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Environnement : les bons, les brutes et les truands

Par Le 04/01/2020

 

Quelques éléments chiffrés des Etats qui luttent pour l'environnement ( les bons) ou s'en contrefichent (les brutes).

Mais alors qui sont les truands ? Nous. Nous les consommateurs. Si nous ne réflechissons pas à nos comportements, si nous n'agissons pas concrètement.

Se plaindre ou attendre que les gouvernements agissent, c'est entrer dans le cercle des truands.

A mon sens, les brutes n'existent que par la présence des truands.

Les truands apportent un alibi aux brutes.

Environnement : quels sont les pays qui en font le plus (et le moins) ?

 

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/environnement-quels-sont-les-pays-qui-en-font-le-plus-et-le-moins-1150841

 

La COP25 doit se tenir dans quelques jours à Madrid, enjoignant les Etats participants à adopter des engagements plus contraignants pour le climat. Car malgré les rapports alarmants sur l'état de la planète, rares sont encore les pays à faire de l'environnement leur priorité.

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L'engagement environnemental d'un pays ne se joue pas seulement sur son bilan carbone

Par Leïla Marchand

Publié le 26 nov. 2019 à 11h18

Mis à jour le 26 nov. 2019 à 11h56

Dans quelques jours, les représentants de quelque 200 pays ont rendez-vous à Madrid pour la COP25, la réunion annuelle de l'ONU sur la lutte contre le dérèglement climatique. Avec le slogan « Time for action », des engagements plus contraignants et ambitieux y sont attendus. Car malgré les constats alarmants établis par le GIEC sur l'état de la planète, les Etats ne s'engagent pas tous au même niveau pour le climat.

Quels sont les bons et les mauvais élèves ? Le classement est délicat à établir. Si des organisations, comme le « Global Carbon project », calculent les émissions carbone émises par chaque pays, ce chiffre ne tient pas compte des promesses et des efforts consentis par chacun pour accélérer la transition énergétique.

De plus, l'engagement environnemental d'un pays ne se joue pas seulement sur son bilan carbone, mais également sur sa politique en matière de biodiversité, d'agriculture, de qualité de l'air ou encore de gestion des déchets.

Pour y voir plus clair, les chercheurs des universités américaines de Yale et de Columbia ont établi un indice de performance environnementale (EPI), prenant en compte 24 indicateurs de performance environnementale. Le « Climate Change Performance Index » et le « Climate Action Tracker » classent également les pays en fonction de leurs performances.

Ces rapports, couplés aux dernières actualités sur le front du climat, permettent de lister les pays s'étant le plus démarqués - en bien comme en mal - en matière d'environnement.

Les mauvais élèves

· L'Arabie Saoudite

« Peu performante dans toutes les catégories », l'Arabie Saoudite demeure tout en bas du classement du « Climate Change Performance Index » (CCPI). Premier exportateur mondial de pétrole, le pays du Golfe a malgré tout fait ses premiers pas dans l'énergie solaire, tirant parti de ses vastes étendues désertiques.

D'ici 2020, le Programme national d'énergie renouvelable (NREP) prévoit de mettre en service 3,45 gigawatts d'énergie verte, pour parvenir à 9,5 GW de solaire et d'éolien dès 2023. Le pays a également décidé de miser sur le nucléaire, avec un plan de 100 milliards de dollars pour construire 16 réacteurs d'ici à 2030.

· L'Australie

L'Australie reste un des pires émetteurs de carbone par habitant au monde et répugne à freiner sa puissante et lucrative industrie minière. Le pays est pourtant depuis longtemps victime du fameux « trou » dans la couche d'ozone et souffre de canicules extrêmes, d'incendies, de ravages sur la Grande barrière de corail et de menaces majeures sur sa faune.

Après avoir fait retirer la taxe carbone en 2013, l'île-continent s'est finalement décidée à rattraper son retard en annonçant une réduction de ses émissions de carbone de 26 % d'ici 2030. Ce qui ne l'a pas empêché de donner récemment son feu vert à un vaste projet controversé de mine de charbon.

-Climat : l'Australie renonce à inscrire dans la loi ses engagements de l'accord de Paris

-Le plan de lutte contre le réchauffement climatique de l'Australie fait débat

· La Chine

Malgré ses énormes investissements dans les énergies propres, la Chine reste très dépendante du charbon. Le pays, premier pollueur mondial, a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de plus de 50 % en une seule décennie.

Le pays compte plus d'énergie éolienne et solaire que quiconque, mais reste également le plus grand constructeur mondial de nouvelles centrales au charbon. Dans le cadre de l'accord de Paris, Pékin a promis qu'il atteindrait son pic d'émissions de gaz à effet de serre en 2030.

· Les Etats-Unis

Par où commencer ? Sans doute par le retrait officiel de l'accord de Paris sur le climat, notifié en novembre dernier à l'ONU, après avoir été décidé en 2017 par Donald Trump. Le président américain s'est appliqué à déconstruire le bilan de son prédécesseur Barack Obama, avec la volonté affichée de donner un coup de pouce aux énergies fossiles.

Deuxième pollueur au niveau mondial, les Etats-Unis ont vu leurs émissions de CO2 repartir en flèche en 2018, avec la plus forte augmentation observée depuis 2010. Les carburants consommés par le secteur des transports routiers et aériens restent pour la troisième année consécutive la première source de rejet de CO2.

Le charbon perd de la vitesse dans le pays, mais est trop souvent remplacé par le gaz naturel, et non par les énergies renouvelables, qui ne représentent que 15 % du mix énergétique. Des signaux positifs sont toutefois à noter sur le plan des villes et des Etats américains, nombreux à réclamer des mesures ambitieuses en faveur du climat.

·La Russie

Dans la glaciale Russie, le réchauffement climatique est vu d'un bon oeil. La fonte de la banquise ouvre l'accès à l'arctique et à ses richesses pétrolières et minières, une aubaine pour le pays, qui possède déjà les premières réserves de gaz naturel du monde.

Quatrième plus gros pollueur au monde, le pays s'appuie presque entièrement sur les combustibles fossiles et reste au premier rang des exportateurs de gaz naturel. « L'humanité peut retourner vivre dans des grottes » si elle compte se passer de gaz, a récemment déclaré le président Vladimir Poutine. D'ailleurs, près de 40 % des Russes estiment que le réchauffement climatique est une invention.

La Russie a néanmoins adhéré définitivement à l'accord de Paris sur le climat en septembre dernier. Le pays a récemment constaté que la fonte du pergélisol menaçait ses infrastructures pétrolières.

Carte du 'Climate Change Performance Index 2019', outil de surveillance indépendant de la performance des pays en matière de protection du climat.

Carte du 'Climate Change Performance Index 2019', outil de surveillance indépendant de la performance des pays en matière de protection du climat.

Les bons élèves

· La Suède

Citée en tête du classement du « Climate change performance index » et de l'EPI, à l'instar de plusieurs pays nordiques, la Suède est engagée de longue date dans le développement durable. Le pays, qui s'est donné comme objectif de vivre sans énergie fossile d'ici à 2030, tire plus de la moitié de sa consommation d'énergie de sources renouvelables, grâce à l'énergie hydraulique générée par ses nombreux cours d'eau.

La création d'une taxe carbone dès 1991 - arrivée à un niveau record de 120 euros par tonne de CO2 contre 44 euros en France - lui a permis de tourner le dos au fioul. Les Suédois se chauffent aujourd'hui principalement aux biocarburants. En 25 ans, le pays a réduit d'un quart ses émissions de gaz à effet de serre, sans pénaliser sa croissance. Pour ne rien gâcher, la qualité de l'air y est de plus une des meilleures au monde.

·Le Maroc

Le Maroc est l'un des deux seuls pays, avec la Gambie, à avoir planifié de réduire ses émissions de CO2 à un niveau compatible avec un réchauffement de 1,5 °C, respectant ainsi l'accord de Paris sur le climat. Selon sa fiche de route énergétique, le pays souhaite considérablement augmenter la part des énergies renouvelables, en la passant à 42 % en 2020, puis 52 % en 2030.

Le pays, classé à la seconde place du « Climate Change Performance Index » (CCPI), a bâti quatre centrales solaires à Ouarzazate d'une capacité de 580 mégawatts, soit le record mondial en la matière. Le royaume dispose également d'un important parc éolien qui le classe parmi les plus gros producteurs d'énergie éolienne d'Afrique.

·L'Inde

Troisième pollueur de la planète, en termes d'émissions de CO2, l'Inde est pourtant engagée dans un vaste effort de développement des énergies renouvelables. Celles-ci devraient représenter 40 % de sa capacité de production d'électricité d'ici 2030, contre 23 % aujourd'hui.

Encore dépendante au charbon et en pleine explosion démographique, l'Inde ne fait toutefois pas assez pour améliorer la qualité de l'air dans ses villes. Plus d'un million de personnes meurent prématurément chaque année pour avoir respiré ce mélange de particules fines et de fumées toxiques, en faisant le pays où la pollution de l'air fait le plus de victimes.

·La Grande Bretagne

Le Royaume-Uni a réussi un tour de force : réduire ses émissions carbones par habitant de 44 % entre 1990 et 2018, alors même que son économie progressait de 75 %. Après la mobilisation du mouvement Extinction Rebellion, le Parlement britannique est devenu le premier à déclarer l'« urgence climatique » cette année et Theresa May a annoncé qu'elle inscrira dans la loi un objectif de zéro émission nette d'ici à 2050. L'ex Première ministre a également déclaré la guerre à la pollution liée au plastique.

Historiquement lié au charbon, avec une première centrale thermique ouverte il y a plus d'un siècle, le Royaume-Uni a réussi à diviser par deux depuis 6 ans les émissions polluantes de son secteur de production d'électricité, grâce au développement des énergies renouvelables, ce qui lui a permis de se passer du charbon pendant une semaine entière, en mai dernier.

· La Nouvelle Zélande

Après avoir renoncé l'an dernier à toute nouvelle exploration pétrolière ou gazière offshore, le gouvernement a présenté en début d'année un projet de lutte contre le changement climatique affichant un objectif de neutralité carbone pour 2050.

Toutefois, le secteur agricole, l'une des plus grosses sources de revenus à l'exportation, a obtenu d'importantes concessions. Le méthane biologique produit par le bétail, qui représente un tiers environ des émissions de gaz à effet de serre de la Nouvelle-Zélande, n'est pas concerné par cet objectif ambitieux.

Carte du 'Climate Action Tracker', qui suit l'action gouvernementale en matière de lutte contre le changement climatique et la compare à l'objectif de l'Accord de Paris.

Carte du 'Climate Action Tracker', qui suit l'action gouvernementale en matière de lutte contre le changement climatique et la compare à l'objectif de l'Accord de Paris.

Leïla Marchand

"Réensauvager la planète"

Par Le 04/01/2020

 

L'expression "résensauvager" me pose problème parce qu'il existe dans le mot "sauvage" une connotation de violence, de barbarie, de dévastation. "Des hordes barbares..."

Pour que le grand public adhère à l'idée de rétablissement de l'espace naturel, cette notion de "sauvagerie" est à éviter.

Je pense que le terme de "renaturalisation" serait plus adapté au regard du peu d'espace encore vierge. La nature n'est pas "sauvage". Ce terme ne prend forme qu'au regard du positionnement de l'humain qui se considère comme supérieur à cet état naturel.

L'homme est dénaturé et l'espace qu'il occupe l'est devenu également. C'est lui qui se comporte en hordes sauvages. La nature ne contient aucune violence, même dans la mise à mort d'un herbivore par une meute de prédateurs. Il s'agit d'un équilibre. C'est l'homme qui y a vu de la violence car cette interprétation lui permettait de se cacher à l'ui-même ses propres exactions. Des exactions barbares. 

Le loup qui est condamné parce qu'il a égorgé des brebis et l'humain qui se réjouit de trouver des poissons sur les étals. Combien d'animaux morts pour les repas quotidiens ? Personne ne voit l'étendue du massacre dans les océans. Des milliards d'animaux. Des milliards...

Qui est violent, qui est sauvage ? 

Il ne s'agit pas de "résensauvager" la nature mais d'en extraire l'humain et donc de la "désauvager" de la présence des tueurs. Mais il est impossible d'extraire cette humanité, à moins d'une extinction majeure.

C'est là que se posera un jour, inévitablement, le problème crucial de la démographie...

L'humanité peut-elle continuer à croître ? Du point de vue de la biodiversité, la réponse est négative. Mais qui est prêt à entendre cette réponse ? 

Ne pas donner vie reviendra un jour à permettre aux vivants de continuer à exister. Il conviendra dès lors que ce don de vie soit quantifié, légiféré, contrôlé...

Toutes les tentatives de réhabilitation de la nature sont vouées à l'échec sans un changement radical de positionnement de l'homme envers la nature. Il faut arrêter les illusions. La présence humaine a un impact planétaire et les "réserves naturelles" en souffrent également dès lors que le réchauffement climatique n'a pas de frontières ni de zones délimitées. Ce qui se passe en Australie actuellement impacte d'ailleurs la nature de la Nouvelle Zélande...

https://www.7sur7.be/monde/glaciers-caramelises-et-nuage-de-fumee-les-incendies-en-australie-laissent-des-traces-en-nouvelle-zelande~af19c734/?referrer=https://search.lilo.org/

 

 

Vouloir établir des zones préservées est un leurre, aussi réjouissant soit-il, dès lors que l'humanité impacte désormais l'ensemble de la planète.

Comment mettre fin à une épidémie en propageant des microbes ?... C'est absurde, totalement absurde.

Croire que ces zones renaturalisées serait à l'abri est une utopie. Elles peuvent par contre contribuer à limiter les effets délétères de l'humanité mais l'idée est illusoire si elle n'est pas nourrie par une évolution des comportements, par un choix déterminé et volontaire de décroissance.

S'imaginer "guérisseur de la planète" sans jamais chercher à inverser les phénomènes comportementaux et psychologiques qui ont contribué à la détruire, c'est un mensonge, juste un mensonge...

 

 

SAUVAGE :

 

  • Se dit d'une espèce animale non domestique, vivant en liberté dans la nature : Le sanglier est un animal sauvage.
  • Se dit d'un sujet non apprivoisé d'une espèce domestique.
  • Se dit d'un animal difficile à apprivoiser : Le merle passe pour très sauvage.
  • Se dit d'une espèce végétale qui pousse librement dans la nature : De la menthe sauvage.
  • Se dit d'un lieu qui est resté vierge, n'a pas été transformé par l'homme : Une région sauvage et d'accès difficile.
  • Qui a lieu au contact de la nature : Retrouver pour quelque temps la vie sauvage.
  • Qui s'organise en général spontanément en dehors des lois et règlements : Crèche sauvage. Faire du camping sauvage.
  • Se dit d'une action violente, impitoyable, brutale : Une répression sauvage.

 


 

Pourquoi il faut réensauvager la planète

 

https://www.lesechos.fr/amp/1152971?fbclid=IwAR2H9W8arsay6KbGRr3GQlSwGNMqFpH-WWOilGPMjf1ly_vUXdsfONA2iSQ

Face au recul des espaces naturels, certains défenseurs de l'environnement rêvent de rendre à la planète son caractère sauvage. Une solution contre la disparition des espèces animales et végétales. Mais aussi une piste à suivre pour atténuer les effets du dérèglement climatique.

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Le « réensauvagement » réside dans la réintroduction de grands mammifères disparus ou menacés, comme le bison.

Diana Buzoianu/Solent New/Sipa

Par Kévin Badeau

Publié le 2 déc. 2019 à 14h30

Mis à jour le 3 déc. 2019 à 11h59

Les signaux de détresse lancés par notre planète sont à s'en crever les tympans.  Les côtes s'érodent à cause de la montée des eaux.  Les océans s'acidifient. Les émissions de gaz à effet de serre dérèglent le climat. Un climat, au chevet duquel la communauté internationale se rend depuis lundi, dans le cadre de la COP 25 organisée à Madrid. La liste des S.O.S. est encore longue et réclame une ouïe très fine pour entendre celui des zones sauvages, dont la surface se réduit comme peau de chagrin.

Entre 1993 et 2009, 3,3 millions de kilomètres carrés - soit la surface de l'Inde - ont perdu leur caractère sauvage, selon  une étude publiée l'année dernière dans la revue scientifique « Nature » par des chercheurs de l'université du Queensland (Australie). Les espaces sauvages ne représentent plus que 23 % de la surface terrestre (hors Antarctique).  C'était 85 %, il y a un siècle. En cause : l'étalement urbain, la déforestation, l'exploitation agricole et les premiers effets du réchauffement climatique.

Selon une étude parue dans « Nature », il ne reste plus que 23 % de surfaces émergées intactes sur Terre (en bleu foncé).

Selon une étude parue dans « Nature », il ne reste plus que 23 % de surfaces émergées intactes sur Terre (en bleu foncé).James E. M. Watson, James R. Allan/Nature

Les conséquences sont dévastatrices pour la faune et la flore. Des scientifiques estiment qu'une  sixième extinction massive des espèces animales et végétales est en cours. Selon François Sarrazin, professeur en écologie de la conservation à Sorbonne-université, « la pression exercée par l'humain sur les habitats, notamment des animaux, est la principale cause de perte de biodiversité dans le monde ». Pour résoudre cette crise de la biodiversité, certains défenseurs de l'environnement rêvent alors de « réensauvager » le monde.

Réintroduction d'animaux

Le « réensauvagement » réside dans la réintroduction de grands mammifères disparus ou menacés, comme l'ours ou le bison. Avec leur retour dans la nature, un nouvel écosystème plus riche et plus résilient pourrait se reconstituer.

Le « rewilding », comme l'appellent les Anglo-Saxons, « a émergé ces vingt dernières années comme un nouveau paradigme de la conservation de la nature », explique un spécialiste dans un documentaire diffusé sur Arte mi-2019, consacré au sujet. Tout aurait démarré en Amérique du Nord, dans les années 1990, chez les partisans de l'écologie profonde. Ce n'est peut-être pas un hasard si les Etats-Unis sont devenus le cas le plus emblématique avec la réintroduction du loup gris dans le parc national de Yellowstone en 1995.

Un loup gris aperçu dans le parc national de Yellowstone, en février 2006.

Un loup gris aperçu dans le parc national de Yellowstone, en février 2006.HOPD/AP/Sipa

Depuis, l'idée a fait son chemin. Dans son livre « Half-Earth : Our Planet's Fight for Life » (2016), le naturaliste et biologiste américain Edward O. Wilson propose de consacrer 50 % des surfaces terrestres à la biodiversité. En Europe, où très peu de parcelles ont échappé à la main de l'homme, le réensauvagement gagne aussi du terrain. Mais à pas de loup. « Le Vieux Continent a une vision très 'jardinée' de son environnement, explique l'écologue François Sarrazin. Les mentalités évoluent doucement et le 'rewilding' n'est plus un horizon inatteignable. »

L'ONG Rewilding Europe, fondée en 2011 aux Pays-Bas, est l'une des plus à la pointe. Elle soutient huit projets pilotes de réensauvagement ou de conservation des espèces. Dans les Carpates du Sud, par exemple, elle collabore avec WWF Roumanie pour  réintroduire le bison européen, disparu il y a environ 200 ans de l'état sauvage. Transportés depuis des zoos, les premiers bovidés ont été relâchés en 2014. D'autres réintroductions ont suivi. Début décembre 2019, compte tenu des naissances et des décès, le nombre total de bisonss'établit à 60. L'ONG espère créer une population de 500 ruminants d'ici à 2025.

Libre évolution

En France, les réintroductions d'animaux sont plus délicates. Elles suscitent bien souvent l'opposition farouche du monde pastoral qui dénonce les attaques de brebis par l'ours et le loup. Mais le sujet avance sous l'impulsion, là encore, de la société civile. L'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas)vient de signer pour 2,35 millions d'euros l'acquisition d'un ancien terrain de chasse privé à Léoncel, dans la Drôme. Cette zone de 490 hectares sera intégralement rendue à la nature. C'est l'autre facette du réensavaugement, qui consiste à libérer des espaces autrefois pilotés par l'humain, pour y laisser la faune et flore évoluer librement.

Un chamois, photographié dans la réserve du Grand Barry (Drôme).

Un chamois, photographié dans la réserve du Grand Barry (Drôme).Rémi Collange/Aspas

L'Aspas n'est pas à son premier coup d'essai. Dans les 130 hectares qu'elle possède depuis 2012 dans la réserve du Grand Barry (Drôme), les bénévoles ont observé le retour du chamois, du blaireau, de l'aigle royal… et même le passage du loup. « Quand on soustrait toutes les activités humaines dérangeantes, comme la chasse, l'exploitation forestière et l'agriculture, les animaux reviennent », apprécie Madlin Rubin, directrice de l'association. Seules les promenades y sont autorisées pour ne pas mettre la nature sous cloche. Moins de 1 % du territoire bénéficie de ce niveau de protection en France, garant du caractère vraiment sauvage. Une goutte d'eau.

Réchauffement climatique

Mais les gouttes d'eau se revèlent parfois bien utiles, en particulier pour contrer les effets du réchauffement climatique. Avec la hausse des températures, les feux de forêt se multiplient sur la planète.  Une étude publiée en octobre 2018 par des chercheurs de l'université de Tasmanie (Australie) observe que le déclin récent des grands herbivores pourrait amplifier ce phénomène.

Faut-il les réintroduire ? Le Portugal s'y est mis. Dans la vallée de Côa, où les incendies sont fréquents, chevaux sauvages et taureaux ont été réintroduits sur d'anciennes terres agricoles recouvertes de jeunes forêts monotones ou de garrigues denses, inflammables à la moindre étincelle l'été. Ces animaux agissent comme un pare-feu en dévorant la végétation.

D'autres scientifiques, comme le révèle  un article publié dans « L'Obs » il y a un an, imaginent la réimplantation de plus grands herbivores, comme l'éléphant et l'hippopotame. Dans le Grand Nord, élans et bisons permettraient de lutter contre le dégel des territoires arctiques. En broutant la végétation, ils empêcheraient les sols de monter en température et de libérer le méthane qu'ils contiennent, un puissant gaz à effet de serre. « Nous menons une guerre contre la nature, a l'habitude de dire l'astrophysicien Hubert Reeves. Si nous la gagnons, nous sommes perdus. » Et si elle gagne, sommes-nous sauvés ?

Environnement : quels sont les pays qui en font le plus (et le moins) ?

L'Amazonie, trésor en péril

Les images ont fait le tour du monde. Cet été, l'Amazonie, la plus grande forêt tropicale du monde, a été touchée par d'importants incendies. Le « poumon de la Terre », situé au carrefour de neuf pays, dont le Brésil, est l'un des plus grands « puits de CO2 » de la planète et un important producteur d'oxygène. Il est aussi un trésor de la biodiversité, en grand danger.

La forêt amazonienne, couvrant plus de cinq millions de kilomètres carrés, abriterait de 50 à 70 % de la biodiversité mondiale. Environ un quart des espèces animales et végétales y ont élu domicile, dont 2,5 millions d'espèces d'insectes, 30.000 espèces de plantes, 2.500 de poissons, 500 de mammifères et 550 espèces de reptiles, d'après l'Organisation du traité de coopération amazonienne (Otca).

Cette forêt, dont une partie est inscrite sur la liste du patrimoine mondiale de l'Unesco, n'est pas seulement régulièrement en proie aux incendies. Elle est aussi menacée par la déforestation, en raison de l'agriculture, de l'élevage et des activités minières. Selon les chiffres de l'ONG WWF, près de 20 % de la forêt amazonienne a disparu en cinquante ans. Le phénomène s'accélère depuis l'investiture du climatosceptique Jair Bolsonaro à la tête du Brésil. Selon l'Institut national de recherche spatiale (INPE), 7.853 kilomètres carrés ont été déboisés entre janvier et septembre de cette année, contre 4.075 kilomètres carrés sur la même période en 2018, soit une augmentation de 93 %.

Kévin Badeau 

Pollution dans les calanques

Par Le 04/01/2020

 

Entre le maintien d'une activité économique, la pression des industriels, les visées électorales, la protection de la nature, même dans un parc, n'a aucune valeur, aucune puissance, aucune reconnaissance.

Tout dépend de quelques individus alors que cette situation réclamerait un référendum national. Qui bien évidemment n'aura jamais lieu...

Il est important de savoir que l'achat de tout appareil de "high tech" contribue au maintien de cette activité... C'est une question de bon sens. On ne peut pas critiquer cette exploitation dévastatrice en favorisant son maintien...

Il ne s'agit pas non plus de se réjouir que ces exploitations aient lieu dans des pays émergents où le respect de la nature est encore plus spolié. Il s'agit d'avoir un comportement qui ne relève plus de l'achat compulsif mais de la simplicité volontaire...Le recyclage, la réparation, le refus de l'obsolescence programmée, l'analyse rationnelle entre les désirs et les besoins...

 

Boues rouges dans les Calanques : rejets autorisés encore 5 mois.

Les boues rouges sont rejetées en mer dans les calanques, elles circulent dans une canalisation longue de 50 kilomètres

Les boues rouges sont rejetées en mer dans les calanques, elles circulent dans une canalisation longue de 50 kilomètres

 

Les associations de défense de l'environnement crient au scandale. La date butoir était le 31 décembre dernier pour se mettre en conformité avec les normes environnementales. La préfecture vient d'accorder un délai à l'usine Altéo de Gardanne.

Par Mariella Coste 

Rejets dans la mer autorisés encore 5 mois

L'usine Alteo de Gardanne actuellement en redressement judiciaire, s'est vu accorder un délai supplémentaire de 5 mois pour mettre en conformité avec les normes environnementales ses rejets liquides dans les Calanques.

La dernière échéance était estimée par Altéo trop courte, et la Préfecture lui permet de continuer de fonctionner jusqu'au 8 juin 2020.

L'emploi mis en avant


Pierre Dartout, le Préfet de région souligne qu'Alteo, leader mondial des alumines de spécialité (utilisées, entre autres, dans les matériaux de construction tels que le carrelage et dans les composants de produits high-tech comme les écrans de smartphone ou de télévision), emploie "plus de 500 salariés" à Gardanne, et met en avant "les risques de déstabilisation qu'une cessation brutale d'activité ferait peser sur le territoire". 

Placée en redressement judiciaire le 12 décembre, à la demande de l'entreprise, suite à une "baisse brutale" de ses commandes, la holding Alteo avait affiché un chiffre d'affaires de 242 millions d'euros en 2018.

Côté defense de l'environnement, ça grince

Gérard Carrodano, 1er prud'hommes Cassis, pêcheur lanceur d'alerte / © Mariella Coste / France Télévisions


En 50 ans, Alteo aurait envoyé dans la mer au moins 20 millions de tonnes de "boues" chargées d'arsenic ou de cadmium.

Pour le lanceur d'alerte, Gérard Carrodano, 1er prud'homme des patrons pêcheurs de Cassis, c'est un scandale :

"C'est rendre légal ce qui est illégal !"

Très en colère, il dénonce la décision préfectorale, il poursuit :

"il y a toujours un délai suplémentaire, est-ce que dans 6 mois on ne redonnera pas une autre autorisation, c'est la éniemme dérogation ! Personne ne veut se mouiller, au nom des emplois, et on continue de prendre la mer pour une poubelle. C'est le seul Parc National mondial qui est décridibilisé en ayant de la pollution en continu.
Je viens de dire, à Eric Duchenne, (directeur des opérations de l'usine Altéo de Gardanne NDLR) "mon meilleur ennemi du monde" : la mer c'est ma vie, mon monde. J'ai 8 petits enfants je n'ai pas envie de leur laisser une mer pourrie, je ne te lacherai jamais."

A suivre...

 

  

  1. Le Parc national des Calanques
  2. Charte du Parc national
  3. Déclinaison des objectifs
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Déclinaison des objectifs

Eissadon © Patrick Guzik

La charte : déclinaison des objectifs

Présentation des grands défis

Cinq grands défis sont définis dans la charte du Parc national des Calanques. Ces grands défis découlent directement des principaux éléments contribuant au caractère et aux particularités du territoire : l’indéfectible lien entre terre et mer, la périurbanité profondément inscrite dans la géographie et l’histoire, et la Provence méditerranéenne.

Les grands défis du Parc :

  1. Considérer les espaces marins et terrestres comme un seul territoire interdépendant ;
  2. Permettre la bonne coexistence de la métropole et de l’espace naturel exceptionnel ;
  3. Inscrire les usages dans le développement durable ;
  4. Réduire le risque incendie ;
  5. Faire perdurer dans le temps un territoire de qualité.

Ces 5 grands défis sont aussi le fil conducteur des 13 objectifs de protection du patrimoine, des 4 orientations de développement durable en aire d’adhésion et des 2 orientations de développement durable en aire maritime adjacente.

Ces grands défis seront également prégnants dans les futures conventions et contractualisations avec les partenaires, et les contrats d’objectifs successifs que l’établissement passera avec son Ministère de tutelle.

Orientations de développement durable en aire d’adhésion

L’aire d’adhésion du Parc national est un territoire à fort rayonnement, attractif et de transition autour des cœurs terrestres. En aire d’adhésion, il n’y pas de transfert de compétence ou de pouvoir de police vers l’établissement public du Parc national. Les communes choisissent de faire partie de cette partie du territoire par voie délibérative en conseil municipal.

Actuellement, 3 communes ont choisi d’en faire partie dans le Parc national des Calanques : MarseilleCassis et La Penne-sur-Huveaune.

Cassis © Pncal

Cassis © Pncal

Roy d'Espagne © Pncal

Roy d'Espagne © Pncal

Adhérer à la charte permet d’offrir sur ce territoire particulier un cadre partenarial aux collectivités et aux acteurs locaux, dans le but de favoriser les initiatives économiques, culturelles, sociales et environnementales qui profitent de la valorisation des cœurs, et qui la confortent en retour.

Au-delà des communes, c’est l’ensemble des acteurs du territoire, selon leur domaine de compétence, qui participera à la réalisation des orientations définies dans la charte du Parc national.

Les acteurs de ce territoire peuvent ainsi développer leur dynamisme et la qualité du cadre de vie, tout mettant en valeur l’approche du cœur en s’engageant à suivre les mesures proposées dans la charte.

Des espaces de solidarité écologique

L’adhésion à la charte permet d’inclure dans le Parc national des espaces proposés en raison notamment de leur continuité géographique ou de leur solidarité écologique avec le cœur.

La charte engage les communes à intégrer dans leurs politiques les 4 orientations proposées qui développent deux axes centraux : la solidarité envers les patrimoines du cœur et le développement durable, autour de 20 mesures partenariales.

Roy d'Espagne © Pncal

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Orientation I : Concourir à la protection des patrimoines naturels du cœur

  • Mesure n°1 : Maintenir les écosystèmes en bon état dans les espaces naturels
  • Mesure n°2 : Acquérir et partager les connaissances pour optimiser les réponses
  • Mesure n°3 : Mettre en oœuvre les objectifs Natura 2000
  • Mesure n°4 : Soutenir une politique cynégétique durable et responsable
  • Mesure n°5 : Protéger les espèces patrimoniales
  • Mesure n°6 : Contribuer à améliorer la qualité environnementale des espaces et pratiques agricoles

Orientation II : Apaiser les interactions Homme/nature

  • Mesure n°7 : Limiter les atteintes aux espèces et aux habitats naturels aux interfaces ville / nature
  • Mesure n°8 : Limiter l’opportunisme de certaines espèces sauvages
  • Mesure n°9 : Conserver ou restaurer les continuités écologiques
  • Mesure n°10 : Mettre en œuvre une stratégie globale de prévention du risque incendie
  • Mesure n°11 : Adapter les politiques de développement durable aux enjeux de solidarité écologique
  • Mesure n°12 : Contribuer à améliorer la qualité de vie et la qualité environnementale des espaces habités

Orientation III : Préserver les paysages, la quiétude et la magie des lieux

  • Mesure n°13 : Maintenir le caractère architectural et paysager provençal méditerranéen
  • Mesure n°14 : Aménager durablement – intégrer les aménagements au paysage
  • Mesure n°15 : Préserver et restaurer les paysages de la Calanque de Port-Miou
  • Mesure n°16 : Apaiser les circulations

Orientation IV : Préserver et valoriser un art de vivre méditerranéen, provençal et durable

  • Mesure n°17 : Contribuer à la protection et à la viabilité des espaces agricoles
  • Mesure n°18 : Connaître, faire connaître et conserver l’histoire du territoire, le patrimoine bâti et archéologique
  • Mesure n°19 : Favoriser la solidarité sociale et économique avec les cœurs
  • Mesure n°20 : Promouvoir de manière partenariale le territoire du parc national comme une destination de tourisme durable

Orientations de développement durable en aire maritime adjacente

L’Aire maritime adjacente (AMA) au cœur marin d’un parc national constitue l'équivalent marin de l'aire d'adhésion à terre. Défini par le décret de création de l’établissement public du Parc national, l’AMA intègre le Domaine Public Maritime (DPM) et les eaux sous souveraineté de l’État ainsi que l’espace aérien recouvrant ces derniers.

A l’instar des espaces terrestres inclus en aire d’adhésion, l’AMA « par sa continuité géographique et sa solidarité écologique avec le cœur, concourt à la protection du cœur, tout en ayant vocation à être un espace exemplaire en matière de développement durable ».

L’AMA fait donc partie du périmètre du Parc national et est reconnue comme une aire marine protégée au sens du Code de l’Environnement.

Comme en aire d’adhésion, la charte définit les orientations de protection, de mise en valeur et de développement durable applicables à l’AMA, ainsi que les moyens de les mettre en œuvre.

L’orientation première de l’AMA est de garantir que les activités humaines (portuaires, nautiques, subaquatiques…) qui se développent en périphérie ou à destination du cœur marin ne nuisent pas à la qualité des eaux et aux patrimoines paysagers, naturels et culturels du cœur.

L’AMA est aussi un espace de partenariat entre le Parc national et les différents acteurs de la gestion des milieux marins et des zones côtières, au premier rang desquels l’État, mais également les collectivités territoriales impliquées, et l’ensemble des usagers de la mer. A la différence du cœur, le Parc national n’a pas vocation première à proposer des réglementations spécifiques en AMA, mais il soutient et favorise la cohérence des démarches existantes ou en projet et met en œuvre des mesures partenariales concrètes, dans une démarche de développement durable.

Les orientations pour l’AMA s’articulent autour de deux axes structurants : la préservation des solidarités écologiques envers le cœur et le soutien au développement durable des activités maritimes.

Orientation I : Contribuer à protéger les patrimoines maritimes du cœur

  • Mesure n°1 : Protéger et restaurer les patrimoines naturels, paysagers et culturels des fonds côtiers par une meilleure maîtrise des usages
  • Mesure n°2 : Contribuer à l’amélioration de la qualité des eaux côtières
  • Mesure n° 3 : Contribuer à l’amélioration des connaissances sur les patrimoines naturels, paysagers et les usages des milieux littoraux et marins
  • Mesure n° 4 : Préserver les cétacés

Orientation II : Soutenir le développement durable des activités maritimes

  • Mesure n° 5 : Favoriser la pérennisation de la pêche artisanale aux petits métiers dans ses spécificités méditerranéennes
  • Mesure n°6 : Améliorer la qualité environnementale des ports
  • Mesure n°7 : Favoriser le développement des démarches de bonnes pratiques environnementales

 

 

 

Pierre Rigaux : menaces de mort

Par Le 04/01/2020

Il est important de partager le travail de Pierre Rigaux, naturaliste, engagé, très bien informé, déterminé.

Et menacé de mort. 

Les chasseurs, les éleveurs, les industriels...

Aucune plainte de sa part n'est enregistrée par la justice. Jetée à la poubelle...

Un jour, on le trouvera, mort, dans un fossé...

 

https://www.nouvelleveg-magazine.com/post/pierre-rigaux-un-naturaliste-entre-la-vie-et-la-mort

PIERRE RIGAUX : UN NATURALISTE MENACÉ DE MORT

Mis à jour : il y a une heure

PAR ELOÏSE MAILLOT.

Bouquetin des Alpes - Crédit photo : Pierre Rigaux

Il observe la vie de la faune et la flore et ce sont des menaces quotidiennes de mort qui essaiment son chemin, de la part de chasseurs et d'éleveurs qui viennent frapper jusqu'à sa porte. S’il n’en fait pas grand cas et semble même s'y être dangereusement un peu trop habitué, la réalité du quotidien du naturaliste Pierre Rigaux, ne peut qu'interpeller et choquer. Menaces physiques sur les réseaux sociaux et par courrier, insultes et autres noms d'oiseaux rythment chacune de ses journées.

Mais aux sirènes de la mort, Pierre Rigaux leur préfère celles de la vie et le chant des oiseaux...

Auteur chez HumenSciences de ‘Pas de fusils dans la nature’ sorti en septembre 2019, Pierre Rigaux y décrit la réalité de la chasse en France, sous l’angle le plus objectif possible, écologique et animaliste.

C'est en fervent observateur de la nature que ce passionné décrypte l'impact de l'activité humaine sur l'environnement et les animaux. Pierre Rigaux dérange... mais qui ? Et pourquoi ? Balade et regard d'un naturaliste en 2020, en France, qui avance entre la Vie et la mort.

En 20 ans, ce sont plus de 410 personnes qui ont perdu la vie des suites d'un des 2792 accidents de chasse recensés par l'ONCFS, dont 131 morts pour la saison 2018/2019 comprenant 22 non-chasseurs !

Amis des bois, cachez-vous bien...

Pierre Rigaux, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le métier de naturaliste ?

Être naturaliste a plusieurs définitions. C'est quelqu'un qui s’intéresse à la vie sauvage, la faune et la flore et l’environnement en général. Certains ont une spécialité dans la géologie, l’hydrologie, les animaux ou les plantes. Et des spécialités encore plus pointus. Autrefois, c'était l’étude pour tenter de décrire le monde, on listait les espèces de plantes. Aujourd'hui, cela se fait encore mais il y a moins d'espèces nouvelles à découvrir donc, c'est mettre à profit la connaissance que l'on a de la nature, pour protéger quand il y a besoin.

Concrètement, c'est travailler sur des projets d’aménagement du territoire, où il y a des espèces impactées par la construction d’une route par exemple, travailler avec les constructeurs et maîtres d'ouvrage pour qu'ils soient en accord avec la loi par rapport aux espèces menacées. En une phrase, naturaliste, c'est étudier la faune, la flore et les écosystèmes pour les protéger. Ma formation, c'est l'Université de biologie.

Votre ancêtre est finalement... Darwin !?

Oui (rires), c'était l'époque où les naturalistes étaient beaucoup plus liés aux milieux scientifiques de recherche et de découverte qu'aujourd'hui, où c'est beaucoup plus scindé. Ils font de la recherche dans les laboratoires patentés ou ils sont sur le terrain dans la protection de la nature, là où je travaille. On contribue aussi à la science en récoltant des données, mises à la disposition des chercheurs.

À QUOI RESSEMBLE VOTRE JOURNÉE TYPE ?

Elle varie énormément. C’était d’aller sur le terrain très loin quand on me le demande et faire des inventaires, quand il y a par exemple une étude qui est commandée par une Collectivité ou autre. On va recenser et rendre un rapport.

Ou faire de la rédaction sur ordinateur pour mettre en forme ce qu'on a vu, ce qui fait beaucoup moins rêver. J'essaie de plus en plus de m’orienter vers la transition d'une formation auprès du plus grand public. Je passe plus de temps sur le terrain, à essayer d’observer des faits et trouver, pour montrer aux gens qui ne connaissent pas du tout la nature, la réalité de ce qu’il se passe dans la campagne française. Donc : terrain, repérer, filmer et mettre en forme par la vidéo, des articles ou des livres.

Là c'est moi qui choisis de montrer telle ou telle chose.

ÊTES-VOUS SEUL SUR LE TERRAIN ?

Oui sauf exception. Ce qui devient de plus en plus compliqué. La logistique et la vidéo demandent une maitrise technique. Et puis je suis de plus en plus reconnu par les gens, ça devient plus délicat pour moi.

On sent une envie de transmettre - communicative - dans vos vidéos, que faites-vous par passion ?

Il y a toujours au départ un rapport assez affectif aux phénomènes de la nature, non contradictoire avec la rigueur scientifique. L’affect crée souvent un déclencheur pour s’intéresser à ce qu'on étudie. Tout petit, c'était la passion de l'observation puis ça s'est transformé en travail. Si on n’est pas émerveillé par la beauté des choses, c'est plus difficile de transmettre des informations. On apprend à avoir le recul nécessaire pour conserver la rigueur.

Vous êtes victimes de menaces par les chasseurs et les éleveurs, quelles sont ces menaces ?

Je m’intéresse aux loups essentiellement et qui dit loup, dit moutons.

"Sur les réseaux sociaux, ces menaces sont tous les jours, des menaces de violences physiques et de mort. Dans la vraie vie si on peut dire, des menaces directes par des personnes, qui viennent chez moi me menacer de mort, par courriers anonymes. Et des menaces de terrain, voire même d'agressions physiques par des éleveurs"

Avez-vous porté plainte ?

Oui plusieurs fois, rien n’a jamais abouti.

Comment expliquez-vous ça ?

Sur les réseaux sociaux, je ne suis pas spécialiste mais ça n’aboutit jamais d'après ce que disent les gendarmes, à moins d’être une personnalité très importante. La gendarmerie m'a dit clairement que le procureur met directement la plainte à la poubelle, quelque soit sa gravité. Mon sentiment est qu’il y a un non-lieu systématique. On peut menacer sans problème qui on veut. Pour les courriers anonymes, on n’a pas retrouvé d’auteurs. J'ai pourtant des preuves matérielles.

En quoi les gênez-vous ?

Il y a tout ce qui relève de la légalité et du ressenti et ce dernier versant est beaucoup plus impactant sur le terrain. Il y a des chasseurs et des éleveurs qui voient d'un très mauvais œil qu’on s’intéresse à ce qu’ils font. Ils ont une attitude très hostile dès qu'on est dans la même forêt quand ils chassent, quand on essaie de filmer ce qu'ils font sans montrer leur visage, ni les nommer. Pas mal de gens sont dans la retenue à la campagne et n'osent pas aller voir dans le détail ce que les chasseurs font. Que j'y aille est très mal vu, d’où les menaces verbales.

Certains sont venus à votre porte ?

Certains sont venus chez moi, oui.

Êtes-vous vegan ?

Oui, pour moi, c'est cohérent et évident, mais lorsque je m’intéresse à un sujet comme la chasse, je ne mets pas ça en avant pour plusieurs raisons. Que ce soit avec les hommes ou femmes politiques, dès lors que ce mot est lâché, la discussion est fermée, c'est terminé. J’essaie de défendre des dossiers avec des ONG à mon petit niveau, on n’aborde pas le sujet sous cet angle sinon on est aussitôt classé comme un dangereux extrémiste révolutionnaire.

Qu'est-ce qui vous tient le plus à cœur dans votre démarche ?

J'essaie d'informer pour influer sur l’opinion publique, pour que les lois aillent plus dans le sens de l'interêt des animaux, pour l'interdiction de certaines pratiques, dans un but de changement de la société, même si ça paraît très prétentieux. Il y a des forces contraires au progressisme de l’écologie et des animaux, très fortes. J'ose espérer que l'on puisse changer ça politiquement. Ça s’inscrit dans quelque chose de beaucoup plus vaste. J’essaie de me concentrer sur des sujets que je maitrise bien et laissent ceux qui ne sont pas ma spécialité, même s'ils sont très importants. Exs : le nucléaire, les pesticides.

Personne ne m'embête dans la façon de le faire, sauf les opposants. Pour l’instant, j’estime que mon audience n’est pas assez forte.

Parmi les grands arguments des chasseurs repris par tous, on entend que l’homme régule la nature, que les animaux sont plus heureux pris en charge par nous, que les sangliers proliféreraient si les chasseurs ne les tuaient pas. Qu'est-ce que le naturaliste objecte à ces propos ?

Ce sont des sujets vraiment très complexes des deux côtés et il y a pas mal de méconnaissances. Même les scientifiques les plus pointus ne sont pas d’accord entre eux. Mais il y a des faits qui sont quand même évidents, au 21è siècle : l’emprise de l’homme sur la planète est gigantesque à tel point que le poids que pèse les humains par rapport aux mammifères sauvages, est énorme.

"Avec le bétail domestique élevé pour la consommation humaine, c'est autour de 10 fois plus que l’ensemble de ce que pèse les mammifères sauvages.

La vie sauvage et les animaux qu’il faudrait réguler ? Tout ça ne représente plus grand chose sur la planète."

La biomasse, l'impact écologique derrière en terme de consommation d’énergie, d'impact sur les écosystèmes et le fait que l'homme et les animaux qu'il exploite pour se nourrir, pèse beaucoup plus que la totalité des mammifères sauvages, nous oblige à regarder la question de la régulation sous un autre angle que 3 sangliers qui font un dégât dans un champ de maïs.

La régulation n’a aucun sens sauf réguler l’activité humaine en premier et leurs façons de se développer.

Il y a une histoire très particulière des sangliers, lâchés par les humains pour que les chasseurs disposent de plus d'animaux à chasser. Ça a posé des problèmes dans certaines parcelles en Europe mais à échelle du monde, ça n'est pas grand chose.

Il faut réfléchir à d’autres façons que de régler le problème en les flinguant pour la régulation.

CETTE RÉGULATION MARCHE T-ELLE ?

Cette régulation mise en oeuvre par les chasseurs français ne fonctionne pas, il y en a toujours de plus en plus. C'est dû à la démographie particulière des sangliers. Et les dégâts pourraient être réglés par d’autres pratiques agricoles, par des systèmes de clôtures. C'est difficile de mettre en oeuvre des grands enjeux par des petites choses. Les petits événements d'un ½ ha de maïs ravagé par des sangliers, sont utilisés pour justifier la nécessité de réguler les animaux sauvages. Or, l’immense majorité est en déclin. La place de l'humain et de ceux qu'il élève est devenue gigantesque par rapport à celle des animaux sauvages.

"On prend la place de l'espace naturel pour faire de l'agriculture, destinée à nourrir les animaux d'élevage pour l'alimentation humaine et pour faire de l'urbanisation."

À QUOI SERVENT CES CHAMPS DE MAÏS ?

Le cas du sanglier est presque drôle. Une partie importante des dégâts qui justifie le fait qu’ils sont chassés, est surtout due à ces champs de maïs destinés au bétail, aux vaches laitières, au grain pour la volaille et les cochons d’élevage, qui sont à 90% dans des bâtiments d’élevage intensif et qui sont 10 fois plus nombreux que les sangliers !

L’impact écologique du maïs et de l’élevage des cochons (les algues vertes en Bretagne…) est catastrophique. Il faut voir les choses avec plus de recul. Le problème est le maïs, le cochon intensif et la place de l’homme dans tout ça.

SUR QUOI PORTERA VOTRE PROCHAINE VIDÉO ?

L’élevage du gibier pour la chasse. Là, on est dans le summum du truc indéfendable. On les élève juste pour pouvoir les lâcher et leur tirer dessus. Même les non végétariens et certains chasseurs sont d’accord pour changer ça dans la prochaine décennie, à part les chasseurs qui font ça et les hommes politiques qui les soutiennent.

POURQUOI LES VEGAN FONT TANT PEUR SELON VOUS ?

Ça remet en cause des habitudes et modes de vie culturels tellement ancrés en nous, plusieurs siècles voire millénaires socialement perpétués, basés sur l’exploitation des animaux. Ça remet en cause fondamentalement l’organisation de la société.

Il y a bien sûr des intérêts financiers et des gens qui travaillent.

Êtes-vous anti-spéciste ?

Oui, ça dépend de la définition. Le cochon n’a pas moins de valeur qu’un chien. Sur le plan écolo, il faut continuer de s’intéresser aux différents niveaux d’organisation des écosystèmes et protéger les espèces menacées.

Quel mot de la fin et pour cette année ?

Un projet que j’aimerais voir aboutir, protéger le putois d’Europe, ça peut être fait par décision politique. Ça fait 5 ans que je suis dessus. On se heurte à un immobilisme tel qu'on est content pour de toutes petites décisions.

PIERRE RIGAUX https://www.pierrerigaux.fr/

Pour soutenir le travail de Pierre Rigaux : Cliquez ici.

Pour commander son livre : 'Pas de fusils dans la nature’

Partout en libraire et sur le site des libraires indépendants.

Eloïse Maillot

https://www.nouvelleveg-magazine.com/post/pierre-rigaux-un-naturaliste-entre-la-vie-et-la-mort

THÈME : Conscience (1)

Par Le 02/01/2020

Une lectrice m'a écrit pour me dire que ça serait intéressant de regrouper les articles par thème, dès lors qu'ils sont multiples et pas toujours aisés à retrouver dans les 3000 et quelques articles. 

Il y a quelques temps déjà que j'y pensais mais je n'avais jamais reçu une demande précise dans ce sens ni  pris le temps de m'y mettre... Je sais que c'est un travail long et fastidieux... 

Je vais donc m'atteler à cette tâche en essayant d'être régulier et d'identifier les thèmes les plus fréquemment cités.Le premier qui m'est venu à l'esprit est celui de la conscience et effectivement, il y a quelques articles. 

Chaque lien est souligné et donne accès à la page d'origine. 

 

Conscience.

Consciences inversées. (spiritualité)

Conscience animale (Nature)

Conscience au-delà de la conscience. (spiritualité/conscience)

Conscience collective et empathie

Conscience cosmique (spiritualité)

Conscience de l'absurdité

Conscience de l'individu unifié (spiritualité)

Conscience de la compréhension (spiritualité)

Conscience de soi. (spiritualité/conscience)

Conscience du monde. (spiritualité)

Conscience et destin. (spiritualité/conscience)

Conscience et émotions (site INREES).

Conscience et intelligence animale

Conscience et liberté (spiritualité)

Conscience et sophrologie (santé)

Conscience extracorporelle (spiritualité)

Conscience globale. (spiritualité/conscience)

Conscience morale et empathie.

Chaque conscience comme une étoile. (spiritualité/conscience)

Corps et conscience. (spiritualité/conscience)

Pensée et conscience. (spiritualité)

En toute conscience (spiritualité)

Krishnamurti : une crise de conscience

Matière, énergie, conscience (spiritualité)

Méta-conscience (spiritualité)

crise de conscience. (spiritualité)

La conscience falsifiée. (spiritualité)

La conscience de l'Homme (spiritualité)

La conscience et le cerveau (spiritualité)

Orgasme et expansion de conscience (sexualité sacrée)

Etats élargis de Conscience (spiritualité)

Etats modifiés de conscience (spiritualité)

Pleine Conscience (spiritualité)

Pleine Conscience et Massage

Pleine conscience

De l'inconscient à la conscience (spiritualité)

L'eau et la conscience (Nature)

De la pensée à la Pleine Conscience (spiritualité)

Peter Russel :Sur la conscience de l'unité (conscience)

Pure Conscience (spiritualité)

Se nourrir en pleine conscience

En conscience.

Contention de la conscience

Vélo, tantrisme et pleine conscience.

JUSQU'AU BOUT : La conscience.

L'inconscience (spiritualité)

L'inconscient

De la notion de risque ou d'inconscience.

CG Jung et l'inconscient collectif

De l'inconscient freudien aux neurosciences

L'instinct et l'inconscient.

Une nudité consciente.

 

 

 

 

Australie : les incendies

Par Le 02/01/2020

 

"Le Premier ministre, Scott Morrison, qui a renouvelé son soutien à la lucrative mais très polluante industrie du charbon australienne, est particulièrement critiqué."

On a ici toute la problématique de nos sociétés de croissance, sociétés marchandes, alibi du plein emploi, lutte contre le chômage, maintien du PIB, mondialisation etc etc...Le premier ministre est critiqué mais c'est bien lui qui est aux manettes. S'il est là, c'est qu'il répond aux critères de sélection, que son discours correspond aux priorités. Non pas de la population mais des financiers. Ce sont eux qui placent les politiciens aux postes clés. Pas la population. Cette idée que le peuple choisit ses maîtres est une fumisterie qui relève de la magie tellement le numéro est au point.

Le problème n'est pas là et la solution n'y est pas davantage. Il n'existe qu'une seule solution contre le réchauffement climatique : la glaciation de l'humanité.

C'est à dire le gel de sa croissance, le gel de son expansion, de sa folie consumériste, de son exploitation des ressources naturelles. Par conséquent, celui qui critique le premier ministre australien, ou n'importe quel autre adepte du capitalisme, doit s'arrêter et prendre du recul pour répondre à une seule question, une question très simple : quel est mon degré de participation à cette exploitation de la planète ?

C'est la seule solution. Il n'y en aura pas d'autre. A condition que cet état des lieux soit suivi d'actions concrètes. Sinon, c'est et ça ne restera que du remplissage "d'informations quotidiennes", des épluchures dans une mélasse.

500 millions d'animaux morts. Il faudrait préciser que c'est à quelques centaines de milliers près...

Là, dans le cas des incendies, les medias en parlent, il y a des images, ça crée de l'audimat. Mais ces "incendies" existent depuis plus de 50 ans maintenant, sur l'ensemble de la planète. Des incendies qui n'ont pas nécessairement des flammes, des incendies silencieux, sans fumée, des milliers d'animaux qui meurent en silence, partout sur la planète, dans les filets dérivants, dans les abattoirs, dans les exploitations industrielles, dans les forêts massacrées à coups de tronçonneuses et de bulldozers, des centaines de millions danimaux abattus dans une totale indifférence, pour nourrir des humains qui ensuite vont aller critiquer le premier ministre... Puis se plaindre ensuite qu'ils n'ont pas les moyens de consommer autant qu'avant...

Il y a une hypocrisie gigantesque dans cette humanité, une disonnance cognitive qui relève de la psychiatrie. 

 

 

Un kangourou près des incendies en Australie, le 31 décembre 2019.

Un kangourou près des incendies en Australie, le 31 décembre 2019. (SAEED KHAN / AFP)

Une hécatombe pour la biodiversité. Les gigantesques incendies qui ravagent l'Australie depuis le mois de septembre ont causé la mort de 480 millions d'animaux (mammifères, oiseaux et reptiles), selon une étude de l'université de Sydney, citée par les médias australiens"Sur le long terme, la reconstruction des populations de nombreuses espèces locales va être un défi. Un grand nombre d'entre elles ont été indéniablement affectées par ces feux", a estimé le chercheur Chris Dickman, sur 7 News (en anglais).

Au moins dix-huit personnes sont décédées depuis le début de la saison des feux en septembre. Ce bilan humain pourrait encore s'alourdir, les autorités de l'Etat de Victoria ayant affirmé jeudi que dix-sept personnes sont portées disparues sur ce territoire. Plus de 1 300 maisons ont été réduites en cendres et 5,5 millions d'hectares sont partis en fumée, soit une zone plus vaste que des pays comme le Danemark ou les Pays-Bas. 

Cette crise sans précédent a donné lieu à des manifestations pour demander au gouvernement de prendre immédiatement des mesures contre le réchauffement climatique qui serait, selon des scientifiques, à l'origine de ces feux plus précoces, plus longs et plus violents que jamais. Le Premier ministre, Scott Morrison, qui a renouvelé son soutien à la lucrative mais très polluante industrie du charbon australienne, est particulièrement critiqué.

BlackRock (2)

Par Le 02/01/2020

Il faut avoir le coeur bien accroché ou l'estomac bien maîtrisé quand on fouille un peu...

 

BlackRock et retraite, les fonds de pension qui conseillent Macron

ON:  

IN: ÉCONOMIE & BUSINESSSANTÉ & SOCIAL

mis à jour le 17 décembre 2019

Les représentants du plus grand fonds d’investissement au monde, très intéressés par la loi Pacte et la réforme des retraites, ont déjà rencontré à plusieurs reprises le président de la République. Le lobby dont fait partie BlackRock en France, l’AFG, a également multiplié les actions d’influence sur la loi Pacte auprès des dirigeants français.

blackrock-en-franceTélécharger

1er gestionnaire d’actifs au monde (7000 milliards $), l’Américain Black Rock a des vues sur l’épargne française.

Question posée par Trialon le 09/12/2019

Alors que le Parisien révèle que le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, n’avait pas mentionné sa fonction d’administrateur au sein d’un Institut de formation de l’assurance (Ifpass) dans sa déclaration d’intérêts à l’HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique), de nombreux internautes et le site Arrêt sur images pointent du doigt les proximités entre Emmanuel Macron, son gouvernement et BlackRock, «fonds extrêmement attentif aux opportunités des réformes du système des retraites en France». Et de dénoncer une réforme qui aurait été dictée par le lobbying du géant américain.

Les accointances supposées du pouvoir avec ce géant de la finance (plus de 6 000 dollars d’actifs, dont les deux tiers concernent l’épargne retraite) reposent notamment sur un article du Canard enchaîné, dont une capture d’écran a ressurgi la semaine dernière. Dans ce texte, qu’Arrêt sur images a d’abord présenté comme publié «la semaine dernière»avant de corriger en révélation «de l’automne 2017», le palmipède révélait que le 25 octobre 2017, l’Elysée avait reçu en grande pompe durant toute une journée (et non pas seulement durant un dîner comme évoqué dans la presse) «le gratin de la finance mondiale, représenté par les dirigeants de BlackRock, le plus gros investisseur du monde, et par 21 gestionnaires de fonds».

Le PDG d’Amundi, Yves Perrier (G), PDG de BlackRock, Larry Fink (C) assis aux côtés du président français Emmanuel Macron lors d’une réunion entre le président français et les représentants des fonds d’investissement et des fonds souverains pour lutter contre le changement climatique à l’Elysée à Paris le 10 juillet 2019
Photo by Michel Euler / POOL / AFP

Ian Brossat@IanBrossat

Si vous aviez encore un doute...
Tout est désormais écrit noir sur blanc : le fonds de pension américain, Black Rock, explique que les réformes Macron lui permettront de gérer la retraite privée des Français ⬇️
https://www.blackrock.com/fr/intermediaries/themes/retirement …

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Autre élément cité : un extrait du documentaire «Ces financiers qui dirigent le monde – BlackRock», diffusé par Arte en septembre 2019, dans lequel le réalisateur Tom Ockers rappelle qu’Emmanuel Macron «avait déjà rencontré Larry Fink [le PDG de BlackRock, ndlr]à plusieurs reprises après sa prise de fonction» et qu’il «veut favoriser les privatisations en France. A cet effet, le président de la République a créé une commission dont l’un des membres n’est autre que le patron de BlackRock France, Jean-François Cirelli. Cet ancien conseiller du président Chirac […] ne cesse de réclamer un recours accru aux fonds spéculatifs pour l’assurance vieillesse.»

 

Benjamin@JoeChiiip

Macron a invité Larry Fink patron de l'américain BlackRock dans des entretiens à huis clos.
Il nomme Jean-François Cirelli, boss de BlackRock France dans une commission pour favoriser les privatisations. Ce dernier milite pour le recours aux fonds spéculatifs pour les retraites.

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A la recherche des contacts entre la multinationale et l’Elysée, CheckNews a pu lister les rencontres suivantes évoquées dans la presse. L’Obs rapporte que dès le 6 juin 2017, le PDG de BlackRock, Larry Fink, «a été reçu en toute discrétion à l’Elysée, par le Président, et à Matignon». Trois semaines plus tard, le 28 juin 2017, Bruno Le Maire rencontre Larry Fink lors d’une visite à New York autour d’un «entretien bilatéral» et d’un «dîner d’attractivité». Le ministre de l’Economie s’était rendu aux Etats-Unis pour convaincre Wall Street d’investir en France.

Le 17 octobre 2017, le gouvernement mandate le Comité action publique 2022 (un groupe d’une trentaine d’experts) pour travailler sur la réforme de l’Etat. Parmi ses membres, on retrouve le président de BlackRock France, Jean-François Cirelli. C’est l’homme qu’on voit à la fin de l’extrait du documentaire d’Arte en train de défendre l’épargne-retraite sur le plateau des Echos en juin 2018 ou sur France info en juin 2019.

Une semaine plus tard, le 25 octobre 2017, le PDG américain Larry Fink, accompagné de dirigeants de BlackRock et de 21 gestionnaires de fonds, est de retour à Matignon et l’Elysée, lors de la journée de réception décrite par le Canard enchaîné. Lors de cette visite, les financiers vont être chaleureusement reçus dans les ors du salon Murat de l’Elysée, où a lieu le Conseil des ministres, pour y assister à des exposés de plusieurs ministres : Muriel Pénicaud, Elisabeth Borne, Bruno Le Maire et Benjamin Griveaux. Le soir, ils dînent avec des ministres et Emmanuel Macron.

«Le bon plan retraite» 

Larry Fink répond également présent à l’appel de l’Elysée, le 10 juillet 2019, lorsque Emmanuel Macron y organise une réunion sur le climat et l’investissement, au cours de laquelle «huit des plus importants gestionnaires français et mondiaux se sont engagés à coopérer pour mieux prendre en compte l’impact du changement climatique dans leurs politiques d’investissement», rapportent les Echos.

Blackrock fait également partie de l’AFG (Association française de la gestion financière, lobby des fonds d’investissement en France). Cette organisation n’a pas ménagé sa peine ces derniers mois, afin de défendre ses intérêts dans la loi Pacte (croissance et transformation des entreprises), alors en cours d’élaboration. Sur le site de la HATVP, où les «représentants d’intérêts» doivent, avec plus ou moins de précision, déclarer leur action de lobbying, on dénombre plusieurs rencontres, en 2018 et 2019, avec des membres du cabinet d’Emmanuel Macron, du Premier ministre, de Pénicaud ou encore à Bercy, sur la loi Pacte précisément, et le plus souvent sur la question des nouveaux dispositifs d’épargne retraite contenus dans ce texte.

Dans une note titrée «Loi pacte : le bon plan retraite», de juin 2019, BlackRock listait même publiquement ses recommandations, notamment au gouvernement français, afin de développer l’épargne retraite. Entre autres préconisations : «Pérenniser le dispositif législatif et les incitations fiscales de long terme»«Faciliter ou prévoir la mise en place d’incitations comportementales pour accroître le niveau des contributions volontaires»«Intégrer un volet éducation financière pour soutenir le marché cible d’épargnants qui n’ont pas accès à un conseiller financier»«Faire bénéficier les particuliers à faibles revenus de mesures d’incitations additionnelles», et même «Imposer à terme la mise en place des dispositifs d’épargne-retraite de type auto-enrolment (adhésion automatique)»…

Au-delà de BlackRock, la loi Pacte et la réforme des retraites attisent aussi l’appétit d’autre fonds américains, comme le rappelait en septembre un article des Echos : «”La réforme des retraites, à commencer par la loi Pacte, devrait offrir de nouvelles opportunités pour les gestionnaires d’actifs pour servir le marché français”, résume un porte-parole de Pimco (un fonds de gestion, ndlr).»

Part belle aux fonds d’investissement

Si l’on ignore l’influence exacte qu’ont pu avoir ces opérations de lobbying, il n’en reste pas moins que la loi Pacte, comme le projet de loi retraite, complémentaires, font effectivement la part belle aux fonds d’investissement. Entré en vigueur le 1er octobre, le nouveau Plan épargne retraite (PER), qui doit remplacer, à terme, les différents dispositifs existants, est censé rationaliser et développer la retraite par capitalisation en France, avec exonérations fiscales à la clef.

Comme en écho à cette loi, et sans doute pour booster le nombre de clients potentiels à cette épargne par capitalisation, le projet de réforme des retraites prévoit d’exclure désormais une partie des cadres de la retraite par répartition. Comment ? En limitant les cotisations retraites contributives (c’est-à-dire ouvrant des droits) à seulement trois plafonds sécu dans le prochain système par points, au lieu de huit dans le système actuel. Autrement dit, un cadre payé plus de 10 000 euros par mois ne pourra plus ouvrir de droits à la retraite au-delà de cette somme. Seule solution : souscrire un plan d’épargne retraite…


Même les salariés moins bien payés seraient incités à y souscrire. Car d’une manière générale, la réforme par points devrait pénaliser les carrières ascendantes (en prenant en compte toute la carrière et non plus les 25 meilleures années), donc particulièrement les cadres.

BlackRock

Par Le 02/01/2020

Depuis l'apparition de cette réforme des retraites, il était clair que les objectifs réels n'étaient pas clairement exprimés.

Plus on avance et plus les journalistes d'investigation révèlent ce qui est caché.

Aujourd'hui, le gouvernement a décidé de ne même plus cacher ses collusions avec les maîtres financiers

Le patron de BlackRock reçoit la légion d'honneur.

Au moins, les choses sont claires.

Ces financiers qui dirigent le monde - BlackRock

 

Ces financiers qui dirigent le monde - BlackRock

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Très discret, BlackRock est pourtant le plus puissant gestionnaire d’actifs de la planète. Enquête sur l’omniprésence préoccupante et indécente des grands argentiers de BlackRock dans la vie politique et économique mondiale.

Si l’argent ne fait pas le bonheur, il ouvre sans nul doute les portes du pouvoir. Une maxime que le groupe de gestion d'actifs BlackRock, avec ses 6 000 milliards de dollars américains passés, soit plus de deux fois le PIB de la France, connaît bien. Sociétés, gouvernements et banques centrales : l'entreprise tentaculaire ne cesse d'étendre son influence dans toutes les directions, depuis sa création, en 1988, par Larry Fink. La force de ce géant américain de la gestion réside dans les milliards de dollars que lui confient ses clients, pour la plupart des gros poissons de la finance : multinationales, institutions financières et fonds d’investissement ou de pension. Grâce à cette manne financière, le groupe a mis le grappin sur de nombreuses multinationales. Actuellement, BlackRock est entre autres présent dans le capital d’Apple, de Microsoft, de Facebook, de McDonald’s, de Siemens, ainsi que de nombreuses entreprises du CAC 40. Non content d’investir dans les entreprises les mieux cotées du monde, le gestionnaire d'actifs est aussi dans les petits papiers de gouverneurs de banques centrales, de ministres des finances et même de chefs d’État, à qui il prodigue de précieux conseils. Et pour cause : il dispose non seulement des meilleurs experts financiers, mais aussi d’un algorithme de prévision conjoncturel sans égal, Aladdin. Lors de la crise financière de 2008, de nombreux gouvernements proches du naufrage avaient fait appel au groupe de Larry Fink, ce qui lui a permis de renforcer son emprise sur l’économie mondiale et de présenter à tous le visage d'une entreprise providentielle… 

Empire tentaculaire

Dans la société civile, d’aucuns s’inquiètent de la position ultradominante du groupe, désormais capable d’influer sur l’économie mondiale et de souffler à l’oreille des décideurs. Son outil phare, Aladdin, représente également une source d’inquiétude : il pousse à une uniformisation de l’investissement mondial, ce qui pourrait amplifier l’effet domino à la prochaine crise financière. Cette enquête choc de Tom Ockers dénonce l’omniprésence préoccupante et indécente des grands argentiers de BlackRock dans la vie politique et économique mondiale. Menée dans cinq pays différents, elle brosse le portrait fouillé d’un des groupes financiers les plus influents au monde, parfaitement inconnu du grand public.

  • Réalisation :

    • Tom Ockers
  • https://www.europe1.fr/politique/legion-dhonneur-pour-le-patron-de-blackrock-france-cest-une-provocation-3940607

  • Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, a réagi jeudi sur Europe 1 à l'attribution de la Légion d'honneur au patron de BlackRock France. Pour lui, récompenser un homme à la tête d'un fonds d'investissement qui prône la retraite par capitalisation est une provocation.

    INTERVIEW

    Le nom de Jean-François Cirelli est apparu dans la traditionnelle promotion de la Légion d'honneur du 1er janvier. Et s'il ne dit rien à la plupart des gens, il a rapidement été pointé du doigt sur les réseaux sociaux. Car cet homme, ancien dirigeant de GDF-SUEZ, puis d'Engie, est l'actuel président de la branche française de BlackRock. Un fonds d'investissement régulièrement accusé par l'opposition de promouvoir auprès du gouvernement le principe d'une retraite par capitalisation. En ces temps de mobilisation contre la réforme des retraites, cette nomination passe mal. 

    Des "liens étroits" entre Macron et "ce monde de la finance"

    "C'est une énorme provocation", a réagi jeudi sur Europe 1 le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel. Lui y voit aussi "la révélation des liens très étroits qui existent entre ce gouvernement, le président Macron et ce monde de la finance."

    Pour Fabien Roussel, le gouvernement "est en train de vendre notre système de retraite aux fonds de pension américains". D'autant que la loi Pacte de mai 2019, destinée à encourager les entreprises françaises, a "créé trois nouveaux produits d'épargne-retraite dont va pouvoir bénéficier directement BlackRock", dénonce-t-il. 

De l'enfant sauvage à l'adulte.

Par Le 30/12/2019

J'ai longuement réfléchi à la lecture de l'article précédent et à mon propre parcours. J'ai eu une chance immense de vivre  mon enfance et mon adolescence dans un contact permament avec la nature. Je sais que j'y ai construit l'adulte d'aujourd'hui, que c'est dans le coeur de cette nature que tout s'est installé, que les amours existentiels ont pris forme, ces amours qui relèvent de l'individu seul et non de la relation amoureuse avec un autre être.

Je n'aimais pas quelqu'un, j'aimais la Terre, l'océan, les forêts, le silence, les lumières, la pluie, le soleil, le vent, les tempêtes, les marées puissantes et les heures d'étale. J'avais un chien et deux copains. Et il m'arrivait souvent de partir tout seul. J'ai couru sur les plages, grimpé sur tous les rochers de la région, escaladé les arbres les plus hauts, fabriqué une cabane au sommet du plus grand pin maritime de la forêt, j'y voyais l'océan par-dessus la houle des frondaisons. Je me suis baigné à toutes saisons, je nageais jusqu'à ne plus pouvoir cesser de trembler, je me suis réchauffé avec un feu de bois flotté sur le sable, en plein hiver, seul au monde, dans le ventre rocheux d'une crique sauvage, en dehors des sentiers. J'aurais pu mourir là sans qu'on me retrouve avant des jours. J'aurai pu mourir plus d'une fois. Mais je n'avais pas peur du monde, ni des vagues, ni des courants, ni du vide du sommet des rochers, je n'avais pas peur de la fatigue, ni du froid. J'étais heureux. Dehors. Dans le monde. 

J'aimais sentir mon corps à l'épreuve. J'aimais tout autant regarder les fourmis pendant des heures ou le jeu des vagues à l'horizon. 

Je n'allais à aucun anniversaire, aucune fête. Je n'ai jamais mis les pieds dans une "boîte". J'ai toujours détesté les villes et la foule. Je ne supportais que les librairies. 

Mes parents travaillaient et n'avaient aucunement connaissance du contenu de mes journées solitaires. Ils me voyaient rentrer parfois, les coudes ou les genoux écorchés. Je leur disais que ça n'était rien. Ils me disaient de "faire quand même attention". 

J'aimais le monde autour de moi et je ne réalisais pas alors à quel point, il entrait en moi. Qu'il ne s'agissait pas que d'un "environnement", mais d'une reconnaissance cellulaire. 

J'étais là, bien plus que moi. Mais je n'aurais jamais su le saisir, ni encore moins le comprendre.

L'alpinisme est devenu une nécessité et la haute montagne le territoire le plus beau qui soit pour expérimenter l'approche des limites, l'approche des réponses, la compréhension de ce qui ne s'explique pas.

J'ai couru Là-Haut des milliers d'heures.

Je n'en suis plus là. 

Je redeviens peu à peu l'enfant qui jouait avec un bâton ou qui courait après un papillon. Le bonheur de monter sur un sommet ne relève plus de la quête intérieure mais de la complicité, de la dissoultion dans le monde. C'est la contemplation qui m'importe. Même si j'éprouve le besoin de courir, je ne cours pas pour aller vite mais pour "entrer loin" en moi et tout autant ne plus être là. Il existe dans l'effort physique un état contemplatif que les non adeptes du sport d'endurance ne peuvent saisir. Il faut être épuisé un jour pour prendre conscience de l'immense plaisir que représente cet état. 

La contemplation et le saisissement ne passent pas pour autant essentiellement par ce biais. Bien évidemment.

Il existe une attitude intérieure qui relève de l'extrême simplicité pour y parvenir. Etre assis dans l'herbe et regarder les nuages, jusqu'à ne plus les voir en tant que tel mais comme les entités vivantes d'une énergie créatrice, un mouvement perpétuel similaire à celui de nos propres atomes. Il existe dans l'humain un état naturel dans lequel la nature retrouve son état. 

C'est tout ça, finalement, que j'ai tenté de décrire dans ce septième roman. 

Ce que l'homme devient lorsqu'il n'est plus rien de ce qu'il était et qu'il croyait pourtant immuable.  

Coeurouvertwhite

« La quête est une illusion. Une tromperie du moi qui se joue de tout.

Je n'ai rien à chercher. Tout est déjà là et en le cherchant, je m'en éloigne.

Le moi, je le reconnais et je connais la complexité de ses errances et je n'ai pas à le craindre.

Il n’est pas ce que je suis, il n’est qu’une interprétation. »

A CŒUR OUVERT

Le sauvage chez l'enfant

Par Le 26/12/2019

Un texte essentiel qui parle de cette humanité "hors sol" que j'ai déjà évoquée à maintes reprises et qui explique à mon sens la dévastation commise et l'absence totale de solution, dès lors que le paradigme éducatif n'est pas intégralement revu et corrigé.

 

 

 

"Le théoricien politique Toby Rollo a souligné de quelle façon la soumission par la force des enfants par les adultes forme la fondation psychologique de tous les autres modèles de soumission économique et politique."

 

"

Des espèces meurent, notre planète se réchauffe, et sous le prétexte d’apprendre à nos enfants à sauver le monde, nous continuons à détruire leur côté sauvage, à les «socialiser» en les déplaçant de la nature vers la cage que nous avons construite autour de l’enfance. Nos gentils instituteurs essayent de rendre ça «amusant» pour limiter, ou du moins adoucir les dommages; tels des gardiens de zoo qui donnent des ballons à des ours polaires en captivité, ils tentent de remplacer ce qui a été perdu."

 

 

Le sauvage chez l’enfant

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http://mariannesouliez.com/2016/12/13/le-sauvage-chez-l-enfant/?fbclid=IwAR1iDOkg_Q8cUvkmwOogD7qPfAsy7xXZLI4LRHuAAB6gkhF-_2XYohaahY0

Voici un article que j’ai gardé sous le coude un moment et que je redoutais de traduire à cause de sa longueur. Je me suis fait rattraper par mon envie irrepressible de partager les textes de ceux qui exposent avec style les perspectives du monde alignées avec les miennes.
Il s’agit d’un essai sur les conséquences de la domestication de l’enfance telle qu’on la voit à l’œuvre dans tout le modèle éducatif occidental. L’auteure, 
Carol Black, a par ailleurs réalisé l’excellent documentaire « Schooling the World » (visible intégralement en ligne) qui vaut la peine d’être regardé car il démonte des idées bien ancrées.
NB1: Le texte fait référence à certaines tendances plus américaines qu’européennes, mais le fond est indéniable.
NB2: Le début est une petite dissertation sur les mots difficilement traduisible. J’ai fait de mon mieux. Ne craignez pas de poursuivre, le reste est passionnant.

Le sauvage chez l’enfant par Carol Black (Avril 2016)

LA REVOLUTION NE SE PRODUIRA PAS DANS UNE SALLE DE CLASSE

«In Wildness is the preservation of the World.» (« C’est dans l’aspect sauvage que repose la préservation du monde.») est une phrase de Thoreau dans Walking, et Jack Turner, dans sa délicieuse série d’essais, The Abstract Wild, se demande combien d’entre nous comprennent vraiment ce dont il s’agit.Turner souligne que la citation fait souvent l’objet d’un malentendu et qu’on lit souvent: «In wilderness is the preservation of the world.» (Dans les étendues sauvages repose la préservation du monde.) mais Thoreau n’a pas dit que préserver les étendues sauvages préserve le monde, il dit que c’est l’aspect sauvage (wildness) qui préserve.

Que cela peut-il vouloir dire ? Turner a réussi à dénicher dans l’Aide-Mémoire de Thoreau une référence au mot ‘wild’ en tant que participe passé de ‘to will’ (vouloir), c’est à dire un synonyme de ‘self-willed’ (‘qui agit poussé par sa volonté propre’ ou ‘volontaire’). Le sauvage donc, est le volontaire, celui qui vit depuis sa nature intrinsèque plutôt que soumis à une force extrinsèque. Mais selon Turner nous sommes aussi dans la confusion quant à ce que Thoreau entendait par le mot ‘monde’ (world).

À la fin de Walking, il dit: « On doit nous expliquer que les Grecs nommaient le monde κόσμος, Beauté, ou Ordre, mais nous ne voyons pas vraiment pourquoi, et nous le considérons au mieux comme un phénomène philologique curieux ». Notre mot moderne est cosmos, et les études philologiques les plus récentes suggèrent une signification d’ordre harmonieux. Par conséquent, au sens large, nous pouvons dire que la phase de Thoreau « In Wildness is the preservation of the World. » parle de la relation entre les “choses“ libres, volontaires et auto-déterminées et l’ordre harmonieux du cosmos. Thoreau proclame que les premières préservent le deuxième.

Ok. Bon. Qu’est-ce que cela veut dire, et qu’en faire ?

Au début du vingtième siècle, les théoriciens de l’éducation étaient assez clairs sur le fait qu’ils concevaient des écoles dans le but d’adapter les enfants au nouvel ordre industriel. Ces pédagogues soutenaient que les enfants devaient abandonner leur côté sauvage et développer des qualités “civilisées“ comme la ponctualité, l’obéissance, la discipline et l’efficacité. Comme le dit Ellwood P. Cubberley, Doyen de la Stanford University School of Education en 1898:

Nos écoles sont dans un sens, des usines, dans lesquelles les matières premières — les enfants — doivent être modelées et taillées en produits… Le cahier des charges de fabrication provient des demandes de la civilisation du 20ème siècle, et c’est le travail de l’école de bâtir ses élèves selon le cahier des charges établi.

Dans l’esprit de ces architectes de l’éducation moderne, “L’enfant“, “Le sauvage“ et “La nature“ étaient des concepts homologues, représentant tous quelque chose d’intrinsèquement corrompu, de bestial, d’informe. “La nature“ disait William Torrey Harris, Délégué Américain à l’Education de 1889 à 1906, est la complète antithèse de la “nature spirituelle de l’homme“. Il continue:

L’homme évolue depuis l’état sauvage en se fabriquant de nouvelles natures, l’une après l’autre; il transforme ses idées en institutions, et trouve dans ces mondes idéaux sa véritable demeure et sa vraie nature.

Le but de l’école, en d’autres termes, était d’«élever» les enfants hors de leur état naturel (qui était, selon Harris, “totalement dépravé“) et de les former à prendre leur place dans le grand projet humain de « soumettre le monde matériel à notre usage ». Comme l’explique Harris, « Les nations et peuples du monde sont plus ou moins avancées… selon le degré avec lequel ils ont réalisé cet idéal de l’humanité.» Les cultures qui ne voyaient pas les choses ainsi étaient confrontées à un choix: « absorber notre culture et devenir intellectuellement productive ou sinon mourir.  Voici le jugement émis par l’Anglo-Saxon sur les races inférieures.»

Nous avons oublié que tels étaient les objectifs initiaux des institutions-usines où la plupart d’entre nous avons grandi. Nous parlons de notre expérience de l’école comme si elle faisait entièrement partie de la nature des choses, une part naturelle et essentielle de l’enfance humaine, au lieu de l’expérience vaste et extrêmement récente d’ingénierie sociale qu’elle est en réalité. Mais, comme Faulkner le fit remarquer, le passé n’est jamais mort; il n’est même pas passé. Ces objectifs initiaux, comme l’a pointé John Taylor Gatto, ont été intégré de manière si efficace dans la structure de l’école moderne — avec ses systèmes sous-jacents de détention, de contrôle, de standardisation, de mesure et de discipline — qu’aujourd’hui ils sont atteints sans même que nous en soyons conscients ni ayons donné notre accord.

Ils ne sont bien entendu pas atteints de la manière dont ces ingénieurs sociaux l’imaginaient. Ces visionnaires pensaient que la nature humaine était infiniment malléable; les enfants devaient être modelés et taillés comme n’importe quelle matière première industrielle en un produit fini prédéterminé, et l’utopie industrielle en résulterait. Mais ils n’ont pas pris en compte la puissance de l’instinct de dissidence de l’enfant. L’esprit sauvage fait tout son possible pour se protéger comme le fait un cheval dressé, avec un millier de stratégies de résistance, de dérobade, d’inattention, d’oubli : les enfants ne feront pas ce que les autorités disent qu’ils doivent faire, ils n’apprendront pas ce que les experts disent qu’ils doivent apprendre, et pour chaque abeille ouvrière bien appliquée et à l’esprit scientifique que nous créons, nous créons dix jeunes indifférents, qui meurent d’ennui, résistent, et se retrouvent dissociés à la fois de la nature et de leurs cœurs enchaînés.

Le passé n’est pas mort. Il n’est même pas passé.

Quand nous enlevons les enfants du monde pour les mettre dans une institution pour la première fois, ils pleurent. Dans le temps c’était le premier jour de maternelle, mais aujourd’hui cela peut être encore plus tôt, parfois quand ils n’ont que quelques semaines. « Ne vous inquiétez pas, dit l’institutrice gentiment, aussitôt que vous serez partie, elle ira mieux. Cela ne prendra que quelques jours. Elle va s’adapter. » Et elle le fait. Elle s’adapte à un monde entre quatre murs fait de parpaings et de plastique, de néons et de volets semi-fermés (peu importe les études qui montrent que les enfants ne grandissent pas aussi bien à la lumière des néons qu’à la lumière naturelle. Avions-nous vraiment besoin qu’on nous le démontre ?). Certains enfants sont tristes plus longtemps que d’autres, et restent les yeux perdus vers le monde extérieur qu’ils aperçoivent par les fentes des stores; certains résistent plus longtemps que d’autres, n’écoutent pas la gentille institutrice, la repoussent quand ils peuvent, refusent de s’asseoir quand elle leur dit (cette résistance est, nous dit-on, un trouble du comportement). Mais au fur et à mesure des années de détention, ils s’adaptent. Le monde de parpaing devient leur monde. Ils ne connaissent pas le nom des arbres qui se trouvent devant les fenêtres. Ils ne connaissent pas les noms des oiseaux qui sont dans les arbres. Ils ne savent pas si la lune est en phase ascendante ou descendante, si la baie se mange ou est empoisonnée, si ce chant est pour l’alerte ou la saison des amours.

C’est dans ce contexte que le croisé utopiste d’aujourd’hui suggère d’enseigner l’«alphabétisation écologique».

Un enfant libre à l’extérieur apprendra la pierre plate sous laquelle se cache l’écrevisse, le bassin ombrageux où loge la truite, les pentes rocailleuses où poussent les baies sauvages. Il apprendra les séquences des vagues, quelles branches de l’arbre soutiennent son poids, quelles brindilles prennent feu, quelles plantes ont des épines. Un enfant à l’école doit apprendre ce qu’est un “biome“ et comment utiliser des logarithmes pour calculer la biodiversité. La plupart ne l’apprennent pas bien sûr; la plupart n’y trouvent aucun intérêt, et ceux qui l’apprennent l’oublient le lendemain de l’examen. Nos critères prétendent que nos enfants apprendront les mécanismes délicats des écosystèmes, les principes de l’évolution et de l’adaptation, mais un sur quatre quittera l’école sans savoir que la terre tourne autour du soleil.

Un enfant qui sait où trouver des baies sauvages n’oubliera jamais cette information. Un enfant “non éduqué“ dans les hautes terres de Papouasie Nouvelle Guinée peut reconnaître soixante-dix espèces d’oiseaux par leur chant. Un chamane “illettré“ de l’Amazone peut identifier des centaines de plantes médicinales. Un Aborigène d’Australie a en mémoire, encodée en chansons, une carte du territoire qui s’étend sur des milliers de kilomètres. Nos esprits ont évolué pour contenir une grande quantité d’informations sur le monde qui nous a vu naître et pour transmettre ces informations facilement d’une génération à l’autre.

Mais pour connaître le monde, il faut y vivre.

Mes filles, qui n’ont pas été à l’école, se mettaient parfois à observer des groupes d’enfants scolarisés à qui ont avait prescrit une dose d’«éducation environnementale». Par une journée ensoleillée, le long d’un rivage rocheux, une bande d’ados avec un questionnaire sous le bras erre sans but entre les creux de la marée. Ils tachent de ne pas mouiller leurs chaussures, regardent plus leur questionnaire que la vie qui grouille dans l’eau salée limpide. Sur un chemin de randonnée le long d’une chaîne de montagnes côtières, un bus entier d’enfants de 9 ans se déverse; chacun portant (et perdant) une feuille rose qui décrit une “chasse au trésor“ où ils doivent différencier des “choses que l’on trouve dans la nature“ de “choses que l’on ne trouve pas dans la nature“ (nous découvrons plusieurs objets en plastique cachés par leurs professeurs le long du chemin près du parking; ils n’ont pas le temps bien sûr, de faire les 4 kilomètres jusqu’à la cascade). Près d’un marais à peupliers grouillant de vie, une classe de collégiens abordant la ”biodiversité” est parquée dehors. On leur donne dix minutes pour regarder les oiseaux, on leur demande d’émettre une hypothèse scientifique et un protocole expérimental pour la vérifier. Un des garçons propose une expérience qui consiste à planter des clous dans les becs des canards sauvages.

Il y a ces jours-ci un début de prise de conscience de l’absurdité d’élever des enfants presque entièrement à l’intérieur, mais comme d’habitude, notre société répond à sa propre absurdité en créant des programmes artificiels conçus pour résoudre nos problèmes artificiels de la manière la plus artificielle possible. Nous mandatons des associations, finançons des conférences, établissons des programmes scolaires et périscolaires et des sites web interactifs esthétiques, tout cela pour créer l’impression cauchemardesque qu’afin de laisser son enfant sortir dehors il faut d’abord remplir un formulaire 501(c)3, postuler pour une subvention fédérale et recruter un responsable exécutif et un coordinateur de programme. Nous tentons de remédier à ce qui manque dans nos programmes obligatoires en créant une nouvelle liste d’obligations.

En fait, nous ne savons pas comment enseigner la nature à nos enfants car nous avons nous-mêmes été élevés dans un monde de parpaings. En utilisant le langage des personnes qui réhabilitent la vie sauvage, nous sommes des animaux qui ne peuvent plus être relâchés. J’ai moi-même fait du sauvetage et de la réhabilitation d’animaux sauvages, et nous savions tous qu’un jeune animal resté trop longtemps enfermé dans une cage ne pouvait pas survivre dans la nature. Souvent, quand on ouvrira la porte de la cage, il aura peur de sortir. Si il sort, il ne saura pas quoi faire. Le monde est devenu un endroit étrange et étranger. Voilà ce que nous avons fait à nos enfants.

Voilà ce que l’on nous a fait.

Au bout de sept générations de cette expérience, nous devons à présent envoyer des scientifiques sur le terrain pour tenter de savoir qui nous aurions pu être. Les études montrent les unes après les autres que notre déconnexion de la nature augmente les taux d’anxiété et de dépression, que notre manque d’activité physique entraîne des diagnostics de trouble de l’attention, d’obésité et même de diabète. On sait moins que notre séparation du monde transforme la manière dont nous apprenons.

Dans bon nombre de sociétés rurales, l’apprentissage n’est pas forcé; on attend des enfants qu’ils observent, absorbent, pratiquent et maîtrisent les savoirs et les compétences dont ils auront besoin adultes — et c’est ce qu’ils font. Dans ces sociétés, présentes sur tous les continents habités, les enfants, même très jeunes, sont libres de décider ce qu’ils font, de jouer, d’explorer, de participer, de prendre des responsabilités importantes. “L’apprentissage“  n’est pas du tout conçu comme une activité spéciale, mais comme un dérivé naturel du fait de vivre dans le monde.

Les chercheurs découvrent que les enfants qui vivent dans ce genre de contexte passent la plupart de leur temps dans un état d’attention différent de celui des enfants dans les écoles modernes, un état que la chercheuse en psychologie Suzanne Gaskins appelle “l’attention ouverte“. L’attention ouverte a un champ très large, est détendue et alerte. Gaskins suggère qu’elle pourrait s’apparenter au concept bouddhiste de présence consciente (mindfulness). Si quelque chose bouge dans le champ de perception, l’enfant le remarquera. Si quelque chose d’intéressant se produit, il le regardera pendant des heures.  Apparemment un enfant dans cet état absorbe sa culture par osmose, en intégrant par degrés imperceptibles ce dont les adultes parlent, ce qu’ils font, leur manière de penser et leurs connaissances.

Nous n’avions pas de nom pour désigner ce phénomène, mais mes amis et moi avons remarqué que nos enfants — qui ne sont pas allés à l’école — avaient cette qualité d’attention en parcourant le monde. Ils étaient dans un état mental différent de celui des enfants scolarisés. Cela se voyait. Ils remarquaient tout. Ils se rappelaient de tout. Leur esprit était ouvert, clair, alerte et à l’aise. Si quelque chose les intéressait, ils déployaient une concentration extrêmement pointue. Quand nous rencontrions des adultes qui avaient l’habitude de gérer des groupes d’enfants scolarisés — dans les musées, les aquariums, les sites archéologiques, les promenades sur les traces des animaux, les nettoyages de plage, les projets scientifiques citoyens — ils disaient qu’ils n’avaient jamais vu des enfants pareils. Cela les époustouflait. Ils s’attendaient à ce que tous les enfants soient nerveux, excités, limite frénétiques avec toute leur énergie réprimée, comme des chiens restés enfermés dedans toute la journée. 

Si des éducateurs professionnels ne comprennent pas comment les enfants qui ne vont pas à l’école apprennent autant sans professeur, il se peut que cela soit parce qu’ils ne comprennent pas le fonctionnement de ce type d’attention. Ils l’éteignent aussitôt que la sonnette retentit. La plupart des enfants scolarisés désactivent leur sens de l’observation. Ils doivent rétrécir leur attention et leur champ de concentration, ce qui veut dire qu’ils ne doivent plus prêter attention à ce qui se passe autour d’eux. On leur dit de ne pas regarder par la fenêtre. On leur dit de ne pas laisser leurs yeux — ou leur espoir – vagabonder. Un enfant qui maintient un état d’attention ouverte en classe recevra un diagnostic de trouble de l’attention et se verra prescrire des médicaments.

Bien entendu, l’attention ouverte ne vous enseigne pas grand chose si l’on vous enferme pendant 12 ans dans un environnement d’apprentissage appauvri: une pièce faite de parpaings avec des stores à demi fermés (une étude a même suggéré d’enlever les tableaux colorés des salles de maternelle pour aider les enfants à rester concentrés). Une fois que vous avez été ainsi coupé du monde, et une fois que vous avez désactivé votre état naturel d’attention ouverte vers l’extérieur, vous n’apprenez plus grand chose une fois que l’on vous relâche dehors. Tout est flou, tout vous barbe.

Il est important de noter qu’on ne peut pas forcer un état d’attention ouverte. Les adultes dans bon nombre de cultures non industrielles savent que l’esprit lui-même est sauvage, volontaire; il ne peut être forcé. L’esprit doit tourner son attention vers le monde de lui-même, s’ouvrir, chercher, explorer, créer ses propres connexions comme le mouvement fractal d’une fougère qui se déploie ou d’un arbre qui s’étire à la recherche de la lumière et de l’eau. Tel un escargot qui sort de sa coquille, il se rétracte et se ferme dès qu’il est menacé, bloqué ou obligé. C’est une évidence dans beaucoup de cultures; cela fait partie du sens commun, tout le monde est au courant. L’auteure inuit Mini Aodla Freeman raconte que lorsqu’elle est descendue de l’Arctique la première fois, ce qui l’a le plus étonnée furent les enfants.

Ils n’avaient pas l’autorisation de se comporter normalement comme nous laissons les enfants le faire dans ma culture: libres de bouger, libres de poser des questions, libres de penser tout haut, et surtout libres de faire des commentaires afin qu’ils deviennent plus sages… Pour mon peuple, une telle discipline peut empêcher un enfant de se développer mentalement, et tuer la curiosité de l’enfant.

Si on contrecarre trop l’enfant quand il est petit, dit Aodla Freema, plus tard il ne coopérera pas et se rebellera (ça vous rappelle quelque chose ?). On trouve ce point de vue dans le monde entier, dans nombre de régions des Amériques, d’Afrique, d’Inde, d’Asie, de Papouasie Nouvelle Guinée. C’était bien sûr une grand source de frustration pour les premiers missionnaires aux Amériques, dont les efforts pour éduquer les enfants indigènes étaient contrecarrés par les parents qui ne leur permettaient pas de battre les enfants: « Les Sauvages, se plaignait le missionnaire Jésuite Paul le Jeune en 1633, ne peuvent châtier un enfant, ni en voir un être châtié. Cela va nous causer beaucoup de souci dans nos projets pour éduquer les enfants ! »

Comme le dit l’ancien et enseignant Wilfred Peltier, l’apprentissage, comme toute relation humaine, doit se baser sur le principe éthique de non-interférence, dans le droit de chaque être humain à faire ses propres choix, tant qu’ils n’interfèrent avec personne. Comme le dit  l’académicienne et auteure de la nation Nishnaabeg, Leanne Betasamosake Simpson, l’apprentissage, comme toute relation humaine, doit se baser sur le principe éthique du consentement, dans le droit de chaque être humain à vivre sans violence ni usage de la force. Simpson explique :

Si les enfants apprennent que la domination et l’absence de consentement sont normaux dans le contexte de l’éducation, l’absence de consentement devient un outil normal pour ceux qui détiennent et exercent le pouvoir… Ceci est impensable selon l’intelligence Nishnaabeg.

Il est intéressant de noter que les artistes et les scientifiques les plus brillants des sociétés de l’Europe de l’Ouest disent exactement la même chose : que c’est précisément l’état d’attention ouverte, de curiosité, de liberté, de collaboration, de consentement, qui est la condition nécessaire pour tout véritable apprentissage, pour toutes véritables découverte et création.

Mais notre système scolaire a été construit avec d’autres briques.

Nous pensons vivre dans une société multiculturelle “évoluée“: peu nombreux sont ceux qui oseraient parler de la nature intrinsèquement pécheresse de l’enfant. Pourtant nos écoles incarnent encore la peur du côté sauvage de l’enfant; la peur que sans un contrôle permanent, une évaluation permanente, et la menace permanente d’une punition, ils redeviendront sauvages, ne parviendront pas à apprendre, deviendront asociaux, se feront du mal ou heurteront les autres, deviendront des adultes démunis et incompétents.

Mini Aodla Freeman dit que lorsqu’elle est descendue de l’Arctique, elle ne comprenaient pas la manière dont les Qallunaat, les blancs, parlaient à leur enfants, toujours à dire NON, comme si ils étaient des chiens.

La nature de l’ours a évolué sur des centaines de milliers d’années pour abriter l’instinct de parcourir un territoire de plusieurs centaines de kilomètres carrés. Quand on met un ours en cage, il marche sans cesse de long en large, de long en large, de long en large, jusqu’à ce que ses pattes saignent. Les pattes en sang racontent une histoire à la gardienne de zoo qui est prête à l’écouter; une histoire de grands espaces, de rivières bondissantes regorgeant de poissons, d’asticots grouillants dans la terre humide sous les cailloux, du parfum des baies sauvages transporté sur des kilomètres par le vent. 

Certains animaux peuvent vivre en cage. Les écureuils, le pigeons et les mouettes s’adaptent et prospèrent dans presque n’importe quelle condition, même très éloignée de leur milieu naturel. Les bébés écureuils que nous nourrissions au centre de vie sauvage enlaçaient les seringues en plastique remplies de lait de leur petits doigts et tétaient avec une volonté farouche de survivre. D’autres animaux sauvages par contre ne peuvent pas s’adapter; ils développent des graves dysfonctionnements et des traumatismes; ils sont incapables de prospérer. On trouve leur histoire dans les carnets des gardiens de zoo. Ils arpentent leur cage jusqu’à ce que leurs pattes saignent, ils régurgitent leur nourriture, ils arrachent leur fourrure ou leurs plumes. Ils deviennent excessivement agressifs ou peureux. Ou bien ils tombent malades et meurent.

Il s’avère que certains de nos enfants sont davantage semblables aux pigeons et aux écureuils, et que certains sont davantage semblables aux ours. Certains s’adaptent aux murs institutionnels que nous plaçons autour d’eux, et certains arpentent leur cage jusqu’à ce que leurs pattes saignent. Le sang qui coule de ces enfants peut, si nous l’écoutons, nous raconter bien des histoires à propos de nous-mêmes. Le petit garçon drogué aux amphétamines nous raconte une histoire de forêts remplies d’arbres auxquels grimper, de rivières où nager et pagayer, de prairies où courir. La jeune fille qui s’affame lentement nous raconte une famille et un clan où l’acceptation est un droit de naissance plutôt que quelque chose qui doit se gagner par la compétition pour les bonnes notes et la minceur. Les enfants qui répliquent, qui se mettent au défi jusqu’à l’auto-destruction, nous racontent une histoire de liberté vis à vis du contrôle exercé par l’autorité, vis à vis des récompenses et des punitions mesquines, vis à vis de la surveillance et de l’évaluation incessantes. Les gosses qui se tournent vers la drogue nous parlent de chaleur humaine, d’énergie, d’intimité, de paix impossible à trouver au sein de vies remplies à ras bord de taches compétitives sans fin.

Pendant des décennies notre modélisation de l’addiction aux drogues fut basée sur des recherches menées sur des rats de laboratoire à qui l’on fournissait un levier sur lequel ils pouvaient appuyer pour consommer la drogue jusqu’à ce qu’elle les tue, et on a conclu que la drogue était elle-même la cause du comportement addictif. Puis un psychologue nommé Bruce Alexander a remarqué quelque chose. Les rats qui se suicidaient de cette manière étaient isolés dans un environnement complètement artificiel, une boîte de Skinner dénudée sans rien de gratifiant à accomplir mis à part s’auto-stimuler avec des drogues. Quand on les plaçait dans un décor plus varié et plus naturel, avec la possibilité d’interagir librement avec l’environnement et d’autres rats, leur consommation de drogue diminuait de plus de 75%. Autrement dit, si vous leur donniez une vie digne d’être vécue, et un monde où il faisait bon vivre, ils ne se détruisaient pas. Comme le dit Johann Hari:
« Ce n’est pas vous. C’est votre cage. »

Notre ADN est un texte, un texte vaste et complexe, porteur d’informations non seulement à propos de nous-mêmes mais du Cosmos pour lequel nous avons été créé. Nous aimons tous l’eau limpide; nous aimons tous le ciel bleu. Nos natures, nos natures humaines sauvages, ont évolué, comme celles de l’ours, sur des centaines de milliers d’années pour former une harmonie minutieuse et complexe avec l’infinie minutie de l’ordre et de la beauté du Cosmos.

Ceci est-il un argument romantique du genre “bon sauvage“ ? Cela veut-il dire que le enfants dans leur état sauvage dont de parfaits petits anges ? Non. Cela veut dire que, quelque soit le degré d’intelligence que nous pensons posséder, nous sommes une espèce mammifère, et comme toutes les autres espèces mammifères, nous avons une histoire naturelle, une nature qui a évolué — une nature sauvage — à laquelle nous manquons de respect à nos risques et périls.

Une rangée de crânes géants trône devant le bureau d’un garde-chasse en Afrique du Sud. Ce sont des crânes de rhinocéros tués par des gangs de jeunes éléphants mâles qui ont été séparés de leurs mères et grand-mères, de leurs oncles et tantes, et envoyés dans une réserve de chasse où ils n’avaient que leur pairs pour compagnons. Coupés du système social sophistiqué développé par les éléphants pour enseigner les comportements de leur espèce, sans les équilibres et recadrages que l’évolution leur promettait, le comportement de ces adolescents s’est détraqué.

Aujourd’hui nous vivons dans une société entièrement détraquée, en partie parce que nous nous sommes trop éloignés de la nature de notre espèce et des structures sociales qui ont évolué pour à la fois la nourrir et lui poser des gardes-fous. Les sociétés humaines sont bien sûr bien plus variées que les sociétés animales. La variété de couleurs, de sons, de récits qui se trouvent dans les milliers de cultures de par le monde est époustouflante. Mais sous toutes ces différences existent des points communs profonds visibles chez tous les peuples du globe et dans l’histoire humaine jusqu’à la dislocation complète de l’ère moderne.

Dans les sociétés autochtones du monde entier, on voit des bébés et des jeunes enfants gardés à proximité par les parents et les grands-parents, les oncles et les tantes, la fratrie et les cousins. On voit des enfants intégrés de manière intime avec le monde naturel, libres de se déplacer et d’utiliser leur corps à l’extérieur. On voit des enfants intégrés dans leur communauté et libres d’observer et de participer au travaux, aux loisirs et aux célébrations des adultes. On voit les structures sociales complexes et multi-générationnelles des familles et des clans qui prennent soin de l’enfant, enseignent le respect et maîtrisent les comportements asociaux bien plus efficacement et avec beaucoup moins de conflit que les institutions sur lesquelles nous nous appuyons aujourd’hui. On voit des peuples connectés au territoire, avec une profondeur, une richesse et un sens de la relation éthique et réciproque inimaginable pour des citadins modernes.

On ne voit pas d’enfant enfermés à l’intérieur pendant 12 années de leur enfance, on ne voit pas les enfants triés en classes du même âge remis aux soins d’étrangers, on ne voit pas de compétition perpétuelle où les enfants sont évalués et classés les uns par rapport aux autres et où le fait d’«aider son voisin» équivaut à tricher. On ne voit pas les parents ayant à choisir entre élever leurs enfants seuls sans soutien et payer des étrangers pour le faire pour eux. On ne voit pas de jeunes gens s’affamer, se mutiler ou se suicider.

Aucune société humaine n’est une utopie; aucune société humaine n’élimine jamais la souffrance, le conflit et le chagrin. Mais les pathologies graves et pandémiques qui se sont développées dans nos institutions modernes — le harcèlement, les troubles alimentaires, la dépression, l’anxiété, l’auto-mutilation compulsive — sont aussi visibles et reconnaissables que les pathologies qui apparaissent chez les animaux des zoos.

En fait, ce sont les mêmes.

Comme le dit cette vieille plaisanterie, il y a deux sortes de personnes: ceux qui divisent tout en deux catégories et ceux qui ne le font pas.

C’est une bonne plaisanterie car elle est vraie. Les autochtones, bien sûr, ne conçoivent pas d’«étendues sauvages» ou même de «nature». Il y a simplement le monde dont les humains font intrinsèquement partie.

Thoreau, en dépit de ses grands apports — de son travail minutieux de naturaliste jusqu’à la philosophie de la désobéissance qui a inspiré deux des plus grands mouvements de libération du XXème siècle — est resté  enlisé dans le dualisme Eurocentrique des «étendues sauvages» et de la «civilisation». Il était fasciné par l’idée de «L’Indien», mais avait du mal à comprendre le peuple Penobscot qu’il a rencontré, et qui ne voulaient pas être qualifiés de «sauvages» ou de «bons sauvages». Et il fut un peu déstabilisé par la réalisation que l’«étendue sauvage» menaçante, enivrante, impressionnante qu’il rencontrait dans les vastes forêts du Maine était tout simplement pour les Penobscot, chez eux.

Ce grand écart psychologique, ou dualisme, dirige aujourd’hui la compréhension des enfants et et l’apprentissage en provenance de l’Europe de l’Ouest. Nous voyons nos enfants comme des sauvages ou des bons sauvages, comme des anges innocents ou des petits démons dont la vocation est de nous faire tourner en bourrique, de nous ôter le sommeil, de détériorer notre vie sexuelle, d’anéantir notre tranquillité au restaurant ou dans les avions.  Comme le dit John Holt dans sa célèbre citation; nous les voyons comme « un mélange d’inconvénient dispendieux, d’esclave et de super animal de compagnie ». La chose que nous avons le plus de mal à faire est de voir les enfants comme des êtres humains très semblables à nous-mêmes.

Mais cela n’est pas le cas de tout le monde, ni le cas partout. Ceux qui ne se perçoivent pas  «au dessus» de la nature mais en son sein, ont tendance à ne pas se percevoir comme «au dessus» des enfants mais à leurs côtés. Ils ne voient pas de frontière tracée entre le travail et le jeu, entre le professeur et l’étudiant, entre l’apprentissage et la vie. Cela vaut la peine d’envisager que cela est plus qu’une coïncidence.

Les enfants, tout comme le monde naturel, ne tirent aucun bénéfice de notre dualisme. Quand ils sont libres de courir à l’air libre, de parler, de poser des questions, d’explorer, de jouer, de travailler, de participer — d’être «normaux» comme le dit Mini Aodla Freeman — l’enfant qui est «sauvage» dans une classe devient un être humain, un compagnon amical et serviable. Non pas un petit ange parfait, simplement une personne intelligente et aimable comme n’importe qui d’autre.

Portant la vision dualiste est profondément ancrée dans notre système éducatif qui, comme Peter Gray le soulignait, sépare la vie en «travail» (désagréable mais important) et  «jeu» (agréable mais sans importance), les êtres humains en «professeurs» (qui contrôlent pour transmettre leur savoir) et les «étudiants» (qui doivent être contrôlés pour pouvoir le recevoir). La croyance sous-jacente qu’il faut toujours que quelqu’un soit aux commandes est tenace, profondément engrammée dans notre système de pensée. Il doit toujours y avoir un sujet et un objet, un maître et un esclave. Nous avons oublié comment vivre et laisser vivre.

Le théoricien politique Toby Rollo a souligné de quelle façon la soumission par la force des enfants par les adultes forme la fondation psychologique de tous les autres modèles de soumission économique et politique. Ce n’est pas une métaphore; c’est un principe structurel de réalité politique. À l’époque de l’impérialisme et de la colonisation assumés — l’époque où le système éducatif moderne a été créé — les autochtones, les gens de couleur, les femmes de toutes les couleurs, et les classes pauvres blanches étaient vus comme des enfant ayant besoin de tutelle et de discipline. Et parce que l’on pensait que les enfants avaient besoin de châtiments — pour leur bien ! — il était naturel que les adultes infantiles en aient besoin également.

Nous ne classons plus les peuples comme «civilisés» ou «sauvages», mais comme «éduqués» ou «non éduqués», «développés» ou «en développement» (nos termes modernes pour dire la même chose). Mais nous conservons les attitudes paternalistes de nos ancêtres envers nos enfants et envers les adultes «infantiles» que nous trouvons dans le monde — un paternalisme où le vernis de bienveillance comporte la menace sous-jacente et constante de la violence. 

Le contrôle est toujours tellement séduisant, du moins pour l’esprit «développé» («civilisé»). Il semble si satisfaisant, si efficace, si puissant. A court terme, d’une certaine manière, il l’est. Mais il crée des milliers de retours de manivelle, depuis les enfants déprimés et rebelles jusqu’aux orages qui se déclenchent à nos frontières, jusqu’aux armes à feu et aux bombes qui explosent dans les villes du monde entier.

Nous sommes impliqués dans un immense projet dystopique de dépasser notre Créateur, de traiter le Cosmos comme si c’était une entreprise en difficulté, et d’imaginer que nous pouvons nous ré-inventer nous-mêmes ainsi que le monde où nous vivons. Les spécialistes de l’ingénierie sociale qui ont modelé notre monde comprenaient parfaitement que, quelque soit le degré d’«avancement» d’une civilisation, chaque être humain naît sauvage — autrement dit humain — et ils se sont donné comme objectif assumé de créer une institution qui briserait la volonté et l’autonomie — qui brimerait l’aspect sauvage — de nos enfants. Cela fonctionne. Mais comme toute autre intervention radicale dans le monde naturel, comme les barrages, les pesticides, les organismes génétiquement modifiés, le placement de masse des enfants en institution a altéré nos vies et notre planète de manières qui sont à la fois imprévisibles et incontrôlables.

Des espèces meurent, notre planète se réchauffe, et sous le prétexte d’apprendre à nos enfants à sauver le monde, nous continuons à détruire leur côté sauvage, à les «socialiser» en les déplaçant de la nature vers la cage que nous avons construite autour de l’enfance. Nos gentils instituteurs essayent de rendre ça «amusant» pour limiter, ou du moins adoucir les dommages; tels des gardiens de zoo qui donnent des ballons à des ours polaires en captivité, ils tentent de remplacer ce qui a été perdu. Mais le monde est trop beau pour être remplacé, et les plus sauvages de nos enfants — ceux qui sont mis sous Ritalin, ceux qui sont mis sous Prozac — le savent. Ces enfants sont les canaris des mines de charbon, ceux qui n’obéiront pas à nos maîtres, qui ne prendront pas leur place dans les rouages de la machine qui détruit la Terre.  Ce ne sont pas eux qui ont un «dysfonctionnement». Ils sont ceux qui gardent encore précieusement la perfection du Cosmos dans leur cœur.

La révolution ne se produira pas dans une salle de classe.

C’est dans notre aspect sauvage que réside la préservation du monde.

Blog : 2 millions de pages lues

Par Le 26/12/2019

Evidemment que je ne me fixais aucun objectif en démarrant ce blog en novembre 2009. L'idée était davantage de "fixer" mes réflexions et d'archiver les articles qui m'intéressaient. 

948 commentaires.

3906 articles.

Bientôt, 7 romans publiés. 

Je poste beaucoup moins d'articles désormais. Je suis en période de "mutation intérieure".

Je travaille beaucoup avec mes mains en ce moment. Des meubles et de la décoration avec des palettes recyclées et du bois flotté, de la pyrogravure. Pour nos trois "jeunes" ou pour la maison. Je lis beaucoup, des romans et je visionne beaucoup de vidéos sur le survivalisme, autonomie alimentaire, permaculture, autonomie énergétique avec les panneaux solaires, raccorder une maison à une source, creuser un bassin à la tronconneuse dans un tronc d'arbre ou des jardinières, etc etc...

J'ai besoin de vide intellectuel. D'autres priorités en cours. 

Mais je suis toujours ému de voir que ce site attire autant de monde. 

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Un "arbre à plantes" en bois flotté sur un billot de noyer.

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Chevreuil en pyrogravure sur un rond de bois poncé. 

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Jardinière taillée dans un billot avec bois flotté

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Meubles à chaussures en bois recylé de palettes.

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KUNDALINI : commentaire sur Amazon (2)

Par Le 25/12/2019

Kundalini web 1

 

Client Kindle

5,0 sur 5 étoiles Merveilleux

Commenté en France le 17 décembre 2019

Format: Format KindleAchat vérifié

Deuxième livre traitant de l'eveil de la kundalini, le premier m'avait paru compliqué, long et limite ennuyeux. Rien de tout cela, j ai dévoré cette histoire, qui m'a transportée, émue et beaucoup touchée. Cela donne envie de me plonger davantage dans cette approche de la vie.

Harcèlement scolaire (2)

Par Le 24/12/2019

Trente-sept ans à travailler avec les enfants. Beaucoup ont continué à m'écrire ou à venir me voir une fois partis au collège. Très souvent, bien trop souvent, je les ai entendus parler de la violence à l'école, violences verbales, moqueries, humiliations, acharnement, maltraitance psychologique. Violences physiques, parfois. 

Je sais que certains parents ne voulaient pas prendre ça au sérieux, que les propos des enfants n'étaient pas considérés à leur juste mesure. Je sais que certains parents allaient parfois dans "l'enceinte" du collège, qu'ils rencontraient les professeurs ou le proviseur et qu'ils pensaient, qu'ensuite, ça allait s'arranger. Lorsque ça n'était pas le cas, ils finissaient par dire à l'enfant que ça ne durerait pas et qu'au lycée, ça irait mieux. Qu'il n'avait qu'à pas en tenir compte... Ne pas en tenir compte...Mais c'est impossible, absolument impossible.

J'ai été harcelé à l'école. J'étais asthmatique, "soigné" à la cortisone, interdit de sport. Je pesais 60 kilos à 14 ans. 

"Alors, bouboule, ça roule, Ledru gros cul ".

Constamment.

Un jour, je me suis révolté. J'étais dans les toilettes, debout à l'urinoir et un des harceleurs est rentré. Il a ouvert un robinet au lavabo et avec sa main sous le jet, il m'a aspergé. Le temps que je réagisse, j'avais le pantalon trempé. 

"Alors, gros cul, t'a mouillé tes couches".

J'en ai eu assez. Une rage immense.

Je suis allé vers lui. Il ne s'est pas méfié. Je n'avais jamais montré la moindre marque de rébellion jusqu'à ce jour. 

Je lui ai cassé le nez d'un coup de poing et défoncé les testicules.

J'ai raconté toute l'histoire, depuis le début. J'ai été renvoyé trois jours mais le proviseur n'a rien fait noter dans mon carnet scolaire. Les professeurs ne m'ont jamais rien reproché. J'ai senti par la suite une attention particulière de leur part. J'avais été reconnu comme une victime. La sanction était justifiée. L'acte violent devait être puni. Mais le harcèlement avait été reconnu. 

Plus jamais, personne, ne m'a manqué de respect.

Je n'en avais jamais parlé à mes parents jusque-là. 

J'aurais dû.

Ici, dans l'affaire en cours, on a affaire à des actes violents. Très violents. Et pour moi, il y a une double peine. 

Car l'exclusion de deux jours de ces élèves violents est totalement insuffisante et l'attitude du collège est scandaleuse. Il faut chercher pourquoi.

La raison en est toute simple : ça s'est passé dans "l'enceinte" de l'école et le Ministre a qualifié l'école française "d'école de la bienveillance".

Il y a une omerta gigantesque dans l'institution. Tout doit être minimisé, caché si possible. 

Mattéo aurait dû déjà réintégrer le collège, avec son fauteuil roulant et être accueilli par une haie d'honneurs de tous les élèves et de tous les enseignants. 

Il a défendu un camarade. Son geste n'est pas reconnu.

L'institution lui inflige une double peine. Ses violenteurs seront toujours là si jamais il retourne au collège un jour.
Je suis scandalisé mais nullement étonné.

Quand on parle de "l'enceinte" de l'école, le mot est bien choisi. Dans l'enceinte de la prison, on ne sait pas non plus ce qui s'y passe. Et tout est fait pour que ça ne se sache pas. Ou le moins possible.

Oui, je sais, la comparaison peut paraître exagérée et elle l'est au regard des conditions de vie.

Mais elle ne l'est pas dans la symbolique du silence obligé. 

Si les parents n'avaient pas porté plainte, rien n'aurait filtré au-delà de l'enceinte.

Personnellement, voilà ce que j'aurais attendu :

mutation disciplinaire du proviseur.

renvoi définitif de tous les agresseurs avec placement en internat différencié.

Interdiction d'approcher la victime.

Mise en place d'un suivi éducatif avec les familles, assitante sociale et éducateurs.

Amendes et inscriptions au casier judiciaire pour défaut d'éducation. 

 

Un collégien, victime de harcèlement depuis la rentrée, a été violemment agressé dans les toilettes de son collège. Photo d'illustration. / © Julien Barbare / MAXPPP Un collégien, victime de harcèlement depuis la rentrée, a été violemment agressé dans les toilettes de son collège. Photo d'illustration. / © Julien Barbare / MAXPPP

PARTAGES

  •  

Un collégien de 11 ans souffre de séquelles physiques et psychologiques après avoir été agressé dans les toilettes de son collège en Savoie. Une plainte a été déposée contre les auteurs.

Par Margot Desmas 

Mathéo, 11 ans, est élève en 6e au collège de Saint-Pierre-d'Albigny (Savoie). Depuis la rentrée, il affirme être victime de harcèlement scolaire"persécuté" par un groupe de garçons plus âgés que lui. Mais lundi 9 décembre, les événements ont pris une toute autre tournure. Mathéo a été agressé dans les toilettes de son établissement, raconte sa mère au Dauphiné Libéré. Une information confirmée par le rectorat qui a été saisi du dossier.

Dans les toilettes du collège,
le calvaire du jeune garçon a duré de longues minutes"Il a été mis au sol et traîné, comme pour passer la serpillière", nous explique sa maman, Gwenaëlle Provent. Mathéo raconte à nos confrères avoir été pris à partie en tentant de s'interposer lorsque le groupe d'agresseurs s'en est pris à l'un de ses amis.

Depuis, il se déplace en fauteuil roulant ou en béquilles, victime de sévères blessures qui l'empêchent de marcher sur de longues distances. 
"Il est toujours plâtré et a des vertèbres déplacées, poursuit Gwenaëlle Provent. Les problèmes physiques c'est une chose, mais l'impact moral, c'est très compliqué." Suite à son agression, Mathéo a commencé à avoir des crises de panique. Il est encore inenvisageable pour lui de retourner au collège, mais l'urgence "c'est de voir comment il va", estime sa mère.

Et surtout, le collège a tardé à réagir, provoquant la colère des parents qui n'ont pas été informés de l'agression de leur fils. "On nous a parlé d'un « incident qui s'était produit dans les toilettes ». Mais ce n'est que plusieurs jours plus tard, quand on est allé porter plainte, qu'on a appris la vraie version de l'histoire", dénonce Gwenaëlle Provent qui dit avoir reçu
plusieurs messages de parents d'élèves faisant état de faits de harcèlement dans le même collège"On va se battre, c'est choquant, poursuit-elle. Il faut que nos enfants puissent aller au collège sans avoir peur."


 

"Tout est mis en oeuvre pour assurer un suivi"


"J'aurais dû être informé plus tôt de la gravité de la situation et j'en assume la responsabilité", reconnaît Eric Lavis, directeur académique des services de l'Éducation nationale. 
Deux des agresseurs de Mathéo ont été exclus du collège pendant deux jours, et la maman du collégien a porté plainte auprès de la gendarmerie pour que cette affaire prenne une autre ampleur. Bien que le dossier ait mis du temps à être pris en charge, le rectorat assure que "tout est mis en oeuvre pour assurer un suivi".

 


Le responsable chargé des problématiques de harcèlement scolaire dans le département a été saisi pour faire la lumière sur ce dossier. Et plusieurs options ont été proposées à Mathéo qui pourra être scolarisé à domicile, retourner au collège en bénéficiant d'un accompagnement ou changer d'établissement s'il le souhaite. "Est-ce que les auteurs auraient dû être exclus définitivement ?
Je ne sais pas, mais on ne peut plus décider de le faire puisqu'ils ont déjà été sanctionnés pour ces agissements", explique Eric Lavis.  (la justice n'a pourtant jamais de difficultés à revenir sur d'anciennes décisions...)


Les parents de Mathéo, de leur côté, regrettent que la sanction ait été prise sans les en avertir
, et sans tenir compte de l'état de santé de leur fils. Pour sa maman, pas question qu'il change de collège : "Ce n'est pas à la personne harcelée de partir". Alors le jeune garçon sera scolarisé à domicile en attendant que son état psychologique s'améliore. Si ces faits d'une rare violence "posent clairement problème", reconnaît le directeur académique, le rectorat espère trouver au plus vite une solution qui convienne à la famille.

Une nouvelle année

Par Le 24/12/2019

Compteur de la population mondiale : 

http://www.compteur.net/compteur-population-mondiale/

 

 

Le 23 décembre 2019 à 10 h 30

Population mondiale : 7 652 179 502

Ce compteur va si vite qu'il est impossible d'identifier les unités. L'augmentation est constante.

Il est tout autant impossible de réaliser ce que ce nombre représente.

Est-ce que quelqu'un a une idée exacte du nombre de personnes présentes à un match de foot ou de rugby ou de toutes autres concentrations humaines ?

Le stade de France peut accueillir 81 338 personnes.

Essayez sur une image arrêtée de compter ces gens par paquets de dix. C'est hallucinant la vitesse à laquelle vous allez vous perdre.

« Est-ce que je l'ai déjà compté celui-là ?  Oui, je crois bien. Ou alors, c'était l'autre à côté. »

Imaginez 800 000 personnes dans une même lieu.

Imaginez 1 800 000 personnes.

Imaginez que nous serons un jour prochain 8 000 000 000.

Oui, c'est étourdissant. Ou effrayant. Ou fascinant. Tout dépend le regard qu'on pose sur ces chiffres.

Imaginez maintenant la multiplicité affolante de situations que ce nombre contient, à chaque instant.

A chaque lettre que je tape sur mon clavier, en écrivant ce texte, il n'est même pas envisageable d'identifier tout ce qui se produit au même instant, dans cette masse gigantesque d'humains. L'idée même de tenter de saisir en un dixième de seconde tout ce qui se produit dans cette humanité est totalement absurde. Irréalisable.

Combien meurent au moment même où j'écris le mot ?

Combien naissent ?

Combien souffrent ? Combien aiment, rient, pleurent, contemplent, s'émerveillent ?

Combien sont morts le temps que j'écrive ces questions ? Combien sont nés ?

Non pas dans un délai subjectif mais juste à l’instant où j’écris la question. Le temps que je finisse cette phrase, dix personnes sont mortes, dix autres sont nées, onze sans doute, puisque cette population globale augmente.

Dans quelles circonstances ces individus sont décédés ?

Seules ou accompagnées, apaisées ou terrifiées, dans leur sommeil ou dans d’atroces douleurs, dans une souffrance morale insupportable ou dans une grande sérénité ?

C’est effrayant.

Les naissances se produisent-elles dans des circonstances protégées ou dans une totale incertitude ? Combien de bébés morts-nés, combien de mères décédées ?

Ce ne sont pas que des mots. Ce sont des faits. A chaque seconde.

Tout cela reste supportable parce que nous en sommes éloignés, parce que nous n’assistons pas réellement, de visu, à cette confrontation permanente entre la vie et la mort, entre ce chaos éternel de la création.

Qu’en est-il de ces milliers de décès le jour de Noël ou le jour de l’An ? Juste des dates insérées dans un mécanisme irréversible, une fausse réalité qui en vient à ignorer le Réel.

Nous allons donc souhaiter une bonne année aux gens qui nous sont proches, à ceux que nous aimons. Comme si cela pouvait avoir un quelconque effet sur ce Réel. C’est totalement immature, enfantin, désuet, dérisoire.

Mais nous allons le faire avec un amour réel. C’est là que se situe l’importance. Il n’en reste pas moins que nous devrions porter cette attention à l’ensemble de l’Humanité et plus vaste encore à l’ensemble de la Création, car si nous avons la possibilité de le faire, c’est que nous sommes en vie.

Bienvenue sur Terre à tous les petits d’hommes qui voient le jour.

Que ceux qui quittent ce séjour terrestre connaissent une fin la plus douce possible.

Est-ce qu'il serait juste et bon de souhaiter une bonne année aux animaux, aux végétaux, à la Terre entière ? On pourrait penser, dans nos esprits cartésiens d'occidentaux, que ça serait ridicule, que ça n'aurait aucun sens, que l'humain, au sommet de la création, n'a pas à se soucier de la vie qui l'entoure. 

Mais qui serait-il en dehors de cette vie qui l'entoure ? Rien. Il serait mort. 

Alors, oui, mes pensées se portent vers cette Création et je ne lui souhaite aucunement, pour autant, une bonne année.

Je souhaite juste que les Humains la préservent davantage. Non pas dans un quelconque intérêt mais par pur amour. 

KUNDALINI : commentaire sur Amazon

Par Le 16/12/2019

KUNDALINI : Sur Amazon : 5,0 sur 5 étoiles Merci pour la jolie aventure !
Révisé en France le 10 décembre 2019
Format: Format Kindle
"Un roman initiatique qui se lit facilement et que j'ai goûté, puis savouré au bord de la piscine cet été. Parfait.
On se laisse emmener par une belle histoire d'amour, les personnages sont attachants et je me suis surprise à penser à eux quand je posais le livre. Kundalini est un joli roman qui cumule beaucoup de qualités et qui ouvre de nouveaux horizons. A lire"

https://www.amazon.fr/Kundalini-L%C3%A9treinte-%C3%A2mes-Lignes-blanches-ebook/dp/B07JG7FGXK

 

Disponible en librairie ou chez l'éditeur. (Beaucoup mieux que chez amazon...)

KUNDALINI : gagner un exemplaire avec Spirivie

Par Le 15/12/2019

 

Kundalini web

 

Le site "SPIRIVIE" organise un tirage au sort pour un exemplaire de KUNDALINI.

Mille mercis à Gaelle Tournier de Gabriac et aux éditions du 38.

C'est sur Facebook que ça se passe.

Si vous avez un compte.

SpiriVie Formations    (cliquez sur le lien) 

 

5 h · 

Les études scientifiques

Par Le 14/12/2019

 

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Il existe un problème majeur au regard de l'état de la planète. C'est la lecture qui est faite des études scientifiques.

Ce sont des lectures très souvent tronquées, très fortement résumées, perdant inévitablement de leur impact sur la masse.

Il suffit de lire les articles issus de France info ou d'autres médias "grand public".

Ces études, dans ce format restreint, ne sont pas prises au sérieux. Elles ne deviennent que des "actualités" au même titre que les faits divers et autres situations événementielles alors qu'elles sont bien au-delà du faits divers : elles sont notre avenir et non simplement, notre présent. 

Voilà deux jours que je me suis attelé à lire cette étude. 

Elle est tellement ardue et complexe pour moi que je ne peux pas l'assimiler à la première lecture. mais je m'accroche parce que je veux comprendre, parce que je veux posséder les connaissances permettant de contredire tous ceux qui tournent en dérision ou veulent ignorer ces études scientifiques, parce qu'il s'agit de la survie de tous et même de ces esprits obtus et limités...

L'étude est si longue que je ne peux pas la transférer intégralement ici...C'est bien souvent la première raison qui fera qu'elle ne sera lue que par d'autres scientifiques et que les autres attendront qu'elle soit résumée sur France Info...

Le site s'appelle "HORIZON 2060".  Je ne serai sans doute plus là à cet horizon mais ce "prétexte" à ne rien vouloir savoir est tellement pitoyable et égoïste que j'ai du mal à imaginer que certains individus s'en contentent pour continuer à piller le seul lieu vivant connu actuellement dans tout l'Univers. 

 

http://horizon2060.com/limites-planetaires/

 

Des limites planétaires en dépassement ?

 

I DE TOUTES FAÇONS, DES LIMITES

Les éléments de base de  l’écosystème terrestre, l’hydrogène, l’oxygène, le carbone, l’azote, le potassium, le soufre se combinent, sous l’influence de l’énergie qui les traverse, pour créer et maintenir la vie. Ces éléments ne sont pas en quantités infinies : ils sont stockés dans des « réservoirs » (l’atmosphère, la lithosphère, l’hydrosphère), et sont constamment recyclés : des producteurs primaires (plantes, phytoplancton), grâce à la photosynthèse, permettent l’existence de producteurs secondaires : animaux, etc. Les décomposeurs de déchets (vers de terre, micro-organismes…) défont la matière organique pour en extraire les matériaux de base, et le cycle recommence.

Les matières et l’énergie utilisées par la population et les usines ne viennent pas de nulle part. Elles sont extraites de la planète. Et elles ne disparaissent pas. Lorsque leur usage économique est terminé, les matières sont recyclées ou bien constituent des déchets et des polluants, et la chaleur inexploitable de l’énergie se dissipe. Les flux de matière et d’énergie pro­viennent des sources de la planète, passent par le sous-système économique et finissent dans les exutoires de cette même planète sous forme de déchets et de polluants. Le recyclage et des modes de production plus propres peuvent considérablement réduire les déchets et la pollution par unité de consommation, sans pour autant les éliminer totalement. Les hommes auront toujours besoin de nourriture, d’eau, d’air sain, d’un toit et de bien d’autres éléments pour se développer, rester en bonne santé, mener des vies productives et générer à la fois des capitaux et une descendance. Quant aux machines et aux bâtiments, ils auront toujours recours à l’énergie, à l’eau, à l’air, à certains types de métaux, de produits chimiques et de matières biologiques pour pouvoir produire des biens et des services, être réparés et construire d’autres machines et d’autres bâtiments. Or il y a des limites au rythme auquel les sources peuvent produire ce dont nous avons besoin, et les exutoires absorber ces flux sans porter préjudice aux hommes, à l’économie ni au processus de régénération et de régulation de la planète (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 97).

Ainsi l’économie humaine est un sous-système de la biosphère : elle ne peut s’en extraire. Le système économique compte largement sur le système écologique pour jouer un double rôle d’alimentation d’énergie et matières premières, et d’assimilation finale de ces déchets. Il s’ensuit que l’économie ne peut pas se développer sur le long terme si la biosphère est endommagée : c’est le problème de la soutenabilité (Boutaud, Gondran, 2009).

Or l’économie humaine utilise aujourd’hui tant de ressources capitales et produit tant de déchets qu’elle ne semble pas soutenable. Les sources se tarissent, les exutoires se remplissent et, pour certains, débordent. La plupart des flux ne peuvent être maintenus sur le long terme, même à leur débit actuel, a for­tiori s’ils s’intensifient.

Dans les dernières décennies, les scientifiques ont constaté des signes de basculement dans les différents milieux naturels, des bassins / étangs, à l’échelle locale, aux récifs coralliens, voire au bassin de l’Amazone.

Une rapide montée des températures, ou une diminution drastique des nutriments, et les systèmes sont capables d’une brusque reconfiguration. Selon certains chercheurs, c’est ce qui s’est passé lorsque la diversité de la vie a explosé, il y a 540 millions d’années.

Mais alors que l’explosion des espèces au Cambrien et le réchauffement de l’Holocène ont été déclenchés par des changements à l’échelle de la planète, par la chimie des océans et/ou par l’intensité du rayonnement solaire, il y a, selon de nombreux chercheurs, une nouvelle force à considérer : 7 milliards de personnes qui exercent une influence combinée sur les processus de la planète, et sollicitent ses limites.

Nous commencerons leur examen, à tout seigneur tout honneur, par le rapport de (Meadows, Meadows, Randers, 2012) « Les limites à la croissance » qui actualise le célèbre rapport des mêmes en 1972 : « Halte à la croissance ».

.

II   » LES LIMITES À LA CROISSANCE « 

II 1 LA DÉMARCHE

L’équipe à la base de la rédaction du rapport a développé un modèle « pour comprendre l’avenir dans ses grandes lignes, c’est-à-dire les différents modes ou schémas comportementaux qui vont présider à l’interac­tion entre l’économie humaine et la capacité de charge de la planète durant le siècle à venir ».  La question centrale posée par le modèle est : comment la population mondiale et l’économie matérielle, toutes deux en plein essor, peuvent-elles interagir avec la capacité de charge limi­tée de la planète et s’y adapter durant les décennies à venir ?

Il s’agit de donner «une représentation, la plus fidèle possible, de l’écosystème mondial (…) [et] d’améliorer notre représentation mentale des problèmes planétaires à long terme». Les données utilisées se rapportent à la population, à l’industrialisation, à la production alimentaire, à l’utilisation des ressources naturelles et à la pollution.

Les auteurs constatent que les données de base sont en croissance exponentielle lorsqu’on les observe dans un avenir rapproché. Leurs simulations ne sont pas des prévisions, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas pour but de prévoir les valeurs précises des variables ni la chronologie exacte des évènements, mais elles constituent simplement les scénarios de ce qui a le plus de chance de se produire si les politiques, la croissance économique, la démographie et les technologies continuent de progresser comme c’était le cas au moment de l’étude.

Dans ce modèle, les stocks évoluent en fonction de flux comme celui des naissances et des décès (dans le cas de la population), des investissements et de la dépréciation (pour chaque stock de capital), des émissions de pollution et de leur neutralisation (pollution persistante) et (dans le cas des terres arables) de l’érosion des sols, de l’amélioration des terres et des terres supprimées au profit d’usages urbains ou industriels. Seule une fraction des terres arables est cultivée. En multipliant la surface de terres cultivées par le rendement moyen, on obtient la production totale de nourriture. Celle-ci, divisée par la population, donne la quantité de nourriture par habitant. Si cette dernière tombe en dessous d’un seuil critique, le taux de mortalité se met à augmenter (Boutaud, Gondran, 2009, 204).

II 2 LES SCÉNARIOS

Les auteurs présentent une dizaine de « simulations numériques » ou scénarios différents générés par leur modèle. Chaque simulation est réalisée à partir de la même structure informatique, mais à chaque scénario, certains chiffres sont modifiés pour tester différentes estimations des variables considérées ou pour intégrer des prévisions plus précises. Les 6 premiers scénarios sont cumulatifs, c’est-à-dire que le scénario suivant reprend toutes les hypothèses du scénario précédent, mais en modifie ou en ajoute une.

Examinons succinctement ces scénarios :

Scénario 1

En supposant que les tendances actuelles se poursuivent, l’interaction des variables aboutit au résultat que «l’expansion démographique et l’expansion économique s’arrêteront au plus tard au cours du siècle prochain, par suite d’une pénurie de matières premières». Les graphiques du scénario 1 montrent le comportement du modèle lorsqu’il fonctionne « tel quel », avec des chiffres décrivant de façon « réaliste » la situation moyenne qui a été celle de la seconde partie du XXe siècle et sans hypothèse technique ou politiques sortant de l’ordinaire. « Tout à coup, alors que le XXIe siècle est entamé depuis quelques décennies à peine, la croissance de l’économie s’arrête et s’inverse de façon assez soudaine. Cette discontinuité est principalement due à l’augmentation rapide du coût des ressources non renouvelables. Cette hausse se répercute sur tous les secteurs économiques et se traduit par des capacités d’investissement de plus en plus rares. » (Ibid., p. 250)

Ci-dessous les trajectoires des principales variables selon le scénario tendanciel :

meadows_tendanciel

Source : (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 249)

Scénario 2

Si l’on modifie les hypothèses de départ en supposant un développement de la production industrielle dû à l’exploitation de l’énergie solaire, le reste sans changement, on aboutit à une pollution catastrophique et à un effondrement plus radical encore de la courbe de la population.

Scénario 3

Si l’on suppose que l’on maîtrise en outre la pollution, c’est la pénurie alimentaire qui va entraîner la chute de la production industrielle et l’élévation du taux de mortalité. Que le contrôle de la pollution s’établisse, en plus du recyclage des ressources à soixante-quinze pour cent, de la réduction de la pollution à vingt-cinq pour cent du taux de 1970 et du rendement doublé des terres cultivables, c’est l’épuisement des ressources naturelles, l’accumulation de la pollution et, finalement, la décroissance de la production alimentaire qui s’ensuivront. «En somme, quelles que soient les hypothèses que l’on formule, le résultat demeure sensiblement le même dès que l’on se contente de solutions purement techniques aux problèmes qui se posent. L’écosystème mondial se comporte toujours de la même manière: une croissance exponentielle de la population et des investissements, suivie d’un effondrement».

Scénario 4

Il suppose une amélioration des rendements agricoles ; alors, la détérioration de la fertilité des sols et la perte de terres arables du fait de l’érosion et de l’extension urbaine et industrielle finissent par annuler les effets positifs des nouvelles technologies sur les rendements, et la production totale de nourriture diminue. Cette « crise de l’érosion des sols » est à son maximum après 2070 lorsque survient une chute catastrophique des surfaces de terres arables, entraînant un effondrement quasi total avant 2100.

Scénario 5

Qu’à cela ne tienne, qu’en serait-il en ajoutant un programmes de lutte contre l’érosion des sols de la planète ? Si cette option permet de prolonger un peu au-delà de 2070 la période de bien-être humain, il n’est pour autant pas soutenable. Le scénario 5 se termine en effet par un effondrement causé par plusieurs crises plus ou moins simultanées : crise de ressources, crise de la nourriture et coûts élevés : après 2070, le coût des technologies et l’augmentation du coût d’obtention de ressources non renouvelables devenues de plus en plus rares nécessitent plus de capital que l’économie ne peut en fournir. Le résultat est un déclin assez abrupt.

Scénario 6

On simule alors le lancement pour le XXIe siècle d’un vaste programme d’éco-efficience dont le coût est élevé, mais dont l’objectif est une importante réduction de l’empreinte écologique des hommes. Cette puissante association de technologies permet d’éviter l’effondrement du scénario 5 lors du 3e tiers du XXIe siècle. Mais elle arrive un peu trop tard pour empêcher une baisse progressive du bien-être humain à la même période. Au terme d’un XXIe  siècle quelque peu compliqué, une population stable comptant un peu moins de 8 milliards d’individus vit dans un monde façonné par les technologies de pointe et peu pollué, dont l’indice de bien-être humain est à peu près le même qu’en 2000.

meadows_scen6

Source : (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 313)

on pourrait résumer ces différents scénarios en disant que l’empreinte écologique de l’homme tend à s’élever au-dessus du niveau soutenable et que ce phénomène déclenche une diminution forcée de cette même empreinte. Dans un monde complexe et fini, lorsqu’on supprime ou repousse une limite pour permettre à la croissance de continuer, on en rencontre une autre. Et lorsque cette croissance est exponentielle, cette autre limite arrive étonnamment vite (Meadows, Meadows, Randers, 2012, 317).

Le 2e enseignement est que plus un pays parvient à retarder ses limites face à des adaptations économiques et techniques, plus il risque de se heurter à plusieurs d’entre elles à la fois.

Scénario 7

La planète cherche à partir de 2002 à stabiliser sa population. Ce scénario suppose qu’à partir de 2002, tous les couples décident de limiter leur famille à 2 enfants et qu’ils aient accès à des moyens de contrôle des naissances efficaces. La production industrielle atteint un pic en 2040 puis baisse au même rythme à peu près que dans le scénario 2 et rigoureusement pour les mêmes raisons. On ne peut donc couper à l’effondrement si on ne stabilise que la population mondiale. La poursuite de la croissance du capital est tout aussi non soutenable que celle de la croissance démographique. Si elles ne sont pas contrôlées, chacune d’elles a pour conséquence une empreinte écologique qui dépasse la capacité de charge du globe.

Scénario 8

La planète cherche à partir de 2002 à stabiliser sa population et sa production industrielle par habitant. Ce monde a décidé de se fixer comme objectif une production industrielle par habitant d’environ 10 % supérieurs pour tout le monde à la moyenne mondiale de 2000. Cela se traduit concrètement par une avancée considérable pour les populations pauvres et à un changement des modes de consommation pour les populations riches. Mais cette économie n’est pas véritablement stabilisée. Elle se caractérise par une empreinte écologique au-dessus du niveau soutenable et elle contraint à un lent déclin après 2040. Une consommation limitée, une progéniture limitée et une certaine discipline sociale ne sont donc pas garantes à elles seules de la durabilité lorsqu’elles entrent en action trop tard, c’est-à-dire après que le système a dépassé ses limites. Pour demeurer soutenable, le monde du scénario 8 ne peut pas se contenter de contrôler sa croissance : il doit baisser son empreinte écologique en dessous de la capacité de charge de l’environnement et il doit accentuer sa restructuration sociale grâce à une exploitation concertée et appropriée du progrès technologique.

Scénario 9

La planète cherche à partir de 2002 à stabiliser sa population et sa production industrielle par habitant, et ajoute des technologies relatives à la pollution, aux ressources et à l’agriculture. Dans ce scénario comme dans le précédent, la population et la production industrielle sont limitées, mais on ajoute des technologies destinées à lutter contre la pollution, à préserver les ressources, à augmenter les rendements agricoles et à protéger les terres. La société qui en résulte est soutenable : près de 8 milliards d’individus connaissent en effet un niveau de bien-être élevé et une empreinte écologique en constante baisse.

Dans la société plus mesurée du scénario 9, la population croît plus lentement mais il n’est pas nécessaire de consacrer du capital à la poursuite de la croissance ni à la résolution de problèmes survenant cascade, si bien que les nouvelles technologies peuvent recevoir un soutien un soutien plein et entier. Mises en œuvre tout au long du siècle, elles réduisent de 80 % l’utilisation de ressources non renouvelables par unité de production industrielle et de 90 % la pollution générée par unité de production. Les services par habitant augmentent de 50 % par rapport à leur niveau de 2000. À la fin du XXIe siècle, il y a assez de nourriture pour tous. La pollution connaît un pic, mais diminue avant d’avoir causé des dégâts irréversibles. Le scénario 9 est l’illustration de la durabilité ; le système mondial est parvenu à un équilibre.

Scénario 10

Même scénario mais les changements sont introduits en 1982 et non en 2002. Si nous nous étions orientés vers la durabilité 20 ans plus tôt, nous aurions créé plutôt un monde plus sûr et plus riche et nous aurions connu moins de problèmes d’ajustement dans le secteur agricole.

II 3 DISCUSSION

Le rapport Meadows est extrêmement intéressant, pédagogique, et beaucoup plus nuancé que l’on ne pourrait croire a priori au vu des comptes-rendus qui en ont été faits. Le rapport ne cesse en effet d’attirer l’attention sur le fait que son objet n’est en aucun cas la prévision, mais bien plutôt la simulation sur la base d’hypothèses réalistes. Et les hypothèses sont réalistes puisque le modèle est calé sur la période 1900-1970, c’est-à-dire qu’il reproduit les évolutions constatées sur les 5 variables clés durant cette période. La preuve :

(Turner, 2008) a analysé les données relatives aux 5 paramètres clés ayant fait l’objet de simulation (démographie, production alimentaire, production industrielle, pollution et ressources non renouvelables) dans la publication de 1972. La conclusion est que le scénario de base standard élaboré dans les années 70 est fortement corroboré par l’observation empirique de la période 1970–2000 comme le montrent les graphiques ci-après :

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Source : (Turner, 2008)

L’auteur conclut qu’en plus de la corroboration des données présentées, les questions contemporaines telles que le pic pétrolier, le changement climatique, la sécurité alimentaire et d’approvisionnement en eau résonnent fortement avec les dynamiques de rétroaction de « dépassement » et « d’effondrement » affichées dans le scénario tendanciel du rapport. À moins qu’il ne soit invalidé par d’autres recherches, la comparaison des données vient étayer la conclusion que le système mondial est sur une trajectoire insoutenable à moins d’une importante et rapide réduction des comportements de consommation, en combinaison avec le progrès technologique.

turner_meadows_non_renewable_resources

Source : (Turner, 2008)

Pour autant, on ne peut s’empêcher de ressentir un certain malaise devant ce « malthusianisme systémique » qui repose évidemment sur un grand nombre d’équations dûment calibrées, mais dont l’absence de théorie explicative est gênante. Un programme informatique est un programme informatique, certes, mais il en sort que ce que l’on y a entré, et si à la sortie la population est la cause de tous les problèmes, c’est que l’on y a entré que la population est la cause de tous les problèmes. Pour en rester à la population, on ne peut s’empêcher de ne pas être très convaincu par le recours à cette catégorie fourre-tout qu’est la population mondiale, qui met sur le même pied l’américain, le suédois, le centrafricain ou le somalien : les modes et niveaux de consommation de cette population, la distribution des revenus,  etc. sont des variables explicatives qui paraissent bien supérieures. Derrière la froide abstraction des chiffres et des courbes, il y a des réalités humaines. Et de ce point de vue, le tracé des courbes d’effondrement de la population du scénario tendanciel posent question. Si l’on se reporte en effet au tableau de données fournies avec les courbes, la population mondiale atteindrait 7,46 milliards d’habitants en 2025 (contre 8,1 actuellement prévu selon la révision 2015 du service statistiques de l’ONU).
Puis elle diminuerait à :
–6,45 milliards en 2050, soit une perte en 25 ans d’un milliard d’habitants soit encore 13,5 % de la population mondiale de 2025 ;
–5,32 milliards en 2065 ;
–3,46 milliards en 2100 : soit 4 milliards de moins en 75 ans !
Pour mémoire, la 2e guerre mondiale a fait 60 millions de morts, soit 2,5 % de la population mondiale de 1939. Cependant les pertes du 3e Reich se sont élevées de 8 à 10,5 %, tandis que celles de l’Union soviétique, 20 millions de morts, se sont montées à 13,5 % de la population concernée de 1939 (
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pertes_humaines_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale).
Il est peu crédible que l’humanité se laisse décimer tranquillement pendant 75 ans sans réagir de quelque manière que ce soit, et sans doute plutôt fortement !
Par contre, on sent bien que de tels taux appliqués à des statistiques de consommation auraient davantage de réalité.

Au total,

« En confondant, par le recours à des moyennes mondiales, riches et pauvres, les modèles du MIT évacuent toute réflexion sur les usages de la croissance et sur les choix institutionnels qu’elle implique. En réduisant le débat au problème des limites physiques de l’univers, on laisse tomber les questions les plus épineuses : celles qui ont trait à une utilisation plus judicieuse des ressources et à une répartition plus équitable des richesses. D’ordre moral et politique, ces problèmes exigent la prise en considération des fins et des valeurs impliquées dans toute vie sociale. Parce qu’ils s’abstiennent d’aborder ces questions, les spécialistes du MIT prétendent à une neutralité inattaquable. Ils peuvent ainsi assigner une cause objective à la misère qui nous menace : l’explosion démographique dans le tiers-monde. Mais comment ne pas qualifier d’illusoire une neutralité qui élimine responsabilité historique et sociale des pays riches ? » (Mongeau, 2012)).

« Et ce d’autant  que les auteurs procèdent à « une globalisation à outrance qui additionne des situations locales et prétend obtenir ainsi la juste estimation de la situation mondiale. Un modèle global suppose que l’ensemble des pays évolue au même rythme et que leurs cycles de croissance sont tous synchronisés dans le temps. Mais c’est plutôt le contraire que l’on observe dans le monde réel : les cycles d’évolution des pays sont déphasés les uns par rapport aux autres. Il en est de même en ce qui concerne l’épuisement éventuel des ressources non renouvelables : leur rareté ou leur abondance ne se font pas sentir au même moment pour chacune d’entre elles.

De nombreux scientifiques ont contesté les fondements du raisonnement. Ainsi, Samuel Farfari a résumé les critiques qu’il convient de faire au rapport Meadows : La principale raison pour laquelle ce club …s’est fourvoyé sur cette question comme sur d’autres, c’est parce qu’il pensait à une évolution linéaire de la technologie et estimait que les évolutions de la démographie, de la pollution et des besoins suivaient une tendance exponentielle. Cela ne pouvait que conduire à une interprétation catastrophique du futur. Petite erreur d’hypothèse mais grande divergence quant aux résultats.

[Plus concrètement :] « Il lui est d’abord reproché d’avoir fondé son modèle sur l’agrégation qui a toujours été considérée comme une démarche appauvrissante bien qu’inévitable en macroéconomie et qui, de ce fait ignore largement les problèmes de structure. Il est également reproché d’avoir appliqué un « principe d’accélération », qui veut qu’un output soit proportionnel à son stock en capital. Il est reproché d’avoir (implicitement) supposé que la même proportionnalité prévalait pour la pollution – qui est aussi un output ! La dernière critique faite est de ne pas avoir pris en compte les phénomènes de prix dans la mesure de la rareté des ressource et d’avoir retenu une hypothèse de croissance exponentielle de la technologie » (Mongeau, 2012, 95-102).

III DES « LIMITES PLANÉTAIRES » PHYSIQUES

III 1 LES LIMITES PLANÉTAIRES DU STOCKHOLM RESILIENCE CENTER

L’étude de (Rockström, Steffen, Noone, Persson, Chapin, Lambin, Lenton, Scheffer, Folke, Schellnhuber, 2009) « Planetary Boundaries » propose une approche dans laquelle la Terre est pensée comme un système dont l’équilibre et la stabilité dépendent de neuf limites interdépendantes.

L’idée à la base est que l’expansion rapide des activités humaines depuis la révolution industrielle a engendré une force géophysique planétaire équivalente à certaines des grandes forces de la nature ; nombre de scientifiques pensent que nous sommes entrés dans une nouvelle époque géologique qui a besoin d’un nouveau nom – l’Anthropocène.

Comme le reconnaissent et le revendiquent les auteurs, « le cadre proposé s’appuie sur et dépasse les approches type limites à la croissance (Meadows et al. 1972, 2004), normes minimales de sécurité (Ciriacy-Wantrup 1952 Bishop 1978 Crowards 1998), principe de précaution (Raffensperger et Tickner 1999) et « fenêtres tolérables » (WBGU 1995, Petschel-Held et al. 1999) ».

L’avancée majeure est que l’étude se concentre sur les processus biophysiques du système terrestre qui déterminent la capacité d’auto-régulation de la planète. Elle se fonde sur le concept de seuils liés aux processus de grande envergure du système terrestre, dont le dépassement peut déclencher des changements non linéaires dans le fonctionnement du système. Prises ensembles, les limites –valeurs basses des seuils– représentent «l’espace biophysique dynamique du système terrestre dans lequel l’humanité a évolué et prospéré ». Le respect de ces limites permet de définir le « champ d’action planétaire» disponible pour l’entreprise humaine.

III 1 1 La notion de seuil

Les seuils fixés dans les processus clés du système terrestre existent indépendamment des préférences, des valeurs ou compromis que font les peuples sur la base de leurs faisabilités politiques ou socio-économiques.

Selon les auteurs, des travaux ultérieurs devront se concentrer sur les dynamiques sociales qui ont conduit à la situation actuelle et proposer les voies et moyens permettant à nos sociétés de rester dans ces limites.

Les seuils sont définis comme des transitions non-linéaires dans le fonctionnement des systèmes couplés homme-environnement, comme le récent recul brutal de la banquise arctique causée par le réchauffement climatique anthropique. Les seuils sont des caractéristiques intrinsèques de ces systèmes et sont souvent définis par une ou plusieurs variables de contrôle, comme par exemple la température et la diminution de l’albédo dans le cas de la banquise.

Certains processus importants du système terrestre, comme le changement d’affectation des terres, ne sont pas associées à des seuils connus à l’échelle continentale ou mondiale, mais peuvent, par le truchement d’un déclin continu de fonctions écologiques-clés (telles que la séquestration du carbone par exemple), provoquer des effondrements fonctionnels, générant des évolutions qui déclenchent ou augmentent la probabilité d’apparition d’un seuil plus global dans d’autres processus (tels que le changement climatique).

Ces processus peuvent aussi déclencher des dynamiques non linéaires aux échelles inférieures (par exemple : franchissement de seuils concernant l’utilisation de l’eau et les nutriments dans les lacs, les forêts et les savanes à la suite d’un changement d’affectation des terres). Ces changements non linéaires peuvent devenir une préoccupation mondiale pour l’humanité s’ils se produisent à l’échelle de la planète.

Les seuils sont très difficiles à évaluer, car le système terrestre est très complexe. Aussi, au lieu de définir des valeurs pour chaque seuil, l’étude établit une plage de variation dans laquelle le seuil est supposé se trouver. L’extrémité inférieure de cette plage est définie comme étant la limite à ne pas franchir. Par conséquent, est ainsi défini un espace sûr, dans le sens que tant que le système est en dessous de la limite, il est nécessairement en dessous de la valeur du seuil. A contrario, si la limite est franchie, il entre dans la zone de danger.

III 1 2 Les processus limites

Après avoir fait une recherche exhaustive des processus clés du système terrestre et de leurs variables de contrôle associé, les auteurs ont identifié 9 processus pour lesquelles les frontières doivent être mises en place si l’on veut minimiser le risque de franchissement de seuils critiques pouvant conduire à des résultats très indésirables ou inacceptables.

Une modification inacceptable s’entend par rapport aux risques auxquels l’humanité a été confrontée lors de la transition holocène – anthropocène. L’environnement relativement stable de l’Holocène, la période interglaciaire actuelle qui a débuté il ya environ 10 000 ans, a permis l’agriculture et à des sociétés complexes de se développer et de s’épanouir.

Les auteurs ont identifié neuf processus planétaires fondamentaux et, en s’appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles, proposent des quantifications pour sept d’entre eux. Ces sept processus sont : le changement climatique, l’acidification des océans, la concentration en ozone stratosphérique, les cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, l’utilisation mondiale de l’eau douce, le changement d’affectation des terres, et la vitesse de l’érosion de la diversité biologique. Les deux limites planétaires supplémentaires pour lesquels ils n’ont pas encore été en mesure de déterminer une limite sont la pollution chimique et la concentration atmosphérique des aérosols. Dans l’étude de 2009, ils estimaient que l’humanité avait déjà transgressé trois limites planétaires: le changement climatique, la perte de biodiversité et le cycle mondial de l’azote.

Processus de la biosphère Variable(s) de contrôle Limites proposées Valeur actuelle
Changement climatique Concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère (parties par million en volume) 350,0 387,0
Changement du forçage radiatif (watts par mètre au carré) 1,0 2,3 (1,1-3,3 W/m2)
La perte de biodiversité et l’extinction des espèces Rythme d’extinction des espèces (nombre d’espèces disparues par million d’espèces et par an 10,0 100 – 1000
Indicateur d’intégrité de la diversité biologique (BII)Variables provisoires dans l’attente de plus appropriées Maintenir le BII à 90% ou au-dessus; évalué par biomes ou àl’échelle régionale large (ex: Sud-Afrique), à celles des écosystèmes marins (ex: récifs coralliens) ou de grands groupes fonctionnels 84% pour Sud-Afrique seul
L’affaiblissement de la couche d’ozone stratosphérique Concentration en ozone stratosphériques (unité Dobson) <5% de réduction par rapport au niveau pré-industriel de 290 DU (5% -10%), évalué selon latitude Transgressé seulement au-dessus de l’Antarctique (env. 200 DU)
Acidification des océans État de saturation mondial moyen d’aragonite dans les eaux marines de surface ≥80%   de l’aragonite saturation pré-industrielle moyenne de l’aragonite à la surface de l’océan, y compris variabilité naturelle journalière et saisonnière (≥80% – ≥70%) env. 84%
Cycles biogéochimiques Azote : Quantités de N retirées de l’atmosphère pour les activités humaines (millions de tonnes/an 62,0 150,0
Phosphore : Quantités de P déversées dans les océans (millions de tonnes/an) 11,0 env. 22,0
Changement d’affectation des terres Global : part de la forêt par rapport à la couverture forestière originale global : 75 % (75–54 %). Les valeurs sont des moyennes pondérées de 3 frontières de biomes individuels 62%
Biome : superficie actuelle de la forêt par rapport à la forêt potentielle biomes :
tropical : 85 % (85–60 %)
tempéré : 50 % (50–30 %)
boréal : 85 % (85–60 %)
Surconsommation de l\’eau douce Consommation en eau douce (Km3/an) 4000 (4000 – 6000 km3/an) 2600,0
Présence d’aérosols atmosphériques Concentration globale de particules A déterminer
Nouveaux polluants P. ex. quantité émise ou concentration de polluants organiques persistants, de plastiques, de perturbateurs endocriniens, de métaux lourds et déchets nucléaires, dans l’environnement mondial, ou effets de ces éléments sur l’écosystème et le fonctionnement du système terrestre A déterminer

Source : (Rockström et al., 2009)

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Source : (Rockström et al., 2009)

Représentation des neuf processus planétaires menacés par les activités humaines, de leur limite et de leur valeur actuelle.

III 1 3 Éléments de discussion

Le concept de frontières planétaires suggère que l’existence du monde que nous connaissons, et dont l’humanité a profité tout au long de l’Holocène, dépend de l’exercice de son rôle de gardien du globe. Il entraîne avec lui  la nécessité d’un nouveau paradigme de développement bâti sur les possibilités offertes par une seule planète. Les frontières planétaires cherchent à fournir des mesures scientifiques pour réaligner politiques du développement, modèles d’entreprises et choix de mode de vie… Il n’est donc pas étonnant que, depuis sa publication en 2009, il ait suscité un vif débat au sein de la communauté scientifique mais aussi au-delà, et ce faisant,  influencé les agendas des mondes économique et politique.

            Sur le contenu

Voici les reproches communément adressés à l’étude du Stockholm Center :

 

La technique du faux pivot

Par Le 13/12/2019

 

Ce dont je parlais dans l'article précédent...Comme quoi, je ne dis pas que des bêtises ^^

 


 

Comment le gouvernement va enfumer les syndicats avec l'âge pivot, qui sera retiré pour faire passer la réforme

 

Publié le 13/12/2019 à 16:35

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé

 @thomas_guenole

https://www.marianne.net/debattons/billets/comment-le-gouvernement-va-enfumer-les-syndicats-avec-l-age-pivot-qui-sera-retire?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR2aXuBMiPQaNRRNo7JqJElozTo87tRc16BoeACaD393_H7wuKc2alipSVY#Echobox=1576255079

Politologue et essayiste.

Auteur de nombreux livres, dont Antisocial (Plon, 2018).

Edouard Philippe a annoncé l'instauration d'un âge d'équilibre à 64 ans, en-dessous duquel les futurs retraités subiront un malus sur leur pension. Thomas Guénolé estime qu'il s'agit d'une annonce provocatrice destinée à faire passer le reste de la réforme des retraites.

La technique du "faux pivot" est un stratagème très courant en négociation. Cela consiste à faire semblant de vouloir absolument quelque chose, pour finalement y renoncer, en échange de la chose que vous vouliez vraiment depuis le début. Vraisemblablement, c’est ce stratagème qu’Emmanuel Macron est en train d’utiliser pour tenter d’enfumer les syndicats et de vaincre la grève. Et, ironie du sort, le faux pivot qu’il utilise s’appelle d’ailleurs explicitement… "l’âge pivot" !

NÉGOCIATION EN PLUSIEURS ÉTAPES

Une fois cela compris, certaines choses qui étaient incompréhensibles deviennent immédiatement plus claires. En particulier, l’annonce du contenu de la réforme des retraites avant-hier par le Premier ministre Édouard Philippe, le 11 décembre, pouvait sembler de prime abord un incompréhensible ratage. Pourquoi avoir inclus "l’âge pivot" (devoir attendre ses 64 ans pour toucher sa pension de retraite sans malus), alors que la CFDT, seul grand syndicat à soutenir la réforme, avait dit et répété que c’était une ligne rouge ? La réponse la plus vraisemblable est ce "faux pivot" :

Cette manœuvre est déjà en cours d’exécution

  1. Étape 1, Emmanuel Macron utilise ce point précis comme chiffon rouge pour pousser la CFDT à rejoindre la grève.
  2. Étape 2, les grévistes sont galvanisés par l’émergence d’un grand front syndical uni qui inclut la CFDT.
  3. Étape 3, Emmanuel Macron abandonne l’âge pivot de 64 ans, qu’en fait il était déjà prêt à sacrifier pour faire passer tout le reste.
  4. Étape 4, la CFDT répond en arrêtant la grève, ce qui brise l’unité du front syndical et casse la dynamique de la grève ;
  5. Étape 5, après ce qui passe pour une énorme concession d’Emmanuel Macron (mais qui est en réalité un « faux pivot »), et à quelques jours de Noël, les syndicats qui continuent d’appeler à la grève, en particulier la CGT, sont présentés en boucle comme des extrémistes.

PLUSIEURS INDICES

Il suffit d’être attentif aux mots prononcés par divers lieutenants d’Emmanuel Macron, pour constater qu’à l’évidence cette manœuvre est déjà en cours d’exécution.

  • Edouard Philippe, Premier ministre : "Si j’ai dit que j’étais ferme sur le principe d’un système universel, (…) il y avait tout une série de point sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme, nous ne sommes pas fermés, ma porte est ouverte."
  • Bruno Le Maire, ministre de l’économie : "Nous proposons l’âge pivot à 64 ans, avec un système de bonus et de malus (…). Est-ce qu’il y a de meilleures solutions ? Peut-être, venons en discuter. (…) Ce serait dommage que sur un point, qui est un pur point financier, un pur point d’équilibre, qu’il y ait un blocage, alors même que nous sommes ouverts à la négociation."
  • Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, flattant ouvertement Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT : "C’est un homme qui incarne un peu la démocratie sociale à la française, qui sait prendre ses responsabilités."
  • Gilles Legendre, président du groupe parlementaire macroniste à l’Assemblée : "Tout le monde, depuis hier, fait comme si la question de l’âge d’équilibre à 64 ans avait été décidée et fixée, c’est faux. La question de l’âge pivot je le dis solennellement, de l’âge d’équilibre, n’est pas décidée, en aucun cas."

C’est généralement la base qui décide qu’il faut lancer une grande grève

Il n’est toutefois pas certain que ce stratagème du "faux pivot", au demeurant assez grossier, parvienne à casser la dynamique de la grève. En effet, contrairement à une croyance très répandue, c’est généralement la base qui décide qu’il faut lancer une grande grève, et c’est généralement la base qui décide d’arrêter. Ou pas.

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