui veut faire passer un message. Et il est temps, comme nous y appelle le proverbe chinois lorsqu’on nous montre la Lune du doigt (2) de bien regarder l’astre, et non pas le doigt qui nous l’indique – même si ce doigt est celui d’une jeune fille !
II) Que dit-elle ?
Voici le texte intégral de l’adresse de Greta Thunberg à l’ONU le 23 septembre 2019.
Le message, qui est plus important que le messager, c’est que nous devons nous employer, sérieusement, comme si l’avenir de nos enfants en dépendait, à trouver des solutions pour reprendre le contrôle de notre impact sur le reste de la biosphère, impact désastreux en matière climatique comme dans d’autres domaines. Pourquoi ? Eh bien, parce que l’avenir de nos enfants en dépend, en effet !
Est-ce vrai ? Eh bien oui, le réchauffement du climat de la planète, qui a déjà commencé, menace si l’humanité continue sur sa lancée actuelle non seulement de canicules plus fréquentes, mais surtout de provoquer des effondrements d’écosystèmes à une échelle de plus en plus grande, et cela aussi a commencé. Or, nous autres êtres humains dépendons des écosystèmes c’est-à-dire de l’ensemble du vivant sur cette planète pour notre existence et notre prospérité. Des effondrements de parties de plus en plus étendues de la biosphère finiraient par menacer la vie d’une grande partie d’entre nous, tandis que les survivants mèneraient une existence certainement plus fruste et consacrée justement à la survie. Si nous continuions « comme jusqu’ici », il ne suffirait malheureusement pas pour s’adapter d’acheter une clim pour l’été… Des adaptations de surface ne peuvent suffire que face à de petites perturbations, et c’est de bien autre chose qu’il s’agit.
Certes, ce danger n’est pas nécessairement pour demain matin. Mais il n’est pas une invention de quelques catastrophistes.
a) Que l’on se rapporte par exemple au rapport établi en 2017 par 15 000 scientifiques concernant l’état de la planète dont la traduction intégrale en français est ici.
b) Citons encore l’appel d’un groupe d’anciens militaires de haut rang et officiels de la défense au président Trump afin qu’il établisse un plan d’ensemble pour parer ce qu’ils identifient à raison comme « la plus grande menace sur la sécurité nationale » des Etats-Unis :
"Un groupe d’anciens hauts responsables militaires et de la sécurité nationale a demandé mardi au président Donald Trump d’établir un plan global qui considère les changements climatiques comme une menace majeure pour la sécurité nationale.
(...) Il est approuvé par 64 anciens hauts responsables militaires, de la sécurité nationale et du renseignement.
(...) " Le Plan de sécurité climatique pour l’Amérique est un appel aux dirigeants présidentiels à donner la priorité à ce défi et à prendre des mesures pour protéger notre sécurité nationale face à la tempête à venir ", a déclaré John Conger, directeur du Center for Climate and Security, dans une déclaration."
Le plus intéressant dans cette démarche, c’est l’affirmation que la menace climatique et écologique est la plus grande menace de sécurité nationale pour les Etats-Unis. Et les autres pays peuvent en dire autant à l’évidence, sauf peut-être à la limite Russie et Canada.
c) Citons encore ce rapport établi sous la direction de l’ancien chef des armées australiennes l’amiral Chris Barrie, qui avertit que si les dirigeants mondiaux ne s’entendent pas pour aller bien au-delà des engagements pris à Paris en 2015 il faut s’attendre aux environs du milieu du siècle à « des événements sociétaux non-linéaires massifs », c’est-à-dire l’effondrement de nations entières et un chaos généralisé, et appelle à « un plan Marshall (…) d’échelle semblable à la mobilisation de la Seconde Guerre Mondiale »
Sommes-nous donc en train de faire face ? Avons-nous commencé à agir pour parer le danger ?
S’agissant du réchauffement climatique – sans doute le premier des impacts potentiellement catastrophiques sur la biosphère mais pas le seul – voici un rappel qui peut apporter quelques précisions : l’évolution des émissions mondiales de CO2 de 1990 à 2018

Emissions de CO2 mondiales, 1990 -2018
En l’espace de 28 ans, on constate :
- Augmentation de plus de moitié des émissions de CO2, de 21 à 33 milliards de tonnes par an. Et il faudrait encore tenir compte des émissions d’autres gaz à effet de serre, en premier lieu le méthane, qui augmentent également
- La seule inflexion dans le bon sens, c’est le creux de 2008-2009, conséquence évidente de la récession mondiale provoquée par la crise financière... et de courte durée puisque la croissance a très rapidement repris
Nous en sommes là. Nous ne sommes pas seulement en train d’aller vers un déséquilibre climatique propre à provoquer des phénomènes d’emballement – émissions de CO2 supérieures à la capacité d’absorption de la planète – nous sommes en train d’accélérer. Et la seule "solution" que nous sachions aujourd’hui appliquer c’est la crise économique et la récession.
III) Est-ce important ?
Alors quelle est l’importance du message de Greta Thunberg ? Puisqu’elle n’est à l’évidence pas la seule à le dire, ni la plus savante – malgré ses connaissances impressionnantes pour son âge – n’est-il pas superflu qu’une enfant de seize ans prétende s’en mêler ?
Il pourrait être très important au contraire, car les alertes lancées par les scientifiques depuis plus de 30 ans – et la communauté scientifique n’en est plus exactement au lancer d’alertes, ils sont en train de sonner le tocsin, et des militaires les rejoignent ! – n’ont pas convaincu les décideurs mondiaux – qu’ils soient politiques et économiques, qu’ils soient américains, chinois, européens, indiens ou autres – de réagir comme le danger l’impose.
Les résultats obtenus le prouvent, c’est-à-dire aucun : voir le graphe des émissions de CO2 plus haut.
Et on est encore très loin parmi les dirigeants mondiaux d’être conscients de la gravité des risques et de l’urgence d’y parer. Il suffit d’écouter Emmanuel Macron, qui n’est pourtant pas le dirigeant national le moins sensible à la question environnementale, ni celui du pays ayant le plus fort impact climatique compte tenu de son économie, déclarer avec agacement « Qu’ils aillent manifester en Pologne ! »
« Je préfère que tous les vendredis on fasse de grandes opérations de ramassage sur les rivières ou les plages corses »
« La vérité, c’est qu’il y en a un qui bloque tout, c’est la Pologne. Mon objectif, c’est de convaincre les autres pays de bouger »
« Qu’ils aillent manifester en Pologne ! Qu’on vienne m’aider à faire bouger ceux que je n’arrive pas à faire évoluer » (au sujet de l’objectif de « neutralité carbone » en 2050 proposé pour l’UE et bloqué par Varsovie)
C’est dire que même Emmanuel Macron n’a pas compris grand-chose à la menace écologique – pour ne rien dire d’un Donald Trump, d’un Xi Jinping ou d’un Jair Bolsonaro.

Emmanuel Macron : la Pologne, voilà l’ennemi ?
Ce que le président de la République n’a visiblement pas encore compris, c’est que le danger du réchauffement climatique tendant vers un seuil de non-retour catastrophique ne sera certainement pas paré juste parce que quelqu’un aura convaincu les Polonais de lever leur objection à une déclaration politique en faveur de la « neutralité carbone » de l’UE en 2050 - une déclaration qui ne mange pas de pain, soit dit en passant. Il s’en faut de beaucoup !
Il rappelle que la France est l’un des pays en tête en Europe pour ce qui est d’avoir de faibles émissions de gaz à effet de serre pour un niveau de prospérité donné, et c’est parfaitement exact. Ceci essentiellement grâce à nos centrales électronucléaires, un peu aussi grâce à l’hydroélectricité, un peu grâce aux taxes sur l’essence qui incitent à choisir des véhicules plus économes. C’est appréciable, mais cela ne suffit pas, loin de là.
Il ne s’agit pas d’une fuite de pique-niqueurs surpris par un ours, où il s’agit juste de ne pas être le dernier, celui que l’ours rattrapera. Non, cet ours-là ne se contentera pas d’une victime sacrificielle. Et il s’agit bien de faire beaucoup mieux que les pays aujourd’hui les plus efficaces en termes de rapport émissions de gaz à effet de serre / prospérité !
Or, si quelqu’un en France est aujourd’hui en position de lancer une R&D volontariste et massive pour tenter de trouver des manières de produire de l’énergie d’une part beaucoup moins polluantes en gaz carbonique, d’autre part qu’on puisse mettre à la bonne échelle massive – ce qui est impossible avec les renouvelables actuellement existant – qui d’autre, sinon le président de la République ? Et si quelqu’un peut étendre de tels programmes de R&D à l’échelle encore supérieure celle de l’UE, ce qui suppose de convaincre les Allemands que le « Schwarz null » le déficit public zéro n’est pas forcément la meilleure politique quand comme le disait Jacques Chirac « la maison brûle », qui est le mieux placé, sinon encore une fois Emmanuel Macron ?

Non, il ne suffit pas de ne pas être le dernier, celui que l’ours rattrapera
Nous partageons tous la même planète
D’une manière générale, dans les pays démocratiques qui de l’Europe aux Amériques en passant par Inde, Japon, Corée du Sud, Asie du Sud-Est et Australie représentent la majorité de l’activité économique humaine et des émissions de CO2 – avec la Chine comme seule exception d’importance – les dirigeants peuvent être motivés à agir par une demande forte de leur société. Et peut-être ne peuvent-ils être motivés que de cette manière, que l’on songe à l’ensemble des pressions qui s’exercent sur eux.
Or cette demande sociale forte qui pourrait tout changer, qui pourrait décider de la mobilisation d’échelle semblable à celle de la Seconde Guerre Mondiale qu’appellent ceux qui s’inquiètent de la sécurité à long terme de leur pays et de l’humanité, cette demande sociale forte n’existe pas aujourd’hui. C’est la prise de conscience par la majorité de la population qui manque.
« Passer d’une minorité intéressée car intellectuellement en partie au courant à une majorité mobilisée car ayant perçu au moins par l’esprit et la sensibilité si ce n’est par le corps la totalité de la menace et ne pouvant donc se satisfaire de croyances rassurantes comme « construisons des panneaux solaires et des éoliennes, mangeons bio et tout ira bien » sans parler de distractions pour les inquiétudes et les colères comme de faire la guerre ici ou là ou de se choisir tel bouc émissaire… voilà l’ordre du jour ! Voilà le véritable facteur bloquant ! »
C’est ici que le mouvement commencé par Greta Thunberg pourrait s’avérer salutaire. Car cette enfant, comme dans le conte d’Andersen, énonce que le roi est nu. Elle a déjà un impact, et le mouvement dont elle est à l’origine, qui pourrait devenir générationnel, peut prolonger et approfondir cet impact, donnant une chance de parvenir à cette prise de conscience majoritaire par les peuples qui changerait tout. Greta Thunberg n’est pas simplement un visage et une voix, elle pense aussi. Et écrit.
« Nous ne pouvons plus nous concentrer uniquement sur des questions individuelles et séparées comme les voitures électriques, l’énergie nucléaire, la viande, l’aviation, les biocarburants, etc. Nous avons un besoin urgent d’une vision holistique pour faire face à la crise de la durabilité et à la catastrophe écologique en cours. »
En somme, s’y mettre tous ensemble, en se rappelant que c’est d’un système d’ensemble qu’il s’agit donc en n’oubliant pas de penser le niveau global. Puis appliquer les voies et solutions que nous aurons trouvées.
IV) Pourquoi tant de haine contre elle ?
"Lorsqu’on ne peut attaquer le message, on attaque le messager". Il semble probable que certaines attaques ordurières contre Greta Thunberg sont le fait de gens qui veulent ne pas prendre en considération l’urgence de rendre la civilisation humaine durable, n’ont pas d’argument, donc détournent consciemment la conversation sur des sujets personnels faute de mieux.
Mais ce n’est pas la seule explication, loin de là. La raison est beaucoup plus profonde.
Les attaques contre Thunberg – encore une fois il ne s’agit pas ici des critiques construites, qui judicieuses ou non sont toujours bienvenues ne serait-ce que parce qu’elles contribuent de toute façon au débat – ne sont qu’un effet dérivé et une conséquence du véritable problème et de la véritable résistance.
Le véritable problème, c’est que la réalité de l’impact de l’humanité sur la biosphère est TERRIBLEMENT anxiogène. Ce n’est pas la faute de ceux qui le disent, bien sûr. C’est juste la réalité, et la réalité se fiche éperdument de savoir si elle nous angoisse ou pas.
Il est à craindre que les angoisses – bien naturelles si l’on commence à prendre conscience des dangers – n’aient le potentiel de nous déborder.
Et c’est bien la raison pour laquelle on entend de plus en plus de récriminations contre une écologie "anxiogène" dont certaines personnes refusent d’entendre parler, des reproches comme quoi "vous faites peur aux gens", ou des phrases comme quoi "moi je n’accepte qu’une écologie positive" – sous-entendu ne me parlez pas de risques qui m’effrayent trop. Ce ne sont pas les petitesses de quelques vedettes médiatiques à l’ego endommagé. C’est bien plus profond que ça.
Il faut le dire, en matière d’impact de l’humanité sur la biosphère, nous en sommes largement au stade de Hannibal ante portas : Hannibal est devant les portes de Rome avec son armée. La seule manière de ne pas être inquiet, c’est de ne pas être au courant - ou alors de se mettre la tête dans le sable. Le danger n’est pas littéralement une troupe d’ennemis bien sûr. Mais il est largement aussi grave que si une armée de fanatiques sanguinaires était aux frontières.

En matière écologique, l’ennemi est aux portes et les scientifiques sonnent le tocsin
Pas de magicien blanc en vue. Il va falloir faire sans
Et il est d’autant plus anxiogène que la solution n’est absolument pas évidente. La seule chose qui est certaine c’est qu’il devrait s’agir d’une solution d’ensemble, prenant en compte l’ensemble de la réalité et des limites, et à l’échelle de l’humanité. Et une fois que l’on a dit cela, il est facile de se sentir découragé d’avance.
On peut choisir la tête dans le sable.
On peut l’en sortir, mais seulement pour s’accrocher à quelques fragments d’idée, même si à eux seuls au mieux ils peuvent aider mais sont loin de suffire, voire même ils sont nuisibles – et cela revient à ne pas vraiment la sortir du sable bien sûr :
- Je vais faire des B.A. écologiques, trier mes déchets et éviter de prendre l’avion. C’est sûr, ça va le faire !
- Je vais faire confiance aux politiciens dont le discours est plein de petites fleurs et qui promettent de tout repeindre en vert. C’est sûr, ils vont le faire !
- Je vais faire confiance aux dirigeants de multinationales qui font écrire des plaquettes d’entreprise avec plein de mots verts. C’est sûr, ils vont le faire !
- Je vais faire confiance à ceux qui veulent mettre des énergies renouvelables partout. C’est sûr, ça va le faire !
- Je vais croire que tout est de la faute des capitalistes, ou des 1%, ou des riches. C’est sûr, ce sont eux les coupables. Qu’on s’en débarrasse, et ça va le faire !
- Je vais croire que tout est de la faute des étrangers, qui font trop d’enfants, ou viennent prendre le pain des bonnes gens comme moi. Qu’on s’en débarrasse, et ça va le faire !
- Perdu pour perdu, qu’au moins on s’organise en Europe / en France, on va s’adapter aux changements et que les autres aillent au diable. C’est sûr, ça va le faire !
- Perdu pour perdu, qu’au moins on s’organise dans ma petite famille / ma petite communauté paysanne ou autre. On construira une survie depuis le bas. C’est sûr, ça va le faire !
Un homme que l’on prévient d’un danger majeur veut qu’on lui donne en même temps la solution, c’est tout à fait naturel. Greta Thunberg a d’autant plus raison qu’elle ne cache pas qu’à ce jour la solution n’existe pas encore. Et qu’il s’agit donc de la créer, tous ensemble.
Mais cela signifie d’accepter de faire face à l’angoisse, sans le secours d’une immédiate béquille sur le modèle du « On va faire telle chose, et tout s’arrangera ».
Il est nécessaire d’accepter de faire face à Hannibal et à son armée, et le regarder dans les yeux, sans avoir encore aucune arme dans les mains. Accepter de regarder en face le gouffre et l’angoisse. Et se faire confiance les uns les autres, s’entraîner les uns les autres, afin de construire nos solutions. Sachant que même dans le meilleur des cas, il se passera longtemps avant que nous puissions avoir ne serait-ce qu’une confiance modérée dans leur efficacité.
Tout cela, avec l’ennemi dans les yeux.
C’est difficile. Et c’est indispensable.
(1) - Par ordre alphabétique, on reconnaîtra des déclarations de Laurent Alexandre, Alexis Brézet, Pascal Bruckner, Raphaël Enthoven, Alain Finkielkraut, Vincent Hervouët, Benjamin Morel, Michel Onfray et Ivan Rioufol. Mention toute spéciale à Laurent Alexandre, chirurgien, essayiste et autoproclamé chevalier « Anti @gretathunberg » sur Twitter, offrant une remarquable combinaison de belles paroles pro-science couvrant un parfait mépris de ses résultats.
(2) - « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt »
"La vérité sort de la bouche des enfants..."
Thierry Ledru
2 min ·
C'est hallucinant...Tout ce que j'ai lu aujourd'hui...Je pourrais en remplir des pages. Le nombre de gens qui se focalisent sur l'engagement de cette jeune fille. Comment est-il concevable qu'un monde "adulte" prenne aussi peur ? Comment est-il possible que des "dirigeants" se sentent aussi attaqués dans leur intégrité ? N'y a-t-il pas dans ces réactions exacerbées l'aveu de tout ce qu'ils cachent ? "La vérité sort de la bouche des enfants" dit le diction populaire. Comment est-il explicable que les paroles de Greta les démangent à ce point ? ... Il y a une part de honte en eux. "Une gamine même pas normale qui vient nous faire la leçon."
Il est vrai que le comportement des adultes qui ont élu des dirigeants inconscients depuis des lustres n'est pas un comportement bien glorieux. Tous les adultes qui ne veulent pas se remettre en question, qui ne veulent pas renier leurs fonctionnements archaïques, qui ne veulent pas admettre qu'ils se sont fourvoyés, comment pourraient-ils reconnaître qu'une gamine ose déchirer le voile sombre de leur conditionnement ? C'est effectivement insupportable pour beaucoup. Remettre en question la sacro-sainte croissance qui a permis d'atteindre un niveau de vie et de confort inespéré il y a seulement cent ans....Oui, c'est vrai, je vis bien mieux que mes grands-parents (paix à leur âme) MAIS j'aimerais que les humains à naître vivent encore mieux que moi. Et l'humanité n'en prend absolument pas le chemin. Greta ne réclame pas un retour à la préhistoire. Elle demande juste que la vie continue.

Mise à mort
Mais tous ces gens qui ont été "choqués", ils pensent que ça se passe comment dans un abattoir ?
Que c'est amical et que les animaux y sont accueillis avec bienveillance et dans une joyeuse ambiance ?...
Une preuve supplémentaire que l'humain "moderne" vit dans une bulle "hors sol", totalement coupé des émotions les plus archaïques, pour son soi-disant bien-être et surtout pour qu'il reste un consommateur appliqué.
Un sanglier a été retrouvé gravement blessé dans l’eau au niveau de la plage du Rowing à Aix-les-Bains, dimanche 29 septembre et a dû être abattu par un louvetier.

La scène a été difficile à regarder pour de nombreuses personnes. Dimanche 29 septembre, aux alentours de 15 heures, un sanglier très affaibli a été retrouvé dans l’eau, à la plage du Rowing à Aix-les-Bains. Il était notamment gravement blessé au niveau des pattes et de la tête.
Un attroupement s’est rapidement fait autour de l’animal, et les autorités ont immédiatement été contactées. Un louvetier, s’est rendu sur place afin de s’occuper de l’animal. Malheureusement, une fois sur la plage, il n’a pu que constater l’état trop faible du sanglier pour être soigné, et s’est vu dans l’obligation de l’abattre.
Une scène qui aura provoqué un certain émoi chez les personnes présentes, mais également sur les réseaux sociaux. On ne sait en revanche pas comment le sanglier s’est retrouvé sur la plage du Rowing.
Le Clezio / Greta Thunberg
L'écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio.
Celui qui a écrit, entre autres chefs d'oeuvre, "L'inconnu sur la terre". Un des plus beaux livres parmi tous ceux que j'ai lus.
Greta Thunberg, la gravité de la Terre
Le Clézio, journal Libération, mars 2019
Son visage nous est devenu familier. Elle est sérieuse comme on l’est quand on n’a pas encore 17 ans, elle regarde l’objectif sans ciller, elle lit ses discours d’une voix posée, dans un anglais parfait, ses nattes sages encadrent ses joues rondes, ses yeux nous fixent sans une hésitation, elle se tient bien droit, les bras le long du corps, elle ressemble un peu à une gymnaste, ou à une déléguée d’un groupe de collégiennes. Elle est devenue la combattante la plus crédible du mouvement de défense de notre planète menacée par le gaspillage des ressources naturelles et la disparition des espèces animales. Elle est reçue par les plus grands, des présidents, des directeurs d’industrie, des éminences des banques. Elle parle à la COP 24, ce club très fermé qui reçoit dans la ville de Katowice en Pologne les politiques et les spécialistes de l’environnement, qui discutent beaucoup et ne font pas grand-chose. Son discours est facile à comprendre. Elle ne manie pas l’hyperbole, elle ne se cache pas derrière les statistiques inutiles et les promesses de Gascon. Elle ne flatte pas le public pour dénicher des électeurs. Elle dit que nous - les adultes, les responsables, les acteurs de notre monde égoïste et rapace -, nous n’avons rien fait, et que les enfants du futur nous demanderont des comptes. Elle dit même une chose plus terrible, que lorsque nous ne serons plus là, dans dix, vingt ou trente ans, elle y sera encore et que c’est à elle que les enfants demanderont des comptes. Elle nous accuse, de sa voix douce et calme, d’avoir oublié que la Terre nous est prêtée, pas donnée. Est-ce que nous pouvons l’entendre ? Nous avons si peu entendu les voix qui nous interpellaient, avant elle. Nous n’avons pas écouté la parole du chef des Indiens Lummi, le grand Seattle, lorsqu’il répondait au gouverneur qui lui proposait d’acheter les terres indiennes : «Comment pouvons-nous vendre ce qui ne nous appartient pas ?» Nous n’avons pas entendu les avertissements des hommes de science, d’Aldo Leopold, de Bertrand Russell. Nous n’avons même pas écouté Einstein quand il nous prévenait que si les abeilles venaient à disparaître, nous n’aurions que quelques mois à vivre.
Son action est simple, comme cela devrait toujours l’être quand il s’agit de choses normales. Chaque vendredi, elle appelle à la grève des enfants. Une grève des écoliers, il y a de quoi faire sourire les sceptiques. Avec un petit sourire, ils ne se privent pas de dire que c’est assez original, plutôt amusant. Et il lui faut du courage, à Greta, pour affronter le sourire ironique des adultes. Pourtant, quand elle apparaît, sur nos écrans, dans les pages de nos journaux, avec son visage grave et ses traits doux, et qu’elle dit de sa voix de colère contenue que nous devons paniquer, que nous devons réagir, nous indigner, commencer la lutte, changer notre façon d’être, notre rapport au monde et aux animaux qui l’habitent avec nous, que nous devons nous inquiéter de l’absence des saisons, de la disparition des insectes et des oiseaux, du dépeuplement des mers et du blanchissement des coraux, de cette sorte de silence assourdissant qui s’étend peu à peu sur la planète nature, au profit des vacarmes des villes, du mouvement fébrile des hommes, de l’exploitation à outrance des richesses du sol et des forêts, comment ne pas ressentir un coup au cœur, un tressaillement, comment ne pas être envahi par la nostalgie du futur, à l’idée de ce que nous n’avons pas fait, de ce que nous avons laissé se défaire, de notre regard qui s’est détourné, du grincement cynique de nos égoïsmes ? Comment ne pas l’entendre ? Comment avons-nous pu oublier à ce point nos responsabilités envers les générations à venir, comment avons-nous osé accepter que ceux qui vont pâtir le plus du changement climatique seront ceux qui n’ont pas participé à sa détérioration, ceux qui n’ont pas profité des bénéfices de la production, qu’ils mourront de faim parce que nous avons rempli nos garde-mangers à l’excès ?
Il n’est pas imaginable que tout cela ne soit qu’une crise passagère, que cela disparaisse dans le grenier encombré de nos luttes échouées, de nos approximations, de nos rêves fracassés.
Greta Thunberg, elle, n’a pas renoncé. Avec la gravité de son jeune âge, avec la science instinctive de l’enfance, elle monte à la tribune, elle dit ce que nous ne voulons pas entendre, elle brandit ses panneaux devant les Parlements, devant les politiques, les puissants de ce monde. Elle parle pour elle, pour sa génération, mais aussi pour ses enfants à naître, et au-delà des humains, pour notre Terre tout entière, dans sa précieuse et fragile beauté. Écoutons-la. Entendons-la. Il est peut-être encore temps." JMG le Clézio













