Là-Haut

Articles de la-haut

Rupture totale

Par Le 18/09/2013

"Une question qui le taraudait.
— Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que vous n’êtes pas concernée par les émotions ?
— C’est une erreur. Les émotions qui me viennent de la terre me touchent immensément. Je les laisse s’étendre parce qu’elles sont neutres, gratuites, et que la Nature n’a aucune intention cachée. Celles de mes semblables ont une appartenance qui m’échappe, elles sont issues d’individus, avec leur histoire, leurs attentes, leurs fonctionnements. Et ce sont très souvent des fonctionnements inconscients. Si vous vous chargez d’émotions qui ne sont pas maîtrisées parce qu’elles émanent de personnalités endormies, vous sombrez dans leurs cauchemars ou dans leurs rêves, ce qui revient finalement au même. Vous dormez avec eux. Il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Mais malgré tout, je dois avouer que votre apparition ne m’a pas laissée insensible. Loin de là.
Elle le regarda fixement, avec un sourire léger au coin des yeux.
— Pourquoi est-ce que j’ai ressenti le même trouble ?
— Parce qu’il n’y a pas de hasard. Et qu’il arrive parfois que les révélations l’emportent sur l’habitude.
— Je ne comprends pas.
— Nous vivons dans des schémas de pensées, des répétitions rassurantes sur lesquelles nous bâtissons l’identification qui nous convient et que les autres adoptent. C’est l’habitude. Un leitmotiv ronronnant. Tout ce qui porte atteinte à cette mélodie connue est considéré comme une agression, une atteinte à cette liberté que nous croyons posséder. Alors, nous renforçons les défenses. Accumulation de biens, accumulation de relations, accumulation de connaissances. Mais il n’y a aucune compréhension interne. Tout cela reste tourné vers l’environnement immédiat, une scène onirique. Personne n’est là, réellement. C’est un théâtre de marionnettes. La révélation du drame vient fermer le rideau, les acteurs disparaissent, le jeu s’arrête, le public a quitté la salle, les lumières se sont éteintes. Si les résistances sont suffisamment puissantes, l’individu concerné prend peur. Il appelle au secours, il crie, il hurle, il maudit la vie et ses épreuves. Mais si la rupture est totale, la porte s’ouvre. L’individu découvre une autre forme de perception. Il ne comprend rien, mais pourtant, tout tombe en lui comme dans un puits ouvert. Plus aucune résistance. À cœur ouvert. C’est ainsi que je nomme cet état.
"

2 « point lire »/4.99€/Littérature/Littérature contemporaine/Thierry Ledru

À cœur ouvert par Thierry Ledru – 4.99€

cœur3Dsimple

2PointLireUn infarctus. Le cœur de Paul Laskin se brise. À l’hôpital, il apprend qu’il est en sursis. Pas de greffon humain disponible, alors l’implantation d’un cœur artificiel lui est proposée. Un concentré de technologie, alimenté par une batterie électrique. Le suivi se fait par informatique, les informations collectées en direct sont analysées par les chirurgiens.

Paul n’a pas le choix. Il accepte l’opération. Il accepte d’être un cobaye.

Il n’est qu’au début du chemin. Des phénomènes incompréhensibles, une rupture totale, inexplicable, sa personnalité qui change du tout au tout, un questionnement qui prend forme. Et des craintes récurrentes. Une dépendance aussi à la source d’énergie constituée par les batteries de son cœur artificiel.

Mais malgré tout, un cheminement intérieur qui le mène vers la lumière, à la source de tout, au cœur du réel. Et l’amour comme un cadeau.

Capture d’écran 2013-08-26 à 09.34.19

Village global

Par Le 18/09/2013

Demain, j'utiliserai ce document en classe, avec mes élèves de CM2.
D'infinies travaux à venir, lectures de documents, discussions, visionnages de films...


"Le monde entier est un village global

Imaginons un instant que ce village soit composé de 100 habitants. Il y aurait :

59 asiatiques

14 africains

14 américains

13 européens

Il y aurait également 51 femmes et 49 hommes.

On compterait 50 enfants de moins de 15 ans.

20 personnes (uniquement des hommes) possèderaient 80% du village et de ses richesses.

1 femme seulement possèderait sa propre terre.

Entre 5 et 6 femmes auraient subi un viol.

42 personnes ne boiraient jamais d'eau potable.

50 personnes vivraient au sein même du petit village, 50 autres seraient éparpillées aux alentours.

33 habitants vivraient une situation de conflit armé, dont 13 seraient des femmes. 6 seraient des enfants...

5 hommes et 1 femme seraient militaires, policiers ou gendarmes.

9 enfants travailleraient dans des conditions d'esclavage et 2 petites filles seraient employées de maison sans être rénumérées.

60 personnes sauraient lire, écrire et compter. 40 seraient des hommes.

50 habitants pourraient avoir accès aux soins de santé.

8 personnes auraient accès à un ordinateur, dont 6 connectées à un réseau de type internet.

1 personne serait considérée comme riche, c'est à dire possédant plus de richesses que nécessaire pour assouvir ses propres besoins et ceux de sa famille. Elle possèderait à elle seule 50% du village et de ses richesses.

80 personnes auraient une religion, dont 40 seraient forcées de la pratiquer (sous la contrainte ou par la coutume) et 20 autres ne la pratiqueraient pas. En outre, 5 personnes la pratiqueraient malgré des risques pour leur survie.

La bibliothèque du village ne serait accessible qu'à 24 personnes, les autres en seraient interdites. La salle de cinéma serait utilisée chaque semaine par 1 personne, toujours la même.

L'électricité serait coupée environ 50% du temps, faute de moyens. 30 personnes gaspilleraient 90% des ressources naturelles et énergétiques du village.

5 personnes seraient déjà parties en vacances. On prévoierait que 10 personnes le feraient d'ici 5 ans."


Survival International

Par Le 17/09/2013

Survival aide les peuples indigènes à défendre leur vie, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir.

ACTION URGENTE

Demandez à une compagnie brésilienne d'élevage bovin de ne pas détruire les terres des Ayoreo

 

Yaguarete Porá, une compagnie d'élevage bovin, est en train de détruire l'une des dernières forêts refuge des Indiens Ayoreo Totobiegosode isolés.

Leur îlot forestier réduit à une peau de chagrin est transformé en pâturages de bétail destiné à l'abattage et à l'exportation vers l'Europe, la Russie et l'Afrique.

Tout contact avec les employés de la compagnie pourrait s'avérer fatal pour les Indiens en raison de leur faible système immunitaire.

Ecrivez au dirigeant de la compagnie pour lui demander de renoncer à exploiter le territoire des Ayoreo et de le leur restituer.

 
 

Si vous souhaitez envoyer un mail mais n'avez pas beaucoup de temps, cliquez ici. 

Ou écrivez votre propre message en vous inspirant du modèle ci-dessous à : mbferraz@terra.com.br et reservayaguarete@gmail.com

Monsieur le directeur,

J'ai appris avec inquiétude que votre compagnie exploite à nouveau la forêt des Indiens ayoreo totobiegosode.

Les Indiens ayoreo luttent depuis 20 ans pour se réapproprier leur territoire ancestral que votre compagnie Yaguarete Porá occupe partiellement.

Les membres isolés de leur groupe vivent dans la région que vous êtes en train de défricher. Tout contact avec les employés de votre compagnie peut s'avérer fatal pour les Indiens en raison de leur manque d'immunité contre les maladies que ceux-ci peuvent leur transmettre.

Les Ayoreo n'ont cessé d'exprimer leur crainte et leur frustration devant la destruction de leur forêt pour faire place à l'élevage de bétail.

Je vous prie instamment d'interrompre immédiatement toutes vos activités dans la région et de restituer cette terre à ses propriétaires légitimes, les Ayoreo Totobiegosode, avant qu'ils ne disparaissent à jamais.

Dans cet espoir, je vous prie d'agréer, Monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments distingués.


Partagez ce message par email, Facebook ou Twitter en cliquant ici.

 

Merci !

Le savoir de l'école.

Par Le 15/09/2013

JARWAL LE LUTIN

Tome 4


Ils finirent leur casse-croûte et reprirent le chemin.

Les interrogations s’éveillèrent rapidement. Lou voulait en savoir davantage sur le voyage de l’eau. Tian s’intéressait grandement aux Kogis. Il pensait aux Tibétains, colonisés à leur tour. Encore et toujours des soumissions et des douleurs, rien n’avait changé dans le fonctionnement de l’humanité.

Marine essayait d’expliquer ce que Jarwal avait découvert à travers la perte de sa mémoire.

« Il dit que si on reste attaché à notre mémoire, on perd la conscience de la vie. Mais c’est compliqué à expliquer en fait. C’est comme si le passé que notre mémoire garde en elle nous privait de la compréhension de la vie immédiate.

-Un peu comme si on traînait un fardeau. On dépense notre énergie pour ça alors qu’on devrait l’utiliser dans l’instant présent, c’est ça ? demanda Tian.

-Oui, c’est ça, acquiesça Marine, en souriant au jeune garçon. Mais en plus, Jarwal disait qu’on en finissait par ne plus exister réellement. On se souvenait d’avoir vécu et on se servait de ces souvenirs pour recevoir le présent.

-Par exemple, en ce moment, on est tellement attaché au souvenir de Jarwal qu’on en finit par ne plus voir ce qui nous entoure, ajouta Léo, alors que la petite troupe arrivait au col.

-Tu as bien raison, petit frère, renchérit Rémi. On ne se sert même pas de ce que Jarwal nous a appris. C’est nul.

-C’est bien la preuve que quand on apprend quelque chose, ça n’est pas pour autant que c’est à nous.

-Oh oui, Léo, alors tu imagines un peu avec tout ce qu’on doit avaler à l’école, reprit Marine. Et en plus, ça ne nous concerne pas directement. C’est juste du savoir. Alors que Jarwal, il nous parle de notre vie. Et pourtant, même ça, on n’arrive pas vraiment à s’en servir.

- Dites donc, vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai à être avec vous. Je pensais qu’on allait juste faire une balade en montagne et j’étais déjà très contente mais alors, là, ça dépasse tout ce que j’espérais, lança Lou, rayonnante. C’est chouette toutes ces discussions. C’est triste d’ailleurs qu’à l’école, on ne parle jamais de tout ça et même entre nous, comme si l’endroit lui-même nous rendait bête.

-Ah, ah, éclata Tian, c’est exactement ça, c’est un endroit qui nous rend bête de savoir.  

-Et qui nous éloigne de nous-mêmes, continua Rémi, en nous racontant que c’est pour nous préparer à gagner notre vie. Je déteste cette expression. »

Un regard de Lou que Rémi surprit, un choc immense, l’attention qu’elle lui portait, comme une volonté de le comprendre, de saisir tout ce qu’il portait, la tête légèrement inclinée, une interrogation curieuse, tendre, le bonheur de la rencontre, une découverte inattendue. Comme une fenêtre ouverte sur un espace inconnu.

Ils regardèrent silencieusement les horizons gagnés. La chaîne de la Lauzière et ses arêtes dentelées, les forêts comme arrêtées par une ligne infranchissable, l’altitude dessinée sur le faîte des derniers arbres, une longue ligne régulière courant sur les flancs, les alpages les dominant jusqu’aux premières zones rocheuses et cet élan vertical projetant vers les cieux immobiles des flèches minérales.

Ils percevaient, remontant du fond de la vallée, la rumeur des camions et des voitures filant sur l’autoroute, une rumeur sourde, envahissante.


Marc Lévy

Par Le 15/09/2013

Un merveilleux articleRigolant

Sur LA CAUSE LITTERAIRE. Un excellent site.

Article écrit par Christine BINI.


Lire "Si c'était à refaire" (2)

Ecrit par Christine Bini 18.04.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Robert Laffont

Si c’était à refaire, 2012, 432 pages, 21 €

Ecrivain(s): Marc Levy Edition: Robert Laffont

Lire

 

 

Si c’était à refaire, je ne lirais pas le roman de Marc Levy. Pour toutes sortes de raisons, la première étant que le temps est une denrée précieuse qu’il n’est pas bon de gaspiller sans plaisir. Quant aux autres raisons, elles ont trait à l’idée que je me fais du romanesque en général, de l’invention, du style, etc. Mais, surtout, surtout, je ne lirais pas ce roman de Marc Levy, Si c’était à refaire, car l’un des motifs exploités est le sort des enfants des disparus d’Argentine, los hijos de desaparecidos. Motif traité à la volée, sans précaution ni recul, sans implication ni engagement.

Il y a dans ce roman de Marc Levy – et peut-être dans les autres, je ne sais pas – une caractérisation pesante du personnage principal, du « héros » : parti de rien et gravissant un à un les échelons qui le conduisent à devenir grand reporter au New York Times, il est parfait, il a toujours raison, il donne des leçons, il ne doute pas.

Il y a, dans ce roman-là, des dialogues insipides et des à-peu-près pénibles (« isoler le bon grain du mauvais », par exemple, ou encore « quatre soldats qui escortaient ces âmes inanimées », expression qui ferait hurler de rire s’il ne s’agissait des corps torturés des opposants argentins au régime de Videla), un tape-à-l’œil assez amusant dans l’emploi de l’imparfait du subjonctif. Et une base fantastique rebattue (le héros est assassiné, se réveille bien vivant deux mois plus tôt, et emploie son temps de sursis à rechercher son assassin) à laquelle le romancier n’apporte rien de neuf, de surprenant, de littéraire.

Mais surtout, il y a, dans ce roman-là, une exploitation romanesque assez nauséeuse d’une époque tragique de l’Argentine. Personne n’est vraiment méchant, finalement, dans cette histoire. Le type qui pilotait un des avions à partir desquels on balançait les corps des opposants dans l’océan apparaît comme un bon père : il a « adopté » une enfant de disparus, a toujours caché la véritable origine de l’enfant à son épouse pour ne pas la traumatiser… Il s’est montré bon père, bon mari, voilà ce que comprend le lecteur. Il a fait une bonne action, quoi.

On se souvient sans doute du film de l’Argentin Luis Puenzo, La historia oficial (1985, Oscar du meilleur film étranger, Norma Aleandro sacrée meilleure actrice à Cannes), dans lequel une épouse de fonctionnaire découvrait la vérité à propos de la petite fille qu’elle avait adoptée. On n’a pas oublié l’ambigüité de l’attitude du mari, la tension parfaite du scénario, la presque dernière scène où le mari écrase les doigts de son épouse entre le chambranle et la porte, évoquant toute la violence de la torture du régime en place sans jamais la montrer explicitement.

On connaît peut-être la nouvelle génération d’écrivains argentins (Félix Bruzzone, par exemple) qui s’emparent du passé argentin, de leur propre passé familial.

On est bien loin de cela, dans le roman de Marc Levy. Ce livre utilise un motif politique douloureux pour brosser le portrait du gagnant parfait, attendu, sans profondeur ni psychologie : le journaliste Andrew Stilman fréquente le bar du Marriott, dîne « dans le meilleur restaurant chinois », roule en grosse voiture, est amoureux depuis toujours d’une pom-pom-girl, anticipe sur la situation internationale sans se tromper… Toute l’aventure argentine n’est là que pour servir de décor à la célébration du héros.

Oh oui vraiment, si c’était à refaire, je ne lirais pas le roman de Marc Levy. Trop tard. C’est fait. Baste.


NB : on voit et on entend beaucoup Marc Levy en ce moment, à la télévision, à la radio. À part à peu près égale avec Guillaume Musso, qui lui aussi sort un nouveau livre. Il est intéressant de noter que la teneur du texte lui-même n’est jamais abordée. On demande à l’auteur s’il est inquiet de l’accueil du public, qu’est-ce que ça lui fait d’être l’écrivain français le plus vendu… Mais sur le texte lui-même, rien. C’est qu’il n’y a sans doute rien – ou pas grand-chose – à en dire. On se prend tout de même à rêver… Et si un journaliste osait demander, par exemple, pourquoi on trouve une citation de Mme Du Deffand en exergue de Si c’était à refaire ? En quoi elle éclaire le roman ? Si l’auteur s’inscrit dans une tradition voltairienne ? Sans aucune animosité, sans préjuger des réponses ou des esquives, pourquoi ne demande-t-on pas à Levy – ou à Musso, qui est soumis au même traitement journalistique – dans quel courant de la littérature populaire il pense se situer ? Plutôt que d’insister sur le dédain affiché de la critique et ainsi permettre à l’auteur de rétorquer « ce qui m’importe, c’est d’être lu. Les critiques, vous savez… Et puis, Simenon a été très décrié aussi, en son temps » (sic), on pourrait… et on pourrait aussi… enfin, on pourrait au moins essayer, quoi.


Christine Bini


L'âge adulte

Par Le 15/09/2013

Le passage à l’âge adulte survient lorsque les contingences extérieures étouffent les voyages intérieurs, la capacité à s’asseoir au bord d’un ruisseau et à écouter l’eau qui serpente, à imaginer une bête qui glisse sous les pierres, à regarder les nuages et à les inviter dans son lit, la nuit venue.

L’âge adulte, c’est l’adhésion pleine et entière à un monde rationnel, matériel, planifié, socialement hiérarchisé, du plus misérable au plus fortuné.

Même la richesse intérieure doit être mise au service d’une carrière.

Je pense qu’en vieillissant, je ne pourrais éviter de rajeunir.

Le point de rupture se rapproche.

Viendra un jour où je quitterai le monde social pour réintégrer celui de mes voyages intérieurs et ne plus en revenir.

L'apprentissage

Par Le 15/09/2013

Je joue souvent au tennis avec ma Belle et je suis intrigué par les phénomènes de l’apprentissage. Je sais faire un coup droit à plat, un coup droit lifté mais j’avais du mal avec le revers. Et bien, lorsque j’ai cherché à travailler particulièrement ce coup-là, l’ensemble de mon jeu s’est déréglé…

Il m’a fallu beaucoup de temps pour mettre en place ce revers à une main et tout autant à retrouver la palette des coups que je maîtrisais déjà.

L’image qui m’en vient, c’est celle d’une ligne droite, continue, stable. Elle représente ce que je sais déjà faire. Vient s’y superposer dans l’apprentissage une ligne alternant les hauts et les bas, des courbures plus ou moins prononcées qui couvrent la ligne droite comme une vague de parasites. La connexion avec les acquis est considérablement perturbée par ces parasites générés par l’apprentissage, comme si l’énergie devait être exploitée au-delà de la consommation habituelle et que l’individu tout entier s’en trouvait perturbé. Je perds ma concentration, je perds confiance, je me contracte, j’en oublie les fondamentaux, j’en oublie partiellement tous mes acquis.

Il faut persévérer et rester conscient du phénomène, l’accepter, parvenir à refouler la frustration. Cette frustration est extrêmement perturbatrice et énergétivore. Si elle s’impose, l’apprentissage est considérablement entravé. S’il ne s’agit que d’un jeu, la peur de perdre le match ne vient pas surenchérir encore le trouble mais dans une compétition, l’effet serait désastreux. On entend d’ailleurs souvent les sportifs professionnels parler de cette frustration.

 

Il est aisé d’imaginer ce qu’éprouve un élève tout au long de sa scolarité si personne ne lui explique ces phénomènes intérieurs…

Il ne s’agit donc pas tant de clore un programme scolaire sur une année mais bien avant tout d’amener les enfants à cette observation.

Je leur ai donc dessiné ces deux lignes au tableau, une ligne droite et une ligne aux courbes prononcées, couvrant la première.

« Gardez cette image en vous. Observez ce qui se passe, restez en paix avec vous-mêmes. Tout ce qui se produit est un phénomène naturel. Si vous donnez votre énergie à la peur, vous accentuez la puissance des parasites et vous retardez le retour du calme. C’est comme lorsque vous entrez dans un lac aux eaux pures et translucides. Les alluvions déposées au fond vont être agitées par vos mouvements et vont troubler la clarté de l’eau. Si vous cessez de bouger, ils finiront par se déposer et l’eau retrouvera sa pureté. Il en est de même dans votre esprit.

Calme et attentif. Voilà l’objectif.

Jean-Claude Van Damme

Par Le 15/09/2013

Un marin du Vendée Globe dit : « je nourris l’espoir de réussir ce tour du monde. »

Et bien s’il nourrit l’espoir, il gaspille une partie de l’énergie disponible. Il faut imaginer l’espoir comme un prédateur et l’énergie comme une proie. L’énergie n’a même pas la possibilité de s’enfuir. Elle succombera immanquablement et bien que la réserve d’énergie soit conséquente, cette part entamée ne sera plus disponible.

Quant à donner à l’espoir une matérialité, cela reviendrait à dire : « J’ai l’espoir d’avoir un espoir. » On entre dans l’absurde…

Il convient à mon sens d’identifier en soi ce qui est nécessaire. Pour le marin, il doit œuvrer à la réussite de son tour du monde mais pas à la réussite de son espoir. L’espoir, lui-même, n’est rien d’autre qu’une invention d’ordre psychologique. C’est comme le Temps chronologique. Il n’existe que dans notre capacité à nous projeter dans ce qui a été vécu ou à imaginer ce qui va l’être mais ni le passé, ni le futur n’ont d’existence propre car sans cette dimension psychologique que nous créons, ils ne sont rien. Personne ne peut exister demain, personne n’existe hier.

L’espoir, de la même façon, n’est qu’un espace inventé.

Si je nourris en premier lieu un espoir et que je ne suis pas assouvi, je mourais d’inanition avant même d’œuvrer à l’assouvissement de la faim d’écrire.

Tout cela pourrait relever de la simple dialectique si ça n’avait des conséquences réelles sur nos vies.

Il est indispensable, vital même, d’analyser nos rapports aux mots et aux pensées qui en découlent.

Il suffit de comptabiliser le nombre de fois où nous utilisons l’expression : « J’espère que… »

« J’espère qu’il va faire beau demain. »

C’est totalement inutile d’y songer étant donné que nous n’avons aucune emprise sur le temps.

Il s’agit donc d’identifier, exclusivement, les éléments sur lesquels nous avons un réel pouvoir, ensuite d’extraire de nous ceux qui sont énergétivores, sans que rien de bon n’en sorte, de nous concentrer enfin sur les éléments qui nous grandissent.

Celui qui y parvient s’aperçoit que cette lucidité nourrit sa propre énergie alors que celui qui ignore cette lucidité dépérit dans le gaspillage de l’énergie. Les gens épuisés devraient apprendre à s’observer intérieurement. Je ne parle évidemment pas du mineur chinois ou zambien, ni de tous ceux qui sont exploités par les Marchands…Paix à leurs âmes.

Jean-Claude Vandamme, si souvent moqué, a une expression qui convient parfaitement à cette démarche intérieure: « Be aware ».

A écouter sans modération.

"Ne pas écouter les bruits du monde, écouter le silence de l'âme en soi."

Perceptions extrasensorielles

Par Le 15/09/2013

Les perceptions extrasensorielles (PES) (qui sont perçues en dehors des sens, des organes de la perception) désignent un échange d'information – ou ce qui est perçu comme tel – entre un sujet et son environnement selon des principes inconnus des sciences actuelles. L'expression vient de Joseph Banks Rhine1.

L'existence de telles perceptions est généralement rejetée par les scientifiques. Les études sur ces perceptions étant rarement conduites par des scientifiques jouissant d'une crédibilité suffisante ou d'une méthode rigoureuse, elles sont généralement catégorisées en pseudosciences. C'est pourquoi ce type de phénomène intéresse surtout des chercheurs en marge des circuits officiels du savoir tels les parapsychologues et les amateurs de phénomènes paranormaux.

wikipedia


L'article résume très bien la problématique...

Il faudrait que ça soit des scientifiques "crédibles" qui valident ces perceptions pour qu'elles soient reconnues par la communauté entière et par conséquent par la population.

Mais le paradigme de l'ego encapsulé interdit d'emblée les recherches de ces mêmes scientifiques étant donné qu'ils ont été formés et qu'ils sont payés pour valider le paradigme lui-même. C'est comme si on demandait à un prêtre d'aller prouver l'inexistence de Dieu...

L'expression elle-même contient déjà l'interdiction d'explorer une autre voie. Il s'agirait d'emblée de perceptions "extrasensorielles", c'est à dire émanant de notre environnement, hors de notre enveloppe corporelle et des sens qui nous sont attribués.

Et bien, j'envisage bien autre chose.

Nous ne sommes pas insérés dans une enveloppe hermétique. Nous sommes un corps unique et bien plus encore, une énergie unique. Mais l'éducation reçue depuis la toute petite enfance vient s'opposer à cette perception. L'identité doit se former individuellement. Celle des scientifiques comme celle de toute la population. Tout ce qui est extérieur devient donc ce qui n'est pas moi. Tout ce qui est en moi m'appartient. Le paradigme est installé et les scientifiques auront en charge de le renforcer. Ils ne pourront pas faire autrement d'ailleurs puisque leur salaire en dépend...L'argent crée une dépendance qui ne peut pas être remise en cause.

Tout ce qui ne peut pas être validé par le paradigme est donc inscrit dans un espace "paranormal", des perceptions extrasensorielles.

Ceux qui éprouvent des phénomènes de reconnaissance cellulaire, les âmes soeurs, de synchronicité, de contacts impossibles, d'impressions de déjà-vu, de prémonition, de bouleversements cataclysmiques à la vue d'un paysage, d'un visage, en humant un parfum, en entendant une musique, en prenant la main d'un enfant, en veillant un être aimé, en écoutant l'herbe qui pousse, en observant les nuages, en pleurant au coucher du soleil, en s'asseyant au sommet d'une montagne, tous ceux, toutes celles qui éprouvent des émotions intraduisibles, cette impression de connexion divine, d'osmose, de compassion universelle, tous sont des individus dérangés... La médecine les prendra en charge s'ils succombent à la pression sociale. Les autres seront artistes ou vivront à l'écart et feront de leur vie une oeuvre d'art.

  La perception extrasensorielle, c'est tout simplement une âme qui découvre enfin qu'elle vit bien ailleurs que dans une enveloppe fermée.

L'espérance

Par Le 15/09/2013

Comme tous les dimanches matins, je descends chercher les croissants pour le réveil de la famille. L'auto-radio est déréglé et je lance la recherche des ondes. Je tombe sur une radio d'obédience catholique ":Espérance".

J'écoute le chroniqueur. Il parle de l'espoir et de la détermination. "Le monde va mal mais l'espoir de le changer vient nourrir la détermination de nos actes."

Bien.

C'est un projet fort honorable mais il faudrait observer les effets réels de l'espérance. J'en ai déjà maintes et maintes fois parlé.

Je prends un exemple. J'ai envoyé mon premier manuscrit à un éditeur, il y a 26 ans. J'espérais être édité, bien entendu.

25 ans plus tard, je viens de terminer, hier soir, l'écriture de mon dixième roman.

Deux sont publiés et inconnus.

Un troisième existe en version numérique et n'est pas plus connu que les deux autres.

Quant aux autres, je ne les adresse même plus aux éditeurs.

Alors, qu'est-ce qui vient nourrir ce désir d'écrire encore ?

Certainement pas l'espérance.

Et même, bien au contraire, c'est parce que cette espérance s'est peu à peu effacée que ma détermination est restée intacte. Bien sûr que je serais satisfait si un éditeur venait à prendre l'ensemble de mes textes et cherchait à les faire connaître, je ne vais pas dire le contraire. Mais ça n'est PLUS la raison première de mes écrits.

Je pense que l'espérance est une illusion et qu'elle affecte négativement la détermination car dans l'espérance, il y a une attente et lorsque cette attente se prolonge au-delà des projections envisagées, elle devient un fardeau, un étouffoir, elle devient une "désespérance", une désillusion, une détresse.

En fait, je conçois la création littéraire, dans mon cas, comme un phénomène aussi incontrôlable que la faim. Je n'ai aucun espoir d'avoir faim. J'ai faim et c'est tout. Et je sais quelles sont les actions à conduire pour que cette faim soit calmée. Il n'y a aucune autre intention. C'est un phénomène naturel et son assouvissement une nécessité.  Bien entendu, je peux apporter une attention réelle à la qualité de mes aliments étant donné que cette nourriture apportera à mon organisme l'énergie nécessaire. Mais le fait même d'avoir faim reste malgré tout totalement indépendant de ma volonté.

J'écris de la même façon parce que j'ai faim d'écriture.

Je travaille dès lors à la qualité de mon écriture parce qu'elle nourrit mon âme et l'entraîne dans des efforts constructifs, l'exploration et l'exploitation d'un potentiel que je n'ai pas le droit d'ignorer. Comme je n'ai pas le droit d'ignorer le corps où je vis.

J'écris sans aucune espérance et si l'imaginaire m'entraîne parfois dans des extrapolations de contrats d'édition, je sais que ça n'est qu'une dérive provisoire, comme une ritournelle enfantine qui s'enclenche mécaniquement. Je l'observe, j'écoute sa musique et je m'en amuse mais elle ne nourrit pas ma faim.

Et d'ailleurs, imaginons que je décide de me nourrir, physiquement, d'espérance...La mort serait au bout du chemin.

Si je décidais de nourrir mon âme d'espérance, j'en mourrais tout autant.

Keith Jarret

Par Le 12/09/2013

Cet homme-là doit avoir des neurones blanches et d'autres noires et chacune de ses pensées, chacun de ses gestes, chacun de ses battements de paupières ou mouvements respiratoires se dessinent intérieurement sur des portées infinies qui l'entraînent dans un monde qui ne nous sera jamais accessible. Nous n'en aurons que des échos mais il s'agit déjà d'un cadeau immense.


Un ange passe.

Par Le 12/09/2013

 

LES EVEILLES

 

Extrait

 

"27 août. Le jour de son anniversaire. Un samedi. Ses parents lui avaient donné de quoi acheter un disque. Keith Jarret. The Köln Concert. Il en rêvait depuis longtemps.

« Vas-y mon chéri, prends ton temps, promène-toi, écoute des disques, ça fait si longtemps que tu es là. »

Cette voix adorée.

« Merci Maman. »

Il avait glissé le billet dans sa poche. Il les avait embrassés.

« A tout à l’heure Christian, avait-il dit en se tournant vers son frère. Je vais chercher Keith Jarret. »

Il espérait qu’intérieurement l’évocation du piano cristallin le réjouisse, que la pureté des notes l’investisse, adoucisse ses luttes.

« T’inquiète, je te le prêterai !! »

 

Deux mois qu’il n’avait pas quitté son frère, qu’il était resté à son chevet, deux mois qu’il n’était quasiment pas sorti de l’hôpital. Il avait veillé son frère. Christian. Cliniquement mort. Il n’avait pourtant jamais pensé qu’il pouvait mourir. Il ne l’avait pas quitté.

 

En émergeant du couloir des urgences, il avait réalisé qu’il allait sortir de l’enceinte de l’hôpital. Il s’était arrêté, le cœur battant. Une autre vie. Des gens heureux, affairés, perturbés, inquiets, amoureux, insouciants, des voitures, des vitrines, le bruit de la ville, les couleurs, des odeurs.

Plus de murs aux peintures délavées, les effluves écœurants des désinfectants, les blouses des infirmières, les visages abattus des visiteurs, les voix mesurées, le roulement des chariots, les appels dans les chambres, les sonneries sur le panneau lumineux des salles de veille, les émanations rebutantes des nourritures industrielles, les fenêtres closes, les horizons limités, le silence interminable des nuits, l’ombre invisible de la mort.

 

Il avait traversé le parc puis l’immense parking. Son trouble avait enflé conjointement à la rumeur des rues, à cette approche délicate, il avait pensé au prisonnier qu’on lâche dans la ville après des années d’enfermement.

Premier trottoir. Il s’était dirigé vers le centre ville. L’impression d’un autre monde. Il ne pouvait s’empêcher de dévisager les passants. Tous ces gens pressés qui ne savaient rien de l’hôpital, qui ne voulaient sûrement pas en entendre parler, qui géraient leurs existences agitées comme si tout devait durer. Un groupe de jeunes croisés sur un passage piétons. Ils riaient. Il suffisait pourtant d’un chauffard pour que certaines vies s’arrêtent, que d’autres soient projetées dans un monde de douleurs, d’opérations, de rééducations, de médicaments, de dépendance, de dépressions. Ils ne savaient rien de la vie. Parce qu’ils ignoraient que la mort les guettait. Et pire que la mort encore, la souffrance. Il avait senti avec une force immense qu’il n’appartenait plus à ces groupes humains, à cette frivolité juvénile, qu’il ne pouvait plus supporter cet aveuglement entretenu, il avait eu envie de crier, de leur dire de se taire, de penser à tous les corps brisés qui luttaient jours et nuits sans connaître l’issue du combat, qui s’accrochaient désespérément au goutte à goutte suspendu au-dessus du lit, l’attente d’une opération de la dernière chance, ce corps qui se morcelle, la lucidité de l’esprit qui enregistre chaque dégradation, chaque symptôme, la moindre douleur autopsiée, les médecins qui défilent avec leurs contingents d’adorateurs, leurs dossiers et leur suffisance, leur inhumanité diplômée. Il avait baissé les yeux, il n’était plus de ce monde, lui, ils mourraient tous un jour, demain ou dans vingt ans, quelle importance, la mort était déjà dans leurs cellules, elle les dévorait déjà, insidieusement, nous n’étions jamais seul, la mort était une compagne fidèle. Lui, il savait.

Centre ville, rue de Siam. Il descendait vers le port militaire. Des parfums iodés. Le cri d’un goéland par-dessus les toits.

C’est là qu’il l’avait vue. Elle marchait vers lui. Une tenue, une grâce, une fluidité qui l’avait bouleversé. Un choc inattendu, inespéré, comme si elle évoluait au cœur du monde sans en être aucunement atteinte, comme si le monde n’avait aucune emprise sur elle, comme si la mort n’était qu’une illusion. Toutes les pensées avaient jailli en lui comme un éclair, une fulgurance qui avait effacé en lui deux mois de cauchemar.

Une longue robe blanche, une chemisette bleu ciel, froissée comme du papier crépon, elle marchait les yeux baissés, de longs cheveux blonds flottant sur ses épaules, le balancement mélodieux de ses bras, la rondeur de ses seins sous le tissu, nus pieds dans des sandales à lanières qui remontaient sur ses chevilles, dix mètres, il allait la croiser, il s’était arrêté pour retarder l’échéance, le souffle coupé, plus de bruits, plus de mouvements, la ville avait disparu, il ne restait qu’une bulle protectrice, l’impression d’être entré dans un espace protégé, elle avait levé le visage, elle l’avait regardé, la profondeur d’océan de ses yeux, immenses, bleus, lumineux, il n’avait plus bougé, catalepsie contemplative, elle avait souri, un soleil sur la peau lisse de ses joues, une fleur épanouie, le galbe rosé de ses lèvres, toute la beauté du monde, une envie immense de pleurer, de tomber dans ses bras et de pleurer, de vider toute cette horreur accumulée auprès de son frère, là, sur l’épaule de cette jeune fille, sans bouger, respirer le parfum de sa peau, s’enivrer de douceur, laisser couler les douleurs et s’abandonner à la quiétude, aucun désir, juste la paix, tout oublier.

« Bonjour. »

Elle était passée en l’enlaçant de sa voix.

Le miel de ses notes, il avait ruisselé en lui et s’était lové au creux de sa mémoire, il pourrait la retrouver au milieu d’une foule, juste sa voix, deux notes comme une mélodie soyeuse, une caresse indicible, au-delà des choses connues.

Il s’était adossé à une vitrine, les jambes tremblantes, il ne savait même pas s’il avait répondu, il l’avait regardée s’éloigner, elle flottait au milieu des arabesques de sa robe, suspendue par sa grâce, intouchable, intemporelle, une fée.

Un cadeau d’ange."

 

 

 

JUSQU'AU BOUT : Seul

Par Le 09/09/2013

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ROMAN : JUSQU'AU BOUT

                                                               Sous les arbres, quand il approcha de l’océan et qu’il entendit sa rumeur par-delà les dunes, il ôta son tee short. Il aurait voulu se mettre nu pour se présenter devant lui mais les hommes ne l’auraient pas compris. Leurs yeux vicieux auraient pris cela pour une agression ou une perversion quand il ne s’agissait que d’une offrande. Il garda son pantalon et escalada le dôme de sable.

Quand il déboucha au sommet des dunes, il fut saisi par la beauté du paysage. Il s’arrêta.

« Bonjour », dit-il à la mer.

Il en était persuadé désormais, elle était vivante comme lui, comme le soleil, comme les nuages, les oiseaux, les arbres, les poissons cachés tout rayonnait d’une lumière commune. Il fallait simplement trouver l’osmose, la synergie, la résonance universelle, comme le bouton d’une radio qu’il suffisait de tourner pour trouver les ondes. Il inspira une grande bouffée d’air iodé et essaya de visualiser les particules gazeuses dans son être, l’excitation de ses propres cellules au contact de cette vie puissante.

En découvrant le large, il constata que la mer n’avait pas d’ombre, c’était l’être vivant le plus grand et il n’avait pas d’ombre. Il n’y avait jamais pensé car il ne l’avait jamais perçue ainsi, il n’avait toujours vu qu’une immensité agitée ou calme, posée devant les hommes. Parfois, il lui avait bien attribué des caractéristiques humaines, pour s’amuser, marquer de son empreinte un espace naturel, mais il ne l’avait jamais ressentie réellement comme un être à part entière. Il comprenait maintenant combien sa vision avait été réductrice.

Elle était, sur cette planète, l’être vivant possédant la plus grande énergie lumineuse. Voilà pourquoi des foules considérables se ruaient sur son corps, au bord de sa peau bleue et attirante. Tous, ils cherchaient à ressentir cette lumière mais ils ne le savaient pas. Il aurait fallu y penser, accepter l’idée, s’y plonger réellement, puis cesser même d’y penser, apprendre le silence, ça ne faisait pas partie de ce monde agité, c’était trop d’efforts, et simultanément trop d’humilité et d’écoute de soi. Chacun se chargeait de la lumière de la mer, du soleil, du vent, des parfums, des oiseaux blancs du large, pensant simplement à être bronzé, reposé, amusé. Mais pas illuminé…Et pourtant, elle continuait à diffuser sa lumière sans rien attendre en retour. Devant elle, personne ne pouvait réellement se sentir seul ou abandonné. Dans les moments de solitude humaine, il restait toujours cette possibilité de rencontrer un être planétaire.

Cet individu assis, seul, sur une plage ou un rocher n’était pas réellement seul. S’il acceptait d’écouter la lumière qui rayonne en lui, s’il s’abandonnait et laissait s’établir le lien, le lien unique, immense, le lien avec la mer, avec l’univers, comment aurait-il pu se sentir seul ! C’était impossible. Il fallait le dire aux hommes, aux enfants d’abord. Oui, d’abord aux enfants. Ils écouteraient immédiatement car ils le savaient déjà mais n’osaient pas le dire. Les adultes sont si réducteurs, si raisonnables…Si coupables aussi. Non… Pas de condamnation…Il fallait développer le bien, ne pas les juger mais les aider.

Il étouffa sa colère sous les caresses du soleil.

Il descendit sur la plage. Il enleva ses chaussures dans la pente et il pensa que, comme lui à cet instant, tout descendait un jour à la mer, les glaciers et les ruisseaux, les rivières et les fleuves, les routes humaines et les chemins de forêts, tout aboutissait finalement dans ce grand corps accueillant et même si on restait au bord, même si on ne s’aventurait pas sur sa peau et qu’on restait assis contre ce ventre immense, on retrouvait déjà la paix de l’enfant contre sa mère. C’était ça la magie de l’océan…Un refuge offert à l’humanité entière.

Il s’éloigna de la zone d’accès et se déshabilla.

 

Alors, il sentit pleinement le contact.

 

Il marcha sur le sable mouillé. C’était incroyable cette surface d’échange, incessamment excitée, ces caresses entre l’eau et la terre, ce contact permanent…

Contact…

Il sentit soudainement l’importance de ce mot. Il chercha si la terre en possédait un autre plus vaste encore et pensa à l’atmosphère. La planète et son atmosphère. C’était comme cette vague sur cette plage. L’atmosphère se couchait sur le corps de la Terre, l’enlaçant totalement, la caressant, la protégeant et cette atmosphère, elle-même, baignait dans un environnement plus vaste.

Il pensa que nous étions tous protégés par plus grand que nous et tous reliés par cette lumière commune, que la plupart des scientifiques, trop présomptueux, trop limités par leurs connaissances, ne parviendraient jamais ni à identifier, ni à situer, ni même à comprendre. L’humilité restait le fondement de l’amour.

 

Il marcha sur le sable mouillé comme sur un lit défait, le point de rencontre de deux amants suprêmes. Chaque vague étirait son grand corps vers la plage lascive, étendait des nappes mouvantes, écumeuses et pétillantes comme autant de langues curieuses et il sentait émaner du sable mouillé des parfums subtils, des envolées d’essences délicates. Son corps, enveloppé dans ces baumes inconnus, se revigorait et se renforçait. Il suffisait d’être là, ouvert au monde, réceptif.

Oublier d’être l’homme pour devenir le complice.

 

Il contempla l’étendue et pensa que c’était l’amour qui s’ouvrait devant lui, la paix, la beauté simple et nue, des odeurs mêlées, un corps offert aux regards, juste aux regards, pour le plaisir des yeux, et puis surtout cette complicité silencieuse, l’inutilité des mots, le bonheur limpide d’être ensemble, juste ensemble, c’était beau, si beau et si tendre.

 

Il se sentit fort et heureux. Il marcha sans penser, sur un rythme de houle, les pas dans le sable comme le parcours respectueux des doigts d’un homme sur un corps de femme, des gestes délicats, légers, effleurements subtils. Il n’aurait pas osé courir, il voulait juste que le sable le sente passer, délicatement. Il laissa une vague lécher ses pieds. Ce fut comme un salut matinal, un bonjour joyeux mais un peu endormi. L’eau se retira avec un sourire écumeux, des petites bulles d’air pleines de joies qui se dispersèrent dans le rouleau suivant.

Il se demanda si l’océan avait pu ressentir ce contact. Est-ce qu’il percevait toute la vie qui l’habitait, les poissons amoureux, les coquillages multicolores, les baleines câlines, les dauphins joueurs, les algues dansantes ? Et les hommes, est-ce qu’il les ressentait comme des prédateurs impitoyables ou parfois aussi comme des êtres bons ? Il s’arrêta et regarda le large, lançant sur les horizons ouverts tout l’amour qu’il pouvait diffuser.

Il entra dans l’eau, juste quelques pas, sans atteindre le creux des rouleaux. Il s’allongea sur le dos et attendit la vague suivante. Elle le baigna soigneusement, glissant entre ses cuisses, passant sur ses épaules, jetant malicieusement quelques gouttes sur son ventre, il frissonna au premier contact puis s’abandonna à l’étreinte. Les yeux clos.

 

Il se releva enfin et reprit son sac. Il resta nu et marcha les chevilles dans l’eau. Une trouée dans le ciel dispensa un souffle chaud qui descendit sur la plage comme une haleine solaire. Il s’arrêta et ouvrit la bouche, buvant les ondes célestes, inspirant à pleins poumons cette chaleur ténue mais pleine de promesses.

Au large, des bandes bleues, luisantes de lumière, s’étaient peintes à la limite de la mer. Le vent de la marée montante rameutait vers la côte ces plages éclatantes comme autant de halos incandescents. Des crayons rectilignes, vastes torrents éblouissants, cascadant des altitudes éthérées, tombaient sur la mer enflammée. Il imagina les poissons remontés sous ces auréoles chaudes, jouant à la surface miroitante, frissonnant de bonheur sous leurs écailles.

 

Quand il s’arrêta, il s’aperçut que la courbure de la côte l’isolait de tout. Il ne voyait plus l’accès à la plage et devant lui, aucune zone habitée, ni même portant trace humaine, ne se dessinait. Cette solitude lui parut incroyable, presque irréelle. Le cordon de dunes le coupait de tous regards vers les terres. La mer était vide de toutes embarcations. Aucune trace dans le ciel du passage d’un avion.

 

Seul au monde.

Seul.

Non, il n’était plus seul.

Il ne le serait plus jamais.

Un texte admirable.

Par Le 09/09/2013

Sur le site IPAGINATION.

TEXTE DE JACQUELINE WAUTIER


http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/tete-de-bois-par-jacqueline-wautier


Tête-de-bois

Par Jacqueline Wautier, Le 09/09/2013 à 11:09

C’est un petit soldat digne     – Digne ? Digne !

Quoi qu’il fasse, il le fait jusqu’au bout.

Quoi qu’on lui ordonne, il obéit à tout.

Sourd à lui-même comme à ses peines, jamais il ne proteste ;

Dur à la tâche et sans relâche, toujours il se presse.

Volonté et courage constamment l’emportent ;

Application et soumission sans frein le portent.

 

C’est un petit soldat digne     – Digne ? Digne !

C’est un petit soldat seul       – Seul ? Seul !

Mais il est fier de son caractère bien trempé.

Fier de sa force sans lâcheté ;

De sa vaillance sans errements ;

De son obéissance sans tourments.

Si ses amis l’appellent Tête-de-bois, ils en parlent en baissant la voix.

 

C’est un petit soldat seul        – Seul ? Seul !

Sur les champs de batailles, dans les prés sans semailles, sous les pierres et grenailles, il sera fort.

Des batailles en pagaille aux semailles de tripailles, pris sous les feux et mitrailles, il sera sans remord.

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Un jour arrive son matin, débute son combat : il reçoit fusil, bottine et gros barda.

Son chef lui dit :

« Plein feu sur l’ennemi    – ils n’ont pas le même habit !

Haro sur les mécréants     – ils n’ont pas le même accent !

Droit sur les sauvages       – ils vivent sur d’autres rivages !

Sus aux vauriens              – ils ne mangent pas le même pain !

Malheur aux voleurs        – ils n’ont pas les mêmes valeurs !

Mort aux hommes-chiens – ils ne nous ressemblent en rien !»

 

Il s’en va ainsi vers une guerre sans rime dont il ignore la raison.

Une campagne pour des prunes qui nourrit tant de rancunes ;

Un conflit de malheurs où l’on perd la raison.

S’en va mener le combat des autres qui en attendent fortune ;

Faire une guerre immonde où l’on meurt pour de bon.

 

Pourtant, sous son habit étrange, l’ennemi a les mêmes tourments ; et derrière leur accent étonnant, ceux que l’on dit mécréants perdent pareil sang.

En outre, maisons de terre, maisons de toile, les sauvages se lèvent au même matin ; aussi, galettes blanches ou pains gris, les vauriens souffrent semblables chagrins.

Au vrai et de source sûre, terre commune ou privée, voleurs ou possesseurs tremblent des mêmes peurs ; et  blanc délavé ou noir appuyé, chiens fuyants ou chats dormants, les humains connaissent un sort équivalent.

Car tous les hommes connaissent la même mort.

Toutes les âmes, toutes les humeurs, qu’elles chantent en ut, qu’elles chantent en ré, qu’elles pensent dans leur langue ou dans la tienne, partent d’un même cœur, d’un même esprit…

 

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C’est un petit soldat las        – Las ? Las !

Et par une nuit trop noire où se perdent les espoirs, sous la futaie il s’allonge et dans l’herbe se repose.

Cependant, en ce sommeil lourd qui oublie le temps pour gommer le désespoir, une énorme araignée tisse sa toile autour de ses pieds alignés ; elle fait tant et si bien, se démenant sans fin, que le héros reposé ne peut bouger ni le doigt ni la main :

– Pourquoi donc me ficeler de la sorte, demande-t-il, tout chagrin ?

– Tu étais sur mon chemin, répond-elle l’air malin.

– Est-ce là raison suffisante, petite insolente ?

– C’est la raison du plus fort, soldat qui dort. Ou peut-être ton destin ? Hasard et circonstances jouent souvent notre sort à la croisée des chemins. Pour tisser je suis née, pour combattre tu es fait.

– Absurde… ronchonne le guerrier solidement ligoté.

– Sais-tu, reprend-elle l’air taquin, pourquoi tu as combattu ces hommes à toi semblables, soldat implacable ?

– Ce sont les ordres, vilain cloporte…

 

L’araignée se tait ; continuant son labeur et consolidant son œuvre.

Enfin, satisfaite, elle s’endort avant que sonne l’heure.

Notre soldat se tient coi, surpris ma foi par cette situation inédite.

Et longtemps il médite sur ce hasard curieux qui l’a livré à ce tisserand bizarre   –réfléchissant à ces questions dignes vraiment que l’on cogite.

Ainsi pensant, il ne voit pas venir à lui une souris hilare :

– Qu’as-tu, soldat sans gloire, pour rester sur ce grabat digne d’un loir ?

Il tressaute, louche, et découvre, béat, l’animal sur son bras :

– Peux-tu m’aider ?

– Assurément, je le peux : en deux coups de dents tu seras délivré, prêt à l’élan !

 

Les souris rongent avec entrain, c’est connu d’avant guerre.

Un coup par-ci, trois par là, et voici libre le fada qui, de surprise, en reste sur son derrière.

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Qu’il ait rêvé, qu’il ait pensé, nul ne le sait ; mais c’est un petit soldat libre désormais        – Libre ? Libre !

Enfin il a compris : hasard ou aléas font le rival ou l’ami.

Enfin il a saisi : au soleil comme à la pluie, le malheur seul est ennemi.

Quoi que l’on dise, quoi que l’on veuille, du nord ou du sud, le deuil toujours nous réunit : tête nue ou corps voilé, la mort sans distinction nous engloutit.

Même une souris l’avait compris, la vie n’a pas de prix…

Même l’araignée lui avait suggéré, l’homme seul a de la valeur.

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C’est un petit soldat libre     – libre ? Libre !

De cette aventure il ne garde nulle blessure, mais de l’essentiel il a pris la mesure.

 

C’est un petit soldat tendre   – Tendre ? Tendre !

Quoi qu’il fasse, il le fait tout doux.

Quoi qu’on lui demande, il réfléchit à tout :

Aux déraisons de la raison quand elle oublie le sens de ses interrogations.

Aux questions qui restent en suspension quand des parenthèses étouffent les émotions…

 

C’est un petit soldat heureux  – Heureux ? Heureux !

Il s’émerveille de tout, de tout…

De la saveur du temps et du goût du vent.

C’est un petit soldat joyeux, et toi ?

 

Ce texte est extrait du recueil "Contes et fables d'une Terre presque ronde", Edilivre

 

L'Enquêteur et le Superviseur.

Par Le 07/09/2013

L'introspection désigne le fait, pour un sujet de s'observer lui-même, de saisir et rapporter ses propres processus cognitifs. L'objectif est de parvenir à une meilleure connaissance de soi et par conséquent à vivre mieux.

Tout le problème, à mon sens, vient de cette intention.  Dès lors que l'intention devient le fil conducteur d'une démarche, elle prend le pouvoir et la lucidité succombe sous le poids immense de cet horizon à atteindre.

L'introspection peut donc devenir tout aussi néfaste que l'inconscience de soi qu'elle cherche à dépasser.

C'est là qu'intervient pour moi une entité séparée de ce cheminement, une méta conscience, le "Superviseur", une parcelle en soi qui ne répond pas à cette introspection mais qui observe "l'Enquêteur" qui vise de son côté cette exploration interne.

Il s'agit de créer, dans une vision macroscopique, un regard neutre, libéré des émotions, des intentions, des objectifs, un observateur dénué de toute personnalité, inerte, déshumanisé. 

Déshumanisé ne signifie pas qu'il va renier ce qui fait l'humain mais qu'il va s'extraire de l'historique de l'humain qui projette une introspection.

Il sera donc un Superviseur.

Si l'introspection n'atteint pas l'objectif espéré, le Superviseur est là pour analyser le cheminement, non pas de l'introspection elle-même, mais de "l'introspecteur", de cet "Enquêteur" et de tous les tourments qui font que l'introspection peut se révéler chaotique...

Il s'agit de se détacher de l'objet de la quête pour étudier l'enquêteur car l'enquêteur ne peut pas s'étudier lui-même, simultanément à l'enquête.

Le Superviseur vient contrer l'idée de l'impossible « indépendance » de l'observateur par rapport à l'objet observé dans le processus.

Ce Superviseur se doit d'être neutre puisqu'en réagissant à une quelconque situation, il rejoindrait l'entité de l'enquêteur et subirait une "contamination".

Prenons un exemple :

J'avais décidé d'écrire une réflexion sur l'introspection et je cherchais en moi les tenants et les aboutissants de la démarche mais à un moment, j'ai senti que la réflexion m'échappait car venait s'y méler ma propre histoire, mes propres errances, des échecs répétés dans la compréhension fine de certains évènements et s'est levés alors, dans un flot d'émotions, le dépit, l'amertume, une certaine colère.

L'Enquêteur perdait le fil car devant lui, l'horizon visé se voilait, un paravent de trames nouées dressait une muraille. L'émotion contaminait l'esprit et le goût amer de l'échec grandissait.

C'est là que le Superviseur doit jouer son rôle. Il est là pour calmer le jeu, du haut de ses altitudes éthérées, il doit élever l'individu tout entier.

Il sait qu'il n'y a rien à atteindre, rien à gagner, ni rien à perdre.

Il n'y a aucun objectif, tout ça n'est qu'un jeu et la pire des solutions envisagées serait de vouloir laisser l'Enquêteur reprendre la main car il n'est plus en état. Il ne sert à rien que l'Enquêteur se torture, se dévalorise, s'humilie, s'auto flagelle ou se glorifie. Il doit juste s'abandonner dans la plénitude bienveillante du Superviseur.

Il sait aussi qu'il est inutile d'en parler à l'Enquêteur.

L'Enquêteur résiste la plupart du temps en arguant que cet abandon est une fuite, l'étendard des lâches, la faiblesse des esprits médiocres et sa colère grandit encore et cette colère accroit encore la hauteur des murailles qui voilent ses regards... Il cogne de toute sa rage contre les citadelles et nourrit la force des ciments. 

Le Superviseur observe tout cela sans aucune pitié, ni le moindre espoir, sans aucune compassion, ni la moindre lassitude.

Il attend.

Il observe.

S'il cherche à s'imposer, l'Enquêteur le prendra mal, il se sentira humilié, ridiculisé, soumis, obligé, contraint. Et de nouvelles émotions gonfleront les armées qui le broient.

Le Superviseur attend l'épuisement de l'Enquêteur, cet instant libérateur où rien d'autre n'est possible.

Et le silence intérieur.

C'est là qu'ils pourront se parler.

Lorsque les émotions auront perdu leur vigueur.

Le flot chaotique se jette dans l'océan de la plénitude et se disperse dans l'immensité. Les alluvions ne sont plus agitées, tout se dépose calmement et la surface s'immobilise.

"Regarde-toi, dira le Superviseur. Regarde dans quel état tu étais. Je ne te reproche rien, tu sais. Puisque si j'existe, c'est à toi que je le dois. 

Nous sommes Un.

 

Pédagogie différenciée.

Par Le 07/09/2013

..." s'épanouir dans la société..."

Je dirais davantage "changer la société"...Car s'épanouir dans une société malade n'est pas un signe de bonne santé.


»La (R)évolution des Colibris»Révolutionner l'éducation

http://www.colibris-lemouvement.org/revolution/revolutionner-leducation/le-plan-education

Le Plan Éducation

 

GRANDE DIRECTION À 50 ANS

Accompagner chaque être humain dans la découverte de lui-même (de ses aptitudes, de ses talents), des autres (vie sociale, règles…) et lui transmettre les savoirs et connaissances dont il aura besoin pour s'épanouir dans la société et relever les défis du siècle.

AXE #1 : Libérer l’école

Permettre aux établissements, aux enseignants, de mener des démarches pédagogiques ouvertes sur les savoirs intellectuels autant que manuels, sensibles, relationnels ; d'explorer des pédagogies adaptées à leurs élèves. Permettre aux chefs d'établissement de choisir leur équipe pédagogique. Permettre aux enseignants d'être des chercheurs en pédagogie. Faire entrer à part entière l'enseignement de la coopération, de la communication interpersonnelle, la connaissance de soi, dans les matières enseignées.

AXE #2 : Libérer les élèves

Placer l'élève et non les savoirs au centre du système scolaire. Faciliter et rendre libre et égaux les choix d'instruction : école publique, privée, école à la maison, etc. Permettre à chaque élève de choisir progressivement son "plan d'étude" : les matières et les disciplines qu'il va étudier, dès le plus jeune âge. Horizontaliser l'enseignement pour que les enseignants ne soient pas les seules sources du savoir mais créent des situations d'apprentissage pour leurs élèves. Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

AXE #3 : Enseigner la nature et l'intelligence des mains

Mettre au cœur de l'enseignement des enfants la connaissance, la compréhension, l'interaction avec
la Nature, tant par l'expérience et l'immersion que par l'étude, dès le plus jeune âge. Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l'être humain à la Nature. Placer les activités manuelles, indispensables à l'équilibre général des compétences, au coeur des programmes. Favoriser ainsi l'épanouissement des enfants, leur estime d'eux-mêmes et une véritable autonomie, gage de sécurité.

AXE #4 : Parfaire la formation des enseignants et revaloriser leur métier

Former les enseignants aux savoirs-être et à la coopération. Développer leur formation à la pédagogie et y inclure au moins un an de stage in situ. S'assurer que les candidats au métier de professeurs aient eu l'occasion de découvrir la vie active à laquelle ils prépareront leurs élèves, à travers l'expérience d'un ou plusieurs métiers notamment. Former les enseignants tout au long de leur carrière. Dans le cursus de départ, former les enseignants à la didactique, aux différentes pédagogies, aux techniques d'apprentissage, à la psychologie de l'enfant et à la gestion des groupes.

AXE #5 : Favoriser une société qui prend soin de ses enfants

Développer l'éducation à la parentalité, tout au long de la vie des parents. Mettre en place des moyens préventifs et curatifs pour lutter activement contre les violences faites aux enfants, et la violence éducative en général.

LEVIERS

Actions des élus nationaux et européens

  • Enrichir la formation des enseignants pour renforcer l’apprentissage de la pédagogie, accentuer les expériences de terrain, inclure savoir-être et coopération.
  • Modifier les programmes scolaires pour y inclure : coopération, savoir-être, écologie et lien à la nature, enseignements manuels et permettre aux élèves de choisir progressivement leurs cursus.
  • Rendre libres et égaux les choix d’instruction (école publique, privée, école à la maison, etc.)
  • Optimiser le fonctionnement de l’Éducation Nationale en limitant le nombre d’administratifs et en augmentant le nombre d’enseignants. Limiter à 20 le nombre d’élèves par classe et augmenter le nombre d’encadrants.
  • Mettre en place un système d’évaluation progressif et favorisant l’estime d’eux-mêmes des élèves.
  • Permettre des passerelles entre les formations et des équivalences nationales et européennes.

Actions des élus locaux

  • Rencontrer les enseignants afin d'avoir une école à murs ouverts en lien avec la vie locale. Favoriser ces échanges.
  • Encourager les démarches de transition écologique et humaine dans les écoles de son territoire : rénovation thermiques, cantines bio, recyclage, etc.

Actions des entrepreneurs

  • Créer des écoles alternatives
  • Être en lien avec les collèges et lycées afin d'ouvrir leurs entreprises pour une ouverture vers le monde professionnel.
  • Se mettre en lien avec des écoles de son territoire pour soutenir des démarches écologiques (fournir la cantine en aliments biologiques, aider au recyclage, proposer des produits d’entretiens respectueux de l’environnement, etc.)

Actions des citoyens

  • Accompagner son enfant au quotidien dans la découverte de lui-même, de ses talents, la relation aux autres et le lien avec la Nature.
  • Être en cohérence avec ce que l'on transmet à son enfant.
  • Inscrire son enfant dans une école qui met l’enfant au cœur de sa démarche pédagogique.
  • S’impliquer dans l’école de son enfant : conseil d’école, fédération de parents d’élèves, cantine, sorties scolaires… Dialoguer avec les chefs d’établissement, enseignants… Proposer des activités.
  • Créer des écoles de parents.

Dialectique

Par Le 05/09/2013

Lors de notre dernière randonnée, pendant une descente relativement raide, j'ai un genou qui a commencé à crier misère, une douleur lancinante.

J'ai donc établi une discussion avec lui en lui expliquant que j'avais bien pris en considération sa situation, que j'allais tenter de le soulager au mieux, que j'étais désolé pour lui mais qu'il fallait de toute façon continuer à descendre et que je lui étais reconnaissant des efforts qu'il allait continuer à produire, que nous étions de toute façon irrémédiablement liés et que je ne pouvais pas le laisser au bord du chemin.

La douleur a disparu.

Il y a longtemps déjà que je ne considère pas "avoir un corps". Je suis un corps. Tout est lié et forme une entité. Chaque parcelle identifiée constitue le territoire. Le territoire doit apprendre à considérer chaque parcelle avec bienveillance et jamais comme un adversaire ou un danger.

Ce genou n'était pas séparé à travers cette douleur de ce territoire et le territoire ne devait pas le rejetter ou tenter de le maîtriser par la force. Seul l'amour pouvait l'apaiser.

  Il s'agit par conséquent d'entrer en communication, de maintenir coûte que coûte cet échange, cette reconnaissance, cette prise en considération, qu'il s'agisse d'une douleur ou d'un bien être.

Il s'agit d'ailleurs là aussi de ne jamais oublier de bénir chaque parcelle du territoire lorsqu'elles participent, toutes à leur mesure, à ce bien être et à ne pas leur attacher d'importance uniquement lorsqu'elles se révèlent par des messages douloureux.

La dialectique prend une importance considérable dans ce fonctionnement.

Si je dis par exemple :

"J'ai mon genou qui me fait mal." Il y a donc un "Je" , un "mon genou" et un "me"...Consternant.

ou

"Mon genou me fait mal", cela signifie que je considère qu'il y a une entité qui se nomme "me" et une entité qui s'appelle "mon" genou et que ce genou fait du mal à me. Une parcelle est donc devenue un danger pour l'identité du territoire. Une espèce de supra organisme...Totalement mégalomane le bonhomme...

"J'ai mal à mon genou." Il m'est impossible d'avoir mal au genou de quelqu'un d'autre...

"J'ai mal au genou." ou "J'ai un genou qui fait mal." Ces deux phrases-là semblent considérer qu'effectivement l'entité "genou" n'est pas dissociée du Je qui le perçoit, les deux restent unifiés et la conscience insérée dans le territoire a identifié une parcelle qui dysfonctionne mais il n'y a pas de rejet. L'entité entière prend en considération le symptôme ressenti.

La phrase la plus appropriée à mon sens resterait pourtant :

"Je suis mal au genou".

Et c'est là que la conscience unifiée peut établir un contact avec cette parcelle parce qu'elle la perçoit avec cette bienveillance salvatrice du Tout qui s'attache à son propre maintien. Rien en moi n'est séparé.

Le plus effroyable dans tout ça reste le conditionnement institué dans l'esprit des enfants...Un véritable désastre.

C'est là qu'il faut absolument les renvoyer constamment à l'observation de soi, dans toutes circonstances.

Ce matin, à la piscine, ceux et celles qui ne parvenaient pas à ressentir le battement de leurs pieds dans la nage crawlée, je les ai arrêtés et je leur ai dit :

"Pendant que vous nagez, vous devez vous survoler avec votre esprit, vous devez vous observer. Regardez votre corps qui nage, ne vous contentez pas de battre des pieds, car vous ne nagerez pas vraiment. Pour nager vraiment, il faut que votre esprit regarde votre corps qui nage. Rien ne sera parfait tant que vous laisserez votre corps nager sans l'observer. Lorsque vous serez parvenus à vous observer et que vous pourrez juger de la qualité de votre geste, que vous parviendrez à rester lucides, calmes, attentifs, précis, économes en énergie, que votre respiration sera régulière, que vous aurez ressenti le bonheur du geste fluide, souple et en même temps puissant, que vous aurez ressenti ce bonheur du corps qui glisse dans l'eau, vous reviendrez à l'intérieur de votre corps et vous l'observerez de l'intérieur, juste par les sensations de glisse dans l'eau, par le bonheur, par le plaisir. "

En fin de séance, pour beaucoup d'enfants, le bonheur du corps dans l'eau, ils l'avaient éprouvé. Maintenant, ils vont vraiment progresser.

"Je ne suis pas un nageur, je suis la nage, je suis l'eau, je suis un univers condensé de particules qui traversent le champ de particules de l'eau, je suis celui qui disparaît dans le bonheur."

L'administration

Par Le 05/09/2013

Il y a presque un an aujourd'hui, l'enseignant référent, chargé de coordonner les dossiers d'elèves rencontrant des difficultés (et non d'élèves "en difficulté") a eu un terrible accident de moto.

Il n'a toujours pas repris son poste...

Il a été remplacé après de longs délais par un enseignant volontaire qui s'est retrouvé à devoir gérer TROIS secteurs. Un travail titanesque pour lequel il n'avait reçu aucune formation et qu'il a pourtant mené avec une énergie considérable, un engagement complet, un professionnalisme indiscutable.

Orientation, enfant handicapé, gestion des dossiers avec la maison du handicap, coordination avec les professionnels du privé ou les CMP, rencontres avec les familles, équipes éducatives...etc, etc, etc...Un travail indispensable pour des situations douloureuses.

Cet enseignant n'a toujours pas été remboursé de ses frais de déplacements, avec sa voiture personnelle bien entendu. Il n'a pas non plus reçu la moindre marque de reconnaissance de la part de la hiérarchie mais alors comble de tout, alors qu'il s'était proposé, le 4 juillet, pour assurer la continuité du service à la rentrée, il n'a pas été reconduit dans cette fonction. Sans autre explication qu'un imbroglio administratif que cette fameuse hiérarchie n'a pas réglé.

Résultat aujourd'hui : personne sur le terrain. Aucune autre enseignant n'a voulu de ce poste et on les comprend.

Coup de fil en urgence de l'Inspection envers le reclus qui les a envoyés chez les Grecs et je l'applaudis haut et fort. 

Tous les dossiers sont donc "suspendus jusqu'à nouvel ordre".

Un ordre, quel ordre, c'est un juste un fabuleux BORDEL géré par des incapables.

Et Peillon qui fait le beau devant les journalistes...

Y'a vraiment des bâtons de dynamite qui se perdent.

Responsabilité

Par Le 05/09/2013

Je lis sur le net un article qui dit que la situation est délicate dans les grandes agglomérations "en raison de la hausse maintenue des températures" et leurs effets sur la pollution...

Incroyable...

C'est donc la chaleur qui est "responsable" de l'état sanitaire des grandes villes.

Alors, moi qui passe une bonne partie de mon temps à apprendre à mes élèves à identifier les responsabilités dans chaque situation, on a ici des "adultes" qui se permettent de détourner la réalité pour trouver un fautif et se dédouaner d'une situation parfaitement identifiée mais qui n'est guère reluisante...

Consternant.

Un autre article présentait l'état catastrophique de certaines rivières dont le débit est devenu insuffisant pour la survie des poissons. Encore une fois, c'est le manque de précipitations qui est mis en avant.

Mais pas le pompage par certains agriculteurs qui s'obstinent à arroser des monocultures en pleine journée, des cultures extrêmement voraces en eau. Alors que les Peuples Premiers savent depuis des millénaires que le mélange des espèces réduit considérablement ce besoin en eau.

Consternant.

S'y ajoutent les retenues d'eau d'EDF et la nécéssité de fournir de l'électricité et de la gaspiller en lampadaires et l'éclairage de vitrines par exemple...

Qu'on éteigne toutes les sources lumineuses inutiles pour commencer.

Qu'on change les méthodes de culture.

Et qu'on cesse d'accuser la Nature.

Quand aux adultes qui viennent dire aux enfants qu'ils doivent se montrer "responsables", je leur répondrais que les plus immatures ne sont pas ceux qu'on croit.

Un exemple ce jour : Nous avons corrigé une fiche de lecture dans laquelle plusieurs consignes de dessin étaient données :

"Dessine un arbre. A gauche de cet arbre, dessine un chat avec de longues moustaches et à droite de l'arbre un ballon rouge."

"Trace un trait horizontal et au-dessus dessine trois triangles qui se touchent."

"Dessine une maison et devant trois fleurs auxquelles il manque un pétale."

etc etc

Plusieurs erreurs identifiées : la latéralité, l'horizontalité, des triangles séparés, le répérage dans l'espace, la précision du graphisme, l'oubli d'une consigne.

Après avoir corrigé les quelques erreurs, nous avons cherché à identifier les fonctionnements internes de chacun.

"Quelles sont les causes exactes de ces erreurs ?"

Car c'est cela qui est intéressant et non pas le résultat en lui-même. Il importe avant tout de remonter à la source.

"Qui est responsable ?"

"Que s'est-il passé ?"

"Quelle information vous a échappé et plus important encore pourquoi nous a-t-elle échappée ?"

"Est-ce qu'il s'agit d'une méconnaissance, d'une inattention, d'une précipitation, d'une inquiétude ?

C'est là que la notion d'observation de soi intervient.

Dans les articles que j'ai lus, je n'ai vu aucune observation de soi...

Consternant.

Ce silence.

Par Le 02/09/2013

 

La haut

 

Ce silence.

Il marchait vers les cieux, sur des pentes rocheuses. Une allée empierrée par des hommes. Il y a si longtemps qu’il faudrait écouter les murmures des pierres pour en retrouver la trace. Des blocs immenses enchâssés comme des diamants…

De quels outils avaient-ils usés ?

Comment avaient-ils porté si haut de tels monuments de granit ?

Comment étaient-ils parvenus à les emboîter ?

Il imaginait la sueur et les paroles, les chants, les pauses avec une miche de pain, une bouteille de vin, des regards voyageant sur les crêtes qui enserraient le vallon.

Et ce silence.

Ce silence de granit, d’herbes reposées, de nuages cajolant le tissu tendu de l’azur, le vent lui-même se berçait de l’immobilité de l’atmosphère, comme subjugué par la douceur, des têtes de rochers comme des peuples fossilisés dressaient vers les altitudes des regards fascinés.

Ce silence.

 Il avait quitté la ville depuis cinq jours.

Il avait sué longuement avant que le vacarme humain ne s’efface de sa mémoire.

Les avions, les trains, les usines, les milliards de moteurs, les tronçonneuses et les machines agricoles, les guerres et les bombes, les cris d’horreur, les enfants qui hurlent, les mères qui agonisent, le vacarme de la folie humaine.

Il aurait voulu enregistrer ce chaos et le projeter en une seule seconde dans les cerveaux des hommes, tous les bruits condensés en une seule note, un hurlement qui déchirerait les neurones jusqu’au plus profond des boîtes crâniennes, un hurlement qu’aucune conscience ne pourrait imaginer, qu’aucune machine ne pourrait reproduire, les agonies des poissons dans les filets dérivants et les couinements aigus des porcs dans les abattoirs, les milliards de bêtes éventrées chaque jour, les cris invisibles des insectes piétinés, des poussins broyés dans les champs de blés par des moissonneuses aveugles, le vacarme de la folie humaine en un seul cri projeté, les gens figés, dans l’instant, les mains écrasant les oreilles, bouches ouvertes, happés par l’horreur, toute l’horreur de ce chaos.

Tués sur le coup.

Le cri qui délivrerait le monde.

L’humanité balayée par son propre hurlement.

 

Il ne resterait que le silence.

Et le chant des oiseaux, les houles du vent dans les chemins d’altitude, la ronde infinie des nuages et ce murmure très lointain de la rotation de la Terre dans l’Univers. Il l’avait déjà entendue ce chant de la Terre. Une fois.

Il ne l’avait jamais oublié. Il avait pleuré comme il pleurait d’amour quand il était dans le ventre de sa mère.

 

Il avait marché cinq jours. Et il avait senti couler en lui la mémoire du vacarme, il avait senti la paix l’emplir, comme un abandon très lent, des résistances à rompre, comme un statut d’homme à abandonner.

Il avait éprouvé cet empoisonnement du vacarme, il avait deviné la profondeur dans ses fibres des dépôts putrides, il s’était forcé à suer, larmes et eaux, tristesse et rage, comme une épuration indispensable.

 

Et puis, il avait découvert ce vallon.

Un chemin empierré, des sommets comme une ronde, des crêtes dentelées et des éboulis impassibles, il avait été surpris par la quantité colossale de roches entassées alors que rien ne bougeait, comme si les pierres ne se décrochaient que dans le secret des nuits, rien, le silence, pas un mouvement, pas une bête, pas un oiseau, pas un avion dans le ciel, aucun bruit de moteur. Aucun bruit.

Il s’était assis sur une roche plate et soudainement, il avait entendu son cœur. Un battement sourd jusqu’au bout des doigts.

Il avait retenu sa respiration.  

Boum………Boum……..Boum……

Il avait fermé les yeux.

Boum……Boum……Boum…..

Le ruissellement de son sang, le battement des cellules, la consommation des énergies insérées, le flux vital qui se prolongeait, puisait dans les réserves, entretenait la flamme, pas son existence limitée d'être humain mais le lien avec la vie, au-delà de lui.

Il avait entendu ce qui ne s’entend pas.

Là-Haut.

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