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  • Goutte d'eau (5)

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    Je ne pensais à rien lorsque le vacarme a empli le gouffre, j’étais dans une torpeur bienfaitrice, une accumulation délicieuse des plus infimes ressentis.

    Une vague a déferlé sur le lac, courant comme une bourrasque et soulevant des murs liquides. J’ai été saisie et projetée dans un courant inimaginable, j’ai heurté des roches en gardant en moi l’impression de les avoir brisées, le grondement était aussi puissant que cette éruption volcanique sous-marine à laquelle j’avais assisté, il y a longtemps. Si le gouffre s’était effondré, je n’en aurais même pas été surprise. L’eau atteignit un plafond que je n’avais jamais aperçu, l’espace disponible fut comblé à une vitesse stupéfiante.

    « Un orage dehors, des pluies diluviennes et… » m’expliqua une compagne chevronnée.

    Je n’entendis pas la suite de ses paroles. Une chute verticale, le plongeon tonitruant, puis de nouveau une interminable descente dans un grondement de création du monde.

    Jusqu’où pouvions-nous descendre ainsi ? Je repensais aux montagnes sur lesquelles mon navire de pluie et de neige s’était vidé. Quelle altitude ? Et si nous arrivions directement dans la mer ? 

    Ce fut finalement le jour. Un vide immense. La montagne nous expulsa par une bouche béante, une excavation creusée par des millénaires d’érosion au milieu d’une paroi verticale. La vitesse du flot nous projeta à plusieurs mètres de la roche et je vis sous moi des paysages balayés par des bourrasques tonitruantes, noyés sous des mers de pluies hachées.

    Le déluge. Un spectacle épique, une scène fascinante. Des trombes d’eau comme si l’Océan entier se déversait sur le monde.

    Les montagnes ensoleillées que j’avais connues avaient disparu et j’eus le temps, en tournoyant dans l’espace, de juger de l’incroyable changement des lieux. La surface de la Terre semblait avoir été remodelée, repeinte, transfigurée, balayée par un architecte insatisfait et refaçonnée par un esprit coléreux.

    Je plongeai finalement dans un bassin aux eaux sombres, encadré par des nuées d’éclaboussures, des volutes de vapeurs fragmentées par la chute.

    À peine remise de mes émotions, je basculais dans un toboggan aux roches grises, des amas de blocs et de galets, de graviers condamnés par les flots à se rompre jusqu’à la disparition. J’étais troublée par ce brassage des pierres emportées par le torrent, ce roulement incessant qui ajoutait au vacarme un fond sonore impressionnant. J’imaginais dans l’éclatement des roches des plages en devenir, des fonds marins épaissis. Rien ne disparaissait finalement. Il ne servait donc à rien de se croire immuable et de s’inventer des peurs. Tout serait un jour brisé, tout serait un jour transformé mais rien ne s’effacerait. L’élan vital avait conçu pour toute la création des cycles infinis, des boucles millénaires.

    J’avais été goutte et vapeur, pluie, neige, eau stagnante, cascade et torrent et je n’avais aucune idée du projet inséré.

    Rien ni personne ne connaissait la suite de sa propre histoire. Y avait-il une histoire personnelle d’ailleurs ? N’était-ce pas une illusion créée par la perception d’un Temps limité ? Ces montagnes titanesques qui se croyaient inébranlables, inattaquables et qui pourtant finissaient inexorablement par céder sous les assauts du vent, des pluies, du gel, du soleil, une érosion inaltérable, patiente et obstinée, indifférente au Temps nécessaire.

    Une montagne inexpugnable ? Revenir voir dans cent mille ans le tas de sable et rire de ses certitudes. Les fonds marins qui se soulèvent, les dorsales qui se cambrent, hérissent des parois, dressent des falaises sous-marines et atteignent finalement les surfaces, crèvent les plafonds des houles, montent, grandissent, s’élèvent si haut, si haut, que les fossiles ébahis finissent un jour par être couverts de neige. Ce grain de sable qui se croyait perdu dans les noirceurs marines et se retrouve baigné par les nuages…

    Rien n’est figé, rien ne disparaît, rien n’est éternel. L’élan vital est la seule force constante et son imagination est incommensurable. Il se joue du Temps, il s’amuse des siècles comme on écoute passer les secondes, il collectionne les millénaires, égrène les époques, enfile les ères comme s’il jouait avec des coquillages.

    Les roches que j’entendais dévaler n’avaient aucune idée de la suite de l’histoire. À quoi bon d’ailleurs ? Nous ne sommes vivants qu’à l’instant de cette pensée. Je vis. Et sitôt prononcé, ce qui a été pensé est mort sans que les pensées à venir ne soient la vie elle-même. Il ne servirait à rien que je regrette cent mille ans d’attente, il ne servirait à rien que j’extrapole sur les cent mille ans en dépôt. Ils seront consommés. Sans que je n’y puisse rien. Sans que je ne sache ce qu’ils feront de moi. Les regrets comme les espoirs ne seraient que des pourrissements d’âmes. Si les montagnes passaient leur temps à pleurer les roches arrachées, si elles passaient leur temps à craindre les saisons comme des outrages, elles en oublieraient de profiter du paysage. Et elles se morfondraient de ne pas s’en être réjouies une fois réduites en plages.

    Nous avons quitté les étendues minérales pour traverser les forêts. Notre hôte puissant débordait d’enthousiasme, son lit défait couvrait de draps épanouis les tapis d’herbes et les racines. Les fûts des arbres baignaient dans les tourbillons limoneux, des boues nourricières s’infiltraient sous les tentacules ancrées dans la terre, comblaient le moindre trou, tapissaient de dépôts fertiles des sols affamés.

    Vagues et remous, sursauts et contournements, éclaboussures et ruissellements, nous avons connu l’euphorie des voyages chaotiques, des basculements imprévus, des détours surprenants, l’attention à l’extrême, comme des saisissements fulgurants, j’ai gardé en mémoire des regards de roches admiratives, nous avions une telle puissance, nous possédions une telle furie.

    Je n’ai jamais oublié pour autant, à aucun instant, l’immobilité du temps passé dans la grotte, la fixité de l’étendue dans laquelle j’avais été mêlée.

    Rien ne m’appartenait. Je n’étais que l’élément d’une masse et il aurait été inconvenant que je m’attribue cette force.

    Je savais que l’avenir me réservait d’autres expériences, je ne me suis jamais glorifiée de mon appartenance à ce flot intraitable.

     

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  • De l'honnêteté...

    Et donc, ce jeune homme a été "honnête."

    Et bien, à sa place, au lieu de prendre le risque de voir cet argent retourner à une famille corrompue, à des truands ou à des nobles, esclavagistes modernes, pour lesquels cette somme ne sera qu'un amusement, j'aurais tout gardé, tout revendu par petits lots, discrètement et j'aurais versé une part à un organisme que j'aurais choisi.

    L'honnêteté n'est pas de s'en remettre à la justice dans ce bas-monde...Elle est de faire ses propres choix.


    Un alpiniste trouve un trésor sur un glacier du Mont-Blanc

    Le 26 septembre à 11h40 | Mis à jour le 26 septembre

    Le glacier des Bossons où a été faite la découverte.
    Le glacier des Bossons où a été faite la découverte. PHOTO/AFP JEAN-PIERRE CLATOT

    Un jeune alpiniste savoyard a découvert pour plusieurs dizaines de milliers d'euros de pierres précieuses sur un glacier du Mont-Blanc, provenant probablement du crash d'un avion indien vieux d'un demi-siècle.

    Les pierres précieuses, des émeraudes, saphirs et rubis, ont été remises à la gendarmerie de Bourg-Saint-Maurice (Savoie) début septembre, selon la même source, confirmant une information du Dauphiné Libéré. Leur valeur a été évaluée entre 130.000 et 246.000 euros par un joaillier local. Le jeune alpiniste, qui souhaite garder l'anonymat, les a découvertes alors qu'il évoluait sur le glacier des Bossons. Il a aperçu une boîte métallique qui gisait sur le glacier.

    A l'intérieur, se trouvaient de petits sachets, dont certains portaient la mention "Made in India", contenant les pierres précieuses. "C'est un jeune homme honnête qui a très vite compris que ça appartenait à quelqu'un qui était mort sur le glacier", a expliqué à l'AFP le chef d'escadron Sylvain Merly, commandant de la compagnie de gendarmerie d'Albertville. "Il aurait pu garder ça pour lui mais a préféré les amener à la gendarmerie", a-t-il ajouté.

    Deux avions indiens se sont écrasés sur le Mont-Blanc en 1950 et 1966. Depuis lors, les alpinistes découvrent régulièrement des morceaux de carlingue, des valises ou même des restes humains. En août 2012, deux jeunes alpinistes de Chamonix avaient ainsi découvert une valise diplomatique indienne, contenant des coupures de journaux, qu'ils avaient symboliquement remise aux autorités indiennes. Dans le cas des pierres précieuses, "si on ne retrouve pas le propriétaire, un article de loi prévoit que ça pourrait revenir au jeune alpiniste", a expliqué le commandant Merly.

    Les pierres ont été mises sous scellés et remises au parquet d'Albertville. Les autorités françaises devraient désormais prendre contact avec les autorités indiennes afin de retrouver le propriétaire ou ses héritiers.

    Le Malabar Princess, un avion d'Air India, s'était écrasé sur le Mont-Blanc le 3 novembre 1950, lors d'une catastrophe aérienne qui avait fait 58 morts. Près de seize ans plus tard, le 24 janvier 1966, le "Kangchenjunga", un Boeing 707 de la compagnie Air India, qui effectuait la liaison Bombay-New York, s'était écrasé au même endroit avec 117 passagers à bord à environ 4.750 mètres d'altitude.

    Aucun passager n'avait survécu à l'accident.

    Le glacier des Bossons charrie régulièrement des débris des catastrophes aériennes survenues au Mont-Blanc. En 1975 déjà, le guide de haute montagne Christian Mollier y avait découvert le train d'atterrissage du Malabar Princess lors d'une course en montagne.

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  • Le Temps

    Si les montagnes passaient leur temps à pleurer les roches arrachées,

    si elles passaient leur temps à craindre les saisons comme des outrages,

    elles en oublieraient de profiter du paysage.

    Et elles se morfondraient de ne pas s’en être réjouies une fois réduites en plages.

     

  • Vertiges de l'esprit.

    Les vertiges, quand ils sont spirituels, évitent à l'existence l'apparition de la nausée.



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  • Quatar

    Tout le monde laisse faire. Les rois du pétrole ont tous les droits.


    Coupe du monde 2022 : des "esclaves" népalais morts au Qatar sur les chantiers

    Le Monde.fr | • Mis à jour le

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    Au moins 44 ouvriers népalais employés sur des chantiers de construction des sites de la Coupe du monde 2022 au Qatar sont morts entre le 4 juin et le 8 août.

    D'après des documents confiés par l'ambassade du Népal à Doha au journal britannique The Guardian, au moins 44 ouvriers népalais employés sur des chantiers de construction des sites de la Coupe du monde 2022 au Qatar sont morts entre le 4 juin et le 8 août. Jeunes pour la plupart, ils ont été victimes d'attaques et insuffisances cardiaques ainsi que d'accidents sur leur lieu de travail. Tous exerçaient dans des conditions d'exploitation qui s'apparentent à de l'esclavage moderne.

    L'émirat affiche la part de travailleurs migrants rapportée à sa population la plus importante au monde. Plus de 90 % de la main-d'œuvre est composée d'immigrés et, d'après le Guardian, "1,5 million d'ouvriers supplémentaires doivent être recrutés pour construire les stades, les routes, les ports et les hôtels nécessaires au bon déroulement du tournoi" de football. Les Népalais comptent pour 40 % d'entre eux et plus de 100 000 se sont rendus au Qatar l'an passé. Ils constituent la main-d'œuvre principalement employée pour l'organisation du Mondial.

    UNE "PRISON À CIEL OUVERT"

    L'enquête du Guardian évoque des éléments qui démontrent une vaste exploitation des ouvriers étrangers, du travail forcé – parfois par 50 °C –, un refus d'accès à l'eau potable – pourtant gratuite – et des violations multiples des normes internationales en matière de droit des travailleurs. Dans des conditions sanitaires alarmantes, certains de ces ouvriers étrangers dorment à douze dans une chambre d'hôtel insalubre, en proie aux maladies.

    Le voyage depuis le plateau himalayen jusqu'aux déserts de la péninsule arabique coûte une fortune aux migrants, obligés de s'endetter pour payer les agences qui prennent en charge leur transfert. Les taux d'intérêt de leurs emprunts sont exorbitants – le journal parle de 36 %. Sur place, ils sont souvent payés avec plusieurs mois de retard et leurs salaires retenus pour les empêcher de fuir. Certains ont vu leurs passeport ou pièces d'identité confisqués. 

    Un jeune ouvrier de 27 ans, Ram Kumar Mahara, raconte au quotidien britannique qu'il a gardé le ventre vide pendant 24 heures, après 12 heures de travail et une nuit entière : "Quand je me suis plaint, mon chef m'a chassé du camp de travail. J'ai dû mendier la nourriture des autres travailleurs parce qu'il refusait de me payer". Le corps d'un jeune garçon de 16 ans a été renvoyé à sa famille seulement six semaines après être arrivé dans l'émirat pour travailler.

    D'après l'ambassadeur népalais à Doha, le Qatar est une "prison à ciel ouvert". Une trentaine d'ouvriers ont trouvé refuge dans la représentation diplomatique.

    Le Comité suprême Qatar 2022, structure chargée de préparer la Coupe du monde, s'est dit "profondément concerné par ces allégations visant certains prestataires et sous-traitants du site de construction de Lusail City et considère la question avec le plus grand sérieux". Les autorités, assure-t-on, ont lancé une enquête.

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  • Super Trash

    Je rappelle que dans notre pays, nous avons un Minis-terre de l'écologie mais il préfère se taire.

    Le 9 octobre prochain sortira en salle le film accablant de Martin Esposito qui révèle une vérité dérangeante, l’état des lieux dramatique du traitement de nos déchets.

    Filmé à ciel ouvert dans une décharge du sud de la France (il y en aurait 2000 du même type sur le territoire), le film tourné pendant 600 jours témoigne d’une triste réalité et nourrit la révolte des spectateurs qui l’ont vu en avant-première. Ex-champion de Windsurf et passionné de photo, le réalisateur s’est installé avec 3 équipes de tournage à la Glacière, une décharge gérée par Véolia, un acteur de l’environnement et de la propreté.

    Durant une soixantaine de minutes, le film a le mérite d’ouvrir le débat sur une situation souvent méconnue. Dans nos décharges se mêlent ainsi des cercueils d’enfants, des tonnes de nourriture encore consommables, des médicaments sortis d’usine et des produits toxiques. « L’enfer » résume Martin qui nous présente l’envers du décor d’une société de la surconsommation et du gaspillage. Masque au visage et caméra au poing, il témoigne de cette folie humaine en espérant qu’une prise de conscience émerge.

    Martin nous explique les raisons du tournage de son film.

    Lorsque j’ai vu le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, j’ai eu un déclic… Un choc… Une évidence… Il me fallait faire un tour du monde des décharges à ciel ouvert, un constat mondial sur la pollution liée à la surconsommation, à la surproduction et aux problèmes de recyclage…

    Pour moi les pollueurs étaient les gros pays comme la Chine et les États-Unis… Et ça me rassurait de le croire. J’ai toujours cru que tout allait bien ici, en France. Je pensais qu’on était dans un pays sans gros problèmes écologiques. Je pensais que je pouvais faire confiance.

    J’ai commencé à filmer dans une décharge sur la Côte d’Azur, à deux kilomètres de chez mes grands-parents. Je croyais n’y consacrer qu’une semaine de tournage et enchaîner avec mon tour du monde.

    Mais très vite j’ai vu que la folie humaine était aussi présente chez moi, en France. J’ai vu les rivières empoisonnées par ce jus de décharge dont je ne connaissais pas encore le nom : le lixiviat. Alors, jour après jour, pendant deux ans, j’ai filmé ce trou immense qui peu à peu s’est transformé en montagne de millions de tonnes de déchets. Révolté, j’assistais à un drame environnemental et écologique.

    Ma mission est de témoigner, là où j’ai grandi,dans ma région, dans mon pays, dans l’endroit que je pensais connaître mieux que personne.

    Et de terminer par un message d’espoir :

    Je crois qu’il n’est pas encore trop tard. Nous pouvons encore arrêter ce désastre. On doit agir. On doit se remettre en question, revoir toute la chaîne de production et de consommation… du début à la fin. C’est mon devoir de montrer, c’est notre devoir à tous de témoigner, pour agir ensemble afin que les choses changent, avant qu’elles ne nous tuent.

    Le film réalisé de manière entièrement indépendante a lancé un projet de financement participatif pour lui permettre de se faire connaître et lance le débat sur la gestion de nos déchets. Soutenu par de nombreuses associations, Martin Esposito espère collecter 30 000 euros pour lui donner de la visibilité en achetant des espaces publicitaires et en organisant des campagnes évènementielles.

    >> Accès à l’appel à soutien

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  • Goutte d'eau (4)

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    L’immobilité du lieu coula en moi. C’était un comble tout de même que quelque chose puisse couler dans une goutte. Je restais ainsi, concentrée sur l’image de cette Sagesse créatrice et je m’aperçus, en sortant subrepticement de mes pensées, que toute colère avait disparu…

    Serions-nous donc tous des Grands Sages ?

    La Sagesse créatrice de la vie. Tout ce qui vit porterait donc en son sein une Sagesse immuable ? Non pas l’entité matérielle mais l’Esprit enfoui dans les molécules.  Il ne s’agissait pas de chercher à devenir sage mais de comprendre que nous l’étions déjà et qu’il convenait simplement de ne pas enterrer le trésor sous des tourments inventés. La Sagesse en nous, dès l’origine. Stupéfaction.

    J’avais cherché pendant cent mille ans à obtenir les conditions favorables à une quête existentielle et je m’étais donc empêchée de jouir déjà de la Sagesse en moi. Et par cette démarche entêtée, je n’avais rien vu de ce dont je disposais à priori et la frustration avait renforcé inéluctablement le désastre, je m’étais éloignée, toute seule, du point d’équilibre.

    Consternation.

    J’étais la victime consentante de mon erreur de jugement, j’étais le bourreau, sa proie, le juge, le geôlier et l’intellectuel qui raconte le calvaire. Et je me glorifiais de mes efforts.

    « Observe celui qui observe » avait-elle dit.

    L’immobilité était propice à cette introspection et c’est là que j’ai réalisé que le sort que je maudissais s’était en fait montré particulièrement perspicace.

    Ma découverte du monde nourrissait une euphorie hallucinogène, j’en réclamais toujours davantage, je sautais d’expérience en expérience, juste animée par un feu insatiable, hypnotisée par les flammes, obsédée par l’obligation de jeter sans cesse de nouveaux combustibles, jusqu’à en tuer la moindre contemplation des horizons intérieurs. Combien de fois déjà j’avais envisagé d’autres expériences alors que je n’avais pas encore fini de vivre l’instant ?

    J’avais vécu dans l’urgence.

    La vie s’était chargée de me rappeler à l’ordre.

    « Arrête tout et observe l’observateur des expériences. »

    Le message était clair.

    Je bénissais la vigilance de la vie. Cette lucidité que j’avais étouffée dans des espoirs insoumis de conquêtes renouvelées, comme des possessions qui m’auraient enrichie alors que je m’appauvrissais.

    J’ai regardé à l’intérieur de la goutte, jusqu’à en oublier la goutte, jusqu’à laisser s’éteindre la flamme des regards, comme un feu qui s’étiole, sans aucune émotion, sans aucune attente. Immobilité intérieure.

    Sans que rien ne l’annonce, des milliers de mots se sont inscrits, des milliers de vies inconnues, des milliers de perceptions dont je n’avais alors même pas envisagé l’existence. Séquoias, libellules, volubilis, zèbres, dytiques, acacias, otocyons, jacinthes, notonectes, nandous, j’ai senti dans mes atomes les métamorphoses du têtard, l’effacement de la chenille et l’élaboration du papillon, j’ai senti autour de moi le maillage du cocon. J’étais en métamorphose.

    Je me suis évaporée. Intérieurement. Une enveloppe évanouie, effacée, toute identification suspendue dans l’absence et c’est là que j’ai senti la Sagesse, elle était là, pétillante, réjouie, bondissante comme un cœur d’enfant puis tout s’est accéléré. Toutes les vies en moi, toutes les âmes unifiées, une cascade tonitruante, j’ai perçu au cœur de mes atomes la Sagesse de l’herbe, l’endurance du loup, le calme de la grenouille, j’ai vu les vies courir en moi, j’ai vu toute la Sagesse du Monde, j’ai entendu battre les cœurs.

    Une explosion, une déflagration dans chaque fibre, dans chaque molécule, une lumière brûlante, des vents solaires investissant l’enceinte brisée, une dispersion des particules, embrasée par un courant électrique, des éclairs incessants dans un silence d’univers, j’ai couru avec les troupeaux de zèbres et les antilopes, j’ai ressenti le grondement puissant des sabots sur le sol, la montée de la sève dans les bourgeons affamés, j’ai grandi avec les lierres, j’ai cavalé avec les insectes dans les jungles des sous-bois, j’ai volé avec les papillons amoureux, j’ai chanté avec les vents d’altitude, navigué au cœur des grands courants marins, coulé dans les fleuves au milieu des limons, survolé les sommets poudrés de glace, j’ai descendu lentement au cœur des glaciers, icebergs dérivant dans les mers polaires, j’ai imité le silence des pierres, glissé sur une fougère dans un corps d’escargot et j’étais la fougère, amibe insérée dans un conglomérat visqueux, j’étais le parfum des fleurs, des milliers de parfums comme des tourbillons enivrants, j’ai compté en un milliardième de secondes les flocons qui tombaient sur le monde.

    Mais je n’étais rien. Sans que cela ne vienne troubler l’observateur puisque plus rien de figé ne risquait de disparaître, j’étais la vie, j’étais la Sagesse de la création.

    Et donc, je n’étais rien.

    C’est là que l’impensable devenait douloureux et que l’agitation prenait sa source. Il était insupportable de n’être rien, rien qu’un support à la Sagesse et de devoir s’en contenter.

    L’agitation étouffait le drame, l’agitation donnait une contenance mais à vouloir emplir un récipient sans parois, on se condamne à l’épuisement.

    Tout allait trop vite, trop de révélations, j’eus peur soudainement de perdre le fil de ces pensées qui m’emplissaient, peur de manquer l’essentiel, peur de m’égarer. Et la peur couvrit de son voile les révélations à naître.

    Je devais me reprendre.

    Non, pas me reprendre. Laisser la vie me guider, la Sagesse en moi tenait les rênes, je n’étais pas le cocher. L’humilité. Voilà, c’était ça la solution. La peur n’existait que dans l’idée d’une destination inconnue. Mais la Sagesse de la vie ne pouvait ignorer l’horizon.

    « Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. »

     

    J’ai tout accepté dès lors. Tout. Les noirceurs, l’immobilité, l’absence d’horizon, l’absence absolue de toute éventualité, du moindre projet, de la moindre attente. Je n’ai entendu de ma vie que la Sagesse créatrice en moi. Je n’étais qu’une expérience mais je pouvais m’en réjouir à chaque instant car j’avais l’immense honneur d’avoir été conçue.

    Je suis restée contre la pierre froide et lisse et j’ai aimé ce support. J’ai écouté contre sa peau murmurer le cœur de la planète. Puisque la Sagesse de la vie considérait que mon parcours se devait d’être suspendu dans un gouffre, j’ai appris à recevoir cet instant figé comme une avancée et non comme une sentence. Cette vitesse que j’avais adorée n’était qu’un jeu et il ne s’agissait pas de lui octroyer une importance inconsidérée. La hiérarchie des bonheurs contient en elle-même les déceptions car je ne visais plus que le haut de l’échelle et je me désespérais toute seule.

    Combien de Temps suis-je restée là ? Le Temps…Cette perception de la vie n’avait encore aucune réalité. Je le comprenais maintenant. S’interroger sur le Temps générait irrémédiablement une projection sur un passé inexistant et un avenir illusoire. Au détriment de tout puisque l’instant contenait l’essence. Je ne pouvais pas être ailleurs que maintenant.

    Cent mille ans à me morfondre et à espérer parce que je comptais le Temps. Une abomination. Je n’avais rien compris. Rien. Et je me demandais désormais pour quelles raisons les Grands Sages m’avaient lancée dans ce voyage. Qu’avaient-ils donc perçu en moi qui puisse les convaincre ? Je n’avais rien réalisé, rien compris et je ne vivais que dans cette volonté folle de m’élever, d’être reconnue, d’être une Élue. Mais d’où venait ce terme d’ailleurs ? N’était-ce pas finalement une pure invention façonnée par des messages falsifiés ?

    Des Élus ? Nous l’étions tous et toutes étant donné que la Sagesse de la vie nous avait conçus. Il n’existait aucune différence fondamentale. Seule, l’attention maintenue ou l’indifférence portée à cette certitude créaient des différences. Nous en étions responsables. Nous avions un choix à faire.

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  • Les 13 Grands-Mères Indigènes

    Le conseil des 13 grands mères indigènes : une clé pour le monde d’aujourd’hui !

    Classé dans : feminilune — 16 janvier, 2013 @ 11:48

    Le conseil des 13 grands mères indigènes : une clé pour le monde d'aujourd'hui ! dans feminilune Les Treize Grands Mères indigènes conseillent le monde.  Rencontre avec Sophia Clémenceau thérapeute et channel qui propose des cercles de femmes en connexion avec le conseil international des  13 Grands Mères, et traductrice du livre . Très préoccupées par la destruction sans précédent de la Mère Terre, et des nombreux fléaux de la culture dominante matérialiste, qui menacent la santé des peuples de la terre et les cultures indigènes, elles proposent une sagesse apportant des solutions.

     

    « Selon une ancienne tradition hopi, « Quand les Grands mères venues des quatre points cardinaux parleront, alors commencera une nouvelle ère ». Ce Conseil International des Treize Grands Mères Indigènes, dont parlent les prophéties s’est formé à la suite du 11 Septembre. La situation du monde semble si critique qu’une réponse globale s’est révélée nécessaire. Ces Grands-Mères, véritables légendes vivantes de leurs peuples, représentent leurs tribus venant du cercle polaire arctique, de l’Amérique du Nord, de l’Amérique Centrale et du Sud et d’Afrique du Tibet et du Népal. Leur diversité symbolise le fait que quelles que soient nos différences, ont peut œuvrer en une seule voie. La guérison est possible. En qualité de femmes de sagesse, curanderas, chamanes et guérisseuses de leur tribu, elles apportent de nouvelles visions.

    «  Chez les anciens, il est dit que ce sont les femmes qui vont porter le réveil de conscience, et qu’elles sont invitées à se rassembler. Les messages qu’elles nous adressent sont inspirants et précis. La prophétie des Grands Mères dit aussi que nous devons réapprendre à nous aimer les uns, les autres, et à soutenir la vie dans tous ses aspects. Elles évoquent des 4 fondements de vie qui sont à préserver, l’air, la terre, le feu, et l’air. Chacun étant impliqué dans le processus de la naissance, à savoir l’eau de la matrice, l’air de notre premier souffle, notre feu intérieur, et la terre, qui soutient nos premiers pas. Selon ses principes, maltraiter ainsi la terre, revient à nous maltraiter nous même. Et il semblerait qu’un processus de destruction s’accélère. Les Treize Grands Mères insistent sur l’importance des cérémonies, qui sont considérées comme un facteur très important au maintien des liens sacrés entre le peuple et la terre. « C’est de la compréhension de ce lien d’où résulte gratitude et respect » dit Wilma Mankiller.

    Pour Sa Sainteté Sai Maa Lakshmi Devi : « La guérison personnelle est le premier pas vers la guérison du monde ». La Grand-mère yupik Rita Pitka Blumenstein explique, » qu’avec chaque nouvelle expérience, nous avons le pouvoir de nous redéfinir, donc quelles que soient nos erreurs du passé, nous pouvons toujours changer. Le passé n’est pas un fardeau, c’est un échafaudage qui nous a amené jusqu’à ce jour. Par cette compréhension nous sommes libres d’être qui nous sommes. Quand nous nous guérissons nous-même, nous guérissons nos ancêtres, et nos enfants. Nous guérissons aussi la Mère Terre. Grand-mère Clara Shinobu Iura sent que la clé du changement est d’apprendre à croire en soi-même. Nous devrions ne pas permettre à la négativité de nous dominer dans la vie quotidienne.

    « Grand-mère Maria Alice Campos Freire d’Amazonie a recueilli les confirmations des prophéties qu’elle a entendu de ses aînées depuis son enfance selon laquelle, ce sont les femmes qui dirigeront cet ultime temps de transmutation. Et nous y voilà ! »

    Catherine Maillard.

    (article extrait du magazine génération Tao. Voyage au coeur du féminin

     

    En pratique

    A lire : Les 13 Grands-Mères indigènes conseillent le monde. Carol Schaefer. Ed Véga.

    site : www.grandmotherscouncil.org

    Table ronde : les sagesses ancestrales. Festival du féminin. www.generation-tao.com

    Sophia clémenceau. site : www.spirituel.com

     

     

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