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  • L'arrière boutique.

    Note de lecture

    Titre :

     

    Avis général sur le texte : Une vie brisée, un regard acide sur la société, une errance de plus en plus grande, des tentatives d’intégration avortées, des amitiés perdues, des amours gâchés, la destruction entretenue par des drogues de plus en plus dures, une désespérance associés aux mensonges de famille, au rejet parental, aux silences, aux non-dits, aux secrets les plus lourds…Le néant effroyable d’une vie.

     

     

    Dans le tableau ci-dessous, points positifs / points négatifs :

     

    +

    Une puissance indéniable dans le récit, froid, dur, violent, une désespérance progressive, une fin inéluctable, les relations humaines, les silences, les mensonges, les secrets familiaux.

    Les phrases surlignées en jaune doivent absolument être reprises. Il est inutile de vouloir faire de grandes tirades dans ce registre littéraire, le décalage avec l’histoire brise parfois le rythme mais rien de rédhibitoire.

    Une narration cinématographique, des réflexions parfaitement imbriquées dans le scénario, des pensées redoutables, destructrices.

    Il manque des virgules dans les phrases de type : Comp CIR+ GS+V+COD. Le Comp CIR DOIT être isolé par une virgule.

    La dégradation humaine, nourrie par des règles sociales qui conduisent les êtres au désenchantement, à la haine, au rejet, à l’errance. Une noirceur effroyable…

    Un titre qui ne parle pas, trop neutre au regard de la noirceur de l’histoire. « Inéluctable » conviendrait mieux, par exemple.

    Notation (de 0 à 5)

    Ecriture (niveau de langue) :

     

    Orthographe : 4

     

    Intérêt de l’histoire : 5

     

    Personnages : 5

     

    Qualité de l’intrigue : 5

     

     

    Conclusion :

    (en quelques lignes, avec avis de publication ou pas)

     

     Une qualité narrative indéniable : les sentiments, le mal être, la routine, la lassitude, les ruptures familiales, sociales, une société qui broie, humilie…Une capacité à maintenir une tension parfois insoutenable, la certitude des drames à venir, des flash back très bien construits, des révélations qui surgissent et éclairent le lecteur. Les relations père-fils, patron-ouvrier, mère-fils, les amitiés, les amours brisés…Rien ne peut sauver ces individus…Des scènes extraordinairement bien racontées (la mort de Pierre), des phrases couperets, tristes à pleurer, des violences ravalées qui nourriront les actes futurs, toujours plus loin dans les noirceurs, des flics violeurs qui finissent séropositifs et qui se flinguent…Une alternance magnifique entre les situations et les conclusions qui s’imposent, inéluctables. C’est le plus effrayant dans ce récit : tout devient inéluctable. Jusqu’au suicide…Finalement dans cette histoire, aucune vie ne vaut la peine d’être vécue, tant la peine qu’elle impose est destructrice…Terrifiant.

    Avis très positif.

     


    Voilà un exemple des fiches de lecture que j’écris pour mon éditeur.

     

    Une réflexion qui s’impose.

    J’ai eu la chance d’être directement contacté par Numeriklivres pour la publication de « À cœur ouvert ». Je sais pourtant que beaucoup d’auteurs se tournent vers l’édition numérique par dépit, que les refus des maisons classiques s’entassent sur leur bureau.

    S’il en est de même pour ce roman, comment expliquer les refus ? Rien ne peut les justifier. C’est remarquablement bien écrit, même si quelques passages méritent d’être encore travaillés. Alors, quel est le problème ?

    C’est très simple : cet auteur est inconnu. Comme moi et les milliers d’autres en France qui ne parviennent pas à décrocher le Graal. Un éditeur parisien me l’a dit un jour : « Vous écrivez très bien mais vous avez un gros défaut. Vous ne vivez pas à Paris et personne ne vous connaît. » Ça avait le mérite d’être clair.  

    Il n’est qu’à voir le lynchage en direct orchestré par l’équipe de Ruquier envers une auteur qui a été publiée après un beau parcours sur un site littéraire. Une petite maison d’édition, aucun contact médiatique, aucun « sponsor people », les chroniqueurs s’en sont donnés à cœur joie. Eux, ils savent, eux, ils jugent, ils sont les maîtres à penser, ils détiennent le pouvoir…

     

    Il reste donc l’édition numérique. Mais l’image qui lui est associée est celle d’une arrière boutique, des recoins sombres et malodorants, des produits délaissés qui tentent de survivre… C’est consternant mais très bien entretenu par les maisons classiques qui ne veulent pas lâcher l’os qu’elles rognent depuis des décennies. « Vous êtes publiés en numérique ? Bon, alors, c’est que ça ne vaut rien. »

     

    Il semblerait donc que je ne sache pas écrire. Les médias que j’ai contactés ne répondent même pas. Pour eux, je ne suis pas un auteur digne de ce nom. Et puis de toute façon, pourquoi iraient-elles s’intéresser à un auteur inconnu ? Qu’est-ce que ça pourrait leur rapporter ? Et des romans à visées philosophiques en plus ! N’importe quoi…Le roman que je viens de lire par exemple ne les intéressera pas : « Une vision cauchemardesque de la société ? Non, mais vous n’allez pas bien, mon bon monsieur, c’est invendable ! »

     

    La réussite, la voilà :

    « Cinq nuances de Grey », meilleures ventes sur Fnac, Amazon et autres.

    Résumé :

    Romantique, libérateur et totalement addictif, ce roman vous obsédera, vous possédera et vous marquera à jamais.
     
    Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier, jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête. 

    Naïve et innocente, Ana ne se reconnait pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble. 

    Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets? 

     

    Consternant…

     

    Alors qu’en est-il pour ces quelques auteurs qui parviennent à entrer malgré tout dans des petites structures classiques, qui tiennent dans leurs mains leur ouvrage en papier. Et bien, ils les vendent à leur famille, à leurs amis, ils vont dans des salons et tentent d’intéresser une dizaine de lecteurs. Deux paramètres rédhibitoires : Personne ne les connaît et un roman-papier, ça coûte cher. Peu de gens sont prêts à payer quinze euros un auteur inconnu. Au moins, quand ils achètent du Lévy ou du Musso ou n’importe qui d’autre dont ils entendu parler à la télé, qui ont eu un article dans le Figaro ou autres boîtes soudoyées, ils sont rassurés…Ils entretiennent bien entendu l’abattoir littéraire, ils n’entendront jamais parler de tous les auteurs mort-nés. C’est de la cul-ture. Nabila sait se vendre, elle, et sa petite entreprise rapporte gros. Denisot qui l’invite au Grand Journal…On s’enfonce dans la fange…

    Donc, il me reste à virer transsexuel, à me faire greffer deux lolos ou bien à enlever mes élèves, à éviscérer mon Inspecteur, enfin, à tenter par tous les moyens de passer dans la lucarne.

     

    Revenons au numérique.

     

    Le prix des romans est abordable comparé au livre papier mais soit les lecteurs ne sont pas prêts à franchir le pas technologique, soit ils ne connaissent pas l’auteur. Retour à la case départ.

    Qui a acheté mon roman ces derniers jours ? Les gens qui ont lu mon blog ? Les gens qui me connaissent un peu ? (vu que je ne vois absolument personne, ça limite grandement…)

    Je ne passe pas dans le Figaro magazine, Denisot n’a jamais entendu parler de moi, je ne gonflerai pas l’audimat. Fin de l’histoire.

    Si je regarde sur Amazon, les livres numérisés existent déjà en papier. Dans ce sens-là, l’exploitation commerciale est possible et le transfert technologique intéresse les éditeurs. S’il ne s’agit que d’un roman numérisé, c’est comme s’il n’existait pas. Il faut rester lucide…

     

    Y a-t-il une solution ?

    Oui.

    Elle passe par les lecteurs. C’est à eux de sortir des sentiers balisés, des tranchées dirais-je…C’est à eux d’entrer en résistance au lieu de collaborer aveuglément. Le même phénomène existe avec la télévision ou la musique.

    Peut-on l’envisager, y a-t-il un espoir ?

     

    Ou alors, si je ne sais pas écrire, qu’ils me le disent et qu’on en finisse. J'écrirai juste pour moi. J'aime bien ce que j'écris. C'est déjà pas mal. Il m'aura fallu vingt ans pour y parvenir. 

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  • Les lecteurs ne comptent pas

    C'est très symptomatique d'un mal profond.

    Les médias décident de ce qui est bon ou pas, une nomenklatura "intellectuelle", le parisianisme dans toute sa "splendeur".

    Et je sais de quoi je parle vu qu'un éditeur m'avait répondu que je savais écrire mais que j'avais un défaut rédhibitoire.  Je n'étais pas Parisien et je ne connaissais personne de connu.

    Consternant.

    Il ne reste plus qu'à vous, lecteurs et lectrices, de faire savoir ce que vous pensez et pas ce qu'on aimerait que vous pensiez.


    Article
    19 juin 2013

    « On n’est pas couché » invite Agnès Martin-Lugand : que de mépris !

    Agnès Martin-Lugand est maintenant plus célèbre pour son aventure littéraire que pour sa littérature : elle dépose son ouvrage sur le net en Décembre 2012, se retrouve trois mois plus tard en tête du hit parade du numérique d’Amazon avec plus de 8500 exemplaires vendus.

    Elle est alors contactée par Michel Lafon qui décide de l’éditer, en respectant ses exigences. Les ventes démarrent. L’aventure est close et l’auteure est heureuse. Lui restera à prouver si elle est une vraie écrivain dans le temps ou tout du moins une écrivain honnête, ce qui est une autre histoire, la sienne. Mais on a envie de bien l’aimer quand à la question : quand devient on un auteur ?  Elle répond « quand on a un lecteur ». Car c’est la vraie question.

     

    Ce conte moderne ou la fée bienfaitrice s’appelle internet, est symboliquement un signal fort sur la révolution de l’édition.  Il ne faut pas s’y tromper : le vrai débat est sur le dysfonctionnement des Maisons d’édition et leurs incapacités à révéler et surfer dignement (mais aussi commercialement) sur ce qui plait aux lecteurs. Il n’est pas question ici de parler de qualité (elles en sont capables). Mais nous le savons bien : elles sont toutes prêtes à plonger pour « Cinquante nuances de gris » ou pire si cela peut les sauver. Demain quel sera le vrai circuit pour se faire éditer quand on est inconnu (et qu’on a peut être du talent) ?

     

    La télévision est sensée porter ces messages modernes et nous aider à comprendre l’aventure d’Agnès Martin-Lugand à travers son autopromotion accélérée sur les réseaux sociaux, nous faire comprendre en quoi elle est annonciatrice d’une nouvelle révolution de l’édition: le pouvoir est aussi à ceux qui lisent, pas seulement à ceux qui décident ce que l'on va lire. .

    Agnès Martin-Lugand accède à la célébrité paradoxalement mieux que les journalistes qui l’interrogent et qui bénéficient eux de réseaux d’influence. Les temps changent.

     

    Nous assistons à une descente en règle de notre écrivain à l’émission de Ruquier, expliquant que ce n’était pas du Proust (Marcel est donc le référent de ce que l’on doit sortir, c’est nouveau), que c’était un roman de gare (on ne peut donc plus lire dans les trains), qu’elle était psychologue et que c’était d’autant plus décevant (nos anciens métiers font de nous des bons ou mauvais écrivains). .. Et les journalistes de lire sur des tons grotesques la prose de notre invitée (Même Rimbaud n’y aurait pas résisté)…

     

    Mais la palme de l’incompréhension revient à  Aymeric Caron qui déclare : « ...puisque le livre est mauvais, il n’a pas trouvé d’éditeurs ». Cela est grave, car (outre les milliers de livres édités de qualité désastreuses) cela témoigne de l’incompréhension de ce qui est entrain de se produire sur le marché du livre. Cette auteure a trouvé un éditeur malgré l’archaïsme des éditeurs (sauf un) par la seule magie de la rencontre d’un auteur et de ses lecteurs. Ces lecteurs ne se sont pas demandés s’ils lisaient du Proust, et s’ils avaient le droit de lire dans le train, et si l’auteure était une bonne psy. Cela signifie que pour une partie de la nomenklatura journalistique, le lecteur compte pour du beurre. Pas étonnant qu’on lise de moins en moins…

    Christophe lucius

    http://www.monbestseller.com/actualites-litt%C3%A9raire/1110-on-nest-pas-couche-invite-agnes-martin-lugand-que-de-mepris

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  • La mer gelée en nous...

    Le 3 juin 1924 disparaissait à Prague Franz KAFKA, un des plus grands écrivains de langue allemande du XXème siècle.

    "Nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu'un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide - un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous."
    (Lettre à Oskar Pollak, 27 janvier 1913)
    Photo : Le 3 juin 1924 disparaissait à Prague Franz KAFKA, un des plus grands écrivains de langue allemande du XXème siècle.
 
"Nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu'un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide - un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous."
(Lettre à Oskar Pollak, 27 janvier 1913)

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  • La peur d'avoir peur.

    La peur est juste un manque d'entraînement. 
    C'est flagrant chez les enfants.
    Si on les entraîne à observer en eux, non pas la peur mais celui qui a peur, les effets de cette peur ne sont plus paralysants mais euphorisants. Les adultes qui sont toujours dans des peurs invalidantes sont à mon sens des individus qui ont toujours fui la peur comme un ennemi ou à qui toutes situations engendrant des peurs ont été bannies. Finalement, ils ont atteint l'âge adulte en ayant peur d'avoir peur. Le mal est ancré.

    La peur de la mort, la peur du vide, la peur de l'eau, la peur de ne pas être aimé...Je parle de peurs "irraisonnées" ou qui en tout cas n'ont aucune cause ancienne, aucun traumatisme profond...Celui qui a manqué de se noyer, on peut facilement comprendre par exemple. Mais le travail reste possible malgré tout. Je rencontre des enfants qui ont "des peurs sans source", par exemple, celle de plonger dans la piscine alors qu'ils savent nager ou de rater une évaluation alors qu'ils effectuent parfaitement les exercices préparatoires... De quoi ont-ils peur ? De l'inconnu souvent, de conséquences qu'ils imaginent, une pression qu'ils s'imposent, des errances intérieures. Leur imagination fait le reste. C'est là qu'il faut leur apprendre à observer en eux. Sinon, au fil du temps, les peurs se seront accumulées, elles auront tracé des sillons émotionnels, l'individu fera tout son possible pour ne jamais y retomber. Il aura peur de ses peurs. Un empoisonnement. Il n'en mourra pas mais il en souffrira et il finira par avoir peur de souffrir encore davantage...

  • La Marseillaise

    La Marseillaise obligatoire à l’école : une escroquerie

    Bernard Girard
    Enseignant en collège
    Publié le 09/12/2012 à 17h04

    Le projet de loi de programmation sur l’école dévoilé ces derniers jours se signale surtout par le flou des principes affichés, remettant à plus tard les choix décisifs.

    Il est néanmoins un domaine où le ministre de l’Education nationale n’a pas attendu les futures circulaires pour imposer ses options personnelles, en accordant une place démesurée, dans la formation des élèves, à la symbolique nationale, renforçant la sollicitude dont elle fait l’objet ces dernières années.

    Pour l’éducation civique, la loi entend privilégier les symboles et les valeurs

    La mission attribuée à l’école primaire, dans son article 26, est ainsi définie :

    « [L’école] assure conjointement avec la famille l’éducation morale et civique qui comprend obligatoirement, pour permettre l’exercice de la citoyenneté, l’apprentissage des valeurs et symboles de la République, de l’hymne national et de son histoire. »

    Sous la figure tutélaire de Déroulède, Peillon revendique l’héritage de ses proches prédécesseurs, Darcos, avec l’instruction civique et morale, et Chatel, l’instigateur des inénarrables leçons de morale à destination des écoliers.

    Il confirme au passage qu’on a tout à craindre de la future morale laïque dont il avait d’ailleurs annoncé la couleur, avec des accents qui sentent la blouse grise et les bataillons scolaires : « Nous devons aimer notre patrie […] Apprendre notre hymne national me semble une chose évidente. » (Journal du dmanche du 1er septembre)

    L’emploi de ce possessif – « notre » patrie, « notre » hymne – comme « chose évidente » montre au passage le peu de cas que fait le ministre de la liberté de conscience, celle des élèves, des familles, des enseignants et de l’exercice de l’esprit critique quand il s’agit d’un concept – la nation – qui pourtant ne va pourtant pas de soi et se révèle d’ailleurs à l’usage tellement brumeux et inconstant que ses thuriféraires se sentent tenus de le protéger par la force.

    Depuis 2003 en effet, la mise en cause des symboles nationaux est érigée en « outrage » et passible de six mois de prison et de 7 500 euros d’amende. Avec ce qui ressemble à un délit de blasphème, la République, si fière de sa laïcité, n’a guère de leçons à faire aux Musulmans blessés par les caricatures de Mahomet …

    Devenir français, est-ce bien nécessaire ?

    Si c’est une des justifications de l’école que d’intégrer un enfant à un groupe, à une collectivité, on ne voit pas pourquoi cette intégration devrait s’accomplir, se limiter, trouver son achèvement dans le cadre étroitement borné et jamais défini d’une nation qui n’est jamais qu’un pointillé sur une carte et construction intellectuelle arbitraire.

    Lorsqu’un enfant sort du ventre de sa mère, il est garçon ou fille et c’est déjà bien, pourquoi voudrait-on absolument qu’il devienne un « Français », plutôt que, tout bêtement, un homme ou une femme ?

    On voit très bien que si l’école joue parfaitement son rôle lorsqu’elle travaille à intégrer des enfants à un groupe, une classe, un établissement, lorsqu’elle favorise l’entraide, la coopération entre les élèves – préoccupations que, d’ailleurs, elle ignore le plus souvent – au-delà, elle investit le champ de la conscience individuelle, du libre-choix personnel, domaines sur lesquels son intervention n’est plus légitime.

    A-t-on encore le droit de considérer que les nations et leurs symboles n’ont jamais apporté rien d’autre aux siècles passés, et au nôtre encore, que des peurs, des haines, des guerres et de ruineux budgets militaires ? A l’école, manifestement, le libre-arbitre n’est pas le bienvenu.

    La Marseillaise comme cache-misère

    Naïve, cette obsession française pour les symboles nationaux et leur enseignement l’est certainement, comme s’il suffisait de faire s’époumoner des enfants sur le sang impur qui abreuve les sillons, pour former des citoyens.

    Naïve certes, mais pas seulement, car l’apprentissage règlementaire de la Marseillaise obéit à une autre préoccupation peu avouable pour un responsable politique mais non moins évidente : mettre l’accent, à l’école, sur le côté formel des symboles de la République permet d’éviter tout questionnement, plus hasardeux, sur la justice sociale, un concept sur lequel la République n’est probablement pas irréprochable.

    Pas davantage qu’elle ne l’est sur le caractère démocratique de ses institutions ou sur son respect des droits de l’homme, en dépit de l’étiquette de « patrie des droits de l’homme » qu’elle s’est abusivement attribuée.

    Un abus de langage qui renvoie à la sempiternelle confusion entre nation, république, démocratie, trois notions qui ne se recoupent pas. L’attachement aux symboles de la République plutôt qu’à l’exercice effectif de ses principes : quelle signification peut avoir la devise républicaine – « liberté, égalité, fraternité » – aux yeux des enfants roms brutalement jetés à la rue la veille de la rentrée, leurs jouets, leur cartable éparpillés sur le trottoir ?

    La Marseillaise permet également d’occulter que l’école reste l’un des plus redoutables outils de reproduction des inégalités, ce dont tous les gouvernements de droite comme de gauche s’accommodent. La Marseillaise est une escroquerie.

    Un ministre hérité de la IIIe République

    Il était un temps où la Marseillaise à l’école se faisait discrète. On ne s’en portait pas plus mal. C’est au milieu des années 80, avec les programmes officiels de 1985, rédigés sous la houlette du ministre de l’Education nationale de l’époque (un certain Chevènement) qu’elle a retrouvé son aura et son pouvoir de nuisance.

    Presque trente ans plus tard, le paysage politique et intellectuel de la France a beaucoup changé : la xénophobie et le racisme s’expriment librement, la peur de l’étranger est un sentiment largement répandu, l’égoïsme national gangrène l’action politique et l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite fait désormais partie du possible.

    Et la Marseillaise, en créant de toutes pièces des réflexes identitaires dans les consciences enfantines, en favorisant le développement de représentations mentales erronées et potentiellement nocives, ne serait pour rien dans cet état de fait ?

    Les prochains programmes scolaires sont en cours de rédaction : ce que l’on sait déjà des intentions officielles en matière de civisme, avec un ministre dont les références idéologiques semblent incurablement calées sur la IIIe république, laisse dubitatif sur les proclamations affichées de rénovation du système éducatif.

    http://blogs.rue89.com/journal.histoire/2012/12/09/la-marseillaise-obligatoire-lecole-une-escroquerie-229148

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  • Plainte

    Menace de plainte contre moi de la part d'un parent d'élève parce que j'ai appris aux élèves de ma classe la Marseillaise remaniée de Graeme Allwright. "C'est une position politique anti patriotique inacceptable, une honte pour la France"...

    On n'est pas près de sortir des conditionnements...

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  • La beauté

    Magazine | Air du temps

    La force mystérieuse de la beauté

    L’éclat d’un rayon de soleil, la fougue d’un tableau, la douceur d’une chanson, le profil d’un passant : qui n’a jamais ressenti la magie de l’émotion esthétique ? Un instant suspendu, une évidence inexplicable, un sentiment de transcendance… Dans "Quand la beauté nous sauve", le philosophe Charles Pépin montre comment ces expériences peuvent transformer notre rapport au monde. Interview.
    Qu’a donc l’expérience esthétique de si extraordinaire ?
    Sa première force est d’être le jaillissement soudain d’une présence d’absolu au milieu du quotidien. A partir d’éléments ordinaires – que ce soit un crépuscule, quelques mots simples ou la peinture d’un homme dans une piscine –, elle déclenche en nous une émotion profonde, qui a le pouvoir de nous arracher quelques instants au flot de nos pensées et de nos activités. De l’harmonie extérieure naît une harmonie intérieure, qui intensifie notre présence au monde. Face au poids des représentations sociales, d’un travail peu épanouissant ou de la tyrannie des choses à faire, elle est une lumière, la preuve d’une échappatoire.

    S’invite-t-elle dans nos vies par hasard ?
    L’émotion esthétique est une rencontre, par définition non prévisible. Pour faire effet, elle doit nous cueillir à l’improviste. Il faut donc accepter de se laisser surprendre, tout en se mettant en capacité de l’accueillir. A partir de là, chacun va vivre des moments de beauté importants pour lui, qui lui apporteront comme par miracle l’apaisement ou l’enrichissement dont il a besoin.

    Par exemple ?
    La première fois que j’ai entendu David Bowie, adolescent, ç’a été un choc. J’avais l’impression qu’il me disait la vérité sur la vie, sans savoir de quelle vérité il s’agissait. Comme si la complexité de sa voix, sa sensibilité et son intelligence, était une invitation directe à accueillir la mienne. Le beau n’est pas l’agréable ; le secret de l’émotion esthétique se joue au-delà de la raison et des sens, dans sa capacité à nous faire adhérer à des valeurs sans y réfléchir, à donner une dimension spirituelle à nos ressentis. Elle nous connecte à une dimension de notre être qui ne peut se réduire à une seule de nos facultés. La beauté nous sauve de l’idée, si réductrice et si répandue, que nous sommes simplement ce que nous sommes.

    Une ouverture vers d’autres dimensions ?
    L’émotion esthétique a le pouvoir de nous ouvrir à la diversité de l’être. A son contact, nous nous découvrons plus grands, plus petits, plus sensibles, plus violents… Elle développe aussi notre empathie envers d’autres visions du monde et notre envie de partage. Comme si l’expérience de la beauté créait une connexion à la fois à soi et à tout le reste, un pont entre le subjectif et l’universel.

    Jusqu’à la prise de conscience d’une transcendance ?
    Devant le spectacle de la beauté, on sent bien que quelque chose nous échappe. Elle est l’indice d’un monde harmonieux, sensible, intelligent, qui ne se réduit à ce qu’on en connaît. L’expérience esthétique lève le voile sur cet invisible… Et nous approche du mystère même de la vie : cette puissance d’inventivité pure. Elle nous apprend aussi à aimer sans comprendre ; car si le désir de savoir élève l’homme, l’obsession de tout expliquer risque de le rabaisser – pire, de lui interdire le bonheur. L’expérience de la beauté nous révèle que nous pouvons être grandis par la relation à ce que nous ne maîtrisons pas. Elle nous invite à accueillir l’existence d’un Ailleurs dont nous faisons partie, ici et maintenant.

    Faut-il chercher à investiguer ce mystère ?
    Je ne suis ni de ceux qui disent qu’il n’y a rien à comprendre ni à interpréter dans la beauté, ni de ceux qui pensent qu’elle s’explique et se mesure, selon des règles précises. Rationalité et pure présence sensible ne s’opposent pas. Devant un paysage ou une œuvre d’art, il y a plein de choses intéressantes à décrypter : la composition, la manière dont la forme symbolise le sens… Jusqu’à découvrir, au terme de ce chemin, que le mystère résiste à la raison – il en sera d’autant plus fort. Tout ce que nous pourrons comprendre de la beauté ne l’épuisera pas. Elle est au-delà du pourquoi.

    Vous dites aussi que l’expérience esthétique nous permet de nous rappeler et de nous réapproprier notre pouvoir d’intuition…
    Nous ne disons jamais « c’est beau parce que » ; nous ressentons juste que c’est beau. L’expérience esthétique nous relie à une forme de savoir intuitif, intérieur, indépendant des opinions et des pensées. En écoutant en nous une forme de présence et d’harmonie, suscitée par la beauté, nous arrêtons de raisonner pour résonner, nous renouons avec une intelligence sensible dont nous avons particulièrement besoin, dans un monde en profonde mutation. Aujourd’hui, la tradition ne nous guide plus, les experts se trompent sans cesse, les critères rationnels de jugement habituels sont de moins en moins opératoires. Nous avons donc besoin de renouer avec notre force d’intuition.

    Comment faire plus de place à la beauté dans nos vies?
    Il n’y a pas de méthode ni de savoir à acquérir. Il suffit d’ouvrir nos yeux et nos oreilles, de nous faire confiance, de ne pas avoir peur de ce que l’émotion esthétique va éveiller en nous, ni de ce qu’elle a à nous dire. En revanche, il y a besoin d’un éveil de la sensibilité. Plus on fréquente la beauté, plus on la voit ; plus on s’ouvre à différents types de beauté, plus on sera sensible à des choses particulières. Il faut donc multiplier les occasions d’en faire l’expérience. C’est une histoire, un parcours. L’émotion esthétique n’est pas un luxe de gens cultivés mais un moyen, accessible à tous, de vivre plus intensément.


    Quand la beauté nous sauve, Charles Pépin
    Éditions Robert Laffont (Février 2013 ; 234 pages)

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  • Dans dix mille ans.

    Les politiciens, les financiers, les marchands du Temple. Ils ont brisé leur jouet.

    La confiance est ruinée, les perspectives d'avenir dans un schéma identique n'existent plus. Il n'est même plus possible d'établir la liste de tous les noms connus ayant trempés dans des affaires de corruption. C'est fini. Les masques sont tombés.

    Rien ne les sauvera.

    Et je m'en réjouis infiniment.

    S'il faut pour cela passer par des périodes de troubles sociaux, des révoltes, des combats, le jeu en vaut la chandelle.

    Il ne s'agit pas de sauver notre génération mais les suivantes.

    Le monde actuel est fini mais ne veut pas se l'avouer. Rendez-vous dans dix mille ans.

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