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  • Jonathan Livingstone

    « Bonjour enfant.

    -Bonjour Jonathan.

    -Je vois que tu regardes le livre qui raconte mon histoire.

    -J’aime bien parce que ça n’est pas trop long. J’ai du mal à lire des longues histoires.

    -Tu as pourtant toute la vie pour ça.

    -Mais je ne sais pas combien de temps ça fera. Et puis, j’ai d’autres choses à faire aussi.   

    -Des choses plus importantes que de lire ? Ça doit être terriblement important alors.

    -De quoi ça parle ton histoire, Jonathan ?

    -Qui es-tu ?

    -Quoi ?

    -Oui, qui es-tu ?

    -Et bien, je m’appelle Loïc.

    -Non, non, moi, je te demande qui tu es, pas comment tu t’appelles ?

    -Et bien, je suis un garçon, j’ai dix ans, j’habite en Savoie.

    -Et tu vas à l’école, tu as une sœur et un chien, tu aimes faire du vélo et aller jouer dans ta cabane. Je sais déjà tout cela. Mais, moi, j’aimerais que tu me dises qui tu es.

    -Je ne comprends pas ce que tu veux, Jonathan.

    -Et bien, lis mon histoire et tu comprendras.

    -Tu vas me dire dans ton histoire qui je suis ?

    -Non, mais tu sauras comment j’ai compris qui j’étais. Et je ne suis pas un goéland qui s’appelle Jonathan. Tout ça, c’est juste des étiquettes. Mais si tu enlèves les étiquettes, qu’est-ce qui reste ?

    -Ça m’a l’air bien compliqué ton histoire.

    -Voudrais-tu me dire que ça ne t’intéresse pas de savoir qui tu es ? Tu ne veux pas comprendre ce dont tu es capable, tu ne veux pas comprendre pourquoi tu es attaché à tes habitudes, à tes amis, tu ne veux pas découvrir cet extraordinaire potentiel qui est en toi ? Mais alors, si tu ne veux rien savoir de toi, qui le fera pour toi ?   

    -Je sais déjà de quoi je suis capable.

    -Je pense pour ma part que tu sais uniquement ce que tu as déjà accompli. Mais tu ne sais pas tout ce que la vie a enfoui en toi.

    -Et ton histoire me le dira ?

    -Elle ne te dira pas ce qu’il te reste à découvrir mais elle te racontera ce que moi, j’ai découvert et dont j’ignorais totalement l’existence.

    -Donc, tu veux me dire que ton histoire, elle me parle aussi de moi ?

    -Elle parle à tous les enfants qui veulent comprendre.

    -Comprendre quoi, Jonathan ?

    -Comprendre la vie. Tout simplement. Et je ne te parle pas de l’école, des mathématiques ou de la géographie, je ne te parle pas de comprendre tout ce qui vient de l’extérieur. Je te parle de comprendre ce qui est en toi.

    -Dans mon corps ?

    -Dans ton corps, dans ton âme, dans tes pensées, dans tes rêves, dans tes espoirs. Comprendre ce dont personne ne te parle. Mais que mon histoire te racontera. Tu n’es pas ce que tu crois être, tu es bien plus. Alors, lis, cher enfant, lis. Et ne t’occupe pas du temps que ça te prendra. Tu n’as aucune idée de tout ce que ce temps passé à lire te fera gagner comme temps à ne pas chercher partout ce que tu pourrais devenir. Tout est déjà là, en toi. Et de le lire, tu le comprendras. »

    Jonathan Livingstone s’envola et l’enfant resta assis sur le sable. Il regarda l’oiseau s’éloigner et il ouvrit la première page.   

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  • Bonnets rouges et Colibris

    Bretons, voilà LA SOLUTION.


    Créer un réseau d'entreprises pour une économie locale et durable

    Face aux grandes entreprises nationales ou internationales, les entreprises locales peuvent avoir le sentiment de ne pas « faire le poids ». Comment des commerçants locaux peuvent-ils tenir face à l’implantation de grandes surfaces ? Combien de centre de petites villes sont-ils désormais vides de commerces ? Combien de petits producteurs disparaissent chaque jour, ne pouvant préserver leur marge face aux géants de l’industrie alimentaire et de la distribution ?

    Qu'est-ce qu'un réseau d'entreprises pour une économie locale et durable ?

    Pourtant, les études montrent qu’acheter à une entreprise ou à un commerçant local profite à l’économie locale (l’argent dépensé circule plus longtemps sur le territoire et participe à pérenniser et assurer l’économie locale). Et l’actualité démontre qu’une région dépendant d’une seule ou d’un petit nombre d’industries est souvent une région en sursis. Par ailleurs, de nombreuses opportunités existent pour développer une économie locale vivante, en réponse aux besoins et préoccupations (écologie, traçabilité, production éthique, emploi local, etc.) de secteurs croissants de la population et de l’économie locale (circuits courts, substitutions aux importations, filières locales, démarche de progrès, etc.).

    Le réseau d'entreprise pour une économie locale et durable développe une alliance locale visant à redonner vie à des économies moins dépendantes d’une mondialisation dont nous percevons mieux aujourd’hui les excès et dangers.

    En quoi cela peut transformer notre territoire ?

    Modèle actuelModèle proposé
    Perte de liens sociaux Créer un lieu d'échange et d'action commun aux entrepreneurs qui partagent les valeurs d’une économie locale
    Désertification des petits commerces Renforcer les liens entre la population et les entrepreneurs locaux, pérenniser la vie des centres villes
    Délocalisation de l'économie et fuite des

    richesses

    Lancer des initiatives nouvelles à l'échelle du territoire
    Destruction d'emploi Dynamiser l'économie locale et renforcer les solidarités économiques et sociales
    Pollution Réduire les transports des produits et minimiser les changements climatiques

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Créer un réseau local d'entrepreneurs locaux et indépendants motivés par les mêmes valeurs et objectifs vous permettra de :

    • Offrir un lieu d'échange et d'action commun car le réseau permet aux entrepreneurs qui partagent les valeurs d'une économie locale de se retrouver et d'agir ensemble.
    • Renforcer les liens entre habitants et entrepreneurs locaux car le réseau encourage l'installation de commerces locaux –lieux de convivialité– et par conséquent les échanges.
    • Mettre en place de nouvelles initiatives  à l'échelle du territoire et dynamiser l'économie locale car le réseau permet à des entrepreneurs de s'implanter localement et donc de favoriser les échanges locaux, d'éviter la délocalisation et de créer de nouveaux emplois.
    • Réduire l'impact écologique car les entrepreneurs locaux favorisent les circuits courts. Ainsi, vous réduisez les transports des produits et minimisez les changements climatiques.

    Comment créer un réseau d'entreprise pour une économie locale et durable ?

    1. Commencer par créer un petit cercle d’entrepreneurs indépendants partageant les mêmes valeurs, en recrutant par le bouche-à-oreille des collègues, fournisseurs et clients déjà sensibilisés.
    2. Se mettre d’accord sur une charte de valeurs et des objectifs pragmatiques, en identifiant des besoins locaux importants pouvant être satisfaits par une action concertée.
    3. Débuter par des actions simples, facilement réalisables, dont le succès motivera pour la suite. Vous pouvez, par exemple : organiser des soirées à thème et y inviter les entrepreneurs du secteur pour faire connaissance ; regrouper les stands des entreprises membres dans le même secteur à l'occasion d'une foire et y proposer des animations sur les thématiques abordées par le réseau (écoconstruction, économie locale, qualité des produits et services locaux, achat éthique, etc.) ; créer un site Internet présentant l’offre de produits et services des entreprises locales indépendantes ou rejoindre une plateforme spécialisée (Mes courses pour la planète).
    4. Explorer les niches locales pouvant donner lieu à la création d’entreprises, voire de filières locales pouvant se substituer à des productions importées.
    5. Lancer une campagne en faveur de l’achat local en mettant en place un système de fidélisation commun aux entreprises membres.
    6. Mettre en place une démarche de progrès commune reprenant les priorités et valeurs du réseau. 
    7. Mettre en place une monnaie locale est un excellent outil de sensibilisation des clients.

    Quelles sont les structures qui peuvent vous aider ?

    Atelier 

    Vous avez un projet pour entreprendre autrement ? L’Atelier - Centre de ressources régional de l’économie sociale et solidaire - vous acceuille, dans le 10e arrondissement de Paris, pour vous orienter et simplifier vos démarches 
    http://www.atelier-idf.org

    La Maison des associations de solidarité de l’Ile-de-France 

    www.mas-paris.fr

    Le réseau REEL34 

    Il a pour rôle de relier, sensibiliser et promouvoir les entreprises locales qui ont décidé de contribuer au développement d'une économie locale vivante et durable. Il a établi une charte qui assemble les membres autour de valeurs et d’objectifs partagés 
    http://www.reel34.net/

    Mes courses pour la planète

    Le guide pratique en ligne de la consommation responsable (Mes courses pour la planète)
    http://www.mescoursespourlaplanete.com/

    ADEME

    L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, qui participe à la mise en oeuvre des politiques publiques dans les domaines de l'environnement, de l'énergie et du développement durable, pourra vous aider dans vos démarches 
    http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?id=11433&m=3&cid=96

    ADD Europe

    Pour la création et l'animation de réseaux 
    http://www.addeurope.net/

    Quelques lectures :

    • "The Small-mart revolution: How Local Businesses Are Beating the Global Competition", Michael H. Shuman, Ed. Berrett-Koehler Publishers, 2006
    • "Vivre autrement, l’économie sociale et solidaire en Ile-de-France", Alternatives Economiques H-Série Pratique

    Ils l'ont fait !

    "Lancée fin 2006, l'association REEL 34 est aujourd'hui composée d'une soixantaine d'entreprises. En créant ce réseau nous avons réalisé à quel point les entrepreneurs qui sont alignés sur ces valeurs se sentent moins isolés et peuvent, du coup, lancer des projets avec d'autres. Par ailleurs, le fait de s'appuyer sur les uns et sur les autres a amélioré la qualité des prestations".

    Franck Cescato, membre du REEL34.

     

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  • Petits arrangements entre amis

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    Le Point.fr - Publié le - Modifié le

    L'attribution à Écomouv' du contrat mettant en oeuvre l'écotaxe soulève des interrogations.

    L'écotaxe étant suspendue, les portiques chargés de détecter les camions redevables de l'impôt doivent être démontés.
    L'écotaxe étant suspendue, les portiques chargés de détecter les camions redevables de l'impôt doivent être démontés. © SERGE POUZET/SIPA / dr
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    Source Sipa Media

    Le contrat passé entre l'État et Écomouv', ce consortium chargé de mettre en place les infrastructures pour la collecte du péage poids lourds, est une fois de plus critiqué. En cause, cette fois, la légitimité mais surtout la régularité de l'obtention de ce contrat. D'après un rapport de la mission d'appui aux partenariats public-privé (PPP) remis en 2009 et que le quotidien Le Parisien s'est procuré, le choix d'un montage mixte ne se justifiait pas.

    Selon ces experts, l'État aurait pu passer par un marché public, moins coûteux d'environ 250 millions d'euros. Le gouvernement avait à l'époque opté pour un partenariat avec Écomouv', contenant l'Italienne Autostrade à hauteur de 70 %, le reste du capital étant partagé entre Thales, SNCF, SFR et Steria.

    L'écotaxe devait rapporter chaque année 1,15 milliard d'euros, dont 250 millions pour la société Écomouv', 750 millions pour les caisses de l'État, et 150 millions pour les collectivités locales. Le gouvernement avait pointé une plus grande rapidité de mise en place pour justifier son choix. À l'époque, ce projet avait d'ailleurs obtenu l'aval de la quasi-unanimité des forces politiques, dont les socialistes. Et ce, malgré les mises en garde de la PPP face à "une opération originale et complexe, pour laquelle il n'existe pas de précédent".

    Toujours d'après le quotidien, des questions planent quant à la régularité même de l'appel d'offres. Il semblerait que les délais de réalisation des travaux, l'un des critères déterminants dans l'attribution du marché, aient été révisés en pleine procédure de sélection.

    Anomalies

    De plus, le groupe Écomouv' tel qu'il existe aujourd'hui n'avait pas présenté de candidature, a conclu le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi en 2011 par Alvia, principal rival d'Écomouv' lors de l'appel d'offres. C'est Autostrade qui s'est adjoint en cours de route des partenaires dont l'État est actionnaire. "Une façon de franciser son offre face aux concurrents", a confié au Parisien un expert.

    En 2011, la Sanef a, pour sa part, saisi le Service central de prévention de la corruption. Parmi les anomalies constatées, les liens commerciaux entre Autostrade et Rapp Trans AG, une entreprise suisse, conseil de l'État sur l'écotaxe. À l'époque, le tribunal administratif avait constaté que "l'impartialité des conseils techniques de l'État" n'était pas "suffisamment établie".

    Le directeur général de la Sanef aurait par ailleurs été approché par un cabinet d'avocats qui souhaitait "pousser" la candidature de la Sanef au PPP. Une enquête préliminaire a été confiée, en 2011, au parquet de Nanterre alors que Philippe Courroye y était procureur. Elle est toujours en cours.


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  • Citation

    "Qu'est-ce que le Tiers état?

    Tout.

    Qu'a-t-il été jusqu'à présent ?

    Rien.

    Que demande-t-il ?

    A devenir quelque chose."


    Janvier 1789, l'Abbé Sieyès. "Essai sur les Privilèges"

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  • Ecotaxe et Goldman Sachs

    Qu'on les pende hauts et courts.


    Fiscalité écologique

    Les dessous de l’écotaxe : quand Benetton et Goldman Sachs collectent l’impôt français

    par

    En reportant l’entrée en vigueur de l’écotaxe pour les poids lourds, le gouvernement Ayrault vient une nouvelle fois de capituler face à des intérêts privés. Mais derrière cette taxe écologique se cache une autre question, qui n’a jamais été soumise au débat public : c’est la première fois que la collecte de l’impôt est confiée à des entreprises privées. Un consortium emmené par Benetton, Goldman Sachs, Thalès et SFR empochera 20% des recettes de la taxe pour assurer son recouvrement. Du jamais vu ! Enquête.

    Après six ans de reports et d’atermoiements, l’écotaxe poids lourds est devenue un sujet explosif. Et le gouvernement n’en finit plus de s’empêtrer dans des reculades qui le décrédibilisent. Les critiques se focalisent sur le coût de la taxe pour les transporteurs et les agriculteurs. Pourtant, l’essentiel est ailleurs : pour la première fois, la collecte d’un impôt est confiée à des entreprises privées. L’État a fait le choix de déléguer le recouvrement de l’écotaxe à un prestataire, par le biais d’un contrat de partenariat public-privé. Le produit de la perception de la taxe, estimée à 1 200 millions d’euros par an, sera reversé à l’administration des douanes. Une première en matière de fiscalité ! Un système choisi sous Sarkozy et mis en œuvre par un gouvernement socialiste et écologiste... L’écotaxe « s’appuie sur un mode de recouvrement entièrement nouveau et automatisé. A bien des égards, c’est une taxe du XXIe siècle ! », s’enthousiasme la sénatrice UMP Marie-Hélène Des Esgaulx, dans un rapport remis à la Commission des finances en février dernier.

    « Un retour à la Ferme Générale de l’Ancien Régime ! », dénonçait la CGT, lorsque le gouvernement Fillon a validé cette option, peu après le Grenelle de l’environnement. Cette externalisation entraine un surcoût pour le contribuable. « L’écotaxe est incontestablement coûteuse », admet Marie-Hélène Des Esgaulx. Sur un total de 1,2 milliard d’euros collectés, environ 280 millions d’euros sont consacrés à la rémunération du prestataire privé qui assure le recouvrement. Soit 23 % [1] ! C’est la taxe la plus coûteuse jamais mise en place ! « A titre de comparaison, ce pourcentage ne dépasse pas 1,2 % pour l’impôt sur le revenu », poursuit le rapport. « Le recouvrement d’un impôt coûte souvent moins de 1% du montant de celui-ci, confirme Philippe Bock, secrétaire général du syndicat Solidaires Douanes. « Pour les services des douanes, la masse salariale coûte un milliard d’euros, pour des rentrées fiscales de 67 milliards d’euros. Le coût de recouvrement de l’écotaxe est complètement prohibitif ! » Cette taxe poids lourds, « c’est service public minimum et profits maximum », résume le syndicat.

    Benetton, Goldman Sachs, Thales et SFR, collecteurs d’impôt

    « Le coût global du contrat de partenariat, bien qu’élevé, ne semble pas surestimé », conclut Marie-Hélène Des Esgaulx devant la commission des Finances. Il est de toute façon bien tard pour s’en apercevoir. Le contrat de partenariat a été signé en octobre 2011, pour une durée de 13 ans et 3 mois. Au terme du contrat, l’ensemble du dispositif doit être remis à l’État. Celui-ci se trouve lié jusqu’en 2025, sans qu’aucune étude n’ait été menée sur l’opportunité de confier cette mission au secteur privé. « Les Douanes n’étaient pas capables de faire un tel montage technique », tranche le député UMP Hervé Mariton. Sauf qu’il était possible de créer un système bien moins complexe. Ou de déléguer seulement certaines missions au secteur privé.

    Qui va toucher ces 280 millions par an (desquels sont déduits 50 millions de TVA) pour mettre en œuvre le dispositif de recouvrement ? Un consortium d’entreprises baptisé Ecomouv’, mené par le groupe italien Autostrade per l’Italia. Celui-ci est une filiale d’Atlantia, la société qui gère la plupart des autoroutes italiennes. Elle est détenue (à 48 %) par le fonds d’investissement Sintonia, propriété de la famille Benetton [2]. La banque états-unienne Goldman Sachs est entrée au capital de ce fonds en 2008. Autostrade, qui détient 70 % d’Ecomouv’, s’est allié avec les groupes français Thales, SNCF, SFR et Steria, une entreprise qui vend des services informatiques aux entreprises. Visiblement, personne ne s’est demandé comment la SNCF appréhendera d’éventuels conflits d’intérêt, alors que les 3 300 camions de sa filiale Geodis, spécialisée dans le transport de marchandises, seront concernés par l’écotaxe. Rappelons également que l’objectif initial de l’écotaxe est de développer des transports plus écologiques, notamment le fret ferroviaire, sur lequel la SNCF a quelques intérêts financiers.

    Les rentrées fiscales passeront-elles par les paradis fiscaux ?

    Ecomouv’ prévoit des recettes de près de 2,8 milliards d’euros pour les 11,5 années d’exploitation du dispositif. Les véhicules de plus de 3,5 tonnes – environ 600 000 immatriculés en France et 200 000 étrangers – devront s’enregistrer auprès d’Ecomouv’, notamment via des sociétés de télépéages habilitées : Axxes, DKV, Eurotoll, Ressa, Telepass et Total. Les poids lourds devront se doter d’un boîtier, type GPS, qui permettra de retracer leur parcours sur les 15 000 km de tronçons routiers concernés par la taxe. Des portiques installés sur ces routes serviront uniquement à contrôler que les camions sont bien dotés de boîtiers. Les sociétés de télépéage collecteront une partie des taxes, versées sous forme d’abonnement [3]. En contrepartie, elles seront rémunérées par Ecomouv’ à hauteur de 60 millions d’euros par an. Les transporteurs pourront, s’ils le souhaitent, s’acquitter de la taxe directement auprès d’Ecomouv’.

    « Nous osons tout de même espérer que le cahier des charges a formellement interdit à Ecomouv’ de disposer comme il l’entend des sommes avancées par les redevables, sous peine de voir celles-ci reversées aux actionnaires, ou bien servir à quelque spéculation ou encore transférées dans quelque paradis fiscal », s’interroge Solidaires. Que le collecteur d’impôts joue en bourse les sommes collectées serait en effet une nouveauté ! Le syndicat s’inquiète également des usages possibles des données recueillies sur les transporteurs et leurs pratiques.

    « Pour le prestataire privé, c’est gagnant-gagnant, résume Philippe Bock, de Solidaires Douanes. Mais pour l’État, c’est un fiasco sur le plan fiscal et sur le plan environnemental. L’objectif écologique a été complètement perdu en route. L’écotaxe devait promouvoir les circuits courts, en taxant les transports, et comme les autoroutes sont exonérées, cela incite les camions à se reporter vers les grands axes routiers ! » Un travers pointé dans le rapport de la sénatrice Marie-Hélène Des Esgaulx : avec l’écotaxe, le ministère des Transports s’attend à une augmentation de 15 à 20 % du trafic poids lourds sur les autoroutes. Une recette supplémentaire estimée à 400 millions d’euros par an pour les sociétés gérant les autoroutes, principalement Vinci et la Sanef !

    Ecotaxe : quels profits pour le privé, quelles recettes pour l’État ?

    C’est ce type de partenariat public-privé qu’a choisi l’Allemagne pour son écotaxe poids lourds. Celle-ci permet de collecter près de 4,4 milliards d’euros par an, autoroutes comprises. Toll Collect, le consortium qui gère le dispositif, regroupe Deutsche Telekom, le constructeur automobile Daimler et Cofiroute, filiale du groupe français Vinci. Il est rémunéré à hauteur de 600 millions d’euros par an pour la mise en place des installations et le recouvrement de la taxe. L’affaire semble juteuse, puisque Toll Collect annonce un bénéfice net de 80 millions d’euros en 2012 [4]. Un peu moins évident pour l’État allemand, qui, depuis 2004, lui réclame 3,3 milliards d’euros de dommages-intérêts pour manque à gagner, du fait de nombreux retards subis par le projet, et 1,7 milliard de pénalités pour non-respect du contrat initial. Un contentieux qui dure depuis huit ans. A ce tarif, autant gérer soi-même la collecte.

    En Slovaquie, c’est également un consortium privé, SkyToll, qui a signé un contrat d’exploitation pour 13 ans. Ce consortium, détenu à 10% par le concessionnaire d’autoroutes français Sanef, dirigé par Alain Minc, a gagné l’appel d’offres en 2007. Il avait pourtant fait l’offre la plus élevée… Douze recours [5] et deux enquêtes de la commission européenne plus tard, le dispositif mis en place est loin d’avoir fait ses preuves. La taxe a rapporté 141 millions d’euros en 2010. Sur lesquels Sky Toll ponctionne 110 millions d’euros ! Résultat : l’État slovaque a touché à peine le quart de la somme collectée [6]. « Les coûts de fonctionnement par rapport au rendement de la taxe seront nettement inférieurs en France à ce qu’ils sont en Slovaquie », explique le député UMP Hervé Mariton, auteur d’un rapport à l’Assemblée nationale sur le sujet en 2011. Voilà qui est rassurant. Difficile d’avoir beaucoup de recul : seuls six pays européens ont mis en place un système de taxe similaire [7].

    Contentieux et présomption de corruption

    Le service des douanes sera chargé de gérer les contentieux et les recouvrements forcés, mais aussi d’assurer le contrôle du dispositif. « Quel accès aurons-nous au système informatique ?, interroge Philippe Bock. Il sera impossible pour nous d’avoir une vue globale du système. » Les risques de défaillance sont grands. La France se prépare-t-elle à des désillusions ? Car la bataille entre sociétés privées pour le marché de l’écotaxe est rude. L’appel d’offre a déjà été marqué par plusieurs contentieux. En janvier 2011, la Sanef – qui a perdu l’appel d’offre – dépose un recours devant le tribunal administratif de Pontoise afin d’empêcher la signature du contrat. Motif : l’État a été conseillé durant la procédure par la société RAPP, qui a travaillé pour la société Autostrade sur la mise en place d’une taxe poids lourds en Autriche. L’indépendance de ce conseil est donc contestée. La procédure d’appel d’offre est alors annulée par le juge administratif, mais validée par le Conseil d’État.

    La Sanef a également saisi le service central de la prévention de la corruption du ministère de la Justice pour « faits relevant du délit de favoritisme, de trafic d’influence et d’incitation à la corruption ». Selon ses dirigeants, la société « a été approchée » et « on lui aurait fait comprendre que le résultat de l’appel d’offre serait fonction de ce qu’elle pourrait accepter de "faire" ou de qui elle pourrait "gratifier" » [8]. L’affaire a été transmise au Parquet de Paris, puis de Nanterre. Qu’importe. Le contrat entre l’État et Ecomouv’ est signé en octobre 2011, sous le gouvernement Fillon. Commence alors un « délai contractuel » de 21 mois au terme duquel le dispositif devra être prêt et la collecte lancée. Jean-Marc Ayrault profitera-t-il du nouveau report annoncé le 29 octobre pour renégocier les modalités de collecte de l’écotaxe ? Pieds et poings liés au partenariat public-privé, le nouveau gouvernement dispose d’une faible marge de manœuvre.

    Déjà un demi-milliard de perdu

    Le lancement de la taxe, prévue en juillet 2013, est repoussé une première fois en octobre, puis en janvier 2014. Chaque report signifie une perte de recettes pour l’État. Un préjudice évalué à 90 millions d’euros par mois, selon L’Officiel des Transporteurs. Soit un manque à gagner de plus de 500 millions d’euros rien qu’en 2013. Le nouveau report sine die laisse présager une accumulation des pertes. Selon Ecomouv, entre 800 millions et un milliard d’euros d’investissements ont déjà été engagés. Un montant que devra rembourser le gouvernement en cas d’annulation du projet, estime le consortium. Celui-ci n’obtiendra sans doute pas les 800 millions d’euros prévus en cas d’annulation du contrat – puisque celui-ci est seulement suspendu – mais il pourrait demander des indemnités de plusieurs dizaines de millions d’euros.

    Des agents des douanes chargés de superviser les contrôles ont déjà été mutés au centre de Metz, où travailleront 130 agents au sein du service taxe poids lourds. Plusieurs centaines de personnes ont été recrutées par Ecomouv’ pour son centre d’appel et de traitement des factures, également basé à Metz. Autant de personnes qui risquent de se retrouver en chômage technique si la situation ne se débloque pas.

    La Bretagne, quasi exemptée d’écotaxe

    Reste que les opposants à l’écotaxe – Medef et FNSEA de Bretagne en tête – semblent avoir fait plier le gouvernement. Ce qui agace profondément les associations écologistes. Seule une partie du réseau routier est concernée par l’écotaxe [9]. Et la Bretagne en est grandement exemptée en raison de son caractère « péninsulaire », avec un taux de réduction de 50%, rappellent le Réseau action climat et la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) dans un communiqué. La contribution des transporteurs bretons est évaluée à 42 millions d’euros par an, alors que la région devrait recevoir annuellement 135 millions d’euros pour l’amélioration de ses infrastructures de transport [10], expliquent les associations. De cela, FNSEA et Medef locaux n’en ont cure. Les objectifs écologiques de la taxe semblent bien loin. Réduire les transports routiers est pourtant un enjeu de taille : les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique liée aux poids lourds coûteraient environ 45 milliards d’euros par an en Europe [11].

    Derrière la bataille sur l’écotaxe et la capitulation permanente du gouvernement, subsiste une interrogation plus grave : l’État français a-t-il encore les moyens et l’autorité nécessaires pour assurer la collecte des impôts, sans céder à des intérêts privés ? En matière de fiscalité devraient primer la cohérence et l’intérêt général, et non la sous-traitance au plus offrant d’une fonction régalienne déjà bien mise à mal.

    Agnès Rousseaux

    (@AgnesRousseaux)

    Photo : CC Liquid Oh

    - Sur le même sujet : Ecotaxe : quand le PS découvre les dérives des partenariats public-privé

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  • Les bonnets rouges

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    A Quimper, les "bonnets rouges" s'unissent pour "faire vivre le pays"

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    Entre 15 000 et 30 000 personnes se sont réunies samedi 2 novembre à Quimper, place de la Résistance, pour conserver l'emploi en Bretagne.

    (Quimper, envoyée spéciale)

    La place de la Résistance, à Quimper, n'avait jamais été aussi fleurie que ce samedi 2 novembre. Amenés par trois camions de producteurs locaux, des milliers de chrysanthèmes ont été installés en début d'après-midi par les manifestants tout autour de la place, grâce à une chaîne humaine improvisée. En ce lendemain de fête de la Toussaint, les "bonnets rouges", rassemblés à l'appel du collectif "Vivre, décider, travailler, en Bretagne", voulaient rendre hommage à leurs morts : "L'emploi et l'économie bretonne, et tous les sacrifiés de chez Gad, Marine Harvest, Doux, Tilly-Sabco, et la liste est longue", expliquait ainsi Bruno, 34 ans, éleveur de volailles dans le Finistère.

    Car le mot d'ordre samedi était bien celui-là, malgré les polémiques et les divisions : conserver l'emploi en Bretagne. Sous ce slogan, 15 000 personnes se sont rassemblées (30 000 selon les manifestants), d'horizons aussi divers que le Medef, le NPA, la FNSEA, FO, ou encore le Parti breton. "Limiter le mouvement à un coup de colère contre l'écotaxe serait une erreur, martelait samedi Christian Troadec, maire (DVG) de la ville de Carhaix. C'est bien une inquiétude plus globale qui s'exprime aujourd'hui sur l'avenir de la Bretagne."

    "LA DÉTRESSE QUI GRANDIT"

    Sous ce bonnet rouge érigé en symbole – vendu à prix coûtant par l'entreprise Armor Lux, habituée des bons coups marketing – beaucoup de manifestants venaient "en solidarité", à l'image d'Elisabeth, 49 ans, salariée à l'hôpital de Rosporden (Finistère). "L'épuisement", "la détresse qui grandit", les "voisins et amis qui tombent dans la misère", voilà les raisons qui l'ont poussée à venir manifester seule. Toute sa vie, Elisabeth a voté socialiste. "C'était l'évidence, ici", dans ce fief où les extrêmes n'ont jamais réussi à faire de bons scores. Mais "2012, c'était la dernière fois", prévient-elle. Vers qui se tourner ? Elle ne sait pas encore, et s'en dit "attristée".

    Comme Elisabeth, beaucoup de manifestants expriment leur rejet complet de la politique du gouvernement. Alors que la foule scandait "Re'zo re" ("Trop c'est trop" en breton) et "Hollande démission", les intervenants à la tribune s'emportaient tour à tour contre "l'abandon de l'industrie agroalimentaire bretonne" et "un recul en trompe l'œil sur l'écotaxe".

    Pour Nadine Hourmant, déléguée FO chez le volailler Doux, touché par un plan social, l'écotaxe "est seulement un nouveau poids sur notre pouvoir d'achat, c'est inimaginable d'accepter ça au moment où on nous supprime nos emplois". Un peu plus loin dans la foule, Christophe, chauffeur-routier de 28 ans, renchérit : "L'écotaxe était sur le principe une idée pas mauvaise, mais elle a été tellement vidée de sa substance qu'elle n'a plus rien d'écologique, ce sera juste ça de moins dans nos frigos ou à la pompe".

    "UN SIGNAL FORT À PARIS"

    L'idée de ce rassemblement est donc "d'envoyer un signal fort à Paris, faire comprendre qu'on ne veut plus que les choix soient dictés par des hauts-fonctionnaires de Bercy qui n'ont jamais mis un pied en Bretagne", explique au micro Christian Troadec, qui appelle la foule à "se relever les manches pour trouver des solutions qui viennent d'ici".

    La grande majorité, mine inquiète et calme exemplaire, s'ennuyait devant les innombrables discours tenus en début de rassemblement qui ont bien failli empêcher complètement le cortège de défiler.

    Dans son t-shirt orange fluo, Pascal, 40 ans, passe difficilement inaperçu. "Etre vu, être entendu", c'est pour cela que cet employé de Marine Harvest à Poullaouen est venu défiler à Quimper. Son entreprise, fleuron de l'agroalimentaire du Centre-Bretagne spécialisé dans le saumon, a annoncé la fermeture de deux de ses sites, laissant sur le carreau près de 400 salariés, alors même que la société a déclaré, entre avril et juin, un bénéfice opérationnel de 111 millions d'euros. "Le problème, c'est le dumping social en Europe, comment voulez-vous qu'on lutte contre des employés payés 3 euros de l'heure sans protection sociale ?", s'exclame-t-il, la voix étranglée par la colère. S'il a conscience aujourd'hui qu'il défile aux côtés de patrons, il répète n'être "pas dupe". "On sait qu'ils ferment pour en tirer un peu plus d'argent, mais il y a bien un moment où c'est à l'Etat d'exiger des contreparties, au lieu de leur filer des subventions sans rien obtenir en retour".

    Face à cette hétérogénéité des organisateurs, la CGT et le Front de Gauche avaient pour leur part préféré appeler à une contre-manifestation à la même heure à Carhaix, qui a rassemblé près de 3 000 personnes. Dans un communiqué, les organisateurs ont expliqué vouloir éviter la "manifestation fourre-tout" de Quimper, qui voudrait "faire croire que les patrons et les travailleurs ont les mêmes intérêts".

    A lire : Malgré la suspension de l'écotaxe, la mobilisation se poursuit en Bretagne

    "FAIRE VIVRE LE PAYS"

    A écouter ces manifestants, pourtant, un intérêt semblait bien l'emporter : celui de "faire vivre le pays". Marine, Emy et Coralie, trois jeunes femmes de 19 ans, se sont joints à la manifestation – leur première – pour "défendre leur avenir". Ces trois natives de Bannalec, étudiantes dans le notariat, le service à la personne et salariée dans la restauration, ne conçoivent pas de "ne pas rester vivre en Bretagne". Ce sentiment d'appartenance, tant "culturelle qu'humaine", il "est difficile à expliquer à quelqu'un qui n'est pas breton", s'amusent les jeunes filles. "De l'extérieur, on comprend que ça puisse étonner, qu'on se dise 'les pauvres filles, elles ne veulent pas connaître autre chose', mais ce n'est pas ça, c'est juste qu'il y a quelque chose en plus qui nous donne envie de rester", expliquent-elles, en se drapant dans leur Gwen ha du – le drapeau breton.

    Bien sûr, tous ne venaient pas seulement pour ça. Par endroits, les panneaux brandis par les manifestants reprenaient les slogans du Front national, voire même de "La Manif pour tous", et cherchaient à faire de l'événement "un tournant dans la politique française". "Il faut que le reste de la France suive l'exemple breton, et exprime son ras-le-bol, et mette à la porte tous ses politiciens corrompus", s'emportait ainsi Yvonne, 64 ans, retraitée après avoir travaillé comme secrétaire pendant vingt ans.

    Mais la grande majorité, mine inquiète et calme exemplaire, s'ennuyait devant les innombrables discours tenus en début de rassemblement qui ont bien failli empêcher complètement le cortège de défiler. Le seul tribun ovationné fut d'ailleurs Jean Hourmant, 87 ans, président du comité d'action pour la mise à deux fois deux voies de la RN 164 et maire honoraire de Plonévez-du-Faou. Figure locale haute en couleur, il s'est félicité de voir autant de "jeunes" dans la foule, appelant à suivre sa voie en "étant bagarreur".

    INCIDENTS ET BLESSÉS

    Au même moment, au fond de la place, des jeunes, las des discours et échauffés par la présence à quelques mètres des CRS, jetaient des bouteilles de verre et des pots de chrysanthèmes sur les forces de l'ordre, et tentaient d'escalader les grilles de la préfecture avoisinante. En face, la police a répliqué avec les canons à eau et les gaz lacrymogènes.

    Selon la préfecture, cinq personnes ont été légèrement blessés, dont un CRS touché à un genou. Au moins deux personnes ont été interpellées, selon "Ouest France".

    Après le départ du cortège puis la dispersion de la manifestation vers 17 h 30, quelques centaines de manifestants sont restés sur la place, dans un face-à-face tendu avec les CRS. Quelques-uns avaient prévu les masques à gaz et avouaient être"pour que ça pète", malgré les appels au calme répétés des organisateurs de la manifestation et de la famille de Mickaël Cueff, cet agriculteur qui avait dû être amputé de la main après la manifestation du 26 octobre à Pont-de-Buis.

    Vers 19 h 30, les manifestants ont finalement été dispersés, sous une pluie de gaz lacrymogènes. Selon la préfecture, cinq personnes ont été légèrement blessés, dont un CRS touché à un genou. Au moins deux personnes ont été interpellées, selon Ouest France.

    Charlotte Chabas
    Journaliste au Monde

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  • "Vous êtes coupables."

    Les agriculteurs bretons sont montrés du doigt, coupables de transporter leurs marchandises sur des distances considérables, de polluer le sol avec les nitrates, de polluer l'atmosphère et de ne pas vouloir participer à l'effort collectif...Comme tout cela est bien raconté par les médias, dénoncé par les politiques. Mélenchon vomit sur "les esclaves bretons qui protègent leurs maîtres."

    Les autres politiciens ne sont pas en reste.

    Les agriculteurs sont coupables.

    Je fais le parallèle avec la fonction enseignante. Nous sommes à chaque gouvernement montrés du doigt, vilipendés, critiqués, mis plus bas que terre et un Ministre, superbe et intelligent, vient en sauveur nous apprendre à travailler, "pour sauver notre jeunesse."

    Les enseignants sont coupables.

    Et les médias se repaissent de ces incapables jetés dans l'arène.

    Quid des politiciens de l'UE qui ont imposé aux agriculteurs du pays des directvives productivistes, des monocultures, des investissements constants, un endettement colossal, une vie de labeur et la vindicte populaire ? Quid des minsitres successifs qui viennent marquer de leur sceau, une école déboussolée ?

    Jusqu'ici, ils restaient à l'abri dans leurs tours de verre, leurs donjons luxueux.

    Mais le regard de la population change. Inexorablement.

    Les Bretons soutiennent leurs paysans.

    Les parents d'élèves se rebellent contre la réforme du calendrier scolaire. Une cohésion s'installe avec les enseignants. Des conseils municipaux votent le retour à l'ancien calendrier. la fronde ne cible plus "les coupables" désignés par le pouvoir mais le pouvoir lui-même.

    Les enseignants subissent invariablement les humeurs des technocrates et espèrent un soulèvement des parents. Aucune utilité de faire grève. Nous perdrions tout soutien. Ce temps-là est fini.

    Les agriculteurs, de leur côté, ne subissent pas le joug du "devoir de réserve" et crient leur désespoir.

    Je souhaite qu'ils se protègent de toutes récupérations syndicalistes, de toute affiliation à un mouvement politique. Je souhaite qu'ils installent une autre agriculture, qu'ils se démarquent des systèmes anciens. Ils savent aujourd'hui que rien de bon ne peut advenir du haut de la pyramide.

    Il est temps de passer à un mouvement populaire. Rien d'autre. Lorsque les abstentionnistes représenteront la première force non-politique de ce pays, le changement sera possible.

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  • Ipagination

    Hic et nunc, bis repetita

    Par Elsa, Le 01/11/2013 à 11:38

    Ce texte déjà publié l'an dernier ayant disparu suite à une erreur, je me permets de le remettre en ligne, actualité oblige... et prie les âmes sensibles de bien vouloir me pardonner... :-)

    Par ELSA sur IPAGINATION

    http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/hic-et-nunc-bis-repetita-par-elsa

    Hic et Nunc

     La Toussaint et ses chrysanthèmes… Les raisons de ne pas se rendre au cimetière, il en avait des tonnes. Primo, il était athée, deuxio, les astéracées lui filaient le bourdon et des allergies respiratoires comme si ces fleurs de la mort prenaient un acompte sur son prochain trépas en gangrénant ses alvéoles. Des tonnes de raison dans sa cervelle ; de quoi marcher courbé, la tête au niveau des genoux pour le restant de son existence. Rien qu’à lire les épitaphes sur les marbres polis, il en grimaçait de dégoût.  « À mon cher époux », « À ma tendre femme », « À notre regretté père » … la nausée le guettait…  Ses parents mortibus, il n’en avait plus rien à secouer. Il n’en avait jamais rien eu à secouer, sauf quand ils s’en prenaient à lui et lui crachaient à la face leur haine. Des envieux, des aigris, des rabat-joie qui lui avaient pourri la vie. Alors là oui, il avait eu des envies de meurtre, de sévices bien tordus, de tortures à petit feu. D’ailleurs le feu, tout le monde le sait, c’est purificateur ; ça nettoie tout, des dépôts sous les ongles jusqu’aux idées malsaines.  

     

    Quand leur minable pavillon de banlieue avait cramé avec ses minables meubles, ses minables papiers peints pisseux, son minable lino poisseux et leurs minables corps recroquevillés sur leur minable lit Conforama, il avait un court instant cru à l’existence de Dieu. Les flammes avaient tout dévoré et il aurait suffi de finir le boulot dans un crématorium puis de vider les urnes dans une décharge publique pour avoir l’esprit en paix. Mais sa conne de frangine avait tellement chialé qu’il l’avait laissée casser son cochon tirelire pour leur payer un bout de terre glaise dans le cimetière de Garces-les-Gonzesses.  Alors qu’est-ce qu’il foutait là, tenant des deux mains un ridicule pot entortillé dans du papier cristal, à errer dans les allées parmi les pierres tombales ?

     

    Le ciel s’était brusquement assombri de lourds nuages menaçants. Les cumulo-nimbus avançaient en une masse compacte vers le cimetière et un éclair déchira l’horizon. L’orage allait éclater. Des rafales soulevèrent les feuilles mortes, arrachèrent des pétales de chrysanthèmes qui tourbillonnèrent autour de lui et l’enveloppèrent d’un linceul  au parfum écœurant. Il allait étouffer… La pluie, qui s’était mise à tomber dru, glissait de ses cheveux à son visage formant des rigoles le long de ses joues émaciées : on aurait pu croire qu’il pleurait. S’il venait à croiser sa sœur, elle lui tomberait dans les bras en piaillant : « Pleure pas mon pauvre Fredo, pleure pas… ».  Il repéra enfin l’ultime demeure parentale dont la stèle s’ornait d’une gravure débile, genre colombe s’élançant vers le ciel. Il n’y avait que sa frangine pour avoir des goûts aussi ringards… une colombe… pourquoi pas deux angelots enlacés pour honorer ces deux vieilles raclures ? Ne regardant pas à la dépense, elle avait fait fabriquer par un vieux compagnon de guerre du paternel rôti, ancien fondeur de son métier,  un Christ en croix dans un acier de Longwy qui avait été fixé au sommet de la stèle par le marbrier de la commune.  Comme le gars des hauts fourneaux était un ouvrier consciencieux, mais un piètre artiste, le corps martyrisé ressemblait à s’y méprendre à une grenouille vivisectée. Fredo adorait l’objet.

     

    Il vira d’un coup de pied un vieux pot qui ne contenait plus qu’une tige desséchée et déposa le sien à sa place. Le vent menaçant de le renverser, il le reprit et décida de le caler au pied de la stèle. C’est en se relevant, après avoir pris soin de remettre en évidence l’étiquette de la grande surface  où il avait acheté le chrysanthème, qu’il remarqua une anomalie à la base de la croix. Sur le socle où reposaient deux pieds de batracien dûment cloutés, une main inconnue avait maladroitement entaillé le métal pour y laisser trois mots à peine déchiffrables.

                                  

    « Hic et Nunc »

    Ses parents n’avaient eu à son égard qu’une seule et bonne décision dans son enfance : lui épargner des cours de latin. Il sortit de sa poche un petit Opinel et commença à gratter l’inscription qui n’avait pas de sens.

     

    La foudre le frappa, ici et maintenant.

     

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