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  • Violences à l'école

    Violence à l'école : pour moi, Christophe Lemaître, le collège a été un calvaire

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    LE PLUS. Cette semaine, "Le Nouvel Observateur" consacre un large dossier aux violences à l'école. 10% des élèves seraient en effet victimes d'insultes ou de coups répétés. S'il n'a jamais subi de violences physiques, le champion d’athlétisme français Christophe Lemaître a bien connu ce harcèlement, qu'il raconte dans son autobiographie "La revanche du grand blond" (Jacob Duvernet). Extraits.



    Édité par Hélène Decommer 

    Christophe Lemaître après sa victoire sur le 200m au Aviva London Grand Prix, le 14/07/12 (TOM DYMOND/COLORSPORT/SIPA) 

    Christophe Lemaître après sa victoire sur le 200m au Aviva London Grand Prix, le 14/07/12 (TOM DYMOND/COLORSPORT/SIPA)

     

    Les premières moqueries ont commencé en CE2. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. C’est vrai que je zozotais et que je ne parlais pas beaucoup. Je ne sais pas si c’était la raison car j’avais malgré tout quelques copains. Quelquefois ils étaient aussi durs avec moi. Mais du jour au lendemain, j’ai été rejeté, banni. Je n’étais plus invité à jouer avec les autres.

     

    On se moquait de moi en permanence

     

    Au collège, cela a viré à la catastrophe. Je n’en parlais pas à la maison. Je ne voulais rien dire. Pourtant, ma famille se rendait bien compte que quelque chose n’allait pas. Je n’étais pas bagarreur, je ne voulais pas d’histoire (…).

     

    Ces années de collège ont été un véritable calvaire. Je n’en garde pas un seul bon souvenir. On se moquait de moi en permanence. En cours et à la récréation. Le matin, j’avais toujours une petite appréhension lorsque j’arrivais devant le portail de l’établissement. La peur de croiser ceux qui m’embêtaient. Ils étaient assez nombreux. Ils ne me tapaient pas – ça n’allait pas jusque là – mails ils se moquaient de ma grande timidité et notamment de mon cheveu sur la langue. Comme je zozotais, j’étais forcément un attardé (…). Ils en profitaient, ils insistaient, car j’étais très réservé. Je n’avais pas le courage de répondre, ma timidité m’en empêchait. C’était difficile à supporter, surtout sur le moment.

     

    Dans l’encadrement scolaire, personne ne s'inquiétait

     

    De nos jours, certains enfants victimes de harcèlement vont jusqu’à se mettre fin à leurs jours. Heureusement, je n’y ai jamais pensé. Ça n’allait pas fort mais je n’aurais jamais envisagé de me suicider. Je n’aurais jamais eu le courage de toutes façon. Parfois même le harcèlement de mes camarades se poursuivaient même au-delà du collège, dans les rues de Culoz (son village, ndlr). Mes parents n’ont jamais compris pourquoi, dans l’encadrement scolaire, personne ne s’était inquiété. Imaginez, je n’osais plus lever le doigt en cours ou répondre aux professeurs. J’étais tellement mal dans ma peau ! Même à la maison, on n’arrivait pas à me tirer les vers du nez (…).

     

    Pendant ces années, j’ai nourri une rage folle à force de garder tout pour moi. C’est ce qui me fait avancer maintenant (…).

     

    Au départ d’une course, je veux avant tout m’imposer, prouver que je suis le meilleur. Mais soyons honnêtes, quelque part, je me venge de ces faux amis qui viennent aujourd’hui me féliciter en faisant copain-copain mais qui, à l’époque, étaient les premiers à se moquer de moi (…). Quelque part, je les remercie : ils m’ont rendu plus solide ! Ils ont été un moteur à ma réussite.

     


     Je n'adhère pas à la dernière phrase. Tant mieux s'il parvient aujourd'hui à vivre les choses de cette façon mais l'idée que la dureté peut devenir une opportunité me révolte. L'armée fonctionne sur ce critère. C'est un monde à part.

    Que certains enseignants ne réagissent pas, c'est une certitude. Justement parce que bien souvent, ils considèrent que c'est "normal et formateur". "La vie en société est difficile, ils font leurs expériences..." Je connais ces arguments, je les ai entendus en tant qu'elève...Asthmatique, bouffi par la cortisone, "interdit" de sport par les médecins, j'ai eu droit à toutes les moqueries, à toutes les humiliations dont beaucoup sont capables à cet âge.

    Et maintenant, je suis cet enseignant qui ne sait plus comment faire pour que ça ne se produise pas dans SA classe... Même plus envie d'y retourner...Un effroyable sentiment d'impuissance...

     

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  • Oh, mais que c'est beau...

    que c'est beau...

    pas bougé de l'ordinateur aujourd'hui, écriture depuis cinq heures ce matin, trois pages achevées...

    Et la musique en boucle...

    Comme une bande originale d'un film que j'écrirais...

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  • Olafur Arnalds

    C'est si beau de rencontrer des âmes identiques.

    Biographie

    Olafur Arnalds

    Olafur Arnalds est un artiste islandais né en 1987. Il commence à étudier la musique à l'âge de cinq ans et se découvre un intérêt particulier pour les bandes originales de films et la musique classique vers 14 ans. Multi-instrumentiste, il compose une partie de son premier album à cette période. Eulogy for Evolution sortira finalement fin 2007 sur Erased Tapes. Olafur dira de cet album qu'il est minimaliste, à l'image de son village et de ses gens, principales sources de son inspiration.

    Prenant le pari de "rafraichir" la musique classique et de l'amener à portée de tous en y incorporant des sonorités électroniques, l'islandais se fait connaître notamment grâce aux poids lourds de la scène nationale (Sigur Ros, Bjork) et bénéficie de retours très positifs, ce qui lui permet de sortir un nouvel EP, Variations of Static au printemps 2008 et d'assurer la première partie de Sigur Ros sur leur tournée mondiale la même année.

    Chronique

    16 / 20
    6 commentaires (15.92/20).
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    Variations Of Static ( 2008 )

    Variations of Static se découvre comme un jour naissant. Sur "Fok", la piste d'ouverture, la nature s'éveille et se met en mouvement. Piano et violoncelles, bases de l'instrumentation d'Olafur Arnalds, prennent peu à peu leur envol, rejoints enfin par quelques beats electro délicatement dosés. Les éléments pourtant rassurants se transforment alors sous un ciel changeant. 'And all I heard was the screaming silence of the night'. Au milieu des plaines parcourues par le souffle des instruments , le fantôme d'une voix samplée s'élève, inquiétante puis désespérée. Sa présence hantera l'album tout au long des cinq morceaux comme une âme perdue et abandonnée.

    5 pièces, comme autant de variations autour de la mélancolie où piano et violoncelles se répondent et s'entremêlent. Aux notes brisées de "Við Vorum Smá..." font écho les pleurs des cordes de "Haust" progressivement embrassés par de douces nappes electro. Un jeu de la tristesse et du hasard qui met en valeur tout le soin apporté à l'orchestration qui allie à la puissance des émotions portées les instruments classiques les songes éthérés de la musique électronique.

    A la question de savoir d'où lui venait la mélancolie dégagée par cet album, Olafur Arnalds répondit qu'il n'y avait pas pensé en composant: 'Ces morceaux ne sont pas mélancoliques pour moi, j'essaie juste de trouver des mélodies qui touchent. Les gens peuvent les interpréter comme ils veulent'. L'invitation est alors lancée à façonner soi-même l'oeuvre et ses sentiments. L'enchevêtrement des instruments n'est qu'un gigantesque tableau esquissé par l'islandais auquel l'auditeur est encouragé à apporter les couleurs. Tout cela, au gré de ses propres voyages à l'intérieur des paysages dessinés par le compositeur.

    A 21 ans, Olafur Arnalds signe là une oeuvre d'art dont la richesse réside dans sa portée évocatrice. Progressant sans cesse dans sa démarche de transformation de la musique classique, il dresse une sublime toile intimiste aux traits fins, changeants sous le regard du public et que chacun peut s'approprier. Olafur Arnalds est un artiste peintre au pinceau en forme d'archet.

    A écouter : Comme un tableau

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  • L'école à la maison

    Et bien voilà ce qu'il faut que je fasse : instituteur à domicile pour les parents qui sont réfractaires au système éducatif mais qui ne peuvent ou ne veulent pas assurer l'enseignement à la maison.

    Je vais mettre une annonce sur le Bon Coin :)


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    Classe à domicile : une autre approche de l’école… et de la vie

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    Un manuel se penche sur tout ce qu’il faut savoir pour retirer ses enfants de l’école et leur faire ‘‘classe à la maison’’. Un choix qui peut être formidable… à condition d’inventer la vie qui va avec.

    Les parents qui font classe à domicile doivent interroger leurs propres conformismes. (Aurélie Audurea/Le Parisien/MaxPPP)

    Les parents qui font classe à domicile doivent interroger leurs propres conformismes. (Aurélie Audurea/Le Parisien/MaxPPP)

    D’abord, ce rappel qui ouvre ‘‘Instruire en famille’’ de Charlotte Dien : non, il n’est pas obligatoire d’envoyer ses enfants à l’école en France. Ce qui importe au regard de la loi, c’est de leur garantir ‘‘l’instruction’’ et qu’à 16 ans, ils aient acquis le même socle de compétences que les autres enfants. Pourtant, le choix du homeschooling, relativement répandu en Amérique du Nord, est très rarement opéré au pays de Jules Ferry : entre 3 et 4.000 enfants seulement seraient dans cette situation - en plus de 12.000 inscrit au Centre national de l'enseignement à distance (Cned).

    Pas facile en effet de ramer à contre-courant de la société et de répondre aux interrogations des grands-parents et voisins (‘‘Ben, il est pas à l’école, aujourd’hui, le petit ?’’). On a beau adorer sa progéniture, pas facile non plus de mettre (au moins) une partie de sa carrière de côté pour un face-à-face quotidien avec elle. Enfin, il faut avoir l’audace de se dire que l’on choisit pour ses enfants un sort différent de celui de 99% de ceux de son âge. C’est pourquoi, en général, l’option la classe à domicile se fait parce que quelque chose cloche en classe.

    Aucune espèce d'encouragement

    Ce n’est pas un scoop : l’école française privilégie en effet la méthode ‘‘caserne’’ plutôt que l’épanouissement des talents de chacun. Non pas parce que les maîtres sont de grands sadiques, mais parce que rien dans leur formation, ni dans le déroulement traditionnel des cours n’est fait pour encourager le chacun-son-rythme et la créativité personnelle : trop d’enfants à charge, de trop lourds programmes à boucler et aucune espèce d’encouragement (le mot est faible) de la hiérarchie  à initier des méthodes ‘‘différentes’’.

    Du coup, comme l’écrit Charlotte Dien - pourtant fille de directrice d’école et ex-bonne élève - ‘‘tout enfant s’éloignant trop de la norme, par sa manière personnelle d’apprendre, de penser ou de se comporter, est testé et étiqueté (…). L’enfant est trop souvent désigné comme coupable. Tout vient de lui : il ne fait pas assez d’efforts,  il est trop distrait, trop bavard, pas assez concentré, pas assez motivé, trop remuant, trop agressif, il ne participe pas assez en classe… » Un enfant non scolaire, trop autonome, qui s’interroge beaucoup, sera jugé problématique, même s’il a une personnalité attachante.

    Un "choix de vie"

    Bref, dans ce cas, la non-scolarisation s’impose peut-être. Comment faire ? Evidemment, dépeint ‘‘Instruire en famille’’, la tentation est grande au départ de ‘‘faire le prof’’ à la maison. C’est en général une mauvaise idée, puisque précisément, il faut inventer autre chose. Et c’est là que se situe toute la difficulté de la pratique - sans doute un peu minorée par cet ouvrage passablement militant. Car incriminer le conformisme écrasant de l’école est une chose ; devenir un parent inventif, patient, suffisamment à l’écoute de ses enfants pour s’adapter à leur manière d’être, en est une autre.

    C’est ce que l’auteure nomme un ‘‘choix de vie’’ : il faut être capable de déceler le merveilleux dans les choses du quotidien. De saisir qu’une balade en  forêt peut être aussi instructive qu’une leçon d’arithmétique. Que la quantité (d’heures de cours, de devoirs…) est moins importante que la qualité. Que la poésie est moins un texte de Maurice Carême, qu'une manière d’appréhender le monde. Au fond, l’aliénation des enfants scolarisés n’est que le reflet de nos aliénations d’adultes, comprimés par les horaires tyranniques, myopes sur nos grégarismes.

    Quel genre d’adultes deviennent les ‘‘non-sco’’ ? Pas d’étude française sur le sujet (on s’en serait douté), mais des anglo-saxonnes. Apparemment, ils se déclarent deux fois plus souvent ‘‘heureux’’ que les autres, sont plus autonomes, plus investis dans le tissu social et gagnent en moyenne mieux leur vie  - ce dernier facteur s’expliquant sans doute par le fait qu’ils proviennent souvent de familles culturellement favorisées. Pourront-ils jamais devenir des salariés et citoyens ‘‘ordinaires’’, capables de se mettre au garde-à-vous quand on le leur réclame ? L’étude ne le dit pas. Mais beaucoup de ‘‘non-sco’’ redevenant ‘‘sco’’ vivent à grand peine la violence des rythmes collectifs. La liberté, ce n’est pas la facilité.

    Charlotte Dien, Instruire en famille, Rue de l’échiquier, 160 p., 15 €

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  • JARWAL LE LUTIN (4) : L'arbre de vie.

    JARWAL LE LUTIN, tome 4

    Les enfants réalisèrent que tous les jeunes lutins avaient disparu. Sans un bruit, comme avalés par la forêt. Marine imagina que la cérémonie qui s’annonçait ne leur était pas accessible.

    Ils suivirent les vieux Sages et découvrirent sur l’autre flanc du tronc une ouverture immense, une voûte de cathédrale, un antre tapissé de chevelures végétales, cascades emmêlées de lierre et de vigne vierge, de liserons épanouis et de fleurs inconnues, des ribambelles de croissances anarchiques, des foisonnements colorés comme des hommages.   

    « C’est l’Arbre de Vie, annonça Kiak, respectueusement.

    L’assemblée s’assit en tailleur face à la voute immense et les cinq enfants les imitèrent.

    « L’Arbre de Vie est le début de tout et le renouvellement de ce qui est fini. Tout ce qui est créé par la Nature prend sa source ici. »

    Les cinq enfants n’osaient pas poser de questions, une retenue dictée par l’incroyable privilège qui leur était accordé tout autant que par l’infinie sagesse qui émanait des personnages qu’ils côtoyaient, comme s’ils n’étaient pas à leur place, comme si cette connaissance millénaire qu’ils percevaient les projetait à des années lumière.

    « Vous avez envie d’en savoir davantage et vous n’osez rien demander. Cette humilité vous honore mais si vous êtes parmi nous aujourd’hui, c’est que vous le méritez et rien ne doit vous arrêter dans votre quête de savoir. »

    Kiak les regarda intensément, l’un après l’autre.

    « Léontine ne vous aurait pas ouvert le chemin des âmes si vous ne portiez pas en vous les lumières à venir. Je ne lis pas dans les pensées comme Léontine mais je lis dans les corps et vous êtes nerveux. Ce qui est tout à fait compréhensible. »

    Une voix monocorde, dans une immobilité totale. Aucun geste de mains, aucun mouvement de tête, une sérénité stupéfiante qui impressionnait fortement le petit groupe. 

    « Le plus simple, désormais, est que vous entriez dans le cœur de la vie. Toutes les questions obtiendront une réponse. Il en est ainsi. »

    Le vieux Sage se leva et invita les enfants à le suivre. Les autres Sages ne bougèrent pas. Ils suivirent les enfants des yeux et Rémi perçut dans un regard échangé une douceur rassurante, une invitation à se laisser guider.

    Ils serpentèrent entre les racines et s’arrêtèrent à l’ouverture de l’antre. Aucune trace d’outils, de coups de haches ou autres ustensiles, le tronc semblait s’être soulevé du sol, soutenu par des piliers de temples.

    Des rayons rectilignes transperçaient le rideau de lierre qui obstruait l’entrée. Au-delà de ces tentures végétales, un espace sombre se laissait deviner, une obscurité fossilisée dans le silence. Rien, aucun mouvement, aucun bruit, même pas un insecte fureteur, comme si le lieu interdisait toutes intrusions.

    « Suivez-moi » annonça le vieux Sage. Il écarta délicatement les dentelles de feuilles et disparut.

    Les cinq enfants se regardèrent, sans un mot, des regards croisés chargés de curiosité et d’incertitude.

    Léo bougea le premier, il avança lentement, posa une main sur les cascades immobiles des frondaisons, sembla jeter un œil scrutateur en penchant la tête puis, d’un coup, il franchit le seuil. Rémi lui emboîta le pas, puis les trois compagnons s’élancèrent en même temps.

    Leurs yeux s’habituèrent difficilement à l’obscurité. Kiak était invisible. La fraîcheur les surprit, une température plus agréable que la moiteur de la forêt, cette impression étrange d’avoir quitté le monde ou d’être entré dans son ventre, comme si le lieu contenait tous les mystères les plus anciens, la source des révélations les plus bouleversantes, ils sentirent couler en eux des rayonnements inexplicables, des flux électriques qui les firent frissonner.

    « Asseyez-vous, les uns à côté des autres et donnez-vous les mains. Il est important que vous soyez reliés physiquement pour réaliser aussi que vous l’êtes par la pensée, par l’énergie, par l’amour, par tout ce que crée la Vie. »

    Dans les noirceurs, la voix monocorde de Kiak les figea. Ils s’obligèrent à bouger, prudemment, pour s’extraire de cette appréhension qui les raidissait.

    Les pupilles dilatées parvenaient désormais à se nourrir des flux infimes de lumière qui perçaient. Lou se retourna vivement, comme pour vérifier que personne ne se tenait dans son dos. Cette impression d’être observée…

    Tian trouva la main de Marine. Les autres se joignirent. Lou, Rémi puis Léo qui ferma le cercle. Ils se souvinrent alors qu’ils devaient s’asseoir. Ils lâchèrent leurs emprises, s’installèrent puis reformèrent le lien.

    Les mouvements de leurs corps s’estompèrent. Ils sentirent à travers leurs habits la fraicheur de la terre. Aucune sensation de froid pourtant mais une douceur agréable, un bien-être de cocon, un placenta protecteur qui les isolait de tout. 

    La voix de Kiak les surprit de nouveau. Elle ne venait plus du même endroit et ils étaient pourtant persuadés de ne pas l’avoir entendu se déplacer.

    « Maintenant, vous allez fermer les yeux et arrêter de vouloir distinguer quelque chose. C’est dedans qu’il faut regarder et vous n’avez pas assez appris à vous libérer de vos yeux. Ne vous occupez pas du temps qui passe, c’est une idée fausse. C’est vous qui passez dans le temps. Mais ici, vous êtes immobiles, dans votre corps et dans le temps. Il ne vous reste qu’à immobiliser votre esprit et tout sera en paix. »

    Il avait dit « immobiles dans le temps. » Marine voulut comprendre puis elle se reprocha cette pensée inopportune. Elle devait trouver la paix de son esprit.

    Lou se demandait comment elle pourrait bien s’y prendre pour arrêter de penser. Un état qui lui paraissait totalement inaccessible. Elle ne cessait de penser à l’impensable.

    Rémi cherchait à savoir si Kiak se déplaçait de nouveau, il voulait pouvoir le suivre et ne plus être surpris par cette voix qui surgissait n’importe où. Il s’efforça de calmer les battements de son cœur et de tendre les oreilles. Il crut percevoir un infime frottement droit, devant lui, dans le dos de Tian.

    « Rien, ne rien vouloir, ne rien attendre, ne rien penser. Entrer au-dedans pour  voir l’Univers. Le silence maintenant.»

    Ils eurent un peu l’impression d’entendre un professeur dans une classe mais ils n’en avaient jamais connu de Sage.

    Rémi dut constater encore une fois que Kiak se déplaçait à son gré, sans qu’il ne soit possible de deviner sa position. Il était partout et nulle part. Incompréhension.

    Plus aucun mouvement. Juste cette conscience retrouvée de la respiration. Il fallait cesser de bouger pour réaliser que ce mouvement-là ne cessait jamais.

    « Fermez les yeux, dicta la voix grave de Kiak. Ne vous contentez pas de fermer les paupières, arrêtez aussi de regarder en dedans et de fabriquer des images, laissez-vous couler. Tout ce que vous portez appartient à la réalité que vous avez créée. Maintenant, vous allez découvrir le réel. »

    Marine sentit la main de Tian se crisper légèrement lorsque la chaleur les envahit, une chaleur bienfaisante, comme un câlin maternel qui vous enlace et que le bonheur ruisselle dans les fibres, la plénitude du petit enfant qui s’abandonne et l’amour de la mère qui se diffuse en lui, le contact établi, le lien au-delà des corps, le lien des âmes.

    Une blancheur indéfinissable les emplit, une clarté sonore qui murmurait dans les tréfonds de leurs corps immobiles, une marée montante qui les couvrait de sa chaleur, une sève surgissant de la terre, aimantée par le ciel.

    Comme un bateau soulevé au-dessus des flots, ils virent en eux l’immensité de l’Océan s’étendre sous leurs regards, une vision sans tête, comme si rien en eux ne possédait de centre, comme s’ils n’existaient plus individuellement.

    Accélération du processus.

    Une pulsation naissante, infime, dérisoire, puis des crépitements d’étincelles qui jaillissent et s’éteignent, se ravivent, se propagent, s’entretiennent, une énergie qui se répand et les pulsations qui s’étendent, se renforcent, les flux électriques nourrissent le cœur de l’étoile, des courants de matière liquide déboulent sous la surface, des flots qui gorgent le lit des veines, les pulsations prennent une ampleur insoupçonnée, les étincelles deviennent des flux constants qui ruissellent, tous reliés dans une aura fabuleuse, une couronne lumineuse qui s’agite, palpite, respire.

    Un noyau enveloppé de lumière, des particules animées par une vie interne s’infiltrant amoureusement dans un univers nimbé de phosphorescences.

    L’espace en eux s’étendit jusqu’aux confins des horizons, plus de limite, plus de structure, aucune frontière et cette impression inexplicable de relier par leurs mains unifiées des particules communes, une cohésion originelle retrouvée.

    Ils étaient l’un, ils étaient l’autre, ils étaient tous.

    C’est là qu’ils sentirent l’évaporation s’enclencher. Un maelstrom flamboyant prit forme et les emporta dans une colonne rectiligne qui plongeait vers le haut. Incompréhensible structure.

    Ils disparurent.

     

  • En Himalaya à 74 ans.

    Une petite silhouette râblée transperce la nuit. Il est à peine 6 heures du matin et les premières lueurs du jour vont bientôt éclairer les pentes du Cerro del Telegrafo, un sommet moyen au pied de la Sierra de Guadarrama, le massif montagneux situé au nord-ouest de Madrid. Un bâton de marche dans chaque main, une lampe sur le front, Carlos Soria avale les derniers hectomètres de cette montée escarpée à un rythme soutenu et régulier, presque mécanique. Il fait un froid polaire en ce 19 mars 2013 quand une pluie épaisse et glaciale se met à tomber brutalement. Emmitouflé dans un anorak bleu azur, la capuche serrée sur la tête, l'alpiniste espagnol avance, le regard braqué devant lui.

    Pas question de se laisser distraire par cette petite intempérie. Dans quelques jours, il s'envolera pour Katmandou, au Népal, afin de préparer l'ascension du Kangchenjunga, le « Kangch' ». Perché à 8586 mètres d'altitude, ce sommet est le troisième plus haut du monde après l'Everest et le K2. Vingt-trois ans après avoir gravi le Nanga Parbat, en 1990, son premier 8000, Soria s'attaque à son 12e méga sommet himalayen à l'âge canonique de… 74 ans. Du jamais-vu dans l'histoire de l'alpinisme. « Je ne suis pas le plus grand alpiniste de l'histoire, concède-t-il avec un léger sourire. Je suis juste le plus vieux. »

    Pourtant l'Espagnol est bel et bien parti pour être « canonisé » de son vivant. Il a en effet programmé deux autres ascensions dans la foulée de son expédition dans le Kangch', l'Annapurna et le Dhaulagiri. Ce sont les deux seuls autres sommets himalayens de plus de 8000 mètres qui manqueront encore à son tableau de chasse. S'il les accroche, il intégrera le cénacle des alpinistes ayant conquis les quatorze plus hauts sommets du monde. Un Graal que l'Espagnol entend atteindre au plus tard en 2016. Il aurait alors 77 ans ! « C'est un bon âge pour le faire, assure-t-il froidement, sûr de sa force. Ça ne m'inquiète pas plus que ça. » Cela en ferait surtout le plus vieil himalayen de l'histoire. Une légende des cimes.

    Ce 19 mars 2013, trois jours avant le grand départ vers les pentes enneigées du Kangchenjunga, Carlos Soria affiche une mine sereine. L'Espagnol a beau être en plein préparatif pour sa nouvelle expédition, ça ne l'empêche pas de nous recevoir pendant cinq heures chez lui. Dans sa maison de Moralzarzal, une bourgade résidentielle à une heure de Madrid, ou sur les pentes du Cerro del Telegrafo, « sa » montagne (1400 m d'altitude). Pour y accéder, il faut d'abord emprunter un grand parc peuplé de lapins et bordé de conifères. Puis mettre le cap sur le sommet où trône un vieux télégraphe édifié dans la première moitié du XIXe siècle pour communiquer avec les provinces du Nord. C'est sur un immense plateau rocheux, à mi-ascension, que Soria souhaite démarrer le reportage. Non loin des raidillons rocailleux qu'il emprunte chaque matin pour faire travailler ses genoux fatigués.

    Soria prend la pose chez lui, en Espagne, avant de s'envoler au Népal.
    © Hugues Lawson-Body

    Les quatorze 8000

    cliquez sur les pics du graphique et sur la carte pour voir les photos des sommets

    « C'est là, dans ces montagnes, que j'ai commencé à grimper il y a soixante ans », explique-t-il d'emblée, l'index pointé vers les lignes fracturées de la Sierra de Guadarrama. « La montagne, c'est mon élément, j'y suis aussi à l'aise qu'au fond de mon lit, s'enthousiasme Soria. Il y a un an, un journaliste du New York Times m'avait demandé combien de jours j'avais passé dans ma vie, perché dans les cimes. J'ai fait mes comptes depuis cette interview. Et ça se chiffre à plus de cinq années… »

    Carlos Soria s'amuse de l'intérêt que son histoire suscite dans la presse internationale. Et c'est avec une certaine jubilation qu'il accueille nos questions sur ses motivations, cette envie irrépressible de défier les lois de la nature à un âge avancé. On sent alors poindre derrière son visage impénétrable un feu ardent, presque juvénile. « Je ne cours après rien de particulier, sinon me faire plaisir, souligne-t-il, le regard perçant. Tant que mes forces me le permettront, je continuerai à gravir des montagnes, chez moi ou à l'autre bout de la planète. Tout le monde veut connaître mon secret… Est-ce la qualité de mes entraînements, de mon hygiène de vie ou est-ce que ce sont tout simplement mes gènes qui me font toujours grimper à 74 ans ? Il y a sûrement un peu de tout ça. Mais, moi, je dis que c'est la retraite la bonne réponse. Ma vie a changé le jour où j'ai arrêté de travailler. La retraite est une bénédiction. »

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  • Caractères ancestraux

    Génétique : quels sont les caractères héréditaires ?

    Certains caractères physiques, morphologiques ou même moins visibles sont héréditaires, c'est-à-dire qu'ils sont hérités de nos parents, grâce aux gènes qu'ils nous ont transmis. C'est le cas de :

    Caractères héréditaires influencés par l'environnement

    D'autres caractères sont dictés par les gènes, mais sont également plus ou moins influencés par l’environnement :

    • la morphologie : si les gènes y sont pour beaucoup, l’alimentation peut affecter la croissance et donc la taille définitive, mais aussi le poids ;
    • les maladies : facteurs de risques de cancer (mutation d’un gène dans le cas de cancer du sein), etc.

    Caractères non héréditaires

    D'autres caractères ne sont pas héréditaires, mais plutôt liés au mode de vie ou à l’environnement. Ils peuvent donc évoluer avec le temps et différer entre deux vrais jumeaux qui ont pourtant les mêmes gènes :

    • les empreintes digitales (elles se forment aléatoirement pendant le développement embryonnaire dans le ventre de la mère) et restent constantes tout la vie ;
    • les cicatrices, qui apparaissent suite à des blessures ;
    • les maladies non héréditaires (par exemple le cancer du poumon lié à la cigarette), etc.

    Bon, on peut aussi s'intéresser aux "caractères acquis" et aux "caractères ancestraux", Des milliers de pages à parcourir sur la toile.


    Pour ma part, l'interrogation qui me travaille concerne principalement les "caractères ancestraux".

    L'impression, et même l'inquiétude, c'est que les enfants naissent avec cette part "historique" en eux et que seule l'éducation pourra leur permettre d'évoluer.

    Mais si j'observe l'évolution de l'Humanité et que j'essaie d'extraire des caractères généraux aux humains, à travers cette histoire millénaire, le constat est terrifiant.

    Comment je suis arrivé à cogiter là-dessus pendant mon tour de vélo cet après-midi ? Et bien, c'est très simple : ce que je vis dans ma classe cette année me perturbe au plus haut point. Je n'y vois pas des incidents épisodiques mais une "structure mentale" qui remonte à très, très loin. Ceux et celles qui ne sont pas concernés (ils sont très, très peu...) ont eu la chance de recevoir une éducation leur permettant de dépasser ces "caractères ancestraux."

    Bon sang, ça me déprime d'écrire ça...

    J'y reviendrai demain...Ou plus tard...


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  • Pôle emploi contre le Bon Coin

    Les arguments des responsables du P.E sont effarants. Ils n'ont vraiment honte de rien. J'en connais un sacré paquet de jeunes qui galèrent et ça fait longtemps qu'ils n'attendent plus rien de cette boutique.



    ZOOM - Entreprises et chômeurs se tournent de plus en plus vers ce site de petites annonces.

    Le contexte. "À Pôle emploi, ils sont très bons pour recenser les chômeurs, mais pas pour leur trouver du boulot." Les chiffres du chômage sont tombés et ils ne sont pas bons. La France comptait fin mars 3,224 millions de demandeurs d'emploi de catégorie A (sans aucune activité), un record. Et pour Carl des Jamonières, patron de plusieurs agences "Mondial Pare Brise" interrogé par Europe1, Pôle emploi est en partie responsable. Car de l'emploi, assure-t-il, il y en a. Mais les chômeurs n'en sont pas toujours informés.

    "Il y a trois millions de chômeurs et Pôle emploi ne peut pas m'en envoyer un. Mon développement est bridé à cause d'un manque de personnel", regrette ce patron qui, du coup, va chercher sa main d'œuvre par d'autres moyens. Mais pas n'importe où.

    >> À lire : ça y est, le record de 1997 est battu

    Quand Leboncoin.fr est plus fort que Pôle emploi ? "Alors que mon annonce sur Pôle emploi n'a attiré aucun candidat en un mois et demi, celle du Boncoin m'en a ramené 25 en une semaine", précise Carl des Jamonières. "J'ai même été obligé de supprimer l'annonce, sinon je serai débordé. J'y ai trouvé trois candidats, que j'ai embauchés. Aucun n'avait eu la proposition par Pôle emploi, alors que c'était des mécaniciens, donc des gens parfaitement adaptés à ce que je cherchais", poursuit-il.

    Un succès en chiffres. Carl des Jamonières n'est pas le seul dirigeant à se tourner vers le site de petites annonces, qui a connu un essor fulgurant ces dernières années. Leboncoin.fr recense plus de 50.000 offres en ligne, et se hisse donc en tête des sites privés les plus fournis pour la recherche d'emploi (derrière Pôle emploi et ses 160.000 offres). Les employeurs auraient d'ailleurs tort de s'en priver, car les candidats potentiels affluent. Médiamétrie, qui a récemment intégré le site dans son "panel emploi", estime qu’en février dernier, il a accueilli près de 1,9 million de visiteurs uniques, derrière Pôle emploi (6,1 millions), dont les internautes se connectent aussi pour s'inscrire et mettre à jour leur statut, et Indeed (1,99 million), qui rassemble les offres d'autres sites. En un an, le Leboncoin.fr a gagné plus de 400.000 visiteurs, c'est presque autant de perdus pour Pôle emploi.

    Les clés du succès. Plusieurs facteurs peuvent expliquer le succès du Boncoin. Côté entreprise, la gratuité séduit les dirigeants, alors que d'autres sites comme Cadreemploi ou Monster demandent des centaines d'euros pour diffuser une annonce. Côté internautes, outre la précision des offres, le critère proximité fait également mouche. "Avant, une personne recherchait un poste. Avec la crise, si le conjoint a un travail, la personne cherchera plutôt un lieu, proche, où gagner de l'argent", décryptait pour Le Monde Laurent Gaignard, animateur du réseau de recruteurs commerce-RH, en septembre dernier.

    Ce n'est pas le même métier, répond Pôle emploi. Pour Colette Pronost, secrétaire général SNU, syndicat majoritaire, les employés de l'agence publique "font ce qu'ils peuvent". "Il y a 11% de chômage, l'offre baisse, les entreprises sont plus fragiles qu'avant", souligne-t-elle au micro d'Europe1. D'autant que, selon cette syndicaliste, leur métier n'est pas le même que celui d'un site de petites annonces. "Il faut inscrire les demandeurs, leur fournir des renseignements sur leur indemnisation et ensuite on peut les mettre en relation avec l'offre d'une entreprise. Dès que l'on voit une offre qui correspond au demandeur, elle est proposée. On reste les meilleurs dans la relation entre l'offre et la demande", insiste-t-elle.

    Du côté de la direction de Pôle emploi, si l'on se satisfait que les chômeurs trouvent du travail grâce au Boncoin, on met en avant une différence de qualité des offres d'emploi. "Le vrai sujet est la qualité de l'offre. Les entreprises qui passent des annonces sont-elles réelles et sérieuses ?", s'interroge Reynald Chapuis, directeur multicanal de Pôle emploi contacté par Le Monde. Et de poursuivre : Leboncoin.fr "a un positionnement discount. C'est de la petite annonce. Le métier de l'emploi est bien plus complexe". Colette Pronost, de son côté, reconnaît qu'il y a des améliorations à faire dans "la relation entre Pôle emploi et l'entreprise." "On peut faire davantage de prospection, mais pour ça, il nous faut des moyens", conclut-elle.

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