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Articles de la-haut

DAZIBAOUEB

Par Le 31/10/2012

UN SITE à découvrir; Infos et articles écrits par les abonnés.

http://www.dazibaoueb.com/article.php?art=77

Auteur : Marc L.

DAZIBAOUEB est en quête d'une information vraiment alternative, notre but est d'être les passeurs d'une information pluraliste, ouverte, indépendante et pertinente dans l'impertinence.

Notre défi est d'aller au-delà des apparences et des discours officiels relayés par les médias dominants et de vous donner l'envie et les moyen d'être vous aussi passeurs d'infos et acteurs de votre devenir.

Il nous a semblé tout indiqué de reprendre une très ancienne tradition extrême-orientale : le DAZIBAO et de l'adapter au web pour en faire DAZIBAOUEB.

Le dazibao, littéralement « journal à grands caractères » en Chine est une affiche rédigée par un simple citoyen, traitant d'un sujet politique ou moral, et placardée pour être lue par le public. L'expression de l'opinion publique par l'affichage est une tradition de la Chine impériale.

Les voyageurs rapportent que les citoyens mécontents écrivaient ou imprimaient des affiches pour critiquer l'administration du magistrat impérial, qui étaient placardées dans la ville et jusque dans la rue devant le tribunal, siège du magistrat. Le peuple se rassemblait autour des affiches pour les commenter.

De la même manière, chacun peut publier un article sur Dazibaoueb et commenter les articles publiés.

Ne subissons plus l'info, faisons là !


Un article sur l'école.

Dans La nouvelle école capitaliste, ces profs chercheurs démontrent comment le système scolaire français s’est plié à la politique néolibérale et a désormais pour objectif de former des travailleurs capables de répondre aux exigences des entreprises.
Excessif ? Pas du tout : il suffit de lire les rapports de la Commission européenne et de l’OCDE, à l’origine de cette transformation entamée dans les années 80 et accélérée par Sarkozy.

nouvelle-ecole-capitaliste.jpg

ISBN 978-2-7071-6948-8 19,50€ / parution aout 2011
Ce qui ressemble aujourd’hui à un sabotage de l’école – suppressions de classes, réduction des effectifs enseignants et appauvrissement de la condition enseignante – ne suffit pas à caractériser la mutation historique de l’école. Celle-ci ne joue plus seulement une fonction dans le capitalisme, comme l’ont montré les analyses critiques des années 1970, elle se plie de l’intérieur à la norme sociale du capitalisme.
La connaissance est désormais assimilée à un facteur de rentabilité
L’” employabilité ” est le principe et l’objectif de la normalisation de l’école, de son organisation et de sa pédagogie. L’école devient peu à peu un système hiérarchisé d’entreprises productrices de ” capital humain ” au service de l’” économie de la connaissance”. Elle cherche moins à transmettre une culture et des savoirs qui valent pour eux-mêmes qu’elle ne tente de fabriquer des individus aptes à s’incorporer dans la machine économique.
La nouvelle école capitaliste généralise et systématise les inégalités
Les effets inégalitaires de la concurrence, la mutilation culturelle introduite par la logique des ” compétences ” ou la prolétarisation croissante du monde enseignant révèlent la perte d’autonomie de l’école par rapport au nouveau capitalisme et aux luttes des classes sociales autour de l’enjeu scolaire.
Dans ce livre de combat et de théorie, les auteurs renouvellent la sociologie critique de l’éducation en inscrivant les mutations de l’institution scolaire et universitaire dans celles du capitalisme contemporain. Ils entendent ainsi donner à tous ceux qui se sentent concernés par cette problématique éminemment politique les outils d’analyse pour construire une alternative convaincante et résolue.
L’école idéale, est-ce une utopie ?
Durkheim, un des fondateurs de la sociologie moderne, disait que si on veut comprendre un système d’enseignement, il faut essayer de comprendre quel homme il veut former. Veut-on, comme aujourd’hui, former un humble travailleur flexible et docile ? Où veut-on concevoir un nouveau citoyen ? C’est à dire quelqu’un qui nse contentera pas de voter tous les cinq ans pour son nouveau dirigeant, mais un citoyen qui, doté des outils de compréhension et d’action sur le monde, sera armé pour participer activement à la vie publique et au gouvernement économique.
Ce projet là est plus que jamais actuel. Jaurès allait jusqu’à dire qu’il faudrait être fou pour rêver d’une école plus égalitaire dans le monde capitaliste. Une véritable école démocratique n’est concevable que dans une société démocratique. C’est cette ambition que nous devons avoir.
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Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux sont enseignants et chercheurs. Ils sont membres de l’lnslitut de recherches de la FSU où ils animent un séminaire public sur ” Les politiques néolibérales et l’action syndicale “. Ils ont publié plusieurs ouvrages sur les questions d’éducation.

Un rêve revendicatif.

Par Le 30/10/2012

Levé à 4h15, je ne dors plus là...Je rêve des dialogues des personnages de mon bouquin...Ils me causent comme si j'étais dans leur histoire. Là, je viens de rencontrer le personnage principal dans un café...

Il m'a dit qu'il voulait revoir sa fille...Il avait un visage radieux. Il y avait la rue derrière la vitrine. J'ai vu ses yeux...Je l'écoutais simplement, il y avait du mouvement dans la salle mais je ne sais pas qui c'était, je ne me souviens que de mon interlocuteur.

Alors, voilà, c'est écrit. Sa fille va venir le voir. Et c'est évident maintenant que ça devait se faire. Tout s'emboîte clairement.

Ce qui m'interpelle, c'est que mon cerveau continue à écrire quand je dors...Ou plutôt, il vit ce que je vais devoir écrire.

"C'est grave Docteur ?

-Oui, assez tout de même.

-Tant mieux."





À COEUR OUVERT

"La sonnerie du téléphone. Numéro de portable de Chloé affiché sur l’écran.

Une peur soudaine, l’imagination qui s’envole.

« Allo Chloé ?

-Bonjour Papa. »

«Papa », elle avait dit « Papa. » Une vague de chaleurs dans son ventre.  

« Je ne te dérange pas ?

 -Non, bien sûr ma belle, je suis très heureux de t’entendre.

-J’aimerais te voir Papa.

-Quelque chose ne va pas ? »

Elle avait une voix éteinte, presqu’un murmure, comme un condamné dans ses dernières paroles.

« Je m’en veux, Papa. Je m’en veux de ma colère contre toi.

-Il ne faut pas Chloé, tu avais toutes les raisons d’être en colère. Je comprends tout à fait. Je n’ai pas été assez présent pour toi et en plus je suis parti. Tu ne pouvais pas réagir autrement.

-C’est fini tout ça, Papa. »

Les larmes qui s’imposaient, l’écran disparaissait derrière un voile humide, un kaléidoscope dont les mots lui parvenaient comme des douceurs insurmontables. Il posa un coude sur la table et appuya la tête dans la main, une lourdeur brutale, une fatigue immense, comme un fardeau déposé et qui révèle dans la fin des efforts prolongés l’écrasement de la masse.   

« Papa, tu es là ?

-Oui, Chloé, je t’écoute, je suis là.

-Papa, j’ai beaucoup parlé avec Maman, elle m’a beaucoup aidé à comprendre. Et j’y ai beaucoup réfléchi aussi. Je sais que tu travaillais pour notre bien, pour qu’on ait une vie facile, qu’on ne manque de rien. Je sais aussi que tu as ouvert un compte pour moi et que tu y as déposé beaucoup d’argent pour mon cabinet d’architecte. »

Elle revenait vers lui pour l’argent, sa seule reconnaissance, une peur terrible qui rongeait ses entrailles.

« Mais ça n’est pas ça l’important Papa. J’ai compris que c’était ta façon de m’aimer, que tu ne savais pas faire autrement et lorsque tu as changé après ton opération, je ne t’ai plus reconnu et j’ai cru que tu ne m’aimais plus. C’était idiot. Je te reprochais ce que j’avais toujours espéré sans me l’avouer. »

Il ne l’avait jamais entendue parler avec une telle clairvoyance. Il se reprocha cette idée ancienne qu’il ne pourrait jamais retrouver sa fille, qu’il n’aurait plus jamais avec elle cette complicité dont rêve un père, cet accompagnement confiant et respectueux, attentif et sans être intrusif, cet équilibre délicat qui relève de l’art d’aimer. Il se promit d’appeler Alice.

« Est-ce que tu vas revenir à Paris prochainement ?

-Je viens de voir un nouveau cardiologue à Clermont-Ferrand mais il ne me plaît pas du tout. Je vais retourner voir celui qui m’a opéré. Mais ça n’est pas pour tout de suite. Mais je peux venir n’importe quand de toute façon. C’est à toi de me dire quand tu seras disponible.

-N’importe quand Papa. Pendant les vacances de Noël, si tu veux. Ou alors, c’est moi qui viens te voir ! »

Il essuya ses larmes et respira profondément. Ne jamais désavouer la vie, ne jamais croire qu’elle n’a plus rien à montrer, que le parcours à venir est déjà tracé. Et même s’il l’est dans une dimension qui nous échappe, ne jamais croire qu’on peut l’imaginer. Les idées qui jaillissaient en lui. Comme des graines maintenues en terre pendant des siècles de sécheresse et qui profitaient d’une pluie soudaine. Tout allait trop vite, des grésillements dans sa poitrine, il aurait voulu serrer Cholé dans ses bras.

« C’est un immense bonheur que tu me donnes Chloé. »

Elle perçut dans sa voix des larmes cachées, des émotions suprêmes.

« Moi aussi, je suis heureuse Papa. »

Ils décidèrent d’une date, il viendrait la chercher à la gare de Clermont.

« Tu sais Chloé, j’ai rencontré une femme, elle s’appelle Diane.

-Je sais Papa, Maman me l’a dit. C’est très bien. Tu me la présenteras ?

-Bien sûr Chloé, elle sera là. »

Elle passerait les fêtes de Noël avec eux. Il n’en revenait pas. Elle avait mis fin à la discussion, elle ne voulait pas parler de l’essentiel sans être à ses côtés. Un bouleversement inimaginable.

Ne rien présager des gens. Il n’oublierait pas le message.

« Je t’aime Papa, à bientôt. »

Il entendait la voix et la prolongeait en écho, il la laissait rebondir dans l’antre lumineux de son crâne.

Il appela Alice. Il ne devait pas la priver de ce bonheur. Elle l’avait initié, elle en était la source.

Elle décrocha. Une voix enjouée, rieuse, il devinait un bonheur immense. Était-ce cette énergie nouvelle qui avait déclenché l’évolution de Chloé ? La promiscuité au bonheur le rendait-il contagieux ? En était-il de même pour l’éveil à soi ? 

« Oui, Paul j’ai beaucoup discuté avec Chloé. Et ça m’a fait un  bien immense, à moi aussi. Je suis très heureuse que Chloé t’ait appelé et qu’elle veuille te voir. Mais tu sais, je n’y suis pas pour grand-chose. Tu verras, elle a changé. Ou plutôt, elle s’est changée.»

Il ne voulut pas dire qu’à son avis, la vie s’en était chargée.

« Je crois qu’elle a appris à observer ses émotions et à ne plus les considérer comme des vérités intangibles. Ce sont juste des parfums volages et dont il ne faut pas s’enivrer. »

Cette stupéfaction qui ne le quittait plus. Cette pensée ahurissante que tous les gens autour de lui se lançaient dans une voie verticale, un saisissement affamé de l’essentiel. Et lui vint aussitôt  à l’esprit qu’il en était toujours ainsi mais qu’il n’avait pas été capable, antérieurement, de le comprendre. Ces imbrications complexes des relations humaines, ce lacis infini d’influences, le désœuvrement spirituel qui cachait les beautés intérieures. Il n’avait sans doute jamais rencontré la vraie Alice parce qu’il n’avait jamais cherché auparavant à se connaître.

Grésillements amplifiés. Il posa une main sur sa poitrine, un souffle brûlant dans sa gorge, il ouvrit la bouche et respira profondément.

« Paul, il faut que je te laisse, j’ai rendez-vous chez la gynéco.

-La gynéco ?

-Non, non, je ne suis pas enceinte, lança-t-elle en riant. C’est juste une visite routinière. J’entre dans un âge à risque tu sais !

-Ok, je te laisse, passe le bonjour à Philippe.

-Je n’y manquerai pas et je sais que ça lui fera plaisir.

-Prends soin de toi.

-Toi aussi Alice, à bientôt. »

 

  


A CŒUR OUVERT : Le transhumanisme

Par Le 29/10/2012

Coeurouvertwhite

 

 

CHAPITRE 14

 

Ils avaient convenu qu’il appellerait plusieurs fois dans la journée. En arrivant à Clermont, en sortant de chez le cardiologue, en quittant la ville.

La lumière du jour ne perçait toujours pas clairement lorsqu’il arriva en ville. Une chape grise qui maintenait le soleil au secret, un voile tendu qui donnait au ciel l’impression d’un linceul. Il s’en voulut de se laisser aller à de telles comparaisons. L’inquiétude de Diane qui le perturbait.

Il trouva le cabinet. Bâtiment cossu, escalier en plexiglas transparent, il ne voulut pas de l’ascenseur, il avait envie de marcher, des paysages de collines enneigées dans les yeux, une pensée émue pour Diane. Sonnette. Il poussa la lourde porte capitonnée et se présenta à l’accueil.

Une jeune femme, petit chemisier serré sur une poitrine volumineuse, décolleté plongeant, longue tresse blonde, yeux maquillés, lèvres pulpeuses, le prototype de la secrétaire sexy et qui le savait.

« Monsieur Laskin, bienvenue. Le professeur Champotier est impatient de vous rencontrer. Il va vous recevoir. Si vous voulez bien patienter quelques instants.

-Merci. »

Cet accueil enthousiaste le dérangeait. Le visage réjoui de la jeune femme, cette voix chaleureuse, comme si son cas relevait de l’exceptionnel. L’impression désagréable d’être un animal de foire. Il surprit plusieurs fois le regard fasciné de la secrétaire.

Il n’avait jamais vu une salle d’attente aussi luxueuse. Des fauteuils confortables, tables en verre massif, un distributeur d’eau fraîche, des photographies de paysages insérées dans des cadres en aluminium, des peintures d’art moderne minutieusement éclairées par des petits spots, des dalles de marbre au sol, le bureau de l’accueil plus vaste qu’un bureau élyséen, une musique new âge en fond sonore, une propreté absolue, un rangement méthodique, jusqu’aux revues sur les tables disposant de casiers en bois sculpté.

Un homme sortit d’un bureau, discuta quelques secondes avec la secrétaire, il la fit rire et se retourna. Grand, chemise ouverte et pantalon en flanelle. Cheveux poivre sel, une allure sportive.

Il avança vers Paul, le visage réjoui, il tendit une large main avec un sourire écarlate. Une chevalière en or.  

« Monsieur Laskin, j’avais hâte de vous rencontrer, Professeur Champotier. Si vous voulez bien me suivre. »

Un bureau ovale, un luxe clinquant, fauteuil en cuir, un Mac dernier modèle.

« J’ai eu l’immense honneur de suivre une formation de six mois avec le professeur Carpentier et vous êtes mon premier patient portant un cœur Carmat. »

Une euphorie qui lui déplut, un enthousiasme qui tranchait avec le professionnalisme froid et méticuleux des cardiologues qu’il avait vus jusque là. Il était persuadé que ce professeur était un adepte de la chirurgie esthétique. Un visage trop lisse. Il en avait tellement vu des cadres adeptes du bistouri, un argument de vente qu’ils disaient, savoir emballer le produit dans un coffret de luxe. 

« Je connais parfaitement votre dossier Monsieur Laskin, je vais vous épargner le sempiternel questionnaire sur l’historique. Passons tout de suite aux examens si vous le voulez bien. »

Il en connaissait le parcours. Une assistante se présenta. Le même physique que la secrétaire. Le Professeur avait des critères de choix très précis. Il se laissa faire, examens routiniers désormais. Le cardiologue se contentait de poser les questions d’usage tout en étudiant les données informatiques. Il répondit sans s’étendre.

« C’est vraiment une technologie extraordinaire ! Depuis le temps que la communauté médicale attendait ça. Nous avons tous vu tellement de patients succomber dans l’attente d’un greffon. C’est insupportable. Et puis, cette réussite exemplaire ouvre des applications gigantesques. Nous sommes entrés dans l’ère du transhumanisme.

-Le transhumanisme ?

-Vous n’en avez pas entendu parler, Monsieur Laskin ? Je suis surpris que vous n’ayez pas été informé là-dessus, c’est fascinant et vous êtes un précurseur.

-Non, moi, je ne suis qu’un cobaye. »

Un ton cinglant qui interpela le cardiologue. L’homme reprit la lecture des données informatiques. Il parcourait les graphiques d’un œil fasciné.

« En tout cas, le transhumanisme est la clé d’une nouvelle humanité. L’ouverture vers un homme dont les faiblesses chroniques et les plus lourdes auront été effacées. »

Le visage s’était relevé, les yeux brillants. Les pensées qui l’emportaient, comme une allégresse d’enfant devant un cadeau inespéré. Réellement une fascination. Paul en éprouva un malaise. L’impression d’avoir affaire à un Docteur Jekyl. Il faillit lui demander de lui montrer ses diplômes.

« Si je comprends bien, vous considérez que ce cœur est un progrès ?

-Oui, bien entendu. Vous ne le pensez pas Monsieur Laskin ?

-J’aurais préféré être capable d’améliorer mon existence au lieu d’en arriver là.

-Mais puisque le mal était fait, il fallait bien vous sauver, non ?

-Je ne vous dirai pas le contraire. Mais ça ne m’enlèvera pas de l’idée que la prévention doit rester une priorité. La connaissance de soi. La lucidité, voilà la mission essentielle.

-Vous n’aviez eu aucun signe alarmant avant votre infarctus Monsieur Laskin ?

-Aucun d’un point de vue physiologique. Beaucoup d’un point de vue existentiel.

-Cet aspect-là ne me concerne pas.

-C’est également ce que m’a dit le professeur Carpentier.

-Nous sommes des mécaniciens, Monsieur Laskin.

-Et en quoi consiste votre transhumanisme alors ? Concrètement.

-Le transhumanisme est un mouvement intellectuel qui considère que les sciences doivent améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’homme. Le handicap, la maladie, la vieillesse et même la mort doivent être combattues et pour cela, il convient de transformer l’homme. Les prothèses comme la vôtre représentent l’avenir. Le transhumanisme affirme que l’espèce humaine, dans sa forme actuelle, ne représente pas la fin de notre développement mais est une phase intermédiaire. Vous êtes un exemplaire d’une nouvelle humanité, Monsieur Laskin. Et vous serez de plus en plus nombreux.

-À vous écouter, on dirait que vous m’enviez.

-Si je découvrais que je suis malade du cœur, j’opterais immédiatement pour cette technologie. Je ne voudrais pas d’un greffon humain. Ce système-là est bien plus performant. Pas de traitement médicamenteux, pas de rejet, pas de risque de caillot, vous vivez avec une technologie extraordinaire Monsieur Laskin, bien plus performante qu’un cœur humain.

-Vous oubliez l’autonomie électrique et la durée de vie de cette machine.

-Dans dix ans, au plus, tout cela aura été réglé.

-Est-ce que vous avez idée des transformations intérieures de l’individu ?

-Que voulez-vous dire ?

-Est-ce que vous avez envisagé le fait que cette implantation puisse avoir des conséquences d’ordre existentiel ? Des conséquences insoupçonnables ?

-Il existe un suivi psychologique pour les patients qui le désirent mais je n’ai rien lu de tel dans votre dossier. Vous le souhaiteriez ? Vous avez des difficultés personnelles Monsieur Laskin ? »

Il eut envie de se lever et de partir. Il sut qu’il ne reviendrait jamais.

« Je vais vous dire monsieur Champotier, votre transhumanisme me fait penser à un monde scindé en deux. Une humanité archaïque, originelle, ancestrale, biologiquement indemne et une humanité biologiquement modifiée et ce que vous en dites me laisse craindre que votre désir est d’établir une suprématie, une caste d’immortels ou en tout cas de gens sélectionnés, des nantis. Je devine dans votre démarche une volonté de puissance.

-Je ne prône pas l’eugénisme, contesta le Professeur, ébahi.

-Je ne sais pas ce que c’est Monsieur Champotier. Je n’ai pas vos connaissances. C’est mon cœur qui vous parle. »

Il s’aperçut aussitôt de l’incongruité de la tournure.

« Ou mon âme plutôt. »

 Le professeur posa les feuillets du dossier.

« De quel droit refuseriez-vous la possibilité à tous les malades à travers le monde d’être guéri ?

-Je n’ai aucun droit. Mais lequel possédez-vous pour décider de changer la biologie de l’homme, les mécanismes les plus profonds ?

-Le serment d’Hyppocrate, tout simplement. 

-Au point de vouloir transformer l’homme en machine ?

-Nous ne voulons pas transformer l’homme en machine mais user des machines pour prolonger l’homme.

-Mais quels hommes ? Lesquels, Monsieur Champotier ? Pour l’instant, vous avez besoin de cobayes pour tester vos nouvelles technologies mais les produits les plus perfectionnés seront réservés à une élite, vous le savez bien, l’Humanité a toujours fonctionné comme ça. L’argent interviendra nécessairement un jour. Et là, il s’agit de prolonger la vie et même, vous l’avez dit, de vaincre la mort. Et vous pensez que l’Humanité entière va bénéficier de ça ? Vous êtes naïf ou manipulateur.

-Regrettez-vous votre cœur, Monsieur Laskin ? »

Le ton avait changé. Le sourire scintillant s’était crispé. Mâchoires serrées.

« Je ne suis qu’un cobaye. Un cobaye vivant. Et si je venais à mourir, vous vous empresseriez de m’autopsier pour mieux comprendre votre machine.

-Afin de sauver d’autres vies, c’est toujours comme ça que ça fonctionne.

-Tout à fait d’accord et c’est normal. Mais ce que vous proposez désormais n’a plus rien à voir. J’imagine davantage une volonté d’expérimentation pour établir un deuxième groupe humain.    

-Vous êtes insultant, Monsieur Laskin.

-Pourquoi prenez-vous ça pour une attaque personnelle ? Vous vous considérez comme un pilier de ce projet ? Et si cela vous touche, c’est bien qu’il doit y avoir quelque chose de vrai. Si vous veniez me dire que je suis un gros con, ça ne me toucherait pas étant donné que ce n’est pas ainsi que je me considère. Alors pourquoi dites-vous que je vous insulte ? »

L’homme reprit les feuillets.

« Vos examens sont parfaits. Rien à dire. »

Il ne voulut pas évoquer les grésillements dans sa poitrine. Pas avec cet homme-là. Il retournerait à Paris le mois prochain.

Il se leva.

« Je vous enverrai les résultats des prises de sang et des autres examens en cours. Si quelque chose de suspect est décelé, je vous alerte immédiatement. Vous restez en ville jusqu’à demain ?

-Non, je rentre. Ma compagne est malade, je ne veux pas attendre.

-Vous prenez le risque de refaire la route si quelque chose le réclame ?

-Il n’y aura rien. Je vais très bien. Je le sais. Je vais même mieux que tout ce que vos examens pourraient déceler. »

Il sortit de la salle sans attendre d’y être invité.

« Je règle à l’accueil, c’est ça ?

-Effectivement. Au revoir Monsieur Laskin.

-Adieu, Monsieur Champotier. »

Marie-France GARAUD

Par Le 28/10/2012

MERCI MADAME. Respect.

La fronde

Par Le 28/10/2012

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/patrons-medecins-enseignants-francois-hollande-face-a-la-contestation_1180441.html

Pas de manifestations massives depuis l'élection de François Hollande, mais des fronts qui s'ouvrent les uns après les autres. Le dernier en date? Ce dimanche, des patrons réclament dans une tribune publiée par le JDD une baisse massive de leurs charges, une idée pourtant écartée par la président cette semaine. Retour en cinq épisodes sur les contestations qui visent le gouvernement. 

1. Les pigeons. D'abord spontané, puis bien organisé, le mouvement des entrepreneurs "pigeons" s'est répandu en quelques jours sur Internet. Sa réussite? Positionner les créateurs d'entreprises en "petit" face au "grand méchant gouvernement". Il leur a fallu moins d'une semaine pour obtenir des aménagements sur la fiscalité entrepreneurs. 

[Lire: pourquoi le mouvement des "pigeons" a marché] 

2. Les médecins. Eux aussi savent se faire entendre. Les toubibs sont parvenus ont réussi à peser sur les négociations sur l'encadrement des dépassements d'honoraires en bloquant longtemps les discussions. Et si leur tentative d'imiter les "pigeons" n'a pas rencontré un succès franc, l'accord final ne leur est vraiment pas défavorable

[Lire: les médecins, un (anti)corps puissant] 

3. Les enseignants. Eux, au moins, ne risquent pas d'aller fronder sur leur compte Facebook. Les enseignants, qui craignent d'être lésés par les réformes de Vincent Peillon, sont tenus à une certaine réserve.

MDR :)))))


S'il savait...

Reste alors la rue: une "mobilisation d'ampleur" pourrait avoir lieu avant le 19 décembre, date à laquelle le projet de loi d'orientation et de programmation sur l'avenir de l'école doit être présenté au Conseil des ministres.  

[Lire: pourquoi les professeurs pourraient se retourner contre Peillon] 

4. Les patrons. Un "ultimatum". C'est ce qu'adressent ce dimanche 98 grands patrons au gouvernement dans une tribune publiée par le JDD. "Nous sommes arrivés au bout de ce qui est supportable", tonnent ces PDG qui plaident pour une baisse massive de leurs charge. 

[Lire: l'ultimatum des patrons à Hollande et Ayrault] 

5. Cheminots, agriculteurs, routiers... à qui le tour? Dans ce contexte où la moindre profession lésée n'hésite pas à faire entendre sa voix, il ne serait pas surprenant de voir, dans les semaines qui viennent, un nouveau front contre le gouvernement apparaître. Faites vos jeux.

Un monde sans humains: le transhumanisme

Par Le 28/10/2012

Où allons-nous?

Vu que j'écris un roman qui a pour objet le premier coeur artificiel implanté chez l'homme, la question du transhumanisme se pose avec urgence.

Transhumanisme

H+, un symbole du transhumanisme

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d'autres techniques émergentes. Les dangers comme les avantages que présentent de telles évolutions préoccupent aussi le mouvement transhumaniste1.

Le terme « transhumanisme » est symbolisé par « H+ » (anciennement « >H »2) et est souvent employé comme synonyme d'« amélioration humaine ». Bien que le premier usage connu du mot « transhumanisme » remonte à 1957, son sens actuel trouve son origine dans les années 1980, lorsque certains futurologues américains ont commencé à structurer ce qui est devenu le mouvement transhumaniste. Les penseurs transhumanistes prédisent que les êtres humains pourraient être capables de se transformer en êtres dotés de capacités telles qu'ils mériteraient l'étiquette de « posthumains »1. Ainsi, le transhumanisme est parfois considéré comme un posthumanisme ou encore comme une forme d'activisme caractérisé par une grande volonté de changement et influencé par les idéaux posthumanistes3. En France, ce mouvement cherche à s'organiser autour de l'Association Française Transhumaniste.

La perspective transhumaniste d'une humanité transformée a suscité de nombreuses réactions, tant positives que négatives, émanant d'horizons de pensée très divers. Francis Fukuyama a ainsi déclaré, à propos du transhumanisme, qu'il s'agit de l'idée la plus dangereuse du monde4, ce à quoi un de ses promoteurs, Ronald Bailey, répond que c'est, au contraire, le « mouvement qui incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l'humanité »5.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme


L'instit'humeurs, suite...

Par Le 27/10/2012

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2012/10/06/une-eleve-difficile-a-integrer.html

Une "élève difficile" à intégrer

Publié le 06 oct 2012 / 38 commentaires


 Il y a quelques jours, Michelle, une collègue de CE1, a reçu la visite de notre chère inspectrice. Ca s’est relativement mal passé. Michelle angoissait pas mal à l’idée de cette visite : elle a dans sa classe une petite fille nommée Kadiatou qui pose de gros problèmes. L’année dernière déjà, la demoiselle a pratiquement foutu en l’air la classe de CP de Gisèle, laquelle a passé ses récrés à pleurer en salle des maîtres, histoire de relâcher la pression.

Kadiatou est une petite fille qui est arrivée en CP peu socialisée et qui n’est pas du tout, mais alors du tout, entrée dans les apprentissages. En CE1, elle ne sait pas lire, écrit à peine son prénom en lettres scriptes majuscules, sait vaguement écrire les nombres jusqu’à 9, ne peut se concentrer plus de 10 minutes sur une tâche simple et a besoin de ludique sinon elle n’est pas intéressée, bref, elle a un niveau de grande section de maternelle, et encore. Comme elle ne peut suivre la classe, et malgré ce que Michelle se crève à lui proposer – graphisme simple, activité ludique sur ordinateur, coloriage, découpage … –, Kadiatou se lève à sa guise, se balade en classe, crie, danse, rit, pleure, sort parfois de la classe, parle aux autres élèves qui travaillent, fait une crise de temps en temps... Seul aspect positif : elle n’est pas souvent violente.

Au quotidien, c’est épuisant, franchement épuisant : lait sur le feu, Kadiatou peut déborder à chaque minute. Elle mobilise une attention énorme, demande une énergie considérable, et forcément la classe en pâtit. Les autres élèves, même habitués, sont moins concentrés, plus agités, le groupe est volatile, instable. Et l’enseignant, toujours sur le qui-vive, jamais détendu, ne peut se consacrer entièrement à sa classe, aux élèves en difficulté qui requièrent une présence de tous les instants.

 

L'inspectrice donne un conseil

Pendant l’inspection Kadiatou s’est tenue relativement correctement, elle s’est contentée de faire du bruit, de parler, de se balader… une Kadiatou light, quoi. Michelle a pu faire à peu près ce qu’elle avait prévu de faire, mais lors du débriefing l’inspectrice lui a d’emblée reproché d’être trop tendue, trop focalisée sur Kadiatou, au détriment du reste de sa classe et de son cours. Michelle est restée un peu interloquée : bien sûr qu’elle était focalisée sur Kadiatou ! Evidemment qu’elle était tendue ! Une inspection, vu la rareté de la chose, est déjà source suffisante de tension, ajoutez-y l’incertitude, l’angoisse de voir se réveiller le phénomène qui peuple vos nuits de cauchemars ou les écourte, on peut comprendre une légère crispation ! Et puis, même sans inspection, avec ce genre de gamin dans sa classe, on est rarement détendu !

Et l’inspectrice de lâcher, manière de diagnostic et de conseil tout à la fois, ces phrases lourdes de sens : « De toute façon, il ne faut pas vous escrimer à vous occuper d’elle, ça ne sert à rien, vous ne pourrez pas faire de miracle ; l’essentiel au fond est qu’elle soit scolarisée  ».

... L’inspectrice a-t-elle mesuré la portée de ses propos ? A-t-elle perçu ce que signifient réellement ces paroles ? Ca ne sert à rien d’essayer d’apprendre quoique ce soit à Kadiatou, de se fatiguer à lui enseigner quelque chose. L’essentiel est qu’elle soit scolarisée. Peu importe ce qu’elle fait en classe, peu importe qu’elle n’apprenne rien. Vous ne pouvez pas faire de miracle. Acceptez de renoncer à ce qu’est votre métier même, enseignant. Faites le deuil de votre mission, de votre devoir, de votre vocation, vous ne pouvez rien pour elle.

Le pire, c’est que ce n’est pas faux. Vu l’état de la gamine, vu ses caractéristiques comportementales, vu son inadaptation à l’école, vu son incapacité à vivre dans une classe, à être élève même juste un peu, vu son environnement social, familial, l’enseignant de CE1 qui travaille sur le sujet et le verbe ne peut pas grand-chose pour elle. Faire faire du travail de maternelle par tranches de 15 minutes à Kadiatou n’y changera fondamentalement rien : que peut-on vraiment, enseignant seul dans sa classe, pour cette petite ?

L’inspectrice a raison sur un point : on ne peut pas faire de miracle. Et c’est précisément ce qui intolérable, inacceptable, car merde à la fin, si on a des élèves dans nos classes, c’est bien pour faire quelque chose d’eux, quelles que soient leurs difficultés, non ?!! Sinon, que font-ils dans nos classes ? Doit-on accepter l’idée que le fait d’être scolarisé constitue un but en soi, peu importe le reste ? Doit-on accepter les conditions de cette scolarisation, les conséquences pour les autres enfants ?

 

D’autres cas

L’année dernière, nous avions dans l’école un cas, Jeff, un gamin de CM1 analphabète complètement instable, au comportement problématique pour lui et pour les autres. Bien que bénéficiant d’un AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) à mi-temps, il a sérieusement miné le moral de son enseignante, Claire, qui nous a confié n’avoir jamais été aussi tendue de toute sa carrière : son anxiété, sa nervosité rejaillissaient sur les autres gamins, parfois à la limite de l’emportement physique. Claire, qui a le mérite de la lucidité, pense que seul avec d’autres gamins comme lui Jeff aurait été encore plus mal, et que cette année, même s’il n’a pour ainsi dire rien appris, lui aura au final été bénéfique.

Mais à quel prix ?... Pour Claire, pourtant solide, qu’on a vu piocher toute l’année ? Pour les autres élèves, perturbés dans la classe ? Pour nous tous dans l’école, qui avons eu à gérer le Jeff dans les récrés, à la cantine, à l’étude, ses victimes, ses coups de sang, ses provocations, ses sorties de route (et encore, on n’est pas malchanceux, il y a des écoles, des classes même, qui comptent plusieurs Jeff…) ?

 

L’année d’avant, c’était Luis, un pré ado primo délinquant, bien connu des services de police du coin. Il était arrivé dans l’école au printemps, c’était sa 4ème école de l’année : on se le refilait comme une patate chaude. Au bout de deux jours il avait retourné la classe de Cathy, et on s’était réparti le bonhomme dans nos classes sur la semaine. Je l’avais une demi-journée : ça ne s’était pas trop mal passé, mais les après-midi où il était parmi nous, je n’étais jamais détendu, les élèves de ma classe non plus. Non travaillions mal, il fallait le plus souvent reprendre le lendemain. Une demi-journée de perdue par semaine. Luis est resté deux mois, il a fait encore deux écoles dans l’année, il est aujourd’hui déscolarisé.

 

Que faire de (pour ?) ces élèves ?

Evidemment le rôle de l’école est d’accueillir les enfants de la République. Mais pour certains d’entre eux, il paraît évident qu’un projet adapté doit être mis en place, et malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Parce que les structures d’accueil spécialisé (CLIS, Classe pour l’Inclusion Scolaire - on notera avec Daniel Calin le remplacement du mot "intégration" par "inclusion" ; IME, Institut Médico-Educatif ; ULIS, Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire …) sont de moins en moins nombreuses : coûteuses en infrastructures, en personnel hautement qualifié, elles sont aujourd’hui sacrifiées sur l’autel des restrictions budgétaires. Mais aussi parce que la prise en charge de ces enfants suppose une reconnaissance officielle à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) sans lesquels rien ne peut être mis en œuvre. Or de nombreux parents, effrayés par l’officialisation des troubles de leur enfant ou simplement en situation de déni, font obstacle et ne permettent pas qu’une telle prise en charge survienne. Or on ne peut rien faire sans l’aval des parents, même dans ces cas-là.

La loi de 2005 sur l’intégration des enfants handicapés a, bien malgré elle, contribué à dégrader la situation. On ne peut que se réjouir de l’intégration des enfants handicapés, j’ai eu une élève autiste dans ma classe pendant deux ans et j’ai adoré travailler avec elle. Mais la loi de 2005 est aussi l’occasion de justifier toutes les intégrations, sans discernement, sans réflexion, sans adaptation, sans réelle vision ni projet particulier, et ce alors qu’elle couvre des situations très diverses, voire radicalement différentes : entre un autiste « de haut niveau », un handicapé moteur en fauteuil et un enfant souffrant de troubles du comportement, peu de points communs.

Vous devez intégrer, dit-on à l’école sans lui donner les moyens de le faire correctement. On se contente trop souvent de balancer sans plus d’accompagnement le gamin dans une classe dont l’instit n’est absolument pas formé pour comprendre ce type d’enfant et encore moins travailler avec. Dans le meilleur des cas on peut compter sur un AVS, très mal payé, peu qualifié, pas formé (et encore, cette année, 2 700 postes en moins alors que la demande explose).

 

Dans un rapport paru il y a quelques jours sur « le climat scolaire en primaire », Eric Debarbieux révèle que 37% des enseignants ont eu au cours de l’année des problèmes avec des enfants gravement perturbés. Il fait également part du malaise des enseignants et de l’hypocrisie institutionnelle : « Il y a eu une étrange naïveté – que beaucoup interprètent comme une volonté plus économique que réellement humaniste – en décrétant une intégration des enfants en difficultés (et l’on se contentera ici de ce terme générique) dans une période de diminution des moyens humains, des aides spécialisées et de la formation professionnelle. La très grande majorité des [enseignants] ne remet pas en cause les valeurs réelles qui sous tendent une école de l’égalité, y compris pour les plus fragiles et les plus difficiles, mais ils estiment l’assumer seuls, sans formation, sans reconnaissance sociale ».

En pleine « Refondation de l’école », il est souhaitable que ces questions soient abordées. Sans quoi la situation des Kadiatou, des Jeff, des Luis (et donc des écoles et des classes qui les accueillent) ne s’améliorera pas dans les années à venir. Des enfants que l’institution a le devoir d’accueillir, mais qu’elle ne se donne pas les moyens d’accueillir correctement, et dont les inspecteurs nous disent qu’on ne peut rien pour eux. Injonction paradoxale.

De son côté, ma collègue Michelle a fait ce que l’inspectrice lui disait : elle n’a plus proposé à Kadiatou d’activités spécifiques, de travail particulier, la laissant libre de faire ce qu’elle voulait pour mieux se concentrer sur le reste de sa classe. Ca a duré une demi-journée : Kadiatou était encore plus insupportable. Forcément, elle n’avait rien à faire. Ce serait trop facile s’il suffisait de faire comme si elle n’existait pas…

 

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5 réactions sur 38

  • La question de la formation (enseignants et AVS) est importante mais ne suffirait pas à répondre de manière satisfaisante à l'intégration des enfants difficiles en classe banale.
    Les prises en charge mentionnées (orthophonie, psychomotricité, psy, CMPP...) sont bien souvent nécessaires. Sébastien Rome parle de rééducation inclusive.
    J'émets cependant des réserves -dans l'idéal, car je sais bien qu'on est loin du tableau avec des PE formés et des enfants pris en charge- car cela représente pour l'enfant des trajets, beaucoup d'intervenants et du temps de classe en pointillé (et je ne parle pas de la surcharge de travail pour l'enseignant de la classe qui sera en lien avec les différents partenaires).
    Il existe des structures chargées d'accueillir et de scolariser ces enfants : les ITEP où la prise en charge est thérapeutique, éducative et pédagogique.

    En cette période de "refondation", il semble malheureusement que le sort des enfants difficiles ne sera pas abordé. Ni celui de l'enseignement spécialisé d'ailleurs. Encore moins celui des établissements médico-sociaux (donc pas Education Nationale).
    Je suis moins convaincue par le maintien en milieu ordinaire de ces enfants -même avec les moyens qui semblent nécessaires- que par un passage en institut spécialisé dont c'est la mission.
    Mais il s'agit d'établissements médico-sociaux : même si ces établissements se battent pour continuer à travailler et à accueillir des enfants, le champ pédagogique passe en dernier. Défendront-ils leurs unités d'enseignement alors que la concertation pour la refondation de l'école les a oubliées ?

  • Blandine TRICAUD 2 weeks ago

    Bonsoir,
    C'est avec beaucoup d'émotion, même 3 ans après que je viens de lire votre article... J'ai eu moi aussi une "Kadiatou" dans ma classe MAIS comme vous le souligniez si justement la violence en PLUS.
    Elle a levé plus d'une fois la main sur moi, j'ai même fait faire par un médecin une constatation pour coups et blessures !!!
    Comme je me suis sentie seule ce jour là. Mes collègues et directrice étaient très présents mais je n'ai eu AUCUN soutien de ma hiérarchie. JAMAIS ! et ça c'est vraiment difficile. Les seules réponses de mon inspecteur furent :
    - Vous représentez l'école de la République vous devez accueillir cet enfant.
    - Faites vous frapper mais SURTOUT ne frappez pas en retour.
    - Si vous n'êtes pas capable de l'accueillir dans votre classe, arrêtez vous...
    Même 3 ans après ça me fait mal. Même les parents des autres élèves qui ont assisté à des scènes de violence à mon encontre n'ont pas bougé !!!
    Ma petite D. avait 6 ans, un parcours de vie certes chaotique mais cela n'excuse pas tout...
    La violence existe contre les instits de l'école primaire je l'ai rencontrée mais personne n'en parle jamais. Merci.

  • PE épuisée 5 days ago

    Je fais comment si X (grand costaud) tape les PS (gros pb de violence entre autres) ? Réponse de l'IEN : ils ne vont pas en mourir.
    X est là aussi pour être seulement en contact (sic!) avec d'autres enfants.
    Blandine, j'ai eu sensiblement le même discours. C'est écœurant.
    J'aimerais que ces IEN viennent et prennent notre classe.

    PE épuisée et enfoncée par la hiérarchie, sans aucun soutien avec 2 bientôt 3 enfants handicapés dans sa classe en ZEP.

  • Blandine TRICAUD 5 days ago

    Chez nous un jour l'inspecteur est passé à l'école alors que D était en pleine "crise", il nous a croisé dans les couloirs en plein désarroi, mais dans ces cas là l'inspecteur est lâche, il pose son dossier sur le bureau de la directrice et il fuit. Fermant derrière lui la porte sur notre colère et fermant les yeux sur la situation infernale que vous vivions.
    Il reviendra pour l'équipe éducative,il entendra les cris pendant une inspection de collègue mais rien pas une fois il n'a affronté la réalité en face, seulement des paroles en l'air...et moi, mes yeux pour pleurer...

A la recherche du Soi perdu.

Par Le 26/10/2012

"Chaque femme porte en elle une force naturelle riche de dons créateurs, de bons instincts et d’un savoir immémorial.
Chaque femme a en elle la Femme Sauvage. Mais la Femme Sauvage, comme la nature sauvage, est victime de la civilisation.
La société, la culture la traquent, la capturent, la musellent, afin qu’elle entre dans le moule réducteur des rôles qui lui sont assignés et ne puisse entendre la voix généreuse issue de son âme profonde."

— Clarissa Pinkola Estès : Femmes qui courent avec les loups


Un livre magnifique. On pourrait faire le même constat avec les enfants, filles et garçons mélangés. La femme comme l'homme ne seront que des résidus. Ceux et celles qui en prendront conscience un jour n'auront plus qu'à partir à "la recherche du Soi perdu."

Au-dessus

Par Le 25/10/2012

"Rien ne peut venir de rien," disait Line, en classe.

Et il est donc impossible de ne rien faire. Puisque la vie est là. C'est elle qui "fait" et nous sommes ses supports. La vie s'observe elle-même à travers les formes qu'elle crée. Nous lui devons de l'observer également. S'extraire de nous-mêmes et lui témoigner de notre attention.

"Que pense la vie de moi ? "

Une question essentielle à mes yeux.

Nulle entité déifiée dans ce propos. La religion est un étouffoir. Elle apporte ses réponses sans avoir écouté les questions. Elle fonctionne par à priori.

Si je tiens à bénir la vie, je n'ai envers elle aucune soumission craintive parce qu'à l'opposé des religions monothéistes, l'amour de la vie élève au lieu de rabaisser à un statut de mécréants ou d'idôlatres.

"Que pense la vie de moi?" n'est pas une supplique emplie de peur, ni un espoir, ni une adoration liturgique mais un dialogue à établir. Je vis au mieux et parfois au moins pire, la vie observe ce chaos ponctué d'instants de paix. Et quand je m'interroge sur ce parcours, je tente de le faire au regard de cette vie en moi. Non pas par rapport à "moi" mais par rapport à la vie en moi. Ce moi qui n'a pas d'existence mais que la vie anime. Je suis la vie en moi. Et sans la vie en moi, je ne suis rien. C'est là que le rien intervient. Et pourtant, nous vivons parfois avec l'outrecuidance d'en oublier cette vie en nous. Et lorsque nous sombrons, il en naît effectivement l'impression d'un rien, d'un néant, d'un abîme. Mais ce marasme existentiel n'a rien à voir avec la vie. C'est un rien imaginaire et indécent, malsain et destructeur. La vie ne détruit pas. Les errances ne sont pas de son fait mais une conséquence de l'indifférence qu'on lui porte. Ou des accusations qu'on lui profère. Toujours cette immaturité existentielle.

  "Que pense la vie de moi ? " est une interrogation délicate, un regard tendre, juste un geste d'amour de l'enfant vers sa mère.

Hachette, je n'achète pas.

Par Le 24/10/2012

Pourquoi il fait jour et nuit ? Hachette apprend n’importe quoi à ma fille

Blandine Grosjean | Redchef adj Rue89

Infosignalée par
un internaute

Nous avons reçu un petit coup de gueule d’un père de famille :


Extrait de « Le Temps, cycle 2 », de Françoise Guichard et Jack Guichard, Les Dossiers Hachette, éd. Hachette, 2011 

« Impossible pour moi de faire apprendre à ma fille (CE1) les aberrations que l’école veut lui enseigner ! Citation à la lettre de la leçon de ce soir : “Si le jour et la nuit se succèdent sans cesse, c’est parce que la Terre tourne autour du Soleil. Elle fait un tour complet en 24 heures.”

Je me demande si demain il va falloir que j’apprenne à ma fille que la Terre est plate. »

L’enseignant n’est pas vraiment responsable de cette hérésie (pour ceux que rien n’aurait choqué, c’est parce que la Terre tourne sur elle-même qu’il y a une alternance du jour et de la nuit).

Hachette s’en remettra. Mais les écoliers ?

C’est écrit dans le manuel numérique enseignant « Le Temps, cycle 2 », Les Dossiers Hachette, éd. Hachette, 2011.


Extrait de « Le Temps, cycle 2 », de Françoise Guichard et Jack Guichard, Les Dossiers Hachette, éd. Hachette, 2011 

Hachette s’en remettra sûrement. Mais les écoliers ?

« La culture scientifique est l’un des points faibles des élèves de l’Hexagone », s’inquiétaient les responsables éducatifs après une énième enquête Pisa sur le niveau des élèves français.

Tour de France

Par Le 24/10/2012

EXCELLENT :))))

tour-de-france.jpg

José Mujica, président de l'Uruguay.

Par Le 22/10/2012

EXCLUSIF AFP - José Mujica: "Je ne suis pas un président pauvre, j'ai besoin de peu"

Le président uruguayen José Mujica s'exprime le 5 septembre 2012 dans son bureau à Montevidéo (Miguel Rojo AFP)

Le président uruguayen José Mujica s'exprime le 5 septembre 2012 dans son bureau à Montevidéo Miguel Rojo AFP

http://www.ladepeche.fr/article/2012/09/08/1435305-exclusif-afp-jose-mujica-je-ne-suis-pas-un-president-pauvre-j-ai-besoin-de-peu.html

"Je ne suis pas un président pauvre, j'ai besoin de peu", explique à l'AFP l'iconoclaste président uruguayen José Mujica, qui reverse presque 90% de son salaire de 9.300 euros à une organisation d'aide au logement et critique la "société de consommation" ainsi que son "hypocrisie" sur la toxicomanie ou l'avortement.

"Je vis dans l'austérité, la renonciation. J'ai besoin de peu pour vivre. Je suis arrivé à cette conclusion parce que j'ai été prisonnier durant 14 ans, dont 10 où si la nuit, on me donnait un matelas, j'étais content", raconte cet ancien guérillero tupamaro, emprisonné sous la dictature (1973-1985).

Elu président de l'Uruguay en 2010 sous la bannière d'une coalition de gauche, "Pépé", comme le surnomment les Uruguayens, affiche en effet de solides convictions concernant l'"esclavagisme" moderne consistant "à vivre pour travailler" au lieu de "travailler pour vivre".

"Le bonheur sur terre (...) ce sont quatre ou cinq choses, les mêmes depuis l'époque de Homère: l'amour, les enfants, une poignée d'amis...", énumère ce président moustachu à l'allure débonnaire, qui ne porte jamais de cravate et apprécie peu les gardes du corps.

Une antienne développée à la tribune du Sommet de l'ONU pour la Terre de Rio, fin juin, et son discours a depuis été vu plusieurs dizaines de milliers de fois sur des sites de partage de vidéo, lui attirant une renommée mondiale.

"Les pauvres ne sont pas ceux qui ont peu mais ceux qui veulent beaucoup", répète-t-il au cours d'un entretien accordé à l'AFP dans son bureau de la présidence encombré de maquettes, poupées et statuettes, offertes en grande partie par des investisseurs chinois.

Sa plus grande richesse ? Le temps. "Quand j'achète quelque chose avec de l'argent, je le paie avec le temps que j'ai passé à gagner cet argent", souligne celui qui a déclaré en mars 2012, à 76 ans, un patrimoine de 170.000 euros, constitué de sa ferme, deux vieilles Volkswagen, trois tracteurs et du matériel agricole.

Théoricien, il n'en reste pas moins politique. Et pragmatique. "Nous serions des imbéciles si nous n'intégrions pas (le Mercosur) celui qui a l'énergie", déclare-t-il notamment à propos de l'entrée récente du Venezuela dans le marché commun constitué de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay.

"Je ne crois pas que la géopolitique détermine seule l'Histoire, mais elle existe, et il est très important" d'en tenir compte, explique-t-il.

Critiquant "l'hypocrisie" des sociétés modernes et des dirigeants mondiaux, il a aussi lancé en juin un vaste débat, qui a dépassé les frontières de ce petit pays de 3,3 millions d'habitants, sur la production et la vente de cannabis sous contrôle de l'Etat, afin de lutter contre le trafic et la toxicomanie.

"Toutes les addictions sont mauvaises", estime M. Mujica, pour autant, "il y a toujours eu de la drogue, les drogues sont bibliques" et "certains n'auraient pas peint ce qu'ils ont peint s'ils n'avaient pas consommé de la drogue...", ajoute-t-il, un sourire provocateur aux lèvres.

Interrogé sur l'interdiction de l'avortement alors que la gauche dirige le pays depuis 2005, il reconnaît des blocages "philosophiques, religieux, intimes", jusque dans les rangs de son parti.

Cette question "devrait être résolue par un vote direct de toutes les femmes d'Uruguay. Et que nous, les hommes, nous nous taisions !", s'emporte-t-il.

A propos de la France, il déclare, ironique: "En bon pays sous-développé, nous admirons Paris". Et poursuit: "Paris m'émerveille parce que toutes les formes de négritude qui existent au monde (y) sont représentées". Avant de se réjouir: les Parisiens "vont tous finir café au lait !"

Le Shen

Par Le 21/10/2012

3h45...J'écris...

Je ne pensais pas en commençant ce nouveau roman que les idées que je voulais explorer m'amèneraient vers la médecine chinoise... Le Shen...



L'émotion liée au Coeur est la joie, mais en excès, elle peut nuire à cet organe (surexcitation).

La joie est gérée par le Shen, psyché organique du Coeur où il se trouve. Le Shen est en fait "l'esprit vital", "l'intelligence", dans le sen
s de "conscience" : celle qui nous permet de juger, d'analyser, de choisir, de décider en posant le pour et le contre : c'est le pouvoir de discernement. Si notre Shen est équilibré, nous avons les idées claires, nous savons alors trier les informations qui nous permettront de choisir la bonne direction ou de choisir en pleine conscience.


Le rôle de l'intestin grêle étant de séparer le pur de l'impur (les nutriments et les déchets), on voit mieux le rapport qui l'unit à cette entité. Une déficience de l'énergie de l'intestin grêle se manifestera par un manque de discernement. Ne parle-t-on pas également de "l'intelligence du coeur", qui nous amène à agir de manière raisonnée et saine? Si notre Shen est équilibré, notre Coeur l'est également et nous prenons la vie du bon côté, avec joie.

Le Coeur étant l'Empereur, l'organe suprême, son lien avec les autres organes est étroit : il gère en effet le sang. Les autres organes sont donc intimement liés. Ainsi, le Poumon aide le Coeur à faire circuler le sang, le Foie stocke le sang, la Rate le crée par l'intermédiaire de la nourriture, les Reins le filtre. Par conséquent, au niveau psychique, le Shen est lié aux autres entités psychiques et à leurs émotions : il y est sensible. Les émotions reçues en excès peuvent le perturber à son tour (trop de colère, par exemple, peut empêcher une réflexion juste, une analyse objective). L'activité mentale peut s'en trouver atteinte, engendrant confusion, perte du fil de nos idées, difficulté à s'exprimer clairement etc...

Je lis, je lis, des dizaines de pages...

L'instit'humeurs.

Par Le 20/10/2012

Un parfait résumé de la situation à venir.

Vouloir rentrer dans l'enseignement aujourd'hui relèverait de l'inconscience.


http://blogs.lexpress.fr/l-instit-humeurs/2012/10/20/peillon-les-instits-seront-les-dindons-de-la-farce/


Peillon : les instits seront les dindons de la farce

Mine de rien, c’est une petite bombe qu’a lâché le Café Pédagogique en révélant le premier la teneur des propositions faites mardi 16 par le ministre Peillon lors de la concertation qui a débuté cette semaine. Une bombe, peu relayée dans les médias, dont la déflagration n’a pas fini de secouer les enseignants de primaire et qui dévalue nettement la réforme des rythmes scolaires, semant au passage le trouble quant à la méthode Peillon.

Abordant la question des rythmes scolaires, Peillon a confirmé que le mercredi matin serait travaillé, que la journée de classe serait bien ramenée à 5 heures de classe au lieu de 6, et a formulé la proposition suivante : l’heure restante (15 h 30 – 16 h 30) sera prise en charge moitié par les collectivités locales, moitié par les instits, qui feront l’aide aux devoirs à leurs élèves dans leur classe entre 15 h 30 et 16 h 00.

 

Dindons

On comprend que le ministre ait eu du mal à trouver qui allait prendre en charge la fameuse 6ème heure d’école. On comprend que le gouvernement ait voulu éviter que cette charge ne soit trop grande pour les collectivités locales, invitées à financer l’encadrement de cette 6ème heure. On comprend que l’état ne voulait pas verser un centime dans cette affaire. On comprend surtout que les enseignants étaient la solution idéale : déjà sur place, déjà payés. Les voici donc chargés d’éponger le manque de moyens d’une réforme qui ne se donne pas les moyens. Les instits vont prendre sur eux les contradictions de la réforme. Ils permettront, seuls, de colmater les brèches nées du décalage entre les intentions et la réalité. Ils paieront les impossibilités structurelles et les empêchements économiques. Les instits, « variables d’ajustement d’un jeu de dupe » (Christian Chevalier, ici).

Voilà un coup qui risque de peser assez lourdement sur le moral des enseignants. On leur avait dit, pas d’augmentation, malgré la perte vertigineuse et constante du pouvoir d’achat depuis 10 ans (cette semaine encore un rapport d’Eurydice confirme l’énorme perte de pouvoir d’achat des enseignants français sur la dernière décennie). Ils ont accepté, la gorge nouée, les instits ne sont pas plus cons que d’autres, ils sont capables de comprendre que les caisses de l’état sont vides, pas d’augmentation.

On leur avait dit, venez une demi-journée de plus par semaine. Ils ont dit d’accord, ils étaient de toute façon les premiers à dire majoritairement que 4 jours d’école était la pire solution. On leur a donc dit, venez le mercredi à l’école. Ils ont dit d’accord, dans l’ensemble, même si certains auraient préféré le samedi. On leur a dit que le mercredi, c’est mieux pour les familles et le tourisme et ils ont dit c’est pas faux, ça s’entend.

Ils ont dit d’accord à tout ça, malgré tout, avalant leur chapeau à l’occasion, dans l’espoir que cela change les choses, pour les élèves, pour leur classe, pour eux.

Voilà qu’on leur demande de venir travailler plus pour gagner pareil. Eux qui travaillent en moyenne 40 heures par semaine, d’après l’Inspection Générale, eux qui sont parmi les enseignants qui travaillent le plus de tout l’OCDE, pour un salaire nettement inférieur à la moyenne.

Surtout, au-delà de leur propre sort, ce qui apparaît de plus en plus nettement aux instits, c’est que cette réforme est en train de se vider de son sang, victime de trop d’incohérence, grosse de trop de contresens, et que tout ce qu’elle était censée apporter, changer en profondeur, s’est perdu en route.

 

Farce

Dès le départ, quand on a annoncé que les journées des élèves seraient moins denses, moins chargées, on était dans l’imposture. Plus courtes elles seront, les journées, certes, mais avouez que 5 h 30 au lieu de 6 heures, ça ne risque pas de changer grand-chose. Et puis, ces journées ne seront certainement pas moins chargées, car dans l’affaire on perd une heure de classe par semaine (23 h au lieu de 24), soit 36 heures sur l’année. Pour faire la même chose qu’avant. En plus vite, donc. En plus pressé, ou alors pas en entier. Dans tous les cas, les élèves en difficulté seront les premiers à trinquer.

Imposture 1 : les journées seront en fait plus denses.

Les devoirs faits à l’école, c’est dans l’air depuis un moment et pourquoi pas, après tout. Question d’égalité, certains n’ont pas la chance d’avoir des parents derrière eux. Mais ce que propose Peillon frise le ridicule : 30 minutes dans la classe, avec tous les élèves. Soit une minute par élève, en gros. Ah, ils vont être bien faits les devoirs ! Ah elles vont être bien sues les leçons !

Imposture 2 : faire croire que les devoirs peuvent être faits dans ces conditions relève de la supercherie.

Sans compter que, après les devoirs, les collectivités locales prendraient le relais pour… 30 minutes. Si on compte les déplacements, le passage aux toilettes, etc., il restera 20 minutes aux collectivités pour faire quoi ? Rien. On parle d’éveil artistique et sportif, on aura à peine de la garderie dans la cour de récré.

Imposture 3 : en 30 minutes, le périscolaire ne pourra rien mettre en place.

Tout se passe donc comme si on voulait sauver les apparences : laisser penser que le nouveau rythme de l’école va enfin permettre des journées plus calmes, plus légères, et ainsi la progression de tous ; laisser croire que les devoirs seront faits correctement et les leçons sues lorsque les enfants rentreront chez eux ; laisser imaginer que les élèves s’enrichiront et se cultiveront sur le temps périscolaire de fin de journée.

 

La fin de l’aide personnalisée, mauvaise solution

A moins que tout ceci précède une autre annonce : la fin de l’aide personnalisée. Ce dispositif avait été mis en place par Darcos en 2008 suite au passage à la semaine de 4 jours. Parmi les 108 heures annuelles de travail des enseignants dégagées par la mesure, 60 avaient été affectées à ce qu’on appelle communément le « soutien ». Ce dispositif a toujours été décrié : d’abord parce qu’il a permis à Darcos puis Chatel de démanteler les RASED, les Réseaux d’Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté chargés d’une expertise que ne possède pas l’instit lambda ; mais aussi parce qu’il n’a pas montré, sur le long terme et à grande échelle, son efficacité, ajoutant de surcroit une heure de classe à la journée déjà chargée d’élèves facilement débordés.

Peillon s’est déjà prononcé en faveur de l’arrêt de l’aide personnalisée. Ira-t-il au bout de sa logique ? Dans ce cas, deux heures de travail devant élèves seraient libérés dans le planning des instits, ce qui correspond exactement aux 4 x 30 minutes d’aide aux devoirs à venir… Sauf que la fin du soutien ne serait de toute façon pas une réponse aux problèmes soulevés plus haut. A l’imposture de l’aide aux devoirs telle que proposée s’ajouterait la suppression de ce qui reste sur le papier une aide aux élèves en difficultés. Et comme Peillon n’a pas les moyens de relancer les RASED…

 

A quoi joue Peillon ?

Peu importe les contradictions, au fond, pour Peillon : d’une part il donne le change aux familles (« aucun enfant ne sera hors de l’école avant 16 h 30 », et plus de corvée de devoirs à la maison), d’autre part il évite la grogne des collectivités locales, enfin surtout il ne débourse pas un sou. Gagnant gagnant.

Reste que du côté des enseignants, c’est plutôt perdant perdant. Les syndicats sont interloqués. « Où est passé l’ambitieuse réforme des rythmes scolaires et ses objectifs de réussite pour tous ? » demande le SNUipp, principal syndicat du primaire, qui déplore « une journée pratiquement aussi longue, une demi-journée supplémentaire le mercredi matin, un deuxième trimestre toujours aussi déséquilibré ». « Si on ne fait que réduire les journées des élèves d’une demi-heure, on sera loin de la grande réforme promise », déclare le SE-Unsa. Le SNES met en garde contre un « risque de désillusion ». « Si les enseignants ont l’impression qu’on les mène en bateau, cela peut déclencher une vague de colère ».

Une colère qu’on a pu vérifier cette semaine sur les réseaux sociaux, où les premiers intéressés se pincent pour y croire : hébétude, atterrement, frustration, incompréhension, déception. Rage. Sentiment, une fois de plus, que la réforme se fait en dépit du bon sens, dictée par tous les impératifs sauf ceux annoncés : le bien des élèves, de la classe.

Peillon pourrait bien sûr faire comme si de rien n’était : après tout il lui serait facile de retourner l’opinion contre ces instits corporatistes qui ne pensent qu’à leur bien-être et sont incapable d’accepter la première réforme venue, de venir travailler une heure de plus chaque semaine. Car les choses ne manqueront pas d’être résumées ainsi. Les enseignants connaissent la musique de la dévalorisation, de la stigmatisation, la Nation prise à témoin, ils l’ont entendue pendant des années.

Sauf qu’il ne s’agit pas d’eux, ici, pas seulement. Que ce soit clair : ce sont les buts que s’est fixés Peillon lui-même qu’il est en passe de manquer. Les intentions de la réforme étaient louables, la tournure qu’elle prend la vide de tout son sang.

Après les espoirs suscités à son arrivée, réels, et la lune de miel qui a suivi, les rapports entre Peillon et les enseignants pourraient se dégrader sérieusement. Parce que le ministre n’hésite pas avec cette proposition à faire des instits les bous-émissaires de la réforme, mais surtout parce que la connaissance des dossiers, le volontarisme, la justesse des diagnostics et la vision pertinente dont avait fait preuve jusqu’ici Peillon ont commencé à se lézarder, et avec, les espoirs de changement.

On sait les sentiments qu’inspirent les plus grandes déceptions.

 

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VOUS POUVRE LIRE LES TRES NOMBREUX COMMENTAIRES SUR LA PAGE DE L AUTEUR;

Un exemple et une vision à laquelle j'adhère pleinement. La population ne soutiendra pas les enseignants parce que l'image des enseignants est désastreuse. Et à juste titre parfois. Point barre. Et Peillon le sait parfaitement bien. C'est même là-dessus qu'il a planifié sa "réforme"...

Bonjour,

La lecture de l’article publié par l’instit’humeurs et des réactions de ses collègues me laisse un peu mitigée.

Toujours le même vieux débat « entre soi », des enseignants complètement vissés dans leur univers et qui n’en sortent pas. Nulle volonté de dialoguer avec les parents – je ne parle pas des parents délégués et encore moins de ceux qui adhèrent à une des deux grosses fédérations : non, le parent lambda, qui bosse en entreprise et qui suit comme il-elle peut, entre le retour du boulot, les courses, ses cinq semaines de congés annuels et quelques RTT qu’il-elle distribue comme ça s’arrange, entre les jours de grève des enseignants, des ATSEM/ATSEP, les fermetures de cantine, les enfants malades … Ce parent qui, le soir, se trouve aux prises avec un enfant qui ne « rentre » pas en sixième, mesdames et messieurs les PE, mais qui y entre (c’est suffisant, pas besoin du « r » superflu).
Ce parent se trouve avec un enseignant qui donne par exemple, en quatrième (eh oui, son enfant a grandi), 17 exercices de maths à faire du jour au lendemain pendant que le prof d’allemand prépare son contrôle du mois et que le prof d’histoire-géo distribue trois pages à apprendre pour deux jours après, mais il faut s’avancer, et .. Ah oui, en français on a un monologue à apprendre et quatre questions auxquelles il faut répondre, j’oubliais l’anglais et le contrôle de SVT pour la fin de la semaine.
Cela ne fait rien, l’enfant avait de l’entraînement. En primaire il-elle avait déjà eu des kyrielles de devoirs et leçons à faire (totalement hors textes, mais ça ne fait rien, les enseignants ont l’habitude de faire leur petite cuisine en louvoyant entre les circulaires).
Si vous voulez que la demi-heure en question soit productive, ne donnez aucune devoir, c’est tout.
Maintenant, il est certain que le corps des PE a davantage d’heures de présence que le corps des certifiés – et ne parlons pas des agrégés. Il est certain qu’il a en charge des enfants souvent (collectivement) épuisants. Bon, ce n’est tout de même pas le bagne qu’on décrit dans ces réactions.
Je précise que j’appartiens à la même maison, que j’ai fait une carrière tardive (courte mais bonne, merci) dans le secondaire à des postes enviables tels que prof de lycée professionnel, chef de travaux puis chef d’établissement adjoint. A l’époque, j’avais le plaisir de voir les feuilles de paie de mes collègues enseignants qui gagnaient plus que moi avec leur heure supp. syndicale (19 heures au lieu de 18, tenable) et les indemnités diverses. Et qui partaient en vacances le soir de la sortie au lieu de se mettre à trimer quand tout le monde s’en allait ou de faire comme moi des semaines de 70 heures de présence dont 50 heures de travail administratif et 20 heures de SAMU-tous-azimuts.
J’ai pu apprécier de l’intérieur à la fois le professionnalisme et le dévouement de certain-e-s, mais aussi hélas le je m’en foutisme d’une majorité peu préoccupée déjà d’enseigner dans un français correct (je vois dans ces colonnes que le mal s’étend et qu’on ne maîtrise plus que les temps de l’indicatif, et encore). Je dis bien « d’une majorité ». Cette majorité est celle qui « s’occupait » de mes enfants, qui s’occupe de mes petits-enfants, et je passe une partie non négligeable de ma retraite à pallier les insuffisances, je dirai, du système, pour ne pas accabler les enseignants mais il y a un peu d’eux tout de même dans ce système, non ?
Vos réactions montrent cette médiocrité, au-delà de la justesse de certains arguments à propos d’une réforme qui ne devrait pas porter ce nom d’ailleurs.
Une réforme, c’est une remise à plat du système et une refondation des grands principes qui le gouvernent, une nouvelle façon de penser l’enseignement et l’éducation, une entreprise de grande envergure précédée si possible d’une très large consultation nationale.
Il y a, dans ce beau ministère, des gens qui savent penser et qui sont les IGAEN. J’en ai rencontré quelques-uns au hasard d’audits d’établissements. Ils auraient pu être partie prenante du débat car ce sont de bons techniciens et de bons intellectuels. On ne les a pas beaucoup entendus …
Comme vous tous, je ne vois rien d’enthousiasmant dans la réforme Peillon qui en effet, est minimaliste, incohérente et va faire porter l’effort, comme le dit le billet de l’instit’humeurs, à la fois sur les communes et sur les fonctionnaires d’état que vous êtes. Je conçois que cela vous embête, mais rappelez-vous bien que ce sont des générations d’enseignants et leurs syndicats qui ont ficelé le système comme il est aujourd’hui : immobiliste, inamovible, étriqué, où toute « réforme » au sens plein du terme met généralement l’ensemble des salariés dans la rue, conduisant ainsi les gouvernants, d’un gouvernement l’autre, à une prudence qui prend le pas sur le sens.

Quant à Peillon, en effet, sa carrière dans l’EN ne lui donne aucune légitimité pour penser quelque réforme que ce soit. Il a d’ailleurs commencé son boulot de ministre en disant quelques sottises passées inaperçues sur l’enseignement professionnel, il la continue en commettant des boulettes hélas lourdes de conséquence sur l’enseignement primaire … Bon, il est conforme à l’ensemble de l’équipe, non ?

Hé bien, on a eu voici trente ans un premier ministre plutôt apte à comprendre les Français, il s’appelait Bérégovoy, on l’a poussé au suicide.

Alors nous méritons nos technocrates et nos crânes d’oeufs.
Désabusée et néanmoins vôtre.


A CŒUR OUVERT : Le destin et l'intention de la vie

Par Le 20/10/2012

Coeurouvertwhite

"Nous vivons dans des schémas de pensées, des répétitions rassurantes sur lesquelles nous bâtissons l’identification qui nous convient et que les autres adoptent. C’est l’habitude. Un leitmotiv ronronnant. Tout ce qui porte atteinte à cette mélodie connue est considérée comme une agression, une atteinte à cette liberté que nous croyons posséder. Alors, nous renforçons les défenses. Accumulation de biens, accumulation de relations, accumulation de connaissances. Mais il n’y a aucune compréhension interne. Tout cela reste tourné vers l’environnement immédiat, une scène onirique. Personne n’est là, réellement. C’est un théâtre de marionnettes. La révélation du drame vient fermer le rideau, les acteurs disparaissent, le jeu s’arrête, le public a quitté la salle, les lumières se sont éteintes. Si les résistances sont suffisamment puissantes, l’individu concerné prend peur. Il appelle au secours, il crie, il hurle, il maudit la vie et ses épreuves. Mais si la rupture est totale, la porte s’ouvre. L’individu découvre une autre forme de perception. Il ne comprend rien mais pourtant, tout tombe en lui comme dans un puits ouvert. Plus aucune résistance. À cœur ouvert. C’est ainsi que je nomme cet état.

-Et pourquoi dites-vous qu’il n’y a pas de hasard ?

-Parce que c’est une intention. Celle de la vie elle-même. Elle a un projet. L’extrême complexité du phénomène vivant ne peut pas être vide de raison. Non pas une raison cartésienne et castratrice mais une raison comme un objectif. Il y a une raison à tout ça.

-Et le drame serait une ouverture ?

-Parce que nous rejetons d’emblée l’idée d’une exploration. Le paradigme établi sert de modèle éducatif. Nous nous sommes trompés.

-Cela signifierait que la vie n’a pas su prévoir ce qui arriverait ?

-Peut-être avions-nous le potentiel et qu’elle nous a laissé le choix de nous en servir. Certains y parviennent sans attendre. D’autres sont sur le seuil. Ils ont juste besoin d’une aide provisoire, un coup de pouce de ce destin qui n’en est pas un.

-Pas de destin non plus alors ? Tout comme le hasard ?

-Non, évidemment. Mais il y a une volonté qui ne nous appartient pas. L’idée de destin suppose que nos vies sont écrites d’avance. Ce qui existe, ce n’est pas un destin fixe et irrémédiable, mais des tendances, des influences profondes, liées à notre passé, nos racines, notre milieu social, notre époque, toute notre éducation. Le destin qui concerne notre futur est une invention du passé. Tout ce qui a été vécu est projeté dans l’avenir si l’individu n’en a pas conscience. C’est comme s’il polluait à priori un espace vierge. Il n’y a rien d’écrit mais il existe un réseau gigantesque d’influences. Il dépend de chacun de les identifier et de s’en extraire si nécessaire. Le destin n’existe pas fondamentalement, c’est l’apathie spirituelle qui le créé. C’est là que je pense que se situe la volonté de la vie. Que nous devenions lucides. Le destin est une vision étroite de nos existences. La volonté de la vie est de nous apprendre à aller voir plus haut.  

-Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir évolué au seuil de cet espace avant mon infarctus. Pourquoi moi ?

-Je n’en sais rien. Et pourquoi moi d’ailleurs ? Et pourquoi pas Tyler ? J’y ai tellement songé que j’ai fini par comprendre qu’il n’y a pas de réponse. Pas à mon niveau de compréhension. Comment pourrais-je ramener à mon échelle le projet d’un Univers alors que j’évolue dans le creuset étroit d’une vie modélisée ? Lorsque la prétention humaine atteint un tel aveuglement, plus rien n’est possible. À la raison de l’Univers, j’oppose la raison de mon conditionnement. Et plus je progresse dans des connaissances ingérées, plus je m’éloigne de l’ouverture de la porte. »

Un tel choc. Il n’avait rien à opposer, rien à ajouter. Le chemin se devait d’être personnel.

« Si tu n’es pas toi-même, qui pourrait l’être à ta place. C’est de Henry David Thoreau, précisa-t-elle. Et je ne veux pas me détacher de ça. C’est pour ça que j’écris. Je pense que seule cette démarche permet d’extraire de soi l’essentiel. Les pensées sont insuffisantes, elles sont trop volages. Si vous cherchez à les développer avec vos semblables, elles se perdront en cours de route parce qu’elles opteront pour la confrontation ou la séduction et cette intention, quelle soit conflictuelle ou imitative, vous arrachera à vous-mêmes. Rien ne peut se faire hors la solitude existentielle. Les mots seront des balises, des scalpels, les outils de l’autopsie. Lorsque j’écris, ce sont les mots qui créent le courant de l’exploration, ils se nourrissent les uns les autres, Il ne s’agit pas seulement de pensées mais de sculptures. Tout reste gravé et la contemplation des architectures déclenche immanquablement le désir de reprendre le burin et de tailler encore et encore dans la masse. Sans ces écrits, vos pensées se sont évanouies depuis bien longtemps déjà. Vous est-il déjà arrivé de parvenir à prolonger le travail déclenché par une pensée, deux, trois ou dix jours après son apparition ? Non, bien sûr, c’est impossible. L’essentiel s’est perdu en route. Il vous restera peut-être le thème principal mais vous devrez reprendre le chemin au départ et même si vous parvenez à retrouver une balise sur le chemin, vous n’aurez plus aucun retour possible sur le chemin parcouru. Vous avancerez par bonds. Rien de continu, rien de linéaire. Juste des pensées anecdotiques et sporadiques. Il est impossible à mes yeux de progresser de cette façon. Et c’est très représentatif justement de la dispersion chronique d’une immense partie de la population. D’autant plus que les bonds sont programmés par les phénomènes extérieurs. L’actualité, les médias, les liens sociaux, la famille, les contingences quotidiennes, professionnelles ou autres. Beaucoup trop de parasites ou d’interférences. Les individus n’ont pas de continuité intérieure. Ils vivent par bonds incontrôlés. »

Elle s’arrêta.

Il l’observait. Elle n’avait pas bougé. Toujours cette tenue de tête, le dos droit, les mains posées sur les cuisses, aucun geste insoumis, aucune tension ou marque d’énervement, une exigence physique, un complet contrôle, un reflet matérialisé de son univers intérieur.

A CŒUR OUVERT : Tu es le chaos de leur monde

Par Le 20/10/2012

 

                 Coeurouvertwhite

 

À COEUR OUVERT

« Diane, vous avez dit tout à l’heure que la solitude dans laquelle je vis correspond à la rupture qui s’est établie avec mes semblables au regard de la vie. Vous ne croyez pas aussi que ce qui m’est arrivé renvoie les gens à leur peur profonde de la mort ?

-C’est la même chose mais pris sous un autre angle. Lorsque les gens pensent à  leur mort, c’est leur vie qui leur apparaît. L’inverse est vrai aussi. Vous êtes désormais le représentant de leur peur et c’est insupportable. Votre cœur a lâché sans explication, votre vie a basculé sans raison, vous êtes le chaos de leur monde. Personne ne vous envie, personne n’a conscience de ce que vous vivez pour la bonne raison que parmi ces gens endormis, il n’y a pas de conscience. Ce sont des machines.

-C’est terrifiant ce que vous dites.

-Pourquoi ?

-J’ai un peu l’impression que vous vous placez au-dessus de tout le monde et je sais pourtant qu’il n’en est rien. Mais cette errance spirituelle dont vous parlez apparaît vraiment comme une condamnation définitive.

-Non, il n’y a aucune condamnation à perpétuité parce qu’il n’y a pas de juge, aucun procès, aucune entité supérieure, ni moi, ni personne d’autre. Même pas de Dieu. Pas tel qu’il a été présenté aux hommes en tout cas. Les hommes sont ce qu’ils décident d’être ou ce qu’ils refusent de devenir. Les raisons sont innombrables. Mais ils sont les seuls responsables. Tout le monde est sur la même route mais nous ne regardons pas les paysages de la même façon. L’environnement prend forme dans nos regards. Ces paysages qui nous entourent ici et que nous aimons tant tous les deux sont un véritable naufrage pour d’autres. Mais l’interprétation de cette réalité n’en fait pas une réalité seconde. Il faut remonter à la source et se libérer des fardeaux. Dans le cheminement intérieur, la démarche est semblable. Les gens qui vous fuient refusent cette réalité parce qu’elle contient à leurs yeux ce qui doit être caché, ignoré, rejeté. Vous êtes le chaos de leur monde, il faut accepter cette idée-là. Mais tous ces êtres qui souffrent et s’illusionnent pour apaiser leurs douleurs, je les aime. Je n’ai aucune colère envers eux, aucun mépris, c’est le sens de cette épicerie aussi. Aussi dérisoire que ça puisse paraître. Comme une enclave ouverte, un îlot de partage, un lieu de rencontres avant d’être un établissement alimentaire. Il m’arrive parfois de voler intérieurement au-dessus des monts et des bois et je regarde avec bonheur ce nœud de maisons resserrées, ce diamant séculaire dans l’écrin de la terre. Cette force enracinée, elle est si belle. Je pense à tous ces êtres qui ont vécu ici, à ceux qui s’accrochent encore. Ce que j’aime ici, d’ailleurs, c’est que la rudesse de la vie réduit considérablement le catalogue des illusions. C’est justement ce qui explique la désertification croissante. Pour beaucoup, le silence du monde réveille trop de cris intérieurs alors que le monde moderne est un étouffoir délicieux. Toxicomanes du vacarme, de l’agitation, de l’accumulation. Pas ici. Oh, bien sûr qu’il y a des télévisions allumées et des ragots de voisinage et des querelles qui éclatent et qui durent parfois des générations. Ce sont des humains. Je ne donne pas dans l’angélisme. Mais je connais la violence de la vie urbaine. La violence existentielle. »

Il but une gorgée et reposa sa tasse.

« Quelle est la raison essentielle de cette dispersion humaine ? demanda-t-il.

-La peur bien sûr. Un catalogue de formes multiples, générées par l’individu lui-même selon son environnement, son histoire, son éducation, ses traumatismes, ses espoirs, tout ce qu’il fabrique et qui l’enferme. L’incapacité à gérer l’idée du destin.

-Vous aviez des peurs ?

-J’en ai toujours. Mais je les ai identifiées ce qui représente déjà l’essentiel du parcours. Comment pourrait-on lutter contre un adversaire inconnu ? Il reste ensuite à s’observer lorsqu’elles jaillissent.

-Observer les peurs ou s’observer avoir peur ?

-Il ne sert à rien d’observer ses peurs. C’est une énergie qui les nourrit. Il faut observer celui qui a peur. Tyler a souhaité m’apprendre à nager quand je l’ai rencontré. J’avais toujours eu peur de l’eau et je n’entrais même pas dans une piscine où j’avais pied.

« Tu n’es pas une nageuse Diane, tu es celle qui observe un corps qui nage. Et c’est cette observation qui te permettra de corriger ce corps qui nage. Tu dois te détacher de l’acte pour entrer dans l’observation de l’acte. C’est là que tu existes. Sinon, tu n’es qu’une machine qui exécute une tâche qu’elle ne comprend pas. Ton corps est une ouverture et non un ennemi qu’il faut maîtriser. La maîtrise est intérieure. Le corps est l’ouvrier, l’esprit est l’architecte. N’observe même pas ta peur mais regarde celle qui a peur. C’est là que tu apprendras à te comprendre.»

Ses yeux avaient coulé dans les profondeurs.

« Je n’oublierai jamais ces moments-là. Tyler m’a énormément donné. Et je sais très bien nager aujourd’hui. »

Un sourire qui la ranima, un retour sur l’instant, une fenêtre fermée sur les souvenirs.   

Il ne voulut pas maintenir l’intrusion. Il ne demanda rien d’autre. Il finit de boire son thé.

« Vous êtes toujours décidé à aller marcher ?

-Je ne marche pas vite, vous savez.

-Il n’est pas question de marcher vite. Juste d’aller voir le monde ensemble. »

La tournure l’enchanta. Comme une projection délicieuse. Il savait ce qu’il espérait. Cette observation en lui. Il s’amusait de cette futilité des attentes édulcorées, oui, il rêvait d’une suite merveilleuse, il ne se le cachait pas et il avait même décidé de se laisser emporter par le flot, quelques secondes. Il la regarda se lever du fauteuil, ramasser les tasses et rejoindre la cuisine.

Il aimait sa démarche. Et pensant cela, il réalisa que rien en elle n’entamait son bonheur. Rien. 

C’est là qu’il sentit les crépitements dans sa poitrine, avec une présence plus forte que les autres fois, jusqu’à la crispation, un sursaut, un instant d’inquiétude. Une montée de chaleur jusqu’au sommet de son crâne. Un foyer allumé, un brasier en devenir, un mélange calorique avec des flux électriques. Un nœud qui se resserrait sans qu’il ne craigne un nouvel infarctus, c’était de toute façon impossible, son cœur ne pouvait rien ressentir, l’hypothèse était totalement folle, c’était autre chose, aucun symptôme décrit par les cardiologues, rien d’identifié dans les catalogues d’alertes, les idées qui s’emballaient, il ne parvenait plus à réfléchir. Il prit une longue inspiration et ferma les yeux.

Aucune explication.

Les derniers tests n’avaient révélé aucun dysfonctionnement. Il faudrait qu’il en parle à sa prochaine visite. Les récidives devenaient trop proches et gagnaient en intensité. Il attendit patiemment que les vagues électriques disparaissent puis il se leva au moment où Diane franchissait de nouveau le seuil.

« En route, » lança-t-elle joyeusement.

 

 

 

 

 

A l'intérieur.

Par Le 18/10/2012

Une discussion aujourd'hui en classe. Elle suivait un moment de méditation avec un travail sur la concentration, sur la respiration. 8h30, tous les stores baissés, les lumières éteintes. Tous les enfants ont les yeux fermés et ils écoutent la voix de Sarah Giraudeau qui les invite à suivre intérieurement leur respiration, l'air froid qui entre par les narines, l'air chaud qui ressort, le mouvement de leur poitrine dans l'approfondissement de cette respiration.

  Je leur avais expliqué la différence entre l'attention et la concentration.

"Lorsque vous devez traverser la route, vous faites attention à l'environnement, les voitures, un feu rouge, la vitesse de la voiture au loin. Vous êtes tournés vers l'extérieur et c'est vital.

En classe, vous devez vous extraire de cette attention à l'environnement et entrer dans la concentration. Ce qui signifie se centrer sur soi. Si vous continuez à faire attention, vous n'êtes pas en vous mais à l'extérieur. La respiration est le moyen le plus efficace pour entrer en soi puisque vous accompagnez l'air qui vous nourrit.

  Plus tard dans la matinée, pendant un travail mathématiques un enfant dit qu'il n'a pas mis le zéro de décalage dans la multiplication puisque pour lui, zéro, c'est rien.

Rectification, Zéro n'est pas rien, il a une existence. Et c'est lui qui permet à 1 de venir s'installer. Et c'est lui qui permet à 10 d'exister.

Rien ne peut venir de rien. Rien n'est rien que le néant. De la même façon, méditer n'est pas rien. C'est vivre intérieurement. Je peux n'avoir aucune agitation mais être tout de même dans une activité méditative. Agitation et activité ne sont pas semblables.

J'utilise toutes les occasions de la journée pour ramener les enfants vers l'observation intérieure.

C'est là que Line a dit :

"Mais alors, quand je suis chez moi et que je me dis que je ne fais rien, ça n'est pas vrai ?

-Pourquoi Line, explique-toi s'il te plaît.

-Ben, c'est comme pour le zéro, il ne fait rien apparemment mais il existe pourtant.

-Oui et alors ?

-Ben quand je ne fais rien, je vis quand même. Et comme je ne fais rien, je peux vraiment le voir. Si je regarde dedans.

-Oui, Line, je suis entièrement d'accord. Et c'est encore mieux lorsque tu parviens à faire quelque chose, quoique ce soit, en restant dans cette observation intérieure. Tu peux t'endormir en regardant ce qui se passe en toi, en te laissant emporter doucement par la respiration, comme quelque chose qui te berce. C'est la vie qui te câline. Tu peux écrire en regardant au dedans de toi, tu peux écouter de la musique, danser, jouer, manger, lire en regardant au-dedans de toi. Non seulement, il n'y a jamais rien à observer mais dedans, c'est même rempli de paysages incroyablement immenses.

Silence. Les yeux des enfants qui regardent à l'intérieur.


C'était une très belle journée.

L'habitus de Pierre Bourdieu

Par Le 17/10/2012

J'a lu souvent des gens qui contestent cette vision déterministe en arguant que l'individu a le pouvoir de s'extraire du conditionnement sociétal. Oui, il peut effectivement le faire, parfois...Mais s'il le fait, c'est toujours parce qu'il réagit à ce contexte, pas parce qu'il est libre...Fondamentalement. Il peut acquérir plus ou moins une liberté d'actes mais pas une liberté historique. Nous sommes irrémédiablement infuencés, au plus profond. La liberté consistera à en prendre conscience. Et ensuite à agir, ce qui ne sera tout de même qu'une réaction. Ce qui est toujours préférable à un conditionnement maintenu. Il n'y a pas de vie nouvelle. Il y a une vie insérée dans un ensemble dont il est impossible de s'extraire. A moins d'opter pour l'amnésie.


'Habitus : essai de définition | 13 octobre 2007

http://www.blogg.org/blog-56820-billet-682451.html

 

Aujourd'hui, je vous propose de revenir sur la notion d'habitus théorisée par Pierre Bourdieu. Concept central de son oeuvre, l'habitus est au coeur même de l'analyse de la reproduction sociale et de la socialisation chez l'auteur. le billet suivant tente de revenir sur ce concept et de le définir afin de mieux en saisir les enjeux, les aspects pertinents mais également les limites.

 Le concept d'habitus apparaît pour la première fois chez Durkheim. Mais c'est surtout Bourdieu qui va utiliser ce concept dans son analyse sur la reproduction sociale. Pour lui, l'habitus peut se définir comme  un « système de dispositions durables et transposables, structures structurées disposées à fonctionner comme structures structurantes, c'est-à-dire en tant que principe générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre. [1]»
 Pour le dire simplement, l'individu est structuré par sa classe sociale d'appartenance, par un ensemble de règles, de conduites, de croyances, de valeurs propres à son groupe et relayés par la socialisation. A ce titre, il parle de « structures structurées ». De plus, ces dispositions acquises vont influencer sur sa manière de voir, de se représenter et d'agir sur le monde. L'individu va intérioriser des conduites, des comportements, tout un ensemble de choses sans en avoir conscience. Il va donc agir en fonction de tout cela sans le savoir. Ces structures vont en retour le structurer davantage encore (en me conférant une certaine vision du monde, certaines préférences) et le limiter dans mes choix. Ce qui correspond aux « structures structurantes ».
 ► Autre définition que nous donne Bourdieu : « L'habitus, système de disposition acquises par l'apprentissage implicite ou explicite qui fonctionne comme un système de schèmes générateurs, est générateur de stratégies qui peuvent être objectivement conformes aux intérêts objectifs de leurs auteurs sans en avoir été expressément conçues à cette fin. »[2] Pour simplifier, l'habitus est un ensemble de manière d'être, d'agir et de penser propre à un individu, fruit d'un apprentissage particulier lié à son groupe d'appartenance, qui diffère selon sa classe sociale, sa disposition en capital, et sa place occupée dans l'espace social. L'habitus structure les comportements et les actions de l'individu, et à la fois, il structure les positions dans l'espace social.
 Bourdieu distingue deux types d'habitus correspondant à deux étapes successives de la socialisation de l'individu. L'habitus primaire tout d'abord qui débute avec la vie et qui s'achève grosso modo durant le secondaire. C'est durant toute cette période que l'enfant va intérioriser et apprendre les normes, codes, règles de son groupe social d'appartenance. Cet habitus est le fruit de son éducation familiale et scolaire.
Puis dans un second temps, ce qu'il nomme l'habitus secondaire qui correspond à l'ensemble des apprentissages que l'individu rencontrera par la suite tout au long de sa vie, et notamment dans le cadre de son environnement professionnel. La plupart du temps, habitus primaire et secondaire se succèdent sans heurts, dans la continuité : c'est la reproduction sociale. L'individu à l'âge adulte voit son habitus correspondre à celui de son groupe social d'origine. L'habitus acquis poursuit l'habitus hérité.

Parfois, il arrive que l'habitus secondaire soit en contradiction avec l'habitus primaire. Les codes, normes, goûts, valeurs de l'individu tendent à ne pas correspondre à celles inculquées et intériorisées dans son enfance. L'individu change de groupe social, sa classe sociale acquise diffère de sa classe sociale d'origine. Il y a mobilité sociale. Mais nous dit Bourdieu, l'habitus primaire se rappelle souvent à l'individu qui commet des « erreurs » dans ses comportements et ses conduites sociales révélatrices de son statut nouveau acquis et non hérité. Exemple : ne pas aimer l'art contemporain alors que le groupe social dans lequel il évolue « adore » cela (bien accentuer le [o] pour faire très chic).


 Pour Bourdieu, si ces deux habitus sont complémentaires, il n'en reste pas moins que c'est l'habitus primaire qui domine et qui est le plus important. Il parle à ce titre d'un effet d'inertie de l'habitus.
 ► Il ne faut pas confondre habitus et habitude : l'habitude renvoie à une donnée conscientisée, liée à une pratique quotidienne, objective. L'habitude se porte sur des actes concrets, sur des objets, des gestes routiniers. L'habitus est un concept beaucoup plus large. Il correspond au style de vie, aux préférences affichées par l'individu de manière consciente mais qui sont liées à une certaine forme de socialisation inconsciente qui lui font justement préférer ces éléments.
 L'habitus est le concept central de la théorie de Bourdieu, car il lie les dimensions objectives (pratiques, loisirs, styles de vie, ce que fait l'individu) et subjectives (gôuts, préférences, etc, ce que pense l'individu). Il produit les individus et leurs logiques d'action. La socialisation selon Bourdieu, en assurant l'incorporation de l'habitus de classe, produit l'appartenance de classe des individus tout en reproduisant la classe en tant que groupe partageant le même habitus.  Ce concept est au fondement de sa théorie de la reproduction sociale qui passe pour être en grande partie inconsciente du fait même de l'habitus.
 

Si l'ensemble des sociologues s'accorde pour dire que l'individu est traversé de part en part par des mécanismes sociaux, certains ont néanmoins critiqué l'approche trop objectivante du concept d'habitus. En effet, pour les tenants de l'individualisme, l'individu est acteur de ses propres choix, de ses décisions, même si celles-ci sont à resituer dans un contexte social, économique et historique particulier. Mais si le contexte est influent, il n'est pas déterminant. Or, l'approche de Bourdieu consiste à faire du contexte social une variable déterminante des conduites des agents sociaux. En effet, l'habitus est une notion qui conditionne l'individu à agir tel qu'il le désire. Comment peut-on être déterminé à agir si l'on agit comme on le souhaite ? C'est justement toute la pertinence du concept bourdieusien qui fait des choix et des désirs individuels, des contraintes inconscientes qui pèsent sur l'individu.


 

■ Prenons en exemple concret : les études de sociologie urbaine montre qu'un enfant vivant dans un environnement social (voisinage) où le taux de scolarisation est faible aura moins de chance de réussir que celui qui vit dans un environnement où le niveau de diplôme est plus élevé. Pour le dire en terme bourdieusien, si le contexte social dans lequel vit l'enfant est pauvre en capital culturel et économique, sa destinée sociale a toutes les chances de converger vers la situation contextuelle dans laquelle il vit.  On est là face à une inégalité sociale criante : l'environnement a une influence directe sur la réussite scolaire et donc la destinée sociale d'un enfant.


 

Mais, si cette inégalité ne sonne pas le tocsin de la révolte sociale, c'est parce que les individus développent des comportements, des désirs, des choix, conformes à cet environnement. Ainsi, des enfants vivant dans un environnement social et culturel pauvre, où il y a peu de diplômes dans le voisinage auront beaucoup moins envie à leur tour de faire des études. Ce faisant, cette situation factuelle d'inégalité sociale se transforme en choix individuel. Si l'enfant ne veut pas faire d'études, c'est parce qu'il a acquis des désirs conformes à son groupe, à son environnement social. Une fois acquis, il va agir conformément aux spécificités de son groupe social. Il aura l'impression d'agir librement, alors que le contexte social l'aura inconsciemment contraint à agir de la sorte. Pour Bourdieu, c'est bien l'habitus qui permet d'expliquer le phénomène de la reproduction sociale. Mais étant en grande partie inconscient, il n'est pas remis en question ni interrogé. En outre, il est aussi fortement contraignant et révélateur de déterminismes sociaux. C'est sur cet aspect trop déterministe qu'il est fréquemment critiqué (à juste titre par ailleurs, même si son interprétation reste en grande partie pertinente).


 Des sociologues comme Boudon par exemple (ou plus contemporain, M. Duru-Bellat, F. Dubet, J.-C. Kaufmann, etc.) reconnaissent ses apports et la pertinence de son concept d'habitus mais le minimise dans le sens où ils laissent une place plus grande à l'individu dans sa capacité à dépasser sa condition, à sortir du cadre de sa conformité reproductive. A ce titre, on parle de « sujets » plus que d'acteurs ou d'agents sociaux.


[1] P. Bourdieu, Le sens pratique, p.88-89.

[2] Ibid, pp. 120-121.

Pute fonctionnaire

Par Le 17/10/2012

Les éditeurs veulent du sexe ?

Pas de problème, j'ai ça en rayon.


JUSQU'AU BOUT

 

Il chercha le numéro de téléphone du sex-shop et l’appela.

« Sex-shop du sans-souci, à votre service.

- Bonsoir, c’est moi qui vous ai déposé une pellicule photo, il y a quelques jours et vous m’avez parlé de rencontres qui pourraient m’intéresser.

- Des photos, j’en développe pas mal. Alors il faudrait être plus précis si vous voulez que je vous remette.

- Un mec, il avait failli dire un curé, avec une fille qui le pompait dans une bagnole. Ca vous suffit.

- Ah oui ! ça y est je vous remets, s’exclama l’homme d’une voix enthousiaste. Des beaux clichés. Ca vous intéresse alors mes petites rencontres ?

- Oui, c’est possible.

- C’est simple, ça se passe dans un manoir à trente kilomètres de Rennes. Les proprios sont super sympas. Ils nous prêtent le parc, la piscine et quelques pièces pour tourner des films pornos amateurs. Tous les acteurs sont payés et je suis certain que vous leur plairiez. Ils cherchent toujours des jeunes d’allure sportive. Les cassettes sont vendues en magasin, au black, si vous voyez ce que je veux dire. Et le tarif pour les acteurs augmente avec les spécialités.

- C’est à dire ?

- C’est 250 francs de l’heure pour les hétéros, 300 pour les homos, 400 les bi et 600 les transsexuels. On ne fait pas le sado maso et tout le reste. Les proprios n’aiment pas. Venez nous rendre visite le week-end prochain, on fait un nouveau tournage. Je parlerai de vous. Ca ne vous engage à rien mais je suis certain que votre physique intéressera l’équipe. Et quand vous verrez l’ambiance, je suis certain aussi que ça vous plaira.

- Et vous, là-dedans, quel est votre rôle ?

- Moi je fais des photos et je les vends. Mon truc, c’est toujours de mâter. »

Il donna son nom, écouta quelques consignes pour accéder au manoir et raccrocha.

Il pensa au voyage au Canada.

Plus rien ne l’arrêterait. Il le savait.

 

 

Il se présenta à la grille du parc à quatorze heures. Il sonna. Une soubrette à la plastique splendide vint lui ouvrir. Il donna son nom et celui du sex-shop. Aussitôt, la jeune fille lui ouvrit. Il gara le fourgon sous les arbres et suivit la demoiselle. Il pensa que si toutes les actrices avaient cette allure, il pourrait aligner dix heures d’érection.

Ils gravirent un escalier extérieur et en suivant le perron en granit rose, contournèrent le manoir. L’argent suintait de tous les murs. Par les fenêtres immenses, il aperçut des intérieurs rutilants.

« Baiser dans des lits à baldaquins ou des fauteuils Renaissance devrait avoir un certain charme. »

 

Des arbres centenaires encadraient la totalité du parc. Il n’en voyait même pas les limites. Quand ils franchirent l’angle de la bâtisse, le spectacle qui s’offrit à ses yeux le cloua sur place. Une dizaine de personnes, nues, installées sur de grands matelas de toile bleue, forniquaient. Par deux, trois ou davantage, les corps étaient mêlés dans toutes les positions. Certains participants portaient un masque. Deux caméramans et un photographe circulaient alternant les prises rapprochées avec des plans plus larges. Quatre jeunes hommes imbriqués attiraient pour l’instant toutes leurs attentions.

« Avec ou sans masque ? interrogea la jeune fille imperturbable.

- Pardon ?

- Vous pouvez mettre un masque si vous voulez rester anonyme. Ce film est destiné à être vendu. Des personnes de votre entourage pourraient vous reconnaître.

- Ça m’étonnerait beaucoup que parmi mes connaissances, il y ait des amateurs de films pornos.

- Détrompez-vous monsieur. Vous pourriez être très étonné. Certains de nos anciens acteurs ont connu, parfois, quelques sérieuses difficultés. Dans leur travail notamment. Et parmi tous les gens que vous rencontrez dans votre vie professionnelle, je peux vous assurer qu’il y a beaucoup de monde à avoir une sexualité très débridée mais secrète ! 

- Oui, c’est possible… Avec masque alors », finit-il par dire sans quitter des yeux les corps agités.

 

Elle le guida vers un coffre en bois sculpté et lui proposa de choisir. Il trouva un visage de chimpanzé rieur qui l’amusa.

« Si vous voulez participer aujourd’hui, vous vous déshabillez et vous rentrez dans le champ des caméras, c’est tout. Vous n’avez pas à vous présenter aux autres participants. Tous les gens admis ici sont immédiatement acceptés par les groupes. Vous n’avez qu’à faire part de vos préférences pour trouver vos partenaires. Personne ne vous posera aucune question sur votre vie privée. C’est la règle établie par les propriétaires. Je vous sers une boisson ?

- Un jus de fruits, s’il vous plaît. Merci. »

Le ton de la fille était resté identique du début à la fin. Poli et impersonnel. Une hôtesse de hall de gare.

Elle revint avec un verre immense. Il regardait un couple très actif et bruyant. La femme à la poitrine abondante l’attirait particulièrement. Les seins lourds dansaient à chaque coup de boutoir.

Il vida son verre rapidement et se déshabilla. Il coiffa son masque de singe et descendit dans la mêlée.

 

 

Il quitta le manoir vers vingt-deux heures. Personne n’était autorisé à dormir sur les lieux.

Il ne l’avait pas remarqué en arrivant mais, légèrement à l’écart des groupes, un homme d’une quarantaine d’années avait tenu les comptes. Il notait le temps « d’action réelle » sur le tournage.

Il fut crédité de cinq heures avec l’étiquette « bisexuel. » Le rôle avait l’avantage de laisser deux possibilités à l’acteur. C’était plus rentable. Il avait d’ailleurs appris par cet homme que les propriétaires avaient grandement apprécié ses doubles prestations et qu’il serait contacté pour le prochain tournage. Celui-ci aurait lieu lorsque toutes les cassettes auraient été vendues et les bénéfices comptabilisés.

Il avait donc reçu deux mille francs mais il en avait dépensé la moitié pour l’achat de résine de cannabis. Le joint qu’on lui avait proposé pendant une pause en contenait et il avait trouvé les effets foudroyants et particulièrement puissants. Un des acteurs lui avait expliqué que l’usage de stupéfiants était fréquent pendant les tournages. Il n’avait jamais senti une telle chaleur dans son sexe. Il avait eu l’impression de labourer sa partenaire aux gros seins avec un tisonnier ! Depuis quelques temps, les simples joints de cannabis ne lui procuraient plus le même plaisir. La découverte de la résine l’avait enthousiasmé. Il avait par contre été incapable de conduire. Il s’était installé dans un chemin à deux kilomètres du manoir.

 

Avant de s’endormir, il compta le nombre de soirées nécessaires au paiement d’un séjour au Canada. Il s’avoua néanmoins que même sans un tel projet, il y retournerait avec plaisir.

Il pensa à Anne et se dit qu’elle le traiterait certainement de putain ou de n’importe quel autre nom du même genre si elle apprenait quelque chose. Venant d’elle, il sut que ça ne le toucherait pas et que ça serait même un très bon moyen pour la décider à le quitter.

C’est elle, d’ailleurs, qui jouait la pute pour l’éducation nationale, pensa-t-il, amusé. Elle vendait son esprit et son énergie, se couchait devant les programmes et les directives ministérielles et elle jouissait, pour une fois, quand l’inspecteur lui attribuait une bonne note ! Et avec un salaire en plus ! Pute fonctionnaire, quel beau titre ! Elle acceptait cela en défendant des idées sur lesquelles elle n‘avait jamais réfléchi, des dogmes qui s’étaient infiltrés en elle à travers des années d’école, des concepts moraux et religieux qui l’avaient pénétrée insidieusement, avec de délicates caresses, de longs préliminaires et de multiples partenaires. Jusqu’à ce qu’elle finisse par s’offrir langoureusement, sans aucune résistance, avec le sentiment du devoir accompli, heureuse du rôle qu’on lui proposait, de la confiance qu’on lui accordait, laissant ruisseler en elle la semence intellectuelle et perverse de ses formateurs, persuadée de tenir sa vie entre ses mains, épanouie par des années de soumission passive et rémunérée. Et non seulement, elle se faisait prendre mais elle entraînait les enfants avec elle. C’était de la pédophilie ! Et maquée avec un ministre ! Cotisation retraite et sécurité sociale ! De toute façon, toute cette vie en société était une vie de pute. On passait son temps à se coucher. Enfant, on se couchait devant ses parents pour obtenir un câlin, un bonbon ou un jouet, puis devant ses enseignants pour une bonne note, un bon carnet scolaire et devant ses patrons pour un bon salaire et une promotion.

Il n’y a que devant la mort qu’on se couchait pour rien… Là, c’était l’arnaque totale !

Ou peut-être le seul moment où on arrêtait d’être une pute. Le premier et le dernier combat vraiment gratuit !

« Moi, au moins, je regarde la prison dans laquelle je survis. Je l’observe, je la scrute, je cherche ses faiblesses. Je prends du recul au maximum, je m’appuie contre un des murs et j’observe ce qui se passe dans les trois autres parties de la pièce. Je connais les autres prisonniers, je connais les règles, les techniques d’embrigadement et je sais que la seule porte de sortie, c’est la mort. Mais les gardiens ne contrôlent pas mon esprit. J’ai des échappatoires. La nature, le sport, le cannabis et le sexe. Les enfants représentent ma mission. Eux seuls peuvent me permettre d’atteindre la porte de sortie, fier et droit. Et libre. Et j’y parviendrai. Je ne mourrai pas en pute soumise. » 

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